scieee AI-readable full text Open interactive document viewer

Traité dogmatique et historique des edits et des autres moïens spirituels et temporels: dont on s'est servi dans tous les temps, pour établir & pour maintenir l'unité de l'Eglise Catholique: divisé en deux parties... par le feu P. Louis Thomassin, Prêtre de l'Oratoire...seconde partie

Thomassin, Louis (C.O.)

Full text

LOS se te AVI ï ‘e ns Ÿ FR LI-E DOGMATIQUE ET HISTORIQUE DES EDFES: EL DES AUIRES MOIENS SPIRITUELS ET TEMPORELS, dont on s’eft fervi dans tous les temps, pour établir, &. pour maintenir l'Unité de l'Eglife Catholique. DIVISE EN DEUX PARTIES. La 1. depuis le commencement de l'Eghlfe ss 1x. Siécle. _ La 2. depuis le 1x. Siécle jufqw'au dernier. Par le feu P. Louis THoMAssrn, Prêtre de l'Oratoire. Avec un Supplément, par un Prêtre de la mime Congrégation. Pour répondre à divers Ecrits féditieux & particulierement à L'Hristrorre DE L'Eprr De NANTES, qui comprend Îes huit derniers Regnes de nos Roïs, SECONDE PARTIÉF. DE LIMPRIMERTÉE ROLE M. DCCIIT. PRE FAR E dé la fêconde Partie de ce Traité. x TOUS nous trouvons obligez de donner ici Nouveaux fr | NQ quelques avis particuliers, qui regardent fin- pe guliérement cette feconde Partie, outre ceux qui onde partie. ont été donnez dans la premiere Préface generale, où l’on a rendu raifon de l’ouvrage entier. Le princi- pal doit ètre au fujet des Peines plus rigoureufes qu'auparavant, qu'on décerna contre les nouveaux Sectaires, dans la plüpart des Edits de ces derniers tems depuis le rx. fiecle, & que Pon y trouvera exe- cutées peut-être trop fidelement, comme il a fem- blé à quelques-uns. Le Pere Thomaflin n'a pas eu de peine à en découvrir la raifon dans la qualité des Hé- refies , qui font furvenuëés pendant tous ces tems- -R. On y voit prefque par tout le caradtere propre aux Manichéens, qui avoient été punis le plus feve- rement par les anciennes Loix; parce-qu'ils étoient les plus violens de tous les Héretiques, & les plus contraires au repos public. Nôtre Auteur n'a faitque faivre, {lon fa coutume, les Ecrivains de chaque fic- cle, à mefure qu'ils fe font prelentez dans le cours de l'Hifloire, en continuant d'y faire fes refléxions, comme il a fait fur les Anciens: & par cette merho- de propre à un Traité Dogmatique & Hiftorique _tout-enfemble, comme ont été prefque tous fes Ou- vrages, il lui cft arrivé deux chofes un peu differen- à | vi) PRÉFAGE auquel les hommes ne pourront plus fouffrir la faine do- Éfrine ; mais dans le defir d'entendre ce qui les flatte, ils auront recours à une foulle de Maïrres propres à farisfai- re leurs paffrons. Les meilleurs Interpreres n’ont pas manqué d'appliquer cette prophetie à nos derniers Hérctiques, qui ont tellement porté les chofes à cet excés, qu'ils en ont impofé à plufieurs, tant leurs pretextes ont paru fpecieux & commodes à l'amour | propre. Ceux-ci fe déclarent même les défenfeurs dans leur lâche indifference pour la Religion. Il y faut donc comprendre tous ces flatteurs indulgens, qui voudroient qu'on epargnât generalement tous les amateurs de nouveautez par une tolerance uni- verfelle. ss | ——— Dogme dela Mais il faut avouër que ce mal eft devenu plus Tolerancecon- TR : RS / 7 feméparun COMIMUN aujourd'hui parmi les Prétendus Réfor- Ro mez. Et de-peur qu'on ne croïe que ce foit feule- ment le fentiment de quelques particuliers fans aveu & fans autorité, il eft bon de rapporter le Decret que leurs Miniftres en ont formé dans un Synode < lus que national de differens Païs, tenu depuis-peu Sym. deaidm à Leiden. I] porte que le AMaxiftrar, [ans violer la pie- SR ee a raifon , peut tolerer , on ne tolerer pas, felon fa prudence. Quoi-que ce Decret foit aufi equivoque, que la plufpart des Oracles anciens du Paganifme, qui étoient propres à tout evenement ; il cit detes- mine neanmoins par la pratique.du Païs, ouil a été . fait, & où l’on fouffre tout impunément en matie- re de Doëtrine, excepré feulement ce qui troubleroir le repos public. Il n'y a pas de meilleur Commentaire, pour PRÉFACE. ix pour expliquer ce qu'on a voulu dire par cet Ora- cle, que la pratique de ceux quien font les Auteurs. Voilà donc la tolerance établie par un Dogme pu- blic, non feulement contre toute la Doétrine de l’ancienne Eglife, mais encore contre les fentimens des premiers Réformateurs & de leurs Sectateurs juf- * qu'au milieu du fiecle dernier. Ils avoient tous re- connu & autorifé le droit du glaive dans le Prince où dans le Magiftrat conire les Héretiques: On en trouve- ra Les preuves dans la fuite de cette feconde Partie, & même dans le Supplément, avec les changemens confiderables qui y font arrivez. On ne peut di£- convenir, que ce ne foit une de leurs Variations les plus criantes. Plufieurs néanmoins entre les Inter- pretes du Decret allequé, l'ont tourné comme il leur a plu à la faveur de fon obfcurité. Tels font la plû- part des Auteurs de Tempéramens, dont ils abufent eux-mêmes, felon que leursinterêts ÿ font mêlez. Un des plus dangereux eft l’Auteur des Réfléxions ur les droits de La confcience, qui-parurent il y a peu ‘d'années dans lemême païs. Il y tourne malicieufe- ment, ce qui a été dit de la conduite des Chrériens des premiers fiecles à l'égard des Loix Païennes, qui tendoient à contraindre les confciences. 1ls trouvérent bon enfuite, ajoute-t-il parlant des Chrétiens , de perfécuter 4 leur TOUT ; quand ils eurent la force de leur coté, ex ils publié- rent enfin, simagine-t-1l, pour la ruine du Pagarnifme, les mêmes Loix que le Paganiffne avoit emploïées pour l'extinction du Chrifhanifme. Nous avons aflez fait voir L’Auteur le x plus dange- reux entre les autres pour la Tolerance. la différence de ces Loix, non-pas feulement quant à Milieu cap- ticux entre fintolerance & l’Inidifferén- ce, ec PREFAGE. ; à Ja caufe, mais quant à la maniere. Nous avons vü qu'elle éroir beaucoup plus cruelle de la part des Païens. Au lieu queles Chrétiens les traitérent plus doucement. Ils ne pouflérent gueres jufqu’à la pei- ne de mort, queles Sectes fanguinaires des Mani- chéens, déguifez fous divers autres noms, & celles des Donatiltes appellez Circoncellions, les plusempor: tez de tous les hommes. Cet Auteur nous prévientà l'égard des derniersfiecles, & ilavouë que les violen- ces ont été communes aux Proteftins. Ils fe perfaadenr, dit-il, qu'il ny a de Perfecutions défenduës que celles non leur fair ; mais qu'il n'y 4 rien d'illéririme dans celles qu'ils fonr à leurs propres fréres, 04 qu'ils feroienr à leurs anciens Perfecateurs ; s'ils avoient la force de leur rendre la paralle. ne dit pas qu’ilsavoient com mencé les premiers, & qu'ils continuent par tout où ils peuvent, quoi-que la chofe ne foit que trop averée, comme où le verra de plufieurs dans cette feconde Partie. a _. È Il ef vrai qu'outre ce premier Parti, qu'il ap elle des Jnrolerans , il en reconnoit un autre, qu'il nomme des Indifferens, lefquels fous le titre fpécieux de liberté né avec l'homme, en accordent le privile- e égal à toutes les Sectes fans diftinion. Maïs il ES Re + ne cherche enfuite un miheu entre ces deux extrémi- tez de lJarolerance & de Pladifference. 11 fe gloriñe d'avoir pour lui /+ foule des Kéformez, 8 que ceux qui ontapris dans l'Evangile joindre la chariréauec l'amour de la vérité, cherchent comme lui #7 j#fle tempérament, qui éloigne également de l4 barbare PREFACE. C5) feverité des uns, er de l'Indulgence lcentieufe des au- tres. Voila de ces ages remperamens , Que nous avons accordez d'abord en matiere de difeipline ou de pra- tique libre, & que nous pouvons bien reconnoitre comme peu éloignez de ceux de S. Auguftin. Si cet Auteur eût été aufh fidele à en remplir l'idée quà la propofer, il fe feroit trouvé dans cet heureux milieu de ce Pere, qu'on a fuivi dans ce Traité. Mais il s'en écarte étrangement dans l'éxécution, particuliére- ment dans fa quatriéme Partie, &il fappole par tout les faits & les fentimens des Catholiques tout au- trement qu'ils ne font. La fource de fon mal vient du faux principe, qu'il établit pour fondement de tou- te à Doctrine. Il avoué bien, que le Mariffrat ne _ peut faire aucunes Loix , pour prefcrire a [es fujets une forme de Religion ; parce-que pouvant fe tromper, fes Loix ne font pas exemtes de la fanffe Doctrine, qu'il lui permet de perfécuter. J ne voit pas, qu’en cela il con- damne d’ailleurs tous les Ecats, où les Princes & les Magiftrats ont prefcrit eux-mêmes les Prétenduës D Réformes de Religion, conduits tout au plus par des Particuliers, qui avoiént encore moins de droit de les propofer, les uns.& les autres étant également füujers à fe tromper, Il {e trompe aufli lui-même en. coie plus lourdement, remertant à la confcience de cha- que Particulier le choix de la Religion , qu'il eftimera la meilleure ; puifque chacun pris ainfi féparément peut encore plus facilement fe tromper, de quoi 1l ne doute pas. C'eft ce qui le jette dans l'embaras de ne pouvoir faire agir fans peché ce malheureux. Particu bi x) PREFACE. Moïen facile pour fortir de cet embaras. Matth. 18.17. Luc. 10, 16. Feb. 13.17. Matth. 28.20. goan. 16.13. Jean. 20.27. lier, dont la conffence eft erronée. I] n'y void aucune iffuë pour l'en tirer, non plus qu'ästous ceux qu'il a traittez d'Indifferens. Leur plus grand malheur , c'eft qu’ils ne reconnoiflent tous aucun Tribunal, pour les tirer de cette perplexité, jufqu’au Jugement der- nier. ILeft bon qu’ils {oient réduits à cette extremité par leurs principes, qui vont enfin à faire croire, que Jefus-Chrift a moins fagement pourvû à fon Églife, que tous les autres Legiflateurs à leurs Etats, pour finir les procés & pour difliper les doutes, aprés en avoir fait naître eux-mêmes une foule dans le monde. Ils feroient heureufement fortis de cette affreux labyrinthe, s'ils avoient voulu feulement ouvrir les yeux fur l'Ecriture, qu'ils fe vantent tous de pren- dre pour leur unique regle. Ils y auroient trouvé les moïens que Jefus Chrift y a haiflez, en nous ren- voïant 4 l'Erlife, & aux Pafteurs qui la répréfentent, & qui répondent pour nous. Ils y auroient trouvé la promefle d'une affiffance perpetuelle de Tefus Chrisr, du moins par fon divin Effrit, qui nous doit enfeigner toute verité, jufqw'à la confommation du frecle. Qui dit tout n'excepte rien. Et'dans cette perpetuité, qui renferme la fucceffon & la miffion des Pafteurs auf certaine, que celle qu’il a receué de fon Pere, il veur que nous les écontions comme lui. I n’a done point laïflé fon Eolife au dépourvû , & nous avons à qui nous adrefler pour la vraïe forme de Religion. Les Princes & les Magiftrats peuvent enfuite à leur tour publier fur ce pied leurs Loix exécutoriales, qui en- | PREFACE. xi) tretiennent cette mutuelle correfpondance entre les Pafleurs & leurs Troupeaux, fans craindre de S'y tromper. Faute de cela l'Auteur cité, & fes fembla- bles, sembaraffent de plus en plus 1 linfini. Is ne gardent plus de mefures, non feulement contre ceux qu'ils appellent Papishes, mais encore contre les an- ciens Peres, quiont prefcrit les mêmes regles, & par- ticuliérement contre S. Auguftin, qu'ils regardent comme le grand défenfeur des Loix pénales. Left écha- pé à la plüpart de ces Indifferens , de dire qu'il ne merite auff aucune créance [ur les matieres de la Gra- ce, quand il n'auroit fair que ce mal dans l'Eclife, d'avoir enfeigné à perfecuter. Comme sil avoit en- feigné autre chofe, que ce qu'on avoit enfeigné avant lui, & ce qu’on a continué d’enfeigner aprés lui fur toutes ces matiere. Cependant comme il nous a paru dans la premiere partie de ce Traité, le plus éclairé fur celles des peines moderées, auf bien que fur celles de la Grace, il vaut mieux qu'il les défende jufqu'au bout contre lés dernieres ob- jeétions de ceux qu'on appelle Indifferens où Tole- rans de nos jours. Si fon autorité ne les gagne pas, peut-être que celle de l'Ecriture, qu'il allegue tou- jours, avec fes folides raifons, les confondra, & per- fuadera les autres moins opiniâtres. Voici leurs fondemens ou leurs pretextes, qui font les mêmes qu'avoient emploïez autrefois les He- retiques contemporains de S. Auouftin. On peut r. Objection des Tolerans de tous les temSs bien les appeller les premiers Patrons de la Tolerance : ce qui nous donne l'avantage d'avoir en mème tems bü xiv PREFAC:E. dans les ouvrages de ce S. Doéteur des réponfes toute-prètes. Ils difoient comme ceux d'aujourd'hui: z. 2 emtra Dieu a fait l'homme libre, 7 Pa laiffé entreles mains de et fon franc arbitre. Pourquoi me veut-on ôter aujourd hui par une autorité oute-humaine, ce que je tiens de la pure liberalité de Dieu ? Deus fecit hominem liberum , Cr di. mifit eum in mans arbitrii Fe Quid mihi nunc huma- no imperio eripitur, guod argitus eft Dens? Comme ce principe des Héretiques étoit le mème, que celui des Libertins, qui voudroient qu’on laifsât tous les idem. » Crimes impunis: S. Auguftin répond aufli-tôt, que » Dieu mème n'eut pas plütôc crée homme libre, » qu'il a donné aux Princes l'exemple de la vengean- » Ce contre de premier de-tous les crimes, qu’il con- » damna tout-d’un- coup à la peine de mort, & en at- » tendant l’éxécution , il commença par l'exil & le » banniflement de nos premiers Parens, qu'il chafla , honteufement du Paradis terreftre: Primi th homi- | nes, cum peccalfent , morte damnati fun, er priis-quam mors ei eXHrémA ELLAM COTPOrIS féppleretur, in exiliumi dé Paradifo miffi funt. Ce faint. Docteur pouvoit ajou- ter un banniflement encore plus terrible, pour pu- Ge. 4. 12. & mire fecond crime qui fut celui de Caïn; & enfin Jar fa mort tragique, vangée aufh plus ricoureufement contre Lamec, felon la plus probable opinion. Ce- pendant Dieu avoit confirmé à Caïn, un peu avant ce crime énorme , l'ufage libre de fa volonté pour le bien égpour le mal; mais à condition de faire [accéder la récompenfe ; ow la punition proportionnée. à. l'ufage quil.en ferotr s loin de promettre l'impunité. La der- PBPREFACE. XV nierepeine cft au contraire. le jufte falaire de ce mauvais ufage qui fait Le peche, fhpendia peccats mors. Ro. 5.25: Dieu eft crop jufte pour le traiter ainft, s'il n’avoit donné à l'homme une volonté libre. Ainf la kber- té de l'homme, qu'on vouloit nous oppofer, eft un jufte fondement des châtimens qu'il fouffre, bien loin d’être un titre de tolérance & d'impunité. Nos Adverfaires de tous Les tems nous font néan- 2. obien'on moins une efpece defeconde objeétion ou d'inftan- ne ce. Ces vengeances, difent-ils, ne font rapportées que fous le nom du Seigneur, qui fe les et mème refervées, mb vindicla, ego retribnam , &c. fur TOUT, mom. 12:19. quand il s’agit. de l'injure qui luy-eft faite direte- - ment, comme dans le crime de l'Hérefié: Ala bone « 4u4 41. ne heure, difoient les anciens Héretiques, que: les de hommes vengent les hommes, pour les homicides, « pour les adulteres, & pour les autres ExCÉS COIMMIS « - entreux : S. Auguftin les excite ainfi à s'expliquer « dans l'endroit cité, Clamate fi audetis, puniantur bo- micidia, puniantur adulseria ,puniantur catera quantali- bet fceleris five Bbidinis facinora [eu fagitia. Mais les Sacrileges, leur fait-il ajouter, doivent être exéimts des Loix des Souverains, Sols Sacrilegia volumusaRe- gnantinm legibus impunita. Il entend fous cenom:prin- cipalement les Hérefies & les Schifmes, qu'il regarde ailleurs comme les plus grands Sacrileges. Et il con- tingé.de reprocher ici àfes Adyerfaires, que c'eft ce « qu'’ilsentendent, quand ils difent que c’eft faire in « jure à Dieu que de le défendre contre de tels cri « mes; comme s'il m'étoit pas aflez forc &'aflezipuit « vi PREFACE. » fant pour venger fes propres injures: 4 vero al'ud dicitis, cam dicitis, magna Dei injuria,, fr ab bominibus defendatur. Quid de Deo afhimar, qui eum violenti4 vult defendere , nifi quia non valet faas ipfe injurias defende- Ang. ibid.» re, Et de tout celæil les fait conclure , que c’eft com- » me s'ils difoient ; nous ne voulons pas qu'aucune » Puiffance humaine contraigne nôtre Liberté, quand » nous faifons injure à Dieu: Hec dicenres quid aliud dicitis, nifi nulla hominis Poteflas contradicat atque ob- ffrepat: noffro libero arbitrio, quando injuriam facimus Do. Pour toute réponfe S. Auguftin fe récrie con- tre une Doctrine fi impie & fi contraire au bon or- » dre. Il en raille délicatement les Auteurs, fur ce » qu'on ne s'étoit pas avifé plürôt d'une Doctrine fi » commode à l'amour propre, dont le monde a été » fruftré fi long-tems; puis-que Moïfe le:premier des » Legiflateurs punifloit fi légerement fes propres in- » jures, & vengeoit tres féverement celles de Dieu. © dolor! frandata funt tali magifterio rempora antiqua , quando fanélus Moïfes injurias fuas levifime perculir, De: vero feveriffime vendicauit. —. A à prévenir une nouvelle inftance, que les Ad- verfaires pouvoient faire que ces éxemples, & plu- Jbidem. fieurs autres qu'ajoute S. Augultin, ne regardent que le Vieux T eftament, ce Pere préfuppole pour le Nou- veau, la regle de S.Paul, où parlant du Prince, ildit 13.4. 6 NETTEMENT, qu'il ne porte pas l'épée en vain, Non enim fine caufa gladinm portar, &il va encore au devant de Fexception ordinaire qu'ils nous font des crimes . contre Dieu, obfervant fubrilement que S. Paulavoit appellé PRÉFACE. xViJ appellé le Prince en cela le Miniftre de Dieu même. Il eft jufte par-conféquent qu'il commence par pu- ” nir.les injures contre Dieu, avant celles qui fe com- mettent contre nous, & qu'il les punifle mème plus féverement. Quand il feroit donc vrai, que les He- retiques n’euflent point ajouté les homicides & les auties crimes, que nous verrons en grand nombre dans cette feconde Partie, l'Hérefie feule fufhfoit, pour meriter toutes les peines qu'on y décerne con- tre elle, au jugement de ceux qui font plus touchez des interêts de Dieu, que de leurs propres interêts. Joignez-y la proportion des peines, qu'elle caufe dans les ames qu’elle tué pour lerernité, & vous jugerez avec le même Pere, qu’elles font infiniment plus fu- neftes que les peines tem orelles du corps, dont les Adverfaires fe plaignent fi injuftement. Voiez, dit-il « Traë. rr. ailleurs, ce qu'ils nous font & ce que nous leur fai- «7 fons fouffrir. Ils tuent les ames , & ils ne fouffrent « que dans le corps; ils caufent une mort eternelle, & « ils fe plaignent des temporelles, &c. Videre qualia faciunt, ér quaha patinnrur à nobis, occidunt ani- mas, CT affiguntur tn COrpore ; fempirernas mortes facunt, ep temborales Je perpett conqueruninr, ETC: Enfin ilnous a fait confiderer avec les autres Peres , la propor- tion, où plûtôc la diftance infinie qui {e rencontre entre les crimes des voleurs, des larrons, des incen- diaires, & des autres ravifleurs, quels qu'ils foient d’une part, qui ne caufent pourtant que des pertes temporelles, & qui ne laiffent pas d'être punis de mort pour toujours, felon toutes les Loix : & d'une | à 7 æ La L2 (oi xvii} PREFACE. autre part le crime de celui que la verité même ap- Joan. re. 1. & pelle un voleur e7' un brigand, qui n'entre pas par la ie. porte, afin de mieux raager le tronpean, Ce lont me- 7 26 me ces loups raviffans, dont Ecriture nous avertit de nous donner dé garde. Les Peres ont ajouté les epi- thetes d'empoifonneurs des ames, & d'incendiaires de la maifôn de Dies, qui portent le feu par tout. D'où ils ont conclu, que les Princes ou he Magiftrats , comme fes enfans, font obligez de faire les derniers efforts pour l'éteindre, & pour prévenir les autres maux infinis, que de telles gens peuvent caufer dans Ja maïfon de leur Pere. . Oppoñtionds Nous le pouvons conclure d'autant plus hardi- eue ment, qu'un des plus hardis Miniftres de ces der- eucmêmes. niers terms, qui s'étoit declaré d’abord conire les Loix penales en fait de Religion, comme contre une marque. d'Éclife anti-chrétienne, Y eft revenu enfuite lui-mème, touché apparemment par fa propre expérience des excés énormes, que l'impunité caufe dans le Païs où il eft. Il les exprime naturellement par les mèmes termes, que nous avons trouvez dans l'Ecriture, & dans les Peres. C’eft le fieur Jurieu, lequel aprés avoir emploié les quatre premiers Chäpitres de {on Hiftoire du Papifine contre les bruleurs d'Héretiques, Tur.Eïf.du pafle enfuite à des diftinétions fur ce fujet, capa- es bles de détruire tout ce qu'il avoit avancé, au juge- ment de fes propres Confreres. S: l'Hérefie ef? capi- tale, dit-il, le Magiftrat peur défendre de dogmat: fer far des peines. Que Ji l'Hérerique viole cette défenfe, il pent être puni comme violatenr dès ordres du Souverain; € PRÉFACE. | xix de Magifirat obligé de le chätier, comme corruptenr de la focieré Religienfe, par la même raifon que les voleurs €7° les empoifonneurs ; dont il peur réprimer la langue c> les mains. Énfuite que le falut du peuple étant la Jouve- raine Loi, l'on peut en ce cas arrêter le mal dans fa fource par quelque remede violent. Enfin qu’on #'eff point obligé de‘ tolérer des Héretiques , qui s'ingerent de tenir des Affémblées , &c. Les propres Confreres de M: Ju- rieu ; comme j'ai dit, n'ont pô le défendre des con- féquences de ces principes par les degrez de contra- vention, qui attirent enfin les derniers fupplices. Ils ont confenti qu'on le raïàt du rang de ces grands noms _de leur Réforme, comme ils parlent, où on l’avoit mis d’abord avec les premiers Claude & Baïle, afin, difent- ils, de mettre le Parti à couvert de l'infamie de ce Dogme. Il ne feroit peut-être pas mal-aife de leur faire raïer “encore le nom de M: Baïle par les diftinctions, qu'il apporte parcillement. C'eft au fujet du fupplice de Servet, dont les premiers Réformateurs furent les auteurs principaux. Mais quand on les ôteroit tous, jenefçai pas ce qu'ils pourroient répondre au penul- tiéme Article de leur Confeffion de Foi, qui Leur eft commune à tous, où ils font profeflion de recon- .noître le glaive 4 La main du Magiftrat, pour réprimer Confde Foides Les pechex commis , non feulement contre la feconde table n — des Commandemens de Dieu , mais auffs contre La pre- | miere. Car ces pechez commis contre la premiere ta- ble, ne renferment-ils pas tous les blafphèmes & cs. autres injures que les Héretiques ee contre Jhonneur de Dieu? & n'eft-ce pas toute la Doétrine ci xx PREFACE. des Peres, que nous venons de retoucher, & que nous allons confirmer par les anciens & par les nou- veaux Docteurs. On a eu grande raifon de deman- der aux derniers Proteftans, qui fe veulent détacher de cet Article de leur Confeflion, quoi-que le plus railonnable de tous, qu'ils montraffent un feul paf fage de l’'Ecriture, où les Héretiques entie tous les Criminels de Leze-Majefté-Divine fuflent exceptez du nombre de ceux, contre lefquels Dieu a armé le bras du Magiftrat, fans qu'ils aient püû y faisfaire, non: plus qu’à la même demande pour tous les au- tres articles que nous leur conteftons. | ie Cependant quelques-uns d’entr'eux avancent aufli riquedes To- hatdiment ques’ileftoit vrai, qu'il y a des preceptes de in Pets f4s-Chrift _ nous enfeignent à n'emploïer contre l'Hé- ea retique que les raifons €r les exhortations. Ils feroient . éion, bien empéchez à montrer ces préceptes, fur tout pour l'exclufive de tout autre moïen, quoi-que nous mettions toujours ces deux derniers moïens le pre- muers en pratique, & que nous n’aïons point man- qué d’exclure la violence , qui ne va pas à la perfua- fion. Nous voulons bien encore le confirmer par un mot de Tertullien, qui n’a pas été cité en fon lieu, & dont nos Adverfaires auroient plus de fujet d’abufer, Contra Sesp. » {1 nous ne l’expliquions, comme les autres. La Re- " » ligion, ditil, ne veut point forcer celle des autres, » cile doit être embraflée librement & fans contrain- » te: Mon eff Religionis cogere Relirionem, que fhonte f4f cipi debet , non vi. Rien de plusvrai que ce principe. Mais pour le mieux expliquer, il ne faut que lui ap PREFACE. | XX) pliquer les obfervations, qu'on a faites fur les autres femblables par les circonftances du tems. Elles ont encore plus de lieu au fiecle de Tertullien, au mi- lieu des’plus terribles perfecutions, dont {e fervoient les Païens avec la derniere barbarie, pour induire les Chrétiens à rentrer dans leur Religion. Il a grande raifon de foutenir que la nôtre eft trop fainte, pour emploïer de tels moïens. On ne fçait pas s'il n'avoit pas encore un égard particuher à la ditinction, que P autres Peres ont trouvée fondée dans S. Paul, fcavoir qu'il faut encore moins ufer de violence en- vers les Infidéles, qui ne font pas foumis à nos Lotx. Ce font ces Etrangers, dont l'Apôtre ne vouloit pas « r. Cor s re. même qu'on jugeàt par le mème principe : Qwid Mit « de bis, qui foris Jant, judicare ? Mais fur un autre prin- cipe du même Apôtre, qui témoigne que quicoN- “ Ga. s #5 que recoit la Loi de la Circoncifion, fe foumet à tout « le refte-de la Loi de la Synagooue, dont elle eft la « ‘porte: Tofhficor omni bomini circumcidenti [e, quoniam debitor ef univerfe Legis: ces Peres ont foumis a tou- tes les Loix de lEohfe, non feulement tous les Ca- tholiques, mais tous les Sectaires, qui ont reçu fon Barème, lequel tient la place parmi nous de la Cir- concifion, Et ils en ont conclu, qu’on les peut en- fuite prefler par toutes les voïes d'autorité, de ren- trer dans leur devoir. On y rapporte un autre €ñ- droit de Tertullien qui eft aflez formel, quoi-qu'il n'y parle pas encore des peines corporelles, que la conjoncture du tems ne permettoit pas. Maisilveut : qu'on agile tout-autrement contre l'Héretique pour c ii n Loi xxij PREFACE * Je forcer à rentrer dans fon devoir. Il faut dompter, * dit-il, fa dureté, qui n’a pas voulu fe laïffer perfua- 3 Se...” der : Hareticos ad officium compelli, non illici dignum eff, Réfutation de a même obje- tion dans le teims MOICNe duritia vincenda , non faadenda. Il veut dire qu'il n'y faut plus emploïer les raifons fubtiles, propres à per- perfuader ; fuivant encore le mème Apôtre, nor in perfuafbilibus bumane fapientie verbis, &c. Maïs tou- tes les autoritez les plus fortes de l'Ecriture & de lEglife, qui pourront le convaincre, & enfuite le difpofer à la perfuafon. Ce n’eft donc pas _ les feules raifons & par les exhortations, comme les Ad- verfaires le vouloient établir fur un Commande- ment de Nôtre-Seigneur, que nous ne trouvons DIAGES SRSSR Laïfflant maintenant les témoignages des autres Peres de ces premiers tems, qui ont été aflez dé- velopez dans la premiere Partie, nous confirmerons feulement ces principes par l'autorité du Pape faint Gregoire le Grand, qui tenoit un fi haut rang dans toute l'Eolife du tems moïen, pour montrer qu'ils y étoient encore reconnus. Son Kegiftre, dont nous avons fait un extrait trés-ample, roulle fur ces foli- des fondemens. On fe peut contenter ici de fa lettre au Diacre Cyprien adminiftrateur du patrimoine de S. Pierre en Sicile, pour établir une difference à peu- prés femblable entre les Héretiques une fois bapti- Lez, &cles Juifs, qui n’aïant pas reçu le batéme, n°€- toient pas plus fourmis à FEolife, que les Païens. A l'égard des + il renouvelle ce qu'il avoit fe 7 . ; ® se : . < déja écrit plufeuts fois, qu'il les faut pourfuivre par AIT + PRÉFACE . xxiij toutes fortes de voies, pour les faire revenir à la foi Catholique; & enfin {élon Le beloin, former une efpece d’Inquifition par lui-mème ou par fes offi- ciers, pour ne leur donner point de repos. Il yade l'apparence qu'il les fait pourluivre ainfi chaudement, patce-que c'étoient des Manichéens, qui fe cachoient foigneufement, & qui avoient été jugez trés-dange- reux au bien public par les Loix Romaines les plus anciennes. Saint Grégoire ne les ignoroït pas : De Marichais, dit-il, qui 2n pofffonibs noffris funt , fre- guenter dilelionem tuam admonni, ut eos perféqui fam- mopere debeas, atque ad fidem Catholicam revocare. Quod fr tempus exigat per te , €g fr pro aliis caufrs non lice, per ahos fôlerter imquire. Mais à l'égard des Juifs, il ne veut pas pas qu'on ufe d'autres moïens que des bienfaits, en cas qu'ils vugillentfe convertir : & quoi- ue cela paroifle un peu interellé, ilne défefpére pas, qu'il n'y ait quelques converfons finceres parmi eux, non-plus que parmi les Manichéens par la crainte. En tout cas, pourfuit-1l, on aura la confolation de fauver leurs enfans, fur lefquels on fonde la princi- pale efperance. C’eft pourquot il ne veut pas qu'on plaigne pour Famour de Jefus-Chrift quelques re- miles de leurs tributs qu'il appelle penfions : Awr spfos ergo , AU eOrHm filios luèramur ; eg ideo non eff grave, quidquid de penfione pro Chriflo dimisrimus. Nos derniers Adverfaires ont voulu railler fur ces fortes d’appas our les converfions. Mais fans leur reprocher cel- les, dont ils fe font fervis, & dont ils fe fervent encore tous les jours pour attirer ceux qu ils débau- iv PRÉFACE. | chent de nôtre fainte Religion ; nous préférerons toujours Le jugement des anciens Peres, les plus de- fintéreffez qui furent jamais, à leurs fentimens par- ticuliers. Dieu même nous a donné l’éxemple de lune & de l'autre conduite par les impreflions de crainte & d'amour, ou de reconnoiflance, qu'il em- _ploie tous les jours, pour détacher les hommes des erreurs & des terreurs qui les arrètent. Aufli encore que ces converfions ne foient peut-être pas fi fince- res ni fi pures d'abord, elles acquérent avec le tems par les autres deorez une parfaite maturité :&ileft toujours vrai de dire que Dieu attire à foi les ames, par d’autres voies que celles que les Adverfaires nous propofent, fans les fuivre. | | Concoursde Les Princes Chrétiens de tous les fiecles ont cru san. JC devoir conformer à cette conduite. Ils ont cru usdes de même la pouvoir pouffer contre tous les Infideles, même fin, So. Païens , Juifs, & Sarrafins de leurs Etats; parce no qu'étant leurs fujets, fournis à leurs Loix, quoi-qu'ils “ificulez. ne fuflent pas encore foumis à celles de FEglife, ils fe font cru obligez de procurer leur falut par toute forte de voies, felon la Loi fondamentale des Etats bien reglez. A plus forte raïfon ont-ils cru devoir agir de même contre les Héretiques. Nous avons vü que les Peres & les Conciles de tous ces temslà n'ont eu garde de blâmer cette conduite. Ils Font feulement modifiée en quelques rencontres, quand ils y ont remarqué de lexcés. C'eft ce qui nous a paru dans toute la premiere partie de ce Traité, par delà mème le 1x. ed. ÿ joignant par bas _ quel- PREFACE. XXV quelques éxemples continuez jufque dans Je xrr. fiécle, qui devoient appartenir à la feconde Partie, où nous entrons. Nous y joindrons encore ici par avance un Auteur célebre du xrrr. fiécle, qui ne s'eft as trouvé dans les manufcrits du Pere Thomaflin. C'eft le fcavant Euc de Tui en Galice, où il mourut Evèque aprés lan 1270. 11 femble avoir récapitule | la meilleure partie de ce que nous avons rapporté des Exemples & des Regles de l'ancien & du nou- veau Teftament, avec l'interprétation des SS. Peres, dans fes trois Livres contre les Albigeoïis. Nous n'en tirerons ici que fes réponfes à quelques nouvelles inftances. qu’on nous oppofe encore aflez fouvent, fous prétexte que les Loix & les éxemples du vieux Teftament ne regardent pas le nouveau, dont Pet pric eff fi different. Il foutient au contraire à la fin “ Eae.Tudenf, de fon dernier Livre contre les Albigeois, que nôtre * nn Seigneur nef pas ven abolir l'ancienne Loi, mais la « perfectionner , comme il s'en explique lui-même dans “za l'Evangile, ÿ joignant efprit de charité, qui lui eft « = propre. C’eit ce qu’il a encore fait comprendre par « quelques Paraboles aflez précifes, felon le ftÿle de {on terms ; particuliérement par celle du Roi, que fes « zdem 22. compatriotes avoient rejette, & qui fut obligé d'en- «” voïer fes armées contreux pour les punir principa- « lement d’avoir maltraitté fes ferviteurs; ce qu'il ex- « plique des Rois mêmes qui font gloire de le fervir, « en châriant les vices ou les erreurs pour épargner « les perfonnes. L'Auteur ajoute, que s'ils s'en acqui- « tent avec prudence & fidelité, aimant les hommes, « de XXV] PREFACE. » & haïffant leurs deffauts, ils en recevrontune récom- » penfe éternelle: Qwod fr prudenter gx devore executi | fuerint , cum dileéfione hominum e7° odio svitiorum , inde remunerationem à Domino accipient [empirernam. C’efk ainfi-que le Roi S: Louis, & plufieurs autres Prin- ces du tems de cet Auteur, avoient fait la guerre aux Héretiques & aux Infideles, juftifiant leurs Croi- fades par les armées de la Parabole, envoïées contre ceux qui ont fecoié le joug du Seigneur, pour tà- cher de les y foumettre de nouveau, ou du moins d'empécher qu'ils ne nuifent aux autres. | Siaien ere + Gas propofé de leur tems. S. Thomas, qui er. vivoit auf alors, n'avoit garde de ne le pas traiter pars. Thomas, dans fa Morale avec toute l'éxactitude, que fa me- faivi de fes — - = | < scohfique. thode précife de raifonner lui avoit acquile. Il de- 2: 2 Quafte mande expreflément, $: on peut contraindre les Infide- rl, 8. È , | . » les à la for ? Er il répond avec la diftinttion préfup- » pofée des Infideles qui n’ont jamais embrafle ke foi, » comme les Païens & les Juifs, d'avec les Héretiques » & les autres Apoftats qui l'ont reçué & abandonnée. » Ilaccorde qu'on ne force point les premiers ; parce- » que la foi doit être volontaire, & qu'ils ne l'ont » point encore embraffée volontairement, non-plus » que le barème. Il veut feulement qu'on empêche, f1 » on en a le pouvoir, qu'ils n'apportent des empèche- » mens à la foi des autres par leurs blafphèmes, & par » leurs perfécutions. C’eft fur cela proprement qu'il » fonde le droit des guerres & des Croifades, qu'on » à cntreprifes contreux, fous les ordres des Souve- - rains qui les ont conduites. Mais quant aux Héreti- PRÉFACE. _ xxx ment de cette impreffion maligne, qu'on leur avoit * donnée contre nos divins Myfieres, & ils en rendi- « rent de tres-humbles aétions de graces à Dieu a ss les y avoir attirez, quoi-qu'un peu à regret d'a ord « & comme à coups de foüet, afin de les réveiller de « leur parefle : Gratias Domino , qui rrepidationem noffram « flagello abftlit, expertos docuit, quan vana eg inania de Ecclefia faa mendax fama jattawerit. On voit par tout cela, que les Donatiftes n’avoient gueres meilleure opinion de nos Sacremens auparavant leut réünion, que nos derniers Réünis, & qu'on ne laifloit pas de Les preffer d’en approcher; bien entendu qu'on des defibufoit de ces terribles préventions, en les ra- prochant. C’étoit doncle moïen de les defabufer, au Écu que l'éloignement n'étoit propre qu’à entrete- nir leur averfion, que les mauvais ace des faux- freres ne faifoient qu'augmenter. Nous avons eu la confolation d’en voir plufieurs touchez même de la verité de nos Myftéres par la prélence du Seigneur, qui leur a fair goñrer fénfiblement, combien il ef} doux à ceux qui le reçoivent avec crainte CT confiance ; COMME S. Auguftin nous apprend encore, qu'on Je chantoit alors dans les Communions. Voila donc affez de ref- femblance entre les anciens Donatiftes & nos der- niers Proteftans, pour appliquer les mêmes remedes à leurs befoins communs. Mais quand ce qu'on nous objece de leur difparité feroit vrai, on n'en pour- roit conclure autre chofe, finon que les derniersfont encore plus coupables, comme en effet ils le font in- finiment davantage, & par-conféquent plus dignes | Pfal. 33.v. 9. Refte d’obje= €tion tirée des interêts de PEtat, KXXIV PRÉFACE. des traitemens dont ils fe plaignent, pour avoir plus corrompu leur foi & leurs pratiques. On n’a pas hit fé de mêler dans ces traitemens toute la douceur & la charité pofhble, felon lefprit du gouvernement préfent, quand il n’auroit pas été infpiré par l'Eglife, pour les attendre patiemment à penitence. C’eft peut-être pour y répondre par une vraïe re- connoiffance, que quelques-uns fe font encore avilez de s'intérefler dans les befoins de l'Etat, & d'en tirer la derniere remontrance qu'ilsont voulu faire. Elle leur eftencore commune avec les Tolerans, que nous ap- pcllons Politiques, Ils répréfentent tous, que rien n'af foiblir tant les forces d'un Etat, que ces eignées copien fes e7° violentes qu'on y fait pour la Religion, en l'évacuant d'un grand nombre de Sujets : ce qui attire aprés [oi une infini- té d'inconveniens. Nous en demeurons d'accord, & nous n'en avons que trop d'éxemples de nos jours, & dans les deux fiecles derniers, tant au dedans qu'au | dehors du Roïaume. On fçait ce qui arriva déshafin du xv. fiecle en Efpagne, lorfque Ferdinand d’Arra- gon & Ifabelle de Caftille fa femme prirent à cœur la converfion des Juifs & des Sarrafins de leurs Etats. Ils y acquirent à la verité le furnom de Catholiques. Mais ils y perdirent quantité de bons Sujets, avec des richefles immenfes qu'ils emportérent avec eux. Ce- pendant ces Princes ne fe rebutérent pas pour cela. Afin de purger de plus en plusles Efpagnes de ce le- vain de corruption, ils confeillérent à Dom Emma- nuel Roï de Portugal d'en faire autant dans fes Etats, ce qu'il exécuta avec quelque diverfité, LesRoisPhE PRÉFACE. TN fippe Il. &TIL. ont continué dans le fiecle fuivanrt, ce que leurs Prédeceffeurs avoient commencé, enchaf- fant jufqu'à deux cens mille Morifques, qui étoient reftez, & qui machinoient fous main contre l'Etat. Voila image de ce qui s’eft pañfé en France, quelque précaution qu'on y eût prife pour empècher les {or ties, enménageant les perfonnes. Il eft donc vraï que ces entreprifes dépeuplent ordinairement un Roïau- me & aftoibliflent les Etats. Mais en cela les Princes montrent encore mieux leur defintéreffement & leur zele le plus pur , qui tend plus à peupler le Ciel que la terre, & à donner plus de Sujets à Dieu, qu'à eux- mèmes. On ait encore la part qu’ eut le grand Car- dinal Ximénez dans la premiere converfion des Mau- res, lui qui pañle pour un des plus habiles Politiques qui fuc jamais. Il y emploïa tous les moïens de la dou- ceur & de la fermeté , qu'on a juftifiez dans ce Traité, mais que M. Fléchier Evèque de Nimes a relevez avec toute la force de fon éloquence dans fa vie, qui merite d'être luë particuliérement fur ce fujet. On voulut oppofer à ce grand Cardinal les Conciles de Tolede, que nous avons vüs dans nôtre premiere Partie; mais il y répondit avec beaucoup de lumie- re, & agit encore mieux, faifant voir Île danger qu'il y ade mollir dansdes entreprifes de cette conféquen- ce. Nous avons EnCOre PIOUVÉ, que cela a plus de heu contre les Héreriques, que contre les Infideles, par les principes préfuppolez. Ce n’eft pas qu'au fond il y ait grande difference, puifque Nôtre Seigneur ne traitte pas autrement l'Héretique, & quiconque n'éços ci *Xxv) PREFACE. te pas l'Eclifé, qu'un Infidele ou un Païen. Ye {çai qu'il y auroit encore une plus grande difference à faire entre les Juifs & les autres Etrangers. L'Eclife Ro- maine la plus attachée aux maximes de PApôtre, qui nous fait efperer la converfion des premiers à la fin des fiecles, les à toujours épargnez & les con {crve encore aujourd’hui fur fes terres, quand ce ne feroit que pour rendre ne de nos Ecri- _ tures aux autres Infideles. Mais les Princes, qui ont éprouvé tant de fois leurs perfidies & leurs cruau- tez, n'ont pas êté par tout fi patiens; on les a ban- nis de France jufqu'à trois fois, & en cela on a don- né léxemple à l'Ef agne de s’en défaire, quand on en a vû les inconvéniens, quelque perte temporel- le quienarrivât. - | : Quoi-qu’il en foit à cet égard, les Sujets ne doi- vent pas être plus fenfibles aux interêts de l'Etat, que les Princes mêmes, dont ils devroientadimirer & imiter le généreux defintéreflement. Mais on void bien, que ce n’eft pas ce qui touche davantage nos P.Réformez que les interèts de l'Etat, quand ils al- léguent ces inconveniens. Ils y euffent pû remedier eux-mèmes, s'ils euffent eu un veritable amour pour l'Etat. Mais loin de marquer cette fidelité par leur at- tache inviolable:à leur Patrie, on n'a que trop éprou-. vé d’ailleurs combien ils y étoient contraires en paix & en guerre. Ce fera le fujet particulier de la der- nicre Partie de nôtre Supplément, où l'on verra qu'outre la confidération de la Religion, qui a fervi de premier motif au Prince ; à tout confidérer on a PREPACE.