Analyse du modèle pédagogique de la maison royale de saint-louis à saint-cyr dans le cadre historique de l’éducation des femmes
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FACULTAD DE FILOLOGÍA GRADO EN ESTUDIOS FRANCESES TRABAJO DE FIN DE GRADO CURSO 2020/ 2021 TÍTULO: ANALYSE DU MODÈLE PÉDAGOGIQUE DE LA MAISON ROYALE DE SAINT-LOUIS À SAINT-CYR DANS LE CADRE HISTORIQUE DE L’ÉDUCATION DES FEMMES AUTOR/A: Francisco Javier Lanceta López
TABLE DES MATIÈRES Introduction……………………………………………………………………………..1 1. Contexte historique.…………………………………………………………………..3 1.1. Le XVIIe siècle, Le Grand Siècle.……………………………………………….3 1.2. Madame de Maintenon.………………………………………………………….4 1.3. L’éducation au XVIIe siècle: la doctrine prédominante à l’époque..……………7 2. Les Petites Écoles de Port-Royal et la Maison Royale de Saint-Louis à Saint-Cyr…10 2.1 Les Petites Écoles de Port-Royal.……………………………………………..…10 2.2 La Maison Royale de Saint-Louis à Saint-Cyr.………………………………….12 2.3 Différences entre les programmes didactiques.………………………………….16 2.4 Différences entre les méthodes d’apprentissage.……………………….………..19 3. La Maison des demoiselles de la Légion d’honneur.……………………….……….22 Conclusion……………………………………………………………….……………..24 Références bibliographiques…….….….………………………………………………25
Introduction Ce sujet a été choisi pour montrer l’importance qu’a eue la Maison Royale de Saint- Louis dans l’histoire de l’éducation féminine en France. Je me suis intéressé au fait que les femmes aient reçu autrefois une éducation différente à celle des garçons juste pour leur condition féminine. Mon envie de connaître l’évolution de l’éducation des femmes m’a poussé à m’informer à propos de ce sujet et je suis tombé sur la fondation de l’institution de Madame de Maintenon. Cette école m’a surpris à tel point que j’ai décidé de consacrer mon TFG à l’analyse de la Maison Royale de Saint-Louis, pour montrer combien elle a été importante dans l’Histoire de France. Le but que je veux atteindre, c’est de montrer ce que cette institution a apporté, ce qu’elle est devenue et comment elle en a inspiré d’autres pour améliorer l’éducation des femmes. L’éducation que nous avons aujourd’hui est le résultat d’une évolution. Par cette étude, je montre comment la Maison Royale de Saint-Louis contribue à cette évolution et la relance vers de nouvelles voies. Elle va encourager d’autres institutions pour la fondation d’écoles semblables qui proposeront des améliorations en ce qui concerne l’éducation des filles. Pour arriver à mon but, je ferai une comparaison entre la Maison Royale de Saint-Louis et un modèle d’éducation traditionnel à l’époque: les Petites Écoles de Port-Royal. Après une brève introduction au contexte historique pour situer mon sujet dans l'Histoire, je continue par une présentation des Petites Écoles de Port-Royal: Je présenterai le programme didactique et finalement les méthodes d’apprentissage employées. Je vais parler tant de l’éducation pour les garçons que pour les filles, comme cela on verra plus clairement les différences qu’il y avait entre les deux sexes. Ensuite je ferai de même avec la Maison Royale de Saint-Louis: une introduction sur l’institution, la présentation du programme didactique et pour conclure la présentation des méthodes d’apprentissage. 1
Par la suite, je vais montrer les différences qu’il y avait entre les matières et les méthodes d’apprentissage des deux institutions pour ainsi mettre en relief les nouveautés introduites par l’école de Madame de Maintenon. Pour finir, j’exposerai une école pour les filles considérée comme exemple de l’héritage et l'influence de la Maison Royale de Saint-Louis: La Maison des demoiselles de la Légion d’Honneur. Nous verrons les similitudes par rapport à l’école de Madame de Maintenon et qu’est-ce qui a encouragé la fondation d’une institution semblable: le fait de procurer un avenir aux filles.! 2
1. Contexte historique. 1.1. Le XVIIe siècle, Le Grand Siècle. Pour commencer, Louis-Dieudonné n’a que cinq ans lorsqu’il devient le roi de France. 1 Après la mort de Louis XIII en 1643, sa femme, Anne d’Autriche, assume la régence jusqu’à la majorité du futur Louis XIV, en 1651. Cette régence est caractérisée par l’instabilité sociale à cause du mécontentement du peuple à l’égard de l’État. La pression fiscale sur le peuple et la bourgeoisie et la réduction du pouvoir de la noblesse causent des révoltes sociales contre l’administration de Mazarin. Les émeutes successives à Paris vont obliger la famille royale à quitter la ville pour se mettre à l’abri: « La capitale s’agite et devient si peu sûre, que la cour fuit nuitamment à Saint-Germain » (Queneau, 1996 : 143). Les frondes laisseront des séquelles au jeune roi pendant tout son règne, se traduisant par une méfiance envers le peuple de Paris, voire les nobles de la capitale. Cette méfiance sera l’une des causes pour lesquelles le roi décidera de déplacer l’administration de l’État au domaine de Versailles: « Paris, qui depuis la Fronde est l’objet de toute la méfiance de Louis XIV - il n’en guérira jamais!