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Sermons ... tome sixieme

Frey de Neuville, Charles, (1693-1774)

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Le nnñese NEC) ARABES, SERMONS. DU PERE CHARLES FREY DE NEUVILLE LR —— TOME nn A PARIS, Chez MERIGOT le jeune, Libraire > Quai des Auguftins, au coin de la rue Pavée. A—=— 5 M DCC ELXxXVTL Avec Approbation &. Privilégse du Roi. =) _ NAN: LAPOAMEN TS CL RSR SVP V SERMONS CONTENUS DANS CE VOLUME: (mm ANÉécyRIQUE de la Sainte Vierge. Page 1 Sermon pour da Fête de Jaint Jean- Baprifie. 4 Pour la Féte de foint Pierre. 83 Pour la Fée de fainr Jacques. 133 Dour la Fête de faint Augufiin. 173 Pour la Fête de St. François d'Afife. 223 Pour la Fére de faint Louis. - 266 Fin de la Table. | PANEGVYRI a | LA ST..VTÉRGÉ O0 ADR L HE DAT > Re à ; SR er , Quinimmo, beati qui audiunt verbum Der & cul. Re todiunt illud. Dites plutôt qu'ils font heureux ceux qui écontent la parole de Lieu 6 qui La gardent. En S. Luc. ch. EL, V, 20. ; : Ce Se = ÈNE À docihitéde Marie aux volontés 1 | du Seigneur ; l’empreffement qu'elle à deles connoître ; fa Sy fidélité à les remplir dans toute leur étendue ; fon humilité profonde ; fon amour du filence & de la retraite : fon courage à marcher fur lès pas de Jefus dans les fentiers pénibles de l’indigence , des contradiétions-, des perfécutions ; c'ef-là, dit faint Auguftin en expliquant les paroles de mon texte, ce que Dieu veut que nous honotions , que nous admirions par préférence dans Panés. Tome VI, $ _. Pandoyrique Se . Que voyoit donc Dieu dans Marie ÿ 1 voyoit dans elle la plus noble image de là _ainteté de fon fils ; une fainteté qui ne pouvoit avoir {a perfeétion que dans un Homme Dieu , mais dont les traits les plus marqués ne fe trouvoientque dans la mére de l'Homme Dieu ; une fainteté quin’eft pas celle de Dieu, mais qui éft au-deflus de celle des Anges & des hommes. = : - Vous êtes frappés, mes Freres ; desexem- Pies de vertus que nons ont donné les Saints : & ne penfez pas que pour élever Marie Je cherche à les abaifler. Cependant, fi nousen croyons les triftes aveux qu'ils nous ont faits eux-mêmes, qu'eft-ce parmi nous que la faintête la plus pure, la plus fervente à Sainteté de nos Jufles , fainteré pénible & laborieufe ; par-là, fainteté toujours imparfaite, Corrompus par le vice de notre origine ; nous portons au-dedans de nous des defirs rebelles & indociles que nous Pouvoas réprimer & captiver , que nous n'avons point le pouvoir d'éteindre & de déraciner. Erernellement en guerre, jamais en paix, la peine du combat augmente le mérite du triomphe , la néceffira de combattre diminue l'intégrité, la plénitude de la vi@oire. Nous quittons le péché, le péché ne nous Quitte pas ; l'amour du mal eft banni , Je Penchant neft pas détruit ; on n'écoute que. la charité, la Cupidité fe fait entendre ; on Simmole à la grace, hélas ! combien de fois ne Jaïfle-t-on pas échapper au moins un coup dœil fur {oi-même ? Combien de fois le facri- de la faire Péri, -ÿ fice n'eftil pas troublé par les regrets, Dar les gémiflemens de la viétime t Quoiqu'on "ne réfufe rien, on ne donne pas tout ; un Paul même, lorfqu'il ne voit rien dans fa conduite à fe reprocher, apperçoit dans fon cœur des fujets de s’humilier. Santeté de nos Juftes, fainteté foible & fragile, fainteté chance- ‘Jante & inconftante. La confcience a fes momens dans le plus grand pécheur ; l'amour “propre a fes retours dans le plus grand Saint. Les fens-en impofent à la raïfon la plus atten- “tive ; le flambeau de la foi ne jette pas tou- “jours des lueurs fi vives; onfelaifle furprendre ; le fommeil eft court; enfin, le cœur ne veille pas toujours : & de combien de fonges & de fantômes il eft fouvent le jouet! Ce qu'on croit ne donner qu'a Dieu, on.le ‘donne à foi-même ; on fait le bien , on le ‘fait mal ; toutes les a@tions font fintes, tous les defirs ne le font pas; on s'imagine ne -marcher que dans-les voies de la piété, & lon s’en écarte ; enforte que les Saints croient devoir faire, pour pleurer l'inconftance & limperfeétion de leurs vertus, la pénitence -qu'il feroit à fouhaiter que les pécheurs fiffent pour pleurer leurs vices. Sainteré de nos Juftes , fainteté trop bornée, trop limitée. Notre cœur n’eft point afez vafte pour fournir à l'étendue de toutes les vertus. Il manque eflentiellement beaucoup de perfe@ions à l'ame la plus fervente,. C’eft que nous ne fommes faints qu’en hommes; Marie eft fainte en mere de Dieu. Sainteté de Marie , fainteté pure &entiere. Cho * Pandoyrique < & : ÿ e-7e.f° -Touteft à la grace , rien n’efl à la cupidité; elle na qu'un attrait, qu'un poids , qu'un -penchant, qui la porte vers {on Dieu ; {es - defirs ne fouffrent aucun partage ; fans éprour Ver nos combats, elle a tout le mérite de nos viétoires , parce que , fans avoir les foibles de notre cœur, elle s'aflujettit à toutes les précautions de notre vigilance. Sainteté de : Marie, fainteté conftante &invariable. C’eft -Marie , remarque faint Bernard, que l'Efprit- Saint figuroit & annonçoit dans le portrait u'il trace de l’époufe des cantiques ; dont. q ep q l'amour ne connut jamais ni fommeil , ni diftration. _Sainteté de Marie , qui s'étend a toutes les vertus & à la perfeétion de toutes les vertus. Fuite du monde-jufqu'à la {olitude Ja plus inaccefible; détachement intérieur - jufqu’à l'oubli le plus total de {oi - même; foumiflion à la providence jufqu’a. fe plaire dans lès fituations les plus douloureufes ; amour de Dieu fans éprouver aucun fenti- - ment qui ne {e rapportât point à Jui ; vie de -pénitence & d'innocence , de lumieres & de. fimplicité, de zèle & de douceur ,; d’attion -& d'oraifon, de mouvement & de retraite, Suivez, s'écrie faint Bernard ; fuivez dans l'Evangile la trace de fes pas, vous verrez chaque moment montrer les vertus que les circonftances demandent: vous verrez Marie fans fafte, fans inquiétude , fans empreflement, ne laïflant voir de fes vertus que ce qu'elle ne peut s'empêcher de faire paroître ; cacher la fainteté Ja plus fervente , {ous les dehors de la piéré la plus ordinaire. Ainfi , . . de là fainte Vierge. ER dans {à conduite modefte & fimple , Marie préfentoit au monde les prémices &lébauche de cette vie commune de Jefus-Chrift, dans laquelle rien ne femble prodige, parce que le tout eff miracle, & qu'on ne peut louer pour aucune vertu plus marquée, parce quelle eft l'affemblage de toutes les vertus. Aïnfi Marie remphifloit le miniftere de Precurfeur d’une maniere plus noble, plus fublime que celui qui en porte le titre. Jean-Bapnfte annonçoit le Dieu del’Evangile par fes difcours ; Marie fur-tout par fes mœurs &r par fes aétions: Jean-Baprifle préparoit les voies de Jefus; Marie matchoit déjà dans les voies de Jefus : Jean - Baptifte précédoit Jefus dans lefprit d'Elie ; Marie dans la plénitude de la grace & _ de l'efprit de Jefus : cette virginité, qu'ilétoit réferve à Fefus-Chrift d'enfeigner au monde, il éroit réfervé à Marie de la pratiquer, des'ÿ dévouer par un engagement de religion, avant aw’elle far enféignée aux hommes par -Jefus-Chrift ; les fentiers n'étoient point tracés , la route n’étoit point ouverte, l'amour de Marie lui tiendraheu de maître, fon cœur lui fervira de guide: #r&io Spiritus docebat, Sans autre maître , fans autre guide que ce cœur excité , animé par la grace , elle {çaura fe faire connoître par des vertus jufqu’alors inconnues, fervir de modèle & s’en pañfer. Parlà, fans y prétendre , Marie s’avançoit vers la maternité divine. Car en vain elle auroit recueilli l'héritage de la piété defes ancêtres ; en vain elle auroit réuni tant de vertus qui, féparées, avoient fait tant de RS Pandoyrique. grands hommes : elle n’auroit point êté affez fainte pour fon fils. Les vertus du -premier. teflament ne fufifoient point à la mere du Dieu de l'Evangile, Ce fang , iluftré par Ja foi d'Abraham ; pat lobéiflance d'Ifaac , par l'innocence de Jacob , par la pudeur de Jofeph ;: par la religion de David , par la fagefle de Salomon ; par le zèle de Jofias ; ce fang qui avoit coulé dans les veines des Patriarches , des Pontifes ; des Prophêres, afin d’être digne de couler dans les veines de FHomme-Dieu , il falloit que pañlant dans les veines de Marie ,-i] falloït qu'épuré par la flamme fainte qui dévoroit fon cœur, il perdit ce qu'ilavoit de [a COrfUp* tion de la nature. Placéé ; pour ainf dire entre les deux. teflamens , comme fituée entre Moyfe & Jefus-Chrif 3 Propre à être lornement du peuple ancien & le modèle du Peuple nou- VEau, infiniment moins que Dieu , plus que l'homme, je le répéte. après. faint Befnard , Marie {eule Pouvoit être la mere de Jefus ; Jefus feul Pouvoit être le fils de Marie, Marie doit donc {à gloire & fes honneurs à. fa vertu. J'ajoute que la vertu lui fut plus: chere que fa gloire & fes honneurs. Second trait d’une ame füpérieure à {à grandeur, 2°. N’aller à Ja grandeur que par la voie du mérite ;_ne la folliciter que par fes fervices : ne la briguer que par fes vertus : Porter à la Brandeur les qualités qu'elle demande, & donner à la place qu'on occupe plus de luftre que l’on n’en reçoit : regarder la grandeur. de la fainte Vierge: 13 _ avec une noble & paifble indifférence ; Pattendre fans la chercher ; pouffer la magnanimité jufqu'à dédaigner la grandeur lorfqu’elle coûteroit un crime ; aimer mieux être grand par foi-même que par fes titres, & préférer une vertueufe obfcurité à des attentats heureux que la fortune femble jufifier , quand elle lés récompenfe : voila les héros du monde, - - Craindre dans la grandeur la grandeur méme ; fuir les honneurs qu'offre la naïflance ou la fortune , afin de couler dans l'ombre & la pouffiere des jours ignorés ; n’afpirer qu’à loubli, au mépris, aux dédains du monde, & fe dévouer à vivre, felon l’expreffion de l'Apôtre , mort & enfeveli avec Jefus-Chrift & en Jefus-Chrift : voilà les héros de l'Evangile. Maïs -une grandeur toute célete, toute divine ; une grandeur dont la main quila préfente annonce le prix & la fainteté ; une grandeur qui , étant l'ouvrage de FEfprit fan@ificateur , fera une fource plus féconde de graces & de mérites, que d'honneurs & de diftin@ions ; une grandeur , en deux mots, qui fera fon fils , du Dieu qu’elle adore , & qui lui donnera droit au plus tendre amour -du Dieu qu'elle aime ; trembler, pâlir à la -feule idée de cette grandeur, parce qu'elle croit y entrevoir une ombre d'oppofition à Ja perfetion de la piété la plus fublime : voila ce qui pañle les héros mêmes que nous - préfente l'Evangile & la grace: voilà Marie. Ne craignez point, lui dit PAnge, vous ER = Panévyrique aurez un fils, & ce fils fera le Sauveur dé, S. Luc, {on peuple : vocabis 7omen ejus Jefum. Ce 17:31: Mefie annoncé Partant d'oracles , & à qui les oracles annoncent tant de grandeur ; ce Meflie qui, raffemblant les reftes difperfés de Jacob , doit étendre fon heureux empire dans tous les climats où le {oleil répand fa lumiere : brifer, comme un vafe d'argile, les. fceptres & les Couronnes qui s'armeront COntre lui ; la terre & les peuples qui l'habitent. feront {on héritage ; les Rois ne regneront que par lui & pour lui. Le flambeau de David 1bid. v. va fe rallumer » &ilneséteindraplus: dep 32° li Dominus fedem David paris ejus. Affranchi des révolutions qui changent la fcène du monde , fon pouvoir n'aura d’autres limites que l'univers, d’autres bornes de fa durée que l'éternité. Du haut de fon trône il Verra tout changer autour de lui : rien ne changera = pour lui: les plus floriflantes moOnarchies s’e- -Crouleront, s'évanouiront; fon empire, vain- . queur des temps, furvivra a laruine & aux id, derniers débris du monde : régnabit in domo Jacob in œternun, Que dis-je À ce ne font Ià que de foibles Commencemens de la grandeur annoncée à Marie ; il ne s'agit point de devenir Ja mere d'un fils qui donnera des loix à la terre > Mais - la mere d'un fils que le Cie] adore >. de parta- - geravecDieu la gloire d’avoir un fils qui {oit Ibid, », DIU? paries filium… € flius altiffimi voca= 31 Gry2 dur, = : N'attendez pasque j'entreprenne de fonder” à Profondeur de cet abime immenfe de gloite, de la fainte Vierge. Æ Marie elle-même fuccombe fous le poids de tant d'honneurs accumulés; étonnée, prefqu'épouvantée à la vue de fa propre grandeur , elle fe cherche, elle ne fe trouve, elle ne fe reconnoit plus. Inutilement elle tente d'expliquer à la mere du Précurfeur ;. ce qu’elle eft devenue par la grace ; les expreflions manquent à fes fentimens ; ce qu'elle peut lui mamifefter des dons du Ciel, fe réduit à l'aveu, que le Dieu tout-puiffant a opéré en fa faveur des pro: diges dignes de lui : fécit mihi Le qui po= tens efe. Comment développerions-nous ce que Marie m'exprime que par fon filence? Comment pourrions-nous en parler dignement ? C'eff un chef-d'œuvre de la fageile & dela miféricorde de Dieu. Et concevons-nous qu'il pût faire quelque chofe de plus pour Marie Je metrompe, äl peut, - = fait bien davantage. Il lui donne l’occañon , il lui infpire le courage d'ajouter une nouvelle grandeur à la grandeur de la maternité divine, & d’acquérir en un fens plus d’honneurs qu'onne lui en offre. Il lui {emble voir d’un coté la gloire; de l'autre , une vertu chere à fon Cœur. Elle nebalance point , dit faint Grégoire de Nifmes; la grace qui la fandifie emporte dans fon cœur {ur la grace qui lilluftre & la releve; un état plus parfait attire fes defirs par. préférence à un état plus fublime ; elle aime mieux dans un fens plaire à Dieu que de lui comman- Ibid. Fa 49. TO Panégyrique - der : renoncer à devenir {a mere que des Confentir à cefler d’être fon époufe : A4n-. gelus partum nuntiat > Ua virginitati inhœret, + Reconnoïflons-le donc, avec faint Jérô-, me, que dans la mere de lHomme-Dieu: il fut une grandeur plus grande, fi j’ofe le, dire, que la grandeur de la materniré divine. J’entends cette fainteté f pure , fi libre, . fi dégagée de tout intérée perfonrel, qu’àla. voix & aux promefles de l'Ange , elle ne chancela pas un {eul inftant dans l’obfervation. l plus fidelle, la plus timide, la plus {crupuleufe des loix aufteres que fa ferveur lui avoit.impofées : zmmobile VIrginItatis propofitm, guod nec Angelo filium Dei Proritente aliguatends titubavir, Reconnoïffons que, s'élevant en quelque façon au-deflus de la Bloire que lui procure» roit là maternité divine , par le refus également Mmagnanime & refpe@tueux que lui dictent les tranfports du pur amour » Marie acquiert une grandeur que la. maternité divine ae lui auroit point donnée. Les honneurs que le Cief lui offre font , à proprement parler , la gloire de Ja libéralité, de là magnificence du Seigneur; les vertus qu'elle pratique font en même temps aufli la gloire de Marie ; une eloire qui lui eft propre & perfonnelle. Gloire d'autant plus réelle > d'autant plus folide, que ce n’eft point un honneur qu'elle préfere à un autre honneur; la gloire de la virginité à la gloire de la maternité ; la ré- Putation de la VEFEU. à, la récompenfe de la - vertu ; de la fainte Vierge: . vertu; le” plaifir plus flatteur de refufér une grande place au plaïfir vulgaire de l'occuper. Les deffeins profonds de la providence ont engagé Marie dans un état où fa piété , renfermée dans la plus auftere {olitude , n’au ra pour témoin que le Dieu qui en eft l’objet. On ne fçaura en lfraël ni ce qu’elle eft ; nice qu’elle a refufé d'être, ni le facrifice qu'elle fait à la vertu, ni la vertu à laquelle elle facrifie tant d’honneurs & de gloire. Ah ! Marie ne veut qu'être fain. te ; elle n’afpire point à l'honneur de le pas roitre. Etf vous doutez de fes fentimens., voyez au jour de fa Purification avec quel zèle elle vole au Temple pour fe purifier & fe confondre avec le commun des femmes , ce qui femble couvrir d'un voile & la virginité de la mere & la divinité du fils, jufqu’au temps de la manifeftation de Jefus. En un moment Dieu lui redemande tous fes bien. faits. Autrefois lente & timide à les accepter, maintenant prompte & courageufe à s'en dépouiller, elle a moins de peine à les quitter qu’elle n’en eut à les recevoir. L’Ange les offroit:; il trouva des oppofitions à furmonter : Dieu les reprend il ne trouve point de réfiflance à vaincre; & la vertu de Marie, s'élevant au-deflus de fa grandeur , elle fait plus qu'être mere de Dieu, ellefe montre , sileft poffible, digne de l'être ; digne de l'être, puifqu'elle préfere la vertu à l'éclat de la gloire & des honneurs ; encore plus digne de l'être, puifqwelle n'emploie {a Tome VE, ; +3 24 Panégyrique sp 8 ri TO avant l'aurore dans la fplendeur des Saints: : ua fils qui a Dieu pour pere & qui ne dé : daigne pas d’avoir Marie pour mere : un fils, fon fils en même temps & fon Dieu. Marie l'aime, & de quel amour ? L’Efprit-Saint prononce que de tous les amours, le plus. tendre , le plus vif eft l'amour d’une mere. pour fon fils unique. Dans Marie , c’eft donc lamour d’une mere. Mais prenez-garde , un TRES amour qui n'eft point refferré comme il left. dans les meres les plus tendres , par mille autres amours ; par l'amour de fà liberté & : de fon repos, par l'amour de {on plaifir, par l'amour de fa gloire & de fa réputation, par l'amour de fa fortune & de fon intérêt ; ce 2 * neft point un amour-qui, comme celui des … autres meres, doive être dominé par ka raifon, reftreint par le devoir , captivé par la religion, tempéré, fouvenr réprimé parla grace ; C’'eft un amour qui réunit tous les. penchans , qui raffemble toutes les inclinaà tions, qui confond.tous les objets dans un {eul objet, qui fixe tout l’efprir, qui inonde tout le cœur : c’eft un amour compofé de tous les amours: un amour de fentiment & de raifon ; un amour d’attrait & de Reli . 8ion ; un amour d'inclination & de devoir; Un amour le plus violent, le plus impés ” tueux que la nature puifle infpirer , & un amour le plus vif . le plus ardent que la grace puifle allumer; un amour du pen chant le plus rapide, & un amour dela cha= tité la plus pure. Quel fort, grand Dieu + VOUS réferviez à un - de. la fainte Vieroë: LT üwamour ftendre , à lésitime ! il eff doux de douffrir pour un Dieu. que l’on aime : Vous voyez , dit faint Auguftin, vous voyez les Martyrs s'ivancer à travers [es glaives & les feux au-devant du coup qui doit les immoler; s'irriter contre la lenteur du facrifice ; implorer la faveur d’un füpplice plus cruel ; fe baigner avec plaïfir dans leur {ang répandu / N’en foÿez point furpris , Continue le faint Doteur, ils font conime enivrés de l'amour qui les tranfporte ; la flâme Qui confume leur cœur ef plus vive. plus pénétrante que le feu des buchers fur lefquels ils éxpirent ; rien ne m'étonne de leur amour ; qui aimeroit davantage en feroit encore plus : -nolite mirari , ebril erant. - Ah que la fituation de Marie eft bien dif. férente ! Cet amour qui Confole , qui foutient les Martyrs , il ne fert qu'à rendre {es peines plus amères, fes plaies plus profondes, fes douleurs plus pénétrantes, Ce Dieu qu'elle aime, ce fils qu'elle adore , elle le voit taître , en quel ètat ? Un enfant qui , en ouvrant les yeux à la lumiere, n'appercoit pour lui d'autre héritage fur la rèrre que Jes pléurs qu'il répand & les larmes qu'il fair couler; uñe caverne fauvase, une antre folitaire, une crèche ; Voilà ce qui lui refle de lopulence de fes ayeux & l'unique degré que Marie ait à lui préfenter pour remonter au trône de fes Ancêtres. Donnez, Pourrois-je m'ecrier avec faint Auguftin , donnez - moi parmi mes Auditeurs un cœur qui aime Je- IUS : de amañtern ; fentira , il comprendra ce Tome VI, à € ; 26 … Panépyrique. que j'entreprendrois vainement d'exprimer, ce qu'un fpedacle f touchant jerta de dé folation dans le cœur de Marie : & fentit quoi dico. EE : Il eff vrai que par elle Jefus eft fils de David, qu'il compte parmi fes ayeux tou les héros que Juda compte au nombre de fes Princes & de fes Maîtres. Seigneur , qui té nez en vos mains les rênes des Empires, vous l'avez permis, qu'un peuple ingrat & volage, oubliant les jours de fa gloire, ai tranfporté à uné autre race les honneurs dé David ; qu'un ufurpateur facrilége , tranquilk. pofieffeur d’un trône illuftré par tant de ver tus, & qu'il dèshonore par tant de crimes, jouifle en paix des fruits de fa fanglanté ufurpation. David eft ignoré dans la Cité fairite ; il eft devenu étranger dans Juda! méconnu dans Iraël. Iffue de tant de Rois, Marie n’a recueilli que l'héritage de leur pie té; ce n’efl qu'à fes vertus que fes pere peuvent la reconnoïître pour leur fille, Or, _quefce au ÿeux d'un vain peuple, queh fucceffion de vertus que ne fuit pas l’opir lence ? dépouillé de l'éclat que lui préteit le pourpre, le. fang augufte des Monarques te Sion n'a plus dans les veines de Marie majefté de fa fource & la nobleffe de {oi origine ; fes Ancètres furent Rois ; elle dl confondue, perdue dans la foule du peuplé; elle obfcurcir leur gloire fans en être illuf trée : on ne reconnoîtra point le fils de Da vid dans le fils de Marie, Elle ne l'a donc it - qu ce fils fi cher à fon amour, que pourk de La fainte Vierge. : charger du poids humiliant de fes diforace elle voit fon nom devenu pour Jefus un 35. titre d'opptobre & de flérriflure » Cdacer le. charme de fes difcours » l'éclat de fes vertus , Fa multitude de fes miracles ; elle voit lorgueil pharifaïque, jaloux de Ja gloire de Jefus , fe confoler & croire fe venger plei fement par le ton de fafte & de dédain avec lequel il rappelle au fils le nônm de Ja me- TE: 20nn€ mater ejus dicitur Marta? - Déja de plus cruelles inquiétudes off alar. mé fa tendreffe. Avec les pleurs du Divin enfant, elle voit couler fous le Couteau dela <irconcifion les premieres gouttes de ce faño deftiné à arrofer le Calvaire. Elle voir les fureurs politiques d'un tyran défiant &r fous. SOnneux Sarmer contre les jours de Jefns. naiffant ; elle entend un Prophete divine. ment in(piré, Jui annoncer le glaive de dou. leur deftiné à Percer le cœur de la mére = & les fuplices marqués Pour terminer Ja vie du fils, Ce n’eft plus Jefus qu'on lui. rend; c’eft une vi@ime déja bleflée & fan. glante qu'on la Charge de garder & d'éle. Ver pour le fatal facrifice où elle fera immolée. Dès-lors plus de repos, plus de tranquil lité pour Marie. Selon l'expreffion de l'écri. ture, Jefus croît fous fes Yeux en âpe & en fagefle : elle fçait qu'il ne croît que pour le Calvaire ; qu’elle ne le dérobe à {a fureur d'Herode que Pour Ie réferver à la fureur des Pharifiens ; elle fçait qu’elle ne le retire de l'Egypte que pour le rendre à la terre C ji 2 Paneoyrique plus barbare qu'il abreuvera de {on fn 1 -_ _ Sortidelafolitude, Jefus témpli la Judée dik Le bruit de fes miracles: le peuple accourte foule fur fes pas , chaque jour augmenteh, nombre Ge fes difciples; Jérufalem ne s'efs retient que de fes vertus & de fes prodi, _ges : elle fçait que ce peuple inconflant & _perfde labandonnera; que {es Difciples fois - bles & timides lé méconnoîtront : que cethh Jérufalem parjure & déicide demandera fl mort. Cette idée défolante ef continuelk ment préfente à fon efprit: aflioée par del maux quine {ont pas encore, Marie porteas chaque infantile poids des difgraces qui doi vent fe füivre & fe remplacer dans le cou & = de tañt d'années. — de plaies, épuifé de forces, défigunré pas les füupplices ;ces yeux prefqu'éteints & ap péfantis fous le fommeil de la mort ; &@ ang qui par des bleffures profondes coul - à gros bouillons & arrofe la montagne fair = te. Ecoutez cés cris infulans , Ces clameuts fanguinaires, ces blafphèmes facrilèges d'a, peuple tumulrueux , entvré des fureurs de enfer: -& fout-à-coup , au milieu d'uné. -.nuitfombre, dans des ténébres pleinés dé - férreur & d'épouvante, dans un affreux fe de la frinte Vierge. 39 lence , entendez les plaintes douloureufes , les fons foibles & languiffans de fa yoix mourante, les derniers foupirs de cet Hom= me-Dien qui rend dans les tourmens une vie pénible & raflafiée. d’opprobres. Ah, Chrétiens ! après Jefus fur [a croix, quoi de plus étonnant que Marie aux pieds de la croix ? Le Difciple bien aimé s’y trou- ve, il eft accompagné de Magdelaine, dans le Difciple bien aimé ce n’eft que le cœur d'un Apôtre , Magdelaine a le cœur d'une amante; avec le cœur de FApôtre & de l’amante, Marie à le cœur de la mere la plus ten- .dre.. Ce fleuve, pour me fervir des expref fions de l'écriture , ce fleuve brülant du pur amour qui arrofe & enflimme les Saints, fe répandoit prefque tout entier dans l’ame de Marie, il linondoit, il l'embrâloit. Les Saints aiment, Marie n’étoit qu'amour. Que vient-elle doné chercher au Calvaire ? ce ‘qu'on reprocheroït à toute autte mere de ne pas füir ; le fpettacle d'un fils mourant | fpectacle digne de Marie! Elle eft mere ; mais elle ef mere d’un Dieu ; eh qu’elle foutiendra dignement cette grande & augufte qualité! Ce ne fera point la mere de Moïfe qui baigne de fes pleurs le berceau qu'elle abandonne aux flots ; ce ne fera point Jacob qui trempe de fes larmes la robe fanglante de Jofeph ; ce ne fera point Jepthé qui condamne par fes regrets l'imprudence de fon vœu téméraire; ce ne fera point David qui veut s'enfevelir dans le tombeau d'Abfalon. Au Calvaire tout {era digne du Dieu qui Gi 30 Pandyyrique S'immole. Marie aime Jefus comme fon fils! elle lime encore plus comme fon Dieu: _ellé l'aime comme il veut être aimé , COmM- me il aime lui-même, & il nef pas moins le modele, que l'objet de fa tendreffe ; plus attentive à confidérer fur la croix les vertus dont on lui donne l'exemple , que l’événement funefle qui lui ravit {on fils, ce ‘elle fouffre avec lui, avec une forte de - Proportion , elle lé fouffre comme lui. Sur le même Autel font pofées les deux victimes :, c'eft le même coup qui les frappe , le même feu qui les confume, la même conftance qui les foutient. Dans le courage de la mere, dit faint Ambroife, on reconnoit la Divinité du ls: ffabat mater non de generi fpeGaculo ;, s'il n'appartient qu'à un Homme-Dieu de mourir comme Jefus, il nappartenoir qu'a: Ja mere d’un HommeDieu de foutenir dans. un calme fi héroïque le terrible fpe&açle d’un fils mourant & d'un tel fils : fubar mater non degeners fpe&laculo— Que Magdelaine mêle fes larmes avec le ang de Jefus-Chrift ; qu’entrainée par le mouvement rapide de la douleur qui l'inonde, elle coure chercher au tombeau la confolation de pleurer fur le corps de Dieu Sauveur ! Le cœur n’eft ordinairement pas capable d'un amour plus tendre, & dans notre Cœur un amour fi tendre ne peut être plus tranquille. Marie aime bien davantage : mais. a mere d’un Dieu aime bien autrement. Son amour eft de tous les amours le plus conté, le plus défol; mais c'eft un amour Ce ce la Jainte Vierge. 3% plus magnanime qui, épuré, ennobli, élevé par ja fainteté, par la majefté de fa fource S qui, marque . fceau & de l'empreinte de la Divinité de fon fils, dédaigne de fe foulager par laplainte, de s’exhaler en eémiflemens ; f de fe répandre en pleurs. Hommes, nous ne connoïflons point cet amour. Dans les ames _les plus ferventes, l'amour le plus pur le plus vif, a toujours quelque mélange de la foibleffe. du cœur oùilréfide. Nous nefom-. mes que : des hommes pécheurs ; ; Marie étoit la mere d'un Dieu. Taïfonsnous ê& admirons. Admirons une ame plus grande que les épreuves auxquelles. l'a mife fon amour pour {on fils, une ame plus grande que les épreuves auxquelles l'a mife l'amour de fon fils pour ‘e . Jelus aime Marie : comment ne Par meroitil pas ? Il aime tous fes ouvrages; Ma. rie.n’en eftelle | pas. le chefd'œuvre ? 1 aime lhomme pécheur , dans laquelle il ne voit rien d’ai= cette race coupable & infortunée de mable que a bienfaits, &1ldoit la naiffance à Marie ; il aime ceux dans lefquels habite fon efprit, & Marie eft le temple le. plus. augufte., l'époufe, la plus-pure de PEfprit- Saint ;.il aime ceux-qui font dociles à fa parole, & fa mere fut le plus attentif, le plus fdele de fes Difciples : 3. il aime.les jufles, & après le Dieu-Saint, Matie eft le plus parfait modele de la Sainteré ;ilaime ceux dont il eft aimé , Marie ne vitquen lui, ne vit q , que pour lui. Jefus aime donc Marie, &c il: n'aime perfonne autant qu'il aime Marie. CE iv ST Pañioyrique. = : Mais aimer d'un amour qui Matte les pes chans ; qui fatisfait les deñrs, qui nourrit fa vanité ; aimer d'un amour qui pafionne, qui afoiblit le cœur : c’eit aïmer en ho, me, Aimer d'un amour qui releve , qui Ennoblit , qui épure, qui agprandir, qui contrarie les pénchans, qui fait gémir la fens fHbilité, qui travaille à élever l'Homme au-defs {us de lhomnie : c’eft aimer en Dieu. Aimer. d'un amour attentif à foutenir, à _confoler fa piété, à dédommager des délices funeftes du vice par la paix & le repos qui marchent, à la fuite de là vértu ; 3imer d'un amour qui donne für la terre les prémices de la récom. penfe qu'il prépare dans le el: c’eft ainfi que nous aime, quelquefois un Dieu plein _ d'induléence poutnotre féibleffe. Aimer d'un amour quife produit fouvent par les difgracés,. qui invite par les croix , qui ätfiré par lesrebuts, qui récompente par les humiliations & ls opprobres: c'eft ainfi qu'aime 1e Dieu des ames fortes, & qu'il appelle aux plus éminene. tes vertus ; & plus fon amour eft tendre, plus ilfe montre févere quand il trouve dés: cœurs capables de fourenir ladivité de cefew devorant. Se Pourquoi donc Téfus 4-til far Marie une conduite d'épreuves & de rigueurs? C'efrqu'il lui voit une ame trop erande, tÉOp noble ; c'eft qu'il lui voit des vertus trop héroïques pour avoir befoin de ces ménagémens, de ces appuis, fur lefquels fe repofe la foibleffe: humaine ; C’eft que Jefus ne connoît point fur. la serre d'autre cœur que le cœur de Marie; Ve + d'hote, Léntéll NAT ES à de la feinte Vierge. 