Les praefecti fabrum issus des provinces africaines
Abstract
Dans cet article, je dresse la liste de tous les praefecti fabrum issus des provinces africaines. En outre, j’analyse les divers types de carrières, ainsi que leurs activités publiques (évergétisme, patronage, etc.), en cherchant également à établir leur extraction sociale. In this paper, I draw up the list of all the praefecti fabrum known from the African provinces. In addition to this, I analyze their different kind of careers as well as their public activities (evergetism, patronage, etc.) so as to also determine their social background
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EPIGRAFIA E ANTICHITÀ Collana diretta da GIULIA BARATTA, MARIA BOLLINI, ATTILIO MASTINO 45
FRATELLI LEGA EDITORI FAENZA L’EPIGRAFIA DEL NORD AFRICA: NOVITÀ, RILETTURE, NUOVE SINTESI a cura di Samir Aounallah Attilio Mastino
© 2020 Fratelli Lega Editori, Faenza (Italy) ISBN 978-88-7594-144-4 Stampato nel 2020 da LINOSPRINT s.n.c. - Bologna - Italy Comitato scientifico: Maria Bollini (Ferrara), Alain Bresson (Bordeaux - Chicago), José d’Encarnaçao (Coimbra), Sergio Lazzarini (Como), Attilio Mastino (Sassari), Marc Mayer (Barcelona), Ioan Piso (Cluj-Napoca), Gabriella Poma (Bologna), Manfred Schmidt (BBAW - CIL). Segretaria di redazione: Maria Bastiana Cocco (Sassari). Email: [email protected] Com il contributo di
Cartagine, Terme di Antonino (foto di Attilio Mastino)
Ad Angela Donati, ricordando l’incontro di Tunisi.
INDICE SAMIR AOUNALLAH, ATTILIO MASTINO, Presentazione .............................. p. 13 «LE CITTÀ» LOUIS MAURIN (Bordeaux): Un nouveau patron du pagus et de la cité pérégrine à Dougga (Thugga, Afrique Proconsulaire) ............................................ » 19 SAMIR AOUNALLAH (Tunis): Les statuts juridiques des communautés de l’Africa sous la République (146/27 a.C.) .............................................. » 33 ANTONIO CORDA (Cagliari), ALESSANDRO TEATINI (Sassari): Nuove scoperte epigrafiche a Thignica, Aïn Tounga ........................................................ » 53 PAOLA RUGGERI, SALVATORE GANGA (Sassari): Il tempio di Nettuno a Thignica e la colonizzazione di Thugga e Thubusicum Bure sotto Gallieno .. » 73 DAVID SERRANO ORDOZGOITI (Madrid): Autorappresentazione imperiale della domus Licinia Augusta nell’epigrafia latina del Nordafrica (253-268 d.C.): una nuova sintesi ........................................................................... » 93 CHRISTOPHER DAWSON (Greater Sudbury): Populus de suo posuit. Statues, Performance, and Civic Gratitude at Gigthis ......................................... » 105 ALESSANDRO ABRIGNANI (Roma): Colonia Septimia Vaga. Fonti epigrafiche e topografia urbana .................................................................................. » 117 SALEM MOKNI (Sfax): Données nouvelles sur le processus de romanisation juridique de la cité de Thaena (l’actuelle Thyna, en Tunisie) ................ » 127 ROGER HANOUNE, CHRISTINE HOËT-VAN CAUWENBERGHE (Lille): Une nouvelle inscription de Pupput: la rénovation d’un édifice public et la province Flavia Valeria Byzacena ............................................................ » 143 MONDHER BRAHMI (Tunis): Documents épigraphiques inédits de la cité latine de Capsa/Gafsa ........................................................................................ » 159
Fig. 5. * * *
ANTHONY ÁLVAREZ MELERO LES PRAEFECTI FABRUM ISSUS DES PROVINCES AFRICAINES (1) Résumé Dans cet article, je dresse la liste de tous les praefecti fabrum issus des provinces africaines. En outre, j’analyse les divers types de carrières, ainsi que leurs activités publiques (évergétisme, patronage, etc.), en cherchant également à établir leur extraction sociale. Mots-clés : préfecture des ouvriers, ordre équestre, notabilités locales, évergétisme, promotion sociale. Abstract In this paper, I draw up the list of all the praefecti fabrum known from the African provinces. In addition to this, I analyze their different kind of careers as well as their public activities (evergetism, patronage, etc.) so as to also determine their social background. Keywords: praefectura fabrum, equestrian order, local figures, evergetism, social advancement. Dans ce volume en hommage à A. Donati, je voudrais m’intéresser aux préfets des ouvriers issus des provinces africaines connus à ce jour. Ils sont au nombre de 16, pour un total d’environ 400 au niveau de l’Empire, auxquels il faut joindre certains cas douteux. Cependant, compte tenu des limitations d’espace, je n’épuiserai pas le sujet et je ne traiterai pas ici de certains problèmes que pose cette charge, que j’ai abordés (1) Ce travail a été mené dans le cadre des projets de I+D, «Funciones y vínculos de las elites municipales de la Bética. Marco jurídico, estudio documental y recuperación contextual del patrimonio epigráfico. II» (Référence : PGC2018-093507-B-100) et «Marginación y visibilidad de la mujer en el Imperio romano: estudio de contrastes en los ámbitos políticos, jurídicos y religiosos» (Référence : PGC2018-094169-B-100) du «Programa Estatal de Generación de Conocimiento y Fortalecimiento Científico y Tecnológico del Sistema de I+D+i» du «Ministerio de Ciencia, Innovación y Universidades», cofinancé par le Fonds Européen de Développement Régional (FEDER). Il a été rédigé pour l’essentiel à l’occasion d’un séjour de recherche à Brown University (RI, USA), à l’été 2018, grâce à l’accueil du professeur John Bodel et au soutien du VIPPI-US. Autant que possible, la bibliographie est limitée au strict nécessaire et aux titres les plus récents.