- […] » (Saint Bris, 2012 : 118). Sourches affirme: « Aucun autre monarque d’Europe n’a évité si longtemps sa capitale » (Mansel, 2020 : 249). Nous pouvons considérer la construction du château de Versailles comme une démonstration de puissance de la part du roi, non seulement à l’égard du peuple français mais aussi envers le monde entier. Une fois cet aménagement radical du terrain achevé, le château devient le centre de toute l’Europe. Le monarque le conçoit comme une recréation sur Terre du système solaire où toutes les planètes (les autres royaumes) tournent autour du soleil (la France). Avec ces paroles, Louis XIV affirme sa capacité de gouverner même d’autres territoires: « […] je suffirais sans doute encore à gouverner Surnom donné par son père, Louis XIII, lors de sa naissance. Après des années de mariage, le couple 1 royal n’eut pas d’enfants et l’arrivée de Louis XIV fut conçue par le roi comme un miracle. Louis XIII s’exprimait ainsi: « Tout ce qui a précédé l’accouchement de la reine, notre épouse, sont des preuves certaines que cet enfant nous a été donné par Dieu » (Saint-Bris, 2012: 28). 3
d’autres empires, comme le soleil à éclairer d’autres mondes, s’ils étaient également exposés à ses rayons » (Saint Bris, 2012 : 93). En même temps il va se produire un fait qui permettra plus tard au monarque d’atteindre son objectif: le développement scientifique, ainsi que technologique, grâce à la création de plusieurs académies. Cela montre aussi l’intérêt du monarque pour le progrès intellectuel, ce qui provoque l’apparition d’une institution scolaire singulière que nous verrons par la suite: À l’Académie Française fondée en 1635 par Richelieu, s’ajoutent en 1666 l’Académie des sciences, qui donnera une véritable impulsion à la connaissance et permettra l’éclosion technologique du siècle des Lumières, mais encore en 1648 l’Académie de peinture, qui fera de même avec tous les arts, y compris la sculpture et l’architecture, qui vont durablement marquer le règne de Louis XIV (Saint Bris, 2012 : 118). Le développement technologique favorise à son tour le progrès dans le domaine militaire. « […] l"armement est perfectionné, les hommes de troupe étant progressivement équipés de fusils à silex, de baïonnettes et de piques » (Saint Bris, 2012 : 119). Il se produit aussi une augmentation du nombre de navires, de même que de combattants. Ces améliorations entraînent une consécution de victoires, voire de la gloire pour le royaume. Finalement, même si ce règne commence par une révolte sociale et finit par une famine jamais vue auparavant , le siècle sera connu comme « Le Grand Siècle ».# 2 1.2. Madame de Maintenon. Bien qu’issue d’une famille noble, Françoise d’Aubigné naît dans une prison à Niort en 1635. Elle connaît une enfance marquée par des changements continus de demeure et le manque d’affection de la part de sa mère: « […] je ne me souviens d’avoir été Le dit « Grand-Hiver » provoqua une période de famine aggravée par le conflit guerrier contre d’autres 2 pays pour le trône d’Espagne. 4
embrassée par ma mère que deux fois et c’était sur le front après de longues séparations » (Desprat, 2003 : 335). En 1651 elle fait la connaissance d’un homme qui va bouleverser sa vie: Paul Scarron. Le poète s’apprête à devenir le mari de celle que l’on appelait « La belle indienne ». La jeune fille doit choisir entre prendre le voile et épouser un homme touché par une paralysie qui l’empêche de mener une vie ordinaire. Elle opte plutôt pour le mariage. Par la suite, Paul Scarron crée un salon qui devient l’un des centres de rencontre de la haute société parisienne. Cette société se caractérise par l’idéal de la bienséance, concept qui renvoie à l’image de l’honnête homme, une politesse liée au phénomène de la Préciosité qui particularise les salons littéraires du XVIIe siècle. Dans ce salon, la future Madame de Maintenon va découvrir l’art de la conversation; et, plus tard, elle éveillera la curiosité des visiteurs par son charme. Dans cette ambiance elle rencontre Françoise de Rochechouart de Mortemart, future Madame de Montespan. Les deux Françoise se plongent dans le plaisir de la conversation