Enseigner le français au début du franquisme (1936-1939)
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ENSEIGNER LE FRANÇAIS AU DÉBUT DU FRANQUISME (1936-1939) MANUEL BRUÑA CUEVAS Universidad de Sevilla RESUMEN Mucho ha crecido en los últimos años el número de estudios sobre las obras del pasado que sirvieron de apoyo a la enseñanza de las lenguas extranjeras (gramáticas, diccionarios, diálogos, crestomatías, tratados didácticos, etc.). Existe sin embargo una importante laguna en este campo: el análisis de tales obras consideradas como soportes de contenidos ideológicos. No se olvide que, a menudo, fueron compuestas no sólo para enseñar un idioma, sino también para transmitir contenidos morales, políticos o religiosos. En ciertos momentos históricos se dio incluso a esta última función tanta importancia como a la primera. Para mostrarlo, hemos decidido analizar desde el punto de vista de las ideas que se transmiten los métodos de francés publicados en Sevilla por Mario Mirmán durante el periodo de la guerra civil española. Convertidos desde su aparición en manuales de base de la enseñanza secundaria, tales métodos fueron un instrumento eficaz al servicio de la ideología nacional-católica que saldría triunfante de la confrontación bélica. Palabras clave: Mario Mirmán, método de francés, francés lengua extranjera, francés para españoles. RÉSUMÉ On a assisté dans ces dernières années à la multiplication du nombre de travaux sur les ouvrages du passé ayant servi de base à l'enseignement des langues étrangères (grammaires, dictionnaires, dialogues, chrestomathies, traités didactiques, etc.). Une tâche reste pourtant encore à faire dans ce domaine: celle d'étudier ces ouvrages en tant que porteurs de contenus idéologiques. Très souvent, ils ont été composés non seulement en vue d'enseigner une langue, mais également en vue de transmettre des contenus moraux, politiques, religieux ou autres. À certains moments historiques, cette dernière fonction a même été considérée comme étant aussi importante que la première. Pour le montrer, nous avons choisi d'analyser au point de vue des idées transmises les méthodes de français publiées à Séville par Mario Mirmán pendant la période de la guerre civile espagnole. Devenues dès leur parution des manuels de base dans l'enseigne-
ment secondaire, elles ont été un instrument efficace mis au service du national-catholicisme, c'est-à-dire de l'idéologie officielle de l'une des deux Espagnes en guerre. Mots clés: Mario Mirmán, méthode de français, français langue étrangère, français pour Espagnols. ABSTRACT In recent years there has been a growing increase in the number of studies devoted to works written in the past as aids to foreign language teaching (grammars, dictionaries, dialogues, anthologies, didactic treatises, etc.). There is, however, one aspect of this field which has been hitherto neglected: the analysis of such works considering their contents as a support for ideological positions. It should not be forgotten that, in many cases, they were written not only with the aim of teaching a language, but also with that of transmitting moral, political or religious points of view. At certain moments in history, this ideological function was considered as important as the other one. In order to prove this, we have analysed the ideas conveyed by the French language teaching books published in Seville by Mario Mirmán during the period of the Spanish Civil War. Used as set textbooks for Secondary School since their publication, these works served as an effective means of propagating the National-Catholic ideology of the side which would eventually triumph. Keywords: Mario Mirmán, French Language Textbooks, French as a Foreign Language, French for Speakers of Spanish. En juillet 1936, il se produit en Espagne un soulèvement militaire contre la République ouvrant une période de trois années de guerre civile. Très vite, le nouveau régime politique instauré dans les territoires échappant au contrôle des autorités républicaines a manifesté son désir d'imprégner de son idéologie tous les niveaux de l'enseignement. La première loi sur l'enseignement secondaire dans la nouvelle Espagne (la "Ley sobre reforma de la Enseñanza Media" du 20 septembre 1938, B.O.E. du 23-9-1938) définissait le premier des principes fondamentaux qui l'inspiraient de la façon suivante: "Empleo de la técnica docente formativa de la personalidad sobre un firme fundamento religioso, patriótico y humanístico" Ces nouvelles directives affecteront profondément l'enseignement du français. Toutefois, l'esprit qui les informait n'a pas attendu, pour se concrétiser, la publication de cette loi. Pendant les deux premières années scolaires qui ont suivi le soulèvement militaire, on assiste déjà à un traitement différent des sujets abordés dans les leçons de français. C'est cet aspect qui va constituter l'axe central de ce travail. Mario Mirmán Contastín1 était, au moment du coup d'état, catedrático (professeur agrégé) de français à l'École de Commerce de Séville. En 1936, avant le commencement de la guerre, il avait publié, sous le titre de Método teórico-práctico de la Lengua Francesa (Séville, Tipografía Andaluza), une méthode de français commercial adressée aux étudiants de l'École2. Elle était composée de deux niveaux, le premier (Primer cursó) comprenant la prononciation et la morphologie et le second (Segundo curso) des compléments de morphologie et la syntaxe. Le premier niveau incluait un grand nombre de lectures et de petits poèmes, ainsi qu'un certain nombre de lettres commerciales, lesquelles constituaient majoritairement les textes de lecture et de modèles à imiter 1.- Selon le dossier Leg. 945, f° 144, n° 1295, des archives historiques de l'Université de Séville (dorénavant A.U.), il est né, en 1895, à "Serres (Francia)" (Hautes-Alpes). Les registres du cimetière de Séville notent le 11 avril 1968 comme la date de son enterrement. 2.- "Ofrecemos este libro a todos los que, deseosos de conocer el idioma francés, buscan un método adecuado para conseguirlo fácilmente; pero se ha escrito de un modo particular para nuestros alumnos de ESCUELAS DE COMERCIO" ("Prólogo" du volume correspondant au premier niveau, édition de 1936).