322 ANTHONY ÁLVAREZ MELERO Fig. 5. * * * dans un article paru en 2013, où je reprends toute la bibliographie sur ce sujet (2). D’emblée, il me semble utile de rappeler que je considère que les préfets des ouvriers, attestés dans nos sources depuis l’époque républicaine, avaient pour fonction de servir en tant que chefs de cabinet de magistrats avec imperium qui les nommaient à cette fin. De plus, ceux-ci n’étaient pas automatiquement membres de l’ordre équestre et ils n’y accédaient pas nécessairement non plus au terme de leur préfecture. Depuis la parution de mon article, il convient d’évoquer la plus récente publication sur le sujet, de la main d’A. Cafaro, qui traite du rapport entre la préfecture des ouvriers et celle de collège des fabri, dont il démontre qu’il s’agissait de deux postes clairement distincts, quant à leur mode de nomination et aux tâches qui leur incombaient (3). Enfin, dans une contribution pratiquement contemporaine, S. Demougin soulignait l’ambigüité quant à la nature du poste détenu (4) : la praefectura fabrum peut se référer à des chefs d’État-major de sénateurs de rang prétorien ou consulaire, applicable dans le cas d’individus ayant détenu, préalablement ou par la suite, des fonctions équestres, mais il peut également s’agir de la préfecture de collège pour ceux qui n’ont exercé que des charges principalement municipales (5). Après ces précisions historiographiques, que peut-on dès lors affirmer pour les titulaires de cette fonction connus et issus des provinces africaines ? (6) En premier lieu, il convient d’évoquer leur répartition géographique. En effet, 12 proviennent d’Afrique proconsulaire, 1 de Numidie, 2 de Césarienne et 1 de Tingitane, dont voici les cités d’origine : Africa Proconsularis Assuras 1 Avitta Bibba 1 Gurza 1 Hippo Regius 1 Leptis Minus 2 Madauros 1 (2) A. ÁLVAREZ MELERO, Los «praefecti fabrum» oriundos de las provincias hispanas: una nueva aproximación, «Espacio, Tiempo y Forma. Serie II, Historia Antigua», 26 (2013), pp. 123-154. (3) A. CAFARO, La praefectura fabrum, i collegia fabrum ed un prefetto tergestino, «Ancient Society», 47 (2017), pp. 197-219. (4) À la même conclusion parvient B.J. BITNER, Praefecti fabrum in the Inscriptions of Roman Corinth, in Ancient Documents and their Contexts. First North American Congress of Greek and Latin Epigraphy (2011), éd. J. Bodel et N. Dimitrova, Leyde-Boston 2015, pp. 174-189. (5) S. DEMOUGIN, Aux origines des aristocraties provinciales, «Revue archéologique de Narbonnaise», 49 (2016), pp. 29-31. (6) En effet, C. NICOLET, « Frumentum mancipale »: en Sicile et ailleurs, in Nourrir la plèbe. Actes du colloque tenu à Genève les 28 et 29.IX.1989 en hommage à Denis van Berchem, éd. A. Giovannini, Bâle-Kassel 1991, p. 123, nº 4, affirme que le notable de Philippes, en Macédoine, C. Graecinius C. f. Vol. Firminus a été préfet des ouvriers en Afrique, en plus de préfet du frumentum mancipale dans la même province : AEp 1952, 225 = CIPh II/1, 56. Cette idée a été reprise par C. Brélaz, in CIPh, p. 173.
LES PRAEFECTI FABRUM ISSUS DES PROVINCES AFRICAINES 323 Fig. 5. Simitthus 2 Thuburbo Maius 1 Thugga 2 Mauretania Caesariensis Caesarea 1 Saldae 1 Mauretania Tingitana Sala 1 Numidia Rusicade 1 Présentons maintenant les titulaires de cette fonction. L’exemple le plus précoce se réfère à L. Iulius L. f. Cor. Crassus [1], peut-être venu du municipe césarien de Mustis pour s’établir à Thugga et qui obtint d’abord les ornements de l’édilité. Il passa ensuite en Germanie pour son tribunat militaire dans la XXIe légion Rapax, puis il géra la préfecture des ouvriers, avant d’être élu IIvir, augure, IIvir quinquennal et patron du pagus, où il dédie une inscription à Caligula (7). En revanche, un collègue, C. Caesetius C. f. Arn. Perpetuus, sacerdos des Cérès (8), édile, préfet chargé de dire le droit de la colonie de Carthage et patron, lui aussi, du pagus, va financer à ses frais en son nom propre et en celui de ses fils Honoratus et Perpetuus un arc et ses degrés d’accès (9). La seconde inscription relative à Crassus, antérieure en fait à la première, mentionne C. Pomponius L. f. Restitutus, qui prit en charge, apparemment, l’érection de la dédicace que Crassus n’a pas été en mesure de réaliser (10). (7) R. DUNCAN-JONES, Equestrian Rank in the Cities of the African Provinces under the Principate: an Epigraphic Survey, «Papers of the British School at Rome», 35 (1967), p. 170, nº 56 ; M. G. JARRETT, An Album of the Equestrians from North Africa in the Emperor’s Service, «Epigraphische Studien», 9 (1972), pp. 187-188, nº 75 ; PME I 50 ; H. DEVIJVER, Equestrian Officers from North Africa, in L’Africa romana. Atti del VIII convegno di studio, Cagliari, 14-16 dicembre 1990, éd. A. Mastino, Sassari 1991, pp. 130-131 et 191, nº 2 = H. DEVIJVER, The Equestrian Officers of the Roman Imperial Army, Stuttgart 1992, pp. 226-227 et 287, nº 2 ; S. LEFEBVRE, Donner, recevoir : les chevaliers romains dans les hommages publics d’Afrique, in L’ordre équestre. Histoire d’une aristocratie (IIe siècle av. J.-C.-IIIe siècle ap. J.-C.). Actes du colloque international organisé par Ségolène Demougin, Hubert Devijver et Marie-Thérèse Raepsaet-Charlier (Bruxelles-Leuven, 5-7 octobre 1995), éd. S. Demougin, H. Devijver et M.