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Le petit grandisson. Tome premier

Berquin, M. (Arnaud), (1747-1791); Regnault Warrin, J. J.

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HE UTRE VU à #1 k ŒUVRES COMPLETES | DE | BERQUIN.. | TOME VINGT-SIXIÈME. : CS Æ RENE or D BE S LE PETITS Mapame D'* À so rrre. “ Amsterdam, le 28 avrih … Aa dette ma fait le plus grand plaisir, mon cher fils. La tristesse que tu às ressentie de notre séparation me fait voir que tu as un cœur sensible. Un enfant, qui peut s'éloigner de sa mère sans chagrin, ne sait pas l’aimer. Il faut cependant écouter aussi la raison. Nous ne pouvons pas rester toujours ensemble ; et $’abandonner là- ‘chement à sa douleur, c'est une faiblesse dont il n'y a qu'à rougir. Apprends à t’armer de courage Contre les évènémens de la vie. Celle qui pa roit la plus heureuse est encore mélée de mille peines, qu'il faut s’accoutumer dès l'enfance à savoir supporter. Lorsqu'il te viendra quelque tristesse de ne plus me trouver près de toi, ERANDISSON. . 9 tu was qu'à penser avec quel plaisir nous nous reverrons dans un an, et tu trouveras aussitôt de la consolation. En. attendant, nous nous écrirons le plus souvent qu’il nous sera possible. Ecrire , c’est presque se parler. Tu vois à présent comme tu as bien fait de t’instruiré avec tant de soin. Qu'en arriveroit-il si tu avois été assez mal- -beureux pour négliger tes lecons ? Nous serions séparés , et nous ne pourrions nous rien dire l’un-à l’autre. Tu trouves M. Grandisson_ bien estimable, et tu veux le prendre pour modèle ? Tu me ravis, mon cher enfant. Ce choix est déjà un commencement de vertu. Oui, ton père étoit aussi comme lui, et je suis bien sûre que tu sauras te rendre digne de te nommer son fils. C’est la ee. douce consolation qui me reste après lavoir perdu. Adieu, mon cher Guillaume , embrasse-moi pour madame Grandisson. Rends-moi compte de toutes tes occuÀ 2 rO VE PETIT: : pations et de tous tes plaisirs ; mais écris-moi toujours comme si tu me parlois. Une lettre doit être simple, natu= relle, et sans aucune recherche, Ta petite sœur te regrette beaucoup. Elle me demande cent fois par jour de tes nouvelles. Elle me reproche de ne: savoir pas jouer ayec elle aussi bien, que toi. GRANDISSO N. fr pci Ne Guiscaume, Df*.4 SA MÈRE. : nes lé 8 mai. Mine « = mille graces, ma, SCLME ma man, de la bonté que vous.avez eue de m'écrire. Je me suis empressé.de.montrer votre. lettre à à madame, Grandisson: Quelle excellente mère voUsaAvez, m'a t-elle dit après, l'avoir lue !. Qu ma. dame:, lui.ai-je répondu , ‘maman. est: une autre vous-même, et, elle...m’a; embrassé. Ecoutez, mon. petit. amis at-elle ajouté ;. puisque votre. maman, vous permet, de lui écrire, .et qu’elles ‘vous ordonne de lui. rendre compte. de: tout ce qui vous. regarde ; vousine,.de# vez rien oublier, Parlez-luide: vos études et de vos amusemens,, et: rapportez-. lui yos: entretiens. avec. mes, fils, et! ma;: fille. Cela pourra lui. adoucir le chagrin. de. votre absence. Mais., madame, lui aj-je dit; maman m’a toujours défendix, \ F2 DE PETLT : : de parler de ce qui se passe dans la maison des autres » et sûrement elle veut que je ne lui parle que de moi. Eh bien ! m’a-t-elle répondu, je vous permets de lui faire part de tout ce qui se passe dans notre maison. Je n’ai point de meilleure ämie que votre maman. Je lui confierois moi-même tons mes secrets , et je vous charge de Ma confie dence. O maman! combien cette permission n'a fait de plaisir! Que j'aurai de choses’ à vous raconter de monlami Charles ! Oui, c’est de lui que j'aurai le plus souvent à vous parler. Vous ne savez pas combien il à d'esprit et de raison, de sentiment et de bonté. Nous sommes toujours ensemble. Je l'aime tous les jours un peu plus que la veille. Edouard, son frère, qui a deux ans plus que lüi, n’est pas, à beaucoup près, aussi aimable: mais pour la petite Emile, leur jeune sœur ! ‘oh ! voilà une. charmante demoiselle ! | “Madame Grandisson vient de vous ecrire , marman,. EÙe me fait demander _ GRANDISSON. 13 ma lettre pour la mettre dans la sienne. Je suis bien fâché de ne pouvoir causer plus long-temps avec vous. Il me semble que je ne serois jamais las de vous écrire. J'ai autant de peine à quitter ma plume que j'ai eu de plaisir à la De dre. Adieu, ma chère maman ; ménagez bien votresanté. Continuez-moi tou jours vos sages leçons ,; et peut-être que je deviendrai aussi aimable que mon “ami Charles. : J’embrasse tendrement ma petite sœur, J'ai du regret aussi de ne pou voir jouer avec elle > puisqu “elle trouve que je m'en so nitto si bien. 14 LEPETIT Maname D** 4 6oN rrrs. ; Amsterdam, le 18 mai, JE te félicite, mon cher fils, d’avoir un ami tel que Charles: Quelques personnes de ma connoissance qui l’ont vu chez son père, me parlent de lui comme d’un enfant on ne peut pas plus intéressant. Tu vois par-là ce que l’on ga= gne à se bien conduire et à remplir ses devoirs ; on se fait aimer et estimer de tout le monde. Edouard , dès ses pre mières années, a montré un caractère indocile et sauvage. Mais, mon cher ami, tune dois remargüer ses défauts que pour t'en préserver, sans donner dans ton cœur la moindre place à la haine. Edouard est jeune, il peut se. corriger ; et, jusqu’à cet heureux chan sement, il n’est digne que d’une ten-. dre compassion. GRANDISSON. 15 11 me parait, par la lettre de madame Grandisson, qu’elle a pris de l’amitié _ pour ‘toi: C'est üûn ‘encouragement à faire de ton mieux , pour. mériter ce qu’elle me dit sur ion compie. Tu dois sentir combien les reproches qu'elle auroit à te faire seroient cruels pour môn cœur, Mais non, je te connois : tu ne veux point cesser d’être le bienaimé de ta maman. Adieu , mon cher fils: 16 > LE-PETIT GuirczLaumMEe D*** À sA MÈRE. Londres, le 27 mai. Cnanres vous écrit, maman, Charles vous écrit Vous trouverez sa lettre dans la mienne. Quelle belle écriture, et quelle jolie manière de s'exprimer ! Mais soyez tranquille, il ne tiendra pas à moi que je ne sois bientôt en état de faire aussi bien que lui. Je n’ai que douze ans , et il en a treize. Voilà an an de différence où je puis bien avancer. Rien ne manqueroit à mon bonheur , maman, Si Vous étiez ici pour voir combien je suis heureux. Toutes nos études sont autant de plaisirs. Nous apprenons le dessin, la danse, la musique , et nous faisons tous les jours des promenades dans la campagne pour connoître les plantes. M. Bartlet, qui est un bomme très-savant, vient nous: voir deux ou trois fois par semaine, et nous CRANDESSON. 17 nous trouvons beaucoup à profiter dans sa conversation. Je sens mieux tous les jours combien il est triste de rester dans l’ignorance. Il y a tant d'avantage à ie son esprit | | et il n’y a qu'à savoir s’y prendre pour s ’amuser en s’instruisant. Oh! né craignez pas que Je perde mon temps en cette maison. J'ai un trop bon exemple dans mon ami Charles. El règne entre nous une émuation qui ne prend riensur notre amitié: au contraire , il semble que nous nous en aimions davantage, Maisil faut que je cesse de vous écrire, car on m'appelle: re déjener. Va donc, ma lettre; dis à ma chère maman que je l'aime de tontmon cœur; dis-lui que je l’embrasse mille et mille fois. Je profite du petit coin de papier qui me reste, pour faire à ma sœur encore plus d’amitiés qu’il n’en peut tenir. Tome XXFI. B de THÉ bEr GUILLAUME D À sA MÈRE. Londres, le 12 juin. j Novs rartons demain pour la camPagne , maman. Comme je vais me. divertir ! Charles vient d'empaqueter. beaucoup de livres pour les emporter avec nous, Nos crayons ne sont pas oubliés. Toute la contrée est ; dit-on, remplie de paysages charmans. Nous nous exercerons à les rendre sur le papier. La petite Émilie emporte son tambour à broder, ‘pour imiter avec son aiguille les plus jolies fleurs. Quoiqu'elle n’ait pas encore douze ans , elle est d’une adresse qui ravit. C’est elle qui fait la plus grande partie de ses chiffons. Nous sommes tous trois bien joyeux d'aller à la campagne. Edouard seul en est fâché. Je le plains. Il me semble que c’est un mauvais signe de ne pas aimer l'air desfchamps. Je me GRANDISSON. 