Voyages de Mr. de Thevenot en Europe, Asie, & Afrique, divisez en trois parties. Tome quatrième
Abstract
t.1-2. Voyages de Mr. de Thevenot au Levant, Où l'Egypte est exactement décrite avec ses principales Villes & les Curiositez qui y sont... t.3-4: Suite du voyage de Mr de Thevenot au Levant, dans laquelle... il est traité de la Pere, & et autres etats sujets au roi de Perse. t.5: Les voyages... aux IUndes Orientales.
Full text
SUITE DU AU LEVANT, Qui contient une Deicription curieuleduPaïs de Schiras 6c autres Lieux qui font fous la domination du Roi de Perle 5 avec plufieurs autres choies remarquables. myjs fkjf Tl Tl f\ TFT* f/ï îT Enrichis défigures en taille douce. *
TABLE DES CHAPITRES Contenus dans ce quatrième Tome» LIVRE TROISIEME, Du Pais de Schiras 6e autres lieux qui font fous la domination du Roi de Perle, Chapitre î. /æ route à'ifpahan à ]lJ? Schiras.41 f Ch. II De Schiras. 434 Ch. III. De hrouie de Schiras au Bender, £5? premièrement àLar. 444 Ch IV. Continuation de îa route de Bender* £5 premièrement de la Fille de Bar.460 Ch. V. Bender Abaffl 5a' Ormus&^ retour àSchiras.477 Ch VI. Z>£j Antïquitez qui font àvoir depuis SchirasjujqidàTfchehelminar.491 Ch.Vil. Z>e Tfchehelminar £5? Nakfchï Ru* flan. foi Ch. VIII. Route de Bender-Rik. fz% Ch. IX. Z><? la navigation de Bender- Rik à Bajfora. 7 Ch. X£>e Ba[foraVille Capitaledu Roiaume de même nom, JT7 *iCh. XI.
4±o SUITE DU VOYAGE Bourg éloigné d’Amnebad de trois agatlcb, &defx de Mâkfbud-Béghi ;nous allâmes loger, dans un Kervaniëraï qui eit un peu au .delà. ez-<kaft ,peme.vilie. Yez-de-Kaif eit fort petit n’âiant qu’une feule rué ,il eit bâti far un-rocher étroit, qui s’étend en longueur du gregal ou nord-eit ,au lebêche ou iiid-oüèiE Ce roc eit fort eicarpé ,en ibrte qu’il eit presque aufE large en haut que par lepié,. principalement du côté du meitraî ou nord-- eiieit; il yade hauteur en quelques endroits plus dé leptou huit toiles ,particulièrement ducôté du froc ou fud-eit. Au pié de ce roc de ce même côté de froc, il yaquel? ques jardins; 6c àquelques pas de là coule une petite rivière, proche de laquelle eit le Kervanièraï bâti de briques cuites, au deiTus-.de la porte il vaun corps de logis affèz commode :Il eft au pié d’un haut roc - qui eit àfbn midi, dont il tombe fouvent de groffes pièces, ôe on en voit en bas quantité qui font tombées ,dont la plupart ; font grofes comme de grandes maiibns». Four Yez-de-Kait il occupe toute kfurface du roc, fur quoi il eitftué; ,tant en longueur qu’en largeur ;il n’â point d’autres murailles que les maifôns mêmesqui font élevées de trois àquatre étages ,&quelques-unes; de .davantage; elles font bâties i
IMLEVANT. Lit. XXL Ch. E de pierre. Gette Ville eft dans un danger manifefte Gé culbuter un jour tout d5un' coup,- &de tomber tout dùmepiece, étant fi élevée ,Sc n’aiant aucun appui. Auffi les habitans s’en défient-ils, car depuis deux ans, ils ont commencé àbâtir un autre bourg ,àquelque diftance du roc 5c au nord àTon égard; ÔC quandj’y pafiai en revenant: en mil fix cent foixante-fèpt, il yavoit déjà beaucoup dè maifbns bâties, êe ils con~- tinüoientd’en édifier dé nouvelles ,chacun abandonnant l’autre demeure ;au lieu que lorfque j’ÿ avais paflé pour la première fois, en mil fix cent foixante-cinq ,il n’y avoit pas encore une maifon de commencée. La porte d’Yez-de-Kafl: eft au bout du côté qui regarde le lebêche ou fud-oüeft, où le terrain eft aufïï élévé que le roc ;elle eft petite, de manière que ne l’àiantpas remarquée dans l’abord, j’allai du Kervanferaï à cette Ville ou Bourg, en montant le roc du côté du fîroc ou fud-eft entre les jar~ dins; 5c après ayoir beaucoup monté, j’en-’ trai par une petite porte, ôt j’avançai plus: de cent pas dans un chemin couvert qui ne reçoit le jour que par de méchans trous,. 5c qui eft par confequent fi obfcur,qu’on: n’y va qu’à tâtons. Je n’ofài aller plus avant, craignant de m’égarer ou d’entrer par mégardedans quelque maifp%-4<C ainfi je Fus *“-â ...
