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Dissertation sur la glace, ou explication physique de la formation de la glace, & de ses divers phénomn̈es

Mairan, Jean-Jacques Dortous de

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i'-. -• , 'ï DISSERTATION SUR LA GLACE, OU EXPLICATION PHYSIQUE de la formation de la Glace, 6c de fes divers phénomènes. Par M. DoRTousde Mairan, l’un des Quarante de l’Académie Françoife, de rAcadémie Royale des Sciences, Sc. APARIS, de L’IMPRIMERIE ROYALE, M. DCCXLIX. viij PREFACE. une ample énumération des extravagances phiiofophiqiies que la licence des lyllèmes aproduites :comme fi la Philofophie , ainfi que THiftoire ,n’avoit pas dû avoir les temps fabuleux qui ne tirent point à conféquence pour les fiècles éclairés ,& fi dans ces liècles mêmes les plus éclairés une infinité de rêveries flériles ne dévoient pas toûjours l’emporter fur le petit nombre d’idées lîiines dont les Sciences pourront profiter. On peut ,je l’avoue ,abulêr des lyftèmes ,&l’on en afouvent abule. Mais qu’y a-t-il de louable &d’utile; qu’avons -nous d’excellent qui ne fôit pas fufceptible d’abus! N’abufe-t-on pas des expériences fi elles ne font conduites par la méthode, &éclairées du raifonnement! C’eft prelcpie dire fi elles ne font accompagnées de l’elprit fyftématique :car tout raifonnement renferme quelque idée gé;;;, nérale applicable au fujet, quelque principe de fpéculation qui s’y rapporte, &, s’il s’agit d’expériences, quelque fiippojTition tacite de ce qu’elles doivent donner étant bien faites. PRE'FACE. ix Rappelions-nous les expériences de M. Newton fur la lumière &les couleurs ÿ non comme on les voit raflèmblées & rédigées dans Ibn Optique en ordre de fynthèlê ,car ce n’eit pas alors qu’il les imaginoit; mais telles qu’on les trouve: répandues dans les Tranlaédions philofophiques, en divers temps, lorlqu’il les cherchoit ou quelles fe prélêntoient àlà recherche. On les yverra naître les unes des autres ,àla faveur d’une analylè exaéte ,&prelque toûjours en conféquence de quelque réflexion fyflématique. En vain dira-t-’on que l'efprit fyflématique afait tomber de tout temps les PInlofophes dans les plus grandes erreurs. Cet elprit n’en elt pas moins tout ce qu’il yaen nous de plus précieux ,de plus nécelTaire pour arriver aux connoiflîinces les plus fliblimes ,comme pour exécuter les plus grandes choies. Car en quoi confifteroitil cet elprit, fi ce n’efl dans une dilpolition naturelle tournée en habitude ànous faire un plan raifonné de notre objet, IUT, tout de ce qui le corapolë j /ré- ; XPREFACE. d’après ce qui nous en eft connu, j^our monter de-là par degrés àce que nous en ignorons ,&qu’il nous eft important d’en connoître! On abulê des termes lorP qu’on l’entend autrement, &de cet elprit même, lorlqu’on s’en fert àforger des fyftèmes &des hypothèlès làns néceffité &làns examen. Rien n’efl plus piiident &plus làge que de s’occuper des faits ayant que de palfer à la recherche des caulès ,&de s’en occuper uniquement &pour toûjours, quand on délêljaère de réuffir dans tout autre genre. Nous ne faurions trop louer ceux qui ont pris cette route ,& qui ymarchent avec liiccès; mais on ne peut dilconvenir en même temps qaune conduite toute contraire ne nous ait proairé mille nouvelles vues &d’importantes découvertes. Ceux de qui nous tenons le plus de vérités philolbphiques ont prelque tous mérité le titre ,ou ,li l’on veut, le. blâme de gens àfyftème. Combien n’y aurions -nous pas perdu s’ils avoîent été plus circonlpeéts ou plus ti^désl PREFACE. xj Le génie de l’invention, veut être échauffé, mêmedans les Sciences exaéles; ' il afouvent befoin d’une efjjèce de verve cTui l’anime &qui le développe. Il eft plus que probable que Képler n’auroit jamais penfé àla fameulè Règle qui i’immortalilê, fi elle n’étoit venue àl’appui,, f[ elle n’étoit fortie comme d’elle-même de fon fyflème harmonique des Cieux, tout fondé fur i’infcription des orbes planétaires aux cinq corps réguliers des Géomètres, &fur je ne fais quelles perfeftions pythagoriques des nombres ,des figures &des confônances. Syflème myL térieux dont il s’occupa depuis fà première jeunefîè jufqu’à la fin de les jours , auquel il rapporta tous fès travaux, qui eir fut i’ame ,&qui nous avalu la plus gi'ande partie de ies obfèrvations &de fès écrits. Si des fyftèmes douteux ou chimériques peuvent quelquefois nous procurer' des connoifïànces utiles ,fi des idées infi'uélueulès par rapport àleur objet ont été l’occafion de plufieurs découvertes, que penfèrons -nous des fyflèmes que la avi xij PREFACE. Natoe aconflamment avoués ,&qui font eux -mêmes autant de découvertes capables de fe multiplier! Faudra -t-ii ies ranger fous une autre clafle, leur donner un autre nom,&les bannir de îa queftion prélènte !Oui ,me répondrat-on ;ce font des vérités de fait avérées &non des lyftèmes. Je veux bien les. nommer ainfi ;mais la plus grande partie de ces vérités de fait qui nous font aujom'd’hui fi préeieulès,. &for lelquelleson n’héfoe point ,nont-elles pas prefque toûjours commencé par n’être rien moins que certaines ou connues pour telles! Il adonc fallu du courage ,de l’obllination même poin ne les point abandonner, pour en chercher ou pour en attendre les preuves, &s’expofer en attendant au reproche d’homme àlyftème :il adonc été un temps où ces vérités n’étoient que de vrais lyftèmes dans la ftgnification la moins favorable ,en un mot ,de ces fyftèmes pernicieux àl’avancement des. Sciences, &qùil faut profcrire, fi l’on en croit quelques Auteurs. Combien de contradidions la Circu; PRE'FA CE. xii; îation Julàng na-t-elie pas fôufFeites ! Le fyftème Copemicien ,dont la ma^ gnifique idée n’a guère moins étendn notre eiprit ,qu’eiie aagrandi i’Univers , &dont on fait remonter l’origine juf qu’à la plus reculée antiquité, n’a-t-il pas éprouvé de lêmblables &depius puilîantes contradiéiions pendant unç longue liiite de fiècles ,&prelcjue de nos jours ?Que poLivoit-il être d’abord, en effet, qu’inr hardi paradoxe ,qu’une hypothèfe purement conjeéturale ,une fimple analogie démentie par nos fens ,&qui ne manqua pas fuis doute de couvrir de ridicule celui qui la foûtint le premier ? Du fyflème Copemicien lîiivoît naturellement la Gravitation univerlèlle, la pelànteur des parties du Soleil &de tout ce qui l’environne, de même que des Planètes &de tous les Aftres quelconques vers leurs propres centres ,qu’otî n’accordoit qu’à la 'Terre. Copernic ne i’ignora pas ,&il olà l’avouer. Autre fyf tème ,qui ne pouvoit faire fortune en un temps où l’on étoit perfuadé que toutes ies parties de ce valte Univers dévoient- xîv PREFACE, tendre vers la Terre ,&le rapporter à la Terre ,commeàl’unique habitation des êtres intelligens ,dont ce partage auroit bielle la dignité. Mais le préjugé cède enfin aux découvertes qui le lùccèdent: la Terre n’efi: plus qu’une planète huit à neuf cens fois plus petite que Jupiter ou Saturne, &la Gravitation univerlèile, ou i’Attraélion prilè en tel lèns qu’on voudra, devient le fondement de toute la Phyfique célefie Newtonienne ,l’un des chefs-d’œuvre de notre fiècle. Sans compter mille expériences ,mille recherches curieulès &utiles dont nous fommes entièrement redevables aux efforts qu’on a. faits pour établir de plus en plus cette Attraélion. Car le fimple defir de favoir n’inlpirera jamais la même ardeur ,qu’un intérêt perlonnel ounationnal àdéfendre^ qu’un lyftème à foûtenir, &Ion conti'aire àréfuter. Ajoutons que différens elprits doivent envi^ger la. Nature par différens côtés ; qu’il faut néceffairement ,qu’il efl: àdefirer que chacun cède àl’attrait qui: le^ domine,. &qui annonce le talent; que. XV PREFACE. les uns s’appliquent àconflater les faits, &que les autres s’attachent àremonter vers les caufes, ou àdefcendre des caulês, même inconnues &fimplement lùppofées ,jnlqu’aux effets. Ce que læ règle de faufîè pofition eft dans le calcul, une Iiypothèfe heureulèment hafardée l’efl quelquefois en Phyfique; elle nous découvre ,fi ce neft le vrai ,du moins quelque circonftance qui s’y rapporte, &qui poun-a nous aider un jour àle découvrir. Enfin il ne faut que parcourir i’hif toire de l’elprit humain dans ce qui tient aux Sciences naturelles, pour le convaincre que les fyftèmes ont été dans tous les temps une fource féconde de découvertes, ou tout au moins d’oblèrvations &d’expéi'iences dont on nele feroit peut-être jamais avile, s’ils n’enavoient fait naître l’idée. Eh qu’importe que lesfyftèmes nous expofènt quelquefois à prendre de fauflès lueurs pour la lumière î Tel aété le fort des plus grands hommes, de ces hommes nés pour redreflèr leur fiècle ;ils n’qnt pas toûjours évité euxr xvj PRKFAC Er mêmes de segarer, ils n’ont pû arracher Ja vérité du milieu des ténèbres ,fans entraîner avec elle quelcjues erreurs ;mais ies vérités nous demeurent,. &ies temps diffiperont les erreurs. Je n’infifterai pas davantage fur l’utilité des lyflèmes, àla tête d’un livre qui pourj'oit bien fournir un nouveau champ pour les combattre. J’ai voulu lèiilement faire lèntir l’excès où il me lèmble qu’on aporté un préjugé quelquefois utile, làns prétendre éluder par -là les difficultés qu’on peut me faire contre uire hypothèlè &des explications qui embraflènt en un lèns tout le fyftème du Monde. Mais puiique mon ouvrage efl public,. &qu’il vareparoître dans cette quatrième E'dition, je crois devoir encore donner ici quelqu’éclairciflèment iiir la Matière fubtile que j’y ai mile en œuvre ,&lîir laquelle tombera peut-être la principale: de ces difficultés. La Matière liibtile alîibî le fort des Syflèmes ,&par ies mêmes raifons ;on n’oferoit prelcjue plus l’avouer, &peu s’en faut que fo nom n’en foit entière- PREFACE. XVlj ment banni des livres de Phyfique. Je foufcris àbi condamnation, fi l’on entend parlà le premier élément de Deicartea îâns reflriélion ,&plus encore s’il s’agit de ces globules durs &inflexibles dont il rempiifloit l’Univers ,&que je cj'ois infoûtenables. Mais je ne penfe pas qu’on ait voulu exclurre avec la matière flibtile Cartéflenne, tout fluide lîibtil qui pénètre les corps ,tout agent invifible ,quoique matériel ,comme caufe d’une infinité de phénomènes qui frappent nos lèns. Je me flatte, dis -je, que la matière fubtile qui fait le fond de moii hypothèlè ,ne fera pas rejetée de la Nature, dans un temps où des expériences aulîi fuiprenantes qu’inconteftables nous décèlent un fluide dont l’aélivité le fait lèntir en un inflant àdeux mille toiles du lieu où il efl: mis en aélion. Gar lerqit-ce un être métaphyfique ,ou le néant de matièi'e ,qui auroit befoin d’un véhicule matériel , d’une corde ou d’une chaîne, pour le tranfmettre au delà du Tube ou de la Machine éleélrique, pour yattirer &y repouffèr alternativement de petits corps» xxiv PRKFACE, que les forces aéluelles .du tourbillon Iblaire ou terreftre que nous habitons , aidées de tout notre art ,n’aient pû jufqu’ici nous montrer la décompofition de certains corps au delà de leurs parties intégrantes, c’eft-à-dire, au delà de celles qui donnent çes mêmes coips par la récoinpofition ,&làns lelquelles ils cef lèroient d’être ce que les expéi'iences nous indiquent manifeftement qu’ils font; ainfi qu’il arrive àl’or ,au meiTure, ,& àquelques autres fubfiances réputées indeflruélibles. La Phyfique proprement dite, Se l’Infini renferment des idées contradictoires. On ne fiuroit approfondir ces queftions abftraites ,du vuide &du plein ,de l’efpace ,de la cobéfion primitive des parties de la matière, de l’origine du mouvement, fans remonter julqu’à la caufe des caufos, àla caufe vraiment aétive &efficiente, en un mot jufqu’au premier Etre, &l’on | peut dire en ce fons, que toute la Phyfique, tout ce qu’en embraffe l’ob/et fournis ànos recherches, n’eft qu’un corollaire de kNature. U $' PR E'FACE. xxT ILe Phyflcie]! qui ne veut point paflèr les Ibornes qui lui font prefcrites en tant que ^tel, peut donc hardiment regarder le vuide hypothétique dont nous venons de parler, le mouvemént, la cohéfion des parties de la matière, &les parties intégj-arites des corps, comme autant de données, àraiL. fon du fujet qu’il traite. 11 arempli là Itâche ,fl ,en partant de ces principes , •il arrive de conlequence en confèquence , Ijufqu’à la caufo prochaine des effets naturels qu’il s’étoit propole d’expliquer : fde même que le Méchanicien ou l’Horlloger de qui nous attendions l’explication d’une horloge, efl cenfo s’être ac-^ Pquitté envers nous ,loriqu’en paflànt de §l’aiguille ou du balancier àtout le relie de ÿla machine, il nous. aconduits julqu’au poids ou julqu’au relîbrt qui en ell le pre- ,mier moteur; làns s’inquiéter autrement de la caufo de la Pefonteur ,ou de celle [fdu Relfort. En demander davantage ,fo décourager, &décourager ceux qui travaillent, par la raifon, fut -elle inconji Itellable ,que nous ne lâurions aller plus ÉIloin, foroit fermer l’entrée àmille couI. ' ';é wj PREFACE. noiflânces utiles dans la vie ,&infiniment fiitisfaifantes pour i’elprit. Après cette digrelTion que je n’ai pas crue étrangère àmon iiijet ,&avant que 'de finir fiir la matière fubtile qui m’y a amené ,Je dois avertir ,que fi l’on m’accorde ce fluide aélif &élaftique, caufe invifible de tant de phénomènes, &, félon moi ,de la congélation &de la fiifion, on m’accordera peut-être plus -qu’on ne penlê. C’eft-à-dire, que dès .qu’on voudra attacher une idée claire & diftinéte àce fluide, on tombera nécefi fiiirement dans l’hypothèlè des petits tourbillons dont le P. Malebranche acom- '.pûle fa matière éthérée. Mais que fera- 't-ofi encore en cela ,que ce que nous devons préfirmer qu’a fait M. Newton l .Quand ce Philofophe avoulu nous donner une explication méchanique de la Pefanteur ,il n’a pas prétendu fans doute, que le moyen qu’il yemployoit, que fon fluide élaftique fut exempt de méchanifme ;il n’a pas voulu expliquer une chofè oblcure par une autre auffi obfciu-e ,admettre l’élafticité elTentielle îr PRE'FACE. xxvij de kmatière ,pour faire voir qu’il -n’admettoit ps ia peiànteur eflentielle de la matière.: Jl adonc tacitement admis les petits tourbiilôh^ :car j’ofè avancer que Itout autre principe d’élafticité ou de reflôrt dans un fluide eft inintelligible. La force primitive du relTort ne peut être qu’une force centrifuge; kforce centriflige ne peut exiftér que par le mouve^ ment de la matière autour d’un centre ou autour d’un axe, &de ce mouvement îiaiflèntles tourbillons. Donc il efl; inconcevable qu’il yait dans kNature un fluide primitivement &méchaniquement ékftique, s’il n’efl: compofé de petits tourbillons. DoncM. Newton ,en admettant un fluide primitivement ékftique ,atacitement admis les petits tourbillons. Et kmatière du feu élémentaire dei Boerhaave,- de quoi feroit-elle compofée, fi ce n’eft de lèmbkblés tourbillons Iou globules ékftiques! Cet illuftre iVléidecin amontré par mille expériences »•& par autant de judicieufes réflexions 1dont faChymie eft remplie, que kmaI^ière du feu étoit répandue dans tous les 1y .Xxviîj PRE'FACE. corps ,tant fluides que folides ,où elle n’avoit beioin qiie de certaines circonf tances pour fè inanifefler à ,nos lens ; tju’elle étoit toujours plus bu moins en mouvement, que ion caraélère diiflndlif, | &auquel le réduilênt tous les autres ,| •étoit le reflôrt ,i’expanfion &la propriété | -de raréfier &de dilater, tous les corps. I Aufli ne.,trouverois-je nul inconvénient il la prendre pour la matière lubtile que j’ai adoptée dans ma Diflèrtation fiir la Glace, elle' en atoutes les propriétés, &elle en remplit parfaitement les foncfions. Il réfulte; donc de tout ce .que nous venons d’obferver fur ce fluide qui anime tous les autres fluides ,&qui pénètre tous 1 les folides ,que quelque différentes que | 'jfoient en apparence les idées qu’on s’en | .eft faites ,elles concourent toutes àl’ad1 mettre, &àlui accorder une fubtilitéi indéfinie, l’aéfivité &l’élafticité. Je nei l’admets auffi que fous ce point de vûp i général; &c’eft tout ce que j’avois àe;i | dire par rapport àmon filjet. 1 Je paflè Jous filence quelques autre? i PRE'FACE. xxîx avertiffemens plus particuliers &moins importans ,qui trouveront leur place dans Il’ouvrage même. J’ajoûterai feulement ici, Pqu’en fuivant mon premier plan ,car je In’ai pas cru devoir m’en écarter ,j’ai ha^ Ifardé encore bien des conjeélures dont je Ime fèrois peut-être abftenu en toute aiitre rencontre; mais je les donne fins peine, dans la perlriafion où je fuis quelles pour^ ront fournir matière àde nouvelles obfèr-r gâtions &àde nouvelles expériences. J inj Ji-o'tï aû»‘r;':rîf;i'f Kiiîa cir i»:ïii:iriO:ti''Uü:n irjp .1'': "' ^'' .;ti. >rn i.' j . 'r:pü piiîjfe^rî' -, >;..'u oi p^jo^rio X:.,. -Uv,: ^£JilZ' i.i..'i .'.-..lii yiî. .:i’V ...\J _ :."y.-iC^iur TAB L E DES CHAPITRE S Contenus dans ce Volume. PREMIERE PARTIE. D. la Formation de hGlace, page 5 Chapitre I. Défnitwns, principes remarquesfur la nature des Fluides &des Liquides, ^ Ghap. II. Afouvement intefin des Liquides déduit de leurs E'vapsirations.. 5^ CHAP. III. Suite des Définitions, Prin~ cipes &Remarquesfur la nature des Fluides èf des Liquides, 17 CHAP. \Y. D’où vient que les Liquides ne fe dijfipent pas en un infant, &que leurs parties réfifient un peu èla défunion; Ù*’ commentfe conferve l’équilibre entre ces par~ .ties, lamatièrefubtile qui les environne qui les pénètre ,if 1^matière fubtile, du dehors. ia ChAP. V. Formation de la Glace. 2^ biii) TABLE. i CHAP. VI. Idée générale du chaud du ^ froid, de l’été àf de l’hiver, appliquée àla W formation de la Glace, 30» CHAP. VII. Par quels degrés on peut ima~ P giner que la matière fuhtile diminue d’aâi- !! ÿité dans un liquide qui fe gele, 38 Ch AP. VIII, Des caufes accidentelles &' locales delà Congélation. Etpremièrement du Nitre df des autres fels contenus dans i;i; les terres &exaltés dans l’air, 42 i I Chap. IX. Seconde caufe accidentelle de la iji 'Congélation, le Vent. ji > Chap. X. Troifâme caufe accidentelle de la | 'Congélation &des Celées, la fupprejfon eu la diminution des vapeurs chaudes qui s’élèi vent du fein de la Terre, 5 5 ^ Chap. XI. Du Peu central ou intérieur de [ -la Terre ', &des principaux phénomènes qui I en dépendent, j7 Chap. XII. Effets fenfhks du Feu central i. dans la Mer, &fur les eaux de laAIer. 66 Chap. XIII. Autres effets du Feu intérieur quelconque de la Terre. 72 , Chap. XIV. Circonflances extérieures àf locales qui fe compliquent avec l’émanation, &avec la fuppreffion des vapeurs du Feu '(entrai, 78 : TABLE. CHAP. XV. Application du principe des vapeurs centrales àla Congélation df h. la . Gelée. 84 CHAP. XVI. De la différence des congélations, félon la différence des liquides, en général. 8J Chap. XVII. Des liquides qui ne fe gelent point, ou qui ne fe gelent que difficilement. 87 Chap. XVIII. De la Coagulation. ^6 SECONDE PARTIE. 'Des principaux phénomènes de la Glace, 103 SECTION PREMIERE. Desphénomènes de la Glace dansfes commencemens, &pendant tout le cours de fa formation. Chapitre I. Des premiers flets de la Glace. ibid., Chap. IL Comment les filets de glace fe joignent aux parois du vaffeau &entr’eux , &desfigures qui en réfultent. 11a Chap. III. Des bulles d’air qui fe forment ERRATA. JPage. Ligne, Faute, ConeHion, 7>17. t8, caufée ;caufées 22 ,21, dehors î.,...dehors 7-neiges neige 7'‘ 2, 3, de cette épaifleur de l’épaiflèujr \*0j. 7>,de i’eau ..... de l’eau, 'J3^. la note la grande not* '^ 4-5>Note, Page 83 Page I14. '1^7,28, qui n’ont .... qui n’auroien; dernière, fujet on fujet: on '280, ^3-Dannemarc ,..Danemarc '287, Note (l) Dannemarc ...Danemarc 378, 7‘Le morceau de. .Lemorceau du DISSERTATION DISSERTATION SUR LA GLACE, ou EXPLICATION PHYSIQUE de la formation de la Glnce , de fes divers phénomènes. EXPLJ QU ER la formation de la Glace, c’eft montrer par dés, ràifon's prifeS de La nature &des propriétés dés -Corps qui fè changent en Glace ,comment &par quelle méchanique fe fait un tel changement. Cette explication fuppofe donc une connoilîànce exadie de la nature &'des propriétés des corps, qui fe glacent j.'C’eft -àdire ,des Liquides. ;>; Mais, les: xorps né^ipouvant -changer que parl’ïidion d’une caufe étrangère’, il' faudra A.. 2Dissertation R examiner ici quelque chofe de plus que îe Liquide &la Glace, &reconnoître ncceflâiR rement d’autres corps ou une autre matière, R foitvifible, foitinvifible ,qui détermine les R Liquides àperdre leur liquidité ,&àreceR voir cette nouvelle modification qu’on apR pelle Glace. R On voit par-là de quelle difificulté eft la p queftion dont il s’agit, &par elle-même i &par la liaifon qu’elle aavec plufieurs autres 1 queftions très-difficiles.. Difons-plus, la for- | mation de la glace &Tes divers phénomènes, i embraflênt ,en un fens, tout le fyftème pby- | fique de l’Univers ;car la caufe de la Con- | gélation eft fans contredit invifible ,&puif R que la Glace ne fe forme pas moins dans la R machine du vuide que dans l’air ,il faut que R le corps étranger' qui agit fur les liqueurs R pour les gîaeer ,foit cpielque fluide beau- ^ coup plus lubtil que l’air, quelque matière éthérée &aétive ,qui environne,& qui péË nètre plus pu moins tous les corps,, tant R durs que fluides ;matière que le commun R des hoipmes peut, bien regarder comme chîR mérique ,mais que la plus laine partie des R Philofophes admet ,comme la fource de tous R îes mouveraens vifibles ou invifibles, exterH nés ou internes des. corps & par-là de tous H les changemens &de toutes les variétés de H la Nature; en un mot, comme Ic reflbrl R dela machiné du Monde. ..; -.R SUR LA Clacî. Part. I. 5 II font encore confidérer que le noiribrè des liquides difFérens, tant fimples que compofe's, &par conféquent des differentes fortes de congélation ,efl; comme infini ; car quoique toutes les congélations foient analogues, en ce cpi’elles partent vrai-fêmblablement de la même caufe ,elles varient néanImoins infiniment par les phénomènes qui les Iaccompagnent. Mais fi l’on approfondit davantage cette queftion, on trouvera qu’elle ne fe borne pas aux fèuls liquides ,&que les corps les plus durs n’en doivent pas être exceptés. Nous favions que les réfines, les métaux, le verre, &la plupart des minéraux &des fofîiles étoient fufibles ou pouvoient devenir liquides ;mais les expériences du fameux miroir ardent du Palais royal *nous Iont appris qu’il n’y aprefque pas de corps fur la Terre qui ne puiffe être fondu &vitrifié par un feu violent; &que s’il yen aquelqu’un qu’on n’ait pû réduire àces deu>{ états difFérens ,on peut préfumer avec beau-, coup de vrai-fèmblance que c’eft faute d’arC ou de quelqu’agent afïèz fort pour cela. Or qu’eft-ce que la fonte caufee par la chaleur, qu’un véritable Dégel! &Ia dureté qui furvient au corps fondu par le refroidifîement de fes parties, qu’une véritable Congélation! La *Hift. de l’Acad. des Sc. ,p, j) o. Mén*; [! 7oz,//, /.ÿi/. 170^, p. 1^2, 4Dissertation I congélation &le dégel font deux effets réciproques, dont l’examen appartient certainement àla c{ueftion préfente ;&puifqu’il n’y arien fur la terre qui ne foit fùfceptible de ces deux changemens, il eft clair que la queftion prélènte tombe fur tous les corps | de la terre. On ne s’attend pourtant pas fins doute à me voir traiter ici de la Glace dans toute i’étendue que prélènte cette idée ,&je ne préfume pas affez de mes forces pour l’entreprendre. Mais en ne m’attachant qu’à ce qu’il yade plus effentiel &de plus curieux fur ce fujet ,quel vafte champ ne me relle-t-il point encore àparcourir î J’ai déjà allez fait connoître que j’attribue la formation de la glace àune matière lubtile &aétive qui environne &qui pénètre les liquides. Il s’agit donc de trouver le rapport qu’il yade cette matière, &de fes divers mouvemens àla congélation ,comme de la caufe àl’effet. Mais afin de mieux expliquer ma penfée là-delîus, je vais reprendre la route que j’ai tenue pour yarriver ,& chercher ici tout de nouveau la caufe de la congélation ,comme fi je n’avois encore formé aucune hypothèfe fur ce fujet. La théorie de la formation de la glace doit fournir l’explication particulière de fes principaux phénomènes, comme réciproquement l’explication des phénomènes doit SUR LA (jLACE. Parti. f répandre ilir la théorie un nouveau jour & un nouveau degré de probabilité. KOXOXOXOXOXOXOXOXOXOXCKOXOXOXCKCM PREMIERE PARTIE. De lafonnation de la Glace. PUISQUE la connoiflance des liquides eft abfolument nécefîaire pour découvrir la caufe de la formation de la Glace , on ne peut fe difpenfer de commencer cette recherche par l’examen des Liquides.Voyons donc ce que c’efl: qu’un liquide ,&fixons i’idée qu’on s’en doit former, par des définitions &des defcriptions exaéles. Après cela, la caufe de fa congélation ,la manière dont fa liquidité peut fe détruire, fe préfentera fans doute d’elle-même. Nous examinerons enfuite fi cette caufe eft unique, ou s’il yen aquelqu’autre qui concoure avec elle; &enfin les différens degrés de force &d’adivité qu’elle peut avoir ,félon les dif> fércns fujets fur lefquels elle agit. 6Dissertation ~^ CHAPITRE PREMIER. | D^nifiom ,prhtcipes &remarques fur la | naUire des Fluides &des Liquides. ^ Laliquidité n’eft qu’une efpèce de fuidité. Un Fluide en général eft un coq:)S 1 dont les parties ne font pas liées enfembie ,1 qui cède aifément au toucher, qui réfifle f peu àla divilion ,&qui fe répand comme de lui -même. ! Parmi les fluides, quelques-uns fe ré- | pandent par leur relTort &par leur poids ,l comme l’air, par exemple; ou feulement par leur poids ,comme un monceau de làble, fans que leur furface lupérieure fe mette exactement de niveau ,&ce font-là des Fluides proprement dits. Mais il yen ad’autres ,tels que l’eau , l’huile &le mercure ,qui fe répandent &par leur poids &par le mouvement que les parties qui les compofent ont en tout fens les unes àl’égard des autres ;de manière que s’ils font en fuffi faute quandté ,ils coulent &s’étendent jufqu’à ce que leur furface fupérieure fe foit mife exactement de niveau , &c’efl; -là ce qu’on nomme des Liquides. C’efl; ce niveau &ce parallélifme perpétuel de leur furface, en conféquence de leur !! SUR LA Glace. Part. I. ’f poids ;& du mouvement que leurs parties ont en tout fens ,qui les diftingue des fluides proprement dits ,&qui fait le vrai caractère de la liquidité. Nous dirons cependant d’un liquide confidéré dans fes differens états ,ou comparé àun autre liquide ,qu’il eft plus ou moins fluide, pour dire qu’il eft plus ou moins coulant, que fes parties apportent moins ou plus de réfiftance àleur leparation. Le mouvement des parties des liquides n’eft pas vifible ,parce que ces parties font trop petites pour être aperçues ;mais il n’eft pas moins réel. Entre plufieurs effets qui le prouvent, un des principaux eft la dilfolution &la corruption des corps durs cauféepar les liquides. On ne voit aucun mouvement, par exemple, dans de l’eau forte fqu’on alaifle repoler dans un verre; cepen^ Mdant fi l’on yplonge une pièce de cuivre > i| il fe fera d’abord une effervelcence dans la liqueur: le cuivre fera rongé vifibleinent tout autour de là furfice ,&enfin il dilparoîtra en laiflànt l’eau forte chargée par-tout. &uniformément de fes parties devenues imperceptibles ,&teintes d’un bleu tirant fur le verd de mer. Ce que les eaux fortes font Iàl’égard des métaux, les autres liquides le 1lont àl’égard d’autres matières ;chacun Id’eux eft diftolvant par rapport àcertains IAiii; 8; DlSSERTATIOr^ P corps plus ou moins ,félon la figure ,l’agita* || tion, la folidité ou la fubtilité de Tes parties. K Or il efl clair que la diffolution fuppofe ie K mouvement, ou n’eft autre chofe que l’effet || du mouvement. Ce n’efl pas ie cuivre qui fe diffout lui-même ,il ne donne pas non plus Wàia liqueur une agitation qu’il n’a pas ;ie p' repos de Tes parties &le repos des parties p; du liquide joints enfemble, ne produiront pas un mouvement ;il fiiut donc que les parties du liquide foient véritablement agitéés ,&' qu’elles fe meuvent en tout fens ,T puifqu’elles diffolvent de tous, côtés &en i tout fens les corps fur lefcjuels elles àgifîent, t jufqu’à les réduire en poudre impalpable. | On en 'peutdire autant de l’effervefcence | de certaines liqueurs ,lorfqu’on les mêle enE femble. Le mouvement fubit &intérieur I cjui naît ,de ce mélange viendroit-il de leur |; repos mutuel î: Quelle qu’en fût la caufè nous l’appliquerions encore ànotre fujet. Le mouvement inteffin des liqueurs eft 11 \ indifpenfablê pour la diffolution ,que quand même on yferoit intervenir l’Attradion réciproque des parties contiguës entre le diffolvant &le corps àdiffoudre ,on feroit encore contraint d’y admettre le mouvement ou le tranfport local &en tout fens de celles du premier ;fans quoi il feroit imponible de concevoir qu’elles pûffent toutes agir fur le folide, ou fur le liquide qui leur eft fournis, SUR laGlACE. Part. I. p les plus éloignées, comme les plus proches ^ &répandre uniformément les parties diG foutes ,dans toute la maffe du difldlvant'*'. Acette preuve, qui eft très-forte, j’eA aJoLiterai une fécondé qui ne l’eft pas moins. Nous la tirerons de l’évaporation des liquides, ou de leur volatilité ,qui, com.tïié on va voir, &toutes chofes d’ailleurs égales j doit être d’autant plus grande ,que la matière fubtile ou éihérée''qai les pénètre s’y nieut avec plus de liberté &de vîtelîe ,& peut leur communiquer par-là plus de