25 suis trouvé présent à une conversation quil a eue avec son frère et sa sœur. Je vais vous l’écrire mot pour mot. ÉMILIE. Savez - vous que notre bon ami M. Bartlet vient avec nous à la campagne ? CHAR LES. Oui, ma sœur, et jen suis charme. É D O U À R D. Oh ! pour moi je ne le suis pas. FCHARTES. Et pourquoi donc, mon frère ? en É D O U AR D. C'est qu'il trouve toujours en moi quelque chose à reprendre. . CHARLES. Eh bien ! ses reproches peuvent t’aider à te corriger. Il me semble que ceux qui ont la bonté de nous avertir de nos défauts sont nos meilleurs amis; et je les estime bien plus que ceux qui nous flattent. 26 LE PETIT < Charles a bien raison > n'est-ce pas; maman, : E D OU A Rr D, -Je pensois au moins que je serois délivré pour quelque temps/de ce maudit latin. Mais non, je vois qu’il nous faudra encore faire tous les jours notre version comme à la ville. CH AR LE S, Je l’espère bien, et je ne vois rien de difficile lorsque M. Bartlet est avec. nous, Et puis il veut nous apprendre à connoître toutes les plantes de la contrée. Oh! ce sera un plaisir... ÉD O U À R D. Qui, vraiment, le beau plaisir que d'aller chercher des herbes, le nez en terre comme les moutons! CHAR LE . Mais, mon cher Edouard , tu n°as pas fait encore ta malle > Je crois ? =. É DO: U 4 R D; :Je la ferai faire par un domestique. CRANDISSON 57 ÉMILIE. + Les domestiques sont aujourd'hui bien occupés, mon frère. ÉDOUAR D, Eh bien ! ils iront se coucher une heure plus tard. : ÉMILTE. Les pauvres gens! après avoir tra- : vaillé toute la journée , tu veux qu'ils perdent encore une heure de leur somrneil ? _ É D'O U A R D. Voyez le grand malheur. ÉMELTE Tu pourrois le leur épargner ; en faisant les choses toi-même , puisque tu en as le temps. Cela di peutêtre mieux que de t’amuser à tracasser ton chien. en É D O U A R D, Mon chien est à moi, j’espère. É MI LI £. Oui, mais les domestiques ne sont pas à toi. 29e LE PRET ; É D O U A R D, Ecoutez, mademoiselle, je n'ai pas besoin de ‘vos leçons. Gode de pour cote La querelle alloit s’échaufter. Charles les a pris tous deux par la main. Allons, mes amis, embrassez - vous, leur a-t-il dit. La-dispute entre frères et sœurs est toujours un grand ml. Tiens, Edouard, puisque tu yeux rester ici à t'amuser, donne-moi ta clé, je ferai ta malle, tandis que les dome tiques seront à diner. Que Charles est un bon but a dit Emilie; je l'aime de tout mon cœur. O maman! quelle différence entre les deux frères ! et combien la douceur et la complaisance sont des qualités ai= mables ! Mais, Dieu ; il faut que je vous quitte. J'aurai soin de vous écrire aussi. tôt-que nous serons arrivés à la cam pagne: Que n’êtes-vous de la partie avec ma chère petite sœur ! Gr ILLAUME. RS PRE A TORONTO SE GRANDISSON. 29 Guic£aAumME D'** À sA MÈRE. Le-x5-juin. Nous Voici arrivés, ma chère maman. Oh!la jolie maison de campagnel Il y a de tous côtés des promenades charman-— tes. Le parc est très-vaste ; etde ma fenêtre je découvre un paysage à perte de vue. Les jardins sont entretenus avec une propreté qui ravi aû premier coup-d’œil. Charles en a un pour lui seul, oùil peut semer et planter tout ce qui lui plaît. ILa couru le visiter à notre arrivée, Êt savez-vous ce qu'il a fait, maman ? Non, il n’est pas possible d’être plus noble est plus généreux. Il a donné une demi-ouinée au jardinier qui a pris soin de son jardin pendant son absence. Il pouvoit sûrement se dispenser de lui faire ce-cadeau. Son père paie largement le jardinier; mais Tome XXFI, C 14) Ve LL ss ‘£ < c'est un homme qui a six enfans encore, tout petits. Ïl est pauvre, et Charles est bienfaisant. Ilme semble donc qu'il a bien fait. Cependant Edouard a trouvé qu'il fusoit mal. Il faut que je vous raconte leur entretien à ce sujet. Edouard étoit près de moi. Il a vu la demi-ouinée dans la main du jardinier. Il a couru aussitôt vers son frère. | É D O U A R D. Es-tu fou , Charles, d’avoir donné tant d'argent à cet homme ? mon papa Jui paie son travail. CHARLES. _Ilest vrai, mon frère; mais vois eomme mon jardin est bien entretenu | Cela vaut une petite récompense : d’ail-. leurs, cet homme n’est pas riche, etil a beaucoup d’enfans. Ne faut-il pas avoir pitié des malheureux ? É D O U A R D. À la bonneheure:; mais il ne falloit pas au moins lui oc au-delà ge ce qui lui revient. GRANDISSON. 31 C H À R FE ES. Ah !mon frère, si notre papa nous donnoit tout juste ce qui nous revient à nous-mêmes, ce seroit bien peu de chose, É-D.O U-A R D. Est-ce que tu oserois lui due + ce De tu viens de faire ? CHARLES. Oui, sans doute. J "espère ne faire Jamais rien que je ne puisse lui dire. L É D O U A R D. à Il te gronderoit d’une bonne façon, je te le promets. CH À R LE S+ Et moi, je te promets qu'il ne me gronderoit pas du tout. Je l'ai vu sou= vent donner quelque chose au même jardinier , lorsqu'il est content de son travail, É D OU À R D. Mon papa donne de son ar gent;<mais celui que tu donnes ne t’appartient ras, ex b LE PETIT —. CHARLES. Je te demande pardon, mon frère. L'argent que j'ai donné au jardinier étoit bien à moi. C’étoit le fruit de mes économies, 1l m'étoit permis d’en disposer, et je ne pouvois en faire un meilleur usage. É D O U À R D. Comme s’il n’eût pas mieux valu en acheter des fusées et des pétards, e donner un petit feu d'artifice à ee ; en l’honneur de notre arrivée! CHAR EL ES: Les fusées ne durent qu'un moment. Et qu'est-ce encore? Du bruit et de Véclat, rien de plus. D'ailleurs, elles peuvent causer des accidens. Non, non, mon argent me deviendra plus utile. Le jardinier en achetera des souliers pour ses enfans , et les pauvres petits ne seront pas réduits à courir à pieds nus sur les pierres et à travers les ronces. CRANDISS 0 N. 33 ÉDOUARD, avec un ris moqueur. Et que nous importe que ces enfans ‘aient des souliers ou non ? Je ne vois pas en quoi cela nous touche. C H A R L ES. Mais cela lestouche, mon frère, et c'en est bien assez. Que le ciel nous préserve de ne songer qu’à nos besoins, sans nous embarrasser de ceux des autres. Ah! mon cher Edouard, prenons pitié des pauvres. Ils sont hommesausst bien que nous. Edouard ne trouva pas un mot pour répliquer ; mais il nous quitta brusquement pour aller tourmenter un chat qu'il voyoit de Join dormir sur un banc de sazon. Que dites-vous de cela, maman ? J'en suis honteux pour Edouard , et j'aime Charles plus que jamais. Madame Grandisson aura sûrement bien plus de plaisir à apprendre la générosité de son fils, qu’elle n’en auroit eu à voir toutes les fusées du monde. Oh! G 2 40 PE-PETIT. - cria-t-il, il nous faut aider ce braye petit garçon. Nous aurons bien assez de force , à nous quatre , pour remonter son tonneau, Vraiment oui, dit Edouard, il nous siéroit bien de now occuper de ces choses-là, Pourquoi non, répondit Charles ? I1ne me sied jamais, ce me semble, de faire une bonne action. Tu n'as qu'à rester tranquille, Voyons, nous trois, si nous serons assez. forts. Nous voilà aussitôt à l’ouvrage , et dans un moment la brouette. fut relevée , et le tonneau remis par=. dessus, tandis qu'Edouard ne faisoi | que chanter et se moquer de nous. Le petit garçon: fut bien joyeux. El nous. remercia, et poursuivit son chemin. Allons, Charles, dit Edouard, voilà qui est à merveille. Je vois avec plaisir que’ tu serois un fort bon vinaigrier, Eh bien! mon frère, lui répondit Charles en souriant, si je le suis 7a-! mais , étque j'aie le malheur de laisser | tomber mon tonneau , je serai fort aise de trouver quelqu'un qui ait la bonté. - de! ERANDESSON. 47 de me secourir, Oui , tu nas qu'àrire, reprit Edouard. Mais que ‘diroit mon papa s'il étoit instruit de ce que tu viens de faire ? Il en estimeroit davane #3 163 BIS) 19% LS ; Sir pour vous deux. C'est bien à des des nous ? Vous verrez bientôt, maman, que Charles avoit raison. ET À peine étions-nous arrivés à la fer me ; qu'Edouard nous proposa de faire une petite navigation sur un batelet qui étoit là ‘tout près dans un fossé. Emilie et Charles n’en voulurent rien faire, en disant que leur papa le leur Tome XXFT. 45 EE PETIT À avoit expressément défendu. Bon, 114 m'en saura rien, dit Édouard. Mais, mon frère, répondit Charles, -nous ne devons -rien faire que notre papa n6 doive savoir. À. la bonne heure, dit Edouard. En ce cas, Je vais faire un tour dans Ja. prairie , car je ne m'amuse pas ICI. Nous pensèmes tous que c ’étoit “en effet son dessein. Mais l’auriez-vous cru , maman ? Au lieu d'aller, comme il e disoit, dans la prairie, Fe tourna autour de La ferme, et.il alla. se mettre dans le bateau. Ho une demi-heure après, nous entendimes crier au seTours. Nous y courûmes avec le fermier et son fils. Quelle. fut notre cons= ternation en voyant le bateau renversé , et le malheureux Edouard caché sous les ondes ! Un petit # garcon étoif près de lui, et le tiroit par à pan de son habit, sans avoir la force de le soulever. C'étoit lui qui venoit de crier au secours. Le fermier se jeta aussitôt dans _le fossé, et vint à bout de les tirer de l’eau tous les deux. Mais Edouard GRANDISSON. 