4 tapable de ne pas plier fous.le poids. d'un amour { aufere ; c’eft qu'il n y avoit que la mere d'un Dieu qui par ne point chanceler | qu dans des {entiers f duiciles, & fuivre d'un pas toujours égalles imprefhons rapides de cette grace célefte qui établit fon empire fur lés ruines de la nature ; c'eft quil appartenoit à la mere du Dieu de l'Evangile, de parcourir dans toute fon étendue [a carriere des vertus Evangéliques, de marquer toute la prééminence de la Loi nouvelle ‘fur la Loi ancienne, defrayer au peuple naïffant la toute du Calvaire, & d'animer par de grands exemples les ames que Dieu appelle à de prands facrifices; c'eft qu'il éroit digne de la mere d'un Dieu crucifié de marcher de plus près fur les traces fanglantes de fon fils, de limiter dans la pratique des vertus qui de= mandent les efforts les plus pénibles & la vigucur la plus intrépide du courage héroique: c'eft qu'une faintete de goût, d'attrait, de paix, de faveurs, eft une fainteté moins rare & moins excellente ; une fainteté de pure foi, de la charité la plus ardente; une fainteté qui tient Continuellement le cœur dans l'état de viéime &. d'immolation : c'eft la fainteté de la mere de Dieu. Pourquoi encore; pourquoi Jefus a-t=il für Marie une conduite d'épreuves & de rigueurs ? C’eft que l'amour de Marie ne fouhäite point un autre amour. Que la gloire du Dieu vainqueur du monde foit entre les mains . des Apôtres ; que les Difciples accompagnent 40 Panésyrique de la fainte Vierge. 44 Quand méme elles conffteroient dans cb _aridirés, ces féchereflés , ces défolations ,:ces délaiflémens, ces dépots, ces ennuis, ce incertitudes, qui fervent à humilier , à exe cer, à purifier les ames que PEfprit-Saiñ appelle à parcourir la catriere de la viein térieure, adorons, avec refpect & foumifion,. les volontés du Souverain maître , lorfquil nous place dans les routes de l'afidion : fi. fons plus , foyons Chrétiens ; apprenons, à l'école de Marie, que les rigueurs apparentes \du Seigneur, font l'ouvrage de {es plus gran des miféricordes, & qu'il ne refufe dans Le temps que pour donner davantage dans l'é: SCENE ee +. . Vierge fainte, obtenez de Jefus que ces importantes & utiles lecons » puilées dans! l'étude de vos vertus, deviennent la -reole unique de nos idées, de ñnos {entimens, de. notre Conduite , afin que guidés par vos exemples , aidés par votre prore@ion, nous. parvenions à la félicité que le Seigneur prés. pare à ceux qui vous invoquent & qui las. dorent en efprit & en vérité. Ainf {oit-il, si … POUR LA FÊTE. S.JEANBAPTISTE. Elifäbèth pariet tibi flium...; Brit magnus coram - Domino, . ee Elifaberh vous donnera un fils. Il fera grand devans _ Le Seigneur. En S. UC CT, V 19e 14e à ÆSPRIT-SAINT vient de nous tracer un éloge de Jean- Baptifte , auquel l'efprit de l'hom. S me ne peut rien ajouter; & pour concevoir du faint Précurfeur l'idée la plus noble , la plus fublime, il ne faut qu'approfondir les paroles demon texte, J ean-Baptifte fait pour la grandeur: erit menus. Et quelle eft la grandeur que le Ciel lui define ? Etre grand à fes propres yeux; grandeur folle & infenfée ; ésarément d'oreueil & de préfomption ; capable de déparer 2 d'avilir le merite Tone VI, D RE Pour la Fête Ë le plus brillant, puifque les plus belles qua lites n’ont de luftre que celui qu'elles tirent. dela modeflie qui les ignore ou qui paroi. lès ignorer... Etre grand aux yeux du monde: grandeur trop fouvent féparée de la véritabie - grandeur: un grand nom , une grande naif. fance, de grands titres, de grands emplois, . de grandes richefles , quelquefois de grands. défauts, des crimesheureux 3 vous le fçavez,n c'eff là ce qui fait les hommes que nous voyons. Primer , régner avec-tant de fafte dans cette” terre d'illufions & depreftiges, où la vertu, toujours timide à fe produire , ne forme. qu'une grandeur obfcure , inconnue , &. conne f rarement cette grandeur d'écht. extérieur qui figure, qui repréfente fur le. théâtre du monde... Etre grand aux yeux du monde ; grandeur vaine & frivole , puifqu'elle ne confifie que dans l'efime & lappro- Bation des hommes; de ces hommes fi petits par l'efprit & par le cœur, de ces hommes dont le fuffrage , dédaigné par la raifon nef. précieux qu'à l'ambition ; de ces hommes. dont les Jouanges qu’ils donnent doivent tout, eur prix à l'amour propre &e à la: vanité dé. celui quiles reçoit. Etre grand aux yeux du | Monde ; grandeur incertaine & paffagere; de: Quoi dépend-elle ? des caprices du fert , où. plutôt, des révolutions de Pefprit humain, encore plus chanccänt, plus volage que ka. fortune. "Que R grandeur pronufe à Jean-Pantife Eft différente de certe grandeur fraoile & chi | -mérique ! Il fera grard devant le Seigneurs | z Dieu, la fource &c la plénitude de toute sran-. deur ; grand devant ce Dieu dont le {uffrageeft la règle, la mefure de toute grandeur réelle & véritable; grand devant ce Dieu: pour qui le monde & ce qu'il y a de:plus. grand dans le monde eft comme s'il n’étoit: pas : Erit magnus.coram: Domino. -Non-{eule=- ment Jean-Baprifte fera grand.devant Dieu 9 il fera grand parmi ceux mêmes qui font: grands devant le Seioneur. Pourquoi ? parce: qu'il entrera dans le plan & l’économie des. plus nobles projets dela fageffe éternelle ». _ parce qu'il fera:employé à-préparer , à ébaucher un des plus-grands ouvrages. qu'un Dieu paille, entreprendre &c achever, ouvrage: de la rédemption, de lh-fanttification du-mon- de; parce qu'il auraavecle Dieu Rédempteur,,. le Dieu Sauveur, les rapportsles plus étroits. les plus intimes les plus effentiels ; difons: tout; parce qu'il fera {ur la terre. l’homme: de Jefüs-Chrift, l'homme de l'Homme. Dieu: En effet, fuivons, étudions les monumens: facrés ; que verrons-nous dans Jéan-Baptifte Un-homme marqué du fceau de l'empreinte: de Jefus, dévous, confacré à Jefus , féparé: pour l'œuvre de Jefus : un homme dont la: naiflance &cla vie, les difcours &.lésations 5 Rploire & les vertus fe rapportent à. Jefus. corime à: leur fource. & à: leur centre ;° uñ homme quine fut que pour Jefus-Chrift uns homme qui nefur qu'a Jefus-Chrifts en dense Mots, tout pour Jefus-Chrift,. fout à Jefigs Dr; ESS de faint Jean: Baptijle. : 43 Erit magnus coram Domino. Grand devant ce. 44 Pour la Fête: : Chi : voile Jean- -Baptifie & le pattage a | mon diféours. Ave à Maria. de PRE EMIRRE PARTIE. Æ E Left oh ie premier trait qui . rife Jcan-Baptifie; routce qu'ileft,, ilne le a en vue de Jefus; que par rapport à Jefus: dans Jean- -Baptifle tout ef pour Jefüs 5 GR miniftere qu'on. lui conf, _êtIes graces a reçoit. + Concevez ma pete , mes chers Audi. téurs ; je fçais que tout cé que nons fommes,. nous ne le fommes que par Jefus & pour. Jefus._ Ce que je prétends, ceft qu'au nos. emplois » OS talèns, nos vertus fé bornent. à former Jefus. en nous, ra remplir les defleins , de Jefus fur nous, À étendre au- -dehors de nous la ‘gloire de Telus: ces que je prétends, ceftque par une difinéion quin appartient qu'a nes Jean-Baptifle fur defliné à jetter. = premiers fondemens de lerpire de Jefus! far. Ta terre :- je dis donc, Pempire de Jefus', : le: règne de l'Homme-Dieu fur les hommes, fur la in , le terme du miniftere confié à Jean: noue ce fut lobjer & le but des graces | accordées à Jean Baprifte. Mettons: ces si idées dans tout leur jour. CE empire de l'Homme-Dieu # établi its - parmi les hommes ef là fin & le terme di minière confie à Jean-Baptifté. Car , qu : ceque Jean-Baptifle, êt pourquoi le Ciel le donne-t-il à Bterre 2 Au moment de fa a fance , un Prophête divinement infpiré ;. de faint Jean-Baptife. 4ÿ s'écrie: béni, foire Dieu d'Ifraël ; les jou menceront de couler Iès jours dé falut & de: grace: le Meñlie marche fur vos pas, pour paroire ; il attend que Votre voix l'annonce. dans’ Sion ; le foleil de juftice n'entrera point dans carriere f vous ne réglez, f vous ne guidez fa courfe : -praibis erim ante faciem Dornini parare VIas CU ee = Appiiquez vous, Chrétiens ; pénêtrez la profondeur de cet oracle : avec la gloire de: ean-Baptifte, vous verrez fe développer x vos yeux ce quil, y a de plus foblime, de plus augufte dans votre religion, À peine fa paix & l'innocence avoienr quitté le monde, devenu pécheur par le péché don ul how me ,quele Ciel promit à la terre un Libeérateur. qui lui-rendroit fes vertus & fa eloire. Aufi-tôt fe forme un nouveau plan de providence quiramène tout à Jefus, quiconduir tout en vue de Jefus. Chüûte des royaumes, révolution des empires , fucceilion des monarchies , viétoires des conquérans, évêneens où l'homme re cherche & tapperçoit que Fhonime, ils font l'ouvrage d’une pro- Vidénce fupérieure , attentive à travaillée pour ce Jefus, dont if eff écrit quil eftlè premier & le dernier , le commencement & PRÉ ONINENENE 46 … Pour là Fête. Nr LCR la fin des voies de l'Eternel. Déjà un peuple. eft féparé de tous les peuples pour être le dépo- : fitaire des promeffes ; dans ce peuple, une. tribu eft diftinguée de toutes les tributs pour. pofléder le fceptre d’autoriré qu’elle remettra. à celui qui a été promis ; dans cette tribu. une maïfon, celle de David, eft préféréeà toutes les maifons , pour fournir le fang qui, forti des veines du Meflie, arrofera & purifiera la rerre: facrifices, cérémonies, Pro: phètes, Patriarches , Héros, Juftes de ha loi, tout tend au Meffie, tout et pour ke. Mefñie, pour lannoncer , le repréfenter , le: figurer, SEE Ce n'eft point affez, & voici ce qui doit principalement. vous. attacher dans le fujet que je traite : parce que les oracles qui annon-. cent le Meffñe auront leurs profondeurs, où pourroit s'égarer & fe perdre lefprit humain, cet etprit d'autant plus foible que préfomp: tueux & téméraire, il compte trop fur fes lu mieres. & ne fe défie point aflez de fes paf ÉOns; parce que les cérémonies , les facrifces qui figurent le Meffie, les types, les ima ges qui le repréfentent auront leurs voiles &. leurs nuages ,-fotics on prétexte d'erreur. dans un peuple mal dfpofé, & par-là même ècu capable de faïfir lès myfières de Fefprits cachés fous l'écorce de Ia lettre ; parce que: Dieu prévovoir qu'à ces obfcurirés . répandues fur lesécritures pour faire le mérite de fa foi, Ffraël ajouteroit les: ténébres de fes. -Rropres cupidirés.quien {eroient Pécueil'&r la: fine; que fait le Seigneur? Dans lahons de Jaint Jian- Baptiite. “47 dancé &c la pénitude de fes miféricordes, à. tant d'autres moyens de diftinguer le Libéra teur, ilajoute un nouveau moyen., plus fimple, plus facile: entre tous les enfans des. Hommes fera choifi un homme marqué pour: précéder le Mefie; un homme avec lequel -on ne puifle attendre le Meffie, après lequel. on ne puifie l'efpérer ; un homme dont l’autorité foit fi dominante, fi puifflamment éta-. blie, que fans fon témoignage il ne foit point: permis de reconnoitre le Meflie; qu'après. fon témoïknage il ne foit plus: permis de Je. meconnoitre : par conféqnent , un homme à. qui Dieu veut qu'il appartienne d’ôter ou. d'imprimer, de donner ou de refufer l’empreinte & le fceau du Meflie ; un homme. dont le Meflie , ce Jefus fon maître & fon. Dieu, confente , permettez-moi cette expref-. fion, confente à prendre l'aven, à obtenir. - le-fuffrage, à fire reconnoître à fon tribu nal la vérité de fa do@rine & de fes miracles ;- à recevoir de lui, non fa miffion, mais l'authenticité , la publicité, prefque l’autoriré de. fa miflion; un homme , comme établi pourjuger entre Ifraël & Jefus; pour prononcer. fur ce que Jefüs a de pouvoir & d'empire ;- fur ce qu'on doit à Jefus de foumifion & d'hommage. : _ Or, cethomme, c'eft Jean-Baptifte: ah !: Chrétiens , que vous dirai-je, qui n'afoiblifle. ce que je viens de vous. dire t Qu'on cher. che Péloge des héros du monde ou de la Re. Hgion dans la fuire de Ieurs aGtions & de leur. conduite ; dans l’enchaînement de leurs proz- 48 Pour le Fte L jets & de leurs entreprifes ; dans le brillant à de leurs fuccès & de leurs vertus | La oloire Re prandeur de Jéan-Baptifle ont précédé fi naiffance ; il ne viendra que dans la pénitude. des temps; depuis les premiers jours du mon de naïflant , il Partage avec Jefus l'efpoir l'attente des peuples. En effet > Prenez garde, mOn Cher Auditeurs > depuis qu'ils ont ee Unis par des liens intimes dans l’ordre des décrets éternels, ils ne peuvent plus être. féparés , Jean-Baptifle & Jefus : celui qu. annOncéra & celui qui fera annoncé ; Celui. qui rendra témoignage à Ja lumiere & cel qui fera la lumiere: le monde ne recevra. fon Hbérateur que de la main de Jean-Baprifteis ‘ilne le connoïtra que parle miniftère de Jean. ë Baptifte; de-là : par une fuitenaturelle, Jean: Baptifte devient avec Jefus Pobjet des vœux des Patriarches & dés Prophêtes, les foupirs. quiinvitent Le Meffe, appellent le précurur; en vain, les Juftes » les Saints d'Ifraël, Comureront la rofée du ciel de fe répandre dans les campagnes de Juda ; en vain ils arro- | feront deleurs pleurs , ils amOlHront par leurs | larmes le {ein dé la terre deffinée à enfanter le falut des Nations: la terre ne donnera Jefus qu'après avoir donne Jear-Baprifle. | Mais Jean-Baptifte Paroît: a ce moment commence le regne du Mefie ; voilà fà date, à fon époque ; jufques : à on difoit le Mefie Vierdra : Maintenant 1 vient : il eft venu; jufqu'à Fear Baptife , [a loi & les Prophêtes : depuis J can-Baptifie laccompliffement dela loi & des Prophètes: comme précurfeur & =: & A l de faint Jean-Baptifte. 49 ën qualité de précurfeur il tient le miiieu entre les deux alliances, il eft le terme qui lès fépare & qui les réunit ; il eften même. temps à la loi & à l'Evangile; à la loi qu'il finit, à l'Evangile qu'il commence ; à Moyte, fous lequel il eft né , à Jefus-Chrift pour lequel iknait; parlons plus jufte , il n'eft qu’à Jelus- Chrift & pour Jefus-Chrift ; s’il appartient à la loï, ce n’eft qu’en qualité d'homme envoyé pour lui marquer fa chûte prochaine, pour avertir le premier [fraël de fe retirer , de fuir devant le fecond Ifraël ; il appartient à l'E. vangile en qualité d'homme qui vient jetter les fondemens fur lefquels repofera l'édifice de la foi; d'homme utile , d'homme comme néceffaire à Jefus-Chrift & à l'Evangile de Jefus-Chrift. Je dis comme néceflaire; car telles étoient ( d'après ce nouveau plan de providence } telles étoient les prérogatives, les prééminences de fon miniftere de précurfeur ; que l'Evangile devoit commencer par lui & ne pouvoit commencer que par lui ; que fon témoignage feul fuRfoità prouver Jefus, & & que fans ce témoignagerienne prouveroir Jefus à la Synagogue : le témoignage {eul de Jean-Baprifte fuffifoit à prouver Jefus , patce qu'aufhtôt que Jefus feroit reconnu par celui qui étoit defliné à le faire connoître : pré= fenté par celui qui devoir le montrer , le manifefter ; il ne refteroit à Ifraël que de plier, de fe foumettre, puifquele précurfeur fufciré, envoyé de Dieu afin de défigner le Mefie,, ne poavoit fe tromper jufqu'à rejetter celui Tome VI 56 PéurlaFéé = rife Jean-Baptifte : l'empire de Jefus:ChHifà établir parmi les “hommes, le-but, lobjet Baptifte. unique des praces qui font accordées à Jean: 2°. Continuons de fuivre, d'étudier Jeans Baptifle dans les rapports qu'il eut avec Je. | fus-Chrift; nous trouverons que les graces, qu'il reçut, ne furent que des graces de miniftere & pour le miniflere, des graces nés ceffaires au fuccès de fon miniftere, J ean-Bap: tife eft: chargé de faire reconnoitre Jefns pour le Meflie ; & quoidonc?ce peuple rem. pli de tant d'efpérances mondaines ; cet Ifraël | perdu dans des fonges fi flatteurs ; enchanté par des illufons fi douces à la cupidité, lui préfenter un Meffie qui n'apporte d’autresricheffes que la juftice & Ja-piété ; d'autre eme | Rome Ur ar core RE NES EAN pire que celui de la raifon & de [a fainteté ; | d’autres triomphes , d’autres vi@oires que fur les paflions ; d'autres récompenfes qué pour l'éternité ! Un Meffie qui ne fera-des heureux que dans le Ciel, que fur la terre ne fera que des Saints; amener lfraël aux pieds de ce Meffie qu'il n'attend pas , qu’il ne: veut pas ; de ce Meffe fi oppolé à celui qu'il defire: qu'ilefpere! Ah! que les Apôtres l’entreprennent lorfque les prodiges multipliés de Jefus auront commencé de diffiper le nuage, lorfque le triomphe de la rélurreéHion aura effacé l'obfcurité de fa: naiffance , les humiliations de fa vie mortelle ; les ignominies de fa mort fanglante! Que les Apôtres l’entre: Prenent lorfque les:oracles des Prophêtes fe Montreront clairement expliqués, parfaite- SANS de jaint Jean-Baptiflé ; ment accomplis , exatement conciliés! Que dis-je, alors mêmenous verrons l'Ifraël ingrat & perfide fermer les yeux à la lumiere ; nous verrons les Apôtres obligés de porter à d’autres. climatsla parole de falut ; méprifée, dédaignée dans Juda : Quel fuccès Jean-Baprifte peut-il donc efpérer , tandis que Jefus eff encore pauvre, obfcur , caché , confondu dans la foule ? Comment , prefque réduit à n'avoir d'autre preuve de fon rémoignage, que fon témoignage même , comment pourra-t-il engager Ifraël à reconnoître le Meflie qui lui fut promis, dans un Meflie qui n'a rien du Mefie qu'il fe promet & qu'il fouhaite? Ille pourra mes chers Auditeurs ; & afin qu'il le puifle, Dieu lui donne une autorité de vocation & de mifhon capable de dominer, de foumettre tous les efprits; une autorité de graces & de fainteté capable de toucher, de .gagner tous les cœurs. = k Autorité de vocation & de miflion; jentends de vocation, de mifion fi hautement, fnoblement caraétérifée, qu’elle n'aura point -befoin du fecours des miracles pour faire refpeéter fon fuffrage , pour étabhr la vérité de fes décifions. Venez, traverfez en efprit lefpace des fiécles ; placez-vous à la porte du temple ; joignez-vous à cette troupe fervente. qui inonde le veftibule du lieu faint. Déja le trône de Sion chancelant & déshonoré par une fanglante ufurpation:: l'étranger affis à la place du maître légitime, avertit Juda que le rejetton de Jeffé ne tardera pas à fortir de la cendre de fes peres. À cet inftant déci- Re Pour la Féié | fif, Zacharie s’avance vers l'autel ; Je Ciel, s'ouvre , il voit, il entend PAnge du Si, gneur ; on Jui déclare que de lui fortira un. fils ; la joie de Jacob, les prémices de la feli S: Luc. cité du monde : multi in Nativitate ejus gandes 7 bunt, Partage entre la crainte & lefpérance, : Zacharie s'étonne , il flotte, il héfte : pour fe raflurer , il demande un figne ; il en re., çoit un où, avec la confirmation de l’or& cle, il trouve la punition de fa foi timide à & lente à croire. Tandis que-ces prodiges s'opérent dans l'intérieur du remple , remar. quez le mouvement tumultueux, les inquies tudes , l'agitation du peuple qui attend avec impatience le retour de Zacharie ; trop long:! Sr, 21. temps différé: mirabantur god fartarer in tems plo. Voyez Zacharie fortir du fandtuaire; {on air, {on trouble, & frayeur, fon flence, les geftes par lefquels it tâche de ft re entendre ce qu'il ne peut dire, annoncent : que, nouveau Samuël , il à entendu la voix ; du Seigneur , que les deffeins du Très-Haut de y. 22. lui ont été révelés : cognoverunt quod vifionem | vidiffet.… 2 Vous le concevez , mes chers Auditeurs | quelle impreflion fit dans Ifraël un événement dont Iesexemples ne fe retrouvoient plus que dans les monumens facrés: ce qu'on attendit, ce qu'on dû attendre de lenfant qu'enfuite on vit naître dans cette maïfon honorée des faveurs céleftes. Naiffance illuftre ! quel fang plus digne de donner le Précurfeur que celui de cette race privilé- Biée qui depuis quinze fiécles , fournifloit des de Jaint Jean-Paptifies. Pontifes au fanctuaire & des Prètres à l'autel? Naiffance heureufe dans le fein d’une famille , modèle de toutes les vertus qui ga- ‘nent le cœur de Dieu , qui attirent Pamour & la confiance, qui emportent l'éloge &c l'admiration des peuples! 4mbo jufhi.……. fine querelé.…. Naïflance caraétérifée par les circonf- 15: Ve (A tances dont devoit être accompagnée la naïf. fance du Précurfeur ! L'autorité n’étoit pas entiérement enlevée à Juda; les temps du Meflie revelé & manifefté n’étoient donc point encore arrivés; Juda ne retenoit plus qu'une ombre d’autorité-flétrie par laflujettiffement à l'ufurpateur, qui ne paroïfoit attaché à la religion de Moyfe que pour en- Vahir le trône de David : les temps du Meffie n'étoient donc pas éloignés ; par conféquent , On touchoït, aux jours du Précurfeur Naiffance miraculeufet Pour donner à fôn peuple les Fofeph, les Samlon, les Samuël, Dieu avoit choïfi des meres ftériles ; ilavoir Voulu que ces grands hommes fuflent des enfans de miracle : Jean-Baptifte , féparé pour un plus noble miniftere , ne devoit point manquer de cette diftin@ion; il falloir que , tel qu'fasc, il dût le jour à un pere, à une mere avancés en âge ; que Pancienne alliance finir comme elle avoit commencé; que celui qui raflembleroit le peuple nouveau fût femblablé au pere du peuple ancien ; que celui qui feroit le Précurfeur de Jefus ne fût pas moins un-don du Ciel que celui qui en avoit été la figure... Naïiflance précédée, préparée par les plus grands prodiges! Le Précurfeur Thid, », 66 _6o Pour la Fére = -noncés parle même Ange; & parce quece! n'étoit point le fuffrage de Jelus qui devoi | autorifer le miniftère de Jean-Baptifte, ques &le Melle, Jefus & Jean-Baptifle {ont & c'étoit le fuffrage de Jean-Baptifte qui des voit fervir de preuve à Jefus, Ange ne. | ES fe fait entendre à Marie que dans le filence. de la folitude ; il fe montre À Zacharie sl de temple, afin que le Peuple {oit inftruit que Je feigneur va déployer la force &h! puiffance de {on bras... Naïffance illuftrée| par les prodiges qui Ia fuivent ! Un non. Mmyftérieux lui eft donné, un nom étrangers dans fa famille, un nom que lAnge a ré vélé à Zacharie & à Elifabeth ; tout-à-coup, Zacharie devient Prophête ; le livre des des. _Crets divins s'ouvre à fes yeux ; fa langue fe délie ; il chante la gloire du Mefie & du Précurfeur : le bruit de tant d'événemens mi. raculeux fe répand dans les contrées voifnes;} déja le nom de Jean-Baptifte eft connu , ref! pete dans la terre de Juda ; les peuples, prés | parés à la foumiflion ; à {a docilité, n'attens. dent que fa voix pour croire à fa parole, quis putes, puer ifle erit? È Or, je vous le demande, mes chers Au. diteurs ; par quel autre moyen plus puiflant, Ë _ plus efficace que par cet enchaînement , &\ tiflu de prodiges f marqués, fi publics , 4 éclatans, Dieu pouvoit-il difpofer Jean-Bap- | tifte à fon miniftere, lui concilier l'attention ê des peuples, lui imprimer le cara@tere d’auë torité néceffaire pour -entraîner les efprits, | donner autémoignage qu'il rendroit en faveur : de faint Jean-Bapiifte. 6x. de Jefus , lé titre, le poids d'un fuffrage décifié ? Où pouvoit difputer à Jean-Baptifte fa qualité de Précurfeur , aflurée, garantie, atteftée par tant de miracles ? Ets : étoit Pré- Curfeur , qui pouvoit prétendre au droit de recevoir. un Meflie qu'il ne préfenteroit pas ou. de rejetter un Meflie qu'il préfenteroit? Il eut donc l'autorité de vocation & de mifion la plus capable de dominer , de foumettre les efprits. Mais que fert d’être inftruir , éclairé , convaincu, filon n’eftremué, touché, Sera dé ! Avouons-le à la honte de cette fiere & & impuiflante raifon tant vantée & fi peu fuivie ; ce n'eft point dans fes idées, dans fes lumieres , c’eft dans fes penchans , dans fes afe@tions que l’homme a coutume de puifer fes jugemens & la régle de {a conduite: À l'autorité de vocation & de mifion, Die ajoute donc l'autorité de graces &c de fainteté à laquelle feule il eft ordinairement donné de parler au cœur, de fe faire entendre. du cœur. Guidée par le mouvementintérieur delEïprit-Saint, Marie vient voir Elifabeth: Maifon fortunée, temple augufte , que de grandeurs , quels tréfors de gloire & de grace {ont renfermés dans ce fan@uaire / Monde profane tu les ignore! Je vois la valeur & la politique de tes fages, remplir lunivers de troubles & d'agitation ; je les vois méditer, enfanter ces vaftes deffeins qui doivent régler le fort & balancer la fortune des états. Deffeins impuiffans , le Ciel fe joue des projets de la terre! Dans le calme de cette pais B2 Por la Fée 7 fible retraite, à l'ombre de cette heurenfé flitude, Jefus jette les fondemens de ceent pire, dont le Prophète a prédit que , vais queur du monde & des fiécles > 1] confumera tous les royaumes, il furvivra à tous les TEMPS ; OF , par où commence-t-il Fexécution | _de fes deffeins ? Il là commence > répond. faint Bernard, par l'abondance de grace! . Qu'il répand fur fon Précurfeur ; ce feu de l'Ef. Prit-Saint qui avoit formé Jefus dans le fein | de Marie, {indifie J can-Baptifle dans le {ein d'Elifabeth. Prodige digne du Tout-Puiffant, | s'écrie un Pere de l'Eglife ! Avant que de vi. vie, Jean-Baptifte connoît, il annonce le Mefie : fervens nunrins ; Prius geflivit nuntie 7€ quam vivere. ]l eft la premiere conquête | de Jefus & fon premier adorateur 3 1 100 tenant EL rend les premiers hommages ; il recoit fes | Premieres graces. Ë Graces que le nombre des années ne ft GWaugmenter ;: à mefure qu'il avance ef âge, on voit croître avec lui fa ferveur & .Téid,v. fafainteté : crefcebat & confortabatur fpiritu. Ce | 80. n'effpoint ici que je dois entrer dans le dé | tail de fes vertus ; bientôt je vous montrer. rai qu'il ne fut pas moins à Jefus-Chrif, | que pour Jefus - Chrif : je me contente | de vous faire remarquer, avec fänt Chry- | foflôme , que la fainteté de Jean-Baptif- fe > & non-feulement {a {ainteré 5 mais lefpèce particuliere de fainteté à laquelleil fat appellé > €ntroit dans l’ordre & larrange: | ment de cette providence qui, dans Jean | Baptifte, ne confidéroit que Jefus. En e6 | NAS PRET SPEARS TPTRONITE PRET. de faint Jean-Baptifle. 63 ft; d'où vient cette différence extérieure fi marquée entre la conduite de Jefus &c la conduite de Jean-Baptifte ; cette vie commune de Jefus & cette vie de Jean-Baptifte, f folitaire , fi retirée, f pénitente, fiauftere ? Ceft, reprend le faint Doûteur, qu'en qua-. lité de Mefñie venu pour inftruire pour réformer le monde , Jefus devoit donner lexemple de toutes les vertus propres de tous les états, de routes les conditions : en quali- . t€ de Précurfeur , Jean-Baptifte n’étoir point envoyé pour devenir l'exemple du monde; il rétoit chargé que de conduire les hommes à Jefus-Chrift , leur maitre & leur modèle ; par conféquent il falloit que fa fainteté fût une fainteté qui, par l'éclat, le fingulier, le frappant , le merveilleux dont elle feroït accompagnée , attirât les regards des hommes, enlevât leur fuffrage & leur admiration ; il falloit qu'elle fût une fainteté Capable de foumettre, de captiver leur ima« gination, de fubjuguer , de dominer leur efprit, de remuer, de toucher leur cœur; toute autre fainteté n’auroit point éré une fainteté Proportionnée à fon miniftere ; une fainteré propre à obtenir , à faciliter le fuccès de fon Mimet = . Concluons, mes chers Auditeurs; auto: rité de vocation & de miflion; autorité de grace & de fainteté : c’eft ainfi que la providence prépare Jean-Baptifte à {on miniftere. Quet fonds d'infruftion / Et fi le temps me Permettoit de les approfondir, que d'utiles réflexions s’offriroient à mon zèle/ Je vous É ÿe Va 64 - Pour la Fête avertirois, avec l’Apôtre, que perfonne ne doit | afpirer aux honneurs, aux dignités, aux ent | Ad Heb. plois , s'il n'y eft appellé par la providence: | # nec quifquam fumit fibi honorem., fed qui vocatur Deo. Que tous les défordres du monde, au. tant dans l’ordre politique & civil, que dans. l'ordre de la religion, ne viennent que de. l'audace, de 1a témérité de ces hommes in confidérés , qui montent aux grandes places | fans étudier les volontés du Seigneur, fans s'étudier eux-mêmes , fans approfondir f Dieu leur a donné le fonds de lumieres ,-d Capacité, de probité , de fermeté néceflaires pour en foutenir le poids, pour en remplit les fon@tions , tranquille fur le mérite on n'e xamine point comment on réuffra ;- toutes les inquiétudes, les attentions vont à fça: Voir Comment ont parviendra ; on ne fe tient - dans la médiocrité que par le défefpoir d'en fortir: que la route s'ouvre: tel quine pen: foit à rien, ofera prétendre à tout ; fecroire capable de tout; vous diriez que les ralens ne manquent à perfonne, qu'il ne manque que la fortune & l'occañon ; & de-là qu’ar: PIERRE TETE [OPOVE RASE ORNE AREA ER A) AUTENNESARRN RENE rive-til? Pour entrer dans les emplois ; on n'eft guidé que par les paffions ; on n'en reple l’ufage & l'autoriré que fur leurs mouvemens , fur leurs caprices ; on n’eft grand que par elles 3; on n’eft grand que pour elles. _—- Re Mais fur-tout ne l’oublions point, Miniftres de l'Evangile, que le talent le plus né ceflaire au fuccès du minifteré eft une piété pure &c fans tache ; ‘dans les voies ordinaires EU AR M UT TS TOR ANNE ENT NIET OLT PETER de faint Jean Bapiifie. 