mouvement. CHAPITRE IL Mouvement inteflin des Liquides déduit .de leurs évaporations. Î’ÉVAPORATION des Liquides, en -J général ,.n’a lieu que Iprfqu’ils foqt expofés àl’air libre ,n’eft jamais û. ieiirfible que lorfqus cet air eft agité ou change lànscefte. Elle eft ordinairement nulle daias ’’’ Ipfa qiioque folutio faliimi ,quant aqua qniefa paragif ; demonjirat deminta illhis moven huer, licet folutio hac Attractiotti potiits panium inter fe ,quàm propulfui ,trihuénda .vidcatur ;attamtn folutio in iota niaffa vix futupa videmr, nifi imeflino inotu, de loco in locuin 'continenter agitata ekmriit/i, jiicctffirè ità fe aj pUcarent ad foluendtiin j'alàn. Boerhaave.., Chemia, T, 1,..p. 3P0.. Edit. Parif.jyjj, '*Ay Dissertation tombe point. L’eau^ qui fait ici le dernier terme de la comparaifon ,pourra faire le premier ,&devenir à cet égard efprit de vin par rapport àd’autres liquides ,tels que l’eau forte, &c. qui fe trouveront auffi dans le cas de différer infiniment plus de volatilité avec elle ,que de pefanteur Ijaécifique &de fluidité *. L’E'vaporation des liqueurs dans le vuide prouve peut-être encore plus diretflement leur volatilité propre ou leur mouvement inteftin ;puifque le milieu ambiant, ou ce vuide ,efl cenfé n’avoir pas d’aétion lènfible fur la liqueur. Je m’en rapporterai làdeflus aux expériences de M. Waller, qui ont été faites avec toutes les attentions poffibles, dans le vuide le plus parfait de la machine Pneumatique, après la ceflàtion des bulles, &l’évacuation réitérée de l’air contenu dans le liquide. Il fuit de ces expériences ,que l’eau, le vin, &les autres liqueurs s’évaporent dans le vuide indépendamment de toute çaufç externe, comme le choc &le contaél; de l’air :làns' compter plufieurs autres confécpiences curieules, fur la forme que prennent les particules de. i’eau en s’évaporant ,fur leur légèreté fpé- *Quant <à la manière dont l’air enlève les parties, d’un liquide, je n’en connois pas de meilleure explication que celle qu’en adonné M. Bouillet ,&qu’on peut voir dans l’Iiift. de l’Acad. des Scieneçf,j,p. 18, IsurlaGlace. Part. I, 17 !dfique ou relative ,&c. qu’on peut voir dans 1ce Mémoire ' l ' -- [CHAPITRE III. Suite des Définitions ,Principes ,&Re~ marquesfur la nature des Fluides i&des Liquides. I IOIQU’i Lyait des corps ,tels que Ila flamme ,dont les parties font extrêmeinent agitées de bas en haut ,&du centre yvers la circonférence ,par un mouvement Ide vibration ou de reffort, ils ne fauroient Iêtre appellés Liquides ;ce ne font que des IFluides, parce que le mouvement en tout ^fens ,le poids ,&peut-être d’autres circonf ;; tances qui pourroient déterminer leurs fur- 'faces fupérieures au niveau ,leur manquent. Un liquide peut devenir fluide ,ou com- ;pofer un fluide par l’amas de ces parcelles, ïi lorfqu’elles fe détachent de la mafle totale ; Icomme on voit qu’il arrive àl’eau qui fe j! réfout en vapeurs. Car les brouillards &les ^nuages font des corps ou des amas fluides , Iquoique formés de l’aflemblage de parcelles || liquides. iDe même un fluide ,proprement dit, peut P*De afcenfu vaporum in vacuo, denionjiratio. Aut. Nie. ir Wàllerio. Ada Litter. &Scient. Suecise ,an. 173 8. -i8 Dissertation devenir liquide, fi l’on insèredans les in* tervailes des parties qui le compoiènt quet que matière qui ies agite en tout fins ,& ies détermine àfe ranger de niveau vers la fiirfiice fiipérieure ,àpeu près comme il an iveroit àdu fiable qu’on .jeteroit dans un grand vaifîêau plein d’eau bouillante. Et au contraire ,fi l’on imagine qu’en cet état une puiflànce fiipérieure àcelle qui agite les grains de ce fiible ,vienne àles ferrer &aies comprimerfortement l’un contre l’autre, en forte, cju’ils ne puifTent plus ni glifler les uns fur les autres ,ni être féparés par l’eau bouillante qui coule entr’eux ;ce lout ,cet amas de parties intégrantes qui 'formoient auparavant un liquide ,ne fera plus qu’un corps dur ,& , s’il m’efi: permis de parler ainfi, qu’une véritable glace. J’explique foigneufêment tous ces termes, afin qu’on yattache les mêmes idées que moi. En voici quelques autres dont l’explication me donnera lieu de propofer deux principes très-importans fur cette matière. J’entends par les parties intégrantes d’un liquide &de chaque corps, les parties qui entrent dans fa compofition félon le dernier degré de divifion aduelle où elles doivent être pour former un tel liquide ou un tel corps ,&nullement félon le dernier degré de divifion poffible où elles font capables d’arriver :car lu matière étant divifible à IsurlaGlace. Part, 1. i p Il'infini ,les parties inte'graiites d’un Liquide, I&celles de tout autre corps ,ont ellesImêmes d’autres parties intégrantes qui les I compofent ,&par lefquelies elles peuvent être divifées &fûbdivifées -à i’infini. C’elt ainfi du moins cjue nous devons le concevoir, quoique peut-être àl’égard de certaines fubftances ,ies forces aéluelies de hNature , Édans la partie de l’Univers que nous occuPpons, foient infufififantes pour pouffer la difvifion au delà. Ce que j’appelle parties intégrantes dans Ëles liquides ,je l’appellerai molécules dans la matière fubtile ,avec cette différence que gpar les parties intégrantes, d’un liquide ,je En’entends que de petits amas de matière comKpofés d’autres parties qui font conçues en Prepos les unes à l’égard des autres ;au lieu que je regarde les molécules de la matière .fubtile ,comme de petits amas de matière extrêmement agitée, ou plutôt comme autant de balons ou de petits tourbillons d’un ;; fluide encore plus fubtil cjui tourne autour fde leur centre ou de leur axe avec une rapidité indéfinie. C’eft la force que ces molécules tirent de ;cette agitation pour fè dilater ,&pour repouffer autant qu’elles font pouffées ,que 1'; j’appelle leur reffbrt. Car d’un côté il eft confiant par mille expériences ,que la matière fubtjle ou éthérée adu refîbrt ,&de l’autre ,fi l’on veut raifonner fur des notions claires &diftindes, on ne conçoit pas que les corps püiflêni avoir d’autre force ni d’autre adion que celle qu’ils tirent de leur mouvement. Il faut donc de néceffité chercher àla matière fublile un mouvement qui puilfe lui donner cette force qu’on nomme reffort. Or on peut de'montrer qu’il n’y en apoint d’autre, intelligible ,&capable de lui procurer cette propriété que celui que je viens de décrire, le mouvement de rotation fur un axe ou autour d’un centre ,&dont l’idée efl: due àl’un des plus célèbres Philofophes de notre fiècle De cjuelque manière cependant qu’on l’entende ,il me fuffit qu’on m’accorde le reffort de la matière fubtile, comme un fait que mille phénomènes nous indiquent ;& c’efl: afin cjue chacun ait la liberté de l’imaginer comme il voudra ,que je me fers du mot vague de molécules ,plutôt que de celui de globules ou de petits tourbillons. Un autre principe cjui me paroît très-recevable ,&qui doit fon origine au même Auteur, c’eft que la cohéfion des parties, ia dureté des corps ou la réfiftance que leurs parties apportent àleur défunion ,ne vient que de la matière fubtile qui les environne &qui les comprime. II efl: vrai que l’air *Le V.Malebranche ,i6‘ E'clairciff. fur la Rech. de la Vérité. £'£t. tyxz. SUR LA Glace. Part. I, 21 contribue auffi un peu àla dureté des corps par fon poids ;&perfonne n’ignore ià-deflus l’expérience des deux plans polis, ou des deux marbres creux appliqués l’un contre l’autre. Mais l’air ne comprime guères que les parties les plus groflières de l’extérieur des corps; au lieu que la matière fubtile ou éthérée ,qui en pénètre aifément tous les pores les plus étroits ,lie avec force les plus petits amas de matière qui les compolènt. Ce fera ,fi l’on veut ,l’Attraélion ramenée àun concept méchanique. Suivant ces principes, les parties intégrantes d’un liquide feront plus ou moins dures ,félon que la matière fubtile les comprimera davantage, ou par la liberté &la vîtelTe avec laquelle elle fe meut entr’elles ,ou par la quantité &la qualité des furfaces qui joignent entr’eux les élémens ou parties encore plus petites qui compofent les premièrres. Ces parties intégrantes font comme environnées de toutes parts de la matière fubtile ;elles ynagent ,yglilTent ,&fuivent eu tout lens les mouvemens qu’elle leur -imprime ,foit c[ue le liquide fe trouve dans l’air, foit qu’il le trouve dans la machine Pneumatique. C’ell le plus ou le moins de cette matière enfermée dans un liquide, félon quelle aplus ou moins d’agitation & de reflbrt, qui fait principalement le plus ou le moins liquidité :mais le plus ou le 2.Z Dissertation moins d’agitation de cette matière, communiquée au liquide ,dépend de la grofleur ,de ia figure ,de la nature des furfaces ,planes , convexes ou concaves, polies ou raboteufes, &de la denfité des parties intégrantes du iiquide. Si ioperfonnes autour d’une table peuvent yêtre rangées de 3628800 manières différentes, ou faire 3628800 changemens d’ordre ,on doit juger quelle prodigieufe quantité de liquides différens pourront produire toutes les combinaifons & toutes les variétés des circonftances dont je viens de parler. CHAPITRE IV. D’où vient que les Liquides nefe diJJIpenî pas en un injlant, &que leurs parties .réfijlent un peu àla defunion ;&comment fe conferve l’équilibre entre ces parties, la matière fuhtile qui les environne &qui les pénètre ,&la matière fubtile du dehors! Mais approfondifions un peu îa méchanique des Liquides :ce n’efi: qu’à proportion qu’elle fera plus connue ,qü’on pourra mieux découvrir la véritable caufe du changement qui leur arrivé dans la Congélation. 5UR LA Glace. Pan, 1.23 Comment fe peut-il que leurs parties intégrantes étant üagitées par la matière lùbtile, elle ne les diffipe pas en un moment 1Voilà, par exemple ,un verre àdemi-plein d’eau : on voit bien que cette eau ell retenue vers les côtés &au delTous ,par les parois du verre ;mais qu’ell-ce qui la retient au delTus îCar par la définition des liquides, ils doivent toujours avoir quelques parties intégrantes qui fe meuvent vers le haut ;& telle partie, par exemple, étoii poulTée dans cet inftant vers les côtés ,ou vers le fond du vaiffeau, qui va tendre vers l’ouverture dans l’inftant qui fuit !J’avoue que le poids de l’atmolphère ,ou la colonne d’air qui appuyé fur la furfàce de cette eau ,la retient en partie ;.mais le même liquide qui fe conferve dans l’air ,ne le confervant pas moins dans la machine Pneumatique après qu’on en apompé l’air, il faut avoir recours àune autre caufe. D’où vient encore la vîfcofité qu’on remarque dans tous les liquides, plus ou moinsi cette difpofition que les gouttes qu’on en détache ont àfe rejoindre, &cette légère réfillance qu’elles apportent àleur féparation, &par laquelle il lèmble qu’elles n’obéilîênt que par extenfion àla violence qui leur ell faite î De plus ,il n’y apoint d’apparence que la matière fubtile enfermée dans les-interftices i4 Dissertation d’un liquide, non plus que les parties I qui le compofent, fe meuve avec ia même vîtefle que ia matière fubtile extérieure ;de E même àpeu près que les vents qui pénètrent E jufque dans le milieu d’une forêt ,s’y trouE vent confidérablement affoiblis ,&que les p feuilles &tout ce qu’ils yrencontrent yeft K beaucoup moins agité qu’en rafe campagne. Orcomment fe conferve l’équilibre dans ces |i dilFérens degrés de vîtefle des parties intégrantes d’un liquide ,de la matière fubtile p du dedans &de la matière fubtile du dehors !p J’avoue que ces difficultés m’ont paru l;- embarraflantes ;mais, fl je ne me trompe, » j’en ai trouvé le dénouement, &il efl: comme I ie lemme fondamental de tout ce qu’il yaI de plus important àconnoître pour la forI mation de la glace. I Premièrement, les parties d’un liquide ne 1 font pas exemptes de pefanteur, ou A’inertie, é &elles en ont ,de même que tous les autres corps ,àraifon de leur mafle &de leur malière propre :c’efo-à-dire ,que tout corps ,|; indépendamment de ia Pelànteur ,imaginé i fur un plan horizontal infiniment poli, exige i d’autant plus de force^pour être mû avec urne I certaine vîtelTê, qu’il aplus d_e mafle, C’eft 1 ce qu’on appelle force /^'inertie quelle.> qu’eu | foit la cau'fê dont nous n’avons point àjtoiis.| embarrafler ici ,non plus que de celle' de | ia Pelànteur, Cette pelànteur oy: cette inertie | SUR LA Glace. Part. I. aj efl: une des puiflances qui affujétiffent le liquide dans le vafe où il eft contenu. Secondement, il ne faut pas croire que la matière fubtile environne tes parties intégrantes d’un liquide, de manière qu’elles ne le touchent jamais entr’elles ,&ne glifient jamais les unes fur les autres ,félon qu’elles ont des furfices plus ou moins polies ,& qu’elles font mues avec plus ou moins de vîtefle. 11 elt très-probable au contraire que les parties intégrantes de la plupart des liquides ,tels que l’eau ,l’huile ,le vin ,&c. ne fe meuvent guère autrement. Or ces |iarties préfentent d’autant moins de furfice ala matière fubtile intérieure ,qu’elles le touchent par plus d’endroits ;&celles qui le trouvent vers les extrémités lui en prélèntent encore moins que les autres, puifqu’elles ont un côté vers le dehors :elles en préfentent donc davantage àla matière fubtile extérieure ;&comme cette matière aplus de liberté ,&fe meut avec plus de vîtelfe que l’intérieure, il eft clair qu’elle doit avoir plus de force pour repoulîer les parties du liquide vers la malle totale ,que la matière fubtile intérieure n’en apour les en féparer. Ainfi le liquide demeurera dans le vailTeau qui le contient ,&de plus il aura quelque vifcofité ,ou réfiftera un peu àla divifion. .Pour les liquides fort fpiritueux ,dont ïes parties iiitég-rantes font apparemment B 52 DiSSE RTAT IONB iùjet ,lorfqu’on voudra l’approfondir ,quelH qu’opinion qu’on embrafle d’ailleurs fur la B caufe phyfique de la chaleur ,&fur la maË tière du feu élémentaire ,pourvû que cette É opinion foit intelligible. œ Le Soleil peut être regardé en ce fens p comme la fource la plus féconde ,comme le grand réfèrvoir de la chaleur des Planètes fi qui circulent autour de lui ,&fur-tout de i la partie extérieure qu’elles préfentent àfes 1 rayons :quoique ces planètes puifTeht coni tenir un feu central ,ou intérieur quel- | conque ,un fonds de chaleur indépendant fj de la viciflitude des fàifons ,&qui; furpaffe ^ même de beaucoup la chaleur aéluellement communiquée par le Soleil; ainfi que plulieurs phénomènes nous l’iiidiquent, &que nous l’expliquerons dans la fuite. Mais en général, ce font les rayons du Soleil qui produifent cette alternative de chaud &de froid que nous éprouvons félon diverfes circonftances ,&principalement àl’occalion des différentes faifons de l’année. Or la chaleur extérieure qui nous vient du Soleil peut être affoiblie de trois manières ;ou par l’éloignement de là fource, ou par la pofition oblique &.défàvantageufe des furfaces çjui reçoivent fes rayons ,ou enfin, par l’interpofîtion des vapeurs &d’une atmofphère épaifîe &profonde qui nous jntercepte en partie fes rayons. I suR LA Glace. Part.I, 33 C’efl: de la première manière qu’apparemment il firit moins chaud fur ia planète de Saturne que fur notre Globe ;parce que cette planète efl environ dix fois auffi éloiWs giiée du Soleil que nous :ce qui ,toutes ^chofes d’ailleurs égales, doit procurer à t'fî Saturne cent fois moins de chaleur qu’à la Terre ;favoir ,en raifon du quarré de là dif’ pt; tance au Soleil. Je dis apparemment, &toutes Il chofes d’ailleurs égales ;parce c[ue fi la cha- ®leur centrale ou intérieure quelconque ya Plieu ,comme nous le démontrerons de la ^Terre ,&qu’elle yfoit ,par exemple ,en rai1% fon de la malTe ,ou de la grandeur de la plaI nète, ou en tel autre rapport ,il ell très-poffible qu’il falTe autant ou plus de chaud Hir la furface de Saturne ,cjue fur celle de la Terre. Ainft ce n’ell pas fans reltriiltion tuqu’il faut entendre ce qu’a dit M. Netvton, quefl notre Globe était porté àla place de celui fî;. fSaturne, notre eau s’y glacerait ,&qu’a la ;,t place de celui de JVlercure ,elle s’exhalerait en vapeurs *. IJ Mais c’ell: de la fécondé &de la troi1: fième manière ,qu’en général il fût moins chaud ou plus froid dans nos climats en hiver 1; qu’en été ,&dans les'* Zones glaciales ,que ;dans les Zones tempérées &torride ;parce :que les rayons du Soleil font reçus plus obliiquement fur la terre en hiver qu’en été, & *ffwt Sa -f' 34 Dissertation fur les zones glaciales ou tempérées, que fur ïa zone torride. Par-là il en tombe d’autant moins fur le terrein ,en raifon des finus de ïeur obliquité, &ceux, qui ytombent yfont un effort d’autant moindre ;ce qui donne îa raifon doublée de ces fmus. D’où il fuit, que l’adion des rayons folaires fur un plan horizontal ,ou fur la furface fuppofée plane d’un pays ,àun inftant donné ,par exemple ,à. midi, eft proportionnelle au quarré des fmus du complément de latitude de ce pays. Cette obliquité eft caufè encore que les rayons folaires font interceptés en partie par une plus grande cpiantité d’air. Car comme une aiguille c[u’on enfonceroit obliquement dans une orange ,auroit plus d’écorce àpercer ,que celle qu’on yenfonceroit perpendiculairement &vis-à-vis du cenire ;de même le Soleil regardant les zones glaciales &les lieux qui ont l’hiver, plus obliquement que la zone torride &les lieux qui ont l’été ,fes rayons ont àtraverfer beaucoup plus d’air dans l’atmofphère ,&ils font plus affoiblis par cette caule ,&par îa précédente ,que fortifiés par la première ou parle plus de proximité; quoique ce plus de proximité aille àenviron la trentième partie du plus grand éloignement ,c’efl-àdire ,àprès d’un million de lieues :ce qui ^àit une diftance près de raille fois, plus SUR LA Glace. Part, 1,35 igrande ,que celle qu’il yade la zone torIride aux zones glaciales. Avec ces idées du chaud &du froid ^ remettonsnous devant les yeux un liquida tel qiue je l’ai dépeint ci-delTus. Suppofonsle d’abord dans un lieu affez chaud, pour lui conferver fa liquidité ou le mouvemeni de fes parties intégrantes ;&fouvenons- .nous de i’équilibre que la matière fubtile ;engagée entre leurs intervalles, coilferve !' avec elles &avec la matière fubtile extérieure. Imaginons enfuite que le lieu où efl; ce liquide vienne àfe refroidir peu à peu, jufqu’au degré néceffiiire pour la congélation. Le mouvement de la matière fub- ;tile extérieure diminuera donc auffi peu à ;peu, &par conféquent elle ne fuuoit fe :trouver en équilibre avec celle qui eft dans ;le liquide, &qui communique avec elle pai' une infinité d’iffues &de pores ,fans que celle-ci ne diminue ,àproportion de ^fa vîteffe &de fon reffort. Car dès que la matière fubtile intérieure fera moins conv- 'primée par celle du dehors ,&qu’elle dé- ,viendra la plus forte ,elle doit s’échapper du 'côté où elle trouve le moins de réfiftànce', c’eft-à-dijee, vers les extrémités &hors du liquide. ' 11 arrive quelque chofe de tout-â-fait femblable ,lorfqu’après avoir enfermé de i’eau ordinaire dans la machine ppeuma|- Bvj 3<5 DIssETxTAT ION tique ,on vient àen pomper l’air.- Car a| chaque coup de pompe ,i’.air qui appuyoit fur la fltrfàce de l’eau fe trouvant plus rare ôc plus lâche ,parce qu’il eft en moindre quantité:, il comprime d’autant moins l’eaii &l’air qu’elle contrent entre fes interftices , c’eft pourquoi celui-ci fè dégage par fort élafticité, il fort de l’eau pour pafîèr dans ie récipient, où il efl: beaucoup plus air! ïarge ;&fa fortie eft vifible ,par i’ébullttion . qu’elle caufe àla ftirface fupérieure de | l’eau. Tout de même la matière fubtile exté- | rieure venant àdiminuer de vrtelîe &de ïeffort ,il faut qu’une partie de celle qui etoit renfermée dans le liquide en forte ; &cette efïlifion doit continuer, jufqu’à ce que le nombre ,la tenfion &la vrtefle des j molécules de celle qui yrefte ,foient diminuées au point nécelTaire, pour demeurer en équilibre .avec la matière fobtile du de- | Jiors. Or les parties intégrantes du liquide I ne tenant leur mouvement que de la malière fubtile qui les environne ,il eft clair que leur mouvement doit diminuer avec celui de cette matière. De-là naiftent de plus grands frôttemens entre leurs furfaces ; parce que ces parties Ce rapprochent d’autant plus ,ou deviennent d’autant plus denfes, que les molécules qui doivent les tenir fé- |)arée5 ,ou les faire gülTér les unes fur les SUR LA Glace. Part. I, 37 autres, ont moins de vîtefîè &de refTort, Ainfi le liquide, diminuera un peu de volume ,&commencera às’engourdir &à être moins coulant. Mais fi. le froid augmente toujours, les frottemens &la denfité augmenteront avec lui ,parce cjue l’agitation &le reffbrt de la matière fubiile intérieure ,cjui devoit les vaincre ,diminuent ; &il yaura bien-tôt plufieurs des parties intégrantes du liquide qui s’appliqueront les unes liir les autres ,qui s’accrocheront ou s’entrelaceront ,fi elles font crochues ou rameufes ,lans qu’elles puiflent plus être féparées par le choc ,ou par le rejfort des molécules affoiblies qui viennent encore les heurter. Les premiers alî’emblages de ces parties fe trouveront vers les bords du liquide ,&vers la flirface ;car c’eft-là que l’effufion de la matière fubtile intérieure, &raffoiblilTeinent de fon refTort doivent commencer ;mais fi l’augmentation du froid continue, ou feulement fi le froid perfévère dans un certain degré ,,àces parties afTemblées il s’en joindra bien-tôt d’autres, favoir ,celles qui en feront les plus voifînes, àcelles-ci d’autres encore, &enfin toute la malTe du liquide demeurera fixe &immobile ,elle fera dure ,elle occupera moins d’efpace ,en un mot elle fera glacée. Ce n’eft pas ici le lieu de parler des exceptions qu’il pourroit yavoir dans ce? 38Dissertation l circonftances àl’egard de certains fiqiiiI des; par exemple, de l’augmentation de I •volume dans la congélation de l’eau :elles F dépendent ,comme je le ferai voir dans la leconde partie ,de certaines caufes particuB iières ,&je ne traite ici que de ce qui con8 vient au plus grand nombre de liquides. J’envifage préfèntement la formation de la 1 Glace de la manière la plus générale qu’il m’eft poffible ,&que je crois auffi la plus j, importante &la plus curieulè. [. CHAPITREVII. I Par quels degrés on peut imaginer que la \ matière fuhtile diminue d’aâivilé dans \ un liquide qui Je gèle. 1 Remarquons pour une plus parfaite intelligence de la formation de ' la Glace ,qu’il s’en faut bien que la matière fîibtile enfermée dans le liquide ,&j que nous avons remarqué ci-deffus devoir être beaucoup moins agitée que celle du i dehors ,conferve toujours un même rapj port d’agitation &.de relTort avec la matière i fübtile extérieure ,lorfque le mouvement de celle-ci diminue. Car fi l’on veut yregarj der de près ,on verra que la diminution de 1 vîtefîè de la matière fubtile intérieure doit | SUR LA Gi.kcz, Part. 1. 3^ être avec la diminution de vîtefTe de l’extérieure ,en rai Ton compofée, 1“ de la diminution de vîtefle de cette dernière ;2° de l’augmentation des furfaces des parties intégrantes du liquide ,c’eft-à~dire, du plus grand nombre de lürfaccs qui viennent à le toucher &àglilTer immédiatement les unes fi-ir les autres ,àmebire que l’agitation diminue; 3° de la plus grande denfité ou preffion ,laquelle naît de l’affbiblilîêment de vîtefle &de relTort des molécules de la matière fubtile intérieure ,félon que les parties intégrantes du liquide s’approchent davantage &fe touchent par plus d’endroits. C’eft-à-dire, que fi la matière fubtile du dehors diminue de 4degrés de vîteflë ,par exemple ,celle du dedans diminuera beaucoup plus cjue de 4degrés. Le détail d’un cas particulier va rendre l’enfible la propofition générale. Suppofons que le froid augmente d’un degré àchaque minute de temps, c’eft-àdire ,que l’agitation de la matière fubtile du lieu où eft le liquide diminue àchaque minute, d’un degré. Cette diminution,doit bien-tôt fe communiquer àla matière fublile qui coule entre les interftices du liquide ,par les raifons qu’on en avues. Mais puifque la diminution de vîtelTe de cette matière ne fauroit arriver ,fans que les parties intégrantes du liquide ne s’approchenf 4© Dissertation un peu &ne fe touchent par plus de furfices -qu’elles ne faifoient auparavant ,en tin mot ,fans qu’elles ne glifTent les unes fur les' autres avec plus de difficulté ;cette même difficulté ,ces nouveaux obftacles âc ces nouveaux frottemens font une nouvelle occafion de diminution àla vîteffie de la matière fubtile intérieure :car c’efl la même chofe que fi elle avoit àvaincre de plus grandes maffies &àles mettre en mouvement. Ainfi par la loi ,qu’un corps perd de fi vîteffie félon qu’il en communique, l’augmentation de la maffie fur laquelle la matière fubtile intérieure auroit àdillriBuer une certaine vîteffie, feroit la diminution de fa propre vîteffie. Donc fi l’augmentation des frottemens par l’augmentation des furfàces ,efl devenue égale ,par exemple ,àune augmentation de 2. de maffie ,il fiiudra multiplier la diminution précédente de Idegré de vîteffie ,par 2;ce qui fait 2 , &voilà la vîteffie de la matière fubtile intérieure diminuée de 2degrés, tandis que la vîteffie de celle du dehors ne vient de diminuer que de 1.Mais comme la difficulté des mouvemens du liquide augmente ,non feulement en tant que fes parties fe touchent par plus de furfàces ,mais auffi félon que leurs furfàces font plus preffiées les unes contre les autres ,c’efl-à-dire ,félon que la deiîfité du liquide eft plus grande jfi l’on SUR LA GhkCE, Part. 1.41 égalé îa difficulté qui naît de cette augmentation de denfité à3,il faudra encore multiplier la diminution précédente cjui valoit 2, par 3; ce qui fait 6.De forte c[ue lavîtefla ou l’agitation des molécules de la matière fubtile intérieure du liquide aura diminué de 6degrés ,tandis que l’agitation de celle du dehors n’a diminué que d’un degré. Pour appliquer un pareil calcul àla fécondé minute ,il faut prendre garde que les augmentations de furface &de denfité doivent croître àproportion des diminutions précédentes de la vîtefTe :ainli après avoir compté 2d’augmentation de ffirfàce , &3d’augmentation de denfité pendant la première minute, il faudra peut-être compter 3de furface, &4de denfité pour la fécondé minute ;ce qui donne douze degrés de diminution de vîteffe pour cette leconde minute. C’efl pourquoi l’on peut concevoir ,par manière d’exemple ,que les diminutions de chaque minute lliivent quelque progreffion femblable ,(5,i2,24 ,48 , &c. &qu’après la quatrième minute, l’agitatioii de la matière llibtile extérieure n’ayant diminué que de 4degrés ,celle de la matière fubtile intérieure aura diminué de 6, plus 12, plus 24, plus 48, c’elt-à-dire ,de POdegrés. On voit par-là combien la matière fubtile du dehors ,dans cette interruption conti- DIs s ERTATIOK un compofé depetites lames àrejfort, fait fpU raies ,fait de telle autre figure qu’on voudra, k plus propre àleur donner du relTort*; car c’ell de leur refîbrt qu’on peut conjedurer la manière dont elles font faites. Imaginez au contraire les parties intégrantes de la plupart des fels, comme de petites pyramides ,droites, roides &aigues, comme des aiguilles anguleules ,ou des'lan-, certes tranchantes. On les juge ainfi par le picottement cju’ils excitent lur les fibres du palais ,&i'ur les pajulles nerveul'es.de la langue ,par les eljîriis cju’on en retire ,qui font de forts &' prompts difiolvans, par les figures qu’ils affedlent dans leurs cryfiallifuions, &, fi l’on en croyoit c{uelcjues Oblervateurs, par la figure même qu’on avû c|u’ils avoient, par le 'moyen du microfeope. Cela pôle ,imaginons qu’une grande quantité de corpufcules fàlins viennent à s’exalter', &àle répandre dans l’air, foil par la chaleur du Soleil, foit par telle autre caulè qu’on voudra. Ce feront tout autant de clous, ou de petits dards qui s’enfonceront &s’embarralîeront entre les rameaux de l’air ou entre fes lames fpirales ;&réciproquement, ces rameaux &ces lames étant embarralTées par eux ,fe joindront plufieurs enfemble ,:feront des pelotons plus gros &plus ferrés qu’auparavant ,&cet air & $Hift. de j’Acad. des Sc. ijoi f.p, i,ire, ces suri LA Glace. Pan, I. 4^ CCS corpufcules nitreux formeront un tout moins fluide &plus denlè. C’efl: ainfi que i’efprit de nitre ,ou feulement la fuméâ qu’il produit dans certaines diflblutions , fige l’huile d’olive ,&la re'duit en fiibftance de grailTe ou de fuif;parce que vraifemblablement les parties de l’huile font branchues ôtrameufes comme celles de l’air. Or c[ue l’adivité communique'e par le foleil àla madère fubtile ,foit émouflee par une plus grande èpiiifleur d’atmofphère àIraverfer, comme il arrive en hiver, ou par un aflemblage d’air &d’autres corps qui forment un tout plus denfe, moins divifible, &plus propre àéteindre le mouvement idu fluide qui fe meut entre lès interftices I&qui le pénètre; que ce foit, dis-je ,par I telle de ces deux caulès qu’on voudra ,que jla matière llibtile fe trouve affoiblie ,c’eft, Iquant àl’effet, une feule &même, choie. SDe l’aflbiblifîèment de la matière fubtile 1fiiivra la congélation des rivières, des lacs, I&des veines d’eau qui coulent près de la fuperficie de là terre, ou de l’eau quelconque qui s’y eft introduite. Il eft vrai qu’à l’égard de ces glaces qu’on trouve fous terre en été, dans quelques provinces de la Chine, &dans plufieurs autres pays encore plus méridionaux ,il yaapIparence qu’elles fubfiftent long-temps