Roland furieux : Poème héroique de L'Arioste. T. VIII
Full text
*
ROLAND FURIEUX,
? O Ë ME HÉROÏQUE
DE L’ARIOSTE
v j . ,
: . ?.. . ..1 S - I
Ti ai h*_' rr
R -
3 f./Ji
ROLAND FURIEUX,
, ficJ-ü
POEME HEROÏQUE
DE L’ARIOSTK
NOUVELLE TRADUCTION,
Far MM. Pangkopçke et ïsamerî.
TOME HUITIEME.
^
Cliez Plaîsas, Libraire , Hô-rsl
de Thou, rue des Poitevins.
M. D C e. L X X X V I L
Antz Jpproiaùon et Privilège, du Rsk
CHANT TRENTE -TROISIEME.
I.
Parrhasius , irolignotes ,
Frotogènes, Timame, Appollodore, A pel-
les , plus célèbre qu’eux tous , et Zeuxis
et tous les Peintres de l’antiquité , dont la
renommée, grâce aux bons écrivains, vivra
toujours dans le monde, tant que le goût
des lettres y régnera , malgré la Parque
qui a détruit leurs corps , et même leurs
ouvrages :
I î.
Et ceux qui ont vécu ou qui vivent encore
de nos jours, Leonardo , André Mantegna,
Jean EeIlino_^!es deux Dossi et Michel-
Ange , ce génie divin qui tient plus en effet
de l’Ange que l’homme mortel , et qui ex-
celle également dans la peinture et dans la
sculpture , Raphaël , Bastiano, Titien, qui
fait autant d’honneur à Cadore, que les deux
premiers à Urbain et à Venise , et tous les au-
tres, dont les ouvrages nous font croire à ce
que nous lisons de ceux des Peintres anciens -,
CANTO TRENTESIMOTERZO.
J.
Timagora , Farrasio, Po'ignoto,
Protcgene, Timante, Apoilodoro,
Apeile più di tutti questi noto ,
E Zeusi s e gli aîtri , che a quei tempi foro £
De’ quai la faraa ( mal grado di Cioto ,
Che spense i corpi , e di poi F opre loto )
Sempre stara , fin che si legga e scriva ,
Mticè degli Scrittori , al Monde viva:
I I.
E quei , che furo a’ nostri di , o son ora ,
Leonardo , Andrea Mantegna , Sian Bellino ;
Duo Doss; , e quel , che a par sculpe , e colora
Michel, più che mortale, Ange! divino,
Bastiano 3 Rafael, Tiziart , che onora
Non men Cad or che quei Venezia , e Urbino 3
E gli altri , di cui tal i’ opra si vede
Çual délia prisca età si legge, e crcde;
L’ A B. I 0 S T 2 3
I I I.
Çuesti che noi veggiamPittori , e quelli »
Che già mille, e mil” an»; in pregio furo s
Le cose , che son State , coi pennelli
Patt’ hanno , aîtri su l’ asse, altri sul mato 5
Non perô udiste antichi , ne novelii
Vedeste mai dipingere il tuturo ;
B put si sono istorie anco trovate.,
Che son dipinte innanzi che sien State»
i v.
Ma di saperlo far non si dia vanto
Pittore antico , ne Pittor moder.no ;
E céda pur quest’ arte al solo incanto
,
Del quai t rem an gli Spirti deli’ Inferno,
La sala, ch’ io dicea neli* altto Canto ,
Merlin col libro , o fosse al lago Avemo s
O fosse sacro aile Nursine grotte 5
ïece far dai Demoni in nna cotte.
Chant XXXUL f
I I I.
En un mot, les Peintres de notre teins
et ceux qui furent illustres il y a des siècles,
11e rendaient avec leur pinceau , sur la toile
ou sur les murs , que des choses passées %
vous n’avez Jamais oui dire que les Anciens*,
v Ous n avez jamais vu que les Modernes
aient peint les événemens futurs ; et cepen-
dant on a trouvé des histoires peintes'long.
tems avant qu’elles fussent arrivées.
i y.
Mais dans les tems présens ni passés , la
peinture ne sauroit se vanrer d’un pareif
secret. Cet art doit le céder à celui des en-
chantemens, qui fait trembler les esprits in-
fernaux. Merlin, par le moyen d’un livre
consacré au lac de l’A veine , ou à l’affreuse
grotte de Norsa, avoir fait faire paries dé-
nions , en une seule nuit , cette galerie dont
je vous parlois dans l’autre Chant.
A 3
S 1' A 1 I O S T ïj
y.
Cet art , qui fit exécuter à nos Ancêtres
de si grandes merveilles , est inconnu de
nos /ours. Mais revenons ou me doivent
attendre ceux qui desiroient voir les pein-
tures de cette salie. Je vous disois donc
qu’au signal donné à un écuyer , il alluma
des flambeaux , et que leur grand éclat dis-
sipant par-tour les ténèbres , on n’auroit pas
vu plus clair au milieu du /our.
y i.
lî faut que vous sachiez, leur dit alors
le Châtelain , que de toutes les guerres
ici représentées , il n’y en a encore qu’un
petit nombre qui aient eu lieu : elles ont
été peintes avant d’être faites , et celui qui
les a fait peindre les a aussi présagées. Vous y
venez le détail de toutes les victoires , de
toutes les défaites que nos aunes doivent
éprouver un jour en Italie.
Chant XXXIII. y*
y.
Quest’ arts . eoa che i nostrl antichi fenno
Mirande prove » a nostra etade è estima.
Ma ritornando ove aspettar mi denno
Q iei , che la sala hanno a veder dipinta s
Pico che a uno scudier fu fatto cenno ,
Che accese i torchj ; onde la notte , vinta
Dai grau splendor, si dileguo d’ intorno»
Ne piîi vi si yedria se fosse giorno.
V L
Quel Sîgnor disse lor : vo 5 che sapplate
Che delle guerre, che son qui ritratte ,
Tino al di a’ oggi poche ne son State,
E son prima dipinte che s tan fat te :
Chi i ha dipinte , ancor 1* ha indovinate»
Quando vittoria avran , quaïïdo dis faire
în Italia saran le gent: nostre
,
Fotrete qui yeder corne si mostre-.
L 5 À a. • o s t %
,
Y I I.
le guerre , che i Franceschi da far hannc*
DI la dali 5 Alpe, o bene, o mal successe,
Dai tempo sao fino al millesim’ an no ,
Merlin Profeta in questa sala messe
,
Il quai mandato fu dal Re Bmanno
Ai Franco Re , che a Marcomir successes
E perche lo mandasse , e perche fatto
Da Merlin fu il lavor vi diro a un traîto.
y i ï i.
Re Fieramonte, che passo primier»
Coni’ esercito Franco in Galiia il Reno,
Roi che qaelia occupo , facea pehsîero
Di porte alla superba Italia il freno.
Faceal perciô cfce più il Romano Impeto
Vedea di giorno in giorno venir meno;
E per tal causa coi Britanno Arturo
Voile far lega; che ambi a an tempo furc.
Chant XXXIII. 9
V I I.
Le Prophète Merlin a fait peindre dans
cette galerie toutes les guerres que les
François devaient soutenir au-delà des
Alpes pendant mille années , à compter dit
tems ou il vivoit, ainsi que leurs bons
ou mauvais succès. Cet enchanteur fut
envoyé au Roi de France, successeur de-
Marcomir , par celui de la grande Breta-
gne. Je vous dirai en même - tems pour-
quoi Meriin fit ce voyage, et fut chargé de
ce travail. VIII.
Le Roi Pharamond, qui le premier passa
le fleuve du Rhin avec l’armée des Francs,
pour penetrer oans la Gaule , l’ayant sub/ii*-
guee, conçut le dessein de soumettre la
super’oe Italie à son joug. Il y fut encouragé
parla faiblesse de l’empire Romain, qut
de jour en jour devenoit plus grande, et
résolut , pour exécuter ce projet, de se lier
avec Artas, Roi de la Grande Bretagne *
qui vivoit au meme-tems que lui.
ÎO U Â B. I O S T E J
I X.
Artus ne fit jamais aucune entreprise sans
consulter le Prophète Mer:in, ce Merlin,
fils d’un démon , et qui avoit une grande
connoissance de l’avenir. Il apprit de lui
,
et fit savoir de même à Pharamond, les
périls, les traverses auxquelles ilexposeroit
ses armées , s’il entroit dans le pays que
partage l’Apennin, et qu’environnent les
Alpes et la Mer.
X.
Merlin lui fit connoître que presque tons
ses successeurs au trône de France, ver-’
roient en Italie leurs sujets détruits par le
fer , la peste ou la famine ; qu’ils en rap-
porteroient peu de profit et des pertes
immenses , et que des succès d’un moment
seraient suivis d’un long deuil; qu’en un.
mot le Ciel avoit décidé que sur ce sol»
les lys ne piendroient jamais racine.
Chant XXXIII, n
I X.
Artur , che impresa ancor senza consiglio
Del Proféra Merlin non fece mai
,
Di Merlin , dico , del Demonio figlio
,
Che del futuro antivedeva assai.
Per lui seppe , e saper fece il periglio
A Fieramonte, a che di molti gaai
Porrà sua genre , s’ entra nella Terra
,
•* j
Che Appenninparte, e’lmare 3 el’ Alpe serra* j
X.
Merlin gli fe veder che quasi tutti
Gh altri, chepoidi Francia scettro avranno.,
O di ferro gli eserciti distmttij
O di famé , o di peste si vedranno ;
E che brevi aîlegrezze , e lunghi luttî
,
Poco guadagno , ed infinito danno
Riporteran d’ Italia ; chè non lice
Che ’l Giglio in quel terreno abbia radie?.
i8 L’ÀaiGSTs,
XVII.
Auprès d’eux il leur fait yoir un jeune
Pépin, qui couvre de ses armées depuis
l’embouchure du Pô, jusqu’aux rivages de
Venise. A force de peines et de dépense,
il fait construire un pont à Alalamocco ;
déjà il le fait toucher auprès de Kialto, et
combat sur ce frêle édifice; mais plus loin
on voit s’abymer ce pont, que les vents et
la mer ont rompu. Pépin fuit , et laisse
ses troupes submergées.
XVIII.
Vous voyez , continue le Chevalier, Louis
de Bourgogne; à l’endroit même de sa
descente, il est vaincu et fait prisonnier -
Son vainqueur lui fait jurer de ne plus
prendre contre lui tes armes ; le voilà qui
méprise son serment ; le voilà qui tombe
une seconde fois dans le piège. Voilà qu’il y
laisse les yeux, et ses soldats le ramènent
aveugle de l’autre côté des Alpes,
C H A K T XXXIII. If*
XVII.
Lor mostra appresso un giovane Pipino*.
Che con sua genre par che rutto copra
Dalle Fornaci ai lito Palestrino ,
E faccia con gran spese, e con lung’ opra
Il ponte a Maiaœocco ; e che vicino
Giunga a Riako , e vi combattà sopra.
Foi fiiggir sembra, e che 1 suoi îasci sotto
E’ acque,che ’1 ponte il vento } e’i tsar gii han teticy
XVIII.
Ecco Lnigi Eorgognon , che scende
Là , dove par che resti vinto e preso ;
E che giurar gli faccia ehi lo prende
Che piît dalî’ arme sue non sarà offeso.
Ecco che ’l giuramento vilipende ;
Ecco di nnovo cade al laccio teso,
Ecco vi iascia gli occki, e corne taîpe
lo riportano i suoi di qui dall’ Alpfc.
20 L’ A fi. I S s T E ,
X I X,
Vedete un Ugo d’ Arli for gran fatî!
,
E che d’ Itaiia caccia i Berengari ;
E due, o tre volte gii ha rotti, e disfattr.
Or dagü Unni rïmessi , or dai Bavàri.
Foi da più forza è stretto di far parti
Con I’ ïnimîco, e non sta in vita guariî
Nè guari dopo lui vi sta 1* erede ,
ï 1 Regno in ter o a Berengario cede.
X X.
Vedete un altro Carlo , che a’ confort!
Del buon Pastor, fnoco in Itaiia ha messo,
E in due fiere battaglie ha duo Re mort:
,
Manfredi prima , e Corradîno appresso.
Foi la sua genre , che con mille torti
Sembra tenere it nuovo Regno oppresso,
Ei quà, e di là per la Città divisa
\sdete a suon di vespro tutta uccisa.
Chant XXXIII. zt
X I X.
Voyez- ici les grands exploits d'Hugues
d’ Arles, qui chasse de l’Italie les Bérenger.
Deux fois, trois fois il les à battus et mis
en fuite ; iis sont rétablis tantôt par les
Huns , tantôt par les Bavarrots. Bientôt con-'
traintpat des forces supérieures , il est obligé
de traiter avec l’ennemi ; mais il ne survis
guère à cet accord, non plus que le Prince
qui lui succède, et qui abandonne la posses"
sion de tout le royaume à Bérenger.
X X.
Là, c’est un autre Charles, qui porte le
feu dans l’Italie pour secourir le Pontife.
Dans deux batailles sanglantes, il donne
la mort à deux Rois : à Mainfroy d’abord .
et à Conradin ensuite ; mais bientôt ses
sujets qui exerçoient mille tyrannies dans ce
nouveau royaume , sont massacrés çà et là
par les habitans révoltés , au son de la
cloche des Vêpres.
J_ À S. I O S T B,
X X I.
Le Chevalier leur fait voir ensuite (mais ces
evénemens paroissoient sépares par beau-
coup d’années.même par beaucoup delustres)
un Capitaine François qui descend ies monts
pour raite la guerre à l’illustre maison des
Vîsconti. On le voit à la tête de la cavalerie
et de l’infanterie Françoises , environner et
bloquer la ville d’Alexandrie. Le Duc y
établit une forte garnison , et va dresser une
embuscade à quelque distance.
XXII.
L’imprudente jeunesse Françoise attirée
avec adresse dans le piège qu’on lui a
tendu , couvre la campagne de morts ; on
y voit le Comte d’Armagnac lui-même , qui
lavoir conduite à cette malheureuse expé-
dition Une partie de l’armée resre prison-
nière dans Alexandrie, et te Tanare aussi
gonne de sang que de ses eaux , en va rougir
le neuve du Pô.
Chant XXXIII, 23
XXI.
Lor mosfra poi ( ma vi parea intervalle
Pi molti e molti , non cii’ anni, ir.alustri}
S;ender dai monti un Gapitano Galio,
E lomper guerra ai gran Visconti iilustri 5
E con gente Fiancesca a pie, e a cavallo
ParcheAlessandria intomo cinga, elustrij-
E che ’i D::ca ii presidio dentro posto 3
E iuor abbia i’ aggaato un po’ discostos
XXII.
E !a gente ai Francia mal accorta
Tratta con arte ove la rete è tesa ,
Col Conte Armeniaco , la cui scorta
L'avea condotta ail 5 infelice impresaj,
Giaccia per tutta la campagna motta 3
Farte sia tratta in Aiessandria presa 3
E di sangue non men che d’ a cou a grosso
Il Tanaro si vede il Po far rosso.
2.4 L : A r i o s t s j
XXIII.
Un., detto délia Marcs, e tre Angioini
Mostra, r un dope 1’ altro , e dice : questi
A Bruci , a Dauni , -a Mars! , a Salentini
Vedete corne son spesso molesti;
Ma ne de’ Franchi val, nè de’ Latini
Ajato si , che alcun di loi vi resti ;
Ecco li caccia fuor delRegno, qnante
^’oJte vi vanno, Alfonso, e poi Ferrante,
XXIV.
Vedece Carlo ottavo , che discende
Dall’Alpe , esecoha ilfior di tatta Francia,
Che passa il Liri , e tutto il Regno prende
Senza mai stringer spada , o abbassar iancia,
Euor che lo scoglio, che a Tïfeo si stende
Salle braccia , e su! petto , e sulla panciaj
Chè deibuon sangae d’ Avalo al contraste
Lz vinij nova d’ Inico del Vasto.
Chant XXXIII.
XXIII.
ïl leur montre ensuite l’un après l’autre
un Comte de la Marche et trois Comtes
d'An/ou. Vous voyez , leur dit-il, combien
Us sont incommodes aux Brutiens , aux
Dauniens , aux Marses , aux Saientins ; ce-
pendant ni le secours des François, ni ceiui
de l’Italie même , ne peut venir à "bout de les
y établir. Voici Alfonse et ensuite Ferdinand
qui les chassent da royaume, toutes les fois
qu’ils s’y présentent.
x x I y.
Ici c est Charles VIII qui descend des
Alpes avec l’élite des Guerriers François. Il
passe le Liris. et sans tirer l’épée, ni baisser
la lance, il s’empare de tout le royaume de
Naples, excepté de ce rocher dont la masse
s’étend suitoutle corpsde Typhée. Le cou-
rage d’un héros de l’illustre sang a Avalas,
d’Inigo dei Vasto, suffit pour Farrêter.
Tome VIII. C
L’AriosïEj
X X V.
z6
Le maître du château qui expiiquoit ces
histoires à Bradamante , lui ayant montré
Pisle d’ischia , lui dit : avant de vous mener
plus loin , il faut que je vous dise ce que
mon bisayeul seplaisoit à me taconter quand
j’étois enfant. Il m’assuroit qu’il l’avoit de
même entendu raconter à son pere.
x x y i.
Celui-là le tenort également ou de son pere,
ou d’un autre de ses ancêtres , et ainsi en
remontant jusqu’à celui qui l’apprit directe*
ment de Merlin même, lequel fit , sans pin-
ceau , toutes ces figures de tant de differentes
couleurs. I! entendit donc que Merlin , mon-
trant au Roi même ce château que je vous
montre sur cette roche eievée , lui disoit CS
que je vais vous rapporter ;
€ s A N r XXXIII. i " 7
x x y,
Ii Signor délia Rocca , che renia
Qaesi’ istoria additando a Bradamante,
Mostrato che 1’ ebbe Ischia , disse : pris
Che a veder altro più vi meni avance,
10 vi diro que! che a me dir solia
11 bisavolo mio quand’ io era infante $
E quel che simiimente mi dicea,
Che da suo padre udito anch’ esso aveaj
XXVI.
E 1 padre suo da un altro, o padre , o fosse
Avo'.o , e" un daîl’ aîtro sino a quello s
Che a udirio da quel proprio ritrovosse ,
Che 1’ immagini fe senza pennelio,
Che qui vedete bi 2 nche, azzurre , e rosse.
Udl che quando al Re mostro ii Casteilo*
Che or mostro a voi su questo aiteroscoglîo*
GIi disse quel che a yoi riferir vogrio.
H L’ A r 1 O S T S,
X x X I I I.
. A ces f* ots J montre AJfonse , Marqsi
Ce Pescaire. Après que la valeur de ce Ci»
varier, dit-rl, éprouvée dans mille octt
sions, aura paru plus éclatame que t
diamant, voyezcomment un scélérat d’Ethie
pie-n , l’avant attiré dans une embuscade
sous prétexte d’un double traité , lui décoci
une fieciie , et fait tomber sous le coup 1
meilleur Chevalier de son siècle.
xxxi y.
Le Châtelain fait voir ensuite Louis II
passant les monts avec une armée Italienne
chassant de Milan Louis surnommé 1:
Aîame, et plantant les lys dans le féi
héritage qui appartint aux Visconti ; de!
suivant l'exemple de Charles, il fait bâti
des ponts sur le Carillan; mais ses troupe:
y sont dispersées, mises en déroute; um
partie est taillée en pièce, et l’autre sut-
fnergée.
Chant XXXIII. 35
XXXIII.
p. Cosi dicendo , mostragli il Marchese
jjj Alfonso di Fe'scara; e dice : dopo
cj Che coitiii comparito in aiiile imprese
1 Sara più risplendente che piropo,
iis Ecco qui neli’ insidie, che gli ha tese
l£ Con un tratîato doppio il rio Etiopo ,
Corne scannato di saetta cade
1 i Il maggior Cavalier di quelia etade.
XXXIV.
a ? °i mostra , ove il duodecimo Luigi
e ° a3sa con scorca Itaiiaua : monti ;
1, ^ svelto : i Moro , pon la Fiordiiigi
K Ne * hecondo terrer, già de' Visconti ;
| Indi manda sua gente pei vestigi
jj Ly'i Carlo , a far sul Garigîiano i ponti 5
~ Ea quaie appresso andar rotta 3 e dispersa
" si ved e , e morta , e nei hume sommeisa.
! 6 L’àb-iostej
x x x y.
Vedete in Puglia non minor macello
Dell’ esercito Franco , in fuga volto ;
E Consalvo Ferrante Ispano , è queilo
Che due volte alla trappola 1’ ha co’to,
E , cotne qui turbato , cosi bello
Mostra Fortuna ai Re Luigi il voîto
Nel ricco.pian, che fin dove Adria stride
Tra F Apennino , e 1’ Alpe il Pè divide.
x x x y i.
Cosi dicendo . se stesso riprende ,
Che quel che avea adirprimaabbialasciate
E torna a dietro, e mostra uno, che vende
Il Castel, che ’l Signorsuo glt avea datoî
Jvlostra il perfîdo Sviz-zero , che prende
Colui , che a sua difesa T ha assoldatoj
Xe quai due cose senza abbassar lancia
Han dato la vittoria al Re di Francia.
G H A X T XXXIII. 37
xxx y.
Voyez l'armée Françoise mise en faite
dans !a Pouill? , avec un carnage égal.
Deux fois le Capitaine Espagnol , Fe-dinand
Gonsalve, l’a fait tomber dans ses embûches;
mais autant la fortune se mont-e ici con-
traire à Louis , autant elle lai paroît favo-
ic rabie dans les riches plaines que partage le
Pô, entre l’Apennin et les Alpes , jusqu'au
golfe Adriatique.
X X X V I.
En parlant ainsi , le Châtelain se reproche
d'avoir négligé ce qu’il devoit dire d’abord ;
h il revient sur ses pas, et leur fait voir un
j: traître qui livre le château que son maître
: lui avoit confié; il leur fait voir ce Suisse
perfide qui donne des fers à celui même qui
j
îe payoit pour sa défense. Par ces deux
trahisons, le Roi de France obtient la vie*
[ îoite , sans tirer seulement l’épée.
Tome VIH . D
? 8 L’ A s. i o s T b-,
XXXVII.
Plus loin , César Eorgia , par la favet
de ce Roi, acquiert une grande puissance e:
Italie ? on le voit envoyer en exil tous ls
grands Seigneurs de Rome, tous ceux <pt
sont attachés à cette Ville 5 on voit auss
Louis effacer la scie des armes de Bologne
pour y substituer les glands. Bientôt il m
en déroute les Génois révoltes, et s 'cinp:.:
de leur ville.
XXXVIII.
Voyez , dit-il ensuite , comme la cas
pagne de Ghiaradadda est couverte c
morts. On diroit que toutes les cités ouvre;
leurs portes à ce Monarque , et que Ven;;
-à peine peut résister. Voyez-ie empêcher.