dans le deuxième niveau. Au point de vue idéologique, chacun des deux niveaux était plutôt neutre. Il est vrai qu'ils incluaient déjà -surtout le premiercertains textes qui étaient teintés d'une certaine dose idéologique (nous pensons surtout à quelques textes sur la famille ou à certaines références religieuses); mais ils ne présentent pas encore le caractère net de propagande politico-reli- gieuse à laquelle nous ferons référence plus loin. Cette méthode de 1936 nous semble, donc, en gros, assez acceptable et bien adaptée au type d'enseignement auquel elle était destinée. Pourtant, Mario Mirmán publiera l'année suivante, 1937, en pleine guerre civile, une nouvelle méthode: son Nuevo Método teórico-práctico de la Lengua Francesa. Quoique organisée autrement que celle de 1936 (cinq niveaux: quatre ciclos plus le ciclo superior), le contenu et la structure des leçons du nouvel ouvrage coïncident en général avec ceux de la publication précédente; c'est là un fait qui dérive, comme l'auteur le dit expressément dans chacun des prologues des cinq volumes de 1937, de sa fidélité aux principes de la "méthode directe" d'enseignement des langues. De fait, la plupart des textes et des exercices qui apparaissent dans le Método de 1936 sont repris dans le Nuevo Método de 1937. Étant donné que l'antérieur était tout récent, la parution de ce nouvel ouvrage est, en principe, plutôt surprenante. De prime abord, on serait tenté de justifier la publication de 1937 par le fait que les destinataires visés ne sont plus les mêmes. Si le Método de 1936 était pensé pour l'enseignement du français à l'École de Commerce, le Nuevo Método, en revanche, semble destiné aux élèves du secondaire, ce qui justifie la nouvelle distribution de la matière en quatre niveaux (plus le niveau supérieur)3. En fait, toute référence à l'École de Commerce a disparu des prologues du Nuevo Método, bien que, comme en 1936, le nom de l'auteur soit toujours suivi, à la page de titre, de la qualification de Catedrático de francés de la Escuela de Comercio de Sevilla. De même, on peut relever à cet égard quelques petits changements introduits dans certains exercices, par ailleurs presque identiques à ceux de 1936. Dans l'exercice de thème de la quatrième leçon du Método de 1936, par exemple, on peut lire: "Los alumnos de la Escuela de Comercio hablan francés, inglés y alemán"; alors que dans le thème de la même leçon du premier cycle de 1937, cette phrase a été remplacée par "Los alumnos del Instituto hablan francés en clase"4. Toutefois, la différence la plus frappante qui dérive du changement de destinataires d'une méthode à l'autre sera la suppression, en 1937, de l'important recueil de lettres commerciales qui, comme nous l'avons dit, constituaient les textes de base prépondérants dans le second niveau de 1936 et qui avaient aussi une présence considérable dans le premier niveau. Quelques faits, pourtant, réveillent chez nous le soupçon que la parution du nouvel ouvrage de Mario Mirmán ne peut pas être interprétée comme elle le serait de nos jours, c'est-à-dire comme la suite attendue du travail commencé l'année précédente par un spécialiste de l'enseignement du français. 3.- Ils correspondent aux quatre premières années des études secondaires selon le plan d'études prévu par les dispositions républicaines du 29 août 1934. La loi franquiste de 1938 réduira d'une année le temps consacré à l'enseignement du français. Pour une étude parallèle de ces deux lois, axée surtout sur la place qu'elles réservent aux langues vivantes, voir Carmen Roig (1990), "Le Français dans les programmes officiels en Espagne: 1934-1938", dans Contributions à l'histoire de l'enseignement du français, éd. par Herbert Christ et Daniel Coste, Tubingen, Gunter Narr Verlag, 212-234. Pour l'étude des dispositions légales en matière éducative qui se sont succédé depuis le XVille siècle, voir la thèse de Quintín Calle Carabias (1990), La enseñanza oficial de idiomas en España. Por una redefinición de la formación teórica del profesorado, Málaga, Secretariado de Publicaciones de la Universidad (microfiches). 4.- Il ne s'agit pas là d'un cas isolé. Le même phénomène se produit, par exemple, dans le texte "Études de Jean" (1937:37) par rapport au texte "L'École" (1936:35).