pendant des heures et plus tard elles deviennent les meilleures amies. Une fois que Françoise Scarron devient « La veuve Scarron », sa situation se fait assez précaire. Son zèle pour mener une vie en solitaire, c’est-à-dire sans la nécessité d’un homme pour survivre, rend difficile son avenir. Or, grâce à des connaissances qu’elle avait faites au salon de Scarron, elle trouve de la protection auprès de quelques amis à Paris. Madame de Montespan joue un rôle considérable dans cette étape de la vie de Françoise d’Aubigné, puisqu’elle lui accorde le titre de gouvernante de ses enfants illégitimes avec le roi. Cet octroi suppose l’origine du rapprochement entre Françoise Scarron et Louis XIV. Le roi ressent de la fascination envers cette dame grâce au dévouement qu’elle porte à ses enfants. Il récompense la besogne de Madame Scarron à tel point qu’elle réussit à acquérir le domaine de Maintenon par elle-même. 3 À quelques lieues de Versailles, le domaine de Maintenon appartient en premier lieu à la ligné des 3 Amaury. Après avoir appartenu à Jean Cotterau, il passe aux mains de Françoise d’Aubigné en 1674. 5
C’est ainsi que Madame Scarron devient Madame de Maintenon. Elle dira plus tard: « L’envie de me faire un nom était ma passion. Personne ne l’a portée si loin » (La Beaumelle, 1756 : 145). La montée sociale de Madame de Maintenon lui donne une stabilité ainsi qu’une place au sein de la cour de Louis XIV. Cependant, son amitié avec Madame de Montespan se voit bouleversée à cause de l’intérêt que le roi porte à la gouvernante des enfants. Plus tard le monarque sera attiré par la fidélité que cette dame porte à ses propres mœurs, autrement dit, par son intégrité morale. Elle garde la civilité à telle point qu’elle va refuser l’amour du roi par le respect qu’elle a pour le sacrement du mariage. Alexandre Maral reproduit dans son œuvre ces paroles du marquis de La Fare: Le roi […] la poursuivit, mais elle tint bon et lui fit entendre que, bien qu’elle lui portait la plus grande inclination du monde, elle ne voulait pourtant pas offenser Dieu. Cela donna une si grande admiration au roi pour cette femme […] (2018 : 112). En 1683 la Reine Marie-Thérèse s’éteint. Les ministres du roi se mettent à chercher une candidate à la succéder. C’est à ce moment-là que Madame de Maintenon se rapproche davantage du roi. L’épouse du roi décédée, leur amour ne sera plus considéré un adultère et ils pourront mener une vie en commun tout en respectant la morale religieuse. Néanmoins, le passé de Françoise d’Aubigné ne contribue pas à lui donner une bonne réputation: les méfaits de son père, avoir été la femme de Paul Scarron et des ragots à propos de Villarceaux ne sont pas en harmonie avec l’image d’une dame honorable. 4 C’est donc dans la même année 1683 que Madame de Maintenon devient l’épouse secrète de Louis XIV. Plus tard, Madame de Maintenon occupera une place dans le conseil d’État de France. Cela veut dire qu’elle pourra apporter des idées pour l’élaboration de certaines lois. En outre, elle va conseiller le monarque dans sa prise de décisions, telles que la Révocation de l’Édit de Nantes en 1685. Louis de Mornay (1619-1691), Marquis de Villarceaux, fut l’auteur d’un portrait de Madame de 4 Maintenon dans lequel ladite dame laissait voir un sein nu. 6
D’autre part, son passé en tant que gouvernante des enfants du roi suscite en elle le désir de fonder une école. Le fait qu’elle ait été une fille pauvre dont le père décéda lorsqu"elle était assez jeune; et sa condition de femme autonome, la motivent à destiner cet établissement à des filles pauvres de la noblesse, afin de cultiver leur esprit. En premier lieu, elle opte pour situer sa petite école à Rueil en 1681. Cette mise en place donne des résultats satisfaisants et le roi propose son château de Noisy afin de pouvoir accueillir plus de filles. Finalement, c’est en 1686 que l’école déménage à son emplacement permanent: Saint- Cyr. De cette façon est fondée La Maison Royale de Saint-Louis à Saint-Cyr, une institution destinée à des filles pauvres de la noblesse dont la finalité est de cultiver leur pensée pour en faire des femmes d’esprit. Cette école, promue par Madame de Maintenon et dirigée par Madame de Brinon , 5 deviendra par la suite l’un des centres pour l’éducation de filles le plus important en Europe et elle servira d’inspiration à d’autres institutions pour fonder des écoles similaires.