Vape, qui a passé les confins delà Romagffi
d’enlever Modèneau Duc de Ferra re, et :
s’y arrêter pour lui ravir le reste de s
états.
Chant XXXIII.
XXXVII.
•« Poi mostra César Borgia coi favore
Di questo R.e farsi in Italîa grande;
fe Ch’ ogni Baron di Roma, ogni Signcre
Soggetto a lei par che in esilio mande.
USS Poi mostra il Re, che di Bo'ogna fnore
nî Leva la Sega, e vi fa enrrar le Ghiande,
me Poi corne voige i Genovesi in firga
Dû! 0
Fatti ribelli , e la Città soggiuga.
XXXVIII.
as Vtdete (dice poi) di ger.te rnortâ
* Coperta in Gliiaradadda la campagna
,
Iïï Par ch’ apra ogni Cittade alRe la porta,
^ E che Yenezia appena vi rimagna.
Vedete corne ai Papa non comporta,
'ç. ^he passati i confins di Romagna ,
JModona al Duca di Ferrara togiia.
Ne qui si ferrai, e ’i resto tor gli voglia.
40 U A s. i o s t Si
XXXIX,
E fa alFincontro a lui Bologna torts.
Che v’ entra la Bentivola FatnigHa.
Vedete il campo de 5 Francesi porre
A sacco Brescia poi che la lipigiia;
E qaass a un tempo Felsina soccorre,
E ’l campo Ecc’esiastico sccmpiglia j
E 1 uno ; e F altro poi neî luoghi bass!
Par si riduca dei lira de’ Chiassi.
X L.
El qua xa rrancia , e ni la i. camoo mgrossa
Ea genre Isp,.na, e ia battagua è grande,
Caaer veae , e far la terra rossa
La genre d ’ arme in ambedne le bande, i
Piena a sangue mnan pare ogni fossa ;
Liane sta in dubbio u* la virtoiia mande. J
Per vlrt'u d’ un Alfor.so aînn si vede
Che resta il Franco s e che F Ispano cede * ’
CtiNT XXXIIL Al
XXXIX.
Il îe prive au contraire de Bologne, où il
fait rentrer ia famille des Bentivoglio. Voyez
l’armée Françoise reprendre, saccager la
ville de Bresse, secourir Fe’srne presqu’es
mème-tems , et dissiper l’armée dn Pape ,
toutes deux se replient ensuite vers Ravéfiue>
aux bords du rivage de Chiassi.
X L.
D’un côté est l’armée Françoise , de
î’autre celle du Pape , renforcée par les
Espagnols. La bataille est terrible t ou voit
les guerriers tomber des deux parts, et rou-
gir la terre de leur sang qui inonde les fossés.
.Mars est incertain de quel côté il fera pan-
cher ia victoire ; enfin la bravoure d’un Ai»
phonse la donne aux François, et fait cèdes
les Espagnole.
4£ L’A ï : o s ï j’
X L I.
Ravenne est saccagée ; Jules se mcrdsn;
les lèvres de désespoir , appelle un essain fu»
lieux d’Allemands, qui descendent des monts
comme la tempête : on les voit chasser
au-delà des Alpes tous les François qui ne
peuvent résister, et planter un rejettonde la
maison de Sforce , dans ce jardin dont ils ont
arraché les lys d’or.
X L I I.
Voici les François qui reviennent. Vous
les voyez défaits par i’Hevétien infidèle,
de qui le jeune Sforce, dont cette nation a
trahi et livré le pere , a l’imprudence d'eny
prunter le secours. Voyez ensuite l’armée,
que la fortune avoit précipitée de sa
toue , se préparer , lors de l’avènement
d’un nouveau Roi , à venger fourrage qifetis
reçut à Novaie.
Chant XXXIII. 4$
X L L
E che Ravenna saccheggiata resta;
Sï morde il Papa per dolor le labbia,
E fa dai monti , a guisa di tempesta»
Scendere in fretta una Tedesca rabbia >
Ch’ ogni Francese, senza mai far testa
Di qua dall’ Alpe par ehe cacciat’ abbia *
E cne posto un rampollo abbia del Moro
Nel giardino , onde svelse i Gigli d’oro»
X L I L
Ecco toma il Francese : sccolo roîto
Bail’ infedele Elvezio, che in suo ajuto
Coa troppo riscnio ha il Giovane condottOg.
Del quale il paare area preso 5 e venduto»
Tedete poi F esercito , che sotto
La ruota di Foœraa era caduto,
Creato il cuovo Re, che si prépara
DeL' enta vendicar, en’ ebbe a Novsrai
3
Ço L'Arioste
X L I X.
Voyez combien celui-ci , après son ce
sin le Marquis de Pescaire , et sous :
auspices de Prosper Colonne , fait par
cher ia Bicoque aux Suisses , et sur-to
aux François. Vorià que de nouveau
Prance se dispose à réparer le maars
succès de ses entreprises. Le Roi entre:
Lombardie avec une armée , et en envo
une autie a ra conquête de Naples.
L.
Mais cette Déesse qui se foue de na
destinée, comme fait ie vent d’une pod
légère , qu’ii élève en tourbillons jusqu’s
deux, et qu’il précipite bientôt après t
la terre où il l’a prise , la Fortune ébk
François , et lui fait croire qu’il a Ci
mille hommes autour de Pavïe. Il estai
occupe des Possessions qui échappent
sa mam, que de s’assurer si ses foiî
s’accroissent ou diminuent.
Chant XXXIII, 51
X L I X.
0 Costoi dietro al engin suo di Pescara
Con 1’ auspicio di Prosper Colonnese,
‘ Vedete corne la Bicocca cara
Fa parère ail’ Elvezio , e più al Francese*
, Ecco di nuovo Francia si prépara
, Di ristaurar le mai suecesse imprese,
1 Scende il Re con un campo in Lom'oardra J
. Un altio per pigliar Napali invîa.
L,
Ma queîia , ehe di noi fa corne il veatO-
, D’ arida polve, che 1’ aggira in volta,
î-a leva lino al cielo, e in un momento
A terra la ricaccia 3 onde i’ ha toifa.
Fa che intorno a Pavia crede di cemo
Mila persone a* r er fatto raecolta
H Re, che mira a quel che di man gli esce 3
Non se la genre sua si sceasa, o cresce,
Ez
fâ U A R I 0 S T 2 J
L I.
Cosi per colpa de’ Ministri avari ,
E per bouta del Re, che se ne fida,
Sotto le insegne si raccôîgon rari
,
Qtiando la notre il campo ail’ arme grida;
Che si vede assaiir dentro ai ripari
Dal sagace SpagruoI , che eon la guida
Di d :o del sangue d’ Avalo ardirta
Farsi nei Cieio , e neli’ Inferno via.
L I I.
Vedete il megiio délia nobilta de
Di tutta Francia alla campagna estinto.
Vedete quante lance , e quante spade
Han d’ ogn’ intorno il Re animoso cinto.
Vedete che ’l destrier sotto gii cade
,
Ne per questo si rende , o chiama vinto ;
Benchè a lui solo attenda , a lui sol corra
Lo stuol nimico ; e non è chi ’l soccorra.
Chant XXXIII. 5?
L I.
Ainsi par la faute des ministres avares ,
et de la bonté du Roi qui se fie trop à eux,
ii n’a sous ses drapeaux qu’un petit nombre
de troupes r lorsqu’une nuk son camp sonne
l’alarme , et se voit assiégé dans ses retran-
ehemens par l’habile Espagnol , qui sons
la conduite des deux cousins du sang
d’Avalos , se sent l’audace de pénétrer
jusqu’au ciel, jusqu’aux enfers.
L I ï.
Contemplez l’élite de Ta noblesse Frac,
çoïse , moissonnée dans la campagne. Voyez
de combien de lances, de combien d’epées
ce Roi magnanime est par-tout environné.
Remarquez son cheval qui tombe sous lui ;
il ne se rend pas encore, il ne se tient pas
tsonr vaincu , quoique l’ennemi n’en veuille
qu’à lui, ne s’attache qu’à lui , et qu’il ne
soit secouru par personne.
54 L‘À x i o s tb,
liu
Ce valeureux Roi se -défend à pied , st
baigne dans le sang de ceux qui l'entourent,
~dais il faut que sa yaleur cède enfin à la
force. Le Roi est pris, ii est conduite!
Espagne , et c’est au Marquis de Feseaite
et a celui del Vasto , qui ne s’est pas ut
instant séparé de lui , qu’on accorde la pa'œs
de cette grande victoire, et la captivité da
Roi.
l i y.
L’une des armées ainsi détruite à Pavie,
l’autre , qui étoit en chemin pour aller atta-
quer Naples , reste comme un flambeau , à
qui l’huile ou la cire viennent à manquer.
Le Roi laisse ses enfans à sa place pri-
sonniers en Espagne , et revient en France
Le voilà qui continue la guerre en Italie,
tandis qu’on l'attaque dans son proprt
pays.
C K A N T XXXI IL
lui.
Il Regagüardo si difende a piede,
E tutto deir ostil sar.gue si bagna ;
Ma vint; alfine a troppa forza eede.
Ecco il Re presoj ed eccolo m Ispagaaï
Ed a quel di Pescara dar si vede ,
Ed a chi mai da lai non si sccmpagna,
A quel dei Vasto , le prime corone
Del campo rotto , e del gxan Reprigiane.
L I V.
Rocto a Pavia T un campoj Paîtro, ch’ ers
Per dar travaglio a Napoli , in cammino
Restar si vede , corne , se la cera
Gii manca , o 1’ oglio , resta îl iumicino.
Ecco che ’i Re nella prigione Itéra
Lascia i figîiuoli , e torna al suo domine-,
Ecco fa a un tempo egii in Italia gu erra j
Eeco aîtii la f aa lai nella sua Tetra,
L 3 A S. I O S T E,
, L V. .
'
Vedete gli omicidj , e le rapine
In ogni parte far Roœa dolente ;
'E con incendj, e stupri le divine,
£ le profane cose ire ugualmente.
Ii campo délia Lega le ruine
Mira d appresso, e ’lpianto, e’I grido sente;
E dove ir dovrla innanzi , torna in dietro,
E prenaer lascia ii Sucressor di Pietro.
L Y L
Manda Lotrecco il Re con nuo ve s'jrtadre,
Non più per fare in Lombardia l’ impress;
Ma per levar ddie mani empie e ladre
Il Capo , e 1’ aine membra délia Chiesa;
, Cfce tarda si , che trova al Santo Padre
Non esser più la libertà contesa.
Assedia la Cittade , ove sepoita
Ê la Sirena , e tutto il Regno yolta.
Chant XXXIII. 5?
l y.
Voyez le meurtre et le brigandage dé-
soler Rome de -toutes parts. Toutes ses
richesses divines et profanes, y sont éga-
lement la proie de l’incendie et de la vio-
lence. L’armée de la ligue voit de près ses
mines , elle entend ses plaintes , ses cris . et
loin de la secourir comme elle le devroit,
elle recule , et laisse le successeur de F serre
au pouvoir du vainqueur.
L V L
Le Roi envoie Lautrec avec de nouvelles
forces , non plus pour s’emparer de la
Lombardie , mais pour délivrer des mains
impies et criminelles Te chef et les autres
membres de l’Eglise. La marche de ce
Général est si lente , qu’il trouve à son
arrivée le Saînt-Fere en liberté. Il va donc
assiéger la ville , où la Svrène Farthénope
est ensevelie, et fait soulever le Royaume
de Naples en faveur des François.
5° L’ A s i o s ï e,
l y 1 1.
Voici la flotte impériale qui s’avattr
p°m porter du secours aux assiégés. Voie
Hona. qui s’oppose à son passage, qujr
dissipe, ia brûle, la coule à fond. Cepet.
dant la fortune , qui change an gré de se
caprices, et qui jusqu’ici fut favorable an
François, ies fait périr , non p2r le glaive
mais par des maladies si terribles , qa'i
peme un sur mille peut retourner daas
son pays.
l y 1 1 1.
ou tcs ces histoires et plusieurs autres
encore qu’il seroit trop long de rapporter
etoient représentées avec les couleurs le
plus vives, et les plus variées , dans cette,
garerie assez vaste pour les contenir. Bxî
damante et sa compagne y reviennent àdeta
et trois fois; elles ne peuvent les quitter,
et relisent souvent l’explication qui este:
•lettres c or au bas de ces beaux ouvrages,
Chant XXXIII. 59
L V I I.
Ecco 1’ armata Impérial si scioglie
Per dar soccorso alla Città assediata ;
Ed ecco il Doria, che la via ie toglie s
E i’ ha nel mar sommersa , aisa , e spezzaîa»
Ecco Eortuna corne carsgia voglie,
Sin qui a’ Francesi si propizia stata t
Che di febhregii uccide, e non di iancia^
Si che di mille un non ne îorna in Eranciai
L V I I I.
La sala qaeste , ed altre istorie moite t
Che tutte saria lungo riferiie
,
In varj,.e bel colori avea raccolte.
Ch’ era ben tal, che le potea capire.
Tomano a rivederie due , e tre volte 3
Ne par che se ne sappiano partire;
E xileggon più voire quel che in pro
Si vede scritto sotto il bel lavoro.
66 L : A i! o s t i 5
L X Vo
Le soleil commençoit à rougir les bord;
de l’horizon ; les nuages qui l'enviro»
noient s’étoient dissspes, et le joui s’a»
nonçoit plus beau que le précédent, lorsqœ
Bradamante éveillée prit ses armes pou:
continuer sa route , après avoir rendu giac:
au Seigneur du château de son excelles:
gîte, et des honneurs qu’elle en avoir reçus
L X V I.
Elle trouva la Dame Isïandoise déjà sortie
de la forteresse , avec les femmes et te
Ecuyers de sa suite , et venant d’arriver as
lieu où l’attendoient les trois guerriers,
ceux-là même que ia veille au soir elle avoit
renversés de ieurs chevaux avec sa lance
d’or. Le vent, la pluie, l’intempérie delà
saison leur avaient fait passer une Euiii
bien désastreuse.
l
Chant XXXII I.
L X Y.
Dell’ orizzonte il Sol faîte avea rossiff
jJ estreme parti , e dileguate intoino
S’ eran le r.ufai , e non parea che fosse
Simile ail’ aluo il coîninciato giorno»
Quando, svegiiata Bradamante , armosse
Per fare a tempo al suo cammïn ntomo»
Rendute avendo grazie a quel Signore
Del buono albergo , e dell’ avuto onore*
L X Y L
E trovo cbe la Donna messaggiera
Con damigelle sue, cou suoi scudieri»
Uscita délia Rocca , venut’ era
Xà , dove 1’ attendean quei tre Guerriers»
Quei , che con 1’ asta d’ oio essa la sera
Xatto avea riversar giù deî destrieii»
E che patito avean con gran disagio
Xa nette l’acqua, e il ventOjS il ciel maivagra.
;
<f3 L ! À PL I 0 S T 2 $
L X V I I.
Arroge a tanto mal , che a corpo vota
Ed essi , e i Ior cavaili eran ximasi
,
Mj(\ Battendo i denri , e calpestando.il lotetu
Ma quasi lor più incresce , e senza quasi
Incresce e preme più . che farà noto
La Messagglera , appresso agli altri casï,
Alla sua Donna , che la prima lancia
Gii abbiaafabattutij chehanttovatainln
L X y I I L
E presti o di morîre , o di vendetta
Subito far dei ricevuto olcraggio ,
Accio la Messaggiera, che fu detta
ülania , ( che nomata più non haggio )
La mala opinion , che avea concetta
Eorse di lor, si tolga del coraggîo s
La figliuo;a d 5 Amon sfidano a giostra
Tosco che fuoï del ponte elia si mostia j
Chant XXXIII. 6 ?
LXYII
Ajoutez à tant de maux qu’iîs étaient a
;eûn , eux et leurs chevaux , claquant des
s * mais ce qui les désoie presque le plus ; sans
même dire presque , ce qui leur parc-it le
i d’us insupportable , c’est qu’en rendant
compte de leurs malheurs, la me-rsagere va
rapporter à sa maîtresse que ia première
lance qu’ils ont trouvée en France , les a
; tous trois abattus.
l x y 1 1 1.
Résolus de mourir ou de se venger sut-
le-champ de cet outrage , et pour effacer un
peu la mauvaise opinion que pouvoir avoir
prise sur leur compte l’envoyée , qu’on ap-
pelloit ülanie, (et que je ne vous ai pas
encore nommée) ils défièrent la fille d’ Aimon
; à, la joûte, si-tôt qu’ils la virent, paroîtts
J hors dupont.
7° A s i o s î b }
LX IX.
Ms étoient loin de penser que ce fût:
femme, car aucun de ses gestes ne l’ir
quott. D’abord Bradamante fort pressée
c
river, et qui ne vouioit pas s’arrêter,
refusa ; mais ils i’impommerent tant etts
que la guerriere ne pouvant plus s’eni
penser avec honneur, met sa lance eoar
en trots coups les jette tous trois à terre
termine ainsi le combat.
L X X.
Sans se retourner davantage , elle s'éîos
rapidement , et leur montre de loin
épaulés. Les trots Rois qui , pour gat
le bouclier d'or , étoient venus cle pat;
lointains , s étant reieves sans dire me
car iis avoient perçu la parole avec le £
rage , demeuroient pétrifiés de cette s
veille, et n’osofent lever les yeux sur ül#
C H_A N T XXXIII. 71
L X I X.
, Non pensando perô che sia Donzella»
2ti Chè aéssun gesto di Donzella ayea.
e( j
Bradamante ric.usa , corne queUa
j Che in frettagia, ne soggi ornai volea î
rts Pur tanto , e tanto fur moles», ch 5 eila,
se Che negar senza biasmo non potea ,
an Abbasso 1 ’ asta , ed a tre coipi in terra
r£ Xi mando tutti , e qui fini la guerra 5
L X X.
Chè senza più yoltarsi mostro loxo
os Xontan !e spaile , e diieguossi tosto.
Quei , che per guadagnar io scudo d’ oro }
Di paese venian tanto discosto,
B Poi chè senza parlar dritti si foro ,
8 Che ben F avean con ogni ardir deposto p
s Stupefatti parean d: maraviglia,
u Ne verso Uiania ardisn d’alzar le cîglia 5
ji U A b. i o s t s-,
L X X I,
Che csn le i moite volte per catnmic
Dato s’ -avean troppo orgog’.iosi vanti,
Che non è Cavalier, ne Paladino,
Che al Tninor di lor tre durasse avant!,
2.a Donna , perche ancor più a capo chk
'Vadano, e pi ti non sian cosi arroganti,
Fa lor saper che fu femœirra quelîa
,
KonFaladic , che li levo di sella.
L X X I L
Or cbe dovete ( diceva ella ) quando
Cosi v’ abbia una femnaina abbattuti,
“Pensai che sia Rinaldo, o che sia Oriand;
Kbn senza causa in tant* onore avuti J
Se un d’ essi avrà io scudo, io vi domc
Se œigliofi di quel che siate suti
Contra una Donna, contra lor sarete?
Noi credo io già ; -ne voi ferse il csedetî
Chant XXXII ï. 75
L XX I.
Us l’osoien: d’autant moins , que souvent,
pendant la route , iis s’étoier.t vantés auprès
d’elle avec trop d’arrogance , qu’aucun
Chevalier ni Paiadin ne pourroit résister au
plus foible d'eux, trois. La Dame, pour les
humilier encore davantage , et les corriger
de leur orgueil , leur apprit que c’étoit une
femme et non un Paladin qui les avoit en'
levés de dessus la selle.
L X X I I.
Si une femme, leur dit-elle, vous a si
facilement aeatcus , que devez-vous donc
penser de la force de Renaud ou de Roland,
qui n’ont pas obtenu sans raison une répu-
tation si éclatante! Que l’un d’eux obtienne
1 écu, je vous prie de me dite si vous tien-
drez plus aisément contr’enx, que vous ne
l’avez pu faire contre une femme. Pour moi
,
je n en crois rien , et peut-être n’en croyez-
vous rien vous-mêmes.
Tome VIII. r
74 L : Aiiosî$;
L X X I I I.
Ceci doit vous suffire : vous n’ayez p;
besoin d’une épreuve plus claire de von
valeur; et si l’un de vous est assez té®
raire pour tenter en Prance de nouvea;
efforts j c’est qu’il a envie d’ajouter sape:
à la honte qu’il a reçue hier et aujourd’hi
à moins qu’il ne regarde comme avantage
et honorable de mourir de la main de sei
blables guerriers.
L X X I V.
Après qu’Ulanie eut bien certifié à :
Chevaliers que c’étoit une jeune fille c
venoit de répandre sur leur gloire , jadis
éclatante . cette tache ineffaçable : aptes c
dix personnes pour une, leur eurent confins
ce qu’elle avançoit, saisis de rage et de de
leur , Hs furent près de tourner leurs ait -
eontr’eux-mèmes.
Chant XXXIII. 75
L X X III.
; | Qoesto vi puo bastar ; ne vi bisogna
on Del valor vostro aver più chiara prova;
as B quel di voi , che temerario agogna
58 Far di se in Francia esperienza nova,
>C Cercr. giungere il danno alla vergogna
,
bi2 In ch’ ieri , ed oggi s’ è trovato, e trova;
;a Se forse egii non stima utile , e onore
,
iO Qualor per man di tai guerrier si iniîore.
l x x i y.
t Foi che ben certi i Cavalteri fece
c. Ulania , che queli’ era nna Donzelia ,
a: Ea quai fatto avea nera più che pece
? La fama lor . ch’ esser solea si bella ;
" E dove una bastava , più di diece
‘ C Fersone il detto confermar di qaella,
Essi fur per voltar 1’ arme in se stessi,
Da tai dolor, da tanta xabbia oppressi.
3
Bz 1-iAs.IOSTE
L X X X 1.
Renaud se et tant sur la droite, SE
gauche, avec beaucoup d’att, de légèai
de souplesse, évite Ses terribles atteinte j
Durandal qui , comme il ne l’ignore r
sait trancher l’acier le pins dur. Le ;
Gradasse porte des coups plus rudes ; » \
presque tous ne frappent que les airs ,ot;
atteint quelquefois, il n’atteint que à/"
des endroits où il ne peut porter de grc ‘
dommages.
L x x x I I,
L’autre conduit son épée avec plus :
jugement , et souvent engourdit les bras; 3
î^yem Tantôt il la lui porce aU2 ûam 1
^n.ox a 1 endroit où le casque se /oint h 3
cuirasse; mais il trouve son armure -
dure que le diamant , et n’en peut fausse :
m rom P le üne seü ’e maille. S’il la train ;
si forte et si solide, c’est qu’elle fut fais „
par enchantement.
Chant XXXIII. U
LXXXL
su Or quà Rinaido or là mutando il passo
’t Congrandestrezza, emolta industria, ed arts
te Juggi a di Durindana il gran fracasso
,
? Chè sa ben corne spezza i! ferro, e parte,
; Eeria magg-lor percosse il Re Gradasso,
1 Ma quasi tinte al vente erano sparte :
É se cogliea talor, cogîieva in loco
k. Ove potea gras-are , e nuocer poco.