- rev trouvé qu'il gagnoïit plus qu'il ne; perdoit, en per- dant des Sujets fi peu affctionnez & fi capables de, broüiller, C'étoit prefque autant d’ennemis dome tiques, qui ne pouvoient qu'affoiblir les forces, & augmenter les maux de l'Etat. Ajoutez celui de la corruption des fentimens, qui dégeneroient tous les: jours, & qui ne portent que malheur. Il a fallu le- ver toutes ces difhicultez avant que d'entrer dans cette feconde Partie, qui les touche de plus prés, {clon les avis que de tres-habiles gens nous ont donnez. Nous n'avons garde de fairétomber aucunde ces re- pes far les bons Convertis, qui ont montré pat eur droiture & par leur fidelité à toute épreuve, qu'il n'y avoit que le malheur de la naiffance, qui les eut arrêtez dans l'erreur & dans fes funeftes fuites. Ils n’en ont pas été marché fur le mème plütôt defabufez, qu'ils ont pied que les anciens Catholi- ques dans tous les devoirs de leur état & de leur profeffion. - |!) errata de la Seconde Partie de ce Traité. Pag. r. ligne18. 1v. lifez tx. p.265. 1.11, r12.erreu, Hf.erteur. sl 25. nous, lif vous. : ©! | p.294. l:34.obligation, Bf-obliger. ?. 37-l.6. Tanchclin, lif.Tanquelin. p.295. L. 9. donné, hf. donnée. D:56. L. 21. trouveroient, Wf trouveroit. : p. 292.1. r6. fans, Hf fous. #5. delapas. Müj,l 12 par, Üifpas. p. 304. L. rs. relolu, dif. refolu. ?: 08. L. 13. particliers, Wf particuliers. p. 326. L. 19. s'ils s’étoient,lif.s’ils étoieng.” 2: 138.1. 19:48, Apoñolicam, lif. Apoñto- p.235. L.18. fe, lif. le, Las (Ga RSR p.374 L. 6.la,Ufle. ?. 183. 7 redure, lif. réduire. “p.39. l. 0. capables, if coupables. Ibid. l, 25. Epfcopale, lif. Epifcopale. p. 483. l. 19. premettoit , if. permet= ?. 168.1. 5. vrop de bonne, Hfrtropbonne. toit" 0 kars lze ou, Han tbia, 1, 26, dernier ; bif. premaicr. ne 5 À € ; TRAITE TRAITÉ HISTORIQUE DES ED TRS, DES AUTRES MOIENS, dont on s’eft fervi dans tous les temps, pour établir, & pour maintenir l'unité de l'Eglife Catholique. SO -E-C-O-N DE DEAR FLE, Où l'on explique les Loix des Princes avec les Decreis de l'Echje, ex ce qui s’eft pal]é de plus confiderable contre les Seéles [urvennës depuis le IX. fiecle, juf- : quan fiecle dernier. | à On finit par un SupPLE MENT depuis ce temps-là :.-juéqu'a prefent. "CHAPITRE PREMIER. Quel traitement on à fait aux Hérétiques avant {eur Con- vetfion, ou aprés quand ils reromboient; tant _* en Occident, qu'en Orient. J. Cette quefion traitée par Hincmar dés le LV. fiecle, felon tou- tes les Loix @ les Decrets de divers temps. IT. Quelle conduite faint Auguflin, qu'il propofe d'abord, avoit preférite contre ceux qui fe contentoient de demeurer dans le filence, aprés la condam- _ nation de la doëtrine de Pelage, qu'ils avoient auparavant fou- tenue. III. Ce pere diffingue trois fortes de perfonnes , qui favo- * rifoient en fecret la doitrine condamnée I V. VW. Quelle conduite des fimples Fideles doivent tenir envers ces fortes de gens. WI. à Avis de fainb Gregoire à une Dame [ufpeite de tenir les trois IT. PART. Chapitre I. To.1.pag. 329. & feq. Ch EX n Il. III, Ep:f. 104. 2 Traite des Edits, eo des autres moïens Chapitres, qui avoient été condarmnez dans le V., Concile; quels moiens il veut qu'elle emploie pour [e juffifier auprés des moin- dres fidéles. VII. Du xéle indifèret de quelques Fidéles. VIII. Combien eff preffante l'obligation, que nous avons de fatisfaire tons les Fidéles, [ur les moindres [onpçons, qw'ils ont de nows. TX. Combien il fant être éloigné d'avoir de mauvais foupcons de la foi des autres. X. Sices deux regles étoient obfervées les er- reurs ©" les diffenfions feroient bien-tôt finies. XI. Combien ceff une erreur déteffable de dire, que les juremens @* les anathèmes em- ploiez pour déclarer [a foi, ne font de nulle force. XII. Terres de PEglife laïfées aux Hérétiques pour faciliter leur reconcilia- tom. XIII. Loix ufitées dans le reffe de l'Occident & particu- - Berement en Efpagne © en France pour rendre ces Roïanmes tout Catholiques © trés-Chrétiens, felor Hinemar. X IV. . Témoigna- ge de Theophane [ur les peines de mort décernées contre les Héré- tiques Manichéens. XV. Réflexions [ur ce récit de Theophane. Premiere reflexion, ces peines de mort n’étoient que pour les Ma- michéens. Seconde reflexion. X VI. Comment le Patriarche Nice- phore pent avoir influé dans la Loi @ dans le jugement de mort contre les Manichéens. XV IT. Troifiéme réflexion. On remarque dans l'antiquité, € parmi les Grecs les traves de noffre Droit Ca- nonsque fur les peines des Hérétiques. X VIII. Quatriéme réfle- xion. Réponfe aux exemples de Theophane. : L. H Incmar Archevèque de Reïms à traité dés leIX. fiecle la queftion que je propofe ici, & a recueilli ‘ce qu'il avoit trouvé de plus beau fur cela, dans les Loix, dans les Conciles & dans les Decrerales des Papes. C’eft dans fon ouvrage de la Prédeftination; où il ne manque pas de rapporter une partie des Loix du Code Théodofien, que nous avons alleouées & expliquées aprés lui avec ce- lui de Juftinien dans noftre premiere Partie. Il n’oublie pas non plus les anciens Decrets de l'Eglife contre ceux, qui cachent encore dans le cœur les mêmes erreurs, aufquel- les ils ont renoncé de bouche. On peut le confulter & imi- tér fa conduite, en reprenant les chofes de plus haut. _ FT. Saint Auguftin dont il dit d’abord que les Papesont fuivi la do&rine, écrivant à Sixte, Prêtre de l'Eolife Ro- maine, & depuis Pape, lui donnoit cet avis, qu'il ne falloit pas feulemenr emploïer une févérité falutaire contre ceux pour maintenir l'unité de l'Eglife Catholique. 3 qui favorifoient publiquement le Pélagianifme; mais aufh contre ceux qui ne cefoient d’infpirer les mêmes fenti- ‘mens en fecret & avec crainte: enfin qu'il ne falloit pas même négliger ceux, que la crainte forçoir de tenir dans un profond filence les fentimens qu'ils avoient ; mais qui confervoient toujours dans leur ame ces fentimens dam- nables. Car vous en avez connu plufieurs, dit-il, qui tenoient ces erreurs, avant mème que le jugement du Siege Apoÿtoli- que les ct condamnées ; qui demeurentepréfentement dans le filence , & dont on ne pourra féavoir s'ils ont changé de fen- riment, fi ce we} guandils ne [e contenteront pas d'enfeve- lir dans Le filence leurs premieres erreurs, mais qu'ils foñtien- dront La doëtrine contraire avec l'ardeur qui leur eff ordinaire. Ces derniers neanmoins doivent être traiteX avec beaucoup de douceur. Car qwefl-il befoin de leur donner de la terreur, _puifque leur fence montre affez combien ils font effraicz. Ef peanmoins il ne faut pas les négliger, comme S'ils étoient JI. PART. Chap. I. gueris: ce font ces bleffures cachées qui demandent le plus d'ap- plication du medecin. Il ne faut pas les intimider, vais les inféruire ; ce qui eft d'autant plus facile, que la crainte de la féveritévient au fasours de la doitrine de la wverité, afin qu'- avec l'affiffance de Diew, la connoiffance @ l'amour de la gra: ce les falle parler, leur falfe dire, ce qu'ils n'ofent dire pre- fentement. : III. Voilà trois fortes de perfonnes, que faint Auguf- tin difinguoit, aprés la condamnation des erreurs de Pé- lage par l'Eglife Romaine, & fur lefquelles il vouloit que les Evêques veillaffent, wigilantiä Paflorali. Les premiers étoient ceux qui fe donnoient une entiere liberté de foù- tenirce qui avoit été condamné, & contre ceux-là ce Pere vouloir qu'on déploïât une jufte févericé, /#ubri féverirate pleifantur. Les feconds. éroient ceux qui cachoïient leurs mauvaife doctrine, fans la corriger, & qui cherchoient les occafons de la répandre en fecret. Enfin les derniers étoient ceux qui fe condamnoient à un filenceopiniâtre, ne laif- fant rien échaper de leurs premieres'erreurs ; mais ne fe dé- _clarant auffi jamais en public pour la doëtrine contraire de A ij Traité des Ediis , eo des autres moïens 11: Parr. l'Eglife. Saint Auguftin demande, qu'on aït beaucoup de Chap. L douceur pour ces derniers; mais qu'on les inftruife, & qu'- Epifl. 105. Serm. 2. de verit. Apoft, on ne les laifle point en repos, jufqu'à ce qu’ils fortent de ce filence affe@é par un amour & une déclaration publi- ue de la doétrine de PEglife : Nec ranquam [ani preterenn- di funt diligentié medicine, quorum vuleus in abdito eff. C’eftla perquifition & l’inquitition douce & charitable, que fainc Auouftin veut qu'on fafle dans ces rencontres, par un fage mélange desdouceur & de féverité: Lenius profe= or traitindi funt @ facilins doceri poflunt, dum in els timon feveritatis doéforem adjuvat veritatis. | Les ennemis de la grace s’étoient vantez d'avoir Sixte dans leur parti: les Catholiques en avoient un grand de- plaifir. Sixte fe déclara hautement, & prononça le premier : lanathéme contre ces erreurs. Saint Auovuftin lut en fun te] = compliment dans une feconde lettre : Primote Priorenr ama- thems vis in popula frequenti[simè pronunciaffe fams non ta- ” cuit, Sixteaccompagna même de fes lettres les Refcrirs du faint Siege, qui furent envoïez dans l'Afrique, pour la con- damnation des Pelagiens. Saint Auguftin diftingue encore dans cette feconde lettre les trois mêmes fortes de perfon- nes, & les trois mêmes traitemens differens, qu'il defire: qu'on leur fafle. Ceux qui foûtiennent encore l'erreur en public doivent être traitez plus rigoureufement : Sewer/us coërcendi. Céux qui enfeignent en fecret les mêmes erreurs, doivent être foigneufement recherchez : wigilanrins vcfli= gandi: Enfin ceux qui fe font entierement condamnez au filence, doivent être ménagez &traitez doucement, afin- qu'on les infhuife: car bien-qu'on ne craigne pas, qu'ils gatenc les autres, on doit apprehender qu'ils ne fe perdent. cux-mêmes : Nos fécnins fuñt dacendi, ut fi non timentur ; De perdants non lamen negligantur, ne pereañt. = V. Ceméme Pere dans un de fes difcours au peuple parloit encore de ces Pelagiens cachez & mêlez parmi les Cacholiques. Evrex , mes feres, difoit ce Pere, dans Les mêmes fentimens decompasion , que moi, Lorfque vous rer contrerez de ces fortes de gens , ue les cachez point, ne forex. pour-maintenir l'unité de l'Eglife Catholique. ÿ point touche d'une manvaife compafsion. Quand VOUS ER, VE contrerez de femblables, girdeX vos bien de les tenir cachez:. S'ils vous contredifent, faites-leur la correéfion ; s'ils vous re- fiflent, amene%-les-nous. Nous avoirs déja envoié les aëtes de deux Conciles [ur cette matiere ah Siege Apoftoliques nous e, avons veceu les Refcrits. La cau[e ef terminée; je fouhaite que erreur foit auf finie. Nous frifous ces 1ROMILIONS ; afn-qu'- dls prennent garde à eux: nous leur donnons ces 1: ffruclions, afin de les éclairer, prions Dieu qu'il leur change le cœur, Ce que ce Pere écrivoir à Sixte regardoit le devoir des Paf ‘teurs. Ce qu'il dit ici, ncus apprend le devoir des fimples fidéles. De ne pas fouffuir ceux qui enfeignent même en fecret une doctrine condamnée dans les Conciles & par le Saint Siege; de leur en faire des réprimendes;& s'ils s'o- bftinent de les déferer aux Evèques. . ce _ V. Mais dequelque diligence, que puiflencufer les Evé- ques, les autres Pafteurs & les fimples Fidéles, il y-aura toU- jours des Hérétiques & des Schifmatiques cachez parmi _eux. C’eft pour cela queS. Auguftin exhorte les fidéles à de- meurer toujours fermes dans l'Arche; c’eft-à-dire dans l'E- glife. Que ricu ne nous fepare, dit-il, de la fotidire de l'Arche; demeures bons, @> tolerez les méchants. Car iluous. cft bie plus avañtageux de demeurer dairs l'Arche, @* d'y énawier les méchants à caufe des bons, que d'en Jortir, € de périr er nous févarant des -bons Gr des méchans. Si vous avez donc des bêtes fanvages avec v04s; c'éfl-a-dire, fi vous avez dans PE- glifé, des gens qui enfeigacut une masvaife doéfrine des Hé- IL-PART, Chap. L De tempor: Serm. 46- reliques y des Schifinatiques ; où de méchans Catholiques, lef=. quels comme des bêies féroces ; cherchent à dévorer les ames ; l faut les tolerer jufqu'a la fn du monde, dent la fin du de- ge étoit la figure. Voilà les-enfeignemens de faint Auguf- tin {ur ce fujet | = a Re ee Re V I. Saint Gregoire Pape écrivant a une Dame Patri- cicnne, lui donna des avis, qui tiennent de ceux de faint Auguftin, & qui pourront nous-être encore d'une grande utilité. Elle étroit foupçonnée de foütenir encore les trois Chapitres, que lEglife avoit condamnez dans le V.con- > — k£ LA CA Traité des Edits, eo des autres moïens + cie. Elle fe lavoit de cette tache, mais des gens foibles , & Il. PART. Chap. I. Regift. L, 9. Æpiff. 39. Tbidem. malins avoient peine à la croire. Voici les confeils que ce grand Pape lui donnoit. Wous devez, les appeller em parti- culier; leur rendre raifow, © anathematifer en leur prefence, les Chapitres, géils penfent, que vous tenez. S'ils penfent, que ce e'eff que par diffeulation > Que VOUS CORdanReR CES Chapitres, vous devez les affeurer avec férment, que vous te, tent? point ces Chapitres, © que vous ne les avez jamais te. aus. Ne penfès pas que ce foit quelque chofe indigne de vous, de-lewr donner cette fatisfaifion, & ne vous flattez, point de vôtre extraction imperiale, pour concevoir du dégoit c du mépris pour eux. Car nous formes tous fréres, tous formex de la main d'un même Empereur, tous rachetiez de [on Jang. Ainfi nousnedevons mépriler aucun de nos freres, quelque pau- re G abjer qw'il Joit. Saint Pierre avoit recen ur grand pou- voir dans le Roïaume du Ciel; fes pouvoirs & {es éminen- tes vertus, fes miracles même n’empêcheérent pas nean- moins, qu'il ne fatisfit avec autant de douceur, que d’hu- milite aux plaintes & aux defiances des Fidéles contre lui; Si Le Pafleur de l'Eglife, pourfuit faint Gregoire, le Prin- cedes Apôtres, qui faifoit tant de miracles, ne dédaigna point de rendre humblement vaifan des chofes, dont on l'accufoits combien davantage nous qui Jommes pecheurs, devons - nous appailer par l'humilité de nos réponfes , ceux qui nous accu- fent de quelque chofe. Lorfque je demeurois, comme vous [éa- vez, dans la ville G* dans le Palais Canfflantinople, comme Apo- crilaire du S. Siege, plufieurs deceux qui étoient accufeX de tenir les trois Chapitres, s'addreffcient 4 moi. Ma cwféience né'ef lémoir que je w'ai jamais trouvé en ancun d'eux la moindre apparence d'erreur, on des crimes qu'on leur imputoit.. Auf} fort honnêtemert, @ je prenois foin de les défendre contre ces calommies. | ee VIH, Ce Papemet enfuite les accufations, dont on char- oeoit ces perfonnes innocentes. fous le faux pretexte des - trois Chapitres : Je lessomers, parce qu’elles ne font rien à mon fujet excepté la derniere. On les accufoit de tenir, pour maintenir l'unité de l'Eglife Catholique. 7 que quand on Îles contraignoit de condamner avec Aha- II. Par. théme quelque propofition, qu’on leur attribuoït ces ana Chap. I. thémes étoient nuls & fans effec. Saint Gregoire dit, que « d'être dans ces fentimens, ce n’eft pas être Chrétien : Zp# fibi vestes Junt, quia Chriffiani non funt. Mais pour moi, dit « ce grand Pape, pendant que jétois à Conftantinople.Jen’at * trouvé aucun de ceux, qui venoient à moi, qui fut dans « ces erreurs, ou qui y eut été à mon avis. Car s'ils y avoient * été, je l'aurois bien connu. Mais entre les Fidéles il y en « a, qui font emportez d’un zéle indifcret, & crofant qu'ils « pourfuivent des Hérériques, ils font eux-mêmes des Héré- fies. Il faut prendre foin de moderer ces Fidéles, il faut les appaifer par la raifon & par la douceur: car ils font fem- « blables à ceux dont faint Paul dit, je leur rends ce témoi- « gnage, qu'ils ont du zéle pour la caufe de Dieu, maïs ce zéle « n'eft pas felon la fcience. Il faut donc que vôtre Excellen- « ce, qui pañle fa vie dans la leéture, dans les larmes, &cles < aumônes continuelles, appaife l'ignorance de ces gens-là, « par la douceur de fes exhortations & de fes réponfes : afin- ‘ qu'elle fe fafle un mérite auprés de Dieu, non-feule- « ment de fa propre conduite, mais aufli de la correétion des « autres. ee. . VIII. Nous devons tirer deux inftruétions imporran- tes de cette lercre de faint Gregoire. La premiere eff, que quelque mal-fondées, & quelque imuftes que foient les défiances & les accufarions qu’on forme contre nous, fur la matiére du Schifme, de l'Hérefie, ou de la mauvaife do- étrine, nous nous en purgions fans tarder, & fans épargner les juremens mêmes, & les plus folennelles proteftations, que nous ne fommes pas, & que nous n’avons jamais Cté dans ces mauvais fentimens. Quand nous ferions aufli éle- vez en f&ience Eecléfaftique,sén fainteté, & en dignité dans l’Eglife, que faint Pierre: quand nous ferions aufli Éminens en noblefle, que cette Dame du fang Imperial, & d’une pieté encore plus éclatante, que fà haute noblefle: il feroir de nôtre devoir de rendre compte avec humilité, & de fatisfaire aux derniers des Fidéles fur tous les foupçons; a 3 a # à IL Pare, Chap: EL 8 Tyairé des Edits, eg des altres motens wils auroient eüs de nous. L'innocence, la propre con- fcience, le filence ne fuffit pas felon ce Pape & felon faint > Auguftin même. Le devoir de la Foi & de la charité Chré- tienne nous oblige à condamner de nouveau les faufles opi- nions dont on nous charge, &de ne rien oublier pour dé- tromper nos freres. [X. La feconde eft que de nôtre part nous ne devons pas être faciles à foupçonner,, ou À accufer trop légere- ment les autres, bien moins à penfer roujours mal d'eux, aprés qu'ils fe font pleinement juftifiez par ccs anathémes - & par ces fermens Canoniquées. Saint Gregoire étoic fans doute dans cétre noble & généreufe difpoftion, puifqu'a- prés avoir examiné tant de perfonnes fufpetes de tenir pour les trois Chapitres, il declare, qu'il n’en avoit ja- » Mais tloUVÉ AUCUN qui ne für innocent de toutes ces ac- » cufations. Il faut être ravi, que cela foit ainf, / X. Si ces deux regles-étoient bien obfervées, les:er- reurs & les diffenfions ferotent. bientôe diffipées. Mais les uns ne daigngnt pas fe juftifier, autant qu'ils le pourroient, c'eft-à-dire, autant que faint Gregoire & faint Auvguftin viennent de le demander, & fe mettent peu en peine, que leurs freres les aïïenc toujours pour fufpects; de forte que Ja charité eft bleflée de part ou d'autre, & peut-être de atr& d'autre. Les autres ne font jamais fatisfairs, quel- que fatisfaction, qu'on leur ait donnée, & Ce font ceux Jà, dont faint Gregoire dir, qu'ils font des Hérefñes, en pourfuivant trop opiniatrement comme des Héretiques, ceux qui ne le font pas, & qui déceftent publiquement - J'Hérefe, qu’on leur impute. Saint Auguftin nous apprend que cela arrivoit quelquefois, que des Catholiques pieux trop cruellement perfecurez & privaz de la communion de VEglife, s’emportoient enfin, & fortans de l'Eglife. for- moient un Schifme. : a X I. La plus noire calomnie, qu'on pouvoit avancer , contre un Catholique innocent & fufpedt, ctoit de dire qu'il » ne penfoit pas que les anathémes & les juremens qu'on em » ploioic pour fe juftifier, fuflent d'aucune force, & enga- gcaffent pour maintenir l'Unité de l'Eglife Catholique. 9 géaflent à rien. Saint Gregoire dit nettement, que s'il ÿ en 2 qui foient dans ce fentiment, il eft indubitable, qu’ils ne font pas Chrétiens, & que non-feulement lui & tous les E- vêques Catholiques; mais toute l'Eglife.les foumertenc à l’anachéme: parce-que ce font des penfées 8 des paroles entierement contraires à la verité: 52 /#nf, qui -cértiffimè cc EH: PART: calia féntiunt ; vel tenent, quia Chriffiani.non funt, dubium: non est. Eojque G ego Comines Epi[copt Catholici, atque wni- verfa Ecclefia anathematifimns; quia verifatt C0traria: Jen ‘diuet, contratia loquuntur. Cet endroit eft remarquable pour AS : , : TEE > les nouvelles Converfions, où 1l n'a jamais té permis, je ne dis pas de fe parjurer, où dementir, mais d’ufer du moin- dre déguifement: parce-que rien .meft plus évident, que: cequ'a dit Jefus-Chrift, la verité éternelle dans lEvan- à : 3. . : / : 2 e2 . 4. gile, qu il niera devant for Pere érernel, cénx qui L'auront nié devant les hommes. | BE. * XILEnfnfaint l'Eglife de Côme avoient répondu aux inftances, que. l'E- vêque de Milan leur faifoit de rentrer dans l'unité de l’'E- glife, qu'on ne les traitoit pas avec la charité qu'il fau- droit pour les attirer à cela: que l'Eglife de Rome retenoit une terre, qui leur,appartenoit, 8c.que d’autres avoient fai-. f quelques autres parties de leurs biens: ce Pape répondit: à l'Evêque de Milan, quefi l'Eglife Romaine retenoit quel-. que terre, qui appartint au Clergé de Côme, il vouloit: qu’elle leur fût renduë, quand ïls ne rentreroient pas dans l'unité Catholique.Mais que s'ils y rentroient, il étoit prêt: de la leur remettre, quand elle ne leur appärtiendtoit pas. _ Parce-qu'il faut ôter toutes. les excufes, qu'on pouxtoit al. keguer, pour.ne fe: pas. réünir à l'Eglife; 53 vero ad unita- tem Ecilefie, quod. optamus Deo fe infpirante coverterent | étiamfi mihil éllas competat, eam illis parati Jumus concedere.. Nam nulla occafione eXcufaré fe volumus, ques ad. mañris Ec-, clefs finum.vedire defiderabiliter expettamms. | :Si.ce Pape étoit: téfolu de céder. une terre de fon Eclife aux Ecclefiaftiques de Côme , au cas que cela püt contri- Gregoire aiant appris, que les Clercsde. ce Chap. I. cœ ce &L, 72.Æp: 5%. [41 çe Buer à les faire rentrer dans le fein de l'Eglife; left, ce °B so … Traité des Edits, eo" des autres moïens TL Pas me femble, manifefte qu'il n'eût pas refufé de leur laiffes Chap. L . les terres qu'ils auroient auparavant faifies far l'Eclife, » par ce moïen il eüt pü procurer où avancer leur Conver- . fon & leur retour. On fçait avec quelle indulgence ce grand Pape craita les Anglois nouveaux convertis par fes foins, & combien il eüt volontiers relâché de fes droits en ce ais-là s’ilen eût pofledé autant que fes fuccefleurs depuis juiqu'à Henri VIIT. C'eft ainf qu'en uférent les Papes un peu aprés fous le regncde Marie fa fille, quand il fut s aueftion de ramener à l'Eglife les Seigneurs Anglois, qui avoienc faif fes fonds; pendant les regnes de l'Hercfie : ils imitérent le défintereflement de ce faint Pape, comme nous verrons à la fin de ce Traité. en X LILI Noûs avons déja vü la part que le même fainc Gregoire avoit pris la converfion des Wifgoths d'Efpagne fous le Roi Reccarede, & comment les Canons des Conciles &r les Edies des Rois fes fucceffeurs avoient concouru à ren- * dre ce Roïaume cout Catholique. On encompila un recueil * qui porta le titre de Loix 7v/fgorhes, quoi-qu'il fût compo- - 16 des Coutumes dela Nation & des Loix Romaines, à peu prés comme le récucil des Coûtumes & des Loix Romai- nes, qui avoient cours en France dans ces temps moïiens Bilan … juiqu'à Hincmar, il leur donne les différens noms de S+- -liques, de Gonbañdes, 8 de Romaines, felon les peuples, qui - s’en fervoient dans leur gouvernement. Elles devoient tou- - res convenir dans le grand principe du Chriftianifme, qui - n'eft autte qué la Loï de Dieu, fur tout dans un Roïau- - metrés-Chrétien, Er c'eft la conclufion de Hincmar en *eés termes : Deferdant fe, quantum volunt; qui bujufinodi : fonts ffve per Leges, fe nulle funt, mundinas; five per confuetadines bumanas. Tamer fi Chrifliani funt, [iant Je in die judicii ; nec Romanis , mec Salicis, nec Gundobadii, fed: à Divin Apoflolicis Legibus judicandos. Cum in vegno Chrie _fliano etiam iplasLeges publicas oportear effe Chriffianas, A met dans cé réng les Loix du Code Theodofien que nous avons citées pour l'extinétion. des Hérefies, & il ajoûte que FEglife les joignoit à fes Canons pour fon gouvernement æ Hidem. à pour maintenir l'unité de l'Eglife Catholique. 11 | moderé : sexvus decimus liber Legum , quibus una tur: facri A, PART. Canonibus fantta moderatur Eccléfia. Nous verrons qu'on en Chap.L. à ufé avec cette moderation en France, autant que les cri- mes des Héretiques l’ont pù permertre, particulierement dans ces derniers temps. + ie “XIV. I faut pañler en Orient où nous allons voir que « 477804: Ja rigueur à prévalu d’abord. Je ne puis rapporter rien de plus à propos, que ce que dit Theophane dans fà Chronc- « ‘craphieun peu après l’an huic cent, au Commentement du « pag. 409. IX. fiécle. Ce pieux & fçavant hiftorien dir que le Reli- * cieux Empereur Michel Curopalate ordonna la peine de « mort contre les Manichéens, qu'on nommoïit Pauliciens , « & Athinganiens de Phrygie & de Lycaonie, & qu'il le fit à la perfuañon du Patriarche Nicephore 8z d’autres perfon- ® nes pieufes; mais que l'exécution en fut empêchée par les « remontrances de quelques perfonnes peu intelligentes, fous « pretexte que ces Héretiques pourroient fe repentir de leur « - faure & en faire pénitence, En quoi ils ne confideroient « pas , qu'il étoit moralement impoñhble, que céux qui ont « été une fois infedtez de cette Hérelie en faflent jamais « une fincére pénitence. Au refte, ces auteurs de nouveaux « dogmes difoient ouvertement, que les Ecclefaftiques ne « pouvoient pas prononcer une fentence de mort contre les « impies; mais en cela ils étoient manifeflement contraires « \ l'Ecriture-Sainte. Car fi faint Pierre le Prince des Ap6- « tres condamna à la mort Ananias & Sapphira, coupables « d’un menfonge feulement : &ff faint Paul afleure, que Ceux « qui commettent certains crimes, font dignes de mot, « quoi-que ces crimes regardent feulement le corps; n'eft-ce « pas contredire les Apôrres, que de vouloir fouftraire au « æ glaive exécuteur des vengeances divines, des hommes É- « galement foüillez dans leurs ames & dans leur corps, & dé- «+: - voüez au culte du démon ? mais nonobftant leurs Cfforts:, « l'Empereur Michel fic perdre la ère à plufieurs de ces ime « pies. A | ES ee | XV. Voilà ce que jai cru devoir rapporter de Theo- phane. Où il faut remarquer r°.Que cete peine démort Pire » Chap. I. 32 - Traité des Edifs, ex des atitres imoïens n’étoit pas ordonnée contre tous. les Héretiques , maïs feu lement contre les Manichéens, qui étoient les plus exécra- bles des hommes, comme nous l'avons fait voir dans n6- tre premiere partie en parlant de Prifcillién & des Prifcil- lianiftes, que FEmpereur Maxime condamna à la mort à Ja pourfuire des Evêques Ichaciens. Théophane étoit du même fentiment de ces Evêques, & il croïoit que le Pa- criarche Nicephore avoit pu folliciter la mort des Mani- .chéens aupres de l'Empereur. Donc ni dans l'Occident, ni dans l'Orient, il n’étoit queftion que des Manichéens, .& non de tous les Héreriques. Le Pape Léon I. nous a appris en parlant de Prifcillien , les raifons particulières. qu'on avoit de traiter les Manichéens plus rigoureufe- ment, que les autres Héretiques. Ils étoient également ennemis de la Religion & de PErat;iln'y avoit ni impie- té, ni ordure, à laquelle ils ne fuflent proftiruez ; ils fou- loient aux pieds & confondoient tout le droit divin & hu- main; & il ny a rien de f faint dans les mariages & dans les familles, qu'ils ne profanaflent, On punifloit donc cette Hérefie , non-feulément comme une Hérefie, mais comme un crime public, & comme la deftruétion même de la police divine & humaine. - X VI. Il faut remarquer 2°. Qu'il y a peu d'apparence, que le Patriarche Nicephore eût pouflé direétement l'Em- pereur à faire mourir ces Héretiques, ou à faxe une Loi de cette nature. Si cela eût été, il feroir tombé par mé- garde dans la même faute des Evêques Ithaciens, qui furent blimez & retranchez de la communion dans tout POcci- “dent. Il eft bien plus probable, que Nicephore étoit du même fentiment que le Pape Léon, qui bläma Ithaque, .d’avoiripourfuivi la mort de Prifaillien; & lota l'Empereur Maxime, de l'avoir condamné à mort: parce-que ce ju- germient de moït étoit convenable à un Empereur,mais non pas à un Evêque. Nicephore & les autres Ecclefaftiques de fon parti pouvoient avoir exhorté en général l'Empe- eur Michel.à faire fon, devoir. à faire exécuter les Loix, à ne pas laiffér. foüiller l'Eglife &l'Etac ; & Theophane n’y pour maintenir l'unité de l'EcliféCatholique. 13 segardant pas de fi prés, peur avoit écrit, qu'ils avoient fait publier à l Empereur une Loi & une {entencede mort contre les Manichéens. | | - XVII. Il faut remarquer 39.Que ceux qui netrouvoient pas bon, qu’on envoïät au dernier fupplice ces Manichéens, étoient d'avis, que ce crime pouvoir & devoit être expié par la pénitence ; & que les autres n'étoient entrez dans un fentiment contraire, que parce-que qu'ils étoient perfua- dez, que ces Hérériques étoient tombezdaris un fi profond: abime de malice & d'impieté , qu'il étoit moralement im- pofible, qu'ils en fiffent jamais pénitence. On convenoit donc de part & d'autre, que le Tribunal Ecclefaftique ne pouvoit condamner les coupables, qu’à la pénitence; à moins qu'on ne les crüt abfolument incorrigibles, & qu’a- lors on ne les abandonnât aux Juges féculiers, à qui Dieu a donné l'adminiftration: du glaive: Cette maxime eff de- meurée dans le Droit Canonique moderne des Décrérales. L'Eglife de fa part ne decerne contre les coupables que des peines Canoniques , des pénicences, des peines medi- cinales, dans lefquelleson comprend les amendes, les fuf- tigatiOns, les exils .&z elle ne livre au juge feculrer , que ceux qu'elle juge incapables de faire pénitence, &entiere- ment incottigibles. ps ee — X VIII. II fautremarquer 49. Que les exemples, que Thcophane apporte de faint Pierre & de faint Paul, ne prouvent rien Moins, que ce qu'il prétend. Car.faint Pier- re fit fimplement une réprimende à Ananas, & à Sapphi- ga: la peine de mort qui fuivit, ne vint nullement de lui, fnais de la fecreté providence de celui qui eft certaine- ment le maître de la vie & de Ia mort, & qui tué quel- quefois le corps, pour fauver l’ame. Cer Apôtre parla un peu plus durement à Sapphita; mais il ne décida rien, & _ déclara fimplement l'événement vifible d’un jugement in- vifible de la part de Dieu, & non de la fienne.Saint Pautne IL. PART. Chap. F. décerna pas une peine de mort contre quelques-uns, mais en général il prononça, qui étoient cés hommes execra- bles qui meritotent la mort. Le Pape Leon & le Patriarche B ii 20 -Traité des Edits, e5 des autres moïens II, Par. va tous ces impies fi obftinez, qu'on ne püt en détroms Chap. I. peraucun,quelques difputes, & quelques inftruétions qu’on ». y emploïit. Aprés les avoir inutilement exhortez de ren- » rer dans la foi veritable & univerfelle , vers G* #niver- » faleu idem. On leur déclara, que par ordre du Roï, & par » Je confencement.du peuple, on les feroit brûler : Regis juf° » fu. uriverle plebis confenfu. Hs fe tirent de ces menaces, » & promirent qu'ils fortiroient du feu fans en être le moins » du monde endommagez. LeRoïi fit allumer un grand feux » hors la ville, pour leur donner de la fraïeur. Comme on » les y mena, ils témoignérent au contraire, qu'ils le défis » roient-ardemment, & voulurent fe précipiter eux-mêmes » dans. le feu, Se omvimodis hoc velle proclamabant , ac [efe » ultro ad icrem trahentibus inferebant. 1] y en euttreize, qui » furenc jettez dans le feu, & qui peu après commencérent » à crier d'une voix cffroïable, que le démon les avoir trom- ». pez,.& qu'ils païoient & païieroient à jamais la jufte peine » des blafphèmes, qu’ils avoient proferez contre Dieu. Plu- » fieurs, des affiftans en furent touchez, & tâchérent de les. » retirer du milieu des flammes, mais le feu les. avoit déja: » confumez. - =. ee X.. Ce recit a éte un peu long; mais nous n’en pouvions: rien. retrancher, afin d'y pouvoir obferver 1°. Dans quel. abime d’extravagance & d'impieté on fe précipite, dés le: moment qu’on fe révolte contre l'autorité de l'Eclife &: de la Foi univerfelle. Aprés cela non- feulement on n’eft: plus Catholique, non-feulement on n’eft plus Chrétien, mais. on. n’eft plus. homme. Car eft-ce être homme, eft-ce: être raïfonnable, de ne pluseonnoître de Dieu, plus de dif ference entre la vertu &le vice, plus de diftinétion des li. ” cires.ou.des impures voluptez,, plus d'enfer, ou de paradis : ‘aprés cette vie ? les nouvelles Seétes font fans doute fort “éloignées dé ces horribles impietez; mais elles ont rom- pu le frein d'autorité, qui arrête le commun des hom=- mes & l’émpêche d'y tomber. La plüparc des hommes ne: déteftent ces. impiétéz, que parce-qu’ils font attachez à. lautoriré de l'Eglife-univerfelle ; qui les: déreftent, Ceux. % pour maintenir l'anité de PEglife Catholique. 2i qui ontrompu ce lien d'autorité . feroient aufli-bien tom- bez dans ces effroïables erreurs, que dans les autres:, fi les Auteurs de leur Seéte, & leurs Miniftresles leur avoient propofées. Ç EE XE. 20. Ce ne fut pas l'Eglife, qui fr le procés à ces Hérériques, ou qui les condamna au feu. Ce fut le Rot êc le peuple, Regis juflu © univerfe plebis confenfs. Ainfe ileft certain que l'Eglife eft toäjours demeurée conftante dans fes maximes faintes de douceur & de charité. Le Rof même ne frallumer le feu, que pour effraïer ces malheu- reux , & leur pardonner, s'ils fereconnoïfloient. 3°. Si dans les fiécles faivans le feu a été le fupplice ordinaire des H<- réfiarques, & des Hérériques incorrigibles; c'eft apparem- ment parcette même raifon, qu'on vouloit les effraier pas 11. PART. Chap. H. la violence d'un fi horrible fuppliée, capable d’étonnerles: plus obftinez,, & de leur faire changer defentiment. Cefr. ce que dit Glaber : J4/5ir Rex accendere #07 longe à'vivita- te ignem permaximum , wt vel eo forte territi à. fua malighi- zaté definerent. La rigueur de ce fupplice terrible, ne ft pas d'impreflion fur ce petit.nombre d’obftinez; mais les autres en furent: fi épouventez, que le même Auteur en- feigne’, qu'on‘ne parla plus de certe Sete. ee « : XII. 40 Cette narration eft fort femblable à celle que nous avons: faite des Bogomiles., qui furent aufli confumez par le feu, parce qu'ils s'y précipicoient eux-mêmes. 5°. On peut dire des Bogomiles, & de ces Hérétiques d'Orleans, ce que nous avons dir des Manichéens,, que ce n'étoit pas proprement des Hérétiques ; c'étoient des Athées:, desEpi- curiens , des Païens, également révoltes contre tout le droit divin & humain, Et que ne devoit pas apprehender, non-feulement l’Eglife, mais.lx Republique de ceux, qui ne refpeétoient aucune Divinité, qui rendoient toutes les. voluptez licires, quiétéignoient de feu d'enfer. Aufli étoit- ce la Republique, qui vangeoit ces crimes. XIIE. Ven dis autant de ces Hérétiques d'Italie de Mon- fort en Lombardie, dont ce même Auteur parle un peu: plus bas, Ils adoroient des Hdoles, comme les Paiens Sent. # à 2: | : Ci 22 Train des Edits, ex des autres Moïens. Hparx. » ils facrifioient comme Îles Juifs. Le Marquis oule Gouver- Chap. il. » neur du Païs, & Evêque d'Afte firent tous leurs éfforts » pour les convertir. Ils fe retranchérent dans un Fort, où on leur donna divers affauts. On en faïfit quelques-uns, 8& aprés plufieurs inutiles efforts pour les convertir, On » les fe aufli périr-par le feu. Il y eur ici une raifon parti- culiére de traiter plus durement ces perfides, c'eft leur ré volte contre leurs Seigneurs cemporels. Nous verrons fou- vent-dans la faite, que le dernier fupplice n'a été emploïé contre les Hérétiques:, que lorfqu’ils prenoienteux-mêmes les armes 8 fe renfermoient dans des places fortes ; come mé ce Château de Lombardie quiavoitéte occupé par des ens de la premiere nobleffe ; mais Hérétiques, on plü- tôt Païens, A _ pu Che XIV. Nous lifons daris la vie deS, Abbon Abbé de Fleu- To. 4e pe 120 fi 8 martyt, que ce faint homme écrivit aux deux Rois # Huguce Capet ; &. Robert fon: fils, que nos Ancêtres aprés ” avoir fait dés expofñitions de la Foï dans les Conciles , fai- » foient des enquêtes, pour découvrir frquelqu’n avoit des » {entimens contraires; fi on en trouvoit quelqu'un, fans » tarder d'avantage, on l’obligeoit à.fe réunir au corps de PEclife, où one frapoic d’anathême, & on-le privoit de » Ja cotmuhion Catholique, jufqu'à ce qu'il eût fait abju. » ration de fes erreurs: I-propoloit à ces Rois Pexemple de > Marcien & du Concile de Calcedoine, & les exhortoit » aprés cela de chaflér tous les Hérériques de leurs Etats; Etde regno-veftro omnem Hereticar pravitatem depellite. : =: Voilà à quoi Le réduifoit ce faint homme dans les avis qu'il donnoit aux Rois. contre les Hérériques. Il vouloir qu'on les foumit à l’anathéme, jufqu'à ce qu'ils renon- çaflent à leurs erreuts;.8& par confequent qu'on ne fouf. frit potnt de ccommunication, ou de commerce civil entre> eux & es Fidéles. Que les Cathok ques.