L'analyse fonctionnelle de !'industrie lithique du gisement épipaléolithique/mésolithique d'El Roe de Migdia (Catalogne-Espagne). Résultats préliminaires
Abstract
Dans cet article sont présentés les résultats préliminaires de l'analyse fonctionnelle d'un échantillon de pieces lithiques provenant du gisement épipaléolithique - mésolithique de El Roe de Migdia. Cet échantillon comprend la totalité des éléments de la liste type et des pieces a retouches irrégulieres ou ébréches récoltés jusqu'a présent.
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Préhistoire Européenne, vol. 4, 1993, p. 63 a 84. L'ANALYSE FONCTIONNELLE DE L'INDUSTRIE LITHIQUE DU GISEMENT EPIPALEOLITIDQUE/MESOLITIIlQUE D'EL ROC DE MIGDIA (CATALOGNE - ESPAGNE). RESULTATS PRELIMINAIRES Amelia C. RODRIGUEZ RODRIGUEZ* RESUME Dans cet article sont présentés les résultats préliminaires de l'analyse fonctionnelle d'un échantillon de pieces lithiques provenant du gisement épipaléolithique -mésolithique de El Roe de Migdia. Cet échantillon comprend la totalité des éléments de la liste type et des pieces a retouches irrégulieres ou ébréches récoltés jusqu'a présent. Tout au long de l'étude nous avons esayé d'identifier la fonction de chaque piece et de reconstruire les chaines opératoires dans lesquelles elles sont intervenues. Le rapport entre la morphologie de chaque élément et sa fonction sont aussi l'objet de nos réflesions. En este artículo aparecen los resultados preliminares del análisis funcional de una muestra de piezas líticas de sílex provenientes del yacimiento epipaleolíco -mesolítico de El Roe de Migdia. Esta muestra comprende la totalidad de los elementos tipologizables y de las piezas con retoques o extracciones irregulares recuperados hasta el momento. En el curso del estudio se ha intentado identificar la función de cada pieza, y reconstruir las cadenas oper~tivas en las que intervinieron. La relación entre la morfología de cada elemento y su función también ha sido objeto de reflexion. El Roe de Migdía est un gisement sous-abri faisant partie d'un ensemble archéologique situé a Vilanova de Sau (Osona -Barcelone), a 600 metres d'altitude. Cet ensemble comprend divers gisements qui s'étendent le long de la base des falaises en conglomérat rouge caractéristiques de . cette zone de la Catalogne. Le site épipaléolithique de "El Cingle Vermell" appartenant a cet ensemble est le plus connu. Les industries lithiques de ce dernier, de type microlaminaire, ont été le sujet de !'une des premieres analyses fonctionnelles en Espagne (Vila, 1985). La chronologie des occupations humaines de l'abri n'est pas encore bien définie, puisque on attend encore les datations absolues des couches les plus anciennes qui ont été fouillées jusqu'alors. Les sondages pratiqués lors des demieres campagnes ont mis en évidence un changement paléoenvironnemental et culture) qui fait d'EI Roe del Migdia un gisement cié pour l'étude de l'évolution socio-culturelle et environnementale durant l'Holocene, au nord-est de la •oept. Prehistoria U. de La Laguna ERA 28 C.R.A. Sophia Antipolis Péninsule Ibérique (Paz Martínez et alii, 1991). Les datations c14 disponibles, réalisées a partir des charbons de bois provenant des couches supérieures d'un des sondages, ont donné les dates : 7.280 ±370 BP; 7950 ± 370 BP et 8190 ± 320 BP (Laboratori de Datació per Radiocarboni, UBAR Barcelone). ' L'étude anthracologique montre un changement climatique le long de la séquencé stratigraphique. Dans les couches les plus récentes, la seule espece déterminée est Quercus de type caducifolié. Au contraire, dans les couches les plus anciennes, toujours non datées , aucun fragment de Quercus n'a été reconnu mais on a identifié des especes telles que Acer opalus, Acer monspessálanum, Buxus sempervirens, Rhamnus catharticasaxatilis, Prunus avium, etc. L'étude de la grande faune ne montre aucun changement notable le long de la séquence. Les lagomorphes est le groupe le plus représenté, suivi des suidés 63