L'auteur, en effet, avait fait inclure dans ses deux ouvrages parus en 19365 une page annonçant ceux qu'il avait l'intention de publier prochainement. Y figurent les deux titres Mon premier livre de français (livre destiné aux débutants) et Trésor littéraire -finalement jamais parus-, mais rien n'y est dit sur les cinq cycles de français du Nuevo Método. C'est donc que l'auteur a dû changer, pour une raison précise, ses projets en cours. Il nous semble que cette raison n'a pu être que le virement dans la situation politique provoqué par la guerre. Séville s'est trouvée, dès le début de la guerre, située en territoire nationaliste. De ce fait, les établissements d'enseignement de la ville6 ont tout de suite eu besoin de manuels idéologiquement afins au nouveau régime politique instauré. Dans le domaine précis de l'enseignement de la langue française, c'est justement le Nuevo Método de Mirmán qui répondra à cet impératif. Le fait que c'est le catedrático de français de l'École de Commerce -et non un professeur de lycéequi a assumé cette tâche s'explique aisément par les circonstances du moment. Il y avait alors deux lycées à Séville: l'Ancien et le "Murillo", créé en 19327 Chacun avait, pendant l'année 1935-1936, son catedrático de français; Jesús Guzmán Martínez assurait l'enseignement de cette langue à l'ancien lycée et Ma Concepción Barrera Castilla le faisait au "Murillo" Or, le conflit armé ayant commencé en période de vacances, il a surpris ces deux professeurs à Madrid, ce qui les a obligés à demeurer en zone républicaine tout le temps qu'ont duré les hostilités. Il n'y a donc pas eu, pendant les années de guerre, de catedrático de français aux lycées de Séville, l'enseignement de cette matière ayant été assuré, dès lors, par des spécialistes d'autres matières ou par des bénévoles (des profesores ayudantes interinos y gratuitosf. Il faut remarquer, cependant, 5.- En plus du premier et du second niveaux du Método, l'auteur avait publié la même année (1936) ses Lectures choisies (Séville, Tipografía Andaluza). Cet ouvrage ne comporte pas de prologue explicatif sur le type d'enseignement du français visé, mais il ne semble pas spécialement destiné à l'usage des étudiants de l'École de Commerce. Il constitue un recueil de textes sur des sujets variés, assortis d'exercices et utilisables dans n'importe quel programme complet d'enseignement du français. Des ouvrages similaires étaient parus régulièrement depuis le XIXe siècle. 6.- Ceux de Séville ainsi que ceux des petites villes du même département et ceux des villes et des petites villes des départements limitrophes ou même ceux qui, plus éloignés, ont été mis sous le contrôle de l'Université de Séville pendant la guerre, comme c'est le cas des deux lycées des Baléares tant que Barcelone, dont ils dépendaient avant le conflit, est restée républicaine. 7.- L'"Antiguo" -nommé souvent ainsi, après la création du "Murillo", dans de nombreux écrits officielssera baptisé du nom de "San Isidoro" par suite de l'ordre télégraphié envoyé par les autorités nationales (Comisión de Cultura y Enseñanza) aux recteurs des universités le 11 décembre 1936: "Transmita esta Comisión de Cultura nombres de grupos escolares e institutos y proponga otros nombres personalidades o glorias regionales o nacionales para sustituir aquéllos cuando sean antipatrióticos o anticatólicos" (A.U., Carp. 3353/11). 8.- En réalité, chacun des deux lycées disposait de deux professeurs de français avant le commencement de la guerre: le catedrático et un autre professeur qui assumait les heures de cours dépassant la charge horaire assignée au catedrático. Aucun de ces deux autres professeurs n'a pu se réincorporer à son poste au moment de la rentrée 1936-37. Celui du "Murillo" (Daniel García González), qui se trouvait en zone républicaine, a été suspendu dans ses fonctions par la Junta Técnica del Estado (Comisión de Cultura y Enseñanza) le même jour que Ma Concepción Barrera (le 2 décembre 1936; A.U. Leg. 3140). Celui de l'ancien lycée, José León Trejo, l'a été, lui aussi, par ordre du 29 octobre 1936 (A.U., Leg. 3141); son sort a d'ailleurs été plus malheureux que celui d'autres professeurs suspendus dans leurs fonctions. Mis en prison dès le début de la guerre, il a certainement été fusillé si l'on en juge par la mention "Falleció" qui figure sur son dossier (A.U., Carp. 2638/8). Le rapport sur les tendances politiques et religieuses du personnel, envoyé au Gobierno civil par le nouveau commissaire-directeur du lycée, disait sur lui: "De izquierda acentuada, en la actualidad detenido" (A.U., Leg. 3141).