6$ res de la Providence il n’eft accordé qu'aux Saints de faire des Saints : en vain nous reprenons les fcandales du monde fi nous les imitons : lorfque dans fes Apôtres il ne voit pas fes modèles, du mépris du Miniftre il paffe jufqu'à celui du Miniftere , comme s’il rougiloit de prendre des leçons de régularité de eux qui ne lui donnent que des exemples de relâchement & de Corruption. Voulonsnous donc être pour Jefus-Chrift ; foyons à Jefus-Chrift ; c'eft-là ce qui mit le comble à la gloire, à la grandeur de Jean-Baptifte, en lui tout fut pour Jefus-Chrif ; j'ajoute que tout fut à Jefus-Chrift. | SECONDE PARTIE FIDELE à remplir {on minifere , Jean-Bap- tifle n’eft que pour Jefus ; ln’eft qu’à Jefus ; ‘Uniquement occupé à préparer les voies de Jefus & à marcher dans les voies de Jefus, à Jui gagner des cœurs & à lui conferver fon “Propre cœur. Apôtre de Jefus , Difciple de Jefus, que fut la vie de J ean-Baptifte ? Qu'un témoignage continuel qu'il rendit à Jefus par ‘es difcours & fes Prédications : qu’un témoi. Bnage Continuel qu'il rendit à Jefus par fa conduite & fes a@tions : y teffimonium perhiberet, témoignage continuel qu'il réndit à Jefus par fes difcours & fes Prédications ; témoignage dité par un zèle digne de Jefus; zële le plus pur & Je Plus faint ; zèle le plus fage & F , : Ve 1°. La vie de Jean-Baptifte ne fut qu'un Tome PI Er. Se CAT, C+ Jo 8, Carre F2 Pour la Fée fortunes du temps , s'eft réferyé de décider les deftinées éternelles > CUJUS Ventilabrum in “nant fu8. U ne fe {ert de la confiance des peu- _Ples que pour les amener à Jefas ; de l'au- -torité que lui donnent fes vertus que pour les foumettre à l'empire de Jefus : il ne regne “que pour Îe faire régner ; il ne parle que pour lenfeigner ; il ne travaille que pour le perfuader ; il ne craint que d’être trop refpeëté & que Jefus ne le foit pas aflez. _Zèle humble & défintéreffér Vousle montrerai-je confondu > anéanti, lorfque Jefus, mêlé dans la foule , vient fe préfenter à {on Baptème ? Epouvanté d'appercevoir à {es pieds fon maître ; {on Dieu ; l'humilité ne céde qu'à l’obéiffance ; il ne fe confole de - l'honneur qu'il reçoit que par. lhommage de foumiflion qu'il rend en Confentant de le re cevoir. Vous peindrai-je le trouble qui agite fon cœur , l'amertume qui le contrifle, qui le défole , lor{qu'on femble lui offrir le titre, la qualité de Mefie? Je ne vous dirai point que ce fut pour la fidélité, Pour Phumilité de Jéän-Baptifle une occafon Critique & délicate ; trop faint Pour être fenfble à une PATTERN PERRIER Que SEINE TPS NOPETE pere il n’eft , il ne Peut être qu'afligé: moi le Chrift , le Meffie! Peuple aveugle & incon- ! fe méprendre ? Erreur qui me confond & qui le dèshonore ! Jefus eft le fils du Trés Haut ; je ne fuis GU'un enfant de Ja terre | Jean-Baptifte me que la voix qui retentit dans le défert ; Jefns ef sétte Voix puiflante qui LES em de faint Jean-Baptifte. 7% qui brifera les cedres du Liban, qui renverfera les trônes & les empires .. qui ébranlera la terre & les cieux : epo Vox clamantis 1n Er. S, deférto. Rappellerai-je à votre fouvenir les 7. c tran{ports ; l'indignation dé fon zèle, lorfque les Difciples jaloux viennent fe plaindre que les miracles de Jefus entraînent tout Ifraël fur fes pas ? Ah ! leur répondil, vous ne connoïflez ni Jefus, ni Jean-Baptifté , ni fes droits, ni mon cœur; il faut que l'éclat de fa putation brille ; que le fuccès de fes tra- Vaux fe multiplie; que le bruit de fes miracles fe répande ; que chaque jour augmente la célébrité de fon nom ; qu'on cefe de me prendre pour ce quejene fuis pas & d'ignorer ce quil eft; c’eft à lui de régner, à moi de lervir ; quand le Monarque {fe montre, le füjer s'efface & difparoit : illum._oportet cref- “ere ste quiem minui, Et ne ferai-je pas toujours afez orand d'être au-deflous de lui? Toute ma ploire confifte à être connu de Jefus & à être inconnu pour Jelus , il ne me tefle rien à fouhaiter , puifqu'on eft affez occupé de lui pour m’oublier : oc ergo_ pau dium mem ämpletum ef. Ah! Seigneur ,.par le zèle que vous. daionez m'inipirer pour le falut de votre peuple, pour la gloire de votre Rint nom, j'ofe vous conjurer de les muitiplier dans le fein de l'Eglife, les Miniftres Propres à foutenir la grandeur , la dignité , la majefté de Ja religion, à lui concilier le réfpe@ des peuples , à la venger des. outra- B6S que lui font les dédains faftueux = 1 MépES injurieux du libertinage & de lim Torne VI, To y. 23° Er. ds Jean. ec. 3e Ve 30 Ib, Ya 29a Pour la Fête piété; que chaque jour enfante des prodiges de talens , de génie » de zèle, de fuccès ; . Que ceux qui nous fuivront dans la carriere nous devancent , qu'ils nous laifent lon d'eux , oubliés, méconnus. Qu'il eft indigne des fuccès du miniftere ; Celui qui les fou- | baite pour lui & non pour vous ! Qu'il ne s'infinue , qu’il ne s'allume jamais dans Je fantuaire, le feu de l'ambition & de lajz loufie ! Qu'on ne voÿye point dans la race fainte les rivalités, les dépits, les intrigues, | | Ë SAALAT: FETE les cabales , les guerres des fçavans du fiécle: | guerres, rivalités odieufes ; elles font lop- | probre de la littérature, la honte de laraïfon; elles feroient le fcandale de la religion. Pour- Yu que tous les cœurs foient à vous, qu'im: | porte à celui qui vous aime , 6 mon Dieu, | quelle main vous choïfitez pour les gagner! À l'exemple de Jean-Baptifte, ne conno:flons dans le miniftere d'autre gloire que celle de l'humilité qui en fair l'éclat, jointe au courage qui en brave les dangers. | Zèle ferme , intrépide , libre des ménage: mens politiques , des timides précautions d'une prudence charnelle. Les Prêtres 5 1e Pontifes , les Dodteurs de la Loi, ces hommes qui, dans la fuite , réprouveront Jelus & qui en feront réprouvés » {€ préparent, par le mépris du précurfeur , à rejetter le Melle; vains & fuperbes , parce qu'ils fe régardent comme juftes , ils négligent [e Baptême de Jean-Baptifle ; jaloux & critiques, ils fe fcandalifent de l'aufterité de fa Pénitence : loin de redouter H colere dé çes RARE ren ne de faint Jean-Baprifte. 7$ hommes fi puiffans en lfraël, Jean-Baptifte démafque leur hypocrifie ; il s’éleve contre leur féduétion ; il peint, avec les couleurs les plus vives, leurs faufles &: dangereufes vertus ; il détruit la préfomptueufe confiance qu'ils avoient , que fils d'Abraham, le fang dont ils fortoient feroir toujours refpelté par le ciel ; il leur montre la coignée à la racine de l'arbre, leur ville dévouée à l'anathème - un autre facerdoce, un temple , un autel houveau , fubftitué à celui qu'ils deshonorent Par tant de crimes. Et de quel fuccès eff fuivi un zèle fi pur , fi fage, fempreflé, fi humble, fi intrépide. | Succès le plus glorieux ! Le peuple, que les grandes pafions n'aveuglent point, ouvre les Yeux à la lumiere ; les pêcheurs , dont le cœur eft encore droit & fincere, prennent d'autres mœurs ; il eft vrai, les Pharifiens , les Saducéens , les Doéteurs de la Loi s’obftinent 4ne point fortir des voies de leurs préjugés & de leur orgueil ; mais ce partage de peuple , touché, attendri , changé , converti, Gt de grands, de fcavans rebelles > Opiniâtres, indociles , les anciens Prophètes en avoient Vu le fpe@tacle douloureux : mais ce partage , il fe renouvelle continuellement fous nos YEUX ; on infruitles fimples , on épouvante, ON ramene Îles pécheurs à qui, dans la pureté de leur foi, dans la droiture de leur ame, il refte d'heureufes femences de converfion $ On change peu de grands , fuperbes & volupfuEUX , encore moins de dévots hypocrites , de fçavans Préfomptueux :- mais ce partage, Gi 76 Pour la Fête ilne fut pas moins marqué , moins fenfble. dans les prédications de l’'Homme-Dieu, Vour lez-vous donc fçavoir quel fut le fuccès de Jean-Baptifte ? Ilne lui échappe de cœurs que ceux qui réffteront à Jefus-Chrif. LE Vangélifte le femarque ; de ceux qui avoient — TCiüa can-Baptifte, aucun ne refufa deeroire S: Luc’ en Jefus Chrift : Jafbficaverunt Deum baptifats ee Baptifino Joannis, & le Meflie ne fut rejerté QUE par Ceux qui avoient rejetté le Précur- 3, v, 30. fur: conflium Dei Jpreverunt non baptifati, Minitres de l'Evanoile. ap renons à now. sue, a] foutenir dans les fon@ions d'un miniftere inutile ; Dieu ne veut de noûs que le zèle, le Courage, la conftance ; le fuccès , il le donne quand il lui plait & à qui il lui plait Lcrfque nous paroïffons faire davantage , que failons-nous ? Le cœur humain nef point entre les mains de l'homme ; il eft entre les mains de Dieu ; l'homme ; le Prophére, TApôtre parlent ; la grace feule touche & Convertit: auf lorfque nous faifons le moins pour lesantres , nous faifons beaucoup pour nous, puique , felon la remarque de faint Bernard, Dieu ne nous commande que de vouloir & d'agir : il ne nous ordonne point de réufir ; cherchons feulement , comme Jean-Baptifte, à nous dédommager des vertus que nous n'infpirons pas, par les vertus que “ous pratiquerons. La vie de Jean-Baptifle ae fut qu'un témoignace contimie] qu'il ren- -dit-a Jéfus par fa conduite & fes actions. - 20. Ici, Chrètiéns, relpe“ons le filence des livres faints : l'Evangile, qui n'a parlé RS ; . de faint Jean-Baptife. 7? de Jean-Baptifte que felon les rapports de miniftere qu'il eut avec Jefus-Chrift, ne nous a point tranfmis le détail de fes vertus : pendant tant d’années, caché dans le défert, quelles furent ; dans cette profonde {olitude la vivacité de fa foi, l'ardeur de fa charité ; les ferveurs de fon oraifon ) fes communications intimes avec le Seigneur ? Je neprétends point, d’une main téméraire , tirér le voile que Dieu a jetté fur des vertus , d'autant plus admirées du ciel, qu’elles {çurent être inconnues à la terre. Je foutiens cependant | que fi nous fommes attentifs à recueillir les traits dont l’'Efprit-Saint a voulu éternifer le fouvenir dans les fafles évangéliques ; je {outiens que Jean-Baptifte ne nous paroitra Pas moins digne de nos hommages par la gloire de fes vertus que par la gloire de fon miniftere. ee Û À En effet, les vertus [es plus pures, les plus fublimes, les plus héroïques; ces vertus qui font fi fort au-deflus de l'homme , que Join d'en avoir le defir dans le cœur, on n’en avoit pas encore laconnoïffance dans lefprit; ces vertus qui font fi fort au-deflus du jufte même & du faint, qu'elles furent ignorées dans la loi, qu'elles ne font point commandées dans l'Evangile ; cette virginité que l'Apôtre ne propofe aux ames les plus ferventes qu'en qualité de confeil, & non de précepte , ne fût:il pas réfervé à Marie & à Jean-Baptifte, à la mere & au Précurfeur d'en offrir au monde les premiers exémples ? Bientôt {ur leurs pas on verra des hommes G ii 78 Pour la Fête dégagés des foiblefles de l'humanité » imiter. dans des corps Pefans & fraoiles la vie des Anges ; les vertus du Ciel defcendre fur la terre ; le fiécle même aura fes Vierges; on en Verra jufques fur le trône & fous Ja pourpre. Mais la gloire de J can-Baptifle fera toujours d'avoir été avant lEvanpgile le modele de cette vertu Ja Plus noble entre les vertus évangéliques : & Puifqu'il eft f beau, fi divin de fuivre un pareil exemple, combien l'eft-il davantage de Pavoir donné. Jean-Baptifte ne borne point là fa ferveur; chef & modéle des Vierges, il eft encore le chef, le modéie des pénitens. Abftinencé èvere , jeûnes rigoureux , {olitude profonde, retraite inacceffible ; tout ce que PEgypte &c la Thébaïde admireront _dans leurs Ana- Choretes , Ifraël le Vit, il l'admira dans Jean- Baptifte. Que pouvoit-i] Mañquer à une vie fi fainte, que d’être couronnée Par une mort précieufe devant Dieu & devant les hommes ? Hérode réenoit dans Ja Galilée, Prince fort; d’une Maifon dont on diroit que la deftinée fut d'enfanter les premiers & les plus grands crimes Contre le Seigneur & contre fon Chrift: né, pour ainf dire, fans vertus & fans vices, égalèment capable du bien prefque comme du mal, fouple & facile à {e prêter à l’un & Pautre ,felonles mouvemens fucceflifs qu'im- Primoïent à fon ame incertaine &chancelante les intérêts de ceux qui l'approchoient ; il aimOit , il craignoit Jean-Baptifte. Plus d’une fois le faint Précurfeur avoit fait retentir Ë j k Ê Ê Ë £ : Ê RTE RN EE vEnr. a bed nt EE ES x de faint Jean: Baptifie. 79. autour du trône des vérités dures & ameres ; trop ami de la vertu pour fe repofer tranquillement dans le crime ; trop efclave de fes pañions pour ofer devenir vertueux, le foible Monarque ne pouvoit ni fouffrir la Hberté d'un zèle qui achevoit de troubler la paix de fon cœur, ni punir des confeils & des reproches qu'approuvoit fa raïfon. Mais. il eft une pafion dont le poifon pénêétrant confume , détruit toutes les vertus ; une paflion qui enhardit à tous les crimes , & qui fçait les faire commettre quand même elle ne réuflit pas à les faire aimer : aux fombres & épaifles fumées de fon flambeau fatal, s'obfcurciflent routes les lumieres ; déjà elle a préfenté aux yeux du monde épouvanté le fpeltacle de David fumant du fang d'Urie ; de Salomon rampant aux pieds des idoles. Comment donc un Herode, enivré des fureurs d’un amour inceftueux , lui refuferoitil le fang de Jean-Baptifte? Vifime du zèle & de la pudeur, le faint Précurfeur tonbe immolé aux barbares caprices d’une nouve'le Tezabel ; ; en tombant il fait trembler le Monarque impie , qui déchiré par fes remords, lorfqu’il entend parler des promeffes de Jefus, croit que Jean-Baptifte, forti du tombeau, vient lui apporter fur le trône les foudres du Dieu vengeur, Aïnfi, par fa mort, par les fuites de fa mort, Jean-Baptifte nous offre encore un trait de teffemblance avec Jefus, de la reflemblance à nos yeux la plus exaête qui puifle être entre un homme & un Homme-Dieu. G 1v 80 : Pour la Fête En effet, raffemblons en finiffant les divers traits de [a vie de Jefus & de la vie de Jean: Baptifte ; que verrons-nous ? La naïiflance du Précurfeur &7 du Meflie annoncée par PAnge Gabriel ; la fécondité d’une femme férile, fuivie de la materniré d’une Vierpe ; Jefus, | la fainteté même > dans le fein de Marie; Jean-Baptifte: fanéifié dans le fein d’Elifa beth;J efusinconnu à Nazareth ;Jean-Biptifle folitaire dans le défert: mêmes Contradiéions, À mêmes efinernis > Mêmes fuccés : Mais tou- 2 jours avec B différence que j'ai indiquée , mêmes fuccés dans les fonétions du minif. tère ; Jefus & Jean-Baptifte jouets des paffons & du libertinage du même Hérode: dans le fpulcre , confond les projets de lime pofture ; Jean-Baptifle du fond de fon tombeau vit encore dans fe Cœur du lâche tyran, & Ie punit de fon crime par les terreurs dont il le rempiit. Après cela, ne nous contentons plus de dire, Jefus annoncé > Préparé, Manifefté par Jean - Baptifte : difons Jefus ébauché , & prefque commencé dans Jean- Baptifte ; loge apres lequel il nef plus permis, de Jouer , il ne refte que d'admirer & de S'HIRTEIRÉS ne Se ne … Union, conformiré > Teflemblance avec Tefus-Chrift ; elle eft-le Partage , Je carac. tere , l'héritage de tout Chrétien; point de Chrétien qui, en qualité de Chrétien, ne foit obligé de retracer dans {à perfonne là vie de Jefus-Chrift, de marcher fur les pas de TRE 0 PRET ent D Et ae <a à mme ane SRE msn es de faint Jean- - Baptifte. Jelus- Chrift. Ames vaines & ambitieufes fur les pas d'un Dieu humilié ! ames avides & intéreflées {ur les pas d’un Dieu pauvre!ames fenfuelles & voluptueufes fur les pas d'un Dieu pénitent , d'un Dieu crucifié! Ah, vous n'entendez point , vous ne voulez point entendre ce langage ! Quittez donc, abandonnez le titre de Chrétien ; avouez que vous n'êtes point , que vous ne voulez point être de ce peuple à qui FApôtre déclare que les €ngagemens de fa vocation em Jefus-Chrift lappellent à fe dépouiller de foi-même, afin de fe revêtir de Jefus-Chrift, de mourir à luimême pour vivre deJefus-Chrift & en Jefus- Chrift, Je le fçais , cette morale eft dure & auñère ; ; elle révolte la cupidité ; elle fait gémir amour propre ; elle intimide , elle épouvante la raifon : aufli faint Paul l'appelloit la folie de la croix ; mais , reprenoit le Docteur des Nations , c’eft par cette folie de la croix qu'il a plu à la fageffe éternelle d'opérer le falut du monde: Placuit Deo. per flultitiam P'@dicationis. falvos facere credentes. Sainte & heureufe folie de la croix , devons-n 1ous le dire avec PApôtre : qui me donnera , Ô mon Dieu, de pénétrer , de goûter les He de grace cachés fous cette folie apparente ! qui me donnera d'aimer à vivre obfcur, retire. {olitaire, pauvre, méprifé, fouffrant , afligé avec vous & pour vous ! Malheur à moifi votre croix ne fait toute ma gloire, toutes les délices de mon cœur ! Mihi abfit glortari AL in cruce Domini noftri Jefu Chriftr, Maiheur au Chrêtien qui, dans la diferace, s'arrête à I, Ad Cor: Çs Ve 2ks Ad Gaë, Cr CVS Îbid, Ibid, 88 - Pour la Fête eureux : pourquoi donc ? Parce que Je langage que Vous tenez n'eft pasle langage de Ja chair & du fang ; parce que. cette vérité que vous venez de confefler fi genéreufement, vous ne l'avez connue qu'a la faveur d’une lumiere célefte qui vous à éclairé : Quiz caro & Janguis non revelavit #b1, Vous êtes heureux : pourquoi ? Parce que ce neft point le monde qui a été votre maitre , votre raifon qui a réglé votre foi; ce ne:font pas vos idées ; VOS préjugés, vos penchans qui ont compofé votre, croyance: mais C’eft le Pere célefte qui vous a inf fruit, & vous l'avez écouté ; Qui VOUS a parlé , & vous avez refpe@é fa parole; qui vous a révélé les myfteres profonds de. ma génération éternelle > @ Vous avez Cru: Peatus €S. HIS; caro € Janguis 7107 rez velavit Hbi fed pater mens qui.in cœlis eff. En effet, quelle autre autorité, que l’autorité de Dieu ;: quel autre témoignage, que le témoignage de Dieu, pouvoit perfuader à faint Pierre que Jefus-Chrift étoit le Meflie, le Fils unique de Dieu femblable à Dieu, & Dieu lui-même trompé. par l'amour de Populence & de la gloire mondaine ; le Juif charnel attendoit un Libérateur , qui montant d'abord fur le trône de fes peres , rallameroit le flambeau de David, & releveroit les ruines. de Sion; un Libérateur, qui fondant {on heureux empire {ur les débris des Nrions, mettroit dans Ja main de Juda les dépouilles des Rois & des Royaumes. Saint Pierre AYoit reçuavec le fang qui. couloir dant fes veines, defémiPier, veines, ces idées du Mefie, flatteufes & fi cheres à la cupidité. lflufion agréable dont il ne peut être détrompé qu'après ayoir reçu‘la plénitude de PEfprit-Saint. Il n'y avoit qu'une lumiere célefle, qu'un rayon de a lumiere éternelle qui püt diffiper le nuage & lui faire appercevoir dans Jefus errant &r fugitifau milieu de fa propre patrie, dansce Jefus pauvre & abandonné , le Libérateur appelle par tant de foupirs, promis par tant d'oracles, figuré par rant d'ombres &c de facrifices. Dans ce Jefus anéanti, le Dieu de gloire & de majefté. Au moment mème qu'infpire d'en haut, Pierre reconnoit la divinité de Jefus-Chrift | il ne laïffe pas d’être fcandalifé de fes humiliations. Scandale, remar- Quez ceci, fcandale qui montre que les paffions , que les préjugés; que la voice de la chair & du fang s'élevoient encore contre le témoignage qu'il venoit de rendre à la fouveraine Vérité : fcandale en même-temps qui prouve que fa confeflion n'avoir été inf pirée que par le Pere célefte, puifquelle étoit encore combattue par les nuages que fes premieres idées s’efforçoient de répandre fur l'hommage qu'il venoit de rendre au Fils du Très-Haut : Quiz caro & fer guis non revelavit tb, [ed Pater meus gui LE CARS A et Re - Tél'eft le mérite quele Dieu fcrutateur: des cœurs apperçoit dans la foi de faint Pier- 1e; & fans ce mérite, quelque glorieute qu’elle fut à Jelus-Chrift, la foi de faint Pierre n’auroit pü lui plaire, Car d'où vient IS mérite: Tome V1, LA 90. Pour la Fête de la foichrétienne? Elle confifte ence qu'elle eft un aéte d'obéiffance religieufe , par lequel l'homme foumet {es lumieres aux lumieres de. Dieu, fes connoiïflances aux connoiffances. de: Dieu ; d'où il fuit que la foi ne peut avoir de mérite devant Dieu, qu’autant qu'elle a Dieu pour unique objet, pour unique principe: Dieu pour objet , en croyant les vérités que Dieu lui propofe : Dieu pour principe, en neles croyant que par l'autorité de Dieu qui les propofe, Raïfonnement décifif & fans réplique , qui feul a confondu les Hérétiques de tous les fiécles. Ils fe vantent que l’Ecriture eft la régle de leur foi ; qu'ils reçoivent , qu'ils adoptent tous les dogmes révélés dans les Ecritures; leur foi auroit donc Dieu pour objet ; mais s’arrogeant le droit de les interprèter à leur gré, maïs au fond ne voulant pas Y reconnoître tout ce qui condamne &c prouve leurs opinions & leurs fyflêmes : mais rejettant l'autorité de l’Eglife , qui peut feu-. Je les guider & les inftruire, Hs jugent, ils décident par eux-mêmes du fens des Ecritures. Leur foi a donc pour principal appui la foible lumiere de leur raifon. Par conféquent leur foi n’eft pointune foi route divine , toute {urnaturelle dans fon principe. Examen , difcufion , recherches laborieufes |, découvertes fçavantes ; droiture de raïfon, profondeur de génie, viva cité d’un efprit fubtil & pénétrant, réflexions fages & folides ; on peut fi vous le voulez , on peut par cette voie arris. de faint. Pierre. lot ver à la vérité ; on n'arrivera point à la véritable foi , puifque la foi chrétienne & évanpélique eft une foi divine, une foi furnaturelle : or, ces principes n’ont rien que dé terreftre & d'humain , par conféquent ils ne peuvent produire qu'une foi terreftre &r . humaine. : : Tout homme donc, difoit faint Hilaire, tout homme qui difpute, quiraifonne, qui approfondir , qui juge les jugemens de l'E- glife, qui décide après les décifions de l’'E- glfe, qui du tribunal de l'Eglife appelle au tribunal de {a raïifon & de fes lumieres , un pareil homme eft convaincu d'avoir fait saufrage dans la foi: Comment cela ? Prenez garde à la raifon qu'en apporte le faint Docteur, parce qu'il ne reçoit pas la foi, il fe la donne à lui-même, felon les defirs de fon cœur & les préjugés de fon efprit: Fidem ipfr fb: conflituunt non accipiunr. De-là cette réole fimple 8 facile que nous donne le même Doêteur , afin de nous conduire dans les contefations qui peuvent troublerla paix de l’E- glife & rompre l’unité de la foi. D'un côté, on dit, foumetrez-vous, & pliez fous l'autorité fainte qui doit vous gouverner; j'entends le langage de la foi fouple & docile qui ne fçait point difputer, contefter , chercher à voir & à connoiître, qui ne fçait que Céder , s’humilier , {e taire, obéir & fe foumettre. De l’autre côté, on dit, -étudiez, examinez, lifez , jugez , décidez : hommes : fiers $& hautains , vous ferez donc à vousmêmes vos guides, vos condudteurs, vos H ÿ 92 Pour la Fes a maitres , VOS pafleurs, vos oracles. Votre foi ne fera point une foi de foumifion , d'obéiffance; elle fera une foi de fcience & dé. tude; elle ne fera point un facrifice de vos: lumieres & de votre efprit ; elle fera le triom phe d'un efprit préfomptueux » d'une raifon fuperbe qui s'eléve au-deflus de lautorité, En croyant, vousne cédérez qu'à vous-mé- mes; Vous nobéirez qu'à vous-mêmes à Vous ne rendrez hommage qu'à vous-mé- MES : Fidem 1pfi fibi confhtuunt non accipiunt, Ah! Chrétiens, je ne puis m’empêcher de gémir fur le péril , {ur le malheur de tant d'hommes , que l’on a vus dans les différens fécles de PEclife, quelquefois délicats fur les mœurs jufqu'au fcrupule , & f peu dé- Hicats fur la foi; de tant d'hommes qui “eh matière de morale voudroient qu'on marchât dans les voies les plus pénibles & les plus. ‘sûres, dans les voies où les defirs du cœur font le plus reflerrés, le plus captivés , & qui en matiere de croyance fe permettent de marcher dans les fentiers les'plus écartés:dans. les fentiers qui laffent le plus de ficence à la Curiofté € à l’'indocihité d’un efprit inquiet & volage. Montreznous vos œuvres , leur dira Dieuils produiront des œuvres de charité @ de miféricorde ; des œuvres de mortification & de pénitence ; des œuvres. de douceur & de patience: des œuvres de 10- briété & de tempérance; des œuvres depudeur & de modeftie : des œuvres même de zèle & d'amour du bon ‘ordre. Maïs quand S, Jacg..On ajoutera : Oflende mihi fidem tuam. Morr- Nat dat ee nat À) Ar dira | Z _ défaint Pier. 93 trez votre foi. Quoi , cette foi fiére & hautaine , cette foi qui fut l'ouvrage d’une raifon indocile & impérieufe , d’une fcience pleine de fafte & d'orgueil , d'ün efprit préfomptueux & entêté, plein d'eftime pour lui-même, & de confiance en lui-même ; cette foi charnelle & térreftre dont Jefus-Chrift n'a été nile motif, ni le principe ; Offende mihs fiden tuam. Montrèz votre foi: on, c'eft votre foi, & non point la mienne : c'eft 2. = 5 1 foi de votre raïfon & de votre efprit ; de vos lumieres & de vos connoïfflances ; de VOs réflexions & de vos découvertes : de votre étude & de votre examen :Czro € fenguis... revelavis hihi: C'eft la foi de vos préjuges, de vos idées particulieres, de votre Vañité, de votre curiofité, de Votre ambition, de votre intérêt: Caro & fanguis...revelavit tibi, C'eft la foi de la chair & du fang. Vous vous êtes rendus aux apparences extérieures , à l'éclat de laréputationt, au brillant du mérite à la fupériorité de la’ fcience & des ralens, aux -graces de l'éfprit & du lan page, à l'agrément dés manieres; aux penchans de votre Cœur, aux liaifons mondatnes, aux déhors de [4 vertu & de la piété”, à ce qui frappe les fens & féduit l'imagination : Caro & fanguis…. revelavit Hb1. Foi _terreftre & profane ; elle.a pu Vousfaire-hon = neur devant les hommes vains & frivoles Comme VOUS, - trompes &'trompeurs: côte me vous; devant Dieu & au jugement de Dieu, elle ne fera qu'une foi ftériler&c int tie; qu'une foi condamnée & réprouvée à Ce DAn # 18 94 __ Pourla Féte parce qu'elle n’eft pas une foi divine & furi: naturelle dans fon principe. Foi de faint Pierre, foi toute célefte, toute divine dans fon principe, modéle du principe qui doit former notre foi ; foi de faintPierre , foi qui s’éclipfe dans le péril; elle nous inftruit des précautions de fagefle & d'humilité qui doivent Conferver la foi. - | 2% Quel changement, quelle révolution fatale ! PAdorateur-de Jef us-Chrift , le difciple fidèle, l'Apôtre généreux &. intrépide, tout a difparu ; il ne refte qu’un homme foible , incertain, chancelant , un Difciple parjure. Souvenez-vous de cette nuit qui prêta fon ombre à tant de crimes ; défavoué , renoncé, infulté par fon peuple, abandonné de fes Difciples, Jefus eft dans les fers, & prefque perfonne ne s'intéreffe à fes douleurs &à fes difpgraces. Mais vous, l'Apôtre préféré aux autres Apôtres ; Vous que Jefus deftine à tenir {a place fur la terre; vous qui avez juré de ne Pas furvivre, s'il le falloit, -à votre Maître, & de le confoler de l'infidélité des autres Dif ciples, voici l’occafion heureufe de lui prou- Ver Votre amour & votre reconnoif{ance : pourquoi donc cette démarche lente & timide ? Vous n’ofez,, ni le fuivre; ni ne le pas fuivre; ni approcher; ni vous éloigner : Segue- = ee batur 4, longe, On vous reconnoit ; votre lan- 54: gage, votre trouble, votre douleur mal dif£ fimulée, décélent votre fecret, vous êtes un. des. Difciples de- Jefus: Aurez-vous la foibleffe on l'audace de le nier? Vous ne le Mots, de faint Pierre. = connoiffez point: Mon novi hominem.Ce maî- S. Mar. tre fi cher à votre amour vous eft devenu‘ 26: en un moment un homme étranger; vous avez reconnu en lui le Dieu maître du monde, vous n’y reconnoïflez pas l'homme ; il n'a point changé , vous avez changé; c'eft Vous que je ne reconnois plus. Elle a pañé trop rapidement , cette ardeur que faint Pierre faifoit éclater ; que tous les autres vous abandonnent , moi je ne vous abandonnerai Pas : 6* £ omnes fcandalifati fuerint in te, fed 70n ego. Vous avez voulu vivre avec moi, $ Hire. je fçaurai mourir avec vous; votre fang ne c. 14. v. Coulera pas feul ; je ne crains point les trif- 29 tes préfages que me donnent vos paroles ; je Connois mon cœur , ileftà vous, il ne vous trabira pas: € f opportuerit me commori tibi , non te negabo. Hélas, chrétiens , ne cherchez Ds Point d'autre çaufe de fa chûte ! Tant de préfomption , dit faint Chryfoflôme, méritoit d’être confondue par une foibleffe humiliante : Dieu le premit pour nous apprendre, par l'exemple de Pierre, que le plus grand homme, dès qu'il compte fur lui-même , dès qu'il s'appuie fur lui-même, n'eft que cendre & poufhere. Orgueil, vanité, préfomption , écueil dangereux auquel la foi qui fe croit la Plus pure ; Ja plus fûre d'elle-même, vient chaque jour brifer & faire un trifte nau frage, Parce: qu'on compte fur fes forces & fur 4 droiture de fa raifon; on veut tout lire, fout examiner, tout approfondir; on ofe ti- 316. 