45 étoit sans connoissance et sans mouve— ment. Emilie poussoit des cris pitoya= bles. Moi, jétois si saisi, que je ne pouvoisrien dire. Charles seul étoit calme, et avoit conservé toute sa présence d'esprit. Il ordonna d’abord que l’on portât son frère dans la maison du fermier , pour le faire revenir de son évanouissement, Pis il dit à sa sœur de se tenir tranquille , de peur que ses cris n’allassent jusqu'aux oreilles de son papa. Je vais retourner vers lui, ajoutat-il, pour le prévenir doucement du malheur qui vient d'arriver. Ayez bien soin de mon frère. : N'admirez-vous pas, ma chère maman, des précautions si sages et si ten= dres. Mais quelle fut l'agitation de ses parens en entendant son récit! Madame: Grandisson tomba évanouie. M. Grandisson, après lui avoir donné des seCours, Courut aussitôt vers son fils. On venoit de le porter dans la maison. Il n’étoit personne qui ne le crût mort. D 2 44 LE: DBETIT Malgré sa fermeté, M. Grandisson ne put s ’empêcher . de “répandre des larmes. Oh! combien un bon père aime ses enfans! il oublie toutes leurs fautes lorsqu'il les voiten danger. À force de soins, on fit revenir Fdouard à luimême : mais 1l estencore au lit, parce qu'il a une grosse fièvre. Le voilà bien puni de sa désobéissance. Il a été sur le point de perdre la vie, et de donner la mort à ses parens. C’est une bonne leçon pour m’apprendre à être toujours soumis et docile, Adieu , ma chère maman , je vous donnerai bientôt des nouvelles. Que j'aurois de choses à dire à ma petite sœur pour la scène touchante qu’elle a eue avec vous ! Je l’attends à notre correspondance. GRANDISSON. 45 GuricLaumEe D'** À SA MERE. Le 2 juillet. Mu AME Grandisson est beaucoup mieux, maman. Édouard sera bientot rétabli, et espère que cette aventure le rendra plus sage. Je vous ai parlé, dans ma dernière lettre , d'un petit garçon qui a sauvé Edouard en le tenant par son habit. Eh bien! ÿ'avois oublié de vous le dire, c’est le petit vinaigrier que nous avions aidé à remettre son tonneau sur sa brouette. Charles le disoit bien. On peut avoir besoin de tout le monde, sans pouvoir deviner comment. C'en étoit sürement fait d'Edouard, si nous n’avions secourü le petit garçon; car ; en restant sur le chemin près de sa brouette renversée, 1} n'auroit pu se trouver à portée de voir l'accident d'Edouard, de se précipiter 3 46 PE PETITF | dans l’eau pour le soutenir, et d'appeler du secours. Mais il faut que je vous rapporte un entretien que nous eûmes à ce sujet hier après diner, lorsque nous étions avec M. Grandisson dans la chambre du malade, Vous avez bien de la bonté, nous dit Edouard , de venir me tenir compagnie. 3 CHARLES, Ne viendrois-tu pas auprès de nous, mon frère , si nous étions malades ? É D O U AR D, Guillaume auroit peut-être plus de plaisir à s’aller promener. GUILLAUME. Non, je t’assure, Edouard. C’est un assez grand plaisir pour mot de voir que tu commences à te trouver mieux. SR MT DT Es Sur-tout quand nous pensons au danger que nous avons couru de te perdre. GRANDISSON. 47 LA Ë D O U A R D. Cela est vrai. Sans ce brave. petit ‘garçon , c'en étoit fait absolument de moi, M. GRANDISSON. Je suis bien aise, mon fils, que cette réflexion occupe ton esprit. Tu vois à présent, comme te le disoit Charles , qué l’on ne peut jamais savoir si l’on n'aura pas besoin de telle personne qui se trouve avoir besoin de nous. É D O U A RD. Vous avez raison, mon papa. J'ai bien du regret de mavoir pas aidé ce petit garçon; qui devoit me rendre un si grand service. NT. GRANDISSON. Je te sais gré, mon fils, de reconnoitre que tu as eu tort. Il ne te reste plus qu'àte souvenir sans cesse de ton libérateur, dans la pensée qu'il vien dra peut-être un jour où tu pourras lui rendre le change. Jusqu'à ce: moment, tu peux , en quelque sorte, t’ac- 48: FLE PETIT quitter envers lui, en secourant, à son intention, tous ceux que tu verras dans la peine. Tu peux encore tirer de ton malheur une leçon fort utile, c’est qu'il ne faut jamais mépriser ceux qui paroïissent au-dessous de notre état. À la place du petit vinaigrier, qu'auroit fait un jeune gentilhomme ? Il se seroit sans doute contenté d’appeler du secours sans te secourir luimême, ef fu aurois eu le temps de périr sous ses yeux avant qu'il eût osé . mettre un pied dans le fossé. Le petit garçon ; aû contraire, plus courageux et plus compatissant, s’est précipité dans l’eau après tot, au péril de sa propre vie. Tu venois de lui refuser un service qui né f’auroit coûté qu’un léger cffort; et; maloré ta dureté à son : égard’, il°n’a pas craint de hasarder ses jours pour sauver les tiens, Astu fait jusqu'à présent ; et feras-tu peut-être dans toute ta vie une action qui approche de la sienne ? De-tendres parens , un frère, une-sœur; -un: ami, GRANDISSON. 46 lui doivent un-objet chéri qu'ils alloient perdre. La société lui doit un de ses enfans qui peut un jour travailler utilement pour elle. Gardons-nous donc bien de mépriser aucun de nos semblables, dans quelque rang que le sort lait placé, puisque les petits peuvent quelquefois nous être encore plus utiles que les plus grands. J'avais les larmes aux yeux, ma chère maman , pendant le discours de M. Grandisson. Il me sembloit que tous ses sentimens étoient déjà dans le fond de mon cœur, Oh oui! j’ai observé plus d’une fois que les gens du peuple sont les plus secourables lorsqu'ils voient quelqu'un dans le besoin, et lon ne peut pas être méchant quand on est aussi bien disposé à secourir ses frères. Adieu, ma chère maman. Nous alons demain diner chez la sœur de M. Grandisson. C’est à plusieurs milles d'ici. Je suis obligé de vous quitter. Nous devons nous coucher ce soir de 56 ÉBPDELE pas nous détourner beaucoup de notre route pour ramener Île pauvre vieillard dans sa chaumière. Je vis que Charles , en le faisant descendre de la voiture , lui glissoit de largent dans la main; ef nous nous séparâmes de lui après en avoir reçu mille bénédictions. À notre arrivée , tout le monde donna des louanges à cet acte d'humanité. Mais , dit Emilie , cet homme, avec sa grande barbe et ses haïllons, devait faire une singulière figure dans votre calèche ? Ah ! ma. sœur , je ne pensois guère à son accoutrement , répondit Charles, tant j'avois de joie d’avoir pu secourir un malheureux ! M, Grandisson ne put y tenir, ses yeux se remplirent de douces larmes. Il tendit les bras à son fils, qui vint s'y précipiter, et il le serra tendrement contre son cœur. O maman ! que le mien étoit plein pendant une scène si touchante ! Il me semble que cette calèche est un beau char de triomphe pour mon ami. D ERANDISSON. 57 GurrLaumMEe D'* À sA MÈRE. Le 12 juillet, Jr vous remercie, ma chère maman, de votre lettre gracieuse. Il y avait bien long-temps que vous ne m’aviez écrit. Je craignois que vous ne fussiez pas contente.de moi. Savez-vous ce que je fais ? Je porte toujours dans mon sein la dernière lettre que j'ai reçue de vous, pour être plus souvent à portée de la lire, et de repasser les bonnes leçons que vous my donnez. Il me semble que je vais en valoir un peu mieux chaque fois que je l'ai lue. C’étoit hier la fête de madame Grandisson. Charles se leva de très-bonne heure. Sa prière fat beaucoup plus longue qu’à l’ordinaire El prioit sans doute le ciel pour sa chère maman, comme je fais pour vous quand c'est E 3 58 LE PETIT votre, fête. Il s’habilla ensuite de neuf. Vous auriez été charmée de sa bonne mine ; mais il faut que je vous reprenne les choses d’un peu plus loin. Il y a près d’un mois qu'Edouard ce Charles eurent chacun un habit neuf d'été , qu’ils avoient choisi eux-mêmes. Edouard mit le sien dès Le premier jour ; mais Charles continua de porter celui -de l’année précédente, qui étoit encore fort propre. Son père lui en ayant de. mandé la raison , il lui répondit qu'il réservoit sa parure pour une visite de cérémonie. Voyez-vous, maman?Cette visite étoit celle qu’il devoit rendre à sa mère le jour de sa fête ? Que Charles” est aimable ! et comme tout ce qu'il fait est bien imaginé ! Emilie étoit déjà venue frapper à notre porte, et nous aitendoïit avec impatience. Nous descendimes ensemble , et nous trouvâmes monsieur et madame Grandisson qui déjeûnoient dans le salon. Charles fut le premier qui souhaita ‘une bonne fête à sa maman. fl mit un genou en terre GRANDISSON. 