que Jesús Guzmán était l'auteur d'un Método de Lengua Francesa, plusieurs fois réédité depuis 19169 On peut supposer que le professeur Guzmán s'en servait en classe et que, en principe, il aurait été possible de le garder comme manuel, même si son auteur ne pouvait plus assurer ses cours au lycée10. Mais, outre qu'il ne présentait pas la distribution en quatre niveaux qu'avait celui de Mirmán, ce manuel n'était pas, comme la nouvelle situation l'exigeait, spécialement orienté au point de vue idéologique. Si l'on y ajoute que Mario Mirmán, en plus de ses cours à l'École de Commerce, préparait depuis longtemps les élèves de plusieurs collèges religieux à l'examen du baccalauréat11, on comprend qu'il se soit senti appelé à fournir les manuels de français destinés à l'enseignement secondaire que demandaient les circonstances. L'adoption de tels manuels par les lycées a été, d'ailleurs, immédiate12. L'opération d'"idéologisation" des contenus est annoncée par Mirmán dès le prologue de son Nuevo Método. Il commence par y exprimer sa fidélité a la méthode directe qu'il avait déjà suivie dans sa première publication. Mais, après avoir expliqué -un peu plus largement qu'il ne le faisait en 1936- comment il fallait exploiter l'ouvrage, il ajoute le nouveau paragraphe que voici: Aunque este libro no sea un curso de moral, nos ha parecido muy útil aprovechar la oportunidad de la enseñanza de un idioma para escoger como ejercicios de lectura, textos del todo con- 9.- Paru à Madrid, chez Gabriel López del Horno. Cette méthode sera encore rééditée en 1940 (Valladolid, Santarén). 10.- D'autant plus que ce professeur n'avait pas été jugé, dans le rapport envoyé au Gobierno Civil, comme étant spécialement hostile au nouveau régime: "Derechas, algo reniglente [sic] en cátedra, religioso, procura algunas licencias para atender sus intereses fuera de Sevilla" (A.U., Leg. 3141). De fait, il ne sera pas suspendu officiellement dans ses fonctions comme l'a été le catedrático du "Murillo" Le rapport sur Ma Concepción Barrera était, certes, bien différent de celui qui concernait Jesús Guzmán: "Encargada de curso y Secretaria -Ausente en Madrid. Alardea de mujer moderna y exceptica [sic] en materia religiosa. Mala profesora, incompetente, frecuentemente ausente de Sevilla, íntima amiga del Diputado Socialista Remigio Cabello" (A.U., Leg. 3140). .- Au XIXe siècle, sont nombreuses les irrégularités dérivées du fait que des professeurs de lycée faisaient cours également dans des établissements privés préparant leurs élèves à des examens que ces mêmes professeurs devraient corriger en tant que professeurs du secteur public. On a donc instauré l'obligation, pour les professeurs du public, de demander une autorisation lorsqu'ils voulaient donner des cours dans le secteur privé; elle n'était toutefois accordée que si les cours du privé n'étaient pas de même nature que les cours du secteur public donnés par le demandeur. Selon Calle Carabias {op. cit., p. 183), au siècle dernier, les professeurs de langues vivantes ont été souvent dispensés de cette autorisation; mais nous supposons que tel n'était pas le cas sous le régime républicain, car Mario Mirmán la sollicite une première fois pour l'année 1933-1934, puis il la redemande pour chacune des deux années suivantes (A.U., Carp. 2635/10). La première de ces demandes est accompagnée des déclarations de compatibilité des directeurs respectifs des collèges "Sagrado Corazón de Maria", "Colegio Católico Hispalense", "El Santo Ángel" et "Nuestra Señora de las Mercedes", celui de ce dernier déclarant que Mirmán y prêtait ses services depuis 1929. L'expérience de Mirmán comme professeur de français dans l'enseignement secondaire est donc indéniable. 12.- Mirmán lui-même l'affirme ainsi lorsqu'il brigue, en 1942, un poste de professeur titulaire à l'Instituto de Idiomas de l'Université de Séville. Dans l'exposition des mérites qu'il allègue, on lit: "aduciendo como méritos además del mencionado, ser catedrático por oposición y autor de varias obras didácticas que han merecido la aprobación del Consejo Nacional de Cultura y su pronta difusión en los Institutos de Enseñanza Media y Colegios legalmente reconocidos" (A.U., Carp. 2638/9). En fait, la véracité de cette déclaration est confirmée dans la relation de manuels établie par le directeur de Y Instituto Nacional de 2a Enseñanza (Antiguo) [sic] pour répondre à l'enquête lancée par le Jefe del Servicio Nacional de Enseñanzas Superior y Media pour les années 1936-37 et 1937-38 (26-10-1938. A.U., Carp. 3370/4). Les deux professeurs qui ont assuré les cours de français pendant ces deux années (Eustaquio Echauri Martínez et Julio Fortunad Bas) déclarent avoir conseillé, le premier "las obras de Francés de que es autor D. Mario Mirman Contastin", et le second "las obras de D. Mario Mirman Contastin en los cursos 1936-37 y 1937-38" (A.U., Leg. 3141).