-T. Raepsaet-Charlier, Rome 1999, p. 572, nº 177. (8) J. GASCOU, Les sacerdotes Cererum de Carthage, «Antiquités Africaines», 23 (1987), pp. 97-98, nº 1. (9) CIL VIII, 1478 = 15503 = 26519 = ILAfr 520 = Dougga 24 = ILTun 1496 = Saturne I, p. 212 (= AEp 1914, 173): [[Imp(eratori) Ti(berio) C[l]audio Caesari Au[g(usto) Ger]mani[co], patri patriae]], / [[pontific[i] maximo, tribunicia po[tes]tate, co(n)s(uli) i[t]er(um), co(n)s(uli) desig(nato) III]], / L(ucius) Iulius, L(uci) f(ilius), C[o]r(nelia), Crassus, aedil(iciis) ornam(entis), tr(ibunus) m[i]l(itum) leg(ionis) XXI Rapacis in Germania, / praef(ectus) fab[r(um), I]Iuir, augur, IIuir quinque[n(nalis)], patronus pagi, dedicauit. /5 C(aius) Caesetiu[s], C(ai) f(ilius), Arn(ensi), Perpetuus, sacerd(os) Cer(erum) anni LXIIX, aedilis, praef(ectus) iur(e) dic(undo) c(oloniae) C(oncordiae) I(uliae) K(arthaginis), / patro[n]us pagi Thuggensis, nom[i]ne suo et filiorum H[on]orati / et Perpetui arcum et gradus d(e) s(ua) p(ecunia) [f(aciendum) c(urauit)]. (10) CIL VIII, 15519 = 26475 = Dougga 68 = ILTun 1393: [- - -] / [sac]rum / L(ucius) Iulius, L(uci) f(ilius), Cor(nelia), Crassus, aed(iliciis) orn(amentis), tr(ibunus) mil(itum) / leg(ionis) XXI Rapacis
324 ANTHONY ÁLVAREZ MELERO Fig. 5. * * * Le suit chronologiquement C. Aufustius C. f. Gal. Macrinus [2], connu à Gurza par une tabula patronatus qui est l’œuvre de la ciuitas Gurzensis et est datée de l’an 65 de notre ère (11). Paradoxalement, il n’est pas sûr que Macrinus soit un citoyen de Gurza, à la localisation imprécise dans les environs de Sousse ou d’Utique (12) et qui à cette époque-là, d’ailleurs, ne devait pas encore disposer de catégorie juridique privilégiée, bien qu’elle fût désormais autonome (13). Quoi qu’il en soit, une origine hispanique, voire italienne, a été postulée en raison de son inscription à la tribu Galeria (14). Toutefois, on ne peut totalement rejeter une provenance africaine et tout particulièrement d’Icosium, puisque nous y connaissons un C. Aufustius C. f. inscrit dans la tribu Galeria, documenté sur le cadastre de la colonie d’Ilici, daté du dernier tiers du Ier s. avant notre ère (15). Rien n’exclut que d’autres Aufustii aient vécu dans les environs du port maurétanien. Toujours est-il que Macrinus fut préfet des ouvriers, qui est la seule fonction qu’il a assurément détenue, sans que l’on puisse affirmer qu’il l’ait exercée dans la IIIe légion Augusta, comme l’écrit B. Díaz Ariño (16) ou auprès du proconsul de 63-64, en l’occurrence Vespasien, d’après F. des Boscs-Plateaux (17). Son passage dans ce secteur de la province expliquerait le recours des Gurzenses à son patronat (18). Ensuite, les frères M. Aemilius L. f. Pal. Super et Respectus [3-4], citoyens de Leptis Minus, devenu colonie avec Trajan (19), et qui, après leur préfecture des ouvriers, y ont détenu tous les deux le flaminat perpétuel en l’honneur du divin Auguste, avant qu’un décès prématuré de Super ne contraigne son frère à lui rendre hommage. in Germ(ania), praef(ectus) fabr(um), /5 IIuir, aug(ur), IIuir quinq(uennalis) des(ignatus), patr(onus) pagi ded(icauit), / C(aius) Pomponius, L(uci) f(ilius), Restitutus d(e) s(ua) p(ecunia) f(aciendum) c(urauit). (11) CIL VIII, 69 = ECortonese 30 : A(ulo) Licinio N<er>ua Siliano co(n)s(ule) / ciuitas Gurzensis ex Africa / hospi<t>ium fecit cum <Q>(uinto) Aufus/tio, C(ai) f(ilio), Gal(eria), Macrino, praef(ecto) /5 fabr(um), eumque liberos poste/rosque eius sibi liberis / posterisque suis patro/num cooptarunt ; / C(aius) Aufustius, C(ai) f(ilius), Gal(eria), Macri/10nus, praef(ectus) fabr(um), Gurzensi<s> / ex Africa ipsos liberos pos/terosque eorum in fidem / clientelamque suam suo/rumque recepit ; /15 egerunt legati / Herennius Maximus, Rustici f(ilius), / Sempronius Quartus, Iafis. Sur cette table de patronat, voir B. DÍAZ ARIÑO, Las tabulas de hospitalidad y patronato del Norte de África, «Mélanges de l’École française de Rome. Antiquité», 124 (1) (2012), pp. 205-229. Voir également, pour un contexte plus global : B. DÍAZ ARIÑO et E. CIMAROSTI, Las tábulas de hospitalidad y patronato, «Chiron», 46 (2016), p. 238. (12) DÍAZ ARIÑO, Las tabulas de hospitalidad cit., pp. 210-211 et n. 52. (13) Sur la signification à donner à ciuitas, v. S. AOUNALLAH, Pagus, castellum et civitas. Étude d’épigraphie et d’histoire sur le village et la cité en Afrique romaine, Bordeaux 2010, pp. 29-34. (14) Cf. S. DEMOUGIN, Prosopographie des chevaliers romains julio-claudiens (43 av. J.-C.-70 ap. J.-C.), Rome 1992, nº 565 ; A. CABALLOS RUFINO, Los caballeros romanos originarios de las provincias de Hispania. Un avance, in L’ordre équestre. Histoire d’une aristocratie (IIe siècle av. J.-C.-IIIe siècle ap. J.-C.). Actes du colloque international organisé par Ségolène Demougin, Hubert Devijver et Marie-Thérèse Raepsaet-Charlier (Bruxelles-Leuven, 5-7 octobre 1995), éd. S. Demougin, H. Devijver et M.-T. Raepsaet-Charlier, Rome 1999, p. 497, H1 ; F. DES BOSCS-PLATEAUX, Un parti hispanique à Rome ? Ascension des élites hispaniques et pouvoir politique d’Auguste à Hadrien (27 av. J.-C. - 138 ap. J.-C.), Madrid 2005, p. 641, nº 174. (15) IRIlici II, 12 = ELRH-C 1. Sur l’interprétation de ce document complexe, voir la mise au point de G. BERNARD, Nec plus ultra. L’extrême Occident méditerranéen dans l’espace politique romain (218 av. J.-C. - 305 apr. J.-C.), Madrid 2018, pp. 231-239. (16) DÍAZ ARIÑO, Las tabulas de hospitalidad cit., p. 211. (17) DES BOSCS-PLATEAUX, Un parti hispanique à Rome ? cit., p. 641. (18) S. GUÉDON, Le voyage en Afrique romaine, Bordeaux 2010, p. 208. (19) Sur Lepti Minus, v. N. BEN LAZREG et al., Leptiminus (Lamta), I-III, Ann Arbor-Portsmouth 1992-2011.