SUITE DU VOYAGE obligé pour cette fois-là de rebrou(Ter chemin, 6c de m’en retouner par où j’étois Tenu :Mais il n’en eft pas de même quand en entre par l’autre portede la Ville. Leterroir àPentour d’Yez-de-Kaft ,porte le meilleur blé delà Perle, aulù yfait-on de très-excellent pain ,6e Pon dit que les habitans mêlent avec le blé des pois chiches ,6e que c’eft cela qui fait le pain fi bon: On yvoit plusieurs beaux tombeaux bâtis en dômes. Nous partîmes de ce lieu le Dimanche premier Mars, demi-heure après minuit. 6e nous primes le chemin d’en-haut; car il yalà deux chemins, Pun àmain gauche ôt du côté du levant, qu’on appelle le chemin #en-bas, 6e un autre àmain droite, 6edu côté du couchant ,qu’on appelle le chemin d’en-haut ,parce qu’il conduit par les montagnes. Durant PHiver que ce dernier eft bouché de neiges, Poneft obligéde prendre le chemin d’en-bas ,qui eft plus long d’une journée ;mais comme Pon nous aiïura que le chemin d’en-haut étoit ouvert, nous le primes, &pour cela, àla fortie du Kervanferaï ,nous allâmes durant quelque tems vers le couchant ,jufqu’à un endroit par où Pon monte la montagne ,au piéde laquelle eft le Kervanferaï: Après l’avoir montée, nous marchâmes par une plaine entre
DE LEVANT. Liv.IXL Ch. T. 41 J entre des colines couvertes de neiges, droit au firoc ,jiifque fur les trois heures ,que nous montâmes une petite montagne où il yapeu àmonter, 6c encore moins àdécendre, mais le chemin en eft très-mau- r, vais ;auiîi l’appeîle-t-on Chotali-Naaî- Naaf-"** Schekeni c’eft-à-dire ,la montagne qui tire les fers des chevaux :En-fuite nous eugne. mes un allez beau chemin entre des colines blanches de neige Ala pointe du jour nous paflames devant un petit château appellé Gomhez Cala; il yaaufliun village, mais Gomterruiné. Sur les neuf heures 6t demie nous r;t chl^ entrâmes dans un plaine dans laquelle nous îeau* cheminâmes jufqu’à un village, où étant arrivez après onze heures, nous logeâmes dans un Kervanfèraï. Ce village eft nomnié De-highirdou ,c’eft-à-dire ,village des , noix, ce n’eft pas qu’il foit fertile en cette village." forte de fruit ,car m’en étant informé, j’ai apris que celles qu’on ymange viennent de Lar ;je me fais néanmoins mis en peine de demander pourquoi il eft aini! nommé ,mais la feule réponce que j’en ai pû tirer, aété quec’eil fbn nom, Il eft éloigné d’Yezde-Kaft de fêpt agatfch. Nous partimes de De-highirdou le Lundi douzième Mars àminuit ;6c après deux heures 8cdemie de chemin ,nouspaE» fàmes devant un Kervanferaï tout ruiné,;.