LXXXII.
L’ altro con più ragion sua spada mchina s
; E fa spesso al Pagan stordir le braccia;
3 E quando ai fîanchi , e quando ove confina
:i Ea corazza con 1’ elmo giiela caccia ;
s Ma trova P armatura adamantina
,
* St c Ee una magl ia non ne rompe , o stracciâ,
* Se dura, e forte la ritrova tanto,
1 Avvien perch’ elia è fatta per incanto.
S 4 1 ! À E. I 0 S T E j
L X X X I I L
S enza prender riposo erano stati
Gran pezzo tanto alla battaglia fisi
,
Che voiti gli occhi in nessun mai de'k
Aveano, fuor che nei turbati visi,
Quando da un* aitra zuffa distornati,
E da tanto furor fnron divisi.
Anibi voitaro a un gtan strepito il cigEt
E yidero Bajardo in gran periglio.
L X X X ï V.
Vider Bajardo a zufra con un mosa>
Ch s era più di lui grande , ed era auge;
Avea pia Iungo di tre braccia il rostr;
L’ altre fattezze ayea di pipistrello. $
Avea la piuma negra corne inchiosni
Avea 1’ artiglio grande, acuto, efello
Occhi di foco , e sguardo avea crudeli
V a.e avea grandi, che parean due \ù
Chant XXXIII. Sç
L X X X I I I.
Sans reprendre nn seul moment haleine ,
ils aveient été long-tems si attentifs à leur
lit combat, qu’aucun des deux n’avoit porté
ses regards ailleurs que sur les yeux enflam-
més de son adversaire , lorsqu’un autre corn*
i
bat vint les détourner et suspendre leur fit-
i- xeur. A nn grand bruit qu’ils entendent
,
D U e ,
tous deux détournent la vue, et voient
Bayard en un grand péril.
L XX X I Y.
® Ils voient Bayard combattant contre un
monstre plus grand que lui ; e’étoit un oiseau
os dont le bec étoit long de pins de trois brasses;
du reste il ressembloit à une chauve-souris.
' Il avoit le plumage noir comme de l’encre,
^ '-es serres longues , aigues et tranchantes ,
l’oeil de feu , le regard épouvantable , et ses
atles croient aussi grandes que les voiles
» d’un vaisseau.
Tome VIII. H
T
S 6 L 5 À s. i o s t s,
l x x x y.
Peut-être etok-ce un véritable oise
•nais je ne sais où ni quand on en tnt
jamais de semblable. Je n’ai vu nulle p
je n’ai lu que dans Turpin la descrifà
d’un pareil animal ; et cette considéra
me feroit soupçonner que cet oiseau n’é
qu’un grand diable d’enfer, que Maugiss;
attiré sous cette forme , pour interrcæ
le combat,
L X X x y L
Renaud le crut de même, et eut rc
suite à ce sujet une scene fort vive :
.Maugis 5 celui-ci ne voulut rien avot
et pour dissiper ce soupçon , jura p£
lumière éternelle d’où le Soleil reeé
sienne , qu’on l’en accusoit à tort.
enfin , oiseau ou démon , le monstre s
sur Bayard, et le saisit dans .ses griffe
C H A N' T XXXIII. 87
L X X X V.
/
iss Forse era vero auge! ; rna non so dove >
O ou and o un aitro ne sia stafô taie.
P Non ho veduto mai, ne ietto altrove,
! f a Fuoï che in Turpin, d’ un si fatto animale.
rjt- .
Çnesto nspetto a ctedere mi muove
j'çj: Che I’ augei fosse un Diavolû infernale»
Che Maiagigi in quelia forma trasse »
OB Accio che la battaglia disturoasse.
L X X X V I.
k BJnaldo il credette anco, e graa paroîe»
; j E ssonce poi con Maiagigi n’ ehbe.
oï Egh già confessar non glieio vuoie i
pî s perche tor di coi pa si verrebbe,
é Gjuia pel lame» che dà lume ai Sole,
* Cne dt questo imputato esser non debbe*
Eusse augello, e Demonio , i! mostro scese
; Sepia Bajaido , e con 1’ attiglio ii prese.
88 L 1 A r i o s t e
L X X X V I I.
Le redine il destrier . ch’ era passent!
Subito rompe , e con sdegno , e con ira
Contra 1' augelîo i calci adopra , e ’I deas
üa quel velcce in aria si ritira ;
Indi ritorna , e con 1’ ugna pungente
Lo va battendo , e d’ ogn’ intomo aggi
Ba/ardo ofFeso, e che non ba ragione
Di scheraso alcim , ratfo a fuggir si pos
l x x x y 1 1 i.
Fugge Bajardo alla vicina selva ,
E va cercando le più spesse fronde.
Segue di sopra la pennuta belva
Con gli occhi fisi ove la via seconde.
Ma pure il buon destrier tanto s’ inselra,
Che alfin sotto una grotta si nasconde,
Foi che 1’ alato ne perde la tracera^
Ritorna in cielo , e cerca nnova çaccis.
C B A Tf T X X X îî î»
L X X X V I I.
Le cheval, qui étoit vigoureux , lorap?
aussi-tôt sa bride, et plein de fureur et de
rage , se sert de ses pieds et de ses dents
centre l’oiseau. Celui-ci s’élève rapidement
dans les airs , revient encore , et de sa serre
aigue harcele Bayard , et tourne sans cesse
autour de lui. Bayard blessé-, voyant qu’il
n’a aucun moyen de se défendre, se mer!
fuir subitement.
L X X X V I I I.
Il fuit dans la forêt prochaine, cherchant
les feuillages les plus épais, l/animal ailé
le poursuit d’eniuut, l’œil attentif à re-
connoître sa trace ; mais le rusé cheval
s’enfonce si avant dans le bois , qu’enfin H
trouve une grotte où il se cache , et l’oiseau
qui a perdu sa piste , s’en va chercher une
autre proie dans les ai es.
fo L’Arioste,
L X X X I X.
Renaud et le Roi Gradasse voyant s’S
gner !e seul objet de leur combat , demaas
d’accord de le suspendre; jusqu’à ce®
aient délivré Bayard du monstre qui
fait fuir dans l’obscure foret. Ils cour»
ner.t que celui des deux qui le trouves
premier , le ramènera au bord de la i
laine, où se terminera ensuite leur diffère
X c.
ils partent donc de ia fontaine , et ;
Tant les traces fraîchement imprimées
l’herbe. Bayard s’est déjà fort éloigné d’e
dont les jambes ne leur suffisent pas ?
le suivre. Gradasse , qui avoir auprès
lui l’Aifane ; y monte , et laisse au loin;
ïiere lui dans la forêt le Paladin , piastre
plus mécontent qu’il ne le fût jamais.
Chant XXX ÎII. $>2
L X X X I X.
Rrnaido, e '1 ReGradasso, chepârtire
Teduta h an la cagfon délia lor pogna ,
Resta» d’ accorde quelia differire
ïin che Bajardo saivino <3 a U’ ugna 5
Che per la scura selva il fa fiiggire f
Go» patto che quai d’ essi lo raggiugsat
A quelia fonte lo restiruisca ,
Ove la lite lor poi si finisca.
X c.
Segnendo , sî partir dalla fontanav
1/ erbe noveilamente in terra peste,.
Sîo'.to da lor Bajardo s’ aliontana ,
Ch’ ebber le piante in seguir lui mai prestes
Gradasso , chc non iungi avea 1’ Alfana .
Sopra vi salse; e per quelle foreste-
Mo'to lontano il Baladin tasciosse
,
Tnsto, e peggio contente che mai fosse.
L ! A s. î o s ï e,
X C V I ï.
58
ïl passe en Navarre, delà en Arrq;
remplissant d’étonnement tous, ceux
.
l’appercevoient. II laisse au loin Tairai:
à sa gauche , la Biscaye à sa droite , et ait
en Castille. Il voit la Galice , le royait
de Lisbonne, puis dirige sa course e
Cordoue çt Séville ; enfin il ne laisse aces
ville de l’Espagne , ni sur les bords delà a
ai dans l’intérieur des terres , sans la visa
X C V I I I.
II voit Cadix et les bornes que i’invki:
Hercule imposa aux premiers Navigator
il se dispose à traverser ensuite i’.AfÜî
depuis la mer Atlantique , jusqu’aux cos
de l’Egypte. Il apperçoit les fameuses s
Baléares, etTvica dans la même direct®
ensuite il tourne bride , et vole du à
d’Arziila sur la mer qui la sépare de b
pagne.
Chant XXXII L 95*
x c y 1 1.
Passé in Navarra, ed indi in Aragonaj »
lasciando a ch’ i! vedea grau maravigüa*
Resté iungi a sinïstra Taracona .
Biscaglia a destra , ed arrivé in Castigîia*
Vide Galizia, e ’l Regno d’Uüsbona;
Foi volse i! corso a Cordova, e Sivigîia :
Ne iasciè presso al mar, ne fra campagna
Città , che non vedesse in tutta Spagna.
XC V III.
Vide le Gade, e la meta, che pose
Ai primi nav.iganti Ercole invitto.
Fer i’ Africa vagar poi si dispose
Dal mar d’ Atlante ai termini d’ Egitta.
Vide le Balear'che famose
,
E vide Eviza appresso ai camtnin driîto.
Foi voise il freno , e torno verso Arzilia
Sopfa’lrnarj che da Spagna dipartilla.
ICO JL A S. I G S- T Êj
X c I X.
Vide Marocco, Feza, Orano, Ipp ona
Aigier , Buzea , tutte Città superbe t
Che hanno d’ altre Cittàitutfe coroaa l
Corona d’ oro , e notidi fronde, e d’a:
Verso Biserta, e Tunigi pot sprona :
Vide Capisse , e l’ Isola d’ Alaerbe,
E I ripolr,_ e Berniche , e Tolomitta,
Sia dove il Nilo in A sia si tragitta,
c
Tra la marina , e la selvosa schiesa
Del fiero Atlante vide ogni contrada,
Poi die le spalle ai monti di Caréna,
E sopra i: Cirenei prese la strada :
E traversando i campj dell’ atena
Venr.e a’ confin di Nnbia in Albajada.
Risnase dietro il Gimiter di Batto ,
~ ^tan T empio d 3 Amon , ch 5 ogg-i è dlsâ
c fi A N T XXX Eli. 102
X G I X.
Il vois Maroc, Pez,Qran, Hyppoae^
Alger, Sugie, toutes villes superbes , qui
portent la couronne sur beaucoup d’autres
villes, mais une couronne d’or, et non pas
d’ache et de simple feuillage. Il pique en-
suite vers Eiserte et Tunis , dépasse Capsa.»
l’isle d’AIzerbe , Tripoli , Bérénice , la Ftc-
lémaïde, Jusqu'aux lieux où le. Nil se for mat
un passage dans l’Asie..
C.
11 contemple tout le pays qui se trouve
entre- la mer et les épaules ombragées d-ti
fier Atlas, purs tournant le dos anx monts
Caréniens , il prend sa route vers les Cvré*
nees , et traversant les déserts sablonneux, j,
ii arrive aux confins de ia Nubie dans Aî-
bavada , laissant derrière lui le tombeau de-
Bartus, et le grand- temple d’Ammon, qui
ae subsiste plus aujourd’hui.
302. L’A S I OS T Bj
C I.
Il parvient ensuite à une autre Trétnîsg
qui suit les loix de Mahomet , et delà a':
son vol vers l’autre partie de l’Ethiopie,
parée de celle-ci par le Nil. Il file toute
dans les airs vers ia ville de Nubie, qui
entre Dobada et Coalié. Ses habitant?
Chrétiens , les autres Sarrasins. Cette I
rence de culte les tient sans cesse en m
sur leurs frontières.
C I L
Senapes, Empereur de cette EthiV
qui, pont sceptre , porte une croix:
main , a de nombreux sujets , de gta
trésors, et une grande quantité tic f
depuis sa capitale jusqu’aux bords delà;
jxquge Sa religion presque semblable:
sotte , peur le sauver de l’exil étemel. C
là, si je ne me trompe, qu’est établi
baptême de feu.
Chant XXXIÏL 105
C ï.
Ind! giunse ad un’ altra rremisenney
Che di Maumetto pur segue lo stiloj
Poi vols s agir aîtti Eriopi le penne 9
Che contra questi son di là dal Nilo;.
Aüa Città di Nubia il caraœin tenne
Ira Dobada . £ Coalle in aria a fila.
Q ; esri Cristiani son , quei Saracini ;
Ë stan con l’ arme in man senspre ai confia».
C I I.
Senapo Imperator deir Eriopia,
Che in luogo tien di sceœo in man la Croce*
Di genre , di ciîtadi , e d’ oro ha copia
Quindi fin là , dove il mar Rosso ha foce j.
E serva quasi nostra fede propia ,
Che pub salvario dall’ esilio atroce. V -
Gli e ( s’io nonpiglioexrore)in quesfo loee 2
Ove al battesmo lorsa usasio il foco-..
104 L' A R I 0 S T E }
C I I I.
Dismontô ii Duca Astoifo alla granC:
Dentto di-Nubia , e visito ilSenàpo.
Il Casîello è più rieco assai she foi
Ove dimora d’ Eîiopia il capo.
Le catene dei pont! , e delle porte,
^ ^ Gangheri,. e chiavistei da piedi a cap:
_ f ! E finaîmente rctto quel lavoro
,
Clie noi di fexxo usiamo, ivi usand 1
:
c i y.
Anco che dei finissimo métallo. ,
Vî sia taie abbondanza , è pur in pregs ,
Colonnate di lîmpido cristallo i
Son ie gran logge dei Paiazzo regio. ‘
Pan rosso, bianco, verdi , azzurro, e giv
Satto i bei paichi un xilucente fregio,
Sivisi tra proporzionati spaz
/
Bnbin , smeiaidi., zaffiri, e topaze.
C B A- N T XXXrlI. IS5
C I I L
Le Duc Astolphe descendit dans la magnî»
£que cour de Nubie, et alîa rendre visite à
Sénapes. Le château qu’habite cet Empereur
de l’Ethiopie , est plus riche que fortifié. Les
chaînes des pont-levis, les gonds , les ser-
rures des portes , du haut en bas , enfin tout
cc que nous sommes dans l’usage d’avoir es
fer., ils l’ont en or.
c 1 y.
Quoique ce méral précieux y soit s! abon»
dant , iis en connoissent tout le prix. Les
colonnes qui soutiennent les vastes apparte-
nons de ce palais, sont du cristal le plus pur ;
les rubis, les émeraudes, les topazes, les
saphirs , artistement répandus , forment sur
ces riches lambris un éclatant assemblage
d: rouge, de blanc, de verd, de jaune ci
d’rzur.
E 3
106 L 3 À b. i o s t
C V.
Sur les murailles , les plafonds elfe
quets, sont prodiguées les perles et les-
reries les plus rares. Ç’est-là qns s
beaume : Jérusalem empcssêde bien p ;
comparaison de ce pays. C’est delà i
musc vient jusqu’à nous, delà qu’est.
l’ambre qu’on porte sur d’autres ritr
enfin c’est de ces régions que sortent!*'
coup de choses qui ont un si grand ^
parmi nous. t
C V I.
On dit que le Soudan , Roi d’Egypte
soumis à ce Monarque , et lui paie une:
parce qu’il est en sa puissance de detff-A
le Nil de ses canaux , et de lui docit?
autre cours; çe qui répandroit toute. L
la disette la plus affligeante sur le Cai.£
ses environs. Ses sujets le nomment Sèï£,
nous l’avons appelle le Prêtre ou plüit
Prète-Jan. IL
Chant XXXIÎI. 107
c v.
: ïn mura , in cetti , in paviœenti sparte
‘ Eran le perie , eran !e ricche gemme.
Çuivi baîsamo nasce , e poca parte
‘N’ ebbe appo questi mai Gerusalemœe.
II musciiio j che a noi vien , quinai si parte .
Quindi vien i ’ ambîa, e eerca ai ire Earemme.
Vengon le cose in somma da quel canto ,
Che nei paesi nostii raglion tantb.
C V I.
I Si dice che ’! Soldan Re de U’ EgittO
A quel Re da tnbnto, e stasuggettoj
Ferch e in poter d; lui dai cammin dritto
Levare ii Nilo , e dargli altxo ricetto ;
E per questo lasciar subito afflitto
t' : famé il Carro , e tatto quel àistretto,
Senapo detto è dai sudditi suoi 5
P 1 * diciaœ Presto , o Piete/anni noi.
IJ4 L’Arioste,
C X I I I.
Lors donc qu’à leur grand étonnement les
habitans virent entrer ce Chevalier dans
leur ville; par-dessus les murs et les tours
les purs hautes > soudain on courut le ra-
conter au R.oi de Nubie , qui se rappeila la
prédiction. Dans l’excès de sa joie, oubliant
son bâton fidèle, et les mains élevées, i!
tend ses bras au Chevalier volant.
c x i y,
Astolphe décrivant de larges circuits,
vient mettre pied à terre au milieu de la
cour du palais , le Roi , dès qu’on l’eut amené
devant lui , se met à genoux., et tenant ses
mains j'oïntes : Ange de Dieu , s’écrie-t-il
,
nouveau Messie, si mes nombreuses offenses
sont indignes de pardon , considérez qu’il
appartient a 1 homme de pécher souvent, et
ou il vous appartient de pardonner toujours
au repentir.
Chant XXXIII. 115
C X I I I.
Or che con gran stupor vede la gante
Sopia ogni muro , e sopra ogn’ alta torre
Entrare ii Cavaîiero, imntantinente
È chi a narrarlo al Re di Nubia corre»
A cui la profezia ritorna a mente 5
Ed obbliando per let'zia torre
Ea fedel verga, con le mani innante
Vien brancolando al Cavalier volante»
c x i y.
Astolfo nella piazza del Castello
Con spaziose rote in terra scese.
Foi chefu ii Ke condotto innanzi a quelîo t .
Inginocchiossi , e le man giante stese,
E disse : Angel di Dio , Messfa novello p
S ' io non merto perdor.c a tante offese,
Mira che proprio è a noi peccar sovente-
A voi perdonar sempre a chi si pentes
!
**6 L’ A i r o s î
C X V.
Del mloeiror consapevole , non chiegglo,
N-è chiederti aidiiei gli antichi lumi.
Che tu io. possa far ben cieder deggio
,
Che sei de’ cari a Dio beati N’ u mi,
Ti basti il gran rnartir ch’ io non ci veggio.
Senza che ognor la famé mi consumi.
Aimen aiscacciâ le fetide Arpie
Che non rapiscan le vivande mie«.
c X V ï.
E dî marmore un Teœpio ti promette
Edifiear neît’ alta Reggia mia,
Che tutce d J oro a'obia le porte , e ’l terto E
E dentro 3 e fuor di gemme ornât» sia ;
E dal Mo santo nome sarà detto,
E del miracol tuo scolpito fia.
Cosi dicea quel Re , che ni: lia vede »
.Ccrcando ia van baçiare ai Dusa il ciedfe
ChaN t XXXIII. ri 7
c X V.
Convaincu de mon crime , je ne vous
demande pas , je n’oserois vous demander ds
recouvrer !a vue; quoique persuadé que ce
don seroit en votre pouvoir , puisque vous
êtes un. de ces esprits célestes , si chers
à l’Éternel; mais que cette cruelle privation
de la lumière vous suffise ; ne souffrez pas
que je sois encore consumé par la fana j
chassez au moins ces dégoûtantes har-
pies; quelles ne viennent glus ravir mes
alimens
.
c x v i.
Je promets de vous élever dans mon vaste
paiais un temple de marbre , dont les portes
et la couverture seront d’or pur ; les dedans
et les dehors en seront ornés de pierres pré-
cieuses : il portera votre nom sacré , et j y
ferai graver le miracle que. vous aurez opéré
en ma faveur. Ainsi parloit ce Roi dont 1 œie
ne peut rien voir , cherchant envain a e-aisex
k$ pieds du Duc Anglois,
xz8 L'Ariosts,
c X v I I.
Je ne suis point un Ange de Dieu , répond
Astolphe ; je ne suis point un nouveaa
Messie , et je ne viens point des deux, je
suis un simple mortel, pécheur moi-même,
et indigne des grâces que Dieu m’a accor-
dées : cependant je mettrai tout en usage
pour que ia mort ou la fuite délivrent votre
empire de ce monstre cruel : si j’y parviens,
ce n est pas à moi que vous en devrez rendre
grâce, mais a Dieu qui a dirigé moa vol
près de vous pour vous secourir.
c x y 1 1 I.
Réservez donc a Dieu ce s vœux que vous
lui devez; bâtissez -lui ce temple et ces
au.eis En panant ainsi, tous deux, entourés
des plus grands Seigneurs du royaume, s’a-
vançoient vers le château. Le Roi commande
à ses serviteurs d’apprêter soudain le repas,
espérant que, pour cette fois, sa nourriture
ne lui sera plus ravie.
C H A N T XXXIII. II?
C X V I I.
Rispose Astolfo : ne 1’ Ange! di Dîo ,
Ne son Messia novel , ne dai Ciel vegno;
Ma son mortale, e peccator anch’ io,
Di tanta grazia , a me concessa, indegno.
Io faro ogn’ opta , accio cite ’i mostro rio
per motte, o fuga io ti ievi del Regno.
S’ io il fo, me non , ma Dio ne loda solo,
Che per tuo ajuto qui mi drizzo il voie.
CXVIII.
Fa questi voti a Dio, débit! a lui ;
A lui le Chiese edifîca , e gli aitarù
Cosi parlando andavano ambidui
Verso il Castello fra i Baron preclari.
Il Re comanda ai servitori sui ,
Che subito il convito si prepari
,
Spetando che non debba essergli tolta
la vivanda di naano a questa voita.
T 2,0 L' A S. I O S t s,
C X I X.
Dentro una ri-cca sala imman^inente
Apparecchicssi il convlto solenne 5
Col Senàpo s’ assise solamente
I! Du ca Astolfo, e la vivanda venue.
Ecco per 1 ’ aria lo strider si sente
Percossa intomo dalf orribil penne.
Ecco venir le Arpfe brutte , e nefande,
Tratte dal cielo a odor deîle vivande.
C X X,
Erano sette in una schiera , e tut te
Volto dï donna avean, pallide , e smorte,
Per rjnga famé attenuate, e asciutte,
Orribil a veder più cke la morte.
E aiacce grandi avean , deformi e brutte
Le man rapaci , e P ugne incurve , e torte
Grande , e fetido il ventre , e lunga coda
Corne di serpe, che s’ aggiia, e snoda.
Chant XXXIIJ. J zï
C X I X.
On dresse aussi- tôt un magnifique festin
dans une salie sujette. Le Duc Astoiphe
ggj ggid admis à îa e de Sénape , et les
mets arrivent. Voila qu un arrreux armement
retenti t dans les airs , frappés par les ailes ces
Harpies: voilà qu’on voit venir du cre; ces
monstres infâmes , exécrables , que l’odeur
des viandes a attirés.