LES PRAEFECTI FABRUM ISSUS DES PROVINCES AFRICAINES 325 Fig. 5. De fait, Respectus poursuit sa carrière avec un tribunat militaire de la IIIe légion Auguste, au Ier ou IIe s (20). Originaire de la colonie claudienne de Caesarea, Ti. Claudius L. f. Helvius Secundus [5], commence sa carrière comme préfet des ouvriers à Rome, aux côtés d’un sénateur, Q. Pomponius Rufus (21), qui l’emmènera plus tard comme préfet de cohorte (22). Quoi qu’il en soit, Secundus poursuit en étant admis parmi les juges des cinq décuries par l’empereur Nerva, puis il se rendit en tant que préfet de cohorte à la suite de Rufus en Mésie inférieure, ensuite tribun militaire de la IIIIe légion Scythica en Syrie et de la XIIe Fulminata en Cappadoce, avant de passer à la préfecture de la IIe aile des Gaulois, située dans la même province. Après ce séjour en Orient, Secundus revient à Rome où il devient scribe des décuries questorienne et des édiles curules, ce qui n’empêcha pas ses compatriotes de l’honorer pendant sa longue absence en lui concédant les honores publics des magistrats, dont témoigne l’inscription (23). Vient ensuite C. Caecilius Q. f. Gal. Gallus [6], attesté à Rusicade, dépendant de la colonie augustéenne de Cirta. Chevalier, magistrat local, préfet des ouvriers auprès d’un consul et d’un préteur à deux reprises à chaque fois, flamine du divin Jules (24), (20) CIL VIII, 58 = CIL VIII, 11114 : M(arco) Aemilio, L(uci) f(ilio), Pal(atina), Supero, / praef(ecto) fabr(um), flam(ini) diui Aug(usti) perp(etuo), fratri optimo, / M(arcus) Aemilius, L(uci) f(ilius), Pal(atina), Respectus, praef(ectus) fabr(um), flamen perp(etuus) / diui Aug(usti), trib(unus) mil(itum) leg(ionis) III Aug(ustae), fratri suo piissimo post mortem /5 eius fecit. DUNCAN-JONES, Equestrian Rank cit., p. 169, nº 44 ; JARRETT, An Album of the Equestrians cit., p. 154, nº 12 ; PME A 87 (Respectus) ; Y. LE BOHEC, La troisième légion Auguste, Paris 1989, p. 137 ; M. S. BASSIGNANO, Il flaminato nelle province romane dell’Africa, Rome 1974, pp. 76-77, n° 1-2 et texte 1 ; DEVIJVER, Equestrian Officers from North Africa cit., pp. 142 et 191, nº 12 = DEVIJVER, The Equestrian Officers cit., pp. 238 et 287, nº 12 ; LEFEBVRE, Donner, recevoir cit., p. 560, nº 1. (21) PIR2 P 749. (22) H. DEVIJVER, Les relations sociales des chevaliers romains, in L’ordre équestre. Histoire d’une aristocratie (IIe siècle av. J.-C.-IIIe siècle ap. J.-C.). Actes du colloque international organisé par Ségolène Demougin, Hubert Devijver et Marie-Thérèse Raepsaet-Charlier (Bruxelles-Leuven, 5-7 octobre 1995), éd. S. Demougin, H. Devijver et M.-T. Raepsaet-Charlier, Rome 1999, p. 260. (23) AEp 1925, 44: Ti(berio) Claudio, L(uci) f(ilio), / Heluio Secundo, / praef(ecto) fabr(um) Romae, adlecto / a diuo Nerua in quinque decuriis, /5 praef(ecto) coh(ortis) equitatae II Bracar(orum) / Augustanorum iterum, pr[ae]f(ecto) coh(ortis) I / Flauiae c(iuium) R(omanorum) equitatae, trib(uno) leg(ionis) IIII / Scythicae iterum trib(uno) leg(ionis) XII / Fulminatae, praef(ecto) eq(uitum) alae II Gallorum, /10 scribae decuriarum quaestoriae / et aedilium curulium, / Caesariensi, / quem, absentem, ciues sui / omnibus magistrat[u]um /15 honoribus publico decreto / exornauerunt / Caesarienses, / d(ecreto) d(ecurionum). Sur sa carrière : JARRETT, An Album of the Equestrians cit., pp. 167-168, nº 40 ; H.-G. PFLAUM, Les juges des cinq décuries originaires d’Afrique, «Antiquités Africaines», 2 (1968), pp. 155-156, n° 3 = H.-G. PFLAUM, Scripta varia I. Afrique romaine, Paris 1978, pp. 247-248, n° 3 ; PME C 143 ; N. PURCELL, The Apparitores: a Study in Social Mobility, «Papers of the British School at Rome», 51 (1983), pp. 158-159 ; DEVIJVER, Equestrian Officers from North Africa cit., pp. 150 et 191, nº 8 = DEVIJVER, The Equestrian Officers cit., pp. 246 et 287, nº 8 ; LEFEBVRE, Donner, recevoir cit., p. 562, nº 35 ; J.-M. DAVID, Au service de l’honneur. Les appariteurs de magistrats romains, Paris 2019, p. 317. (24) CIL VIII, 7986 (p. 1879) (= ILS 6862) = ILAlg II/1, 36 : C(aius) Caecilius, Q(uinti) f(ilius), Gal(eria), Gallus, hab(ens) / equum pub(licum), aed(ilis) hab(ens) iur(is) dic(tionem) q(uaestoris) pro / praet(ore), praef(ectus) pro IIIuir(is) IIII, praef(ectus) fabr(um) co(n)s(ularis) / II et praet(orius) II, hab(ens) orn(amenta) quinq(uennalicia) d(ecreto) d(ecurionum), ex V decuriis /5 decuriarum III, quinquennalis, praef(ectus) i(ure) d(icundo) Rusicadi, / flam(en) diui Iuli, / nomine suo et Proxiniae, M(arci) f(iliae), Proculae, uxoris suae, et / fil(iorum) Gallae et Galli et Coruncaniae et Nigellinae, tribunal / et rostra /10 s(ua) p(ecunia) f(acienda) c(urauit). // C(aius) Caecilius, Q(uinti) <f(ilius)>, Gal(eria), / Gallus, s(ua) p(ecunia).