# 1.3. L’éducation au XVIIe siècle: la doctrine prédominante à l’époque. Nous avons vu qu’au XVIIe siècle de différentes académies qui provoquent le développement scientifique et technologique sont fondées. En même temps, des écoles destinées à instruire des enfants et des jeunes pauvres apparaissent. Elles ont comme but l’alphabétisation du peuple: « Il semble que l’impulsion notable en matière d’alphabétisation ait eu lieu au XVIIe siècle […] » (Antoine et Michon, 2015 : 375). L’idée d’instruction du peuple surgit comme un moyen pour lutter contre le vagabondage, ce qui sert à renforcer la sécurité dans les villes. L’Église veut « moraliser les chrétiens, contrôler leur pratique religieuse et cela passe par l’éducation des enfants » (Antoine et Michon, 2015 : 368). Alors, l’Église se charge Marie de Brinon (1631-1701) fut une religieuse amie de Madame de Maintenon, qui la nomma 5 supérieure à vie de l’institution de Saint-Cyr. Cependant, en 1688 elle est priée de quitter l’école à cause de ses pratiques quiétistes, qui n’étaient pas acceptées par la fondatrice. 7
Versailles. Son école devenait ainsi pour elle une espèce de refuge: « Fénelon a par ailleurs bien perçu que Saint-Cyr n’était d’abord pour Madame de Maintenon qu’un alibi pour ne pas se trouver à la cour » (Desprat, 2003 : 371). Nonobstant, elle démontrait qu’enseigner les filles était aussi pour elle un plaisir: Saint-Cyr n’était pas seulement pour madame de Maintenon un lieu de retraite commode et doux qui plaisait également à ses gouts et à sa piété, elle avait compris les devoirs qu’elle s’était imposés par cette fondation, et elle n’épargna aucun soin pour que le bien qui pouvait en provenir s’y perpétuât après elle (Noailles, 1843 : 68). Madame de Maintenon se charge d’offrir aux filles des notions de religion et de bienséance. Elle se sert très souvent de sa propre expérience pour servir d’exemple lors de ses explications. Outre qu’enseignante, elle participe aussi à la direction de l’institution, en tant que fondatrice: « Elle assistait régulièrement au conseil du Dedans, qui se réunissait tous les quinze jours pour gérer le quotidien de l’institution et engager les petites dépenses […] » (Maral, 2018 : 285). En ce qui concerne Madame de Brinon, cette dame était devenue l’amie de la fondatrice avant la fondation de l’école. Elle était une religieuse enseignante chez les Ursulines, donc quelqu’un d’expérimenté dans le domaine éducatif. Elle est nommée supérieure à vie de la Maison Royale de Saint-Louis. Cependant en 1688 elle perd ce poste à cause de ses pratiques quiétistes . Cette doctrine proposait une union directe entre l’individu 11 et Dieu, laquelle réduisait le contrôle de la pratique de la foi à l’Église, qui la considérait une menace. C’était la principale cause qui a conduit cette doctrine à la condamnation. Par ailleurs, après la destitution de Madame de Brinon, le quiétisme a trouvé une place dans l’esprit de Madame de Maintenon, attirée par des ouvrages de Madame Guyon : 12 Le quiétisme fut condamné par l’Église en 1687. En France, sa disciple principale, Madame Guyon, fut 11 emprisonnée en 1699. Jeanne-Marie Bouvier de la Motte (1648 - 1717), ensuite Madame Guyon, fut la figure la plus 12 représentative du quiétisme en France. Elle publia en 1686 le Moyen court, un ouvrage qui présentait des pratiques de la doctrine quiétiste. 14
Madame de Maintenon y voit immédiatement la réponse à l’une de ses principales interrogations: la conciliation de la chair et de l’esprit. Elle retient surtout deux idées, la première qu’elle adapte à son usage, qui est la possibilité d’aller vers son salut par les sens; la deuxième, qu’elle interprète ouvertement à son profit, qui est la relativisation du péché voulut par Dieu comme une fatalité pesant sur les hommes. En somme, cette femme exigeante voit dans le Moyen court l’occasion d’aller à Dieu par un raccourci (Desprat, 2003 : 377). La troisième figure représentative de l’institution de Saint-Cyr fut Fénelon. Ce religieux devint le directeur de conscience de Madame de Maintenon, captivée par son éloquence. Il était connu pour le soutien qu’il portait à l’enseignement des filles: « Si l’on élève avec tant de soin les garçons à cause des importantes occupations qu’ils auront à remplir dans le monde, comment négliger l’éducation des femmes qui sont chargées de commencer l’éducation des garçons? » (Janet, 1892 : 22). En 1687 il rédigea le traité De l’éducation des filles, où il défendait l’idée de l’instruction de la femme. Fénelon proposait quelques techniques pour motiver l’enseignement des enfants, tant à l’école qu’à l'extérieur: « À la campagne, ils voient un moulin et ils veulent savoir ce que c’est. Il faut leur montrer comment se prépare l’aliment qui nourrit l’homme. […] Peu à peu, sans