Introduction familière a la connoissance de la nature. Tome deuxième
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ŒUVRES COMPLÈTES D E ; BERQUIN. a | TOME DIX-NEUVIÈME. LS
Au dessus de celle scene rhrrebls, ie - Lempler & solal, - Marillier del. ë Dapreel cup
Fr A LE SOLE LT, es Re bre va quelquefois Jusqu'à cinquante ; et il en est que l’on a vu dix-sept cents fois plus grandes que la terre entière. Soit qu on les considère comme des écumes formées par l’action d’un feu violent : soit plutôt comme des éminences solides du corps du soleil, que les flots de matière enflammée qui le baignent laissent quelquefois à découvert dans leur agitation , ces taches unies à sa masse ne [aissent point douter, par leur cours réguLier, qu'il ne tourne avec elle sur luimême ; et cette rotation, qui se fait en vingt-cinq jours et demi, quoique plus lente que. celle de la terre, qui n’y emploie qu'un jour, doit être d’une rapiditéprodisieuse pour un globe quatorze cent mille fois plus gros que le nôtre. Le soleil darde ‘ses TayOns sans cesse , de tous côtés , et même de tons les points de sa surface, car il n’est pas un seul instant où sa lumière ne se répande sur toutes les parties de Punivers tour nées vers lui >, et pas un seul point qu'il éclaire, d’où on ne le voie tout entier, Maerieny:
LE SOLE FL: 5 Ses rayons sont dirigés en lignes droites ; et non par des ondulations semblables à celles que le mouvement excite dans l'air et dans l’eau; car autrement on le verroit, lorsqu'il seroït caché derrière une montagne, et même lorsqu'il seroit de l’autre côté de la terre, c’est-à-dire pendant la nuit, puisque sa lumière étant répandue. par ondes ; comme le son, l'impression en viendroit toujours à nos yeux. La lune, par la même raison, ne pourroit jamais l’éclipser. J’en ai une autre preuve plus à voire portée. Lorsque j'ai fait votre portrait à la Silhouette, c'est que votre tête jetoit sur la muraille une ombre exactement de la même forme qu'elle-même; ce qui prouve clairement que lesrayons croisoient en lignes droites toutes les extrémités de votre profil. On peut enfin s’en convaincre d'uné autre manière, en. fermant les volets d'une chambre, et en ÿ pratiquant un petit trou : les rayons - Qui passent par cette ouverture ne se ré— pandent point en ondes dans la chambre, À 3
6 : LE SOLEIL. mais la traversent en lignes droites, sans éclairer autre chose que Les objets qu'ils rencontrent dans cette direction. Les rayons du soleil sont formés de sa propre substance : ce sont des flots de sa matière enflammée qu’il lance de tous côtés. À la distance où il est de nous, comment ses rayons pourroient-ils nous chauffer , s'ils ne partoient d’une source brülante, en conservant dans le trajet leur chaleur par la vitesse de leur mouvement? Vous branlez la têtes Henri, vous pensez sans doute que le soleil de vroit être dès long-temps épuisé. Votre arrosoir , dites-vous , n’estpas une minute à se vider de l’eau qu'il contient ; je veux renchérir encore sur votre objection, L’arrosoir ne verse de l’eau que d’un côté, et le soleil répand de toutes parts sa lumière. Il la fait jaillir jusqu’à des lieux un million de fois peut-être plus éloignés de lui que nous ne le sommes, puisque certaines étoiles, qui sont à cette distance, envoient leur lumière jusqu’à nos Jeux, Il ne paroît pas cependant que ni
LE SOLEIL. 7 le soleil ni les étoiles aient souffert , depuis tant de siècles, quelque dimi— nution de leur éclit. Vous voyez que je n'ai pas affoibli votre difficulté. Ecoutez maintenant ma réponse. Il est d’abord nécessaire de vous donner une idée de la petitesse prodigieuse des parties dont les rayons de lumière Sont composés. Au moyen du microscope , je vous ai fait voir dans une goutte d'eau de mare, pas plus grosse qu'une lentille, des milliers de petits in= sectes vivans. Ces insectes ont.des yeux, des membres , du sang, Où une autre liqueur qui circule dans leur corps pour les animer. Il vous est aisé, ou plutôt il vous est impossible de vous figurer combien chaque goutte de ce sang, où de cette liqueur , doit être menue. On prouve, par le calcul, qu’elle est moins Par rapport à un grain de sable d’une ligne, que ce grain de sable n’est au globe de la terre, Eh bien! cette peti= tésse n’ést rien encore en comparaison. de celle des parties de la lumière, ainsi
8 LE SOLEIX, que vous allez en convenir. Je vous aï dit tout-à-l’heure que nous ne voyons le: soleil entier que parce que de tous les points de sa surface il part des rayons. qui viennent peindre son image au fond de nos yeux. Il n’est pas douteux que ces insectes ne voient le soleil pendant le jour; peut-être voient-ils pendant la nuit les étoiles. Or ils ne peuvent les voir que de tous les points de toute la surface des étoiles et du soleil il ne soit parti des rayons pour en porter jusqu’au fond de leurs yeux l'image entière, Le soleil est plus de quatorze cent mille fois plus grand que la terre; chacune des étoiles est aussi grande que le soleil. Voilà donc des corps d'une masse si in= compréhensible, qui, de tous les points | de leur étendue, envoient des flots de lumière dans l'œil d’un petit insecte, confondu avec des milliers de ses semblables dans une goutte d’eau , à peine sensible à nos regards. FE Vous refuserez peut — être de croire qu'un si petit animal puisse porter sa vue
DÉSOLÉE, : © jusqu'aux étoiles. Je ne vous chicanerai point là-dessus, quoique je puisse vous citer un très-beau vers de M. de Bonncville, qui dit en parlant de la puissance. : de Dieu : Etsur l'œil de l’insecteil a peint l'univers. Mais si l'insecte ne jouit pas de ce vaste spectacle, nousen jouissons nous. autres, Notre œil peut, dans une seconde 3 parcourir toute l’étendue des cieux. Il aura Vu non seulement toutes les étoiles .. mais encore toutes les parties de l’espace. qui les sépare ; ce qui multiplie bien davantage la quantité des rayons qui se-. TOnt venus successivement aboutir à nos yeux. Et cette nouvelle expérience est une preuve plus forte encore de l’'infinie petitesse des parties de la lumière, puisqu'un si grand nombre de rayons se sont combattus et effacés les uns les autres dans notre œil, sans lui causer la plus légère impression de douleur , malgré la Vitesse inconcevable dont ils viennent le frapper.
To LE SOLE ET. Il vous est arrivé fort souvent de voir dans la campagne la lumière d’une chan, delle qui brûloit à une lieue au moins de vous. En tracant un cercle autour de cette chandelle, à la distance où vous en étiez , il est clair que de tous les points de ce cercle on auroit pu la voir, et, à plus forte raison , de tous Les points de V’étendue qu'il renferme. Tous les points de cet espace, jusques à une distance pareille en dessus et en dessous , si le flambeau étoit suspendu dans les airs, seroient donc remplis de parties de lumière émanées de la flamme de la chandelle. Elle ne consume pas, dans Îa durée d’un clin d'œil, un globule de suif gros comme la tête d'une épingle. Ce. petit globule de suif a donc fourni à la! lumière une matière capable de remplir, par sa division , un globe de deux lieues de diamètre. Aussi Le calcul peut-il démontrer qu'un pouce de bougie, après avoir été converti en lumière, a donné un nombre de parties plusieurs millions de fois plus grand que celui des sables
LE SOLEII. 1FE que pourroit contenir la terre entière, en supposant qu'il tienne cent parties de. sable dans la largeur d’un pouce. Que seroit-ce donc d’un pouce de matière lu-. mineuse infiniment plus pure, et par-là susceptible d’une plus g orande division ? Enfn, si un grain de musc exhale sans cesse à de tous côtés des particules de sa substance ; s’il les exhale pendant vingt-cinq ans, sans rien perdre sensi= blement de son volume; si un boulet. de fer d'nn pied de diamètre, rougi à un grand feu, laisse échapper de flots de particules enflammées et lumineuses , sans que cette effusion lui fasse perdre léquilibre dans la plus juste balance, Vous concevrez plus aisément que le soleil puisse répandre des torrens de lumière sans paroître s’affoiblir, et qu'une petite partie de sa masse lui suffit pour remplir ; pendant des siècles, de sa lumière et de sa chaleur toutes les’ planètes et les ce qui lui sont soumis. Quant à la vitesse inconcevable de ses Taÿons, il est prouvé qu'ilsn ’emploient
12 PE SO RE ET: qu'environ huit minutes pour venir des lui jusqu’à nous. Lorsque vous serez uns peu plus avancés dans l’étude des cieux ,# je vous dirai par quelle observation on & fait d'abord cette découverte, et com-! ment une expérience ingénieuse Va confirmée. Il me suffit à présent de vous! garantir que ce point est de nature à ne! pas être plus contesté que l'existence même de la lumière. | Tout ce qui regarde les couleurs demanderoit trop de détails pour vous être expliqué dans le cours de cet entretien j nous y reviendrons dans un autre mo“! -ment. : Il ne me reste donc plus qu’à vous! parler de la chaleur que nous devons au soleil. C’est le plus grand et le plus sen-\ sible de ses bienfaits, puisqu 71 produit, le mouvement et la vie dans tout ce! qui respire. Je me borne à présent à. vous en montrer les effets dans la vé*! gctation. Vous vous souvenez de l'état de ae | sueur!