326 ANTHONY ÁLVAREZ MELERO Fig. 5. * * * puis flamine provincial, à en croire l’épitaphe de sa fille Nigellina (25). L’inscription devait figurer sur le tribunal et les rostres que Gallus avait veillé à construire à ses frais, en son nom propre ainsi qu’en celui de Proxinia M. f. Procula, son épouse, et de ses enfants : un fils, Caecilius Gallus, et trois filles, Caecilia Galla, Coruncania et Nigellina (26). Tant l’expression equum publicum habens que la tribu Galeria, pour ne rien dire du surnom « Gallus » semble indiquer une origine lyonnaise (27). La famille avait dû vivre entre l’époque flavienne et le milieu du règne de Trajan, comme le confirment les titres des sacerdoces de Gallus (28). Citoyen de la colonie césarienne d’Assuras, Sex. Rocius M. f. Ho. Bassus [7], y fut édile, IIvir, IIvir quinquennal et flamine perpétuel, puis préfet des ouvriers, qui fut le dernier poste qu’il a revêtu avant de disparaître à l’âge de 75 ans (29). Pour sa part, originaire de Thuburbo Maius, municipe grâce à Hadrien, M. Vettius C. f. Quir. Latro [8] fut flamen du divin Auguste, prêtre des Cereres, chevalier romain et admis dans les V décuries de juges par Domitien, préfet des ouvriers, préfet de la Ière cohorte des Alpins en Pannonie ou Mésie inférieures, où il reçut des décorations de la part de Trajan à l’occasion des guerres daciques. Il poursuit avec le tribunat de la IIe légion Adiutrix, en Pannonie inférieure, puis la préfecture de l’aile Siliana des citoyens romains, dans la même province, avant de se rendre en Italie, où il aura en charge une première procuratèle, en l’occurrence celle de l’Annone à Ostie et à Portus, fonctions qu’il poursuivra en Sicile, les Alpes Cottiennes et la Maurétanie Césarienne, où il fut en poste, d’après certains diplômes, entre 128 et 131 (30). Ce qui est intéressant, c’est (25) CIL VIII, 7987 (p. 1879) = ILAlg II/1, 71. Sur sa carrière : DUNCAN-JONES, Equestrian Rank cit., p. 172, nº 90 ; PFLAUM, Les juges des cinq décuries cit., pp. 154-155, n° 2 = PFLAUM, Scripta varia I. cit., pp. 246-247, n° 2 et BASSIGNANO, Il flaminato nelle province romane cit., pp. 250-252, n° 1 et textes 1-2. (26) Respectivement nº 159-160 et 164 dans A. ÁLVAREZ MELERO, Prosopographie de la parentèle féminine des chevaliers romains, Bruxelles-Rome 2019. Proxinia M. f. Procula figure en fiche 555. (27) C. NICOLET, L’ordre équestre à l’époque républicaine (312-43 av. J.C.), Rome 1974, p. 184 et n. 26 ; PFLAUM, Les juges des cinq décuries cit., p. 154 = PFLAUM, Scripta varia I. cit., p. 246 ; D. FISHWICK, Imperial Cult in the Latin West. Studies in the Ruler Cult of the Western Provinces of the Roman Empire III/2, Leyde-New York 2005, p. 189. Le gentilice Proxinius est à ma connaissance un hapax. (28) R. DUNCAN-JONES, The Chronology of the Priesthood of Africa Proconsularis: an Epigraphic Survey, «Epigraphische Studien», 5 (1968), p. 155, n° 1 ; PFLAUM, Les juges des cinq décuries cit., p. 155 = PFLAUM, Scripta varia I. cit., p. 247 et FISHWICK, Imperial Cult in the Latin West cit., p. 200, n° 1. S. GSELL, in ILAlg II/1, p. 8 datait entre l’an 37 et Vespasien. (29) AEp 1946, 55 : Dis Manib(us) sacr(um) / Sex(tus) Rocius, M(arci) f(ilius), Ho(ratia), / Bassus, aed(ilis), IIuir, IIuir quinq(uennalis), fl(a)m(en) / perp(etuus), praef(ectus) fabr(um), /5 pius uix(it) an(nis) LXXV, / h(ic) s(itus) e(st). Voir BASSIGNANO, Il flaminato nelle province romane cit., pp. 149-150, n° 1 et texte 1. (30) ILTun 721 = IDRE-2, 425 = AEp 1939, 81b : [M(arco) Vettio, C(ai) f(ilio),] Quir(ina), / [Latroni, fla]m(ini) diui Aug(usti), / sacerdoti Cerer(um) anni / CXXXVII sacrorum, /5 equo pub(lico), in quinq(ue) decu/ri(a)s adlecto, praef(ecto) fabr(um), / praef(ecto) coh(ortis) I Alpinorum e/quit(atae) ab Imp(eratore) Nerua / Trai(ano) Caes(are) Aug(usto) Ger(manico) Dac(ico) /10 donis militarib(us), hasta pur(a), / uexillo, corona murali / donato, trib(uno) mil(itum) leg(ionis) II Adiu/tricis Pia[e Fidel]is, [pra]ef(ecto) alae / Silian[ae Romanorum] ciu(ium) to/15[rquatae armillatae - - -]. Pour sa carrière : CP 104 ; DUNCAN-JONES, Equestrian Rank cit., p. 168, nº 21 ; PFLAUM, Les juges des cinq décuries cit., p. 160, n° 7 = PFLAUM, Scripta varia I. cit., p. 252, n° 7 ; JARRETT, An Album of the Equestrians cit., pp. 212-213, nº 128 ; BASSIGNANO, Il flaminato nelle province romane cit., pp. 167-168 et 170-171, n° 1 et textes 1-2 ; PME V 76 ; GASCOU, Les sacerdotes Cererum cit., pp. 100-102, nº 6 ; DEVIJVER, Equestrian Officers from North Africa cit., pp. 142 et 191, nº 10 = DEVIJVER, The Equestrian Officers cit., pp. 238 et 287, nº 10 ; LEFEBVRE, Donner, recevoir cit., pp. 562 et 572, nº 34.