études particulières, elles apprendront la bonne manière de faire ces choses et le juste prix de chacune » (Janet, 1892 : 28). Il avait une conception de l'enseignement des filles qui peut sembler contradictoire. Il défendait la scolarisation des filles, néanmoins il ne trouvait pas nécessaire d’apprendre aux filles certaines matières, comme la politique, qui pouvaient les ennuyer, à son avis. D’ailleurs, l’accès de la femme à des postes politiques était restreint, donc les instruire dans ce domaine ne changerait pas leur avenir. Son concept de plan d’études pour les filles peut sembler assez complet pour son époque: Il semble borner cette instruction à savoir parler et écrire correctement et à connaître les quatre règles de l’arithmétique. Il voudrait aussi quelque connaissance du droit, savoir par exemple la différence qu’il y a entre un testament et une donation, ce que c’est qu’un contrat, une substitution, un partage, ce que c’est que biens 15
meubles et immeubles; mais éloignez-les de la chicane, à laquelle les femmes sont très portées » (Janet, 1892 : 34). Enfin, nous voyons une institution qui vise à former l’esprit des filles, pas pour leur assurer un avenir différent à celui des filles d’autres écoles, mais pour cultiver leurs esprits tout court. La différence avec les autres institutions pour les filles est l’appréciation de leurs compétences. Même si elles ne pouvaient aspirer qu’à devenir des mères de famille, au moins elles auraient de l’esprit. Cela met en valeur les capacités de la femme pour étudier, c’est-à-dire pour comprendre les mêmes aspects que l’on enseignait aux garçons. # 2.3 Différences entre les programmes didactiques. Il est pertinent de présenter les programmes didactiques tant de Petites Écoles de Port- Royal que de la Maison Royale de Saint-Louis pour identifier les différences de l’instruction féminine. À Port-Royal on enseignait d’abord les savoirs élémentaires: la lecture, l’écriture et l’arithmétique. La thématique des textes servant à l’apprentissage de la lecture était, en général, religieuse. Cela aidait à renforcer la morale, à expliquer un épisode biblique, ou encore à donner quelque exemple de vie pieuse, si le texte racontait la vie d’un saint. En termes d’arithmétique, les enseignants se limitaient à enseigner les quatre règles: l’addition, la soustraction, la division et la multiplication. Outre les savoirs élémentaires, les enfants apprenaient ensuite le bon usage de la langue française. L’institution se souciait de fournir un enseignement complet en grammaire. Au XVIIe siècle on promeut encore le sentiment d’honneur vers la langue française initié un siècle avant par les auteurs de la Pléiade. Nous avons déjà expliqué comment les enseignants privilégiaient l’usage du français au détriment du latin. On assiste aussi à la publication de certains ouvrages pour aider à l’apprentissage du français: En 1660 Lancelot, sous la direction d’Arnaud, rédigea un des plus importants ouvrage de Port-Royal, la Grammaire générale et raisonnée, contenant les fondements de l’art de parler, expliqués 16
d’une manière claire et naturelle, les raisons de ce qui est commun à toutes les langues et des principales différences qui s’y rencontrent, et plusieurs remarques nouvelles sur la langue française (Cadet, 1887 : 20). Ces matières se trouvaient également dans le plan d’enseignement des filles, mais elles étaient adaptées: « En fait d’études, on ne voit mentionner que la lecture, l’écriture et, les jours de fête, une heure d’arithmétique! Les seuls livres de lecture indiqués ont trait à la piété […] » (Cadet, 1887 : 60). À ces savoirs il faut ajouter le travail d’aiguille, approprié pour la formation de futures mères de famille. En ce qui concerne la Maison Royale de Saint-Louis, le programme didactique comprenait aussi d’autres matières. Aux savoirs élémentaires s’ajoutaient la musique et même les sciences naturelles. D’abord, la lecture était liée aussi à l’apprentissage de l’histoire: « Comme l’a montré Dominique Picco, l’enseignement de l’histoire était également très important, qui donnait à Saint-Cyr une place à part au regard des autres institutions d’enseignement des jeunes filles » (Maral, 2018 : 308). Les textes choisis pour apprendre à lire étaient des textes historiques ou appartenant à un auteur moderne, tel que Bossuet ou Corneille. De cette façon, les Dames expliquaient l’histoire moderne, ce qui aidait au renforcement du sentiment monarchique; et en même temps la littérature aidait à développer l’esprit critique chez les filles. Parfois, on utilisait des textes dont la thématique