96 7, Pre rer le voile qui couvre les myféres ados bles: fonder labyme impénetrable de la reli= gion ; franchir les bornes que Dieu à pofées à la Curiofité humaine ; fe faire le juge defes 2 \ A J juges ; le maitre de fes maîtres : on s'engage dans des routes inconnues , fans guide, fans fumieres ; on fe perd , on s'égare : pour avoir Voulu trop connoitre ce qu'on croit, fans trouver les connoïffances que lon cherche ; x _On ne réufit qu'à perdre la foi que l’on poffédoit ; & ilne tarde pas à fe jufifier , oracle de l'écriture ; que cette faute fageffe dégenere bientôten véritable folie : mor; Junt ficus ebrius ; & omnis Jepientis eorum devorars efe. Raïfon humaine, raifon foible & fragile, que la cupidité ob{curcir, que les préjugés aveuglent, _qué Péloquence & Fadrefle des k “ hommes impofleurs tournent an gré de leurs defirs ; quite laïfle évarer par les louan: es, fufprendre par Ia flatterie, dominer par Forgus}, entraîner par l'amitié, Impofer par les {ens, enchanter par l'attrait de là nou: veauté , abufer par les Prefliges du mehfoûgé , éblouir par des Iueurs paflageres &r fugitives : raifon Humaine qui fe trompe & qu'on trompe tous les Jours! Que de fuperfitions bifärres > dé cérémonies in fenfées, de dogmes fabuleux ont dèshonoré 1e$ fages: de Rome & d'Athènes ; qui permi: tent 4 Iéur raïifôn deträcer: un plan dérelgion ! De quelles horreurs cet efprit de Confiance téméraire en Les prôpres lümieres, . M'at-il pas Épouvanré l'Eglife dañs fes’ plus beaux jours / Qu'ils demeurent enfevelis dans ut * DS NE IRIS ROSE SRE SE RP PNR EE DES Re EN Stats ef À; | de féint Pierre: Le kn éternel oùbli ces myftères de ténébres & d'iniquité! Que notre âge ignore, s'ilfepeut, lopprobre des fiécles qui l'ont précédé ! Ou plutôt que l'hiftoire n’en eft-elle gravée fur le bronze & fur le marbre , pour fervir d'inf- . truction à nos derniers neveux pour réprimer la licence de leurs recherches , pour les faire pâlir & trembler à la vue des é9a- remens honteux où font tombés quelquefois les premiers génies du monde : #01; funt fcut ebrius € omnis fapientia eorum devorata ef?. On les voyoit ces génies fuperbes défigurer la foi, fous prétexte de l’épurer; détruire lEglife, dansle deflein de la réformer ; par leurs fauffles interprétations de l’'Evangile, donner d'abord leurs erreurs pour la croyance de l'Eglife; & enfuite s'élever contre la croyance de l'Eglife, pour maintenir leuïs erreurs ; méconnoître les vérités les plus inconteflables, &c adopter des fonges , de Vains fantômes : on les voyoit entrer les uns après les autres, {e perdre l’un avec l'autre dans les fentiers de la révolte , fe fignaler, fe furpafler tour à tour par l'excès de leurs délires & de leurs vertiges , & montrer, par leur exemples qu'il n’y a point d'hommes moins raïfonnables en matiere de religIon ,; que les hommes qui ne veulent fuivre d'autre guide que leur raïfon: Mori Unt , GI. - C'eft fur cette expérience des fiécles paf fés que faint Auguftin s’appuyoit, lor{qu'il avançoit que Ja foi ne peut manquer de pé- Tome VI, 104 Pouf le Fèé Chrift se gagne la Samaritaine qüûe par u* long entretien; pour arrêter faint Paul d tonne , il {ë montre la foudre à la ain : © 8: Euc. Converfas Dominus rejpexit Perrum. Un coup. 67 d'œil, un regard, rien qu’un regard : ce regard a pénètré au plus intime de lame; il a fait une bleffure qui ne fe fermera point; il 4 allumé un incendie que rien ne fera déformais capable d’éteindre.; les larmes ne fetont que lirriter ; jufques fur {a croix ,; CrUe cifié avec Jefus-Chrift, & pour Jefus-Chrift Pierre plurera d’avoir renoncé Jefus-Chrift; fes larmes.couleront avec fon fang ; fon dernier foupir fera un foupir de regret & de pé- B.» 62, nitence : Converfus refpexit Petrum , & egreffus: foras Petrus fievit amarë. = Tant de fois Dieu a jetté fur nous ce re: “gard vif & pénétrant, nous n'avons point été émus&attendris. Cœurs froids & infenfibles , reprend faint Auguñtin , Pierre n’a été pécheur qu’un moment, ila été pénitent plus fieurs années ; Petrus fèmel negavit , femper- Jlevit. Nous avons péché mille fois ; elena point encore coulé, la premiere larme deftinée à effacer la trace de nos crimes ! Jaæpe RepAVIMUS ; Numquam flemus. Qu'elle fut éloquente la pénitence de Pierre, s’écrie en core faint Ambroife ! Par-où > pat fon filence & par fes aftions : ron invenio quid dixes rit, invenio quid fecerit. Ine parle point , il agit ; 1 ne promet point, il exécute ; ilne dit point ce qu'il fera., il fait plus qu’on ne peut dire : 207 invenio quid dixeris ; nVenio “quid fecærit, Nous fçavons exprimer notre pé= de faint Pierre. 6$ nitence par des réfolurions, des deffeins , des projets, des promefles ; &r fi pour être pénitent il fuit de parler le langage de a pénirence , nous ne fommes plus pécheurs : invenio quid dexerit. Une autre conduite 3 une nouvelle vie, c'eft ce que nous n'en“ treprendrons point ? 207 invenio quid fecerit. D'où vient cette différence © Saint-Pierre aimoit ; nous n’aimons pas 5 diligis me plus hisà Un cœur vivement touché ne laïfe pas d'être fragile ; il tombe ; mais Famour ne tarde pas à reprendre fes droits ; auffitôt il releve. Cependant, que nous fervira de croire, fi nous n'aimons pas ; de penfer bien , nous agiflons mal; de rendre à Dieu l'hommage de notre raïon, fi nous lui refufons l'hommage de notre cœur à Confervons la foi : en la perdant nous perdrions Ja fource & le principe de la juftification ; à la foi joignons la charité; fans la charité nous demeurerions dans la mort; nous perdrions Je droit à la couronne du jufte. À la charité qui aime la foi, ajoutons le zèle qui la défend. : 4°- La foi de faint Pierre avoit trop d’a= mour, pour n'avoir pas de zèle. Je ne parle point ici des prémices de fon apoftelat pendant la vie de Jefus-Chrift fur la terre ; de tant de voyages, de courfes , de miflions évangéliques dans les villes d'Ifraël & de Fuda, dans les campagnes de Samarie ; tan tôt à la fuite de Jefns-Chrift . apprenant à Vécole de ce divin maître l’art d'éclairer les efprits & de toucher les cœurs ; tantôt feul r06 2 Pour Lrfhre & fans guide, S'accoutumant à {uivre es exemples qu'il. avoit reçus. Je me hâte de vous le -repréfenter fur un plus grand théâtre | aux yeux du juif foible ou incrédule; … Re nee + La gloire & Ja divinité de Jefus-Chrift femblent avoir expiré avec lui fur la croix, & être enfevelies dans fon tombeau. Les = Scribes & les Pharifiens applaudiflenr à l’heureux fuccès de leur crime. Qu'elle tarde à l'amour de fint Pierre, qu'elle vient lentèment , l'heure à laquelle il Jui fera permis de confondre leur orgueil ! Pobéifflance qu'il doit à Jefus-Chrift peut feule retenir , Capti- S. Luc. Ver l'ardeur du zèle qui le dévore Jedete in CEA Ch rpe ee. 42° — Enfin j'au bruit de la foudre & -du tonner: re; à l'éclat des flammes & des feux du ciel, Pierre S'avance avec toute la majefté & la noble audace d’un homme qui porte en fes mains la vengeance de Jefus-Chrift & les deftinées du monde entier. Avec quelle force il développe les myilères profonds des écritures,, il dévoile les oracles des Prophètes, il montre au Brand jour la perfidie des {8 duéteurs_qui ontabufe le peuple ! La Syna- B08ue tremblante & confternée 5 Voit la multitude des nations fe preffer-äu tour de Pierre. Aux pieds de l'Apôtre pénitent le peuple vient détefter {on érrêur, Trois mille hommes, enfuite cinq mille , {é joignent aux Difciples. — : = Ce ne {ont que les commencemens de fon apoñtolat, Eclairé Par une vifon célefte, 2 [C4 de faint Pierre. 10%. faint Pierre médite la conquête des Nations, Infruits, guidés, excités par faint Pierre, Jes Apôtres courent aux climats les plus lointains; déjà le Scythe &c le Parthe, le Grec & le Barbare, le Romain & JEtranger, le Juif & le Gentil, les peuples jufqu'alors in- ‘connus connoiffent & invoquent le nom de. Jefus-Chrit, les villes & les campagnes ; les terres & les mers , lesifles &z les {olitudes les plus réculées voyent tout-ä-Coup {ortir de leur fein d’autres hommes, d'autres mœurs, une autre religion ; faint Pierre lui-même , tel que ce geant qui d'uñ feul pas franchit une carriere immenfe : exultavit ut gigas ad Pf. 16% currendam viam, Saint Pierre de régions en” ?° révions : la Judée & laSamarie , la Syrie &c la Paleftine, PAfe & l'Afrique, lOccident & l'Orient, fuifent à peine à fon zèle. L'Eglife du Pont, de la Galatie, de Cappadoce , de la Syrie, de l'Egypte, de la Bithinie, de l'Afe, des Gaules, de l'Efpagne; de l'Afrique, de la Sicile, deltalie, le reconnoiflent pour leur fondateur &r leur pere : monumens éternels de fon zèle à étendre l'empire de Jefus-Chrift! . Un feul homme peut-il fufre à tant d'entreprifes ? Ah! Chrétiens, nous ne connoiffons pas le zèle & les forces qu'il donne, l'activité qu'il infpire , les talens qu'il remplace, & les reffources qu'il ménage. Loin de le former au dedans de nous cet efprit de zèle, nous le blämons fouvents nous le condamnons dans ceux qu'il anime. Pour moi, Chrétiens, je ne fuis point fut: *08 Pour lr Fe Pris de voir le zèle confumer ceux qui af ment la maïfon du Seigneur, Ce qui nr'étom ne, ce que je ne puis concevoir, c’eftque des hommes fidèles, ou qui fe piquent de lé. tre, Voyent d’un œil indifférent les périls de la foi, À Quoi ! l'athée , lé novateur » pour embel: ir pour foutenir & accréditer le fantôme que lui forme l'agitation d’un efprit inquiet & indocile ; pour déptifer, pour aflaifonner 1e poifon corrupteur qu'il prépare, ajoutera les veilles de Ja nuit au travail du jour; dl raffemblera dans fon efprit la fcience de tons les temps & de tous les ages ; il fera parler à l'erreur toutes Les langues ; pour lui con: cilier du refpeét, il en fçaura placer la naïf. fance dans l'obfcurité des fiécl es, & formera AVEC art le labyrinthe dans les dérours duquel s’égarera la multitude ; il immolera {à fortune, fa réputation > {on repos; il confumera fa fanté & Ja fleur de {es ans par un travail outré ; content de voir le flambeau de fes jours s’éteindre dès fon commence. “Mmeft, Pourvu qu'en mourant il voie le flameau de [a difcorde allumé dans le fein de PEglife ; & nous, plongés dans un lâche fomneil, perdus dans Ja mollefle, nous ferons . infenfibles à la chûte dés Autels, &A la décadence de Ja religion ! Le démon aura des difciples intrépides, & à peine Jefus-Chrift Houvera:t-il quelqu'un qui fe dévoue à {outenir {à querelle? Lâches & indolens , écou- S. Mar. tez votre Dieu: Qui non eff mecum contra me see celui qui ronpie de fe déclarer pour $e d- # © Le =. de faint Pierrés +09 not, fe déclare contre moi ; ne pas défendre a foi, c'eft , dans un fens , la renoncer; qui peut nous arrêter? Sont-celes périls qui nous menacent ? Foi de faint Pierre courageux» intrépide dans fon martyre, modele du courage qui doit maintenir & défendre la foi. - 4°. Si jamais les vues de prudence & de politique mondaine durent faire balancer l'homme le plus ferme au moment d’exécuter une grande entreprife , elles devoient arrêter faint Pierre dans le projet qu'il conçut d'annoncer l'Evangile. Repréfentez-le-vous, tel que fe :le repréfentoit faint Chryloftôme, fur le chemin de Rome , demandez-lui avec ce pere , quel eft fon deffein? Il fe propofe, Meflieurs, d’anéantir dans cette capitale du monde toutes les fupeflitions ; de renverfer tous les autels des faux Dieux ; de détruire tous leurs Temples ; de confondre les fages ; d'humilier tous les grands ; de foumettte tous les peuples au joug, de la Foi. fl fe propofe de faire retenir dans le palais des Céfars , afyle de la volupté, féjour de l'orgueil & du fafte , la voix de la pudeur, de la modeftie, de la fimpliciré; il fe propofe d'annoncer des vérités terribles à ces maitres du monde, dont l'Univers tremblant redoute le pouvoir & les caprices dans un timide flence ; de les faire rougir , jufques fur le trône où ils font affis, & fous lafpourpre qui les couvre, de la honte de l’opprobre de leurs vices. Ces hommes qui nourris, enivrés de là Vapeur de l'encens que leur prodiguent io Pour la Flié < Fadulation & l'intérêt | ont oublié qu'ils font des hommes! Ces hommes aveuplés jufqu'à méconnoître le Dieu véritable , fuperbes jufqu'à s'élever audeflus des Dieux qu'ils Connoïffent , il entreprend de les faire tomber aux pieds de Jefus ; de leur faire adorer comme leur Dieu, celui qu'ils n'ont pas daigné comprer au nombre de leurs fujets. — — = — Vous tremblez, Vous pâliflez Meffieurs, à lafpe®& des nuases qui fe raflemblent, des orages , des tempêtes qui fe préparent; Vous entendez gronder la foudre & les tonnerres qui partent du haut dn Capitole, Vous voyez les puiffances de l'enfer fortir de l'abyme & -accourir à la défenfe de leur empire ; Univers conjuré, raflembler , ré nir {es Princes, fes Magifirats , {es Guer: riers, pour foutenir, Pour venger fes Dieux & {es paflions : & de quel appui, de quelle reflource faint Pierre peut-il fe flatter ? Etran- 8er, inconnu, né dans lobfcurité de la plus vile condition, feul, Où prefque feul , il n’a, Pour foutenir le poids de cette entreprife , qu'un petit nombre d'hommes femblables à lui ; 8 encore, comme le chef de tous, ceft a lui d'entrer le premier dans Ja carriere , d'ouvrir là route fous leurs pas, d'attirer {ur lui les premieres haines, d’effuyer les tranf- Ports des premieres fureurs. Si du moins, pour s’y fouftraire, , il Jui étoit Permis de compter fur le fecours du Dieu fOut-puiflant qui l’envoye ! mais ils font pañlés les temps où le Seigneur fe plais FR 5 de faint Pierre. TE | foi A fignaler la force de fon bras contre les ennemis de fon nom. Ge n'eft plus Gédéonqui marche avec affurance {ous les aufpices d'un Diéu qui répand la terreur & Fépouvante, Cen’eft plus Moyfe qui commande à laterre & aux aftres ; qui étonne qui cOnfond PEgypte par fes prodiges. Ce m'eft plus ; ® Jérémie que Dieu a établi dans Ifraël comme un mur d'airain, contre lequel viendra fe brifer la force impuiffante des Rois de Juda. C'eft une vidtime dévouée à la mort, qui recoit l’ordre de marcher vers le lieu-de fon facrifice, a —- N'importe ; faint Pierre voit tout, il s'expole à tout ; les périls font orands ; fon cœur eft encore plus grand : il brave dans Jérufalem l'orgueil & les vengeances de la Synagogue ; il lui reproche l'héritier de David , l’efpoir de Juda, l'attente d'Ifraël, fon maître, fon Dieu attachéa Ja croix. Les Princes du peuple veulent arrêter {on zèle; ils tâchent de l'intimider ; il répond que rien ne pourra l'empêcher de remplir étendue de fa mifion; & qu'en refpettant l'autorité des hommes, il {çaura lui préférer l'autorité de Dieu : obedire oportet Deco magis qua h0= A4. Ape minibus. On lui fait fouflrir un fupplice ignoc 5. » minieux ; il s’applaudit d'avoir participé aux 29° opprobres de Jefus-Chrift : zant gaudentes ; un Roi impie le fair jerter dans un fombre ? js cachot ; le peuple attendavec impatience le” jour deftiné à le repaitre. du fpeétacle de la mort de ce Chef de lEglife naiflante. Pierre: attend le même jour en paix ; fa grande ame A. AP Pa LEE) … Pour la Fête A&%. Ap n’en eft point émue; il dort d’un fommell F# Ÿ* tranquille : erat dormiens.…. vin&us. Que n’eut-il point à fouffrir en tant de Villes, de Provinces, de Royaumes qu'il parcourut ! Vous avez permis , Seigneur, que le détail de {es triomphes ne foit pas venu juiqu’à nous. Ils font écrits au livre de vie ; &t pour la gloire de votre Apôtre, vousles montrerez aux peuples affemblés. Ce que: nous fçavons, c'eft que tanr de perfécutions &rde travaux ne rallentirent point fon ardeur, & que, par ces premiers combats, il ne faifoit que fe difpofer à des combats plus difficiles. L'Efprit - Saint lappelle à la capitale du monde , afin d'attaquer l'impièté dans {on centre. Rome alors pémifloit captive fous les. caprices de cet Empereur fi fameux dans Fhiftoire par de grandes diferaces , & par des crimes encore plus grands; Prince dont la jeunefle effaça les vertus du plus grand des Céfars, & dont les vices firent bientôt rappeller le regne des plus cruels tyrans: Empereur qui parut ne rien avoir del'homme que les foiblefles & les pañions ; du Prince, que la licence de tout ofer & de tout entreprendre ; faïfant en quelque forte le mal. pour le feul plaifir de lavoir fait: ne pou- Vant fouffrir que perfonne fût auffi méchant Ou meilleur que lui ; Pour tout dire en un: mot, & le peindre d’un trait, Néron com-. mandoit dans Rome, ou plutôt , il la défoloit par fes fureurs. Un feul homme avoit trouvé grace devant. re I: FS Re. … OMS ariduS La de faint Pierre. 113 jui, impofteur celebre, qui travailloit par {es preftiges à obfcurcir les miracles de Jefus- Chrift. Saint Pierre voir le péril de la féduction ; il ne peut s’y oppofer fans irriter la colere de ce lion terrible ; mais il y va de l'intérêt de la religion & du falut des peuples: il confond l'impofture &r l'impofteur, content, trop heureux d’avoir pu par une feule ation - venger la gloire de Jefus-Chrift & s’afluret k gloire de mourir pour Jefus-Chrift ; if périt enfin, vidime de fa foi & de {on zèle. . Grand exemple ! Aurions-nous le courage de limiter ? Oui, Chrétiens , fallüt-il tout le fang qui coule dans nos veines, afin de conferver le repne de la foi parmi nous ; il ne nous feroit pas permis de balancer, Quel fort plus beau que de nous enfevelir fous les ruines des autels, & que la religion ne puiffe peérir que fur notre rombeau ? Anathème à ces ames molles & timides , qu'un refpett humain , une lâche complaifance, un vil intérèt, une fauffe fageffe , une crainte indigne , arrérent quandil s’agit de la religion !Souvenons-nous que nous fommes les enfans des Martyrs & des Saints ; fouvenons-nous que nous devons tranfmettre à nos defcendans le dépôt précieux de fa foi que nous avons reçue de nos peres ; fouvenons-nous que la religion périt plus fouvent chez les peuples par la molieile de fes défenfeurs , que par l'audace de fes ennemis. Revenons : le foi de faint Pierre sous donne un grand exemple, vous Favez vu ; la dignité de faint Pierre demande ée Fame V2, &. Pf: 128. Ps Fe - des anathêmes lancés contre celui qui infuke 229. — Pour la Fête mortelle, une autorité f faïinte, dans cet empire dévoné d’une facon fi particuliere à VEglife Romaine. Dès fa naiflance » échappé prefque {eul à ha contagion du fchifme & de Ferreur Ariene, il fit la Joie & la confolation de l’Eglife. Saint Pierre, du haut du ciel, le regarde comme la plus noble portion de {on héritage, Ses efpérances n’ont Point été trompées.; nos Rois {e firent un honneur de prodiguer leurs tréfors, de déployer leur: puiflance pour étendre fa domination, Le trône , où maintenant font affis fes fuccef-. feurs, & les états qu'ils pofledent, annonceront d'âge en âge Ja piété Françoife ; nous. laifferons donc aux Nations que le fchifme: & l'hérèfie ont Corrompues; nous laiflerons: à la licence que S'y permirent la haine & Finjuftice , cesinvedives > CES déclamations , ces fatyres, ces libelles confacrés -par l’erreur à flétrir fi gloire & la doûrine des Sou- Verains Pontifes, à relever leurs foiblefles . à exagérer leuts chûtes prétendues, à rendre kur conduite fufpede ; hélas ! le fut-elle ? Ces cantiques d'ouirape & d'Opprobre doivent-ils être chantés par fes enfans à De- Yroient-ils être même dans la bouche de fes ennemis ? Confundantur € lévertantur retrorfurr: ones. qui oderunt Sion. Aurions-nous oublié: Chant , maudit POUF avoir révélé la honte: de fon pere? Ne nous fouviendroitil plus au chef de La religion ? Dignité de faint Pierre , qui , par {& grandeur , demande de ROUS fi attachement de refpe & de véné- = KaUORR de faint Pierre. 12% ration. J’ajoute , dignité de faint Pierre, qui, par les avantages que nous en retirons , demande de nous un attachement d'amour & de reconnoiïflance. - 20. Car, que ferions-nous ? Que deviendrions-nous , s’il ny avoit dans l'Eglife un centre d'unité pour réunir tous les efprits &c tous. les cœurs ? Confidérez ce qui fe pañle dans les fetes féparées de l'Eglife Romaine; à peine les novateurs ont abandonné l'unité de croyance dans la communion de cette Eplife principale , qu'on les voit livrés à l'inconftance ‘8c à la mobilité de leur fragile rafon , ne fçavoir au jufte ni ce qu'ils penfent , ni ce qu'ils doivent penfer; pafler d'un dogmeà un autre dogme, errer d'opinions en opinions, de fyftèmes en fyflèmes ; divifés entr'eux , ils ne s'accordent qu'à com- - battre l'Eglife ; ils fçavent quelle eft la doctriné qu'ils rejettent ; à peine {çavent - ils quelle eft la doctrine qu'ils fuivent ; ils ne font pas Catholiques ; mais que font-ils ? On l'ignore ; ils l'ignorent eux-mêmes ; Varia tions éternelles, révolutions étonnantes de doëtrines & de fentimens, flux & reflux continuel d'opinions , quine paroïffent que pour difparoître auffirôt , & pour faire place à d'autres opinions qui pafleront aufli rapidement-que celles qui les ont précédées. Et devons-nous en être furpris ? H nepeut être renverté le plan de gouvernement & de dépendance qui aflujettit le troupeau aux Pafteurs, qui unit les Pafteurs euxmêmes fous un feul chef, & par cet heureux con- — L Tome FI, #23 Pour la Féte _ cert aflüre la pureté de l’enféignement & de la difcipline ; il ne peut , dis-je, être renverfé ee plan de gouvernement & de dépendance, qu'il n’y ait autant de Religions oppolees qu'il y a de différens efprits. Mon fils, difoit FEccléfiafte, quand vos Pafteurs ont parlé, il ne vous refte que de croire & de vous | Ecc, c. foumettre: Quæ data funt à Paflore uno, his = 7: 11° amplius fili mi nerequiras. Sans celatout {era - se dans le trouble, rien ne fera dans la paix ; on difpute fur tout , on ne convient de rien : les écrits fe multiplient, un ouvrage produit un autre ouvrage, on ne cefle point d'écrire, Huy, 12. ON ne cefle point de conrefler: Faciendi Plures libros nullus eft finis. Dans ce genre de combat celui qui a le plus d’efprit , d'adrefle, d'infinuation,, fera les plus grandes conquêtes ; il lui en reftera cependant beaucoup à faire, © la guerre fera érernelle : Faciendi plures bros nüllus ef finis. Montrez-moi une Seûte féparée de l'Eolife Romaine qui n'ait point êté troublée par le fchifme , par la difcorde: -&z combien de fois ces divifions fur la doctrine ont enfanté les fa@ions & les intrigues qui bouleverfent les Etats! BR! mes chers Auditeurs, de tout temps on entendit des hommes, amateurs prétendus du repos & de la tranquillité publique, fe plaindre du zèle trop vif, difenc-ils, & +rOp impétueux de ceux qui fe dévouoient à foutenir la caufe de l’Eelife; on aimoit à Le repréfentér fes plus fages défenfeurs comme des elprits inquiets & turbulens., qui foufoient Ie feu de la divifion: Achab , ROiïiM= de faint Pierre. Des. pie ; & protecteur dun culte facrilege, reprochoit à Elie, qui feul s’oppofoit ouvertement à la féduétion des Peuples , qu'il avoit mis le trouble dans Ifraël: Veniique Achab.…. Lib. 6... ait, tu ne es ille qui conturbas Ifraël? Reg. Non, répond le Prophète , avec une majeftueu£e intrépidité, non, ce n'eft point moi qui trouble Tfraël: Non ego turbavi Ifraël. Que 7 5 n'avez-vous laiflé la poitérité d'Abraham adorer le Dieu de fes peres ? Vous feul , en introduifant les fuperftitions étrangeres, vous feul avez jetté dans cette terre infortunée des femences de divifion &de difcorde: Sed tu & Domus parris tui.qui dereliquifis mandata Domini & fecuti efis Baalim. Qu: font les ‘auteurs du tronble & du rumulte’ Sont-ce des hommes qui ne penfent qu'à contenir les peuples dans la fübordination légitime ? Ne feroient-ce pas plutôt ceux qui lés enhardiroient à meprifer Fautorité ? Non ego turbavi Ifraël fed tu € Dormus patris tu, L'Etat n'a rien à redouter d’un peuple docile & foumis ; ceux qui aiment l’obéiffance aiment la paix ; & c'eft veiller à la confervation des empires, que de travailler à fixer les efprits dans la fimphicité de la foumiffion évangelique. Les faftes de l'Eghife & des Royaumes font pleins du récit des guerres & des révolutions affreufes que le mépris de l'autorité eccléfiaftique traîne à fa fuite. L'Arianifme ébranla le monde entier ; il a précipité la chûte &-la décadence de l'Empire Romain ; il la détruit par le bras des Nations barbares qu'il avoit infectées de fon poifon, & Li 18. Ve T7 16, y. T8, 124 = Pour la Fête enyVréés de fes fureurs. L'Afrique rayagée par les Donatiftes , tous les Etats du Nord -bouleverfés, l'Allemagne livrée en proie au fer & à la flamme, l'Angleterre fans Roi & fans Royaume, fe faifant efclave pour être libre , plongée dans un fommeil d'yvrefe, & à fon réveil épouvantée de fe voir baignée dans le fang du meilleur de fes Princes ; notre France défolée par des guerres inteftines, & inondée du fang François qui fume encore dans nos plaines, ce font là les fuites, les fruits de la fubordination méprifée : Non ego turbavi Ifraël , fed tu & Domus patris tui, Les Athanafes , les Bañiles » les Hilaires , les Ambroifes, les Jérômes , les Aueuftins , ne furent point revardés comme les auteurs de ces fcènes tragiques. Que dis-je ? Je monde trompé par les impoftures de l'erreur ; Ofa -plus d’une fois leur imputer fes difgraces , & l'adroite héréfie {cut fe décharger fur eux de l'horreur de fes propres attentats. Le temps a difipé le nuage de la calomnie ; on fçait “qu'ils préchoient la foumifion , par conféquent qu'ils préchoient la paix ; & trop d’exemples ont appris que c’eft du fein des tempétes qui agitent le Sacerdoce » que fortent les orages qui font chanceller le trône & mettent l'empire en péril. Autant donc que nous aimons la paix, autant Pautorité de faint Pierre doit nous être chere. Nous ferons pour nous-mêmes tout ce que nous ferons pour elle. Enfin, dignité de faint Pierre , qui, par l'autorité qu'elle renferme , demande de nous «Bn attachément de docilité & d’obéiffance, de faint Pierre. 125 * ÿo, Prenez garde, mes chers Auditeurs , quand je parle de {oumiffion , d'obéiffance , de docilité ; fidéle à refpecter les bornes pofées entre l'autel & letrône , le facerdoce & l'empire , le pouvoir des clefs & le pou voir du fceptre , je ne parle de {oumiffion &c d'obéiflance que dans ce qui intérefle le dépôt de la foi & la régle des mœurs. Quand je parle de pouvoir & d'autorité , je n’entends que l'autorité clairement énoncée dans Îles Ecritures , inconteftablement avouée & déclarée par la tradition, de cette autorité pure & fainte qui n’a été établie fur la terre que pour rendre les fujets plus dévoués au Roi, les citoyens plus attachés à la patrie le troupeau de chaque Eglife plus foumis à fon Pafteur ; que pour rendre les droits du trône plus facrés, les loix de Etat plus in- * wiolables , les prérogatives de l'Epifcopat plus refpeftées. Je reviens maintenant, & je dis: Ne nous y trompons pas ; Chrétiens , l'autorité, la dignité des Pafteurs dans lEglife, n'eft point une dignité de fafte & de pompe mondaine , qui fe borne à éblouir les yeux par un vain fpeétacle de grandeur profane ; & à laquelle on ne doit plus rien lorfqu'on. lui a rendu l'hommage d’un refpeét extérieur. Leur dignité eft üne dignité de miniftere, de gouvernement , d'inftruétion. L'Apôtre nous avertit que les Pafteurs & les Pontifes ont été établis fur nous , afin de former en nous lefprit de Jefus-Chrift , afin de travailler à édifier le corps myftique de Jefus - Chrift ; afin qu'attachés fermement à la doëtrine de Liÿ Ad Ep}. 4: €: 14% 126: Pourls Fe: : Jefus-Chrift , nous ne foyons pas comté des enfans éternellement flottans & emportés à tout vent de do@rine: 1pfe deditPaflores,ut jam y, LOR Jirtus parvuli fuluentes & circumferemur Mn vento dodrine, Or, ces expreflions de lApôtre, qui nous montrent: la deftination &le miniflere des Pañleurs dans l'Eglife de Fus-Chrift , ne feront que l'image trompeufe d'une autorité: qu'ils ne poflédent pas, f étant obligés de nous enfeigner ,- nous ne {Gmmes point Cbligés de nous rendre à leurs eñfetgnemens; car alors ils ne feront plus les Pafeurs , & nous rie ferons plus:le troupeau ; ils ne feront plus les maîtres &r les Dodeurs, NOUS ne feront Plus les Difciples ; ils mauront plus qu'ünevaine ombre d'autorité, -& notre dépendance ne fera qu'une dépendance imagi= maire; Îeur miniflere donc fans force; {ans Pouvoir, fera un riniftere-inutile s enforte: que Coûtre l'intention de Tefus-Chrif 1e: peuple livré à tout l'éparement de fon efprit & à toute la licence de fes pafions , deviendra le jouet de tous les partis & de toutes: les erreurs -qui furont lui plaire : Zn/e dabie Paflores nt jam non fimus parvuli fltéluantes 6 circuthféramur om vento dodrinæ. - Sur ce principe, qu'il étoit nécefaire de développer, jugeons maintenant de ce que nous devons à l'Eglife Romaine , à [a Chaire dé Pierre , au Siege de Pierre ; erreur ne les effacera point des Livres faints , Ces parokes décifives: Vous étes Pierre, € fur cette pierre je Détirai-rnor Eplife., € les portes de Penfer 2ÉPrétaldron: point contrelle. Te me renferme à de feint Pierre: LT Chrétiens, dans les bornes de mon ninifteres _& laiffant aux Théologiens l'explication plus favante, plus profonde de cet oracle évañgélique, je dis : I eft de foi que les portes de l'enfer ne prévaudront point contre PE= glife ; il eft de foi que Pierre eft le chef de cette même Eglile, &-quetoute Communion féparée de la Chaire de Pierre , fupffteroit fans le fondement fur Jequel Jefus-Chrift a établi fon Eglife, - Elles fubfferont encore. éternellement dans les monumens facrés, Ces autres paroles de Jefus-Chrift ; faint Pierre: Paiflez mes agneaux, paiflez mes brehis : Pafce-agnos meos , pafce Oves MAS ». pafce agnos me0s. Autorité qui sérend à tout le troupeau: Pa/ce — oves/meas. Autorité qui s'étend aux différens Pafleurs. Autorité qui:s’étend. à tout le troupeau. Les autres Pañeurs., remarque faint Bernard, les autres Pafteurs font Pornés à des Eglifes-particulières ; le miniftere de faint Pierre s'étend à l'Eglife umverfelle. En lui confiant le troupeau ; Jefus-Chrift n'excepte rien ; puiqu'il ne diftingue rien : Mikil excipütur, ubi nihil difhinguitur. Autorité qui s'étend à chacun des Pafteurs de ces Eglifes. Ce n’eft pas feulement, ajoute le même Pere, le troupeau figuré par les agneaux, ce font les brebis, figure des Pafteurs ; que Jefus-Chrift foumet à l'autorité de fainit Pierre. Les autres font Pañteurs ; Pierre feul eft le Pafñteur de chaque Pañeur en partioulier : Paflorum tu unus Paftor. S. Jean: Ce AI, Vo 15.16, 17» Je vous ai expoté fimplement les titres. EL iv L2 128 Pour la Fête ci d'autorité que faint Pierre a reçus de Jefis- Chrifl. Raïfonnons maintenant & concluons. Je ne vous dirai que ce que les Prélats & les Docteurs de notre France ont dit mille fois aux Sectes Proteftantes, Saint Pierre eft le chef de l'Eglife, la pierre fondamentale de lEglife, Donc toute focièté qui dans ce qui intérefle le dépôt de la foi, réprouve la voix de l’Eglife dont faint Pierre eft le chef ) OÙ en eft réprouvée, ne peut être la véritable Eglife époufe de Jefus-Chrif > puifqu’elle n'eft point appuyée fur le fondement que lui a donné Jefus: Chrift ; puifqu’elle n’eft point dans l’ordre du gouvernement ; de minifere, de fubordination établi par Jefus-Chrift. Ici quel vafte champ de réflexions & d'inftructions utiles s'ouvre devant moi! Mais , Ô mon Dieu! férions-nous venus à des temps où la prudence femble exiger de timides précautions ; n'oferionsnous plus expliquer à votre peuple les vues de votre fagefle adorable danse plan de gouvernement QUE Vous avez inflitué pour votre Eglife , fans nous expoler à bleffer des efprits foup- SOnneux & faciles àirriter ? Se trouveroit-il Parmi nous des hommes qui penferoient qu’on dit contre eux ce qu'on dit pour.faint Pierre, & qui prendroient les éloges que lui donne Ja vérité pour une fatyre qui-offenfe la charité ? Qu'ils feroient à plaindre ! & quel fujet pour eux de s’alarmer fur de triftes difpofitions ! - Malheur alors à moi, f je venois par des. Portraits odieux infulter à leur foiblefte. Ce. n'eft point en aigriffantles cœurs qu'on gagne L2 - - de faint Pierre. 