après Ique celles qui éloient expbfées àl’air librç 'C •5<3 Dissertation font fondues; car cet air ypeut moiiis péne'trer ,&lorfqu’il ypénètre ,ce n’efl: qu’après s’être chargé d’une tfès -gran quantité de corpufcules nitreux ou de tels autres fels ,en paffant au travers d’une terre où ils abondent. II en eft de même des vapeurs &des exhalaifons ,qui pourroient fondre ces glaces :le nitre ne les embarralTe pas moins ,&conféquemment toute la matière fubtile ambiante en eft engourdie. II doit même arriver fouvent dans ces endroits, que les glaces fe fondent plutôt en hiver qu’en été :car dans l’été la chaleur du Soleil volatilife le nitre ,&le met en état de s’incorporer &de s’einbarraflêr avec l’air &avec les exhalaifons de la terre, au lieu qu’en hiver fes pointes s’affaiflenl plus aifément les unes lùr les autres , '&pertfent par-là le degré d’adivité nécefîàire pour | pénétrer l’air &les exhalaifons. Ainfi un froid modéré doit être plus propre àfondre les I glaces foûterraines dans les pays abondans en I nitre ,ou en fel ammoniac ,qu’une extrênn.p chaleur. m SUR LA’ Glace. P^r/,/, .jr CHAPITRE IX. Seconde caiife accidentelle de la Congélation ,le Vent. DANsun temps, froid &qui tend àla gelée .,ie vent fèc contribue auffi beaucou]) àla Congélation :car l’air qui fe trouve en repos fur la furfrce d’un liquide ,prend à peu près le. degré de. froideur de ce liquide. Or avant la congélation, ce liquide n’eft pas au degré de froideur de i’air qui doit le glacer :donc l’air c{ui touche ft furface ,& qui ne peut manquer de participer àlà température, n’efl: pas encore au degié de la congélation ,&par conféquent il ylaifîè alors àla matière fubtile plus de liberté de fe mouvoir ,que lorfque par la communication d’un air plus froid il fera devenu lui -même plus froid ou plus denlèi Ainfi la matière fubtile qui coule entre les interltices du liquide, &dont le mouvement eft toujours proportionné au mouvement de celle qui l’entoure immédiatement, n’efl: pas encore aflcz affoiblie pour permettre la corn gélation. Mais fi ii’on hâte la communication de la froideur àla, furface du liquide , en chalTant violemmeitt i’air qui la touche, &en mettant àfa place. un air plus froid & .plus dcnfe ,&tel qu’il le faut pour procurer 'j'î Dissertation ia congélation ,on a£Foiblira la matière fublile extérieure qui touche le liquide ,&par ce même moyen, celle quiyefl: renfermée, laquelle doit toujours diminuer de mouvement jufqu’à ce qu’elle foit abaiffée au degré néceiïaire pour demeurer en équilibre avec la première. Cependant cet afFoiblifTement n’iroit pas encore au degré de la congélation ,fî le nouvel air reftoit en repos dans cet état ;car il acquerroit &il retiendroit pendant quelque temps un peu de la chaleur cpü étoit auparavant dans le liquide, &le tout ,c’eft-à-dire ,ce nouvel air ,la matière fubtile qui yelt engagée, &celle qui eft dans le liquide ,fe mettroit àun degré moyen de froideur qui participeroit de la froideur précédente du liquide ,&de la froideur répandue aux environs dans l’air extérieur. Mais fi l’on continue àchaque inftanl de chaffer l’air de delTus la furface du liquide ,&qu’on yen lubftitue toujours un qui foit au degré de froideur néceffaire pour la congélation ,il eft évident qu’à la fin il communiquera au liquide £pn degré de froideur ,ou diminuera fon mouvement jufqu’à îa congélation. . Or c’eft-là ce que fait le vent, il emporte continuellement l’air chaud ou moins froid qui étoit fiir la furftce du liquide, pour fe mettre àfa place ,&c’eft par-là qu’il rend ia congélation plus prompte; Ce n’çft qu’e? SUR -Lk Gtkci.. Pan. l. chafTant ainfi de deiïlis notre peau une petite aimolphère d’air échauffe' par la chaleur du fang &par la tranlpiration ,qu’un éventail excite en nous le fentiment de fi-aîcheur. Bien des gens s’imaginent au contraire., que le vent ell; un obftacle àla formation de la glace ;&il ell vrai que lorfque le venî abeaucoup de prife .flir une grande forface d’eau ,comme for les fleuves ,fur lea lacs &for les mers ,il les empêche quelquefois de geler, en tant qu’il les agite, qu’il ôte àplufieurs parties intégrantes du liquide le temps de s’unir ,&cju’il fépare par des fecouffes continuelles celles qui s’étoient déjà unies, &qui alloient bientôt former une croûte fenfible de glace. Mais il eft toujours certain en général , que le vent doit accélérer la congélation , par la raifon que nous en avons donnée. Pour s’en convaincre ,il n’y aqu’à en faire l’expérience en même temps en deux lieux différens ,&l’on verra combien l’eaii expofée àun vent foc ,dans un vaiflêait médiocrement large ,fora plus promptement gelée que celle qu’on aura mifo àl’abri du vent ,quoique le froid yfoit le même ,a ne confidérer que la température aflueUe &générale de l’air. Cela va quelquefois au point, que la même eau tranfportée d’une expofition tranquille où. elle étoit depuis quelques heures fans geler, àune expofl- 54 Dissertation tion contraire, fe glace dans la minute & prefque dans l’inftant. Du refté on voit bien ,que quand les vents ont paffe par des montagnes couvertes de neiges ,ou fur des terres fort nitreufes ,ils en font d’autant plus propres àproduire &àhâter la congélation ,Sc qu’ils deviennent alors une caufe compliquée avec ies précédentes. On allègue en faveur de l’opinion commune fur les effets du vent par rapport à la congélation ,que non-fèulement le thermomètre ne baiffe pas au vent ,mais encore qu’il hauffe ,lorfqu’on en foufiîe la boule avec un foufflet. Mais le thermomètre ne baiffe pas au vent (du moins cela n’eft -il guère fcnfible )parce que le verre ne permettant point le paffage au nouvel air que le vent ap-* porte ,&le vent n’étant point par luimême plus froid que l’air calme ,la liqueur yeft toujours expofée au même degré de froid ,tant que l’inRrument efl: dans un air également froid, fms que l’agitation ou le calme ycaufènt aucune altération. Et il hauflè fenfibîemcnt lorfqu’on poufîe de l’air contre la boule avec un foufflet * ;parce que cet air efl; réellement plus chaud que celui qui étoit auparavant autour du thermomètre ; foit àcaufe du ligu d’où efl; pris ordinai- *Mém. del’Acad. 1710,;;. |: SUR’ LA Glace. Pari.I. jç rement le foufflet ,.foit àcaufe 'de la double agitation que reçoit cet air ,par l’attraction &par la comprellion du foufdet, où il entre par une foupape ,&d’où il fort par un tuyau étroit, &avec violence; car il faut foigneufement diüinguer cette agitation &ce mouvement, pour ainfi dire, inü‘insèc{ue de l’air par l’aétion du foufflet, du mouvement général du vent qui n’efl; que le tranfport continu d’une grande mafle d’air ou d’une partie de ratmol]rhère d’un lieu àun autre. .Nous verrons encore mieux &fous un autre alpeél dans la fécondé partie, comment un air agité peut hâter la congélation des liquides ,&un air tranquille la retarder. CHAPITRE X. Troifihne caufe accidentelle de hCongela^. tion &des Gelées ;la fupprejfiou ou , 'la diminution desvapeurs chaudes qui s'élèvent du fein de la Terre. VOICI une nouvelle caulê de la congélation, &fur-tout des grandes gelées, moins vifible ,&par-là moins connue que les précédentes ;mais ,àmon avis ,auffi réelle ,auffi fréquente ,plus efficace &plus générale ,parce qu’elle tient au principe j6Dissertation intime &permanent de la ftrudure du glob* t'erreftre. La fuppofition d’un foufïïe central ,ou de vapeurs chaudes qui s’élèvent continuelieinent du fond de la terre ,étant admife , ii eft évident qu’on ne lâuroit les fupprimer en tout ou en partie ,fins que la chaieur qui en réfuitoit fur la terre &dans ï’air ,n’en foit diminuée ,ou ,ce qui revient au même ,làns que le fi'oid n’en foit augmenté. Si l’on ajoute ce froid à celui que comportoit actuellement le climat ,par la caufe générale de la vicifTitude des lîùfons, &* par les circonllances locales ,il produira néceffiiirement des effets proportionnels à fon intenfilé ;&fi cette intenfité eft telle par elle-même ,ou par ft complication avec tout le refte ,cp’elle égale ou qu’elle furpaffe dans fon réfultat ,le degré de froid de la congélation, il n’eft pas moins évident qu3 la gelée doit s’en enfuivre. Il ne s’agit donc que de fàvoir fur quelles preuves ,ou fur quel principe je fonde cette fuppofition. SUR LA Glace, Part. I. CHAPITRE XI. Du Feu central ou ïntérieur de la Terre ^ ét des principaux phénomènes qui en dépendent. PLUSIEURS auteurs très -éclairés ,tant anciens que modernes, ont reconnu un feu central dans la terre, ou une chaleur quelconque très-profonde. Les uns &les autres en ont déduit l’explication de quantité de phénomènes ;mais aucun, que je lâche ,n’en aétabli l’exillence &les effets de la manière, qui fuit. Je donnai en 1719 àl’Académie des Sciences un Mémoire c[ui fut imprimé parmi ceux de la même année, &qui apouf fujet la caufe générale dufroiden hiver, &de la chaleur en été. Il efl démontré dans ce Mémoire, cjue la chaleur de l’été, dans le climat de Paris, au folftiee d’été, err tant cju’elle réfulte de cette caufe ,c’efl-à-dire, de fàclion du Soleiî fur la terre ,eft àla chaleur de l’hiver ,an folftiee d’hiver, tout au moins comme eft àr. Par les obfervatîons &l'es expériencesimmédiates de M. Amontons, fur la chaleur de l’été &de l’hiver dans le même climat-,. &aux folftices ,la première eft àla fécondé comme 60 efl: àj.i ees nombres expri— CV §4 Dissertation Telfes de profondeur. Degré de chalture. 52 -•. 106 ....... . 158 ..... . .. 222 ......218 i Où ïe plus grand terme n’excède le plus petit que d’environ Excès que les moindres inégalités de confiftance dans le îerrein peuvent produire ;mais toujours du côté du centre ,d’où vient le plus de chaleur. Du relie ,quoique le nombre 21one Ibit pas pris ici au hafard ,&qu’il approche alTez du véritable converti en degrés du thermomètre, je ne le donne cependant que par manière d’exemple, ne voulant pas entrer làdelTus dans un détail de calcul qui nous écarteroit trop de notre principal objet. En rabattant le merveilleux ,&la plus, grande partie de ce qu’on nous rapporte de i’excefljve profondeur des mines de fel de Villuzka en Pologne à. deux lieues de Cracovie, il relie pour vrai qu’elles font trèsprofondes ,&qu’il ya' toujours dans cette efpèce de goulFre ,qui eft fort valle ,un grand nombre d’habitans ou de travailleurs. Cependant on ne fait aucune mention dè là chaleur qu’on yéprouve ,&il yagrande apparence qu’elle ell fort tempérée. Peutêtre que les corpulcules lalins répandus dansFair qu’on yrelpire ,, contribuent àcett& Sur la Glacé. Part,!. 6% température ,conformément àce que nous en avons dit dans un des chapitres précédens. Quoi qu’il en foit ,la chaleur égale & permanente qui règne dans toute cette couche aflêz épaiffe du globe terreftre ,depuis ia profondeur des caves de i’Obièrvatoire , ou telle autre ,félon les circonftances des lieux ,fera toujours le ligne le plus diftinélif du feu central ou intérieur dont npus avons démontré la réalité. L’augmentation quelconque de chaleur depuis cette couche vers le centre ,&conftamment vers le centre , quelles qu’en foient les intenfités ,achève de le rendre palpable. Tout le refte fe complique avec d’autres caufès ,avec la nature du terrein &les matières inflammables ou non inflammables dont îl efl: compofé ,&fur-tout avec la diredion &la diflribution ,ou accidentelle ,ou organique ,des canaux par où ce feu s’exhale. De-Ià des tremblemens de terre» par la rencontre fortuite du feu avec un air très-denle par Ija profondeur, &fubitemcnt enflammé dans les cavernes foûterraines *. De-là les volcans qui exiftent aduellement ou qui ont autrefois exifté dans prefque toutes les grandes montagnes ;&de-îà enfin la formation de la plupart de ces montagnes :car il lèmble ,àen juger par les veftiges qui nous en reftent ,que ce foit àces points de la croûte extérieure du globe ,que Fqy. Mém. de l’Acad. des Sc. 1703,,^. /o,/ÿ , é:6’ Dissertation le feu aredoublé de force ,&par où il s’eft fût jour ,en foûlevant &fracaffant ces iramenfes couches de rocher qui s’oppofoient àfes éruptions. CHAPITRE XII. Effets fenfibles du Feu central dans la Mer-, &fur les eaux de la Mer. Les expériences nous manquent fur ce fujet; cependant le peu qué nous en avons ,l’analogie qui règne dans tout ce qu’on vient de voir, &quelques faits particuliers, ne nous permettent pas de douter que la Mer ne fe relfente de cette chaleur centrale outrès-profonde que nous venons de démontrer &de décrire par rapport aux grands Continens. M. le Comte Marfigli ,àqui les Sciences font fi redevables ,nous apprend dans fon Hiftoire phyfique de la Mer ,ayantplongé vn thermomètre en divers lieux ,&àdiverfes profondeurs ,dans les mois de Décembre ,de Janvier, Æars &Avril, il trouva que la température àla profondeur de io,2O,yo,i20 irafes, étoit toujours également de io^degrés ,ou de 10\II le plongea auffi au ,*Hifl. phyf. de la. Mer, p. tC, Ces expériences furent faites fur le golfe de Lion, vers l’an 170g, avant & après ,comme il paroît par l’Eloge de l’Auteur, Hijl, de l'Acad. des Se. 0, p. rjp. SUR LA Glace. Part, I. mois de Juin ,&je ne fais par quelles circonftances la liqueur ydefcendit 3ou 4degrés plus bas, félon la Table qu’il nous en adonnée. Mais quoi qu’il en foit, ces obfervadons reviennent parfaitement ànotre idée, par la chaleur fenfiblement uniforme qu’elles donnent àla mer en différens temps, au deiTous de iobraffes ou iotoiles de profondeur, &jufqu’à i20 toifes. Tout ce qu’il yauroit àdefirer, c’eft que l’Auteur nous eût indiqué quelque terme fixe de chaleur ou de froideur auquel on pût rapporter les degrés de fon thermomètre. Cependant on peut juger par l’infpedion de l’inftrument même qu’il arepréfenté dans une de fes planches ,&àcertaines marques qu’il y aajoûtécs ,que ces iodegrés de chaleur ne s’éloignent pas de ce que nous appelions le tempéré, &qu’il femble nous défigner par le mot de température *. Ce témoignage de M. le C. Marfigli eft d’autant plus pofitif, qu’il ell: rendu en quelque forte contradiéloirement àcelui du fameux Boyle qui avoit traité dufond de *Il yaune marque fur ces iodegrés ,&la liqueur eft pourtant arrêtée au 44, a™', 34. degrés au deflbus, comme li c’étoit-là le point où elle étoit fur la Terre, avant que l’inftrliment fut plongé dans la Mer. Je crois qu’il vaudroit mieux encore faire ces expériences avec la Sonde de M. Hook ,décrite dans l'Efai d'Injlruclions fur les Voyages, T. I. des Voyages au Nord, ou femblabie ,par le moyen de laquelle on retirât de l’eau da éS "Dissertation la mer, &de la température des régions foSmarines, mais, félon M. le C. Marfigli, d’une manière très -imparfaite, fbit qu’il eût été prévenu par la mort, ou que ejuelqu’àutn accident qui ne nous ejl pas connu , l’eût enrpêchc d’y mettre la dernière main. Voyons pourtant cequ’apenfé M. Boyîe iur le fiiit dont il s’agit. dit-il, um erreur vulgaire de s’imaginer que les eaux les plus profondes de la mer /oient toûjours trhchaudes; &il croit au contraire, d’après plufieurs relations qu’il s’étoit procurées ,qu’rs général la température des régions inférieures de la mer ef froide. Sur quoi j’ai àfaire quelques remarques. Selon notre théorie même ,les eaux pro-< fondes de la mer ne fiuroient être ordinairement très-chaudes, fi, par très-chaudes, (calidifmiæ ) on entend que la chaleur de ces eaux furpalTe de beaucoup la température qui réfuite en général des émanations du feu central ,&celle des eaux fupérieùres. Je ne làis auffi ce que fignifie ,àl’égard de de cette région inférieure ,la qualification de froide ,^frigida ef)tant que je n’aurai. fond de la Mer fans mélange ,&enaffez grand volume pour qu’elle confervât àpeu près fa température dans l’intervalle du temps qu’on emploie àla monter ,& qu’on yplongeât le thermomètre fur le champ ;ou , au défaut d’une pareille Sonde ,qu’on fe fervît d’un thermomètre dont la boule fût fort groffe ,&la marche fort lente,. SUR LA G-LkCl.. Part. 1. 6p point un terme de comparaifon pour en évaluer la froideur; car peut-être n’efl-ce que ce que j’appelle la température réfultante du feu interne auprès de la furfàce du Globe. De plus, par la loi inviolable d’hydroftatic[ue ,qu’il efl; très-important de ne pas perdre de vûe ,&qui fait ici la grande différence entre les continents &la mer, les eaux les plus chaudes ,&par conféquent, toutes chofes d’ailleurs égales ,les plus légères, doivent continuellement monter au deffus de celles qui le font moins. Ce qui donnera àtoute cette grande couche liquide du Globe terreflre ,une température àpeu près égale, conformément aux obfervations de M. le C. Marfigli ;excepté vers la fuperficie aétuellement expofée aux impreffions de l’air ,&où l’eau fe gèle quelquefois, avant que d’avoir eu le temps de defcendre par fon poids &par fon refroi-^ diffement. Je dis enfin ,que M. Boyle n’ayant pas eu des obfervations où l’on ait employé le thermomètre, ayant parlé feulement d’après la fenfation toujours relative &équivoque des plongeurs ,ou d’après la froideur aquilè dela fonde jugée au tad ,foit àquelques toifes de profondeur dans les mers du Nord doirt ils n’avoient pfi fo-ûtenir la froideur, foit àde plus grandes profondeurs dans les mers des Indes ,on ne fauroit rien Ilatuer yODissertatt ô n de fixe ni de concluant fur de pareilles expériences. < II eft comme démontré ,que fi le fond de la mer ne fe reflentoit pas des émanations continuelles du feu central ,les eaux yferoient toujours non feulement froides, &très-froides, àcent ou deux cens bralTes de profondeur ,&àplus forte raifon ,à trois ou quatre cens * , mais encore abfolument glacées, comme les mers du Groenland &de la nouvelle Zemble dans le plus .fort de l’hiver. Car i°Iafurface de la mer ne fe glace dans ces pays circompolaires, que par le refroidilTement de l’air ,&ce refroidilfement ne vient que de l’affoibiiflèment de la caufe générale &extérieure de la chaleur. 2° Cette caufe ,l’adion des rayons folaires, ne pénètre certainement pas d’ordinaire àplus de ioou i2pieds de profondeur dans la terre ,comme les glacières qui s’y maintiennent le juftifient, 3’ Si nous ne faifîons que comparer en cela la terre &l’eau ,relativement àleurs pefanteurs Ipécifiques ,nous trouverions que les rayons du Soleil n’échaufferoient pas la mer au delà de 20, 25 ,ou 30 toiles de fa fur- *On afilé la Sonde àcette profondeur ,&bien au delà, fans trouver terre. Quelques Marins ont cru qu’elle ne pouvoir defcendre fi bas ,ni àbeaucoup près ;mais c’eft un préjugé qui n’elb fondé fur aucune boiine raifon, &que l’expérience dément. Fournier, Hydrogrât fhie ,Coy, Marfigli ,vHfup. yle. SUR LA Glace. Part. I. y:.i ftee. Mais donnons aux eaux de la mer Je décuplé ,le centuple ,s’il. le faut ,de cette épaiifeur qu’exige la terre pour conferver la froideur de la gelée ,&cela ,fi l’on veut , en vertu de la tranlparence de ces eaux ; quoiqu’elles la perdent ,ou qu’on ne voie plus àtravers au delà de 2^6 pieds 42 | toifes *, &que la tranljaarence n’exclue ni la froideur, ni la congélation, puifque la glace eft tranlparente. Que fera-ce à2, 3ou 4cens toifes de profondeur îDonc les eaux de la mer feroient toujours glacées àde femblables profondeurs ,fi quelque feu encore plus profond ne les yentretenoit dans leur état de liquidité, II yadonc certainement fous le balîin de la mer un principe de chaleur, &de quelque manière qu’on l’entende ,il yadu feu ,puifqu’il en fort de toutes parts. Le Balîin de la mer adu moins, comme le relie de la Terre ,fes volcans dont les éruptions fe inanifellent par la formation fubite des nouveaux écueils ,&par la nailîànce des nies encore fumantes ;par les trombes marines ,qui ne font vrai-lemblablement qu’une fuite de ces éruptions moins complètes,, loifqüe le foûlévement des terres du delîus n’a pas été fi étendu, ou n’a pû parvenir jufqu’à la lurface de l’eaü; par les velliges *Effaid’Opt. lur la grad. del aLum. par M. Bsnÿusr, p. yy. y-x DIs s ERTATIO de feu, les piêrres calcine'es &le'gères don( elle fe couvre quelquefois tout àcoup, fur un efpace de quatre ou cinq .cens lieues, àplufieurs centaines de lieues loin des côtes {aj, &fans qu’il yait aucun volcan àla ronde; &enfin par le bouillonnement, vrai ou apparent ,des eaux ,ibit qu’on yfenti une chaleur immodérée qui en défend l’acch, comme il arriva auteur du nouvel écueil c[ui parut en une nuit piès de l’IHe de Santorin (b), foit cjiie cette elpèce de bouillonnement ne vienne que des eaux plus chaudes du delîbus, &par-là plus légères, ,c]ui montent fins ceffè au delTus. CHAPITRE XIII. Autres effets du Feu intérieur queîconqm de la Terre, NÉnous laflbns point, d’éclaircir par des exemples une matière fi importante pour notre fujet, &ii intérefîànte par elle-même. Tout fluide cjui tend àfe dilater, quelle qu’en foit la caufe ,tend également àrepoufler ce qui s’oppofe àfes dilatations; 'il eft impulfif par cela même qu’il eft çxpanfif. Or, comme l’a montré M.Boerhaave ^a) Hift. de l’Acad. des Sc.' 1743, V3^" (b) Hift. de i’Acad. des Sc. 1708,/', 23, èM SUR LA G^kcn. Part. I, 75 dans fil Chyinie, par mille raifons de théorie &d’expérience, de toutes les propriétés du feu la plus incontellable &la plus elTeiitielle ,c’elt l’expanfion. La vapeur chaude &fubtile ,cette atmolphère c|ui environne les corps folides brûlans ou échauffés ,en un mot les émanations de tout feu central,- feront donc auffi irapulfives, &agirent perpendiculairement au corps échauffé ;&celles de la Terre agiront encore ainfi par leur tendance de légèreté qui les dirige fans cefle en fens contraire aux impulfions de la pefanteur, comme la flamme. Une expérience très-familière réunit tous ces effets. On fulpend au deffus d’un poêle une lame fpirale de carte ou de papier ,de manière que fes jrians fé préfentent oblicjuement àla vapeur cjui monte verticalement du fer ou de la brique ,&la fpirale ,l’hélice ,ou le moulinet tourne , &tourne d’autant plus vite ,que le poêle efl plus échauffé. L’on fe fert même de cette elpèce de thermomètre pour yentretenir un feu égal. Ainfi ,dis-je, les émanations du feu central ou intérieur quelconque de la terre , dont l’exiflence n’efl: pas douteufe ,auront iineimpulfion fehfible, quoiqu’il!vifible, fur tous les corps folides ou fluides qui environnent la terre; &fi elles l’ont, elle i'e décéléra, lorfque ces corps ,folides ou fluides, & vifibles, feront contraints de lui céder en Itout ou en partie. D §o Dissertation fur tout le refte de la terre, fi ce principe permanent de chaleur ne l’en garaniiffoit pas. li yaencore une chofe àremarquer fur plufieurs de ces hautes montagnes toutes compofées de rochers ,c’efl que les variations du baromètre yfont prefque milles ou feulement d’une ou deux lignes ,tandis que dans les pays d’alentour ,Sc vers le bord de la mer ,elles s’e'tendent entre les limites d’environ deux pouces. Telles font les Alpes, comme l’a remarqué M. Scheuchzer dans les différens voyages qu’il yafiiits ;car quoiqu’il faille retrancher des variations qu’il y devroit avoir ,la partie proportionnelle àla defcente du mercure dans le tube ,en conféquence de la h.auteur des lieux ,il s’en £mt bien que ces variations approchent de ce c[u’eiles devroient être ,puifqu’environ 7 pouces de defcente ,par exemple ,àquoi répond la plus grande hauteur des Alpes, ne devroient donner que 7à8lignes tout au plus de retranchement àl’étendue des limites de variation ,&qu’il en relleroit encore 16 à17. D’où viendroit donc que l’atmofphère ne s’y mettroit pas en équilibre avec celle des plaines des environs pendant ces alternatives de defcente &de montéi du mercure ,fi l’interception du fluide montant ,dont les accès ne s’y font point fentir, n’avoitpas lieu! Ce n’eft pas l’éloignement defaîmolphèrequi eft audelTus, d’avec SUR LA Part. 1, 8s celle des plaines voifines ,qui l’interrompt ou i’empêche ;car nous avons une infinité d’obfervations. correfpondantes entre Paris ,Uranibourg ,Copenhague ,&autres lieux fort éloignés ,où les mêmes variations du baromètre arrivent le même jour ,&prefque à lii même heure. J’avoue que la différence n’efl: pas fi marquée entre fes montagnes de fa zone torride &les lieux circonvoifins fitués au bord de la mer ;mais c’eft que la firrface de fa zone torride eft beaucoup plus élevée que celle des autres zones, &que par-là, ou par la caiifc même de cette élévation ,la hauteur & les variations du baromètre yfont beaucoup plus limitées ,tant fur les montagnes que dans la plaine. Par la même raifon le chaud qu’il fait communément dans la zone torride n’eftpas plus grand que celui qu’on éprouve àParis dans les étés ordinaires; il eft feulement plus continu ,&c’en eft alTe^ pous être piusinfupportable *Par fes dernîcres obfervations de ta figure de la Terre,: le milieu de la zone torride eft plus éloigné du centre que' les pôles terreftres dé 7à8lieues'. Cetté élévation ,fr die donnoit autant d’éloignement de plus de la fphère: centrale delà chaleur ,d'evroit:,. félon, nos principes, caufer un froid extrême dans toute cette zone. Mais it faut prendre garde que les forces centrifuges qui ont produit l’élévation de la zone torride ,ayant agi d’aborj fur toutes les couches du globe terreftre ,fuppofé primitivement fluitTe ,en raifon des quarrés de vîteflè & des dtftanees la aoCits^ ou la coucheterreftre etté^ Py Si Dissertation La fuppreffion des vapeurs centrales eiî âilee àdémêler, quand ,avec la hauteur du fol ,elle fe trouve jointe àd’autres caüfes de froid, telles que la faifon de l’hiver, la hauteur du pôle ,les terres chargées de nitre ou d’autres Tels; parce qu’il en réflilte alors des effets prodigieux ,&. qui furjjaffent de Beaucoup ce que ces circonftances toutes feules pourroient produire. Les hivers de la Sibérie &de quelques autres régions du continent de l’Afie, entre les J5 &do degrés de latitude, font lî terribles, qu’on ade la peine àimaginer que les hommes &les animauxpuiffent yréfiller. Un favant Naturalifle qui apaffé quelques années dans ces pays-là , rapporte *que le mercure du thermomètre de M. Delifle ydefcend communément en •S'ieUre de la zone torride n’a pû par cette caufe que devenir un peu plus épaitTe que celle des autres zones; &c’efi: de cette petite épaitTeur de plus àcet endroit du globe que réfulte une chaleur moins grande qu’elle ne devroit l’être àraifon de la latitude ,&par la caufe générale des faifons. En un mot, la fphère ou le fphéroïde du feu central doit s’étendre davantage vers la zone torride que par-tout ailleurs ,&ytrouver en même temps une croûte plus épaitfe de terrein àtraverfer. *M. Jean-George Gmelin, Prof, en Chym. &en Hift. Nat. de l’Acad. lmp, de Péterfbourg ,dans la grande &belle Préf. de fa Flora Sibérien. Ces obferva- .tions fe rapportent aux années 1735, 36, 37 &38, &ont été faites principalement au Fort de Kiren fur la Lena, &àla ville de Jenifea fur la rivière de même lïom, vers lé 58 &le 58 Adegrés de iat. félon l’Atlas iiajficu}, publié en 17.^5, SUR LA Glace. Part. I. hiver à240, &quelquefois jufqu’à 270 Se 2.8 Idegre's ,qui répondent àenviron 48, 64 &70 degrés de celui de M. de Reauinur ,au deflbus du terme de la congélation : tandis qu’à Torno en Bothnie, àprès de degrés de latitude, en Janvier 1737, le même thermomètre garni de mercure ne delcendit qu’à 37degrés ,&qu’à Paris en 1705), le plus grand froid n’alla pas àla valeur de 15de ces degrés. C’efl; c{ue le terrein de la Sibérie eftcompaéte &fort élevé, qu’il abonde en nitre &autres fels ,qu’on ytrouve en plufieurs endroits &prefque toujours de la glace àc{uelques pieds fous terre ,&que cette glace s’étend vrai-femblablement àune très-grande profondeur ;de manière qu’on n’y làuroit que difficilement creufer despuks, &que fi l’on vient àbout d’y en creufer , même plus bas que le lit des rivières voifines, l’eau n’y peut couler, en étant empêchée par les glaces ,ou parce c[u’elle fe glace ellemême :toutes circonflances c[ui contribuent àla rigueur des hivers qu’on yéprouve ,& contraires àl’émanation des vapeurs Ibûterraines ;mais qui ,làns l’interception de ces vapeurs ,ne fauroient porter le froid àcet excès énorme. Aulîl le judicieux Auteur qui nous fournit tous ces faits ,ne doute-t-il pas qu’il ne s’y mêle quelque chofe de plus *„ *Sulefe aliam quamdam caujfam in terra forte lates« 84 Dissertation CHAPITRE XV. Application du principe des vapeurs centrales ,àla Congélation &àla Gelée, POUR réfiimer enfin tous ces fiiits & toutes ces indudiôns ,&appliquer le principe ànotre fujet, voici ,en ge'ne'ral-, comment je conçois qu’il agit dans les climats tempérés ,tels que le nôtre. Les vapeurs qui s’élèvent du fein de la terre ,fupprimées en tout ou en partie ,moins abondantes , ou moins chaudes ,diminuent la chaleur qu’il yavoit actuellement àfit lurfàce ,ou àla région inférieure de ratmofphère ,&yamènent ce que nous appelions le froid, Le fi'oid furvenu àla furfiice en reflerre les pores ,&cet effet devenant caufe ,diminue àfontour l’émanation des vapeurs. Tous les deux, foit comme effets, foit comme caufes, fe compliquent, fe pénètrent, &font fuivis de la gelée ,quîind toutes les autres circonftances requifes de la faifon ,du climat ,des ,vents ,&c. yconcourent, &cette gelée dure jjufqu’à ce que de nouvelles caufes ,internes ou externes, rompent l’accord despremières. Al’égard des climats extrêmes ,foit pour le chaud ,foit pour le froid ,les caufes de l’un &de l’autre abforbent fouvent l’effet ordijjaire de celle-ci ,ou l’empêchent de paroîtrC; SUR LA Glace. Parti. 