était religieuse. Les enseignantes se servaient de la vie des saints pour donner l’exemple de vie pieuse, comme nous l’avons vu à Port-Royal. L’enseignement de la langue française était un aspect très important pour l’institution de Saint-Cyr. L’apprentissage de l’écriture était aussi essentiel que celui du bien parler. Les Dames enseignaient la correcte prononciation ayant comme référent la cour de Versailles: « Les patois ou accents provinciaux étaient prohibés […] l’accent était mis sur la prononciation et l’apprentissage de l’écriture » (Maral, 2018 : 308). La pratique de la langue occupait à Saint-Cyr une place primordiale, elle est devenue un aspect essentiel à travailler pour former des femmes conformes à leur condition sociale. Les institutrices se servaient encore une fois des textes de la littérature française moderne pour atteindre cette maîtrise de la langue: 17
Cette pratique de la langue se fondait aussi sur l’étude de la littérature française, qui, à la différence de ce qui se pratiquait dans les collèges de garçons, était nettement privilégiée au regard de la littérature latine (Maral, 2018 : 308). Comme dans les autres institutions pour les filles, à Saint-Cyr on enseignait le travail d’aiguille, mais aussi des notions de premiers soins, le tout envisageant la formation de futures mères de famille: « Il s’agissait de former de futures épouses et mères de la noblesse - provinciale ou parisienne, rurale, urbaine ou curiale -, des femmes travailleuses, économes et modestes - tout ce que Madame de Maintenon avait été […] » (Maral, 2018 : 309). Un aspect caractéristique de cette école était l’enseignement des sciences naturelles, avec des pratiques comme le jardinage. L’apprentissage de la musique était également une particularité de cette école, ainsi que la danse. Toutes les deux occupaient une place principale à la Maison Royale de Saint-Louis. Les filles pouvaient de même apprendre à jouer des instruments, un talent que les Dames associaient à l’aristocratie. L’institution, très liée à la cour de Versailles, reflétait de cette façon la passion du monarque pour les arts. Même l’introduction d’activités théâtrales est devenue une singularité de cette 13 école, où le dramaturge Racine faisait représenter des œuvres qu’il a créées 14 expressément pour Saint-Cyr. Les comédiennes étaient choisies parmi les élèves et d’autres filles composaient le chœur. En somme, même s’il existe quelques différences entre les matières à enseigner, la finalité reste la même dans les deux institutions, en ce qui concerne les filles: soit la vie religieuse, soit devenir de futures mères de famille. Cela veut dire que l’institution de Madame de Maintenon ne vise pas à changer la condition de la femme, mais à cultiver son esprit, plutôt orienté à la vie sociale, pas à rester enfermée dans un couvent ou une maison. Déjà présent dans des écoles jésuites pour les garçons, l’enseignement du théâtre est introduit pour la 13 première fois dans une institution pour des filles. En 1689, Jean Racine composa Esther. L’œuvre plut tellement au roi qu’elle fut représentée à plusieurs 14 reprises au milieu de la cour de Versailles. Elle connut un succès extraordinaire. À tel point qu’il composa par la suite une autre tragédie biblique pour les écolières: Athalie. 18
À l’école de Madame de Maintenon on proposait l’acquisition de savoirs que les filles n’allaient pas trouver ailleurs. Nous n’assistons pas à la mise en œuvre d’un projet qui aille contre les institutions déjà existantes, même pas à une critique à l’éducation traditionnelle des filles; ce que la fondatrice proposait, c’était un établissement charitable pour faciliter aux filles pauvres de la noblesse l’accès à l’éducation. Le plus important, c’est que cette institution construit les bases de la future Maison des demoiselles de la Légion d’honneur, une école pour les filles qui, nous le verrons par la suite, servira à leur procurer un avenir au-delà de la vie familiale. Alors, même si la Maison Royale de Saint-Louis ne présentait pas des différences en ce qui concerne l’avenir des filles par rapport à d’autres institutions, au moins elle a servi plus tard à la fondation d’autres écoles qui soutenaient l’idée d’égaliser l’enseignement des garçons et des filles. # 2.4 Différences entre les méthodes d’apprentissage. Une fois que nous connaissons les matières proposées par les deux institutions, les questions que nous nous posons sont: comment enseignaient-elles les différentes matières? Existait-il des différences entre les façons d’enseigner? Qu’est-ce que la Maison Royale de Saint-Louis