59 devant elle, et lui baisa respectueusement la main. Oh ! si je pouvois me rappeler tout ce qu'il lui dit ! mais j'étois trop vivement ému pour retenir la suite de ses paroles; Il lui présenta aussi un bouquet de fleurs qu’il avoit cultivées de ses propres mains. Emilie le suivit, et donna à sa maman un joli sac à ouvrage qu’elle avoit fait ellemême. Ce présent étoit tout -à-fait. inaftendu, et il en devint par là plus agréable. Madame Grandisson prit ses deux enfans dans son sein, et les baisa iendrement. Ils furent ensuite emrassés de leur papa , tandis que je faisois mon compliment du mieux qu'il m'étoit possible. Ce fut au moins avec un cœur bien sincère, car j'aime vé- -ritablement mes dignes bienfaiteurs _ Edouard vint un moment après. Je suis bien sûr qu'il aime sa maman. Eh ! qui ne Paimeroïit pas ! mais il eut beau faire ; ses manières ne me firent pas de plaisir que celles de Charles. Lun fait tout plus agréablement que 60 EE PETIT Pautre. Emilie cut une jolie paire de bracelets. Charles et Edouard eurent chacun une montre à répétition. Croi— riez-vous que, depuis hier, celle d'Edouard est déjà dérangée ! Et moi, ma chère maman, j'ai eu un beau microscope. Cela vaut mieux pour moi que tous les bijoux. Oh ! la bonne madame Grandisson ! comment ai-je mérité ce cade: iü ? _£e soir, 1l nous vint une grande compagnie de toutes les maisons de campagne d'alentour. Charles fit les honneurs de la table comme nn homme. fait. Il dépeca les viandes , il versa les liqueurs , il servit les dames : en un. mot, il remplit à merveille son petit emploi. Voilà une bien longue lettre, maman ; mais je parle de mon ami, et c’est à vous que j’en parle. Je ne suis plus étonné que de pouvoir sitôt finir. Je ne le ferai pourtant pas sans avoir tendrement embrassé ma petite sœur ; pour qu’elle vous le rende, GRANDISSON. Gr GuizLaumEe D***A 8A MÈRE. Le 15 juillet, Jar tous les jours ici de:nouveaux plaisirs , ma chère maman. Votre fils est maintenant devenu jardinier. Veuxtu m'aider, me dit l’autre jour mon ami ? Il faudrait donner une autré tournure à mon jardin. La saison des fleurs est passée. Je veux faire venir de la salade pour régaler maman pendant tout le reste de l’été. Si je le veux , lui répondis-je ? Oh ! sürement. Je te serai toujours obligé, lorsque tu medonneras l’occasion de faire quelque chose pour toi. Nous allâmes aussitôt prendre une camisolle légère, et nous voilà tous les deux la bêche à la main. Le jardin fut défriché lé soir même. Nous recueillimes avec soin les griffes et les. oignons pour les remettre en terre avant notre départ. Hier nous 62 LE PETIT nous sommes levés à cinq heures. On n’a pas BERNe à dormir dans notre mélier, Me qu’on ne peut rien trans“ planter à l’ardeur du soleil. Ce matin nous sommes retournés de bonne heure à l'ouvrage, et nous avons en le plaisir de l'achever avant le déjeñner. Nous n’attendons plus que de voir lever nos semailles, et prendre racine à nos plantations. Dans cet intervalle nous auzons assez de besogne à extirper les mauvaises herbes. Quel plaisir ce sera pour nous de voir croître nos petites plantes ! J’avois fait jusqu'ici comme les autres enfans, qui voient tous les jours les productions de la nature sans y faire attention. Mais Charles m'ap= prend à réfléchir sur tout ce que je vois. Je puis encore vous en donner un exemple dans un entretien que nous eûmes hier. Je ne sais si je vous ai déjà écrit que Charles avoit une jolie volière peuplée de toutes sortes d'oiseaux , dont il prend soin lui-même. Nous avions fini notre jardinage, et nous » GRANDISSON. 63 faisions un tour de promenade avec Emilie. Attendez un moment, nous dit Charles ; il faut que je vous quitte. Jé n'ai pas encore pansé mes oiseaux d'aujourd'hui. ÉMILIE. Nous irons avec lui, n 'est-ce pas, Guillaume ? EU 1 É L À U M Eje Avec grand plaisir, Emilie, CH ARLE s Vous êtes de Dons enfans de venir rendre visite À mes petits pension aires, GUrLL AU Mr Oh ! les jolis oiseaux ! comme ils pace ea joyeux de te. voir. CHARLES. C'est qu'ils sont accoutumés à man ger de ma main. GUILLAUME. On diroit qu'ils te reconnoissent. G4 LE PETIV GH A R LES. Je me flatte d’être un peu de leur connoissance. J'ai observé cependant que , lorsque j'ai mon chapeau sur la tête, ils s’enfuient de moi comme s’ils ne me connoissoient plus. L'instinct de mon chien. est plus sur. Il me reconnoîtroit, je crois, sous toute espèce de déguisement. : : LA “AUÉRM EL È-E. Edouard devroit bien apprendre de toi à être plus soigneux. N’a-til pas laissé mourir l’autre jour sa linotte de faim ? Oh ! si j’avois un oiseau , je me garderois bien de oublier. ,GHARDL ES: Tu as raison. Il faut-bien soigner ces pauvres petits, animaux, puisqu ils ne sont pas en état de pourvoir. eux- “mêmes à leurs besoins. ÉMILIE. Mar ne vaudroit-il pas m ‘eux en” core leur donner la volée que de les CRANDISSON. 65 tenir prisonniers ? On ne renferme que ceux qui ont fait du mal aux autres; et sûrement ces pauvres oiseaux n’en ont fait à personne. C H AR LE Ss. Non sans doute ; mais ils ne sont pas malheureux dans leur cage. S’ils avoient joui auparavant de léur liberté, Je me serois bien gardé de les en priver. Mis ils sont nés dans leur prison ; ét jé parie que‘si je leur ouvrois la volière, ils craindroient d’en sortir. * ÉCM-T LIÉE, 2 - Ils voient cependant: les énbrel vo ler librement. dans. les: airs: Que penserions-nous si nous.étions renfermés ? CHARLES Nous penserions qu'il est fort agréable d’être libre, et fort triste d’être prisonnier, Mas les oiseaux n’ont au cune idée de cette différence. Pourvu qu’on leur donne à manger et à boire, ils sont contens. Ils jouissent de ce Tome XX/FI. FE IE PETRETE 3 1] GurrLaume D’'** À s4A MÈRE. Le 22 juillet Moxsreur et madame Grandisson sont allés passer quelques jours chez un de leurs amis. M. Bartlet vient de partir pour Londres. Ainsi, ma chère maman, nous voilà restés seuls avec une ancienne femme de chambre ct un petit nombre de domestiques. Emilie conduit le ménage en l'absence de sa mère. Oui, en vérité , c’est elle qui donne ses ordres à tout le monde, et avec autant de sagesse que si elle avoit dix ans de plus. N'est-ce pas bien joli de la part d'une si jeune demoiselle ? Elle n’a pas encore douze ans, et les . domestiques la respectent déjà comme leur maîtresse. Savez-vous pourquoi ? C’est qu’elle ne leur parle jamais qu’avec douceur, sans se familiariser ave6 , GRANDISSON. 7 feux, Elle suit en cela l'exemple de son frère Charles. Vous ne sauriez croire combien il est aimé et honoré de tous les gens dela maison. Edouard, au contraire , ne fait que jouer avec eux ; et ils ne peuvent le souffrir. Il est vrai qu’il leur fait bien desmalices, et qu’il ‘les traite souvent avec une hauteur insupportable. Oh! s’il était allé avec son papa et sa maman ! Dès qu’ils ne sont plus là pour le moriginer , il n’y à plus moyen de tenir avec lui. Charles , Emilie et moi, nous n’en remplissons pas moins nos heures d'étude que si monsieur et madame Grandisson étoient ici pour veiller sur nous. Mais Edouard profite de leur absence pour passer sa journée à baguenauder ou à courir les champs. {1 ne cherche même qu'à nous détourner de nos exercices, comme si notre application étoit un sujet de reproche pour sa paresse. Nous étions, hier au matin, dans un coin de la chambre ,occupés à dessiner. Edouard s’amusoit à faire voler un hauneton au bout 74 LE PETIT d’un fil ; et, sous prétexte de le suivre 3 il venoit donner des secousses à nos chaises pour nous troubler dans notre travail. Emilie | emportée par sa vivacité, alloit le tancer vertement. Charles. le prévint; et, adressant avec douceur la parole à son frère : Mon cher Edouard, lui dit-il, situ veux jouer, à la bonne heure ; mais pourquoi nous interrompre ? É D O U A R D. Ne vois-tu pas que c’est mon hanneton qui m'entraine. ÉMr LIT. Voilà qui paroît bien croyable. °C H AR DES. Sans vouloir te fâcher, dis-moi, quel-plaisir peut trouver un garcon dé ton âge dans un pareil amusement ? IN’est-ce pas tourmenter une pauvre bête sans nécessité ? É DO: U AR D. Eh bien ! je vais lui donner la vo- ES EX = — — We 227 7 PaS gue ceslron harneton que ?t entrathe ?. GRANDISSON. 