Amelia C. RODRIGUEZ RODRIGUEZ (Sus sp), du cerf (Cervus elaphus) et du bouquetin des Pyrénées (Cap r a pyrenaica). Cependant, les restes de Sus sont mieux représentés dans les couches supérieures, tandis que les lagomorphes sont plus abondants dans les couches plus anciennes. Le matériel ostéologique a un niveau de fragmentation tres élévé. On observe également un pourcentage important d'os brfilés. Ces caractéristiques ont toutes deux été définies comme résultant d'une action anthropique (Paz Martínez et alii, 1991). En ce qui concerne la culture matérielle, !'industrie lithique est la seule catégorie comportan! assez d'effectifs pour tenter d'apprécier le possible développement des modes de vie sur le gisement. Cette industrie lithique est comparable a d'autres ensembles appartenant a des gisements contemporains du nord de la Catalogne et du sud-est de la France. Ces ensembles sont caractérisés par la variété des matieres premieres utilisées et la simplicité des systemes d'exploitation mis en oeuvre (Barbaza, 1986; Carbonen et alii, 1976; Terradas et alii, sous presse). La matiere pre mi ere prédominante a El Roe del Migdia est le quartz amorphe qui représente un peu plus de 50% du total, suivi du silex et du calcaire. Le débitage est opportuniste et peu élaboré. Les chaines opératoires mises en oeuvre sont adaptées aux qualités de chacune des rnatieres premieres utilisées (Rodríguez-Rodríguez et Yll-Aguirre, 1991). Les fragments et les galets en quartz employés comme nudéus ont été tres peu transformés. On peut observer un faible nombre d'enlevements, débités par percussion directe a la pierre ou par taille bipolaire a l'aide d'enclumes. Les supports ainsi obtenus sont peu réguliers, avec une grande majorité de fragments informes rarement retouchés. En plus de tresnombreuses pieces de petite taille, on note la présence de quelques éléments massifs, soit des galets soit des grands 64 fragments, fa'onnés par quelques enlevements unifaciaux ou bifaciaux. Le silex, de qualité tres variable, est l'objet d'une stratégie d'exploitation similaire dans la plupart des cas. Cependant, on a aussi remarqué, pour les silex de meilleure qualité, l'existence de chaines opératoires plus élaborées orientées vers la production de microlamelles. Les supports en silex sont plus fréquemment retouchés, quoique cette opération ne soit pas tres répandue dans ce type de gisements. A El Roe, le pourcentage de silex retouchés parmi les pieces de longueur supérieure a 0,5 cm est de 9,5 %. Les galets de calcaire ont été l'objet également d'une exploitation sommaire, avec l'emploi de la percussion directe il la pierre. Les pieces retouchées son tres rares et de plus grandes dimensions par rapport il celles débitées dans d'autres matériaux. Les galets peuvent faire l'objet d'un fa,onnage unifacial ou bifacial. L'analyse morphotechnique en cours a montré qu'il existe de légeres. variations entre les couches les plus anciennes et les plus récentes au niveau de la typologie et de la composition en matieres premieres. Dans les couches plus récentes, le pourcentage de quartz augmente aux dépens du silex. En meme temps, !'ensemble lithique s'appauvrit d'un point de vue typologique. Cet appauvrissement résulte d'une utilisation plus importante du quartz (voir plus haut) et aussi d'une moindre variété typologique des ou tils en silex : dans les couches inférieures, on observe une distribution équilibrée des groupes typologiques alors que dans les couches supérieures, les denticulés et les pieces esquillées sont majoritaires. Nous avons choisi de réaliser une étude préliminaire sur un échantillonnage de pieces en silex afin d'évaluer les conditions de préservation des traces d'utilisation dans ce gisement, et d'estimer la viabilité d'un projet d'ana-
L'ANALYSE FONCTIONNELLE DE L'INDUSTRIE LITHIQUE DU GISEMENT EPIPALEOLITHIQUE/MESOLITHIQUE D'EL ROC DE MIGDIA (CATALOGNE - ESPAGNE). RESULTATS PRELIMINAIRES lyse de plus grande envergure. Pour ce projet, il nous faudra tenir compte de la diversité des matieres premieres lithiques.Celle-ci nous obligera notamment a mettre en place des programmes expérimentaux pour l'identification et l'interprétation des traces d'utilisation qui se développent sur le quartz et le calcaire. CARACTERISTIQUES DE L'ECHANTILLON Etant donné le caractere préliminaire de cette étude, nous avons choisi d'étudier en premier les pieces lithiques en silex ayant a priori le plus de chance d'avoir été employées, c'est a dire, les pieces retouchées. La