129: les efprits. Affis fur les ruines du fan&uaire ;, je me contenterois de pleurer avec le Prophète les infortunes de la Cité fainte. Heufeux, fi mes Vœlx, Mes {oupirs, mes lar- ‘mes pouvoient rappeller & fixer Ja paix, la docilité , la concorde &c la foumifion! Je me contenterois de dire: Vérité fainte, parlez vous-même ! parlez fur-tout à ces ames fur- _ prifes & trompées , qui même en vous fuyant croiroient ne chercher que VOUS ; & fe flatteroient peut-être de vous avoir trouvée ! Qu'elles entendent Jes anathèmes du Cor cile de Conftance qui foudroya cette pro” poñition d'un {éditieux Héréfiarque : Pour arriver au falut ,ilneft pas néceffaire de croire que l'Eglife Romaine eft la maitreffe des auires Eplies. Qu’elles entendent cet oracle du Concile de Florence, où les deux Eglifes, la Latine & la Grecque s'expliquent en ces termes Nous décidons que le Pontife de Rome eft le véritable Vicaire de Jefus-Chrift, le chef de toute l'Eolife, le pere & le docteur de tous les Chrétiens, & que dans la perfonne de Jaint Pierre il a reçu la fouveraine puiffance de gouverner PE- glife univerfelle. - Quelles entendent ces paroles de faint Irene: L'Eglife Romaine ef? la plus grande 6 la plus ancienne des Eglifes ; 1 faut qu'a caufe de fa Principauté toutes les Eglifes parti culières s'accordent avec elle. De faint Cyprien: L'Eglife Romaine eft le centre d'unité auquel toutes les Eglifes doivent fe réunir. Ceftune 1llujion de croire qu'on ne 136 Pour la Fête matiere de l'éloge que nous devons à notre Saint. Sa oloire annonce fon mérite ; fes titres {ont la preuve de {es vertus; & pour fçavoir ce qu'il fut, il fufit de {çavoir de quel miniftere Jefus-Chrift l'a chargé. Je me trompe, Chrétiens, quelque noble , quelque divin que foit ce miniftere, il ne fait que la moindre partie de fa gloire; en vous difant de beaucoup d’autres qu'ils furent Apôtres, j'aurois achevé leur panégyrique , à peine ai-je commencé celui de faint Jacques. Auf grand par lui-même que par fon miniftere, il donne à PApoftolat autant de luftre qu'il en reçoit, & il ne l'honore pas moins qu'il n'en eft honoré. Il honore l’Apoftolat par les qualités qu'il apporte au miniftére apoñtolique & par la maniere dont il en remplit les devoirs. Les qualités que faint Jacques apporta au miniftère apoftolique ; la maniere dont il foutint le miniftère apoftolique, c'eft tout le fujet &le partage de ce difcours. Ave, Maria. PREMIERE PARTIE QUELLES font les qualités que faint Jacques apporte au miniftere apoftolique ? Celles qui en écartent tous les périls & qui en préparent tous les fuccès ; celles fans lefquelles le miniftere n’eft que trop fouvent dangereux & funefte pour le miniftre ; celles fans lefquelles le miniftere n’eft que trop fouvent flérile & inutile pour les peuples : il y apporte la vocation Ja plus füre & la — _ mieux de faint Jacques. 137 mieux marquée ; la fidélité la plus prompte & laplus courageufe à fuivre la grace de H vocation; l'attachement le plus tendre & l'amour le plus fincere pour Jefus-Chrift. 1! eft appellé au miniftère par Jefus-Chrift; il fe rend docile à la voix du Dieu qui Fap- ‘pelle ; il donne tout fon cœur & tout fon amour au Dieu qui l'appelle. Appliquez-vous ; mes chers Auditeurs ; “marchez avec moi fur les traces de ce grand Apôtre ; mon zèle pour fa gloire ne fe prètera point aux fables & à la conjecture ; vous n’entendrez que le langage de la vérité ; l'injure des temps nous a ravi le détail de fes combats & de fes vidoires ; je refpelterai les ténébres que la diftance des fiécles a répandues fur des aëtions fi dignes d'un fouvenir éternel : mais attentif à recueillir les traits précieux qui nous en reftent dans les monumens facrés, fi je dis moins , j'aurai l'avantage de ne dire que d’après l'Efprit-Saint , de ne louer que ce qui fut confacré par fes louanges. Ici rien ne {era de lhomme , tout fera de Dieu ; & dans cet loge , vous trouverez de quoi admirer, vous y trouverez de quoi imiter. 1°. Premier trait qui caraétérife notre Saint- H eft Apôtre ; mais il apporte au miniitere apoftolique la vocation la plus fûre &r la mieux marquée ; il y eft deftiné & appellé par Fefus- Chrift. Qu'il feroit à fouhairér qu'elle fütautant dans notre cœur que dans notre efprit ; qu'elle fat auf autonifée par nos mœurs , qu’elle left par notre approbation; qu'elle Tome V1, Ad Heb. €r Je Ys 4° 133 Pour la Fête fût auf inconteftablement établie dans fa pratique , qu elle eft vraie en elle-même ; cette maxime de faint Paul ! Que l'homme. nefe donne point les titres & les honneurs ; qu'il les attend & qu'il les reçoit de lamain de Dieu , à qui feul il appartient de donner les vertus qui méritent la gloire, @z diftribuer la gloire qui eft la récompenfe du mérite: nec quifquam fr f Ghi honorem.,fed qui vocatur aDeo.. On ne verroit pas que cl ustois les dignités devenues la proie de la fa@tion , de l'intrigue, de la cabale, de limpofture, de la perfidie;, devenues le jouet des pafñions hnmaines , Pattrait & le prix du vice, être comme le partage & Fhérirage. de Fambition., qui n’y apporte d'autre mérite que fa shardiefe à ÿ prétendre & fon audace à les ufurper ;.on ne feroit pas expoié à voir tant d'heureux fcélérats y parvenir par les voies qui devroient les en éloigner &infulter hautement à la vértu par le fuccés de leurs crimes : on ne. gémiroit pas-de voir les poñies les plus importans à la féhcité des empires & au repos des peuples, occupés par ceux qui font le moins capables de les remplir: onne verroit pas fe reproduire f fouvent ces caprices & ces coups d’un fort bifarre & injufte , qui paroît attentif à tenir éternellement — la grandeur Gr la vertu ; & ne remplit le théatre du monde que de fortunes fans mérite 8 de. mérites fans fortune : il.ne fetoit ni f rare de voir de grandes places ho- Rarées par de grandes vertus, ni f ordinai- D aunper tt ons E de faint Jacques. 139 re de lesvoir dèshonorées par de orands vices. Mais c'eft fur-tout par rapport aux dignités du Sanctuaire; par rapport aux honneurs de la religion & du facerdoce ; par rap portaux titres du minifière & de lapoñtolat, que cette licence à s'y introduire fans Vocation feroit les ravages les plus certains & les plus funeftes ; & c’eft fur-tout d'un Apôtre qu'il faudroit pouvoir dire : nec quifquam fimis [bi honorem, fed qui vocatur à Deo. Dans les dignités profanes, le defir feul de reutfr fuit quelquefois au fuccés ; la pañlion 3; mife en œuvre par la politique, fupplée à la fcience & au talent ; en plus d'u ne occafñon le vice même tient lieu de mérite; & l'ambition qui, pour parvenir aux honneurs, n'épargne aucun crime, . fe plie & fe prête au moins à. des apparences de ver tus pour sy fouténir. : Dans le miniftere apoftolique la vocation eft prefque tout. Le refte n'eft rien fans la vocatiof, Si l’homme y vient lui-même, il n'y apporte que. lui-même ; €ût-il d'ailleurs tous les ralens , toutés les richeffes du génie, tous les-tréfors de la fcience; eût-1l tout ce qui fair les plus grands hoyamés , il n'a point ce qui fait l'Apôtre. / L'homme ne tient point en {es mains le cœur de l'homme ; lés vertus quil pofléde il les recoit, il ne fe les donne pas : comment les vertus d'autrui feroient-elles fon ouvrage ? Celui qui-plante; celui qui arrofe neftrien, dit faint Paul, & ü ne fait pret que rien. Dieu feul donne l'accroïffement & = M 140 Pour la Fête ; la vie; c’eft la pluie de la grace qui moi le fein de la terre : ; la rofée du Ciel qui la fertilife; le foleil de juftice qui l'enrichit des fruits de fainteté ; & la main la plus habile , ajoute le Prephère, travaille in utilement à relever la maïfon fainte, fi Dieu ne travaille avec elle & pour elle. Notre Saint l’avoit compris ; depuis long- = temps il connoïifloit le Dieu Sauveur & it en étoit connu ; il l'aimoit & il en étoitaimé; il le cherchoit , & j'ofe le dire , il en étoit recherché ; tout fembloit l'inviter à fuivre les mouvemens de fon cœur, qui le portoit à s'offrir à Jefus-Chrift ; tout fembloit lui + qu'il feroit favorablement reçu de ce Dieu de paix & d'amour ; tout concoutoit à lui applanir les voies &z à ouvrir {ous fes pas une carriere fi glorieufe. La promptitude de fa foi ; à peine Îa voix de Jefus-Chrift avoit commencé de retentir dans Mraël, qu’elle fe fit ent tendre au cœur de faint Jacques ; & que e faifant ‘jour à travers tant de préjugés & + paffions , qui l’auroient étouffée dans une ame moins fouple, elle y trouva une parfaite docilité : trompé par l'amour de lopulence & de la gloire mondaine, [raël attendoit un Libérateur qui, fondant fon immortel empire fur les débris des Nations, mettroit dans fa main de Juda la dépouille des Rois & des royaumes. S. Jacques avoit puifé, pour ainf dire, dans le fang qui couloit dans fes veines , ces idées du Meffie, f flatteufes & fi cheres … de Jaint Jacques: TÂT. à la cupidité; illufion agréable dont il ne put êre entiérement détrompé qu'après avoir recu la plénitude de l’'Efprit-Saint ! Et cependant au premier fon de fa voix, il reconnoit dans ce Jelus, errant & fugitif au milieu de fa propre patrie, dans ce Jefus pauvre abandonne , le Libérateur appellé . par tant de foupirs, attendu depuis tant de fêcles ; il le reconnoïit dans un temps où les ténébres , qui pouvoient le cacher à un œil moins attentif, n’étoient point encore diffipées par l'éclat & la multitude des pro- _diges. Enfanr d'Ifraël ,iln'en a pas l'indocilité ; {orti d'un peuple qui s’obftinera contre les preuves les plus décifives , il n’a pas befoin du fecours des prodiges. Sa foi devance les miracles ; donnant un exemple qu'il n’a reçu de perfonne, êc qui ne trouvera que peu d'imitateurs, après avoir rendu à Jefus-Chrift les premiers hommages, n'avoit-il pas lieu d'en efpérer les premieres faveurs? Et ces faveurs qu'il avoit lieu d’efpérer, avec quelle ardeur ne les fouhaitoitil pas ? Entraîné je ne dis point par le penchant de fon amour naïflant pour Jefus- -Chrift, je dis par les mouvemens impétueux de cette ambition qu'il fit éclater dans la fuite, & qui afpiroit à partager avec Jefus fes travaux & fes combats pour entrer en partage de fa gloire & de fon triomphe. Et ces faveurs, qu'il defroit avec tant d'empreflement , Nefus-Chrift les lui refufoit, mais fans le rebuter , mais en ménageant fa foibleffe pour la guérir , pour difpèr encore 142 Pour La Fête - plus fürement l'illufion de fes préjugés. À vec qu’elle bonté n’éroit-il pas reçu lorfque la foi & fon amour l’amenoient aux pieds de Jefus-Chrift ? Combien de fois ce Dieu Sauveur avoit-il daigné prévenir, prefque s’af focier & préfider à fon travail, image du miniftere auquel il Pavoit deftine ? Déja il avoit vu Jefus-Chrift dans une pêche nuraculeufe employer pour lui ce pouvoir qui foumettoit la nature à fon empire ; &, en ouvrant fes mains aux bienfaits , lui montrer que fon cœur ne feroit point fermé à fes prieres. N'importe ; tant de titres & de droits; tant de foi & d'amour ; tant d'heureux préfages ; tant de gages d’eftime & de prédilection, ne lui infpirent point une confiance téméraire. -Content d'avoir donné {on cœur à Jefus, aufli-tôt que Jefus le lui a demande, pour s’employer à lui gagner le cœur des autres hommes, il attend fes ordres, Il enferme au-dedans de lui-même fon amour & fa ferveur ; il aura le zèle, le courage, le cœur dun Apôtre :-pour en prendre le titre , pour en exercer les fon@tions , il ne lui faut pas moins que le commandement de fon maitre. Cemoment fortuné ne viendra jamais aflez tôt au gré de fes defirs ; fes defirs nele BIÉVIERORE point ; &r il méritera doublement, & par la vivacité avec laquelle il le fouhaite, & par ls foumiffion avec laquelle il l'attend, Touché dun.amour f vif dans fes fentimens, Of fage dans {a Conduite, Jefus- Ghrift ne tarde pas. à en faire-un de fes pre= ARRETE À € de faint Jacques. 14 miets Apôttres. Marchant fur les bords de la mer de Galilée , il vit Jacques & Jean, & illes appella: laiflez, leur dit-il, comme il lavoit dit à Pierre, laiflez cette barque & ces filets ; aflez & trop long-temps ces travaux. pénibles ont rempli des jours qui vont faire le bonheur du monde; d’autres deftinées fe forment pour vous ; des villes, des provinces, des royaumes à prendre; Punivers à Conquérir & à gouverner : voilà votre voca= tion & votrc nüniftere. -. Providence de mon Dieu, ce font-là les guerriers, les héros que vous ‘appellezà vous. fuivre dans les combats ; que vous marquez pour vous applañir les voies de la vi&oire ;, que vous Chargez de vous apporter les dépouilles du monde foumis & captif ; que vous envoyez planter votre croix fur les dé bris du Capitole : c'eft à de pareilles mains que vous confez votre gloire & vos projets. Les Céfars fur le trône ; les Conquérans à la tête de leurs Kgions viétorieufes; les figesde Rome 6 d'Athènes; les maîtres en Hfraël fercient-ils trop ? {ls ne feroient pas aflez pour foutenir le poids d’une entreprife fi dificile Et par où donc:ces hommes inconnus & ignorés du monde ; ces bonnes méprifés du de êt ie. , felon le monde: ont-ils attiré vos râgards. ? Ce fils de Zébédée., demande faint Pierre Chrifologue, que Jefus-Chrift choifit pour en faire un de fes premiers Apôtres ; que voit-on dans lui: qui ne demande ,:qui ne Its rite qu'on le dédaigne à. Naiance obfcures 144 Pour la Féte ne pauvreté humiliante , profeffion vile & bafle homme, condamné à traîner des jours pe- _ nibles dans le travail & dans les veilles , fur une côte déferte , au milieu des flots, parmi les orages &r les tempêtes de la mer. Ah! reprend ce Pere, c’eft-là ce que le monde voit : mais ce que Dieu voit & ce que Île monde ne voit pas, c’eft un homme qui manque des biens de la fortune , mais qui pofléde les richefles de la grace; c'eft un homme avilipar la bafleffe de fon origine, mais relevé par le mérite & par la perfection de fa fainteté; c’eft le dernier des hommes, fi vous voulez, par le rang & par la condition ; par le cœur & par fes vertus, c'eft plus que les maitres du monde. Ce fontla les talens que Dieu demande dans un Apôtre ; & moi je dis, pour être Apôtre quels talens peuvent manquer à celui que Dieu y appelle ? Entre fes mains, le plus fragile rofeau briferales cèdres du Liban. Un mérite enfeveli dans un cachot deviendra le Sauveur de l'Eeypte & du Monarque qui la gouverne ; une Judith diflipera les armées nombreufes & arrofera du fang ennemi les plaines de Bethulie ; les graces modeftes & timides , la douleur & les larmes d’une Efther éteindront entre les mains du fier Affaérus la foudre prête à confuimer & à dévorer la race fainte ; un Jérémie, qui f{çait à peine bégayer des fons confus, fera retentir des oracles de terreur dans le palais ‘de Sédécias ; il fera pâlir ce Prince fous la pourpre & fur le trône. Pour celui que Dieu envoie de faint Jacques. 14f envoie à la conquête des ames , tous lès fentiers s’applaniront, tandis que celui qui neft guidé que par fon efprit, ne trouvera que des écueils & des naufrages. _ Oui, mes chers Auditeurs, quand même nous aurions la confolation de voir dans l'E- glife de Jefus-Chrift plus de génie , plus d’ef prit, plus de fcience que dans les plus beaux âges du Chriftianifme ; quand du côté des talens humains le Sacerdoce nous montreroit des fucceffeurs des Bañles , des Athanafes ; des Ambroifes, des Auguftins , des J érômes; quand le Sanétuaire compteroit prefqu'autant de grands hommes qu'elle compte de mini tres je ne crains pas de le dire, elle n’en auroit pas plus d'Apôtres ; elle n'en feroit ni mieux fervie ni mieux défendue, & les hommes les plus fçavans n’en feront pas plus utiles s'ils n'ont point la grace de la vocation, Ah ! lorfque ce n’eft pas l'efprit de la grace! mais l'efprit de la nature ; ordre de Dieu, mais le mouvement de la cupidité ; le Ciel, mais la terre, mais les intérêts de la terre qui mettent les ralens en œuvre, le Sanctuaire devient une terre profane, où l'on entre fans vocation, où l’on fe jette fans difcernement & fans réflexion, où l'on fe poufle par l'intrigue, où lon s’avance par la cabale , où l'on s'infinue par l'artifice , où , comme dans la Cour des Rois, on a des vues , des intérêts, des prétentions ; où lon fait valoir les droits de la naiffance , des fervices , de l’adrefle, de la faveur, du 9é- nie, de la capacité; où, fans examiner # dome VI, 248 Pour la Fête : qu'ildefire ; Ie pauvre de Jefus-Chrift eft re che, parce qu'il jouit de ce qu'il ne poffede pas, parce qu'il poffède toujours plus qu'il ne defire. Prodige d'indigence dans les ti chèfles ; jufle punition de l'avare cupidité, Où des profufions de la volupté. Miracle de: richefles dans lindigence, jufte récompente de la pauvreté évangélique , miracle que notre raïifon refuferoit peut-être de croire, & François ne nous en avoit fourni une preuve décifive & fans réplique. | . Miracle conftant & durable. Ils paflent > ils s’'évanouiflent comme l'ombre ces établif. femens appuyés fur Populence ; un moment d'orage déracine les cedres du Liban ; un Caprice du fort replonge dans la poufiere ces _dieux de la terre que l’on avoir vus tant adorés, étonner les peuples par le fpe@acle de leur fafte & de leur luxe : au heu que, depuis des fiècles, vainqueur du temps & de Tinconfance des chofeshumiaines , iithifte l'édifice qu'éleva la main de François. Les foins dé là providence; Ia piété des fideles ; les promeffes de J éfus-Chrift compofent tout. Phéritage que les enfans reçurent de leur pere. Préciéux héritage, avec lequel, tranquilles & certains de leur deftinée, ils ont VU, parmi tant de révolutions foudaines , les fortunes immenfes naître & fe détruire > Tes richeffes circuler de main en main , {ans que le changement , arrivé dans le fein des états & des familles , en ait produit d'autres par rapport à cette fociété fainte, que de fi donner de nouveaux prorcéteurs, Mira $ Di FAN 5 BR RE A D De Tr men rrvre sont Se Re de faint Francois. 248 cle qui, tout grand , tout furprenant qu'ileft en lui-même, n’a rien, après tout, quidoive nous étonner dans le plan de la réligion. Nonfeulément, parce qu'il fe fouviendra de fes: prometes , ce Dieu qui s'eft engagé à ne point oublier ceux qui s’oublieront pourlur, . &à rendre le centuple de ce qu'il recevra, mais encore , parce que la deftinée des pauyres Evangéliques eft liée infeparablement au fort de la religion ; oui, tandis qu'il fera parmi nous des ames docites à l'imprefion de la grace, la foi ne cefléra point de leur. montrer de les'enfans de François le plus noble objet dela charité chrétienne. Du temps dé ños peres , il eft vrai, l'efprit de fchif-. me fouleva les fectes proteffantes , contre la fainte confiance qui renoncant aux reflources de Finduftrie humaine ; ne fe répofe : que fur la providence. Mais que. pouvoient > pour “flétrir la GE. mérite de [a pauvreté évangél ique les Clameurs de ces hommes téméraires, dont. le premier pas fut de corrompre l'Evangile en lexph iquant , de détruire la religion fous > prétexte de l'épurer, de déchi- , de bouleverfer l'Edlife pour” -la ré-- de ? la pauvreté évangélique étoit digne d'avoir de téls ennemis; elle shonore de: leur mépris, & ils ne tarderent pas eux-mê= mes à la juftifier par lopprobre & le délire: de leur honteux fanatifme. Comment donc, éc par quelle fatalité eftil arrivé que notre fiècle n'ait point rougi d'emprunter leurs fy£- tèmes , d'adopter l'impicté dé leur langage? 2s0 Pour la Fête - On les entend ces génies altiers fuperbes; hardis à changer les vices en vertus & les vertus en vices; on les entend blafphèmer fans pudeur le chef-d'œuvre de la grace de Jefus-Chrift, humilier , dégrader les pauvres. évangéliques , par les-titres odieux d’hommes oïfifs & indolens , d'hommes inutiles. Inutiles à qui, grand Dieu, feroit-ce à la religion., feroit-ce à l'Etat? ls auroient été, ils feroient inutiles à la religion les pauvres évangéliques , ces hommes d’une fainteté édifiante, dont la ferveur, reproduifant les plus. beaux jours de l'Eglife naiffante , confondoit, par d'illuftres exemples , les prévarications &. les cupidités du monde ; inuriles à la religion, ces hommes de pénitence &de mortification, dévoués à laver de leurslarmes, à expier de. leur fängles péchés du peuple ; inutiles à la - religion, ces hommes de priere & d’oraifon, qui , tels qu'Onias dans le défert, élevent vers le Ciella voix de leurs foupirs, afin de. lappaifer fur les fcandales de la terre ; inutis les à la Religion ces Anges de paix, ces hom- | mes de fagefle & de confeil, dont la charité Rs tendre & perfuañve , fut toujours la confolation des malheureux, le lien de la concorde l dans les villes & dans les familles : inutiles à la religion ces hommes de courage & d'aétivité, de renoncement & d’abnégation; continuellement occupés à courir, à voler par- | tout où les appellent la voix des Pafteurs & de feint François, 25% hommes de zèle, nouveaux Machrabées, que lÉolife ne cefla point de voir intrépides à venger fa querelle, à combattre fes combats; à étendre fon empire, s'élever contre tonte nouveauté profane ; réparer les débris du fanduaire, porrer, allumer le flambeau de la foi dans les régions reculées, donner à Jefus-Chrift les Rois & les royaumes ; inutiles à la religion ces hommes d’un génie vaite & pénétrant , d'une éloquence fublime & touchante , d’une érudition immenfe , d’une favante littérature, qui d'âge en âge, remplront l'univers de la gloire de leur nom, & honoreront les plus grandes placespardestalens encore plus grands ; ils auroïent été , ils: feroient inutiles à l'Erat les pauvres évangéliques! H ne le penfoit pas, il ne le croyoit pas ce Monarque qui ouvrit le fein de notre France aux enfans de François: je parle de faint Louis. Tel fur le trône , que François dans le defert, auf pauvre dans l'opulence, auf humble dans la fplendeur du pouvoir fuprême , auf pénitent dans le centre des plailis , aufi {olitaire, auf recueilli dans le tumulte des armes ; ce Roi qui fut fi bien être Roi & le paroître; Prince fage , guerrier . Viflorieux, conquérant, pere & maître de fes peuples, Prince fans foiblefles comme fans paffions , Roi modele des Rois autant | que des Saints ; il jugea qu'il ne pouvoit af. PRINT EITRE furer à {on Royaume une protection plus = puiffante que la ferveur & la piété des pau- > vresévangéliques. Ils ne le penfoient , ilsne ”." le croyoient pas, ces dignes héritiers de la; ESS — = Pour la Fête : pourpre & de la gloire des Céfars, qué lon vit dans les périls de l'Empire implorer les prieres des Solitaires de Egypte & de la Thébaïde. Ah ! ils favoient que le ciel fait les révolutions de la terre, que les juftes peuvent tout pour la profpérité des Royaumes, parce qu'ils peuvent tout fur le cœur dé Dieu, & que fouventie Jofué, qui combat dans la plaine, doit fa viétoire au Moife qui Pre fur la montagne ; ils étoient perfuadés que le citoyen vertueux fert PEtat en fer: vant Dieu, & que le bonheur de la patrie ne dépend pas moins d'avoir de -grands Saints’, que d'avoir de prands Rois & de grands Guerriers : ils en étoient perfuadés ! Je parle des Conftantins, des Théodofes. Quels Prin- Ces ! Le monde vit-il jamais dans fes maîtres des vertus, des qualités plus dignes du trô= ne. Auprés d'eux l'indigne rival, je parle de lEmpereur Julien, que l’impièté moderne ne rOugit point de leur oppofer ; à peine paroitroitil un homme, s'il ne fe montroit à nos prétendus Philofophes avec le titre d'apoñtat, -& fi fa lâcheté à abandonner, fa fureur à perfécuter là religion, n'effaçoient à leurs yeux Je ridicirle. méprifable de fes caprices, de fon fanatifme , de fonindécente & fanguinaire fuperfüition. ee En vain donc la fauffe fapeñle éntreprendra. d'avibr, de décrier les Pauvres évange!iques; il fera toujours décidé par l'expérience de tous les âges & de toutes les: Nations, que la religion eft la bafe & lPappuidelErat; que Jes périls & les ennemis de-la religion , font de faint François 253 fes périls les plus preflans, les ennemis les. plus redourables de l'Etat; que la chüte de la religion ne manque point d'entraîner le “bouleverfement &la décadence de l'Etat. Par conféquent, que tout homme qui eft -utile à la religion, eft un homme utile à l'Etat; par conféquent encore, qu'infuiter aux maximes : S L] &aux vertus de la religion , c'eft ignorance des intérêts combinés de la religion &: de J’'E- tat; c'eft quelquefois fureur & manœuvre perfide pour préparer, par la ruine de la religion , le naufrage de l'Etat: & fafle le Cie, mes chers Auditeurs, qu'inftruits par l'exemple des fiécles paflés, nous ne deve- “nions point, par nos malheurs, l'inftru@tion , P ) de là poftérité , & une trifte preuve de cette vérité que nous femblons méconnoitre. Il fera toujours décidé au tribunal de la raifon, éclairée par la foi, que les pauvres évangéliques ne feront des_hommes inutiles à l'Etat que dans les fpéculations vagues & infenfées d'une pol itique d’ athéifme & d'irrelhgion, enhardie par le libertinage à ne rien craindre &r à ne rien efperer pour la félicité publique, du Dieu maitre, du Dieu protecteur & deftruéteur ‘des Fmpirés ; à ne Con noître d'autre foutien: du trône que la pruence humaine , d'autre difpenfateur des évenemens que la fatalité des deftinées, d'autre arbitre des combars & des batailles que le hazard & les caprices de la fortune. Il fera toujours décidé, parmi le peuple fidele, que les pauvres Évanséliques font une des portions les plus précieufes de l'Eglife ; que fi 24° Pour la Fête tous les pauvres font à Jelus-Chrift, ceux: ci font d’une maniere fpéciale les pauvres de Jefus-Chrift; des pauvres que les faints engagemens de leur vocation autorifent à efpérer’ les foins, les attentions les plus marquées de la providence, & en quelque forte, à prétendre, s’il le faur, à des prodiges, à des mi- | racles de providence ; des pauvres pour qui la rofée du Ciel ne cefferoit de couler , qu’au” tant qu'ils dépageroient , pour ainfi dire le Ciel dé fa parole , en cherchant fur la terre des reflources que condamne leur état; des pauvres que leur état réndra refpe@ables au monde le plus profane , lorfque le monde les verra refpe@er eux-mêmes leur état, ai mer leurétat, fuivre les loix & Pefprit deleur érat , Obferver les devoirs & les bienféances de leur état; en un mot > des pauvres à qui, pendant qu'ils continueront d'être fideles à leur état, les bienfaits de Jefus-Chrift ne peuvent mañquer, parce que Jefus-Chrift ne peut manquer à fes promefles. Par conféquent, lorfque François les à foumis au joug de la pauvreté évangélique , il a trouvé ; enleur donnant pour appui la parole dé Jefus-Chrif, ila trouvé dans le dénuement de fa pauvreté ; la plénitude & Ja perpétuité . des richeffes : j'ajoute qu'il a trouvé dans les peines de fa pauvreté la fource des pures & véritables délices. 2°. De quel bonheur fut accompagnée la vertu de François? On conçoit que dans la fainte Sion les élus font enivrés d’un torrent de délices : Jà le Ciel Les récompenfe, ici D ES : de faint Évançois: “25$ fe Ciel les éprouve, là ils fe repofent dans le fein du Dieu de gloire &r de félicité ; iciils marchent fur les traces fanglantes d'un Dieu crucifié : comment donc feraije comprendre que François , pauvre , pénirent, humilié, étoit heureux ? Vains préjugés, dif paroiflez ! La croix de Jefus-Chrift, dit faint Bernard, ne fait pas feulement des Saints, elle peut faire, elle fait des heureux: cerré G crux habet exultationem. Les dehors de l’opulence ne cachent-ils pas fouvent des doulurs véritables ? Pourquoi la pénirence & la pauvreté , ne cacheroïent-elles pas la paix, la fatisfa@ion intérieure ? Plus d'un Jérôme au fond de {on défert , infultant à la profpérité des mondains , né craint point de leur dire, vous plaignez notre état , nous plaignons, avec bien plus de ice. votre fituation : #4 tales miferos arbitraris | nos Le miferabiliorem putzmus. Nous fommes heureux, on ne le croit point, parce qu'on ne voit que notre folitude, on ne voit pas notre Cœur. Vous n'êtes point heureux, on croit que vous l’êtes , parce qu’on ne voit pas vO- tre Cœur ,onne voit que votre fortune : tu tales miferos arbitraris , nos te miferabiliorem putamus, Pour prouver que François fut heureux , il me fufhroit donc de vous ramener à la maxime décifive de Salvien , & de dire aveclui, François eft pauvre, il aime la pauvreté; que manque-t-il à fon bonheur ? pauperes Jun pauperie dele&antur. C’eft le cœur , ajoute-t-il, qui recoit & qui fait le plaïfr ; l'homme eft heureux aufi-tôt qu'il ef 256 To e - ce qu'il veut être : »ulli beatiores funt quan qui hoc funt quod volunt. Or les richefles n’eurent jamais autant d'attraits pour le cœur le plus avide, que la pauvreté eut de charmes pour le cœur de François. Salomon, dé. goûté de fes richeffes; François; enchanté de fon indigence , lequel eft heureux ? Nul * beatiores funt quam qui hoc Junt quod volunt. Que fais-je ? Je m'égare en de vains raifonne. mens. Venez, fuivez François, parcourez des déferts, dépoñitaires de tant de prodiges. Avons-nous franchi tout-à-coup l'immenfite de la diftance qui nous fépare du féjour des élus, ou le Ciel eftil defcendu fur la terre ? Quels doux tranfports ! quels foupirs enflamnés ! quelles larmes de joie & d'amour ! quels raviflemens ! quelles extafes! Entrainé par l'impéruofité de l'efprit, François s'éleve dans les airs, il vole au-devant du Dieu dont fon cœur lui annonce la préfence ; ce Cœur s'embrafe, il s'étend, il {e dilate ; rempl, preflé, inondé de délices ; François ne faitnioùileft, ni ce qu'il eff; il fait feule- -ment-qu'il eff heureux ; il ne le fait pas , il le fent. Les jours & les nuits ne font que des momens: de-là, ce poût de la retraite & de :Foraifon. Dans les fonétions, dans les plus heurèux fuccès de fon zèle, une pente fe- -crète le ramene vers la {olitude, & dans la -{olitude il choifitles déferts les plus vañtes, es plus incultes, les ombres les plus épaiftes, le filence le plus profond. Là tout lui parle de Dieu. {parle de Dieu à tout ce qui l’en- #xonne. Vallons, montagnes, rochers, fo- = se ATOS de faint François. . rêts de lOmbrie , combien de fois vous lentendîtes célébrer dans fes Cantiques la gloire & les bienfaits du Très-Haut ! Cantiques où tout porte le caraétere & l'empreinte au gufte de lefprit qui infpiroït David, lorfqu'ii annonçoit à Ifraël la grandeur & les miféricordes du Dieu defes peres : le faint Roi & Yhumble folitaire ontle même Maitre. Non, l poëfie profane , dans l'ardeur & l'enthou: fafme de fes plus audacieux tranfports , . n'enfante point des: images fi. fublimes, des mouvemens fr tendres , des defrs # pafhionnés, des exprefions fi fortes, fienergiques. Toutes fortes , toutes énergiques qu’elles {ont, elles ne rendent point les fentimens de Francois , elles ne rendent ni fon amour, ni fon bonheur. Arrêtons-nous: craignons. de profaner les dons de la grace; le Docteur des Nations n’efpéroit point de les raconter dignement ; je demande feulement , François. étoit-il héuréux ? Que voire cœur prononce. Un Roi, le conquérant, le maitre de PU nivers, François auroit dédaigné fon trône: au contraire ; qui de VOUS ne voudroit pas: être ce que fut François? Nulli beatiores funt. quan qui hoc funt quod. volunt. François trouva donc dans: les peines de fa pauvreté la fource des pures & véritables délices achevons ; il trouva dans les humilations de fa pauvreté le comble de la gloire Fe des honneurs. 