évitaffent les Hé- | Jéidan, rériques, comme on fuit les Serpens & les Lepreux : Mec magis Serpeñtem tangeic Vitauerunt orthodoxi ; quart adha- v » vw = 2 12 3 % & rétiques dans le Roiaume, Car le moïen qu'il y en ait, 5 & qu'il n’y ait nul comimerce entre-eux & es Fidéles. Chap. IE. CEnArPiTRE IE Des premiers Sacramentaires, Lutheric, Bcranger., Bru- non. Des peines dont ils furent menacez, J. Leutheric commença vers l'an mille à innover fur l'Eucariflie. Lacorredion du Roi Robert larréta. II. Reflexion [ur ce fait. Au- “rorité des Rois. TITI. Les réprimendes qui furent faites d'abord 4 Beranger par S. Eulbert Evéque de Chartres 5: © ‘par Adelx man Evéque de Brefle. IV. Le Concile convoqué par le Roi Hen- ry 1. Quelles Hérêfies 0 renonvelloit. alors. V. Raïifous de Du. rand Evéque de Liege, pour ne pas affembler le Concile contre les Héréfies tant de fois condamnées. Difficultez de dépofer ur _ Evêque fans l'intervention du Pape. VI. Ces Conciles, où l'Hé- réfie de Beranger avoit déja èté condamnée ; #’étoient autres que ceux qu'on avoit tenus CONTE les Manichéens. Des Cathares d'Al: lemagne. Du Concile de Paris fous le. Roi Henry I: VII, Beran> ger plufieurs fors condamné par divers Papes, par divers Cons ciles, © par lui-même. Ses rechentes frequentes, [a peuitence; Ja vieille, fe mort. VIII. IX. X. Raïfons de la multitude des Difcples de Beranger leur profonde ignorance : [es impudentes > falfifications de paffages : la multitude de [es écrits : [a er à faire parler de li. XI. En rutnañt les Mariages légitimes, © niant la validité du PBatème des enfans., il ouvrit la porte 2 toutes for tes de vices, © S'attira une infinité de Difciples. X 11. Nier le réalité du corps de Fefus-Chriff dans l'Eucariflie ; of} encore.ou- __ orir la porte an crime. ALL L. Suite du même [ijet, Quelle été * cette grande multitude des Difüiples de Beranger. Divifion de [en - timens [ur l'Eucariflie dans [a Seüle. XIV. La vcerité dm Concile de Paris fous le Roi Henry I. Pourquoi il ne paroit. port de con damnation. de l'Evêque Bruno © 2 = | Fe fi - $ : ‘ 2 Jons-parler, diant été prefque tous oppofez à là ‘créance de la prefence réelle de Jefus-Chrift dans l'Eucari- fie : il ne fera pas mal-à-propos de découvrir la premiére: fource d’une infé@ion fi générale, qui { répandie dans É Le Hérétiques des derniers fécles, dont nous al- € 7 1L ParT.” Chap. IL.” Du Chefne. ” TO, gr p: 5410 En Traité des Edits eo des autres moïens l'Europe. Le Moine Hulgalde, qui a écrit la vie du Roi Robert, raconte que Leutheric Archevêque de Sens aïant commencé d'innover quelque chofe dans la Doûrine de l'Eucariftie, le pieux Roi Robert lui en fit une févére cor redtion, & le menagça de le faire dépofer, sil ne changeoit de fentiment : Prévaberis honore Pontifcis, niff ab bis vefipue- vis. Le Prélat mal inftruir & peu fçavant, dit Hulgaïlde, aiant recû cette inftruétion de ce bon & fage Roi, fe ceut, fe condamna au filence, & ne parla plus de cette mau- vaife doctrine, qui commençoit à éclater dans le fiécle: His verbis Prafiel nombene doëfus , 4 Rege pio œ bono fa- pienter inffruitus, quieuit, obmutuit, © filuit a dogmate perverfo, quoderat consrarinn omni bono , jan crefcebat 11 faculo. de la Roïauté défenfeur de la Religion, de l'Eglife, & dela maïs de Je priver de fa dignité, sil perfiftoit dans cette erreur notoire, 2°. Si tel a.cRé le pouvoir du Roï envers un Archevèque, quel droit n’auroit-il pas eu fur les au- métoir point tolerée en France, 40. Cette crreur étoit * entierement contraire au falur, &c on ne pouvoit la trai- pour Mamenir l'unité de PEglife Catholique. 2y - : ÉIT Lorfque dans la fuite du tems Bérenger fe fut dé- 11, Parre élaré, Adelman Evêque de Brefle lui écrivic une Lettre, Chap. IL. ‘de laquelle nous apprenons ; qu'en leur jeunefle ils avoienc «77 3: Bibl. tous deux étudié dans l’Academie de Chartres, 77 A4ca- mers demia Carnotenffs que Saint Fulberc Evêque de Chartres + y éroit leur Maitre, bien plus digne d’étré refpeëté d'eux, « que Socrate ne le fut jamais de Platon , qui s'eflimoit « heureux d'être né au téms de Socrate : que Saint Fulbert « les exhortoit fouvent & avec larmes, à ne point s'éloigner. « du droit chemin de la vérité, & à marcher cobjours fur « les traces des anciens Peres, Saméoram Patrum vcffigiis « obfervantifsimè inbarentes ; Qu'il étoit extrémement furpris + d'apprendre, qu'en France & en Allemagne on publiät «, qu'il s’étoit féparé de l'unité de l'Eglife & de la Foi Ca- « tholique au fujet du corps & du fang de Jefus-Chrift,. «. qu’on immole tous les jours: fur PAutel dans toute later- « re, & qu'il ne croïoit pas qué ce für le vraï corps, & le « vrai fang de Jefus-Chrift, mais fa figure & fa reflemblan- + ce: Quafi te ab unitate Santa Matris Ecclefia divulferis :@ de Corporé Janguine Domini, quod quotidie in aniver/a terra faper Sanctum altare Unmolatur, aliter quam fides Ca tolica teneat, [entire videaris + hoc eff, nt illorum de te di- is utar: Non effe verum Corpus Chriffi , neque verurr fat guinems Jédfiguram quandum € firiliudinem. Aprés cela, Adelman conjuroit Bérenger par la tréss, douce memoire de Fulbert, qu’il aimât la paix Catholi- que, & qu'il ne troublâtpoine la Republique & la Gité Chrétienne, fi bien ordonnée par nos Ancètres, pour las « uelle tant de millions de Martyrs ont combatu 8 triom- cé’ phé de PIdolatrie & de l'Empire du Demon , pouf laquelle. « les faints Doéteurs ont travaillé à éteindre les Hammes dé: « diverfes Héréfes par les torrens de leur éloquence,,& « ont münie en-forte-qu'il ne fe peut éléver aucun nouvel ‘4 ennemi, qui fie fe voie auffi-tôt percé de mille traits mor- * tels, qu'on lui lance d’en-haut. e LV. Pendant la vie du Roi Robert , Bérenger de Tours. 1bidem, & Archidiacre d'Angers, & Brunon Evêque d'Angers: es ee LE D Æ à rh nié 56 E Trairé des Edis, es des autres mMmoiens ta CR = ü ï dre d à P Se be ÉD : : ; RL». œ 4 er YL PART. qu'oû Cro1oit infecté du même poifôn ; noferent éclatèr: Chap. I, mais aufli-tôt aprés fa mort afant commencé à { pro-. To. 3. Bibl PP. circa f- ALL * duire; le Roi Henri fuccédant au zéle aufi-bien qu'à la * couronne de fon Pére, convoqua tous les Evêques de fon: » Roïaume pour aller au devant de cet embrafement. Du- » rand Evêque de Liége lui écrivit pour l'en difluader, par-- ; ce-que bien qu'il defirât avec pañlion la tenué de ce Con- ‘cile & la condamnation de l'Héréfie, il voioit que Bru- ‘non étant Evêque, ne pourroit être dépofé fans lauto- » rité du Pape; & s’il fortoit du Concile fans être dépofé, # les Adverfaires de l'Eglife en triompheroïent, & diroienc # qu'ils s'yétoient juftifiez, & qu'on n’avoit pü les convaincre: » ce qui attireroit de plus grands défordres qu'auparavant. # Durand dit que ce n’étoient que des anciennes Héréfes, # qu'on renouvelloit alors; fçavoir que ce netoit pas tant le # Corps de Jefus-Chrift, que fon ombre & fa figure; qu’on » détruifoit les Mariages lesitimes autant qu'on le pouvoit, # qu'on ruinoit le Batême des enfans : Cww legitima conjugia déffrnant, © quantum in iplis off Baptifmum parvulorum EVErrANT. RS ee : = ne : V: De ces deux derniers articles il paroîtra aflez clai sement, que c’étoit fur les pas de Béranger que marche rent depuis les Hérétiques, que Saint Bernard & Pierre. de Cluni combatirent : Tanchelin, Pierre de Bruis, Hen- 1; fur les craces defquels marchérent enfuite les Albi. geois, les Cathares & les Vaudois. Mais Durand affüre » dans la fuite de la même Lettre, que ces fortes d'Héré- » liés étoient trés-anciennes; qu’elles avoienc été déja plu- » fieuts fois condamnées, & qu'il feroit plus jufte de trai- » ter du fupplice, qu'il faloit leur faire fouffrir. Car il ne » faut donner audience aux Héréfies, que quand elles {ont » nouvelles, 8 que ce font des queftions qui n’ont pas en Core été bien examinées. I n’eft donc plusici befoin d’exa- » Men; puifque tout à été fi bien éclairci par les Conciles » & par les Peres, qu'il ne refte plus de doute: QuañguaR Hajufinodi hormines nequaquam oportenr audiris teque tam SE pro lis Concilinm advocsdam, quan de tlorum fapplès ë. © LA peur maintenir l'unité de l'Eglife Catholique: 3» | cioexquirendum. Tunc guippe Haretici neceÎfario audiendi fue- 11. Pan. qunt , quando harefts ipfz € hujufmodiqualliones; #ipote que ‘Chap, I pondum aù unguerm difcuffe fuient, in dubium venrre po- suerunt ; ut per congreffum certaminis parélceret, #tr4 pars fraret pro defenfione veritatis. Quod idem nunc profeito fieri von oportet, quia creberrimis Sanülorum Patrèm Conciliis , gum ctiam venerabilium. Doctorum clarifsimis fententiis ita omnia Junt eliquata, nt ne mIntmW quidem refederit de omni face dubitationts. | ur Ce Prélat ne doutoit donc pas que le Roi ne püt &ne dût convoquer un Concile dans fon Roïaume pour étouf- fer PHéréfie, Aivnt eos Contilium aduocafle. O pia voluntas, 6 « were Rege dignifsimas que utinamcfeitum habere pofsit. Mais + il défroir, que puis-qu’ily faudroit dépofer PEvêque d’Ans . gers ; ce qui ne pouvoit fe faire ; felon fon avis, fans linters : vention du Pape, le Roi nedonnât point d'audience à l’'Hé- . téfie, jufqu'à ce qu'il pûr la condamner avec lé confentes . ment du Pape: Majeffatem iuam omnes exoratam vellemns; - ut interim illorum impiam; jacrilegam € nefariam affertioz . nemaudirecontemueretis, donec accepta Roma Jedis andien: tia, damnandi poteStlatem haberetis. ‘Fout cela he venoit que de ce que Brunon étoit Evêque; & qu'ainf on défef. péroit: de le pouvoir condamner fans lé Pape : Seg de/hera- sus id fieri pofle, chm Bruno exiffat Epifcopus ; Epifcopum autem not oporiet dammationis fubire fententiam ,: preter Apoffolicam authoritatem, C’évoit le fentiment de ce pieux Prélat: | - VI. Mais puis-qu'il aflüte d’ailleurs que cètte Héréfe a déja été condamnée par plufeurs. Conciles, creberrimis Sanétorum Patrum Conciliis, quels peuvent avoir été ces Conciles ? Car il y avoit alors peu de Conciles, où il er été traité de l’Eucariftie: Il me femble que ce Prélat en- tend tous les Conciles, où les Manichéens avoiént été con damnhez. Car c’étoient les Manichéens, qui ruinoient les Mariages lesitimes ; qui fe rioient du Batème desenfans; : qui nioient la verité de l’Eucariftie, puis-qu'ils nioient la verité de l’Inçarnation : qui vouloient que le Corps de Je- 8 A à A té CA : À 28 + Traité des Edits, do des autres moïens “IL Parr. fus-Chrift dans lun & l’autre de ces myfteres ne füt qu'une Chap. HE, ombre & un phantôme. ER x ee C'étoit cette Héréfie Manichéenne, qui ne ruinoit pas feulement Je Chriftianifme; en reduifant l'Incarnation & J'Eucariftie a des phantômes & à des figutes : mais auf la Republique & toute la police des hommes, en deteftant les vrais Mariages , 8 réduifant le genre-humain à un commerce perpetuel d’impudicitez horribles. C’étoit auffi pour cela que les Loix imperiales Pavoient traicée avec plus de févérité, quertoutes les autres, commenous l’a vons fait voir dans la premiére partie de ce Traité. C’e- » toit aufli pour cela, que.ce zélé Prélat difoit que le Roi » de Francene devoit pas tant penfer à convoquer un Con- “ Cile, qu'a déliberer für le fupplice de ces Hérétiques: e- que tam.cff pro illis Concilium aduocandum , quam de illorum » Japplicio exquirendum. Enfin cet Evèque exhorroir le Roi » de concerter avec:-les Evêques de France & d'Allemagne, » avec l'Empereur & le Pape; quel fupplice il faudroit dc- . Cerner contre-eux. Car étant les ennemis déclarez de tous, » il étoit jufte que tous fe déclaraflent contre-cux : era il - is audientia Concilii deneganda eff; € cum veffris, cumque noÿtris Epifcopis ; J£ ita vobis svidetur , cum amico vestro im- . pératere, cuir ip{o Papas que vindilfa in eos flatuatur , de- liberandum. Etenim juffum , nt quorum manus font contre OMRES ; ORRIU ME VeANMWS etiam contra ip{os excitentur. Baxo- nius croit que le Roi défera à certe remontrance, & qu'en fon temps il ne { tint aucun Concile contre Berenger; & que comme fous fon régne il ne füt plus parlé de cette Héréfie, il emploïa apparemment fon pouvoir pour en arrêter le cours. - SE s | «Mais les paroles de cet Evêque nous apprennent, que linterét étoit commun à PAllémagne & à la France , à Empereur & au Roi; & que par confequent cette Hé- réfiesé toit aufli.érenduë dans l'Allemagne ; & que les Ca= chares y avoient déja fait quelque progrés. Car cette Lert- tre de Durand Evêque de Liege, & les Sermons de Saint Bernard que nous rapporterons, Conviennent entierement. pour maintenir l'unité de l'Eglife Catholique. 39 avec ceque nous avoient aupafavant appris ceux qui ont f les re : 2 RTE, à A . : a T- t4/ réfuré les Cathares d’Allemagne;dont-il fera aufhi parlé plus bas. Mais Baronius n’a pas connu Je Concile, que le Roi ft renir à Paris, & la condamnation qui y fut faite de Bérenger, & de fes partifans, qui na été découverte que depuis fon tems; comme nous l'allons voir inçonti-. Hear, Chap. IL,” -nontravantila fin de ce Chapitres - ni LS VIT. Ce fur fous le Pape Leon TK. que cette Héré= fie fur déferée au Saint Siége Apoftolique Fan 1050. elle y: fut condamnée dans un-Concile tenu à Rome la mé- me année, & elle fut encore condamnée dans un autre. Concile tenu à Verceil quelques mois aprés. Lanfranc fut prefent à l'un & à l’autre, & fe lava devant le Pape, qui. y préfidoit, des foupçons qui étoient rombez fur Jui ; à caufe des Lettres que Berenger Jui avoit écrites. Jean Eri- gene Scot y étoit louc , Pafchafe blâmé, &c il n’en falloit guere davantage pour la condamnation de Pauteur des Let: tres. Ce récir eft tiré de Lanfranc même. En ro$55. Hilde- brand Legat du Pape Vitor FL. tint un Concile à Tours même, y fi citer Berenger qui enétoit originaire &c pre- fent dans-la Ville : auffi futil convaincu de fon erreur , &c: contraint de figner de fa propre main la condamnation de: fon Héréfie, {elon Guimond Archevêque d'Averfe, qui écrivit enméme-tems contre-lui.: Lanfranc dit qu'il y pro- « mit de s’en tenir à la commune Foi de l'Eclife, comme il « favoit juré dans le Concile Romain. Ces deux mêmes « Auteurs parlent, encore du Concile tenu à Rome en 1059. _ fous le Pape Nicolas Il. en la prefence duquel & de 113. Evêques, qui y affifiérent, Bérenger fit une nouvelle ab- juration defes erreurs & une confeflion en même-tems de la Foi Carholique. LePape envoïa le ferment, qu'il fe, dans les Villes d'Italie, de France & d'Allemagne, afin. d'édifier par fon retour les Eglifes, qui avoient été fcan- dalifées de fa cheute. Le Concile ne fut pas plü-tôt fint,- que Bérenger écrivit contre fa Confeflion & contre l'E- clife Romaine. Enfin en 1079. le Pape Grégoire VIT. aiant convoqué un Concile à Rome, Bérenger y confefla- D üj. TL PART. Chap. LIL 40 Traité des Edits, es des autres moïens & condamna.fa-perfidie pañlée, & fit ce Serment folémz nel, qui:a: été inferé dans le Droit: Canon : Moi Berenger, 0. je croé de cœur; Grconfeffle de bouche que: le pain &* le vin quon met jur l'Autel,'eft fubffartiellement changé par le myftere de la priere facrée & par les paroles de nôtre Redem- pieur, eh la chair veritable ;:propre & vivifante, & au [ang de Jefas-Chrifl nôtre Seigneur: © qu'aprés da confecration,. c'est le vraë Corps de Tefus-Christ, quirejf né de la. Vierge, a foufert Juris Croix pour le-falut du monde, € ef maine tenant affis à la droite.du Pere : & que c’eft le vrai fang de Jefus-Chrift, quicoula de [on côté : non pas en figure, & par da vertu du Sacrement Jeulement 3 mais dans. la proprieté de Ja nature, dans la vérité de fa fubflances =: 27 Aprés cela cé Pape commanda à Bérenger de ne jamais plus difputer de l'Eucariftie, fi ce n’étoit pour ramener à cette vraie Foi, ceux qu'il avoit abufez. Bérenger mou rut l’an 1088. âgé d'environ quatre-vingt-dix ans; Hilde: bet EF qui étoiténcore jeune & de {és amis, lui fit une Epi= taphé en vers, remplie de tant de lotianges exorbitantes, qu'elles fefoiént plus capables de noircir Hildebett, que de faire honneur à Béranger; fi Hildebert dans la fuite de fa vie n'avoit effacé par de grandes vertus les honteu- fes flétriflures de fa jeunefle, Car enfin quelles louanges -pouvoit mériter Bérenger aprés tant d’apoftaes & tant de recheutes à Left ‘vrai qu'il mourut pénitents mais com ment peut-il avoir réparé le. tort qu'il avoit fait à tant | de fidéles, qu'il avoit précipitez dans fes mêmes erreurs, | &z qu'il ipar-ph.ch retiferie 2e VIT J'attribuérois volonriérs la-vafte étendué qu'eurent. les Héréfes de lonziéme & du douzième fiécle, à ce long. cfpace de tems qui s’écoula depuis que PArchevêque Lew theric, lEvêque d’AngersBrunon &lArchidiacre Bérenger. eurent conamencé de dogmatifer, jufqu'autems de la mort. du même Bérenger ; quand nous croïons qu'il ft, quoi=. que bien tard, une fincere abjuration de fes erreurs. Cet. cfpace ne contient-sueres moins d’un fiéclé : ainf ce {e= _crét venin £ répandie à loifir de tous côtez ; les feintes. pour. maintenir l'unité de | Eglife Catholique. ‘31 abjurations, que Berenger en fc dans plufieurs Conciles,. FE ee n'aïant fervi qu'à lui donner plus de liberté d’infinuer en; ie 2 fecret , ce qu'il n'ofoit , ou qu'il ne pouvoit fotitemir en. * - public, Il avoit nulle licrerature ; il fuoit, touscles gens fcavans; il ne frequenroit quelles ignorans &les frmples, parmi lefquels fa hardicfle & {on impudence lui donnoit = du crédit, C’eft ce que Lanfranc lui reproche au come mencement du livre qu'il écrivit contre lui. Vous conti “B4/. Par. nuez de foûtenir par des difputes fecrétes parmi les igno- ee ou fans vos anciennes erreurs; vous confeflez:la foi orthodoxe * dans les Conciles en public, non pat amour de la veriré; * mais par crainte de la moït : 70% amore:veritatis, [ed mo re mortis : C'eft pour cela que vous me fuiez; vous fuiez * toutes les perfonnes Religieufes, qui pourroient porter ju- * gement de vos fentimens, & des miens. - IX. Berenger forgeoir de plus à fon gré des pañlages conformes à {a doûrine, & les attribuoit, ou par malice, “ ou par ignorance aux anciens Docteurs de l'Eglife , 1:90. Auouftin , à S. Gregoire, à S, Jerôme, ou à quelqu'un des: * aurres Peres les plus refpectez dans l'Eglife, Dans lobfcu-. “ rité de fes Conferences, ces gens fimples le croïoient, fans * pouvoir le convaincre de fes falfifications : Sezretias tuis ce Ibidens: fententiis commodas pleclenda temeritate confingis ; calque [eu féudio nocendi , feuigrorantig veri facris Doéforibus aftribuis dicens Hoc, vel hoc, in illo, vel illo opere. teffatur, Augu= Sinus, Hieronymns , Gregorius, vel quilibet eorum:; ques = in arce authoritatis politos Eccleia Chrifii infigriter vereratur. A - I envoïoit de tous côtez dés écrits ’pleins de fon in= «Zidem. par. fame dodrine , & les faifoit répandre par fes Difciples ne dansles Paiséloignez: Prava féripra per Difcipulos tuos 14 di « rverfas regiones tranfmitiis: Ce furent ces écrits qu'il con- damna & qu'il brüla Iumême dans le Concile des 113. Evêques fous le Pape Nicolas If, & qu'il he laifla pas de: renouvellér aufli tôt aprés. DS ee X. Guimond qui de Moine Bénédi@in fut fair Arche- _ vêque d'Averfe , &rqui écrivit contre Berenger en ro6ds Didem.p. 215 dit que: cc Héréharque: nechercha qu’à fe fignaler 86 à 4 & ‘32 “Traité des Edirs, e» des autres moins: H. Par.» fe diftinguer du commun des Fidéles, ce qw'ileftima pou Chap. IL, voir faire pat fa nouvelle doëtrine, quoi-qu’il eüt peu de » genie; qu'il n'eût jamais p& pénétrer bien: avant dans la »-Philofophie, & qu'il: méprifat les arts liberaux.. Libros 4r- tinm contemnebat. Sed cum per fe attingere Philofophie al- tioris Santta non poflet, neque enim homo ia acutus erar, maluiteffe Jub aliqua admiratione hominum Hareticus , quams Jub oculis Dei private vivere Catholicas… XI. Mais ce:qui lui attira le plus de Difciples felon # cét Auteur, futla complaifance qu’il eüt pourles pécheurs # qui péchent & veulent toujours pécher. Il ruina autant » qu'il fut en fon pouvoir, les lépitimes Mariages, & s’op- # pofa au Batème des enfans.. En Ôtant les Mariages lécici » mes, le Demon fe fervoit de fa langue pour perfuader aux » hommes, qu'ils pouvoient abufer de toutes fortes de fem- #60 f: 216. mes + [# altero pefsimis hominibus Diabolus per os ejus licité omuibus feminis abutendum effe fuadebar. Voilà l'Héréfice * des Manichéens, vorlàcelle des Cathares & des Albigeois paravance. Aprés cela il n’eft plus étonnant fi. cette fee fe multiplia fi prodigieufement ; puis-que la: multitude: * de ceux qui péchent & qui veulent continuer de pécher impunément.. eft toujours tres-grande.…. - : Quantau Batême-des enfans lequel ils Groient..les con: fequences.en-éroient encore effroïables , felon. le même Au- » Tur;car aïant, dit-il .une-fois perfuadé à fes Difciples,, qu’ils n'étoient pas encore batizez:; il leur perfuadoit fa- clement de s’abandonner à routes forces de méchance- + tez, qui feroient lavées par: le Batéme fuivant. Caf/aro Ba vphfmate infantis, in profundum omnium malorim ,-utpoté polmodum baptizandis, impunè ruere fuaderet. ea. XIT On n'eût pas cru d’abord, que ces opinions nou- velles-ouvafent ainf la porte au débordement de toutes: les impuretez, & de-toutes fortes de crimes. On n’eût pas auff penfe, que de nier la réalité du Corps de. Jefus- Chrift dans l'Eucaniftie, ce fur auflr fe proftituer à toutes -… {es ordures & à toutes les injuftices imaginables. C’eft né- Aamoins ce que lé même Guimond nous découvre un peu. - - aprés, XFidèrm' 29 # pourmaintenir l'unité de l'ÉchifeCaiholique. 43 aprés, qu'en Otant la verité du Corps de Jefus-Chrift de cet augufte Sacrement, on banñifloit ce refpeét & cette crainte religicufe qui éloignoit du crime ceux qui devoient communiet. Car quel frein plus puiffant pour arrêter les pécheurs, & quel aiguillon plus propre pour animer les juftes, qu'un Sacrement, où par avance ils mangent les uns leur propre jugement & leur condamnation, les autres leur celcite & infinie récompenfe : Ur ablata weritate Domi= Aici Corperis ; peccare volentes nullaréverentia, nullus metns percipiende jacre communionis ab aliquo fcelere revocarer. Won ne s'étonne donc plus fi des troupes innombra- bles de gens fuivoient aveuglément des Doëteurs, qui leur donhoienr une pleine liberté de fe précipiter dans routes les débauches & dans tous les défordres imaginables,en leur perftadant qu'ils m’étoicnt pointencore baptifez, ni enga- gez à la Loi de l'Evan oile, & que tous les excés qu'ils com mettroient, feroient en un initant effacez par l'eau du vrai barème : que Jefus-Chrift n'étant point préfent dans l’Euca- tiftie,onne devoit point appichender, qu'en communiant ; on manger fa propre condamnation : enfin que le Mariage n'étant qu'un commerce diabolique , ilne falloit pas crain- IT. PART: Chap. HI: die d'en prophaner toutes les Loix. Tous les impiesfontin- tereflez à défirer, que l'Eucariftie que l'Eglifeles oblige de recevoir quelquefois, ne foitrien ;ou foit trop peu de.chofe pour les empêcher de pécher : Cowwmionem Jacram ; Quark pro Ecclefiaftico more fémere coguntur, mallent aut nullam, aut non tantam effe, quâm ejus metn fe à flagitiis aliquate fus FOIRPEreRt. A xXIFPVoià.dit Guimord , ce quia donné tant d’ac- croiflement : & tant d'étenduë à cette Héréfe: 154 igitur < per tales execranda pestis paululum adolevit. C’eft auf ce que nous pouvons.séprefenter. à nos Proteftans, qui tirent de la gloire de l'antiquité & de Pérenduë de Ja Se- éte de Berenger. Perfonne ne doute, que le crime & le liber= tinage , ne foit & trés ancien & trés étendu dans le mon- de. La doërine de Berenger & de fes difciples, des Ca- thares, des Albiacois:, des Vaudois ne tendoit: qu'èceli- 8 Ibidem, Ê: F1 I7e = ÿg) Traité des Edits, © des autres motens — bertinage, aufli-bien que l'ancienne école des Manichéens, É. sl Ces Meffieurs auront de la peine à le croire, parce-que 747" <es impuretez & ces 1IMPICLEZ font crés éloignées de leur enfée, & encore plus de leur volonté. Mais ce font néan- moins les faites de leurs dogmes, & de l'alliance qu'ils veulent fi ardemment contraéter avec ces Sectes anciennes & nouvellés du tems moiïen. | Il faut dire de la Sete de Bérenger ce qui fera dit en fon lieu de celle des Albigeois. Leur multitude & leur éten- duë en diverfes Provinces étoit grande; mais elle ne pou- voit nullement entrer encomparaifon avec celle de l’'Eclife Catholique. Ils n’ont été que dans des coins de quelques Provinces, le plus fouvent cachez , inconnus, fe mélanr parmi les Catholiques, & partant tous hypocrites, perfs des, apoftars de leur propre Secte. Il faut ajoürer à cela, que les difciples de Bérenger firent plütôt une multitude de Seétes, qu'une Secte fort mulriphiée. _C'eft ce que Gui- . mond a encore remarqué, & dont ilétoit témoin oculaire. ag, 19e ” Les Sectateurs de Bérenger, dit-1l, conviennent tous, que : » Ja fubftance du pain & de vin n'eft point changée. Mais » ls font fort differens les uns des autres, comme je lai fair » confefler à quelques-uns d'eux. Car les uns veulent qu'il » n'y ait dans l'Eucariftie , que des ombres & des figures, » Les autres difent que le Corps & le Sang de Jefus-Chrift » y eft; mais par une efpece d’impanation; ce qu'ils difent » être le fens raffiné de Bérenger : gwodammodo impanari: » @ hanc ipfius Berengarii [ubtiliorem Jéntentiam aiunt. D’au- » tres difent que le pain & le vin eft changé en partie, & # demeureenpartietel qu'iléroit. Enfin d’autres veulent que # le changement du pain & du vin foit entier, mais que » quand les communians font indignes d’un fi grand, Sacre. # ment, le pain & le vin reviennent. Durasdus de _— Durand Abbé de Troarn danse Diocéfe de Baïeux dont Re Orderic Vital faut l'éloge en 1087. Hous apprend encore: Pol opera “ Une autre difference de fentimens, parce-qu'il y en avoit Lérf. p. 78 qui confefloient, que le Sacrement contenoit la chair de. _ Jefus-Chrift, non celle qui nâquit dela Vierge, qui fonf. L pour maintenir l'unité de lEchfe Catholique. 39 fie, seflufcita ,& monta au Giel:;: mais une nouvelle chair produite par l1 confecration. Tous ces Partis dans une même Secte,, étoient autant de Seées diverfes, & autant oppofées les unes aux autres , que le font les Seétateurs de Zuingle, & ceux: de Luther. On ne pouvoïit denc pas dise, que ce fût une même Seéte fort étenduë, non-plus que nos dernieres encore plus differentes & plus diver- fifiées entre-elles. , XIV. Mais puis-que nousavons fait mention de cet Ab- bé Durand, il ne faut pas oublier ce qu'il nous apprend du Concile tenu à Paris contre Bérenger fous le Roy Henri I. Baronius n'a pas cofnu ce Concile, parce-qu'H n'avoit 1 Panrii Chap. IH: Par. 9: p 107> pü voir cer ouvrage de Durand, qui ne nous a été don né que depuis peu d'années. Ce Roi, dtDurand, par las - A vis des Evêques de fon Roïaume & de fes Seigneurs, con, voqua un Concile à Paris, & ordotina que Bérenger s'y trouvât, & qu'il y prouvât s'il pouvoit fa Dorine par l'autorité des Peres, asshorirate Patrum. : où que s’il ne pou- voit la défendre, il embraflät la Foi Catholique. Les Evé- ques, le Clergé.. & les Seigneurs fe trouvérent à Paris ;; Berenger effraic par les remords de fa mauvaife confcien-. ce, n'y comparûc point > il fe retira avec l'Evêque: d'An- ers Brunon, dent il étoit Archidiacte, & qu'ilavoit in- Late de fes erreurs. Voilxles-nouvelles lumieres ,.que l'ou- vrage de PABbé Dürand nous a données. - J'ajoute que le Concile {e fépara aprés avoir condam- né l'auteur de cette Héréfie avec fes complices, & avéc le livre de Jean Erigéne Scot,. de la lecture duquel cette Héréfie étoit née ; & aprés avoit ordonné. .que s'ils ne fe convertifloient tous, ilsferoient pourfuivis 8 affiégez, quel- que part qu'ils fuflent afflemblez, jufqu'à ce qu'ils fiffent une Confeffon-dela: For Carholique’, où qu'ils fuffent pu- nis de mort: Z#/anter qualité, ubicumque conveniifent, 60 a{que obfiderentur \donec au confentivent Catholic fidei , aut mortis patas luituri caperentur. Ce terrible jugement les ef- fraïa , ils £ prefenterent au Concile, y firent une profef- fon. publique de tenir la Foi de l'Eglife, & en frencunÿu- LaJ @ 4 36° Traité des Edits, ex des autres moïens ue : AL. Pare, rement fur les Reliques des faints ; mais aprés cela ifs ne Chap. 1H. laiflérent pas d'apoñlañer, - nes | Avant ce Concile de Paris, Bérenger avoit été refute &. condamné dans une Aflemblée du Clergé & des Grands de Normandie convoquée à Brion par le Duc Guillaume. le Bâtard, Dans ce Concile de Paris, il ne fut point par- lé de l'Evêque d'Angers Brunon, ou parce-que le Roi avoit apparemment déféré aux remontrances qu’on lui avoit fais: tes fur la difficulté de dépofer des Evêques fans l’auto-. rité du Pape ,ou plûtér parce- que ce Prélar , comme Mon: fieur de Roïe Dotteur en Droit d'Angers , l’a aflez bien prouvé, ne favorifa jamais, où ne favorifa pas long-tems: la Dodtrine de Bérenger. Aufli ne fut-il jamaisflécri dans aucun de ces Conciles, où Bérenger fut fi fonvent con- damné, | 2. Des erreurs & des Sectateurs de Tanchelin, de Pierre de: - Bruis, & de Henri : des moïens dont on fe fervit pour. les convertir ou pour les reprimer, Sentimens deS. Nor-: -bert, de Pierre le Vénérable & de $. Bernard fur ce fujet. : IT. Quelles étoïent les erreurs de Tanchelin. II. Quelle éroit fa con: _duite, [a pompe, la terreur de [es armes. Converfions de ceux qui .. 4voient Cté abnfez. La donceur © la fainteré des Mifionaires de. _ faint Norbert qui les convertirent. III. Diverfes réflexions [ur ce. ” recit, Les Precurfeurs des Albigeois, Quand il y à necelfité dar mer contre les Hérètiques. La Communion fous la feule efpece du pain avant l'an onve cens. IW. Pierre leWénérable, le plus doux des hommes, fut d'avis qu'on attaquat © qu'on chalfèt Pierre des _Bruis € fès Seitateurs- par la prédication, & par. les .armes.:; _ PT Quelles étoient les erreurs © les impierez de ces Hérétiques:. les mémes que celles des Anabatiftes , des Iconoclaftes, des Hufe Jites @'c. WI. Pierre des Bruis qui avoit bralé les Croix , fut bralé par le penple s © il fur fuivi par Henri antre Héréfiar- > -que. WIT. Diverfes remarques [ur les derniers fupplices, qu'on: 4 - fr quelquefois fouffrir A çes Hérétiques VI IT, Defcriprièn de { pour maintenir l'unité de l'Eclife Catholique. 3» pAréfarque Henri par Saint Bernard, IX. Les Miionnaires, 11 Panre. les Evêques, des Seigneurs nb pour la conver-. CH es fion des Hérétiques, X, Des miracles, @ ‘des vertus Apoftoli * — ques de Saint*Bernard. Dans les Hérériques de fon temps, il triomphoit de ceux du noffre, qui leur font femblables, XI. Di. vers avis de faïnt Beraard, [ur la pourfuite, @‘:les Jiffioes contre les Ferétiques, À TE. Convenances des Hérétiques contre, - Jefquels faint Bernard écrivit, avec les Albigeois qui les [urvirent : de prés, À III, De la Milion ordinaire, ou extraordinaire, | des miracles. X IV. Prenves que ces Hérétiques étoient les me * - mes que les Cathares, qui ne croioient ni l'Incarnation ; ni l'Eu. carilie, gens vils, fans lettres @ [uns vertu. XP. De La mort. - que le peuple faifoit fouvent fouffrir à ces Hérétiques. XP I, Sen. “rimens de faint Bernard [ur la puuition des Hérétiqués, © [ur. lenr fanffe conftance à fonffrir le mort, re es L. HE vivo du tems de faint Norbert, & qui a écrit à vie, raconte que ce faine aprés avoir obr Su de? tenu du Pape Honoré IJ, la confirmation de ‘fon Ordre, wi #34 fut appelé la même année 1126, à Anvers, pour s'y oppo= * {er au progrés qu'y faifoit un nouvel Héréfarque nommé * Tanchclin. Quoi-que la Ville für déja forr grande & fort * nombreufe, il n’y avoit qu'un Curé pour la gouverner; encore fa négligence étoir-elle exrréme & fa vic feanda- leufe. Cétoir donc comme un troupeau fans Pafteur, qui. {e laiffa aufli-côt empoifonner de la nouvelle doétrine de ce Dogmatifte, C’étoir le plus méchant des hommes, en- * nemi déclaré de tous les Sacremens, de la Religion & de la Foi Chrétienne. 11 difoit que l'Epifcopat & le Sacer-s" doce n’étoienc rien; que la Communion du ‘Corps & du « Sang de Jefus-Chrift ne fervoit de rien au falur. Le peu- ple le erût facilement, parce-qu'il avoit jamais été inf- truit de ces grands Sacremens, Je n'ai fait que traduire ce cé VE Pauteur que jai nommé. Voici la fuite du même difcours. . JL. 11 étoic fuivi de trois mulle hommes armez; & il n'y. "#idem avoit, ni Duc, ni Evêque, ni Prince qui ofât lui réfifler, = ni paroître devant lui qu'aprés avoir embraflé fa Secte. Il marchoit avec pompe, avec des habits magnifiques les cheveux richement ornez, Il gagnoit la bienveillance des*= “ _ 38 “ Traité des Édits, eo des autres moïens nn : } , Se +: S. IL Parr., hommes par des difcours étudiez , & par de grands feftins: Chap. IV. à leurs dépens. I n'y avoit ordures, ni impuretez qu'il ne , commit : les impudicitez. & les adultéres même pafloient à. » fon égard pour des attions d'une charité loüable.. L'Evé- » que ne tarda gueres d'envoier douze Ecclefaftiques au fe- . cours du Curé, pour s'oppofer à ce torrent d'impuretez ., & à cette exécrable doftrine. Saint Norbert fe joignit à eux avec fes Difciples, & l'erreur fut bien-tôt diflipée , , quand cesbrillantes lumieres fe montrérent. Ces Miflion- ., naires traitoient les Nouveaux Convertis AVEC Une ExXtIÉ= , me douceur;car is leur difoient, Mes freres, ne vous éron- nez pas C ne craigner rien : VOUS auex. Jar le menfonge par ignorance ; crosant que c'étoit la vertes fi on vous leit montrée la premiere, Vous Peuffez Juvie : car Je vous ave été faciles a vous perdre ; vous l'anrier été encore davantage. » pour Vos JAWver. Les converfions qu'ils faifoient , ÉTOIENE » frequenres, parce-que leur vie répondoit à leur Doétrine. » Au refte, ces Nouveaux Convertis rapportoient le Corps ». de Jefus-Chrift, qu'ils avoient caché il yavoit dix ou quinze » ans, & peut-être encore davantage, dans. des boëtes où ». dans des trous. TL Oh voitici. 1°.LesPrécurfeurs des Hérétiques Sacra+ _mentaires, coûjours accompagnez d'impieté,de violence, 8 d'impureré. Il eft difficile de ne pas reconnoitre, que cena été que des reftes des Manichéens, comme nous le ferons: voir des Albigeoïs, qui ne vinrent qu'aprés eux. 29. Cette Héréfie ne s'établifloir que parles armes, en quoi elle fraïoit aufli,le chemin aux Albigcois. Si les crois mille hommes. “armez de Tanchelin donnoient de fa terreuraux Evèques,. aux Ducs & aux Princes, & les forçoient d'entrer dans leur parti; que penferons-nous de la multitude du peuple? 36, La douceur de l'Églife fe voïoie par ce moïen comme forcée de laïfler auffi réprimer par les armes des Princes ‘remporels fes enfans , les violences de ces impies. On en füt fans doute venu là, & en eût dreffé des armées pour ‘la défenfe de l'Eglif, contre les armées qui l'attaquoient, £ faint Norberravec fes Miffionnaires, n'eûr été affez hour pour maintenir l'unité de l'Eglife Catholique. 4$ ptéchoir & pratiquoit les confeils &-les vertus Evangeli- ques, le culce des Autels & des Eglifes, les Sacremens, la Communion, le facrifice, le refpe& dû au Sacerdoce , aux Prêtres, aux Evêques. Henri détruifoit tout cela pat fes mœurs & par fà dorine. Quand je nomme Henri, je crois que le Lecteur lui joint facilement Jean Hus, Eu- ther, Zuingle, Calvin. Saint Bernard ne prèchoit pas moins contre ceux-ci, que contre Henti; parce-que ©’é- toit contre leurs mœurs & leur doétrine qu'il préchoit, & non contre leurs perfonnes. La vie & les vertus de Saint Bernard ne rendoient pas un témoignage moins glorieux, ni moins efficace à la verité, que fes Sermons & fes mi- racles. Sa vie, fes fermons & fes miracles étoient des preu- ves auf convaincantes, contre nos Proteltans, que con- tre Henri. La vocation de Saint Bernard appelé à la pre- _dication.par les Evêques & par le Légat du Pape, étoit une vocation canonique & ordinaire + illa foëtenoit néan- moins par des miracles, Que diront ces Meflieurs auffi im- puiffans à juftifier leur vocation, qu’à faire des miracles? en l’un & en l'autre fort femblables à Henri, fort dif- femblables à Saint Bernard. Henri {e croïoit fans doute IT. Parr. Chap. IV. du nombre de ces hommes extraordinaires, tels que fe vent à la Kégéreté des peuples: mais enfin n'aïiant ni les smiracles, ni la vocation ordinaire, ni la tradition, ni la prétendoienrles premiers Protcftans; auffi impofoit-il fou- fucceflion non interrompué ; levénement a fait voir qu'ils bâtifloient fur le fable; toutes ces fortes d’édifices font tom. bez d'eux-mêmes : & nos derniers Héréfarques étant fi. femblables à Tanchelin, à Pierre de Bruis & à Henri, ne peuvent manquer d'avoir.un fort tout femblable, & il ne fe peut faire que leurs Sectateurs ne foient un jour réduits au même état, que ceux dont il ne refte plus de où ils ont été condamnez. XI. Saint Bernard érant de retour chez lui, écrivit à ceux de Touloufe, pour fe réjouir avec eux de leur par- mémoire dans le monde, que par les livres & les decrets Fiij Epifl. 43 faite converfon & pour lés exhorter à pourfuivre les refse : 48 Traïé des Edits, ex des autres moïens - ILPanr.* res de ces Hérétiques, & à les pourfüivre jufqu’à ce qu'ils Chap. IV.