totalité de ces pieces récoltés jusqu'a présent est de 116 éléments . Nous avons considéré comme retouchées les pieces typologiquement bien définies, fac;onnées par retouche réguliere, tout comme les supports a enlevements irréguliers. Ces enlevements irrégulieres peuvent avoir une origine variée. Il peut s'agir de retouches 1 Selon J. Tixier (1963) Racloirs Racloirs-Denticulés Grattoirs Grattoir-Burin éclat de ret de Grattoir Encoches Epines Denticulés Pointes Pointes a dos Bipointes a dos Abruptes indif Perc;oirs Esquillées Batonnets 1 déch. Esquillées ret. irr. S ret. irr A Eclats-Nucleus TOTAL 65 accidentelles ( par exemple, lors du débitage, par piétinement, ou encore lors de la fouille, par manipulation ou stokcage). Mais, il y a plusieurs cas oii elles sont le résultat de l'emploi de la piece comme outil. Cet ensemble de supports a retouches irrégulieres comprend également les pieces esquillées et leurs déchets, ainsi que des objets a retouches plus ou moins continues et plus ou moins marginales. Trois éclats épais portant de grands enlevements unifaciaux ou bifaciaux, définis comme des éclatsnucleus, font également partie de cet ensemble. Dans ce premier tableau, est décrite la composition typologique de !'industrie (Laplace, 1974). Nous pouvons noter l'importance des pieces typologiquement peu significatives tels que les denticulés (26), les pieces esquillées et leurs déchets (42). Ces deux groupes représentent 58,6% des supports retouchés. 2 2 8 1 2 15 2 7 1 3 2 4 2 32 8 2 17 3 3 116
Amelia C. RODRIGUEZ RODRIGUEZ Cela montre combien est difficile et hasardeuse l'attribution culturelle de cet ensemble aux complexes culturels épipaléolithiques et mésolithique de la Péninsule Ibérique et de la France méridionale. ANALYSE TRACEOLOGIQUE Pour la réalisation de cette étude, nous avons réalisé en concomitance une analyse macroscopique et microscopique des objets. L'observation a l'oeil nu du matériel n'ayant pas révélé l'existence d'altérations, nous avons soumis toutes les pieces a l'analyse microscopique. L'équipement optique employé comprend un microscope métallographique Olympus BH2-UMA ainsi qu'une loupe binoculaire Olympus SZH. Les pieces ont été nettoyées dans une cuve a ultra-sons, a l'eau savonneuse. Nous avons parfois utilisé une solution d'acide chlorhydrique a 5% , afin d'éliminer les concrétions. L'analyse microscopique a montré que 23 pieces portent des surfaces trop altérées pour conserver des microtraces d'utilisation. Cependant, nous observons pour certaines d'entre elles des macrousures caractéristiques qui nous ont permis d'émettre une hypothese sur la cinématique de l'outil et le matériau travaillé. La plupart de ces élements altérés proviennent de zones ou ont été détectés des remaniements. De petites fosses, de fonction encore inconnue, creusées depuis les couches supérieures ou moyennes, sont a !'origine de certains de ces remaniements. Parmi les 116 pieces analysées, 4 3 2 ont li vré des informa ti o ns fonctionnelles grAce a l'interprétation de traces macro et microscopiques. Ces 43 pieces représentent 37,1 % du total, ce qui constitue un chiffre important en comparaison des résultats tracéologiques 2 On n'inclut pas ici les piE?ces qui ne portent que des macro-usures. Celles ci seront incluses dans le tableau final de ce chapitre 66 obtenus sur des industries contemporaines. Par exemple, S. Philibert (1992), dans un article sur le gisement de Fontfaures en Quercy fournit les pourcentages suivants de pieces avec traces d'utilisation : 24,5% pour La Balma Margineda (Andorra), 20,9% pour Gazel (Aude) et enfin, entre 3,5 et 28,8% selon les couches pour Fontfaures en Quercy. Dans ce dernier site au moins, l'échantillon étudié est de composition identique a celui d'El Roe. En Catalogne, le pourcentage de pieces brutes et retouchées utilisées atteint 34,8% a El Cingle Vermell (Barcelone) (Vila, 1985), tandis qu' a Sant Gregori de Falset (Tarragone), il est de 40%. Il faut toutefois préciser que l'échantillon, dans ce dernier cas, est tres faible. Seules 19 pieces ont été utilisées (Rodón-Borrás, 1990). Tous les outils, a l'exception de deux pieces esquillées, portent des traces de leur usage sur un seul tranchant. Les memes résultats ont été