LES PRAEFECTI FABRUM ISSUS DES PROVINCES AFRICAINES 327 Fig. 5. l’absence de mention de la préfecture des ouvriers dans toutes les autres inscriptions relatives au procurateur conservées dans sa patrie (31). Venu du municipe claudien de Sala, en Tingitane, où il est honoré par son consobrinus L. Marius L. f. Claud. Rufus et où nous savons qu’il a fait ériger un nouveau capitole avec un portique a solo et à ses frais, C. Hosidius Cn. f. Claud. Severus [9] fut d’abord préfet des ouvriers, préfet de la Ière cohorte des Bosporani en Cappadoce, puis de la IIIIe des Rhètes, dans la même province. Ensuite, il devint tribun militaire de la VIIe légion Claudia Pia Fidelis à Viminacium en Mésie supérieure, puis préfet de l’aile Claudia Noua, une nouvelle fois en Cappadoce, avant de se rendre en Bretagne en tant que procurateur chargé du cens (32). À Simitthus, colonie augustéenne, nous avons affaire à deux frères qui ont tous deux obtenu la préfecture des ouvriers : C. Otidius P. f. Quir. Iovinus et Q. Praenestinus [10-11]. Iovinus fut celui qui a détenu le plus de fonctions, car en plus de préfet des ouvriers, il a été le premier de sa colonie à être élu sacerdos de la province, entre les années 109-111, ce qui lui a valu de recevoir une statue suite à décret des décurions sur fonds publics, mais qu’il finança finalement lui-même et dont s’est chargé Praenestinus (33). À Hippo Regius, municipe augustéen promu au rang colonial avec les Flaviens, [-] Salvius L. f. Quir. Fuscus [12], préfet des ouvriers, édile, IIvir et quinquennal, érige une statue d’argent qu’il complète avec d’autres d’Hadrien et une couronne d’or, qu’il inaugure avec son fils pour un coût de près de 68.000 HS (soit 51,335 7/16 + environ 17.000 HS) (34). (31) ILTun 720 et AEp 1951, 52 : dédicaces respectivement par M. Vettius Myrinus et Eutychides. (32) L’editio princeps des inscriptions relatives à Severus est l’œuvre de J. BOUBE, La dédicace du Capitole de Sala (Maroc) et la base honorifique de C. Hosidius Severus, «Mélanges de l’École française de Rome. Antiquité», 102 (1) (1990), pp. 213-246 (= AEp 1991, 1749-1750), reprises ensuite dans IAM-S 859 : C(aio) Hosidio, Cn(aei) f(ilio), Claud(ia), / Seuero, praef(ecto) fabr(um), / praef(ecto) coh(ortis) I Bosp{h}o/ranorum, praef(ecto) coh(ortis) /5 IIII Raetorum, trib(uno) mil(itum) / leg(ionis) VII Cl(audiae) P(iae) F(idelis), praef(ecto) eq(uitum) alae / Claudiae nouae, proc(uratori) Aug(usti) / ad census in Brit{t}an/nia /10 L(ucius) Marius, L(uci) f(ilius), Claud(ia), Rufus Seue/rianus, consobrino optimo et IAM-S 860 : [C(aio) H]osidi[o, Cn(aei) f(ilio)], / [C]laud(ia), Seue[ro], / [p]raef(ecto) fab(rum), p[raef(ecto)] / [coh(ortis) I Bospora]/5norum, [praef(ecto) coh(ortis) IIII] / Raet(orum), [trib(uno) mil(itum) leg(ionis) VII] / Cla[ud(iae) P(iae) Fid]el(is), / prae[f(ecto) eq(uitum) alae Claudiae nouae] et IAM-S, 861 : C(aius) Ho[sidius, Cn(aei) f(ilius),] Cla[ud(ia), Seuerus, praef(ectus) fabr(um), praef(ectus) coh(ortis)] / I Bo[spor(anorum),] pra[ef(ectus) coh(ortis) IIII Raet(orum), trib(unus) mil(itum) leg(ionis) VII Claudiae] / Pia[e Fide]li[s, praef(ectus) e]qu[it(um) alae Claudi]ae [nouae,] / Capi[tolium] n[ouum cum] p[orticu a so]lo sua pe[cunia] /5 [de]dit [ded]icauit. Sur l’hommage reçu par Severus : LEFEBVRE, Donner, recevoir cit., p. 565, nº 92. (33) CIL VIII, 14611 (= ILS 6811 = AEp 1888, 57) : C(aio) Otidio, P(ubli) f(ilio), Quir(ina), Iouino, / praefecto fabrum, / sacerdoti prouinc(iae) Afric(ae) / anni XXXVIIII, qui primus /5 ex colonia sua hunc / honorem gessit, / cui cum ordo pecunia publ(ica) / statuam decreuisset titulo /10 contentus pecunia sua posuit / curatore Q(uinto) Otidio, P(ubli) f(ilio), Quir(ina), / Praenestino, fratre, praefecto / fabrum. Sur le sacerdoce : FISHWICK, Imperial Cult in the Latin West cit., p. 201, nº 3. (34) CIL VIII, 17408 = ILAlg I, 10 (= ILS 5474) = Libyca-1954-378 (= AEp 1910, 126 = AEp 1938, 45 = AEp 1955, 146) : [- S]aluius, L(uci) f(ilius), Quir(ina), Fusc[us], / [pr]aef(ectus) fabr(um), aedil(is), IIuir, IIuir quinq(uennalis), / [st]atuam argenteam ex HS LI (milibus) CCCXXXV / tribus libel(lis) sing(ula) terr(uncio) et aeris quad(rante) cum rei p(ublicae) HS L (milia) prom(isisset) /5 amplius ad HS X m(ilia) n(ummum) legitima et HS VII m(ilia) n(ummum) / quae in imagines argenteas / Imp(eratoris) Caes(aris) Traiani Hadriani Aug(usti) promisit suo et C(ai) Salui / Restituti fili sui nomine posuit idemque dedic(auit) / cum corona aurea. R. DUNCAN-JONES, The Economy of the Roman Empire. Quantitative Studies, Cambridge 1974, p. 94, nº 83-84.