C X X.
Leur troupe étoit de sept; elles portoienî
toutes des visages de temmes, pales, n-v :des
,
décharnés , exténués par une longue faon ;
leur aspect est plus effroyable que ce.ui de la
mort ; elles ont de grandes ailes difformes
et hideuses ; leurs mains rapaces sont aimées
d’ongles tortus et recourbés; leur ventre est
vaste , et d’une puanteur extrême , et leur
longue queue se noue et se tortille , comme
celle d’un serpent.
Tome VI !!• L
tlî V A H. I 0 S T S ,
C X X I.
Oïi les entend venir dans les airs , et
piesqa’au même moment on les voit set
la table renverser tous les vases, et s’ea*
parer de tous les mets ; elles répandent par.
tout une odeur si infecte , que chacun est
obligé de se boucher le nez , n’en pouvant
supporter la puanteur. Astolphe , saisi de
«o’ere , met l’épée à la main contre ces
•oiseaux gloutons.
C X X I I.
Il en frappe un sur le cou , l’autre sut fa
rems, celui-ci à la poitrine, celui-là sai
les ailes ; mais, comme s’tl frappoit sur un
sac d’étoupes , son coup s’amortît , et de*
meure sans effet. Les monstres ne laissent
pas intact un seul plat ni un seul vase, et ne
quittent la salle qu’aptes que leur appert
vorace a tout souillé ; tout enlevé:
/
Chas t -XX XI IL 11
C X X I,
Si sestono venir per I’ aria , e quasi
Si "fggon tutte a un tempo in su ia menas
ïtapire i cibi, e rîversare i vasi s
E moka feccia il ventre lor dispensa.
Ta’ ch’ egli è forza d’ otturare i nas!
,
Cbè non si puô patir la puzza immensz.
Astolfo, corne i’ ira lo sospinge.
Contra gl’ ingordi augellî il ferro stiing&
C X X I I.
En o sul coîlo , nn altro sulîa groppa
Perccote, e chi ne! petto , e chi nell’ala ,
Ma corne fera in su un sacco di stoppa »
Poi langue il coipo , e senza effetto cala.
E qnei non vi lasciar pîa tto , ne coppa ,
Che fosse intatta, ne sgotnbrar la sala
Prima che le rapine, e ii fîero pasto
Contaœinato il tutto. avesse , e goastQr
CHANT TRENTE -QUATRIEME.
I.
O barbares, faméliques et cruelles
Harpies , que la volonté Suprême , pour nous
punir sans doute de nos anciens égaremens,
envoie sur toutes les possessions de l’avea-
gle , de la coupable Italie ! Les enfans inno-
cens expirent de faim avec leurs tendres
nacres , tandis qu’en un seul repas ces mons-
tres dévorent ce qui devoir faire le soutier
de leurs jours.
I I.
Quelle faute a commise celui qui t’ouvrit
les cavernes où ils étoîent renfermées depuis
tant d’années 1 C’est delà que sont sorties
l’infection et la rapacité, qui se sont répan'
dues dans l’Italie pour l’accabler de maux.
La douce aisance en a disparu ; la paix et le
repos en sont si bien bannis, que la guerre,
la pauvreté , les chagrins l’ont depuis sans
cesse affligée , et l’affligeront encore long»
tems.
canto TRENTESIMCQÜARTO.
I.
O FAMEtlCHEj inique, e fiere Arpfe,
Cbe ail’ accecata Italia, e d’ error piena
,
Per punir forse antiche colpe ne ,
In ogni mensa aito giudicio mena!
Innocent! fanciulli , e madri pie
Cascan di famé, e veggon che una cena
Di questi mostri rei tutto divora
Cio, die del yiver lot sostegno fora,
I I.
Trcppo failô chi le speionche aperse,
Che già moit’ anni erano State chiuse ,
Onde il fetore, e F ingoidigia eœerss,
Che ad ammorbate Italia si diffuse.
H bel vîvere allora si sommeise
,
E la quiete in tal modo s’ escluse,
Che in guerre, inpoverta sempre, e in affmA
È dopo stata, ed è per star mol:’ anni.
r î 2- L'Arioste,
ï I L
Fin ch’ ella un giorno a’neghittosî figîi
Sœiota la chroma , e cacci fobr di Lete,
Gri-dando lor non fia cnï r 2 ssimigU
Alla virtù di Calai , e di Zete ?
Che le mense dal puzzo , e dagli artigK
Xiberi , e torni a lor mondizia liete.
Corne essi già quelle di Fineo, e dopo
Fe il Paladin quelle del Re Etiopoè
I V.
ï! Paladin coi suono orribil venue
i-e Drutte Arpie cacctando in îuga, e in rotta
a anto, ch’ a psè d’ un monte si ritenne,
Ove esse erane entrate in una grotta.
Le orecckie attente aiîo spiraglio tenne,
a 1 aria ne senti percossa , e rotra
Da pianti , ed urli , e da îamento eterno,
Segno évidente quiyi esset l’ Inferno.
C H A K T XXXIV. 159
I I I.
Jusqu’à ce qu’un jour , réveillant ses enfsr.s
assoupis, et dissipant ieur léthargique in-
différence , elle leur crie : ne se trouvera -t-il
point parmi vous de courage égal à celui
de Calais et de Zéthès i Aucun de vous ne
déiivrera-t-iî nos maisons de la corruption
et de l’aviditéj ne leur rendra-t-il leur pre-
mier éclat , comme ces Kéros délivrèrent
autrefois les tables de Phinée , et comme le
£t depuis Astolphe pour le Monarque
Ethiopien ï
I V.
Le Paladin poursuit avec le son épouvan-
table de son cor, ! es infâmes Haro i es qui
fuyoïent en désordre. Il s’arrête enfin au
pied d’une montagne , et près d’une grotte
ou elles étoient entrées. Il tient un moment
son oreille attentive à l’ouverture , et entend
i’air retentir des plaintes , des hurlemens , des
geniîssemens éternels dont il est frappé : il
en conclut avec certitude que ce sont-là les
enfers.
Tome VIII. M
î 34 1/ A h. î ô s t e ;
Y.
Il lui vient la fantaisie d’y entrer , de
voir ceux qui sont privés de la clarté du
four , de pénétrer jusqu’au centre de la terre,
de parcourir enfin tout l’empire infernal.
Qu’ai-je à craindre en y entrant , dit-il?
Mon cor ne viendra-t-il pas toujours à mon
aide? Je ferai fuir Pluton, Satan lui-même;
je chasserai le chien à la triple gueule du
passage qu’il défend,
V I.
ïi descend aussi-tôt de son cheval ailé,
l’attache à un arbrisseau , puis se glisse dans
l’antre , après s’être muni de son cor , dans
lequel il a mis toute sa confiance. 11 n’étoit
pas fort avancé, lorsqu’une fumée noire,
piquante et plus insupportable que celle de
la poix et du soufre , vint blesser également
ses yeux et son odorat. Astoîohe ne laisse
pas de poursuivre son chemin.
Chant XXXIV. ij$
V.
Astoifo si penso d’ entrarvi dentro
,
E vedei quel, che hanuo perduto ii giorno,
E penetrar la terra fino al centro
,
E le bolge infernal cercare iatorno.
Di che debbo temer (dicea) s’ io v’ entra,
Chè mi posso ajutar sempre col corno i
Earo fuggir Flutone , e Satanasso ,
E ’î Can îrifauce ieverô dal passo.
V L
Delf alaeo destrier presto discess»
E lo lascio legato a un arboscello i
Foi si caîb neli’ antro , e prima prese
si corno , avendo ogni sua speme in queffia.
Non ando molto innanzi che gli offese
II naso, e gli occhi un fumo oscuro , e fe.ro
Fiù che di pece grave, e che dr zolfo:
Non sta d’ andarper questo innanz: AstoLa,
M a
L’ A r i o stb 3
Y I I.
Ma quanto va piùinnanzî, più s! ingrossa
Il fqmo , e la caligines e glî p^ré
Cne andare innanzi più troopo non possa,
Che sara foiza a dietro ritornare.
Ecco- (non sa che sia) vede far mossa
Dalla voita di sopra, corne faie
Il cadavero appeso al veato suole
,
Che molti dï sia stato ail’ acqua , e af Sole.
Y I I I.
Si poco , e quasi nulla era di lace
lu quelia afrumicara i e nera strada ,
Cire non comprende , e non discerne il Duce
Chi questo sia , che si per 1’ aria vada;
E per notizia averne si conduce
A dargii uno , o due co*pi délia spada.
Stima poi che uno spirto esser quel debbia*
Che glî par di férir sopra la nebbia»
CS'AK xxxiv. ijr
v 1 1.
Mais plus îl avance, plus segmentent
la fumée et l’obscurité 5 il commence à'
croire ou’;! ne pourra guère aiier plus loin ^
et qu’il sera forcé de revenir sur ses pas.
Tcut-a-coup il voit en l’air , sans deviner
ce que c’est, quelque chose qui remue, à-peu”-
près comme un cadavre suspendu, qui a
été long-tems exposé au soleil et à la pluie,,
et que tourmente le venr,
VIII.
La lumière étoit si faible, si imperceptible
danscette route entumeeet téaebreuse , que-
le Duc aepeuc- distinguer, ne peut se figurer
ce qui s'agite ainsi dans l’air. Pour s’en
eciairc-ir , il s’avise d’y donner an ou deux
coups d’épée; mais i! vit bientôt que ce ne
pouvoir être qu’un esprit , car il lui sembla,
napper sur du broiiiiiaid.
1*8 L’Ajuosïî,
I X,
Il entend alors ces mots prononcés d'une
voix lamentable : descends, hélas isans offert»
set personne ; cette noire fumée qu'exhalent
les gouffres des enfers , et qui se rassemble
toute ici , ne me tourmente que trop. As»
toiphe étonné s’arrête, et dit à i’om'bre :
puisse l’Éterne! ôter à cette fumée le pouvoir
de s’élever jusqu’à toi , et daigne m’instruire
de ton sort. -
X.
Si ta veux que je porte de tes nouvelles au
monde , je te satisferai volontiers. L’ombre
répond : il me seroit bien doux d’espérer
gu ail-moins me mémoire puisse retourner
encore dans ce délicieux séjour. L’extrême
désir que j’ai d’obtenir cette faveur , va me
forcer à parier , à vous apprendre mon nom
et mon histoire , quoique parler soit pour
înoi un supplice fatigant».
Chant X X X I Y. i ÇJf
I X.
Alîor senti parlar con voce mesta :
Dell senza fare altrui danno glu càia l
Fut noppo.îl aegto fumo mi molesta ,
Che daî foco infernal qui tutto esala.
}i Dnca stnpefatto allor s’ aiiesta,
E dice alT ombra : se Dio tronchi ognî aîa
Al fiimo , si che a te piïi non ascenda,
Non ti dispiaccia che T tuo stato intenda*.
X*.
E se yuoi che di te portî novelîa
Nel Mondo su , per satisfarti sono.
V ombra rispose : alla ’ucë aima , e belîa
T omar per fama ancor si mi par buono^
Che le parole è forza , che mi svella
Il gras désir, che ho d’ aver poi tal donc
5
2 che ’l mio norne, e 1’ esser m.io ti dica Æ
Benchè ’l parlai mi sia noia > e fatica»
î4- 1/ A a. î o s T 2 3
X X I.
Ces gens , dont toi, t ie mérite est d'imiter
l’âne et ie pourceau, et qui passent pour des
courtisans aimables, ces créatures infâmes
et inutiles, qui ne sont nees que pour se
livrer a tous ies desordres; ceux-ià, dis-je,
lorsque ia Parque équitable, ou plutôt les
excès de Baccnus et de Vénus ont achevé le
£i des jours de leurs maîtres', portent encore
pendant quelques jours leurs noms dans leurs
bouches, et bientôt iis ies laissent retomber
dans l’oubli. v v T T
A A 1 1.
Mais de même que les cygnes vont porter
*u temple avec des chants mélodieux les
médailles qu’ils ont sauvées , de même les
poètes arrachent à l’oubli , plus cruel que le
trépas , les hommes dignes d’être célébrés
par eux. Que vous êtes sages et bien avisés,
ê Princes , qui à l’exemple d’Auguste, vous
attachez les bons écrivains ! Avec leur se 4
cours , vous n’aurez point à craindre les
aades du Lethé,
Chant XXX Y. 2.45
XXI.
E son chiaroati Cortigian gentiii ,
Perché sanno imitai !’ asino , e ’I ciacco §
De’ !or Signor , tratto che n’ abbia i fili
La giusta Parca , anzi Venere, e Bacco,
Questi , di ch’ io ti dieo , inerti s e viii s
Nati solo ad empir di cibo il sacco,
Portano in bocca qua'che giorno il nomel
Foi nell’ obbiio ’ascian cader le some.
XXII.
Ma corne i Cigni , che cantando lieti
Rendono salve le medagüe al Tempio a
Cosi gli uomini degni da’ Poeti
Son to'ti dalP obbiio , più che morte empiqs,
0 bene accotti Principi , e discret !
,
Che seguite di Cesare 1’ esempio
,
E gli Scrittor vi fate amici, donde
Ufon avete a temer di Lete 1’ or.de 1
X 4 .
£44 1/ A & ï © & t
xxiri.
Son corne i Cignï anca i Poetî rati,
Poetî, che non sian dei nome indegnij.
Sï perche ii Ciel degl ! U-omini precîari
Non pâte mai- che troppa copia regnii
St pet gran colpa dei Signor; avarij
Che las 'an raend'care i sacri ingegni j
Che ie virth premendo , ed esaitando.
î vizj, caccian le buone Art; in bander
X X I Y.
Credi che Dio questî - Ignorant; ha prm
Dell’ intelletto , e îbro ofîusca i Iümi,
Che deiîà Poes : a gît ha fattf schivi
,
Accîo che Morte iî tatto ne con^cmie.
Oîtte che deî sepoicro usçirian vivi
,
Ancor che avesser tutti i rei costumî,
Purchè sapessin farsi anrea Citra , /
J?iù grato odore ayiian che nardo, o mirtfc
€ H A K T T XXXY. 241
XXIII.
les cygnes sent rares et les po'étes aussi ;
les poètes qui ne sont pas indignes de ce
nom : soit que le. ciel ne permette, pas
qu’un grand nombre d’hommes vraiment
illustres fleurisse à-la-fois , soit qu’il en
faille accuser l’ayarice des protecteurs , qui
laissent le génie languir dans l’indigence , et
qui en étouffant les talens , et.en favorisant
ks .vices, bannissent loin d’eux les beaux
arts. XXIV.
Il semble, que Dieu ait privé ces ignorans
de toute espèce d’intelligence, qu’il les ait
toutrà-fait aveng'és , et.ne les ait rendus in-
sensibles aux charmes de la poésie , qu’afln
que le trépas les consumât tout entiers. S’ils
Voient su s.e rendre les Muscs favorables »
ils vivroient au-delà du tombeau; et de
quelques crimes qu’ils fussent coupables,
leur réputation rendroit une odeur plus
flatteuse que tous les parfums de l’Arabie»
%A 6 L 5 As.ï08TS s
x x y.
Enée n’eut pas en effet tant de piété, m
A chille autant de force, ni Hector autant
de vaillance que la renommée l’a publié.
Il en est mille et mille autres qui méri*
toient véritablement de leur être préférés ;
mais ce sont les bienfaits d.e leurs descer»-
dans, les terres , les palais qu’ils ont prodi-
gués à des écrivains célèbres , qui les ont
fait éleverpar eus à ce haut degré d’honneur,
XXVI.
Auguste étoit loin d’être humain et ver-
tueux j comme l’a chanté la trompette de
Virgile ; mais son bon goût en poésie a
effacé pour lui les horreurs des proscrip-
tions. Néron au roit peut-être aujourd’hui une
réputat’on aussi bonne,(quo;qu’M ait révolté-
contre lui la terre et le ciel ) peut-être en
îgnoreroit combien il fut barbare , s’il avot’t
fU conserver l’araitié des boas écrivaiaî»
Ch a n t XXXV. 247
X X Y.
Non sî pktoso Enea . ne forte Acb: jie
Ta corne è fama , ne si fiero Ettorre ;
E ne son stati rniiie 5 emiile, e milis j.
Che !or si pon con verità anteporre;-
JMai dor.ati paiazzi , e ie gran.vilie
Dai discendenti ior, gii han fatto poire
In qtiesti senza fin subümi onori
Dail’ onorate man degli Scrittori.
XXVI.
Non fa sïsanto, ne benigno Augtjsto,
Corne la tuba di Virgilk» suona.
L' avéré avtito in Poesia buon gusïo
La proscrizione iniqua gii perdons.
Nessun sapria se Néron fosse inghistc^
Ne sua fama saria forse inen bucna ^
f Avesse avuto e terra , e ciel nemici )
54 gii Scritîor sape a îenexsi amieL
I
â4§ L” A x x o s t B.y
XXVI I.
Omero Agarnennon vittorioso *
E fe i Trojan parer V-ili - ed ineitî,..
E dis Peneîopea , fida :.l suo Sposo „
Bai Prochi mii!e oitraggi avea sofferti:
E se ta vuoi che ’l ver non ti sia ascoso r
Tutta al contrario 1’ istoria converti;
Che i Grec! rotti-, e cheTroia vktrice>_
E che Peneîopea fu meretrice.
XXVIII.
Dali* a'tra parte odi che fama lascis
Eüsa , ch’ ebbe U cor tanto pudicoi
Che riputata viene unar bagascia, '
Solo perche Maron no» le fu amico.-
Non ti maravigliar ch’ io n’ abbia atnbascia ?
\
E se di cib difrusamente io-d'eo;
Gli Scrkrori amo , e ft H deb-to mio
,
Chè al vostro Mondo fui Scrktore aach’ ÎOy
Jr
Chant XXX. Y. 145»
X X Y I I.
Ecmere rendit Agameœaon victoriens;
il peignit les Trcyens comme un peuple
liche et sans force; il dit que Pénélope»
toujours fidèle à son époux-, fut persécutée
par mille amans ; mais si vous vouiez savoir
k vérité , prenez tout le contraire de cette
histoire ; croyez que ce furent 'es Grecs
qui furent vaincus, que Troye triompha.»
que Pfc.élope ne fut. qu’une coquette.
XXVIII.
B’usî autre côté , voyez quelle opinion a
laissé d'elle -cette Didon , de qui ie coeur
etott l’emblème de la chasteté. Elle passe
aujourd’hui pour une aventurière , seule-
ment parce qu'elle n’eut pas Virgile pour
ami. Ne vo s étonnez pas, au reste , si je
m’étends sur ce sujet , et si. j’en parois
vivement affecté. J’aime les auteurs , et
pa;. raison de les ainmr , puisque parmi
Sous je fus auteur moi-même.
2-5® jL A H. I O S T 2 3
XXIX,
J ai su, mieux que tous !es autres, ms
faire un sort glorieux que ni ie rems ai i a
mort ne peuvent m’enlever; et il était juste
que le Christ , si dignement célébré pqr
moi , accordât cette récompense à mon zèle:
mais je plains ceux qui écrivent dans les
malheureux siècles , où les portes de h
bienfaisance leur sont durement fermées,
quoiqu’ils y frappent envain jour et nuit,
avec un visage pâle , maigre et défait.
XXX.
Si donc , pour en revenir à mon premier
discours , i! y a maintenant si peu depoêres
et de véritables gens de lettres , c’est que
les bêtes féroces elles-mêmes quittent les
beux où elles ne trouvent pas de subsistance
ni d’abri. En parlant ainsi, le bienheureux
vieillard s’enüâmoit : ses yeux parolssoien!
ardens comme le feu; mais bientôt se tour-:
nant vers ie Duc avec un souris tranquille,
la sérénité qu’il avoir un moment perdue
se rétablit dans ses traits.
Chant XXXV. ifj
XXIX.
E sopra tutti g!i aitti io fed acquisto;
Chenca mi pub levar Tempo, ne Morte;
E ber. convenue al mio lobato Crisro
Renderm.i guiderdon di si gran sorte.
Daolmi di quel , che sono ai tempo triste 3
Qaando la cortesia chiuso ha le porte,
Che con paliido viso, e macro, e asciuttd
Ia notte> e i di vj picchian senza frutto.
XXX.
Si che contimiando il primo detto é
Sono i Poeti , e gli studiosi pochi;
Chè dove non han pasco, n'ericetto,
fcsm le fere afcbandonar.o i iochi ;
Cosi dicendo il Vecchio ber.edetto
Ga occhi infiatnmô, che parvero due foehi j
voito al Di;ca con un saggio riso s
T «mo setcao il centurbato dso.
258 L’A s. i o s T s ,
x x x y 1 1.
Non - seulement ce sera faire le devoir
d’un brave homme, d’un Chevalier loyal,
mais encore vous empioyetez votrecourage
en faveur du plus fidèle, de tous les amans
fidèles. Il ne m’appartient pas de vous,
vanter toutes ses autres vertus; elles sont
en si grand nombre , que pour n’en avoir
pas connoissance, il faudrait être privé des
oreilles et des veux»
X X X Y I I I.
ta magnanime guerriere , qui se char*
geoit volontiers de toute entreprise , qui
pouvoir ajouter à sa gloire et à sa renom-
mée , se décida sur-le-champ à marcher
vers le pont ; elle hésita d’autant moins, aae,
désespérée, elle la tenteroit encore quand
elle seroit sûre d’y mourir. Dans la persua-
sion ou est i’infortunée qu’elle est aban-
donnée de Roger, la vie lui est odieuse.
€ HA n t XXX Y.
XXXVII.
Oître c'ne tu farài quel , che conviens!
Ad uom cortese, e Cavaliero errante s
In beneficîo il tuo vaior dispeasi
Del p:ù fedeî d’ ogni fedele amante.
Dell’ aitre sue virtù non appartiens!
A me narrar : chè sono tante c tante
Che chi non n’ ha notizia , si puo dire
Che sia del veder privo , e dell’ udire.
XXXVIII.
La tnagnanitna Donna , a cui tu grata
Sempre ogni impresa 3 che pno farla degsâ
D’ esser con lande , e gîoria nominata ,
Sabito al ponte di venir disegna ;
Ed ora tanto piu-, ch’ è disperata,
Vienvoîontier, quandoanco a morir vegnarsj
Che credendosi , misera , esser priva
®«1 suo Ruggiero , ha in odio d’ esser vivs^
%6o I/Àa-iosTa:,
XXXI x._
Per quel ch’ io vagiio , Giovanç amoross
(Rîspose Bradamante) io m’ cfferisco
Di far l’ impresa dura e perigiiosa ,
Fer aitre cause ancor çh’ io pteterisco ;
Ma piu, che del tuo amante narri cosa,
Che narrar di pochi uomini avvertisco ;
Chçsia in amor fedel ; chè a fè ri giaro,
Çhe in cio pensai che ognun fosse perjiuro.
X L,
Çon un sospir quest’ ultime parole
Fini j con un sospir, che usci dal core.
Foi disse : andiama; e nçî seguente soie.