obtenus a Fontfaures alors qu' a Gazel, P. Vaughan a identifié de nombreux outils avec deux ou trois tranchants actifs (Philibert, 1992). Pour Fontfaures, S. Philibert a expliqué cette particulari té par des phénomenes d'altération ainsi que par la brieveté de l'occupation du site. En effet, ce gisement correspond a un site de chasse ou les taches qu'un séjour prolongé implique sont pratiquement inexistantes. Mais, dans Je cas d'EI Roe, la fonction du si te parait plus complexe a établir. De surcroit, le caractere microlithique de !'industrie (voir les dessins) implique un emmanchement plus fréquent. Les traces d'usure ne se seraient alors développées que sur les parties que les manches ont laissé a découvert. Pour El Roe, on ne peut toutefois pas éliminer l'hypothese de phénomenes d'altération, étant donné que les polis sont peu développés et qu'il existe effectivement des pieces altérées. Pour présenter nos résultats fonctionnels, nous avons choisi de
L'ANALYSE FONCTIONNELLE DE L'INDUSTRIE LITHIQUE DU GISEMENT EPIPALEOLITHIQUE/MESOLITHIQUE D'EL ROC DE MIGDIA (CATALOGNE -ESPAGNE). RESULTATS PRELIMINAIRES regrouper les pieces qui ont travaillé le meme matériau. Cela permettra notamment d'apprécier le rapport important qui existe entre la morphologie et la fonction de l'outil. Toutefois, dans d'autres cas, le seul caractere déterminant sera la délinéation et l'angle du tranchant. TRA V AIL DU BOIS VEGETAL Neuf pieces esquillées (fig. 2: 1-9) ont été interprétées comme des coins a fendre le bois; une autre, employée également comme coin, conserve un poli d'utilisation moins développé probablement díl au contact avec le meme type de matériau. Ces outils ont en commun une série de stigmates macroscopiques et microscopiques qui ont déterminé leur interprétation fonctionnelle. A l'échelle macroscopique, il s'agit d'éclats ou de fragments de petite taille (entre 1,5 et 2,5 cm. de longueur). Ils sont affectés, sur un ou plusieurs de leurs tranchants, d'une retouche irréguliere, le plus souvent rebroussée (terminaison du type "hinge" selon la Classification Ho Ho) (Hayden Ed, 1979). Ces retouches irrégulieres ont une amplitude tres variable, de marginale a couvrante. Quelques unes d'entre elles présentent également une ou plusieurs fractures de type burinant. Les éléments possédant ces caractéristiques sont traditionnellement définis comme pieces esquillées. Les pieces comportant ce type d'enlevements ont fait l'objet de plusieurs travaux de recherche. Elles ont été décrites, classifiées et, en conséquence, interprétées de maniere différente selon les auteurs : déchets de taille, nucléus bipolaires, outils a posteriori, pieces il retouche intentionelle, ... Ces hypotheses ne s'excluent pas nécessairement entre elles, dans la mesure ou !'origine des retouches écailleuses et irrégulieres est 67 attribuée il l'application d'une percusion violente sur le support en question. La description la plus complete des pieces esquillées se trouve dans l'ouvrage de J. Tixier (1963). Cet auteur distingue pour ces pieces trois états selon leur <legré d'utilisation. Au niveau du troisieme, le support se fragmente par effet de la percusion répétée. Les fragments résultants présentent des morphologies a sections triangulaires ou quadr¡¡ngulaires et a talons inexistants ou punctiformes. Ces fragments, appelés batonnets, ressemblent parfois aux chutes de burins. Ces batonnets ont cependant des nervures sur les deux faces. L'auteur écarte la possibilité d'un rapport avec la taille bipolaire, puisque elle n'a pas été constaté dans les industries épipaléolithiques du Maghreb. A El Roe nous avons identifiées des pieces esquillées dans les trois états d'utilisation, ce qui comprend notamment les batonnets et les petits déchets. La possibilité d'une relation entre les pieces esquillées et la taille bipolaire a été suggérée par quelques chercheurs travaillant également sur l'Epipaléolithique (Barbaza, 1986; Orliac, 1973) mais aussi dans des contextes chronoculturels différents (Chauchat et alii, 1985). Nous suspectons aussi cette relation pour le cas de El Roe, surtout pour l'exploitation du quartz . Dans le cas du silex le rapport ets moins évident : une seule piece peut etre l'objet de doutes quant il sa classification comme nucleus ou piece esquillée. Ce sont essentiellement des préhistoriens travaillant sur les aspects technologiques et morphologiques des industries lithiques qui ont tenté d'expliquer !'origine des pieces esquillées. Beaucoup d'entre eux se sont limités a une perspective strictement théorique. D'autres, cependant, ont essayé de tester leurs hypotheses par le biais de l'expérimentation (Le Brun-Riscalens, 1989; Dewez, 1985; Orliac, 1973) ou encore