LE SO E TI: 13 gueur où gémissoit la nature pendant la triste saison de l'hiver. La terre étant säisie d’un profond engourdissement , les fleurs n’osoient paroître sur son sein, et les arbres étoient dépouuillés de tout leur feuillage. La sève, qui les anime, en circulant, comme je vous l'ai fait voir 5 dans leurs troncs, leurs branches et leurs rameaux, n’avoit plus qu'un mouvement paresseux et de défaillance, qui suffisoit à peine à leur conserver un reste de vie Presque insensible, et tout voisin de la -mort. Le printemps est venu réchauffer la terre; et soudain la sève reprenant la Kberté de son cours, la verdure s’est déployée sur toutes les plantes. Comment le soleil at-il produit ce changement ? Je vais prendre un exemple plus près de Vous, pour vous en-rendre l'explication plus aisée à concevoir. IL n’est pas que vous n'ayez vu un de ces animaux que les petits Savoyards - portent dans des boîtes, et qu’ils se plaisent à montrer pour quelques pièces de Monnote aux enfans ; une marmotte, s1À Tome II, B
26. LE SOLE ki | partie de la chaleur qu'elle agecçtie pendant le jour; ce qui arrive ordinaire-| ment au commencement de l’automne.. C’est par ce moyen que les raisins, qui,! mürissant plus tard que les cérises, ont, besoin d’une plus grande continuité de, chaleur, la trouvent, même lorsque le! soleil ne darde ie si long-temps ses rayons sur leurs grappes 4 C’est par la même raison que la cha-+ leur est ordinairement plus accablante! à trois heures qu'à midi, quoique le so leil soit déjà descendu pendant trois heures vers Cet été du jour;. si j'ose ainsi parler, répond à merveille! à l'été de l'année. Après avoir parlé si long-temps des] bienfaits du soleil, il vous tarde sans! doute de savoir quelle place ce roi de. Punivers occupe dans son empire. C’est! ici, je l'avoue, que j'éprouve un petk d'embarras à vous satisfaire. Tout ce ques je vous ai dit jusqu'à présent s’accor-| doit à merveille avec vos sens et vos! idées, ou du moins ne éontrarioit que
LE S OL: ET, 21: votre inexpérience: ce qui me reste à vous annoncer contredit tout absolu ment; et j'ai besoin de la confiance que je vous ai inspirée, pour vous préparer à changer d'opinion. =. Tous les peuples de l'antiquité, même les plus éclairés, excepté un ancien phiTosophe et ses disciples, ont cru que le - soleil tournoit autour de la terre: tous les plus grands philosophes modernes, sans exception, le croyoient aussi il n’y & pas plus de 240 ans; tous les enfans le croient encore aujourd’hui, sur la foi de leurs mies et de leurs bonnes, et tout le peuple ignorant et grossier le croira toujours. Les expressions ordinaires du lever, -de Pélévation , et du coucher du soleil, employées dans l'usage familier, même par Les astronomes , pour s’'accommoder aux idées du peuple, ont contribué à entretenir cette erreur. Il faut convenir que le premier témoignage de nos yeux lui est aussi favorable. Cominent se douter que la terre tourne autour du soleil , tandis qu’on le voit au niveau de
22 LE SOLEIL. nos pieds le matin, à midi sur nos têtes, le soir encore à nos pieds, et qu'il doit, selon toute apparence, se trouver la nuil par-dessous ? Mais dites-moi, je vou prie, si vous maviez pas vu les arbrèi trop bien affermis sur le rivage pout bouger légèrement, n’auriez - vous pa cru mille fois, en descendant la rivière dans un bateau, que les uns s’enfuyoient derrière vous, et que les autres accou roient à votre rencontre ? Lorsqu'on far soit faire un demi-tour au bateau pou aborder, n’auriez-vous pas cru que le ri vage lui-même tournoit autour de vous, si vous ne l'aviez pas jugé plus tenact encore que les arbres ? Vous sentez dont que nos yeux peuvent nous en impose! sur les apparences des choses. Il étoill \ peut-être permis d’en être dupe avani, l'invention du télescope. Les anciens, ignorant la véritable grandeur du soleil} et la jugeant beaucoup moins considél rable que celle de la terre, s’applaudis soient de leur sagesse, en le faisant tourner autour d'elle, Mais si la terrt.
LE SOLEIL. 23 est plus de quatorze cent mille fois plus petite, comme cela est démontré sans répliqueñ, ne serons-nous pas plus sages». à notre tour, de la rendre immobile au centre de notre monde, et de la faire tourner, dans l’espace d’une année, autour de lui, en tournant chaque jour sur elle-même ? Si nous devons nous former les idées les plus simples de l’ordre de la nature, que diriez-vous d’un architecte qui auroit la bizarrerie de construire la cheminée de la cuisine de ma nière que le foyer tournât autour du gigot que lon voudroit faire cuire à la broche ? Mais de plus il est certain, par des observations invariables, que cest le gigot qui tourne devant le foyer, je veux dire la terre autour du soleil. Je vous en promets les preuves les plus évidentes, quand vous serez un peu plus en état de les saisir. Tout ce que je vous demande à présent, est de vous prêter du moins à ce système comme à une Süpposition, pour me mettre en état de vous conduire aux preuves qui doivent
24 LE SOL.E IL, en établir dans votre esprit l’incontes-\ table vérité, l Je croyois avoir terminé la partie Ja, plus difficile de mon entrepri se ; mas! voilà des étoiles qui viennent me jeter! _ dans un nouvel embarras. Puisque nous sommes sur le chemin des orandes vé-! rités, il faut aller plus loin, et vous! dire que cette voûte céleste ne tourne! pas plus que le soleil autour de la terre; | et que c’est la terre, au contraire 5 qui, | tournant elle-même en vingt quatre! heures, s’imagine que les étoiles fon, dans le-même temps cette révolution.| Cela seroit aussi un peu trop exigeant! de sa part; car il faudroit, pour obeil ponctuellement à ses ordres, qu "elles fissent quarante-neuf millions de lieues! par seconde Ce qui surpasse tant si} peu la plus Se vitesse. de nos messa-k geries. S1 la terre a besoin de la chaleur! et de la lumière du so! leil, 1l est de! toute bienséance quelle se donne jat peine de tourner autour de lui, et sul elle-même, pour les recevoir, doute rie | |
LP SS°O LE tr: 25 Mieux que, par la même occasion:et sans faire sa pirouette plus vite, elle peut jouir du plaisir de promener successivement ses regards sur la douce illumination des étoiles, bien qu’elles lui soient tout-à-{ait étrangères. Mais je commence À sentir que la soiTée devient un peu fraîche. Je crois qu'il seroit à Propos de rentrer au logis pour Continuer cet entretien, Nous voilà un peu remis de la fatigue de notre promenade. Sonnez, je vous prie, Henri, Pour qu’on nous donne des lumières ; et vous, Charlotte, ap— Portez ici votre plobe, Je vous ai dit que le soleil demeure toujours constamment à la même place, et que la terre décrit un grand cercle autour de lui chaque année, en tour— Pant chaque jour sur elle = même. Jl VOUS paroît difficile de concevoir qu’elle Püuisse se livrer à ces deux mouyvemens à la fois. Comment donc 1: Qui vous emPécheroit de’tourner tout autour de la ébambre en Piouettant ? Si vous faisiez dome II. G
26 LE SOLEIL. | le tour en trois cent soixante-cinq pis rouettes , ‘le grand cercle que vous dé_cririez représenteroit le mouvement annuel de la terre, et chaque pirouette| son mouvement journalier. Si ce flam-\! beau étoit placé au milieu du cercle,! n'est-il pas vrai qu'à chaque demi-pi-! rouette vous le verriez ou le perdricz| de vue, selon que vous lui tourneriez le! visage ou le'dos ? Cette alternative peut! vous donner une idée de la manière, dont la terre recoit tour-à-tour la Jul mière du jour e et l'obscurité de la nuit. Appliquons cette expérience à notre! globe. Je vais piquer une épingle blanche sur cette moitié, qu'il présente an flambeau, et une épingle noire sur laut tre qu’il lui dérobe. Sije tourne le globe cette partie, où est lépingle noire, et qu est maintenant dans l'obscurité, va $’é:! clairer ; et celle où est l’épingle blan-! che, et qui ‘est maintenant éclairée, val se cacher dans -Vobscurité. C'est un, image-fidèle de..ce qui arrive à la: terri) Ne jour ctchaque nuit. Chaque payé
LE SOLE 27 à mesure qu’il se tourne vers le soleil, reçoit la lumière de ses rayons, et, à mesure qu'il s'en détourne, rentre dans Vobscurité des ténèbres. Par ce moyen toutes les parties de la terre ont Pune après l’autre la chaleur du jour pour chauffer et mürir leurs productions , et les douces rosées de la nuit pour humecter le sol brûlant et l'air embrasé , rafratchir les plantes, les animaux, et les hommes. Les parties de la terre > qui sont représentées autour de ces deux points, où la branche de fer qui traverse le globe en sort des deux côtés, sont appélées les poles du sud et du nord. Ce sont des places très-froides, attendu que le soleil ne s’y laisse pas voir pendant plusieurs mois ; Mais en revanche, après cette longue nuit, on est plusieurs mois saus le perdre de vue ; en sorte que. l’année se pariage pour les habitans de ces lieux en un seul jour de six mois et une seule nuit de la même durée. On vous en fera sentir la raison, lorsque vous apprendrez à connoître en détail les usages =