Xcufcli Uzzt i village. 4*4 SUITE DU VOYAGE au delà duquel il nous falurmarcher dan®: une plaine toute couverte dé neiges ,où il n’y avoit qu’un Entier découvert, 6c tout gelé. Sur les Ept Heures nous pafTâmesfur un petit pont de cinq arches ,ions lequel coule une rivière large de deux toifès: Et continuant toûjours de cheminer par la même plaine blanche, nous arrivâmes à midi àun village appellé Keufchkzer, c’eftà-dir-e , .pavillon d’argent :Il yadeux Kervanferaïs 5dont l’un efb vieux,, 6c l’autre qui eh: tout neuf, eit bien bâti de pierre de taille êc de brique cuite,, avec plaideurs en« lolivemens ,6c le logement efc fort commode, auffi-bien que les écuries, près desquelles il yaencore des appartenons pour PHiver;ce fut dans celui-là que nous logeâmes, Keufchkzer eft éloigné de Dé-hi- ghirdou de fèpt grands agatfcH •Son terroir efbfort bon ,étant femé de quantité de blé. Il yaauffi pîufîeurs prairies, où l’on envoie paître les chevaux du Roi au tems des herbes. Il fait toujours froid en ce quartier, 6t même il yaen tout tems de la neige fur les montagnes voifinés. Les hafeitans de ce village font Circadiens, ils vendent du vin qu’ils font,mais le raifin leur vient de Màaïn, dont nons parlerons en (on lieu. Nous continuâmes nôtre marche îe lendemain
DE LEVANT. Liv. III. Ch. T. àp? demain fur les quatre heures 6c demie du matin, 6c nous allâmes par unchemin couvert de neiges 6c plein de trous: maiscefut encore pis, lorique le foleil étant levé, la terre vint àfe dégeler, particulièrement fur les onze heures que nous entrâmes dans les montagnes, qui étant toutes pleines de‘ boiie 6c de pierres nous rendoient le chemin tout-à-fait fâcheux. C’eft ce paftâge qui eft caufo qufon ne va pas en Hiver par la, car en Eté tous ces chemins font bons. Nous ycheminâmes en montant toujours' un peu, jufqifà une heure 6c demie après midi , .que nous décendimes beaucoup. Au bas de cette décente ,il fort de deftous la terre un gros ruiflèau ,large d5une bonne toifo, dont Peau eft fort claire; ce ruifteau va pafièr par un village appelle Afoupas, ou Afoupa nous arrivâmes àdeux heures 6c demie ' rüagf" après midi ;nous yfumes mal logez dans un vilain Kervanferaï. Ce village eft éloigné de Keufçhkzer de cinq agatich ;il ya un méchant château ruiné fur une petite coline :Les habitans font Circaftiens ,qui y ont été traniportez aufti-bien que ceux de 5 Keufçhkzer par Chah Abas, qui prit leur pais, 6c leur donna en ces lieux de bonnes * terres àcultiver ;il font du vin ,mais le raifin leur vient aufii de Mâaïn. Nous en parûmes le Mécredi quatrième a6- Mars*
4*6 SUITE DU VOYAGE Mars àcinq heures 6c demie du matin ,êt àla fbrtie nous vimes àmain droite de bonnes terres arrofées de plufieurs ruifieaux qui viennnentde fource ,dont il yaquantité dans cette campagne, qui eft peuplée de quelques villages. Nous cheminâmes dans une plaine par un beau chemin jufqu’à midi, qu’après avoir pafîê fur un Pont de fept arches ,fous lequel coule une rivière, nous arrivâmes àun village appelîé Oudgioun, éfUv“‘ loigné d’Àfbupas de quatre agatfch :Il ya un Kervanièraï, mais il étoit fi puant 6c fi infect d’une quantité de charognes 6c d’ordures qui yétoient, que nous n’y pûmes loger, de manière que nous fûmes obligea de camper auprès fous des tapis ,que nous tendimes en guife de tente. 11 paiîè dans ce village une rivière de fixoufepttoifesde large, fur laquelle il yaun pont de fept petites arches; fon eau eft fort bourbeuie: On trouve encore du vin en ce lieu ,6c le raifîn yeft aufti apporté de Maarn. Il yalà une Mofquée ou eft enterré le fils d’un Roi, esgh appelle Chah-Zadeh-Roufër Imam-dgiafer Koufèr qu’ils tiennent pour fàint ,le dôme en eft reiream- vêtu de chaux :devant la Mofquée il yaune d£l '£i cour bien plantée de plufieurs hauts planes, fur lefquels nous vimes quantité de cicognes, qui yfont leur demeure toute l’année. Nous parûmes d’Oudgioua le Jeudi cinquié-