Amelia C. RODRIGUEZ RODRIGUEZ de comparaisons ethnographiques (Chauchat et alii, 1985). La contribution de l'analyse fonctionnelle il ce probleme est encore assez limitée. Semenov (1981) fait une allusion il leur fonction comme coin il fendre, tandis que Keeley (1980) compare les usures observées sur des pieces esquillées archéologiques aux macrousures affectant des éclats utilisés expérimentalement comme coin il fendre. Mais peu d'analyses tracéologiques de pieces esquillées appartenant il un ensemble archéologique concret ont été réalisées. J.P. Caspar (1985) a analysé quatre pieces esquillées i:J.e !'ensemble lithique du gisement de Darion (Néolithique anden rubané de Belgique). Toutes sont d'une taille considérable et ont servi comme coins il fendre le bois. Les traces d'usure sont présentes sur un seul bord, tandis que sur le bord opposé, on observe des traces dues au percuteur. Aucune de ces pieces n'a servi pour un autre type de travail. Le meme auteur a également travaillé avec d'autres chercheurs (Cahen, Caspar et Otte, 1986) sur les gisements néolithiques de la Place Saint-Lambert et de Blicquy-Couture de la Chaussée (Belgique). Pour ce dernier, quatre pieces esquillées ont été identifiées comme coins il fendre. Les auteurs soulignent également la présence de deux lames écaillées qui ont servi il scier de !'os et travailler une matiere minérale. Cependant, il n'est pas dit clairement si il existe une association directe entre les micro-traces d'usure observées et la retouche écaillée. P. Vaughan (1985) a fait l'étude des 26 pieces esquillées de la couche 10 du gisement magdalénien de Cassegros (France). 14 d'entre elles présentant des micro-usures d'utilisation interprétables et 17 zones de contact avec le matériau travaillé ont été reconnues. La relation entre les enlevements écailleux et les micro-usures existe seulement pour 10 pieces. Six d'entre elles ont travaillé la 68 peau avant que le tranchant soit modifié par l'enlevement écailleux. Pour les quatre autres pieces, la formation des enlevements écailleux est contemporaine ou postérieure au travail de différents matériaux (peaux, bois végétal ou matiere animale dure). Ces données montrent que la nature de cette retouche souleve encore bien des problemes, ce qui justifierait un travail de recherche complet sur ce sujet. Comme nous l'avons déja dit, l'analyse morphotechnique de !'industrie lithique du gisement d'El Roe de Migdia a permis de mettre en évidence la présence de pieces esquillées en silex. L'observation au microscope métallographique pose des problemes étant donné la qualité du silex employé (présence de nombreux microcristaux) et l'irrégularité du relief de ces pieces. Cependant, il a été détecté pour 9 pieces un poli produit par le contact avec du bois végétal. Le poli, peu développé, est brillant, a trame tres ouverte et réticulation large. Il est localisé de préférence sur les aretes des écaillures, sur les angles diMres formés par les fractures de type burinant, et en général, sur toutes les parties saillantes de la microtopographie. Les stries sont assez rares et sont disposées perpendiculairement au tranchant. On note parfois la présence d'un poli linéaire, orienté parallelement aux stries. 11 provient vraisemblablement du contact entre la surface de la piece et des petits déchets de silex , détachés lors du travail. Dans tous les cas a une exception pres, les microtraces apparaissent sur un seul bord. Cependant, le bord opposé au tranchant actif peut présenter aussi une retouche esquillée, résultant alors de l'action d'un percuteur. Cela suggere que ces pieces ont été employées comme coins a fendre de fa~on assez ponctuelle, sans qu'il y ait réutilisation systématique du meme support. Aucun indice d'emmanchement n' a été repéré.