328 ANTHONY ÁLVAREZ MELERO Fig. 5. * * * La Maurétanie Césarienne offre un autre témoignage et non des moindres, puisqu’il se réfère à Sex. Cornelius Sex. f. Arn. Dexter [13], citoyen de la colonie augustéenne de Saldae, à la carrière prestigieuse, qu’il a commencée par la préfecture des ouvriers à trois reprises, ou plutôt trois années de suite, préfet de la Ve cohorte des Rhètes en Bretagne – où il était en poste le 17 juillet 122 (35), puis tribun militaire dans la VIIIe légion Augusta à Strasbourg et préfet de la première aile Augusta Gemina des colons en Cappadoce, avant de passer à la tête de la classis Syriaca où il fut décoré par Hadrien à l’occasion de la révolte juive. Il séjourna ensuite à Alexandrie en tant que procurateur chargé de la direction des greniers où était entreposé le blé de l’annone romaine et des domaines impériaux situés dans le quartier de Neapolis. Il surveillait en même temps le mausolée d’Alexandre. Il demeure sur place en tant que iuridicus, avant de passer à la procuratèle d’Asie et à celle de Belgique et des Germanies (36). D’autres de ses proches nous sont connus à Saldae, tels que ses neveux et un adfinis, P. Blaesius Felix, centurion de la IIe légion Traiana Fortis. Apparemment originaire d’Auitta Bibba, si l’on accepte l’attribution à ce municipe d’époque d’Hadrien d’une inscription que l’on a longtemps rangée parmi celles de Thuburbo Maius (37), Sex. Caecilius Q. f. Quir. Crescens Volusianus [14] (38), fut, selon ce cursus gravé en sens direct, en plus de préfet des ouvriers, curion chargé des activités sacrées, avocat du fisc à Rome, procurateur du XXe des héritages, puis ab epistulis d’Antonin, ensuite de Marc Aurèle et de Lucius Vérus et patron du municipe. Sa descendance, selon toute vraisemblance, a accédé à l’ordre sénatorial. À Thugga, Q. Calpurnius Papiria Rogatianus [15], patron du pagus et de la ciuitas de Thugga, fut d’abord préfet des ouvriers et ensuite chevalier romain, grâce à l’intercession des empereurs Marc Aurèle et Lucius Vérus (39). Ayant été honoré d’une sta- (35) AEp 2008, 800. (36) CIL VIII, 8934 (= ILS 1400) = Louvre 114 : Sex(to) Cornelio, / Sex(ti) f(ilio), Arn(ensi), Dextro, / proc(uratori) Asiae, iuridico Ale/xandreae, proc(uratori) Neaspo/5leos et Mausolei, praef(ecto) / classis Syr(iacae), donis milita/rib(us) donato a diuo Hadri/ano ob bellum Iudaicum / hasta pura et uexillo, /10 praef(ecto) alae I Aug(ustae) Gem(inae) co/lonorum, trib(uno) leg(ionis) VIII Aug(ustae), / praef(ecto) coh(ortis) V Raetorum, / praef(ecto) fabrum III, patrono / coloniae, /15 P(ublius) Blaesius Felix | (centurio) leg(ionis) II Trai/{i}an(ae) / Fort(is), adfini piissimo / ob merita. CP 137 ; JARRETT, An Album of the Equestrians cit., pp. 173-174, nº 48 ; PME C 234 ; DEVIJVER, Equestrian Officers from North Africa cit., pp. 156 et 192, nº 18 = DEVIJVER, The Equestrian Officers cit., pp. 252 et 288, nº 18 ; LEFEBVRE, Donner, recevoir cit., p. 564, nº 75. (37) Cf. J. GASCOU, Une inscription faussement attribuée à Thuburbo Minus, «Mélanges de l’École française de Rome. Antiquité», 97 (1) (1985), pp. 459-476. (38) CIL VIII, 1174 (= ILS 1451) : Sex(to) Caecilio, Q(uinti) f(ilio), / Quir(ina), Crescent[i] / Volusiano, praefect(o) fab(rum), sacerd(oti) curioni / sacris faciendis, aduo/5cato fisci Romae, proc(uratori) / [X]X her(editatium), ab epistu[l(is)] / [di]ui Antonini ab / [ep]istu[l(is)] Augustorum, pa/trono municipii, d(ecreto) d(ecurionum) p(ecunia) p(ublica). PIR2 C 37 ; CP 142 ; JARRETT, An Album of the Equestrians cit., pp. 164-165, nº 34 ; LEFEBVRE, Donner, recevoir cit., pp. 523-524 et 573, nº 196 (de Thuburbo Maius « semble-t-il écrit-elle» ) ; J. SCHEID et M. G. GRANINO CECERE, Les sacerdoces publics équestres, in L’ordre équestre. Histoire d’une aristocratie (IIe siècle av. J.-C.-IIIe siècle ap. J.-C.). Actes du colloque international organisé par Ségolène Demougin, Hubert Devijver et Marie-Thérèse Raepsaet-Charlier (Bruxelles-Leuven, 5-7 octobre 1995), éd. S. Demougin, H. Devijver et M.-T. Raepsaet-Charlier, Rome 1999, pp. 125 et 144, n. 9. (39) CIL VIII, 26594 (= AEp 1893, 102) : Q(uinto) Calpurnio Papiria / Rogatiano, patrono pagi / [e]t ciuitatis Thuggensium / [p]raefecto fabrum equo publi/5[co ex]ornato ab Imperatoribus / [M(arco) Anto]nino [et L(ucio) V]ero Augustis Arme/[niacis Medic]is Parthicis max(imis) statu/[am publice dec]retam ob merit[a] M(arcus) Cal/[purnius - - - Vict]or (?) pater eius hono/10[re con]tentus de suo posuit d(ecreto) d(ecurionum).