28 LÉ SOBENTLC. 4 du globe. Vous plaignez les pauvres gens qui vivent dans ces contrées ? En effet, | le séjour du pays que nous habitons me | paroît infiniment préférable. Je vous di- | rai seulement, afin d’adoucir les regrets | que leur sort vous inspire, que l'absence | du soleil west pas un si grand malheur | pour eux qu'il le seroit pour nous, sil! venoit tout-à-coup à nous priver pendant | six mois deses bienfaits. Les productions : de ces contrées sont différentes de celles! de notre pays, et sont formées par la na: | ture de manière à croître sous ce climat. ! Les habitans sont peut-être aussi heureux que nous avec des plaisirs différens. Ts! travaillent d'un grand courage pendant! leur été , à dessein de ramasser des pro= | visions pour leur hiver; et alors ils dan- : sent et chantent à la lueur de leurs tor-| ches, comme nos gens de la campagne À aux doux rayons du soleil. Ë Je crois lire sur votre physionomie, Henri, que vous. n'êtes. pas bien plei-| -nement satisfait de ma démonstration. | Voyons; je serois bien aise de savoir cel RER 1 ere) r
dE ES OE EN, 29 ‘quivous-embarrasse. Oh ! je m’en‘dou- ‘tois: Vous pensez que si la terre tourne ainsisur elle-même, lés: gens: qui sont sous nos pieds ; de l'autre côté du globe, - doivent:s’éloigner delle et tomber:vers les cieux qui Venveloppent de toutes parts: : Je'me réjouis ‘de ce’ que vous m'avez fait connoître vos doutes > pour. me mettre en état de les dissiper. Sup Posous.quece globe;:au lieu d’être de carton ; est d'aimant comme la petite pierre que je-vous ai donnée. N’est-il pas vrai que si vous lui présentez un morceau de fer, soit en hant,-soit en bas, il ne Manquera pas de Paftirer, et que le globe d'aimantaura beau tourner sur lui-même, le morceau de ferne s’en détachera plus ; soit que la. partie à laquelle. il tient sé lève où s’abaisse ? Il est vrai, dites-vous: mais c’est parce que l'aimant attire le fer, Eh bien! mon petit.ami, vous venez de résoudre vous-même la difficulté. Nous Sommes portés vers la terre par une force d'attraction, comme le fer est porté:vers aimant, I] n'y à d'autre en bas pour C 5
Plzçons d'abord le line entre Le sole et ln terre cest a dre Le globe enbre Le > flanbea el vous , 1F Marilier AL E Zaprecl seu) Î
L À LU NE: 35 secours du globe, -plus aisément que par aucune figure que je pourrois vous tracer. - Supposons que ce flambeau soit le soleil , ce globe la lune, et que votre tête, Henri, soit la terre. Tandis que la terre tourne autour du soleil > la lune tourne autour de la terre, et à-peu-près dans le même plan. Il est donc clair qué tantôt la lune doit se trouver entre le soleil et la terre, et tantôt la terre entre le soleil et la lune. Il est facile de VOus représenter ces mouvemens, Placons d’a= bord la lune entre le soleil et la terre ,. c'est-à-dire le globe entre le flambeau et vous. Telle est la situation de la lune lorsqu'elle est nouvelle. Toute la moitié du globe, éclairée par le flambeau , est, tournée vers lui; ainsi vous ne pouvez lappercevoir. Toute la moitié obscure esttournée vers vous: ainsi vous ne pou vez pas la voir davantage. Aussi la luné nouvelle se dérobe-t-elle toujours à nos yeux à _ S1 je détourne un peu leglobe à votre Sauche , vous commencez à en appercer
36 LA LUNE. voir une petite partie éclairée ,; Sous la forme d’un croissant qui s'agrandit peu à peu, jusqu'à ce que le globe soit parVenu à un quart de cercle que je lui fais décrire autour de vous. Tournez la tête sur votre épaule gauche, vous voyez déjà la moitié de sa moitié qui est éclairée ; voilà le premier quartier. Ce: quartier s’agrandit par degrés à son tour,. jusqu'à ce que le globe soit par= venu derrière vous. Tournez le dos au | flambeau, vous voyez.toute la moitié du globe éclairée, parce que toute cette | moitié fest tournée vers vous-en même | temps ;qw'elle regarde le flambeau 3 c’est ce qu'on'appelle pleine lune. + Tandis : que le globe continue son | cercle, sa moitié éclairée: décroit peu à | eu à vos yeux, de la même manicre Re qu’elle s’est agrandie: ce qui produit ce qu’on nomme le. décours de-: la June: ! Vous voyez encore le globé se présenter | ‘ aux trois quarts de sa moitié éclairée, puis à la:moitie de sa moitié: voilà le dernier quartier, Vous
à LÀ LÜNE, 37 Vous voyez ce quartier ne formerbier= tôt qu’un croissant, et enfin se dérober à vos regards , lorsque le globe redevient nouvelle lune, c’est-à-dire dès qu'il revient au point d’où il est parti, quand je lui ai fait Commencer à décrire son cercle autour de vous ; C'est-à-dire entre le flambeau et votre tête. La lune emploie vingt-sept jours Sept heures quarante-trois minutes à tourner autour de la terre > ét un pareil espace de temps à tourner sur elle-même. Cest pour cela qu’elle présente toujours la même face à la terre. On vous en fera senür un jour la raison. Tome T7. sr)
LES ÉCLIPSES. Les éclipses de soleil et de lune, que J'ai toujours pris soin de vous faire ob- ‘server, sont occasionnées par cette TÉvOlution de la lune autour de la terre. Le soleil est échipsé à nos veux, lorsÉ Ë que la lune se trouve exactement entre | lui et la terre. Par ce que je viens de vous ‘démontrer, vous comprenez aisément que les ccipéés de soleil ne peuvent arriver que dans la nouvelle lune, parce que c’est le seul temps où la lune soit entre le soleil et la terre. La lune est éclipsée à nos yeux, lorsque la terre se trouve entre elle et le. soleil; et vous Sue également que les éclipses de la lune ne peuvent arriver que lorsqu'elle est à son plein, parce que c’est le seul temps où le ierre se trouve entre le soleil et [a lune. Ghaque nouvelle lune ameneroit uné Bean Len Te 2 pin A LT Be D a D ARS
vous cache le flambeau. Mais si Jé pété Sen ee die de ne dE de de dé de té à 5 4 de pe < dna dd détialet étés à ant à Lente dr ici tint da sd demie = à ide ct CS RS ARE GS de D tn D te dt: di 2 PORT PTONO ND IS OR OTOERT N TE NN PT INPI ST s4 LES ÉCLIPSES. 89 éclipse de soleil , et chaque phiene lune une éclipse de lune, si le soleil, la lune. et la terre, ou lesoleil, la terre et la lune se trouvoient toujours alors exactement. dans la même line; mais, comme læ lune se trouve tantôt au-dessus , tantôt au-dessous de cette direction, les éclipses ne peuvent arriver à chaque lune pleine ou nouvelle. Supposons encore que le flambeau , le globe et votre tête, Henri, repré— sentent les mêmes -objets que tout-àl'heure, je puis aisément vous faire une. éclipse de soleil, en placant le globe, Qui est la lune, entre le flambeau ; qui est le soleil, etvotretête, qui est la terre, Puisque vous vous trouvez alors tous les trois dans la même ligne , et que le pop ve un peu le globe au-dessus de cette direction, il se trouvera bien entre le flambeau et vous ; mais il ne pourra vous le cacher puisque vous cessez d'être tous les trois dans la même ligne, et que l'ombre du lobe passe au-dessus de votre tête. D 2
49 LES ÉCLIPSES. Je puis de même vous faire une éclipse : de lune, en plaçant votre tête, qui est la terre, entre le flambeau ; qui est le soleil , et le globe, quiest la lune, puis-. que vous vous trouvez alors tous les trois dans la même ligne, et que votre tête cache au globe le flambeau. Mais si je vous faisais un peu baisser la tête au-dessous de cette direction, votre tête se trou= _ veroit bien entre le flambeau et le globe, mais elle ne pourroit cacher au globe le. flambeau , puisque vous cessez d’être tous les trois dans la même ligne, et que l'ombre de votre tête, qui se répandoit tout-à-l’heure sur Le globe , passe maintenant au-dessous. | Je nai pu vous donner ici qu’une image imparfaite et grossière , soit de la révolution de la terre autour du soleil et de celle de la lune autour de la terre , soit des éclipses qui en résultent, parce qu'ilauroit fallu prendreles choses de plus loin. C’est dans Ami de l’Adolescence que vous trouverez ces détails plus. exacts : et plus étendus sur des phénomènes, et
LES ÉCE-TP SES que l’on vous en fera sentir en même _ temps les causes et les efféts. C’est là que Vous apprendrez comment tout se combine et s'accorde dans la marche inva= riable des corps célestes | comment lhommé à su déméêler toute la complication de-leurs mouvémens et les cal culer avec précision; par quel mélange de conjectures ingénienses , d'analosies : sensibles et d'observations sûres, il & su. tracer. leurs cours, mesurer leurs distances ; et déterminer jusqu’à leurs in— laences mutuelles dans leur immense _ floisnement: D 3
S. LES PLANETES. dix-huit millions six cent quatre-vingt: douze mille cinq cent cinquantelieues. Il | est accompagné de quatre lunes, qu'on } appelle satellites, qui font leur révolution autour de lui, comme la lune autour de, la terre. Ces satellites sont sujets entre eux, et de la part de leur planète, à plusieurs | éclipses qui ont été du plus grand secours pour avancer les progrès de la géographie, et pour déterminer la nature du mouvement de la lumière, et les degrés de sa vitesse , ainsi que vous le verrez un jour, avec. d’autres particularités fort curieuses concernant cette planète. SATURNE,. Saturne , jusqu’à la découverte de k} planète d’Herschell, a passé pour la pl} nète {a plus éloignée de nous ainsi que du soleil. Sa révolution autour de lui est de vingt -neuf années et cent soixante-| dix-sept jours. Il est environ mille fois! plus gros que la Terre, et sa distance moÿenne en est de trois cent vingi-sep millions sept cent quarante -huit mille sept cent yingt lieues. On-n’à pu encort découxri
LES -PLANÈTES. 49 . déconvrir de lui, non plus que de Mercure , sl a un mouvement de rotation sur lui-même. 11 a, comme Jupiter , des satellites qui laccompagnent , au nombre de cinq, que l’on a découverts successivement. Outre ces satellites, Saturne est environné d’un anneau qui lui forme une large ceinture , mais sans le toucher en aucun point , puisqu’à tira vers l'intervalle qui les sépare on peut appercevoir des étoiles fixes. Cetanneau, suivant les différentes positions qu'il prend autour de Saturne , le fait paroître à nos yeux sous divers aspects singuliers, dont on aura soin de vous donner la peinture et l’explication. LAPLANÈTE D'HERSCHELL. : Cette planète vient de faire perdre à Saturne le poste qu'on lui sapposoit aux dernières limites du monde planétaire. C’est elle qui renferme à présent toutes. les autres planètes, et Saturne lui-même dans son immense orbite. C’est le 13 et Le 17 mars 1787 , que M. Herschell la Tome IT, E