* s’en fuMenc faifis, ou qu'ils les cuffent v& périr : Perféqui- Tee mil, comprehcndite cos, € molite defiflere, donec peni= z4s depereant, Ni Pierre le Vénérable 5 Ni Saint Bernard, n'exhortoient point les Peuples, où les Seigneüts tempo- tels à faire mourir les Hérériques , bien moins à les faire mourir par le feu; mais ils les excitoient à les pourfuivre, à les faifir, à les artêrer , à réprimer leur infolence, & leurs courfes, Si les Princes, ou les Peuples en venoient aux dernieres rigueuts, pour extirper l'Héréfie ; pour af feurer {à paix publique, pour venger tant d’entreprifes fai tes contre l'Eglife & contre les Puiffances temporelles ; ces faints & iluftres Ecrivains, quoique d’ailleurs trés - hu mains, ne manquoient ni d'éloquence, ni de raifons pour faire leur apologic. A Dans la même lettre, Saint Bernard donnoïit eficore ürË Bien: avis important à ceux de Touloufe ; de ñe point recevoir __ »# de Prédicateur étranger où inconnu ; S'il n'avoit miflion: » du Pape, on dé leur Évêques car comment préchera-t-or » fon n'a miflion ? Nul EXITANCUM , fêve iguotum Predi- C410YEME reéipiatis, Hif qui miflus à fummo, Jen à veffro Permifus Pontifice predicaverir. uomode, inquit, predica= o Out; niff mitianture Ce L nt, dit-il enfuite, ces Prédica- » touts fans miffion, qui répandent ordinairement des do- » Crines dangereufes. _ÆIE Les Héréciques dot ce Pere parle dans un de fes Sermons fur les Cantiques, etoient les mêmes que ceux- 75 Cant, Sem. Ci; Où n'en Étoient pas fort diffcrens. C’étoient les pré- 664 curfeuts des Albigcois, où des Cathares, ou les Catha- # tés mêmes. [ls condamnoient je Mariage, & ne condam- # noient pas leurs impudicicez, quoi-qu'ils fffenten apparen- » Ce proféflion de continence, Ce n’éroienr que des païfans » 8 des idiots; mais quelque méprifables qu'ils fuffent , ils * N'EN étoient pas moins dangereux: Rwffcani bomines Juut x: GE édiote, Cprorfus comtemptibiles : [ed #07 eff, dico vobis ; + 4 &is Hegligenter agendum ? Vs condamnoient l'ufage de ka viande par un. Pur motif de fuperftirion, : Si vous leur ‘+ pour maintenir l'unité de l'Eclife Catholique. 47 demandiez l’auteur de leur Secte, ils n’en avoiént point: Quare ab illis [ue Seifs authorem ,eminem dabunt. Toutes les Héréfics ont leur Héréfiarque. Lés Manichéens ont Manés; les Sabelliens Sabellius , & ainfñ des autres, Ceux- ci n'ont point de Chefs, fi ce n’eft le Demon; principa- lemenr le Demon de limpureté; car Gtez le Mariage de VEglife, dit ce Pere, ne la remplirez vous pas de concubi- paires, d'inceflueux, & de tout ce qu'il y a de plus im- pur ” XII. Tout cela convient admirablement à ce que nous allons voir des Albigeois, que ce n’étoient que des Villa- geois, des Laboureurs, ou des Artifans fans Chefs, & fans police, tenant quelque chofe des Manichéens ; mais n’en defcendant pas par une fuccefhion continue ; dans leur : multitude infinie ajant des Continens, des Vierges, des prétendus Parfaits, quoique le refte ne für qu'une troupe tres-impure d'hommes charnels. Auñi ces Hérétiques, comme ajoûte Saint Bernard, prenoient le nom d’Apof- æoliques, & fe difoient fuccefleurs des Apôtres , quoi-qu'ils ne puflent donner aucun figne de leur Apoftolat : Nempe jaëtant Je cffè Juccefores sde @_ Apoftolicos nomi- sant; nullum tamen Apoftolatés fui fignum valertes offendere. LeFils de Dieu donnant àfes Apôtres uñe miffion extraor- dinaire hors de la fucceffion d’Aaron, leur donna aufli le pouvoir de la juftifier par des fignes & par des miracles extraordinaires. Saint Bernard en demande autant ici à ces Apôtres nouveaux, qui ne venoient pas par une fuc- _ <effion toüjours continuée de la tige des Apôrres de je- fus-Chrift, Nous en demandons autant à nos Proteftans; puis-que n’aïant ni l’erdination , ni la miflion, ni [a fuc- ceffion ordinaire de lEglife; il faut neceffairement qu'ils en aïent une extraordinaire, & qu'ils la juflifient par les miracles. C’eft une étrange émbarras, dont ils n’ont en- cote pü fe démêéler, d’avoir une miffion ordinaire fans fuc- ceffion & fans ordination, ou d'en avoir une extraoïrdi- maire fans miracles, où de n’en point avoir du tout. «ll. PART, c Chap. Vs: æ « 6 (14 € €e ñ 6 & HV Javois préfque laifé échapper ce que die Sainé 48. Traité des Edits, e> des autres moïens H.Parr.” Bernard de ces Hérétiques; fçavoir qu'ils fe difoient étre: Chap. IV. Je Corps de Jefus-Chrift, & prétendoient l'être eux-{euls ;. ER » his cela ctoit auf difficile à croire, que ce qu'ils difoient ,. ” qu'ils avoient le pouvoir de confacrer tousles jours le Corps: ” deJefus Chrift & fon fang à leur table, pour fe nourrir & ” mourrir en même tems les membres de Jefus-Chrift : Nos 19010; quod fe € foles Corpas Chriffi cfle dlorientur. Sed. Jii hoc perfnadeant, qui illud quoque perfusfum habent, po= teflatem Je babere quotidie in menfa [ia Corpus Chrifhi & Sanguinem confecrandi, ad nutriendum Je in Corpus Christi © membra. Ces paroles ont un fenscaché, qui comprend le fond de cette Héréfie, qui étoit en bien des chofes la même que celle des Manichéens. Ils ne penfoient pas que Jefus-Chrift eût un véritable Corps, nique fon Corps füe. dans l’Eucariftie. Il ne donnoient point d'autre véritable Corps à Jefus-Chrift, que fon Eglife, que leur Eclife qu'ils croioient.être la feule véritable. Ainf ils fe croïoient eux. mêmes les-feuls & véritables. membres de Jefus- Chrift. a ils fe croïoient le feul & vrai Corps de Jefus-Chrift; d'où is. concluoient, que tous les jours à leur repas com- mun, ils confacroientle Corps de Jefus-Chrift parce-qu'ils: fe nourrifloient. eux-mêmes comme membres de Jefus- Chrift, Hors de cela ils ne reconnoifloient nulle Eucariftie; nul Sacerdoce.. C’eft-là.conftamment le {ens de ces paro- les de Saint Bernard , qui explique le fentiment des Ca- thares du Brabant ow d'Allemagne, commenous le prou- verons.clairement en parlant ci-deffous des Cathares, par les propres aureuts du tems, qui avoient conferé & dif. puté avec eux. rs Nos Proteftans fe flattent volontiers de’la penfée d’en être defcendus., afin de n'être pas tout-à-fait {1 nouveaux qu'on eft perfuadé qu'ils le font :maisen verité ils ont torr de fe faire honneur d’une telle origine. [sapprochent fou- vent de leurs fentimens, le plus fouvent ils en font trés- éloignez.. Ce n'étoir au fond que des Villageois, des fdiots, des fuperftitieux, des Manichéens, ennemis de l'In= £atnation du Verbe, de PEucariftie;:du Mariage, de Pufage — commun our Maintenir l'uniréde lEchife Catholique. 45 commun des viandes: Saint Bernard n'a pas diffimulé, qu'on pouvoit les traiter de Manichéens : S5 de émfania Manichai 3 prafcribis, EC, RS. _ Une autre preuve que ces Hérétiques étoient les mêmes. que ceux. qu'on nomma Albigeois à la fin du même XI. fiécle, dont ils occupoient environ le milieu : cet, que Saint Bernard déclare qu'il #a garde d'entreprendre de. PART. Chap: IV a Jbidensÿ € a, . . Rs rapporter & de réfuter toutes leurs erreurs ; parce-que ce « n’étoic qu'une foule d'infenfez & d’ignorans, & leurs er- reurs étoient en fi grand nombre, qu'on ne pouvoit les fça- « voir toutes ; & qu'enfin de les réfurer, ce feroit un tra- vail infini & inutile : On ne pouvoit les convaincre par raifon, parce-qu'ils ne les entendoient pas : On ne pou- voit les corriger par les autoritez, parce-qu'ils ne les re- cevoient pas : On ne pouvoit leur rien perfuader, parce- qu'ils avoient le fens renverfe : Nos eff refbondere ad'om- ce (4 Css via, quis enim omnia novit ? Déinde lbor infiuitus effet, & minime neceffarius. Nam quantum ad iffas, nec rationibus convincuntur, quia non inéelligunts mec.authotitatibus corri- guntur, quia non recipiunt : nec fletuniur fhafionibus, quia fubverfi funt. Quand ce Pere dit, que ces Hérériques ne tecoivent point les autoritez , il nous fait encore penfer aux Cathares ; qui ne recevoient pas l'Ancien Feftament, bien-moins les Anciens Peres, XV. Ce qui fuit dans ce même Sermon de Saint Ber- leur Fot., ils motent “leur. éhidenz (LÉ cÆ à l'épreuve de Feau, on les convainquoit d’avoir menti; « & ne pouvantplusnier aprés cela; parce-qu'ils étoient pris « & convaincus: l’eau dans laquelle on les jettoit, nerles % : Traité des Edis, &” des antres moïens leur corps ne pouvant alerà fond; alors IT. PART.» recevant pas, & Chap. IV, ils prenoient, comme on dit, le frein aux dents, & ils » faifoient non-feulementune confeflion, mais une profeffion » de leurs Héréfies, réfolus de fouffrir la mort. Le Peuple » Qui étoir prefent, n'étoit pas moins difpofé à la leur faire fouffir. Ainfi le Peuple fe jettant fur eux donnoit à ces ‘» Hérétiques de nouveaux Martyrs de leur perfidie, Nous approuvons ce ztle ; mais nous ne confeillons jamais rien femblable , parce-qu'il faut inviter les hommes à la Foi, » & non pas les y forcer. Jufqu'ici je mai quaf fait qu'une verfion des paroles de | | rd, Les reflexions que nous y ferons doréna- Saint Berna vant , montreront que nous n'avons pas deû en rien re- ‘trancher. Il eft même néceflaire d’ajoûter encore quelque chofe de la fuite, pour achever d'éclaircir la doétrine de ce Pere. Il feroit fans doute meilleur, dit Saint Bernard, que ces Hérériques fuflent punis par le glaive de celui qui SET, » ne le porte pas cn vain , que dé leur permettre d’atti- ve » Ter togjours de nouveaux difciples à leur $ecte; car celui . qui porte le glaive ; eft Île Miniftre de Dieu, établi pour » punir les méchans. Quelques-uns s'étonnoient de ce qu’ils alloient à la mort, non fenlement avec patience ; mais auf= » Li avec joie, comme ifparoifloit : mais ceux quien -étoiént » CtOnnEz, ne confideroient pas aflez combien eft grand le _» pouvoir du Démon , non-feulement fur les corps deshom- mes; mais aufh fur leurs cœurs, lors qu'avec l permiflion fr mis enpoñleffion. N’eft-ce pas quelque cho- » divincils’ene : homme {e donne lui-même la % % Ÿ » limpulfion dû Démon. Il y a même fajer de s'éronner en- » core davantave, de ce que le Démon le porta à trahit # Noftre-Scigneur, que de ce qu'il le pouffa à fe pendre, _» L'obflination de ces Hérétiques n'a donc rien de fembla-. » ble à la conftance des Martyrs; parce-que c'eft à piété, à potr mainténir l'unité de. l'Eckfe Catholique. çz. qui infpire à ceux-ci le mépris de la mort, & ceux-là. n'y «ll. P4aRTe {ont portez, que par l'endurciflémenct de leur cœur, LE «Chap. Va rer Ferre à 4 2 € CAT ATURE M à Diiverfes réflexions für la Doctrine de S. Bernard, touchañt_ les peines des Hérétiques. Î. Du pouvoir que le peuple s'eff quelquefois donné de faire mou ir les Hérétiques. II. Selon Saint Bernard, il eff plus à propos que ce foi le Prince, om. le Magiirai qui le fafe. Il. ne l'es pourtant pas conftillé, ni 4 l'un, ui à. Lantre, III. En que fers Saint Bernard a dit, que pour faire des Fidéles, il faux ufer de p erfuafions, © non pas ä contraintes on de fupplices. Les : peines légeres font des perfnafions. IV: Que la confiance & la joie des: Hérétiques 4 fouffrir læ mort; eff point à admirers _mais à déplorer. W. Quelle pent © doit être aïtribnée an Demon : félon les Ecritures, Des Circoncellions. W°I. Les frequens parjn res des Hérétiques. Comment les accorder avec leur obfHination à fonffrir la mort. WII. Des épreuves de l'eau pour découvrir les “Hérétiques, Diverfes remarques fur ces éprenves WIII, On ne fonffroit point d'Hérétiques : on mettoit font en œuvre pour des gagner, & pour les convertir. Ce que le Concile. IP. de La - jran ajoñta aux arciens Decrets de l'ancienne Inquifition. ‘Pes: Croifades. IX. C’eff le propre des Héritiques de re dogmatifer qu'en fecret. X. Leur fupic ité à refufer obffinément de jurer . @ à fe parjurer. Ce n'étoient que des idiots & des. rnfliques. XI, Leur Hypocrilie, ©* leur mélange entre les Catholiques leur prophanation des Sacrémens. La protethiow que leur donnoïenr quelques Princes; contre lefquels: les: Conciles de Latran fulmis nérent, XII: Conclufion de toute la: Doctrine de: Saint: Besnard fur ce fujets : se NT - y Ous remarquérons fur les paroles de S. Bernard N que nous venons de rappo >, Qu encore que 3 A TON TRS HE RE NET Ÿ 7 À re ? ES 5. ce Pere füt François & d'un naturel trés-doux il n’im- Le ESS PE se z EN RTE 5 5 4 prouvoit pourtant pas tout-a-fait que [le Peuple fit mou. tir ces Hérétiques obftinez & incorrigibles. Au contraire _ il loüoit ce zéle, approbamus Yelum. 29. I] confefle néan-… . 5 327 SPL nr. CRE moins qu’il n’eix pas-confeillé à ce Peuple: d’en:ufer dela: ; # 2 “Traité des Edits, e7 des 4 autres moÿens ae FL Par. forte, faéfum non fuademus. Apparemment parce-qu’un Pré- Chap. V. tre, un Religieux, un Abbé ne pouvoït influer le moins du monde dans ces peines de mort; non-feulement par- ce-que dans ce cranfport de zéle, la pañion , la fureur, la haine fe mélant facilement avec le zéle qu'on a pour {a Religion; mais auf parce-que bien qu'originairement le Peüple ait Pautorité & le droit de vie & de mort, on ne peut nier néanmoins, que depuis qu'il y a des Rois, des Magifirats; ce n'et plus au Peuple à faire tes jugemens, où ces executions fanguinaires. 3°. 1l fait donc connoître que dans ces rencontres, c'étoit par un confentement ta- cite des Rois & des Magiftrats, que le Peuple fe donnoit cette liberté : leur filence & leur Reno étoit une preuve de leur confentement fecrèt. | AT 49. C cft pour cela que Saint Bernard ajoûte, qu “] feroit plus à propos, que ce fut , ou le Roi, ou le Ma- gitrat, quiexerçâr ces jugemens, 8 qui les executAt : Quatre 7 melius proculdubi gladio coërceretur illius, qui non fine caufa gladium portar. Saint Bernard approuve donc davan- cage les jugemens & les exécutions de mort contre les Hérétiques , quand c’eft le Prince , ou le Magiftrat, qui en eft auteur. La raifon en eft, que lun & Pautre eft le Miniftre de Dieu, & a reçü de ui le glaïve des juftes ven- geances; mais doit-on eftimer que Saint Bernard eneût donné le confeilou au Prince ou au Magiftrat à > Ses paroles ne difent pas. cela, Il dit feulement, qu'il vaudroit mieux, que ce für le Prince ou le Magiftrat. , que le Peuple. On | ne peut pas conclure de à, qu AL Y eût excité lui-même ou le Maoïftrat, ou le Prince; maïs les paroles fuivantes prouvent manifeftement, qu'il ne l'eût pas fait, quand il. dit que la Foi veut qu'on ufe de perfuañon , mais non-pas de contrainte ; a fides Juadesda eff, 208 imporenda. Aïnfi quoi-que Saint Bernard eût encore plus loùé lezcle. du Prince, ; que celui du. Peuple, ; qui puniroit de mortles Hérétiques, iweût jamais néanmoins donné de fmbla- - bles confeils ni à Pun ni à l’autre. : IT. 5°. Mais il faut confiderer a ils agit ici despeines 4e pour maintenir l'unité de l'Eglife Catholique. ÿ3 de'mort, même des plus redoutables; fçavoir celle dufeu. 5, Un Ecclcfaftique & un Religieux blefleroient les Loix de Chad PEclife, qui les regardent particuliérement; ils blefferoient Se même leur profeffion, leur carattére, & leur confcience, s'ils donnoient aux Princes, où aux Magiftrats-ces con- fils d’extréme rigueur : maïs il n’en eft pas de thême des châtimens plus légers qui ne tendent ni à la mort, ni à la perte de quelque membre. Ces legeres peines font des perfuafions, plütôt que des violences, ou des contraintes. Tour ce qu'on fait pour les éviter, ne laifle pas d’être vo- lontaire & libre. Les Peres, comme nous lavons déja dir ailleurs, les maris , les maîtresufent de ces doux chà- timens envers leurs enfans , leurs femmes, leurs ferviteurs, pour les ranger à leur devoir. Dieu en ufe envers les pe- cheurs pour en faire des Juftes, & envers les Juftes pour en faire des hommes parfaits. En tout cela il n’ÿ a nicon= trainte hi violence; ce ne font que des perfuafons un peu fortes ; la liberté n'y eft point violentée, mais elle y ef, guérie. La volonté n’y eft pas moins libre ; mais elle y de- Vienc plus faine. On ne fait ni injute, ni violence, foit à l'éfprit , foic au corps, quand on le guérit, & quand on en arrache des maladies, & qu'onen guérir les plaies mot- telles, même avec douleur & avec violence ? Ceux quine goûtent pas ces régles, ni ces raifons dans le fajet que nous traitons, ne laiffent pas de les goûter & de les pratiquer dans leur famille, & fur leurs domeftiques. Pourquoi ne fouffriront-ils donc pas, que l'Eglife , que le Prince exerce lämême autorité, fi nous aimons mieux dire la même charité? Voilà certainement en quel fens Saint Bernard à dit, qu'il fautemploïer les perfuañons & non fa contrainte : pout la Foi: Fides fuadenda eff, #0N imponenda. 6. Nous remarquerons deplus, que lon ne voit point encore, que ni les Rois, ni les Juges décernaflent de ces peines dé mort contre les Hérériques. Saint Bernard dit : qu'il feroit plus à propos, qu'ils le fiflent eux-mêmes, que de lefaifler faire au peuple ; mais en cela même il nous inf” pué, qu’ils ne le faifoient pas ordinairement, Rien ne pou- - Gi Es ee IE Part, Chap. V. sa = Thaité des Edits,e7 des autres moïens voitêtre plus conforme aux exemples que nous avons rap= ortez ci-deflus de ce qui fe pañla aprés. Pan mille, où les. Hérériques étoient brülez plütôt par le zéle emporté du Peuple, que par l'ordre des Rois; fi nous p'aimons mieux dire, que ces miférables fe précipiroient plütôt eux-mêmes, dans le feu , fans attendre qu’on les y jettâr: comme Bals famon nous l’a fait obferver ci-deflus dans l'Orient. +. IV. 7°. Ceux qui admiroient la patience, la joïe, la pré- fomption du martyre, avec laquelle ces Hérctiques fouf- froient la mott, navoient jamais bien pénétré le pouvoir. du Démon fur les efprits & les corps de ceux que Dieu. lui abandonne. S'il a pû perfuader à tanr de gens de fe don-. ner à eux-mêmes une mort violente, combien davantage de la recevoir d'autrui ? Nous n’admirons:pas ceux qui fe tuënt eux-mêmes, nous n'admirons pas ces femmes. In- diennes, qui depuis tant de fiécles, & prefencement mé: me fe jettent dansles büchers ardens, non-feulementavec joie; mais à l'envi, par de faux-préjugez , ou par une paf- fion furieufe de la gloire; pourquoi admirons-nous donc ces Hérétiques martyrs de leur obftination diabolique. V. 80. Il ne faut peut-être pas atcribuér tous les crimes: à l'inftigation. du Demon; mais on ne peut fagement ou. chrétiennement s'empêcher de-lui attribuer ceux qui font. les plus atroces, &les plus oppofez à la nature & à la rai-. fon. Nôtre fagefle doit fe conformer à celle de Dieu &. à celle des Ecritures. Rien-n’eft plus commun dans l'Ecri-. ture, que de faire reconnoître que c’eft un. inftigateur in-. fernal, qui poufle les méchans aux grands crimes. L'E-. vangile déclare, que le Démon exaita Judas à trahir le Fils de. Dicu. Il fat fans doute pouflé par cet efprit de ma. lice à fe donner la mort par défefpoir. Peut-on concevoir. qu'un homme forme & exécute cet horrible defein de fe. tuer lui-même, file Démon. ne trouble {on-efprit, & ne. s'empare-de fon cœur? Pourquoi donc Saint Bernard füui- _vant la doëtrine & le langage commun des Ecritures &. des anciens Peres, m'aura-t-1l pas pü dire, que ces faux. martyrs des Hérétiquesétoient animez& foûcenusen fouf- pour Maintenir l'unité de l'EclifeCatholique. ff Frant la mort par le même Démon, que tant d’autres jen IL Par. fe la donnant eux-mêmes? Il faut éviter les deux extre- _ mirez, de tout attribuer, & de ne riemattribuer au Dé- mon; l'un pourroit venir de la fuperftition, Pautre vien. droit peut-être d'une irrcligion fecrerte, où d’une prefom- ption extravagante, qu'on penfe & qu'on parle plus fage- ment, en penfant & parlant autrement que ces hommes infpirez de Dieu, qui ont été les auteurs, ou les inter pretes des livres Canoniques. £ L 9, Les Circoncellions de l'Afrique fe donnérent à eux- mêmes la morten cent manieres differentes. Ils croïioient, & tous les Donatiftes croïoient auf, que c'étoit un vrai Mar- tyre. Plufeurs Seétes ont eu au moins un petit nombre de ces Martyrs. Les autres Sectes croïent certainement, & en- core bien plus l'Eglife Catholique, que ce “n'étoient que des illufions du Demon, qui les précipitoit dans uge mort temporelle, qui devoir être fuivie de l'éternelle. VE. 10°. Nous remarquerons encore les parjures de ces Hérériques, qui faifoient voir la fragilité, ou la faufleté de leur Foi, par lenr prodigieufe facilité à la renier. C’eft ce qui leur étoit commun avec les Manichéens & les Prif- cillianftes, avec lefquels ils avoient d’ailleurs tant de rap- port, & avec les Cathares & les Albigeoïs, quieneurent gant avec eux, Mais il eft étonnant comment cette facili- té à renoncer leur créance pouvoit fubfifter avec leur opi- niâtreté à mourir plütot qu'à fe convertir, Je n'entreprens pas de mettre le Pere du menfonge d'accord avec lut- même: c'eft encore une preuve, que Cétoit lui qui les poufloit & qui poñledoit le fond de leur cœur. Car une ame raifonnable ne peut pas fe combatre elle-même fi ouver- tement; mais lefprit de menfonge trouvoit fon compte; 8e à les faire jurer à faux, & à leur faire foutenir leur er- reur avec une opiniatreté invincible, — LA . VII, sr. L'épreuve de l’eau étoit une preuve, qu'ils s’e- toient patjurez. On les jettoit dans l’eau bien liez de tous côtez ; ils n'enfonçoient point, s'ils étoient coupables. dit” S, Bernard; ils alloïent au fond, s'ils écoient innocens#6 Chap. V. IL PARTYE. * Chap. 6 Traité des Édirs, @o° des autres moïens Ve on les retiroit aufli-rôr de l’eau; la nature du corps humain: ainf Hé étoit d’enfoncer. C’étoit donc par une vertu extra- ordinaire, que les coupables furnageoient. Saïnr Bernard ne dit rien ici, qui condamne ces épreuves. L’Eghife les condamnoit, comme des voïes de tenter Dieu : & néan- moins elle les coléroit; parce-qu'’on s’en fervoit quelque- fois utilement, pour decouvrir des veritez importantes, dont on n’avoit point d'autres preuves. Les plus faints rc! ” &c les plus fçavans Evêques des fiécles moïens y ont dé- - feré. Les miracles frequens qui y arrivoient, les portotent à . ufer de cettetolérance. Les Conciles Provinciaux enufoient auffi quelquefois. La feule épreuve de léau froide n'eüt peut-être pas été convaincante; car la feule conformation du corps, & la largeur un peu extraordinaire de la poitrine & des épaules, eùt pù foûrenir les coupables même fur l’éau; mais l'épreuve de l’eau boüillante, celle du fer-chaud, dont on n’étoit point incommodeé, ne fouffroit pas de re- plique. Celui qui prendroit le parti de nier tous ces futs rapportez dans toutes les hiftoires, dans quelques Con- ciles,. dans les plus habiles Théologiens de cer âge moïen, +rouveroient des gens hardis, & de ceux qui fe piquent d’efprit fort, qui lui applaudiroient; mais je ne fçai sil trouveroit des gens fages & modeftes, qui puflent {e ré- foudre à traiter avec tant de mépris , tant d’Hiftoriens, tant d'Evêques, tant de Conciles, tant de Fhéologiens, tant de Decrets & tant de Loïix, où ces épreuves furent quelquefois réglées & ordonnées. Ce n’eft pas la feule occafion, où il_ait plu à Dieu de faire des miracles, pour favorifer la fimplicité des hommes, & les aflifter dans leurs néceflirez. Ces épreuves furent enfin abolies par les Con- ciles & les Papes ; parce-qu'on trouva d’autres manieres de découvrir les. veritez cachées, ou de { pañler de ces re- cherches trop empreffées. de . * VITE 12°. Nous obferverons, qu'on ne fouffroit point d'Hérériquesdansle Roïaume, on n’oublioit rien pour les convertir ; on ne leur donnoir point de repos, qu'ilsnele fuflenr, ou qu'is ne fe retiraflenc ailleurs. Nousles avons | vü pour maintenir l'unité de l'Eglife Catholique, 57 vû fuit d’une Province en l'autre , nous avons vû l'infame Henri courir de ville en ville. . Nous l'avons vä enchai- né & amené à l'Evêque de Touloufe. Les Evêques em- ploient premierement [a prédication pour les gagner puis la jurifdiétion appuiée de l’autoriré civile pour les chaffer de leurs Dioçciés. Co 13°. Les deux Conciles de Latran III, & IV. ne firent rien de nouveau contre les Hérétiques; ils firent à lave- rite quelque chofe de plus qu'on n'avoit encore fait en- vers les Seigneurs &les Magiftrats Catholiques. Pierre le Vénérable & Saint Bernard nous ont appris quels étoient les fentimens des Grands, des Saints, des fçavans hom- mes de leur rems, pour déploier contre les Hérériques l'au- torité remporelle des Rois, des Seigneurs & des Magiftrats, & ufer à leur égard du glaive, que Dieu leur a mis en Main; mais quoi-que ce für là la doétrine de PEglife, & lobliga- tionabfolué de ces Puiflances temporelles, on ne les avoit pas encore menacées d’ufer du glaive fpirituel contre elles- mémes, fi elles n’emploïoientle temporel contre les enne- mis communs de l'Erat & de l’Eglife. SE. 140. Ainf le fond de ce qu’on appela depuis PInquifi- tion étoit déja établi. Les Evèques, les Seigneurs, les Maciftrats, les Peuples faifoient des pourfuites pour dé- couvrir les Hérériques, pour les inftruire, pour les con- vertir, pour les chafler, ou pour les arrêter, & pour Îles punir s'ils ne fe convertifloient pas. 15°. On ne parloit point encore de Croifades, parce-qu’it ne falloir pas drefler des armées, pour des ennemis qui ne s’attroupoient. pas, & qui cédoient à l’autorité des Magiftrats, de gré ou de force. Lors-que Tanchelin parut avec trois mille hommes armez, on ne douta plus qu'il ne lui fallüt oppofer une plus forte armée. C’étoient 1à les premiers eflais des Croi- fades; mais c'avoient été les Hérériques, qui avoient les : Ô / é TT ° premiers inondé les campagnes de leurs armees, & avoient obligé les Carholiques à fe défendre. / + DES Q} Le S IX. ré. Les Hérériques fuioient, fe cachoient , &g. femoient leur mauvaife dodrine dans les ténébres, & dans ee ; o £ E ; ù ee (4 ë EL SR: RES IL BARTtIE Chap. V. EE: PART, Chap. Vi Serre OS, in C'anñticée fs Traité des Edits, ç5* des autres moïens des lieux récirez. Pierre de Cluni & Saint Bernard leur re- prochoient ,' qué c'étoit le caraétére de l'Héréfe, de ne fe montrer que dans l’obfcurité , de craindre de fe cacher; au lieu que Jefus-Chrift avoit parlé en public au monde, _& avoit commandé à fes difciples de prêcher l'Evangile dans les lieux les plus éminens; & que les Apôtres felon ces exemples & ces préceptes divins avoïent fait gloire de publier PEvangile dans les places publiques & dans les plus grandes villes; car le moïen de bâtir une ville fur la monta- one & de la cacher? Ie moïen d'allumer un celefte flambeau pouréclairer toute la terre, & de le cacher fous un boifleau ? - X: Nous pourrions confirmer la plus grande partie de cé que nous venons de dire, par le Sermon précédent du même Saint Bernard fur les Cantiques. Il nous y fait con- noître avec encore plus d’évidence, que c'éroient les mé- mes Hérétiques, qu'on nomma depuis Albigeois & Vau- dois, & qu'on avoir autrefois nommez Manichéens. Leur plus conftante maxime €toir de cacher leur doctrine & leurs exécrables maximes ,.& pour cela de ne craindre point de fe parjurer , quoi-qu’en toute autre rencontre ils ne puflent jamais fe réfoudre, je ne dis pas à fe parjurer; maïs à ju- Cr, perfüadez. que le jurement étott abfolument défendu dans l'Evangile. Saint Bernard leur montre clairement , que tien h’étoit plus déraifonnable, que de croire qu'il ne für pas licite de jurer, & qu'il füt licice de fe parjurer, & de renier leur propre Fort avec ferment : O Jlalti, jurare non li- cet, € ejerare cer. TIs avoient dans le cœur cette an- ciènne & déteftable maxime des Manichéens, jar, per- jura » fecretur prodere noli. Auf n'étoit-ce que la lie des hommes, des idiots, des ruftiques, des femmes fans ef- prit & fans lertres. C’eft pour-quoi on ne pouvoir difpurer avec eux : Naw conflittus omis ab his, € defenfio periir, Pile nempe hoc gerus, > ruféicanum , at fine literis, @ pror: {as imbelle. Hsne difoient rien de nouveau, mais c'étoir com- me un cloaque de toutes les ordures des anciennes Héré- fes: Dumtaxat mulierculis, rufficis, ér idiotis ; € qualesutique omnes font, quotquot adhuc de Seita hac effe expertus fum. pour maintenir l'uniré de l'Eclfe Catholique. 9 Necenim in cunélis affentionibus corum, nam mulie funt, novur quid, aut inauditum audiffe me, recolo ; ed quad tri sum cj?, @ din ventilatum inter antiquos H areticos; & #0f- sris autem contritum © eventilatum. Us ne s’accordoient pas mêmeentre-eux , quoi-qu'ils nous fuffenr toûjours contrai- res: Non enim inter Vos omnes per omnia COnCOrAatIS > Ê* fe à nobis omnes diffentiatiss ec XI. Voilà pourquoi les Ecrivains Catholiques onteu tant: de peine à fixer les erreurs de ces Hérériques. C’éroit un ramas de toutes les anciennes impietez, contraires lesunes aux autres ; ce qui étoirinévitable dansune fi horribleigno- rance. Pour n'être pas reconnus, ils ne fe féparoient point des Catholiques : mais ces faux Catholiques éroïent. plus dangereux , que les vrais Hérériques : Que longe plus no- cet falfus Catholieus, quam fi verus appareret Haréticus. Vous les voyez, dit Saint Bernard, pour rendre témoignage de Jeur Foi, frequenter les Eglifes, honorer les Prêtres, pré- {enter leurs offrandes, faire leur confeflion, participer aux Sacremens. Ils ne laifloient pas de faire leurs Aflemblées fecretes ; puis-que ce Pere dir, que les Clercs mêmes qui s'éroient laiffé corrompre, laiffanr leurs Peuples Szles Egli- fes , portant de longs cheveux & de longues barbes, éroient fouvent trouvez parmi des Tiflerans & des femmes de Tif- {erans : Clerici @* Sacerdotes populis Ecclefiifque reliéis , iu- t00f & barbati apud.eos inter textores € textrices plerumque inventi funr. C'eft delà qu’on leur donna en France de nom de Tifferans, comme on nousa dit ci-deflus. Certe defcrip- IH Part: Chap. V: «lbidame, ce _ tion.n'eft pas differente de celle que nous avons rappor- tée de Saint Leon Pape, quand il parloit des Manichéens, qui {fe -cachoïent fi bien parmi les Catholiques, dans les Eglites mêmes, & dans la participation des Sacremens, qu'il éroir £rés difficile de les reconnoitre. He ARE RD Enfin Saint Bernard fe plaine, de ce que non-feulement les Seigneurs cemporels; mais quelques Ecclefaftiquesauff, &c des Evêques mêmes foütenoient ces Héretiques; parce- qu'ils en recevoient des:prefens; eux qui devoient étre les premiers à les perfecuter : Do/endum valde quod.nan fotuns Serm, 66: 60 Traité des Edits, co des autres moïens os —— Jaicé principes, fèd & quidam, ut dicitur, de Clero, nec non Chap. V. de ordine Epifcoporum ; qui magis eos perféqui debuerant ; pro- * pter quaflum [hflineant, accipientes ab cis munera. C'évoient donc là les commencemens de la prorc@ion que donnérent aux Albigeois les Seigneurs du Languedoc, particuliére- ment les Comtes de Touloufe & de Foix. Ce Pere n’ap- » prouve pas lPexcufe dont ils fe couvroient, qu'ils ne pou- » voient condamner des gens,dont on ne pouvoir tirer la con- » feflion d'aucun crime ni les en convaincre : Qwomodo, in- guiunt, damnabimus, necconvittos nec confeffos. Certe Se- éte ne fe foutenoit donc que par le parjure & l’hypocrihe qui font des crimes encore plus deteftables quand il s’a- git de Ja Foi; mais en cela même nous voions le zéle & la fermeté des Princes, des Rois, & des Evêques à ne point fouffrir d'Hérétiques dans le Roïaume. - XII. Concluons toute cette dorine de Saint Bernard par l'explication qu'il avoit préfuppofée plus haut de ces” … paroles du celefte Epoux dans les Cantiques, où il com- Se 4 mande qu'on prete ces petits animaux qui dérruifent [a ; vigne, Ce Pere les appliquoir aux Hérétiques, &il dir qu'il faut travailler premiérement à les prendre; cpire nobis » vulpes parvulas, que demoliuntur vineas, non pas par les »-armes; mais par des preuves folides de la vérité & de Pa nité de l’Eglife : Car alors nous les prendrons pour nous, » capite nobis, @re. Mais que s'ils réfiftent invinciblementà » [a Jumiére de la vérité, & aux attraics de l'unité; le meil- » leur eft de les mettre en fuite ou dans les liens, afin que « S'ilsne veulent pas fe fauver, au moins ils n'en perdent pas * d'autres , en ravageant la vigne du Seigneur: 904 f re- “Vernis noluerits nec convictus poff primam etiam © fecur dam admonitionem , erit fecundèm Apoffolum devitandus. Ex boc jam melins, ut quidern eco arbitror, effugatur ant etiam re- gatur, quam fivitur vineas demoliri. Voilà quelle étoic la doétrine du plus doux & du plus éclairé des Peres des der- -niers fiécles, C’eft ainfi qu'il entendoic qu’il ne falloir pas ufer de violence, dans les differends de Religion; mais de doëtrine, d’argumens, de conférences & de perfuafons: 8 % pour maintenir FUnité del Egli éCaïholigüe. 61 enforte que les exils même fuflent compris dans:les pts Jr pagrrx fuañons aufli-bien que les emprifonnemens ; parce-que les Chap, Ve Peres en ufent aufhi pour perfuader à Jeurs enfans de ren- trer dans leur devoir. Les Peres des premiers fiécles s’en- cendoient de même, & leur doctrine avoit toujours lieu contre la violence des perfecureurs de PEglife, qui em- ploioient tous les plus rigoureux fupplices concre les Fidé= les pour la feule caufe de Religion. : ns EE - _CHarlins VE Pourquoi on traira avec tant de rigueur les Hérétiques qui parurent aprés l’an mille ou onze cent. Nouvelles preu- ves que c'étoient les mêmes que les Manichéens qu’on _ avoit punis de mort dés le FI. le [ V. & le V. fiécle. I. Ce ne furent profque que des Sottes diver(es dé Manichéens qui parnrent apres le X. ou X I. fsècle. De-là vient, qu'on les tras- ta fi rigonrenfement. II. Lmpietez effrorables des Cathares d’Al- lemagne, des Piphies des Païs-Bas, des Tifflerans de France, les mêmes que les Albigeois, les Vandois © les Hujfites des Jiécles fuivans. TITI. Leurs propheties, leurs juremens, leurs parjures. Les cfperances frivoles de lagrandifement futur de leur Sete. IV. Preuves contre eux tirées de la pérpetnité © de la fuccef- fîon d'une même Foi dans les Sièges Epiftopanx. W. Perfidies & parjures continuels des Cathares. Ce qu'ils croioicnt de tont ce qui fe paÎoi dans os AMyfféres, où ils affiftoient feiguant d'être Catbo- ligues. V1. Horrible hypocrifre de ces perfides. VII.Ce ef} ps force: mais foibleffe defprit, de ne ponvoir croire de la puiflance € de - la Charité de Dien.que Ce que NOUS CR Ponvons comprendre. V LIT. Comparaifon de PEucariffie à la Trinité © à l'Incarnation : on croit fans comprendre ces trois Ayfieres. IX, Ceff par caprice ou par halard, que de l'ancienne Foi de PEglifé les Proteflans re goivent guelqnes articles, @ rejettent les autres. X. Les Catha- res étoient des Manichéeus mêlez parmi les Catholiques, & to jours diffimulez. E. NT trouvons dans la Collection des Hiftoriens de P#befre To. dd France une lettre que lArchevèque de Narbonne À + écrivit-au Roï Loüis le jeune, pour le prier de donnera 62 Traité des Edits , eo des autres moïens IT. ParrT protection aux Eglifes de fon Diocéfe ravagées, par les Hé. Chap. VL, sétiques. Il lui reprefente que c’étoir au Roi à prendre le » bouclier de la Foi, & les armes de la Juftice, pour fecou- » tit la caufe de Dieu dont il éroit le Miniftre, 8 à emploïer » des corrections févéres pour bannir l'Héréfie de PEglife: Arripiat igitur flrenuitatis veflre dextera [tutum fidei, & arme jujftie, @ exurgar in adjutorium Domini ; ur per veflra correcbionis cenfuram, ab Ecclefia n0ffra omnis haretica pravi- tas arceatur. y à de l'apparence que c’étoient les Albigeois qui avoient déja commencé à s’y. étendre : c'étoient les mé- mes qu'on appelloit Cathares , & qui n’étoient autres que les anciens Manichéens. Ainfi il n’y a pas fujet de s'éton- : ner, fi on emploia le fer & le feu contre-eux, quand on eüt reconnu que les inflruétions & les cenfures de l’Eclife étoient inutiles à leur égard. Nous avons fait voir que dés la fin du quatrième fiecle l'Empereur Maxime aïant fait perdre la tête à Prifcillien qui renouvelloit les impierez de Manichée, mérita les louanges du Saint Pape Léon I. Les derniers Hérétiques de l'Orient & de l'Occident dont nous venons de parler dans les Chapitres precedens, nous ont aufli paru avoir êté Manichéens ; ce qui fc aufli qu’on n'épargna point en leur endroit le dernier fu pplices parce- que ce n’étoient plus des Hérétiques feulement ; mais les ennemis déclarez du genre-humain. =. IT. On a infere dans la Bibliotheque des Peres,, les dif- coûts que compofa contre les Cathares Ecbert , Moïne, puis Abbé de Schonaugen qui vivoit en r160, fous lEm- pire deFredericT. & dédia fon ouvrage à Reginald Arche- vêque de Cologne, Cet auteur dit d'abord que Jefus-Chrift a donné à l'Eglife, qui cft fon Epoufe & une Vierge trés- » chafte, une perle trés-précieufe , la Foi Catholique; qu'on » lui drefle des embuches de tous côtez, & que ce font ceux » defquels Jefus-Chrift nous à avertis de nous donner de » parde, quandil a dit, #3 07 #ous dit alors ; le Chriff et ic, il ef la raen croiez riens car il S'élevera de faux Chrifis de faux Praphetes. Si on vous dit; il eft dans le défert, #7 alle point ; Hekdais les mailèns fècreres, d'encroicz rien, To, # pari. Z; pour maintenir l'unité de l'Eglife Catholique. 