Giunsero al firme , al passo pien d’ orrore,
Scoperte dalla gnardia , che vi suole
Famé segno col corno al suo Signore
,
Il Pagan s’ arma * e quaie é il suo costume,
|ul ponte s’ appresenta in ripa al Sues.
Chant XXX Y. 261
XXXIX.
jeune amante, répond la fille d’Aimon,
quelle que soit ma valeur , Je vous offre de
l’employer dans cette occasion pénible et
périlleuse Plus d’une raison que je ne vous
dirai pas m’y engagent , mais sur -tout
cette qualité que vous vantez dans votre
amant, et qu’pn trouve , ce me semble , dans
bien peu d’hommes , sa fidélité en amour.
J’ai cru , je vous le proteste , qu’il n’v en
avoir aucun qui ne fût parjure.
X L.
Elle acheva ces dernieres paroles avec usa
soupir : avec un soupir sorti du fond de
son cœur ; puis elle dit : marchons ; et dès
1: jour suivant elles arrivèrent auprès du.
neuve , à ce passage si dangereux. Apperçues
pat la sentinelle , qui est dans l’usage de
sonner du cor pour donner le signal à son
maître, Rodomont prend ses armes, et,
sdon sa coutume , se présente sut la rivs
Êeuve a l’entrée du pont.
z6l V A E. I O S T E,
X L I.
A peine la guerriere y paroît-el!e, qn’il
la menace de lui donner sur-le-champ la
mort , si elle ne consent à faire au 51au-
zolée l’hommage de ses armes et du cheval
qu’elle monte. Bradamante , à qui Fleur*
de-Lys avoit raconté très-exactement de
quelle msniere il avoit donné la mort à
Isabelle , répond à cet orgueilleux Sarrasin;
X L I I.
Pourquoi veux-tu , barbare , que les in-
îiocens expient le crime que tu as commis?
C’est de ton sang que tu dois appaiser ses
mânes, puisque c’est toi qui l’as immolée,
comme tout l’univers le -sait. En t’immo*
lant pour la venger, ce sera pour elle Me
plus douce offrande , une victime plus
agréable , que toutes les armes , tous ces
équipages de tant de Chevaliers que tu as
renversés.
Chant XXXV. 265
X L I.
E corne vi compar quella Guerriers
,
Di porla a morte subito minaccia,
Quando deil’ arme . e del destrier, su ch eis s
Al gran sepolcro obblazicn non faccia.
Brada marte , che sa 1’ istoria vera ,
Corne per lui morta Isabella giaccia
,
Chè riordiiigi detto g'ie.’ avea.
Ai Ssracin superbo rispondea :
X L I I.
Perche vuoi tu, bestial, che g! 5 innocente
îacciano penitenza del tuo faiio î
Del sangue tuo placar costei convient! j
Ta 1’ accidesti , e tutto ’l Monoo salio.
S; che di tutte T arme , e guernimenti
Di tanti, che gïttatx hai da cavailo
,
Qbbîazior.e , e vittsma più accetta
Avù, cîr’ io te le uccida in sua vendetta.
2.04 L ! A 1 I O S T B,
X L I I I.
E di mia man le fia pià grato il dons,
Qaando, corne eiia fa, son donna aneh’ io,
Eîè qui venuta ad aitro effetto sono
Che a vendicarla ; e qaesto sol dido.
Ma far tra noi prima alcun patro è baono
Che ’i tuo valor si compari col mio.
Se abbattuta saro , di me farai
Quel che degli alrri tuoi Prigion fatt’hai,
x.l i y.
Ma s’ io t’ abbatto (corne i o credo , e speio)
Guadagnar vogiio il tuo cavallo , e 1’ armi;
E quelle offerir soie al cimkero
,
E tutte 1’ akre disraccar dai marmi 5
E vogiio ene tu lasci ogni guerriero.
Eispose Rodomonte : giusto panai
Che sia corne tu di; ma i Prigion dard
Giàaonpotrei,ch’ ionongii ho in qaesteparti.
Chant XXX Y.
X L I I I.
Ce sacrifice , offert de ma main , lai plaira
d’autant mieux 3 que je sais femme comme
die en fut une. Mon seul désir , le seul
motif qui m’ait amenée ici , est de la venger.
Mais , avant que ta valeur se mesure contre
la mienne , il est bon de faire ensemble
nos conventions. Si je sais vaincue, ta me
naiteras comme tes autres prisonniers.
X L I Vé
Mais si je te renverse ( comme je le crois
et Pespere) je veux avoir ton cheval et tes
armes 5 les appendre seules à ce tombeau ,
et en détacher toutes celles dont sont ornes
Ces marbres, je veux en outre que iu laisses
aller tous les guerriers que tu as pris Tout
ce que vous demandez, reprit Rodoir.ont ,
ine parcît juste; mais il ne seroît plus en
thon pouvoir de vous rendre les prisonrders j
je ne les ai pas maintenant ici.
Tome VI IL Z
a 66 V A a ï o s t s ,
X L V.
Je les ai envoyés en Afrique dans mon
Royaume; mais je vous promets , je vous
jure sur ma foi que si , par un accident
imprévu , il arrivoit que je fusse renversé,
tandis que vous resteriez en selle , je ferai
en sorte qu’ils soient tous délivrés , dans
l’espace de tems nécessaire à un couder
qu’on vous enverra en diligence exécuter ce
que vous exigez, si je suis vaincu.
X L Y I.
Si au contraire vous avez le dessous , ainsi
que de raison , et comme j’en ai l’assurance,
je ne prétends point que vous laissiez au
tombeau votre nom ni vos armes , comme
il appartient aux vaincus ; je ferai moi-
même hommage de ma victoire aces yeus si
doux, à ces cheveux si beaux, à cette figure
toute charmante , qui ne respire que !«
grâces et la volupté. Il me suffira de vous
voit disposée à changer pour moi votre
haine en amour.
Chant XXXV. z6j
X L V.
Io g” ho a! mlo Regno in Africa œandati ;
3'a ti proiretto , e ti do ben ia fede
,
Che, se m’avvien per casi inopinati
Chett! stia in sella, ech’ iorimanga a piede s
fz'.'o che saran tutti libérât!
In tanto tempo, ouanto si richiede
Di date a un messo , che in fretîa si œandï
A far quel che , s* io perdo , mi coœandi.
X L V I.
Ma , se a te tocca star di sotto, corne
Pià si convier, e, e certo so che fia,
Non vo’ cheiasci i’ arme, ne il tuo some,
•-orne dî vinta , sottoseritto sia.
Ai tuobel viso ^a’begîi occhi , alîe chioroe s
Cce spiran tutti amore, eieggiadrîa,
Vogîio donar la mia vittoria ; e basti
Che ti disponga amarmi , ove m’ odiasti
274 L'àrigste,
% L I I I.
Outre celles du fils de Monodaat , elle y
trouv’a celles de Sansonnet et d’Olivier,
Cherchant tous deux les traces du Comte
d’Angers, le plus droit chemin les avoir
conduits en ce lieu , où ils avoient été pris
par le fier Sarrasin qui les avoit envoyés
la veille en Afrique. La Dame fit détacher
leurs armes du mausolée, et les fit renfermer
dans la tour.
L i y.
Toutes les autres qui avoient été enlevées
à des Chevaliers payens , demeurèrent sus-
pendues au rocher. De ce nombre étoit
l'armure d’un Roi qui n" avoit fait qu’une
démarche inutile et malheureuse, pou^ re-
conquérir Frontaiait : je parle de celle du
Roi de Circassie qui après avoir erré long»
teins à travers les plaines et les montagnes,
étoit venu perdre en ce lieu son second
cheval , et s’en étoit allé plus léger dç tout
le poids de ses srmes.
Chant XXXV. zjj
L î 1 I.
Oltre a quel dei fîgüuol di Monodame 3
V’ e que! di Sansonetto , e d’ Oiiviero
,
Che per rrovare il Principe d’ Angfante
Quivi condusse il più dritto sentiero :
Quivi fui presi , e furo il giorno innantg
îîandati via dal Saracino altiero.
Di questi P arme fe la Donna torre
Da'r alta mole * e chiuder nelia rorre.
L I Y.
Tntte P aiîre iascio pefider dai sassî }
Che far spoghate ai Cavalier Pagani.
V’ cran P arme d’ an Re , dei quale i passi
Per Frontaiarte mal fur spesi , e vani ;
îo dico P arme de! Re de’ Circassi,
Chedopo iungo errar percolli, e piani
Veane quivi a lasciar P altro destriero ^
* P°i sens’ arme andossene leggiero-.
2-79 £>’ A R I O S T S j
L V.
S’ era partito disarmato , e a pieds
Qiiei Re Fagan dal periglioso ponte;
Si cerne gii aitri, ch’ eran di sua Fedè,
Partir da se iasciava Rodomo'nte.
Sïa d: tornar più ai campo non gïî dïede
ïi cor, ch’ ivi apparir non avria fronte;
Chè pet que! che vantossi , troppo scorno
Gii sâna far 71' in tai guisa ritorno.
L V 1.
Di pur cercar nuovo désir la prese
Coiei , che sola avea fissa ne! core.
Pu la ventura sua che tosto intese
(lo non vi saprei dit chi ne fu autore)
Ch’ eila tornava verso il sua pi esc;
Onde esso , corne il punge, e sprona araare,
Bietro alla pesta subito si pone ;
Ma tornar vogiïo alla rigiia d’ A ruons.
Chant X X X Y. 2.77
L V.
Ce Roi payen étoit donc parti du ponî
périlleux , à pied et désarmé , ainsi que
Rodomont l’avoit permis à tous les autres
qui étoient de sa croyance; mais il ne së
sentit pas le courage de retourner au camp ;
il n’auroit pas eu le front d’y reparoître
,
après ce dont il s’étoit vanté; il se seroit
trouvé trop honteux d’y revenir dans cëî
état,
l y 1.
D’ailleurs il se sentit de nouveau le désir
de cnercher les traces de cette belle qui
possédoit uniquement son coeur. Le hasard
voulut qu’il apprît bientôt (je ne saurois
vous dire par qui ) qu’elle étoit retournée
dans son pays. Sur cette nouvelle, pressé
par i amour qui le guide, il se mit soudais
à suivre sa piste ; mais je reviens à la fille
d'Aimon.
Tome VIII. As
i
iyS V A r i o s t s
l y i i.
Après avoir fait détailler dans une autri
inscription comment elle avoir tendu le
passage libre, elle demande avec bonté à
Fleur-de- ys , dont les yeux baissés et rem-
plis de larmes annonçoient la plus profonde
affliction , de quel coté elle vouloir tourner
ses pas en partant de ce lieu ; j’ai dessein,
répondit Fiettr-de-lys , de me rendre près
d’Arles, au camp des Sarrasins,
L V I i L
j’espere y trouver un Vaisséaù* qui me
transporte avec d’autres 'passagers au-deia
des mers. Je ne m’arrêterai point que je ne
sois réunie à mon seigneur, à mon époux.
Je veux tenter tous les moyens possibles de
ie tirer de sa prison. Si celui que Rodomonf
vous a promis d’employer me manque , J en
veux essayer un autre, et s’il le faut ub
autre encore.
Chant XXXV. *75*
L V 1 I.
Foi che narrato ebbe çon altro scritta
Corne da lei fa ïiberato il passo ,
A Fiordiiigi , che avea il co e affiitto ,
E tenea ii vîso iagrimoso , e basse ,
ÎTomandè urnanaaiente Qy’ ella dritto
Yolea che fosse., indi partendo , if passe,
Rispose Fiordiiigi : ii œ;o cammino
Vo’ che sia in Ail* ai çampo Saracino 5
l y 1 1 1,
Ove navillo , e buona cotspagnia
Spero trovar da gir neli’ altio iito ;
Mai non tni fermero £n ch’ io non sia
Venuta a! mio S'ignore, e mio marito.
Voglio tentai, perche la prigion non stia â
Fiù modi , e più ; chè se mi vien faiiito
Qaesto , che R.odomonte t’ ha promesso ,
K? voglio aveie uno, ed un altro apgressq»
Aa z
âSo L’Auioste,
L I X.
Io m 5 offerisco ( disse Bradamante )
D’ accompagnarti unpezzo délia strada,
Tanto che tu ti vegga Arli davante,
Ove per amor mio vo’ che tu vada
A trovar quel Ruggier deî Re Agramante
,
Che det suo nome ha piena ogni contrada
,
E che gii rendi questo buon destriero.
Onde abbattuto ho il Saracino altiero.
L X,
Voglio che a punto tu gli dica questo s
Un Cavalier, che di provar si crede,
E fare tutto. 'I mondo manifesto
Che contra lui sei mançator di fede,
Accio ti trovi apparecchiato , e presto,
Questo destrier, perch’ io tel dia , mi diede.
pice che trovi tua piastra, e tua maglia
l ' che I aspetti a far teco battaglia.
C K A n T X X X y, 2g r
L I X.
Je m’offre , dît Bradamante , de vous
accompagner une partie du chemin-, au
moins jusqu’à ce que vous soyez, à la vue
d’Arles. Là, je vous prie instamment d’aller
trouver Roger, ce guerrier du Roi Agra-
mant, qui remplit de son. nom toute la
terre , et de lui remettre cet excellent che-
val, que montoit F orgueilleux Sarrasin que
fai renverse.
L X.
Je desire que vous lui disiez exactement
ceci: un Chevalier qui prétend prouver et
démontrer à toute la terre que. vous avea
manqué de foi à son égard , m’a donné ce
cheval pour vous le remettre , afin qu’il
puisse vous trouver prêt et disposé à la
recevoir. II veut que couvert de toute votra
armure, vous l’attendiez pour combattis
«oiate lüv
A a %
âS z V À a i o s i 3 j
L X I.
Dites-lui cela seulement , et pas ainss
chose ; et s’il vous demande qui je sais
dites que vous l'ignorez. Fieur-de-Lys ré-
pondit avec sa politesse ordinaire : loin
d Epargner des pa oies . je serai toujours
prete à exposer ma vie pour vous servir,
vous qui n’avez pas moins fait pour moi,
Bradamaote la remercie, se saisïtde Frontis.
et le lui présente par la bride.
L X I I.
le long du fleuve , ces jeunes et belles
voyageuses marchent ensemble à si grandes
journées, que bientôt elles apperçoivent la
ville d’Ar.es , et peuvent entendre les ma-
gissemens ue la mer qui vient se briser
Contre les rivages voisins. Bradamante s'ar-
rête presque à l’extrémité des fausbourgs,
ét près despremieres barrières , pour donne?
à Bleur-de-Lys le te.ins de conduire le cbe*
Vâ! à Roger,
Chant XXXV. 2%
LU.
Digît qnesîo , e non altro ; e se qnel yaoî®
Saper da te chi son, dî che. no! sai.
Çaella rispose iimana corne s vole ,
Non sarà stanca in tuo servjgio maï
Spender la vita, non che le parole,
Chè tuancora per me cosi fatto hai : .
Grjzic le rende Bradamante, e pigîia
Frontino , e giie'o porge per la brigii*.
L X I I.
laagoiî fiome le belle, e pe'iegriae
Giovâni vanno a gran giornate insieme»
Tanto che veggon Arli, e le vieille
îUve odon risonar dei œar , che freme.
Siadaïuante si ferma aile confine
Qsssi de’ borghi , ed aile sbarre estïeojç
Per dare a Fiordiligi atto intervallo
Cae ÇQDdarxe a Ruggier pesss il cavailg*
i.Ç}Ù V À R I O S T È 3
L X I X.
Grandonio de Volterne , le plus arrogant
Chevalier de l’Espagne, outré de foreur,
obtient à forcé de prières d’être le second,
et paroît dans la lice en exhalant des me-
naces. Ta courtoisie, dit -il, ne te servira
de rien au monde, et je compte bien après
t’avoir vaincu , te conduire prisonnier an
Roi mon maître; ou plutôt, ta montras
sur la place , si je n’ai pas perdu ma valent
ordinaire.
/ h XX.
Ta brutalité, lût répondit la Dame, ne
îne fera pas renoncer a ma courtoisie ; ne
m’empêchera pas de t’inviter à t’en retour-
net , plutôt que de te faire froisser les os
contre la terre endurcie. Va-t-en, et dis à
ton Roi de ma part que je ne suis pas venue
pour des champions de ta sorte. C’est pour
rencontrer un guerrier qui en vaille Sa peine,-
que je me suis présentée au -combat.
Chant XXX Y. 291
L X I X.
Grandonio di Volterna furibondo ,
J! piu superbo Cavalier di Spagna,
Fregando fece sîjchefu üsecondo,
Id usci con mînacce alla campagna.
Tua ccrtesia nuiia ti vaglia al Mondo »
Chè, quando da me vinto tu rimagnaj
Al mio Signor menar preso ti voglio ;
Ma qui morrai, s’ io posso corne sogiio.
L X X.
La Donna disse a lui : tua villam'a
Non vo’ che men cortese fsr mi possa 2
Ch’ io non ti dica che tu tarnî , pria
Che su! duro terren ti dogîian 1’ ossa,
Ritoma , e di al tuo Re da parte mia a
C-he per simiie a te non mi son mossa ;
Ma per trovar guerrier , che ’l pregio vagSîa*
foa quj remua a domandar battaglia.
B h g
2.Ç)t L’Arioste,
L X X L
Il mordace parîare , acre , ed' acerbo
Grand fuoco al cor deî Sarâcino attizza.
Si che senza poter repiicar verbo
Volta it destrier ccn collera, e con stizza,
Voîta la Donna, e contra quel snpeîbo
La lancîà à* oro, e Rabîcano drizza.
Corne f asta- fatal lo scudo tocea
,
Coi piedi ar cielo il Saracin trabocca.
L X X I I.
Il destrier la roagnanima Guerriers
Gliprese, e disse : pur tel prediss’îo,
Che far ia-mia îmbascïata meglio t’ era,
Che délia giostra aver tanto deslo.
Di al Re , ti prego , che fuor délia schiera
Elegga un Cavalier , che sia par mio ;
Ne voglia con yoi aitri affiticarme,
Che avete poca esperienza a’ arme.
C H A K T XXX y. 25-5
l x x 1.
Ce propos amer - cette raillerie piquante,
embrase tellement le cœur du Sarrasin, que
sans pouvoir répliquer une parole , plein de
eépit et as fureur , ii tourne la bride de son
cheval. La Dame en fait autant, et dirigée
Raoican et la lance d’or contre ce guerrier
superoe. A peine cette lance fatale a t-elle
toücné son écu . que le Payen trébuche , les
deux pieds tournés vers le ciel.
L X X I L
La magnanime guerriers s’étant saisie de
son chîval : je te Pavois bien prédit, lui
dit-elle : .1 vaioit beaucoup mieux te charger
ce mon message , que de céder à cette
grande envie de jouter. Dis à ton Roi , je te
pne,qa’;l tne choisisse hors de la classe
commune, un Chevalier digne de moi, et
au ii ne me fatigue pas à lutter contre voua
«très, qui n’avez pas assez d’expérience
sans les combats.
L’ A K. I O S T S 5
L X X I I I.
Ceux qui étoient sui les remparts ne pou*
voient imagiuer quel étoit ce guerrier si
ferme sur les arçons. Ils nomment tour-à-
tour ceux des plus fameux Chrétiens, qui
souvent les ont fait trembler dans les plus
grandes chaleurs, plusieurs ont dit que
c’étoit Brandi mari : la plupart s’accorde à
croire que c’est Renaud : un grand nombre
se seroit arrêté à ïvoiand , mais on savoir
son destin déplorable.
L X X I V.
Le fils de Lanfuse dit
,
en sollicitant la
troisième joute : ce n’est pas que j’espere
de vaincre» mais c’est afin quels chute de
ces guerriers puisse être plus aisément ex-
cusée j si je viens à en faire une aussi. Après
ces mots , il met ses soins à ne manquer
de rien de ce qu’on emploie dans les joutes.
Parmi cent chevaux qu’il tencit dans son
écurie, il en prend un d’élite, le p'usrap lû£
à la course, et le plus léger.
C H a K T XXXV. 25>5
L X X I I I.
Quel dalle mura , che stimar non sanno
Cbi sia il Guerriero in su P arcion si saldo ,
Qaei pin farcosi nominando vanno ,
Che tremar H fan spesso al maggior caîdo.
Che Brandimarte sia moiti detto hanno ;
la plà parte s’ accorda esser Rinaldo.
Moiti sa Orlando avrian fatto disegno ;
Ma il sue caso sapean dî pietà degnc-.
L X X I V.
La terza giostra il fîglio di Lanfusa
Chiedendo , disse : non che viscer speri».
Ma perche di cadet più degna scusa
Abbran , cadendo anch’ io, questi guerrierL
E poi di tutto quel } che in giostra s’ usa a
Si mise in panto ; e di cento descrieri,
Che tenea in stalla } d’ un toise P eletta.
Ch’ avea il correie acconcio } edi gran fietta;
.
2-5/5 I/ÀKICSïEj
l xx y.
Contra la Donna per giostrar si fece.
Ma prima salutolla , ed elia lui.
Disse la Donna : se saper mi ieee,
Ditemi in cortesia chi siete vuL
Di questo Ferraà le satisfece ,
Che usà ai rado di celarsi altrni.
Ella soggiunse : voi già non rifiuto.
Ma ayria piii voientieri altri voluto.
l x x y i.
E chi 5 Ferraù disse. Ella rîspcser
Ruggiero ; e appena iî pote ptoferixe ;
E sparse d’ un color , corne di rose,
Da belîissima faccia in questo dire.
Soggiunse ai detto poi : le cui tamose
Rode a taî prova m’ han fàtto venire.
Aitro non bramo , e d’ aitro non mi cale
* Che di provar corne egli in giostra vais-
Chant XXXV. 197
L X X V.
IÎ s'avance pour jouter contre la dame ,
nuis d’abord il la saine ; elle lui rend son
saint, et lui dit : si ce n'est pas une indis-
crétion, apprenez-moi de grâce qui vous
êtes. Feiragus satisfait à sa demande: il étois
rarement dans i’usage de cacher son nom.
Je ne vous refuse pas pour adversaire,
ajouta- t-e’îe , cependant il en est un autre
que j’auxois va ici plus volontiers que vous.
L XX Y I.
Qui donc? dit Ferragus. Eîïe répond,
Roger , et à peine peut-eÜe prononcer ce
nom; en le disant, une couleur semblable
à la rose s’étend sur ses joues charmantes 5
elle se hâte d’ajouter : de qui la réputation
brillante m'a fait venir ici pour l’éprouver.
Fa seule chose que j’aie à cœur, que je
oesire au monde , c'est de savoir ce qu'il
sait fad e dans un combat singulier.
a>'8 V A s. i o s t e 3
L X X V I I.
Ces paroles, auxquelles on a déjà peut-
être entendu malice furent dites de sa
part avec beaucoup de simplicité. Voyons
d’abord , reprit Ferragus, qui de nous deux
en sait dayantage ; s’il m’arrive ce qui est
arrivé à tant d’autres , cet illustre Chevalier
contre lequel vous témoignez un si grand
désir de vous essayer, viendra réparer ma
foibiesse.