So LES PLANÈTES observée à Bath, ville d'Anoleterre, Confondue parmi les étoiles fixes , il ne Va reconnue que par son rhouvement, qui est d’une extrême lenteur, Sur ce quon en a pu observer dans une. trèspetite partie de son cours, on la suppose deux fois plus éloignée du Soleil que Saturne ; et sa révolution autour de lui, de près de quatre-vingt-dix ans. La res semblance de sa lumière avec celle des plus petites étoiles avoit fait MÉCON— noïtre son véritable caractère ; et nous ne la devons qu'aux observations infatigables de M. Herschell, et À la bonté de ses instrumens, qu'il febriqua luimême avec une constance et un génie qui lui ont valn un nom dans les cieux. La découverte de cette planète jettera sans doute un nouveau jour sur notre système, en reculant ses bornes si avant sans la profondeur de l'espace, |
LES COMÈTES. ÂAv-ns LA des planètes dont nous ve— nons de parler, roulent encore d’autres grands corps, dépendans , comme elles ; de l'empire du soleil, qui viennent se Montrer à nos yeux, ét y demeurent souvent Exposés quelques mois, puis ensuite se dérobent à notre vue > la plupart pour des siècles, à cause de Péloignement immense où ilsse perdent dans une partie de leur cours. Ces corps errans, à-peuPrès de la grosseur de notre globe ; sont appelés comètes. - Suivant les meilleures observations qu'on ait faites jusqu’à présent , le mouYeément des comètes semble être sujet aux mêmes lois par lesquelles les pla- . nètes sont gouvernées. Les orbites que les unes et les autres décrivent autour du Soleil, sont des ovales où ellipses ; avec éette différence toutefois que l’ovale de - Ez
% 59. LES COMÈTES. Vorbite des planètes se rapproche beaucoup d'un cercle parfait, au Heu que celui de l'orbite des comètes est si excessivement alongé, qu’elles paroissent -se mouvoir presque en ligne droite, et tendre directement vers le soleil. TL suit de là que lorsqu'elles sont le plus près de cet astre, soumises à la plus grande force de son attraction , et par-là même acquérant plus de vitesse pour s'en éloigner, comme on vous l’expliquera dans la suite ; il suit de là , dis-je, que leur cours doit être alors infiniment plus accéléré que lorsqu’elles en sont à leur plus grande distance. C’est la raison pour laquelle les comètes font un séjour de si courte durée parmi pous, et que, lorsqu'elles s’en éloignent , elles sont si fong-temps àreparoître. Une autre différence quiles distingue des planètes, c’est que celles-ci ont toutes un mouvement commun qui les emporte d’occident en orient, et que les comètes..au contraire, n’ont point de direction re , les unes allant ‘d'orient en occident, les
LES: COMÈTES, 53 autres vers le nord ou vers le midi. Celle qui parut en 1707 alloït presque directement du midi au nord, d'un pole à l'autre; mais sur la fin elle paroissoit retourner du nord au midi, et de là tendre, par une route oblique, de Voccident vers lorient. Les comètes se distinguent enfin des. planètes parunelongue traînée de lumière qui les accompagne ; toujours étendue dans une direction opposéé. au soleil, et qui semble prendre la forme d'une queue , d'une barbe, ou d’une chevelure, suivant: lesdifférentes positions où: la comète se-trouve autour de-lui, et par tapport à nous. Gomme ; à mesure qu'elle en approche ou qu'elle s’en éloigne, on voit cette trainée de lumière s’accroître où diminuer , l'opinion la plus générale est qu'elle est formée par des vapeurs très-subtiles que la chaleur du soleil fait exhaler du corps de la: comète. Celle de 1680 n'étant éloignée du soleil que d'environ deux cent mille lieues , sa queue {üt la plus longuequ’on ait encore E à
54 : LES COMÈTES. observée. Newton a démontré que cette comète dut éprouver un degré de chaleur deux nulle fois plus grand que celui d'un fer ronge, et vingthuit mille fois plus grand que celui de n@s jours brülans d'été, à l'heure du midi, Ces vapeurs, si subtiles qu’elles laissent entrevordansleurtran sparencelesétoiles fixes, ne suivent point les comètes dans le reste de leur cours ; Mais, à mesure. qu'elles se répandent dans les régions célestes, elles sont, suivant Newton, attirces par les planètes, et servent à nourrir leur atmosphère. Les comètes ; à leur tour, soumises ; dans chaque nouvelle révolution, à une attraction plus puissante de la part du soleil > Se rapprochent de plus en plus de son atmosphère , et finissent par y être englouties, Pour réparer les pertes qu'il fait par l’émission de sa lumière. Les anciensne voyant dans les comètes que des vapeurs et des exhalaisons élevées jusqu'à la révion supérieure de l’atmosphère Lerrestre, et enflammées par l’ac-
LES COMÈTES 5% tion des vents, ne songéoient guère à faire des recherches suivies sur leurs périodes. Aussi n’en avons-nous pu re— cueillir que des notions très-imparfaites. En moins d’un siècle et demi, les astronomes modernes ont fait sur les comètes: plus d'observations que n’en avoit pu fournir toute l'antiquité. La science sur cet objet est cependant encore toute nouvelle. Le retour de la comète de 1682 en1759 , suivant les prédictions de Halley et de Cassini, et les savans calculs de MM. Clairaut et de Lalande , a bien fait: connoître que sa révolution autour du soleil étoit de soixante-quinze ans et demi, à quelques inégalités près, occasionnées par l’action que Jupiter et Saturne exercent-sur elle, puisqu'elle avoit. déjà été observéeen 1607, 1532, 1456: on a aussi des observations exactes sur plus de soixante comètes ; mais s’il est vrai, commeleconjectureM.de Lalande, qu'il y en ait plus de trois cents dans notre systèmesolaire, combien de temps ue faut-il pas encore pour que l’on ait
56: “IESTCOMEÈTES. : été à portée d’en déterminer le nombre ; d'en calculer la masse, la distance et. l'orbite , d'en démêler le mouvement et les nœuds, et d'établir la durée invariable de leurs révolutions. Celle de 1680, que M. Jacques Bernoulli avoit cru devoir reparoître Gh1719, a trompé les calculs de cet habile pcomètre. Peut-être en faudra-t-1l revenir à Popinion de M. Halley ; qui lui donne une période de cinq cent soixante-quinze ans, et la fait remonter, Par ‘une suite de révolutions. révulières , dont les quatre dernières sont déjà connues, jusqu’à l’année précise du déluge-universel. C’est dans l’année 2258. que l’on pourra s'assurer si tel est én effet le temps de sa période. D’après les observations faites sur se forme, sa grandeur et sa route >; par tous les saväns de l'Europe , à son dernier: passage , il nesera pas difficile de la distinguer-de foute autre, s’il en paroissoit dans la même année, sur:toutsi les obser- -vations diverses que l’on aura occasion de faire dans Vintervalle ont fait pren-
LES COMÈTES. 57 dre. à l'astronomie, sur la théorie des comètes , le degré d'avancement que l’on doit naturellement espérer. La comète de 1680, dans un point de ‘00 passage, s'approcha si près d’une partie de l'orbite de la terre ,; que si la lerre se fût trouvée alors dans cette partie, Sa distance de la comète ment pas été plus grande que la distance où elle est ‘de la lune, et qu'elle auroit vraisemblablement souffert de ce voisinage. Celle de 1769, arrivée un mois plus tard, auroit produit un bouleversement terrible dans les eaux de la mer. Huit autres comèles passént dans leurs orbites assez près de notre globe, pour lui faire craindre le même sort. Quelle idée ne devonsnous pas prendre, à cet aspect, de la SDesse qui rèvne dans l’ordre sublime dé l'univers ? Le moindre dérangement Produit dans la combinaison des attrac— tions mutuelles du soleil » et des corps dont il est le centre > uu seul dé ces corps, arrêté pour un instant dans son COUrS , sufliroit pour replonger tout notre monde
64 LES ÉTOILES FIXES. en différentes classes. Celles qui nous pa roissent les plus grandes et les plus bnllantes sont appelées étoiles de la piemière grandeur; celles qui en approchent. le plus pour l'éclat et la masse, sont appelées étoiles de la seconde grandeur, et ainsi de suite jusqu'à ce que nous arrivions aux étoiles de la sixième gran deur, qui sont les plus petites qu’on puisse observer à la simple vue. Ily a un grand nombre d'étoiles qu’on découvre à l'aide du télescope; mais elles ne sont pointrangées dans l'ordre des six classes, et onles appelle seulement étoiles télescopiques. On n’y a pas fait entrer non plus celles qui ne sont distinguées qu'avec peine , et qui paroissent sous la forme de petits nuages brillans. On les appelle étoiles nébuleuses. On croit que ce sont des amas de petites étoiles fort éloignées. a T1 faut observer que, quoique l’on ait compris dans lune des six classes toutes les étoiles qui sont visibles à Pœil, il | üe s'ensuit pas que toutes les étoiles ré-