6; Ce font ceux, pourfuit cer Ecrivain, qu'on nomme Ca- thates dans nôtre Allemagne, qu'on nomme Piphles dans la Flandre; Tifferans dans la France du métier qu'ils exer- coient. Els précendoient que le culte de Jefüs-Chrift n’<- coir que dans leurs affemblées fecreres, dans leurs caves, dans leurs boutiques , dans leurs retraites fouterraines. Ils condamnoient le mariage, ils défendoient Pufage de la chair, difant que le Diable en étoir le créateur. Ils ne croïoient pas le Barème neceflaire aux enfans. Ils ne croïoient point de Purgatoire : aufli ne prioient-ils point pour les morts. Ils méprifoient les Mefles qu’on célébroit dans l'E- glife. Ils venoient bien quelquefois pour les entendre, & même pour y Communier ; mais ce n'étoit qu'une feinte & une facrilege hypocrifie, pour n'être pas découverts ; car ils croïoient que le Sacerdoce étoit entiérément péri dans Pa «Chap. VI. €c tbidem. page. 79 80. & ce ce PEglife Catholique, & ne fe trouvoit plus que dans leur « Secte. Ils ne penfoient pas que l’Eucariftie de PEglife füt Je Corps & le fang de Jefus-Chrift; mais qu'érant eux mé- mes les membres de Jefus-Chrift, en prenant leur refe- “ion commune, ils formoient le Corps de Jefus-Chrift. Tous les myfteres de Jefus-Chrift, fa naiance, fa paf- fion, fa refurreétion n’avoient été à ce qu'ils difoient que. des apparences exterieures. Auffi ne célébroient-ils ces Fé- tes, que par diflimulation en public. les ometrant entié- > > sement quand ils étoient en leur particulier. [fs croïoient que les ames des hommes étoient les mêmes fubftances que les Démons; lefquels revêtus de nos corps, pouvoient par les bonnes œuvres mériter le falut éternel. LIT. Quand on les prefloït, ajoüte cet Auteur, par les paroles de l'Ecriture qui veut qu’on prêche la Foi & les voies de falut en public, au lieu qu'eux imitant Prifcil- lien, juroient & fe parjuroient librement pour ne pas dé- couvrir leur fecrete doëtrine : IIS répondoient que leur terms n’étoit pas encore venu pour fe manifefter aux hom- mes, & pour parler en public : que ce tems viendroit, & qu'alors leur Scéte feroit la Ville bâtie fur la montagne & vifible à cout le monde. Mais quand viendra doncce tem, ce ce ce 70 Traité des Edits, ex des autres moïens tholiques, tolérez dans leur Communion, ou plürôt in- connus & toûjours abufans de leur Communion & de leurs Sacremens par une infigne hypocrifie. Ces prophanations de nos Sacremens étoient déplorables ; mats les Evêques qui les incerpretoient plus favorablement, jugérent peut. être alors que ce mal, quoique trés-grand, étoit moindre que celui du Schifime & de la féparation entière qui auroit fait voir à ces miférables combien leur nombre étoit srand, & à quelles audacieufes entreprifes 1ls pouvotent fe porter, C'eft ce que nous allons voir dans les Albigeois. TI. PART: Chap. VI. Cuapire VII Des Albigeois, des Tiflerans, & des autres Hérétiques de France du XIT, & du XIII écle; des Croifades, & des peines de mort, TI. Les Ales dmConcile tenu en France l'an 1176. contre ces He. rétiques, leurs erreurs, II. Leur refus de jurer, leur difimulation, leur condamnation. III. Comparaifon des Cathares d'Allemagne, & des Albigeois de France. Leurs parjures, leur refus de jurer, leur revolte contre toutes les Pusffances Ecclefiaffiques. IV. mmé- prife des Proteffans, quand ils tachent de tirer leur origine des lbigeois les plus ffnpides des hommes. V, Les Proteffans n’enf- . ent pu convarncre les Albireois de l'autorité des Ecritures del An- cien Teffament, que par les Traditions de l'Eclife, qui autorifent également tonte la Doütrine Catholique. VI. Le Concile III. de Latran tenu en 1179. contre les mêmes Albigeois. Diverfes for- tes d'Hérétiques condamnez en même teims. Leurs armées © les maffacres qu'ils faifoient des Catholiques. VIT. Remarques [ur - les Decrots de ce Concile. On commença ici à emploïer les armes @ les armées des Princes pour repouffer les violences de ces Hé. vétiques révolrez © arinez. VIII. Les Croifades, les Todulger= Ces, les armées des Croifez contre ces Hérétiques, qui mettoient tout à fen © à fans. IX. Ces Croifades © ces exécutions [an- glantes juffifiées par la neceffité inévitable de ne pas laiffer impu- nément détrnire les E glifes © les monaftères, malfacrer les inno= cens, X, On commença enfuite à ordonner des peines de mort contre : les Hérétiques, qui étoient mémbres de ces Seëkes feditienfes, guer: rieres, © Jarguinaires. Les peines de mort € les Croifadss COH= pour maintenir l'unité de l'Erlife Catholique. : 71 tré les Hrétiques ne commencerent qu'après les revoltes des Al: bircois @ leurs nombrenfes armees. Croifad: de lan 1207. XI. Les Héréfies d'Alinaric de Chartres, © de [és difciples : C’étoient des Manichéens trés impurs. X II. La premiere Croifade contre les Hirétiques en 1208. trente ans aprés qu'ils avoient commen- cé de nous attaquer à main armée, à défoler € à mallacrer tont. É A lettre de l’Archevèque de Narbonne au Roi Loüis le Jeune, qui a été touchée ci-deflus, & où il im- . . 3 / VAE à ploroit le fecours dece Roi contre une foule d'Hércriques qui alloient fubmerger la Nacelle de Saint Pierre dans fon Diocéfe : cette lertre, dis-je, infinuoic les commencemens ] _ A / / e . de l'Héréfie, ou plürôt des Héréfies des Albigeoïs, des : e : D > Vaudois, des Cathares, & d’une troupe innombrable de Païfans & de sens de métier revoltez contre l’Eglife. J'ai / / / = : lE. 4 répréfenté dans le Chapitre précédent leur état dans PAI- Jemagne & dans la Flandre. Nous venons à la France, où cette infame Secte s'érendit davantage, & où il falut af- : fembler contre-eux un Concile de plufieurs Archevêques A q 2 Evêques, Abbez & autres perfonnes fçavantes dans la Pro- vince de Touloufe, Les Actes s’en trouvent dans les An- nales de Roger Hiftorien d’Anglererre en 1176. Cet Hif- torien dit qu’on y condamna l’Héréfie des Atriens , ou des Manichéens; qu'ils fe faifoient appeller les Boss-Hommes, : & enfeignoient beaucoup de chofes contraires à la Foi; qu’ils ne recevoïent, ni la Loi de Moïfe, ni les Propheres, ni les Pfeaumes, ni le refte de l’ancien Teftamenrt : ni les IE PART. Chap. VIT: Doéteurs du Nouveau; mais les Evangiles feulement, les « Epitres de Saint Paul, les fept Epitres Canoniques, les « Aëtes des Apôtres, & l’Apocalypfe. L’Archevêque de Lyon aanc Jeu les lettres de l'Evêque d'Albi & des autres, pro- nonça, aprés un long examen, qu'ils étoient Herétiques; parce-qu'ils ne recevoient pas l’ancien Teftamenr, qui eft fi fouvent autorife dans le Nouveau; parce-qu'ils refufoient de répondre quand on les incerrogcoit fur leur créance, prétendant ne point mentir en fe taifants quoiqu'on leur déclarât que c'étoit mentir, que de ne pas répondre & de ne pas dire la verité quand on cft oblige de le faire + pare 8 9 à LU PART. CV” 55 2» 23 ss vw 3. DE 5» » -82 LA “s à 25 3 + 72 Traité des Edits, e9° des autres moïens ce-qu'ils ne vouloient pas confefler que les enfans fuflent fauvez par le Barème ; parce-qu'ils vouloient qu'un bon Laïque pût confacrer le Corps de Jefus-Chrift, & qu'un Pré- ‘tre mal-vivant ne le püt pas ; parce-qu'ils ne vouloient pas qu'on fe püc fauver dans le commerce du mariage ; par- ce-qu'ils ne connoifloient pas l'autorité des Prêtres à ab- foudre, des pêchez, ni celle de cous les Pafteurs ordinaires de PESRE | | II. On n'alleoua contre ces Hérériques que les autori- tez du Nouveau Teftament, & quand ils fe virent con- .vaincus, ils adreflérent leurs difcours à la foule des Laï- ques qui toient préfens, les affurant que c'étoit pour l'a- mour d'eux qu'ils alloient faire la Confeflion de Foi Ca- tholique. L'Evêque leur aïant remontteé que ce n'étoit pas pour plaire au peuple qu'il faloit faire une Confeflion de Foi; mais pour plaireà Dieu, ils continuérent de faire la _Confeflion Catholique de Foi, & promirent de tenir tout ce qu'on pourtoit leur prouver par les Evangiles & par les Epirres. L’Evêque leur demanda s'ils étoient prêts de ju- rer qu'ils vivroient dans cette Foi; ils répondirent que le / : / : , LA jurement éroit défendu dans les Evangiles & dans les Ept- tres. Les Evêques jugérent que ces gens étant déja diffa- imez & notez d'Héréfie, devoient pour rentrer dans luni- té de l'Eclife, confirmer leur Confeflion de Foi par le fer- ment, & jurer qu'ils S’en tiendroient à tout ce que croit & tient l’'Egclife Catholique, afin de ne pas corrompre le refte du troupeau de Jefus-Chrift : Ex quia infames [unt € de hærefi notati, debent purgare [uam tanoceniiam, @* redeun- tes ad unitatem Ecclefia , fidem fuam debent jarejuran do af éruere , ficut tenet €ÿ credit Ecclefia Catholica : ne infirmi qui în Euclefit funt corrumpantur, € ne oves morbide usiverfum Lregem contaminent. : ne … On leur prouva aprés cela par le Nouveau Teftament, que le jurement n’étoit point défendu, & enfuite la Sen- tence de condamnation fur prononcée contreux par les Evêques, les Abbez & les autres Ecclefaftiques la con- frmérent. Ainhil n'ya pas licu de dourer que ce refus de | jurer pour maintenir l'unité de l'Eglife Catholique. 73 juter ne fût pris pour une défaite | & pouf une révocation de la Confeflion Catholique de Foi, qu'ils avoient faite par complaifance pour le peuple qui étoit prefent, ou pour gaz gner & fouléver ce même peuple contreles Evêques & con- tre PEglife. bte * See un 111. De tout cé récit, il -paroît que ce n’étoit igi-que la lice du petit peuple foulévée contre l'Eglife, contre les Evêques; contre tout lé Clergé, contre toute la difcipli- ne de l'Eglife, fans qu’on puifle dire au vtai, quels avoient été les premiers auteurs de ce foulevement. Ces -maximes des Albigeois n'étoient pas tout-à-fair dés mêmes que celles des Cathares d'Allemagne; mais toute cétre diverfté ne laifloit pas detendre à. une mêmefn. Les Carhares fe don- noient une entiere liberté de jurer, & de fe parjurer, pour couvrir leurs erreurs fous. les apparences de la Religion Ca- tholique; les Albigeois ne vouloient en façon quelconque jurer, pour couvrir aufli leurs erreurs ; ainfi ce n'étoit qu'une même perfidie, foit en jurant à faux, foit en refufant de jurer. | Les Cathares vivoient dans une grande apparence de refpeét pour les Evêques, pour le Clergé, &. pour.les Sat LE PART. a Cha. VIE, ce cremens del’Eglife qu'ils fréquentoient réguliéremenr. Les Albiseois fe déclaroient ouvertement contre la Hiérarchic &c les Sacremens, donnant aux Laïques, qui fe prétendoient gens de bien, toutes les fonctions Hicrarchiques, &tou- te la difpenfation des Sactemens. C’étoient deux.differen- tes manicres , mais également.effhicaces de détruire.le Sa- cerdoce.& les Sacremens.de PEglifés;s ete ent La qualité de 20#5-Hommes qu'ils prenoient, répondoit fort mal au refus qu'ils faifoient de fe foûmettre à l'ancien Teftament & à tous les Docteurs.du. Nouveau. Ce n'étoit d’ailleurs qu’une foule de petites gens, qui .s'étoient nour- ris en particulier dans le libertinage &.dans le mépris des Puiflances Ecclefaftiques , d’où venoit aufli le mépris des Sacremens & l’audace d’égaler l’état des Laïques au Sacer- doce. Ils ne pouyoiïent pas prendre un chemin plus coutt. pour fe maintenir dans leur parti , que de rejetrer d'un.feul # IL PART. Chap. VII. P2 Traité des Edits, e9° des autres moïens. coup tout l’ancien Teftament & tous les Peres, & fe re- trancher dans le feul Nouveau Teftament qui étoir le feul Livre qu'ils avoient entre les mains. LV. Les nouvelles Seétes qui ont tâché de fe donner quelque antiquité & quelque raïon de nobleffe , en fe fai- fanc defcendre des Albigeois, des Cathares ,ou des Vau- ‘dois, n’avoient pas aflez examiné, quels étoient ces Héréri- ques, quelle étoit leur obfcurité, leur ignorance, leur flupi- dité , leur perfidie. Cen’étoient que desartifans, des gens de métier, des ignorans, dans lefquels il ne paroifloir pas la moindre étincelle de doëtrine ou d’efprit. Ils tenoient beau- coûp des Manichéens, c’eft-à-dire, des plus impurs & des plus deteftables des Hérériques. Ils rejettoient cout lan- cien Teftament, & ne révéroient que le Nouveau, fi igno- rans qu'ils ne remarquoient pas que le Nouveau en mille rencontres rend témoignage à l'Ancien. | . V. Mais comment les Proteftans auroient-ils prouvé à ces Bons- Homes , quéles Livres de l’ancien Teftament font Canoniques & divinement infpirez ? Ils ne lauroient fans doûte pü faire, fans recourir à la tradition de l'Eglife & à la fucceflion des Evêques & des Doëteurs depuis la pu- blication deJ’Evangile par Jefus-Chrift & parfes Apôtres. Pourquoi ne leur auroient-ils donc pas aufli fait connoître, que pour tous les autres points conteftez entre les differen- tes Societez Chrétiennes, 1l falloit aufli s’en tenir à cette même autorité de l’Eglife Catholique, de fa fucceflion nôn interrompuë depuis les Apôrres, & de fa tradition: Pourquoi ne leur autoient-ils pas demandé , d’où ils te- noient eux-mêmes les Livres du Nouveau Teftament; fi ce n’eft de lEglife Catholique, qui les avoit pofledez elle ule plus d’onze cens ans avant leur naiflance ? Pourquoi ne recevoir pas auñli de la même Eclife les Livres de l'an: cien Teflament , le fens des mêmes Ecritures, &route la doétrine du falut? Car fi Dieu a rendu l'Egirfé Catholi- que dépofitaire des Livres Saints, comment ne lui auroit- ilpas aufli confié le dépôt du fens & de la do@rine de ces Saints Livrésss ns 1:07 aFr PES pour maintenir l'unité de l'Eglife Caïholique. © 7s -! Nous ne pouvons pas faire une Jufte comparaifon des . fentimens des Albigcois où des Cathares, avec ceux de nos Proteftans ; parce que comme J'ai déja dir, les Albi- geOIS n'étoient que des gens orofficrs & ignorans qui n'a- voient rien de reglé entre-eux , & qui étoient partagez en autant de Seûtes qu'il y avoit de Provinces , & peut-£tre qu’il y avoit de zélez ; car ils n’avoient point de chefs, point de doërinereglée, point d'uniformite ; c'eft ce qui a fait que les erreurs que nous avons rapportées des Ca- thares d'Allemagne , étoient f differentes de celles de nos Albigeois. C’eft ce qui a fait que ceux, qui ont fait lere- cit de leurs fentimens, font fi contraires les uns aux autres. VI. Peu d'années aprés; c’eft-à-dire en u79. le Pape Alexandre III. aflembla le Concile HI--de Lacran. Il s'y trouva deux cent quatre-vingt Evéques; Guillaume Ar- chevêque de Tyr,qui étoir prefent,dit qu'il y enavoit trois cent. Ce Concile condamna encore ces Hérétiques, repan- dus , à ce qu'il dit, dans la Gafcogne, dans PAlbigeoïs, dans les quartiers de Touloufe, & en plufieurs autres en- drois. Quelques-uns les nommoient Cathares, dit le Con- cile, d’autres Patarins, d’autres Publicains, d'autres au- trement, Autrefois ils ne communiquoient leur doëtrine qu'en fecrer, ils commiençoient pour lors à la répandre en public. Ce Concile les frappa d'anathéme, eux 8 tous ceux qui les défendoient & les receloient, defendit que qui que ce füt, ne pût les recevoir dans fes maifons où dans fes terres, les foütenir, ou entretenir commerce avec eux. La peine des contrevenans étoit la privation des prieres & des offrandes de l'Eglife aprés leur mort, & de la fépulture Ec- chaques 2 0. Dans le même Canon le Concile s’éleve enfuite contre les Brabançons, les Arragonois, les Navarroïs, les Bafques, les Cotcreaux ,&les Triaverdins. Hsexerçoient descruau- tez cffroïables contre les Chrétiens; ils ne refpeétoient , ni les Eglifes, ni les Monaftéres; ils n'épargnoient ni les veuves, ni les pupilles, niles vicillards , ni les enfans ; ils ne pardonnoïent ni à l’âge, niau {exe ; mais à if IL PART: Chap. VII. C2 1 3 ce «Can, 2 Fe 2 208 2 2 as a ce « idem se ce L, 3 ce € Li 1 DE NA 4 pre. Eh “IE PART, Chap. VIH, w6 … Traité des Edits, ex des antres moïens des Païens, ils perdoient & ruinoient tout: Q#£ scnéam in Chriflianos immauitatem exercent, uf nec Ecclefiis , mec Mo- nafferiis deferant; non viduis, @ pupillis, non fenibus & pueris , ec cuilibet parcant atati , auf féxuis Jéd more paga- aoïum mia perdant, & valent. VII. Il y a ici quelques remarques à faire avant que de pañler outre, 1° Tous ces Hérétiques n'étaient que des troupes de Païfans ou d'Artifans mutinez contre les Puif. - fances ecclefiaftiques & temporelles, fans chefs, fans dif- cipline, fans Loi & fans Foi. Ils étoient ramaflez de tou- tes fortes de nations , d'Efpagne, de France, des Païs-Bas, d'Allemagne. D'où vient qu'ils ne tiroient pas leur nom de leurs chefs , ou de quelques dogmes réglez; car ülsn’en avoient point : mais des Païs & des Provinces ou des Roïau- mes differens, d’où ils étoient fortis. 2°, L’Eclife n'avoit emploïé jufqu’alors, que les peines & les armes fpirituelles contre l’'Héréfie; elles commence ici à implorer les Puif- fances & les armes temporelles pour repoufler & pour pré- venir à Favenir les violences & les .cruautez cffroïables. que ces impies exerçoient contre les Catholiques, contre les Eglifes, contre les Monaftéres, contre les perfonnes de tout âge, de rout fexe & de toute condition. 3°. Ce Con- cile s’autorifé de l'exemple & de l#do@rine du Pape Lé- on 1, qui-difoiten parlant du jugement de mort rendu par l'Empereur Maxime contre Prifcillien, que l'Eglife fe con- tentoit du jugement des Evêques, & n’exerçoit point de vengeances fanglantes; mais qu'elle étoit utilement affif- tée des conftitutions des Princes Catholiques, afin que les ” hommes charnels foient obligez par la crainte des peines ” temporelles, de recourir aux remedes fpirituels : Sicwz air Leo; licet Ecclefaffica difciplina Sacerdotali contents judicio, cruehtas non ejficiat ultiones; Catholicorum rame Principun Con ftationibus adjuvatur , ut [epè querant homines falutare _ rémedini, dum corporale fupér fe metuunt evenire fapplicium. Heft donctrés-certain que l'Eglife n'avoir jufqu'alors dé- * / À Le ES ° > à Re < cerné que des cenfures & des peines fpirituelles contre les ps ; Se À epre s SE : : : Ces L Hérériques, Ce Canon même en eft une preuve; car on n'y \ & pour maintenir l'unité de l'Eclife Catholique. 77 érdonne que la privation des priéres & dela fépulture de PE- Jife contre ceux qui fe déclareroient en faveur des Héréri- ques; mais aprés que dans ce mêémeConcile & dans cé même Canon on eut rapporté les horribles mafacres,que ces hom- mes perdusexerçoient de rous côtez contre les Catholiques, il fut réfolu que ceux qui auroient à leur folde, ou qui {ou- tiendroient & favoriferoient ces cruels affaffins danslesPais, où ils exerçoient ces facriléges & ces brigandages , feroient dénoncez, excommuniez dans les Eglifes les Dimanches, & les autres jours folemnels, .& condamnez aux-mêmes peines que ces Hérériques, & ne feroient point. reçus à la Communion, qu’aprés avoir renonce à ces Socictez dam- nables & à l'Héréfe. RÉ ee VIII. Ce n’étoient encore que des peines Canoniques; mais voici dans la fuite la nouvelle difcipline dont on fur ‘contraint d'ufer, pour réprimer ces troupes révolrées con tre PEglife & contre l’écat, qui mettoienttour à feu 8 à fang dans l'Europe. On déclara que les fujets des Seigneurs quine renonceront pas à ces brigandages.feront relâchez de l’hom- mage & du ferment de fidélité qu'ils leur devoient. Onor- donne aux fidéles de prendre les armes pour s’oppofer à ces cruelles violences pour mettre à couvertle Pepe CREER re dans l’efperance que ce fervice rendu àPEgli &au public ne conttibueroit pas peu, pour obtenir de Dieu la rémiflion de leurs péchez. On déclare queles biens de ces fcélérats doivent être confifquez, & que les Princes fonc en droir de les condamner à l’efclavage. On aflure que ceux qui -s'expoferont à ces fatiguesavecun refpeét de charité & de pénitence , qui mourront dans ce pieux emploi de protc- ser les innocens contre ces invafions tyranniques & fan- guinaires, doivent efperer de {a miféricorde divine la rc- miflion de leurs péchez;.&les récompenfes éternelles. En- fin. on relâche quelques années, des peines canoniques:à IE Part, Chap. VIT. € æ € II. PART, 3 © Traité des Edits, eo des autres moïens cé avec le XII. fiécle ; elles commiencétent contre ces H£- Chap. vIx, rétiques vers la fin du même fiécle, Ceux qui ont eu de Ja peine à digérer ces Croifades, & ces exécutions fanglan- tes contre les Hérétiques, n’ont pas bien confideré qu’on a Eté forcé d’en ufer de la forte par uné inévitable nécef. fité, & par l'obligation indifpenfable de ne pas laifler dé foler les Monaftéres , abatre les Eglifes, maflacrer les in- nocens, les pupilles, les enfans, les veuves, les vieillards, les femmes : Enfin de ne pas laïffer défoler PEurope par des excés effroïables de cruauté. Les Princes temporels & les Magiftrats éroient obligez d'arrêter toutes ces barba- ties par la force des armes ; les Evêques & les Conciles éroient obligez de les avertir de leur devoir & de les yexci- ter. C’eût été une inhumanité & une cruauté en quelque fiçon plus grande, de ne pas arrêter ces fureurs & ces tuëé- ries, aïant en main le pouvoir de les reprimer, comme il eff & les autres en leurs manieres differentes. Ee, _X. Depuis qu'on eût vû dans toute l’Europe des trou- pés tumultueufes d'Hérétiques bruler & piller les Eclifes &les Monaftéres, & maflacrer tout ce qu’ils trouvoient de Catholiques, il n’y eût plus lieu de s'étonner que les Juges feculiers prononçañlent des peines de mort contre les Héré- tiques particuliers. aprés leur avoir fait leur procés. Com- menteüt-où épargne les particuliers, puis-qu’on n’épargnoit pas les armées? & comment eût-on épargné des armées de rebelles, qui nous épargnoient fi peu? Quand on commença à condamner au dernier fupplice les Hérétiques convain- cus & incortigibles, les Croifades avoient déja commen. cé contre eux : & les Croifades contre les Hérétiques ne commencérent qu'aprés que les Cathares, les Albiseois, les Brabançons , les Arragonois eurent dreflé des armées formidables, & eurent couvert la terre de fang & de car nage. Rigord qui a écrit l'Hiftoire de Philippe Aucufte, dit qu'en m07.1e Pape Innocent III. écrivit des lectres au certain que les Evêques & les Magiftrats l'avoient les uns ; . 4. ere n- Ce = + se : 54 » Roi Philippe Anoufte & à tous les Seigneurs François, pour » les exhorter d’entrer avec une grande armée danse Païs de pour maintenir l'unité de l'EgliféCatholique. 79 Touloufe , dans l Albigcois, dans le Quercy , dans les Dio- céfes de Narbonne & de Beziers, &dans les Contrées voi- fines, d’y attaquer comme bons Catholiques les ennemis de Jefus-Chrift , & de détruire les Hérétiques qui s’écoient rendus maîtres de ces Provinces: Ex omnes Hareticos , qui «ll. PART. à Cha. VIL. € terras illas occupaverant, delerent. Ces Hérétiques'né s'é- cs : / 4 dr Rip re voient donc pas contentez de défoler la campagne parleurs maflacres , ils avoient même faifi les places fortes & fub=’ jugué le païs ; deforte-qu'il ne falloit plus traiter avec eux autrement qu'avec de bonnes armées. - XI. C’eft en la même année au rapport du même Hif torien, qu'Amauri de Chartres, aprés avoir fait fes étu- des dans l'Univerfité de Paris, commença à dogmatifer que que tous les Chrétiens étoient obligez de croire, qu'ils étoient les membres de Jefus-Chrift, & que celui qui ne ctoiroit pas l'être, feroit aufli coupable que s’il ne crojoit pas la naïffance & la mort de Jefus-Chrift, ou les autres ar- ticles de Foi. Tout le monde le éondamnant, il eut recours au Pape qui le condamna aufli, & lobligea de fe retra- er: il le fit, mais de bouche feulement. Ilen mourut de chagrin, mais aprés lui fes difciples poufférent la chofe bien , plus loin; ils publiérent que la puiffance du Pere avoit duré autant de tems que la Loi de Moïfe ; que Jefus-Chrift avoit mis fin à l'un &c à l'autre, que fon régne avoit duré jufqu'à ce tems-là, auquel il fnifloic pour faire place au régne du Sainc Efprit, fouslequel les Sacremens même du Nouveau Teftament, la Confeflion, le Barème, l'Eucariftie ne fer- voient plus de rien pour le falut, qui ne ‘dépendoit plus que de la grace interieure du Saint Efprit , fans aucun acte exterieur. La charité étoit pour eux d’une fi grande ef- ficace, que les crimes mêmes qu'on commerttoit par cha- rité éroient des vertus. Ainf-les-plüs abominables impu- retez devenoient pour eux dés a@ions de charité & de ver- . tu. Hs faifoientéroiré aux femmesi&'aux fimples dont ils abufoient, qué Dieu étoit bon & la bonté même, a qui n’appärtenoit pas de faire juftice, ou de punir perfonne. L’Evèque de Parisen-fuc averti, on ufa d'artifice pour leur 22 80 Trairé des Ediis , és des autres moïens IT. Lo leurfaire confeffer leur cabalé, on fic le procés aux Ecclefaf Cha. V » tiques qui en furent convaincus : & aprés les avoir dégra. » dez.,.on les livra à la Cour du-Roi Philippe, lequel com. ».me Roi trés-Chrétien & Catholique, dit Rigord, les fit »-brüler. On pardonna aux femmes & aux autres perfonnes ” fimples, quiavoient étéfufprifes. Onexcommunia Amau- n.11 aprés {2 mort, & ôn Jetta fes os & E Les cRgRes für. le fu- # NUE. » re Voilà les le du do nouveau un peu or de celles de l'ancien ; mais on crüt que des défordres nou- veaux &inoïûis, du. -des.remedes nouveaux & de châtimens plus rigoureux. Nous avons vû dés le V, fiécle des peines de morts non pas contre Îés “Hérériques, mais , Contre les Manichoens dont Pimpicté n'étoit pas lothen un renverfement de la Foi de l'Eclife ; mais de la police même des Etars ..& de la.fureté des miles & des villes, C'eft ce que de, Pape Léon, 1, nous a expliqué fort netre- : MEN. dans le premier. Tome. Or les: __— d’Amauri étoient auff Manichéens en ce point, &c ils portoient leurs impuretez aufli-bien que leurs impierez jufqu’ au dernier , excés. Ce font donc ces. deux forces. d'Héréfes. feule- ment, contre Jefquellés on commença par.un jugement . informe à à prononcer des peines de mort. les abominables | iMpUrCtEZ des uns confondoient tout le droit divin & hu- main : les barbares cruautez des autres étoient comme une guerre déclarée à tous les Catholiques : Les rigueurs ne pañrent. pas alors plus avant, 3 Ml .Le Pape innocent III, en 1204. écrivit. Fe lettres se He _— fort mortifiantes à lArchevéque. de Narbonne fur {à né- ha 57 58.65 gligence à à s’oppofer aux Albigeois, & lui ordonna de fe > joindre à à Pierre de Château-neuf & aux autres. Religieux » Contre ces. Hérétiques. Il écrivit même à l'Abbé de Ci- » teaux ‘pour. Jobliger à veiller fur. cec Archevêque, & à exciter: le. Roi: Philippe, Auoufte, afin qu'il envoyät des t'OUpeEs. contre ces ennemis. de. la Foi, Pierre Reli gieux « de l'Abbaïe des Vaux:de-S Sernay de l'Ordre de Citeaux écri- Vire dés-lors l'Hiftoire. des Vaudois.1& de routes ces Croi= fades KI LU v% our maintenir l'unité de l'Eglife Catholique. NT fades, aufquelles il fut prefent, & la dédia au Pape in aH”Parr. nocent III, proreftant qu'il wavoit ecrit que ce qu'il avoit « CB: vit: vû, ou ce qu'il avoit appris de perfonnes fi élevées en di- « gnité & fi dignes de Foi, qu'il n’y avoit paslieu d'en dou- « cer. La Croifade contre ces Hérétiques avoitété refolué , comme nous avons dit , dés l'an 11709. dans le Concile III, de Latran fous Allexandre IT. L’an 1204. le Pape Inno- cent III, la follicitoit encore. Elle ne fe fit qu'en #68. On pafla donc environ trente années à fouffrir les ctuau- 14m anne rez inouies de ces Hérétiques , & on leur donna le loifir 22°% ##*- de fe faïfir des villes & des places fortes, qu'on ne pütre- ? * prendre enfuite fur eux qu'avec beaucoup de peine. De- forte qu’on temporifa peut-être trop, bien loin derienpre- cipiter dans ces Croifades : ces ennemis du nom Chrétien n’euffent pas tant répandu de nôtre fans, files Princes Chre- tiens euflent été plus diligens à arréter & a repoufler leurs barbaries ; & nos troupes une fois croifées n’euflent-pas été obligées de faire tant de carnage dans les combats.& dans les affauts, qu'il fallut donner aux armées de ces furieux, & aux places qu'ilsavoient envahies. Dans les lettres que ce Pape écrivoit à Philippe Auvufte, il ne le prioit que de venir au fecouts de la jurifdittion & de l’autorité fpi- rituelle méprifée, afin de maintenir l'Eclife en paix, par la puiffance.des armes. Le feul bruit.de la Croïfade con- traignit le Comte de Touloufe de faire fa paix avec l'E- glife. Il avoit été le principal défenfeur des Hérétiques : mais il fe joignit alors lui-même aux Croïfez, & marcha avec eux contre Beziers & Carcaflone qui furent prifes, & toutes les hoftilitez exercées de part & d'autre, Il re- tomba plufeurs fois depuis , & fe releva enfuite, toüjours “d’une maniere fort doureufe, Nous en verrons les princie pales circonftances dans les Chapitres fuivans. — a € Fr LRNEN Le NES LE: & CI 82 Traité des Edits, es des autres moïens PART — Ch. VII C HAPIT R E V LEE | : AphdRaïnal., an 1204. Ms Continuation de l'Héréfie des Albigcois, de leurs erreurs, / de leurs révoltes , de leurs cruautez, & de nos. Re AXE Croifades. €}l AR RU RE 2 DES æ : £ JL. \Nouvean récif, des. errenrs des Aibigeois. TT, Leur prégrés. @ … deur décadence en France © ailleurs. Saint Louis acheva de les éteindre. Quel jugement il fant faire des exécurions fanglantes qui fe firent de part @* d'autre. III. Les Rois éreient 4 la tete deces Croifades, les Evéques yétoicnt comme vallenx de la Cou- © poñne, Les grands éxcés qui fe commireñt ; jujrement -attribnez | au Conte de Tonloufe'anx: Albigeois, à: la fwreur. dn; Penple. IF, Exploits, de. nos-Mifionnaires contre. ces, Hérétiques. Leurs vertus. Apofloliques.. Les Croifades ne fe firent qwaprés Cela. D. Suite des Millions © des conferences ; les Evêques, les Ab- . ex G les Religieux de Citeaux Miffionnaires. Pierre de Chatean- geuf MAartyr avec d'añtres d'entr'eux. V TJ Réflexions [ur ces ex- ::ploits’ des: Miffionnaires des Rois.Le fruit de ces: Millions ne opens: être petites Les Evéques font. les premiers Miffionnaires. … PIl. Le-fang des Maïtyrs, les vertus Apoffoliques ne-penvent … être fferiles: Léobas dela charité, del'humalité, de la patience, de daspauvreté, Evangilique, éblonit enfin les Infidéles G' les Hé- crétiques, les Charme ©* les aitire. WII. Ces armes font tonjonrs : witorieufes: Les Hérétiques ne les ont jamais emploites. Les ver- “ens parfaites @ les Confals Evangeliques ont tohjours été propres à - FEglife. IX. Réponfe aux invethiues des Hérétiques contre les vi . :-ces dn Clergé. Apologie du Clergé des Siécles moiens. © du nôtre: … fes vertus Apoffoliques.. fes Martyrs: À. Toutes les Croifades con- …certées entre les Conciles les Rois. fuffification du traitement cqWon fit an Comte de Toulonfe, © du zéle de Saint Loüis con- re 1008 Re PRES de NE ne ee Hylerre des Vaux-de-Cernay dit que ces Hérétiques AE bigeois admettoient deux Dieux & deux Createurs., So do. pq.» Fun bon, l'autre mauvais ; l'un Créateur desétres invifibles, # l’autre des vifibles ; le premier auteur du Nouveau Tefta- » ment, {e fecond de l'Ancien: aufi rejetroient-ils l'Ancien » toût entier, excepté quelques pañlages qui font rapportez » ou autorifez dans le Nouveau. Ils mettoient auf deux ® pour maintenir l'unité de lEclije Catholique. . Chrifts ; l’un bon, dont les Myftéres fe font pañlez dans lé monde invifble: l'autre mauvais, dont la vie &la mort fe pañla dans le monde vifible. Ils parloient de PEglife Ro- maine, comme d’une caverne de larrons; ils ne vouloient pas que l'eau du Barème & le Pain de l'Eucariftie diffe- raflent en rien de l’eau & du pain ordinaire. Ils difoient que fi le Corps de Jefus-Chrift étroit dans l'Eucariftie, il auroit déja été confumé par la multitude des communians, quand il auroit été aufli grand que les Alpes. C’étoit la même raillerie des Cathares d'Allemagne; ce qui montre que ce m'étoit aufli au fond qu'une même Héréfe & une mé- me Sete, quoi-qu'on pütauffi y obferver beaucoup de di- verfitez. Ils diftinguoient dans leur focieté deux fortes de perfonnes ; les Parfaics & les fimples Fidéles. Les Parfaits étoient ceux qui portoiént un habit noir, faifoient profef- fion de chafteré , déreftoient l’ufage de la viande, des œufs &c dés laitages, faifoient gloire de ne mentir jamais, &ne croïoient pas qu’il fût jamais licite dejurer. Les fimples Fi- déles étoient ceux qui vivoient comme les féculiers , & efperoient d'être fauvez par la Foi des Parfaits. Ils étoient addonnez à toutes fortes de crimes, d’ufures, de rapines, d’impuretez, perfuadez que fans reftituer & fans faire pé- nitence , l’oraifon Dominicale une fois recitée, & l'impo- fition des mains de leurs Maîtres les laveroient de toutes ces taches. Ils méprifoienr les images & les cloches, & plufieurs autres cérémonies de PEglife. = II. Ce même auteur parle auffi des Vaudois, qu’on con- fond fouventavec les Albigeois; il vaut mieux differer d’en parler dans les Chapitres füivans. L'an 1215. le Pape Inno- cent HI. tint le IV. Concile de Latran, ou les Albigeois furent encore condamnez ; & Loüis fils de Philippe Au- gufte Roï de France, aïant conduir une puiflante armée de Croifez dans le Languedoc, y fit rafer les murailles de Narbonne , de Touloufe, & de quelques autres places. _Honorius LIL. aïant fuccedé à Innocent III. on tint plu- fieurs: Concilés par fes ordres ; & plufieurs Légats furent -envoïez dans les Provinces pour travailler à la converfion ET SILPARE «Ch; VIE. IL PARTIE Cha. VIIT. ApndRaïna ld. AM. 1233. M 39e AND, 12244 Ale AN. 1228, 24 Iâem an. 1233, 7 ge, 84 Traité des Edits, ex des autres moïens des Hérétiques. Ce Pape écrivit pour cela aux Doéteurs de Paris, Saint Dominique n’oublia rien de fa part, & il emploïa les fiens à l'inftruétion & à la converfion de ceux qui s’opiniatroient dans leurs erreurs. Cependant les AI bigcois s'écoientrépandus dans la Bulgarie , dans la Croatie & dans la Dalmatie, où au rapport de Matthieu Paris ils créerent un Antipape nommé Barthelemi. Dans la Fran- ce, au contraire, Raimond Comte de Touloufe & d’au- tres Albigeois demanderent la paix de l'Eglife. L'Arche- vêque de Narbonne receut ordre du Pape de convoquer un Concile à Montpellier, où le Comte & fes Barons fe réconciliérent à l'Eglife, & promirent d’extirper au plütôc l'Héréfie de toute la Province. Saint Loüis eut la gloire d’avoir entierement étouffe cette Héréfie en 1228. il con- duifit en Languedoc une armée de Croifez , il fe rendit maître de Touloufe, donna à fon frére la fille & heritiere du Comte de Touloufe en mariage; le Comte fe foumit aux conditions qu'il voulut lui impofer; les Evêques fu- rent chargez. de l’Inquifition contre les Albigeois :ainfiilne fe pafla rien de fanglanc. Le Comte de Touloufe excité par < le Pape & le Roi Saint Loüis fit lui-même des Loix {6- véres contre les Albigeois. Les Inquifiteurs paflérenc quel- quefois les bornes d’une jufte févérité, & alors on les dé s grada &on les châtia eux-mêmes. Les Albigeois du Roïau- J4ens 41. 1238, N: 52, 53 me de Bofne furent aufli réprimez par le zéle de leur Roi, Ïl y eut en France & ailleurs des exécutions fanglantes, & des Catholiques contre les Albigeois, & des Albigeois contre les Catholiques : la difference étoit que les Albi- geois avoient commencé & continué long-tems d'exercer les dernicres cruautez, & toutes les hoftilitez pofibles con-. trelésnôtres ; au lieu que les nôtres n’agirent que dans l'ex- trême néceflité de défendre de l’oppreflion les Eglifes, les Monafteres, les Innocens ; & s'ils emploïérent à leur tour le fer & le feu, ce me fut qu’en execution des ordres don: nez pat les Conciles, par les Papes, par les Rois. Si on pafla quelquefois les bornes d’une défenfe légitime, & d’une juftc & moderée févéricé ; c’eft ce qui eft roûjoursiné- pour maintenir l'unité: de P'Eglife Catholique. 85 vitable, quand on en vienta la voie des armes, & qu’on met en campagne des armées nombreufes ; la haine en doit tom- ber fur ceux qui ont commencé. III. Rigord a parle de la Croifade, qui ne s'executa fous Philippe Augufte qu'en l’an 1213. quoi-que le deflein & les préparatifs euflent commencé cinq ans auparavant, I dit à la verité, que les Archevêques de Sens & de Rotien; les Evêques de Baïeux, de Lifieux, de Chartres & autres ou Evêques ou perfonnes Ecclefaftiques en grand nom- bre s’y crouvérent avec des Barons, des Gentils-hommes & des Peuples infinis du Roïaume ; maisilne faut pas fe per- fuader que ces Evêques ou ces Ecclefiaftiques fiflent rien en cela contre l’ancienne douceur de l'Eglife, & contre la profeflion du Clergé de ne point verfer le fang des hommes. C'étoit le Roi même excité par le Pape, qui ordonnoit cette Croifade, & y envoyoit fes troupes. Son fils Loüis VIIL. fe mit lui-même à la tête d’une autre Croifade quel- que temsaprés comme nous avons dit.EnfinS.Loëüis fignala fajeunefle par les grands avantages qu’il remporta fur les AI- bigeois, aïant lui-même conduit fes troupes croifées contre la ville de Touloufe. C’étoient doncles Rois qui étoient les auteurs de cés guerres, d’où il s’enfuivoit que felon l'ufage de ce rems-là les Archevèques, les Evêques, les Abbez& les Beneñciers de confideration étoient obligez de s’y trou ver,& d'y conduire les troupes qu'ilsentretenoient pour les obligations de Fiefs qu’ils cenoient de la Couronne. Guil- laume le Breton, dit que ce Roy donnant exemple aux au- tres, envoïa le premier quinze mille hommes ; & que.les autres Seigneurs, les Prélats,les Peuples fuivirent cetexem- ple, &aïant formé une fortgrande armée, prirent Beziers, &c y firentun grand carnage, tuant tout, fans mettre diffe- rence entre les Hérétiques & les Catholiques, ce qu'il con- fefle avoir été fait par la fureur du vulgaire, w/g7 furor immoderatus ; fans que les perfonnes qualifiées euflent au- cune part à ce défordre, ab/que virorum majorum affenfa. La caufe de tous ces malheurs ne pouvoit être juftement sejettée que fur le Comte de Touloufe, fur fes Seigneurs. L ii 5 ESS IL PARTIE Cha. VI Duchefre To: Y. page 563 «idem page 192, sé Traie des Edits, e9° des antres moïens SI. Par.» &les Albigcois, qui refufoient depuis fi long-tems d'obeir Ch. VIL,, au Pape & au Roi, comme les Loix les y obligeoient, Dehinc quia nec Papa monitis , nec ROgIs amiço Conjilio Comes ille ferus parere volebat 3 Ur faltem reprobos cuivis exporeret bofiis Aut per fe puniret eos, ut jura jubebanr. Immo tetur cos, C* Corut prava per ipfurm Secta viget. | Fe LV. Ii cft donc vifble, que ni l'Eglife, ni le Roi, ni le Pape n'emploïérent les armes contre les Albiseois, que parce-qu'ils avoient eu recours eux - mêmes aux afmes, & qu'ils avoient dans leur parti des armées, des places fortes, de grands Seigneurs qu'ils avotent débauchez au Cap.» Roi. Pierre Moine des Vaux-de-Cernay qui a écrit, com = si ,» me nous avons déja dit, lHiftoire des Albigeois, raconte : 358. . qu'avant qu'on eût pris les armes en France, lEvèque » d'Ofine en Efpagne alla à Rome pour remettre fon Evé- » ché au Pape, & obtenir de lui la permiflion d'aller pré- » cher la Foi aux Infidéles. Le Pape laïant renvoyé dans » fon Evêché, il pañla en s’en retournant par Montpellier, » il y trouva Arnould Abbé de Citeaux , Pierre de Cha- » teauneuf & Radulphe fes Religieux & Légars du Siége » Apoñtolique. Ces Saints Religieux éroient dans Îe def- » fein de rénoncer à la Légation dont ils étoient chargez, » Cnpuyez du peu de fruit qu'ils y faifoient pour la conver- » fion des Albigeois : Z#j4nfa fibi Legationi pre tedio renun- ciare volentes , eo god pibil, aut parum Haereticis predicanao » proficere porniffeur. Les Hérétiques leur reprochoiïent la » mauvaife vie du Clergé, à la converfion duquel il eût falu » premierement travailler. L’Evêque d'Ofme releva le cou- » rage de fes Miflionnaires ; & afin de fermer la bouche aux » ennemis de la Foi, il les exhorta à imiter Jefus-Chrift & » les Apôtres, de donner les mêmes preuves d’humilité , al- » ler à pied, ne porter ni or ni argent, Ces Religieux de- + mandant un chefpour commencer ces pratiques Saintes ; lPEvêque fe mit à leur tête ; l'Abbé de Citeaux s'en re- tourna chez lui pour tenir fon Chapitre, dans la réfolution pour maintenir l'unité de l'Eglife Catholique. 