85 quoique toujours exiftante ;àmoins que des circoiiüances particulières ne la dècèlent , ou n’en montrent vifiblement la fuppreffion , comme nous venons de le remarquer de la partie élevée &montagneulè du Pérou, au milieu de la zone torridé.. CHAPITRE XVI. De la différence des co?igéIations, félon la différence des liquides, en général. Ladifférence des congélations peut confifler ou dans leur promptitude ,ou dans leur force ,ou dans plufieurs autres circohftances qui varient àl’infini ,félon la nature &les propriétés du liquide. Pour s’en faire une idée générale ,qui efl tout ce que nous prétendons en tracer ici, il fuffit de fe rappeller ce qui a été dit ci -defî’us ,de la différence qu’il ypeut avoir entre les liquides ,par la grofîèur , par les figures ,&par les denfités différentes des parties qui les compofent. Car les mêmes combinaifons d’où refultent leurs différens degrés &leurs différentes efpèces de liquidité ,doivent produire autant de fortes de glace. II efl évident, par exemple, que, toutes ehofes d’ailleurs égales ,un liquide dont les parties intégrantes font plus groffes, ou. plus raraeufès,. ou moins polies,. c% §6 Dissertation plus denfo ,doit fe geler plutôt que celui dont les parties auroicnt des qualités contraires ;puilque ce font autant de circonftances qui diminuent l’aélivité d« la matière fubiile qu’il renferme. Les liquides qui fe gèlent facilement, & dont la glace, du moins celle qui fuccède immédiatement àleur liquidité ,n’eft pas dure, comme l’huile d’olive ,la graifîè fondue, &c. ont apparemment des parties intégrantes plus raineufes ,c: avec cela plus Toupies que celles des liquides dont la glace eft plus ferme. Les petits filamens &les rameaux de ces parties peuvent leur procurer la promptitude de la congélation ,&leur fouplelîê peut en empêcher la dureté. Pour les liquides fimplement aqueux, l’ai remarqué qu’ils fê glacent prefque tous dans le même temps ,ou dans des temps qui diffèrent peu entr’eux ,&qu’il n’y a que certaines circonftances dont on ne s’aperçoit pas quelquefois dans les expériences qu’on en fait, qui font l’unique caufè des différences qu’on ytrouve. Car un valè où il yaura eu quelque liqueur fpiritueufe ou quelque fèl ,moins net ,plus grand , d’une différente matière ,ou d’une différente figure ,mt plus parfait ou un plus long repos ,en un mot, la circonfttance la plus légère, eft capable de produire des difféîences conlidérables dans la congélation de SUR LA Glace. Part.L 87 deux liqueurs homogènes ,ou même dans celle de deux portions lemblabies d’une même liqueur. On peut voir parmi les expériences de Florence *,celles qui ont été faites dans cet efprit fur les congélations de l’eau de fontaine ,de l’eau de neige, de l’eau de myrte ,&de plufîeurs autres liqueurs. CHAPITRE XVn. Des liquides qui ne Je gèlent point ,on qui ne Je gèlent que dificilement. COMME il n’y aprelque pas de corps, quelque folide qu’il foit ,qui ne le fonde &ne le vitrifie par un feu violent, je crois auffi qu’il n’y apoint de liquide qui ne puifîe ,àla rigueur, être fixé ou changé en glace par un froid extrême. Si l’on trouvoit jamais le moyen de ramafîèr en un point tout le froid d’un grand efpace , comme on adéjà eu l’art de rafîèmbler en un foyer les rayons du Soleil ;fi l’on trouvoit, dis-je, une machine pour augmenter le froid ,équivalente aux miroirs dont on fe fert pour augmenter la chaleur, je ne doute pas qu’on ne vît en ce genre des phénomènes aulli curieux &auffi fiirpredi riaturali ejj/erim^ , pag.clvj. 88 DrSSE RTATION nass que ceux qu’on avus au miroir ardent du Palais royal. II efl rapporté dans les expériences de Florence ,qu’un miroir concave de réflexion ayant été ajufté auprès d’un tas de glace de 500 livres pelîint, l’efprit de vin d’un thermomètre expofé àfon foyer commença àdefcendre. Mais rien n’cfl: plus incertain que cette expérience, de l’aveu même de ceux qui l’exécutèrent. M. de Reaumur nous afourni^^r ce fujet, &par une voie bien differente tout ce que i’induftrie &l’art ont donné jufqu’ici de plus curieux &de plus utile ,en augmentant par degrés &de plus en plus ,par le moyen des feJs &des elprits acides tirés de ces lels, la froideur d’une glace qui fert àfon tour àrendre la fuivante plus froide ,&ainfî de fuite ,fans qu’on fâche où s’arrêtera la progrefTion. Il apoufle l’augmentation du froid dans ces expériences ,jufqu’à Z5degi'es de fon thermomètre au delà du terme de la fimple congélation Je n’entends donc par des liquides c[ui ne Ce gèlent point ,que ceux qui ne fe gèlent que difficilement, ou qu’on n’a point vû geler chez nous dans les hivers les plus rudes. Les liquides fpiritueux qui ont des parties fort ténues, fort légères, &fort environnées de la matière fubtile ,font de ïMé|n. SUR LA Glace. Part. I. 89 nombre. Car l’agitation de cette matière doit être prefque aulîi grande dans leur intérieur qu’au dehors ;&leur légèreté , jointe àla facilité avec laquelle ils s’évaporent ,le prouve d’une manière fenfible. Par cela même la matière fubtile qui circule dans ces liquides ,yperd moins de fon mouvement que dans les autres ,lorfque celle du dehors vient às’afFoiblir. Par exemple, tandis que ,félon la théorie &le calcul du Ch. VII ,la diminution d’un degré de vîtelTe delà matière fubtile du dehors, aura produit dans l’intervalle d’une minute ,une diminution de 6degrés fur la matière fubtile qui ell renfermée dans l’eau ,elle ne produira peut-être pas une diminution de z degrés fur celle de l’elprit de vin ;&de plus ,au lieu de cette progreffion ,6,iz, 24, 48, &c. que pourroient fuivre les diminutions de la matière fubtile intérieure de l’eau àchaque minute, les diminutions de celle de l’elprit de vin ne donneront peut-être que celle-ci ,2, 3, 4l,&c. C’efl pourquoi ,lorfque la vîtelïè de la matière fubtile de l’eau aura diminué de 90 degrés ,celle de l’efprit de vin n’aura diminué ,par exemple ,que d’environ 16 degrés :&ûl’on faifoit l’agitation de cette dernière ,avant l’affoiblilîèment ,de 100 degrés plus grande que l’agitation de celle de r'eau ,il lui rellèroit encore après celte ^6 Dissertation voir un poli plus parfait; &avec cela unt extrême rondeur &leur pctiteflê ,qui les fait pafîer àtravers les pores les plus étroits, peuvent compenfer leur pefanteur ,&piocurer àla matière fubtile toutes les facilités nécelTaires pour les tenir toujours en mouve> ment. CHAPITRE XVIII. De la Coagulation, Nentend par la coagulation cct e'paififlement qui furvient àcertains coips, fins qu’ils perdent lênfiblement des parties qui faifoient leur liquidité. Les liquides fufeeptibies de cette modification méritent ici une attention particulière, Ce font ceux qui, comme les autres, fe glacent par un froid violent ,&,c[ui de plus le figent &le coagulent ,les uns par une chaleur plus ou moins grande ,&les autres par un froid médiocre. Le blanc d’œufell de la première efpèce ;le lang eft de la léconde; le jaune de l’œuftient ,fi je ne me trompe, un peu de l’une &de l’autre. Ces liejuides font très-compofés, ou plutôt ce ne font que des corps extrêmement mous ,dont la leule partie aqueulè &lymphatiquequiles pénètre, relient la nature de liquide que nous avons décrite au commencementdç celte Differtation. Lews SUR LA Glace. Pan. t. 97 Leurs parties propres ou intégrantes font fort grofîes ,&nagent dans un lue glilîànt qui fiit toute leur liquidité ,ou dans celte humeur lymphatique i^eaucoup plus fubtilc qu’eux. De ce mélange naît un effet lèmblable àcelui de la congélation ,&par une caufe femblable, quoiqu’en apparence toute contraire; car au lieu que c’eft toujours le froid ou la diminution de mouvement de la matière fubiile &du feu qui produit la congélation ,c’efl: ici quelquefois le feu même &l’augmentation de mouvement de la matière fubtile intérieure qui produilent la coagulation. Mais la liqueur dans laquelle nageoient les parties intégrantes des liquides .coagulés par le feu ,faifant leur licjuidité , comme la matière fubtile faifoit la liquidité de l’eau ,&de cette licjueur même dont nous venons de parler, il efl: évident que le feu qui chalfe cette liqueur d’entre leurs interflices, ou qui la fait évaporer ,de même que le froid chafle une partie de la matière fubtile qui efl: dans l’eau ,il efl, dis-je ,évident que le feu produit la coagulation par la même méchanique que le fi’oid produit là glace. Et à l’égard de ceux de ces licjuides, plus ou moins compofés, c[ui fe coagulent paruii froid médiocre &fort au deffous de celui de la congélation de l’eau ,il efl évident que ce n’eft qu’à la partie gélatineufe ou rameiife epi fç trouve mêlée avec leurs parties Dissertation ïespîusgroffières, qu’ils doiventcette prompte coagulation. Les gelées ,les fucs des fruits &des chairs des animaux qui fe figent le plus tard ,font ceux où la partie aqueufè qu’ils contiennent ,ou qu’on yamêlée ,domine davantage. La groffeur que J’attribue aux parties inte'- grantes de quelques-uns des liquides qui fe coagulent ,non plus c[ue la lymphe dans laquelle J’ai dit qu’elles nagent ,n’efl: pas une fimple conjecture. On voit ces parties cette lymphe avec le microfcope :on voit le làng ,par exemple ,couler dans les artères &dans les veines des nageoires d’un poifTon ,ou dans les membranes de quelqu’autre animal ,comme de petits grains d’un rouge plus ou moins brun, cjui font emportés dans une liqueur un peu Jaunâtre, mais claire &tranfparente. Leeuwenhoet a difcerné la figure de ces grains ,en adéterminé la groffeur, &s’eft rendu célèbre par Ton adreflê ,la pénétration &fa confiance dans ces recherches. La partie rouge du fiing humain confifie en une infinité de globules, qui, félon cet Obfervateur, font vingt-cinq mille fois plus petits qu’un grain de fable ordinaire ,&par-là encore cent fois plus gros que certains animaux qu’on découvre avec le microfcope. Chacun d’eux eft compofé de fix autres globules ,chacun tourne îlufon centre ;ils Ibnt mollets ,flexibles & SUR LA Glace. Part. 1. peHins (a) , plus pefans que la férofité qui les eniraîne ,quoique cette férofité Toit plus pefànte que l’eau de puits ,qui l’eft plus que toute autre (b). De la flexibilité &de iamollefle des fix petits globules compofans naît raflêinblage du globule total qui en elt compole, non comme une grappe de fix grains de grofeille qui ne fe toucheroient que parmi point, mais comme une Iji hère parfaitement' unie dans toute la furface ,à cela près que le contaél mutuel des fix globules comprimés l’un contre l’autre trace autant de figures curvilignes quadrilatères d’une égalité &: d’une régularité admirables (c): &de leur pefanteur commune il réfulte, que dès que le fang efl hors des veines, & que la férofité dans laquelle nagent les globules s’ell un peu refi'oidie &aperdu fon mouvement ,ils tombent au fond du vaif feau, ilss’affailTent, ils s’aplatilTent les uns fur les autres par leur poids ,(Sc lailTent au defliis ce fluide plus lliStil qui leur procuroit en partie les divers mouvemens dont ils étoient agités. (a) Ohjen’atiors de Leeuwffli. (Arcam. mt, dct. Jfuy leping, klait ,le fel ,itc, traduites &raffemblces par Al. Mefmin. (h) Th. Schwencke, Hizmatologia ,five-fanguinis liiftaria ,ifc. (c) Effai fur l'Analyp du faitg humain, par M. Ge. Alartine, parmi les Obf. de Méd, de la Soc. d'E'di»~ bourg, t, Z, Eij 100 Dissertation Reflbuvenons-nous ici de ce monceau de fable ou de pouffière ,que nous avons imaginé en définiffant les fluides &les liquides, dans un vaifTeau plein d’eau bouillante. A force de bouillir l’eau fe diflipe &s’en va en vapeurs ;&c’eft-là une manière dont ce tout pouvoir perdre fa liquidité. Mais fi l’on ôte feulement le vailTeau de deffus le feu, î’eau qui agitoit les grains de fable fe refroidit ,fe calme ,&le fable tombe au fond du vaifleau ,ce qui fait une fécondé manière dont ce tout pouvoir cefîer d’être liquide. Il n’en arrive ni plus ni moins àdes compofés tels que le fing, lorfqu’ils fe coagulent par le froid ;finon que leurs parties intégrantes étant molles ,flexibles &imprégnées outre cela de quelque fuc glutineux ,elles s’aplatiflent &s’attachent les me aux autres ,&forment un corps mou ; au Ieu que les grains de fable étant durs & fecs ,ne feroient plus ,étant feuls ,qu’un fimple fluide. Mais fi l’eau avoir difl'ous quelque fuc pareil contenu dans les grains de fable ,leur alTemblagc formeroit une véritable coagulation, ou, comme on dit plus généralement, une concrétion tout-à-faii 1cmblable àcelle qu’on remarque dans certaines grottes, par Ampliation de l’eau qui femble fe convertir en pierre. Le lait ,qui n’efl; qu’une eljDece de fmg encore imparfait, participe auffi plus ou SUR LA Glace. Part. 1. io t moins àtous îcs accidens du fang ,par rapport àla coagulation ,&; par des raifoUs toutes ieinblables. La chaux vive pé«étréc d’eau ou éteinte , fc coagule prefque de même ,mais s’endurcit beaucoup plus vite étant cxpofée àl’air. Le plâtre en fait àpeu près autant ,&fon endurcîjfement eft encore plus prompt. Du relie il eft trop aifé d’appliquer notre théorie àtous ces phénomènes ,pour nous y arrêter davantage. Nous avons auffi fiiit entendre dès le commencement de ce chapitre ,que tous les liquides qui le coagulent, foit au feu ,foit àl’air ou au Soleil ,foit par un froid médtocre, le gèlent par un grand froid, après s’être coagulés ,fc durcift'ent par-là comme la glace ,&forment une véritable glace ,de même que tous les corps mous qui le trouvent imprégnés d’une fuffiliuite quantité d’humeur aqueulè. Je ne parlerai point de cette elpèce de coagulation ou d’épaiffiffement, qui arrive àcertains liquides par leur mélange avec d’autres corps ,ou avec d’autres liquides ; car outre que cela nous jeteroit dans un trop long détail, je ne crois pas que ces fortes de coagulations aient beaucoup de rapport ala matière que je traite. Par exemple , lorfqu’après avoir verfé quelque acide dans les veines d’un animal ,fon lang fe fige & loa Dissertation, ôcc. fe coagule ,ce n’eft apparemment ni par refFufion de la matière fubtile ,ou de la îymphe dans laquelle nagent les globules du fang-, ni par aucuneJecrétfon des parties c{ui le compofent; mais feulement parce c[ue fes globules fe trouvant pe'néïrés &tout hèrilTès des piquans de l’acide ,comme autant de marrons dans leurs enveloppes ,ils ne fauroicnt plus tourner fur leurs centres ,ni glilTer les uns fur les autres de même qu’auparavant. Cette idée générale de la différence des congélations ,des coagulations ,&des concrétions, félon les liquides qui en fozrt la fujet, fuffit, fi je ne me trompe ,pour montrer c[ue quelqu’extraordinaires qu’elles paroiffent ,elles ne s’écartent point de la théorie que j’établis dans cette première partie de mon ouvrage. J’efpère que l’accord de mes principes ne fe foûtiendra pas moins dans la fécondé ,par l’application particulière que j’en vais faire aux principaux phénomènes de la glace de l’eau ,aüxquels feuls je m’arrêterai déformais. SECONDE PARTIE. Des principaux phénomènesde la. Glace. POUR garder quelqu’ordre dans l’expofition de ces phénomènes, je confidérerai la Glace proprement dite ,la glace de l’eau. 1° Dans Tes commencemens, &dans tou! le cours de fa formation. 2“ Dans fa formation relativernent àl’état &aux circonftances où fe trouve l’eau qui 'fe gèle. 3“ Dans fa perfeètion ou lorfqu’elle eft toute formée. 4” Dans fa fonte, &dans le dégel. Et enfin dans fà formation ariificielJe, par le moyen des l'ets. Et comme chacun de ces points de vue fournit grand nombre de déiuüs ,d.’obfervations &d’expériences ,je diviferai cette fécondé partie en autant de Seèlions. 104 Dissertation SECTION PREMIERE. . Des phénomènes de la Glace dans Jes commencemens,pendant tout le cours de Jaformation. CHAPITRE PREMIER. Des premiers jikts de la Glace, L’e AUcommence àfè geler par des filets vers fa flipérficie ;ces filets touchent d’ordinaire par un de leurs bouts aux parois du vaiiîèau qui la contient ;ils font diveriement inclinés àces parois ,ou font avec elles divers angles ,rarement l’angle droit. Aces filets il s’en joint d’autres qui leur font de même diverlcment inclinés ,& àceux-ci d’autres encore ,&ainfî de fuite, jufqu’à ce qu’ils forment un premier tilTu de glace, qui devient toujours plus épais àinellirc que le froid continue ou qu’il augmente. Voyons les raifons de ces phénomènes ,& premièrement, pourquoi la glace commence par des filets. Il n’y apas de corps dans la Nature qui foit fi par&itement uniforme qu’il n’admette quciqu’interruptibn ,ou quelqu’inégalité de parties. Quelqtt’égale que paroifle une corde SUR LA Glace. Part. II, Sed, 1. loj dans toute fa longueur, il yatoujours, j)hyfiqucinent parlant, un endroit plus foible que les autres par ou elle rompra fi elle efl j trop tendue. Les liquides ne font pas exempts :(le cette loi générale ;ils ont ,làns doute , quelques-unes de leurs parties intégrantes plus groflès ,moins polies que les autres , I ou plus ferrées entr’elles :or il efl: évi- !dent, par l’explication que j’ai donnée de ;la formation de la glace ,que c’efl: par-là ique doit manquer leur liquidité ,ou que doit commencer leur congélation. Un petit amas de ces parties moins mobiles ,plus raboteufes, ouplus près les unes des autres, forme le premier glaçon :ce premier glaçon formé, les parties voifines doivent s’y attacher, & fe geler plutôt que celles qui en font éloiI gnées ,parce qu’il leur communique une partie de là froideur ;&voici comment je 5conçois que le fiit une pareille cominuniIcation. IPlus les parties intégrantes d’un liquide ifont prêtes àle geler, plus elles font déniés 1 &difficiles àmouvoir ,plus la matière fubtile trouve de difficulté àles écarter &à palier entre leurs interflices. Mais quand enfin ces parties font une fois appliquées les unes aux autres ,fixes &toujours dans le même arrangement entr’elles, les palîàges ;deviennent àla vérité plus étroits ,mais ils ine varient plus ,il ne s’y fait plus d’inter- 2.o8 Dissertation sur fence de l’air ;il cafTa la pointe du tube pour ouvrir l’entrée àl’air, &en effet toute b mafîè de i’cau fut fubitement parfemée de petites lames de glace. Mais ayant répété l’expérience bien des fois &de bien des manières ,ii fè convainquit enfin de l’erreur où il étoit, &il ne douta plus que la feule agitation de l’eau ainfi refroidie ne pût en avoir produit la congélation ;•comrne le hafàrd l’en fit apercevoir ,&comme l’expérience répétée àce deffein le lui confirma *,toujours avec de lémblables boules de vérre àmoitié remplies d’eau. Ces lames de glace formées fubitement reftoient quelque temps mêlées d’une eau fluide qui en remplilfoit les intervalles ,& il réfultoit, dit-il, de leur affemblage ,comme me cryjl-alliffition confufe de certainsfeis. N’oublions pas auflî deux oblèrvations importantes qu’il fit en même temps. L’une, cjue ces petites lames de glace furnageoient toujours dans l’eau où elles étoient plongées. L’autre ,qu’ayant mis la boule d’un de *Hoc autan cafu foriniw edocchar, glaciem in aquam Jatis frigida agitationc produci poffe ,fimulque judicil errtr rem agnoj'cebam ,quàd nempè ûbfen'tice déris fuiditatem aquet attribuijfem. Ce cas fortuit ou cet accident n’etî autre cliofe qu’un faux pas qu’il fit en tranfportant une de ces boules d’un lieu àun autre ,&fur le champ toute l’eau en fut glacée, ou remplie de lames de glace. J 'LkG'LkC'E. Part. Il, Sefl. IL 20^ fas thermomètres dans ce mélange de glace &d’eau, la liqueur ou le mercure du thermomètre remonta Julqu’au 5s.™' degré, c’efl:- . à-dire ,àla fimple congélation ou zéro du thermomètre de M. de Reauniur. On trouve encore dans les Tranfàèlions philofophiques *une lettre de M.Triev/ald, Dircèteur des Méchaniques du Roi de Suède ,àM. Sloane ,écrite de Stokholm le 4Avril 1730, dont il réfulte ; Que le 15Décembre 172.9 étant dans une falle qui lui lèrvoit de laboratoire, il prit de deflus une tablette une de ces longues bouteilles remplies d’eau ,&recouvertes d’une veille pleine d’air ,dans lefquellcs on fait monter &defcendre alternativement de petites figures de verre ,pour donner une idée de la prefllon de l’air fiir la furfice de l’eau : Que malgré le grand froid qu’il faifoit , il trouva l’eau de cette bouteille parfaitement liquide ; Mais qu’ayant appuyé la main fur la veflie qui en recouvroit l’orifice, cette eau fe convertit en glace dans le moment &dans l’eR pace d’une lèconde. M. Muflchenbroek afirit auffi quelques expériences lur ce fujet avec des carafes remplies d’eau ,bien bouchées, &qu’il expofoit pendant la nuit àla gelée. II retrouvoit le *Num, 8. aïo Dissertation sur lendemain l’eau toute liquide ;mais dès qu’il de'bouchoit la carafe ,&qu’un nouvel air venoit àfrapper la furface de l’eau, il s’y formoit fur le champ une infinité de petites lames de glace (a); comme nous avons vû cjue i’avoit remarqué M. Fahrenheit. Enfin j’apprends par M. Jallabert ,Profèfîcur de Phyfique expérimentale &de Mathématiques àGenève ,c[ue M. Michel! (b) lui mandoit il yaquelques années ,quefi l’on met le thermomètre dans ''m cylindre de verre d’environ i pouce de diamètre ,&de y à8pouces de longueur, qu’on arempli d'eau Ù’ couvert d’un carton ,&que l’on expofe ce vafe avec le thermomètre h un air parfaitement tranquille ,de 11,i2, iy, ixj. &même 1y degrés de froid (du thermomètre de M. Michel! )cette eau contraderaala longue ce même degré de froidfans geler, éf le thermomètre defcendra dans cette eau jufqu’à pareil terme. Pour lors touchey feulement la furface de cette eau avec un fil d’archal que vous aure^ frotté de neige ou de glace ,if vous verrc\ fe former plufieurs petits fufeaux de glace ,&le thermomètre remontera vûejuf qu’au /0|c’eltà-dxre ,àpeu près jufqu’au terme de la fiinple '(a) Atque întra minutum tota aqUa lameHis glaciei implebatur. Additament. ad tentam, exper. Acad, Dd cimcnto. f6Jcité ci-detTus, p. 62. LA Glace, Part. II, Stâ. IL zii congélation ,comine il aété remarqué dans les expériences de M. Fahrenheit ;car la graduation du thermomètre de M. Micheli commence àla température des caves de i’Oblèrvatoirc ,&ainh fès io, ii,i2, i3, i4,& 15 degrés en defeendant, répondent, àpeu près, aux o, i,2, 3,4&5du thermomètre de M. de Reaumur ,auffi en defeendant. M. Jallabert avoit commencé de répéter cette expérience, &d’une manière qui lui eft propre, dans le mois de Novembre dernier ;mais la douceur du temps ,qui fuccéda bien -tôt àla gelée du 21&du il de ce mois, l’empêcha de pourfuivre. 11 en fit affez cependant pour fe convaincre que de l’eau ainli expoiée àun air tranquille, fe refroidit bien au delà de la congélation fans fe geler. CHAPITRE IV. Suite d’ohfervûîions &d’expe'riences fur Je mêmefujeî, J’AUROIS pu me dilpenfer de mettre fa main àl’œuvre après les Obfervateurs dont je viens de rapporter les expériences ; mais ce phénomène m’a paru trop important pour ne pas tâcher de le connoître par moi-même, &de le confidérer par ai aDissertation sur tous îes côtés ,&de tous les points de vue qui m’ont paru les plus propres àen dévoiler la caule. Le IIJanvier dernier ,je mis entre deux chaffis fur une fenêtre du Louvre, qui donne fur la cour ,&qui efl: tournée vers l’eltfud-efl; ,tenant au cabinet où je travaille , auprès d’une encoignure où le Soleil d’hiver ne donne point ;. Numéro i . Un verre ordinaire àboire de figure conoïdale, &àpeu près parabolique, avec de l’eau de la rivière de Seine, bien limpide ,jufqu’à environ trois quarts de pouce de lès bords ,&j’achevai de le remplir ,àune ou deux lignes près ,en verlant par-delTus cette eau de l’huile d’olive que j’avois fait un peu chauffer auparavant, pour la fondre &; la rendre bien claire. Ce verre ainfi rempli &fins être couvert ,fut mis fur un petit quarré de planche de fipin, qui s’a]:)pliquoit bien jufte fur la tablette de de la fenêtre. Je choifîs cette figure de vaiflèau ,plutôt que la cylindrique, afin que la gelée venant àarriver ,la glace pût remonter ,en gliffant fur les parois intérieures du verre ,fans le fiire crever. Tous les verres fuivans feront àpeu près de la même figure ,de la même grandeur que le premier, &chacun de la contenance d’un peu plus de 7onces d’eau, A? Un verre avec même quantité la Glace. Part. II, Seâ. IL 213 d’eau &d’huile àcôté du premier, mais dans lequel je plongeai la boule d’un petit thermomètre fulpendu au defTus ,de manière que cette boule occupoit àpeu près fe centre du conoïde d’eau ;la partie fupérieure du tube tenant àune monture où la graduation eft marquée félon la théorie de M. de Reaumur. N°^ .Un verre que j’avois de même rempli d’eau feulement, jufqu’à environ fde pouce des bords ,&couvert d’un carreau de vitre, qui ne joignoit pas fi bien que l’air extérieur pc pût yentrer &l’intérieur en fortir alTez librement. N.° De même. TVi” De même ,mais fans le couvrir. N,° 6, Avec la même (juantité d’eau ,& un demi-pouce d’huile de lin par-deffus: huile qui ne gèle prelque jamais, &que je choifis ainfi par préférence ,&en oppofition àcelle d’olive. N.° J. Et enfin un feptième avec la même quantité d’eau ,l’air au deffiis &couvert d’un carreau de vitre que j’avois bien maftiqué fur les bords avec de la cire; de manière c|ue l’air intérieur &. extérieur ne pouvoient que difficilement communic[uer l’un avec l’autre. Pour cela ,j’avois étendu une couronne de cire de deux ou trois lignes d’é[)aiffieur fiir le carreau cjue j’avois fiiit chauffer enfuiie jufqu’à la molleffie de la ai4 Dissertation sur cire ,&je l’avois appliqué fur les Bords du' verre, en le preflant un peu contre. Tous ces vaifleaux ainfi dilpofés ,&rangés dans cet ordre fur la tablette de la fenêtre ,je ful'pendis intérieurement àla croilée de bois du chaffis extérieur ,&à la hauteur des vaifleaux, un thermomètre tout femblable àcelui du n.“ 2.,. &dont la marche efl fenfiblement la même La iiqueur ou le mercure en étoit alors àj ou 6degrés au defliis de la congélation. Après quoi je fermai le chaffis intérieur, pour ne l’ouviir que lorfque l’expérience ou les obfèrvations le rec[uerroient. Obfervation, Le temps ayant toujours été depuis autour de cette temjrératurc, avec de grands vents ,des pluies fréquentes ,& de grands baiffeinens du baromètre ,jufqu’au 7Février ,le froid arriva rapidement vers Jes pàioheures du matin du même jour. Amidi le thermomètre flilpendu au chaffis étoit defcendii àoou àla congélation, &le foir vers les neuf heures à2 *Ces deux thermomètres font àmeraire; îa boule n’en aqu’environ un demi-pouce de diamètre, &le tube n’a pas intérieurement un quart de ligne. Ils peuvent marquer depuis le idegré de froid au delà de la congélation ou au defibus de o, jufqu’à l’eau bouillante, ou 82 degrés de chaleur au deffus de o. La monture en efl brilée par une charnière à2pouces au deffus de la boule. C’eft ainfi que le premier de ces thermomètres étoit plongé dans i’eau n.° 2. - la Glace. Part. Il, Seâ. IL 21j degrés au deflbus ,le thermomètre du n.° 2 fuivanl àpeu près la même marche, comme il fit prefque toûjours dans la fuite ,àun demi-degré plus ou moins près. L’eau du n." 5n’étoit pas encore gelée. 2'"’ Obf. AIIheures du foir le thermomètre étant encore defcendu d’un degré c’eft-à-dire ,à3au delTous de o, l’eau du n.° 5étoit gelée àfit fuperficie &un peu auprès des parois du verre. 3“ Obf. Le 8à7heures du matin, le thermomètre étaitt à4degrés au deflbus de O, l’eau du n.° 5étoit tout-à-fait prile , &d’une glace tranlparente. Aucun de tous les autres vailTeaux ,fi l’on en excepte l’huile d’olive, qui étoit figée depuis plufieurs jours, ne montra la moindre apparence de glace , &il n’y avoit encore rien de glacé dans tous ces vaifl'eaux àune heure après midi. Mais étant revenu chez moi vers les huit heures &demie du foir ,j’aperçus plufieiirs lames de glace dans l’eau du n.° 7, qui étoit couvert du carreau maftiqué ,tandis que celle des n.°® 3&4, où l’air pouvoit aiféraent communiquer entre le carreau &les bords du verre ,étoit dans une parfaite liquidité’^. *Ces expreflîons ,dans me , ou dans fa parfaite liquidité', dans toute fa litjuidite, &femblables, ne doivent pas être prifes ici exdufivement ,comme fi l’eaii netoit pas l'ufccptible d’une plus grande liquidité ou 3.16Dissertation sur Obf. J’aperçus auffi avec la même fùrprife, que l’eau dun.° 6, qui étoit couverte de l’huile de lin, commençoii àle parfemer de pareilles lames de glace; car c’étoit àces deux vailTeaux (n.”'" 6&7, )que j’avois cru que la congélation devoit arriver le plus tard. Vers les i i heures dufoir ces lames en avoient rendu toute l’eau aiilTi opaque (|ue l’avoit été auparavant celle du n.° 7, lacjuelle en achevant de le geler avoit acquis la tranfparence ordinaire de la glace. Le therinomètre de la croilée étoit alors à 47degrés au deflous du jDoint de la congélation ,&celui du n.° 2fuivoit toujours àpeu près la même marche. 7”' Obf. Le 9à7heures du matin, le thermomètre de la croifée étoit àenviron 4I ,celui du n.° 2à5, &tout le relie comme ci delTus ,excepté que les glaces formées de la veille étoient devenues plus tranlparentes ,dans l’ordre de leur formation ,&que j’y remarcjuai quelques bulles dont elles m’avoient paru tout-à-fait exemptes ;l’eau des n.