DE LEVANT. Liv.III. Ch. I. 4*7 cinquième Mars àdeux heures 5c demie après minuit, êc après avoir cheminé un quart-d’heure par des terres toutes pleines d’eau ,nous eûmes un beau cheminjufque fur les quatre heures êc demie, que nous montâmes une montagne extrêmement haute êc difficile, àcaufe des pierres qui font dans le chemin. Elle eft nommée Chotal-Imarn- ctotai. Zadch-Ifmaël ,c’efl-à-dire ,la montagne zadei*- d’Ifmaël fils d’un Imam ;nous fûmes plus d’une heure àla monter. Nous trouvâmes ga«s au haut quantité de chameaux qui venoient de Schiras ,chargez de tabac ;ce tabac vient Je Beban. Après cela nous décendimes durant plus de deux heures par un afièzbeau chemin, excepté en quelques endroits où Jyavoit des pierres. Il fembloit que nous effilions changé de climat, en arrivant au haut de la montagne, car le côté par où nous avions monté étoit tout couvert de neiges ,êc il n’y en avoit point du tout en celui-ci; au contraire il étoit plein d’amandiers fauvages, amers, êc d’autres arbres dont la verdure réjoüifToitda vûë. A- près avoir bien décendu ,nous vinmes àune Mofquée où efi enterré cet Ifmaël fils d’un . Imam, qui donne le nom àla montagne. Le dehors de ce lieu efi: en forme de château ,avec une tour ronde àchaque coin; le dedans efi uae cour ,vers un des bouts de laquelle efi la a7Mo
4^8 SUITE DIT VOYAGE Moiquée ,dont la face eft un portique de fix arcades en longueur,6c au milieu de la Mofquée il yaun dôme revêtu dé chaux. Tout proche eft un petit village ,avec quantité de jardins ,qui font arrofés d’un beau ruifi leau', qui pafîe là-auprès. En-fuite nous continuâmes nôtre voiage par un chemin plein de pierres, jufque fur les onze heures, que nous trouvâmes une rivière large d’environ une toife 6c demie ,laquelle fe divife en plufieurs ruifleaux ,qui vont arrofer toutes les terres de ce quartier qui font fort bonnes 6c toutes femées. L’eau de cette rivière eft fort claire, 6c le long de fes bords, il yaplufieurs arbres plantez ,ee qui rend Rivière le lieu fort agréable ;Elle eft nomméerivière l-rO «îB ou * ’de Maaïn àcaufe qu’elle pafte par Maaïn , B2nde- mais c’èft le Bendemir ;6c l’on me dit que Kur. CU fon propre nom étoit Kur ,.d’où l’ënfant Cyrus 3qui yfut expofé, avoit tiré fon nom. Bendemir veut dire ,digue du Prince ,6c on l’appelle ainfi, àcaufe d’une digue qu’un Prince yfit faire jvoiez fur cela la Géographie de Dragiaib Mâkloucat. Cette rivière eft le fécond Arax de Quinte Curie ,de Diodoras Siculüs ,6c de Strabon. Nous allâmes le long de cette rivière ,dont nous paflâmes plufieurs canaux ,jufqu’à une .heure apres midi ,que nous arrivâmes àun ^i«.n’gt°svillage appellé Maaïn, éloigné d’Oudgioufl :