87 dereveniravec quelques-uns des Abbez de fon Ordre, pour xccommencer Ja même courfe des Miffions Apoftoliques. V. Voilà éommeon s’y prit pour détruire l'Héréfie avant qu'on penfat aux Croifades. L’AbbE de Cîteaux ne man- qua pas de revenir au plütôt avec douze de fes Abbez éga- lement feavans & pieux, imitant les Apôtresencorepluspar leurs vertus que par leur nombre : outre cela accompagnez de plufñicurs Religieux qu'ils avoient amenez avec eux, tous . marchant à pied, &. difperfez de tous côtez pour inf truire les Hérériques, ou pour les convaincre par les con- _ferences. L’Evêque d’Ofine s’en retournant dans fon Egli- {e , pour envoïer de-là dequoi fournir à la dépenfe des Mif- fionhaires de la Province de Narbonne, rencontra à Pa- miers les Evêques de Touloufe & de Confcrans & plu- ficurs Abbez. Ils y liérent une Conference avec les Vau- dois, dont le fuccés für fi heureux pour l'Eclife, que.ces Hérétiques atant été convaincus, celui qui avoir été choi- fi pour Juge de la difpute, quoi-qu'il favorifät auparavant les Vaudois, fe convertit, fit abjuration entre les mains de J'Evêque d'Ofme, & fervit depuis beaucoup à la Conver- fion des autres. Pierre de Châteauneuf Religieux & Pré- tre , fe fignala le plus entre ces Miffionnaires, par fes Con- ferences , par fes prédications , par fes fortes remontrances au Comte de Touloufe, qui mitle comble à fa vie horri- blement débordée & à fa perfidie, par l'aflaffinat qu’il fit commettre de cet illuftre Miffionnaire. Alors les Evêques de Touloufe & de Conferans voïant que ces Miflions fai- foient fi peu de fruit, pour ne pas dire qu’elles n’en faifoient point du tout: Axiwaduertentes quod eadem predicatio ctiam jain peregerit ex parte maxima curfut [aum , nec muliurn pro- fecerit, immo penitus fruifu fruffrata fit exoptato, Us prirent le chemin de Rome pouraller en informer le Pape. L’Abbé de Cîteaux alla en faire fon récitau Roi Philippe Auguf- te, qui écoic alors avec fes Princes &fes Barons, & qui re çüt en même-tems les lettres du Pape,, qui lexhortoit d’al- ler lui-même, ou d’envoïer fon fils Loüis contre le Comte de Touloufe & contre les Hérctiques obftinez qu'il foûte cnrs eee mem ne, IE PART. Cha. VIL Jbidem page 301. a Jbidem. pages 566 IL PART. Cha. VIIL,, » 9® Tyaité des Edirs, eo des autres moïens noit. Le Roi répondit qu'il étoit occupé lui & fon fils à fe défendre contre deux grands Lions, PEmpereur Otton & le Roi d'Angleterre; mais qu'il permettroit à fa Nobleffe d'aller fervir l'Eglife. Le Comte de Touloufe vit bien que » la partie évoit trop forte pour lui, 1] renonça à fes erreurs, £e fit réconcilier à l'Eclife, & fe croifa lui-même : ce fut alors qu'on afliégea Beziers & Carcaflonne , comme nous avons dir. Le Comte de Foix n'étoit ni moins attaché à l'Héréfe, ni moins perfide que le Comte de Touloufe. Ce ne fut pas lui ; maisun de fes intimes, & qu'il continua toujours d'aimer, Guillaume de Rochefort qui aflaflina cruellement l'Abbé de Cireaux & deux ou trois de fes Religieux avec lui, les trouvant, comme ils étoient tofjours, fans armes. L'Ab- bé receut trente-fx plaïes, & fon frere Convers vingt- quatre. | V I. Tout cerécic tiré de l’Auteur que nous avons nom- mé, mérite bien les réflexions fuivantes. 1° Ces Miffion- naires Apoftoliques ne devoient pas defefperer ;ils ne de- voient pas même peu efperer de leur travail, comme l’'E- vêque d’Ofine leur fit connoître, Cette terre arrofée deleurs fucurs , & depuis arrofée même de leur fang, ne pouvoit pas manquer avec le tems d'être trés féconde. Les Apo- tres ne réuflirent pas coûjours par tout. Le Fils de Dieu les avoit prémunis contre cette tentation & contre cet abatte- ment de courage. 20 l’Evêque d’Ofme & quelques autres Evêques faifoient eux-mêmes alors la fonétion de Miffion- naires ; c’eft-à-dire la fonétion qui leur eft plus propre qu'à aucun autre; cat Apôtre & Mifsionmaire {ont deux termes différens, l'un Grec & lautre Latin, dont la fignification eft toute la même. Or qui doute que les fonétions Apofto- liques ne conviennent encore plus proprement aux Evêques qu'à tout autre. VIL 3° Mais les Miffionnaires doivent toûjours être en défiance, que fi leur travail ne leur réuflit pas, ce.ne foit parce-qu'il ya quelque obftacle de leur part. Citeaux fe reflentoit encore de fes premiers ferveurs ; 8 néanmoins PEvêque d'Ofme leur fit connoître qu'ils pouvoient encore imiter pour maintenir lunitéde l'Eglife Catholique. 87 ine on fçait que Îles Cours & lés. Confeils fubalrernes ne préjudicient en rien À la Juftice & à la puiflance du Sou- verain. Le Légat executant les ordres-du Pape, mit en dé- pôt outes les terres conquifes fur les Hérériquesentre les mains du Comte de Monfort, jufqu’à la renué du Concile Général qui fut celebré en 1215. 8 qui adjugea toutes ces terres conquifes fur {es Seigneurs Hérériques au Comtede Montfort. ce 1 V. Nous avons dir ailleurs, &il feroit aifé de le faite voirbien plus au long, que ces Gonciles étoient alors com- me les Etats Généraux de route la Chrétienté; c’eft-à-dire une Aflemblée générale & mixte de toutes les Puiflances ecclefaftiques’& féculiéres de lOccidenr, Les Rois & les autres Souverains y affiftoient par eux-mêmes ou par leurs Ambafñadeurs, La multitude des Evêques, des Abbez & des Barons ou des Nobles y étoit toüjours fort grande. On ÿ confirma le decret du Concile de Montpellier en faveur du Comte de Monfort; mais aufli-tôt ce Comte du Con- idem. page feil des Évêques & des Barons du Languedoc vint en Fran- ‘5°? ce pour recevoir de la main du Roi toutes ces térres qui étoient des Fiefs de la Couronne : Perrexitin Franciam ad IT, PART, Chap. IX. Hareticos cn _Jement de Paris, qui eft la Cour des Pairs de France. Les Ti. PARTIE Chap. IX. “sé Trairé des Edits, @o° des autres moïens caufes des Pairs y font jugées par les Pairs même, ave -une parfaite fubordination au Roi ,.dont la gloire eft re- hauflée, loin d’être obfcurcie par la magnificence de ces Cours & de ces jugemens. Pour bien juger de tous ces ju- gemens, il faut étre un peu plus informé qu’on n’eft pas d'ordinaire de goute la police Civile 8: Ecclefaftique de ces terms-la, ne Aufi Guillaume le Breton Auteur contemporain, en étant parfaitement inftruit, attribué d’abord toutes les pre- #nieres démarches contre le Comte de Touloufe au Roi Philippe Augufte, dont ce Comteétoit feudataire & parent, dans le Poëme intitulé Philippide du nom du Roi. es DU0TANRUS. Fertur habere dies, tot villas ille celebris, Nominis G fame Francorum a'Rege tencbat, Gui fébjeëtus érat feodaliter, inque Jecundo Per vinclum carnale gradu conjunitus cidem, Std poïfquam Ecclefie Capit contrarinus fe, Catholica fidei defen fins improbus hoffes. Nec confanguineum Jébi Rex, mec habere fdelems : Digratus, cæpit contra illum bella movere. | Utque ill licear punire licentins illum ; amis [ôiret idem proprio de jure licere, Tmpetrare Jludet à Jummo Prefule féripta Sacra; quibus pariat indulia remiffio cunctis Spem venise, contra Hareficos, qui belli moverenf. Voilà ce me femble la diftin@ion exacte des deux droits, ce- lui du Roi le premier pour la guerre, & celui du Pape pout a contribution du Clergé , outre Pindulgence de la Croi- fade, qui mettoit enfuire les Croifez avec leurs conquêtes dous la protcétion de l’Eglife, pour en difpofer toûjours fous le bon-plaïfir du Roi. | ee. Ceft ce qui fur gardé fidélement depuis le commen- cement pour maintenir l'unité de l'Eglife Catholique. 85 mencement jufqu'à la fin de cette affaire ; car non feule- ment dés la premiere fentence d’excommunication 8z de de- poñtion prononcée contre ce Comte, le.Papeeut {oin d’in- ferer la claufe, falvo jure fupremi Dominii Regis Francorum : mais aprés avoir reçü le Comte à la pénirence, voiant fa rechute, il fut contraint de renouveller l’une . 8: l'autre peine de concert avec le Roi, comme le. même Poëre le dé- -clare formellement , Rex @ Papa Jimul dans la fuire de fa Philippide de cette maniere. : | Dehinc quia tec Papa motitis , nec Regis amice Confilio Comes ille ferus parere volebat.: Ut faltem Reprobos cuivis exponeret hoffr, Ant faltem puniret eos, ut jura jubebant, Imo tuetur 605, € eorum prava per ip{um Seëla viget, non prohibens ft unus eorum: Rex @ Papa fimulexponunt omnibus illums Et res @ patriarn t0lam > que Jheëtat ad illum, &c. Rex icitur primus eli fervore fuperui Corde pio motus, EC. On ne peut rien fouhaiter de plus formel pour ce faic de la principale part qu'y eut le.Roi. Paflons à l'autre, qui regarde l'établifiement de lInquifition. … IL. PART. -Chap.iX. V. Guillaume de Pui- Laurent qui a écrit la Chroni- - que générale des affaires des Albigeois , y témoigne que lInquifition fut inftituée dans ce tems-là & commife aux Religieux de Saint Dominique. Ils avoient tous beau- coup travaillé avec leur illuftre Fondateur:à la conver- fon des Hérétiques. Le Pape Innocent LI. en avoit auparavant chargé les Religieux de Cireaux, leur com- mettant pour cela une lécation Apoftolique, pour agir par cenfüres contre les Hérétiques, & s'ils perfftoient dans leur opiniâtreté, pour implorer contre eux la puiflance {écu- _eulicre.. Le bien-heureux martyr Pierre de Chäteauneuf avoit été le premier Inquifiteur, & avoit confacré cette Q Cap. 43. DA Chefne To. 5. pag. 694: Annal, Cifler. Tom. 3. pag. 419: 429 charge par fon propre fang. C’étoit-originairement la fon- « *_æ ion des Evêques. Nous avons rapporte plufieurs exemples — deceux quiavoient depuis plufieurs fiécles fignalé leur Epif£ e “80 Trairé des Edits, ex des autres moïens ee copat par leurs combats contre les nouvelles Seétes, Nous | HS avons vü les Evéques d'Afrique & Saint Auguftin même ‘Le recourir aux Empereurs, pour obtenir des Loix & des Exe- Du Chefre To. cuteurs contre les Donatiftes. Les Evêques du Languedoc, : FPE 75% |ÿGiant que tous leurs efforts contre les Comtes de Touloufe, de Foix & autres fauteurs des Albigeois demeuroient inu- tils, écrivirent au Pape Innocent L'I IL. afin de lui deman- der fon intervention pour repoufler un mal qui farpañloit leurs forces. Ce Pape délégua ces Inquifiteurs tirez des Or- dres Religieux pour procéder par les voïes de douceur & decharité, parles inftruétions &les prédications, avant que d'en venir aux Croifades. : à VI. Dans la déclaration que le Roi Saint Loüis publia ete ar en 1228. contre les Hérétiques , & qu'il adrefla aux Ca- Cange. pag. ” tholiques dé Narbonne, il ordonna que les Héretiques aprés re vr-» avoir été examinez & condamnez par l'Evêque du lieu, ou ?. par une autre perfonne Ecclefaftique : Per Epifopum loci, . . vel per alim Ecclefiafficam perfonam , feroient punis fans » délai. I défendit de les recevoir ou de les défendre, vou- » Jut que ceux qui feroient contre cette Loi, ne puflentétre * réceus à rendre témoignage , ni à aucun honneur, ni à faire ” aucun teftamenr, niàrecevoir aucune fucceflion; que leurs # bièns, meubles ou immeubles fuflent confifquez , fans que # Jours defcendans y pullent jamais revenir ; donna ordre . ? aux Barons & à fes Baillifs de tenir le païs purgé d'He- ‘ » rétiques; s’ils en rencontroïent de les préfenter à des per- * fonnes Ecclehaftiques, & aprés qu'ils auroient été convain- * cus d'Héréfie en leur préfence, de les punir fans rerarde- _» ment. Moffieurs du Cange & du Chefne ont rapporté cet Éne - Edix du Roïi-Saint Lotis. e - - part... VII. Mariana en rapporte un autre d'Alphonfe Roi 582.583. ? d'Atfagon , Comte de Bareelonne, Marquis de Pro- ” vence, à tous les Prélars, Barons & Officiers de fes ” Etats, où if déclare que pour fe conformer aux Loix » & aux Canons, qui veulent que les Hérétiques foient re- jettez bien -loin de la veuëé de Dieu & de tous les Ca- choliques , & qu'ils foient condamnez & pôurfüivis par &: pour maintenir l'unité de l'Eglife Catholiqne. or tout ; il ordonne que les Vaudois qu'on appelle -aufli les Tr pars Pauvres de Lyo#, condamnez paf FEglife, foient auflichaf. Chap. IX fez de fon Roïaume & de tous fes domaines, comme en- nemis publics de la Religion & du Roïaume, avec dé- fenfes à qui-que-ce-foit de les recevoir dans famaïfon, d’é- couter leurs prédications, de leur donner à manger, fur peine de confifcaion, & d'être traité comme criminel de léfe Majcfté ; que quiconque trouvera quelqu'un de ces Hérériques aprés cet Edit publié , quelque déplaifr & quelque mal qu'il leur fafle , la more & la mutila- tion exceptée, non-feulement il n'aura rien à craindre, mais il pourra même s’affeurer d’avoir rendu un fervice X PErat. Éufn ce Roi donnoit terme à ces miférables, âprés lequel s'ils ’étoient fortis du Roïaume, ilétoit per- mis à tout le monde de les dépoüiller, de les frapper, de Jes fuftiger , & de leur faire toute forté de mauvais trai- temens. VIII. Ileft clair par cet Edit d’Alfonfe Roi d’Arra- gon, que l'exil évoit la feule peine qu'il inftgeoit aux Hé- réciques ; qu'on ne leur faifoit perdre ni les membres ni la vie; enfin qu'on ne les expoloit aux infultes & aux outra- ges, que lorfqu'ils refufoient de fortir du Rôïaume. Nous avons fait voir que les Empereurs du IV, du V, & du VI fiécles en uférent prefque de même. La rigueur fut un peu plus grande dans la France contre les Albigeois; la raifon en eft évidente. Jamais les Hérétiques ne s'étoient atrrou- pez & n’avoient compofé des armées ; jamais ils n’avoient ni reffté, ni attaqué les armes à la main. El fufffoit donc de leur ôter leurs temples, & deles bannir des villes, quel- quefois même des terres de l'Empire. Mais les Albigeois & les autres qui s’aflociérent à eux, prirent Jes'armes, for- mérent des armées, pillérent, brülérent, tuérent, & fe ren- dirent auf redourables à PÉrar qu'à l'Eglife. Ainfi on fe érut réduit à certe fâcheufe nécefliré, s'ils s’opintâtroient dans leur See, de les livrer au bras féculier & de s’en défaire. ee. ne 255 * IX. Onainferé dans de Corps du droit Civilune Confti- N ÿ IL PARTI Chap. IX Codic. Fuflin E £. I. T0: 5, Ce T9 Bibl. PP.To. # page 2. Ehfi, 4. ? v #3 33 #3 92 Traité des Edits, € des autres moïens rution de Frederic II. contre les Gazares, qui font les Ca: thares d'Allemagne; contre les Patariens, ainfi nommez de > + ° e LU ; * l'ardeur qu'ils témoignoient à fouffrir & à mourir pour la défenfe de leurs impietez; contre les Léoniftes, qui étoient les mêmes que les Vaudois & les Pauvres de Lyon. Certe Conftitution les déclare infames, ennemis publics, les ban- nit, confifque leurs biens fans que leurs proches puiflent jamais y fucceder ; parce-que c'elt un bien plus grand crime d’offenfer la Majefté éternelle de Dieu que celle des Rois de la terre : Ca longè gravius fit, atertam, quam tempo- ralem offendere Majeñlatem. Enfin ceux qui font fufpeës d'Héréfe, s'ils ne fe purgent, font aufhi bannis & décla- rez infames : & fi dans un an ils ne fe lavent entierement » de ces foupçons, ils feront condamnez comme Héréti- quesis ss. RSR On rapporte quelquesautres Conftitutions du même Em pereur contre toutes fortes d'Hérétiques, oùils fontenvoïez » au dernier fupplice, & au feu même s'ils s’obftinent dans 2. v leur impicté : mais fi la rigueur de ces fupplices les effraïe & les porte à fe convertir, il eft ordonné que felon les - P onvertir , conftitutions Canoniques on les condamnera à une prifon perpetuelle pour y faire pénitence. Dés le tems du Pape Zacharie au milieu du VIIL fiécle la Difcipäne de lE- glife étroit telle, que Frederic la rapporte quant à ce der- nier point. Car nous avons déja dit que ce Pape écrivant. à fon Légar, l’'Archevêque de Maïence, il le loüia d’avoir condamné les nouveaux Héretiques, & de les avoir ren- fermez dans desprifons : Beyè fraterta tua fanctitas, juxta _ Ecclefhafficam regulam cos damnavit @ in cuflodiam mifit. 29 3 La même loüange eft donnée à Boniface dans le Concile Romain tenu en.745. & il y eft remarqué quecet Arche- véqueavoit emploic pour cela l’autorire des Princes Fran- Gois:, Hereticos @ Schifmaticos Sacerdotio privatos , una cum Préncipibus: Francorum retrudi fecit in cuffodiam. Cet em- prifonnement étoit une pénitence, d’où vient que ce Con- » cile fe plaint aufli-tôt aprés, de ce que ces Hérériques loin: 32 de-faire pénitence, {éduifoient encore le peuple : Z/7 au A pour maintenir l'unité de l'Eglife Catholique. 93 jém non in pwuiteutia degunt, ut judicaturr eff: [éd ? con- trario populur Jeducunt. Boniface avoit écrit à ce Pape pour le prier d'écrire au Princé Carloman, qu'il fr mettre en prifon l’'Hérétique Clement : De hoc Haretico precor, at per litieras veifras mandare curetis Duci Carolomanno, nt mittatur in cuflodiam , ut femina Satana latins nan feminer. X. Voilà quelle étoit en ce tems-là la police Ecclefa- ftique & féculiere touchant les Hérétiques, qui ne don- noient pas encore de la cerreur par leur multitude, par leuts conjurations , par leurs rebellions contre l'Etat, & par leurs armées, Si la Difcipline devint enfuite plus ri- goureufe, ce furent les revolres & les cruelles exécutions des Hérétiques qui y forcérent l’'Eglife &les Princes tem- porels. Le Pape Gregoire IE, avoit écrit dans fa feconde lettre à l'Empereur Léon Iauric, quelle toit la peine, la pénitence, la prifon que l'Eglife décernoit contre les coupa- bles. Voyez, dit-il, © Empereur, la difference des Pontifes € des Empereurs. Si quelqw'un vous a offeufé, vous confifquez fa mailon, vous le dépouillez, vous ne lui laiffeX que la vie : “enfin vous le condamnez am gibet,ou à perdre la tête; on vous de reléguez loin de [es enfans, de fes parens, € de fes amis. Les Evêques new ufent pas ainfi; mais lorfque quelqu'un a péché @ confiifé Jon crime, au lieu de la potence, on de la décollation ; ils mettent l'Evangile & la Croix a l'entour de fôn cou, ils lemprifenuent dans les Sacriffies & dans les lieux faints Gr cachez, où on enferme les Cathecumeses, pour y faire IL. PART. Chap. IX, ane efpece de pénitence, mème avant le batômes on les fair feñner, on les fait veiller, on les occupe du chant des louan- ges divines : G aprés avoir ainfi chatié Gr affligé le criminel par le jeûne, on leur donne le Corps de Jefus-Chriff, € on les rétablit dans leur premiere insocence. . Jay faitun peu de paraphrafe pour expliquer l’emprifon- nement des Catechumenes, à qui on impofoit une lévere pénirence pour les difpofer au Batême; & pour cela S. Au- guflin même a remarqué qu’on les enfermoit dans les Sa- crifties, & qu'on les y faifoit jeüner, veiller, coucher à ter- te. Onufoit encore de plus grande rigueur envers les Péni Ni 92 Traité des Edits, es des autres moïens es ns À prie / RE 11. Parr, tens. La même peine ou la même pénitence fut décernée Chip. IX. contre les Hérétiques, & c’eft ce qui a été infinué par les paroles de l’Édit de Frederic]. Au lieu de prifon, on or- donnoit quelquefois l'exil, & cet exil étoit aufli un lieu de pénitence. Le Patriarche d'Antioche Macarius chefdes Monothelites me s'étant pas foumis à la définition de Foi du VI: Concile Général, fut envoi en exil à Rome, où le Pape Benoît lui donna quarante joufs de terme pour faire fon abjuration, lui envoïant tous les jours Bontface fon Confeiller pour le convaincre de fes erreurs par les Ecri- tures, ce qui ne réuflit pourtant pas. Le deflein du Con- cile & du Pape étoit d'inftruire, & de rétablir enfuite ce Patriarche : c'eft ce qui fur actefté par Pierre Léoat du Saint Siése dans le V IT. Concile Général. XI. Je confefle que les Decrers du Pape Innocent III. & duIV.Concile de Latran contre les Hérériques en lan 12154 furent un peu plus rigoureux : quoi-qu'à les confidérer de prés, ce ne furent prefque que les mêmes Loix de Conf- tantin, de Théodofe & des autres Empereurs Chrétiens, adoptées en quelque maniere par l’Eglife dans fes Confti- | tütions, comme nous les avons vües adoptées aufli en quel- que maniere dans les Edits ci-deflus rapportez d'Alphon- {fc Roi d'Arragon & de Saint Lois Ro de France. Ce # Concile condamne toutes les Héréfies & tous les Héréti- » ques, & veut quaprés qu'ils auront été condamnez, on » les abandonne aux Puifancesfcculieres, ou à leurs Baillifs, » pour être punis, Il veut que les Clercs foient premiérement » dégradez, que les biens des Laïques foient confifquez , & » ceux des Ecclefiaftiques appliquez aux Eplifes, dont its pof- » fédoient les Bénéfices. Que ceux qui font fufpeéts d'Héré- » fie s'en purgent, à moins de cela qu’on les excommunie, » & qu'alors tous les Fidéles fuient leur compagnie; & s'ils » pañlent l’année entiere dans lexcommumication, que dés- » lors on les condamne comme des Hérétiques. Que tou- » tes les Puiffances féculieres foient averties & engagées par » ferment à extérminer les Hérétiques déclarez tels par l'E- » glife, de touces les terres deleur Jurifdiéton. Siun Seigneur pour maintenir l'unité de l'Eclifé Catholique. ps ‘temporel néglige de purger fa terre d'Hérétiques ; il fera excommunie par le Métropolitain & par les autres Evè- ques de la Province; & s'il ne fatisfait dans l’année, on en avertira le Pape, qui délivrera les vaffaux de ce Seigneur du ferment de fidélité qu’ils lui ont fait , & adjugera la terre à des Catholiques qui en extermineront les Hérétiques, & les conferveront à l'avenir dans la pureté de la Foi Ca- tholique, fans bleffer en quoi-que-ce-foit les droits du Sei- gneur principal, de qui ces Seigneurs particuliers rélévent: Saluo jure Domini principalis, dit le Concile. LesCatholi- _-ques qui prendront la Croix & les armes pour ces expedi- tions contre les Hérétiques, gagneront les mêmes indulgen- ces que les Croifez pour la Terre Sainte. Ceux qui favori- feront les Hérétiques, ou les mettront à couvert, feront excommuniez : & fi dans l’année ils ne fe corrigcnt & ne fe font abfoudre, ils feront infames, incapables de tout office & de toute dignité; ils ne pourront ni porter rémoi- gnage, ni tefter, ni recevoir aucune fucceflion. Les Ar- chevêques & les Evêques, où par eux-mêmes, ou par leurs Archidiacres, ou par d’autres perfonnes capables, feront deux fois rous les ans, ou au moins une fois lan, la vifite des lieux, où le bruir eft qu'il y a des Hérétiques ; & ülsfe- ront jurer trois hommes de bien où davantage, que sil y a des Hérétiques, ils le feront fçavoir à l'Evêque. Si les Evêques même négligent de veiller fur les Hérétiques, ils feront dépofez ; & on leur donnera des fuccefleurs qui s’acquiteront mieux qu'eux de cette importante fonction. XII. Ce Decret m’a paru contenir la merlleure partie, tant des anciennes Loix des Empereurs Chrétiens contre les Hérétiques, que des Canons des Conciles d'Afrique fur le même fujet : ainfi on n’a nul fujet de rendre ce Con- cile, ce Canon, ou ce Pape odieux, comme s’ils avoient donné commencement à cette Inquifition, dont on a con- çù tant d’averfion avec plus de pañlion que de fauefle & de difcernement. 1°. Les Loix des Empereurs décernoient -des peines contre tous les Hérétiques ; il n’y à donc ici rien de nouveau qu'une application toute particuliere à « II. PA RT. «ChalX, ce 96 Traité des Edis, eo des autres moïens IL Parr. mettre ces Loix.en execution. On livre ici les Hérétiques Chap. IX. examinez & convaincus à la puiflance des Juges & des Magiftrats ; ces Loix Imperiales chargeoient immediate- ment les Juges & les Maoiftrats de l’execution de ces peines. 29, La plus ordinaire peine que ces Loix décernoient, étoit: la confifcation: de. tous les biens. Le Concile ordonne ici la même peine, tant par l'autorité de ces mêmes Loix, que par celle d'un Concile, où toutes les Puiflances Eccle. fiaftiques & temporelles étoient aflemblées parelles-mêmes, ou par leurs députez. S'il fe fair ici une adjudication des biens des Bénéficiers coupables à l'Eglife, rien ne pouvoir être plus jufte que de faire revenir ces biens plütôt à l'E- glife qu'au fifc du Prince. Dans les Loix quiænt été al- leguées dans le I. Tome, il y en a où la confifcation cf adjugée à l'Eglife. | o, fl nyarien de plus jufte, rien de plus néceffaire, que d’obliger ceux qui font avec raifon fufpects d'Héré- _ fie, de fe laver & de fe juftifier au public à qui on eft de- _ biteur de fa renommée, comme on left à Dieu de fa conf _cience. Une partie des crimes demeurera impunie, fi on . neles pourfuit que lors-qu'ils font averez : ce n'eft pas être ennemi du crime, que d’en fouffrir l’infamie avec indif- ference : on ne l'évite pas aflez, fi on n’en évite même les foupcons : il y a des crimes dont on ne peut avoir que des foupcons : l'Églife a puni comme atteints d'impurerez les Ecciefaftiques qui en étoient fufpeéts, 8 qui ne fe jufti- fioient pas par leur propre ferment, & par le ferment d’un bon nombre d’autres perfonnes dignes de Foi. Les Conci- les de l’âge moïen fourniffent plufieurs Canons fur ce fu- jet; à moins de cela il ne refte plus de moïen de convaincre les coupables d’impuretez, qui font ordinairement fecretes. L'Héréfie fouvent n’eft pas moins fecrete ,. & toüjours.el- le eft une impureté d’ame plus exécrable encore, que celle du corps. Saint Auguftin dans fon Seminaire propre, trou- va deux de fes Ecclefaftiques fufpects d’un fort grand crime, ‘Rien n'embarraffa davantage ce faint & grand Evêque, - Enfin il les envoïa tous deux au tombeau de Saint Felix, _— | d’où pour maintenir l'unité de l'Eglife Catholique. 57 d'où les parjures ne revenoient jamais impunis. : XIII. 4°. L’Ecricure méme nous avertit, Saint Paul S& Saint Jean nous commandent dans leurs Epiîrres , de n’a- yoirnul commerce avec ceux, qui font retranchez du Corps de l'Eglife , dé-peur qu'un peu de levain ne corrompe tou- te la male & route la focieté des Fidéles : car qui fontceux qui font plus juftement & plus manifeftement rejettez du Corps de l'Eglife, que ceux qu'on a convaincus d'Hé- réfie? Quelef le crime, dont la contagion foit plus à crain- IL PART. Chap. IX dre, que celui-là? On fçait que Saint Jean ne voulut pas | avoirle moindre commerce avec les Hérétiques de fon rems, Que Saint Paul commanda même aux colomnes de l'E- glife, & à des hommes Apoltoliques, d'éviter les Héré- tiques, aprés leur avoir fait une ou deux correétions. En- fin les premiers Peres de l'Eclife, Saint Polycarpe, Saint Irenée, comme nous avons dit ailleurs, ont fait paroitre une délicatefle furprenante fur ce fujet, quand il s'agifloit de fuir les Hérétiques. $°. Si on pafle un année dans Pex- communication fans fe mettre en peine de s’en faire ab- foudre, on eft ce femble aflez juftement fufpeét, de ne pas déférer à l'autorité & aux clefs de l'Eglife : & en ce cas le Fils de Dieu n’a-t-il pas diten termes formels, que celui qui n’écoute pas l’'Eclife & ne lui défére pas, doit êtrerégardé commeun Païen & comme un Publicain, c'eft- à-dire comme Pobjet de l’exécration publique. | XIV. 6°. Les Loix Imperiales obligeoient tous les “Gouverneurs & tous les Juges des Provinces & des villes à en exterminer lPHéréfie. Les Seigneurs, les Comtes, les Ducs ont fuccedé à ces Officiers Imperiaux : pour être devenus de déléguez & temporels, proprietaires & hérc- ditaires, ils n’en {ont pas moins Catholiques, ni moins obli- gez à veiller pour le falut de ceux qui leur font fourmis , & pour le falut éternel encore plus que: pour la vie prefen- ce, Ce n’eft donc point ici une nouveauté , c’eft le renou- _ vellement d’une obligation trés-ancienne. On n’a qu'a rappeller dans fa memoire, ce que nous avons rapporté dans la I. Partie, des iaftruions, que Ferrand Diacre don: 1O T. PART. Chap. IX. o8 “Trawédes Edits, ex des autres moïens _noit à un Gouverneur de Province. 7°. Les Loix-de Conf. tantin, celles de Juftinien, celles de Charlemagne & des au- tres Empereurs ou Rois de fa famille, ont fouvent com- mis les Archevêques &les Evêques pour veiller fur les'Gou- verneurs des Provinces, fur les Magiftrats & les Juges des villes, & pour avertir la Majefté Imperiale quand ils ne fatisferoient pas à tous leurs devoirs, dans ce qui concerne l'Eglife & la Juftice. Nousavons rapporté la meilleure par- tie de ces Loix dans la difcipline de PEglife : ce Concilene fit que renouveller ces Loix, quand il ordonne aux Archevé- ques &aux Evêques de prefler par les cenfures de l’Eglife les Seigneurs particuliers d’abolir l'Héréfie dans leur domaine. XV. 8. Si ces Seigneurs particliers ne fe tendent pas aux inftances des Evêques, & ne déférent pas aux foudres de PEghfe; ce Concile veut que la Puiffance temporelle vienne au fecours de la: fpirituelle, & venge le mépris qu’on en fait. C'eft ce que les Conciles Genéraux ont toùjours fait, quand ils ontimploré la Majefté Imperiale contre les Hé- rétiques , ainfi qu'il a été montré dans le I. Tome, où il a paru qu'ils ne lont pas inutilement implorée : car entre ces:Hérériques que les Empereurs profcrivoienr enfuite, il y. en avoit de riches, de puiffans, de redoutables par l'e- éndué de leurs terres, & par la multitude de leurs fujers. On faifoit donc dés-lors ce que ce Concile veut qu’on faf. fe, Ces Loïx imperiales conffquoient les biens des Héréti-- ques, & entre ces biens il y emavoit de Seigneuriaux , felon l'ufage de chaque fiecle. De quelque nature que fuflent les biens des Hérétiques profcrirs, Juftinien les adjugeoit à leurs proches parens Catholiques. Cela revient au De- cret. du Concile de Eatran : ce Decret n'étoig donc qu'un renouvellement des Loix de Juftinien, que Hincmar nous œ apris, & que nous fcavons encore d'ailleurs avoir été en vigueu#dans toute l’Eglife, même dans Occident, dans la France , &particuliérement dans le païs qu'on appel- lc. de Droit-Ecrit.. — . ÆVE 9°. Ceux qui auroient de la peine à digerer cette grande autorité des Leix de Juffinien, ou du Code Théodo- L 1 pourmäintenir Panité dé l'Eglifé Catholique. … 5° fien, quoi-que la chofe foit fort claire & fort certaine : n’auroient qu’à bien confiderer, que é Concile IV, de La cran étoit une Aflémblée mixte de toutes les Puiflinces Ecclefaftiques & Civiles de la Chrétienté, &que les Em- pereurs & les Rois y étant préfens , ou en pérfonnes ,où par leurs Armbafladeurs, ifs autorifoient tout ce qui ÿ Étoit 1€- folu. Matthieu Paris & l'Abbé d'Ufperg affeutent, qué les Ambafladeurs de l'Empereur de Conftantinople, dé celti d'Allemagne, des Rois de France, d'Angleterre, de Hon- grie, de Jerufalem, de Chypre, d’Arragon & de plufeurs au tres Princes étoient préfens à ce Concile. De cettemaniere, files terres des Seigneurs particuliers écoient confifquées , quand ils ne travailloient pas x étendre l'Héréfe , leurs propres Souverains confentoient fuffifamment à ces juge- mens, & les fcelloient de leur autorité. ro°. Les Croifades qui étoient ici téfolués, étoicnt fouténuës du confenre- ment & de l'autorité des Empéreurs & des Roïs; & On ne peut pas trouver: étrange , qu'on fr les mêmes efforts, & qu'on donnâc les mêmes indulgénces pour éteindre FHE- réfie, que pour aller conquerit la Terre Sainte. Il impor- toit certainement bien plus d’érouffer l'Heréfe , qui avoit embrafé Ja meilleure partie de l'Europe, que d'aller faire la guerre aux Sarrafms. ETRT.. POI UNS MID EIT NE XVIE. no. Les peines füivantes de ce Décret du Con- cile de Latran, font les mémes que celles des Loix du Code Théodofien, & de éelui de juftimien. Pour celles qui re- gardent les Evêques qui ne feront pas les vifites ñécef- faires, pour découvrir, pour Convertir, où pour chaflèt {Les Hérétiques ; ce font les mêmes ; Que celles dés Conci- les de Carrhase: Voilà quelléétoit alors l'Inquifiion con- tre les Hérétiqués; les Evéques croient les fhquifiteurs, ou par cux-mémes, où par leurs Archidraëres , ou par leuts autres Écclefiaftiques, ou parles plus habiles & les plus pieux d'entrées Religieux, rels que furene d'âbord ceux dé Ci- teaux,enfuite les Dominicains & lès Francifcains. Les peines n'y furene ouére differentes de celles qui éroient contenuës dans les Loix des deux Codes, approuvez & refpectez en on + re me Te PARTS: Chap:IX+ Il. PARTIE Chap. IX; xoe Traité des Edits, es des autres moïens ce point parles Conciles anciens, & par les Peres les plus: doux & les plus humains. . . X V IT 120. Si on dreffa des armées, & fi on publia des Croifades , c’écoient les Princes temporels qui en étoient les auteurs & les exécuteurs. Nous pourrionsdire, que c’é- toient les Hérétiques mêmes, contre lefquels il ne fut ja- mais tombé dans lefprit de lever des Armées, fi leur fu- reur , leur multitude, & leurs armées mêmes ne les euf {ent rendu formidables, Car d’où vient qu'il ne falut jamais d'armées ni de Croifades contre les anciens Hérétiques fi. ce n'eft parce-qu’elles ne furent jamais néceflaires con- tre des gens qui ne refiftoient point, qui n’armoient point, qui ne {e révoltoient point contre les Puiffances établies de Dieu? Les Circoncellions firent autrefois quelques vio- lences contre les Catholiques ; mais ce n’étoit que quel- ques particuliers , ou un petit nombre de furieux, contre lefquels les executeurs, les Officiers &:les Soldars par or- dre des: Empereurs accouroient auffi-tôt; ce quine fe paf foit.pas fans verfer le fans de ces Fanatiques. Les Evêques Donariftes en faifoient de cruelles plaintes ; mais les plus sloux ,. les plus faints de nos Evêques, Saint Auguftin 8 Optaf, faifoienc l'Apologie des Empereurs & de Eglife ; & en même-tems de nos Croifades, comme nous l'avons dic-plus au long en fon lieu :: car. pourquoi les Empéreurs auront-1Îs pü envoïer des troupes & des Officiers de guerre contre un petit nombre de. Circoncellions, & qu’on n'au- ra pas pü en ufer de même contre de grandes armées d’Al- igeois & de Vaudois? Les Circoncelkions fe faifoient plus de mal à-eux-mêmes, qu'ils n’en recevoient. des Soldats des Empereurs;.& on peut dire que le carnage & les in- cendies qu'on ne peut lire qu'avec douleur dans l'Hiftoire: dés Albiseois, venoient encore plus de leur propre fureur, . que de la violence de nos troupes. Ils n° avoient qu'à pofer les, armes, & rendre les villes & les places. fortes qu'ils avolent faifies, pour décourner: tous ces malheurs & rous ces défordres de deffus leurs têtes. J'ai dit tous ces défot- des, parce-qu'il ny a point d'homme fage, qui voulût,, pour maintenir Punité de P Eghife Catholique. 07: ou qui püt répondre de tons les excés & de toutes les in- juftices que fait le Soldat dans les guerres les plus juftes. Dans ces occafions , ni les Soldats, ni les Officiers ne font pas innocens : mais il eft fans doute, que ceux qui ont donné un jufte fujet à ces guerres. font fans comparaifon plus coupables. Nous n’en verrons que trop de funeftes exemples dans le cours de cette hiftoire. CERAPIFR NX. Suite des moïens, dont on fe fervit dans nos Conciles de - France, pour eonferver dans l’unité de l'Eclife les Al- ” bigeoïs, qui s’étoient convertis de bonne volonté. ou par crainte, & pour réprimer Ceux qui s'en écartoient. I. Continnation de la Pénitence Canonique, à laquelle on donna. le nom d'Inquifition, comme elle avoit été réglée dans le IP. Con- cile de Latran. Elle fut receue dans le Concile de Narbonne de: lan 1227. aprés la foumiflion de Raimond Comte de Touloufe- dans le Concile de Bourges de l'an 1225. IL. Progrez de la Con- verfion de ce Prince en 1228. Son Traïté de paix achevé avec Saint Louis à Paris aux conditions les plus avantagenfes pour . La Religion. Fondation des chaïres de Doëteurs à Toulonfe à cette. fr. TITI. Le Concile de Toulonfe en 1229. compofé des deux: _Puiflances, Ecclefiaffique © Séculiére, des Provinces de Lan- gnedoc © de Guienne. On y rétablit l’Inquifition Epifcopale: IV. Differens droits des Ecclefiaftiques © des Laiques pour la forme de ces jugemens. VW. Diverfés précautions à PEgçard de ceux- da même qui étoient convertis de bonne Foi. VI. 4 plus forte rai- fon contre les autres. VII. Obligation de renouveller La profeffion -de foi tons les deux ans. VIII. Obligation impofèe à tous indif- feremment de [e prefenter trois fois Pan aux Sacrements. Réponfe: 4 l'objeilion du danger des facriléges. Défenfe aux Laïques de: garder d'autres Livres de l'Ecriture que le Pfautier pour les of © fices de PEglife : point de Tradntlion en langue vulgaire , telle qu'étoit alors celle de Mets, dont ils abufoient. IX. Exclufion des Médecins héretiques d'auprés des malades. Défenfe de faire dès Teflaments qu'en. préfence d'un Ecclefiaftique € d'antres témoins #rréprochables. X..Exclufion plus générale des charges publiques, & ILPARTIE - Chap. Xe” emêrmes des places chez les Grands, pour les perfonnes qu'on dé crie juifement come diffamées. XI. Renouvellement des privileges, 11}, IL PART. Chap. X: xo2- Traité des Edits, eg des autres moïens liberte? @ exemtions des perfonnes © des maifons Ecclefiafii:s ques © Religienfes. XII. Renouvellement de l'ancienne obligation : de tous les Paroifiens. an Service Divin, compris la Aeffe, [ons - une peine pécuniaire pour chaque abfence. XIII. Nouvelles pre cautions contre les perturbateurs de la paix. XIV. Importance de” ces chapitres qu'on devoit lire quatre fois l'an, © qui ont été con-”? firmez dans les Conciles fuivans. XV. Confirmation particuliere | dans le Concile de Beziers de l'an 1233. contre ceux qui fe ren- doient [ufpeits par leurs abfences des Eglifes, avec dexcellens Re- glemens pour le Clergé © pour la paix. XVI. Reglemens plus févéres donnez dans le Concile de Narbonne de 123 s. aux Freres Précheurs pour leur Inquifition contre les Hérétiques. XVII. Peine .de confifcation furajontée-à l'excommunication dans un antre Con-. cie de Bexiers de l'an 1246. fans doute de concert avec La Puif= fance féculiére. XVIII. A plus forte raïfon dans le Concile d’AI- bi de l'an 1254. où lon fe donne l'autorité de décerner d’autres peines contre les Seigneurs mêmes, © contre les Prélats qui avoient violé les Statuts non fenlement du Concile de Touloufe : mais anffi des Conciles de Narbonne © de Valence des années 1227. € _1228. pour les Roïaumes de France © d Arragon L Epeur qu'on ne croie, que les régles de la Péniten- ce Canonique renouvellées dans le I V. Concile de Latran contre les Hérétiques, ne tiennent trop du Tri- bunal particulier de lInquifition établie vers ces tems-là par les Papes ; il eft bon deremarquer, outre ce qui a été dir, que de tout tems les Evêques ont été les premiers Inqui- fireurs ou Infpeéteurs de leur Diocefe, felon l'étymologie de leur nom, & les maîtres abfolus de toute la Pénitence Canonique, pour l'adminiftrer par eux-mêmes, onparleurs Officiers ;que cependant dans le tems que cette Péniten- ce publique s’éteignoit pour ainf-dire dans l'Eglife, ce fu- rent nos Evêques mêmes qui recoururent les prémiers au Saint Siége, comme il a été dit plus haut, pour la rétablir, au moins en forme d’Inquifition particuliere, contre les Hérétiques dent ils ne pouvoient venir à bout. Et nous avons vü que les Religieux de Citeaux d’abord, &enfüuite les FF, Prècheurs en furent chargez dans la Province de Languedoc, d'où le venin de PHéréfic fe répandoic dans les autres Provinces. Mais le Concile de Lacran interye- L } Î Vas pour maintenir l'unité de l'Églife Catholique. 