°® 1,2,3 ^43loûtenant fuidité que celle qu’elle aen cet état. Car en rigueur la fluidité des liquides, ou d’un même liquide flans fes différeus états ,doit être ,toutes choies d’ailleurs égales ,en raifon inverfe des denfités ou des pefauteurs Ipécifiques aftuelles. Or l’eau froide eft plus denfe &p-'lus pelante que l’eau chaude ;donc ,&c. ce que les expériences juftifient. Hijl, Acad, ]>. li ir jy. parfaitement LA Glace. Part. II, Seé}. IL zij parfaitement dans fà liquidité. D’autres thermomètres que ceux de l’expérience ,&cjui étoieiit expofés au grand air ,étoient deG ceiiclus dans cette même matinée ou pendant la nuit ,jufqu’à près de 7degrés. Cependant le mercure qui étoit en deG cente dans le baromètre, &quelques autres fignes ,me faifmt craindre ,non làns fondement ,que le temps ne vint às’adoucir, je ne voulus point différer àtirer parti de ces quatre vai fléaux exempts de glace ,pour en fîiire les épreuves fuivantes. 6"“ Ohf. J’ouvris donc le chaffis intérieur vers les 8à9heures du matin. J’appuyai les doigts d’une main fur la patte clu verre n.° i, en. la prcflant contre la planche ,&de l’autre je frappai aflez rudement &àcoups redoublés avec une clef fur cette planche. Au 12 ou i5™“ coup je vis toute l’eau de ce verre au defîbus de l’huile, &jurqu’au fond fe parfemer de lames de glace diverfèment inclinées, &devenir opaque; ce qui alla en augmentant pendant quelcpies minutes ,tout le relie de l’cau entre ces lames me paroiflant encore liquide Mais ayant enlevé l’huile figée qui étoit audeffus, avec une cuillier àcafé d’argent, toute l’eau fe prit ,àla rélerve de quelques gouttes qui refloient liquides ,&qui coulèrent du bloc de glace hérifle de pointes : elles fe gelèrent auffi dans l’inflant, &><- 5,24 Dissertation sur matière fubtile intérieure ,&celle du dehors. Tout s’y meut encore, il eft vrai, mais tout s’y meut dans le même ordre , dans des routes plus frayées ,plus longues même, &moins tortueufes ,&fur-tout plus confiantes :car tout fluide adtif qui coule dans des canaux tortueux &. flexibles, doit tendre fans ceflc àles alonger &àles redrefler. Le refroidiffemcnt de la gelée, quelque prompte qu’elle foit, n’arrive que par degrés infenfibles àchaque inflant ,& ïe reflerrement qu’elle produit fur ccs canaux ne s’y fait aufll que par degrés infenflbles ,fans ydétruire la continuité que i’écpiilibre &la correlpondance de mouvemens entre les parties intégrantes du liquide &la matière fubtile intérieure yentretenoieiit, Ainfi la maffe totale &immobile du liquide cjui aura pu accjuerir cet état ,réfiftera àune gelée plus forte de plufieurs degrés, que n’en exige communément la fimple congélation, fans perdre fa liciuidi té. Toujours environné des mêmes matières ou du même air ,il efl àcet égard dans le cas du feu caché fous la cendre. Mais vienton àrompre cet équilibre, cet accord de mouvemens réciproques ,par iâ deftruétion, par l’accourciflèment ,par ia flexion, &par la fubdivifion continuelle des canaux où le fluide éthéré couloit auparavant dans le liquide îTout yva fubir LA Glace. Part. II, Seâ. IL 2.2.^ le trouble que nous avons décrit ,en expliquant la formation de la glace dans lès commencemens ,l’agitation inteftine, une efpèce de fermentation, le développement du reflbrt de l’air ,le redreflement des parties ^ de l’eau qui en auront eu le temps ou la liberté ,&tout de fuite l’engourdilTement, &enfin la congélation ;d’abord fur les endroits du liquide où l’uniformité de mouvemens étoit moins parfaite ,par des filets ou de petites lames ,&bieu-tôt par fit converfion totale en un bloc folide de glace» C’ell-là, àmon avis, ce que produit l’agituion des parties fcnfibles du liquide ,lorf^' qu’elle fuccède àfon repos de malTe pendant la gelée ,&. avec d’autant plus de rapidité que cette gelée étoit plus forte. C’eft le même méchanifme par rapport àl’introdudion d’un nouvel air fur le liquide ;mais outre le mouvement de mafle qu’il yoccafionne ,fes effets tiennent encore àune autre çirconftance. Nous avons remarqué àl’occafion d’un autre phénomène *, que la matière fubtile ou éthérée qui pénètre différentes fubftanccs ,s’y meut différemment ,&facilite ,entretient-, ou empêche leurs adhéfions, leurs attradiions, ou leurs ïépulfions réciproques ,àraifon de fon cours homogène ou hétérogène ;àpeu près comme la matière quelconque qu’on nomme ?Çi-de£us, p. 110, édit, de Bourd, p. 54- 2.2.6' Dissertation sur magnétique, fait que deux pierres d’aimant s’unifient ou fe repoufTent, félon qu’eiies i font préfentées par l’un ou l’autre de leurs i pôles. Ainfi une eau tranquille dont la maj •tière éthérée intérieure aeu le temps de | s’unir par des mouvemens femblables ,ou de le mettre en équilibre par des mouvemens contraires, avec celle de l’air ambiant qui touche àfa furfàce &qui efl: toujours le même, doit fe maintenir plus long-temps dans fon état de liquidité, que celle où un nouvel air vient frapper &interrompre l’ordre de ces mouvemens. i Un femblable effet fera encore plus fcnlîble dans le cas du n.° 4, Obf. 10 , où l’on touche la furface de l’eau avec un morceau de glace. Car, comme nous l’avons obfervé, la matière fubtile fe meut avec plus de liberté ^ dans la glace que dans l’eau ,&fur-tout que dans l’eau déjà refferrée par un grr.nd froid; &de plus ,tout fluide qui fe meut dans des canaux étroits ,dans un liquide ou dans un folide quelconques ,doit s’en échapper par le côté où il trouve plus de liberté &moins de réfifiance. Donc la matière fubtile ou éthérée qui étoit renfermée dans cette eau ,doit pafier àl’infiant dans la glace dont on la touche ;c’efi: une ifiue qu’on lui prélente ,une efpèce de pompe qu’on yapplicjue. Or en abandonnant cette eau ,déjà plus froide qu’elle n’avoit befbÎB i.kG'LkCZ, Part, lï, Seâ. IT, 227 l’être pour la congélation ordinaire >& que celte matière entretenoit pourtant dans l'on état de liquidité ,en vertu du repos dè mafié &. de l’équilibre acquis avec la matière l'ubtile' extérieure, il faut néceffirirement que cet équilibre foit rompu ,&que la congélation s’en enfuive '&tout cela avec d’autant plus de rapidité que la froideur étoit plus grande ,&abltraèlion faite de la foiution de continuité cjui s’y complique. Nous ne Ibmraes peut-être pas àportée dans ce climat de déterminer jufqu’à quel degré de froideur l’eau peut conferver ainli fa liquidité. C’eft une expérience àfaire dans des pays plus près du Pôle. On l’a vue liquide ci-defTus au j'"'' degré de plus que la fimple congélation ,&il fuit des expériences de M. Fahrenheit, qu’elle le peut être encore au 1i™", c’efl-à-dire, au degré de nos plus fortes gelées &cjue nous palîbns rarement dans le climat de Paris. Le repos acquis dans l’eau du n." 5, Ohf, 1, quoiqu’à découvert, &à2degrés de froid ,en aemjjêché la congélation pendant plulîeurs heures de gelée. L’huile de lin au deffus de l’eau ,n.° 6y Obf, en afivorifé la liquidité pendant un plus long intervalle ,&un plus grand froid ,parce cpi’elle en amieux défendu la furfacc contre les accidens tels que de petites agitations de l’air, malgré la, clôture desdeuK ^2,28 Dissertation s„ur chaflis ,&-des grains de flible ou de pouflière qui pouvoient ytomber du haut de la fenêtre ;mais cette eau aenfin gelé ,tandis que celle qui étoit couverte d’huHe d’olive a perfévéré dans fa parfaite liquidité avec un îroid plus rude. En général la nature des matières ambiantes àl’égard de l’eau mile en expérience, me paroît ne devoir pas être négligée ici , &je mets au nombre de mes omilEons ,de. n’yavoirpas employé, outre les leptvaifieaux , de -verre ,du bois, de la pierre ,du métal, de la cire ,de la réfine ,&c. &même de n’avoir pas prélènté àl’eau dans fon extrême refroidifîement ,&fans la toucher ,une bonne pierre d’aimant &le tube éleètriqiie. Je devois cependant commencer par le verre, pour voir ce qui fe paffoit dedans, &aulfi par fon affinité avec l’eau *. II faudrait auffi s’éclaircir fur deux autres faits que je ne fuis plus àtemps de vérifier, fivoir, I“Si une matière quelconque avec laquelle on rompra le tifiu de l’eau àfit fuperficie , félon que cette matière fera plus ou moins analogue au verre ,àla glace ou àl’eau, ne produiroit point la congélation fubite. La condition cjue M, Michel! met au fil d’archal dont il la touche, qu’il folt frotté de glace ou de neige ,feinble fuppolèr cp’il en ait fait îPage 105. Jiÿx LA Glace, Part, 11, Seâ.ll, l’épreuve fans cette préparation :mais Je fuis fort trompé fi loiTque l’eau aura atteint àpeu près le dernier degré de froideur dont elle cil fulccptible fans le geler, tout corps qui la divifera ou l’agitera le moins du monde ne fera pas quelque chofe de femblable, quoique peut-être moins promptement. 2° Ce qui en arriveroit de l’épreuve fuivante. Soit pris un vaifièau cylindrique de verre ,par exemple ,de 4à5pouces de diamètre &d’autant de hauteur ,qui ait à fon milieu ou autour de fon .axe un autre vaifleau cylindrique de même matière ,de même hauteur, &d’un pouce de diamètre, fixement attaché ou Ibudé àIbn fond. Soit la capacité du grand cylindre ,entre lès bords &ceux du petit cylindre ,remplie d’eau jufqn’à environ trois quarts de pouce de fies bords ,&cette eau couverte d’un demipouce d’huile d’olive, comme il àété pratiqué ci-delîus n.® idans le verre ,le petit cylindre du milieu demeurant vuide; &foit enfin le toutexpofé àla gelée prochaine, avec les précautions &dans descirconftances àpeu près femblables àcelles qui font énoncées avant ce n.° &- dans ce n°. Si, conformément aux oblervations précédentes ,cette eau parvient àj, 4ou 5degrés, &c. de fi'oideur au delà du terme de la congélation ,fans le geler ,&qu’on verfe dans le petit cylindre intérieur, &jufqu’à la furfàce 2,30 Dissertation sur' de l’eau du grand cylindre ,de l’eau moins froide que la glace ,celle-ci ne devra-t-ellè pas s’y geler in’eft-ce pas le cas de la congélation artificielle par le mélange de fcl & de glace autour d’une bouteille !Que fi l’eau glacée dans le petit cylindre communique enfuite fon état àcelle du grand par l’affinité ou l’homogénéité de mouvemens de la matière éthérée dans la glace, dans le verre &dans i’eau ,dont nous avons déjà parlé plufieurs fois, ne fera-ce pas encore un phénomène très-curieux àobferver î Quant au mauvais fliccès du né 7, Obf,. ^ , je conjeèlure qu’il vient de ce qu’ayant chauffé le carreau de vitre qui en couvrait le vaifîêau pour le faire joindre avec les bords du verre par le moyen de la cire ,l’air du deffous yaété d’abords confidérabieracnt raréfié ,&yalaiffé une efpèce de vuide jufqu’à la gelée ,qui ,augmentant de plus en plus l’effort de l’air extérieur pour yentrer, lui aura donné lieu de s’y fiire jour par quelqu’endroit fbible de la cire ,ou par l’endroit qui joignoit le moins bien; d’où fera furven.ue une irruption d’air ,comme dans les expériences de M. Fahrenheit ,lorfqu’il caffoit la queue de fon petit ballon de verre. Les petites lames de glace qui fe forment fubitenient depuis la fuperfieie de l’eau jufqu’au fond ,confirment ce que nous avons obfervé ,que lacongélation commence pat LA Glace, I^art. II, Seâ. IL ajî des filets ,par de petites iames comme de canif [a), &que les parties de l’eau qui fè glacent, tendent às’afTembler fur un plan Et ce que nous avons ajouté ,c|ue la congélation commence toujours par les bords &par la furface de l’eau ,n’ell: nullement détruit par cette congélation fùbite, qui parcourt toute la malle du liquide depuis là fuperficie jufqu’au fond du vailTeau ,ôc toutes lès parois intérieures ,lèlon cjue l’agitation ou l’équilibre rompu commence par quelqu’une de ces parties. Car il ell: clair que dans le cas de la congélation ordinaire, j’eau n’étant pas encore au degré de froideur de la congélation-avant que de fe geler ,là congélation doit commencer par les premières de fes parties qui ont accjuis ce degré de froideur, c’ell -à-dire ,par fes bords, par là furface fiipérieure, ou par les parties quelconques que l’air extérieur de la gelée vient à frapper les premières, &palTer de-fè àtoutes les autres, plus ou moins promptement, lèlôn que la gelée ell plus ou moins prompte & plus ou moins forte :ce qui ne doit pas avoir lieu àl’égard d’une eau qui fe trouve déjà ^ depuis plufieurs heures ou pîufieurs jours , uniformément plus froide dans toute là ntalTe, que ne l’exigeoit la congélation. -Enfin, pour ne pas grolîir inutilemeaî /aJPage to8. {b) Page 165. Dissertation sur ces remarques ,il faut laifir ici ,comme en toute autre rencontre ,ce c{u’il yade plus général &de mieux conftàté fur le phénomène en queftion ,&‘bien diflinguer entre toutes les expériences &les obfervations qui concourent àle décrire &àl’éclaircir ,celles que le hafard feul afournies, &où l’Obfervateur n’a fouvent ni vû, ni fongé àvoir ce qu’il yavoit de plus elTentiel ,d’avec celles qui ont été faites avec delTein &prévoyance. CHAPITRE VI. Si l’eau peut quelquefois fe geler dans tout mpays par un air moins froid que celui de., la congélation ordinaire, CEphénomène ,que quelques Phyficiens regardent comme certain ,me paroît cependant fufceptîble de bien des doutes &des diflinèlions. Il ne lâuroit être l’inverfe de celui que nous venons d’examiner ,que dans des circonllances égales ou équivalentes ,dans le cas où l’eau qui fe gèle ne fe geleroit pas ,s’il ne lui lurvenoit quelque accident, quelque, modification nouvelle ,indépendamment de la température aètueile de l’air extérieur. Puilque dans le phénomène précédent i’eàu ne demeure liquide, quoiqu’expofée la Glace. Part. II, Seâ. 11, 23 3 àia gelée, qu’en vertu du mouvement & de l’équilibre entretenus dans la matière fubtile intérieure qui fait fi liquidité ,il faut ici au contraire que le mouvement de ce fluide ,de ce feu élémentaire intérieur, le trouve ralenti ,&Ion équilibre rompu avec la matière fubtile extérieure, par cjuelque caiife extraordinaire. &accidentelle. Car fi cette eau différoit réellement par elle-même ,dans lès principes ou dans la contexture ,de celle que nous voyons toujours fe geler au degré de fi'oid indiqué fur nos thermomètres pour la congélation , comme il pourroit arriver en dilFérens pays, &par quelque circonftance locale ,ce feroient alors deux liquides differens ,&il n’y auroit pas de quoi être furpris que l’un fe glaçât à un air où l’autre conferveroit toute là liquidité. Il faut donc foigneufement diftinguer, fur la quellion préfente ,la congélation accidentelle de l’eau dans le même pays & le même lieu où elle acoutume de demeurer liquide par le même degré de froid ,d’avec la congélation confiante de l’eau dans un autre pays ou dans un autre lieu ,par le même degré de froid où communément elle demeure lic[uide dans la plupart des pays. Examinons d’abord le premier de ces deux cas, celui où il furvient cjuelque accident particulier àcette eau cpi fe gèle ,quoique 240 Dissertation sur àraifon de leur éloignement du Soleil, & de ieur ftruéture particulière î II ne feroit donc pas furprènant que le terme de la congélation variât, fuivant les differentes contrées, les difîerens climats, &même félon certaine loi ,de manière, par exemple ,qu’il fallût plus ou moins de froid pour convertir l’eau en glace dans un pays que dans l’autre, félon qu’il feroit plus ou moins près du pôle. Il n’y auroit rien là qui fût abfolument contraire ànos principes ;mais contraire ou non ,il faut du moins que l’exception en foit bien conftatée. La plus fàmeufe obfervation qu’on apporte lûr ce fil jet ,&,je crois ,la feule qui fût concluante, eft celle de M. Cyrillo, Profeffêur de Médecine àNaples. Les nouvelles littéraires l’annoncent avec confiance. Voici, dit-on, unâ expérience faite àNaples avec le thermomètre de Londres du fameux Hauhfbée, ù' communiquée aL’ Académie Gallianique'par le Æédecin Cyrillo, La Table Angloife ?narque la glace au degré 6y; a Naples la glace feforme confamment au degré JJ,plus ou moins. Cela prouve qu’ilfaut encore autre cliofe que lefroidpourformer la glace; ce qui efl , ajoûte le Journalifte, une chofe tres-connue *. Des Phyficiens diftingués ,tels *Journ. Hift. de la Rép. des Lettres, To, z,p. zSS, que LA Glace. Part. Il, Seâ. IL îaî- ([lie M. Miifi'chenbroek [a) &autres la c' =' tent &s’en fervent dans le même eipiii f &elleefl; rapportée en piufieurs endroits <!es Tranfa'dtions Philofophiques (b) de ia So-- ciété Royale àqui M. Cyrillo l’envoya après l’avoir répétée ,comme il l’afTure , pendant piufieurs années.. Mais il eft bon de voir comment M. Cyrillo luimême feu explique dans ién.° 430 des Tranfactions. «Le plus grand froid de l’année dernière (173 I)&du commencement de celle-ci «< (1732) aété obfervé ,lorfque la liqueur « du thermomètre defcendoit au 56”'' &ce 57'"" degré ,temps auquel on voyoit de et la neige fur les montagnes ,&où il geloit ce dans la ville. De même au mois de Déce ceinbrefuïvant, lorfqu’on avu de la glace ,et ie thermomètre étoit defeendu à55&56; « liir quoi il faut remaquer qu’à la Table ce o\.\ E'chelle du thermomètre d’Haukfbée, ce le figne de la gelée ,en Anglois Frojl, eft ce indiqué au d5degré. Mais par les obier- <c valions que je fais depuis piufieurs années ,ce j’ai trouvé que la glace le formoit lorfce que la liqueur de ce thermomètre ,qui ce m’a été envoyé de Londres, defcendoit ce feulement au' 55"'“. D’où l’on ne peut ce nier qu’il ne faille un moindre froid pourcc (a) Ejfai de Phyjique, p. 4.43. (tj yoy. les num. 424, 430, 434 ,45 3,- &ci ^ 24^ Dissertation sur 33 la formation de la glace àNaples qu’à Londres. 33 : tQui ne croiroit, en voyant un fait fi bien cirçonftancié ,admis par tant d’habiles gens, employé àdétruire les idées les plus reçues fur la congélation de l’eau ,&pour établir une bypothèfe qui ii’efi; rien moins que ïumineulé, que c’eft un des plus certains de ïa Phyfique moderne lNous allons montrer cependant combien il efl: équivoque ,pour ne rien dire de plus. Feu M. Martine ,de la Société Royale de Londres, &de celle d’E'dimbourg ,ayant pafle àParis en 1739, me communiqua quelques articles d’un excellent Traité auquel il travailloit fur la théorie &la conftruélion des thermomètres, &; qui fut donné l’année fuivante au public ('aj. L’un de ces articles regardoit la fameufe obfervation de M. Cyrillo ;&il réfiilte fommairement de ce qu’il en dit Qu’en général ,les thermomètres d’Haukfbée ,ou Anglais, ou de la Société, comme M. Martine les nomme ,ne font nullement exaéls dans leur graduation ,&fur-tout par rapport au terme de la glace. Il diflingue ceux dont là Société garde le mode{e , de ceux qu’on fait communément àLondres, (a) Sous te titre rapporté ci-delTus dans la note de Ja page 207. Péy Fages 192, «27, la Glace. Part. II, Seâ. 11.243 &qu’on envoie dans les Provinces &hors du Royaume. Cependant ce qu’il ajoûtc enfuite femble tomber fur le principe de conftrudlion des uns &des autres.cc L’échelle de ces thermomètres commence ,dit-il ,ce par O,c’eft-à-dire que oefi: marqué au ce haut de la machine (je n’en fais pas lace raifon )&les nombres croiffent en defce Cendant, àmeiure que la chaleur décroît, ce Vers le haut de l’échelle efl: écrit tres-chaud; ce à25degrés ,chaud; à45degrés ,tempéré; ce &le nombre 65indic[ue le point de la conce ge'Iation. Mais par les expériences que j’ai ce faites avec quelcjues-uns de ces thermomèce très qui avoient été conftruits alTez exaélece ment fur le modèle qu’on garde àla Société ce Royale, j’ai trouvé qu’en les plongeant ce dans de la neige c[ui fe dégel'oit, l’elpri?de ce vin defeendoit vers les 78 pu yp degrés ,ce près de i4degrés plus bas que le point où ce l’on s’étoit arrêté jufqu’à prélént :augce mentation énorme ,&qui réduiroit au proce dige les obfervations du Doéleur Cyrillo ce àNaples ,félon lefquelles la congélation ce arrive lorfque la liqueur n’eft encore def ce cendue qu’au degré, fi fon therce momètre avoit été véritablement conftruitce fur l’étalon de la Société. En effet ,ce feroit alors de .24 degrés que la gelée devanceroit àNaples le terme ordinaire de la. congélation ,om de plus de Lij 2.44 Dissertation SUR 5degrés du thermomètre de M. de Reaumur ;car c’eft àpeu près ce que valent 24 degrés de celui d’Haukfbée ,félon la table de comparaifon qu’en adonnée M. Martine Auffi ne doute-t-il pas qu’il n’y ait ici, ou de la négligence de l’ouvrier dans la conflruètion du thermomètre, ou de celle de M. Cyriilo ,qui aura tenu cet inftruinent dans quelque lieu moins froid que ceux où l’air glacial fe faifoit fentir :& voici enfin le foupçon pleinement juftifié, quelle cpie foit la caufe de l’erreur. Je voulois en écrire àNaples, mais ayant appris que M. Taitbout Conful de France àcette Cour, étoit àParis, j’ai cru ne pouvoir mieux m’adrefîèr qu’à lui ,&d’autant plus ,qu’il nous adonné des obfervations météorologiques très-exaéles ,faites àNaples dans le cours des années 1742, 1743 &1744, dont il fera fait mention dans l’Hifioire ou dans les Mémoires de i’Académie des Sciences. M. Taitbout m’a donc afîuré ,&abien voulu encore me le certifier par écrit ,qu’il n’avoit jamais rien vû àNaples de pareil àce que M. Cyrillo en apublié, que la glace yparoiffoit dans la ville ,aux fontaines & *II afixé néanmoins depuis à77 le vrai terme de ia congélation fur le thermomètre de la Société ,pour des raifons ^u’il eft inutile de rapporter. LA Glace. Part, II, Seâ" II. 2,4 5 aux autres pièces d’eau pre'cifément comme àParis &par -tout ,lorfque le thermomètre de M. de Reaumur, dont il fe fèrvoit, étoit defcendu au terme de la congélation ; qu’à la vérité il avoit vû quelquefois telle fontaine ou telle pièce d’eau glacée avant que la liqueur du tube fût parvenue àce terme ,àun demi -degré ,ou àun degré près ,plus ou moins ;mais que cela n’étoit arrivé que lorfque cette eau ,par la fituation du lieu ,au déboucher de quelque rue ou de quelque carrefour ,s’étoit trouvée expofée au vent qui venoit des montagnes voifines couvertes de neige ;effet très-ordinaire, commun àtous les pays, &dont nous avons donné raifon en plufieurs endroits de cet ouvrage ,&fur-tout dans le chapitre IX de la première partie. Il efl: àremarquer que le thermomètre qui afervi aux dbfervations de M. Taitbout, étoit expofé au nord, en plein air, fans bâtimens d’un coté ni de l’autre, &élevé de pieds au dejfus du fol d’un jardin. Et ces conditions font fi effentielles, que je trouve àcôté d’une de fos oblèrvations du i“Février I744 ,une note ,où il avertit que fon thermomètre d’obfervation étant idegré au deffous du terme de la glace, un autre thermomètre de la même conllruélion , dans une chambre fans feu, étoit au lever du Soleil à6degrés au dejfus, Ce qui donne Liij 2.4-^ Dissertation sur une différence Leaucoup plus grande que celle que M. Cyrillo avoir voulu établir entre la congélation de l’eau àNaples & àLondres; car 6degrés du thermomètre de M. de Reaumur en valent i5de celui d’Hautlbée ,félon la table de comparaifon de M. Martine. CHAPITRE VIII. Si/te du mêmefujet conftdéréfous une autre face ,favoir, fi l'eau peut être refroidie par une violente agitation de faniajfe, ou par limpulfon redouble'e d'un nouvel air, &enfn glacée, ILfuit de tout ce qui aété obfervé cideffus ,que l’eau proprement dite ,& fans mélange, fe gèle par -tout au même degré de froid ,&qu’en général ,elle ne fe gèle que quand l’air ou le milieu quelconque eft arrivé àce dega é. Mais n’y auroit-il point de cas particulier ,où une eau moins froide, &dans un air moins froid, feroit fenfiblement refroidie ,&enfin glacée l-Pouffons là-deffus nos doutes &nos recherches plus loin qu’on n’a porté les affertions précipitées dont nous venons de faire voir le peu de fondement. Nous avons conclu des expériences & LA Glace. Part. II, Seâ, II, 247 des obfêrvations rapportées dans les Chapitres III &IV, que le repos de maffè de l’eau &Ton féjour dans le même air ou dans le même milieu, lui confervoient fa liquidité ,quoiqu’elle fût refroidie au delà du degré de la congélation. Nous en avons donné pour raifon ,que le repos de malTe dans un même milieu favorifoit le mouvement inteflin de l’eau ,en permettant àla matière fubtile ou ignée intérieure du liquide de prendre des mouvemens réglés &périodiques qui entretenoient fon équilibre avec la matière fubtile extérieure ;& nous avons obfervé que la moindre interruption àce repos ,&le ]dus petit changement de milieu rétablilToient l’eau dans fa difpofition àfe glacer par fa froideur , &la faifoient glacer en effet prefque fubitement. Or de toutes ces expériences ,&dé toutes ces induètions, ne s’en fuit-il pas naturellement, &par la raifon des contraires, qu’une violente agitation de maffe ,& qu’un changement continuel de milieu doivent refroidir ,&enfin glacer l’eau encore liquide, &dans un air moins froid que celui de la congélation! Voyons du moins fl la Nature &les expériences s’accorderont avec ce raifonnement. Les expériences fur ce fujet me parôiffent d’abord très-difficiles àpratiquer. Car comment aeiter violemment une maflè d’eau Liiij 248 Dissertation sur lans produire dans fbn intérieur une agitation ,une collifion de parties qui ne la dirpofe point àune plus grande chaleur, félon la loi générale des corps frottés les uns contre les autres î&fi cette agitation de maffe ,pour avoir fon effet, doit lui procurer une continuelle mutation d’air ou de milieu ,dans quel vaifîeau la mettre pour îa contenir ,pour l’empêcher de fe difîiper par cette agitation même,fans qu’aveC cela il la défende du choc de l’air auquel elle doit être expofée! L’air renouvellé ne heurtera-t-il pas fans cefïè les parois extérieures du vaifîeau, fans toucher àfes parois intélieures îLa furface coiatigue de l’eau n’en fera donc point frappée, &quelle que foit alors l’agitation totale de maffe ,cette agitation devient nulle relativement àl’air ambiant, &au liquide contenu dans le vaifîeau. Cependant, comme tout ceci roule fur ce qu’il en doit être de même ,ou d’une eau agitée en maffe dans un air tranquille, ou d’un air agité &pouffé violemment contre une eau en repos ,il s’ouvre .une nouvelle route pour nous éclaircir du Lit, > &je me rappelle àcette occafion un phénomène qui commence àjetter ici cjuelque jour. Je n’ai prefc{ue jamais plongé la boule d’un thermomètre dans un liquide, dans de l’eau ,par exemple ,fins qu’en le retirant LkCt.hC'E.. Part, II, Seél. IL 24^ de cette eau ,l’efprit de vin ou le mercure du tube n’ait baiiïe fenfiblement, même dans Un air un peu moins froid que l’eau d’où je le retirois. Mais cju’arrive-t-il par-là àce thermomètre ,que d’être mouillé de l’eau d’où il fort ,&àla pellicule d’eau qui le mouille ,que de fe trouver tout-à-coup dans un nouveau milieu ,dans un air où vrai-femblablement la matière fubtile ne fe meut pas comme dans l’eau, &avec laquelle l’équilibre dont nous avons parlé dans le Chapitre V, n’a pas eu le temps de fe former !La quantité de cette delcente eft àla vérité très-petite ,d’un quart de degré ,d’un demi-degré, plus ,ou moins; mais qu’importe fi elle ell réelle &conftante ,comme je viens de le vérifier avec toutes les précautions cjue demande un tel fait' Il efl: vrai encore que le nouveau milieu ,cjue l’air, n’eft ni agité ni pouffé violemment contre cette pellicule d’eau :auffi l’effet en e(l-il peu fenfible. Cependant l’air n’efl jamais fans quelc[ue agitation de parties dans un lieu tel cju’une chambre ;mais expofez au vent la boule de ce thermomètre ainfi mouillée ,ou foufflez fimplemeut contre de dix àdouze pouces de diflance, vous verrez encore un peu defcendre la lic^ueur dans la tube. Cela pofé, j’en viens aux expériences fiiiv vantes. ï-> y 2.')6 Dissertation sur je trouvai ce thermomètre à8degrés au defl'us du terme de la congélation, &l’ayam fur le champ plongé dans l’èau de la bouteille, il ydelcendit, en moins d’une minute, à6, c’eft-à-dire de adegrés bien complets ,où il s’arrêta. Je vuidai l’eau du col de la bouteille où le thermomètre avoit été plongé, je verllii une partie de celle du ventre fphéroïde dans un vafe àpart, &j’y plongeai le thermomètre qui demeura encore au même point. Ainfi toute l’eau de la bouteille avoit acquis la même température ,favoir ,2degrés de froideur de plus que le milieu ambiant ou le courant d’air dont elle étoit continuellement frappée. Il eft vifible que cette expérience revient au mêjne que les deux précédentes. Cette terre poreuiè toute imbibée d’eau ,&par où il s’en étoit même filtré la valeur d’une petite talfe àcafé ,produit ici abfolument le même effet que mon linge mouillé’’, & d’une manière plus permanente &de plus grand ufage. Le peuple de Quanton pratique donc journellement, &mieux, ce que je n’avois trouvé qu’après un long circuit &des fpéculations dont vrai-femblablement il ne s’eft pas mis en peine. L’idée même du linge mouillé, ou de la paille, ou de telle autre matière ,dont on entoure la bouteille, n’efl pas nouvelle :ons’en fert fur la côte de Coromandel &dans plufieurs autres la Glace. Part, II, Seâ. IL 257 endroits de l’Ihde, pour rafraîchir l’eau, en rexpofantàun certain vent de terre, qu’on afliire d’ailleurs être trèschaud, mais qui ne laiffe pas de produire ce rafraîchiffement. le Souray, dit Bernier, dans fon voyage de Cachemire, ejl mflacon d’étain plein d’eau, il ne tient ordinairement qu’une pinte. L’eau fe rafraîchit tres-bien dans ce flacon, pourvu qu’on ait floin de tenir toujours hurneûée la pochette [à^toWe rouge] qui l’environne ,if que le ferviteur qui le tient àla main marche if agite l’air, ou bien qu’on le tienne au vent, comme on fait ordinairement fur trois jolis petits bâtons croifés, pour ne point toucher la terre; car l’humidité du linge, l’agitation de l’air, ou le vent, font des conditions abfolument meflaires pour que l’eau fe rafraîchijfe Il ne me refie