3°. Le comble de la gloire & des honmeurs! Vous êtes furpris ; Chrétiens, um ‘antre fouterrain , une çabane.!. Eft-ce là. Que: Tome VE. 264 Pour la Fête ce n’eft pas moins votre bonheur & votre fâreté. Pour vous, mes chers Adieu ; VOUS venez de voir François fidelle à la grace: pratiquer tout ce que le confeil du renoncement évangélique a de plus parfait & de plus: fublime ; Dieu, fidele à fa parole, donner à François tout ce que la récompenfe pro= ife au renoncement évangélique a de plus grand & de plus magnifique ; le-confeil fuivi dans toute fa perfe@tion , la promefle accomplie dans toute fon étendue: ‘omnis qui relis querit ; centuplum accipiet, Dites-vous ce que doit faint Auguftin , que les folemnités des Martyrs font une exhortation au martyre; les Fêtes des Saints , un engagement à la fainteté. Vainement nous efpérons qu'ils feront nos protecteurs , fi nous ne voulons être. leurs difciples.. Nous nous condamnons ;, nous nous réprouvons nous mêmes , lorfque nous les louons fans les imiter. Je conviens que tous ne font pas appellez à quitter les. biens &c les honneurs du monde; par Cor féquent, le dépouillement réel & extérieur n'eil pas de précepte pour tous, mais ne loubliez point : l'Evangile commande à tous. le dénuement a = renonce ment intérieur. Dieu veut donc qu'il y ait des riches & des pañvres.. Mais des pauvres qui fachere #e confoler des-miferes de leur état, parles. ælpérances de Ja religion ; ste rendre utiles, les pêines de leur état, par: la-patience &c la: feumifion ; fe renfermer dans les bornes de leug , de faint François. 26$ leurétat, pâr la dépendance &c la fubordination; ne point travailler à fortir de leur état, par l'injuftice & l’ufurpation. Mais des riches inftruits , par la foi, à trembler fur les périls de leur état; à fe précautionner contre Îles écueils de leur état ; à éviter la contagion & les crimes de leur état ; à fuir le luxe & la molleffe, la hauteur & la fierté , les délices & la volupté , la dureté & l’infenfibilité de leur état: des pauvres qui ne foient point attachés à ce qu’ils ne poflédent pas; des riches qui foient détachés de ce qu'ils poffédent : des pauvres qui ne connoïflent ni la pafñion des richeffes , ni la jaloufie contre les riches ; des riches qui connoïffent le mérite de la pauvreté & de la charité bienfaifante pour les pauvres: des pauvres qui ne foient pas riches de défir, d'affe@tion & de volonté ; des riches qui foient pauvres d’efprit & de cœur. : ; Sans cela , fans ce détachement intérieur fa pauvreté ne fauvera pas les pauvres ; les richeffes perdront les riches. La pauvreté ne fauvera pas le pauvre‘, parce que ce n'eft qu'au pauvre qui n'aime pas les richeffes que font promifes les récompenfes de l'Evangile : beati pauperes fpiruz: Les richefles perdront le riche, parce que c’eft au riche, qui aime les richeffes, que font réfervés les anathèmes de l'Evangile : væ vobis divitibus ! Par confequent, en tout étar, en toute condition, néceflité indifpenfable du renoncement intérieur. Que votre grace, Ô mon Dieu, S'infinue dans nos cœurs ; qu’elle nous ôte Tome VI, Z 266. Pour la Fête ce fatal amour des richeffes , qui produit touë les crimes de l'opulence & tous les vices de Vindigence, qui fera la réprobation du ri: che & la condamnation du pauvre ; qu'elle ñne nous laïffe de defirs que pour les richefles que vous préparez à vos élus dans l'éternité bienheureufe , que je vous fouhaite , au nom du Pere & du Fils & du Saint-Efprit, Amen. SERMON DE SAINT LOUIS. Dedit Deus Salomoni latitudinem cordis ; quañ arenam quæ eff in littore maris. Dieu donna à Salomon un cœur aufft immenfe que font infinis dans leur nombre les grains de fable qui font fur Le rivage de la mer. C. 4. v. 29. La 3. des Rois. === LLE brilloit avec le plus vif NE éclat dans Salomon, cette im- “ET menfité de cœur & de fenti- | mens, lorfque, Roi pacfique , il effacoit la gloire de David conquérant ; lorfque , fervent Ifraélite, il égaloir la piété de David, fidele adorateur du Dieu de fes peres : Dedit.... Ils paflerent trop rapidement ces heureux jours ; en oubliant fon Dieu , Salomon s’oublia luimême ; les dons de la nature périrent avec Z ïÿ 268 Pour la Fête les dons de la grace , & le plus renommé des Princes fe montra le plus foible, le plus petit des hommes. — N'en foyons point furpris, Chrétiens ; Salomon marchoit dans une carriere où ; pour fe foutenir , il ne fuit pas d’avoir l'ame & plus immenfe, il faut à chaque inftant lemployer toute entiere. Etre Saint , être : Roi , chacun de ces objets demande tout l’homme & un grand homme. Que feroit-il donc , un Roi, qui dans toute la fuite de fa vie feroit un grand Saint , un Saint qui feroit un grand Roi? Il feroit au-deflus de l'homme; fa religion ont coutume de louer dans leurs Béros. Depuis que Louis a placé les vertus des Saints fur le trône, les talens des Rois fur l’autel, l'hiftoire des Royaumes eft propre à former des Saints, l’hiftoire de lEglife eft propre à former des Rois. : Quelle idée viens-je donc vous donner k mes chers Auditeurs, de l'augufte Monarque dont nous révérons aujourd’hui la mémoire ? Jela prends dans les paroles de mon texte: dedit Dens latitudinem.…. Etudiez faint Louis, vous prononcerez que très-peu d’hommes & de grands hommes peuvent lui être comparés, Pourquoi ? parce que grand Roi, il fut le modèle des Saints ; parce que grand Saint , il fut le modèle des Rois. Faites , Ô de faint Lours. 269 mon Dieu , que mes penfées & mes expreffions répondent à la dignité de mon fujet, afin que la philofoplie altiere & audacieufe de notre fiécle, inftruite par une preuve fi convaincante ; foit forcée de reconnoitre qu'il n'appartient qu'à votrereligion fainte de former des hommes qui mérirent d'être appellés de grands hommes : dedit..... Ave, Maria, PREMIERE PARTIE. Louis donne fur le trône l'exemple des vertus évangéliques les plus pures , les plus fublimes. J'entends cet efprit de détachement qui dédaigne les honneurs &c les profpérités - du monde; cet efprit de ferveur qui rend vainqueur des pañions & des féduétions du monde ; cet efprit de fageffe qui réunit entr’elles toutes les vertus évangéliques , &c les concilie avec les engagemens de fa condition dans le monde. Suivez-moi , mes chers Auditeurs, vous conviendrez qu'un Roi ne peut être un fi grand Saint, fans être un orand homme: dedit Deus... = - 19. Elprit de détachement , efprit rare dans le fein même de l'Evangile : à peine ; entre tant de Solitaires qui ont tout quitté ; le défert en fourniroit-il un qui ne tienne à rien. Il ne faut qu'un moment de courage pour facrifier fa fortune , il faut des années de combats pour fe dépouiller de fes defirs. Elprit donc de dénuement univerfel ; que de vertus il fuppofe dans un Chrétien ! Par Z üj —— Vs GT F Æeb, « 10: 7, 34. Cor €. Te 270 Pour la Féte : conféquent , quel héroïfme de vertus ne de: mande-t-il pas dans les Rois ? Grands, jufqu'à faire la grandeur de rout ce qui les environne , l'ambition ne s'agite , qu'afin de parvenir à leur offrir de plus près fon encens & fes adorations ; ce qu’on appelle dans un Royaume les grandes places , la récompenfe des grands fervices , {e réduit à une fervitude honorée de leurs regards ; & telle eff la fplendeur que le trôhe répand fur ce qui en approche , que le courtifan , auquel il ef accordé de ramper plus fouvent fous l'œil dr maître , devient comme Roi pour le refte de l'Etat, Elle pale , il eft vrai , Cette figure du monde ; elle pale avec autant de vitefle pour les Princes que pour les peuples, & le t'ONenE “pas: IE -emin fig mundi. Mais, bien différens de leurs fujets, fubflantiom. \vrefle du fouverain pouvoir , on la vit éparer le plus fage des Rois d'Ifraël ; on a vu le cœur de Louis échapper a fa féduétion. Vous aviez vos defleins, Seigneur, fur cette ame choïfie , pour apprendre à l'univers de faint Louis. 27% Ja force & l'empire de votre grace ; & male heur à moi fi je croyois augmenter fa gloire ; en taifant les dons de votre amour !-Louis trouve en naifant la fageffe qui le reçoit dans fes bras. Je parle de Bienche de Caftilje, la plus grande Reine, &, s'il m'eft permis de me fervir de cette expreffion, un des plus grands Rois qu'ait eus la France. Savante dans l'art de: faire valoir tour à tour les graces de la perfuañon & l'autorité du fceptre ; d'atendre les occafions & de, les préparer; ns &r de les faifir ; de préetions fufifoient aux vues d'une mere tele Z iv 272 Pour la Fére dre; elles ne remplifloient point les projets d'une mere chrétienne. Blanche aimoit {es enfans ; elle les aima pour le temps ; elle les aima pour l'éternité ; & par un aflemblage de talens , dont l’hifloire n'offre point un autre exemple, Blanche étoit également capable.de &ouverner les Royaumes, d'élever les Rois & de former des Saints. - O vous qui préfidez à ces éducations im: Portantes, écoutez la voix de La rehgion & de la patrie; elle vous dira que le plus beau préfent que vous puifliez faire à l'Eglife & à l'Etat , eft un Roi véritablement Roi ; & qu'ils ne peuvent l’attendre que du Ciel & de vous. Ecoutez la voix du fentiment & de la probité, elle vous dira que le plus grand avantage que vous puifliez procurer à vos auguftes éleves, eff de les affermir folidement dans les pratiques de la pièté ; & que fi les vertus du Roi font le bonheur des fu= jets, il n'appartient qu'aux vertus du Chré: tien de faire le bonheur du Prince. Ecoutez la voix de votreintérêt , elle vous dira qu'un Roi vertueux fut toujours un Roi tendre généreux, reconnoiflant. Dans les jours de {on innocence David pleure Jonathas; dans les délires de & folle paffon » illivre qu fer ennemi le plus brave des guerriers de Juda, Mais , pour être affuré de réuflir, il faudroit avoir le génie de Blanche & trouyerle cœur de Louis. Elle ne périront point dans la mémoire des hommes , les infinuations ; fi vives , fi touchantes par lefquelles cette tendre mere | de faint Louts. 277 précautionnoit le jeune Monarque contre l'attrait du vice , lorfqu’elleluidifoit : 6 mon fils, ô mon Roi,ine l’oubliez point, l'événementqui feroit à mon cœur lableffure laplus profonde ; ne feroit point le malheur ( quel malheur * je n'y furvivrois pas ) le malheur qui feroit couler mes larmes fur votre tombeau; ce : feroit celui qui m'obligeroit de pleurer votre innocence flétrie & ravagée par le péché. Vous favez , Meflieurs , avec quelle force, quelle énergie d’exprefions, elle lui repréfentoit que les Rois tiennent le milieu entre Dieu & le peuple; que s'ils ont des fujets , ils ont un maître & plus d'hommages à rendre qu'à recevoir; qu'ils ne font qu’une feconde majefté, & qu'ils ne font indignes de l'être qu'autant qu'ils refpetent & qu'ils imitent la premiére: religio fecundæ majeflatis ; que l’effence de la Royauté ne confifte pas tant. dans le droit de commander aux hom-. mes, que dans le droit de n'obéir qu'a Dieu : ideo magrus quia cælo minor ; que s'ils ne font des Saints, ils ne feront rien à ce moment dela mort où le Roi difparoîtra & l'homme feul demeurera: #ranfit ficut vifio nofturna.. Blanche parle , l'ame de Louis s'ouvre à fa Job. ês 20 Ve $o parole. Déja tranfporté par la foi dans ce. nouvel ordre de chofes qui fuivra l'économie de-la vie préfente, il s’accoutume à juper du-temps & de ce qui fuit avec le temps, comme il en jugera pendant l'éternité. Tranquille donc, fans agitation, {ans inquiétude fur les deftinées du Roi mortel & périflable , il n’a de l'a@ivité que pour aflu- 280 Pour la Fête - malgré les périls & les écueils du fouveraitt pouvoir, jeune & Roi, Louis conferva fon innocence. Que me refte-t-il à dire, grand Dieu ? que de vertus il faut avoir fur le trône : Pour n'avoir point de vices / Cependant cette pureté , cette parfaite innotence de mœurs , plus digne, felon la penfée de faint Bernard , d’un citoyen du Ciel que d'un habitant de la terre , elle n’eft que le commencement , que le premier degré de la fainteté de Louis. Ames ferventes : qui afpirez à la perfeétion évangélique, defrez- Vous un maitre, un guide? fuivez-moi. Vous penfez que je vais vous tranfporter dans les folitudes de l'Egypte & de la Thébaïde , vous vous trompez: c’eft dans le pas Jais des Rois que je vous conduis ; c'eftfurle trône que votre modèle vous attend. Votre piété naïffante demande-t-elle les précautions de la vigilance ? Fuite des objets capables de féduire, capables même de diftraire & d'amufer; attention continuelle à mefurer fes démarches , à fonder les replis les plus intimes de fon cœur , à écrafer dans leur premier germe les femences de la cu. pidité , à réprimer les faillies , à déméler les détours, à rendre vaines les embûches de l'amour propre , à marcher perpétuellement en la préfence du Seigneur , ne voyant que lui, n’écoutant que lui, nes’entretenant intérieurement qu'avec lui. Cet efprit de priere qui n’habite pas toujours les déferts, & qui ne le quitte point au milieu du bruit des armes, dans le tumulte de la cour ; ë de faint Louis. 28r cour ; tout ce que la piété la plus foible exige de foins & de ménagemens, la piété de Louis, auf humble & aufñ modefte après mille victoires qu'après le premier combat, vous en donnera l'exemple. La Grace vous appelle-t-elle à vous confumer dans les auftérités de la vie pénitente? Ah ! ce n’eft point de Louis qu'ila été prononcé que la mollefle &r les délices habitent le féjour des Rois : Ecce qui molibus vefliuntur 8: Macs in domibus Regum funt. Les plus affreux déferts ne ne donnerent point de plus grands fpe&acles de mortification, que n’en préfenta le Eouvre dans les jours de Louis. Non, ces Laures fameufes, décrites par Jean Climaque, ne retentirent point de plus de foupirs, ne furent point arrofées de plus de pleurs &z de fang. Cilices , chaines de fer , larmes ameres, jenes rigoureux, veilles continuées.. O Jefus crucifié ! quelle viétime facrifiée a pur amour retraça mieux vos douleurs? Que David fe couvre de la cendre & du cilice la terre famante du fang d'Urie lâchement immolé à l'intérêt de couvrir un crime par un plus grand crime , lui offre un fujet éternel de pleurs & de regrets : Peccatum mçum., _ Le contra me ef? femper. Louis ne peut fe repro- ; cher que les plus légeres fragilités des plus grands Saints , & ikfe dévoue, à tout ce qué méritent les plus grands pécheurs. Ur Rot toujours fervent & toujours pénitent, Los ren avoit pôinit de modèle ; aura-t-ib des imtateurs ! L'Efprit-Saint vous préparet-il aux dons de la vie intérieure ? Qui vous enfer Tome VL | | Aa 282. Pour la Fête | gnera mieux que Louis la route pour y par: venir ? Recuillement profond, mort entiere au monde &r à foi-même, filence des fens & des pañions : vertus timides & craintives , qui femblez ne pouvoir éclorre & vous conferver que dans l'obfcurité, le palais s'ouvre pour vous, la pourpre va vous couvrir, & à {on ombre vos couleurs feront auf vives; vous n'aurez pas plus à redouter le foufle meurtrier de Paquilon & du midi, qu’à l’ombre du défert. Ce que les habitans de la fainte Sion, qui puifent à la fource de la divine charité, font dans le Ciel, Louis left fur la terre. Ici, au pied de l'Autel ; là , dans le fi: lence de ces nuits ténébreufes , où ilépan: che fon ame devant le Seigneur, plongé , per: du , anéanti en Dieu, il s’attendrit , il s’anime, il s'embrafe, il foupire ; l'amour qui le dévore fe répand en defirs ; il {e foulage par les larmes. : Nouveau Paul , il entend ces paroles myfterieufes, qu'il n’eft pas donné à l'homme de redire : Thérèfe, Jean de la Croix , ames fi fublimes, fi privilégiées , accourez, vous trouverez dans un Roi à admirer , à appren-: dre, à imiter. Le Ciel vous. borne-t-il à vous fan@ifier dans la fimplicité d’une vie commune , en-. noblie par les motifs de la Religion ? Quel exemple plus inftruéif, que l'exemple de Louis ? Prendre les armes & les quitter, pu nir & pardonner , accorder ou refufer, apprecher ou écarter de fa perfonne, confier les emplois ou les retirer, diffimuler ouéclén = © ‘de faint Louis. 283% 4er; toutes les a@ions de Louis, toutes les vertus de Roi , de guerrier, de politique, {ont de vertus chrétiennes, parce que tout ce * qu'il fait , il le fait en chrétien , il le fait en vue de Dieu & pour Dieu. Que fçais-je ? Innocence & pénitence ; _ mortification intérieure & extérieure, dons d'oraifon & de contemplation, vivacité du zôle & délicatefle de la confcience, modération dans la profpériré, & courage dans ladverfité , humilité la plus profonde & piété la plus édifiante; ces vertus fi rares, fi difficiles à acquérir fi difficiles à conferver dans læ retraite la plus folitaire, Eouisles place , il nous Jes montre fur le trône, & je ne crains point de le demander + qu'auroit-il pu ajouter à là ferveur, s'il n’avoit pas été Roi ? . Qwauroit-il ajouté à fa ferveur, s'il n'as voit pas été Roi ? Il-n'auroit pas fait davantage , & il l'auroit fait avec moins de métite: car, en multipliant les obftacles, le trône n'a-til pas augmenté le prix de fes vertüs2 Ja féduétion du trône , le mérite de for innocence ? les délices du trône, le mérite dé fa pénitence? les honneurs du trône , le mérite de fon humilité ? la difipation du trône , le mérite de fon recusillement? les {oins, les embarras du trône, le mérite de fon zèle ? Tant d'innocence dans ur jeune Roi, de pénitence dans un Roi environné de plaifrs, d'humilité dans un Roi comblé de gloire, de prieres & de recueillement dans um Hoi accablé d’occupations, de zèle pour la Religion dans un Roi f appliqué au bien dé À a 1 284 Pour. la Fête état, tant de vertus réunies feroient un prodige dans la paix & le calme des conditions les moins expofées à la contagion du vice :quel nom, mes chers Auditeurs quel nom leur donnerez-vous dans un fi grand Roi ? FE Qu'auroit-il ajouté à fa ferveur, s'iln’ voit pas été Roi ? Il n’auroit pas fait davantage; il l'auroit fait avec moins d'honneur pour la Religion. Ciel & terre, pourrois-je m'ecrier ! foÿyez attentifs à ma voix, je vous préfente un de plus grands fpedacles que la Grace ait donné au monde. Dans le même homme un Jofias par l'innocence , un Davidpar la pénitence, un Antoine par l'amour de lx folitude, une Thérèfe par le don d’oraifon , un Elie parlezèle; & non-feulement <’eft d'un Roi que je parle; mais le Roi dont 3e parle n’eft point un Roi foible, timide, fuperftitieux ; c’eft un Roi guerrier, fage, magnanime : ce n’eft point un Roi inappli que, fans mouvement , fans adion , un de ces Rois dont la main mal aflurée laifle flotter au hazard les rênes du gouvernement ; c’eft un Roi devenu , par fa valeur & fa fa geñle, l'arbitre des Rois, l'admiration de l'Europe, l'inquiétude de l’Afie, la terreur de Afrique. Ak ! Chrériens une fainteté moins finguliere, moins unique, on pourroit la louer: ici ,oneftforcé de fetaire , réduità admirer, d'autant plus qu'à l’efprit de ferveur Louis ajoute l'efprit de fagefle pour concilier toutes les verius évangéliques entre elles, & avec Jes engagemens de {a condition danse monde. de faint Louis. 28< .30.Vous rappelierai-je que parfni fes vertus évangéliques , aucune vertu ne fut établie fur les ruines d’une autre vertu ? L'aufiérité de la pénitence ne prend point fur les fentimens de la charité ; l'amour de la retraite fur les empreffemens du zèle ; la modeftie qui s'enfevelit dans le fecret pour fe dérober aux éloges des hommes , fur la piété qui fe produit au-dehors pour l'édification des peuples x la fermeté qui ne fouffre aucuns fcandales fur la bonté prompte à s’attendrir fur toutes les calamirés; la ferveur de Louis, fans excès auffi-bien que fans défauts , ne-néplige rien, elle n’outre rien; elle évite également de donner trop ou trop peu, & elle réunit fi parfaitement les divers genres de fainteté . qu'il feroir fi difficile de décider par quelle vertu Louis fut le plus Saint. Vous ferai-je fouvenir que la févérité des vertus évangéliques n’ota rien à l’agrément des vertus douces & fociales ? la délicatele de la confcience aux graces de Pefprit ® Ja mortification à la complaifance ? Pempire fur les defits de l'amour propre & de la vanitéaux attentions & aux prévenances de lamitié? Ce pénitent fi rigide, fi auftere, c'eft le meilleur, le plus tendre des fils, des peres ; des freres , des amis. Cet homme d’oraifon, ce contemplatif f. profond, nos hiftoires ne fe laffent point de parier de la noble fimplicité, de l’aimable liberté qui régnoit dans {a Cour, des charmes de fa converfation , de la douceur de fes manieres >; enforte que pour fe rendre habile dans la fcience de 4186 Pour la Fête . - s'infinuer, de gagner , de plaire, le courti: fan n’avoit befoin que d'étudier le maître & de limiter. “ Chefd'œuvre de fageffle & de génie d'autant plus admirable , que Louis ne fe borne pas à concilier les devoirs de la religion avec les devoirs de la raifon; qu'il réuflit à concilier les bienféances les plus rigides de la fainteté la plus fervente, avec les bienféances les plus délicates de fa plus haute élévation ; que le Roï n’effaça jamais le grand Saint ; que le Saint n’obfcurcit jamais le grand Roi. Je ne cite que quelques traits ; le détail exa@ feroit infini. Vous favez que Louis ne {e laiffa jamais éblouir. par l’éclat de la couronne ; mais s'il n'oublie point que devant Dieu le Roi n'eft qu'un homme, il fe fouvient que dans le Roi tout l’état doit refpeéter fon Souverain ; que les plus grands Seigneurs, que les Princes de fon fang ne font diftingués que par lhonneur d'être les premiers de fes Sujets. Le Comte d'Anjou fon frere, affecte des procédés d'indépendance ; Louis Parrête dès les premiers pas ; il oblige la fierté de ce génie altier & hautain à plier fousles loix, à révérer l'autorité du fceptre ; & par la fermeté avec laquelle ilrégne fur un Prince f voiïfin du trône , il annonce , il fait fentir à la France qu'elle r’a qu'un maître qui veut 8 qui faura l'être. Voilà comment pente, païle , agit en Roi, ce faint fi détaché du trône. _ Vous favez combien Louis fut ennemi du afte & du ton d'empire, Mais f aucun Chré: x de faint Louis. 387: tien ne remplit plus parfaitement les devoirs: de la modeftie & de la fimplicité évangélique , aucun Monarque ne déploya plus hau- ” tement la jufte fierté &c le noble orgueil du diadème. Des complots adroitement tramés éclatent tout à coup ; il fe trouve envelloppé par une armée que chaque inftant va rendre plus nombreufe; bafleffe d'une trop fouple complaifance , détours d’une lente négocation, perfidie de promefles trompeufes ., reffources d’un courage vulgaire, Louis les: dédaigne , perfuadé que l’on fe fait fentir 8 refpeéter autant que l’on fe fent, que lon fe refpeéte foi-même; & que quand le Prince fe fouvient de ce qu'il eft, il faut bien du temps & des efforts aux fujets pour l'oublier > ik fort , il s'avance, il fe montre; les rebelles ne peuvent foutenir le feu de fes regards: _& la majefté impérieufe de fes paroles ; leurs: bataillons s'ouvrent &luilaiflent un libre paffage. Voilà comment il n'a befoin ni de la pompe du trône, ni de la force des armes; comment il n’a befoin que de lui-même pour être Roi, pour fe faire obéir en Roi; ce: Saint de tant d'abnégation, de modeftie &cd'humilité. Vous favez que Louis ne fut que paix & : filence , que douceur & bonté: or, avec quelle intrépidité ne brave-t-il pas l'audace infolente des Miniftres: d'un Prince fangui-. naire?avec quelle hauteur il les écrafe du poids de fa grandeur, & les méprife en Roi qui n'a que le Ciel à craindre ? Ts fuyent épouvantés; la terreur les fuit au-delà des 288 Pour la Fête mers; elle fe communique à leur maître; if sécrie qu'enfinila trouvé un Roi qui eft Roi, & Louis voit ramper aux pieds de fon trône cet homme de fang & de meurtres, dont les fureurs avoient rendu fes tributaires les plus puiffans Monarques ; c’eft qu'ils n’étoient Rois que par l'étendue de leurs états; Louis left par le cœur & le fentiment , avantages que la pourpre ne donne pas toujours. Voilà comment il eft plus Roï que lés plus grands Rois , ce Saint de tant de paix & de filence , de tant de douceur & de bonté ! Vous favez que fidele imitateur du Dieu crucifié , Louis trouve dans les chagrins qu'on lui fufcite , deux plaifirs; celui de {ouffrir, celui de pardonner : ce qui n'intéreffe que fa perfonne n’allume point la foudre ; mais elle eft prompte à partir contre ce qui. intéreffe la gloire du fceptre , ou la tranquillité des peuples. Ces Grands coupables , les Ducs de Bourgogne, les Comtes de Touloufe, de la Marche, de Coucy , ne défar-: ment fa juftice que par la plus profonde foumiflion; Louis ne leur accorde loubli d’une premiere faute, qu’en les réduifant à l'impuiffance d'en commèttre une feconde. Voilà comme ce Saint, avide de fouffrances , lors même qu'il pardonne en Chrétien , ne pat-. donne cependant qu’en Roi les crimes com mis ou projettés contre l'Etat, Vous favez quel fut l'amour de Louis pour la Religion , fon refpe@ pour les Miniftres du Dieu vivant ; mais fa Religion fut une Religion éclairée, fon refneét un refpect fage & digne de faint Louis. 289 digne d’un Roi. Trop inftruit pour ne pas connoitre la puiflance qu'il avoit reçue, aucun Prince ne diftingua mieux , entre les ufages & les abus ; les droits & les ufurpations, l'autorité établie par Jefus-Chrift, &r les pretentions formées parles hommes. La puiffance eccléfiaftique fort-elle des limites que le Ciel luia marquées , Louis fert à la puiflance temporelle de rempart & de défenfeur: la puiffance temporelle entreprend-elle d’opprimer le Sanétuaire , la puiflance eccléfaftique rencontre dans Louis un protecteur. Dans ces divifions fatales qui agiterent le Sacerdoce & l'Empire, Louis , également refpe“té & redouté par l’un & par l’autre, ne fe déclare ni pour le Pontife qui femble vouloir envahir le trône des Céfars, ni pour le Monarque qui femble vouloir ufurper l'autorité des Pontifes. Appliqué à maintenir les auguftes prérogatives dela couronne , il protefte hautement que, parrapportà fon gouvernement politique & civil ,la France ne connoit point d’autres maîtres que fon Dieu & fon Roi : Dei cujus folius ditioni, regnum noftrum femper fubjeétum fuit. Je-me flatte, Mefleurs, que comme bon François vous prètez une attention favorable à ce récit, & que vous pen- {ez avec plaïfir que cet éloge d'un Roi fi jaloux de l'indépendance de fa couronne, eft cependant léloge d’un grand Saint. Je me perfuade auffñi que comme vrais Chrétiens & zèlés Catholiques , vous vous fouvenez volontiers que Louis fut l'appui de l'Eglife, le defenfeur de fon autorité fpirituelle, le ven- Tome VI, Bb. 296 Pour la Féré la religion lui infpire la courage néceffare | pour les remplir. En effet, cette divine pro: vidence , que les Rois font chargés de repréfenter, quels traits la caradérifent que nous ne retrouvions dans la conduite de Louis autant qu'il eft donné à l'homme d'imitér la : conduite de Dieu ? Sera-ce cette noble indé- Pendance marquée dans le Prophète, lorf qu'il dit que rien n’eftnéceflaire au Seigneur ; & que, dans ce qu'il fait pour l'univers, ine cherche point fa propre félicité ? Formé fur cet augufte modèle, Louis ne vit que pour : fon peuple : loin de fe faire quelqu'intérét perfonnel, féparé de l'intérêt public, l'intérêt: le plus cher à une ame fi élevée, l'intérêt de la gloire, il l'immole, fans balancer, au repos de fon peuple. Vainqueur, conquérant , il rentre dans le calme , dés que lavantage - & du Royaume l'y rappelle, & il confent que — fes jours coulent ignorés s'ils deviennent plus utiles. Princes, guerriers par goût , par : Penchant , par ambition, l'Etat ef votte Viétime ; Eouisfe fait la vidime de l'Etat ; Vous afpirez à être de grands Rois, Louis veut être un bon Roi. Ne vous trompez-vous . point ? le meilleur des Rois n’en eft-il pas le Rom. c. plus grand ? Dei enim minifter ef. 13% # 4° Sera-ce cette adivité de la providence ; à laquelle rien n'échappe dans l’immenfité de l'univers ? Louis , dans fon Royaume , voit tout , il entend tout , il préfide à tout, il reçoit toutes les plaintes, il écoute toutes des demandes , il prononce fur tous les intérêts. Point de préférence du courtifan fur de Joint Louis 20%. le peuple ; il eftà rous, parce qu'il eft le Roi de tous. Point de diftinétion entre mO- ment & moment; il eft toujours à {on peuple, parce qu'il eft toujours Roi. Point de différence de féjour en féjour ; à l'ombre d'une forêt , comme dans fon palais, par-tout il régle, if décide, païce que par-tout il eft Roi. Vous diriez qu'il eft cet œil , dont parle le Prophète Daniel, que le fommeil n’appéfantit jamais : ecce vigil. Ses regards fuivent le magiftrat dans l'adminiftration de la juflice 34: ** le militaire dans le gouvernement des troupes ; le financier dans le maniement des demiers publics ; le courtifan dans les détours: de fa politique ; le peuple dans fes vices où fes vertus : ecce vigil. Vous concevez, Metfieurs , ce qu’une vigilance fi exaéte entraine _ de foins & d'attentions ; ilen coûte moins d'être conquérant qué d'être Roi. Souvent ce n'eft que pour fe dérober au travail & à l'ennui de l’un , qu’on fe livre à la difipation & qu'on afpire à la gloire de l'autre. Parce qu'il eft un grand Saint ; parce qu'il eft un grand homme, Louis a le courage de n'être que Roi, Dei minifter efi. ; Sera-ce cette attention de la providence à maintenir Fordre & l’harmonie de l'univers 2: Le génie puiffant de Louis a ramené ces jours de la gloire de Sion ;, lorfque tout Ifraël n'étoit qu'un cœur & qu'une ame. Ce Royaume, compofe de tant de peuples , gouverné par tant de Princes, fous le régne de Louis n'a qu’un maître ; & c’eft la loi. Inftruit que le giaive de la guerre lui eft moins effentiel Dan. «.. 