162 mant, ne déchargea pas pour cela les Evêques de FInqui- _fition primitive, dont ils font chargez naturellement : &c ceux-ci le comprirent fort bien dans nos Provinces, où aprés que Raimond Comte de Touloufe fe fat foumis au juge- ment des Peres dans le Concile de Bourges-dés l'an 1224. en préfence du Légat & de prefque tous les Evêques de France ; ils reçürent & amplifiérent toutes ces régles dans le Concile de Narbonne en 1227. & dans les fuivans, où nous les allons expliquer , pour fatisfaire fimplement aux devoirs indifpenfables de P'Hiftoire que nous traitons. IT. Les principaux de ces Conciles furent tenus aprés le progrez de la Converfion de Raïmond Comte de Tou- . loufe, & la paix qu'il craita avec le Roi Saint Lotis à Meaux & à Paris en prefence du Lcoat , des Prélats & des Barons lan 1228. C’elt un des plus anciens exemples d'E- IE Par, Chap. X. dits ou de Traitez de pacification. Les conditions en font : rapportées tout au long dans la derniere édition des Con- * ciles. Les plus avanrageufes pour la Religion, furent que le Comte préteroit main forte à l'Eglife pour la recherche & la punition des Herétiques, pour la confervation dé la paix, des libertez & immunitez ecclefaftiques, ne fouffrant plus déformais qu'on méprifât l'autorité des clefs; qu'il fétoit démanteler Touloufe & trente autres places qui y font énon- cées; qu'il donneroit fa fille unique en mariage à l’un des freres du Roï, afin d'affeurer fa catholicité jufques dans fes héritiers ; & qu’il fonderoit dans Touloufe douze chaires de Profefleurs tant en Théologie qu'en droit Canon, hu- manitez & Grammaire. C’étoit pour former dés fujers ca- pables de remplir dignement les Benefices, & de bannir Pignorance qui avoit été la fource émpoifonnée de toutes ces groffiéres Héréfies : & c’eft ce qu'on à foigneufement recommandé dans la plüpart des Conciles de ce remms-là, &Cenc. Tom. US pag. 4153 _G fra a & dans nos derniers tems, für tout pour bien remplir les : / [2 EE : 3- 1 È er £ . e ° : Bénéfices à chargé d’ame, d’où dépend la principale inf trucion des fidéles. Le Roi Saint Loüis confirma toutes ces * conditions par fes Statuts en forme de Lettres Patentes, particuliérement pour les vraies libertez de FEclife Gall + lbidens 104 Traité des Edits, @5° des atitres moïens para, Cane, & la punition des Hérériques ; & on obligea le Comte Chap. X. de lesrenouveller & de les exécuter plus exactement en 1233. zh. pag. 454. LIL. Dés Van 1229. l'on tint un Concile célébre à Tou- Joufe en prefence du même Légat, des Metropolitains de Narbonne, de Bourdeaux & d’Auch, avec plufieurs autres Prélats, d’unepart; &.des Comtes de Touloufe & deFoïx, des Barons, Sénéchaux & autres Magiftrats, d’autre part. s Guillaume de Pui-Laurent en fait mention dans fa Chro- dbid.p48.426. nique, Chapitre 40. qu’on a inferé toutentier dans le Tome de feg. cité des Conciles , avec les Canons ou Chapitres tirez de la Bibliotheque le Tellier. . Le Chapitre premier porte pour titre, qu’on établira » dans tous les lieux un Prêtre & trois Laïques qui faflent » une diligente enquête des Hérétiques : #4 ir fimgulis lo- sis facerdos wnus @ tres Laici conffituantur, qui diligenter in- » quiraut Hareticos. On charge particuliérement les Com- miflaires d'examiner les lieux fecrets & fufpeéts d'Héréfie, afin de les indiquer aux Seigneurs ou à leurs Baillifs, qui y mettront ordre inceflamment. Et dans les Chapitres fui- vans jufqu'au fepriéme inclufivement on s’étend fur les circonftances de cette perquifition, jufqu’à faire punir les » Baillifs mêmes, qui feroient négligens à punir les Héré- » tiques. Pour ne point trouver cette conduite nouvelle, il ne faut que fe fouvenir des Régles que Saint Léon & les autres anciens Peres prefcrivirent autrefois, aprés les Em- pereurs, pour la recherche & la punition des Manichéens. # IV. Dans le Chapitre huitiéme,.de-peur qu’on ne con- fonde les innocens avec les coupables, & qu'on n’attribuë » Je crime d'Héréfie par calomnie indifferemment à qui l’on * voudra; le Concile de Touloufe compofé comme nous ” avons vü, d'Ecclefiaftiques & de Laïques, flatué qu'on * nepunira perfonne pour ce füujet, qui n'ait été jugé coupa- » ble auparavant par l'autorité de l'Eglife, qu'on fçaic n'é- ” tre pas trop rigoureufe ordinairement daps fes jugemens, #f Demo puniatur tanquam credens vel Hareticus, nifi talis per poteslatem Ecclefafticam judicatus. Mais pour l'information qui eft la premiere procedure de certe efpece d’Inquifition, il æ % % » *?% æ &w pour maintenir l'unité dé l'Erl life Catholique. 106$ permetindifferemment dans le se Chapitre aux Of- ficiers des Seigneurs d’en faire les actes fur les cerres les uns des autres. On a aflez compris par les Chapitres precedens que l’execution des jugemens Ecclefaftiques étoit renvoiée aux Baillifs & aux autres Officiers Laïques. C ‘ef le: moien d'accorder les deux Tribunaux. ; V. Dans le dixiéme Chapitre, qui porte pour titre ; De A ce maniere dont: on doit agir avec les Hérétiques qui fe font « convertis de bonne foi, quomodo agendum cum Hareticis « honte ad fidem rEVET/S ; Le Concile ne laifle pas de pren- dreune précaution, dont les bons Convertis devroient être bien aïfes; favoir de ne les point laïifler dans les lieux fuf- pe&s, qui feroient contagieux pour eux, fut-ce leur pro- # pe Patrie; mais de les établir dans quelque ville ou vil- « lage Catholique, où ils ne foient point expofés au peril « de la rechute. Onne fauroit croire de quelle confequence eft cette précaution. Celle qui fuit dans le même Chapitre du port d’une double Croix fur leurs habits en deteftation « de leurs Héréfies , n’eft pas fimportante aujourd’hui. Mais le dernier, de ne leur donner aucune charge publique ? à « moins d’une difpenfe , left beaucoup davantage, faufà don- « ner cette difpenfe felon nôtre ufage préfent, different de ce- lui de ce tems-là. Ils doivent craindre eux-mêmes de ne 4e pouvoir défendre dans exercice de leurs charges con- tre les affections de leurs proches & de leurs amis | “ani ne feroient pas fi bien convertis qu'eux. VI. A plus forte raifon doit-on fe précautionner contre ceux-ci, comme a fait le Concile dans le Chapitre onziéme qui porte pour titre : De la maniere dont on fe doit com- « porter avecles Hérétiques, qui-oneété convertis par crainte « ou par. d'autres motifs femblables : u0m0do agen dum cum Hareticis #01 ponte ed timore vel alié cansà convenfs. I] {e- roit à fouhaiter qu'on les pût encore entiérement féparer « des autres, de-peur qu’ils ne les corrompent, & afin qu'ils « faflent pénitente, comme le Concile s'explique nettement. Il pourvoit néanmoins à leurs befoins par ceux qui font « -chargez de leurs propres biens ; ou s als n'en ont point, par IE: PART: Chap. X- “JT: PART. Chap. X. x2 Trairé des Eds, es des autres moïens féculiére. Car c’étoient les degrez, par lefquels on avoit accoütumé de procéder juridiquement, aprés les avoir ob- ligez aux devoirs ordinaires des Fidéles, tant pour la Meñle que pour les Sacremens, on les excommunioit , S'ils y manquoient. On pourroit dire qu'en cela on ne faifoit que fuivre leur inclination; laquelle ils avotent affez mar quée, en s’excommuniant eux-mêmes les premiers par cet éloignement de lEglife; & c’eft ce qu'ils nous difent en- core aujourd’hui , femoquant ainfi publiquement des Cen- fures. Mais comme les Princesen cescems-là, particuliére- : ment les Rois de France & d’Arragon avoient ordonné que “ceux qui demeureroient un an € jour dans l'excommunication fans fe faire abloudre ; fur tout, pour le crime d'Héréfe, [e- roieut traités effeitivement comme des H érétiques , dant aflez montré le mépris qu'ils failoient des Cenfures & de l’au- torité de l’Eglife : on pañloit aux peines temporelles, telle qu’eft la confifcation , dont ces gens intereflez étoient plus -touchez que des peines fpirituelles. C’eft aux Princes à voir fi cet ordre ne feroit pas encore bon aujourd’hui, pour produire le même effet qu'il caufa enfin dans ces -tems-là. à : F bidon p. 7222 [eg XIX. Cela eft fi ee que dans le Concile d'Albicélé. ‘bré en 1254. les Prelats de la Province de Bourges s’étoient joints à ceux des Provinces de Narbonne & de Bourdeaux, tant pour exterminer, (comme il eft dit dans la petite pre- face ) limpieté hérétique dans ce lieu’, qui en avoir été le centre, d’où les Hérétiques s’étoient nommez Albigeois; que pour renouveller la difcipline Ecclefaftique, qui eft » d'un grand fecours à ce deflein. Les Peres adhérant prin- J Ÿ 93 » 33 92 Can. 17, 18.9 cipalement au Concile de Touloufe, comme ils le difent d’abord, non feulement en renouvellent rous les.Statuts; -maisils lesexpliquent & les étendent jufqu’à la confeflion annuelle & à la Communion de trois fois l'an, fi le Con- fefleur n’y trouve point d’empéchement. Ils n’ont garde d'oublier finfirudion catholique qu'on avoit commencé de recommander la plus fimple & la plus diftinéte dans le premier Concile de Beziers, tant pour les Adultes, que . pou£ pourwaintenir l'Unité de l'Elife Catholique. #13 “pour les Enfans, qui y doivent étre amenez par leurs pro- -pres Parens afin qu’ils n’en pretendent caufe d’ignorance à l'avenir : Ne velamen ignorantie deinceps pretendere quif- qua pobit, ec OO Ils confirment en outre les Statuts des Conciles de Nar- bonne & de Valence célébrez en 1227. & 1228. pour les Roïaumes de France & d'Aragon; & îls fe donnent lau- toricé de décerner des peines contre les Prelats, les Barons, des Confuls & les autres Magiftrats qui auront négligé tous -ces Statuts contre les Hérétiques; fans doute en confequen- ce des Ordonnances de leurs Souverains, qui leur permet æoient de prendre cette autorité, comme on l'a aflezinfi- “nué ci-devant. | I n’y a rien de fi fort, que celle de Saint Loüis, dattée le la derniere de ces années 1228. pour les vraies libertez des Eglifes, & pour la punition des Hérétiques & de leurs auteurs, qui en avoient, dit-il, troublé la tranquillité & foüillé la pureté dans tous ces lieux. Elle à été donnceau public par Meffieurs Catel -& du Chefne dans leurs Hif- toires, d'où M. de Marca l’avoit citée comme tres-impor- tante pour l’'Eglife, dans fon troifiéme Livre de la con. corde Chapitre premier. M. Baluze en aïant trouvé lo- tiginal dans les Archives de Narbonne, fa faic 1mpri- er de nouveau plus exatement à la fin du même Cha- pitre, où on la peut confulter comme un excellent mo- déle des Edits, que les Princes peuvent accorder en pa- reil cas. Et il y indique les loüanges, qu’y donna le Pape Innocent {V. dansfon Bref, adreflé à la Reine de France, qui fe trouve dans les mêmes Archives. : _ :C'eft aux Princes d’aujourd’hui de voir, s'il ne {croit pas à propos d’autorifer finon en tout, du moins en par- tie les Prclats pour concourir avec les Magiftrats à l'extir- pation de l'Héréfie, comme on fit alors. On ne peut au moins douter, que ces réglemens n'aient été meurement I 8 8 I. PART. Chap. X+ Concertez pendant prés d’un demi-fiécle pour une fin tou … $ : Fe 5 É - te pareille, & contre une Héréfe, dont celles de nôtre. £ems ont précendu defcendre , comme elles en tiennenten m Q= , À ner en 11. PART. Chap. X: 21 — Traité des Edits, @ÿ des autres moïens plufieurs chefs; mais celle-là.fut alors détruite plus vite -encore que celles d'aujourd'hui, pat l'efficacité de ces moïens, dont il fiéd pourtant bien à l'Eclite de modérer l'exécution, comme elle a toüjours fait. : C — PITRE XÉ ie Des Vaudois, & de la fraternité des Proteftans avec eus T. De leur nom € de leurs principales erreurs. II. Témoignage du Pape Ianocent III. en faveur de quelques Vandois, qui revenoient de leurs erreurs. TITI. Remarques [ur Ce témoignage: Combien les _ Proteffans fe font de tort, quandils affcttent quelque fraternité avec les Vandois & les Albigeois, IV. Il$ tâchent de contrefaire la perpetuité @ l'univerfalité de l'Eglife. VW: Cette communion af- Jeétée les rendroit Dianichéens, ennemis de la Trinité, de LInx carnation, ©°c. Preuves que cette union ne fe peur faire. WI. Praz tiques de vertu parmi les Vandois; les Confeils Evangeliques pras tijuez entreux. Leur ignorance, VII. Convenances © difcon- Venances des Albireois © des V'andois avec les Proreflans, prin- cipalerment à cañfe de leur averfion commune pour toutes les Puif= Jances fuperienres ; foit dans le Siècle, foir dans l'Eglife, VI Combien il fur facile de débancher cette multitude infinie d’ignos ans, ch les flattant, @.neles faifant plus dépendre que d'eux- mêmes. IX. Se jngeant jules € bons-hommes , ils s’érigeoient en Prétres, em Mfagiffrats © en Rois. Cette alliance ne fait pas. _ honnenr aux Proteffans. X. Les anciens Vandois n'y confentiroient - pas de leur part, XI. Refles des Vandois dans les [fécles [uivans. * {ls étoicnt vraiement Manichéens , adorateurs du Soleil , G* “Impurs. a = es. I. H. FNe partie de ce qui a éré dit jufqu'à prefent des Albigcois, regardoit aufli les Vaudois: car- ce- toit une foule innombrable d'Hérétiques.de diverfes Sectes... à qui on donna le nom d’Albigeois, du païs qui porte ce . nom dans le Languedoc , où ils firent le plus de ravage: ou de Vaudois, du nom de celuy qui fe diftingua le plus parmi eux, étant originaire de Lyon; d’où vient qu'on les nomma auf les Pawvres. de Lyon: Le mème auteur de l'Hi pour maintenir l'aniré de l'Evlife Catholique. 115 ftoife dés Albigéois, que nous avons fuivi dans lès Cha: pitres precedens, à fait auffi la peinture des Vaudois, & voici ce qu'il en dit. Il y avoit d'autres Hérériques nom- mez Vaudois, d’un Lyonnois, nominé #ldius où Paldo. Es étoient chargez de vices;mais beaucoup moins, que les auttes. Îls convénoient avec nous en beaucoup de chofës; en d’autres ils en differoient. Pour n’être pas trop longs ; nous dirons que leurs erreurs confftoienten quatte chofes principales. Éls portoient dés fandales, par une mauvaife af fedtation d’imitér les Apôtres, Ils nevouloient pas qu'il füt jamais permis de jurer, ni de faire mourir qui-que-ce-foit. Ils difoient encore, que ceux dé leur Sete, pourvu-qu'ils portaflent des fandales, pouvoienr dans le befoin confa- cer le Corps de Jefus-Chtiff, fans avoir jamais été ordon- nez par les Evêques. Pour être reçüs dans ces Sectes, il « faloit renoncer à toute la Foi de l'Ecolife Romaine, & au Batème qu'on y avoit reçû , avec toutes les cérémonies facrées qui l'accompagnent, - 1: / » LÉ lys # æ N Il étoit difficile que ces Hérétiques cn demeuraflent-là. Aiant une fois renoncé à la Foi de l’'Eghfé Romaine, ils alloient fans doure plus loin. Afant renoncé au Batème qu'ils y avoient réct , il étoit impoñhible, qu'ils eüflent beaucoup de refpeét pout les âutres Sacrëmiens. Aïant re poncé à la Foi & aux Sacrémens de l'Eglife, ne diftin- guant plus le Clergé d'avec les Eaiques , & attribuant à quelques Laiques la plus fainté fonttion du Sacerdoce; favoir de confacrer l’Encariftie ; dans quel abime d’im pietez ne devoient-ils pas tomber ? C'eft apparemment cé qui a fait qu'on les a peu diftinguez d'avec les Albigcois, dont la éréance, la difcipline, & la morale éroit entiere- nent abominable & digne du nom de Manichéens, qu'ils rénoient, où qu'on Jeuf donnotts 7. _— * A faut néanmoins avoter, que ce n'eft pas fans raifon, que cet Fhftotien à dit, que plufieuts entre les Vaudois IL Part. cé < Rainaldus AN. 1204: Pa cé 6 convenoient en beaucoup de chofes avec nous, & a ré - duit leurs erreurs à quatré points fulement, qui ñne com cernent-prefque pas la Foi, Le Pape Innocene FIEF nous “à gré Traité des Edits, es° des autres moïens: fl. ParrT. en donnera une preuve fort convaincante dans les lettress Chap. XL» de fon Resiftre. Il y. nomme fept Efpagnols ou Langue. ÆRegefl. 13. Epifl. 78s- »- dochiens, & dit qu'érant venus à Rome, eux & leurs come. # pagnons,, ils avoient fait Cette dépofition entre fes mains, » pour eux & pour leurs-fréres. Après avoir été examinez furi » Ja Foi, & fur les Sacremens de l'Eglife,. ce Pape dit qu'il. » les avoit-reconnus Catholiques & Orthodoxes :Ex his, que. nobis, dearticulis fdei @* Sacramentis Ecclefie diligenter exa- minati, dixerunt, cognovimns e0s fidem fapere Orthodoxam 3: » cd Catholicam aStruere veritatem. Après-cela ce Pape infére: #. [eur confeflion. de Foi ,. qui eft: entierement Catholique. » fur la Trinité, fur le Dieu de l'Ancien Teflament,. fur » l’Incarnation , fur tous-les Myftéres de Jefus-Chift dans. » nôtre chair, fur l'Eclife Catholique Apoftolique & Ro- * maine, hors laquelle il n’y a point de Salur; für les Sa cremens adminiftrez par les méchans..fur le Barème des # enfans, fur l'Eucariftie,. fur la puiflance des Juges fécus- » liers à exercer des jugemens de mort; enfin fur les dixmes;, » les prémices & les ofrandes.. = | III. Mais il y a fujet de douter fi cette Confeffion de Foi-n’étoit pas plûtôt.une abjuration de leurs erreurs pré=- cedentes , &fi on n’en doit pas inférer. au contraire que: les Vaudois avoient été, .ou atteints ou fufpeéts de-tou:- tes les mêmes erreurs. que les Albigeois:. & que ce n'eft pas fans: raifon, qu’on a fouvent confondu ces deux. Se- étes, comme. il nous :parof par la. plupart des autres Hif- toriens. Il eft: encore évident, que les.uns & les autres avoient eu beaucoup: de rapport avec les: Manicheens ane Gieps, particuliérement dans leurs déguifemens.perpetuels en.maricre de Religion. H ef enfin manifelte, que c’eft fans-raifon que nos Proreftans affectent fouvent quelque fraternité & quelque communion avec les anciens Vau- dois, & ceux qui peuvent en être reftez dans quelques. coins de l'Europe. Car c’eft vouloir entrer en focieté & en communion avec des Manichéens, des Arriens, & avec ec qu'il y a eu de plus infime parmi les anciennes. Sectes du Chriftianifime, C'eft vouloir s'allie avec les Albiseois pounmaintenir Funité de lEglife Catholique. 17 f.fouvenc & fi: juftement condamnez en leurs tems pat pire: gant: de Conciles:tenus à Rome, en France,.en Efpagne, Chap. SE par rant d’Empereurs & rant de Rois, par tant de Pro- vinces Chrétiennes, par l'Eglife univerfelle: C'eft vouloir s'unir de Foi & de communion avec des Sectes, dont un bonnombre d'érreurs font déceftces par ceux-mêmes, qui re* cherchent cette communion, &eerte alliance chimerique.- s IV. En cela:ces Meflieurs rendent un témoignage avan: tageux à l'Eglife Catholique.-Car ce n'eft que par jaloufie; & par une faufle imitation.de PEglife, qu'ils tâchent de fe donner quelque ombre-de perpetuité & d’univerfalité. La focieté de nos Proteftans eft trés-nouvelle ,-& a fort peu d'étenduë. Ils font ébloüis de la gloire de létenduë de l'Eglife, & de fa durée dans toute la terre, & dans tous les fiécles. Hs ne peuvent tellement fermer les yeux à ces éclatantes lumieres, qu’ils ne les’ appergoivent dans l'E-- criture-& dans-le monde. C’eft ce qui les invite as’ine corporer: avec les Vaudois &les Albigeoïs;-qui'ont été un peu plus étendus:& un peu plus.anciens'qu'eux. Quand ce‘ _deflein leurréüfliroit, l'avantage qu'ils en retiréroient ;,. ne” feroit pas au-fond confidérable. Hs.feroient plus anciens de” rois ou quatre fiécles. H n'eft pas queftion de cela.-Il s'agic: de la-perpetuite depuisle commencement de l'Eglife, juf-- qu'à la fin des fiécles: Et pour ce qui eft de létendué:., quand” ils feroient vraiement les-enfans des Vaudois. & des Albi-- gcois, ils ne fe crouveroient que dans plufieurs recoins de- PEurope, fort:à: l'étroit par tout; & exclus du refke de R. terre , où l'Eglife Catholique parofr par-tout:- a. V. Mais-à-ne eonfiderer que le fond de’ cette urion &: ‘de cette communion: prétendué, quelle gloire pourront tirer ces: Meflieurs ,. d’être devenus Manichéens ? d'être’ -en focieté de Religion avec des:gens.-qui nioient la Tri nité. .qui-connoifloient un premier principe du: mal-in- dépendant dû premier principe du Bien; qui traitoient- a chair de Jefus-Chrift & tous fes myftéres de Phantô- mes: -déteftoient le Dieu de l’ancien: Teftament, abhos roient. tous les Sacremens ? Pourquoi rechercher-lallians- Qi] 8. Traité des Edits, és des autresmoïens pin, ce-des Sectes, qui auroienit de éloignement d'eux ? Car IL PARTIE / fer AZ: > And LR ë Chap. XL CES mélanges. de Scétes differentes , n'ont Jamais été au gout des anciens Hérétiques. C’eft un raffinement de l'invention des Proteflans, où ils n’ont pas été heureux; même dans les fiécles :préfens. Ils ont bien plus de rap- port entr'eux. .qu'avec les anciens Hérériques, Comment s'allieront-ils donc aux anciens, s'ils ne peuvent lier une focieré avec les prefens , que rarement, difficilement, pour bien peu de temps, & par une profonde diflimulation ? : VI. Mais voici encore de quoi abattre ces ridicules prétentions. Comment ces Meflieurs s'accommoderont-ils de ce qui fuit dans la même lettre d'Innocent III, où les mêmes Vaudois lui déclarent les principales-maximes de # leur morale & de leur difcipline, proteltant de perfévérer # toüjours dans la doétrine & fous la conduite du Pontife » Romain? cela pouvoit être encore fimulé. Mais ils faifoient » véritablement profeffion de la pauvreté Evangelique. Ils promettoientau Pape dene jamais tecevoir ni or, niargent, » ni chofe femblable de perfonne pour leur vêtemens, ou pour leur nourriture, Tls s’engageoient à obferver les Cons »_feils Evangeliques, comme des precepres à leur égard; à ré- ».citer tous les jours les heures Cananiales en changeantla récitation des Pfeaumesen d'autres prietes plus-communes » entre ceux qui n’ont pointétudié. Ils s’obligeoieht à garder » la virginité, ou la chafteté perpetuelle, à jeûner les deux » Carêmes, & les autres jeünes de l'Eclife. Cela confirme Ibihems, -parmi les Vaudois A Dans une ausre lewrecé Pape roçoic Fabjaration que LEE pour maintenir l'uniré de l'Eglife Catholique. ‘119 failoient entre es mains les mêmes Vaudois : où nous «Il. Part: remarquerons encore, qu’ils déclarent, que ce jurement ao XI. qu'ils faifoient, n’étoit pas celui que Jefus-Chrift a défendu « Lie . dans l'Evangile; mais celui que Saint Auguftin & les au- « tres Peres ont reconnu devoir être prêté dans les occañons, « où il eft néceflaire ; ils reconnurent aufli les Sacremens « de la Confirmation, de lExtreme-On@ion, de P'Ordina- « tion. Je laifle les autres articles, qui ont déja été touchez, pour dire que ces Vaudois étoient vraiement Religieux, lez par les vœux folennels des Confeils Evangeliques ; mais qui s’éoient laïffé entraîner aux erreurs alors popu- aires des Cachares, & des Albigeois, apparemment par ignorance : car il paroît dans ces deux lettres même, qu'il ÿ en avoit peu d’entreux, qui fuflent Clercs , ou qui fuffent lire. Auffi fubftituoient-ils aux heures Canoniales &'au Pfautier un nombre réglé d’oraifons dominicales, & de recitations du Symbole &/du #i/érere, {lon l'ufa- ge des Laïques , qui étoient entiérement fans lettres & fans étude. C’étoit encore prier par Compte, de quoi nos Proteftans ne s’accommodent pas. | . VIE Il faut de plus conclure de R trois chofes. La premiere, que ces Vaudois étoient les mêmes que cet- te partie des Albigeois, qui étoient appellez les Parfaits, qui pratiquoient les vertus & les confeils, qui renonçoient au mariage , & à la pofleflion des biens de la terres & fur les mérites” defquels les: autres fe repoloient, ‘en vivant dans lefiécle, & dans le libertinage du fiécle, commeil atété dir. La feconde , que fi ceux qui étoient les Par- faits, éroient dans une fi profonde ignorance parmi les Vaudois, nou$ ne pouvons avoir que du mépris pour tou : te la Seéte , pour laquelle-néanmoins nos Proceftans veu-: lent qu'on ait tant de vénération: M eft doncvérirable, come imenous avons dir, que toute cette inondation d’'Albigcofs, de quelque nom qu'ils {e couvriflent dans toute l’Europe, n'étoic qu'une multitude innombrable d’ignorans, de gens - graffers, d'artifans, & de païfans revoltez contre les Prin ces remporcls, & contre l'Eclife. Ce qui fitque les Emper 120 Traité des Edits, eo des autres Moïens v——— reurs & les Rois prirent les armes pour les réprimer, & TEPARTE pour vanger FEglife, en aflurant en même tems leur cou- Chap. XL orne, Latroifiémeen£n, que c'eft peut-être en cela qu'il y .a plus de reflemblance entre les Albigeois & les Vau- dois, & entre les Scétes de ces deux ou trois derniers . Gécles. Car la verité eft, que dans’tousles autres dogmes, il.y a beaucoup de difconvenances & de contrarierez en: tre toutes ces Scétes, comparées les unes avec‘es autres, & confiderces chacune en particulier: mais le point, où elles.conviennenttoutes, & où il n'y a-point de contra- rieté entr'elles, .& dans elles-mêmes, eft dla rebellion con- tre toutes les Puiflances-fuperieures, établies de Dieu, foit pour regir lEolife, foit pour gouverner les Etats. Toutes ces focietez ont faittous leurs efforts poffibles, pour fecoüer Fun & lautrejous ;-& c'eft pour cette raifon, que.ces deux Puiflances ont été obligées de confpirer enfemble, pour fe {outenir mutuellement l’une & l’autre contre leurs en: HÉMMS COMMUNS. = et + à ie V II. Ajoutons encore, que ce n'eft pas une grande gloire, de tirer avantage de cette foule de Païfans revol- vez contre l'Eglife & contre les Princes temporels; car qu'y a-t-il de.plus facile, que de revolter ces fortes de gens, en les flattant de l’efperance d’une faufle liberté, où ils ne dépendront:plus que d'eux-mêmes, exerceront eux-mêmes le Saccrdoce & la Roïauté, & uniront en eux-mêmes cet- te double Souveraineté > Cétoit pour cela que:ces Tifle- rans s’ingeroient dans toutesles fonctions facerdotales, fous. pretexte qu'ils étoient Zozs-hommes comme ils parloient: & lorfqu'ils ne vouloient pas que les Magiftrats puñlenc exercer Jeur autorité, s'ils étoient en péche mortel, ils e revêtoient eux-mêmes de toute l’autorire fpirituelle & tem porclle. C'eft ce que le Pape Innocent Re Encore dans la derniere de ces deux lettres, quoi-qu’il témoigne: que ces Vaudois qui faifoient alors abjuration, nioient avoit # jamais €te dans ces maximes: Lices ün fubfcriptis articulis,’ ficut à quibufdaw accepimus , affererentur erraffe; guod vide: diset Joli Deo effet offendendum : & fi homini ; [ol juf, our maintenir l'unité de l'Eghfe Catholique. rx qui Deum habet in fe : ac licere Laico ac litterato Jive licen- ia cujuflibet hominis pradicare : bonumque Laïcum poteffar tem conficiendi Euchariffiam habere, malum auier facerdoters REQHAGUAMN. - Se : IX. C’étoit-là la Théologie de.ces Païfans. Elle étoit toute renfermée dans leur nom de 8os-hommes, ou de juftes; ils ne vouloient-pas charger leur efprit, ou leur mé- moire d’une plus forte fcience. Se préfumant juftes, ils Étoient à leur avis plus propres à facrifier que les Prètres, à gouverner -que les Masgiftrats. La bonne opinion qu'il Jeur plaifoit d’avoir d'eux-mêmes, leur donnoit cette dou- ‘ble inveftirure du Sacerdoce, & des Magiftratures. Nos Proteftans ne peuvent pas nier, qu'ils n'aient aufli ufutpé … Je Sacerdoce, quoi- qu'ilsne.fuffent la plüpart que Laïques, & qu'ils n'aient foulevé une grande partie des Païs qu'ils sccupent. contre leurs anciens Souverains legitimes. Je ne mie pas, que ces Meflieurs n'aient eù d’abord quelque litte- tarure,.& n'en n'aient acquis beaucoup d'avantage dans la fuite du cems; mais ils ne peuvent pas nier eux-mé- mes, que les plus ignorans des hommes, les Albigcois, des Vaudois & les autres artifans mutinez du XII. & du XIIL. fiécles n’aient fait routes ces démarches avant eux, Ce ne furent pas les longues études de ces fortes de gens, ce .ne furent pas leurs profondes Mméditations des Ecritures, ou leurs lumiérés extraordinaires, qui les {éparérent de l'obéiffance qu'ils avoient toûjours rendué À l'Eclife, aux Magiftrats, & aux Princes: ce fut un pur libertinage d’efpric, l'ennui de fervir & d'obéir tOUJOUFS ; da curiofté & la paîlion de commander à leur tour, & de n'être pas toljours attachez à la charrué, où à la bou- tique. Üs.ne connoifloient.pas les Peres, ils ne les lifoient point. ls ne recevoient pas même les livres de l'Ancien Teftament. Ils ne fe Fondoient que fur le Nouveau, ex- pliqué felon leur caprice , & flon la Théologie que des Païfans pouvoient fe forger. Voila quels ont été les Pa- triarches des nouvelles Sedes; voilà quels ont été ceux, . AE 28 fur les traces defquels elles marchent, de l'origine &c de en FL PART: Chap. XI, TLPARTIE, Chap. XI. Ann. Spond. @ Vading. an. 4375, C feg- ÿÿ52 Traité des Edits, eo des antres moïens l'alliance defquels elles tâchent de: fe faire honneuf, X. Elles ne peuvent pas même prétendre avec jufticé à cette alliance, quelque honteufé qu'elle foït : car come me nous avons dit, les Vaudois & les Albigeoïs avoient “parmi eux des Parfaits, des Religieux, des gens dévoüez aux Confeils Evangeliques, & aux pratiques de perfeétion: ils avoient des Pauvres volontaires, des Continens, des Vierges. Ils ufurpoient les fonétions facerdorales; mais ils Jes réfervoient à ces amateurs de la perfection Evangel: ‘que, de la pauvreté, de la continènce. Les Proreftans n’ont tien qui approche decéla. Tout Laïques qu'ils foient pour Ja plüpart, ils s’attribuent le Miniftere facré , le Sacerdo- ce, la confecration de l'Eucariftie; quoi-qu'ils foient con- ftamment trés-éloignez de la pratique des Confeils, ou de la perfeion Evangelique. Il eft donc fort vraifembla- ble, que les anciens Vaudois n’auroient pas recçü les Pro: téflans dans leur baie 2 ne _ XI. Les Annales de l'Eglife nous apprennene, qu'en l’an 1375. les fnquifiteurs faifant leur devoir contre les Héré tiques des montagnës de Savoie, de Dauphiné, & de Pro- vence ; ils fe foulevérent contr'eux, & que cé n'étoient en tout que quelques reftes des anciens Vaudois. Le Pa pe Grésoire X I. en écrivic aux Rois, aux Prélars, & aux Gouverneurs, pour ralumer leur zéle, contre ces rebelles. IT eft difhcile qu'une Héréfie un peu érendué foit f bien éteinte, qu'il n'en demeure quelques rèftes dans des lieux retirez, & entre des montagnes, où il Iéureft facile de fe cacher. Les Vaudois aïant été tels que nous les avonsré préfentez, on ne peut douter que leur ienotance & leur ‘groflicreré ne foit devenuë encore beaucoup plus grande “dans ces lieux ecartez & fi éloignez du commerce des F : ? Û KT É à Âge Je RIDE. ‘hommes. C’eft néanmoins où Calvin les alla chercher, pout traiter d'union & de confédération dyec eux : ce quilne ‘put faite, qu'en leur changeanc toute leur créance. L'E- glife Catholique triomphe avec d'autant plus de gloire, que fes ennemis, foit dans leurs commencemens. foit dans leur décadence, font réduits à de fi grandes extrémitez, our maintenir l'unité de l'EghiféCatholique. 113. Rainaldus nous a auf rappoñté une lettre de Saint Vin- jE pan. cent Ferrier en 1403. où il raconte les Miffions qu'ilavoit Chap. XI. faices, & qu'il faifoir encore dans les montagnes du Dau- ww. 24. phiné , de Savoie & du Milanés ‘, où il avoit trouvé grand nombre de Vaudois & de Gazares, & en avoit con- verti gtand nombre par fes prédications. Ce défordre ve- noir de ce que dépuis trente ans, ils n’avoient point eu: de Prédicateurs Catholiques, au lieu que les Cathares de la Bofnic y en envoyoïent deux fois tous les ans. Ce Saint & zelé Miffionnaire paffant du Diocéfe de Genéve à ce- lui de Laufanne, affeure que communément le Soleil y étoir adoré , fur tour par les Païfans , qui lui faifoient Ieurs prieres rous les matins. Cette lettre cit dattée du 17. de ‘Decembre en 1403. ce qui peut confirmer que ce méroit pas fans raifon qu'on donnoit Je nom de Manichéens aux x ee APR LÉ ET RSR ER RE cé = SES RE SN COTE { XX ne TR AUS RSR HIT Le Me ri re GA ÉN re Ti Gi 21idets R ] _ # N, Es 1ä4 Traité des Edits, e9 des autres moïens: CHartrTe E XII. Renouvellement de Flñquifition Pénirencielle & Epifcopas- + ° PEER le, contre les Vaudois, &. les autres Hérériques, FT PART: Cha. XII. L' L'Inquifition de nouveau commife aux Evéques. Elle ne téndoit qu'a l'exécution des anciennes Loix imperiales. T1, Dn Concile de Tarracone en 12.4 2. où on trouve-de plus-grands éclairciffemens: de l'ancienne. Inquifition contre les: Hérétiques, qui étoient auf: les ennemis déclarez des Magifirats @ de la, Paix publique. TT I. Declaratiens de ce. Concile de T'arracone ,-pour. connoître cenx qui font [ufpe&ts d’ Féréfies , qui célent les Hérétiques, qui: les défendent, qui font relaps. IF. L’Inquifition n'étoit autre: chofe; que là Tribunal de la Pénitence publique. Les peines né=- totent que des prifons, où l'on faifoit La: Pénitence. PV: La Péni-: rence publique étoir [ubffituée à le peine: de mort, décernée par: des Loix contre les grands crimes, @ contre les Hérétiques in. corrigibles &° les Relaps. VI, Suite du même fujet. : Adouciffe-: mens en-faveur de la multitude. La prifen épargnée. WII. Des. Parfaits © des Crorans , entre lès V'ändois., comme autrefois entre. - des Manichcens. En quoi les Proteffans leur reffemblenr P'ITI, Les: Catholiques: fimplement: croians on Fidéles: ne: Je: repofent pas fur la Foi-de leur Catéchifle, onde leur Curé: mais [ur ‘celle des VEglfe nniverfelle. LX. Pourquoi-on fouffrait ici.les Pénirences à: da mort. X. XI. Nouvelles prenves rirées de. ce.Concile. que l'In- gusfition n'étoit que la continuation de l'ancienne Pénitence publi ques Combien 1l'étoit avantageux de fe déferer [oi-même. XII. An. tres preuves de cela même. La prifon: perpétuelle Venoir de çes an ciennes. Pévitences publiques, qui ne. frniffoiens qu'avec là vie XIII. De la Pénitence folennelle décernée par Plrquifitions Def: -cription de cette Pénirence. X IF. Diverfes Pratiques:de cette _Pénitence, Confirmation de ce:qui à été dit. XV. Formulaire du. Jugement des Inquifiteurs, pour abfondre, on pour condamner. 7 Ous avons parlé plufieurs fois plus haut dés peines. . N temporelles, que les Princes dé cernérent en Orient: & en Occident contre les Hérériques. Nous avons expli- qué le Decret du Concile IV. de Latran en 1215. ou l’In- quifition fut inflituée & commife aux Ev êques & à:leurs. Subfiruts; & noussayons fair voir, que ce n'étoir que lé pour maintenir l'unité de lEghfe Catholique. 12ÿ énouvellement & l'exécution des anciennes Loix Impe- ss ; Æ ; ; 2 es ser 1 : . PARTIE tialés contre ces ennemis publics de l'Eglife & de l'Etat. Chap. XI: La même chofe a été confirmée par nôs Conciles de Fran | ce. Nous venons de dire, que lés Vaudois des:montagnes: de Savoie: & des Provinces voifines s'étoienc révoltez con- tre les Inquifiteurs, & qu’il fallut quede Pape interpofat: fon autorité, pour exeiter les Evêques & les Princes Chré+- tiens, à ne plus fouffrir ces défordres.. IT. En 1242. l’Archeyèque de’ Tarracoñe en Efpagñe" affembla les Evéques de fa Province, pour terminer quel- ques différens, qui regardoient Piiquifition ,-que'les Evé- qués exetçoient contre les Vaudois: Bzovius a-inferé ce: Éoncile dans fes Annales, & c’eft de là qu'on la emprun-’ té, pour le placer dans les grandes Editions des Conciles. Ces Prélats voulurent, que le’ Bien-heureux Raymond de: Penafort, Pénitencier du Siége Apoftolique affifär à leur: Concile. On y déclara, que les Hérériques toient ceux-« qui s’obftinoient dans-leurs erreurs, comme ceux qu'on * nommoit J#Xabarratt, qui difoient'qu'en nul cas, il n'é-"«- toit permis de jurer; qu'il ne falloic point obeir aùx Puit, fances ecclefaftiques où féculieres, & qu'il ne falloit ja mais infiger de peines corporelles; : pour quelque caufe « que ce fut: Poreflatibus Ecclefiafhicis @* frcularibus-non effe «> cbediendam : € pænam corporalemuon effe infligendam in ali- H eft donc abfolumentnéceffaire dé diftinguer ces Héré-- tiqués, qui lévoient l’étendart contre les’ Prélats, contre: les Magiftrats, contre les Juges & contretes Rois, d'avec’ tous les autres Hérétiques, qui demeuroient dans la foumi{- fon & dans lobéiflance, dumoinsaux Puiflinces temporel-- les, C’étoient icrnon-feulement des Hérériques; mais des : rébellés, & des ennemis déclarez' de roùte ä Police hu mMaine;aufli:bien que dela divine. Ce fut la véritable rai- fon, pourquoi onemploia les armes &'lés Croifides, pour” corriger ou pour opprimef ces perturbarcurs de la paix pus blique des villes & des Etars. Ce fur ce qui fi inflituer des Jnquifitions plus rigoureufes, & pourquoi on ensvine (ous _- Rüj, JL. PART. Chap. XH, 16 Traïltédes Edits, e des antres moiens vent aux derniers fapplices. Lots donc qu'on lita dans l'Hiftoire des Albigeois ou des Vaudois, qu'il y eut des exécutions. fanglantes, & qu’on les fit quelque-fois brü. ler tout vifs, & quelque-fois même en grand nombre : il faut prendre foin de fe bien inftruire de toutes chofes, avant que de porter un jugement defavantageux contre, ce que les Evêques & Les Princes temporels ont fait d’un commun accord, Ceux contre qui on exerçoit ces extré-. mes rigueuxs , étoient des gens, qui non contens de défo- béir, dogmarifoient qu’on ne devoit nulle obciflance ni aux Puiflances ecclefaftiques niaux temporelles. C’éroient des gens dont la conduite répondoit à leur doétrine; car où ceux, ou leurs aflociez , ou leurs ancêtres, avoient ravagé, les Provinces, faifi les places fortes & les villes. Je croi qu'aprés cela on trouvera bon que l'Eglife ait déclaré qu'on. uyvoit ne rien oublier pour réprimer, ou pour chârier ces furieux ; & que les Magiftrats & les Princes dans ces rencontres périlleufes aient ufé du glaive que Dieu leur avoit commis. Aprés tout cela, je doute encore fi ces fup- plices fi atroces exercez fur tant de miférables tout à la. fois, ne venoient point plûtôr des peuples ou des armées, que des Juges. Car quand les:rebelles ont une fois pris. les armes, & ont attiré fur eux. les armées. du Prince, qui peut arrêter tant de gens animez d’un jufte zéle, & armez pour une jufte vengeance ? qui peut, dis-je, lesmodc- rer & les contenir dans les bornes de la juftice & de l'hu- manité, qui doit fans doute toûjours être refpeétée par- mi les exécutions de la juflice la plus rigoureufe, avec une entiere fubordination aux Puiflances légitimes , COMME Saint Bernard l’a fi bien enfeigné plus haut, HL. Ce Concile de Tarracone déclara encore, que c'é- » toit! être fufpe“ d'Héréfe, que d'aller écouter les prédi.. » cations ou les leçons des Hérériques; de prier avec eux à. » de leur donner le baifer; de croire que ce foient des gens. » de-bien , eff bonos homines. C'eft êrre toüjours de plusen. » plus fufpeét, q e de réiterer plus fouvent ces aétions, qui. » donnent un: juite fujer de foupçon. Les Juges exigeront | pourmaintenir l'unité de l'Eghife Catholique. 