LES ÉTOILES FIXES, 6% pondent réellement à une ou à l’autre de ces classes. H peut y avoir autant de classes d'étoiles que d'étoiles même, peu d’entre elles-paroissant être de la même grandeur ét du même éclat. Les anciens astronomes, afin de pouvoir distmguer les étoiles par rapport à four position respective , ont divisé tout: lefirmamenten constellations où assemblages d'étoiles, composés de celles que sont près l’une‘de l’autre. Ou les rapporte à la forme de quelques animaux, tels que des lions, des sérpens, des ours, ou à l’imagede quelques objets familiers, commeune couronne, une harpe, un triangles: _eton leur en donne le nom, quoiqu’elles. nc représentent nullement ces figures. - Les anciens avoient arfangé ces constellations dans les cieux, soif pour se retracer le cours des travaux de l’agriculture’, soit pour conserver le souvenir d'u événement mémorable, soit pour éter= miser le nom de leurs héros, soit enfin Pour consacrer les fables de leuxreligion.. Les astronomes modernes leur ont con=-
66 LES ÉTOILES FIXES. _‘inué les mêmes noms et les mêmes for= mes, pour éviter la confusion où l’on tomberoit en leur en donnant de nou_VEAUX, lorsqu'il s’agiroit de comparer les observations modernes avec les ancien nes. Je vous ferai connoître dans un autre femps ces vieilles constellations et celles qu’on leur a ajontées denos jours. Elles ne {croient maintenant que surcharger votre mémoire, et y jeter de l'embarras. Quelques-unes des principales étoiles ont des noms particuliers, comme Sirius ; Arcturus, Aldebaran etc. [l'y en a aussi d’autres qu’on n’a pas fait entrer dans les constellations, et qu’on appelle étoiles informes. Outre les étoiles qu’on apperçoit à la simple vue, il ya un espace très-remarquable dans les cieux, connu:sous le nom. de voie lactée, C’est cette large bande d’une couleur blanchâtre, qui paroît se dérouler autour du firmament comme | {ne ceinture, Elle est formée d’un nombro infini de petites étoiles trop éloignées de nous pour être vues séparément, mai
LES ÉTOILES FIXES 67 dont la lumièreréunie fait distin guer cette partie des cieux qu’elles traversent. Les places des étoiles fixes, leur situation relative, et leur nombre, ont occupé de tout temps les observateurs _quien ont.dressé des catalogues. Lie premier, qui date de cent vingt ans avant Jésus-Christ, est composé de mille vingt: deux étoiles. Ce catalogue a été souvent augmenté etrectifié par d'habiles astro— n0mes, qui ont porté le nombre des étoiles au-delà de trois mille, en y -comPrenant celles que le télescope > ignoré des anciens, nous a fait connoître , ef que l’on désigne sous le nom d'étoiles de. la septième grandeur. Les observateurs les plus attentifs peuvent à peine compter quatorze cends étoils visibles à l'œil. Cependant on séroit. tenté, dans une belle nuit, de les croire : innombrables au premier aspect. C’est une illusion de notre vue qui naît de leur. vive scintillation, et de ce que nous les regardons confusément , et sans les ré— duire en aucun ordre, Lorsqu'on les par=
68. LES ÉTOILES FIXES. court d'un regard , l'impression des unes subsiste encore au moment où l'on va chercher les autres, et nous les répète. | Un bon one rectifie les erreurs de notre vue. C’est alors que le spectacle des astres devient plus TE et plus vrai. On les voit, dans une multitude infinie, se répandre de tous côtés dans l’immense étendue des cieux. Telle étoile qu'oi croyoit simple et unique paroit double, et laisse observer entre les deux qui. la composent sensiblement un intervalle que la distance ne permettoit pas à nos Yeux de voir sans ce secours. On en à observé soixante-dix-huit dans la cons tellation des. pléïades, où la vue n’est pas capable d'en distinguer plus de six ou sept: Je n'ose vous dire quel nombre un observateur affirme en avoir vu dans celle. d'Orion. Les changemens qui arrivent dans les corps célestes, quelque insensibles qu'ils soient pour nous à cause de la distance: infinie quinous en sépare, doivent causer: dans leurs sphères Ro prodi- +
LES ÉTOILES FIXES. 69 gieuses. Chaque siècle semble en amener de nouvelles. I est des étoiles dont la lumière, après s'être affoiblie par de= prés, s'éteint presque absolument pour briller ensuite d'un plusvif éclat; d’autres qui -s'évanouissent pendant quelques MOIS, et reparoissent avec une augmentation où diminulion sensible de grandeur, Un géomètre et un astronome célèbres (MM. d'Alembert et de Lalande ) ont. formé là-dessus des conjeclures très-11= génieuses ponr en appuyer l'opinion géncrale des philosophes sur l'existence de quelques planètes aatonr de ces astres ; etattribuer ces changemens à leur action. Je vous les ferai connoître un Jour, ainsi que l'opinion de M. de Maupertuis à ce sujet. Se - On voit plus d'étoiles du côté du nord que du midi; mais la partie méridionale à plus d'étoiles distingnces par leur gran deur et par leur éclats ce qui rétablit Péquilibre des cieux. Vous avez peut — être observé vorisméme que les étoiles paroissent moins
i %o LES ÉTOILES FIXES, grandes et moins nombreuses dans les nuits d'été que dans les nuits d'hiver ; c’est que, pendant l'hiver, le soleil ctant enfoncé plus avant sous l’horison , l'éclat des étoiles est moins affoibli par lesreflets de sa lumière, et que Pair épuré par la gelée intercepte-moins de leurs rayons, et laisse parvenir jusqu’à notre œil ceux qui _ nous viennent des astres les plus éloignés. Les personnes qui pensent que tous ces corps resplendissans n’ont été crécs que pour nous donner une tremblante lueur, dérobée souvent à nos yeux par les moindres nuages, doivent concevoir une idée bien peu relevée dela sagesse divine ; car nous recevons plus de lumière de la lune seule que de toutes les étoiles ensemble. Osons nous former une image plus vaste de la divinité: Puisque les plsnètessontsujètes aux mêmes lois de mous vement que notre terre set que quelquesunes, non seulement Pégalent ; mais la surpassent même de beaucoup en étenr. due, n'est-il pas raisonnable de penser | qu'elles sont toutes des mondes habite.
LES ÉTOILES FIXES. »f bles? D’un autre côté, puisque les étoiles fixes ne le cèdent ni en grandeur ni en éclat à notre soleil, n’est-il pas prebable que chacune aun système de terres planés faires qui tournent autour d'elle ; comme Tous fournons autour de lastre qui nous donne le jour, et que leur seul éloignement dérobe à nos resards ? Mais n’allons pas d’abord porter si lois notre vue. Laissons aux astronomes le soin de perfectionner leurs instrumens a et d'agrandir leurs recherches, pour trou= ver de nouveaux mondes dans les cieux. Renfermons - nous dans le nôtre , entre ces corps soumis comme nous à l’em= pue du soleil, et dont l'observation peut être de si grande utilité pour le progrès de nos lumières , appliquées au globe même que nous habitons. Les étoiles, à qui les hommes ont dû le premier par= tage du temps pour les travaux-de l’a griculture’, et qui ont été durant tant de siècles leurs guides fidèles dans leurs en reprises et leurs voyages, indépendamment des secours multipliés qu’elles nous À
72% LES ÉTOILES FIXES. 2 offrent encore aujourd'hui, mériteroienf d'intéresser vivement notre curiosité, par la seule magnificence du spectacle qu'elles nous étalent. Leurnombre , leur position et leur marche ,leur dectuan à et leur nature, deviendront aussi à leur tour l’objet de nos:considérations. els sont les objets dont l’Æmi de l’4doleseence se propose de vous entretenir. -Nots commencerons d’abord parlaterre, soit parce que sa connoïssance est la plus impor tante pour nous, SOiÉ pe qu elle peut nous conduire plus aisément à celle des autres globes qui composentavec elle notre systême. Nous nous éleverons successivement vers toutes les parties des cieux, pour en redescendre sur notre sé jour toutes les fois que son intérêt se trouvera lié par quelque rapport avec leur étude. Ne serez-vous pas charmés de connoître plus particulièrement ces corps glorieux, dont léclat: avoit si souvent frappé vos regards, et charmé vaguement vos pensées: d'ajouter de si hautes lumières à celles qu'une éducation distinguce
LES ÉTOILES FIixre, FE. distinguée vous donne pour élever votre esprit et vos sentimens, et de vous pré server des idées absurdes et superstitieuses où vous plongeroitune stupide ignorance? Bt quelle autre science seroit plus digne de vous OCcüpér ? Que sont les troubles et le choc Passager des royaumes de læ tcrre , en Comparaison de cet accord éter= nel et sublime qui règne entre les im menses états de la république céleste ? Que sont les conquêtes de l’homme sur. ce globe de boue, auprès de celles qui lont fait entrér en société avec le soleil, de l'empire sujet à sa domination ? Qu'il est beau de voir le premier atteindre, dé son génie, jusqu’à ces corps reculés, où le second atteint àpeine de sa lumière, et l’un soumettre À des lois savantes le Cours aveugle où l’autre les tient enchat nés ! Quelle nouveauté dans les objets, pour captiver votre imagination ! quelle grandeur pour la remplir! et en même temps quellé simplicité de loïs dans ces. vastes mouvemens, pour se mesurer 'aux Premiers efforts de votre intéllisence ! Tome IT. G
SYSTÈME DU MONDE, MIS À LA PORTÉE Eir HR SAR CHE DE VADOLESCENCE. RÉ TETE F sas V EUVE depuis trois ans; madame de: Croissys’étoitretirée à la campagne, dans - unepetite maison charmante, à quelque distance de Paris. Les regrets que lurcoûtoient chaque jour la perte de son époux, r’étoient adoucis que par les:soins qu’elle donnoït à l'éducation de sa fille, le:seul gage qu'il lui.eût laissé de:sa tendresse, Elle avoit été maride fort ÿeune;-et son “père, en calculant les trésors qui dévoient suivre le don de. sa main, avoit imaginé que le faste d’une immense fortune ; avec quelques talens' agréables, pouvoit Jui suffire pour paroître avec assez d'éclat dans le monde, Emporté toujours hors de lui-même par le torrent des affaires.