L X X V I I I.
Tout en causant ainsi , I a jeune guerriere
tenoit la visiere de son casque levée. Fei-
ragus, admirant tant de charmes , se sentit
déjà plus d’à demi-vaincu ; et se pariant
secrètement à lui-jr.ême ; ce ne peut-être,
se disoit-il , qu’un Ange du Paradis. Avant
qu’il m’ait encore frappé de sa lance, je
le suis déjà des traits qui partent de ses
beaux veux.
Chant XXXV.
l x x y i i.
Setnplicemente disse le parole
,
Che forse alcuno ha già prese a malkia.
dispose Ferrau : prima si vuole
Provar tra noi chi sa più di miiizia.
Se ai me âvvien quel che di molli suole»
Foi verra ad emendar la mia tristizia
Que: gentil Cavalier, che ta dimostri
Aver tanto desio che teco giostri,
l x x y 1 1 1.
Parlando tutta vo ta la Bonzeiia
Teneva la visiera aka dal viso.
Mirando Ferrait la faccia bella ,
Si sente rimaner mezzo conquisoj
F tacitumo dentro a se favella ;
Questc un Angel mi par de! Paradiso »
” sncor ch« con la lancia non mi tocchi
,
Aubattuto son già da’ suoi begli occai.
3
JCiS L\ A R I 0 S T 2
V.
Ce n’est pas de tous ces traits , ni de tant
d’antres également cruels et féroces , qae je
eux parier, mass seulement de celui qui
doit arracher des larmes des rochers les plus
durs , toutes les fois qu’il en est question.
Rappeliez- vous. Seigneur, ce Jour où vous
envoyâtes vos gens contre les ennemis , qui
,
ayant quitté leurs vaisseaux sous de fâcheux
auspices , s’étoient retirés dans un lieu
fortifié. Y I.
Ainsi qu’Hector et Enée s’avancèrent jus-
qu’au milieu des flots , pour brûler les vais-
seaux des Grecs , je vis un Hercule, un
Alexandre , emportés par un excès de cou-
rage partir ensemble, pousser leurs coursiers,,
nous devancer tous, inquiéter les ennemis
jusques dans leurs retranchemens,et pénétrés
si avant , que le second ne put s'échappe?
qu’svee beaucoup de peine, et que leietoat
fût interdit au premier.
Chant XXXVI. 507
V.
ïo non parlo di questo , ne di tant!
Altri lor discoitesi , e cradeii atti ;
Ma sol di que!, che trardai sassi ; piants
Deb'oe poter , quai volta se ne tratti ;
Quel di, Signor, che la famiglia innanti
Vostra mandaste là , dove titrait!
Dai iegni ior con importuni auspicî
S’ eiano in luogo forte gl’ inimici.
V I.
Quai Ettore , ed Enea sin dentro ai fiuttî
Per abbruciar le navi Greche andaro ,
En Ercoi vidi , e un Alessandro , indutts
Da ttoopo ardir, partitsi a paro a paro ;
S spronando i destrier , passarci tutti ,
s i nemici turhar fin ne! riparo;
S gïr si innanzi , che aî secondo , rnoîto
Aspro fu il riîornare , e al primo , toho.
jo8 L’A&ioste,
V I I.
Salvossi il FerrufSn , resté il Canteimo,
Che cor, Duca di Sora , che consiglio
îu ailora il tuo , che trar vedesti F eimo
Ira mille spade al generoso figiio
,
E menât preso in nave, e sopra un schelmo
Troncargii il capo 5 lo ben mi œaravigiio
Che darti morte lo spettacoi solo
Non pote, quanto il ferro a ruo fighuolo.
VIII.
Schiavon crudele , onde hai tu il modo appreso
Délia milizia ! In quai Scizia s’ intende,
Che uccidersi debba un , poi ch“ egliè pteso,
Che rende 1* arme , e piti non si di fende?
Dunque nccidesti lui perche ha difeso
La patriar II Sole a .torto oggi risplende
,
Cmdel Secolo, poi che pieno sei
Di Tiesti , di Tantali , ed i Atiei.
Chant XXXVI. 3.-09
V I I.
Terrufin se sauva , Canteime fut pm»
0 Duc de Sora ! quels mouvemens agitèrent
ton ame, aiors que tu visau milieu demiile
epées , arracher le casque à ton généreux fils ;
que tu le vis conduire captif sut un vaisseau.;
et là , sur le tiilac , lui trancher la tète î
Comment ce seul spectacle ne fut- il pas
capable de te donner la mort , comme ce
fer barbare la donnoit à ton fils 2
VIII.
Esclavon cruel ! où as-tu appris les loix
de la guerre ? Dans quel canon de la Scythie
est-il reçu de massacrer un prisonnier oui
a tendu les armes et ne se défend plus ?
Méritoit-il la mort pour avoir défendu sa
patrie t C’est à toit que le Soîeii répand
sa lumière sur un siècle inhumain , on
tîver.t des Tantales , des Thyestes et des
Atrées
5îo L’ A r i o s t s,
I X.
Barbares impitoyables , vous avez privé
du jour le guerrier le plus courageux cai
ait vécu dans ce tems d’un pôle ài’autre,
et des rivages de l'Inde , à ceux où se cou-
che le Soleil. Sa beauté , sa jeunesse au-
roient eu le pouvoir d’attendrir :es autro-
pophages. et jusqu’à Polyphéme ; eilesc’ea
eurent aucun sur vgus , plus cruels , plus
inhumains que les Cyclopes et les L:s-
trîgons.
X.
Non , un pareil exemple ne se rencontre-
îoit pas parmi les anciens guerriers, tou-
jours jaloux de se montrer nobles et gé-
néreux, toujours humains après la victoite-
Vovez Bradamante; non-seulement elle ne
traitoit pas avec rigueur ceux qu’elle avoit
renversés en les touchant de sa lance , mars
ellealloit même jusqu’à tenir leurs chevaoï,
tandis qu’ils y remontoient.
C H A A- T XXXVI. jrr
I X,
Festi, Barbar crudci , del capô scemo
j; più ardito garzon , cbe di saa etade
Fosse da un Poio ali’ aitro , e dali’ estremo-
jjto degl’Indi a queilo , ove il soi cade.
Fotea ia Anwopofago , in Polifemd
L2oeltà,egii anni saoi trovar pietade ,
iia non ia te , piu crudo , e più fêlions
D' ogni. Giclope , e d’ ogni Lestngone.
X.
Siraüe esempio non credo che sia
Fia gli antichi Guerrier , de’ quai gli studi
Tutti &r geniilezza , e ecrtesra ,
Ke dopo ia Victoria etano cmdi.
tiadamante non sol non era ria
à quel y che avea , toccan to ior -glt scudt 3
Fatto uscir délia sella 5 nra tenea
Loto i cavalli , e rimontar faces.
3-12 L’ A i ï 0 S T 5,
X I.
Di questa Donna vaiorosa , e bclia
io vi dissi di sopra che abattuto
Avcva Serpentin, quel dalla Stella,
Grandonio di Volterna, e Feirauto,
E ciascan d’ ess: poi rimesso in sella;
E dissi ancor che ’l terzo era venuto
,
Da iei mandato a disfidar Ruggiero
ï-a , dove era stimata ua Cavaiiet-o.
X I I.
R'iggier tenne F înviro aîlegramente,
E 1 armatura sua fece v cuire.
Or ment-re che s" armava , al Re présents
Tornaron quel Signât di nuovo a dire
Chi fosse il Cavalier tanto eccellente,
Che di iancia sapea si ben ferïre;
E Ferrau , c he parlato gli avea
,
tu doinandato se !o conoscea :
Chant XXXVI. 313
X I.
Je tous ai raconté plus haut, comment
cette gueriere , aussi valeureuse que belle,
avoir abattu Serpentin de l’Etoile, Gran-
donio de Volteme et Ferragus , et comment
ensuite elle les avoit remis en selle ; Je
vous ai dit aussi que le troisième croit
venu défier K.oger de la part de celle que
chacun regardoit comme un Chevalier.
X I L
Roger accepte avec Joie la proposition,
et fait apporter son armure. Tandis qu’il
s’en c-ouvrou tous les Seigneurs qui entou-
loientAgramant reconnu encerent à chercher
qui pouvoir être un Chevalier si parfait ,
et dont la lance étoit si sûre. Comme Fer-
ragus lui avoit parlé , on lui demanda s’il
le connoîssûit.
Tome VI IL Dd
ï 14 L’Aüostéj
XIII.
Soyez certains , répondit F erragus , que ce
h’est aucun de ceux que vous avez notariés.
J’ai cru d’abord, quand je i’ai vu à visage
découvert , que c’étoit ie plus jeune des
freresde Renaud; mais apres avoir éprouvé
sa haute valeur , et bien sur que Richardet
n’est pas d’une force pareille, je suis per-
suadé que c’est sa sœur ; d’autant plus que
i’ai oui dire qu’ils se ressemblent extiè*
rnement. x i y.
Elle a bien la réputation d’égaler en
vigueur et son frere Renaud , et tous les
Eaiadins , mais pour moi ( d’après ce que ie
viens d’en voir ) il me semble qu’e'ile vaus
mieux que son frere , et même que son
cousin. Roger , en entendant parler de ce
qu’il aime , sent son visage se te:ndre de
cette couleur vermeille que l’aube du jour
répand dans les airs ; son cœur palpite;
£1 ce sait quelle contenance garder.
Chant XXXVI. 515
XIII.
Rkpose Ferrait : tenete certo
,
Che non è ale un di que; , che avete detta.
A æe parea , che ’l vidi a viso aperto.
Il fratel di Bdnaldo giovinetto ;
Ma poi en’ io n’ ho ” alto vaiore esperto ,
E so che non puô tanto Ricciardetto ,
Fenso çhe sia la sua soreiia , molto ,
Per quel cîr io n’ odo . a lui simil di volfo»
X I V,
Ella ha ben fama d’ esser forte a pare
Del suo Rpna'do , e d’ Qgni Paladino ;
Ma{ per quanto io ne veggo oggi) mî pat®
Che val pm dei fratel , più del eugino.
Corne Barggier lei sente ricordare
,
Del vertnigüo colot, che ’l mattütino
Sparge per 1’ aria, si dipinge in faccia ,
E nel cor tréma , e non sa che si faccia.
Del Z
3
3 2i L ! As.ïoste
XXI,
Si j’ai usé pour les autres de courtoisie
je ne veux pas, Marphlse, en user avec
toi ; toi qui , d’après ce que j’entends dire,
n’es capable que d’orgueil et des plus infâ-
mes procédés. A ces mots , on eut entendu
frémir Marphise, comme le vent de la met
frémit contre un rocher. Elle crie , mais la
rage qui la trouble ne lui permet pas d’arti-
culer un mot de sa réponse.
XXII.
Elle fait jouer son épée et porte indis-
tinctement ses coups ou à son ennemie, ou
aux flancs et à la poitrine de son cheval.
Mais Bradaciante lui tourne la bride et sou-
dain ii se jette de côté, tandis que bouil-
lante de ressentiment et de coîere, la fille
d’Aimon dirige sa lance , et à peine en a-
t-elle touché Marphise , qu’elle la renverse
une seconde fois.
Chant XXXVI. 323
XXL
Se bene uso con gii altri cortesfa,
Usar teco , Marfisa , non la vogiio ,
Corne a cclei , che d’ ogni viliatua
Odo che sei dotata , ed’ ogni orgogîio.
Marfisa a que! parlar freiner s’ udfa
Corne un vento marino in uno scôg'io.
Grida; ma si per rabbia si confonde,
Chenonpuo esprimer fuor quel che risponde.
XXII.
Mena ia spada ; e piu férir non mira
Lsi che ’! destrier, nel petto, e neila pancia.
Ma Bradamante ai suo ia briglia gira,
E quel da parte subito si lancia;
E tutto a un tempo con îsdegno , ed ira
la figiiuoia d’ Amon spinge ia lancia,
E con que'la Marfisa tocca appena
Che ia fa xiversar sopra 1’ arena.
,3’4 L' A î I O S T B s
XXIII.
Appena ella fu in terra c’ne rizzosse,
Cercando far con la spada mai’ opta.
X>i nue y o i’ asta Bradamante mosse,
£ Marfisa di nuovo ap.dè sozzopra.
Benchè possente Bradamante fosse .
Non perd si a Marfisa era di sopra ,
Che I’ avesse ogni co’po tiversata;
Ala tal virtn neii 3 asra era incantata.
X X I V.
Alcunï cavalieri in questo mezzo.
Al cani dico délia parte nos ira
,
Se n’ eratio venuti dove in mezzo
X’ un campo , e 1’ altro si facea ia giostra
{ Cfae non eran lontani un migüo, e mezzo)
Veduta la virtù, che ’1 suo dhnostia:
Il suo , che non conoscono altramente
Che per un Cavalier délia loi genre.
C H A N T XXXVI. ÎÏÇ
XXIII.
A peine est-elle à terre, qu’elle se relève 3
et tache avec son epee de porter quelque
mauvais coup» Brada msn te emplois de ncu*
veau sa lanc'e , ét Marphise roule encore à ses
pieds. Si vigoureuse que fût Bradamante ,
elle n’etoit pas cependant assez supérieure à
Marphise pour la renverser ainsi à chaque
coup; mais tel étoit le pouvoir de la lance
enchantée.
X X I V.
Pendant ce combat , quelques Chevaliers
i
de 1 armée Chrétienne s’éroient avancés ias-
qu’au milieu des deux camps , dans l’espace
où se faisoit la joute; (cette armée n’en
«ait pas éloignée d’un mille et demi.)
Us admiraient la bravoure que mootroit
celât de leur parti , car ils ne connoisscient
Pas autrement Bradamante que pour un
Chevalier de leur nation.
Tome VJ II, Es
V A R ï 0 S T S s
X X V.
le noble fils de Trojan les voyant s’ap-
procher des murailles , ne voulut pas se
trouver au dépourvu en cas de danger, ou
de quelque accident que ce fût. Il engagea
un grand nombre des siens à prendre les
armes et à se présenter hors des remparts.
De ce nombre fut Roger , à qui ia précipi-
tation de Marphise avoit dérobé l’hoaneas
de la joute.
XXVI.
Ce jeune amant attentif au succès ds
combat trembloit de tout son cœur. Con-
noissant bien toute la valeur de Marphise,
il étoit inquiet pour sa tendre moitié. U
fut inquiet d’abord, lorsqu’il les vit fondre
avec fureur l’une contre l’autre ; mais voyant
ensuite comment la chose s’étoit passée, H
demeura frappé d'étonnement et d’admir»*
tion.
Chant XXXVI. 527
XXV.
Questi vedendo il generoso figlio
Di Trojatio aile mura approssimarsi»
Pei ogni caso , e per ogni periglio
Non voile sprov vedato ritrovarsi ,
E fe che molti ail’ arme dier di plglio ,
E che fiior dei ripari appresentarsi :
Tra questi fu Ruggiero , a cui '.a freîta
Di Marfisa la giostra avea inteicetta.
XXVI.
L’ innamorato Giovane mirando
Stava il successo . e gli tremava il cote
,
Délia sua cara moglie dubitando , -
Chè di Marfisa ben sapea il valore.
Dubito j dico , nel pxincipio , quando
Si mosse T una , e T altra con furore ;
Ma visto poi corne successe il fatto ,
Resté marayiglioso , e stupefatto.
îz8 U A R i o s i s j
XXVI J,
E poi che fin la lite lor non ebbe.
Corne ayean l’altreavuteai primo inconîro,
Kel cor urefondamente glien’ iacrebbe,
Dubbioso pur di qualche strano incontro.
Dell’ una eg i , e deib’ altra il ben vorrebbe.
Ch’ ama ambedue; non che da porte incontio
Siçn qaesti amori : è i’ un fîamroa , e furores
1/ altro benivplenza plu che amore,
xxviii.
Partita voîentler la pugna aviia ,
Se con suo onor potuto avesse farlo ;
.Ma quei , ch’ egîi avea seco in cotnpagnfa.
Perche non vir.ca la parte di Carlo,
Che già lor par che superior ne sia ,
Sakan ne! campo , e vogüono turbarlo.
Dali’ altra parte i Cavalier Cristiani
Si fanr.o innanzi e son quivi aile maçi.
Chant XXXVI. 32^
x x y 1 1.
Fais voyant ensuite que le combat ne s’é-
toit pas terminé au premier choc comme les
autres , il en conçut une profonde douleur s
craignant toujours quelque fâcheux événe-
ment. Il fait des vœux pour l’une et l’autre
guerriere, tendrement attaché à toutes deux,
quoique les ser.timens divers qu’ii a pour
elles , ne puissent être comparés. Il sent
four i’ur.e un feu qui le dévore ; sa ten-
dresse pour l’autre est plutôt une amitié
bienveillante que de l’amour.
X XVII I.
Il les eût volontiers séparées , s’il eût pu
le faite avec honneur. Mais les Chevaliers
qui l’accompagnoient voyant que le parti
de Charles avoit déjà l’avantage, et voulant
empêcher qu’il ne fût tout-à-fait vainqueur,
s’élancent sur le champ de bataille et veulent
interrompre le combat : de leur côté , res
Chevaliers Chrétiens se présentent et o&
en vient aux mains.
?5° V A R I O S T B,
XXIX.
De part et d’autre on entend crier aux
armes , ce qui arrivoit presque chaque jour.
A cheval , à cheval , vous qui êtes à pied ;
armez-vous soudain, vous qui êtes sans
armes, que chacun se range sous ses dra-
peaux , disoient aux deux partis d’une voix
éclatante et belliqueuse , les trompettes qui
couroient à l’entour; et le signal qn’eiles
donnent aux cavaliers , les cimbales et les
tambours le donnent à l’infanterie.
XXX.
Ainsi s’engage une escarmouche , la plus
terrible , la plus sanglante qu’on puisse
imaginer. La vaillante héroïne deDordonne,
outrée , affligée à l’excès de n’avoir pu
,
comme elle le desiroit , donner la mort a
JV'arphise , va , vient, porte par- tout ses
pas pour tâcher de découvrir B.oger 3 ceî
objet de ses soupirs.
Chant XXXVI. J?i
XXIX.
Di qui , di là gridar si sente ail’ amie »
Corne usati eran'fat quasi ogni giorno.
Menti chi è a piè, chi non è artnato, s’ arme f
Alla bandiera ognun faccia ritorno,
Dicea con cniaro , e bellicoso carme
Piu d’ nna tromba, che scorrea d’ intorno 5
E corne quelle svegliano i cavaili
,
Svegliano i fanti i timpani , ei taballl. '
XXX.
Xa scaramuccia fiera , e sanguinosa ,
Quanto si possa immaginar , si mesce.
La Donna di Dordona valorosa,
A cui mirabilmente aggrava , e incresce
Che quel , di ch’ era tanto desiosa ,
Di por Marfisa a morte, nonriesce;
Di quà , di là si volge , e si jaggira ,
Se Ruggier pub veder, per cui sospira.
§ sS L’Arioste,
XXXV'II.
Roger la voyant si animée , se tient ferme
dans ses armes et sur ses étriers. Il met
sa lance en arrêt, mais il ia tient suspen-
due , et en dirige la pointe de maniéré à ne
point blesser Bradamante. La guerriere, qui
accouroit avec l’impitoyable projet de le
napper sans aucun égard , se voyant près de
lui , ne put supporter l’idée de le renverser
ai de lui faire outrage.
XXXVIII.
Ainsi leurs lances à cette rencontre , de-
meurèrent sans effet ; ce fut assez de celle de
l’amour, dont l’atteinte dirigée contre l’un
et l’autre , pénétra jusques dans leurs cœurs.
Bradamante , incapable de faire la moindre
offense à Roger, va porter ailleurs la fureur
qui l’enflamme , et fait par-tout des exploits
dont la mémoire sera aussi durable que le
K3Q!-!V'çment des Cieus,
Chant XXXVI. 355»
X X X V I L
Qnaado Ruggîer îa vede tanto aecesa *
Si listringe neli’ arme , e nel'a selia.
la lancia arresta , ma la tien sospesa ,
Piegata in pane . ove non noccia a quelfa.
La Donna , che a feririo , e a fargiï offesa
Venia con mente di pietà rebella ,
Non pote sofferir , corne fu appresso ,
Di porto in terra , e fargli oitraggio espressos,
XXXVIII.
Cosî lor lance van d’ effetta vote
A çue'lo incontro ; e bas ta ben , se Amore
Conî’ un giostra , e con l’ altro , e 1: percots
D’ un’ amorosa lancia in mezzo il cote.
Poi che la Donna sofferir non puote
Di far onta a Ruggîer ; volge il furore,
Che l’ arde il petto , altro ve ; e vi fa cose 3
Che satan, fia che giri il ciel , famose.
Fr z
340 L’A ii o s r 2,
XXXIX.
In poco spazio ne gittp per terra
Trecento e più con que!' a iancia d’ oro.
Ella sola quel dï vinse la guerra ,
Mise elia sola in fuga il popol Moro.
Ruggier di quà , di là s* aggira, ed erra
Tanto , che se le accosta , e dice : io moro ,
$’ io non ti parlo : oimè , che t s ho fart’ ïo ,
Che mi debbi fuggire ! Odi , per Dio !
X L.
Corne ai méridional tepidi venu,
Che spirano daï mare il fiato caldo ,
JLe nevisi dïscïolgono, ei torrenti,
E il ghiaccio, che pur dianzi era si saîdo ;
Cosi a quei preghi, a quei brevi iamenti
Il cor délia sorella di Rinaldo
Subito ritorno pietoso, e molle,
Che !” ira , più che marmo . indurar voile.
Chant XXX VI. 541
XXXIX.
En peu de momens , elle renverse trois
cents guerriers et plus avec, sa lance d’or.
Seule en ce jour elle entraîna la victoire s
seule elle mit en fuite tout le peuple Sar-
rasin. Roger la suit , va d’un côté , de
l’autre ; il la rejoint enfin. Te me meurs ,
dit-il j si je ne te parle. O Dieu, que t’ai-je
fait pour me fuir ainsi ? Au nom du Ciel
écoute-moi.
X L.
Ainsi qu’au souffle humide des vents da
midi, qui s’élevant du côté de la mer
apportent îa chaleur, on voit fondre les
neiges et se dissoudre la glace des torrens
auparavant si solides; de même à ce peu
de mots , à cette plainte si touchante , îa
sœur de Renaud sent tout-à-coup îa ten-
dresse et la pitié ramollir son coeur , que
le courroux vouloir rendre plus inflexible
que le marbre.
H 2 - L’ A b. i o s t e ,
X L I.
Elle ne veut , ou peut-être ne peut pas
lui répondre ; mais elle pique les flancs de
Ra'oican, et s’éloigne autant qu’elle le peut
de la mêlée, en faisant signe de ia main à
Roger. Loin du champ de bataille elle
arrive dans un vallon solitaire , où se
trouvoit une petite esplanade, au milieu
de laquelle était un bosquet de cyprès, qui
tous sembioient faits sur le même modèle.