127 de ceux qui fonc le pius fufpeéts, des preuves plus fortes de leur innocence. | On eft coupable d’avoir célé les Hérétiques felon Ie mé- : ime Concile, quand on les a vüs dans une place, ou dans une maifon, où dans quelque autre lieu, & qu'on ne la pas fait fçavoir à l'Eglifé, où au Magiftrat, ou à ceux qui pouvoient les faifir. C’eft les avoit cachez, que d’avoir promis de ne les point découvrir. & d’avoir empêché qu'on ne es découvrir. C’eft avoir reçû chez foi les Hcrétiques, que de les avoir plufieurs fois admis dans fa maifon, & leur avoir permis d'y faire leurs prêches ou leurs leçons, . C'eft étre défenfeur des Hérériques, fuivant ce nrème Concile, que d'empêcher par fes paroles, par {es aétions, ou par quelque autre adrefle, que l’Eglife ne fafle ce qu’elle doit faire pour l'extirpation de l'Héréfie. Tous ceux là fonc ” fauteurs de l'Héréfie, de même que s'ils donnent confeil, fecours, où faveur aux Hérétiques. Tous ces fautéurs font fufpeds, & ils doivent fe purger, en faifant abjura- tion, & en fe reconciliant à l'Eglife. On appelle Relaps 4 ceux qui aprés avoir fait abjuration, & avoir renoncé à. l'Héréfe, tombent dans léurs premieres erreurs. On re- à Ca ST PNR RS TT D SEE à FÉ x = PER REY ES s devient fauteur des Hérértiques, quandapres avoir renonce ASE TÉÉPSEES A ne ? D) ss ee >. 2 à l'Héréfe & à la faveur qu'on lui donnoit, on fait du bien aux Hérétiques, ouon les cele. Tous céux là: font ‘xcomminiez de la grande excommunication , excepté ET p PEU SPAS Je : ceux qui font ffpeéts., fans avoir fvorifé, s'il s'en crou- ve de tels. ie ee Il:y en à qui doutent, f lorfque les Relaps &cles Héré. tiques, que l’on a furpris dogmarifans, s'offrent à faire péni- tence, on doit les laïfler au Juge féculier, & il nous femble, die le Concile, que’non; mais qu’en quelque rencontre que ce foit, il faut les condamner à une prifon : Se 4 quo- cunquecafu tales [unt ad inffrafionemcondemnandi. \ eftici manifefte, que toutes ces procedures des Juges Ecclefia- ques ne téndoient qu'à faire que les plus odieux d’en- tre les Hérériques, les Relaps, les Dogmatifans -contré «Il, Parr. Char XAL : à routes les défenfes faites, priflent une faluraire iCfolution x»g Thaité des Édits, eo des autres moïens mm de renoncer à leurs erreurs & à faire pénicence.; cat dés- & [2 é 4 Z 1 é 1 1 IL. PART Jors l'impunité leur étroit donnée , & ils n’avoient point Chap. XI * dé peines à craindre de la part des Juges féculiers. Il faut encore obferver ici, que c’étoit la pénitence pu- blique qu’en impofoir à ces Relaps, ou Dogmatiftes con- wertis. Car cetre ptifon perpetuelle qui leur eftici:ordon- née, eft ancienne pénitence publique, .qu'on commença à faire dans les prifons de l'Eglife dés les fiécles moïens, comme-nous l'avons juftifié ci-deflus par diverfes preuves, 8 par quelques-unes tirées de Saint Auguftin même, lorf- qu'il enfcigne, qu'on enfermoit les Catéchumenes, pour Jeur faire faire .cetce légere pénirence, qui-précédoit le Batême. | ” C'eft à l'origine des prifons de PInquifitien, ou les cou- pables ne font enfermez que pour y faire pénitence, &: qui ne font fuivies d'aucune peine de mort, fi on embraf £e la pénitence. On peut dire de même, que toutes les prifons des Jurifdiétions Ecclefaftiques ne font. que des lieux de pénitence, & qu'il ne tient qu'aux coupables de 4e donner par ce moïen l’amniftie de tous leurs.crimespaf £ez , quant aux peines corporelles. de V. Ainf TEglife demcure toñjours en quelque maniere dans Pancienne maxime, que la peine de mort, laquelle les Loix décernoïent contre certains crimes, étoit come penfée par la pénitence publique. Nous avons expliqué & prouve au long cette Dodrine dans la Difcipline de lE- glife. Nous y avons même fait voir, que par lautotité que cettemaxime avoit acquife dans prefque toute la Chrétien- Ÿ r . / J SD en ? À cé, les peines de mort étoient devenués trés-rates, &c prefe * quetous les crimes s’expioient par la pénitence. Nous avons fait voir que cette pénitence pour les grands crimes fe fai. . foit dans les prifons, & que pour les plus grands crimes, ces prifons étoient perpétuelles. — 11 faut donc garder des mefures, quand on parle de ces Tribunaux rigoureux de 'Eglife, où on fait le proces aux Hérériqués, & aux Relaps, de peur qu'on ne blâme ce qui mérite plütôe des loïanges. Les peines de mort ne | | | font pour maintenir l'unité de l'Eglife Catholique. 129 4ont jamais ordonnées par le Juge d'Eglife ; ce font les Loix 11. Parr. Roïales ou Imperiales | qui ont envoié les Hérétiquesin- Chap. XII, corrigibles, & les Relaps à lamort. L’Eglifeen ufe plus dou. « eement dans ce Concile, & elle veut que s'ils confentent < à la penitence qu’on leur propofe, ils foient fouftraits à la « peine de mort, & cn foient entierement quictes par cette, “ pénitence. VI. Ce Concile de T'arracone ajoûte même immediate- « mentaprés, que s’il ya une multicude d’Hérétiques, qui de- « mandent à faire abjuration ,un Juge difcrer pourra modé- « rer les.peines ordinaires avec les adouciflemens agréez par ee le Saint Siège, & leur épargner l'emprifonnemenr, en leur « infligeant d’ailleurs les peines canoniques : P##as canoni- cas poterit infligere talibus, @ fic pœuam intrufionis vitare. Ï1 y a ici deux obfervations à faire. La premiere, que les peines du Juge eccicfaftique de l’Inquifition , ne font au- tres, que les anciennes peines de la pénitence publique. La feconde, que c’eft indubitablement l'ancienne péni- tence publique, qui eft infenfblement deyenué ce qu'on appelle l’Inquifition. Le nom eft peutêtre nouveau; la cho- fe eft trés-ancienne. Je pourrois ajoüter une troifiéme re- marque ; favoir, que cette regle eft encore tirée des an- ciens Canons & des Decrets des Papes aprés Saint Âu- ouftin, que quand il y a une multitude de coupables, 1 faut ufer d’indulgence : ou plütôt, que quand une mul- titude de gens rentre dans fon devoir; c’eft alors princi- ñn palement qu'il faut. faire grace... Ce même Concile ajoûte, que fi la multitude n'eft pas « fi.grande, la fagefle du Juge péfera routes les circonftan- « ces, & modérera tout avec une jufte proportion ; en-forte « néanmoins, que les Hérétiques qui font nommez Parfaits, « ou qui dogmatifent , ou qui font Relaps > aprés avoir C- « noncé à l'Héréfice, feront enfermez dans une prifon per- « pétuelle : 7 perpetuo carcere intrudantur; & après avoir ab- « juré leur Hercfe, feront abfous de l'excommunications afin que dans ces lieux, ils puiflent fauver leurs ames, & PET IL PART, Chap. XIF. 130 Traité des Edits, 9° des autres moïens mas [uns + alios de catero 10m cofrntmpant. | Le VII. Nous remarquérons ici la diftinétion des Parfaits, ‘d'avec les Croïans, ou les fimples Fidéles : Perfecfi, Cre- dentes. Nous avons déja rapporté cette diftinétion entre les Albigcois. Les Parfaits étoient ceux qui farfoient quelque profefflion de garder en leut maniere, les Confeils ” évangéliques. Les Croïans étoient leurs difciples , &ils fe repoforent fur leur doërine & fur leur probité. Il en étoit de même, felon Saint Auguftin, entre Îles anciens Manichéens ; ils diftinguoient aufli les Parfaits & les Au- ” diteurs; les premiers pratiquotent des auftéritez fuperfi- “ticufes ; & pour la doétrine, il falloir que les Auditeurs les cruflent fur leur parole, Les Proteftans ne peuvent pas éviter, qu'il n’y ait parmi-eux quelque chofe de fembla- ble, Les Miniftres font les Parfaits, au moins pour la do étrine : tous les autres font leurs Difciples, qui les croient, & qui né peuvent les croire que d'une foi humaine, com nc des hommes capables de fe tromper, & de tromper enfuite les autres dans leurs propres principes. Pour parer à cetre difficulté, ils petfuadent à leurs Auditeurs, que c’elt Pefpric interieur & un raïon fecret de divinité, qui leur fait voir au dedans, ce que le Miniftre leur dit au- de-hors. Les fimples croient cela & ne le croient, que par- cé qu'on le leur à dit, également difpofez à croire le con- traire, fi le Miniftre leur difoit lé contraire : également difpofez à croite tout ce que croïoient les Manichéens, fi leur Miniftre étoit Manichéen, comme les premiers * Vaudoïs avoient êté Manichéens, parce qu'étant tres igno- *rans, ils ne pouvoient, ni difcutér, ni fefuter ce que leur x LATTES PEUR : #4 re se TA —. 7, “ = < 5 * difoient leurs Parfaits, qui étoicnt Manichéens. Fe 3 -VITI Ce n'eft que dans l'Eclife Catholique, qu'on. peur éviter cet écueil. Elle a aufli fes Parfaits, ou fes Do- | “teurs, & elle a fes Difciples, que nous nommons Fides “les on Croïans, & c'eft elle proprement qui les a ; ar. lés Seëtes-nôhe tâché qu'à la contre-fuie, plûcôt quà | limiter, Nul corps de Religion, nulle focieté de doûtrine ne peut fublifter fans cela ; ear il faut bien quelles uns infs pour Maintenir l'unité de l'Eglife Catholique. 137 années, ou même pendant toute la vie, & cette pénitén- ce fe faifoit en public, les feuls Miniftres la faifant dans les prifons où on les renfermoit ; ce quinous donne un jufte fujer de croire, qu’on ne les renfermoit que dans l’apprehenfion qu'ils ne continuaffent de répandre le venin de leurs erreurs parmi les fimples. Voici le Formulaire de la fentence d’abfolution pour les Miniftres, qui fervira à confirmer tout ce que nous avons dit : Que tous fçachent, que par ce qui #été trouvé, découvert, & verifie dans l’In- uifition ; ilinous a paru certain, qu'un tel a été füurpris dans l'Hérèfe, & qu'ileftrevenu à l'unité de lEglife. Vou- lant donc lui faire miféricorde, nous le condamnons à une prifon perpctuelle , {lon les Conftitutions Canoniques:. Agentes miféricorditer cum eodem , ipfum ad perpetuwm car- cerem condempamus, fécundum Ganonica:infhituta. Cela ne regardoit que les Miniftres , les Parfaits, les Dogmatifans, PART: Chap. XIL. a nm lefquels euflent dû être condamnez à la mort par le Juge. public , comme l'Empereur Maxime l’ordonna de Pris: cilien & de fes premiers difciples, qui enfeignoient {es er-- reuts;.& comme d’autres Loix l’ont ordonné contre ceux, qui contre tous les Edirs, continuoient À étendre l'Hérefe. : C'éroit donc. l'effet de la charité & de la douceur de PE-. glife, d’avoir fait changer cette peine de mort en prifon: perpétuelle, X V. Mais pour les Hérétiques obftinez dans leurs er-. teurs, qui n’en vouloient: point faire de pénitence, voici la fentence qu’on prononçoit contre eux devant le Juge f6- culier: .Qwe tous [cachent que par ce qui a été trouvé, décou- Vert, @verifié dans l'Inquilition, il nous a paru coustant, gwun tela été furpris dans une Héréfie condamnée par V'Egli- : Jè, @ que-nous le condimnons comme. Hérérique: La fen-. tence de l’Inquifiteur ,.ou du Juge Ecclefaftique, ne por. toit rien de plus : mais le Juge feculier faififloit aufli-toôt le coupable convaincu & condamné d'Héréfie, & procedoie.. contre lui felon les Loix Giviles, qui traitoient | Hére= fie comme un crime public. Ta fentence contre les Fauteurs des Hérétiques, portoit . # 138 Traité des Edits, @ÿ des autres moïens If. PART.» qu'ils avoient été trouvez dans l’Inquifiion fauteuts de: Cha, XII. l'Héréfie, qu’on les dénonçoit excommuniez & fauteurs: » de l'Héréfie, & que s'ils differoient plus d'un an à fatisfaire, » ils feroient foumis aux peines du Concile General; & s'ils. » ne fe purgeoient pas fufifamment , ou s'ils pañloient une » année dans l'excommunication , ils feroienc condamnez,, » comme Hérétiques. Le formulaire de celui qui fe purgeoit du foupgon d’'Hé: » rèfie, portoit qu'il juroit par le Dieu Tout-puiflant & par » les Saints Evangiles qu'il tenoïit en main, qu’il n’étoit point » &n'avoit pointété Vaudois, où Pauvre de Lyon ,ou Hére- «# tique en quelque façon que ce füt ; qu’il n’avoit point ce- » nu feurserreurs., & ne les: tiendroit point; qu’il faifoit pro- # feffion de croire ce que croit 'Eglife Catholique, Apof- » tolique & Romaïne, ce que croïoient & ce que prêchoient les Prélats de l'Eglifc univerfelle : Profteor me credere f- dem Catholicam , quam fanila Romana Ecclefia € Apoftoli- cam publicè tenet, docer praditat, & vos domine Archi- épifcape, vel Epiftope, > careri Prelati Eccleffe univerfalis te- nent, predicant publice, atque docent. C'et donc lè:ce qui leur: fait porter le nom de Fidéles; la créance: qu'ils. ont non en leur Miniftre ; mais en l’Eglife univerfelle & perpétu- elle , d'un bout du monde à l’autre, & depuis les Apôtres jufqu'à prefent;. car c’eft ce qui eff fignifié par ces. rermes: de’ l'Eglife univerfelle-& Apoftolique.. | Outre celui qui fe purgeoir, il y en. avoit d’autres qui: » juroicnt avec lui; on les nomme-ici Gompurgatores, & ïls » Juroient , qu'ils. croioient fermement. qu'un tel H'AVOIT Ja mais été Hérétique, & qu'il n'avoir poine juré à faux. Le Juge déterminoir le nombre de ceux qui devoient jurer avec celui qui fe purgcoir, & aprés l’ävoir déclaré. il ne. devoit plus le changer : C'étoit ce que nous appellens au- jourd’hui des Cautions où des Répondans , qu'on exigeoit pour Fafleurer davantage de la fidelité de ceux qui avoient êté fufpedts.. = : | ; > . à. « De QE De t + < ". $ Ÿ : ” » Æ RE D NE ste à + à pour maintenir l'unité de l'Eglife Catholique. 139 æ CHapitTRre XIIL Traces de la même diféipline de l'Inquifiion, où de a Pénirence publique dans lès anciens Conciles. I. l'Enguifition dans les anciens Conciles de France, @° des peines quon y décernoit. 11. Suite des anciens Conciles, © ‘de la ma- Hière, quon y jugeoit © qu'on punifoit les Hérétiques , en les exilant du Roiaume. III. Les anciens Pénitens diffinguez d'a vec les antres Fidéles, par leurs cheveux , ©* par leurs habirs. IV. Peines décernées contre ceux qui célent les coupables, qui _des favorifeñt, où refnfent leurs feconrs contre-cux. V. Peines des “Conciles contre les fuges qui ne puniffent pas les Hérétiques. VI. On pale de la premiere race de nos Rois à la fesondès & 07 y remarque La même obligation des Fuges féculiers à venger für les conpables le mépris des Loix de l'Eglife, on de [es ex- Communications. V1. On pale à la troifième race. Ordonran- «Ge de Saint Lonis entierement conforme 4 celle du Concile IV. de Latran, VIII. Decret dn Concile de Salsbourg en ï 4 20. con- forme à celui dn Concile IV, de Latran. I X. Cette police avoit ne | II. PART. Cha. XI. donc lien non-feulement dans L'Italie & dans l Efpagne ; maïs encore dans la France @& dans l'Allemagne. X. Si Saint Louis rejet- ta la demande du Clerçt, Gui defiroit que le Tage Roïal punit ceux qui tardoient plus d'un at à [e faire abfondre de lexcommunica. tion. X 1. Des dernieres Ordonnañcés &e nos Rois contre les Flé- rétiques. XII. Quels reglemens firent [ur ce fujet les deux Con- : Giles de Cologne du ficle dernier. Combien la douceur eff necef- faire. L L: Concile d'Efpagne tenu en 517. défendit à tous _ Ales Ecelefaftiques de manger jamais à la table des Clercs des Hérétiques, fur peine d’une fufpenfion d’un an pour les Clercs majéuf$; mais fur peine de la difcipli- ne, ou des vergés, pour les Clercs inferieurs: Qwod ju- Fu PV. mioïes Clerici ff prefumplerint , vapalabunr. Le Concile de Reims en630. ordonna, que fi on fe deffioit qu'il y eùt encore des Hérétiques dans les Gaules, les Pafteurs des Éclifes en fiflent des Enquêtes; c'eft le même terme que A M 8 3 2 8 à 8 £élui d'Inquifition: 4 Paforibus Ecclefiarurs lets Er « ) 140 . Traité des Edits, es des autres moïens fi on en découvroit, qu'on les fit rentrer dans la Foi & ae dans l'Eglife Catholique: Es f weraciter fuerinr inventi, Cas: ad fidem Catholicam revocertur. Ce Concile n’exprime pas. les voies, dont on fe fervira pour rappeller ces brebis éga- rées. Mais enfin, il veut qu’on ne leur donne, & qu’on ne fe donne aucun repos, jufqu’à-ce-qu’on les ait rame- néés : car ce Canon montre clairement, qu’on ne fouffroit: point d'Hérétiques en France, & qu'on faifoit des per- quifitions, quand on en avoit la moindre deffiance : Tz Ji qui Haretici adhuc effe fufpiceutur in Galliis, à Paffori- bus Ecclefiarum perquirantur. PL ne ds —. . FT Cela eft encore bien plus clair, dans le recit que fit S. Ouén-un peu plus tard dansla vie de S. Eloi Evêque » de Noïon. Il dit qu'un Hérétique Monothélite chaflé des » Pais d'Outremer arriva en France, fe cacha à Autun, & » ÿ dogmatifa en fecrer. QueS. Eloi qui étoit dans le Palais, » Cn eut le bruit, & que felon fa vigilance, il commença à » traiter avec S. Ouën& avec les autres Catholiques, com- » mentil pourroit découvrir cette pefte, & la faire connoître » aux autres. Enfin qu'il ne cefla point d'avertirles Evêques » & les Sesgneurs jufqu’au tems, que le Roi fc aflembler un » Concile a Orleans. Là cet Hérérique fut produit, on dif- » puta contre lui, on eut de la peine. à le convaincre, tant Conr, Gall. » 1] toit adroic à éluder tout. Enfin #7 #rés-doéfe Evêque 28-455, nommé Salvius le convainiquit. Aprés cela, tous les Evé- » ques du Concile prononcérent contre-lui, en écrivirent » des lettres dans toutes les villes, & l'Hérétique aprés cet- » te fulmination des Decrets du Goncile, fur chaflé avec » honte de route la France : Sicque advuerfus eum omnium * Epiftoporum [ententia prolata , @ per Jingulas civitates [a- Per ejus nomine Decretis conflitutis, in ea qua per erat, 2gnomivia C" dedecore, à finibus Gallis eliminatus eff. Le Pe- * re Sirmonda placé ce Concile en l'an 645. On ne peur nier “que Ce ne fotent là des preuves d’une véritable Inquif- ‘uon, les Evêques l'exerçoient, & la peine des incorrigi- bles étoir l'exil, parce-qu’on ne fouffroit én France au- “Eûn Hé es nn ne > L* pour maintenir l'unité del'Eclife Catholique. 143 III. Le Concile d'Agde quelque tems auparavant en $06. voulut qu'on exclüt du nombre des Penitens, ceux “Ch.x1It. qui refuferoient de couper leurs cheveux , ou de changer. d'habit : Si comas non depofrerint ; aut véflimenta non tu javerint, abjiciautur. 1] eft fi certain, que pendant le tems de la pénitence on portoit un habit different, & qui mar- quoic l'état humilié de pénitent, qu'il nétoit pas même permis aprés la pénitence achevée, ‘de reprendre Les habits du fiécle. fur peine d’excommunication, felon la: difcipline plus ancienne du Concile d'Arles en 452. Ez quicumque ille pol} pmientiar, babitum [acularem non prafumat. Quod fi prefumpférir, ab Ecclefia alienus habeatur. Hneft done pas furprenant, qu'on ait obligé dans le Con- mt II Par r. Cas 15: ce a ñn «Can. 233 ile de Tarracone, ceux qui avoient pafle par lInquifi= tion ; c’eft-à-dire qui avoient fait pénitence publique, de porter une double croix attachée à leur habit fur l'efto- rhach; mais de couleur differente. * Enfin le Concile d'Orléans en 538. ordonna, que fi ceux qui s'étoient nus une fois en pénitence, reprenoient lha- bit & la profeffion du fiécle ; ils feroient frappez d’excom- munication, & ne pourroient communier qu'à l’article de 4 mort : SZ qgws pœnitentis benediétione futepta, ad fe Can. 25] CE € ‘ Aa € e cularem babitum, militiamque:reverti prefumpférit, viatico conceffo ujque ad exitum excommunicatione plectatur. Voilà fans doute une pénitence jufqu'à Particle de la mott, & une défenfe perpetuelle aux Péniténs de reprendre jamais lés habits féculiers. * = | > IV.LeIl. Concile de Tours en $67. ofdonne, que fi un Moine fott de fon Momaftére &fe marie, on lé {épa- rera, & le Juge du lieu prétera main-forre. Si le Juge re- refufe fon fecours à FÉglife, il fera excommunié : De axoris malè fociate confortio etiam judicis aixilio [éparctur. > Can. 1$ ce €& : cé 4 Quod fi jadex ad hoc Jolatium dare noluerit, excommunicetur. Si ce Moine apoñtat trouve des défenfeurs, & lui & eux, feront excommuniez. If n’eft donc pas étonnnant , que le Concile IV. de Latran & les Conciles de France, qui Je füivirent de prés, aïant fulminé contre les Juges &'les Tij 2 Traité des Edits, cs des autres moïens | Lure Seigneurs temporels, qui celeront, qui favoriferont, ou Chap. y, qui défendront les Héréciques : enfin qui n’emploïeronc : pas toute leur puiflance, pour exterminer l'Héréfe. V. Le Concile II I. d’Orleans en 538. excommunia les Can, 31. » Juges des villes, & des moindres lieux, qui ne faïfroient » pas & ne foumettroient pas à la rigueur des Juftices Roïa. » les les Bonoziaques, & les autres Hérétiques, qui avoient “ rebatifé dès Catholiques : $2 #0 ffatim rebaptilantes af° trinxerit, C ad Regis fidem atque juffitiäm propteres diflrir- gendos adduxerit. La raifon du Concilé,qui n’a pasété omife en fon lieu plus haut, eft que nous avons certainernent des Rois Catholiques: Qwis Reges nos sonffat bakere Ca- #holices.: c'eft-à-dire que dans uü Roïaume Carholique, le Magiftrat Civil eft obligé de confpirer avec l'Eclife pour abolir l'Héréfie. Le Roi Clotaire fit bien voir dans JEdit, qu'il publia en ç60. que.ce n’étoit pas fans fonde. .… ment que les Evêques comptoient fur la pieté de Rois en Conc. Gal. faveur de PEglife; puifqu'il y ordonna, que fi les juges Far 3%, condamnoient quelqu'un injuftement contre les Loix en » l'abfence du Roï, c'étoit aux Evêques à leschâtier: 57 j4- _dex aliquem contra legem tnjuflè damnaverit, in noffri abfentia ab Epifbopis cafligetur. Aprés avoir bien confidèré ces Ca- nons , on jugcfa fans doute, que le Concile IV. de La- tran avoit raifon de tout préfumer de la bonne volonté des Rois à intetpofer toûjours leur autorité pour la con- fervation de la paix & de l'unité de l’Eglife, contre des ennemis: & on l’éprouva bien tôt aprés, particuliérement eu France. & en ane VI. Paflons à la feconde race de nos Roïs. Le Con- Em.» à.cile de Vernon en 755. fous le Roi Pepin, ordonna que : ». fi quelqu'un méprifoit l’excommunication de l'Evêque, & # que l'Evêque ne püt le ranger à fon devoir, il feroit ban » ni par le jugement du Roï, ou du Juge Roïal : @wod f aliquis iffa omnia contemplerit, € Epifopus emendare Pi- aime poiuerit, Regis judicio exilio condemnetur. Voilà ce que demandoit le Concile de Latran, que fi les Hérériques ne déféroient pas au Jugement des Evêques , les Jugcs pour maintenir l'unité de FEglife Catholique. 143 Roïaux & les Seigneurs des lieux vinffent au fecours de oi FEglife. Quand ceux qui avoient étéexcommuniez, negli- Chap. XHE, gcoient de fe faire abfoudre, foit pour P'Hérefe, foit pour ” * quelque autre crime ; quand ils pafloient plusdune année dans ce mépris de la communion de l'Eglife & de fon au- torité : c'étoit felon ce Concile. aux Seisneurs, ou aux: Juges Roïaux , ou aux Roïs même à les rédure à leur de voir , conformément à ce qui fut décerné au Concile ITE. de Latran dés le XIL.fécle. Les Evéques du Concile de: Creffy, qui écrivirent au Roï de Germanie Loëis, l'an 858. avoient fraïié chemin à cette Difcipline. Hstémoignérent, «ca: que les Seigneurs. & les perfonnes: puiffantes ; qui: dans « ces derniers troubles aprés rant de crimes commis avoient < été excommuniez , devoienc étre contraintes par fon: au- « torité Roïale'à revenir à leurs Evêques, & à fatisfaire à. PEglife avec toute l'humilité néceflaire, afin qu'aprés ce- « Ja ils puflent être abfous par les Evêques : Howéves ettam Core. Gal > potentes feculi, qni inter iffas [editions Legis jugum equi- "TP fatis refugerunt, ©" talia ac tanta fecéruut pro: quibus Ecile- Jiaflicam é* Epiftopalem excommunicationsm meruerunt, ad degis € juffitis tramitem revocantes : & nt ad-fuos Epiftopos. humiliter, ficut eis necefle eff, veniant jubete, vel cogite ut Eccléffe in quam peccaverunt, aué cum. debita neceffaria: buinilitate Jatisfaciant ; aut humiliter ; @ veraciter [e excu Jént, qualiter abfolvi à Domino per minifferium Epftopale: valeant, fuadete , aique Regia auteritate pracipire. Le Pape Innocent LTI. & le Concile EV. de Lacran n'en demans - doient pas davantage, dans le Decrerquenousavons rap» porté, comme le fondement de l’Inquifitionexercee par les . Evêques, conformément aux anciens Canons:de l'Eglife.. VIE Pourlarroifiéme race, Saint Loüts Roïrde France; . l'honneur de toute la Monarchie... dés l'an 1228, fit fa De . élaration contre les Hérétiques, de: laquelle nous avons: . déja rapporté quelque chofe. En voici encere un endroir Cher Cas mémorable fur le fujer que noustraitons ici: Parce, dirS? #5 ce Saint Roi, gwen ce pais-la: de Narbonne, les clefs. de » ÉEghi(e fént ordinairement méprifeX., nous erdontons qu'on à 144 “Traité des Edifs, @* des aûtres moïens évite la compagnie des Excommuniez, felon les Conflitutious IL. PART, Canoniqués. Et sil y en a de ff opiniätres , qu'aprés une an- Cha XHI. née, ils ne demandent pas a.revenir à unité de l'Eglife; il, faut que la Puiffance temporelle les y force ; af n-que Ji la craine, te. de Dieu ne les aräché pas du mal, la peine temporelle le,, fale. C'eff pour cela que nous commandons à 005 Baillifs,. qu'aprés l'année expirée ; ils faïfifent tous les biens, meubles c immeubles de ces excommuniez, ne les leur rendent. point, qu'aprés qu'ils auront été abfous, @ qu'ils auront [a tisfais à l'Eglife: @ gwalors même, ils ne le fullent, que, … de nôtre mandement fpecial. Ni le Concile de Larran, ni ces. : © Jui de Tarracone n'en pouvoient.pas défirer davantage., Cet. Edit ajoûte encore conformément aux intentions dés Decrer du Concile de Latran ce qui fuit: Novs voulons. quences Ordonnances foient inviolablement obfèruées ; que les: - Barrons; les Vallaux G* les bonnes villes jurent de les gar= der: nos Baillifs.en. feront les executeurs; Gun Mois. aprés. qu'ils auront été regis dans leurs. Bailliages; ils jurerout pus, bliquement; en ue lien public & ce un jour folennel, qu'ils obférveront tous ces Statuts, @ les feront obférver. de bonne. foi. S'ils ne le font, ils. auront a.craindre. la privation. de < leurs biens, G* une peine. corporelle. Que. pouvoient defirer. davantage les deux Conciles que nous venons de nome mer, êa les-autres-femblables, à. à 0 VIITL. Le Concile de Salsbourg environ lan 1420. fule. mina lexcommunication fur les perfonnes , & l'interdit.… » ur les.lieux:,: qui-fouffriroient que l'Héréfie des. Viclef: » fiftes ;-ou des Huflites fe répändit: defendit à toutes {or » tes de perfonnes, aux Evêques mêmes & aux Ducs, de. » recevoir dans leurs Eglifes, leurs terres, leurs villes, leurs : » iMaifons ; CEUX qui étoient infectez de ces erreurs, pouf » ydagatifer en public, où en fecret: commanda à tous. » lesFidéles:; dés qu'ils auroient appris, qu'ik y anroit dans, ARTE ; 5 5 4 ja Province de: ces Hérétiques ; de les-vénir aufli-tôt dé , noncer à leurs fuperieur. Ordonna aux Ducs, aux Coms » tés, aùx Barons aux Confuls, aux Juges, qu’à la réqui- » fition des Evéques;ndes Grands. Vicaires, des Jnquifreurss | 7 Us : pour maintenir l'unité de l'Eglife Catholique. 145 ils euflént à arrêter, & à emprifonner ceux qui feroienc «Il. PART. atteints de ces Héréfies, ou qui en féroient diffamez, ou «Cha. XIE. fufpeds. Les mêmes peines furent décernées contre ceux « qui céleroient, favoriferoient , ou défendroïent les He- « rétiques : Et parce-que ceux qui font infe&ez , diffamez, « & foupçonnez d'Héréfie , ne font d'ordinaire que des « converfions feintes, & ne reviennent à l’unité de l’Eglife, « que par fraude ; ce Concile ordonne, qu'outre les peines « marquées dans le Droit pour ceux qui font abjuration « d'Héréfie, on les arrête pendant une année dans les pri- « fons aprés leur abjuration faite, & qu'on ne les relâche « point, qu'on ne fe foit afleuré de la fincerité de leur con- « verfion. Enfin l’Archevêque ordonne à tous fes fuffragans « de mettre en exécution avec vigueur, cout ce que le Droit « a commandé contre les Hérétiques, contre ceux qui font « difamez ou fufpects de l'être , contre ceux qui les cé- « lent, les favorifent, ou les défendent; enfin contre les « puiflances feculiéres , qui négligeront d’extirper l'Héréfie « des terres de leur domaine. « 1X. Graces au Ciel, nous n'avons préfentement befoin de rien de femblable ; un grand Roi, intrepide & religieux, aimé & redouté, a commandé & a été obéi; s'il y a eu des foupçons de converfons feintes, ils font diflipez, ou ils £e diflipent de plus en plus tous les jours : les conver- fions meuriflent & fe perfeétionnent, fans qu'il ait été be- foin de recourir à ces remedes forts, que ces Edits, ces Canons & ces Conciles viennent de toucher. Jay cru né- anmoins, qu'il feroit utile de les rapporter ici pour une inftruétion plus entiere de tout ce qui regarde nôtre fujet. On auroit ph fe perfuader, que l'Efpagne ou Plralie feu- le auroit été capable de cetre police exade & févére, foit du Tribunal Ecclefaftique, foit du féculier, dans la ma- tiére de l'Héréfie : mais le Concile de Salsbourg fait voir la difpofition du même Droit dans l'Allemagne ; & l'Edit . de Saint Loïis le fait voir pareillement dans la France, avec tous nos. Conciles alleouez plus haut. Ur à . X. Je n’ignore pas ce qu'a raconté Joinville. desSaint- e V IE PART: Cha.XHE., % 1° 146 Traité dés Edits, é7 des autres moïens Loiis, & de la réponfe que fit ce Saint Roï au Clergé de France, qui lui demandoit, qu'ilordonnär à fes Ju ges Roïaux. de faifir & d’emprifonner ceux , qui aprés avoir été excom muniez, mépriferoient les Cenfures de lEclife, & pañe- roient plus d’une année fans fe faire abfoudre : Saint Loüis répondit, qu'il le feroit fans peine, pourvû que le Cler- gé agréèt, que les Juges Roïaux connufiene auparavanr, ÿ* fi la Cenfure avoit été fulminée avec juftice. Le Clergé naccepta pas Cette condition. Il eft certain... qu'on s’eft trompé, quand on a cru que cette derniere réponfe étoic. contraire à FEdit precedent. L’Edit ne regardoit que lé cas de l'Héréfe, dont il eft inconteftable , que le feul Ju: ge d'Eglife eft Juge competent; au lieu que les autres ma: ticres font ordinairement d'une nature mixte, qui peut . être portée à lun & à Pautre Tribunal. Pourquoi Saint Lotiis auroit-il révoqué plufeurs années aprés , ce qu'il . 2 (2 < £ 7 : avoir ordonné contre l'Héréfie au commencement de {on _ regne, & ce qui lui avoit acquis tant de gloire» Pourquoi ù = © : TRS Û 0 ÿ s RTS . oO ET le Clergé auroit-il demandé à ce Roï un fecond Edic, Ibidems: + aprés celui qui avoit éce publié > Pourquoi l'Hifforien: ne diroit-il pas que le Clérgé demanda la confirmation d'un Edit precédent ? Pourquoi le Clergé n'auroit-il pas protefté au Roi, qu'il ne demandoit rien de nouveau: mais la confirmation feulement d’un ancien Edit donné: par Jui-même > Quelle apparence , que ke Ror ou le Cler- gé vouluflent confondre le:ças de l'Héréfe, avec les au- tres ças innombrables, dont l’un où Fautre Juge peuc con noïtre à Le Roi, dit Joinwille;pout jufüfier fon refus ap » porta Fexemple du Corre de Bretagne, lequel étant ex- » Communié plaida feptans contre lès Évêques de Bretagne, 3 Pinuille de du Cange, PAT. 13, & gagna enfin fa caufe contreux à Rome. Ce n’étoit point läune caufé d'Héréfie ; ou de foi; mais de quelque titerêt temporel. Auf ce Sainr Roi ajoûra, que s'il eût contraint le Comte de fe faire abfoudre dés la prerire: / A Pa le Ar > à res Se É e année, 1] lus eus fallu : Lezfer aux Prélats contre raifor, 6e qu'ils lui demandaient contre fon vouloir, @ qu'en ce faifant, 1é ché grandement mefl is ébenvers Dieu; envers ledit Comté de our maintenir l'univé de l'Erlife Catholique. 147 Bretagne. Wne s'agifloit donc point du cas d'Hérélie, quand FT pinrix ce Roi refufa d'emploier fes Juses contre ceux qui tarde- Cha, XHL, 8 roient plus d'une année, à fe faire abfoudre de l’excom- aunication. XI. On peut voir dans les Ordonnances de nos Rois, cel- le de François I. en 1543. qui autorife la Jurifdiébion des Prélats & Inquifiteurs de la foi contre les Laïques , ou Ecclefaftiques accufez d'Heérélie, pour proceder contre eux felon les Conftitutions Canoniques. On y peur voir auffi celles. de Henri IT.en sç50. & 1557. couchant les pou- * oirs accordez par lui aux Inquifiteurs de la Foi, confor- mément au Bref du Pape Paul IV. que ce Roi avoit ob- tenu ; & où le Pape nommoiït pour Inquifiteurs, les Car- dinaux de Lorraine, de Bourbon & de Chaftillon. On fait que ce Pape fut un des plus rigoureux, pour tout ce qui regardoir l'Inquifition contre les Hérériques. On fait aufli que ces rIgucurs de l’Inquifition Romaine mont jamais eu de cours dans ce Roïaume. Ce furent nos Evêques qui furent les Inquifiteurs, par eux ou par leurs déléguer, foit Religieux, foit Eccleñaftiques. Ce font ces Inqüifiteurs que François L. autorifoir. Je n’entreray point dans les dé- mêlez, qui s’élevérent entre les Prélats & les Parlemens du Roïaume, pour s’attribuer la jurifdi@tion de faire le procés aux Hérériques. On pourroit l’attribuer au zéle de ces deux illuftres corps. Nos Rois s’cfforcérent de main- ” æenir les uns & les autres dans leurs juftes Droits. Cela: ne püt empêcher, que ce ne fuflent tantôt les Evèques , ‘qui lemportaffent, & tantôt les Parlemens. L'Hiftoirc a obfervé, que quand le Prince panchoit à la douceur , il donnoir l'avantage aux Evêques, dont les fentences & des peines ne pouvoient être que fort douces; & qu and ces jugemens au Parlement. En voilà affez pour la Fran- -ce, où nous dirons peut-être enfuite, que les Hérétiques : -ne furent envoïez au dernier fupplice, qu’aprés qu'ils eu-- -tent eux-mêmes exercé les dernieres violences contre les’ “plus Saintes marques de nôtre Religion, & contre les@a VA “aù contraire il vouloit qu'on ufât de févérité , il renvoïoit. IE PART. 148 Traité des Edits, er des attres moïens tholiques qui les défendoient. Je dirai encore un mot de: Cha, xt11, l'Allemagne, puis je viendrai aux Conftitutions Canoni- Part, 13. 0. T4: ques, aufquelles les Ordonnances de nos Rois & nos Con- ciles de France ont voulu qu’on fe conformar. XII: Le Concile de Cologne en 1526. déclara, qu'alors tout étant rempli d'Héréfies & de Schifimes,. il feroit à propos de conferer avec les Inquifiteurs du Siège Apof- tolique, & de drefler un formulaire d’Inquifition , qui füc conforme au Droit, & qui répondit à l'importance de la chofe : Communicato cum Inguifitoribus Apojfolicis confilio.. Je ne penfe pas que les Prélars d'Allemagne cuflent def. fein d'établir chez eux une Inquifition entierement fem- blable à celle de Rome, non-plus que nos Rois & nos Evé- ques. Mais. on pouvoir en tirer des lumiéres utiles, avec réfolution de les proportionner au génie & aux befoins de: tant de Païs differens.. | | Le Concile fuivant de Cologne, tenu en 1549. exhor- ta tous: les Laïques. & les Ecclefaftiques , qui s’étoient en- gagez dans la communion, où dans les opinions des Hé- rétiques , & s'étoient féparez de l'Eglife, hors de liquelle: iln’y a point de falur : Qwi fe ab unitate Eccleffe Cathoe lice, extra quam non eff [alus, Jepararwnt : D’y revenir au: » pltôt, & de:perféverer à l'avenir dans l'unité de la Com- » mumion & de la Foy de l'Eclife Catholique : Swdesnique deinceps in unitatée Communionis @ Fidei cum: Ecclefia San- » Cfa Catholica permañere. Ce-Concile enfuite: invita tous les. » Evéques d’ufer de beaucoup de-douceur envers tous ceux »: qui {e prefenteroient pour faire abjuration, de-peur-que » ]à crainte des peines ne les en détournât : ze penarum [e- véritate propofisa , reverti ad Ecclefiam ab Harefi cupientes: » avertanus , © retropellasus. Les fuperieurs des Ordres Re- »_ligicux furent auf exhortez à recevoir avec une bonté pa- »_terpeHe les Relroicux, qui les avoient quittez & qui vou- » loient revenir; de les recevoir, dis-je, à une pénitence: _tolérable , & d'en diminuer toûjours quelque chofe, à pro- = portion dwprogrés qu'on fcroit : Paferne recipiant ad pe afteutian tolerabilent: quan emendationc eorsm perfbectà feu 2 3 »2 w s 4 ÿ ÿ pour maintenir l'unité de l'Eglife Catholique. 149 fm minuant, ut faneut [uas oves | u0n intérimant. Si ces O1 LS PENSERS . \ a ñ Religieux Apoftars refufent de revenir à l’'Eghife ; & à Ch, s«1v. leurs Monaftéres, ce Concile interpofe toute l'autorité qu'il tienc de Jefus-Chrift, pour obliger les Princes Chré- tiens & les Magiftrats féculiers de faïfir ous ces ennemis obftinez de leur propre falut, & de les remettre entre les mains de leurs Superieurs, afin-qu’ils foient refferrez dans. leurs Monaftéres, pour y faire une rigoureufe , mais falu- taire pénitence.. CHAPITRE XIV. Continuation du même fujet de l'Inquifition, ow de fa . « ° L . pénitence publique, & des peines contre les Hérériques, : felon le Droit Canonique des Decretales. Æ Decret d'un Concile tem entre les deux Conciles de Latrfañn, où - étoient prèfens le Pape €* l'Empereur, les Evéques © les Prin- ces. II. Remarques [ur ce Decret , entierement conformes à celui: qu'on fit peu-aprés dans le IF. Concile. de Latran. Recit desin- cendies © des cruaute? que les Hérétiques exercérent contre les: Eglifes, quand on fit ces Decrets: des Inquifitions & des Croifades: — contre-eux. TTL. Quels éroient les Hérétiques de'ce tems-la. Leur ignorance, leur brutalité, leurs violences, leur vaine offentatios des Ecritures, IW. Les mêmes Setles confufes © tumultnenfes d'Hérétiques [ous le Pape Gregoire I X. ©* fous. Alexandre IV. qui les fulminérent. W. Des proteffations générales de croire tour: ce que PEglifecroit, @ de candarmner tout ce qu’elle condamne. WI. Quel danger il peut y avoir dans les proteffations générales: - de condamner tout ce que l'Erlife condamne ;. ghoï-qu'en effet on Sobffine à foutenir qu'elle ne condamne pas, ce qu'elle condamne véritablement. VIT. De la Foi © de la Confeffion explicite, or implicite [elon la diverfiré. des tems, de l'age, G* des perfonnes.. … Continuation. de la doëtrine de Gerfon. WIIL. Suite des. fentimens de Gerfon., touchant la profeffion. de Foi de ceux qui ont été dans: — guelqueerreur particuliere. IX. La [agefle des Pajleurs à tenir ur: juffe milieu ,.pour ne pas inquiéter les fimples, © pour ne pas JE laiffer furprendre par des efprits franduleux.. Ë HE viens au Dfoit Canon ou aux Decretales Gré-- goriennes, qui font ces Conftiturions Canoniquess, V5, < [Document text truncated for crawler view.]