L'ANALYSE FONCTIONNELLE DE L'INDUSTRIE LITHIQUE DU G!SEMENT EPIPALEOLITHIQUE/MESOLITHIQUE D'EL ROC DE MIGDIA (CATALOGNE -ESPAGNE). RESULTATS PRELIMINAIRES TRA V AIL DE DECARNISA TION Les diverses taches orientées vers l'acquisition ou la transformation des ressources d'origine animale (activités cynégétiques, boucherie, traitement des viandes, travail des peaux) ont une réprésentation inégale dans !'ensemble analysé. En principe, les stigmates d'usure produits par le contact avec la matiere carnée sont les plus difficiles a détecter et a interpréter. De plus, dans la plupart des ensembles lithiques de cette époque, analysés dans une perspective tracéologique, les activités de décarnisation sont acccomplies avec des tranchants bruts. Ces tranchants, ii l'exception des tranchants ébréchés, sont exclus a priori de l'échantillon choisi pour cette étude préliminaire. De surcroit, la présence relativement abondante, dans ce gisement, d'altérations postdépositionnelles exige d'etre prudent au moment de l'interprétation de certaines surfaces altérées qui montrent des analogies notables avec les usures produites par le travail de boucherie. A El Roe, comme cela est traditionnellement observé, ce sont toujours des tranchants bruts qui ont été utilisés pour la décarnisation. Un outil abrupt indifférencié porte, sur le tranchant opposé au bord retouché, des traces qui ont été interprétées comme dues ii la décarnisation (fig 1: 14). Ainsi, nous observons des écaillures bifaciales isolées. Elles sont pour la plupart de morphologie semi-circulaire et de terminaison variable. Le poli est peu développé, a trame ouverte avec un aspect gras et mat. 11 s'accompagne de petites extensions polies, bien délimitées et localisées sur les aretes des écaillures. Ces extensions ont un aspect beaucoup plus brillant et plat. Elles suggérent un contact avec un matériau plus dur te! que !'os ou le cartilage. Quelques stries tres courtes et 69 d'orientation variable ont également été observées. Deux autres pieces abruptes indifférenciées ainsi qu'une !amelle a tranchant ébréché montrent un poli indéterminé, tres proche de celui produit par la décarnisation (fig 1: 15-17). Tous les éléments retouchés associés a cette tache ont un tranchant actif brut de débitage. La partie retouchée est alors interprétée comme un aménagement pour faciliter la préhension ou permettre un emmanchement. Les petites dimensions de ces pieces renforcent l'hypothese de l'emmanchement. Nous n'avons pas trouvé de microtraces que l'on pourrait interpréter comme dues aux manches. Ce fait n'a rien de surprenant dans la mesure oii. un emmanchement bien fait ne laisse pas de traces. Te! est le cas pour beaucoup de pieces fixées avec une colle. A ce sujet, P. Vaughan (1987) a introduit les termes d'indices positifs et négatifs d'emmanchement. Dans notre échantillon, la !amelle ii bord ébréché présente une cassure latérale, opposée au tranchant actif. Celle-ci pourrait provenir de la fragmentation de la piece lors de son titilisation,.précisément a la limite de la zone emmanchée. Cela nous permet d'émettre l'hypothese d'un emmanchement latéral. TRAVAIL DE LA PEAU Le travail de la peau, dans l'échantillon étudié 1c1, est bien documenté. 14 pieces ont en effet été rapportées au traitement de ce matériau. Huit micro-grattoirs, un accident de réaffutage d'un grattoir et un éclat a retouche simple irréguliere ont servi a gratter la peau (fig 1:1-10). Dans les cas oii. l'état de la peau a pu etre déterminé, ¡¡ s'agit de peau seche. Les pieces portent généralement un émoussé peu prononcé avec une répartition assez symétrique sur les deux faces. Le poli est modérément
Amelia C. RODRIGUEZ RODR!GUEZ brillant, a trame unie. Il s'accompagne de micro-crateres, propres au contact avec la peau. Les stries peuvent etre de tres nombreuses arares, mais elles sont toujours présentes. Ainsi, le travail de la peau seche parait avoir eu assez d'importance parmi les diverses activités du groupe. Nous pouvons souligner a ce sujet le soin spécial qui a été mis en oeuvre pour la manufacture et l'entretien des instruments impliqués, pour la plupart,des micrograttoirs. Deux essais de réaffutage de grattoir ont été identifiés. Ce dernier fait acquiert une signification remarquable si l'on tient compte de la rareté des éléments retouchés au sein de !'industrie lithique d'El Roe. Le développement modéré des stigmates d'utilisation sur les grattoirs de ce gisement nous rappelle l'observation de L. Keeley (1978) pour le site épipaléolithique de Meer (Belgique). A Meer, 87% des grattoirs ont en effet travaillé les peaux seches; de surcroit, la plupart d'entre eux portent des traces faiblement ou