10, 208- Pour la Fête ; que le glaive de la juftice , puifqu'il n’a reçu l'un que pour des occafons, qu'il a reçu — l’autre pour tous les momens, Louis eft le premier comme l'unique juge defon Royau-. me. Ses magiftrats jugent fon peuple ; image de la divinité par la force & l'empire de ce coup d'œil du maitre, devant lequel fuient. la violence & l'oppreffion, Louis juge les = re juflices de fes magiftrats : Rex qui fedet in: … — Jolio judicii diffipat omne malum Les abus {ont - corrigés ; les vexations prévenues ou DUNIES ; les injuftices réparées ; les coutumes de la nation fixées ; les tribunaux inacceflibles à la. faveur; les Grands contenus, mais refpe@tés; . le peuple tranquille, mais {oumis ; l'inno-. cence fans crainte ; le crime fans impunité. - N'eft-ce point ici un portrait tracé par l'imagination, fur les defirs du cœur ? Non, c'eft le règne de Louis, tel que nous l’offrent les anciens monumens. Monumens précieux ! la fimplicité, la naïveté de leurs récits, donne de ce grand Roi une idée qui perdroit trop de: fa force , fi l'on eflayoit de la rehaufler par. - les couleurs de l’éloquence. Pour louer des - Roïs femblables à Louis , il faut fe borner à. raconter leurs aétions : De: minifler eft. Sera - ce là bonté du Dieu prodigue de bienfaits ? Chargé par fon titre de repréfentant, de fubftitut de la providence ; chargé = = 9% de la protection du pauvre , #ibi dereliälus cfl pauper , on voit Louis , comme s'il ne régnoit que pour les malheureux, ouvrir chaquejour de nouveaux afyles à lindigence ; faire cou- = ler l'abondance dans les provinces défolées ; : , - de faint Louxs. 299 étudier tous les befoins ; efluyer toutes les larmes ; tâcher de prévenir tous les defirs 3 enhardir à demander par la maniere d’accorder; ne laiffer dans fon Royaume de malheurs fans confolation ; que les malheurs qu'il ignore , & n'ignorer de difgraces que celles qui échappent aux recherches de la - vigilance la plus attentive: Dei minifler efl. _ Sera-ce cette fagefle profonde qui établit, fur des fondemens inébranlables, la paix &c la profpérité des empires ? Les guerres particulieres réprimées ; la licence des troupes arrêtée ; l’ufure profcrite; la police établie & maintenue ; l'agriculrure favorifée ; les arts encouragés ; les ports aflurés ; la navigation protégée ; le commerce aidé & foutenu ; les villes décorées ; la noblefle honorée; le peuple ménage ; le facerdoce & l'empire intimément unis ; lajufte & invariable proportion dans les monnoies : fes loix, fes régle-_- mens , fes ordonnances attefteront, à tous les peuples , à tous les âges, que Louis n'eut pas moins l’univerfalité des talens de Roi, que-des vertus de Saint, & qu'à fon école, le Monarque citoyen , le pohtique vertueux, apprendront autant que le Chrétien : Dei minifler eff. DR … Serace cet hommage d'amour & de reconnoiffance que l'univers rend fans ceffe à fon auteur? Quel Roi régna jamais autant que Louis fur le cœur de fes {ujets? Senti- _ ment qui ne fe borna point à fon fecle: _ dans les régnes fuivans , afin de ramener la fplendeur & l’opulence de l'Etat, Îles grands 300 Pour la Fêté a S le peuple ne propofoient que de rappelle les coutumes & les ufages du régne de faint Louis. Sentiment qui, de fon peuple, s’etendit aux autres peuples. La France, main tenue dans une paix profonde, gouvernée avec douceur & équité, enrichie par le commerce, devenue d’abord lobjet de la jaloufie &r bien-tôt la patrie des nations voifines , la réputation du Prince lui attiroit des fujets ; ce métoit point la France qu’on ve noit chercher, c’étoit Louis ; un Roi qui ne régnoit que pour le bonheur de fes peuples; qui ne régnoit que pour leur procurer un bonheur qu'on ne penfe point àleur ménager, quand on n’eft pas conduit, guidé par la réligion. | - Que ces ames retrécies par les pañlions aviliflent la majefté du trône, s’écrioit faint Aupuftin ! Elles croient que le Prince en a rempli les obligations , lorfqu'il a fignalé fon répne par la magnificence des palais ; par la fomptuofité des théâtres ; par l'abondance dés richeffes , fans penfer à prévenir le ravage que caufent dans les mœurs les fédu@ions de la cupidité & l'audace de Pimpiété : felices res humanas putant, cumtheatrorum moles extruun= tur 6 effodiuntur firmamenta virtutum. Miniftre & repréfentant du Dieu des vertus , plus que du Dieu de puifflance & d’autorité , le Prince eft Roi pour faire des heureux ; 1] left bien davantage pour faire des Saints. Fidèle à ce grand devoir , tels que parurent dans Juda les Ezéchias , les Jofas, empreffés à extérminer du milieu de Sion les defaint Louis : 30% fuperftitions profanes ; à impofer filence aux Prophètes de menfonge ; tel , confumé , devoré par le zèle de la maifon du Seigneur: ,, .: elo., gelatus fum. Louis faura punir le fcan- 2, = > dale ; flétrir & intimider le Vice ; déraciner y. 20° R fureur des duels ; épouvanter limpièté facrilége du blafphème ; encourager la pièté, la dégager, l’affranchir de la fervitude du réfpe@ humain ; exciter à la vertu , ala pratique des devoirs, par l’efpérance de la faveur du maître. I faura frapper , fubjuguer l'efprit des peuples, par la pompe du culte extérieur ; décorer les autels ; enrichir le fandtuaire ; ménager des afyles à la ferveur , qui fe plaît dans le filence du défert ; établir dans fon Royaume des fociétés religieufes dévouées à combattre le vice &c l'erreur ; difiiper les reftes de cette fanguinaire héréfie des Albigeois, qui avoit échappé au zèle & à la vigilance de Philippe Auguñte ; maintenir le refpect dû à latribu fainte, & l'engager à e refpecter elle-même. Louis faura agir, gouverner en Roi ; juftement perfuadé que les vertus font la vraie prolpérité de l'Etat, les intérêts de l'éternité, le grand intérêt du peuple : Dei minifler efr. Ne vous femble-t-il point , mes chers Auditeurs, que ces foins de l'Apôtre dégradent le Monarque ? Ah ! de quelle douleur profonde & amere il auroit été pénétré ce grand Roi, silavoit prévu qu'il viendroit un temps où fon peuple rougiroit prefque pour lui de fon zèle & de fa religion ? Permettez-moi de l'avouer , Mefhieurs, je vois ce que nous 502 —- Por 7 Lie ee avons perdu pour le Ciel à cette révolution d'idées & de fentimens ; je ne VOis pas ce ES) pe que nous avons gagné pour la terre ; je ne Vois pas par quelle vertu morale on remplace les vertus évangéliques, ni ce ui pourroit geliques, qui p me confoler, comme citoyen, de ce que je regrette, comme Chrétien. Quand lEtat aura moins de Saints, aura-t-il plus de grands hommes ? Appércevons-nous qu’à mefure que la foi difparott , l'équité, la gravité, la dêcence , l'étude dés loix fe perfe@ionnent dans le fan@uaire de Ja juftice : l'application, la capacité, le défintéreffement , la fuite du luxe & dela molleffe dans Pétat militaire ; la pudeur, la modeftie , la bienféance dans le fein des familles : l'amour du peuple dans CEUX qui préfident à la fortune publique; Pamour du bien public dans les particuliers ? Ne voyons-nous Pa$ au contraire la Religion hautement vengée de nos Outrages par l'opprobre de nos mœurs ? Ah ne nous y trom- POnS pas , Meïlieurs, ce font les mœurs qui foutiennent ou qui détruifent les empires. Fiers des lumieres que fe vante de répandre Parmi nous cet efprit philofophique, dont On étale avec tant de fafte les progrès & les découvertes, nous: infultons à la fimplicité des temps & du peuple de faint Louis. Ils navoient , j'en Conviens , ils n'avoient que les talens de probiré » de vérité, de valeur, de défintéreflement, de Magnanimité , de bon cœur, d'amour de la region & de la Patrie. Ils ne favoient que vivre & mourir Pour leur Dieu & pour leur Roi Nous dates =N _ de faint Louis. avons les talens de fpéculation , de difcufion, de fyflême ; celui de penfer avec finefle, de | nous exprimer avec grace, de difputer , de raifonner , de fubtilifer fur tout , de méprifer tout, excepté notre fiécle & notre mérite * perfonnel. C’eft-à-dire | qu'ils avoient les talens qui préparent , qui font naître la gloire des empires. C’eftä-dire ,- que nous avons les talens qui, dans tous les temps & parmi toutes les nations , furent d’abord [a fuite, bien-tôt l’écueil & la ruine des profpérités de l'Etat. Ces talens, par lefquels un peuple brille pour quelques momens ; par léfquels il ne tarde pas à fe corrompre, il tombe, il ne fe releve jamais. Rome ( je me refufe à ce trifle préfage ) Rome avoit la candeur & la ‘implicité du fiécle de faint Louis, lorfqu'elle touchoit aux jours de {a {plendeur ; Rome n'eut pas long-rems le génie de notre fiécle, fans perdre fes vertus, &, avec fes vertus, l'empire de l'univers. Qu'on diflerte tant: qu'on le voudra fur la caufe de cet enchaînement fatal, expérience de tous les âges décide que ce prérendu efprit philofophique ne devient point l’efprit dominant d’une nation, fans affoiblir, dans toutes les conditions, l'éfprit de citoyen ; il ne donne, prefque toujours , à l’État que de mauvais fujets ; quels Rois donneroit-il aux peuplest Je veux lignorer. Je fais quels Rois forme la religion de faint Louis; modèles des talens qui font le bonheur & la tranquillité du penple; modèles aufli accomplis des talens qui font la gloire & l'autorité du maître. 304 Por la Fête 2°. Occupé par un Saint, le trône ne perd rien de fa gloire. Oui, Meffieurs , & aucun de nos Monarques n’en a mieux foutenu la dignité. Louis fut autant qu'eux maître & Roi , & il le fut dans des temps où il étoit bien plus difficile de l'être. Alors le. Prince naifloit pour être Roi; il ne le devenoit que par les talens. Le trône donnoit le droit à l'autorité, le mérite {eul en donnoit la poffefion. La couronne avec beaucoup de vaflaux, elle avoit peu de fujets. Ce n’étoit point fur les peuples qu'il s’agifloit de régner, c'étoit fur des Rois d'Angleterre, deN avarre, fur des Ducs de Bourgogne & de Bretagne, fur des Comtes de Flandre, de Champagne, de Touloufe & de Provence , fur des Princes aufhi puiffans que leur Roi, À la tête d’un pareil empire |, un Monarque d’un génie médiocre pouvoit conferver ce que la naiffance lui avoit apporté , le titre de Roi. H recevoit des hommages , il ne régnoit pas. Le plus grand Prince n’étoit Roi » que parce qu'il combattoit fans cefle pour l'être. Louis change la deftinée du trône : fi les commencemens de fon régne {ont troublés par les révoltes, à travers la tempête &r les orages, il marche d’un pas ferme & afluré , il détruit les fadtions , il rompt les Complots , il difipe les armées. Ces vaflaux f redoutables rentrent dans la foumifion ; & ils n’en fortent plus. Depuis Louis, pour être véritablement Roi ; il n’a fallu que naître dans la pourpre: il ne fut pas feulement Roi pour luimême, il le fut pour fa poñtérité ; il.ne fut pas feu- : lement de faint Louis. . 305$ nee Roi , il lefut avec un éclat qui égale. qui efface . être la gloire des plus grands Rois. È L'hiftoire nous préfente des Rois célébres par leur valeur. Ah! ce Roi fi fervent, fi {olitaire , ne troublez pas {on repos. Au pied de l'Aurelil prend les foudres & les tonnerres ; le Dieu des batailles le dévance, la viétoire le fuit ; c’eft un Judas Machabée terrible au fortir. de la priere. Oublions tant d'a@ions mémorables , ne rappellons que la journée de Taillebourg , lorfqu’on le vit prefque feul foutenir les efforts d’une armée entiere, & tel qu'un torrent, après avoir franchi les digues qui arréroient l'impétuofñité de fes flots , entrainer , renverfer , écrafer les bataillons ennemis ; humilier la fierté An: gloife ; & par un combat unique pofer, établir fur les débris d’une ligue formidable , les fondemens affurés de l'autorité de nos Rois, & de la tranquillité de l'Etat. Heureux préfages , brillantes prémices de cette audace héroïque devant laquelle on verra tomber fes rernparts de Damiete , la mer d'Egypte . reculer , pour ainfr dire. , épouvantée ; PAfrique & l’Afe courir enfevelir leur confternation , & l’opprobre de leur fuite dans les fables de leurs déferts. — Nous admirons ces Monarques que ja profondeur de leur politique rend redoutables fans armées , conquérans. fans combats & fans viétoires. Louis n’honore pas moins le trône par fa fagefle que par fa valeur. Avec .-quelart il diflipe les fa@tions par des alliances, Tome VE, .Ce 312 = Pour la Fête pables de ralentir fon courage & d'alarmer fa fagefle ; qu’on avoit vu Godefroy de Bouillon avec les débris d’une armée ,» amas fortuit de diverfes nations, élever dans Jérufalem un trône, qui, vainqueur des Muful- Mans, n'a péri que par les divifions & les perfidies des Chrétiens. Je n’ajouterai point que Chypre, Conftantinople , foumis à des Princes de la Communion Latine ; donnoit à Eouis des facilités que n'eut point Godefroy de Bouillon. N'importe , tout ce qui offre empreinte du zèlè n’eft point du goût de notre fiécle : grandes ames / les Frédérics en Allemagne, les Richards en Angleterre, les Philippes Auguftes en France, que les fougueufes déclamations de nos Philofophes ne vous alarment point pour votre gloire. Malgré leurs vaines clameurs , vos noms demeureront chers, votre fouvenir fera précieux à la poftérité, L'audace même de ces génies critiques femble vous refpeéter. II eft vrai que vous ne vous offrez point à leurs yeux avec la tache qui femble flétrir la gloire de Louis. Dans une guerre Sainte vous portiez des pañons il n'y “Porta que des vertus.On vous pardonne d’a- Voir combattu pour Dieu , parce que vous ne le ferviez pas avec autant de zèle & de ferveur. Louis ne fe montra pas moins que vous, foldat &c capitaine ; mais il étoit Saint, voilà fon crime: on ne lui pardonne ni d’avoir ea- -trépris , ni d’avoir échoué comme vous. Je me trompe : vous avez échoué ; Louis a réuf -# Soyons Chrétiens | entrons dans les profondeurs de faint Louis. 3 13 fondeurs adorables de la Religion. Que nos idées vont s'étendre & s’ennoblir! Le célébre Abbé de Clairvaux les déploroitavec des larmes ameres les jours où par une inconféquence dont le cœur humain n’eft que trop capable, on vit les Princes & les peuples dèshonorer par leurs vices la Religion qu'ils s’empreffoient à à défendre par leurs armes. LeSeigneur fe propofe d'effacer la trace de leurs fcandales, d'inftruireles Nations , & de leur apprendre à diftinguer entre le Chriftianifme &. les Chrétiens. Il fe propofe de leur prou- : ver la divinité de fa Religion par un kéroiïfme de vertus que fa grace feule puifle produire. Il fépare Louis pour ce minifiere. Une guérifon miraculeufe attefte fa vocation; il part silarrive; les armées ennemies fe difipent à fon afpe&, comme la poufliere que le vent apporte dans les airs. L'Orient épouvañté prépare fes hommages , &attend fon maitre, O Dieu que vos voies font impénétrables : la térreur ne marche devant Louis, la Viétoire ne l'annonce avec tant de fracas , que pour rendre l'univers plusattentif au bruit de fa chüte ! Qu'eft-elle devenue cette armée conquérante ? Empruntons le langage du. Prophète ; un jour a dévoré fes forces & fa gloire. La voix du Dieu des combats a retenti d'un bout à l’autre de l'Egypte ; elle a rappellé les vaincus , elle a ranimée leur audace. Is accourent guidés par la fureur. Déja ils ne font féparés de leur proie que par un foible retranchement. Enfermé entre le Nil & leurs bataillons, Louis n’apperçoit fous fes Tome VI, D 314 … __ Pour la Fête a drapeaux qu'un petit nombre de foldats, ref. tes infortunés de la fanglante journée de la Mañloure. se . Plaine de Tunis, Montagne de Sinaï, Mer d'Egypte, vous comptez lès momens ; vous vous rappellez votre gloire ancienne, lor£ que vous fütes confacrées par tant de miracles. Vous vous attendez que Ja nuit va pren. dre la place du jour ; qu'entre vos flots fufpendus , l'Ifraël nouveau va trouver un libre Paflage, Vous favez que le Dieu de Louis n'eft pas moins puiffant que le Dieu de Moife. Il 'eft pas moins puiflant , c’eft le même Dieu; mais il a bien d’autres deffeins lle Dieu de Moiïfe fe fignale par des prodiges de terreur & d'épouvante, parce qu'il veut fe montrer le Dieu de force, & prouver à Pharaon limpuiffance de fes frivoles Divinités le Dieu de Louis Veut fe montrer le Dieu des vertus, & prouver au Mufulman l'impofture de fa profane fuperfition : or, puifqu’il veut fe montrer le Dieu des vertus ; il néténd , il ne veut étendre fon bras que pour porter des coups plus rudes. Il commande donc à la pefte & à la faim de feconder par leurs ravages les fureurs de la guerre. Le Camp ne referme que des morts & des mourans , le fleuve ne roule à la mer que des cadavres , le Ciel & la terre combattent contre Louis. [plie , il fuccombe, il eft dans les fers. Mais qui l'auroit prévu ? C'eft des profondeurs ténébreufes de l'abime où Louis tombe , que fort le plus beau triomphe de la Relision, de faint Louis. TS En effet , fi les fuites avoient répondu aux premiers événemens de la guerre, que les Infideles auroient-ils admiré dans Louis, que . ce qu'ils avoient admiré tant de fois dans leurs Princes ? de la bravoure de la capacité de la fortune ; par conféquent afin de les dompter, de les humilier , afin de leur faire fentir Ta divinité de l'Evangile, que faut-il? il faut leur préfenter dans un adorateur de Jefus-Chrift ‘une immenfiré de force & de courage dont leurs plus grands héros n’avoient donné aucun exemple ; il faut leur préfenter des vertus qu'ils m'ayent point vues, des vertus dont ils n'ayent point d'idées, des vertus qu'ils ne puiffent point efpérer d'imiter:or, voilà ce que fait Louis. Fiers Sarrazins ; Venez jouir du fort heureux des combats ; préparez-vous à vous raflafher , ainfi quele Philiftin, des opprobres de Samfon défarmé ; où plutôt venez étudier ce qu'eft un Chrétien digne de porter ce nom augufte & capable d'en foutenir la majefté. Ils entrent ; ils inondent la tente de Louis , avec le bruit des flots d'une mer irritée. À peine Louis femble les appercevoir : la paix, lecalme , une noble &r modefte fierté, fon air, fon maintien, la férénité de fes regards, tout annonce Île Roi, rien ne mon- _ tre le captif. En vain ils cherchent quelques veftiges de leur viétoire ; Louis en a faifi les honneurs ; il leur en a enlevé la gloire. Cette _intrépiditéfi douce , fi tranquille , fi naturelle, {ans efforts, fansoftentation , efface leurtriom- ‘phe &leurapprend que pour être leur maître, Louis n’a pas befoin d’être leur vainqueur. d ï 3.16 .… Por la Fére Que le Se@tateur de Mahomet déploie Maintenant fes faftes , il nous montrera l'A- fie l'Afrique, l'Europe englouties par fes Conquérans , & le trône de fes Calife, élevé ur les ruines de l'univers :il nous montrera donc ce courage qu'enfantent les paflions , _& qui ne fe foutient que par la profpérité : ilne nous montrera point cette fermeté de raifon & de réflexion ; cette magnanimité -qui furvit au bonheur, qui dompte & mat- -trife l'adverfité. Le plus illuftre de fes Sul _tans , Bajazet, nommé le foudre de guerre, éprouve dans la Natolie le fort de Louis en Egypte: Epargnons à la mémoire de ce Prince -infortuné le recit de {à douleur, de fes fureurs , de fon défefpoir. Quelle diférence de Louis à Bajazet / Non ; la différence n’eft -pas tant de Prince à Prince que de religion à religion. - Bajazet étoit tout ce qu'un grand homme . Peut être quand il neft pas Chrétien. il eft .Léfervé À la grace & aux vertus évangéliques d’enfanter cefublime de Courage héroïque -quine fait defcendre & s’abaifler que dans le fucces, s'aggrandir & s'élever que dans la difgrace. Fnfiruit à leur école ; dans le Louvre : fur Je trône; au fein dela viétoire , paifble 6t modefte citoyen ; dans les fers ; Monar- _que fier &impérieux , autour duquel tonne -la foudre, & qu’environne la terreur ; Louis répnera fans fceptre , fans fujets ; il régnera _jufques furdes Peuples dont il dédaïgne d'être le Roi. Les Sarrafins lui offrent le d'adème teint du fang de leur maître; Louis fait trembler, = de faint Louis. 417 d’un coup d'œil, ces lions accoutumés au carnage ; ils révérent , dans leur captif, la majefté qu'ils viennent d’outrager dans Jeur . Soudan victorieux. + Rejettés, rébutés , ils Juipropofent de fixer le prix de fa rançon; Louis répond qu'un Roi ne fe rachete qu'enRoï, par des villes & des provinces. Ils acceptent ; ils foufcrivent; on diroit qu'ils neluirendent pas la liberté , qu’ils la reçoivent. Concluons. À ne confidérer la guerre fainte que comme une guerre de nation a nation , Louis a échoué. À la confidérer , pour parler ainfi , comme une guerre de religion à religion , Louis a réufh. Si vous le voulez , Louis éft vaincu : le Dieu de Louis eft vainqueur. Les foldats de Ma homet triomphent ; leur Prophète fuccombe. Les vertus de Louis ont “déployé dans ces contrées profanes toute la grandeur, toute Ja divinité de fareligion. Les defleins de ‘la providence font donc remplis? Aufh, remarquez-le , aufli la carriere des guerres faintes va fe fermer , &, après Louis, elle ne s’ouvrira plus ; ou fi du feu qui vient de s'éteindre il fort encore quelquétincelle , foïble &L à peine apperçue , elle s'évanouira fans laïfler aucune trace de fon pañlage. Louis avoit appris à l'univers comment les héros de l'Evangile foutiennent la difgrace; il va leur montrer comment ils meurent. La providence le conduit devant les remparts de Tunis. Le glaive fe lève pour la féconde fois, &ilne fe retirera qu'après avoir immo= D 318 = Pour la Fe lé la viétime. Louis voit partir le coup ; comment le voit-il ? I] le voit en grand Roi, en Brand Saint. En grand Roi dont le zèle, pour la félicité de fes fujets, ne fe borne point au petit nombre de jours pendant lefquels il fut leur Roi. Il trace à fes fucceffeurs les loix d'un gouvernement propre à prévenir toutes les révolutions ; à réparer toutes les difpraces ; à rendre la France viétorieufe de tous les ravages du temps, de tous les complots des nations jaloufes. Prêt à quitter le fceptre , il s'occupe de l'intérêt de lEtar ; non en Monarque que le trône fuit, mais en Prince que le trône attendoir & {à préparoït à recevoir. En grand Saint : abaiflement de l'humilité, larmes de Ja pénitence, gémiflement de la priere, extafe & raviflemens de la Contemplation, lumiere & enthoufafme prophétique , ardeur & impétuofité du zèle, defir & foif du martyre, feux, flêmes , incendies du pur amour. Entraîné { j'emprunte les exprefions des livres faints ) entrainé par les flots, par le torrent de la divine charité, il s’élance » il fe précipite dans le fein du Dieu qui l'appelle, Preflés, entañlés autour du Monarque expirant , l'héritier de la couronne, les Sei- Bneurs de fa cour, ces vieux Capitaines , ces braves guerriers, Compagnons de fes combats & de fes viétoires , contemplent , dans un religieux filence » le plus beau fpectacle que le Ciel puïfle offrir à la terre; un grandSaint, quia vécu » Qui meurt en grand Roi ; un grand Roi » Qui a vécu, qui meurt de faint Louis. 319 en grand Saint: dedit Deus latitudinem cordis , _ quafi arenam qua ef in littore maris. Louisdifparoir à leurs regards ; le camp n'eft que douleur, confternation, 8r aucun Roi ne fut pleuré avec autant de larmes. Mais, mes chers auditeurs, un Roi fainton le pleure bien autrement que jes autres Rois. Ceux-ci, on pleure fur eux plus que fur foimême; on perd beaucoup ; on voit qu'ils ont peut-être tout perdu, & que , dans cette région nouvelle qu'ils habitent , loin de pouvoir contribuer à notre félicité, ils auront long-temps befoin que notre reconnoïflance c’intérefle à leur bonheur , par fes vœux &c fes prieres. Les larmes que Ja mort de Éouis fait répandre , coulent d'une fource bien plus glorieufe à fa mémoire. La France fait qu'à cet inftant commence le véritable régne de fon vertueux Monarque, & qu'en perdant un pere, elle gagne un proteéteur- Elle trempe donc de fes pleurs les cendres de Lous , & elle les honore; elle le regrette, & elle linvoque ; elle fe rappelle fes bienfaits, &c elle le conjure de les lui continuer : elle fouhaite des Rois qui lui reffemblent , & elle s’adreffe à lui pour les obtenir du Ciel : les plaintes, les cris, les gémiffemens de fon amour défoie le fuivenr , accompagnent dans le tombeau; fon culte l'attend fur l'autel, & elle le croit plus fon maitre, {on Roi que lorfqu'il occupoit le trône. Que dis-je ? il l'occupe encore , & ils’accomplit loracle qu'un Roi faint régnera dans fa poftérite pendant une longue fuite de fe AN 320 Pour la Fête Proverb cles: tronus Jus firmabitur. Qui {ont-elles , OÙ . 27: %: {ont-elles les maifons de Suabe , d'Autriche, de Navarre, d’Arrason , de Caftille, d'Angleterre qui régnoient dans les jours de Louis ? Le temps a fout entraîné & confumé ; d'au: tres races auguftes font entrées dans leurs droits ; elles ont recueilli leur héritage ; & 7 Par leurs vertus, elles confolent l’Europe de tant de pertes ‘au lieu que la fource du fang de Louisne tarit point. De cette tige féconde for: tent fans ceffe de nouveaux rejétons , & fon trône n'a recu, nous l’efpérons , il ne rece- Vra que fes defcendans : ons eJuS 1 æternim Jérmabitur. - : ; Mgr. le O chef & pere de l'Augufte maifon des es Bourbons, avec quels trañfports de joie VO- Po tre France vous voit renaître dans un Prince qui, par h piété la plus hautement; Ja plus invariablement décidée : par l'étendue du génie, les graces de lefprit, Ja fupérioriré dé talens, lanobleffe & l'éleVarion de fentimens, la bonté, la génerofité du cœur, l'application conflante à s'infruire dans la fcience des Rois, promet de vous rendre toutentier à la gloire de Ja religion, à la félicité de Ja nation, a l'adminiftration de l’univers ! Avec quelle complaifance VOuS-contemplez-du haut du Ciel votre trône environné d'autant de vertus qu'il le fur dans les jours de votre ré: gne; votre royale famille renaître, fe re- Produire dans la mere, dans l’époufe, dans les fœurs de ce grand Prince & nous préfenter , après tant de fiècles |, des Plan: ches de Caftille > des Tfabelles de France : \ de faint Foie 327 fans autres difference que ‘celle des noms & des temps. O Dieu de faint Louis ; ne nous retirez point des bienfaits f précieux / {7 Dominus : Deus nofter nobifeum , ficut fuit cum patribus noffris . es ed inclinet corda noftra ut atnbulemus 1 univerlis Viis ejus. Lib, z À. €» $ Ve S7+ 58 Quel œil de votre providence, ouvert {ur la France, guide tous les pas du Monarque que vous lui avez donné dans l'abondance de vos miféricordes , & que vous lui avez confervé partant de miracles. Ecoutez, exaucez , les vœux que forme notre Ride dévouement pour fa perfonne facrée. Ordonnez que fes jours s'étendent dans un long avenir ; qu'aucun fouflile n’en trouble le calme; qu'aucun nuage n'en obfcurcifle la ferénité, & qu'ils lui foient auf utiles pour le Ciel, qu'ils font chers & néceflaires à la terre: f# Dorinus Deus nofler-nobifcum > Jicut. fuit cum patribus nofiris… fed inclimet corda nofira ut ambulemusin univerfis viisejus. Soyez notre Dieu, ainfi que vous fûütes celui de nos peres. Que nos Princes fe montrent toujours le digne fang de faint Louis ; que nous foyons toujours dignes d’être fon peuple , afin qu’après avoir imite fes exemples, felonnotre érat &rnotre condition, nous arrivions au bonheur dont il jouit. Aïnf foit:il. Lorfque ce difcours fut prononcé a l’Académie Françoife , on lifoit après ces mots sr0- nus ejus_ firmabitur. - O Dieu de faint Louis, continuez les heu- 328. Table 6 Analyfe craint tout...... Elle joint à la vigilance l’hu-. milite la plus profonde... Dans tout ce qu'on lui prédit, elle ne voit point le Dieu de juftice qui couronne le mérite ; elle ne voit que le Dieu des miféricordes qui prodigue fes graces... Hommes fiers de votre naïflance, de vos emplois, de vos talens, de votre fagefle, de votre dévotion peut-être qu'ici votre orgueil tombe & fe confonde. Environnée de gloire & de vertus, Marie n'apperçoit ni fes honneurs, ni {on mérite. Elle vous préfente le fpeltacle d’un ame fupérieure à la plus fublime grandeur ; elle le fut encore aux plus triftes difgraces, Pap. 19. 23. IT. Partie. L’ame de Marie fut-elle auf fupérieure aux difgraces qu'à la gloire & aux honneurs ? Jugeons-en par la maniere dont elle foutint les épreuves auxquelles l'a mife fon amour pour fon fils, par la maniere dont elle foutint les épreuves auxquelles l’a mife l'amour de fon fils pour elle... _ À peine at-elle prononcé ces mots déciffs ; voici la fervante du Seigneur; qu'il me foit fait felon votre parole ; que de nouvelles deftinées fe forment pour elle ; ‘plus de jours fereins & fans allarmes; chaque heure, chaque. inflant lui amene un nouveau fujet de deuil & de pleurs. ..., Quel fort, grand Dieu, vous réferviez à un amour fi tendre & fi légitime !.. Ce Dieu qu'elle aime, ce Fils quelle adore, elle le voit naître; en quel état? .... Une caverne fauvage, un antre folitaire, une crèche : voilà ce qui li refte de lopulence de fes aïeux, & l'unique degré que Marie ait à Iui préfenter pour remonter au trône de fes ancêtres... Jefus croit , fous fes yeux, en âge & en fagefle ; elle fait qu'il ne croit que pour le Calvaire, ,, Son amour È SS (= f r = rs : des Sernonse 2209 de tous les amours le plus contrifté, le plus défolé ; mais c’eft un amour plus épuré. . :.