SYSTÉME DU MONDE. £r étourdi par le tumulte de ses dissipations, - il n’avoit pas réfléchi que, dans une vie moins agitée, sa fille auroit un plussrand _ besoin des ressources attachées à la culture de l'esprit et du cœur, et que mieux il réussiroit pour elle dans le choix d’un époux, plus ces avantages lui. devien= droient nécessaires pourgagner son estime et conserver son attachement. Des considérations si simples se trouvoient au-dessus de sa portée : de tous les soins paternels, les plus utiles étoient ceux dont il sétoit le moins occupé. Eleyée par lhymen à la société d’un homme distingué par des sentimens déliCats, une raison éclairée, des connois_Sances solides, et des goûts aimables, madame de Croissy navoit pas tardé long-temps à sentir des regrets de cette négligence. En cherchant à la réparer pour elle-même, elle résolut sur-tout de l'éviter pour sa fille. Les aïmusemens de la ville ne Pavoient jamais entièrement détournée de ce projet. La solitude où l'voit conduite la douleur de son VEU=
82 SYSTÊME vage lui donnoit alors tout le loisir de exécuter. Elle avoit déjà profité des premières années de l'enfance d’Emilie, pour apprendre elle-même tout ce qu’elle vouloit lui faire apprendre un jour. Son application , l'étendue de sa mémoire, la justesse et la pénétration de son esprit, avoient si bien servi les vues de sa tendresse, qu’elle étoit enfin parvenue à posséder parfaitement l’histoire ancienne et moderne, la géographie universelle, les élémens de géométrie, avec drelques notions a sur Vito naturelle et sur la Pre À fin de se mettre en état d'être le seul instituteur de sa fille, elle s’étoit formée d’abord toute seule, sans autres secours que les bons livres élémentaires, dans ces divers genres de connoiïssances. En cherchant ainsi pour ellemême la méthode la plus agréable et la plus sûre, elle étudioit Éance celle qui a le mieux au caractère d’esprit d'Emilie, dont la finesse et la viva cité annoncçoïient, dès ses premières an= nées , Les plus heureuses dispositions,
DU MONDE. 83 Elles ne s’étoient point démenties dans la suite. Emilie, À peine âgée de treize 8nS, Commençoit déjà, par sa reconnois= sance et par ses progrès, à récompenser sa mère des peines qu’elle se donnoit pour linstruire. Leurs jours s’écouloient dans les plaisirs les plus purs, et dans les jouissances mutuelles les plus délicieuses. Une société choisie des environs, les visites qu’elles recevoient quelquefois de leurs amis de la ville, étoient les seules distractions qui les détournoient de leurs études ; la variété qu'elles savoient y répandre, la culture des fleurs, et le mé— hage d’une volière, en étoient les délas semens. Soit pour éloigner du cœur de sa fille tout sentiment de vanité ; SOit pour écarer de sa maison des visites importunes madame de Croissy avoit eu soin de ccher sa richesse, et prenoit pour pré texte de sa retraite à la campayne la néCéssité d'y rétablir ses affaires par uve Tigoureuse économie. En s’épargnant les détails fatigans et les vaines dépenses
84 SYSTÈME d'une grande maison, elle avoit plus de temps pour en donner à ses travaux, €f plus de moyens de satisfaire à sa bien faisance, par les secours généreux qu’elle répandoit en secret autour d'elle. Le calme d’une vie si douce, la joie de. voir sa fille répondre à ses espérances, une santé forte, acquise par l’exercice, la modération et la sobriété, avoient donné à son caractère une sérénité inaltérable, et à son su ur en) ouement qui faisoit trouver à la vive Emile, VPintérêt le plus piquant dans sa société. La sensibilité naissante de ce jeune cœut ‘étoit toute concentrée sur sa maman & sur son père , dont madame de Crois} avoit soin d'entretenir la mémoire pt des regrets touchans, et par l'éloge dés vertus qu'il avoit possédées. Emilie, él: vée dans la candeur et la liberté de l'in nocence, mayant à cacher à sa tendre amie aucun de ses mouvemens, aol conservé cette fleur précieuse de naïvell qui-rend la raison si aimable. Comm toutes ses réflexions s’étoient formét da ga
DU MONDE. 85 dans le cours de ses entretiens avec sx mère, elles avoient pris une tournure vive et aninée, telle que la produit la chaleur de la Conversation 5 et ses pen— sées se développoient avec autant de clarté que‘ de saillie > d'agrément et de justesse. L’ami de l'enfance de madame de Croissy étoit M. de Gerseuil > SOn frère, qui vivoit À Paris, occupé des devoirs d'un poste Bonorable, et de l'étude des sciences naturelles qu'il cultivoit _avee succès. Deux filles, livrées encore aux Premiers soins de leur mère, et le jeune Cyprien , âgé de douze ans ; COMPO— $0ient toute sa famille. Au milieu de la Corruption de Ja Capitale, sa maison étoit l’asyle des mœurs. Son fils ne sétoit Jamais éloigné de sa. présence. Né avec une imagination vive, un esprit ardent et courageux, de la franchise, de l’éléation et de la fermeté dans les sentiMens, Cyprien avoit une ame douce, et tout à la fois susceptible des mouveMens les plus impétueux, Il aimoit déjà, dome IT, EH
86 SYSTÈME vivement la gloire et les srandes choses, Au récit d'un trait de bravoure ou de générosité ; Von voyoit s’enfler sa poi= trine, et la flamme étinceler dans ses regards. En concevant de hautes espérances de ce caractère, M. de Gerseuil ne se déguisoit pas les inquiétudes qu'il pouvoit lui causer. Cependant lPamitié tendre que son fils avoit prise pour lui modéroit ses craintes. Il s’étoit accoutumé de bonne heure à le gouverrict avec des caresses. Une froideur auroit désolé son ame. Un seul reproche eit fait son supplice. Surune invitation fort pressante qu'ils avoient reçue l’un et l’autre d'Emile, pour se trouver à une fête qu’elle devoit donner à sa maman, la veille du jour dé sa naissance , ils s’étoient rendus mysté rieusement à la maison de madame de Croissy. La surprise de leur arrivée ajoutoit à celle du bouquet. Emilie le paroit de ses graces , Cyprien l’animoït, de sa gaîté. Madame de Croissy versoit N des larmes de joie, des attentions déli-,
DU-MONDE, 07 eates de ces aimables enfans. Elle fus bien plus heureuse encore le lendemain , lorsque , dans une promenade, écartée avec son frère , ils purent s’entretenir en liberté de leurs projets et de leurs espé= rances. Le diner, quiles réunit avec leur jeune famille, fut une nouvelle scène de Nouveaux plaisirs. À près une séparation: assez longue, seretrouver ensemble dans un beau jour, dans une contrée charMante, avec des objets d'un si grand intérêt lun pour l'autre ! les tendresses. du sang et de Pamitié, les émotions pafernelles, les transports confondus de ous les sentimens les plus doux de la Nature! Vous n’auriez encore qu'une bien foible idée de leur félicité, si vous Pensiez que ses traits fussent capables de Vous [a peindre, PREMIER ENTRETIEN. LA fraîcheur de la soirée les ayant. invités à sortir, ils allérent se promener tous ensemble sur la terrasse. Le soleil étoit Prêt à se coucher. Il touchoit aux H 2.
85 SYSTÉME bords de l’horison. Tout-à-coup madame de Croissy, s’interrompant dans son en= tretien, alla s'asseoir sur le bout d'un banc de pierre, placé à l'ouverture de la grande allée du bos quet: M. de Gerseuil-crut qu'il er quelque foiblesse, - à sa sœur, et s'empre ssa de la suivre, ému d'inquiétude , en la questionnant sur son état. Ce n est rien , lui réponditélle-:avec un sourire , mais sans détourñer ses regards fixés vers Le couchant. Je vais satisfaire dans un moment votresur= prise et voire curiosité. Laissez d’abord disparoître le soleil. M. de Gerseuil et les enfans se regardoient en silence, et n’osoient linterrompre. Bientôt É soleil disparut. Ma : dame de Croissy se levant alors d’un air gai: Je suis contente, leur dit—elles. . tout marche bien dans l'univers. Ces pa roles , et la manière brusque dont je vous ai quitté tout-à-l’heure, doivent vous étonner ; il faut vous en Re lexpli= 2 cation. Cest aujour dhui > comme vous le savez, mon jour de naissance, Il me. 4
% ES PR. ES RS Re
DU: M O N.D:E, 89 semble qu'en-ce jour tout prend un nouvel intérêt: à mes yeux dans la nature. J’observe avec plus d'attention ce qui se passe autour de mor. Je trouve par-touË des sujets de’ réflexion qui m’occüpent. Ce matin, en me promenant dans mon verger, je cherchois à saisir les changemens qui pouvoient s'être opérés dans mes arbres depuis l’année dernière. Je Yoyois que les uns commençoient à per- ‘dre de leur ; jeunesse , et les autrés à en prendre a taille et la vigueur. Les preTiers me donnoient une leçon affligeante , mais les autres _me consoloiënt. His mé 'présentoient , sous une riante -image. la douceur de me vor rajeunir di ma fille. - Emilie baisa [a main de sa mère, et Jaissa échapper, un soupir: : Voilà une remarque , dit M. de ee setil, qui me plait autant par son courage et sa philosophie, que le sentiment : qui lui est attaché me touche par sa tendresse, Mais quoi! yos observations vontelles jusqu’à Pastre de la lumière ? EtiezH3
90 SYSTÈME vous inquiète de savoir sil avoit perdir de sa force ou de son éclat ? M8 DE CROÏISS-Y. Non, mon frère; mes pensées ne. s'étendent pas si loin. L'année dernière, le même jour qu'aujourd'hui, jétois. assise sur ce banc toute seule; et, plongée: dans une douce rêverie > Je voyois le soleil se coucher. J’observai que c’étoif derrière. cet ormeau qu'il se déroboit à ma vue. Ce souvenir m'est reyenu tout-. à-coup, J'ai voulu voir si > Ceite année... à pareil jour, il se coucheroit dans la, même direction. Je n’aurois jamais cru: la terre si réglée dans sa course. M. DE GERSEUIL. Sur-tout après avoir fait » depuis cette: époque , un voyage de plus de deux cent dix millons de lieues, MP DE CROISSY. L'immensité de ce trajet redouble encore mon admiration de la trouver si fidèle,
DU MOKDE, 9 M. DE GERSEUILL. Elle pourroit vous faire un compli= mentaussi flatteur, puisqu’au même jour: de l’année, et au même instant, elle Vous trouve aussi dans la même place. pour l’observer. MM DE CROITSSY. Tenez, mon frère, croyez-moi, w’ayons pas l’orgueil de lui disputer de conduite. Si fière que soit la raison de. son fil et de son flambeau, une planète: aveugle ira toujours plus droit qu’elle. ÉMILIE Oh bien ! puisque celaest:ainsi, mon. oncle, voilà Jes étoiles qui commencent à paroître ; je suis charmée qu'ellespuis-. sent-rendre un bon témoignage de notre. globe. Car enfin, si nous sommes un. peu étourdis, notre terre ne l’est pas 3. et peut-être que d’après son caractère: on nous croira des peïsonnages graves , Pleins d’ordre et de. révularité,
02 SYSTÈME: 22 N. DE GERSEUIL C’estsurnotre globe, ma chère Emilie, quil faudroit commencer à Ciablir de nous cette bonne Opinion, sans nous embarrasser de ce que peuvent er-penser les étoiles. Au reste, cette hypocrisie ne nous serviroit à rien. Les étoilés ne: voient pas plus notre terre , qu’elles ne Soupçonnent ses häbitans. CERSRERS EDEN. Quoi !'tandis que nous avons peut-êlre cinq cents lunettes en lair pour les observer, elles ne daignent pas même nous appercevoir ? MÉPDE CROrssr. Fiez-vous maintenant aux poëtes qui s'ingèrent de porter jusqi'aux astres la Sloire des femmes! A M: DE GERSBUIIL. - Sans être plus crédule, pourquor seriezVous moins induloente ? Si jamais ce mensonge flatteur a pu les tromper, les a-t-il jamais -offensées ? T1 porte avec
DU MONDE. 93 lui sa grace. [l naît du desir qu'on auroit de le réaliser. CYPRIEN, Il est pourtant bien fâcheux, mon Papa, de se trouver ainsi inconnu dans l'univers. M DE GERSEUTTL. _Console-toi, mon fils, Mars et la Lune | nous voient assez complètement. ÉMILTE. Et voilà. tous les témoins de hotre existence ? M DE GERSEUIL. Mercure-et Vénus ; placés entre nous et le Soleil, nous distinguent peut-être , sils ne sont pas éblouis par la grande |. limière qui les environne. Mais paur Jupiter, Saturne et Herschel}, je doute : fort qu'ils aient la moindre conn oissance de nos affaires, CYPRIEN. Et quand ils en serotent bien instrnits ? ce nest pas à des planètes comme là
94 STESTEÈME : a : nôtre que je suis jaloux de me faire res marquer. MRSED-E CR O PSSSYE Oui, je le vois; Cyprien est-un de ces ambitieux qui dédaignent les hommages de leurs égaux. Il faut, pour les satiss faire, que leur renommée s’étende jusqu’au prince, et dans Les cours élrans gères. CY PR FE N. Il est vrai. Je voudrois que notre globe allàt faire du bruit jusque dans les étoiles. M. DE GERSEUII. Eh , mon pauvre ami! comment veux tu qu'elles nous apperçoivent, puisque cet orbe même de deux cent dix millions de lieues que la terre parcourt dans un an , quand elle le rempliroit tout entier, en s’enflant d’orgueil comme la grenouille de la fable, ne formeroit encore qu'un point dans l'espace.