LES PRAEFECTI FABRUM ISSUS DES PROVINCES AFRICAINES 329 Fig. 5. tue érigée sur fonds publics suite à un décret des décurions, ce sera toutefois son père, M. Calpurnius Victor, qui finalement se chargera de la dépense (40). Originaire de la colonie flavienne de Madaure, Ti. Claudius Ti. f. Quir. Hispanus [16], fut, à la lecture de cette épitaphe gravée en sens inverse, tout d’abord flamine perpétuel, préfet des ouvriers, scribe, manifestement questorien, puis tribun militaire de la IIIe légion Augusta, à la fin du IIe s (41). Au terme de cette présentation, il est possible de tirer quelques enseignements et de traiter de questions très souvent laissées en suspens dans les travaux relatifs aux préfets des ouvriers. En premier lieu, on constate que les titulaires de cette fonction sont issus principalement d’Afrique proconsulaire, tandis que les autres provinces ne fournissent pratiquement pas de témoignages. Il reste un cas douteux, qui est celui de C. Aufustius C. f. Gal. Macrinus, qui peut difficilement avoir été originaire de Gurza, qui conclut avec lui un pacte d’hospitalité. En outre, la chronologie offre des datations entre le règne de Caligula et la fin du IIe s., époque à laquelle disparaît la fonction de préfet des ouvriers. Le témoignage le plus précoce se réfère à L. Iulius Crassus, daté entre 37 et 41 de notre ère, tandis que le dernier concerne Ti. Claudius Hispanus, de Madauros, à l’extrême fin du IIe s., conformément à un schéma mis en lumière pour la promotion à l’ordre équestre des élites locales (42). De plus, ils proviennent de communautés privilégiées : municipes ou colonies. La seule exception étant, si l’on peut dire, Thugga, pagus relevant de la colonie de Carthage, comme dans le cas des deux préfets qui en sont originaires. M. Vettius Latro, pour sa part, vient d’une cité, Thuburbo Maius, qui obtient le rang municipal d’Hadrien, après qu’il a initié sa carrière équestre. Enfin, les frères M. Aemilius Respectus et Super, à Leptis Minus, ainsi que Sex. Caecilius Crescens Volusianus à Auitta Bibba, ont pu avoir effectué leur carrière peu après la concession de la catégorie juridique privilégiée à leurs patries respectives, sans exclure qu’ils aient été témoins (ou acteurs ?) de cette promotion. Par ailleurs, très souvent, ce poste est, pour ainsi dire, charnière : j’entends par là que leurs titulaires l’ont exercé en prélude à une carrière équestre ou au terme d’un cursus local. Il faut, pour ce faire, laisser de côté L. Iulius Crassus de Thugga, mais peut-être originaire de Mustis, municipe de droit romain grâce à César, mais qui vécut à l’époque de Caligula, quand la fonction était un poste de fin. Si l’on regarde de plus près les carrières, certains cas ne permettent pas de trancher, comme celui de C. AuDUNCAN-JONES, Equestrian Rank cit., p. 179, nº 190 ; LEFEBVRE, Donner, recevoir cit., pp. 545 ; 548 et 573, nº 198. (40) Cf. S. AOUNALLAH et Z. BENZINA BEN ABDALLAH, Les Calpurnii de Thugga, in Dougga (Thugga). Études épigraphiques, éd. M. Khanoussi et L. Maurin, Paris 1997, pp. 86-88, nº 6. (41) ILAlg I, 2194 (= AEp 1920, 19) : Di{i}s Manibus sacr(um) / Ti(berius) Claudius, Ti(beri) f(ilius), Quir(ina), Hispanus, / trib(unus) mil(itum) leg(ionis) III Aug(ustae), scr(iba) [q(uaestorius)], prae[f(ectus) f]abr(um), flam(en) p[e]rp(etuus), / pius uixit annis XXX[-]III, h(ic) s(itus) est. DUNCAN-JONES, Equestrian Rank cit., p. 169, nº 49 ; JARRETT, An Album of the Equestrians cit., p. 169, nº 41 ; BASSIGNANO, Il flaminato nelle province romane cit., pp. 273, 276 et 279, n° 2 et texte 2 ; PME C 145 ; LE BOHEC, La troisième légion Auguste cit., p. 139 ; DEVIJVER, Equestrian Officers from North Africa cit., pp. 142 et 191, nº 15 = DEVIJVER, The Equestrian Officers cit., pp. 238 et 287, nº 15 ; DAVID, Au service de l’honneur. cit., p. 310. (42) J.-M. LASSÈRE, Africa quasi Roma (256 av. J.-C. - 711 ap. J.-C.), Paris 2015, pp. 262-264.