75 Îée, pourvu que tu viennes te promener avec moi dans le jardin. C H A R LE S. C'est-à-dire que si je refuse d’y aller, tu continueras de tourmenter le pauvre hanneton. Ce n’est cependant pas sa faute ; si je ne véux pas te suivre. ù APÉSD OÙ à KR D. Te voilà bien ! Jamais il ne te plaît de faire ce que je demande. Ecoute donc. Il vaut encore mieux, à mon avis, faire ce que demande ion papa, ét il veut que cette heure soit -donnée au travail, É D O U À R D. Comme s'il étoit ici pour nous y forcer ! 2e ÉMILTE: Tu ne fais donc rien que par force ? 76 “LECPETÉIT É D O U A R D. Vous êtes toujours tous les deux à vous entendre contre moi. CHARTES, Non, mon frère; et, quoique Emile ait raison, pour te prouver que je suis à ton service, me voilà prêt à te suivre. Je puis achever mon dessemm dans un autre moment. Allons dans le jardin. Ce sera. toujours un plaisir pour moi de t'obliger. : de Tls n'étoient pas au bout de l'allée ; qu'il survint une grosse averse : ce qui les forçca de rentrer, au grand regret d'Hidouard: Charles, pour lé consoler, ‘ui proposa de faire entre nous une petite lecture dans l’histoire. ancienne. Va, je n'aipas besoin de tes livres, lui répondit brusquement Edouard. Je n'ai pas envie d'être un savant ; je dois être un ofhcier. x CHARLES. Eh bien lcrois-tu que la connoissance de l’histoire ne lui soit pas utile? ÉMILIE. GRANDISSON. 77 ÉMILIE. Unjoli officier, qui ne’ saura païler que de: bombes et de canons! “Edouard fit une grimace à sa sœur, et voulut nous ‘obliser dé jouer aux quatre ‘Coins, en prenant John pour faire le‘cinquième. Mais Charles > qui; maloré la douceur déson caractère , ést capable de la plus grande fermeté, Jui répondit: Non, mon frère; il na pas tenu à moi tout à l'heure que je ne fisse ce ‘qui pouvoit te faire plaisir. La pluie nous a contrariés Je l'ai proposé un auiré amusement qui devoitte sa= tisftite. Tu ne l’acceptes point; mais convientà ma sœur ét: Ynon ami : ét je crois devoir céder À un goût rai= sonnable plutôt qu'à tes caprices. Edouard , qui sait que sou frère ne revient pas aisément d'un parti qu'il a pris, sortit aussitôt d’un ar gTognon ; et, malgré la pluie, il courut jouer dans la cour avec un grand dogue, dont il a fait son ami, pour le: iarabustér sans Tome XXVI. 0 4 LE PETIT soins et de vigilance. Si j’en avois les moyens , J’aurois sans doute le nombre de gens que demanderoit mon état. Je le regarderois comme un devoir, pour assurer les besoins de la vie à de pauvres malheureux , qui seroient peutêtre réduits à souffrir faute d'emploi. Mais, puisque le ciel n’a a pas trouvé bon de m’accorder des richesses, ; je ne me crois pas à, plaindre de n'avoir qu’un sen demestique. C’est Lout ce qu'il me faut. Je mai pas besoin d’autres services que les siens. Maintenant, mon cher fils, qu’elles sont les occupations qui ne conviennen£ pas, dis-lu , a la veuve d’un colonel ? Tu n'as pas assez réfléchi à ce que tu voulois dire. Il n’y a aucune honte à se: servir soi-même , Lorsqu on n’est pas en état de payer _ services des autres. Ne vaut-il pas mieux pour toi de pou= voir. dire après ma mort: Ma: mère préparoit elle-même ses simples repas. Nos habits. étoient l'ouvrage de ses mains. À. peine pouvoit-elle nous pro- ÉRANDISSON. 65 cürer le nécessaire ; mais elle ne devoit rien à personne ; que si l’on te faisoit ce reproche : Vos parens ont vécu selon leur rang et leur naissance. Ils avoient une superbe habitation, de magnifiques ameublemens, une suite nombreuse de domestiques; mais ils ne vous ont laissé que des dettes ? — Qu'est-ce alors que le fils d’un colonel ? Un jeune homme méprisé, qui, malgré son innocence, porte la honte de ses pères, tandis qu'u: homme d'honneur , de la naissance la plus commune, daigne à peine le reconnoïlre pour son éval. Ce que je viens de te dire suffira, je l'espère, pour te guérir de ta tristesse , puisqu'il te fait voir que je suis entièrement satisfaite de mon sort. Au reste, mon cher fils, la sensibi= lité de ton cœur et les témoignages de ta tendresse m'ont fait répandre des larmes de joie. Quand je serois encore plus pauvre que je ne le suis, je me croirois riche dans la possession d'un fils aussi vertueux. Adieu, mon SD LE PETIT cher enfant, continue à suivre les heureuses dispositions que tu fais paroître, et tu seras la consolation de la plus tendre des mères. Ta petite sœur a été vivement tonchée de ta lettre; et j’ai remarqué en _elle, depuis cemoment, encoreplus d’application et de docilité. O mes enfans! puissiez-vous toujours vous encourager Vun et l’autre dans la pratique de vos devoirs ! GRANDISSON. 87 Gurzraume D'** À sa Mere, -Le 12 août. O ma chère maman, de quel malheur affreux je fus témoin l’autre jour ! J’en suis encore tout saisi. Non, je n’aurois pas la force de vous le raconter. J'aime mieux vous envoyer une copie des lettres qu'Emilie et Charles ont écrites à leurs parens pour les en instruire , avec les réponses qu’ils en ont reçues. Vous y verrez comme l’humanité règne dans cette généreuse famille. Lisez, je vous prie, lisez. 86 LE PETIT 2 SR .ÆExicre GRrANDiIssoN À sa Mar. Le 7 août, No US avons été dans une grande conçternation cette nuit ,. ma chère maman. La maison de M. Falston , notre voisin, a été entièrement brûlée. Oh ! quelles flammes épouvantables ! Le ciel étoit Touge comme du sang. Le cœur me battoit. Je pleurois.. Il est si triste de voir un père de famille perdre tous ses biens ! Quelles précautions on doit prendre contre le feu, puisqu'en un mo! ment il peut produire un malheur si terrible ! Ce sont ies jeunes demoi= setles Falston qui en sont la cause. Hier au soir, sans que personne s’en apperçûüt, elles allèrent chercher dans la cuisine des charbons allumés, et les portèrent dans une petite chambre où l'on ne va guère, pour. y faire cuire en | secreé GRANDISSON.. 69 secret une palette. Une deiniheure après , elles entendirent leur papà qui les appeloit. Elles se hâtèrent de manger leur palette à demi cuite, et elles decembre L'heure de se coucher vint bientôt après ; et elles montèrent dans leur appartement, sans re davantage aux charbons qu’elles avoient portés dans la petite chambre. Le feu aura pris sans doute au tapis, et de là au Ponee et aux meubles, Enfin, cette nuit, à deux heures, lorsque tout le monde étoit encoré die le sommeil, voilà la maison toute en flammes. Le ciel les a bien puniés: Voyez, raman, pour manger une mauvaise alette , réduire en cendres la maison “de son père ! Maintenant elles se désolent, elles demandent pardon, elles sont à demi mortes de douleur; mais à use ccls sert-il ? Le feu à tout consumeé. On n’a pu sauver ni les meubles, ni les papiers , ni l'argent. À peine les jeunes demoiselles ont-elles pu s'échapper en simples camisolles ; et M, Kalston luiTome XXPI.