apportait à l’enseignement des filles? Étant donné que Port-Royal était une abbaye, on suivait certaines pratiques des couvents, comme le lever à 5 heures. Cette pratique les aidait à lutter contre la paresse, l’un des péchés capitaux. Par rapport aux cours, à Port-Royal l’enseignant demandait au hasard à un élève de répéter la leçon du jour précédent. Il pouvait changer d’élève, sans critère de choix, pour qu’il continuât l’explication initiée par son camarade. Cette pratique les aidait à la mémorisation aussi bien qu’à la pratique de la langue. Le théâtre était aussi utilisé en tant que méthode d’apprentissage. Cet art était pratiqué tant à Saint-Cyr qu’à Port-Royal. Les enseignants se servaient de cette pratique pour inculquer des valeurs de piété aux élèves, vu que normalement le sujet des œuvres qu’ils représentaient était religieux: un passage de la Bible ou la vie d’un saint. En plus, le 19
théâtre les aidait aussi à pratiquer la langue. Nous voyons encore une fois l’importance que l’éducation donnait à ce moment-là à l’apprentissage de la langue française. La récréation constituait aussi une forme d’apprentissage. Les élèves avaient du temps pour faire des activités en dehors de leurs études. Ils profitaient pour faire une promenade ou même pour jouer à des jeux de société. Cette détente servait à assurer la reprise de la concentration. Du côté des filles, la différence se trouvait surtout au commencement de la journée: « En matière d’éducation des jeunes filles, le modèle qui s’imposait alors était celui de la congrégation religieuse des ursulines, fondée à Brescia en 1535 par Angèle Mérici » (Maral : 2018, 282). C’est pour cette raison que les filles se levaient à 4 heures, soit une heure avant que les garçons. Une autre pratique employée était l’interdiction de parler. Les filles étaient contraintes de garder le silence, elles ne pouvaient parler que lorsque la maitresse leur posait une question ou pendant la récréation: […] parfait silence en se levant et en se peignant l’une l’autre; - étroit silence jusqu’à Petriosa de prime; - silence très exact au travail, après le déjeuner de sept heures et demie; - silence pendant le service du ménage; - redoublement de silence pendant l’écriture; - silence pendant les deux heures que durent l’office et les messes dans le monastère, même lorsqu’elles n’y assistent pas; - silence au réfectoire; - entier silence pendant le travail jusqu’à vêpres; - silence depuis l’angélus du soir, même en été, quand elles se promènent au jardin; - grand silence pour se déshabiller et se coucher, à huit heures (Cadet, 1887 : 62-63). Quant à Saint-Cyr, l’institution diffère des autres écoles féminines dans certains aspects. Le lever était marqué à 6 heures, soit deux heures après que les autres établissements. Madame de Maintenon trouvait pertinent de commencer tôt la journée, cependant elle considérait que se lever à 4 heures ne servait pas à grand chose. De plus, l’interdiction de parler n’était pas si rigoureuse dans son institution. Pour elle, il fallait enseigner aux filles le bon moment pour parler, pas leur interdire de le faire. Dans les cours, les Dames se servaient de certaines pratiques d’enseignement comme privilégier l’explication d’un texte après sa lecture. Elles choisissaient une fille pour lire un extrait et ensuite cette étudiante expliquait ce qu’elle venait de lire. Cela contribuait à 20
développer sa capacité d’entendement, à pratiquer le bon usage de la langue française et à renforcer l’apprentissage de la lecture: « Ainsi les Demoiselles devaient lire les bons auteurs modernes - Bossuet, Corneille, La Fontaine, Racine -, mais aussi pratiquer l’explication de texte, en privilégiant la compréhension sur la mémorisation » (Maral, 2018 : 308). Les classes à Saint-Cyr étaient formées selon l’âge des filles et elles se différenciaient par la couleur d’un ruban qu’elles portaient. Les plus petites portaient la couleur rouge, ensuite la verte, puis la jaune et les plus âgées la couleur bleue. Cette hiérarchie permettait d’adapter au mieux l’enseignement des différentes matières, ce qui rappelle la division des classes de l’enseignement moderne. Une méthode caractéristique de cette institution était l’emploi de l’émulation. Cela supposait l’existence d’une rivalité naïve entre les élèves pour obtenir une récompense. Les meilleures étudiantes de chaque classe étaient appelées à expliquer une leçon aux élèves d’autres classes: « Cet apprentissage pratique de la pédagogie entrait dans la formation des Demoiselles, dont certaines pouvaient devenir des Dames, d’autres des religieuses