formes a la moral cristiana, inculcando en todo momento ideas" sobre la religión, la familia, el hogar, la patria, etc. El "fin educativo " es, pues, una de las características de nuestro "Nuevo Método" Étant donné le contenu de la méthode, ce paragraphe doit être lu ainsi: "Quoique ce livre n'ait pas à être un cours de morale, nous en ferons un grâce aux textes de lecture et à l'ensemble des exercices, qui porteront sur les sujets fondamentaux de l'idéologie nationale-catholique du nouveau régime: religion, famille, foyer, patrie, etc. L'endoctrinement politique est donc l'un des buts principaux de cette :Nouvelle Méthode" Notre analyse nous a convaincu de la parfaite adéquation de la méthode à cette déclaration d'intentions. Le premier niveau de 1936 était organisé, en gros, autour de plusieurs grands sujets, chacun d'entre eux traité en plusieurs leçons. Les voici: les écoliers, la famille, le monde et les saisons, le corps humain, la maison, les aliments, les animaux, le firmament, la patrie, le travail, divers faits de civilisation. Les premiers cycles du Nuevo Método de 1937 maintiendront cette même distribution thématique, le plus souvent illustrée par des textes et des exercices identiques ou très similaires à ceux déjà utilisés en 1936. Un premier changement significatif ressort pourtant d'un simple coup d'oeil sur les tables des matières. L'ordre des sujets traités ne subit pas de modification d'une méthode à l'autre sauf sur un point: dans le Nuevo Método de 1937, après les leçons sur la famille, on ne passe pas, comme c'était le cas en 1936, à celles qui s'occupent du monde et des saisons, mais à celles qui traitent sur la patrie. Alors qu'en 1936 la famille constituait le sujet central des leçons 11 à 14 et la patrie celui des leçons 42 et 43 -ces deux sujets étant donc assez éloignés l'un de l'autre dans l'ensemble de la méthode-, dans les différents cycles de 1937 ces sujets sont systématiquement traités dans des leçons consécutives; en 1937, après les leçons sur la famille, qui gardent leur ancienne place dans la distribution générale par sujets, on trouve toujours celles relatives à la patrie. Il s'agit là d'une réorganisation qui nous semble révélatrice du nouveau critère idéologique prédominant. La famille apparaissait, dans le Método de 1936, comme une institution qui, quoique essentielle pour les enfants, relevait du domaine de la vie privée, ce qui explique, d'une part, que les leçons 11 à 14, qui en traitent, se trouvent situées immédiatement après celles qui portent sur la vie de l'écolier, et, de l'autre, qu'elles soient bien séparées des leçons 42 et 43 consacrées à la patrie, institution publique qui trouvait sa place pertinente là où commençaient les sujets sur la vie en société, c'est-à-dire devant les leçons sur le travail et les faits de civilisation. En 1937, par contre, le fait que famille et patrie se trouvent réunies dans une même série de leçons confère à l'une et à l'autre un caractère différent de celui qu'avaient ces sujets en 1936: la patrie est maintenant présentée comme une extension de la famille, laquelle, à son tour, apparaît, non pas comme une institution relevant du domaine privé, mais comme le pilier fondamental d'une vie sociale organisée dans le cadre de la patrie. Comme on le sait, ce point de vue sur la famille et la patrie est l'un des traits qui a caractérisé par la suite le régime franquiste, comme il caractérisait déjà les régimes autoritaires de l'Europe contemporaine de l'édition du Nuevo Método -ou ceux de l'Europe immédiatement postérieure, cas du régime de Vichy. Signalons, toutefois, que nous n'avons pas tiré ces conclusions uniquement à partir du changement de place des leçons sur la patrie dans l'ensemble de la méthode. Il est vrai que ce déplacement constitue le signe le plus révélateur dans le premier des cinq cycles du Nuevo 13.- Le prologue de la réédition de 1938 du premier cycle (Séville, Tipografía Andaluza) renchérit sur ce point: "...inculcando en todo momento ideas sanas sobre la religión..."