-- H 99 LE PETIT même a couru le risque de perdre la vie. Îl est cruellement brûlé dans plusieurs parties de son corps. Il seroit péri au milieu des flammes , saus le courage de l’un de ses domestiques. Que va maintenant devenir l'orgucil de ces jeunes demoiselles ? Hier elles étoient riches : elles sont aujourd’hui si pauvres | elles traitoient les paysans avec mépris, parce qu'ils n’avoient pas de belles maisons : elles sont aujourd'hui trop heureuses que ces paysans aient voulu les recevoir par pitié dans leur chaumière. Gomme il faut peu de temps pour être humilié ! Oh ! certes, ilest bien mal de ne pas traiter ses inférieurs avec affabilité , lorsque lon voit combien on peut avoir besoin de la compassion de tout le monde. Cette lettre est déjà si longue, que je crains. de vous importuner , ma chère maman. Cependant, quoique je n’ose guère vous dire ce que j'ai fait, j'ai encore quelque chose à ‘vous marquer. x Le pardonnerez-vous à votre Emilie ? GRANDISSON. Ot Oh lou, vous êtes si bonne et si compatissante | les habits des jeunes demoiselles Falston ont tous été brülés. Elles n’en ont pu sauver aucun. J’ai envoyé à la plus jeune, qui est à peu près de ma taille, une de mes robes et ‘du linge. J’aurois bien voulu lui en envoyer davantage ; mais tout ce que je possède est à vous, et je ne puis en disposer sans votre aveu. Je vous sup— plie de vouloir bien approuver la liberté que j'ai prise. J’en serai d’antant plus économe à l'avenir. pour mes petites affaires, Vous n’aurez pas besoin de me remplacer ce que j'ai donné. Graces à vos bontés , j'en ai de reste. Adieu, ma chère maman. Embrassez Pour moi mon papa, et soyez tous deux assurés de mon respect et de ma tendresse, H O2 ÉB-PETNT CHARLES GRANDISSON À soN PÈRE. Le 8 août. Jr Heude la liberté , mon cher papa, de vous faire une humble prière pour une malheureuse famille. Ce mouve- .ment de mon cœur. pourroit - il vous déplaire ? Oh! non , sans doute. Le vôtre est trop sensible et trop généeux Vous-aurez appris, par la lettre d'Emilie à maman, le cruel malheur “qui est arrivé à M. Falston. Mais ce n’est pas tout. Emilie n’a pu vous parler que de sa maison. et de ses effets: il en est encore sur le point de perdre sa terre. Al a des créanciers qui ne le pressoient point lorsqu'il étoit riche. Aujourd’hui que leur créance ne leur paroit pas en sûreté , ils veulent être Paye à toute force ; et ils l'ont déjà menacé de faire ERANDISSON. 93 saisir ses … pour les vendre. Dans une visite que je viens dé lui faire, je l'ai clair dire au procureur Non que toutes ses dettes ne moñtoient pas à plus de deux cents livres sterlings. C'est une petite: somme. Faut-il pour cela, qu après avoir essuyé un malae aussi cruel , 1 soit. encore privé du seulmoyen qui lui reste pour élever ses enfans., et qu'il soit livré au. besoin dans sa vieillesse ? Que le ciel nous préserve de le souffrir ! Voict, mon papa , ce que j'ai pensé. Le legs que mon oncle ma laissé en mourant. est - de cinq mille livres sterlings. C’est, je . éreis, une grosse somme, Elle est entre ‘vos mains. “er vous pouvez en, disposer, Je puis men me passer.de. deux ecnts. kvres .pour tirer un, honnête homme d’embarras: Je serai. bien assez riche, sur-tout avec la bonté que.vous avez d'ajouter tous les ans pour moi es intérêts à la somme du less. Je “vous en supplie, mon papa, ne me re— fusez pas ma demande. J’en aurai nulle E à 100 LE PETTT i de banqne que comme un prêt dont 1e. seroit hbre de s'acquitter à son aise. Il a.voulu m'en donner une reconnois- | sance, Je l'ai reçue; mais je lai déchirée devant lui, en disant que je n'a: vois besom que de sa parole pour lui faire entendre qu'il n’auroit jamais de tracasserie à essuyer à cesujet, Si j'a vois pu mettre le billet en cachette dans sa tabatière, je l’aurois mieux aimé, parce qu'il n’auroit jamais su d’où lui. venoit ce secours; mais je n'ai pas trouvé l’oc= casion de faire mon coup. O mon cher papa , quel doux plaisir vous m'avez fai goûter ! et combien _jJe desire d’être bientôt à vos genoux pour vous en remercier, comme je le dois ! Se Dites, je vous prie , à maman, qu'Émilie a déjà rempli ses ordres. Elle s’est privée de toutes ses heures de récréas tion pour mettre la main à l’œuvre; et, graces à son activité, les ouvrières ont fini les deux robes en un jour, Emilie vient de les envoyer, Avec GRANDISSON. 1OT Avec quelle impatience nous atten- -dons l'instant qui nous rendra des parens si dignes de tous nos respects ot de toute notre tendresse. Tome XXFI. 1 102 LSE-RSE TETE Gurcraume D'** À sa MÈRE. Le 12 août. O 554 chère maman ! le pauvre Charles a une jambe échaudée. Il ne peut pas marcher. C’est Edouard qui en est cause par sa maladresse. Il a renversé sur lui une théière d’eau bouillante. - Jamais, non jamais, on n’a montré autant de patience et de bonté que mou ami. Un autre se seroit emporté contre son frère, et l'auroit accablé de reproches. Charles , au contraire, ne cherchoit qu’à lui cacher la douleur qu'il ressentoit. Ce n’est rien, disoit-il, je ne souffre pas beaucoup. Ne t'afllige pas, Edouard, je t’en prie. Cependant nous yimes bientôt qu'il y avoit plus de mal qu'il n'en disoit; car sa jambe devint si enflée , qu'on fut obligé de lui couper son bas avec des ciseaux pour le GRANDIESSON. 103 déchansser, Emilie fondoit en larmes. Voyez, dit-elle à Edouard, ce que vous avez fait par votre élourderie. Vous avez peut - être estropié votre frère pour le reste de ses jours. Je souhaiterois que ce malheur fût retombé sur vous-même Il vaudroit mieux quil ne fût arrivé à personne, dit Charles en inferompant sa sœur. Va, ma chère Emilie, cela ne vaut pas la pee de Éirquiéier Je serai bientôt guéri. Edouard ne l'a pas fait par un mauvais dessein. C'est un malheur: et, quand 1] seroit encore plus grand , 11 fandroit bien ‘s'en consoler. Non, répondit Émilie. Je ne saurois fui pardonner sa maladresse. Voyezle donc : il reste IA immobile comme une bûche , au lieu d'envoyer tout de suite cherie un chirurgien. Je n’en al pas besoin, dit Chase Donnezmoi ee un linge et de l’eau fraiche pour bassiner ma mb sil ny paroîtra plus dans quelques jours. Mais 5 reprit-il, en nous adressant la parole É 104 LE PETIT à Emilie et à moi, M. Bertlet va vemr; ne lui dites:pas, je vous prie; qu'Edouard soit pour rien dans cet accident. Et toi, mon fière, donne-moi la main, et embrassons-nous. T'on affiction me feroit plus de peine que cette petite-brülure ,. dont je ne soufre presque plus. Que l’on est heureux de pouvoir alusi se rendre maître de soi-même ! On à beau voir que Charles a raison, qui pourroit faire comme lui ? Cependant jesens à merveille qu’il ne sert à rien de se dépiter. Les emportemens n'emportent pas le mal; mais le plaisir que je goûte à vous écrire, me fait ou= blier que Charles m'a prié de li tenir compagnie. Adieu, ma chère maman; souffrez que je vous quitte pour retourner auprès de mon ami. J’embrasse ina petite sœur ; et je la prie, au nom de son amitié pour moi, de se préserver de. la brûlure. Elle se trouvera fort bien de cette marque d’attachement que je lui demande. GRANDIS SON 10 Guicpaune D. 4 sA Mrs. Lé 14août, Le pauvre Charles ! 1 y a maintenant deux jours qu'il à sa jambe étendue sur un coussin, Je crois qu'il souffre ue quoiqu'il s’obstine Loujours à n’en rien faire paraître. Emilie lui demandoit hier s ilne trouvait pas bien tüste de ne REUOTR pas marcher ? Que me scrviroit de m attnistér , ni répondit-il ? je ne. ferais. que. rendre mon. mal plus sérieux, J'aime nieux ine réjouir de l'espérance d'être bientôt guéri, Et puis ne seroit-ce pes une honte, si je ne pouvois me consoler d'un SL petit malheur ? El pent m'arriver cent fois pis dans ma vié; et ces lécères. diseroces m apprennent de bonne heure à ienir mon courage tout prêt, lors« qu'il m'en viendra de plus grandes L3 106 LE PETIT Mais, dit Emilie, c’est pourtant bien fâcheux de souffrir ainsi par la faute d’un autre. Il est vrai, répondit Charles , j’aimerois mieux que ce fût par la mienne : mon frère n'en auroit pas tant de chagrin. ÉMILIE, Est-ce que tu ne t’ennuies pas d’être obligé de rester dans la chambre sans oser remuer ? C H A R L PS. Comment veux-tu que je m'ennuie, quand j'ai le plaisir de recevoir des marques si touchantes de ton amitié. ÉMILTIE. Tu as bien de la bonté, mon frère, d'y faire attention. Mais enfin il a tenu à fort peu de chose que tu n’eusses la jambe entièrement brûlée. CHARLES, Voilà qui doit encore me consoler dans mon accident. J’aurois bonne race à me plaindre, lorsque je vois tant de GRANDESSO N. 107 gens condamnés ponr la vie à marcher sur des béquilles. LA FMI E. Je crois, en vérité, que tu aurois eu le secret de trouver aussi des consolalions, sil avoit fallu te couper la jambe. | CHARLES. Il n’est pas nécessaire de te dire que jen aurois été bienaligé. Mais, comme ce malheur ne me-seroit arrivé que par la volonté du ciel , j’aurois tâché de lui soumettre la mienne pour en obtenir la force dont j'aurois eu besoin. Qu'en dites-vous, maman ? prendre son parti comme Charles , n’est-ce pas l'unique moyen de parer à tous les malheurs ? Je me souviens encore de ce triste jour où je perdis mon papa, Vous pleuriez, je me désolois : mais nos gemissemens et nos larmes ne pouvoient lui rendre la vie. Vous me prîtes par la main, et vous me dites: Viens , mon fils, prions le Tout-puis= 08 _LÉ PÉTIT sant de nous congoler, Je vis bientôt que vous étiez plus tranquille. Je senis moi-même. que mon cœur avoit él soulagé par la prière, Voilà un bon moyen que j'ai trouvé pour adoncir le tristesse. Je me sonmettrai aux ordres du, ciel dans tout ce qui m'arrivera de fâcheux. J’espère que j'aurai alors du courage pour souffrir, en pensant que c’est Dieu qui le vent, Dieu à qui je dis tous. les jours : Que votre velonté s’acéomplisse. Mais pourquoi ai-je commencé à vous parler de choses si tristes, ma chère maman, vous à quije ne voudrois rién dire que pour vous donner de la joie ? Je n’y sais qu'un remède, c’est de prendre dans vos bras ma pelite sœur, de la caresser, de li parler de votre tendresse et. de la mienne: Je suis sûr que son joli sourire vous rendra la-paix et le bonheur. Eh GRANDISSON. 