au sein des congrégations enseignantes, d’autres encore des mères de famille » (Maral, 2018 : 310). Cela servait à stimuler la motivation des filles. En général, ces méthodes d’apprentissage nous renvoient à l’école moderne: l’organisation des classes et la présence de l’émulation. Dans le cadre historique de l’éducation des femmes, c’est à ce moment-là qu’apparaissent ces deux caractéristiques qui vont rester dans les institutions à venir. La distribution des élèves en fonction de leur niveau servait à leur adresser un apprentissage le plus adapté possible, que nous voyons encore aujourd’hui. La rivalité entre les étudiantes comportait une nouveauté à l’époque. À l’époque, il n’était pas nécessaire de rivaliser entre les étudiantes vu qu’elles allaient arriver toutes au même point: le savoir élémentaire. Cette compétition mettait en place le besoin d’arriver plus loin et même on commençait à créer le chemin vers la construction d’un plan d’études égal pour les filles et les garçons.! 21
3. La Maison des demoiselles de la Légion d’honneur. Inspiré par le projet de Madame de Maintenon, Napoléon Ier décida aussi de créer une école pour les filles: la Maison des demoiselles de la Légion d’honneur, ensuite la Maison d’éducation de la Légion d’honneur. L’institution de Saint-Cyr, fermée en 1793 , a servi d’inspiration pour la fondation 15 d’autres écoles pour les femmes, tant en France qu’en Europe. La création de ces nouvelles écoles a mis en valeur la nécessité de développer l’esprit des femmes à l’époque, en même temps qu’elle a servi à s’interroger sur l’idée des capacités féminines. La Maison des demoiselles de la Légion d’honneur est née en 1805 et elle reste ouverte aujourd’hui, gardant les mêmes valeurs qu’à l’origine: exigence, mérite individuel, estime de soi et respect des autres. Lorsque l’on analyse cette école, on se rend compte des similitudes qui existent par rapport à l’institution de Madame de Maintenon. Pour intégrer la Maison des demoiselles de la Légion d’honneur il fallait aussi remplir quelques conditions. Pour être admise par l’institution, la personne devait être fille, petite-fille ou arrière-petite- fille des décorés de la Légion d’honneur. De même, les filles pauvres ou orphelines des officiers étaient aussi concernées. Cela limitait l’accès tout comme la Maison de Saint- Cyr l’avait fait. Les similitudes qu’on repère dans le plan d’études concernent les matières. Les professeurs enseignaient la musique et la danse, le théâtre et aussi la discipline, tout comme à Saint-Cyr. Même aujourd’hui l’enseignement de ces matières y reste présent. Le fait que même aujourd’hui l’on continue l’enseignement de ces matières reflète l’utilité du plan d’études de Saint-Cyr. Même si l’école de Madame de Maintenon a été fermée, cette continuation montre la réussite de son projet. La Maison d’éducation de la Légion d"honneur est une école où l"on continue à transmettre des savoirs issus de l’école de Madame de Maintenon, quoique adaptés à notre époque. D’un autre côté, nous avons déjà évoqué le résultat satisfaisant qu’a donné le regroupement des élèves selon leur niveau. Cette réussite se confirme au moment où Dans l’actualité, ces bâtiments accueillent le Lycée Militaire de Saint-Cyr. 15 22
l’on se rend compte que les filles de la Maison d’éducation de la Légion d’Honneur continuent à porter un ruban dont la couleur les distingue des autres classes selon leur niveau. Depuis sa création, le but de cette école a été d’assurer une existence digne et indépendante aux filles. Si on compare cette finalité avec celle de Saint-Cyr, nous observons une évolution. À Saint-Cyr le but était de former l’esprit des filles pour devenir des femmes savantes et de bonnes mères de famille. Par ailleurs, l’école des demoiselles de la Légion d’honneur voulait assurer un avenir aux filles, qu’elles pussent se servir des savoirs appris pour devenir des femmes autonomes. À vrai dire, tout ce que Madame de Maintenon avait été. Alors, aujourd’hui les filles peuvent continuer leurs parcours d’études et devenir des avocates, des médecins, des ingénieures…enfin des métiers inconcevables pour une femme aux temps de Madame de Maintenon. Pour conclure, même si Madame de Maintenon n’a pas été la fondatrice de la Maison des demoiselles de la Légion d’honneur, elle a construit la base sur laquelle s’est posée cette école. De cette façon, la Maison Royale de Saint-Louis a beaucoup apporté à l’enseignement des filles. Elle a servi à faire évoluer le plan d’études pour les filles au point d’atteindre, plus tard, l’égalité avec celui des garçons. 23