donc de tout ceci ,que de l’avoir affez naturellement amené àla fuite de mes principes. —% CHAPITRE IX. Réflexions fur les expériences &les olfervations précédentes, J’e nlaifTerai la plus grande partie àfaire auleèteur, &je remarquerai feulement, Que la produèlioti &l’explication de ce *Suite des Âde'm. du fieur Bernier Jur tEmpire eii grand Magot, p, iJ, 258 Dissertation sur phénomène dépend en inverfè de ce que nous avons dit (a) fur celui de l’eau qui ne le gèle point ,cpoiqu’expofée àun air plus froid que celui de la congélation : Que l’obfervation 5ci-deffus (h) achève de prouver dans la circonftance contraire, que l’eau fe maintient long-temps dans le même état par fon repos de malîè ,& tandis que le milieu demeure le même, comme il arrive ici aux particules de celle qui fe trouve engagée dans les interftices du linge ou des molécules de terre de la bouteille: Que ces phénomènes d’une eau qui ,dans les circonftances données' ,le maintient li long-temps ,vû la petiteffe des malTes ,dans un degré de froideur qui furpaffe fi fenfible-. ment celle du milieu ambiant, fourniflent une nouvelle preuve du principe intérieur (c) que nous avons afilgné de là liquidité ,& de Ion mouvement inteftin : Que quoique nous ne foyons p^ en droit d’avancer qu’on pourra fe procurer de la glace par les moyens indiqués dans le chapitre précédent ,il efl: pourtant àpréfumer que la choie n’ell pas impolfible dans les circonP tances requifes &énoncées, ou équivalentes. Une tentative àfaire là-defilis, fi l’on avoit plufieurs bouteilles lêmblables àcelle de la (a) Sup. pp. 220 f2^S, (b) Page 2P2. (c) Première partie. LA Glace. Part. II, Seâ. IL 25^ expérience du chapitre précédent, ferait de verfer dans une fécondé bouteille l’eau déjà refroidie dans la première ,& d’opérer fur cette féconde comme fur la première ,fans attendre néanmoins un fi long efpace de temps ,ou en fe procu-^' rant un courant d’air plus rapide ,d’en faire autant fur une troifième bouteille, &ainfi de fuite ,pour voir fi la froideur de l’eau n’augmenteroit pas toûjours ,&fi la congélation ne s’en enfuivroit pas. Enfin je propoferai àcette occafion & d’ajn'ès ces principes la conjeèture qui fuit, fur la congélation des vapeurs dans l’atmofphère ,&fur la formation de la neige qui en réfulte. Il efl clair par tout ce que nous venons de dire dans les chapitres précédens ,que les vapeurs fufpendues dans l’atmofphère , dans un air dont elles font continuellement frappées ,ou, ce qui revient au même ,dans lequel elles nagent âc fe meuvent en divers fens, doivent s’y refroidir de deux ou trois degrés au delà de la température aèluelle de cet air, &vrai-fèmblablement beaucoup plus, araifon de leur ténuité. Or par les faits pofés, fi la température ou la froideur de l’air ou nagent les vapeurs approche de deux ou trois degrés du terme de la congélation , ne pourront-elles pas s’y geler îCes vapeurs congelées ne refroidiront -elles pas àleur 2.6o Dissertât ion sur tour l’air où elles nagent! Et ne re'fulterat-il pas de ce refroidüTèment moyen &réciproque ,Eir-tout dans lès commencemens , une malTe ou portion confidérable de i’atmolphère moins froide qu’au degré de la congélation îEn un mot la formation de la neige ,qui ne confille vifiblement qu’en de petits filets de vapeur coirgelés ,n’exigeroitelle pas moins de fi'oid dans l’atmofphère que îa formation de la glace ordinaire ,en tant que celle-ci le fait fur des malTes fenfibles d’eau &beaucoup plus grandes! Ces neiges que nous voyons tomber quelquefois en un temps moins froid que celui de la gelée, ou qui femblent en amener l’adouciflèment, ne fe leroient-elles point formées de cette manière, &en de femblables circonfiances! &certaines grêles d’été, dont les grains ne paroiflent être auffi que des flocons de neige cntalTés ,&qui en retiennent fouvent la rareté &la blancheur vers leur centre ,quoique iifles àleur furface ,&en partie fondus en traverfant la baflè région de l’air ,ne participeroient-elles pas de cette caulè î LA Glace. Part. Il, Seâ. III. 2.61 SECTION III. Des phénomh'ies de la Glace lorfqiielle ejl toute formée. CHAPITRE PREMIER. Du volume de la Glace. ’e st, comme nous l’avons dît ,la force avec laquelle l’eau tend àfe dilater & àaugmenter de volume dans le moment de fa congélation &pendant toute là congélation, qui produit la rupture des vaifleaux où elle étoit renfermée ,&tous les autres effets furprenans que nous en avons déduits dans la première Seétion. Mais quel ell enfin ce volume ,Idrfque la malTe d’eau efl: entièrement glacée ,ou dans un bloc quelconque de glace confidéré féparément îII yaura , fuis doute ,ici autant de variété que dans la mefure de la force qui produit le phénomène. Car plus ou moins de bulles d’air & plus ou moins grolîès qui auront refté dans la glace par rapport àla première caufe de fon gonflement ,une fortie plus ou moins prompte de l’air qui s’en fera échappé en,, plus grande ou en inoindre quantité par rapport àla fécondé ,des circonftances plus ou moins favorables par rapport àla troifième, ii 6zDissertation sur le degré de froid qui aproduit ia gelée ,& la température aétueile de l’eau qui fait le terme de la eomparaifon, feront autant de fources de variété fur l’effet total &fur le volume qui en réfulte après la congélation. Il ne fera donc pas flirprenant que les expériences varient là-deffus entre les mains de divers Obfervateurs ,ou dans celles d’un feul, comme je l’ai moi-même éprouvé :cependant il eft toujours utile de fe faire en pareils cas une forte de point fixe autour duquel on puiffe ranger les variations. Pour cela j’eus recours .à un moyen tout-à-fait fembiable àcelui dont on fiit que fe fervit Archimède pour découvrir la quantité d’argent qui avoit été frauduleufefc ment mêlé àla couronne d’or du Roy Hiéron, fans la fondre ni l’endommager. Je pefiti d’abord une pièce de glace àpart; je fufpendis enfuite au bras de la balance un morceau de fer ou de quelqu’autre métal plongé dans l’eau ,pour voir ce qu’il pefoit dans cette eau ,&après avoir remarqué quel étoit le poids du glaçon dans l’air ,&le poids du fer dans l’eau ,je liai enfemble le fer &le glaçon avec un petit fil ,je les fufpendis au bras de la balance ,&je les plongeai dans la même eau. Ce que ce total pefa de moins que le morceau de fer dans l’eau, me donna la valeur de la légèreté du motceau de glace par rapport àun pareil volume la Glace. Pan. Il, Seâ. 111, 2.6^ d’eau, environ comme ip à18, qui eft lerapport même des volumes de la glace &de l’eau ;les volumes des corps étant en raifon diredie de leurs légèretés ,&inverfe de leurs pefanteurs fpécifiques. L’opération fera d’autant plus exadte qu’elle aura été faite plus promptement ,afin que la glace n’ait pas le tera|)S de fondre dans l’eau ,&que la température de cette eau s’éloignera moins du degré de la congélation :précautions que fans doute je n’avois pas négligées lorfque je fis cette expérience en Languedoc ,puifque je retrouve fiir mes mémoires, qu’ayant pelé de nouveau le mori.eau de glace dans l’air ,il y fut fenfiblement du rriême poids qu’auparavant. J’ai répété la même expérience àParis pendant la forte gelée de 1740, iorlcjue le thermomètre de M. de Reaiimur étoit àprès de 10degrés au defîbus delà congélation, & l’eau où je plongeai la pièce de glace i^degré audelTus. Le volume de la opiacé excéda celui O de l’eau d’environ la 14"”’ jrartie de celui-ci : ce qui pourroit, fins doute, aller beaucoup plus loin félon M. Boyle, &jufc|u’à un 10""°, ou un *; mais j’ignore comment &dans quelles circonllances il l’a vérifié. Si l’on en croyoit quelcpues Navigateurs , ou les Auteurs de leurs voyages ,il faudroit concliirre que le poids de ces glaçons imraenfes qui flottent dans les mers du Nord N. B, du Hamd ,de corpor, t^eümiius, p. izd. Dissertation sur n’eft que moitié de celui d’un pareil volume d’eau. Car, ajoutentils ,en manière de régie connue ,ces efpeces de montagnes cl'une grojfeur étonnante font aitffi profondes fous la Jiirface de la mer ,qu’élevées au de fus. Ils n’auroient pas exagère', s’ils avoient dit, qu’elles font 9àiofois auffi profondes ; puifque par la règle d’Hydroftatique, encore plus connue &plus certaine ,la partie de tout corps flottant ,qui excède la fiufàce du liquide ,eft àfipartie fubmerge'e , comme la différence de leurs pefmteurs fpécifiques eft àla pefanteur du moins pefant. Ainfi la pefanteur de l’eau de ces mers ,& celle de la glace qui ynage, étant fuppofées ,fi l’on veut, avec M. Boyle ,en raifon de IOà5», la partie de cette glace ,qui eft au deffus ,ne fauroit être àcelle qui eft au deffous, que comme 1eft àp. C’eft-là, dis-je, ce qui s’en enfuit pour toute piècede glace comprife entre deux furfaces planes & parallèles ,comme elles font ordinairement : car àl’égard des glaçons cjui auroient une autre figure ,&qui feroienr concaves ou convexes ,au deffus ou au deffous ,&irréguliers quelconques ,il n’y aplus de règle fixe ày appliquer ,quoique la règle générale fubfifte toûjours par rapport au total du poids &du volume. .Nous avons remarqué ci-defllis ,que la glace dei’eau purgée d’air dans la machine pneumatique, LA Glace. Part. 11, Seâ. 111» 2.6 f pneumatique ,pefoit un peu plus que celle de l’eau ordinaire. Par quelques effais que j’en ai faits ,la différence du poids de cette glace àcelui de l’eau peut aller àun 22"'“. Cette différence eft donc encore plus grande que celle de l’eau de rivière àl’eau de mer, qu’on évalue àun 48"’®. CHAPITRE II. Si Je volume de l'eau glacée ou de la glace continue d’augmenter. ONpeut faire fur le volume de la glace une queftion qui n’efl: pas fans fondement ;fàvoir ,fi ce volume augmente encore après qu’elle efl: toute formée înous verrons bien-tôt qu’il diminue par l’évaporation ,mais c’eft ce dont nous failbns abftraclion ici. Et fi malgré cette évaporation, & iorfqu’elle ne fauroit avoir lieu, l’augmentation 'de volume fè manifèfte par fes effets ordinaires, nous devrons en conclurre qu’elle efl bien réelle. Puifque le froid &la congélation produifent le gonflement de l’eau &de la glace dans fes commenccmens ,pourcjuoi la continuation du froid ,&prefque toujours un plus grand froid, n’y produiroient-ils pas un plus grand gonflement après qu’elle eft toute forme'e !II n’y auroit que le M y %y7.Dissertation sur doivent monter ordinairement vers fa fuperficie avant que de Ce mêler parfaitement avec fês eaux fàlées ,qui font plus pefantes. Or le fèl e'tant un obflacle àfa congéfation, Jorfqu’if eft mêfé avec f’eau ,ainfi que nous le dirons en fbn fieu ,if efl cfair que f’eau de fa mer, où if yapfus de fef, doit produire une gface moins compadle &pfus fpongieufe que ceile où if yamoins de fef. D’aifleurs fes gfaçons où f’on remarque cette difFe'rente confiftance le trouvent preique toûjours vers fes côtes, ou s’en font détachés; car ce n’eft abfofumcnt qu’auprès des côtes , Si jufqu’à une vingtaine de fieues par-delà, que fa mer fe gèfe ,comme font vérifié fes Navigateurs qui ont fe plus approché du pôle ;&c’eft auffi auprès des côtes qu’il y doit avoir une plus grande cjuantité d’eau douce ,àcaufe des rivières qui yont leurs embouchures. Les glaces qui fè trouvent dans les terres en Mande font fi dures, qu’il eft bien difficile de les rompre avec fe marteau ,&fi lèches ,que c’étoit autrefois une tradition dans cette Me, cpi’eiles Irrûloient cpand on fes mettoit au feu de même que du charbon de terre. Pour cette dernière circonftance ,je crois c[u’on me difpenfera d’en chercher l’explication ,auffi-bien que de la *Adam de Brème ,cite dans la Peyrere, Relatm d’IJande, an, . LA Glace. Part. Il, Seâ. 111.275^ grêle enflammée qu’au Auteur *aécrit qui tomba pendant le grand froid de l’année 13O5,qui caulà piufieurs incendies. L’une de ces merveilles pourroit avoir été imaginée d’après quelques concrétions bitumineufes ou nitreufes qui fembloient faire corps avec la glace ;l’autre en conféquence de quelque météore ignée qui accompagnoit la grêle. Mais c’elt faire trop d’honneur àde pareilles tiaditions que de leur chercher un fondement. Pour dire quelque choie de plus précis fur la réfiftance que la glacé apporte àêtresrompue ,je fis geler de l’eau dans un tuyau rond dont l’intérieur avoit quatre lignes de diamètre ;je pris enfuite le petit cylindre de glace que je fis fortir en échauffant un peu le tuyau qui le renfermoit; &après l’avoir expofé de nouveau àl’air froid ,je l’ajuflai fur deux appuis à6pouces de diftance l’un de l’autre ,&je fufpendis une corbeille au milieu par un fil ,dans laquelle je mis des grains de plomb jufqu’à ce que le cylindre; de glace rompît. Je trouvai qu’un peu avant que de rompre il portoit ilivre ionce 2, gros. Mais ayant répété piufieurs fois cette expérience, elle varia félon que la glace étoit plus ou moins remplie de bulles d’air, qu’elles yétoient plus ou moins uniformé- *Krantfius, au rapportée M. Perrault, Efcüs _di, Vlÿ’f, tome P; 3>î'S . 5.74 Dissertation sur ment répandues ,&félon le temps qu’il y avoit qüe la glace étoit formée. C’étoit dans ie Bas ^Languedoc :je l’ai faite depuis à Paris.en Janvier 1740, le thermomètre étant àplus de Pdegrés au deiïbus du terme de la congélation, for un cylindre de glace dont la bafe étoit aflez julle de i2lignes ou ipouce de diamètre, portant àmêmediftance fur deux appuis ,après avoir été expofe àce froid pendant vingt-quatre heures. II foûtint io| livres &rompit àla ii"*': ce qui, toutes ïéduétions faites des bafes de firaétion ,des centres de gravité de ces bafes ,&des points 'd’extenfion &de compreffion des fibres , félon la théorie de la réfiftance des folides, donne la réfiftance de la glace un peu plus grande que celle du cylindre de 4lignes de diamètre. Sur ce même pied ,&dans leS mêmes circonftances ,un cylindre de glace de 12pouces de diamètre foûtiendroit 1512 livres fans fe rompre. Pour comparer cette réfiftance avec celle de quelques autres corps connus ,par exemple , àcelle du marbre ,j’ai Lit le même eftai fur an prifme quadrilatère reélangle de marbre blanc que j’avois ,d’environ un pied de lon-igueur &d’un pouce de côté àla balè ;& l’ayant mis fur deux appuis àiopouces de diftance, il aporté par fon milieu 84 livres, poids de marc, pendant quelques Iccondes avant que de rompre, &il arompunet àangles LAGLAcE.Part. Il, Seâ. 111. 2.jf droits environ une ligne àcôté de fon milieu: d’où l’on peut conclurre ,après les mêmes réductions dans le détail defquelles nous n’entrerons point ici ,que la réfiftance de la glace eft bien inférieure àcelle du marbre, &àpeu près en raifon de'i àio. Mais ,comme jê i’ai remarqué ,plufieurs circonftances peuvent faire beaucoup varier ces expériences àl’égard de la glace, &même àl’égard du marbre ,du bois &des autres corps folides. Ce qu’on peut aufîr en déduire par rapporC àla glace d’après ce que j’en ai dit ,&le témoignage de Fréd. Martens fiir les glaces du Spitzberg ,c’ell qu’en général la glace réfifte d’autant plus àêtre rompue ,qu’elle aété formée par un plus grand froicî ,ou dans des pays plus froids. Quant àl’adhérence &àla ténacité de la glace fur les autres corps folides où elle s’eft attachée, nous avons une expérience de M. Varignon * , de laquelle il réfulte qu’un morceau de glace circulaire ,de près de 3 pouces de diamètre, &pelant 3onces 2 gros ,s’étant attaché par fa bafe àl’appui d’une fenêtre depuis 6minutes ,il ne pût en être détaché par un effort dé i6livres &environ 3onces, &qu’il fallut yemployer le marteau. Mais il manquelà ,comme on voit ,bien des circonftances ,pour en conclurre quelcpie choie d’exa<ft. (h) Hift. de i’Acad, des Sc, rr/. 7.y6Dissertation SUR Lorfqu’on porte les doigts fur un corps très -froid &très -compadte ,tel que du métal ,il arrive quelquefois qu’ils s’y attachent, &qu’en voulant les retirer trop promptement ,on ylailTe la peau ,ou qu’elle en eft endommagée. Ce qui efl facile àcomprendre, la partie humide de la tranlpiration, &peut-être un peu de fiieur ,s’y congèlent fubitement, &adhérant en même temps au métal &àla peau ,les retiennent attachés l’un contre l’ajrtre. Mais un peu de patience ,&la chaleur naturelle de la main ,feront bien-tôt évanouir ce danger. La ténacité des parties qui fait la principale force de rélîftance de la glace ,&en général ,des corps qu’on veut rompre ,en yfulpendant un poids ,n’efl pas la même chofe que ce qu’on appelle leur dureté ,quoique l’une de ces qualités ne fè trouve guère fans l’autre jufqu’à un certain point ,&que ïes deux puiflent participer d’une fèmblable caulè. Une table de marbre peut être plus dure cju’une pareille planche de fapin, & réfifter cependant beaucoup moins àla rupture par le choc ou par la comprefîron :en un mot la réfiftance àla comprefllon ,& îa réfiltance au choc ,ne font nullement proportionnelles en diffé'rens corps àleur Téfiftance de divulfion ou de rupture pat Jes poids qu’on yfufpend entre deux appuis, ou àune de leurs extrémités, lorfqu’ils font LA Glace. Part, II, Seél, 111,277 retenus &fixement attachés par l’autre. La dureté des corps, plus diredtement oppofée àla molefiê ,que la fimple ténacité ,indique autfi plus particulièrement leur réfiftance àl’extenfion, àrapplatifleinaat ,&àtout changement de figure ;&'^Re réfiftance eft ordinairement d’autant, plus grande , qu’ils ont plus de difpofition àêtre brifés &pulvérifés ,comme on le voit dans la cire ,la réfine ,plus ou moins refi'oidies , &dans plufieurs autres fiibftances. La force ou la réfiftance de la glace peut donc être encore confidérée dans tous ces fens. Je n’ai garde d’entrer dans un fi grand détail; mais voici un fait qui en réunit plufieurs exemples. Pendant l’hiver de 1740, qui fut trèsrigoureux ,fur-tout en Ruflie ,où le froid furpafla celui de 170^, &; qui l’égala prefque dans nos climats ,on conftruifit àPéterfbourg un Palais de glace de 52^pieds de longueur ,fur i6^de largeur ,&20 de hauteur, fans que le poids des parties fupérieures ,&du comble qui étoit auflî de glace, parût endommager le moins du monde le pied de l’édifice. La Neva qui étoit tout proche, &où la glace avoit deux àtrois, pieds d’épaifieur *,en avoit fourni les matériaux. Les blocs de glace qu’on en Comme je t’apprends de M. Sanchez, alors preini*ç Médecin de §. M. I, la Czarine Annfij zyS Dissertation sur tiroit ,étoicnt d’abord taillés avec foin , embellis d’ornemens &pofés enlùite, félon toutes les règles de la plus élégante architeélure. C’eft ce qu’on peut voir dans la defcription me M. Krafft ,alors ProfefTeur de Pbyfîqu^% l’Académie Impériale de Péterfbourg ,Ôc 'aujourd’hui àTubinge , nous en adonnée *. Mais ce que nous ne devons pas pafîer fous filence ,il yavoit au devant du bâtiment fix canons de glace faits fur le tour ,avec leurs afuts &leurs roues fèmblablement de glace ,&deux mortiers àbombe ,dans les mêmes proportions que ceux de fonte. Zes canons étaient de ceux de ^ livres de poudre de charge, ce qui répond tout au moins à6livres de balle ;mais on ne les chargeoit que d’un quarteron de poudre ^u’on mettait dans l’ame de ces pièces d’artillerie, apres quoi on yfai fait couler un boulet d’étoupe, ù" même quelquefois defer defonte. L’épreuve d’un de ces canons futfaite un jour en préfence de toute la Cour, èr' l’ayant charge comme nous venons de l’expliquer, le boulet perça une planche de deux pouces d’épaijfeur a 60pas d’éloignement. 11 feroit àdefirer pour notre fujet, &pour en tirer quelque forte de comparaifon, qu’on eût fait fucceflivement ces canons plus épais, jufqu’à ce qu’ils *Traduite d’AHemand en François par M. P. L, 3eRoy, de la même Acad. &imprimée àS' Péterfti «H 17.^1, avec les figures en piufieurj Pknciies, la Glace. Part. II, Seâ. III. 2755 euflent pû foûtenir la charge entière de 3 livres. Cependant i’efïbrt d’ùn quarteron de poudre contre une glace ,qui ,lèlon les proportions ordinaires ,ne pouvoir guère .-ivoir que 3ou 4pouces d’épaifleur, & qui n’en apoint éclaté ,ne laifîe pas de nous indiquer une très-grande force àcet égard. Un fameux Hiftorien du nord *parle des murailles de glace ,&des autres ouvrages de défenfe, qu’on peut fè procurer contre les affiégeans d’une ville en temps d’hiver, comme d’une pratique ufitée chez les nations feptentrionales. Quoique cet Auteur ne Ibiî pas toujours bien délicat fur ia certitude des faits qu’il rapporte ,il n’y arien dans celui-ci que de très-poffible ;le Château de glace de Péterfbourg en ell la preuve. Des encaiffèmens remplis de glace &d’eau c[ui fe lieroient bien vite enlèmble ,pourroient fournir en des occafions prefTantes ,dans ces pays où la glace ejl aujji dure que la pierre,. &auffi épaifîè qu’on veut, une efpèce de fortification très-prompte &très-folide. Olaus Magnusr Hifi. de Centil, Se-pttmrion. î. tri mp2J, p.jSi, Mt. Rom, // De moeniis ^acistr libus. 28o Dissertation sur CHAPITRE IV. De laforce de la glacepour'porter unpoids, lorfquelle ejî elle-même portée par l’eau, ICi eft évident que telle planche d’ùn bois plus léger que l’eau, &qui ,n’étant foûtenue* qu’en l’air par les extrémités lur deux ou plufieurs appuis ,piieroit ou le romproit fous un certain poids ,ne pliera pas de même ,ou ne rompra pas fous ce poids étant foûtenue par i’eau. Sa partie hors de l’eau ne peut s’y enfoncer qu’en déplaçant une quantité d’eau de même volume ,&le poids de cette quantité d’eau eft précifément celui que cette planche ypeut porter de plus qu’en l’air ,{ans s’enfoncer ou fans fe rompre, toutes circonftances d’ailleurs égales. II en eft de même de la glace qui flotte fur i’eau. C’eft fins doute en ce. fens que cjuelques Auteurs ont déterminé la force de la glace, relativement àfa confiftance dans les pays où ils écri voient. Ils ont dit, par exemple, de la glace en Suède &en Dannemarc, ce Qu’une glace de 2. doigts d’épaiffèur pouvoit porter un homme ,&lui permettre de marcher deffus; de 3doigts ,un Cass valier armé; d’une paume &demi, ou la Glace. Part, II, Seâ, III. 2.8 r de 4à5pouces ,une troupe ;&de 3« ou 4paumes ,rme armée (a). » Dans la grande gelée de Société Royale ayantfait mefurer l’épaijfeur de la glace de la Tamife ,quand on alloit dejfus en carrojfe, elle nefe trouva que de 11pouces (b). Mais toutes ces règles &tous ces exemples font équivoques ,&feroient fouvenl très-dangereux àfuivre, fi l’on n’y apportoit pas un certain examen. Quand la pièce de glace n’étant pas bien étendue trouve un appui folide àfes extrémités ,quand elle tient, par exemple, aux bords d’une rivière ,elle doit foûtenir des poids d’autant plus grands ,qu’elle arcboute prefque toujours fur ces appuis ,qu’elle s’enfle vers Ton milieu &ydevient convexe , par l’effort continuel qu’elle fiit pour fè dilater. Mais il n’en eft pas de même d’une glace fort étendue, qui flotte, par exemple, fur la mer ,ou qui peut s’y trouver rompue ou fêlée en plufieurs endroits,, par l’effort ,&par les fecouffes réitérées de l’eau qui efl: au deffous, félon que cet effort ou que ces fecoufîés s’y communiquent par les vagues d’alentour ,ou par les mouvemens du flux &du reflux. Ces pièces de glace ifolées ,féparécs du total ,ou moins (n) 01.Magnus ,ulifup. l. i,cap. 2y, adopté pv Ge, Alb. Hamberger, Hijl. Frigoris ,Phan.yt, (!>) Hifl. de i’Acad. 1709, p. 10, sS8 Dissertation sur qui ont cru que l’eau de la mer devenoll douce en fe gelant ,&qui ,lans trop s’embarraflèr de la certitude du phénomène , ne le font appliqués qu’à en chercher h caulè. Mais ce n’eft rien moins qu’une erreur de fait. Ils n’avoient apparemment goûté que de la partie extérieure des glaces ,ou ' de quelques glaces minces qui s’étoient formées auprès des côtes ;car il eft vrai que celles-là ont le même goût que la glace des -rivières. Et cela n’ell; pas étonnant ,puifque les rivières qui le rendent àla mer fourniffent une grande quantité d’eau douce auprès des côtes ,laquelle par là légèreté ,• fumage c{uelquefois allez long -temps & alTez loin fur l’eau fàlée, avant que de fe charger des mêmes lèls. Si ces Auteurs avoient pris de la partie de ces glaces qui eft fous l’eau ,&du delTous de ces glaçons épais ,qui flottent dans les mers du Groenland &de la nouvelle Zemble, ils auroieni trouvé que la glace en était aujjl falée qui la mer même *. C’eft ce qu’on peut éprouver par-tout, en failànt geler artificiellement de l’eau falée ,ou de l’eau de mer qu’on aura prilè loin des côtes. 11 arrive feulement pour l’ordinaire que la luperficie ou les parties extérieures d’un pareil glaçon font ’*‘Frédér. Martens, vhi fup. &Supplément aux Voyages du Capitaine Wood &dé Frédér.' Martens; traduit ae l’Anglois, p, yAm Recueil ,tome a. peu LA Glace. Part. II, Seâ. III. 28^ peu falées ou tout-à-fait douces ,par cette caiife ,&par la féciétiou qui fe fait alors de l’eau douce &de l’eau làlée ,comme nous l’avons remarqué des parties Ipirilueufes du vin expofé au grand froid. Auffîftrouve-t-on fouvent fur ces immenfes glaçons qui flottent dans les mers du nord, pendant l’été ,des efpèccs de lacs d’eau douce, qui fe gèlent &fe dégèlent quelquefois alternativement félon la température des jours &des nuits *, Sc dont les navigateurs ne manquent pas de profiter ,pour rafraîchir leurs équipages &remplir leurs tonneaux vuides. J’ai vu au contraire des perfonnes qui penfoient que la glace étoit moins douce que l’eau dont elle avoit été formée ,en vertu, difoit-on, de je ne fais quelles parties frigorifiques &falines qui s’introduilent dans l’eau pendant fit congélation ou c[ut l’occafionnent, &cjui en fortent dès qu’elle redevient liquide. Autre illufion, dont la caufe n’efl: pas difficile àimaginer, le piquant de la glace ,ou de l’eau très-fioide étant vifiblement l’effet de la contradlion fubite qu’elle produit fiir les fibres de la langue &du palais. Il en eft de même de la feniation de chaleur ou de brûlure ,qu’excite un morceau de glace qu’on foiuient quelque temps fur la paume de la main : 3" .Voyage de la Baie de Hudfon ,tome2N' 2^0 Dissertation sur le refTerrement &la crifpation d’un nombre de fibres &de nerfs yproduit fur les fibres voifines &tout alentour un tiraillement qui tend àles divifer ou àles rompre, comme feroit àpeu près un inftrument tranchant, ou le feu. Le fentiment qui en réfulte n’en diffère pas beaucoup ,Sc m aveugle pourroit s’y tromper. C’eft àce reflcrrement de parties, &aux effets qu’il doit produire fur toute l’e'conomie animale ,plutôt qu’à aucune vertu interne de la glace ,différente de celles de i’eau ordinaire, que j’attribuerois 'les guérifons merveilleufes que la glace opéroit entre les mains du Capucin de Malthe ;car il en frottoit quelquefois tout le corps de fes malades. On en peut voir les fuites &le détail dans le fécond volume des Vertus médicïnaks de l’eau commune sédition de Paris, 1730. Al’égard des liqueurs fpiritueufes &odorantes moins homogènes dans leur compofition c[ue l’eau ,je ne doute pas que la congélation ne puilfe caufèr de grands changemens àleur goût ,à leur odeur ,àleur fluidité même &: àleurs autres c[ualités fenfibles ,en défuniffant ou en affemblant des parties hétérogènes qui étoient auparavant unies ou réparées, &enaitéiant ainfi toute leur contexture. M. Geoffroy aobfervé que l’eau de fieur d’orange qui lent i’entpyreume perd LA Glace. Part, II, Seéf. 111. ap i cette odeur par la gelée ,&en prend une très-agréable *. CHAPITRE VII. De la tranfparence &de la couleur de la Glace. Laglace efl ordinairement moins tranG parente &plus blancheâtre que l’eau dont elle eft formée. Ces deux qualités viennent vrai-femblablement du même principe, favoir ,du dérangement des parties dont il aété parlé ci-defîlis ,&des bulles d’air enfermées dans la glace. Lorfc^u’on regarde certains glaçons avec un microfcope ,on yvoit, outre les petites bulles d’air, une infinité de fêlures &d’éclats qui réfléchiffent diverfement la lumière ,félon la lituation où ils fe trouvent. Ce font ces réflexions de la lumière ,caulees par une prodigieufe quantité de furfaces &de petites lames d’eau glacée, différemment inclinées , qui produifent la blancheur de la neige. Aufli fait-on de la neige artificielle par le moyen d’une eau long-temps agitée &réduite en e'cume dans quelque tube de verre ou dans une bouteille oblongue qu’on expofe fur le champ àla gelée. C’efl par la même raifon que le verre pilé Hifl de l’Acad. 171 3> /' Ni; Æc>2 Dissertation sur devient une poudre blanche ,qui n’eft plus tranfparente àla vue fimple ,quoiqu’avec le microfcope ou dans l’eau chacpe particule de neige ou de verre ne diffère en rien de la glace ou du verre ordinaire. If en efl: encore de même àpeu près du marbre noir réduit en poudre ,<& de la plûpart des autres corps. Car félon la penfée d’If. Vofîius (a) , & comme l’a plus particulièrement montré M. Newton (b), les petites parties de tous les corps font naturellementtranlparentes, &leur opacité ne vient cpie de la multitude des réflexions de ces parties. C’eft pourquoi la glace de l’eau qui aété purgée d’air ,&qu’on a fait bouillir &geler alternativement deux ou trois fois ,efl plus tranfparente &d’une couïeur plus foncée. Par une femblable raifon la partie exte'- rieure de la glace efl prefque toujours moins tranfparente ,plus blancheâtre &plus terne que le dedans. Car outre que ]:>endant la congélation ,les bulles d’air qui s’échappent de l’eau vers fa fuperficie yproduifent mille petites inégalités, cette fuperficie n’eft pas plutôt gelée ,que l’effort continuel des particules infènfibles de glace, pour s’incliner les unes aux autres fous l’angle de do degrés, comme il aété remarqué ci-defîlis (c), s’y (à) De natura propr. Lucis , ch. 2j. (h) Opt. lib. Z,part. 3, Prop. 2, (ç) Sed. 1,Chap. VIII, m LkChkCE. Part. 11, Seâ. 111, 2^3 exerce beaucoup plus aifément que dans l’intérieur. Elles fe redreflcnt ou s’évaporent ,ce qui fait autant de petits vuides & de nouvelles furfices différemment pofées, d’où la lumière fè réfléchit diverfèment. Ainfï pour bien voir la tranfparence de fa glace ,il faut en enlever cette croûte de fà furfice &de fès fradtures, &ia faire un peu fondre dans de l’eau moins froide ,ou attendre qu’elfe foit fondue dans un air moins froid. Et voilà pourquoi les glaçons fondus en partie qui nagent dans un fceau où l’on fait rafraîchir des liqueurs, yont lin fi beau poli &tant de tranfparence, quoiqu’ils fuffent tout ternes &tout blancheâtres lorfqu’ils yavoient été apportés. On fè convaincra encore aifément de ce c]ue je viens de dire ,fi l’on compare la fuperfîcie de la glace nouvellement formée avec celle d’une glace de plufieurs heures ou de quelques jours, ou fimplement la fuperfîcie de celle-ci avec la fuperfîcie de fes caffurcs. Plus il yaura de temps qu’elle eft formée, plus fa furface aura eu celui de fè hérifîèr de particules qui s’y redrefîènt, &qui en diminuent la tranfparence. Les glaces du Groenland &de la plûpart des mers du nord ,font fort différentes des nôtres, &par la couleur, &par le moins de tranfparence. Elles* font d’un très -beau *Fréd. Martens, ubi fm. Niij 2,p4 Dissertation sur ileu, un peu tirant fur le verd, femblable kla couleur du vitriol de Chypre ,&feulement un peu plus tranfparentes que le vitriol, moins nettes que la glace de notre climat, atravers laquelle on peut prefque voir. Que ce foit . d’imagination ou par ouï -dire ,Virgile ne nous peint pas autrement les glaces du nord &les zones polaires ; Cœruleâ Glacie concretce atque imbribus utris Cette différence des glaces du Groenland avec les nôtres n’efl; peut-être qu’apparente, &pourroit bien venir en partie de la condenfation &de l’épaifleur de l’air du climat: car l’air étant bleu de fa nature ,comme on ïe juge par la couleur du ciel &par la teinte que prennent les objets fort éloignés, il eft évident que plus on verra de parties d’air fous un égal volume ,plus fa couleur naturelle deviendra fenfible. Or une atinofphère d’un bleu plus foncé qui fe réfléchit fitr les glaces des mers ,ou àtravers laquelle le filtrent des rayons de lumière plus bleuâtres, doit les charger d’autant plus de ceite couleur. Mais je doute que cette raifon foit fuffifante pour expliquer ce bleu de vitriol & verdâtre dont parle notre Voyageur. Si ce qu’il en dit efl exaél ,comme il yalieu de ïe croire ,il faut avoir recours ,ce me ferable ,àquelque chofe de plus prochain & îGeorg. lib. i. la Glace. Part, II, Seâ, III. j de plus ree! ,comme ,par exemple, àla qualité du fond du baffin de ces mers ,&des matières qui s’en détachent &qui fe mêlent avec leurs eaux ,ou enfin àla couleur propre de ces eaux mêmes. Sur quoi nous n’avons rien d’affez pofitif pour poufler plus loin nos conjediures. Indépendamment de tout cela ,la glace des liqueurs fitlées efi plus foncée &plus opaque que celle d’eau pure. Or nous avons vu dans le chapitre précédent, que la glace de ces mers étoit Jà/ee comme la mer même. Les glaces des mers du nord ont encore ceci de particulier, cjue lorfqwe le^temps efi; pluvieux *,le bleu de la partie fupérieure qui efi expofée àl’air devient plus pâle, &que vûes de delTous l’eau elles paroifient vertes. L’eau douce étant moins bleuâtre ,&en même temps plus légère que l’eau làlée de la mer ,il doit Ibuvent arriver, fiir-tout près des côtes où aboutifient les rivières ,que la partie fupérieure des glaces foit moins colorée que l’inférieure. Le delTus du glaçon doit auffi moins participer de la couleur du defious, lorique le temps efi fombre ,&que le peu de lumière qui efi répandu dans l’eau &dans l’air en favorife moins la réfradlion. Mais d’où vient la couleur verdâtre de la partie qui efi: fous l’eau lElle peut dépendre de bien des circonftances. L’eau de *Fréd. Martens, ulii fup, Niiij 2.