modérément développées. L'auteur explique ce faible développement par la grande fréquence de réaffutages lors du travail. Ces pieces ne portent pas de stigmates pouvant etre interprétés comme résultant d'un emmanchement. Un outil composite pose toutefois probleme. Il s"agit d'un grattoir qui s'oppose a un burin diedre. Le burin n'a pas de trace attribuable a son emploi comme burin, mais il présente un émoussé sur toutes ses aretes et un poli que l'on pourrait attribuer a des altérations post-dépositionnelles. Toutefois, ces dernieres pourraient résulter de l'emmanchement de la piece. Nous pouvons rappeler ici que le microlithisme qui caractérise la plupart des outils d'El Roe semble exiger la présence de manches pour un travail efficace. Le microlithisme des objets et le faible développement des stigmates d'utilisation observés suggere un emploi pour un travail assez délicat, correspondan! probablement au dernier 70 stade de la chaine opératoire du traitement des peaux. Ces données pourraient s'accorder avec les conclusions de S. Philibert (sous-presse) concernant son analyse des dix grattoirs ocrés du gisement mésolithique de la Balma Margineda . Elle suggere pour ceux-ci leur emploi pour des travaux de finition, comme par exemple, l'appretement des peaux pour la couture. Un des grattoirs d'EI Roe conserve également des restes d'ocre. L'ocre a pu í?tre employée soit comme élément décoratif, soit comme agent desséchant. L'existence d'ocre dans le gisement avait déja été détectée sur quelques galets de quartzite qui semblent avoir été utilisés pour le meulage. Une autre piece a été mise en relation avec le travail de la peau. Il s'agit d'un éclat aiguisé par une retouche abrupte irréguliere (fig 1:13). Il présente, en partie distale, un émoussé accompagné d'un poli peu développé, a trame unie et d'aspect mat, avec des micro-crateres. L'organisation et la localisation du poli indiquen! qu'il peut s'agir d'un instrument i\ graver la peau. Ainsi, il s'agirait également d'un outil de finition. Cependant, cette hypothese est i\ considérer avec prudence. En effet, les stigmates observés pourraient etre d'origine naturelle. La présence du poli sur la seule partie distale de la piece nous autorise toutefois a penser qu'il s'agit d'une usure fonctionnelle. Un grattoir et un deuxieme élément de réaffutage de grattoir montrent également des surfaces fortement altérées qui rendent impossible la détermination microscopique du matériau travaillé (figl:ll-12). Cependant, tous deux présentent un émoussé du front, révélateur de la cinématique des outils. Ces derniers ont, semble-t-il, raclé un matériau modérément tendre et abrasif. Il pourrait s'agir la aussi du travail de la pea u.
L'ANALYSE FONCTIONNELLE DE L'.INDUSTRIE LITHIQUE DU GISEMENT EPIPALEOLITHIQUE/MESOL!THIQUE D'EL ROC DE MIGDIA (CATALOGNE -ESPAGNE). RESULTATS PRELIMINAIRES ELEMENTS DE PROJECTILE Deux bipointes et une pointe a dos ont été interprétées comme des éléments de projectile selon des référentiels experimentaux publiés (Fischer, 1985) (fig 1:18-20)). Les traces d'usure se trouvent sur le tranchant brut, opposé au bord retouché. Toutes trois présentent, sur ce tranchant, une sene irréguliere d'écaillures bifaciales,) de morphologie semicirculaire pour la plupart. Une de ces pieces montre, en partie distale, une fracture d'impact de petite dimension, du type "snap" (Ho Ho Classification). A l'échelle microscopique, les pointes sont affectées d'un poli peu développé, mat et a trame ouverte. On a détecté également sur une d'entre elles un poli linéaire, oblique par rapport au tranchant, ce qui suggere un mouvement longitudinal de ce type de pieces. Nous pouvons également observer la présence de stries tres courtes, de répartition et d'orientation peu organisées qui pourraient provenir de la pression exercée lors de l'extraction du projectile de la carcasse. Dans ce cas, l'utilisation de ces éléments comme barbelure ou tranchant latéral parait plus probable qu'un usage comme pointe (voir morphologie, absence d'écrasement distal ou de grandes fractures d'impact). 11 faut encore noter l'existence d'un fragment proximal de pointe a dos, fracturée en sa partie mésiale ét ne présentant aucun des stigmates considérés comme diagnostiques de ce type de fonction (Fischer, 1985). Ce fragment n'a pas été compté parmi les pieces a traces d'usure fonctionnelles. A propos des élements de projectile du Mésolithique d'Europe méridionale, il sera intéressant de consulter le travail de S. Philibert (sous-presse). TRA V AIL DES MA TIERES ANIMALES DURES 71 Le travail des matieres animales dures n'est pas tres abondant, ce qui est conforme a la rareté de l'industrie osseuse sur le site. Les pieces employées paraissent indiquer que l'on ne choisissait pas des outils de morphologie tres standardisée pour ce genre de travail et que l'on préférait des bords bruts ou a retouche peu élaborée. Deux encoches de type clactonien et une fracture naturelle ont été employées pour racler des matieres animales dures (fig 2:12,13,15). Les traces d'utilisation observées consistent en un poli brillant, a trame fermée et d 'aspect bombé. Sur la face d'attaque, ce poli est tres marginal. 