DU MONDE, 95 CYPRIEN. © ciel ! est-il possible ? M. DE GERSEUTT. Il me sera fort aisé dans un moment de te le démontrer. ÉMAILIE, : * Maïs cependant, mon oncle, parvenus à cette grandeur dont vous venez de par ler, nous serions bien plus grands que le Soleil. Les étoiles voient le Soleil ; ainsi, à plus forte raison, serions-nous vus des étoiles. M. DE GERSEUII. Ecoute, Emilie : vois = tu là-bas, à ne bonne lieue, cette lampe qu’on vient d'allumer, à ce qüe je pense, dans la bout d’un château ? _ ÉMILTIT Oui, sans doute , mon oncle. M DEGERSEUIL. Le château est bien plus grand que la i lampe 31lest éclairé de sa lumière : pourT0is-tu distinguer le château ? LL
96 SYSTÊME ÉMELTIE - OR ! non ; du tout. M. DE GERSEUITL. Tu vois donc qu'un corps lumimew par lui-même peut être apperçu à un grande distance, tandis qu'un corps beat coup plus considérable, qui ne fait que nous réfléchir la lumière qu'il en recoit, est mvisible à nos yeux. ÉMILTE. II est vrai. M. DE GERSEUITL. Maintenant, réduis la terre à-sa véritable proportion avec le soleil. Au lieu d’être grosse pour lui, comme le château l'est pour la lampe , elle ne sera plus en comparaison que ce que pourroit être la tête d’une épingle auprès d’une torche allumée: Tu peux juger, sur cette me= sure , de la fioure brillante que nous far sons dans l’uuivers. | ME LE Ah ! mon cher Cyprien, nous vol! bien ‘
DU MOND pr. 97 bien revenus de nos Préténtions sur les Tespects des étoiles. Me DE CROISS y. } Il me semble voir un de ces imporlans te la capitale, plein de l'idée que tout Fe royaume a les JEUX tournés-sur-lur, (et à qui l'on viendroit dire qu'à la vérité “On le connoït assez à Montronce, que l’on a même entendu par hasard pro— noncer son nom à Longjumeau , mais que très-certainément Sa renommée ne S’ést pas étendue jusqu’à Arpajon. P£ BMD LT pe En vérité, J'en serois si honteuse, À la plce de mon COUsin, que je voudrois Me cacher, même de la Lune. ES M. DE GERSEUTEL, .… Prends-y oarde, Eimilie > Cette petite bouderie Pourroit nous coûter cher, _ ÉMILIE | Et Comment , s’il vous plait, mon “oncle ? Tome IL, I rem à
104 SYSTÊME M DE GERSEUIL, Tu n'en étois donc pas au: centre ici? Un cercle n’a pas deux centres. CY PRIE N. 5 C’est que nous ne sommes pas Join de Péglise. à M DE GERSEUIL. I y a pourtant deux cents pas. CPR EDNe Mais ce n’est rien, par rapport au grand éloïsnement où étoient les, objets qué’nous regardions. M DE GERSEUIL. En sorte que, lorsque ‘de deux points différens on croit voir des objets fort éloignés, toujours à la même: distance, l'intervalle qui sépare ces deux points doit êrre estimé fort pe de chose ? Cest comme si ces deux points n’en faisoient | qu'un ; n'ést-ce pas, mon ami? 2 CYR IE NN. Tout juste, mon papa. Vous avez clairement saisi ma raison, et je suis fort £sontent de votre intelligence,
DU MONDE. £oS M DE CGERSEUIL.- Voilà qui m’encourage. En ce cas, allons un peu plus loin. Tu sais, aussi bien qu'Emilie, que la terre parcourt te orbite autour du soleil ? Je vais la _ fracericisur le sable. Voyez-vous ? Cest Un oval qu’on nomme’ellipse, ainsi qu'ox vous la dit. Bon, la voila. On-peut encore la voir assez bien à la clarté de la line qui se lève. Je vais mettre mon chapeau dans lerbite, pour y représenter le soleil. CT PDRTEN Un beau soleil vraiment, qui est tout noi! Attendez, attendez. ( Z/ se met - d courir vers la maison de toutes ses. Jambes.) M DE GERSEUIL, Où vas-tu, Cyprien ? = CYPRIEN, de loin, sans s’arréter. Je reviens à l'instant. see MIT LE. Que veut donc cet étourdi ?
106 SYSTÈME M. DE GERSEUIL. . Attendons, crois-mo; > Son retour, Pour voir s’il mérite d'être blâmé, : CYPRIEN » Tévenant au bout de deux! minutes, ayecun domestique qui porie: ut Son. - Vous ai-je fait languir ? Champagne, mettez, je VOUS prie, ce tison à la place. du chapeau. Voilà un soleil qui vaut. mieux que le vôtre, je pense, mon papa. OUS vous seriez enrhumé à le TEA, der. Couvrez-vous à cause du serein, M DE GERSEUrE—. Jete remercie, mon fils, de ton ai. mable attention. Ce tison pourra nous servir encore à autre chose. Attendez là, Champagne. Allons, mes enfans ; voulez-vous entreprendre un voyage aus tour du soleil, peur bien reconnoitre votre orbite ? ( Emilie et Cyprien font le iour. ) À merveille. Champagne , reprenez maintenant ce tison, ef courez au bout de l'allée, Vous nous le présens. ‘terez de là. Le
PL nctire & perdre, 7201 PAPA , Mori dl. TT LE re Dupreel veuf ;
FM Rss SES Fe RES
DU MONDE. 107 CHAMPAGNE, en allant. Oui, monsieur. É MIT IE. i Que voulez-vous donc faire, mon oncle ? M. DE GERSEUIL. Tu vas voir. Champagne est-il À son poste ? : ; CEVEPER-T EN: Tenez, le voilà qui nous présente déjà le tison, Oh ! comme il est devenu petit ! M. DE GERSEUIL, Je suis bien aise que tu l’aies remarqué. Approche. Viens ici à ce bout de l'orbite. CYPRIE N. Oui ; mais l’on nous a emporté notre soleil. M-DÉE GERSEULLE. IL nous est inutile à présent. Suppose qu'il soit couché. Il faut qu'il soit nuit Pour voir les étoiles. Le tison en sera une, Resarde-la bien d’abord, pour l’as- $urer de sa grandeur et. de sa distance,
108 SYSTÈME MCE pr AS Je l’ai assez contemplée. \ M DE GERSEUTL. Allons ; commence. à marcher à peüts pas sur la ligne circulaire : tracée pour figurer l'orbite, en regardant toujours le tison qui fait étoile. Avance : vo:s-în 1 étoile plus grande, ou plus près dé toi? CYPRTIEN, ‘. Non, mon papa; elle semble toujours la même, et au même point. M. DE GERSEUTII. Va donc plus loin encore, jusqu'à Fendroit de l’orbite opposé à celui doù tu es parti. Ty voilà; arrête. Eh bien! l'étoile ? CYPRIE N. Elle n’a pas changé. M DE GERSEUIL. Comment, elle ne te paroît pas plus grande ,-ni plus près de toi? Tu tes ce. pendant avancé vers elle. CG:Y PR FE N, | De beaucoup, -sraiment, Elle est à: deux
DU MONDr-. 109 deux cents pieds, peut-être, et Je ne m’en suis approché que de la longueur du dia= mètre de cette orbite, qui n'est que d’enViron six pieds. HS che DE GERSEUIL + Ces six piedsne sont donc Presque rien, Par rapport à la distance du tison ? et Sans: doute ils seroient moins encore, si Aous reculions le tison d’une lieue > par exemple ; jusqu’à ce qu'il ne parût que de la grosseur. d’une étincelle ? Toute l'orbite elle-même ne seroit plus alors qu’un point.insensible, Faisons les choses plus en grand , mon papa. M. DE CERSEUIL. I] faut te satisfaire. Ja vais te donner un diamètre de soixante-six millions de lieues, celui de la véritable orbite de la terre s et, au lieu dutison qu faisoit étoile postiche, je vais te donner-une étoile réelle. Fe MTL LE, À la bonne heure. Tome IT, K
116 SYSTÈME que ses partisans imaginoient. pour se défendre des objections les plus embarrassantes. MMe DE CROISSY., Mais voilà, je pense, assez de siècles pour se rapprocher beaucoup du nôtre ? M. DE GERSEUIL. Aussin’y a-t-il que deux cent quarante ans que nous devons à Copernic d’être revenus de l’erreur. Encore a-t-elle réoné pendant quelques années sous une autre forme depuis cette époque. ME IDE CROSS. + Voyons, mon frère, je voûs prie ; Je ne voudrois pas laisser échapper une seule de nos inconséquences Pass NM. DE GERSEUIL … Quoique Copernic, en rétablissant le système de Pythagore, que, je vous ai tout-à-Pheure exposé , l’eût fait servir à expliquer des difficultés insurmontables dans celui qu'il renversoit, Tycho-Brahé, le plus grand observateur de son siècle, %.