^6 Dissertation sur la mer ,comme la teinture du bois ne'phre'- tique &plufieurs autres liquides, re'fléchit quelquefois des rayons de lumière d’une couleur ,&en rompt ou en lailîê pafl'er d’autres d’une couleur différente. Cette propriété de réfléchir certains rayons &de donner paflâge àd’autres n’efl; pas particulière aux liquides, elle fe trouve en quelques corps durs ;l’or même,le plus denfe &le plus pelant de tous les métaux ,qui ne réfléchit que les rayons de couleur jaune ,en iaiffe paffèr au travers de les pores de bleus &de verds, comme on l’éprouve lorfqu'après l’avoir ré^duit en feuilles très-minces on le place entre l’œil &la lumière ('aj. De même l’eau de la mer qui réfléchit d’ordinaire par fa fuperficie la couleur bleue, rompf &réfléchit fouvent dans l’intérieur la couleur verte ,&nous avons ià-deffus une expérience curieufe cju’on trouve rapportée dans i’Opticpie de M. Newton Æ. Halley, dit-il, étant defcendu au fondde la mer dans une cloche en un temps fort clair &fort ferein ,remarqua que les rayons du Soleil qui paffbient par vne petite fenêtre vitrée de la cloche ,iS qui donnoient fur une de fes mains, apres avoir traverfé plufieurs piques d’eau qu’il avoit fur la tête, lui faifoient paraître la partie fupéricure de la main d’un rouge couleur de rofe ,pendant (a) Newton, Opt, part, H, Prop. X, (b) Ibid, LA Glace. Part. JI, Seâ. JII. (jue le côté oppqfê, ou la partie inférieure, pa^ roijfoit teinte de verd par la lumière que les eaux de defous yj-éféchijfoient. Peut-être n’en faudroit-il pa/ davantage pour expliquer la couleur verte du deflbus des glaces du nord vû àtravers l’eau ;mais les Auteurs de qui nous tenons ce fait y ajoutent cette circonftance ,que les glaces paroiflent telles dans les temps pluvieux ;& aulïï qu’il yades temps où les eaux de ces mers paroifTent jaunes àceux qui s’y plongent. Or la glace étant bleue ,elle doit paroître verte àceux qui la regardent au travers d’une eau jaune ;puifque ,comme on fait, le bleu &le jaune mêlés enfemble produifent du verd. Mais cette variété de couleurs des glaces du nord n’eft rien en comparaifon de celle qu’on aperçoit lorfqu’on approche des côtes du Groenland &de la nouvelle Zemble ,& qu’on jette les yeux fur les montagnes voifines couvertes de neige &de glace. La gelée &le dégel àquoi ces montagnes font alternativement expofées dans la faifon où l’on voyage dans ces pays-là, c’eft-à-dire ,dans l’été ,la fonte des glaces &les pluies yont creufé des ravins qui paroiifent comme des Landes noires coufues depuis leur fommet jufqu’à leur pied ;àcôté fe trouvent fouvent de grandes traînées d’une neige qui n’a point Les mêmes que ci-deffus ,Recueildes voyages au Norde 304. Dissertation sur qui apris fort àcoeur ïa défenfe de la paîingénéfie, &de qui j’emprunte ces deux témoignages ,comme les plus authentiques de tous ceux qu’il rapporte pour l’établir. Les noms de M” Boyle &Digby m’obligent àajoûter ici deux ou trois réflexions' fur cette matière ;car du refte je ne penfe pas qu’il yait beaucoup de témérité àfbupçonner que la première formation de la glace, telle que je l’ai expliquée ,&làns aucun rapport àla palingénéfîe ,ait été l’unique fource de tout ce qu’on en raconte de merveilleux, J’oblèrve donc, I°Que les figures de la luperficie de la glace font &plus fréquentes &plus vifibles , lorfque l’eau n’ell pas pure, &fur-tout lorfqu’on yadilTous quelque fel ,tel que celui qui eft contenu dans les cendres des plantes. Prefque toutes les lefllves, l’urine ,du limon feulement, &en général tout ce qui étant, mêlé avec l’eau retarde fit congélation ,produit ordinairement des figures bizarres & fingulières. Dans quelques-unes de mes expériences ,où il ne s’agilToit nullement du fel des plantes ,le hafard m’a fait rencontrer des figures qui auroient enchanté les partilans de la palingénéfîe. 2..° Les végétations métalliques fi connues dans la Chymie ,produifent quelquefois en reliefdes figures aufli parfaites en leur genre qu’aucune de celles qu’on ait vûes fiar la LA Glace. Part, IJ, Seâ. III. 305 glace. Ce qu’on appelle l’Arbre de Diane ou l’Arbre PhÜofophique eft, comme on fait, un argent amalgamé qui s’élève dans une bouteille en forme de petit arbrüTeau avec fês feuilles &fes fruits; on frit quelque choie de femblable avec du fer &avec plufieurs autres matières c[ue le halàrd afournies plufieurs fois aux Chymiftes *. Je ne crois pas cependant c[ue perfonne penfe que l’argent &le fer, ou ces autres matières, prennent ces figures, pour avoir été autrefois ces mêmes arbres qu’ils repréfentent. 3.° Enfin la plupart des Auteurs c[ui difent avoir fait l’expérience de la Palingénêfie, &lur-tout les Auteurs que j’ai nommés, n’ont pû de leur aveu la rencontrer qu’une fois après bien des tentatives inutiles ;& , ce qui eft àremarquer ,ni la même lelîîve , ni une leffive nouvellement préparée ,ne leur ont redonné le même phénomène. Aullî ont-ils plutôt regardé ce qu’ils en avoient vû comme un effet du hafard, que comme une fuite nécelfaire de la prétendue inclination àfe rejoindre ,attribuée aux parties organiques des corps après leur déftinion ; &je me trompe fort, fî ce n’eft-là ce c|ue vouloir dire le Chevalier Digby, d’ailleurs alfez enclin &alfez intérelfé àfoûtenir les effets *Voy. Mém. de i’Acad. j6r)t, T. X, pp. ty/ ^fo/. 1707, i>p, (k 1710, p. .ff-zd, 43 S\ n, ^o6 Dissertation sur fyinpathiques ,quand il ajoûte ,après l’expérience rapportée ci-dejfîus,yVprenais grand plaifir CL contempler ce jeu de la nature, M. Boyle va plus loin ;il craint que l’imagination de ceux qui dilènt avoir vû de pareilles figures fur la glace ,en conféquence de la palingénéfie, n’ait difpofé leurs yeux en faveur du phénomène ,&il rapporte tous ces faits dans un article de fes EJfais phyfiologiques, où il traite des expériences qui ne réuHilfent point *• CHAPITRE X. De l’évaporation de la Glace. Nous avons remarqué au commencement de cette Difiêrtation, que l’évaporation des lic[uides devoit être en raifon compofée invei le de leurs pefanteurs fpédficpues, &direde de leurs fluidités ,de leur mouvement inteftin &des furfaces qu'ils préfentent àl’air libre. De ces quatre circonftances il n’y aguère que la première, la fécondé &la quatrième cjui foient applicptables aux folides ;favoir ,la pefanteur fpécifique de leurs [tarties ,la dureté &la ténacité, au lieu de la fluidité, &la grandeur des furfaces prélèntées àl’air. %' *Tentant. Phyf. De experimentis quæ non Ùccedimt. 1AGlace, Part. II, Scâ. III. 307 II yagrande apparence que tous les foli- (les s’évaporent plus ou moins ,&perdent par-là une partie de leur fubftance :ie choc de l’air en emporte tôt ou tard quelques particules imperceptibles. Il en eft peu du moins qu’on puifle excepter de cette loi générale. La déperdition de matière Ce décèle même dans quelques-uns de ceux qui après bien des années conlèrvent fenfiblement le même poids, tels que le mufc &l’alTii-foetida ;car on ne peut douter que l’odeur qui s’en exhale continuellement, & qui remplit de très-grands elpaces, ne confifte en des corpufcules qui faifoient partie de ces corps. Je ne voudrois pas en exclurre ce qu’une matière fubtile ou éthérée quelconque qui circule dans leurs pores en entraîne au dehors ,&qu’enlliite l’air emporte &répand bien loin. Mais cela revient au même que ce qu’il enlève de leur fuperficie par le choc ,&conflitue le total de leur évaporation, comme nous l’avons confidérée dans les liquides. Cependant il ell certain en général ,que les folides fe diffipcnt moins que les liquides ,par la circonftance ,que l’évaporation de ces derniers ell d’autant moindre ,toutes chofes d’ailleurs égaies ,qu’ils ont moins de fluidité ', &que ïa folidité ,ou ce que nous appelions la dureté ,n’eft àla rigueur qu’une moindre moileffè ,&la moIleîTe qu’une moindre fluidité. 3o8 Dissertation sur II eft donc aflez étonnant que la glace s’évapore autant ou plus que l’eau dont elle aété formée. Pour voir bien vîte l’évaporation de la glace ,il ne faut qu’en expofer àl’air quelques morceaux*pointus &tranchans ;on trouvera bientôt leurs pointes &leurs arêtes émoulTées ,&leur poids fenfiblement diminué. L’évaporation de la glace eft d’autant plus grande que le froid eft plus violent. En 1716, où il yeut des jours dont le froid fut auffi exceffif que dans l’hiver de 170^, je trouvai quelquefois la glace expofée à l’air &au vent de nord diminuée de plus de la cinquième partie de Ton poids en vingt-quatre heures. Selon M. Gauteron* qui en fit des expériences àMontpellier en 170^, l’évaporation de la glace alla une fois jufqu’au quart de fon poids en un pareil intervalle ,favoir, à6grains par heure, fur une once d’eau expofée àla gelée. Ce qui fait ,lèlon lui ,une évaporation plus *Médecin ,Secrétaire de la Société Royale des Sciences de Montpellier. Ses expériences furent d!îvoyées àl’Académie des Sciences ,&imprimées àla fin du volume des Mémoires de 1709. On trouvera dans i’Hifi. de l’Acad. de 1741, p. 17, un phénomène qui aquelque rapport àcelui-ci ;favoir ,que de la terre qui efl imbibée d’eau ,&qui fait en tout une maffe plus folide &plus pefante que l’eau ,fournit une évaporation plus abondante que i’eau toute pure ;d’après les expériences de M. Bazin. . LA Glace. Part. Il, Seâ. 111. 309 prompte que celle de l’eau dans un temps moyen entre le chaud &le froid. Pour donner raifon de ce phénomène , je remarque que la glace ayant prefque toujours des rides ,des traits ,des inégalités & une boflè fur fa fuperficie ,elle apar-là plus de furface que l’eau dont elle ell: formée. D’ailleurs l’eau qu’on expolè àla gelée dans des verres ,des gobelets &femblables vailfeaux ,c[ui font fouvent plus larges vers l’ouverture que par le bas, s’en détache ordinairement en peu d’heures, par l’expanfion des bulles d’air cjui yfont renfermées, &la glace monte un peu, en laifTant tout autour cntr’elle &le vaifleau ,un vuide , qui s’agrandit toujours de plus en plus ; autre circonftance ,qui fait que la glace préfente plus de parties àl’air ;ainlî ,quant [à fa furface ,l’eau doit perdre plus de parties par l’évaporation ,étant gelée, qu’étant liquide. Il ne relie donc que la dureté de la glace , ,qui puilTe rendre fon évaporation plus difi ficile que celle tle l’eau ;&je ne doute pas I qu’en effet les petits flocons d’air qui heurI îent contre la glace ,n’y trouvent plus de jréfillance que contre l’eau ;ils ont fans doute plus de peine àen détacher des particules , lleur choc eft fouvent inutile; mais aufît jlorfque l’air fait tant que d’emporter quelIques pièces de defEis la glace, elles font 310 Dissertation sur apparemment plus grofles que les parties qu’il emporte de l’eau ,en conféquence de ce plus grand effort. II doit auffi ordinairement entraîner plufieurs petits éclats avec la particule de glace ,contre laquelle il a frappé ,&ébranler toutes celles des environs. En quoi il fe trouve encore favorifé par l’effort que les petites bulles d’air qui font près de fa furfice font pour fe dilater : de forte que fi l’on ajoute ces circonflances à celles d’une plus grande furface ,& de la légèreté de l’eau Iorrc[u’elIe efl glacée ,il ne fera pas mal-aifé de comprendre comment fon évaporation pendant une forte gelée ,peut égaler ou furpaffer celle de l’eau ordinaire ,dans ifrt temps moyen entre le grand chaud &le grand froid. N’oublions pas ici ce que nous avons déjà obfervé dans cette même Seèlion’*‘, que la tendance continuelle des partiqiiies de lu glace àfe redrefîèr ,ou às’écarter en divergence les unes des autres fous l’angle de 6 Odegrés ,s’exerce bien plus ailément àla fuperficie où rien ne s’oppofc àleur effort, que dans l’intérieur; ce qui doit rendre cette fuperficie &moins tranfparcnte, comme elle l’eft en effet, &moins polie. L’air enlevera donc d’autant plus les parties de la glace ,qu’il yaura plus de temps que la glace fera formée ,&qu’ellfi Çliap. VJI, p, 2ÿZ, LA Glace. Part. II, Seâ, III. 31 1 l’aura été par un plus grand froid ;puifque ces circonftances favorifent de plus en plus la difpofition de ces particules àfe détacher de la mafîe totale. Toutes les autres caufes de l’évaporation de la glace fe cojnplicpieroiit donc avec celle-ci ;&je doute que fans elle on pût donner une raifon fufîilânte de cette grande évaporation àl’égard d’un corps fi dur &fi folide, &d’autant plus grande, c[u’il efl plus dur &plus folide. CHAPITRE XI. De la Neige. Laneige ,cjue nous n’avons àconfidérer ici qu’en qualité de glace toute formée ,n’eft en effet ,comme nous l’avons déjà dit ,qu’un amas de très-petits glaçons, pour la plupart de figure oblongue ,de filamens de vapeurs congelés dans la moyenne région de l’air, rameux, &quelc[uefois affemblés autour d’un centre en forme d’étoiles àfix pointes. Nous avons parlé de ces étoiles (chapitre IX, feélion I) par rapport àl’angle fous lequel les particules de glace aiTedenf de fe joindre entr’elles. II yaauffi quelquefois de la neige qui femhle tenir un milieu entre ces figures régulières &l’amas 312. DIs s ERTAT ION SUR informe de petits filets de glace diveifement inclinés ,dont nous avons encore fait mention; fàvoir, lorfqu’il fè trouve dans quelques -uns de fes flocons ,comme de petits bouts de plume dont les barbes parallèles font un angle confiant ,&fenfiblement de do degrés avec la tige. Ce ne font peutêtre que des ffagmens de rayons des étoiles îes plus compofées dont nous avons donné la figure. II tomba de cette neige àParis en 1740 ,ôc j’y obfervai cet angle àla loupe &au microfcope après avoir reçu qùelques-uns de lès flocons les plus rares fur un morceau d’ébène que j’avois fait refroidir àla gelée. Et je dois avertir qu’une telle vérification àla vue fimple ou avec la loupe, n’efi ni fi difficile ,ni fi incertaine qu’on pourroit le croire ,du moins àl’égard de l’angle de do degrés. Car comme c’efi celui du triangle équilatéral ,il n’y aqu’à imaginer, àdifiance égale du fommet ,fur l’une à l’autre jambe de l’angle qu’on afous les yeux ,le côté qui lui efi oppofé ,&achever ainfi le triangle. Si cette ligne feinte, ou fi la difiance de ces deux points ell fenfiblement égale àla longueur des deux autres côtés ,l’angle donné efi fenfiblement de do degrés; car le rapport d’égalité elt celui de fous que l’eljorit &les yeux aperçoivent le plus ailèment, &avec le plus d’exaditude. E'rafnie la Glace. Patt, 11, Seél. 111, 313 E'rafine Bartholin (a) dit avoir vû dans la neige des étoiles pentagonales, &ajoûte que quelques-uns en ont vû d’oétangulaires. Mais il n’infifte point fur ces fortes d’étoiles, &n’en fait pas la delcription :c’eft pourquoi nous ne lavons point fi elles étoient régulières ,fi elles ne réfultoient pas de la fuppreffion d’une fixièine pointe (b) , ou de l’addition de deux autres, dont mille hafards pouvoient avoir été la caulè. Pour moi qui n’ai jamais vû de pareilles étoiles dans la neige ,&qui ne fâche pas qu’aucun Auteur les ait décrites ,j’ai fiulement obfervé quelques-unes de ces radiations irrégulières àla fuperficie de certaines congélations ,&,vrai-ièmblablement ,par le cas fortuit cpie je viens de dire ;mais j’ar pris garde en même temps que ces rayons furnuraéraires ,défèétueux ou irrégulièrement pofés ,eu égard aux autres ,n’aboutififoient pas exadement au centre commun, tandis que les filets lècondaires qui s’appliqiioient aux uns &aux autres, comme les barbes d’une plume àfa tige ,faifoient toûjours exadement avec elle un angle de do degrés. Les étoiles qui ont un globule àleur centre ou aux extrémités de leurs rayons , (a) Dif. de figura nims, p. 4, d’où nous avons pris les figures A, B, C, D, E, de la planche II, n.° 5. (h) Comme, par exemple, dans la fig. D, 320 Dissertation SUR ou fur îefquels la glace eft appliquée ,agif fent avec d’autant plus de force &de promptitude ,toutes chofes d’ailleurs égales ,qu’ils font plus fondes ou plus déniés ,la matière éthérée yétant plus relTerrée dans un même elpace ,&leur contad avec la glace fe faifant alors par un plus grand nombre de points. Ainfi du métal moins froid que la glace, ou dont la température aduelle eft au defîbus du froid de la congélation, étant applicpté fur de la glace, la fera fondre plûtôt que du bois ou de la laine, quand même le bois ou la laine ,ou tel autre corps, feroient plus chauds que le métal. On fait là-delTus une expérience cjiii le prouve maniféftement. On prend deux morceaux de glace lénfiblement égaux &àpeu' près de même figure ;on met l’un liir une affiette d’argent ,par exemple ,&l’autre fur la paume de la main ;le premier eft plûtôt fondu que le fécond. J’ai vû faire cette expérience ,&je l’ai faite. M. Haguenot l’a répétée &vérifiée depuis avec plus d’appareil devant la Société Royale de Montpellier *. Il fit plus, il compara l’efficacité de divers métaux àcet égard ,de l’or ,du j cuivre, du plomb, de l’étain, du fer, de l’acier ,&il trouva confiamment que la glace fondoit plus vite fur le cuivre que fur tous les ^Extr. de l’Air, publ. de la Soc, R. de Montp. du jamc £)éc, 1729. LA Glace. Part, II, Seâ. IV. ^21 autres métaux ,&fur un fer àrepajfer, plus vite que fur unfer ordinaire. Selon nos j)rincipes ,l’or auroit dû l’emporter ;mais qui ne voit qu’il ne s’agit pas ici de ces petites différences prifes àla rigueur ,&que dans l’explication générale que nous donnons de ce phénomène ,nous ne prétendons point exclurre les exceptions qui peuvent naître de la nature particulière de chacun de ces corps !Le cuivre ,&fur-tout le cuivre jaune, eft celui’ de tous les métaux qui fè dilate le plus par la chaleur *,&c’en eft affez pour préfumer cju’il eft celui de tous qui contient le plus de matière fubtile ou ignée , ou celui dans lequel elle ale plus de mouvement. Le fer àrepaffer ,oi\ la glace fond plus vite que fur un fer ordinaire, fè trouve peut-être dans le même cas par l’ufage cpi’on en fait ;mais il eft auffi communément plus liffe cjue le fèr ordinaire, comme on l’entend fans doute de celui-ci ;ce qui ne peut manquer de^ produire une application plus prompte ,un contaèt plus complet de la glace qu’on met deffus. Du refte nous ignorerons le rapport exaèt de température entre des métaux, jufqu’à ce qu’on ait trouvé le thermomètre dont j’ai parlé dans le chapitre Vde la Sedion précédente. L’efKcacité des liquides &des fluides pour fondre la glace ,doit fe régler fur les îMiîffch. If ai de Pfy’f, p. Oy 322, Dissertation sur mêmes principes en général, &de plus fur îe mouvement inteftin, fur ia groffeur & la foîldité des parties intégrantes qui les compofent. C’eft par toutes ces circonftances qu’une pièce de glace eft beaucoup plus de temps àfondre près du feu, àune diftance où l’onauroit de la peine àtenir la main, que dans de l’eau tiède. Car la matière lùbtile qui le meut avec les parties intégrantes de l’eau, &qui leur communique toute leur agitation ,les poulTe continuellement contre îe glaçon qui yefl plongé ,&àl’aide de ces grolTes malles, par rapport àfes molécules, elle met en mouvement plulieurs particules de glace ,elles les fépare ,&s’y fait un palfage ;tout de même qu’une rivière abat un pont par le choc des glaçons &des troncs d’arbres qu’elle poulfe contre lui, tandis que la limple impétuofité de l’eau auroit été incapable de l’ébranler. L’air fait quelque choie de fèmblable fur la glace ,mais fbn aétion eft très-inférieure àcelte de l’eau ;parce qu’il n’eft «compofé que de petits flocons de filets ou de lames peut-être huit àneuf cens fois plus légères qu’un pareil volume d’eau, ce qui revient au même que fi ces filets ou €es lames étoient huit àneuf cens fois plus petites qu’elles ne font. D’ailleurs l’air afibiîilit apparemment beaucoup plus la matière fubtiie àcet égard 5^.par fes. fpirales &fes LA Glace. Part, II, Seél. IV. 323 rameaux, qu’il ne lui aide par la grofîèur des particules qui le compofent; car tout le relie étant égal, un morceau de glace qui ell dminutes 24 lecondes àlè dégeler dans l’air libre, n’emploie que 4minutes àfe fondre dans la machine du vuide ;c’eftà-dire en général ,que la fonte de la glace yell d’un tiers plus prompte que dans l’air CHAPITRE II. Que Ja glace fe fond beaucoup plus len-, temem quelle ne sefl fome'c ^ pourquoi. ] Efait ell certain ;tout le monde lait que telle glace qui fè fera formée en cinq ou fix minutes àl’air d’une forte gelée, fera plufieurs heures ,&cjuelquefois des jours entiers àle fondre étant iranlportée dans un lieu moins froid, &où la même eau le raaintenoit auparavant dans fon étal de liquidité. L’utile invention des glacières n’ell fondée en partie que fur ce principe ; car il s’en faut bien qu’à l’endroit le plus profond du creux qu’on fait en terre pour yconlerver la glace, ni la terre humide, ni les filets d’eau c(ui pourroient s’y ren- ’’’ Expérience farte ir réitérée phjtettrs fois par Mr Hom&erg. Mém. l'Açad, 16ÿ-j, To'rûè X,p, zé>j, Ov) 32.4 Dissertation sur contrer ,ne foient toujours àportée de s’y glacer ,en été fur-tout ,&dans les climats un peu chauds où les glacières font de plus grand ufage. Si l’on fuppofe, comme nous avons fait par manière d’exemple dans la première partie de cet ouvrage *, que la congélation de l’eau arrive par des diminutions de mouvement de la matière fubtile intérieure ,félon quelque progreffion, telle que 6,12., 24, 48, &c. dont chaque terme réponde àune minute de temps ,pendant que la matière lùbtile extérieure ne diminue que d’un degré àchaque minute fî, dis-je ,l’on fuppofe cet ordre dans la form'ation de la glace ,il ne fuffira pas de le renverfer pour exprimer celui qu’elle garde en le fondant :car le même degré de chaleur, ou de mouvement de la matière lùbtile ,qui entretenoit l’eau dans Ibn état de liquidité ,doit avoir bien de la peine àle lui rendre ,quand elle l’a une fois perdu ;&telle augmentation de mouvement peut, bien ne pas produire la fonte de la glace ,qu’une pareille diminution de mouvement aura formée. Ce que plufieurs voyageurs rapportent des prodigieux monceaux de glace que l’on trouve au delà du Cercle polaire ,&qu’ils jugent être aufïï anciens que le Monde, confirmeroit notre théorie llir ce fujet :car il tÇhz-ÿ.Yll, page LA Glace. Part. H, Seâ. IV. 325 pourroit fe faire que les étés de ces climats ne feroient jamais capables de fondre toute ia glace que les hivers yauroient amaffée. Nous n’en tirerions pourtant pas la con?* féquence qu’en atirée un favant Anglois qui écrivoit vers le milieu du fiècle pâlie , &qui ayant adopté l’opinr&n des glaces perpétuelles autour des Pôles, les fait monter fi haut ,qu’il en déduit la figure de la Terre fenfibleraentalongée fur fon ajre..C’eft ia raifon qu’il donne de l’apparence elliptique de l’ombre terreftre fur le difque de la Lune ,dans deux éclipfes ,dont l’une fut obfervée par Tycho-Brahé, &l’autre par Képler. Mais tout cela pêche par bien des endroits. On fait aujourd’hui ,&nous l’avons déjà remarqué, que l'es mers les plus glaciales autour du Pôle ne font telles qu’auprès des côtes ,&jufqu’à vingt ou vingtcinq lieues en mer. Ainfi il ne faut pas imaginer cette protubérance des glaces comme uniformément étendue fur toute cette partie du globe &comme capable d’y produire une courbure elTipticjue ,mais plûtôt comme des tas répandus çà &là. Et ces tas ou ces monceaux de glace immenlès, fi l’on veut ,&très-immenlès pour les navigateurs qui les rencontrent fur leur chemin, c|ue pourroient-ils être autre choie *Chüdrey, Hijt. des jtngutarhe's d’Angleterre, d’Efy (offe Vdu de Calks fProyincede Çaeïnary<*^. 