DE LEVANT. Eiv. HT. Ch. L4^1 gioun de üx agatfch. Nous logeâmes dans un bon Kervanferaï ,où nous trouvâmes ; des gens qui conduifbient àla Mëque ,le corps d’une Dame qui avoit fouhaité d’y être enterrée. Il yaàl’entour dé ce village quantité de jardins remplis de vignes ,qui? rapportent de fort bons raifîns ,.ÔC ils font : auffi tout plantez de poiriers ,pêchers ,, noiers 6c d’autres arbres fruitiers ;l’on y trouve de fort bons melons d’eau 6c d’autres^ melons. Nous partîmes de Màaïn le Vendredi' fxiéme Mars àdeux heures 6c demie après minuit ,6c incontinent nous quitâmcs le grand chemin ,prenant àmain gauche par des terres fomées ,jufqu ace que nous fufïïons près de la rivière ;nous avions été obligez d’en ukrainii ,parce que le grand chemin nous eût mené àun endroit de la rivière qui n’étoit pas guéable ,ôc on ne le fuit que quand elle fe peut gueier :l’autre chemin conduit àun pont. Nous foivimes le cours de la riviere ,qui eft la même qui paife àMaaïn ,julqu’à trois heures 6c demie, que nous paflames le pont, qui eft de trois arches, dont celle du milieu eft très-grande p l’eau eft en cet endroit fort rapide. Un quart-d’heure après nous trouvâmes un gros niifîèau ,qui vient de la montagne, fo décharger dans la rivière ;quelques pas plus loin
436SUITE DU VOYAGE feulement un méchant folle ,auffi n’a-t-ellc pas befoin de davantage ,parce qu’elle n’a point d’ennemis àcraindre Elle eil arrofée d’une rivière ,qui cit allez petite ,Si qui néanmoins eli fujette àfe déborder : lorfque cela arrive, les habitants empêchent qu’elle n’entre dans les jardins, êc quelle n’abbate leurs murailles en Faifânt des digues couffes ,pour l’arrêter. Us les font avec des Coufcipcce de fes ce font de grans paniers faits de cannes tiont oa ecraiees ,comme des feuilles de palmier , pour 1 decîu?^samplifient de terre 6c de pierre ,Si -tourner cela empêche fort bienlepalîàgeàPeau, Les ’«au, rues Schiras pour la plupart font un peu étroites, mais il yen ade belles, où fl pallè au milieu un ruillèau d’eau foit claire ,dans un beau canal bordé de pierre. 11 yaplufleurs beaux Bazars couverts ,grans '& larges ,où l’on voit des deux cotez de grandes boutiques bien garnies de toutes fortes de marchandiies ,tant des Indes ,que de la ‘Turquie ;6c chaque marchandifè afou Bazar particulier. Il yaplulfeursbeauxgrans Kervanfèraïs bien bâtis. Pour les Palais ils ne paroifîent rien endehors, ainlî que par tout le Levant ,mais toute la beauté eft âa dedans: celui du Khan aaufîi fort peu d’apparence, 6c Pon n’en voit par dehors qu’un corps de logis au deffus de la porte, qui eft au bout d’un grand Meïdan quarré ,long , tout
DE LEVANT Liv ÏIL Ch, Il 537 tout entouré d’arcades bouchées en façon de niches. Il yaaulîi quelques belles MoE quées. Il yaun beau College ,dont la porte college elt accompagnée de chaque coté d’une tour 4Schiiss* ronde ,revêtue de ‘terre verniffée bleue, mais ces tours font àdemi ruinées , aiant été attaquées trois Fois du feu ,qui a pris autant de fois àun Bazar voifin. Il ya dans ce College dcs Profefîèurs gagez pour Prcfer _ enfeigner la Théologie ,la Philofophie 3c Teurs gala Medecine ;3c l’on m’a dit que plus de cinq §cs' ccnt Ecoliers yvont aprendre ces Sciences. Mais ce qui eE de plus beau dansSchiras Beacs ce font les jardins ,dont il yen aquantité. Entr’autres il faut voir ceux du Roi ,qui font fort fpatieux., §C ont de grandes allées droites 3c ombragées de grans 3c gros cyprès ;car il yen ades plus hauts '3c touffus que j’aie jamais v.ûs ;de manière, qu’il ya de ces allées ,où le fbleil ne donne pas demi-quart-d’heure par jour. L’on yvoit aufii quantité de beaux planes plantez àla ligne ,3c beaucoup d’arbres fruitiers ;les radicaux ycoulent de tous cotez, Sc vont emplir pltilieurs grans baEms ,tous revêtus de pierre :mais tout cela n’a pas l’agrément desbeaux jets d’eau ,des cafcaces ,3c des parterres en compartiment émaillez de fleurs ,que l’on voit chez-nous ;