X L I I.
Au milieu de ce bosquet s’élevoit un tom-
beau de marbre blanc , tout nouvellement
construit. Une courte épitaphe apprenoit à
ceux qui le desiroient, le nom de celui
qu’il renfermoir. Mais arrivée en ce lien,
je crois bien que Bradamante ne s’inquïetta
guere de cette inscription. B.oger , qui la
suit, pique et presse si fort son coursier,
qu’enfin il arrive au bosquet, et rejoint sa
maîtresse.
Chant XXX VL 545
X L L
Non vit oi àargîi, o non paote altra risposta a
Jîa da traverso sprona Rabicano ;
E quanto puô dagü aîtri si discosta,
Ed a Ruggiero accerma con la maso,
Fnor délia moititudine in riposta
Valle si trasse , ov’ era un picciol piano >
Che in mezzo ayeaun boschetto di cipressi *
Ciieparean d’ usa stampa tutti impressi,
X L I L
In quel boschetto era di bianchi marsni
Fatta di nuovo un’ aita sepoltura.
Chi dentio giaccia era con brevi carmi
Notato, a chi saperlo avesse cura,
iîa quivi giunta Bradatnante > parmi
Che già non pose mente alla scrittura*
Rnggier dietro il cavaiio aifretta . e pucge
Tanto che al bosco, e alla Donzelia giur.ge»
344 L ! A b. i o s t s,
X L I ï I.
Ma ritorniamo a Marfisa 3 che s’ era
în questo mezzo in sul destrier riœessa ,
E venia per trovar quella Gaerriera 3
Che i* avea al primo scontro in terra messa;
E la vide partir fnor deüa schiera,
E partir Ruggier vide, e seguir essa;
Ne si penso che per amor seguisse ,
Ma per finir cou F arme ingiurîe , e risse.
x l i y.
Cita il cavaîlo , e vien dietro alla pesta
Tanto ch’ a- un tempo con ior quasi arriva*
Quanto sua giunta ad ambi sia molesta
,
Chi vive amando il sa , senza ch = io ’l activa:
Ma Bradamante offesa piu ne resta ,
Che colei vede , onde il suo mal dériva,
Chi le puo tor che non creda esser vero,
Che i’amor ve la spiGni di Ruggiero r
Chant XXX V I. 545
X L II I.
Mais revenons à Marphise , remontée à
cheval pendant cet intervalle., et cherchant
pai-toat cette gueriiere , qui l’avoit ren-
versée au premier choc. Elle la vit s’éloigner
da champ de bataille ; elle vit Roger partir
en même tems et la suivre ; et ne pensant pas
qu’il v fût excité par l’amour , elle crut qu’il
ne vouîoit que terminer par les armes leur
premier différend.
X L I V.
Elle pousse son coursier , et suit si rapi-
dement leurs traces , qu’elle arrive presque
en même tems qu’eux. Tons ceux qui ai-
ment sentiront mieux que je ne le pourrais
peindre, combien son arrivée parut fâ-
cheuse aux deux amans» Sradamante sur-
tout parut la plus offensée , en voyant celle
qui causait tous ses maux. Qui pourrait lui
ôter de la tête que le motif qui anime sa
rivale , est l’amour qu’elle a pour Roger I
54 5 IAxiosib,
x l y.
Plus que jamais elle accuse Roger de
perndie.Parjure , lui dit-elle , n’étoit-ce pas
assez que la renommée m’apprît ton infidé-
lité, sans vouloir encore en rendre mes
yeux témoins? Je le vois, tu n’as d’aune
désir que de me bannir de ta présence ; je
le satisferai , ce désir injuste et déloyal: je
mourrai , mais je tâcherai du moins d’en-
traîner avec moi celle qui est cause de
ma perte. x l y i.
À ces mots , elle s’élance comme une
vipere en furie, fond sur Marphise, ajuste
sa lance sur son écu , et la renverse si ru-
dement , que son casque s’enfonce presque
à moitié dans le sable. On ne peut due
que celle-ci ait été prise au dépourvu, elle
résiste au contraire de tout son pouvoir,
et néanmoins elle va frapper la terre de sa
tete.
Chant XXXVI. 347
X L V.
E perfido Ruggier di nuovo chiama.
Non ti bastava , perfido ( disse ella )
Che tua perfidia sapessi per fema,
Se non mi facevi anco veder quella ?
Ci eaccîanni da te veggo c* hai brama «
E per sbramar tua vogiia Iniqua, e feila
Io ?o’ motir , ma sforzerommi ancora
far morir meco chi è cagion ch’ io mors
X L V I.
Sdegnosa più che vipera si spicea
Cosi dicendo , e va contra Maifisa ;
Ed allô scudo i’ asta si le appicca ,
Che la fa dietro riversare , in guisa
Che quasi mezzo 1* eimo in terra ficca j
Ne si puô dir che sia coïta imptovvisa »
Nazi fa incontra cio che far si puôte à
£ puis in terra del capo perçois»
354 L ! A b. i o s t 2 3
L I I I.
A la fin le feu de la colere commençant
aussi à lui monter au visage, il met l’épée
à la main. Je ne crois pas que jamais
Athènes , ni Rome , ni aucun lieu du
inonde , ait jamais offert de spectacle aussi
intéressant, aussi agréable, que ne le fût
pour la jalouse Eradamante , celui de ce
combat qui détruisoit tous ses soupçons.
L I V.
Elle avolt ramassé son épée , et s’étoit
retirée à part pour mieux examiner. Roger
,
pour la force et l’adresse , lui paroissoit
être le Dieu de la guerre. Mais s’il ressem-
bloiu à Mars , elle ne voyoit dans Mat-
phise qu’une furie infernale qui a brise
ses fers. Il est pourtant vrai que ce guer-
rier jeune et brave, prit garde quelque rems
à ne pas employer toutes ses forces.
Chant XXX Y I, 555
L I I I.
Al” uîtimo Ruggier la spada trasse s
Foi che 1’ ira anco lui fe rubicondo.
Non credo che spettacolo mirasse
Atene, o Roma, o îuogo altro del Monde ->
Che cosî a’ riguardanti dilettasse ,
Corne disettes questo, e fit giocondo
Alla geiosa Bradamante, quando
Quest o le pose ogni sospetto in bando.
l i y.
La sua spada avea toîta ella di terra -,
E tratta s 5 era a riguaidar da parte,
E le parea veder, che ’l Dio di guerra
Eosse Ruiggiero alla possanza , e ail’ art©,
Una Fatia infernal , quando si sferra ,
Sern'ora Marfisa , se quel sembra Marte.
Veto è che un pezzo il Giovane gagliarda
Di non far il potere ebbe nguario»
55(5 V A a. i o s t
L V.
Sapea ben la virtù deüa sua spada ,
Che tante esperienze n’ ha già fatto :~
Ove giunge, convien che se ne vada
L’ incanto , o nuiia giovi 3 e stia di piattoi
Si che ritien che ’l colpo suo non cada
Di tagüo , o punta , ma sempre di piatto;
Ebbe a questo Ruggier lunga avvertenza >
Ma perde pure un tratto ia pazienza»
l y i.
Perche Marfîsa una percossa orrenda
Gii mena per dividergli la testa.
Leva !o scudo , che ’l capo difenda
,
Ruggiero , e ’l colpo in su 1’ Aauiia pesta.
Vieta f incanto che lo spezzi, o fenda,
Ma di stordir non pero il braccio resta.
E s’ avea altr’ arme che quelle d’ Ettorre,
Gli potea il fiero colpo il braccio taire»
c h A K T XXXVI. 357
L V.
I! connoisscit bien la vertu de son épée
qu’il avoit éprouvée tant de fois.Par-tout où
elle frappe , il faut que tout enchantement
disparoisse ; que tout charme aemeure sans
effet. Il menageoit donc ses coups de ma-
niéré à n’en porter jamais du tranchant ni
de la pointe , mais toujours du plat. Roger
eut long-tems cette attention . mais il vint
enfin un moment où ilperdit patience.
L V I.
Maiphise lui adresse une atteinte furieuse'
capable de lui fendre la tete ; Roger
leve son écu pour la garantir , et le coup
porte sur l’aigle qu’on y voit dépeint.
Le charme seul empêche qu’il ne se brise ou
ne se fende, mais son bras n’en reste pas
moins engourdi; et il eut été emporté par
un coup si terrible , si Roger eut eu d autres
aimes que celles d’Hector.
5 5 ô L A i i b s ï îj
L Y I I.
L’épée en traversant l’écu seroît parvenu
jusqu’à sa tête, ainsi que i a redoutable
guerriere en avait l’intention. Roger pest
à peine remuer le bras gauche; à peine
peut-iï soutenir l’aigle d’argent, et c’est -là
ce qui dans son cœur éteint toute pitié.
Ses yeux ressemblent à un flambeau ardent:
il lance la pointe de son épée autant qu’il
a de pouvoir : malheur à toi,.Marphise, si
îu en avois reçu l’atteinte
L Y II I.
Je ne puis vous dire comment cela se fît,
mâts son epee alla frapper un des cyprèsqui
étoient là en grand nombre, et s’y enfonça,
de plus d’un pied. En ce moment une se-
cousse tenible ébranle la montagne et la
plaine, et en même tems , du fond de ce
tombeau bâti au milieu du bosquet , on
entend s’élever une voix épouvantable, aïi 11
-
dsssus de toutes les voix des mortels.
Chant XXXVI. jfÿ
l y 1 1.
E saria sceso indi alla testa , dore
Siségnà di ferir F asprâ Donzella.
Ruggiero il braccio manco appena moyé,
Appena piu sostien 1’ Aquila bella :
Per auesto ogni pietà dà se rimove.
Pat c’ne negii occhi avvampi utia facena j
E, quanto pub cacciar , cacria una puntaâ
Marfsa , mal per te, se n’ eri gmnta!
L y I I L
io non vi so ben dir couse si fosse ;
La spada ando a ferire in un cipresso ,
Eun palnao , e pin nell* arbore c3Ccios st,
ïn modo era pi antato il luogo spesso.
I:i quel momento il monte , e si pianc scosss
Un grsn trenauoto ; e si senti con esso
BaqueL’ avel , cbe in mezzo il bosco siede,
Qiâa voce uscit , che ogni momie eceede.
§ÔO JJ A K I G $ T E,
L I X.
Grida la voce orribile : non sia
Lite tra voi 5 gli è ingiusto , ed inumano
,
Che alla sorella il fratel motte dis
,
0 la sorella uccida il suo geimano.
Tu mio Ruggiero, e tu Matfisa mia,
Credete al mio parlai , che non è vano :
In un medesimo utero d 1 un seme
ïoste concetti , e usciste al Monda insieme.
L X.
Concetti foste da Ruggier secondo :
Vi fu Galacieila génitrice ;
1 cui fratelîi , avendole dal Mondo
Cacciato il genitor vostro infelice
,
Senza guardar che avesse in corpo il pondo
Di voi.> che usciste pur di lor xadice,
La fer , perche s’ avesse ad affogare
,
Su un debol legno porre in mezzo al mare.
Chant XXXVI, ^
S
L I X.
Plus de combats entre vous, s’écrie cetté
voix effrayante ; iï est injuste et barbare
qu’une sœur donne la mort à son frere ,
qu’un frere la donne à sa sœur. O mon cher
Roger , et toi ma chere Marpbise ! croyez,*
en mes paroles qui ne vous trompent point.
Enfàns d’un même pere , et portés dans les
mêmes fiancs , vous êtes nés tous deux
ensemble.
L X.
Vous devez le jour à Roger II; votre
mere fut Galacielle , dont les freres , après
avoir privé de la vie votre pere infortuné,
sans considérer qu’elle vous portoit dans
son sein, vous qui descendiez de la même
lignée , l’exposerent au milieu des flots sur
une frêle nacelie, dans l’espoir de l’y sub*
merger.
Tome VI IL Hh
$6l V A £ I O S T 2 ,
L X I.
Mais la fortune , qui même avant votre
naissance, vous avoir déjà destinés aus
'plus glorieux exploits, fit aborder sass
accident la barque au-dessus des Syrtes sur
des rivages inhabités. C’est-là qu’apres
Tous avoir donné ia lumière , cette ame
chérie de l’éternel , s’envola vers le céleste
séjour. La Providence et votte destinée
voulurent que je me trouvasse près du lies
où se passoit cet événement.
L X I I.
T ~ Je donnai à votre mere une sépulture
aussi honorable qu’il fut possible parmi
ces sables déserts. Tendres enfsns . je vous
enveloppai dans ma robe , et vous emportai
sur la montagne de Carène. Je fis sortir de
la forêt une lionne , dont j’adoucis la fe*
ïocités je lui fis quitter les lionceaux , et
pendant deux fois dix mois vous fûtes tous
deux nourris de ses mamelles avec le p*us
grand soin.
C H A K T XXXVI. 3 £ 3
-
L X J.
Ma fortuna , che voi , hench'e non nati»
Avea già eletti a gloriose imprese ,
ïece che ’2 legno ai îiti inabitati
Sopra le Sirti a salvaroento scese ;
Ove, poi che nel mondo v’ ebbe dati,
L’ an:ma eietta al Paradiso aseese.
Cerne Ûio voile 3 e fu vostio destino ,
A qaesto caso io ml trovai vicino.
L X I I.
Diedi alla madré sepoltura onesta/
Quai potea darsi In si deserta arena 3
E voi teneri avvolti nelia vesra
•Meco portai su! monte di Caréna;
ï mansueta uscir deila foresta
fcc , e iasciare ! figli una Leena
,
^ e,ie cm poppe dieci mes: , e dieci
Aidd: nottii cor. moîto studio feci.
/> Hhz
r l£CL ' ')
17° L’ A R I O S T E 5
LXIX.
Marphise s'informa ensuite de quelle
nation, dans quel rang etoic leurpere ; de
quelles mains il avoir reçu la mort, et
comment ce. a s’étoir passé; si c’etoit en
champ dos ou au milieu d’une bataille;
quel baroare avoir ordonné que leur mai»
heureuse mere fût exposée à la fureur des
flots ; details qu’eiie avoir pu entendre
raconter dans son enfance, mais dont sa
mémoire ne lui rappelloit presque plus de
souvenirs,
L X X.
Roger commença par lui apprendre que
d origine Troyenne , ils descendoient en
droite ligne d Hector ; qu’Astianax , échappé-
des mains d Ulisse et des pièges qu’il lui
«*yoit tendus , en substituant à sa place un
enfant du même âge , étoit sorti de ce
pays , et apres avoir long-tems erré sur les
mers , etoit abordé en Siciie , et avait
régné sur Messine,
C H A N T XXXVI. 37Ï
L X I X.
A do mandat poi ritorno Marfisa
Chi stato fosse , e di che genre il padre ,
E chi 1’ avesse mono , ed a che guisa.
Se in campo chiuso , o fra l’ armate squadre
E chi commesso avea che fosse uccisa
Dal mate atroce la misera madré :
Chè, se giàr avea udito di fanciuiia.
Or ne tenea poca memona, onullà.
L X X.
Ruggiero incomincio , che de’ Trojanî
Per la linea d’Ettorre erano scesi ,
Che, poi che Astianatte dalle mani
Camp 6 d’ U-isse , e dagli agguati tesi
,
Ayendo un de’ fanciulii coetani
Per iui iasciato , user di quei paesi
,
E dopo un lur.go errar per la marina
Vernie in Siciiia, e domino Messïna.
L ! À 1 I 0 S T ïj
L X X I.
g —
5
I discendènti suoi di quà dal Faro
Signoreggiar de- a Caiabria parte ;
E dopopiu successioni, andaro
Ad abitar te la Città di Marte.
Eiù d’ uno Imperatore , e Re prec'aro
Eudi quel sangue in Roina , e in aitra parte,
Cominciando a Costante, e a Costantino,
Sino a Re Garlo figlio di Pipino.
L X X I I„
Fn Ruggier primo, è Giambaron di questi,
Buovo , Rambaido , âifin Ruggier seconde,
Cbe fe , corne da Atlante udir potesti,
Di nostra madré 1’ utero fecondo.
Deiïà progenie nostra i chiari gesti
Perl’ istorie vedrai ceiebri al mondo.
Segur poi corne venne il Re Agolante
Can Almonte , e col padre d’ Agramante;
Chant XXXVI. 375
L X X I.
En-deçà du Phare , continua-t-il , ses
descendans gouvernèrent une partie de la
Calabre, d’où aorès quelques générations,
ils allèrent s’établir dans la cité de Mars.
Plusieurs Empereurs, plusieurs Rois illus*
très sortis de ce sang, donnèrent des lois
tant à Rome qu'aîlleuts , depuis Constance
et Constantin , j squ’au fils de Pepin-Ie»
Grand, Charlemagne.
L X X I î.
De cette race furent Roger , premier du
nom , Jambaron , Beuves, Raimbauld, et
enfin Roger second, qui , ainsi qu’Atlant
nous l’a fait entendre, rendit notre mere
féconde L’histoire a rendu célèbres pour
toute la terre les faits héroïques de nos
aveux. Il poursuivit en racontant comment
le Roi Agolant étoit venu en France avec
Almorit et le pere d’Agtamant.
Tome VII
L
Ii
§74 L 5 A b. i o s t e ,
L X X I I I.
Qu’il avoit amené avec lai sa fille jeune
encore et si valeureuse , qu’elle avoit ren-
versé plusieurs Paladins ; qu’enfin l’amour
que cette Princesse avoit conçu pour Roger,
i’avoit portée à se soustraire aux lois deson
pere , à recevoir le baptême et à epouset
son amant. Il conta ensuite comment ie
-perfide Bertrand brûla pour sa belle-sceor
d’une flamme incestueuse.
l x x ï y.
Comment, dans l’espérance de la posséder,
il trahit sa patrie , son pere et ses deux frétés
et livra Riza aux ennemis, qui exercèrent
mille barbaries contre ces infortunés. Il finit
par lui apprendre comment Agoiant et ses
deux fils cruels et inhumains , avoient ta*
.posé Galacieile , enceinte de six mois, sur
,un bateau sans gouvernail, pendant la ri*
gueur de l’hiver , sur uns met orageuse.
Chant XXXVI. 575
L X X III.
E ccme mesio seco una Donzeüa ,
Ch’ era sua figiia , tanto valorosa,
Che molti Paladin gitto di seiia,
E di Ruggiero aifin venne amorosa ,
E per suo amoi del padre fu libella ,
E battezzossi , e diventogli sposa.
Naxib corne Beltramo traditore
Perla cogr.ata arse d’ încesto amore?
L XX I V.
E che la patria, e ’l padre , e due frateflî
Tiadïj çosï sperando acquistar lei,
Aperse Risa agi’ iniroici, e qaelli
ïer di lor tutti i portamenti rei :
Come Agolante, e i figli iniqui, e feSi
Poser Galaciella, che di sei
Mesi era grave, in mar senza govemo»
Qnando fu tçmpestcso al œaggior veine»*,
*
I i z
37<S L’ A a i o s t e 2
L X X Y.
Stava Marfîsa con serena fronte
Eissa al parlar , che ’l suo german facea;
Ed esser scesa dalla belia fonte ,
Che avea si chiari rivi , si godea.
Quinci Mongtana 3 e quindi Chiaramor.te ,
Le due progenie dérivât sapea ,
Che al moado fur moîti emolt’ anni, e lcstii
Splendide , e senza par d’ uomiai iliustri,
L X X V I.
Roi che ’l fratello alfin le venne a dire.,
Che’l padre d’ Agramante , ç 1’ avo , e'1 zio
Ruggiero a tradigion feron morire ,
E posero la moglie a caso rio;
Non iO pote più la sorefla adiré ,
Chelo interruppe , e disse : frate! rnio,
{ Salva tua grazia ) avuto hai troppo torts
A Eon ti vendiçar del padre mono.
Chant XXXVI. 577
L X X V.
Marphise écoutait d’un air attentif et
serein le récit que faisoit son frété. Elle
se réjouissoit d’êrie issue d’une si noble
souche j qui avoit produit' de si- illustres
rejetions. Elle savoit que de cette même
race sortoit d’un côté la maison de Mont-
graine, de l’autre celle de Clermont , si fer-
tiles depuis tant d’années et de- siècles , en
héros et en hommes célèbres.
• L X X V I.
Mais à la fin quand son frere en vint à
raconter comment le pere d’Agiamant , et
son aïeul,. et son oncle , avoient massacré si
lâchement Roger , avoient exposé sa mat-
heureuse épouse à un danger si grand ,
Marphise ne put en entendre davantage-,
0 mon frere, dit -elle, en l’interrompant,
pardonne ; mais il me semble que tu as n&
grand tort de n avoir pas encore vengeance
d’un pere assassiné.
378 L : A e. i o s t s 5
l x x y i i.
Si tu n’as pu te baigner dans le sang de
Trojan et d’Almont, que la mort a dérobés
à tes coups , ne devois - tu pas te venger
de ses fils r quoi ! tu vis , et Âgtamant res-
pire encore ! après en avoir reçu un pareil
outrage, non-seulement tu n’as pas donné
la mort à ce Roi , mais tu vis à sa cour
,
a son service ! c’est une tache à ta gloire
dont jamais tu ne pourras laver ton front.
L X X V I I I.
J’en fais serment à Dieu ( au Christ, au
Dieu véritable , qu’adoroü mon pere et que
je veux adorer ) je ne me dépouillerai point
de cette armure , que je n’aie vengé ma mere
et mon pere Roger. Pour toi , mon frere ,
mes reproches te poursuivront sans cesse,
tant que je te verrai dans les armées du Roi
Agramant ou de quelque autre Prince infi-
dèle , autrement que fesse à la main pour
les massaçrer ;
e h A K T XXXYÎ. 375?.
L X X V I I.
Se in Aimor.te, e in Trcjan non ti potevi
Insanguinarj ch’ erano moiti innante,
Dei fig'i vendicar tu ti dovevi.
Perche, vivendo tu, vive Agramante?
Questa e unamacchia , che mai non « leva
Dal viso , poi che dopo offese tante
Non put posto non hai questo Re a morte }
Ma vivi alsoldo suo neüa sua Cotte,
L X X V I I L
lo fo ben voto a Dio (chè adorar vogli®
Ctisto Dio veto, che adorô mio padre )
Che di questa armaturâ non mi spogiio
Fin çhe Ruggier non vendico , e mia madré %
E vo’ dolermi , e fin’ora mi doglio
Di te , se più ti veggo fra le squadre
Del Re Agramante, o d’ aitro Signor
Se non col feno in œanpei daano Igio*
CHANT TRENTE- SEPTIEME,
I.
S i les femmes distinguées pat leur valeur
s’étoient appliquées à ces études qui ren-
dent immorteiies les vertus des mortels ;
si elles y avoient mis autant de soins, de
travaux et de veilles , qu’elles en ont employé
pour acquérir d’autres taiens , que la nature
ne peut donner sans l’art , et dans lesquels
elles ont obtenu de si éclatans succès ;
î J.