100, —. Gurriaume D’'** À sA MERE. Le 18 août. M oxsrounr et. mademe Grandisson viennent d'arriver - ma chère maman, Nous én sommes tous dans une joie. que je ne puis vous exprimer. Les domestiques eux - mêmes font éclaier mille transports d'aléeresse. N'est-ce pas un bon signe, lorsque les domestiques se réjouissent si vivement du retour de leurs maîtres ? Je veux, lorsque je serai srand, être aussi humain. que M: Grandis ssoti -puisqu il y a tant de plaisir à à ce faire aimer. Mais 1 fant que je vous AE encore de mon ami Charles. M. Bartlet nous a demandé ce main, après le _déjeûmer , Si nous voulions aller faire un tour de promenade dans le pare. Quoique Charles se trouve à présent beaucoup mieux, 4l 116 LE PETI"r CHARLES. … Tout ce qu'ils voudront , dis-tu ? Je ne crois pas qu'il y ait des domestiques qui brisent quelque chose de gaité de cœur. C’est toujours par un accident ; et, à ce titre, il me semble qu'ils dorvent trouver grace. É D O U A R D. Voilà une bonté rare , sans contredit. Un valet mal-adroit ne fera jamais de mal chez toi. CHARTES Je l’espère, J'aurai soin de ne pas prendre de gens mal-adroits À mon. service. Je mettrai tous mes soins à les bien choisir. Cependant, si l’un d’eux Venoit à casser quelque chose, je le lui pardonnerois , comme si je l’avois fais moi-même. ÉD O-U-A R DMais il me semble que mon papa ef maman doivent être informés lorsqu'il se Prise quelque chose chez eux ï =: GRANDISSON. 117 C H A R:L E S« Aussi mon dessein est-il de les en instruire, mais ei même lemps de demander grace pour le coupable. FD -0 U-A ÉD: Et qui est-il ? Est-ce John ? est-ce sn e CHARLES. N: lun, ni l’autre. Si je te. disois que c’est toi, mon. frère ? É DO Ü À R D. Moi ? Oh! voici du nouveau. C H A R LE S. Lorsque tu es allé te promener ce matin, n’as-tu pas donné la pâtée à manger à ton chien dans une assiette de porcelaine , et n'as-tu pas mis cette assiette dans l’oflice sur..un ban de bois ? É D OU A R D. Cela est vrai;. mais -ques’ensuuit-il ? K 3 T19 LE PETIT CHSATRITSE"S, Le domestique est allé chercher ce banc sans lumière, et, en le prenant il a fait tomber l'assiette qui étoit dessus. É-D.0. U-A RD: Eh bien ! est-ce ma faute ? Quel besoin avoit-il d’aller fureter dans les ténèbres ? É M TITLE. C’est ce qu'il fait tous les jours. Va, mon frère, tout le mal vient de toi. T'assiette n’étoit pas à sa place; et le domestique ne pouvoit pas deviner qu'elle fût sur un banc. É D O U À R D. Vous parlez toujours, mademoiselle. de ce qui ne vous regarde pas. Mais écoute, Charles: papa et maman n’ont rien entendu; ils ne s’aviseront pas de trouver à dire à cétte assiette. CHARLES. Comment donc , Edouard ? Tu voulois tout-à-l’heure que nos parens fus- GRANDISSON. 119 sent informés de laccident ; et tu veux à présent leur en faire un mystère , parce que tu en es la cause ? Cela n’est pas juste. Tu en obtiendras facilement ton pardon : le cas est bien graciable. Vois maintenant, mon fie, si noûs devons vouloir tant de mal à un domestique de quelque légère étourderie, puisque nous en somimes si souvent coupables nous-Mêrnes ? Se Charles avoit à peine. fini, : que monsieur et madame Grandisson sont dés cendus. Il leur a raconté l’aventuré de la porcelaine avec tant d'agrément, d'esprit ‘et de gentillesse, qu Al y s à 2. plus à rire fra se fâcher. Edodñt été enchanté de se voir Diet tirer d'affaire. O maman |! gon est heureux d’avoir un frère tel que : mon ami | J’es- - père bien qu jé tronvérai. aussi un bon avocsr” A ma “pétite sœur, Si j'avois jamais besoin de son éloquence por me justifier de quelque, fauie ait= re de VOUS, VHC EE ES NIEEE"S s à GurcraumMe D'* À 54 mire. Le 22 août. Si E n'ai pas aujourd’hui de nouvelles 4 vous dire, ma chère maman 3. Mais J’es= père avoir demain des choses bien in téressantes à vous. apprendre. C'est le jour de naissance de Charles. Edouard m'a dit que nous nous amuserions comme des rois, parce que son frère a coutume de donner ce jour-là nne fête à «ous les jeunes gens de notre âge qui EMExrex dans [es environs. Emilie prétend, au Santraire , qu'il n’invitera personne cette dmée, et qu'il à déjà résolu . d'employer. Yergent que son père lui donnera pour sa te À acheter des livres amusans et lestructifs. 2e. vondrois bien qu'il prit ce parti. La compaynie se retire lorsque la soi. _rée est finie, au lieu que les livres restent toujours avec nous, GRANDIS SON. 1217 Je ne crois pas dar sa confilence , en vous disant qu’il élève en secret un joli serin de Canarie pour le donner à sa sœur, jusqu'à ce qu'elle ait reçu celui que sa tante lui doit envoyer. LA: Vaccoutume depuis quelques jours à venir manger dans sa main , et à voler hors de sa cage. Émilie ne s'attend pas àce cadeau ; elle sera bien surprise en le recevant. Le serin commence déjà à répéter joliment son nom. Je veux aussi en élever un qui me répète sans cesse le vôtre et celui. de ma sœur. Je p’en ai pourtant pas besoin pour penser. à. vous. C'est. le plaisir que je me donne lorsque je veux me trouver aussi heureux que je ue être , étant si éloigné de ce que j'aime le plus dans Punivers. 122 LE PÆELIT Gurzraume D'** À SA MÈRE. Le 24 août. © 14 Chère maman! que vous allez être contente de mon ami ! II n’a point donné de fête à ses jeunes voisins avec l'argent qu'il a reçu de son père. Il ne Va pas employé non plus à acheter des Livres. Il en a fait un bien autre “usage. Mais il faut d’abord que je vous rap= porte un entretien qu’il a eu avec son papa. : Nous nous étions levés ce matin de fort bonne heure. Notre coutume est de lire tous les jours une ou deux histoires de l’ancien Testament avant de descendre pour déjeûner. M. Grandisson est entré dans la chambre au milieu de notre lecture. Gharles s’est levé aussitôt de sa chaise pour saluer son père, et lui baiser la main. GRANDISSON. 123 G:HAR LES: .Je vous souhaite le bon jour, mon papa. Avez-vous bien reposé cette nuit ? 5 M... GR:A NDISS ON. Très-bien ,-mon fils; ettoi aussi, à ce que‘je vois ? Mais continue, je te _prie :jéne veux pas te troubler dans ta lecture. Dé . CHARLES. Je crainidrois, mon papa, qu'il ne fût pas décent de lire dévant vous, lors= que vous me faites l’honneurde me rendre visite. M. GRANDISSON. Le devoir doit passer avant tout. J’aurai du plaisir à t'entendre. CHARLES. Je suis prêt à vous obéir. T1 est allé chercher un fauteuil pour son père, et il a repris sa lecture à haute voix. Lorsqu'elle a été finie, M. Grandisson lui a témoigné combien il étoit content de sa manière de lire. \ 124 LE PÉTIT C’est un talent béañcoup plus difficile à: acquérir : qu'on né pense, a-til ajouté. La‘plupart des lecteurs, sans prendre garde au sens de ce qu'ils li= sent, prononcent les mots en. ‘basillant ou en chantant ,: et cela:est fort pénible pour, ceux: qui les: écoutent, On doit bre particulièrement l’histoire: d’un tom naturel et sans affectation, comme si l’on faisoit soi-même le r ét, Mais c’est aujourd'hui, ton jour. de. naïssance., et je suis monté. pour te faire mon com pliment. CHAR LE. Je vous remercie- ; MON, papa. Permeltez que je vous embrasse, et que je vous exprime ma reConnoissance: Ce jour rappelle à mon souvenir tout ce que je dois à vos tendres soins et à ceux de ma chère maman. M. GRANDISSON, Nous en sommes déjà récompensés par ta bonne conduite. Continue, mon eher fils, à remplir tes devoirs : epoie le G R A NIDES S ON. 125 le ciel mettre le comble auxtgraces qu'il nous accorde , en nous rendant témoins de ta félicite | GC H'AUR LES Je vais travailler avec une nouvelle ardeur à me rendre digne de ce vœu. Daignez toujours m nee de vos sages Leçons , et je tâcherai de ne rien négliger pour, les suivre. Mais, mon papa, avant de commencer une nouvelle année de ma vie; j'ai besoin de votre pardon pour toutes les fautes que j'ai pu COMPCRS dans les précé= dentes. I. GRANDISS SON. Jene mé souviens pas d’avoir reçu de ta part aucun sujet de reproche. J'aime à te:rendre ce témoignage, non pas pour s’énorgueillir, mais pour t’encourager dans le bien. Ce Jour est un jour de bonheur ; je véux que tu Île passes dans la joie. Je te donne ce que: tu trouveras dans ce papier ; pour l ern=- ployer, situ le veux, à donner un& Tome XXI. L 132 LE PETIT ils seront joyeux du bon repas que je leur feraï faire ! 