Método. Dans ce premier cycle, en effet, Fauteur a recours à des textes sur la patrie qu'il avait déjà introduit dans le premier niveau du Método de 1936. Le premier de ces textes de 1936 -qui ouvre aussi la première leçon sur la patrie en 1937- présentait déjà la patrie comme une grande famille: "Il y a une famille plus nombreuse que la vôtre, une famille comme la vôtre pourtant, où l'on se connaît, où l'on s'aime, [...] Cela, c'est la grande famille: c'est La Patrie." (p. 56). Seulement, dire que la patrie est une grande famille et le dire en dehors de tout contexte relève presque de la banalité; éloigné des leçons consacrées à la famille, ce texte, quoique faisant déjà un rapprochement explicite entre famille et patrie, n'a donc pas, en 1936, la force idéologique dont, de par sa position, il est le véhicule dans le premier cycle de 193714. Or, dès que l'on passe au deuxième cycle de 1937, ce n'est plus seulement une question de place, mais, comme nous l'avons dit, c'est surtout une question de contenu. La plupart des textes qui illustrent les leçons traitant sur la famille et la patrie dans le deuxième cycle de 1937 ne figuraient ni dans le premier ni dans le second niveaux du Método de 1936. Ils présentent, dès lors, un caractère beaucoup plus engagé, beaucoup plus explicite en ce qui concerne l'idéologie qui sous-tend le Nuevo Método. Toujours dans ce deuxième cycle, il est déjà hautement significatif que le premier texte de lecture de la première leçon sur la patrie s'intitule "La patrie et la famille", titre qui rend évident le désir de jeter un pont entre les leçons précédentes, sur la famille, et celles qui suivent. Le texte lui-même est également assez révélateur; il n'y est plus dit, comme en 1936, que la patrie est une grande famille, mais que "La famille est une patrie dans la patrie: [...] c'est la patrie elle-même abrégée et concentrée à ce point vivant par où l'homme tient à elle et lui demeure attaché d'un invincible attachement et d'un impérissable amour" (p. 44). Comme on le voit, l'identification famille-patrie est complète; la famille est le fondement même de la patrie: "La famille est, pardessus tout, la force de la société et le plus ferme rempart de la patrie" (p. 45). Ces idées, exprimées d'abord dans le texte de lecture, reviennent ensuite dans les exercices de version, de thème et de conversation et dans la lecture-récitation qui clôt chaque leçon. L'efficacité de ces reprises pour fixer dans les cerveaux les contenus idéologiques du texte de lecture nous semble indéniable, d'autant que, dans les exercices, il ne s'agit pas tout simplement de répétition, mais de renchérissement sur les idées du texte de lecture. Celui-ci ayant établi que la famille est la base de la société, les exercices exposeront les conséquences qui en dérivent: il est tout à fait impensable que l'individu, en tant que tel, et sans passer par le cadre familial, puisse s'intégrer directement à la société; quiconque sort de ce cadre ne peut être qu'un hors-la-loi. Voici, à cet égard, le contenu de l'exercice de thème: El hombre que no tiene hogar es casi siempre un ser peligroso.- Por sentirse solo odia a la sociedad a quien acusa de su aislamiento.- Nada le apega a su patria.- No le importan ni el 14.- L'importance du rapprochement de ces sujets vient confirmée par le fait que la même redistribution est également opérée dans la deuxième édition du Método de 1936, profondément remaniée (Séville, Tipografia Andaluza; en 1938 le Primer Curso, en 1939 le Segundo Curso). En fait, le critère suivi par Mirmân dans cette réédition a été celui de se conformer, quant au choix des textes, à celui qui a présidé à l'élaboration de l'ensemble du Nuevo Método. De la même façon que la plupart du matériel grammatical employé dans la composition du Método avait été réutilisé dans la composition du Nuevo Método, le nouveau matériel idéologique mis à profit dans ce dernier remplacera souvent, dans la réédition du Método, les textes idéologiquement plus neutres de la première édition. La comparaison de la première et de la deuxième éditions du Método conduit donc aux mêmes conclusions auxquelles on arrive à partir de la comparaison de la première édition du Método avec la première du Nuevo Método. Ce sont des raisons de date et de diffusion qui nous ont fait pencher ici pour cette dernière voie d'étude.