Si elles avoient pu transmettre elles 4
mêmes à ia postérité la mémoire de leurs
exploits , sans être obligées de mendier le
secours des écrivains , dont la plume en-
vieuse et jalouse est souvent aussi disposée
t a cacher tout le bien qu’ils en pourraient
dire , qu’à publier tout le mai qu’ils en
savent, leurs noms se^oient parvenus à un
tel degré de gloire , que jamais peut-être ia
renommée des hommes n’a pu s’élever si
haut.
CANTO TRENTESIMOSETTIMO.
L
Se i corne in acqulstat qualch’ altro donc.,
Che senza industria non pub darNatura,
Afraticate notte, e dï si sono
Cor, somma diligenza, e lunga cura
Le yalorose Donne? e se con buono
Saccesso n’ è uscit’ opra non oscura
Cosi si fossin poste a cuegli studi,
Che immortal fanno le mortal viitudi i
I I.
Si che per se medesime potuto
Avessin dar memoria aile lor Iode,
Non mendicar dagli Scrittori ajuto.
Ai quali astio ? ed invidia il cor si rode-,
Che’l ben, che ne pon dit, spesso è taciuto»
E ’1 mal, q uanto ne san, per tutto s’ ode:
Tanto il lor nome sorgeria , che forse
Viril fama a tal grado unqua non sorse.
Kk 2
3
388 L’ Ariosts
I I I.
Non basta a moîti di prestarsi i’ onra
In fa r I’ un 1’ altro gtorioso al mondo ,
Cheanco studian di far, che si discopra
Cio che le Donne hanno fraîoid’immondo,
Non le vorrian lasciar venir di sopra
,
E quanto pon fan per cacciarïe aï fondo ;
Dico gli antichi ; quasi onor debbia
D’ esse il ioro oscarar, corne il Soi nebbi-a.
/ HLl,
I V,
t w' ' > *i * /
Ma non ebbe , e non ha maso , nè lirgua
,
- ormando in voce, o. descrivendo in carte,
Quantunque il maî,qaanto puo,accresce,e iæpingM,.
E minuendo il ben va con ogni arte,
Pptef pero, che deile Donne estingua
Ea gloria si, che non ne resti partes
Manon g. à ta! , che presse al segr.o giunga;
Nè che anco se gli accosti di gran lnnga.
C H A N T XXX VIL 5%
I i I.
Plusieurs de ces lâches écrivains , nos
contens de se distribuer mutuellement la
gloire et les louanges , s’efforcent en-
core de dévoiler tout ce que les femmes
peuvent avoir de honteux. Ceux-là, dis-
je i ( je parie des anciens ) craignent:
sans cesse de les voir s’élever, cherchent
autant qu’ils le peuvent à rabaisser leur
mérite , comme si la gloire des femmes
devoit obscurcir la leur , autant que is
brouillard obscurcit le Soleil.
I V.
Mais avec quelque soin outils augmentent
et enveniment, te mal , avec quelque artifice
qu’ils diminuent le bien , jamais les décla-
mations prononcées par leur bouche , ni
les écrits tracés par leur main , n’auront le
pouvoir d’étouffer le mérite des femmes ,
de îeiie sorte qu’il n’en subsiste toujours,
une partie, quoiqu’inférieure à la réalité,
quoiqu’elle n’en approche même que ds.
fort. Loin.
3£0 1/ A a. i e s t 2 s
y.
Ni Harpalice, ni Tomyris ; ni l’héroke
qui combattit poux Turnus ; ni celle qai
secourut Hector ; ni cette Princesse qui,
conduisant des peuples de Tyr etdeSydon,
vint après un long trajet s’et2biir en Lybie;
ni celle enfin qui, suivie de ia victoire,
parcourut les empires des Perses, des In-
diens , des Assyriens , cette Zénobie si
fameuse, et quelques autres en petit nom-
bre , ne sont pas les seules qui aient mérité
dans les armes un immortel honneur.
V I.
Ce n’est pas seulement dans la Grèce et
dans Rome, qu’on a vu des femmes re-
commandables par la fidélité, la pudeur,
la sagesse et le courage ; il en est par-tout
où le soleil fait briller ses rayons dores,
depuis les rivages de l’Indus jusqu’aux jar-
dins des Hespérides ; et cependant leur
gloire et leurs noms sont si bien effacés,
qu’à peine entre mille en peut on citer une,
et ce a , parce que les écrivains dé 'eut tems,
furent jaloux t médians et imposteurs.
C H A K T XXXVII.
V.
Che Arpaüce non fu, non fa Tomiri»
Non fu chi Turno, non chi Ettor soCcorse^
Non chi seguita da’ Sidonj , e Tiri
Ando per lungo mare in Libiâ a porse.
Non Zenobia , non queila , che gli Assirr»
I Persi , e gl’ Indi con vittoria scorse;
Non fur queste , e poche aitre degne soie ?
Ri cui per aime eterna fama voie.
V I.
E di fedeii , e caste , e sagge , e fortî
State ne son non pure in Grecia , e in B.oir.a *
Ma in ogni parte , o ve fra gl’ Indi, e gii Ortï
Delle Esperide, il Sol spiega la chioma ;
Deile quai sono i pregi , e gii onor morti „
Si che appena di mille una si noma;
E questo , perche avuto hanno a: ior tempï
GH Scrittori bugiardi , invidi, ed. empi.
$ÿl L’Ajiioste,
V I I.
Non restate per b, Donne, a cni glova
îl bene oprar, di seguir vostra via;
Ne da vostra alta impresa vi rimova
Tema, che degno onor non vi si dia;
Ciie , corne cosa buona non si trova
Che duri sempre . cosî ancor ne ria. 'v
Se le carte sirt qui State , egl’'închiostri
Per voi non sono, or sono a 5 tempi nostri,
VIII.
Dianzi Maïullo, ed il Pontan per vuî
Sono, e duo Strozzi, il padre , e ’l nglio statî:
C e îlSembo, c’ e ilCappeî, c’ e chi , quai lai
* ?e ggi aIn o, ha rali i‘ Cortigian formati:
C’ è un Luigi A'aman , ce ne son dui
,
Di par da Marte, e- Galle Muse amati,
Ambi del sangue , che regge la Terra,
Che ’l Menzo. fende, e d’ ait! sîagni sct-a.
C H A N T XXXVII. 5?î
y i i.
O vous , cependant , qui chérissez la
vertu j continuez de marcher après ede>
que ia crainte de ne pas obtenir les hon-
neurs que vous méritez , ne vous détourne
pas d’un si noble dessein. Si les meilleures
choses ne sauroiect durer toujours , les plus
mauvais usages sont suj'ets à la meme Va-
riété. Si jusqu’ici les écrits des anciens vous
or.t été contraires , ils vous, sont favora-
bles maintenant.
VIII.
Maruîio , Pontano , les deux Strozzi,
pere et fils , ont déjà chanté vos louanges.
Le Bem'oo, Capello . et celui qui a servi
de modèle aux courtisans les plus polis ,
ea font autant. Tels sont encore un Louis
Alamani , et ces deux princes également
chéris des Muses et de Mars, tous deux du
sang qui régné sur cette belle ville que
le Mincio divise , et qu’il entoure de marais
profonds.
394 L’ A s. ï o s t i,
I X.
X’un d’eux étoit déjà porté par son in-
clination naturelle à rendre à votre sexe les
honneurs et les respects qui lui sont dûs a
à faire retentir le Parnasse et le Finde de
vos louanges , à les élever jusqu’aux deux;
mais cet amour , cette fidélité , ce courage
inébranlable que lui a témoignés Isabelle,
et dent la crainte des dangers et de la mort
B a pu triompher , vous l’ont attaché au
point , qu’il est beaucoup plus à vous qu’à
lui-même.
X.
Aussi ne se lassera-t-il jamais de vous
rendre hommage dans ses vers pleins de feu.
Si quelqu’un vous attaque , nul n'est pins
prompt que lui à prendre pour vous les
armes; il n’est point de Chevalier aumonde
qui épargne moins sa vie pour la defense de
la vertu ; et en même teins qu’il mérite
qu'on célèbre ses loti: tiges, il immortalise
lut -même celle des autres par ses écrits.
Chant XXXVIÎ. 395
1 X.
Di questi i’ uno, oltre che’iproprio istinto
Ad or.orarvi, e a rlverirvi inchina,
£ fer Farnaso risonare, e Cinto
Di vostra laude, e porla al ciel vicina ;
l’ amor , la fede , il saido , e non mai vinto
Per minacciar di strazj, e di ruina
Aniino , ch’ Isabeila gii ha dimostro
,
Lo fa assai piu, che di sestesso, vostro;
X.
Si che non è per mai trovarsî stanco
D: farvi onor ne’ suoi vivaci carmi.
E se altrui vi dà biasmo , non è chi anco
Sia più pronto di lui per pigliar Parmi :
E non ha il mondo Cavalier, che mancc
Ea vita sua per la virtu risparmi.
Dà însieme egli materia, ond’ altri scriva,
E fa la gloria altrui scriveado viva.
C,*«I xxxvn. 4S7
C I.
Con Mârfisa ta Giovane di Francia
Spinge s on tempo il destrier, ne Ruggier i«
Ma cou tanto vaîor corre la lancwt»
Che sei , senza ievaisda di resta»
K’ uceide; uno ferito nella panera ,
Due r.el petto , un nei col'o , nn nella testai
Kel sesto , che fhggia , 1’ asta si roppe ,
Civ entrb aile schiene , e üasà aile pogge»
C I 1.
r.a figlinoîa d’ Amon quanti ne tocca
Con h sna Iancîa*’ or » t3ntI ne atter l2 '
Tu, mine par , che ’l cielo ardendo , scocca,
Che cio che incontra spezza , e gêna a terra.
K popol sgombra , chi verso la Rocca,
Chi verso il piano; aîtrr si chtude , e serra *
Chi nelîe Chiese , e chi nelle sue case ;
Kè , fuor che morti , in piazza uomo vjsasb.
4§8 L' A r i o s i e,
C I I I.
Marfisa Maiganoire avea legato
Intanto con le man dietro aile rene;
Ed alla vecçhiâ di Dmsiiia dato ,
Che appagata . e contenta se ne tiene.
D' ardet quel Borgo poi fa ragionato ,
Se a penitenza del sao error con viens.
Levi ia iegge ria di Marganorre,
E questa accetti, ch 5 essa vi yuol porte*
C I V.
Non fa già d’ ottener questo fat ica
,
Chè qaella gente oltre il timor che avea,
Che più faccia Matfîsa che non dica ,
Che ucçider tutti, ed abbruciar volea,
Di Marganorre affatto era nimica ,
E délia iegge sua cnidele , e rea ;
Ka il popoîo facea corne i più facno ,
Che ubbidiscon più a quel, che più in odio hanno
C » A N T XXXVII. 48^
C I II.
MarpKise cependant ayant lié Maiganoï
les mains denlere le dos , I’avoit livre à
la vieille suivante de Drusiüe , qui s’en
trouvoiî bien satisfaite. Il fut décide en-
suite de mettre Te feu au bourg , si les
liabi tans ne se repentoient pas de leur
erreur , et sî renonçant à la baibare loi de
ïlarganor, ils n’acceptotest pas celle que
la guerrière voulut y substituer.
C I Y.
Cette condition ne fut pas difficile à ob-
tenir. Ces gens craignoient que Marpbise ,
qui vouioit tout tuer , tout brûler . ïi’ea
fît encore pins qu’elle n’en disoit ; d’ailleurs
iis haïssoient véritablement Matganot et
sa loi impie et cruelle. Mais ce peuple
faisoit comme bien d’autres , qu» obéis-
sent souvent le mieux à ceux qu’ils déies?-
tcnl le plus.
490 L'Aiiosxe,
C V.
Cette foibiesse vient d’une défiance mu-
tuelle ; on n’ose avouer à personne ses vœux
secrets. On souffre qu’un tyran bannisse les
uns , donne la mort aux autres ; ôte à celui-
ci ses biens j à celui-là son honneur; mais
îa plainte que le cœur renferme ici - bas
s’élève vers le ciel, jusqu’à ce qu’elle ait
disposé Dieu et ses Saints à la vengeance ;
et si elle est tardive, sa grandeur compense
bien ce délai.
C V I.
Maintenant , étouffant de haine et de res-
sentiment, cette populace , pour se yenger,
s’exhale en injures et en outrages. Ainsi
que dit le proverbe : quand les vents ont
renversé l’arbre , chacun y vient faire du
bois Que Marganor serve d’exemple à ceux
qui sont sur le trône , où les mauvaises
actions trouvent toujours une mauvaise
fin. Petits et grands se réiouissoiect de le
voir puni de ses crimes exécrables.
C H A N T XXXVII. 45>I
C V.
Fero che 1’ un deU’ alîro non si fida,
E non ardisce conrerir sua vogiia.
Io lascian ch’ un bandisca , un altro uccida ,
A quel l* avers , a questo 1’ onor toglia :
Jda ii cor , che tace qui , su ne! Ciel grida
,
Fin che Dio , e Sanri alla vendetta invoglia 5
La quai, se ben tarda a venir, compensa
1/ indugio poi con puiiizione immensa*
C V L
Or quelîa turbad’ ira, e d’ odio pregna
Con fatti , e con ma! dir cerca vendetta.
Com’è in proverbio : ognun corre afar legna
Ait’ arbore, che il vento in terra getta.
Sia Marganorre esempio di chi régna î
Chè chi mal opra , male aifîne aspetta.
Bi vederio punir de’ suoi nefandi
Peccati avean piacer piccioli, e grandi.
492, L’A r i o s t £ ,
C V I I.
Molli, a chi far le mo.gli, oie âordte,
O lefiglie, o le œadri da lui morte,
Non più celando 1’ 2 nimo ribelle,
Cofrean per darg-i di lor mania morte ;
•E con fatica lo diféser quelle
-Magnanime Guern'ere , e Ruggier forte ,
Che disegnato ayean fario morire
2’ atxanno 3 di disagio , e d-i martire,
c y 1 1 i.
A quella vecchîa , che F odiava, quanta
Femmina odîare afcim nîmico possa ,
Nudo in mane lo dier , legato tanto ,
Cite non si scioglierà per una scossa;
Ed elia per vendetta del suo pianto
Gii andô facenio la persona rossa
Con unstirauio agnzzo , ch’ un villano,
Cfce quiyi si trovo 3 le pose in mano.
Chant XXX v II. 493
C V I L
Tous -ceux dont il avoit massacré les
femmes , ou les sœurs . ouïes fiKes .. ou les
meres,ne dissimulant plus leur animosité ,
accouroient pour lui donner la mort de leur
.propre main. Le vail.ant Roger et les ma-
gnanimes guerrières , dont l’intention etoit
qu’il mourût au milieu des supplices et
des tourmens , eurent toutes les peines da
monde à Je défendre.
C V I I I.
Il fut livré tout nud , et garrotté de' si
forts liens, qu’-une secousse ifeût pu les
rompre , entre les mains de la vieille, qui le
îiaïssoit autant que femme peut taïr un
•ennemi. Pour se venger des pleurs qu’il lui
avoit fait répandre , elle se plut à lui
mettre tout le corps en sang , avec un
poinçon que lui donna un paysan qui ss
•îrouvoit-là.
Terne VIII. Ti
494 L’AiïosïE,
C I X.
D’un autre côté , la messagere d’Islande
et les demoiselles de sa suite , qui n’ou-
blieront de leur vie l’affront qu'elles ont
reçu, ne restoient pas les bras croisés. Elles
ont à se venger au moins autant que la
vieille; mais le désir de le tourmenter sur-
passe le pouvoir qu’elles en ont. Elles veu-
lent pourtant le satisfaire; l’une le frappe
avec des cailloux, l’autre le déchire avec
ses ongles; celle-ci le mord, celle-là lui
enfonce des aiguilles dans la chair.
C X.
Tel qu’un torrent qui , gonflé par de
longues pluies ou par la fonte des neiges ,
porte avec lui le désastre , et re précipite
du haut des montagnes , en entraînant les
arbres, les rochers, même les champs cul-
tivés et leurs moissons ; il vient un ten;s
où perdant son aspect superbe , sa violence
est tellement atroiblie , qu’une femme,
-qu’un enfant peut le passer par-tout, et
sauvent à pied sec :
C H A n t XXXV IL 495
C i X.
ta Messaggiera . e le sue giovani anco ,
Che quell’ onta non son mai per scordarsi ,
Non s* hanno plu a t ener îe mani al franco ,
Ne rneno che la vecchia s vendicarsi ;
Ma si è il désir d’ oftenderlo , che manco
Viene il potere, e pur voriian sfogarsi.
Chi con sassi il percuote , chi con I’ ugne
,
Altra lo morde , altra cogli aghi il pugne»
C X.
Corne torrente , che superbo faccia
Lnnga pïoggia tal voita, o nevi scioite.
Va ruinoso , e gùt da* monti csccra
Gli arbori , i sassi, î campi , e le ricolte ,
Vien tempo poi ch= ” orgogiiosa faccia
Gli cade, e si le forze gli son tolte ,
Che un fanciuîlo , una femmina per tutto
Passai lo pacte , e spesso a piede asc.utto %
T t 2.
50Z L’À m o s t îj
CX VIL
Ceux qui étoient déjà mariés, ainsi cae
ceux qui tôt ou tard pourroïent prendre
femme, promirent également de leur être
entièrement soumis , d’obéir sans cesse à
leurs moindres volontés, îv'arphise assir.a
qu’elle reviendrait avant que l’année fui
finie et que les arbres eussent perdu leur
feuillage , et menaça de mettre tout à feu
et à sang dans le bourg, si elle n’y trouvoiî
pas eette loi en vigueur.
c x y i ï i.
On ne partit pas non plus sans faire re-
tirer le corps de Drusille du cloaque où ü-
étoit. Il fut mis avec celui de son époux,
dans un tombeau aussi magnifique qu’il fut
possible. Cependant la vieille avec sou
poinçon ensanglantoit le dos de Marganot.
Son seul regret étoit de n’avoir pas assez de
force pour le tourmenter sans relâche.
Chant XXXV II. 505
C X Y 1 I.
£ se avranno in quel tempo, e se saranno
Tard'!, o più tosto mai per aver moglie,
Çhe sempre a quelle sudditi saranno,
E ubbidienti a tntte le lor voglie.
Tornar Marfisa prima ch’ esca 1’ anno
Disse, e che perdait gîi arhori ie feglie;
E , se la iegge in uso non ttovasse
,
Euoco , e ruina il Borgo s’ aspettasse.
C X V I I I.
Ne quindi si partir, che dell’ immonde
Tu o go , dov’ era , fer Drusiila torre
,
E col marito in ano avel, seconde
Ch’ îvi potean plu riceamente , porre.
La vecchia facea intanto rabicondo
Con lo stimoio il dosso a .Marganprre,
Sol si doiea di non aver tal lena ,
Che potesse non dar tregua alla pena.
’ S°4 - t’Ai I/o s T.I,
' C X I X.
L’ animose Guerriere a lato un Teœgto
Yidero quivi lîna coloiîna in piazza ,
Neiîa quai fatt’ avea quel Tiranno em.pio
: Scrîver ia iegge 'sua crudelë, e pazza.
Elle iffiitando d’ un trofèo ” esempia,
; Lo scudo v J attaççaro , e la corazza
Di Marganorie , e l’ eimo; e scrîver fenno
ia Iegge appresso, ch’ -esse ai loeo denriq,
C X X.
Quivî s’ indugiar tanto, che Marfisa
ïe pot là iegge sua neila colonna.
Contraria a çuelia , c'hé già v’ era incisa ,
‘ A morte , ed ignominia d’-ogni donna:
Dà questà compagcia resto divisa
.Quelia d’ Isianaa . per rifat la gonnaj
Che comsarîre in Corte obbrobrïo stînu,
5c non si veste* ed orna corne prima.
C 5 A NT XXXVII. çcç
C X I X.
Sur le côté- d’an temple , au milieu de tz.
place , les généreuses guerrières apperçarenr
•une colonne où le tyran inhumain , avait fais
inscrire sa loi cruelle et insensée. Elles y
attachèrent, en forme de trophée, l’écu, îs
cuirasse , le casque de Maiganor , et firent:
inscrire auprès la loi qu’elles-mèmes. vs«-
soient d’étabiir dans ce bourg,
exx,
On y resta le tems qu’il fallut pour graves-
cette inscription.que Marphisefit mettre sus
ia colonne , en p!ace de celle qui auparavant,
annonçoit auxDamesPignominie et!a mort,.
Ensuite cett.e compagnie se sépara de celle
des Dames d’Islande, qui restèrent pour sç
faire faire de nouvelles robes. Jugeant qu?â,
seroit honteux pour elles deparcîtreàlacourj,.
sans être aussi bien ajustées qu’au parayastv.
Tome VI I L
foé L’Ariostb,
C X X I.
Ulanie resta donc dans le bourg , ci
Marganor étoit demeuré en sa puissance.
Mais bientôt, craignant qu’il ne trouvât
moyen de se délivrer, et de faire aux femmes
de nouveaux outrages , un beau jour elle le
fit précipiter d’une tout en bas , et ce fut
bien le plus beau saut qu’il eût jamais fait de
aa vie. Mais ne parlons pins d’elle ni de ce
qui lui appartient;, revenons à cette vaillants
compagnie qui prend sa route vers Arles,
C X X I I.
Elle marcha tout le jour , et le suivant
jusque sur les neuf heures , qu’elle rencontra
un chemin qui se partageoit en deux ; l’un
conduit au camp , l’autre sous les murs
d’Arles. Les amans renouvellerent leurs em«
ferassemens les plus -tendres , se répétèrent
mille fois leurs adieux , toujours plus tou»
chans et plus cruels. Enfin les Dames sont
arrivées au camp : Roger est dans la cité
d’Arles, et mon Chant est fini.
Fin du trente - huitième Chant .
,
Chant XXXV IL 507
C X X I.
Qaivi tisnase Ulani&î, e Margaifoije
Di 1er resto in potere ; ed es sa poi ?
Fejcfcènons’a&bia in qualche modo a serons
S le donzeîie an 5 aitra voita annoi
,
La fe an giorno saitar giù d’ una Torre,
€ ne non fe maggior salto a g i or ni sud»
Soh pib di 1er, ne prit de’ snot si paris £
Ma délia compagnia, che Ta verso Arîi.
C X X I I.
T aîto quel giorno , e P altro , sin appress®-
27 ora di terza , aadato 5 e poi che fur©
Gîttnti dove in due strad.ee ii camminfesssg
37 usa va al campo , e l’ aitra d 1 Arli al maso „
Toraar gli amanti ad abbt acciarsi, e spesso
A tor consmiato, e sempre acerbo e dure»
Aifin le Donne in campo, e in Arii è giîo
Kuggiero; ed io il mio Canto ho qui fiaiio„.
& isu dsl Canto trentesimosetiimo.
#
À (^iSè^Sx
\
-