32(5 Dissertation sur que de petites rugofite's infenfibïes fur la totalité du Globe ,&plus encore fur lès bords mal terminés de fon ombre dans les £clipfes lunaires. Ceci n’a d’ailleurs aucun rapport avec la fameufe queflion de la figure de la Terre ,qui ne fut mue cju’une vingtaine d’années après ,&qui eft fondée Tir des principes de Statique tout dififérens. Mais revenons ànotre calcul lur la fonte de la glace. II eft bien plus aifé àla matière fubtile intérieure ,de s’échapper d’entre les parties intégrantes du liquide ,ou d’y perdre une partie de fon reftbrt ,pendant qu’elle les tient féparées ,que de s’y glifler, ou de recouvrer le reftbrt perdu ,après que leurs furfiices fe font appliquées les unes contre les autres ,&que plufteurs de ces parties ne lui JailTent aucun paftage pour les divifer & pour vaincre fa compreftion de la matière fubtile extérieure qui entretient leur union. En fui vaut donc i’hyphothèle précédente, ièlon laquelle la diminution d’un degré de mouvement dans la matière fubtile extérieure pendant la première minute, aproduit une diminution de 6degrés dans fa matière fubtile intérieure de l’eau, on doit concevoir que l’augmentation d’un degré de mouvement dans la matière fubtile extérieure pendant ïa première minute, ne produira peut-être p.gs une Iooo‘"‘ partie de degré de mou- LA Glace. Part, II, Seâ. IV. 32.7 veinent fur les particules de la glace ,& ainfi de fuite ,félon telle progrefljon qu’on jugera la plus convenable. Je dis fur les particules de la glace, &non fur la matière fubtile inte'rieure ;parce que ,comme je viens de le remarcpier, celle-ci pourroit recevoir beaucoup de mouvement de la première, fins qu’elle eût pourtant encore allez de force pour défunir des furfaces qui ne lui permettent quafi aucun pallàge. Je crois qu’il faut prefque toujours que la matière fubtile ébranle les particules de la glace par fon choc,,, avant que de pouvoir s’infe'rer entr’elles ;&les mole'cules de la matière fubtile étant d’une petitelTe comme infinie, par rapport aux parties intégrantes de la glace ou de l’eau ,elles ne lauroient faire cet ébranlement que par leur grand nombre, par une extrême agitation ,&dans un temps confidérable. CHAPITRE III. De l’ordre dam lequel les parties de Ja glace fe fondent. Laglace commence àle former par les bords &par la lurfiice de l’eau ;elle commence de même àfe détruire par fes bords, par fes pointes ,fes angles lolidês ,, 3aS Dissertation sur &par Tes arêtes lorfqii’elle en a,&enfuite par toute fà furface expofe'e àl’air. Ainfi îa fonte de la glace n’efl; pas abfolument i’inverfe de la congélation ,puifqu’elle commence àfondre aux mêmes endroits par où elle avoit commencé àfè former ;mais elle l’eft àd’autres égards ,puifqu’à fi furface, par exemple, les dernières parties qui s’y étoient gelées font les premières àfondre , &que les filets de glace par où elle avoit commencé font ordinairement ce qui s’y fond le plus tard, par cela même que c’en étoient les parties les plus dilpofées àla congélation, &réciproquement les moins difpofées après cela àla fonte. On aperçoit d’abord fur la fuperficie de la glace une elpèce de fueur qui la rend plus terne &moins tranfparente qu’elle n’étoit auparavant; parce qu’elle confifte en plufieurs gouttelettes d’eau ou de vapeurs qui réfléchiffent diverfement la lumière. Dans peu de temps ces particules d’eau augmentant en nombre &de grolTeur ,&venant àfe joindre ,forment de petits filets ou des traînées d’eau, &ruiffèlent de tous côtés plus ou moins uniformément en ligne droite, courbe ou torlueufe ,félon que la fuperficie de la glace étoit plus ou moins unie, & plus ou moins de niveau, ou diverlèment inclinée. Lorfque la diminution du froid ell prompte &de plufiçurs degrés par rapport à LA Glace. Part, II, Seâ. IV. 32^ celui de la congélation ,&accompagnée d’un vent humide ,la fupcrficie de la glace prend bien-tôt le plus beau poli &toute fa tranfpatence ,parce cjue l’eau qui coule abondamment de toutes Tes lurfaces eq enlève toutes les rugofités ,en remplit tous les petits creux formés par les bulles d’air, &yrépand par-tout comme un vernis clair &limpide ,ainli que nous l’avons expliqué cidelTus en parlant de la tranlparence de la glace. Dans tous ces cas &lorfque la glace ne nage point dans l’eau qui provient de là fonte, ou que cette eau peut s’écouler par les côtés ,il fuccède au poli de ce qui relie àfondre, des rainures, des cavités çà &là, qui font de la glace un corpsraboteux comme une pierre ponce ,une elpèce de neige à demi-fondue. Car la glace n’étant point d’une égale confiltance dans toutes fes parties , celles qui font les moins compares fondent les premières, &félon que par mille circonllances elles fe trouvent plus ou moins abreuvées de l’eau qui coule ou cjui lejourne plus ou moins dans un endroit que dans l’autre. C’ell fous cette forme que la glace achève ordinairement de fe détruire ou de fe fondre. Tous ces accidens, qu’il eft impoffible de ramener àrien de confiant ,font qu’il eft très-rare que les filets par où la glace 33(î Dissertation sur roiflent preiqu’entièrement fous l’équateur. Or fi le dérèglement des pluies ,des vents, des gelées &des dégels peut être ramené à quelque chofe de fixe &d’uniforme dans les extrêmes, n’eft-il pas àpréfumer que la même confiance &la même uniformité fûbfiflent dans les climats moyens qui en participent , quoique fous une forme plus compliquée & plus difficile àdémêler l Je ne trôuve pas que l’Académie des Sciences ait établi des obfèrvations météorologiques avant 1688. II paroît feulement que quelques-uns de fès Membres avoient obfèrvé plufieurs années auparavant la quantité d’eau de pluie qui tombe tous les ans, foit àParis ,foit àDijon ,ce qui s’en évapore, &ce qui s’en imbibe dans la terre àplus ou moins de profondeur, comme on en peùt juger par quelques ouvrages ffir l’origine des fontaines &des rivières, &fur-tout par le Traité du mouvement des eaux de M. Mariotte. Mais je doute qu’il yait rien eu de régulier &de fuivi fur ce fujet dans cette Compagnie ,non plus que parmi les autres Savans de l’Europe ,avant le temps que je viens de fixer. On obferva alors ,non feulement la quantité de pluie ,mais encore les vents ,les variations du baromètre ,celles du thermomètre, le chaud &le froid; & il réfulte de ces obfèrvations auffi utiles ,auffi prcci^ufçs pourles vrais Phyficiens, que peu brillantes LA Glace. Part. lI, Seât. IV. 337 brillantes en elles-mêmes, que le plus grand froid &le plus grand chaud de notre climat ne fe font lentir, anne'e commune, qu’environ un mois &plus après les folftices d’hiver &d’été. Les raifons que j’ai données ailleurs *de ce phénomène font aflèz connues ,&fe réduifent àcelle-ci ,que la terre encore échauffée par l’été &: l’automne ,balance pendant un mois &plus, le froid imprimé au terrein ou excité dans l’atmolphère par la caufe générale des fàifbns ,&de même àl’égard de la chaleur. Mais on n’a rien donné d’équivalent ou d’afîêz fkaèt par rapport aux gelées &aux dégels pour en déterminer le commencement, la durée &la fin relativement àchaque climat, abftraèlion fûte des caufes accidentelles. Car je ne doute point qu’on ne découvrît là-deffus dans chaque pays une année moyenne entre certaines limites ,comme on afiiit pour le plus grand chaud &le plus grand froid ,&pour la cpiantité d’eau de pluie. On pourroit donc fe faire un canevas d’obfervations entre ces limites pour tous les climats de la Terre où l’alternative des gelées &des dégels alieu ,en traçant ces limites fur un plan, ou fur un globe terreftre avec fes méridiens &fes parallèles, &en partant du cercle des Iblftices ,c[ui feroit àcet égard comme le premier méridien qui pafîc Mém, 126.^ P 338 Dissertation sur par rifle de Fer par rapport aux longitudes *. €HAPI TR EVI. De la Glace ou He l'efpèce de Neige qui sattache aux murailles, après les longues gele'es ,pendant le dégel. . ^T~'ouT corps plus froid que l’air qui Xl’environne ,condenfe cet air &fa vapeur aqueufe dont cet air eft chargé ,&il la gèle fi cenp froideur va jufqu’à la congélation ou furpaffe la congélation. *Soit F, [pIoKche IV) le pôle, autour duquel font tracés les parallèles ÇBC, AîQ, N, mq n, &c. &d’où partent les méridiens PQ, PM, PN, Fm, Pn. Soit P.QE le cercle des folftices ou la portion de ce méridien comprife entre le pôle P, &le parallèle iEX, au delà duquel ,en allant vers l’équateur ,il ne gèle jamais qu’accidentellemcnt. Nous pouvons imaginer de même autour ,du pôle un cercle ou parallèle CBC, dans lequel l’eau commune ne dégcleroit jamais que par accident. Cela pofé ,BEfera le diamètre ou l’axe des deux courbes des limites AA'IY des gelées, 61 ANY des dégels.' Soit chacun des parallèîes, compris entre B&l E, divifé en autant de parties qu’il yade jours dans l’année, ou, foit pris fur les degrés &minutes de (2 ou y, vers AI ou m, autant de degrés &minutes qu’en contient le nombre de jours dont la gelée doit précéder l’arrivée du Soleil au foiftice d’hiver par la caufe générale &confiante des faifons fur le parallèle donné ;&de même de (7 ou q, vers Nou n, pour le nombre de jours qui doivent s’écouler dapuis le foiftice jufqu’au dégel par la. même caufe. Il eft clair ,i°Que la ligne menée par la Glace. Part. 11,Seâ. IV. 3.59 Les corps ,toutes chofês d’ailleurs égales, gardent d’autant plus leur état de chaleur ou de froideur ,qu’ils font plus folidês , plus pelâns ,ou qu’ils contiennent plus de matière propre. Leur fuperficie ne prend pas même aifément la température de ce qui tous les points M, m, donnera la courbe des gelées AMmŸ, &piir tous les points N,n , celle des dégels ANnY. Que la partie du parallèle AiN, mn, interceptée par ces deux courbes ,exprimera la durée de la gelée fur chacun de ces parallèles ,comme la courbe BTtAqui les partage en deux également en exprimera le milieu. 5^Que fur le parallèle CBC\<ts deux extrémités 7n, n, fe réuniflent en Yoù fe terminent les deux courbes des limites. Que fi l’on veuti appeller froid tout ce qui eft au de^ré de la congélation &au defibus fur le thermomètre, &nomme» chaud tout ce qui en fait monter la liqueur au delîùs, refpace..4 AimYnNA, compris entre les deux courbes, ' &le refte de toute la furface de l’hémifphère polaire comparés enfemble ,donneront l’année commune ou les Ibmmes moyennes du froid &du chaud qui régnent fur tout cet hémhphère ,&mêmefur toute la Terre; car la différence qû’il ydoit avoir àcet égard de i’hémifphère boréal àl’auftral peut yêtre aifément ramenée. Enfin il eft clair qu’une partie de la courbe AAimYdoit fe trouver au delà de l’axe PE, vers fon origine A, &avoir un point d’intèrfeélion peut -être d’inflexion, fur fon axe. Car puifque fur un parallèle ,tel .que celui de Paris ,les gelées n’arrivent communément qu’un mois &plus après le foiflice ,il yaura néceflïiirement fur ceparallèle ,ou fur un autre au defîiis vers le pôle ,ou au defibus vers l’équateur ,un point tel que tf, pour le commencement des gelées, apres lequel elles ne commenceront plus qu’au delà vers l’origine de la courbe ,&enfin au point A, où ,àla rigueur &feloa i’hyppthèfe, elles ne dureroient qu’un înftant. 34° Dissertation sur 4es environne jufcju’à ce qu’elle^ait pénétré aflez avant dans leur ibiidité. Avec ces deux principes ,qui n’ont pas befoin d’explication, celle du phénomène dont il s’agit ne louffire aucune difficulté. Une longue &forte gelée imprime aux corps folides ,tels que les murs épais, une i froideur qui dure encore affez long-temps t après que le dégel aréchauffé l’air, &lur-tout l du côté du mur qui efl; le moins expofé àl’adouciflcment extérieur. Ainfi les parois ; intérieures des efcaliers &des autres murailles i des maifons ,lorfqu’elles font éloignées du ^ feu, &à couvert des rayons du Soleil, fe | montrent toutes tapiffées de glace ou de | neige, après les longues &fortes gelées, ; parce que l’air qui* efl; un fluide fort rare ,! prend aifément le degré de chaleur amené par le dégel, &long-temps avant qu’il ait pénétré les murailles épaiffes qui demeurent encore auffi froides ,ou plus froides c[ue la glace; &de plus parce que l’air efl chargé de beaucoup d’humidité &de particules de glace fondues pendant le dégel. Toutes ces gouttelettes ou ces petites ampoules d’eau venant às’appliquer &às’accumuler fucceffivement ffir la muraille ,&les unçs fur les autres ,y-forment une croûte de glace, rare ,fpongieufe ,compofée de parties prêt que disjointes, comme de la glace brifée, &par conféquent blanche, &fort femblahk LA Glace. Pan, II, Seâ. IV. 341 àde la neige. Les longues gelées deviennent prefque toujours tres-fortes, &ont tout letemps de pénétrer la pierre; auffi eft-ce après ,qu’on yvoit cette couche farineufè. J’en ai vii tout le grand efcalier du Louvre tapiiïe en 1741, &c. pendant cpielques jours ,&d’une ligne ,d’une ligne & demie ,ou de près de deux lignes d’épaiLfeur en certains endroits. C’eft une erreur de croire que cette efpce de neige vient de i’humidité qui fort du mur ,elle n’a garde d’en fortir ,puifqu’il eft encore auffi froid que la glace ,ou même beaucoup plus froid ,&que ce qu’il ya d’humidité au dedans, n’y peut être que glacé. II le fait quelque chofe d’approchant fur les parois extérieures des féaux de métal ,de porcelaine &defiyence remplis de glace, & où l’on fait rafraîchir les liqueurs. Ils font tout couverts de gouttelettes d’eau condenfées qui leur donne ce terne &ce mat qu’on yaperçoit. Ces gouttelettes font fournies par l’air extérieur ,par la vapeur qui s’élève ordinairement de la glace qui fè fond , &qui efl: quelquefois vifible dans les glacières, comme de la fumée. Elles fe géleroient fur les parois du feau ,fî l’épaifîèur du métal ou de la terre ,&fi l’eau de la glace déjà fondue ,ne les en défendoient, &plus encore ,fi l’on redoubloit la glace , Piij 342 Dissertation sur ou ïâ froideur par qiîeJque lel; comme non* le dirons dans la Sedion des glaces anificielles. CHAPITRE VII. Desfigures curvilignes qui fie trouvent quelquefiois tracéesfur les vitres parphfieurs brins de glace, pendant le dégel. CEphénomène ell ,quant au fond ,le même que le préce'dent. II en diffère par la circonftance des figures, &c’efi: parlà aùffi qu’il eft àmon avis beaucoup plus difficile àexpliquer. J’ai afièz ouï parler des figures fingulières qui le forment fur les carreaux des vitres pendant la gele'e ou le dégel. Onm’a alTuré qu’en Allemagne, &dans les pays &les maifons où l’on fait grand ulàge des poêles, elles étoient fort communes; qu’ici même pendant les gelées, on s’en étoit fait quelquefois un jeu, en pouffant fon haleine contre les carreaux; &tout cela vaguement conçu ne me paroît pas ‘difficile àentendre ,après ce qui aété dit dans le chapitre précédent. L’air de la chambre eft chaud ou tempéré, la vitre eft froide ,auffi froide ou beaucoup plus froide que la glace par l’impreffion de la gelée extérieure, &la vapeur qui LA Glace. Part, 11,Seâ, IV. 343 s’y atta'che du côté de la chambre yefl: fubitement congelée. Ou au contraire, fi c’eft pendant le dégel ,fi c’eft l’air de la chambre qui foit très-froid encore ,&c[ue l’adoucilTement vienne du dehors, comme dans le cas dont il s’agira priiicipalement ici, ce fera l’humidité du dehors qui s’attachera aux carreaux, &qui s’y congèlera. Tout cela, dis-je ,en généraf ne fouffre aucune .difficulté. Mais pourquoi ces figures !quelles font ces figures îEt lorfque le hafard les fait paroître, eft-ce pendant la gelée ,ou au dégel îC’efl; fur quoi je n’ai rien pû recueillir de pofitif, ni de bien circonftanoié. De plus, il faut cpte le phénomène exige un concours de circonftances affiez rare , qu’il foit moins fréquent qu’on ne dit, ou que le halârd m’ait bien mal fervi ;car je ne l’ai vu que deux fois àParis, &jamais dans le bas Languedoc où j’ai été pourtant affiez occupé des phénomènes de la glace. J’aurois pû depuis me lè procurer par art, &de manière peut-être àm’inftruire de fil véritable caufe; j’avois imaginé quelques moyens pour cela ,mais d’autres occupations m’ont empêché de mettre la main àl’œuvre :excule qu’il me lèmble .qu’on doit quelquefois me paffier ,danÿ le cours d’une recherche qui le divilè &fe fubdivlfe en autant de branches que celle-ci. Je n’ai doncpas de meilleur parti àprendre Piii; 344 Dissertation sur en cette occafion ,que de rapporter hi/lori- ^uement le phe'noinène tel que je l’ai vû ,dans quelles ci rconftances je i’ai vû, &les réflexions qu’il m’a fait faire. Le I9Janvier 1729, vers les huit heures &demie du matin, la forte &longue gelée de cette année étant àfon dernier période, &plulîeurs figues en indiquant la fin ,j’aperçus fur les carreaux de vitre de l’une des deux fenêtres de la galerie où je tiens mes livres ,où il n’y ajamais de feu ,& qui cjonne fur le levant, une poufîlère de glace ,blanche &très-fine ,qui ,étant re^ gardée de près ,repréfentoit des rinceaux contournés en Ipirale, des ramages comme on en voit dans les frifes des bâtimens , &fur les plafonds, des morefques comme celles de certaines étoffes ,fur le damas , &fur le linge façonné de Flandres ;tout cela peu diflinèf ,&mêlé de cette pouf fière qui en rempliffoit les intervalles, & en imeiTompôit fouvent les contours. Le phénomène dura environ une heure ,& fe difîjpa ,fi je ne me trompe ,par évaporation. Mais le lendemain 20"’' au matin &àla même heure ,ayant été regarder à la même vitre, j’y vis avec admiration toutes ces figures mieux développées, ces ramages plus marqués ,par une plus groffe pouflière, blanche ,oblongue dans la direètion des contours, Si ces contours d’une hardieffe LA Glace, Part. II, Seâ. IV. 54 j merveilleufe. Cinq ou fix carreaux en étoient chargés extérieurement, il yen avoit un fur-tout qui fixa mes regards. Une elpèce de tige partoit d’un de fes angles ,&fe diftribuoit en plufieurs rameaux jufqu’à fes extrémités ,au delà deiquelles ils fembloient continuer de s’étendre fur les carreaux voifiiis, quoicju’interrompus par les plombs de jointure ,&àune ou deux lignes de difitance de part &d’autre. Mon premier foin, après avoir bienconfidéré ce phénomène, fut de le deffiner du mieux qu’il me feroit pofilble pour le peu de temps qui me reftoit; car la pouG fière de glace commençoit àfondre, àcouler, &àformer des gouttes en (quelques endroits de l’efpace même où je voulois borner mon defiein. On peut en voir une partie dans la Planche V, c[ui eft àla fin de ce volume ,en imaginant que ces petits traits oblongs qui forment les ramages, au lieu de noirs qu’ils font, ayant été fiiits àla plume, doivent être blancs &paroître tels fiir un verre tranlparent. Du refte ,ni moi ,ni le graveur n’avons rien ajoûté àla beauté & àla variété de la Nature ,nous fommes au contraire demeurés bien au defibus. Cette vitre n’a point de double ,&les carreaux font d’environ 6^pouces de hauteur ,lùr JJde largeur. Venons àla lèconde oblèrvatiom PV 35 ^Dissertation sur SECTION V. De la Glace artificielle par le moyen CEferoit la matière d’un grand &beau Traité de Chymie. Les fels de toute efpèce ,acides, alkalis, fixes, volatils, naturels &artificiels ,leurs différentes préparations ,les efprits qu!on en retire, font autant de fubftances qui ,étant mêlées avec l’eau , la refroidifîent plus ou moins ,fondent la glace ,forment ce mélange dont on environne l’eau qu’on veut glacer ,&dont il doit réflilter autant de congélations différentes par la force ou par la promptitude , qu’ils font -doués de différentes propriétés , ou employés en différentes dofes. Je ne puis ni ne dois traiter des congélations artificielles dans une pareille étendue :cette étendue même m’oblige àm’y renfermer dans, des bornes étroites. Je ne parlerai que d’un petit nombre de Tels des plus connus par rapport àla congélation artificielle ,&tels que la Nature ou que la fabrique ordinaire nous les donne, je me bornerai prefqu’entièrement àce que j’en ai dit dans les éditions précédentes, &il me femble que Je remplirai fuffifamment par-là l’objet que je Jpe fuis propofé dans celle-ci. LA Glace. Part. II, Seâ. V. 553 CHAPITRE PREMIER. Que les fels ne font geler l'eau qu'en faifaut fondre la glace qu’on met autour. Expériences fur cette fonte. Les Tels par eux -mêmes, &dans îea mêmes circonftances ,ne font pas plus froids que la glace. Environnes d’air ou de tel autre corps ,fluide ou folide ,qui ne les cliffbut point &cjui n’en efl: point difTous, ils prennent, comme la plupart des autres corps ,àpeu près la température ,le degré de chaud ou de froid du milieu ou du corps qui les environne. Ainfi de la glace brifee &du fel brifé mêlés enfemble, ne formeroient point par la Ample juxtapoAtion, ou par le contaél mutuel de leurs parties non diflbutes ,un tout fenAblemenr plus froid que la glace ;&par conféquent ce tout , ce mélange de fel &de glace mis autour d’un vale rempli d’eau ,ne la feroitpas plutôt geler que la glace toute leule. Ce n’eft donc que par la dilTolution ,par la fuAon réciproque de la glace &des Tels ,que les lèls mêlés avec la glace produifent ou accélèrent la congélation de l’eau. , On avû dans la première partie de cet Ouvrage *comment les particules falines. Chapitre VIII. 3J4 Dissertation sur répandues dans l’air ou mêlées dans un terrein humide pouvoient les refroidir ,&produire la congélation des rivières &des lacs. Voici des effets tout différens ,&en apparence tout contraires. Les fêis mêlés avec la glace la fondent très -promptement ;mêlés avec ia glace &appliqués autour d’une bouteille pleine d’eau, ils font geler Cette eau; rriêlés avec i’eau, ils l’empêchent de fe geler, &néanmoins ils la rendent plus froide. Le premier de ces phénomènes ell: le principal ,&celui dont dépend ,félon moi ,l’explication de tous les autres; fivoir, que les fèls accélèrent la fonte de la glace. Commençons par nous alTurer du fait: car comme on pile d’ordinaire la glace pour la plupart des opérations qu’on en veut faire avec les fels ,qu’on Id touche quelquefois avec les mains ,&qu’elle efl peutêtre pendant ce temps-là expolee àun air chaud ,ou au fouffle &àia tranlpiration du corps de ceux qui s’en fervent ,on pourroit bien attribuer la promptitude de fl fonte àquelqu’une de ces circonftançes , plutôt qu’à la vertu des fels. J’ai pris quatre morceaux de même glace de grandeur &de figure àpeu près égales , &d’environ un pouce cubic[ue ;je les ai fait, bien fécher au grand froid pendant la gelée ;enfuite j’ai enveloppé ou faupoudré LA Glace. Pan. II, Se'â. V. 355 un de ces morceaux de glace de fel marin bien ïêc &bien pulvérifé, en forte que cette poudre failbit tout autour une elpèce de croûte. J’ai faupoudré deux autres morceaux de la même manière, l’un avec <fu ïilpêtre, . &l’autre avec du fel ammoniac ,&j’ai lailTé le quatrième fins yrien mettre. Pour jeter le fel fur les trois premiers , je me fuis fèrvi d’une pièce de glace que je tenois avec des pincettes de fer ,afin de ne pouvoir attribuer leur fonte àautre choie qu’aux fels ;&quoique je fiffè tout cela au grand froid ,&avec beaucoup de diligence ,je me fuis .aperçu que les pointes, les arêtes &les angles fblides de Ja pièce de glace dont je me fervois comme d’une palette ,étoient déjà tout fondus. Les quatre morceaux de glace étant en cet état, je les 'ai tranljaortés fur de petits treillis ou réfeaux'de fil, dans un cabinet où il yavoir un poêle ,&où j’entretenois l’air au degré de chaleur des caves de l’Obfervatoire, c’efl-à-dire ,autour du 54”' degré de chaleur du thermomètre de M. Amontons *, &j’ai remarqué en même temps quelle heure il étoit àune pendule. Cette expérience ayant été répétée trois fois ,en voici le réfultat &le temps moyen *Ou Je IO*"* de celui de M. de Reaumur .qui n’a été donné depuis qu’eu 1730; ces expériences ayant été faites en 171é. 3î(5 Dissertation sur des trois fontes des quatre morceaux de glace. Le morceau qui e'toit environné de fèl marin ,afondu toujours en moins d’unè heure. Le morceau de fel ammoniac ,5à6minutes après. Celui du iàlpêtre aété près de 2heures à fondre. Et le morceau de glace pure atoujours duré plus de 5heures |. D’où il eft ciair que les fêls précipitent ia fonte de la glace. On voit bien même que cela doit arriver ainfi, iorfqu’on prend garde àla configuration des corpufcüies fdins: car leurs pointes (ont comme autant de coins qui écartent çà &là les parties intégrantes de l’eau glacée ;ils les ébranlent du moins par leur choc lorfqu’ils ne peuvent trouver d’ouverture entre deux ,ils en détruilènt la contiguïté ,&ils font en un moment ce qu’une allez grande chaleur ne fèroit qu’en un temps confîdérable. C’ell que la chaleur n’agit.que par l’air &par la matière lùbtile ,ou , pour parler plus exaélement, la chaleur n’eft qu’une matière fubtile agitée avec un air auquel elle communique une partie de fon agitation. Or la matière lùbtile cft infiniment ténue &fluide ,en comparaifon des corpuf cules làlins, &les particules de l’air font, comme il aété remarqué ci-delîus ,beaucoup plus légères que celles de l’eau ,&par LA Glace. Part. II, Seâ. V. 357 conféquent que celles des Tels ,qui font plus pefans que i’eau. Donc la matière fubtile aidée Je l’air ne peut pas fi-tôt ébranler ou rompre par fou choc les parties de la glace, les réparer &les liquéfier ,que font les corpufcules falins, dont la figure d’ailleurs eft très-propre à cet effet ,même àl’égard de certains corps beaucoup plus durs c{ue la glace ;je parle des métaux, dont on fait que les diffülvans ordinaires ne font autre choie que des fels. CHAPITRE IL Fomatïon de la Glace artificielle. OYONS préfentement la liaîfbn de la Ypropriété précédente des fels ,avec la congélation qu’ils procurent àl’eau ,étant mêlés avec de la glace ou de la neige, & appliqués autour d’une bouteille remplie d’eau. Après avoir mis dans une bouteille l’eau qu’on veut glacer, on la plonge dans c|uelque vaiffeau de capacité &de figure convenable, où il yade la glace pilée ou de la neige mêlée de lel, de manière que la bouteille en foit environnée ;ou ,fi l’on veut,. on commence par mettre la bouteille dans 'le vaiffeau, &l’on remplit de fèl & 358 Dissertation SUR de glace le vuide qui fe trouve tout autour. Si les fels ,en fiûfant fondre là glace ,aug- ‘ mentent pour quelque minute fi froideur, .c’eft-à-dire ,s’ils diminuent le mouvement ou le reffort de la matière fubtile qui ell contenue dans fes interllices ,il n’y apas de difficulté ,ils doivent pendant ce temps- ; îà procurer &accélérer la congélation du : liquide autour duquel eft le mélange de | fel &de glace :car la matièrè fubtile enfer- | niée dans ce liquide ,Sc duquel elle fait toute | la liquidité, le doit quitter &le mettre en j partie àla place de celle qui ceflê par fou j relâchement de lui réfifler ou de lui faire | équilibre. Or il eft évident que les ftls doi1 vent produire cet effet, puifqu’ils écartent ^ très-promptement les particules de glace qui ! étoient appliquées les unes contre les autres, ! &que par-là ils donnent lieu àla matière fubtile qui yeft contenue de dilater fôn ref fort. De plus, le fait eft certain par expérience :car fi l’on met la boule d’un thermomètre àel]orit de vin dans la glace ou dans la neige toute pure ,jufqu’à ce que la ïiquèur s’arrête au degré de froideur de l’un 6ü de l’autre ,&qu’on l’y replonge enfui te d’abord après yavoir mêlé un fel,, du fel ammoniac, par exemple, on verra,deffendre i’elp'rit de vin prefque fubitement ,&beaucoup plus bas qu’il n’étoit avant qu’on fît lA'GlACE. Part, U, Seâ. V, 359 ce mélange. L’efFet eft fouvent plus marqué dans Ja neige que dans la glacé, parce que les fels s’y incorporent plus vite ,&qu’elle enveloppe plus parfaitement le verre du thermomètre. Donc par la cohftruélion des li-. quides, la matière fubtile enfermée dans de l’eau qui fe rencontre tout auprès d’une glace ainfi fondue, doits’échapper &fe glilfer dans les nouveaux païfages qui lui font ouverts , &où elle trouve moins de réfiftance àfon mouvement que dans les interftices du liquide qu’elle quitte ;&par la théorie de la formation de la glace ,cette eftufion de la matière fubtile intérieure doit être fliivie de la congélation de l’eau, ou de tel autre liquide. CHAPITRE III. En quoi Id Glace artificielle diffère de la Glace ordinaire. Laglace artificielle eft en tout femblable àcelle qui vient fins le lecours de l’art par un froid très -prompt &très -violent , excepté que fes bulles d’air prennent la plupart une figuré oblongue &conique ,& que fes premiers filets font courts, uniformes ,ferrés &prefque toujours attachés perpendiculairement aux parois du vailTeau. J’ai 3^0 Dissertation sur remarqué cette différence ,fiir-tout en faifànt geler de l’eau dans des gobelets ronds de verre avec de la glace &du Tel marin ,du faipêtre ,ou du fel ammoniac. Les premiers filets de glace &les bulles d’air en pointe tournées vers l’axe du go.- belet ,marquent vifiblement le cours &l’effufion rapides de la matière fubtile de l’axe vers la furface, c’eft -à-dire, vers le mélange deglace &de fel qui environne le vaiffeau, &vers lequel la matière lublile intérieure coule &tentl avec d’autant plus de vîtefîe & d’abondance ,qu’elle ytrouve plus de place, &que les nouveaux intervalles qui s’y font ! faits par la délunion précipitée des parties de ) la glace ,facilitent davantage la dilatation de j fbn reffort. La figure particulière &obloni gue des bulles d’air de là glace qui s’eft formée ainfi ,ne vient que de la promptitude avec laquelle elles font chaffées de la furface vers l’axe ,&de ce que les particules d’eau entre. lefquelles elles fe trouvent comprimées ,font devenues dures &inflexibles avant que ces petits amas d’air aient pû reprendre leur figure fphérique. La promptitude des congélations artificielles efl; encore caufe qu’on afouvent de ïa peine àdiftinguer les premiers filets de glace, parce qu’ils font fi uniformes &fi près les uns des autres, qu’ils forment dans un moment une efpèce de couronne fur les bords LA Glace. Part. Il, Seél. V. ^6i ÎDOrds intérieurs du vafè qui contient l’eau , &qu’eile s’y congèle parallèlement àces bords, àpeu près comme les métaux fondus quand ils fe refroidiOent, julqu’àce cju’enfin l’endurciffèment parvienne au centre ou à l’axe. Ces fingularités de la glace artificielle ne détruifent en rien ce que nous avons dit des premiers filets de la glace ordinaire ,&de l’obliquité fous laquelle ils affeèlent de le joindre les uns aux autres, &aux matières qui leur font analogues :car il efl: vifible que ce n’eft ici qu’une force étrangère, une force fupérieure àleur tendance naturelle ,qui les oblige àle diriger perpendiculairement vers les bords du vafe autour duquel elle s’exerce. Du relie ,je n’ai rien remarqué dans le goût ni dans les autres qualités fenfibles de la glace artificielle qui la fît différer de la glace ordinaire. Le piquant que quelques perfonnes ont cru yapercevoir par la communication des fels employés àl’opération , &qui leur afiiit penfer que par cette circonftance les glaces artificielles pouvoient être mal-fiunes ,ne vient ,àmon avis ,que d’une illufion que j’ai déjà indiquée en parlant du goût de la glace en général*, & je ne vois pas d’apparence que le mélange de fei &de glace pénètre jufqu’à la liqueur Ci-dclTus, p. 2tlÿ,_ Q