11 est un peu plus profond sur la surface en dépouille. Sur cette derniere, on observe des écaillures et des stries perpendiculaires au tranchant. On a identifié également, sur une )amelle a retouches irrégulieres et a encoches opposées, des traces de raclage d'une matiere dure ou semi-dure (fig 2:14). Celles-ci sont présentes au niveau d'une des encoches. Dans ce cas-Ja, une portion du tranchant tres étroite a été utilisée. Cet usage a prod uit de nombreuses écaillures le long de l'encoche. Les microtraces de cette )amelle sont particulierement bien développées, beaucoup plus que sur la plupart des outils d'EI Roe. En plus des écaillures, nous notons la présence d'un poli brillant, d'aspect lisse a ondulé, a trame serrée, et qui pénetre profondément sur les deux faces. 11 s'accompagne de stries longues, étroites et profondes, perpendiculaires a légerement obliques par rapport au tranchant. Les caractéristiques du poli suggerent un matériau de contact serni-dur tel que le bois végétal ou encore le bois de cervidé ayant longtemps trempé dans l'eau. Les écaillures ainsi que l'aspect biseauté du poli au niveau du tranchant rendent plus probable l'hypothese du bois
Amelia C. RODRIGUEZ RODR!GUEZ RODON-BORRAS T., 1990, Chemical process of cleaning in microwear studies: conditions and limits of attack. Application to archaeological sites. Aun 14. Uppsala, pp 179-184. RODRIGUEZ RODRIGUEZ A.C. et YLL AGUIRRE R., 1991, Materias primas y cadenas operativas en el yacimiento epipaleolítico de El Roe del Migdia (Vilanova de Sau, Barcelona). Tecnología y Cadenas Líticas Operativas UAB Barcelona , pp 73-82. SEMENOV SA., 1981, Tecnología prehistórica. Akal Universitaria. Barcelona. TERRADAS~BA TLLE X., (sous presse), Estudio preliminar de las ocupaciones del yacimiento al aire libre de la Font del Ros (Berga, Barcelona). Aragón/Litoral Mediterráneo: intercambios culturales durante la prehistoria; Zaragoza, 1990. 78 TIXIER J., 1963, Typologie de l 'épipaléolithique du Maghreb. Mem. CRAPE 2; Arts et métiers graphiques; Paris. VAUGHAN PC., 1985, Use-wear analysis of flaked stone tools. The University of Arizona Press. Tucson, Arizona. VAUGHAN P.C., 1987, Positive and negative evidence for hafting on flint tools from various periods (Magdalenian through Bronze Age). La Main et L'Outil. Manches et emmanchements préhistoriques. Travaux de la Maison de l'Orient nº 15, pp. 135-144. VILA-MITJA A., 1985, El Cingle Vermell: assentament de ca~adors -recol.lectors del X e mil.leni B.P. Excavacions Arqueológiques a Catalunya nº 5. Departament de Cultura de la Generalitat de Catalunya. Barcelona.
' 10 12 613 -~\ -Q) -[)J -O) C>.. C:::> \:::::::::,. L'>. 16 17 14 15 18 ~'~ ~' ~ -LON61TUDINAL ·-·- TRANSVERSAL 19 --- ROTATIF 20 j.' COIN A FENDRE l PROJECTILE o 2cm. -1 Figure 1 79
' ' ' _F'¡_ ~ ~~ j.~7 C'> 10 ~ 17 ,. Figure 2 80
Photo 1 : Détail d'un front de grattoir sur lequel on observe un poli dll au travail de la peau sE?che. Nous pouvons noter la présence de nombreuses stries, orientées perpendiculairement au bord. X 200, X 5. Photo 2 : Détail d'un front de grattoir pour lequel on observe un poli dll au travail de la peau sE?che. Nous pouvons noter la présence de nombreuses stries, orientées perpendiculairement au bord. X 200, xs. 81
Photo 3 : Détail de la face retouchée d'un front de grattoir qui a travaillé la peau seche. Noter le fort émoussé des nervures et la présence des stries. X 200, XS. Photo 4: Détail d'un bord d'une pi€ce esquillée qui a servia fendre du bois. Observer les enl€vements de morphologie variée, a terminaison rebroussée. Certains sont de tendance scalariforme. X 10. 82
Photo 5 : Détail d'une encoche ayant servia racler une matiE!re animale dure. Nous noterons le faible développement du poli. X 200, X 5. Photo 6 : Détail d'un bord fracturé sur lequel on note un poli dfi au raclage d'une matiere animale dure. Ce poli rappelle le poli observé sur la !amelle a encache. X 200, X 5. 83
Photo 7 : Détail d'une encoche affectant le bord d'une !amelle. Nous observons un poli bien développé probablement dfi au raclage d'un bois de cervidé, trempé. Les stries sont abondantes et le fil du tranchant est peu émoussé. X 200, X S. 84