4eur bonheur me fera plus de plaisir que tous les Jeux auxquels j’aurois pu me livrer avec mes camarades ; mais c’est toujours à. condition que cela ne vous déplaise point, mon papa. M. GRAN DISSON. As-tu pensé, mon cher fils, que cela pourrait me déplaire ? Non, non, j’approuve en tout ce dessein généreux, Fa quatorzième année, que tu commences si bien , ne peut amener pour toi que des jours pleins de bonheur. La bonté de ton cœur ne restera pas sans récompense. CHAR LE Hé ,mon papa ! je ne fais en cela que remplir mon devoir. Combien de graces n’ai-je pas reçues du ciel dans l’année qui vient de s’écouler ? N’est-il pas juste que j’en rénde quelque chose À mes semblables ? S M GRANDr6S0'N, ….Æmbrasse-moi, mon fils, ét cons GRANDESSON. 133 = accomplirton louable dessein. Tu peux donner tes ordres aux domestiques. Je vais leur dire de t’obéir. Que dites-vous de cela, ma chère mamau ? Oh! si j'étais aussi riche que M. Grandisson ,je vous donnerois tout , maman, à vous et à ma petite sœur. ‘ Puisje Lou en demanderois une petite partie, pour être bienfaisant comme mon ami. sm 124 SLESPÉTIT GuizLAumMEe D'** À SA MÈRE. Le 27 août. C’Esr hier, ma chère maman, que Charles donna 5on repas aux pauvres habitans dé la paroïsse. Ils eurent un bon rôti, du riz et des légumes. Jamais je n'ai eu tant de plaisir que de voir manger ces bonnes gens. La reconnoissance et la joie étoient peintes sur leur physionomie. Ils burent d’excellente bière à notre santé, toujours avec ce refrain : Vive Charles Grandisson! Charles avoit souvent les yeux baignés de larmes de plaisir. Pendant le repas , il s’apperçut qu'un pauvre homme, presque aveugle de vieillesse, n’étoit pas assez bien servi à sa fantaisie. I] fit venir le fils du fermier, quil plaça près de lui, en disant : Ayez soin de ce bon vieillard. C’est le plus cher de mes convives. Je veux le voir manger de bon appétit, Mon père, lui dit-il, vous - GRANDISSON 195 - avez la première place dans mon repas. JL faut que ces jeuves gens honorént votre vieillesse , pour qu’on les honore à leur tour ,: quand ils seront comme VOUS. Eee Quand le repas fut fini, Charles partagea entre eux le reste de‘son argent. Oui, maman, il leur donna tout ce qu'ilavoit recu de son père. Vous imaginez quelles bénédictions on répandit sur lui. fl en fut si attendri, qu'il ne put y tenir plus long-temps.‘Ælme prit par la main, et nous nous en allämes sans pouvoir prononcer une parole. Ce ne fut qu’en rentrant à la maison qu'il me dit : Hé bien! mon ami ; peut-il y avoir un plus grand plaïsir que:dé soulager les malheureux ? “Oh ! non, lui répondis-je en lui sautant au cou, tu ne pouvois me donner une fête plus agréable. Mon cœur étoit aussi ému que le sien. Hélas ! pensois-je en moi= même que les pauvres sont à plaindre! Ils manquent souvent des premiers besoins de la vie, tandis que nous som 136 AVE PETIT mes-assis tous les joursè une table cou= d verte de friandises ; où notre embarras n’est que de choisir ce qu'il:y a de plus délicieux. J /en serai d'autant plus reconnoissant envers le ciel, de qui nous tenons ces faveurs, et j'en ‘aurai d’autant plus: de. pitié pour ceux qui sou frent l'indigence: Oui, mon plus grand plaisir sera de les soulager, à l'exemple de mon ami. 14 Après lediner, nous allâmes faire une petite promenade. Nous croyions passer lereste dela soirée entre nous, dans nos ämusemens ordinaires. Quelle fat notre surprise, en arrivant à Ja maison, d'y trouver une nombreuse compagnie! M. Grandisson avoit invité les gentilshommes du voisinage et leurs enfans à venir célébrer avec lui la fête de son fils: Nous eûmes un joli concert, et ensuite un bal. Charles: et sa sœur y firent des merveilles. Que j’aurois desiré savoir, comme eux, chanter et toucher du clavecin ! Mais, vous le savez , maman, ce n'est pas ma faute. Je GRANDISSON. 137 Je nai pas eu de maîtres : vous n’étiez pas en état de m'en donner. Aujourd'hui que je veux partager les leçons de mes amis, je vais en profiter si bien , que je puisse un jour les ésaler Pour vous plaire. Je suis obligé de finir ici cette lettre, ma chère maman : on vient de m'appeler poux aller faire un tour dans la campagne. J'espère. que cette promeuade sera fort agréable, et J'aurai soin de vous en rendre compte. Mais j'allois oublier de vous dire que Charles fé hier présent à sa sœur de son joli se= tin, pour lui payer le bouquet qu’elle veuoit de lui donner. Emilie est déjà rt bien avec son oiseau. I] siffle pour elle de jolis airs que Charles lui a ap Pris sur sa serinette. Je n’ai jamais vu de petite bête si drôle. Je voudrois que Ma sœur vit tout le soin qu’en prend Emilie. Mais j'aimerois mieux encore être auprès d'elle pour l’embrasser, car Je Seroïs aussi auprès de vous, ma chère HN En - jo) Tome XXFT, a M 138. LE PETIT Gurccaume D** À sA MERE. Le 27 aoûfe Nous n'avons pas eu hier autant de plaisir que nous l’avions pensé, mi éhère maman. Fe: temps étoit assez beau lorsque nous sortimes : mais il commença bientôt à tomber une grosse pluie , en sorte que nous fûmes obligés d’entrer dans une mauvaise auberge pour laisser passer Porage. Édouard grognoit entre ses dents; parte étoit triste , et, s’il faut vous l'avouer, je né tois pas trop content moi-même. Charles , , qui sait toujours prendre son parti 9 étoit le seul que ce contre-témps n "eût pas affecté, comme vous allez le voir par notre entretien. É DO U À R D. _Tl est bien malheureux que: cette pluie soit venue. Nous ne pouxons plus avoir de plaisir, GRANDISSON. 159 ÉCHANLE S Nous prendrons ici le thé, La pluie cessera peut-être ; sinon il sera facile d'envoyer chercher la voiture pour que ma sœur n’aille pas dans l'humidité. ÉMILIE. Je te remercie, mon frère. Mais J'aimérois bien mieux qu’il fit sec. CHAR ES. Je le concois. Ta promeriade en se_roit plus agréable, Mais notre jardinier désiroit ce matin la pluie, parce queles plantes et les arbres en ont un grand besoin. De ses vœux ou des tiens, lesquels méritent le plus d’être exaucés ? ÉDOUARD, avecun sourire moqueur. Ceux du jardinier, sans doute.? CH A R LES. Oui vraiment ; car s’il ne pleuvoit pas, les arbres auroient beaucoup à souffrir de la sécheresse. Et ne seroistu pas bien fâché sil ne venoit pas de M 2 140 -LE-PEBITfruit ? Que deviendroient les malheureux , si la chaleur étouffoit le blé sur la terre , et que la disette des moissons fit renchérir le pain. / ÉY AL E LT Oh !'ils serotent bien à plaindre. CHARLES. Réjouis-toi donc de la pluie qui détourne d'eux ce malheur. Tu y trouveras d’autres plaisirs toi-même ; iu verras comme la verdure paraitra demain plus fraîche et plus.brillante , comme les fleurs. de notre parterre-auront repris de nouvelles. couleurs. ÉMILIEHE: AMons, voilà qui est fait. Je ne me fâche plus contre la pluie. Elle n’a qu'à tomber , sans craindre que je m'en formalise, É D O ÜU A R D. Un jour de moins ne faisoit pas grand’chose. Il auroit bien mieux valu qu'elle ne fût arrivée que cette nuit GRANDISSON. 14r ou demain. Nous aurions pu nous pro= mener aujourd’hui. CHARLES. Ceux qui se mettront cette auf où de main en. voyage, aiment mieux, qu'elle tombe à présent. Pourquoi veux—{u que le temps se gouverne de préférence à ta fantaisie À = © © = ÉM-E IL D Ed Charles a raison. Nos desirs sont si contraires les uns aux: autres, qu'il n’est pas possible que: tout le monde soit satisfait. ER CHAR L'E S.° * Crois-moi, nous serions bién malheureux , si toutes nos prières” éfoient exaucées. “Rte pour en revenir au temps. qu'il fait, qu'est-ce que c'est que de nous priver pour un jour de’ nos plai= sirs , en comparaison du bienque cette pluie va produire PObr, 1es à cie ets pour nous-iêmes € is ; HR ILIE - “Mais regarde les pauvres. oiseaux £ Je les ue M 3