pasado ni el porvenir.- Solo le inîeresa el présente.- Si la desgracia le agobia culpa a la sociedad que considéra como su verdugo.- Enfonces su genio y su fuerza son para la Patria no una defensa sino un peligro; no un escudo y un amparo para protegerla sino un puiial para herirla. (p. 45) De même, l'exercice de version de cette leçon insiste sur autre des idées exposées dans le texte de lecture: l'idée que seule la famille peut canaliser les forces qui défendent la patrie contre les dangers qui la menacent; c'est elle qui forme les soldats. Si le texte de lecture disait que, par la famille, "tout homme bien élevé devient pour elle [la patrie] un glaive et un bouclier, un soldat dans la guerre et un soldat dans la paix", la version ajoute: La famille enchaîne l'homme à sa patrie par des racines profondes que rien ne peut briser, ni la persécution, ni l'exil, ni la barbarie. Ainsi elle prépare à la société ces défenseurs vraiment dévoués, pour qui ces mots; [sic] mourir pour la Patrie! ne sont pas un cri banal retentissant dans les émeutes, mais le cri spontané de la vie retentissant en son lieu natal; cri généreux des vrais héros prêts, en effet, à la défendre et à mourir pour elle, parce qu 'ils ont appris à aimer et à défendre jusqu 'à la mort ces deux choses saintes qu 'on aime avec la patrie, les autels et les foyers. [Caractères gras de l'auteur] Il faut remarquer que le Nuevo Método ne fait aucune référence explicite à la situation de guerre civile où se trouvait le pays; toutefois, des textes tels que celui que nous venons de transcrire ont dû être lus et développés dans les exercices de conversation en établissant un rapport direct avec la tragédie espagnole contemporaine15. La deuxième partie du texte de lecture -située dans cette leçon après la versiondevait viser aussi le même but lorsqu'elle précise que les ennemis de la patrie ne l'attaquent pas toujours de l'extérieur de ses frontières: Debout entre ses tombes si sacrées et ses berceaux si chers, entre le foyer où il aima son père et l'autel où il adore son Dieu, il attend, l'arme au bras, le dévouement au coeur et la fierté au visage, toute la barbarie qui menace; barbarie du dehors, marchant par la force brutale à l'attaque de la civilisation ou barbarie du dedans, sortie des entrailles même de la civilisation, et prête à dévorer sa mère. (p. 45) Comme on le voit, ces textes sont, en dernier ressort, une justification de la guerre civile, du soulèvement militaire contre le régime républicain établi, assimilé à une "barbarie du dedans" qui était sur le point de détruire la civilisation. Les exercices de conversation, d'ailleurs, ne manqueront pas de revenir sur la question; parmi les phrases proposées pour engager le débat, il n'y en a aucune faisant allusion à un ennemi extérieur, mais on en trouve trois sur l'ennemi du dedans: "Les ennemis de la patrie se trouvent-ils toujours hors de son sol? - Les ennemis intérieurs sont-ils à craindre? - Pourquoi?" (p. 45). On remarquera dans nos deux dernières citations que l'auteur, cohérent avec ses déclarations du prologue, a ajouté à la fusion famille-patrie un troisième volet, intimement lié aux deux précédents: la religion. Le Nuevo Método constitue un exemple privilégié du confessionalisme qui va caractériser le nouveau régime surgi de la guerre, un exemple, en somme, du national-catholicis- me. Ce n'est pas à dire que le Método de 1936 était aconfessionnel; y étaient fréquentes déjà les références par-ci par-là à Dieu et aux sentiments religieux, mais cette présence restait globalement 15.- La même chose est applicable aux contenus des lectures et des exercices des deux leçons suivantes, également consacrées à la patrie. Voici quelques titres significatifs de ces deux autres leçons: "Le déserteur", "Le soldat", "Le drapeau", "Morts pour la patrie", "Tu seras soldat".