DU MONDE. 117 ne s'en obstina pas moins à conservér à la terre la gloire de la domination. MR: DE G-RTO-ES 5-7. Ce n'étoit: done que les principes de Ptolémée de nouveau rappelés ? SR Il y avoit une différence. H ne faisoit plus tourner toutes les planètes autour de la terre; la Lune seule lui res toit. Le Soleil, prenant les autres à sa site, tournoit autour d'elle dans une année , et se joignoït au cortège des étoiles pour lui rendre > en: vingt-quatre heures, les mêmes honneurs. mme pE CROrSSv: _ Je ne vois pas ce qué l’on gagne à ce changement. Il me paroït toujours ridicule que tant de COrps énormes soient réduits à courir si vite autour de ous qui sommes si petits. M. DE GERSEUIL. Vous avez fort bien saisi le vice de ce systême. Cependant, comme il est fort. ingénieux dans tout le reste >
116 SYSTÈME qu'il étoit fortifié par le grand nom de celui qui lavoit établi, peut-être ‘auroitil gardé toujours l'avantage , si Galilée, aidé du télescope , n’eût confirmé l'ordre réel découvert par Pythagore et par Gopernic, dans le plan de univers; si Képler, par sa pénétration , n’en: eñt soupçonné les lois , et si Newton, qui s'éleva il y a près d’un siècle en Angle terre, ne les eût démontrées avec toute la force de son génie et de la vérité. Mme DE CROISSY. Graces au ciel, voilà le soleil bien affermi dans son repos, au milieu, de notre monde! Je puis donc maintenant, en sûreté de conscience, établir ma réforme, M. DE GERSEUIL. Comment, ma sœur,-est-ce que vous auriez aussi quelque nouveau système à proposer. ? MME DE CROISS Y. Non, mon frère; je suis très-satisfaite de votre arrangement. Je le trouve
DU MONDE, 119 conforme à la Sagesse de la nature, Je n’en veux qu'à ce blond Phébus 5 qui a si vilainement trompé les pauvres huMains. M. DE GERSEUIL. Et d'où vous vient contre lui cette belle fureur? MP DE CROISSY. Comment, depuis trois mille ans il Nous aura laissé nourrir ses coursiers d'ambroisie ; et cela pour les tenir à Piaffer dans la cour de son palais! CYPRIEN. _ Oui, ma tante; puisqu'il ne sert pas à conduire le char de la lumière, cassons aux gages ce cocher paresseux, et supprimons-lui son attelage. ÉMILIE. Je ne lui donnerois pas même le charriot et les quatre bœufs de nos rois &inéans. ; MMe DE CROISS Y. Mais, en ôtant son nom au soleil, quel autre lui donnerons-nous ?
120 SYSTÈME M DE GERSEUIL. Ilen est un plus digne de lui, le plus grand qu’on ait poité dans tous les mondes. Les conquérans ont nommé les empires de la terre : les astronomes se sont partagé notre satellite (r); le philosophe anglais demande un‘astre à lui seul. J’appellerois le Soleil tout entier, NEwTrox. CYPRIEN. O mon papa! quand pourrai-je con noître ce grand homme (2) ? AD Er 2 D LR DE DE ESA (x) Riccioli, astronomeïtalien , a donné aux principales née de la Tune des noms d’astronomes et de savans , tels que Platon, Aristote, Archimède “Pier Copernic, Dyéko: Képler, . Galilée, etc. - (2) C’est dans le second coté de l'His= otre del’_Æstronomie moderne que mes jeunes amis pourront un jour admirer le tableau des sublimes découvertes de Newton. Je croirois mériter leur connoissance , si je les mettois en état de lire avec ‘fruit un des plus beaux livres de ce siècle, qui semble écrit à la clarté : mu
DU MONDE. I2E Mme DE CROISS Y. | Vous me ravissez par cet enfbou siasme pour sa gloire. + pure et Unie des astres ,parl le génie dépositaire des secrets des cieux, Avec quellejoieje me plais à rendre céthom] mage à à M. Bailli, pour le ravissement continuel où me tient, depuis quinze jours ,; une nouvelle lecture de son ouvrage | Après nos amis, dont la présence ou le souvenir remplit si délicieusement notre cœur , nos plus grands bienfaiteurs sur la terre sont ceux qui élèvent notre esprit à de hautes connoïssances, qui occupent par des tableaux instructifs, où qui le délassent par des amusemens agréables. Ea reconnoissance dont ils nous pénètrent, est le devoir le plus doux à remplir. Que j'aimerois à me trouver devant ces illustres écrivains du siècle de Louis XIV, les premiers maitres de ma jeunesse, pour leur exprimer les divers sentimens qu'ils m'ont inspirés! Ji. rois m'incliner avec respect devant Bossuet, qui, dans la rapidité de son Discours sur l'Histoire universelle, semble pousser et renverser devant lui les empires, pour s’avancer sur leurs ruines , en Les effacant sous ses pas; Tome LL. L
122 SYSTÈME MDP GERSEUTTL Que je voudrois pouvoir vous peindre celui qu'il me fit éprouver l’année dernière , en contemplant sa statue à Cambridge ! Roubillac , sculpteur français, Va représenté debout , dans une attitude sublime, fixant le soleil, en lui montrant d'une main le prisme qu'il tient de ES devant Corneille, dont le génie sait nous frapper encore sur la scène de la terreur du nom romain, comme autrefois César en nous donnant des fers; devant Racine, qui devina les secrets de mon cœur avant ma naissance; devant Molière, que l'antiquité fx buleuse auroit pu croire envoyé par Jupiter sur la terre pour y juger les foiblesses des humains, comme Pluton établit Rhadamante dans les enfers pour y juger leurs crimes. J'irois baiser tendrement la main de Fénélon, l'amant de la Divinité et l’ami de l’homme; puis je courrois me jeter au cou de Lafontaine, qui seroit Le plus naïf, le plus spirituel, le plus aimable des enfans, s’il n’étoit un des -Plus grands poëtes, et le plus vrai des phile 89phes,
DU MONDE. 123 l'autre pour décomposer ses rayons. Je ne pouvois en détacher mes regards. En m'élevant de la pensée à la.vaste hauteur où 1l à porté les connoissances humaines , il me sembloit entendre la. Na ture lui dire, en le formant : Depuis le nombre de siècles que l’homme étudie mes lois, 1l les à toujours méconnues. Il est temps de les lui révéler. C’est toi que j'ai fait naître pour les publier sur la terre. Va renouveler Vastronomie , agrandir la géométrie , et fonder la physique. Je te donne ces sciences avec mon génie. Tu diras quelle est l'étendue de l'univers ; etla simplicité de l’ordre qui le gouverne. ‘Eu peseras la masse des corps immenses que Jy ai répandus ; tu prescriras leur forme, tu détermineras leur volume , tu mesureras leur distance — tu soumettras à des calculs précis les inégalités mêmes de leurs mouvemens. Au milieu d'eux, tu établiras le soleil; tu diras par quelle puissance il les maîtrise, et comment 1l leur distribue la lumière et la vie. Pour ia récompense, je te pla= L 2
124 SYSTÈME Cerai toi-même, commeunn ouvel astre, au milieu de tous les sränds hommes qui doivent te suivre. En donnant une impulsion rapide à leur génie , ‘tu le forceras de tendre sans cesse vers le tien; et ils circuleront avec respéct autour dé toi, pour recevoir la lümière. Quant à ceux qui voudroient s’en ‘écarter, sem bläbles 4 ces comètes rebelles , qui, croyant se dérober À l’empiré du soleil, Vont se perdre pour des siècles ‘dans la profondeur ténébreuse de l’espace, maïs qu'il ramène toujours constamment au pied de son trône , du fond de leurs erreurs ils seront forcés de revenir à tôt; et on ne les verra briller d’une lueur passagère , dans quelques points de leur course, qu'en se plongeant, À ton ap= proche, dans la splendeur de tes rayons. En ce moment, on vint aunoncer à madame de Croissy qu’elle étoit servie. Emilie et CYprien auroient bien voulu ‘qu'on eût retardé l’heure du repas, afin d'entendre plus long-temps M. de Gerseuil. Pour se délivrer de leurs instances, il fut obligé de leur promettre qu’on
D ÜU :MO ND E. 125 riendroit encore, en sortant de table : faire un petit tour de promenade, et qu'ils seroient de la partie. DEUXIÈME ENTRETIEN. La conversation fut très-enjouée pendant le souper entre M. de Gerseuil et sa sœur. Ils étoient transportés de joie de l'intelligence qu'avoient montrée leurs enfans , et de lardeur qu'ils témoignoient pour s’instruire. D'un coup-d'œil à la dérobée, ils se faisoient remarquer l’un à l'autre l'air d’empressement dont Emilie et Cyprien. dévoroient les morceaux en silence, afin de hâter le moment d'aller reprendre sur la terrasse l'entretien qu’on leur avoit promis. Nos petits philosophes venoient, déjà d’expédier leur des- : sert. On voyoit. l’un tordre sa serviette, l'autre s’agiter d'impatience sur son siége. Peut-être madame de Croissy , amusée d'une scène aussi divertissante , prenoitelle plaisir à la prolonger. Quoi qu’il en soit, Emilie , pour ne pas perdre de temps, eutla malice de revenir sur le L 3