+ Marie étoit la mere d'un Dieu; taifons-nous & admirons. Admirons une ame plus grande que les épreuves auxquelles Pa mife fon amour pour fon fils ; une ame plus grande que les épreuves auxquelles Va mife l'amour de fon fils pour elle. Pag. 23-31. 20. Jefus aime Marie : comment ne laimetoit-il past... Pourquoi donc Jefus veut-il que Marie foit expofte à tant d'épreuves ? c'eft quil lui voit une ame trop grande ; trop noble pour avoir befoin de ces méñnagemens; de ces appuis fur lefquels fe repofe la forblefte humaine :... c'eft quilétoit digne de la mere d'un Dieu crucifié de marcher de plus près furles traces fanglantes de fon fils , de limiter dans la pratique des vertus qui demandent les efforts les plus pénibles & la vigueur la plus intrépide du courage héroïque ;... c'eft que l'amour de Marie ne fouhaite point un autre amour... Des cœurs unis par les liens d’un amour fi pur & fi faint, ne devoient avoif y’un même fort... Apprenons à foufirir à l'école de Marie, & fachons que les rigueurs apparentes du Seigneur , font l'ouvrage de fes plus grandes miféricordes , & quil ne refue dans le temps que pour donner davantage dans l'éternité. Pag. 31. 40. Sd à M a PSE TER | Sermon pour la Fête de faint Ji ean-Baptifle. 1VISI1ON. Suivons , étudions les mo- | 4 numens facrés ; que verroñs-fnous dans | Jean-Baptifte? un homme marque du fceatr, | “Tome WI. Ee 330 Table € Analyfe de l'empreinte de Jefus, dévoué , Confacré à Jefus , féparé pour l’œuvre de Jefus ; un homme dont la naïfflance & la vie ; les difcours & les aétions, la gloire & les vertus fe fapportent à Jefus comme à leur fource & à leur centre ; un homme qui ne fut que pour Jefus- Chrift ; un homme qui ne fut qu’à Jefus-Chrift ; en deux mots , tout pour Jefus-Chrift tout à Jefüs-Chrift : voilà Jean-Baptifte & le partage de mon difcours, TL. PARTIE. Dans Jean-Baptifte tout ef pour Jefus ; & le miniftere qu'on lui confie & les graces qu il reçoit. 1°, L'empire de l’'Homme-Dieu à établir parmi les hommes eft là fin & le terme du miniftere confié à Jean-Baptifte. Car, qu'eftce que Jean-Baptifle , & pourquoi le Ciel le donne-t-il à Ja terre ? ,., Enfant trop heureux ! c'eft par vous que commenceront de couler les jours de ir de de grace : le Meffie : marche für vos pas ; pour paroître , il attend que votre voix lannonce dans Sion. P'æibis enim ante faciem Domini parare vias ejus,... Entre tous les enfans des hommes ; il fera choïfi un homme marqué pour précéder le Meflie ; un homme avant lequel on ne puifle attendre le Meffe , après lequel on ne puifle lefpérer. .. . Or cet homme, c’eft Jean-Paptife. Ah! Chrétiens , que vous dirai-je, qui n’afloibliffe ce que je viens de vous dire t::. Jean-Baptifte paroît : à ce moment cemmence le régne du Meffe voilà fa date, font le Meffie viendra, 3 poque ; jufques-Ià on difoit maintenant 1] vient ; il eft venu... D’après le plan de providence arrêté dans le Ciel, telles étoient les prérogatives , les prééminences de fon miniflere de Précurfeur , que l'Evangile devoit commencer par ui ne pouvoit commenter que par lui, ,.., pt Ru in > ï : EE ER STE DIET : des Serrions. 33 £ = Voilà le but, le terme du miniftere de Jean- -Bapuüfte ; c'eft anfñ le but & le terme des graces qui lui font accordées. Pomi-as so . 20, Jeau-Baptifte eff chargé de faire connoître le Melle à un peuple rempli d'efpérances mondaines ; perdu dans des fonges flatteurs : enchanté par des. illufons fi douces à la cupidiré. .….. le pourra-tril ? Qui, Chrétiens ; & afin quille puifle , Dieu lui donne une autorité de vocation & de mifhon capable de domi- -ner. de foumettre les efprits ; une autorité de graces & de fainteté capable de toucher & -de gagner Îles. cœurs... INaidance illuitre ! -quel fang plus digne de donner le Précurfeur -que celui de cette race privilégiée t.., Naïflance heureufe ! dans le fein d'une fanulle modele de toutes les vertus... Naïffance caractérifée par les _circonftances dont devoit être accompagnée la -naiflance du Précurfeur. .. Naïfflance Miracu— Jeufe ! pour donner à fon peuple les Joteph, les -Samion ,-les Samuël, Dies avoit choifi des me- -res fériles. . . Naiffance précédée .. préparée par les plus grands prodiges.. Teut donc l’autorité de vocation @& de mifhon la plus capable de dominer, de fonmettre les efprits… À cette autorité Dieu ajoute... . Pautorité -de graces & de fainteté à laquelle feule il eft -ordinairement donné de parler au cœur, de fe faire entendre au cœur... Ce feu de l'E prit-Saint qui avoit formé Jefus dans le fein de Marie, fanifie Jean-Baptifte dans le fein d'E- difabeth…. Il eft la premiere conquête de Te fus & {on premier adorateur ; il lui rend les ipremiers hommages; il reçoit fes premieres graces. Graces que le nombre des années ne fait qu'augmenter.. +. Autorité de vocation & de _mifhon ; autorité de graces & de fainreté : c'eit ainfi que la providence prépare Î éan- Baptifte à Eeÿ Ÿ 2 Hands des Sermons. 333 - CE — «SR, a CA) Sermon pour la Fête de faint Pierre. SIVISION. Tu es Chriflus ; voilà la foi de faint Pierre ; nous devons limiter : tu es Petrus ; voilà la dignité de faint Pierre que nous devons refpetter, En un mot, la foi defaint Pierre, qui faitfon mérite devant Dieu, & qui demande de nous une imitation fidele, ce fera le fujet de la premiere partie: la dignité faint Pierre, qu fait fa gloire devant les hommes, & qui demande de nous un attache= ment imviolable, ce fera le fujet de la feconde partie. Page 8x. I. ParrTiE. Foi de faint Pierre... Modèle &t régle du principe qui doit former notre foi, des précautions qui doivent la conferver, de da charité qui doit Panimer, du zèle qui doit accompagner , du courage qui doit la maintenir & la défendre... 12. Foi de faint Pierre; foi toute célefte , toute divine dans fon principe... Etc'eft pour cela qu'elle attira les éloses de Jefus-Chrift, qu'elle attira les récompenfes de Jefus-Chrift. Tu es Petrus.…… quia caro 6 fanguis non revelavit tibi,.. D'où vient le mérite de fa foi chrétienne ? Elle confifts en ce qu'elle €ft un aûte d'obéifflance religieufe , par lequel homme foumet fes lumieres aux lumieres de Dieu, fes connoïlances aux connoiflances de Dieu ; d’où . il fuit que la foi ne peut avoir de mérite de- - vant Dieu, qu’autant qu'elle a Dieu pour unique objet, pour unique: principe : Dieu pour objet, en croyant les vérités que Dienlni propofe ; Dieu pour principe, en ne lescroyant 334 Table 6 Analyfe que par l'autorité de Dieu qui les propofe. Pag. 89: 94. ie 29, Foi de faint Pierre , foi qui s’échipfe dans le péril; elle nous inftruit des précautions de fageffe & d’humilté qui doivent conferver la foi. .... Hélas! Chrétiens ne cherchez point d'autre caufe de la chûte de Pierre que fa préfomption ;.... elle méritoit, dit faint Chryfoftôme , d’être confondue ..., Dieu le permit pour nous apprendre ; par l'exemple de Pierre, De le plus grand homme, dès qu'il compte ur lui-même, dès qu'il s'appuie fur lui-même, n'eft que cendre & poufhere : orgueil, vanité, prélomption , écueils dangereux auxquels la foi qui fe croit la plus pure , la plus füre d'ellemême vient chaque jour brifer & faire un trifte naufrage. ... C’eft ce qui entraîna dans le précipice le Prince des Apôtres. Que fa chûre nous infpire les précautions de fagefle & d'humilité qui conferve la foi / Sa ferveur & fa charité feont le modèle de la charité qui doit animer Ja foi. Pag. 04. 100. 3°. Le cara@tere particulier de faint Pierre fut un tendre amour pour Jefis-Cluift ; un fincere attachement à la perfonne de l'Homme Dieu. ..,. Amour empreffé & attentif; on trouve par-tout faint Pierre qui accompagne Jefus ou qui Pattend.... Amour fidele & conftant qui, à l'exception de fa malheureufe chôte, ne fe laïfle affoiblir @ rebuter ni par le contradiébons. .. par les périls & les peines... Amour plein de courage & d’ardeur ; dès que Jefus-paroît, Pierre , touten fu...,, vole à Jefus fur la furface des eaux... Amour vif 8 impétueux ; amour même , fi j'ofe le dire, trop vif, trop impétueux ; il ne peut entendre Jefus parler de fes opprobres & de {es douleurs , fans être troublé, confterné. . Y des Sermons. 335 Amour tendre & fenfible ; il devient pécheur ; mais il ne tarde pas à devenir pénitent.... Saint Pierre aimoit , nous n’aimons pas. . . Cependant , fans la charité, nous demeurerons dans la mort , nous perdrons le droit à la couronne du jufte. À la charité qui anime la foi, ajoutons le zèle qui la défend. Pag. 1072. 106. = 42. La foi de faint Pierre avoit trop d'amour pour n avoir pas de zèle. ... Avec quelle force il développe les myfteres profonds des écritures , il dévoile les oracles des Prophèêtes, il montre au grand jour la perfidie des féducteurs qui ont abufé le peuple !.., Eclairé par une vifion célefte , il médite la conquête des nations. Inftruits , guidés , excités par faint Pierre , les Apôtres courent aux climats les plus lointains... Foi de faint Pierre, foi courageufe , intrépide dans fon martyre ; modèle du courage qui doit maintenir &t défendre la foi. Pag. 106. ro9. s°. Repréfentez-le vous , tel que fe le repréfentoit faint Chryfoftôme , fur le chemin de Rome : demandez-lui, avecce pere, quel eft fon deffein ?... Voustremblez, vous paliffez, Mefieurs , à l'afpe@ des nuages qui fe raffemblent, de tempêtes qui fe préparent... Saint Pierre voit tout ; il s’expoie à tout : les périls font grands, fon cœur eft encore plus grand! La foi de faint Pierre nous donne un grand exemple; vous l'avez vu: la dignité de faint Pierre demande de nous un grand attachement. Seconde partie. Pag. 109. 114. IT. ParrTie. Dignité de faint Pierre qui, par fa grandeur , demande de nous un attachement de refpelt & de vénération ; par les avantages que nous en retirons , un attachement d'amour & de reconnoiflance ; par l’au- 336 Table & Analyfe torité quelle renferme, un attachement de docilité & de foumiflion. 1°. Dignité la plus fainte dans fon origine, & vifiblement marquée du fceau de la divinité. ,.. Dignité la plus univerfelle dans fon étendue, ,.. Dieu feul eft le Roi du monde, & cette univerfalité d’empire , il Pa communiquée à faint Pierre dans l’ordre fpirituel.. Dignité la plus conftante dans fa durée. .... Que de guerres allumées contre l'Eglife / que de puiflances conjurées à fa perte ! que de foldats armés pour fa ruine !,..:..: Si elle pouvoit périr , depuis long-temps elle ne feroit plus... Dignité de faint Pierre, qui, par les avantages que nous en retirons, demande de nous un attachement d'amour & de reconnoiffance. Pag. 114. 121. : 29. Car, que ferions - nous? que deviendrions-nous , s'il ny avoit dans l’Eglife un centre d'unité pour réunir tous les efprits & tous les cœurs ? Confidérez. ce qui fe pañle dans les feétes féparées de l’Eglife Romaine, . .:. Livrés à linconftance & à la mobilité de leur fragile raifon, les hommes ne favent au jufte ni ce qu'ils penfent , ni ce qu'ils doivent penfer.… Ils errent d'opinions en opinions, de fyflêmes en fyflêmes, . .. & devons-nous en être furprist.... [lne peut être renverfé, ce plan de gouvernement & ‘de dépendance, qu'il ny ait autant de religions oppoiées qu'il y a de différens efprits...,. Autant donc que nous aimons lapaix , autant l’autorité de faint Pierre doit nous être chere. Nous ferons pour nousmêmes tout ce que nous ferons pour elle, Enfin , dignité de faint Pierre, qui, par l’autorité qu’elle renferme , demande de nous un attachement de docilité & d'obéiffance. Pag. EI, 126 a Q s] 0 | des Sermons. 337 39, Quand je parle de foumiffion, d’obéif= fance , de docilité. ... ce n’eft que dans ce qui intérefle le dépôt de la foi & la régle des mœurs. Quand je parle de pouvoir, d'autorité , je n’entends parler que d'autorité clairement énoncée dans les écritures , inconteftahlement avouée & déclarée par la trahifon. ... Sur ce principe... jugeons maintenant de ce que nous devons à cette autorité de Pierre, à cette autorité dont les loix font celles de l’'Eghife.. L'erreur ne les effacera point des Livres faints , ces paroles dé cifives: Vous étes Pierre, &tc. Paiffez mes agneaux, puillez mes brebis, ... Ce font-là les titres de l'autorité que faint Pierre a reçus de Jefus- Chrift.... Vérité fainte, parlez vous-mêmes parlez fur-tout à ces ames furprifes &c trompées qui , même en vous fuyant , croiroient ne cher= cher que vous & fe flatteroient peut-être de vous avoir trouvée. . .. Imitons la foi de faint Pierre ; refpeétons la dignité de faint Pierre ; fuivons l'exemple qu'il nous a donné; foumettons-nous à l'autorité quil a reçue ; parlà nous mériterons, nous obtiendrons la récompenfe promife à la foi & à la docilite évangé= lique. Pag. 125. 132. Sermon pour la Fête de faint Jacques. SIvrsron. Saint Jacques honore lapoftolat par les qualités qu'il apporte au miniftere apoftolique , & par la maniere dont il en remplit les.devoirs. Les qualités que faint Jacques apporta au miniftere apoñtolique , la maniere dont il foutint le miniftere Apoftolique, c’eft tout le fujet &r le partage de ce difcours. I. ParrTir. Saint Jacques apporte au mimi Tome VI, FF L _Pag. 203. 207. 3% Vo 344 Table 6 Analyfe cieux. . s Efprit que la tendre dévotion né rendit pas moins fort, moins appliqué... Talens rares, talens uniques ! Quel appui pour l’E- glife , fi le zèle les confacre à la défenfe de la foi t Or, quel zèle mérita davantage votre admiration que le zèle d’Auguftin ? Pag. 198. 203. 2. Zèle atif, vigilant, laborieux... Zèle conduit par la fagefle, tempéré par la prudence, adouci par la charité. .. Zèle réglé par la raïfon & par l'amour de l'ordre. .. Zèle défintéreffe. us me demanderez , avec tant de talens, avec un zèle f. pur & fi vif , quels fervices 1] a rendus à l’'Eglife, quels furent fes fuccès ? : Ce qu'il a fait, Chrétiens? tout ce qu'ont fait les Dodteurs catholiques qui combattirent fous fes aufpices ;... tout ce que l’homme peut faire dans le plan ordinaire de Ja providence. .. Qu'’a-t:l fait ? Il a détruit les refles de la fuperftition payenne, échappés à l’éloquence de Tertullien & au zèle de faint Cyprien ; il a replongé le Maänichéifme dans fa. nuit profonde dont il n’a ofé fortir qu'après des fiécles écoulés... Qu'a-t:il fait ? un mot le dira ; qu’a-t-il fait ? tout ce que l’héréfie n’a pas fait... N'eft-il pas plus glorieux & plus beau d'empêcher les conquêtes de l'erreur, que de les lui enlever ? de défendre. le San@uaire contre les flimes prêtes à le ravager, que d’en réparer les ruines ? de prévenir les larmes de PEglfe, que de les effuyer? de maintenir les peuples dans la foi, que de les rendre à la religion ? Vous me demandez ce qu'Augufbn a fair; ê quels fervices il a rendus à l'Eglife ? En fouténant la foi , il fit fleurir la pureté des des Sermons. 34. moœurs. Ce fut lui qui le premier, Pere & modèle de la vie religieufe , établit la vie mo= naftique en Afrique , peupla les déferts , ouvrit une retraite à la timide innocence. ... Je n'en dis point aflez; Auguftin combat , triomphe “encore aujourd'hui, .. parce que fes écrits, dans lefquels vit & refpire la plus noble portion de ce grand homme , font l’écueil contre lequel viendra néceffairement fe brifer toute nouveauté profane. ... Une foi appuyée fur les principes de faint Auguftin , nourrie des maximes de faint Auguftin , fera toujours une foi ferme & invariable dans la foumiflion à lEolife.... © Dieu! n’en eft-il plus dans le tréfor de vos miféricordes, de ces ames capables de relever les débris de Sion ?.. . L'impiété jette le mafque ; elle dédaigne les a politiquesde fes anciens Apôtres.… Confervons la foi ; en la perdant nous perdrions tout : à Ja foi joignons la-charité ; fi nous _ne l'avons pas que nous reftera-til? Soumettons notre efprit à Dieu ; donnons-lui notre cœur. Qu'Auguflin ne foit pas feulement Pobjet de notre admiration , qu'il devienne le modèle de notre conduite. Pag. 207. 221.. EE Le Sermon pour la Féte de Saint François d'Affife. Page 2% fv:rsron. François donne au monde exemple du renoncement évangélique le plus parfait : hommes lâches & timides, voilà la condamnation de vos vains prétextes & de vos frivoles excnfes. Dieu donne à François la récompenfe promife au reconcement évan- 346 — Table & Analyfe gélique : hommes téméraires & ‘incrédules., “voila la condamnation de vos erreurs & de vos préjugés. En deux mots, le confeil fuivi dans toute fa perteGion, la promeffe accomplie dans toute fon étendue. I. PARTIE, François fut le modèle du renoncement évangélique , pe fa ferveur à le pratiquer ; l’Apôtre , par fon zèle à létablir ; la gloire. par fes vertus. 1°. Le modèle par fa ferveur à le prariquer.. Quand je parle de François, je ne parle pas feulement d’un homme qui a foutenu , fans fe plaindre , les rigueurs la pauvreté, qui a eftimé la pauvreté , qui a embraffé volontairement la pauvreté, .…,je parle d'un homme dont le cœur , plein de haine & de mépris pour le fafte des richefles mondaines , ne fut pas moins engemi de ce qu'elles peuvent avoir de flatteur & d’agréable, que de ce qu'elles ont de féduifant & de dangereux : je-parle d’un homme qui, dans l'amour qu'il a pour la pauvreté évangélique , n’en aime rien tant que Îles peines & les miferes, que lobfcurité & les humiliations.… Enfant , pour ainfi dire, de la pauvreté évangélique , il ne fe contente pas d’en être le once par fa ferveur à la pratiquer, il-en devient l'Apôtre par fon zèle à l’établir. : Page 226. 233. 26. Envoyé par Jefus-Chrift pour ranimer ce feu célefte dont la flâme vive & pénétrante confume les affeétions profanes ; François parcourt les villes & les campagnes faifant retentir ces paroles puiffantes : heureux ceux qui n’aiment rien dans le monde que pour Dieu ! Plus heureux ceux qui ny poflédent rien ! Bezr pauperes. 1 dit: au premier fon de fa voix fe taflemble autour de lui un peuplede pauvres -évangéliques,..…. La pauvreté ee de Jefus- No a Le if it x x “des Sefmons= 347 Chriff régne fur le corps comme fur les membres de la fociété qu'il établit , &c Pédifice entier n'eft appuyé que fur le renoncement le plus rigide , le plus auftere, Je plus univerfel.... Pour former cette entreprife, il falloit tout le. able de François; pour s'en promettre le fuccès,, toute fa confiance en Dieu ; pour én braver les obftacles, tout fon courage ; pour y réufir, tout l'empire que donne une fainteré annoncée par les vertus les plus héroïques ; 8 atteftée parles plus étonnans prodiges. Ainfi modèle & Apôtre du renoncement évangélique , que refle-t-il à François ? que‘d’en être la gloire? PAP, 24 Dig ee eee <> - 30. François ; difciple du Dieu pauvre, fe montre un digne imitateur du Dieu crucfé. Jefines multipliés, travail , courfes, voyages , miffions pénibles , injures des faifons , priere continuelle , fommeil de quelques momens ; ue les fens fe-plaignent;-que-lamonr propre fe révolte; que la nature faccombe, François me penfe pas à vivre , il ne defire que de mourir ;. .. Ou plutôt, il ne-penfe qu'à vivre comme Jefus mourant; il ne vit que pour la croix; ilne vit que de l'amour de la croix, .. François a donc pratiqué tout ce que le confeil du renoncement évangélique a de plus parfait ê&c de plus fublime. ee venez de voir le confeil fuivi dans toute fa perfettion… Voyons Ja promefle accomplie dans toute fon étendue. Seconde partie; pag: 239. 244 Se TH. Parrie. De la pauvreté évangélique coulent la véritable abondance ; la paix la plus tranquille , la gloire la plus éclatante, François Véprouve. Fidèle à fuivre Vattrait de la grace, if trouve un Dieu fidele à remphr l'étendue de fes promefles. Le dénuement de:fa pauvreté lui. procure la plénitude ; la perpétuité “des ri= 448 Table & Analyfe chefles ; les peines de la pauvreté lui ouvrent la fource des pures & des véritables délices Se les humiliations de fa pauvreté lélevent au comble de la gloire 8 des honneurs. François riche , heureux, grand dans fa pauvreté. 10, Dans le Dénuement de Ja pauvreté. François trouve l'abondance & Îa plénitude dés richefles.. .. Pere de la. famille nombreufe que le Ciel confie à fes foins ; comment François foutiendra-t-il cette focièté naïffante ? Ah! Meflieurs, nous ignorons les richefles de la providence, & les miféricordes infinies du Dieu quil adore.... François eft pauvre; mais ileft pauvre pour Jefus-Chrift = fa pauvreté lui tiendra lien de crédit , d’antorité, de politique , de précautions ; inquietes , parce qu’elle eftune pauvreté évangélique , fa pauvreté fera une pauvreté féconde. .. On prévient fes vœux ; onne-luidonne pas le temps de demander; à peine Int laïffe-t- on le moment de fouhaïter. François eft plus occupé à refufer qu'à recevoir ; à rejetter l'abondant &le fuperflu , qu'à chercher le néceflaire ; à défendre fes enfans contre l’attrait des richefles qu'on lui offre, qu'à leur adoucir les rigueurs de la pauvreté qu'ils ont embraflée. .. Il atrouvé, en leur donnant pour appui la parole de Jefus-Chrift, il a trouvé , dans le dénuement de fa pauvreté, Ja plénitude &c la perpétuité des richefles. ; j'ajoute qu'il a trouvé, “dans les. peines de fa pauvreté , la fource. des pures &. véritables déliCes FPag. 22442068 Dé ere 2%. La croix de Jefus-Chrift, dit faint Ber= fard, ne fait pas feulement des Saints , elle peut faire , elle fait des heureux. ., Les déhors de l’opulence ne cachent-ils pas fouvent des douleurs: véritables ? Pourquoi la pénitence & la pauvreté ne cacheroïient-elles pas la:paix, la Rs 5 2, 7 PO OTT des Sermons. 34$ faisfattion intérieure ?.... Venez, fuivez François; parcourez ces déferts, dépofitaires de tant de prodiges... Rempli, preflé, inondé de délices, Françoisne fait nou ileft, mice qu'il eft ; il fait feulement quil eft heureux ; il ne le fait pas, ille fent. Les jours &c les nuits ne font que des momens. ... François trouva donc , dans les peines de fa pauvreté , la fource des pures & véritables délices : achevons ; il trouva, dans les humiliations de fa pauvreté, le comble de la gloire & des honneurs. Pag. no 3°. François , enfeveli dans fon défert, échappe aux regards du monde ; mais François connoït le Ciel, il en eft connu; le Ciel va le faire connoïître à laterre, cet humble Solitaire, ce pauvre Evangélique : Dieu l'a choifi pour en faire un homme de.fa droite , l'homme chie , les orages “s'appaifent. .. I lit au plus intime de l'ame ; il voit les penfées ; il entend les defirs... Le pouvoir de François ne fe borne pas à connoitre le cœur humain ; 1l va jufqu'a le changer, le réformer... Que votre race, © mon Dieu , sinfintie dans nos cœuts ; qu'elle nous Ôôte le fatal amour des richefles, qui produit tous les crimes de l’opulence & tous les vices de l'indigence , qui fera la réprobation du riche & la condamsation du pauvre ; qu'elle ne nous laïile de defirs que pour les sichelles que vous préparez à vos - élus dans l'éternité bienheurenfe, Pag. 258. 265: 350 Tableé Analyfe Sermon pour La Fête de faint Louis. rs Îvrs1on. Etudiez faint Louis, vous *” prononcerez que très-peu d'hommes & de grands hommes peuvent lui être comparés. Pourquoi? parce que grand Roi il fut le modèle des Saints ; parce que grand Saint il futle modèle des Rois. : 2 En TL. Partie. Louis donne fur le trône l’exemple des vertus évangéliques les plus pures, les plus fublimes, J'entends cet efprit de détachement qui dédaigne les honneurs & les profpérités du monde; cet elprit de ferveur qui rend vainqueur des paffions & des féductions du monde ; cet efprit de fagefle qui réunit entre elles les vertus évangéliques , & les concilie avec les engagemens de fa condition dans le monde. - ee 1°. Efprit de détachement ,-efprit rare dans le fein même de PEvangile. . . Inftruit, formé par les foins de Blanche , Louis s’accoutume à juger du temps & de ce qui fuit dans le temps , comme il en jugera dans l'éternité. .. Ce qu'il eftime ; ce qu'il refpelte en lui-même, n'eft point le titre de Monarque, mais le titre de Chrétien; ce n'eft pas le fang de tant de Rois qui coule dans fes veines ; maïsle fang de Jefus-Chrift qui l’a fandiñé. .. En effet, de tous les malheuts qui peuvent approcher du trône , le péché eft le malheur qu'il redoute le plus. Sceptre,, -diadême , victoires ; conquêtes ; 1l les: dédaigne > parce que dans la balance de fa railon, éclairée par fa religion, rien n'eft grand que la vertu & l’efpérance du Ciel, Ce proige vous furprend ; , : , il épuife voire admi- PAPAS TER ERA AE PS ET EN COR nid ann té RATER EC OCR RERO PRET SAND: es rude: is Léa ‘des Sermons. ration ; référvez-là pour un prodige plus étonnant. Prêt à £ dépouiller de la pourpre , Louis voir couler les pleurs ; il entend les cris de _JEtat & de la Religion qui rappellent leur - pére, leur appui, leur proteéteur, Louis s'arrête ; il confulte , il délibere ; auffi détaché de lui-même que du monde ; aufhi maître de fes vertus que de fes pañons , il facrifie les penchans de fon cœur & les attraits de fa piété à Pintérêt de la félicité publique. .. Un Prince, fi détaché des grandeurs du monde, avoit-il à redouter les périls & les écueils du monde? Pag. 26 . : a | 29: Non , Louis n’avoït rien à craindre, fi Ja vertu la plus pure pouvoit fe répondre d'ellemême dans uneterre de féduétion fi piflante & de pièges fi certains. ... Trifle fituation des grands ! Souvent ils périffent moins par les pafhons qu’ils ont reçues en naïflant , que par les pafñons qu'on leur infpire... Qu'on loue donc , & peut-on-les loner-aflez les Princes qui nesfe font pas fixés dans la voie des pécheurs !... Mais s'il eft fi glorieux d’en fortir, quel éloge ferons-nous de celui qui n'y entra jamais ? us le feu de l’âge &t des pes ; malgré les périls & les écueils du fouverain pouvoir , jeune & Roi, Louis conferva fon innocence... Que de vertus il faut avoir fur lé trône pour n'avoir point de vices /..….. Fuite des objets capables de féduire. ... Efprit-de priere,.., auftérités d’une vie pémiente , »« recueillement profond , mort entiere au monde & à foi-même , filence des fens & des paffions ; .., Qu'auroit-il ajouté à fa ferveur , s'il n'avoit pas été Roï ? Il n’auroit pas fait davantage , & il l'auroit fait avec moins de mérite ; car, en multipliant les obftacles ; le trône n'at-il pas augmenté le prix de fes vértus?..e e A 5 ÿ52 Do, On eft forcé de fe taire, réduit à admirer 2 d'autant plus qu’à lefprit de ferveur Louis ajoute l’efprit de fagefle pour concilier toutes les vertus entrelles & avec les engagemens de . fa condition dans le monde. Pag. 284.278. 3°. L'auftérité de la pénitence ne prend point fur les fentimens de la charité; l'amour de la retraite fur les empreflemens du zèle ; la modeftie qui s’enfevelit dans le {ecrer... fur la piété qui fe produit au-dehors pour l'édification des peuples ; la fermeté... für la bonté ;... la ferveur de Louis fans excès, auffi-bien que fans défauts , ne néglige rien , elle n’outre rien. Vous ferai-je fouvenir que la févérité des vertus évangéliques n’ôta rien à: l'agrément des vertus doutes 6 fociales ? La délicatefle dela confcience aux graces.de l’efprit ? la mortification. à la complaïfance ? .. , Enfin, rapprochez les - vertus de Saint & les vertus de Roi, qui femblent porter un caraétere plus marqué d'oppofition ; vous les verrez réunies , conciliées, habiter ; pour ainfi dire, l’ame de Louis dans une paix profonde... À vous feul, Ô mon Dieu , la gloire , la louange , l'honneur : ce que. nous révérons dans Louis eft votre ouvrage ; il ne tient-que des bienfaits de votre grace, ce cara@tere de grand homme , d'homme fupérieur aux autres hommes, qui, dans un grand Roi , nous a préfenté le modèle des Saints , qui, dans un grand Saint , va nous préfenter le modèle des Rois. Pag. 285. 207. IT. PARTIE. Parce que Louis eft un grand homme : avec la fainteté la plus fervente , il fera le modèle le plus accompli des talens qui font le bonheur & la tranquillité des peuples , des talens qui font la gloire & l'autorité du maitre... 1° C'eft dans la religion que Louis prend la des Sermons. 533 lavéritable idée de ce qu'il doit au bonheur de. fon peuple, le courage de remplir ce quil doit au bonheur de fon peuple , le defir de procurer à fon peuple un bonheur qu'on re penfe point à lui: ménager quand on n'eft pas conduit, guidé par la religion... Dans quelle “autre fource que la religion pouvoit-il mieux par ia connoiflance de fes. devoirs ?..: aïflons la foible & préfomptueufe raïfon s’égarer dans fes recherches; nous ayons un autre guide : à fa fuite nous ne trouverens que jour & lumiere... Religion fainte , n'eufliez-vous point d'autre preuve de vérité ; que vos enfeignemens , vous êtes l'ouvrage de Dieu. La puiffance des Rois n’eft que la puiflance de Dieu , leur trône que le trône de Dies : donc ceneft que l'homme, c’eft Dieu que le peuple voit dans fon Roï : donc ce ne font plus fes : fujets , ce font: les. fujets de Dieu que le Roi voit dans fon peuple:.., donc le Prince ne fégne pas pour être Roi, il ne régne que pour être le miniftre du: régne de Dieu ; que pour être auprès de fes: peuples le fubftitut, le dif penfateur , le repréfentant de la providence de Ve ... Formé fur cet augufte modéle, Éouis ne vit que pour fon peuple... Point de préférence du courtifan fur {es autres fujets,, il eft à tout, parce quil eft Roï de tous: Point de diftinétion entre moment & moment; il éft toujours à fon peuple , parce qu'il.eft toujours Roi. .. Les guerres particulières! font réprimées ; la licence des troupes arrêtée; lufure profcrite ; la police établie & maintenue:; l’agriculture one les arts encouragés. .. Le commerce aidé , foutenu ; la nobleffe honorée ; le peuple ménagé; le Sacerdoce & l'Empire intimement unis... Quel Roi régna jamais plus que Louis fur le cœur de fes fu= Tome V1. Gg