discrète16. Rien de tel, par contre, dans le Nuevo Método. Non seulement, comme nous venons de le voir, défendre la patrie, défendre la famille et défendre les autels sont, chez notre auteur, des termes synonymes, mais n'importe quel sujet, traité en général de façon laïque en 1936, est toujours empreint, en 1937, d'une dose de confessionalisme. Dans le premier cycle de 1937, par exemple, la suite des leçons sur la vie de l'écolier se termine par un texte -inexistant en 1936, alors que la plupart des autres y figuraient déjàintitulé "Conseils aux enfants"; en voici le début: Connaissez votre véritable père qui est Dieu; honorez-le dans vos parents qui sont les images de son éternelle paternité, ayez sa crainte dans le coeur et apprenez de bonne heure à vous laisser conduire et redresser pour arriver à la sagesse. N'oubliez pas que la prière nous met en rapport avec le Seigneur; elle élève notre âme, soutient notre courage, agrandit nos pensées. Élevez donc chaque jour votre coeur vers ce père qui est aux deux. Demandez-lui... Inutile de dire que les exercices de thème et de conversation reviennent sur le même sujet et que la même opération se reproduit dans le deuxième cycle de la méthode ("L'écolier et le libre penseur", p. 13). Par ailleurs, il vient s'ajouter à cette couche religieuse qui teint la plupart des textes l'incorporation, en 1937, de quelques leçons spécifiquement consacrées à Dieu, avec des titres tels que "L'inégalité des êtres de la Providence", "Dieu créateur de toutes choses", "L'idée de Dieu" ou "L'oeil de Dieu" (deuxième cycle). Ce confessionalisme généralisé frise parfois un certain fondamentalisme religieux. Mario Mirmân finit par assimiler le non-croyant à un de ces barbares du dedans dont il parle à propos de la patrie, conseillant même de fuire son amitié, quelles que puissent être par ailleurs ses qualités humaines. Il le dit explicitement dans le texte de lecture "Le choix des amis", inclu dans la dernière leçon du premier cycle du Nuevo Método, et dont voici le premier conseil pour choisir correctement ses relations: Il faut choisir les amis avec de grandes précautions et par conséquent se borner à un fort petit nombre. Point d'ami intime qui ne craigne Dieu, et que les pures maximes de la religion ne gouvernent en tout; autrement il vous perdra quelque bonté de coeur qu'il ait. (p. 196) Nous ne nous étendrons pas sur d'autres constantes idéologiques du Nuevo Método, car, pour surprenantes qu'elles puissent être pour le lecteur actuel, nous pensons qu'elles correspondaient à une mentalité générale de l'époque, qu'elles n'étaient pas tout à fait l'apanage d'une certaine idéologie politique17 Certaines d'entre elles, pourtant, deviennent significatives par leur 16.- Cette discrétion était d'accord avec la place également discrète réservée à la religion -en tant que matière du cursuspar le régime républicain: "el Gobierno resuelve dejarla reducida a un solo curso, en el primer año, sin carácter confesional ni dogmático y voluntaria" Cette situation n'était pourtant pas une nouveauté; des plans d'études antérieurs avaient déjà prescrit le caractère facultatif de la matière. Aussi, pendant l'année 1911-1912, n'y avait-il au lycée de Séville que quatre élèves inscrits en religion (voir Ma del Rosario López Bahamonde, "Instituto 'San Isidoro': legislación y alumnado, 1901-1992", in Instituto de Bachillerato "San Isidoro": Estudios y recuerdos del sesquicentenario de su creación (1845- 1995), éd. par Antonio Herrera García, Séville, I.B. "San Isidoro", 1995, p. 209). 17.- Les sujets historiques méritent une mention à part. Ni le Nuevo Método ni le Método ne s'occupent de l'histoire ou de la géographie françaises, mais, par contre, ils consacrent pratiquement tout un niveau (par exemple, le Segundo Curso de la deuxième édition du Método) à celles de l'Espagne. La vision qu'on y donne de l'histoire espagnole, quoique héritière en grande partie du nationalisme caractéristique de l'historiographie européenne depuis le XIXe siècle, porte toutefois l'empreinte des conceptions idéologiques propres au nouveau régime. Il y est déjà question, par l'intermédiaire d'une gallerie de personnages et de moments clés, de 1'"Espagne impériale" chantée par le franquisme. Mirmân suivait ainsi à la lettre les consignes de la Ley sobre reforma de la Enseñanza Media du 20 septembre 1938 relatives à "la revalorización de lo español, la definitiva extirpación del pesimismo anti-hispánico y extranjerizante, hijo de la apostasía y de la odiosa y mendaz leyenda negra."