tes ?erfans ne réparant liefl. îuitS ton profond. 438 SUITE DU VOYAGE il yabien quelque manière de parterre ,mai» l’on n’y voit que des lis plantez au bordetà l’aventure. Ils ne lavent non plus ce que c’eft que d’avoir des efpaliers, car leurs fruitiers ylont àplein vent fans ordre ,auffi bien que plulîeurs rolîers de bidmisks ;& ce qui eft de plus fâcheux ,c’eft qu’ils laiflènt tout ruiner :Car les Perlàns aiment alfez àenjoliver les mailbns ,mais ils ont cela de commun avec les Turcs ,qu’ils n’ont point loin de reparer les choies ,ôc il arrive fouvent qu’ils laiflènt périr tout un bâtiment faute d’une poignée de plâtre. Ils ont dans ces jardins quelques logemens, qui coniifrent en des fales fraîches ,ce qui leur fîiffit ,pour venir de tems en tems fe divertir au frais. Enfin ,l’on pourrait apurement faire de ces jardins quelque chofe de beau ,car il n’y manque que l’ordre & l’ajuftement. Pour ce qui regarde les dehors de Schiras ,je n?yai pas vû grand choie ,dans cette première fois que j’y ai lejourné. Un jour nous fortimes de la Ville tirant vers le nord ,&c après avoir pallè la rivière fur un pont de cinq arches ,nous vîmes àmain droite fur une montagne, quelques ruïnes d’un château. Nous allâmes ailleurs un au* tre jour, mais nous ne trouvâmes que quel' ques masures avec des crenaux ,&un Puiti cPunï
DE LEVANT. Liv. III. Ch. IL 439 d’une grande profondeur ,dans lequel on ms dit qu’on precipitoit autrefois les femmes adultérés ;il eft allez profond pour qu’on ait le tems de reciter un Pater Nofler , 'ayant qu’une pierre qu’on aura jettée arrive au fond ;il efl fec &tout taillé dans le roc vif\ fa bouche efl en qnarré, long de deux toiles de longueur ,fur une de largeur. Un SépuIcre peu plus loin nous vimes une belle Mof descheik quée où eft enterré cet illuftre Poète Per- IrsPoS" fien ,Scheik Sadi ,qu’ils honorent comme ^ eper- un Saint ;il yades Dervichs qui ydemeuien' rent. Auprès de cette Mofquée, l’on trouve un Puits ,dont la bouche ,qui eft ronde Pairs aplus de deux ou trois toifes de diamètre ;^roùi’;' l’on ydécend par un efcaîier ,8cPon a,y> e* r ~ yvoit un badin quarré, peu profond, dans VftiUi* lequel pafîè une eau courante, où il yades poiffons àtas ,ÔC les uns fur les autres ;il eft défendu fur peine de la vie d’en prendre, mais le Dervich qui en ale foin ,ne fait point de fcrupuïe d’en vendre quand l’on en veut :&afin de le prendre en fûreté ,il va en haut ,pour empêcher que perfonne nent ,qu’il yaKourouk,c’eft-à-dire ,qu’il y ades femmes en bas, pour les faire retourner ftir leurs pas. J’ai été quelquefois avec des Hollandais ,qui en prenoient grande quantité Tome IV. bavec
SUITE DU VOYAGE Pcêtes àSchiïâS. Verreries aSchixas. Caraba, efpece de groÆès bouteilles. via ce avec des hameçons, 6c avec des filets, pendant que le bigot de Dervich faifoit la fentinelle en haut. Les gens de Schiras ont beaucoup d’ef» prit ,6c cette Ville adonné la naiflànce àla’ plupart des meilleurs Poètes de Perfe. On yfait quantité de verres ,dont il yaplusieurs boutiques ,quoi que Pon ne travaille pas continuellement aux Verreries ,où après qu’ils ont emploiéune certaine quantité de matière ,ils laifîènt éteindre leur feu. Us font leur verre d’une pierre dure ÔC blanche, prefque comme du marbre ,qu’ils prennent en une montagne qui eft àquatre journées de Schiras ,il eft fort clair :fur tout ils font de groilès bouteilles aufïi claires ,ÔC aufîi délicates qu’en aucun autre lieu du monde. Mais ce qui eft de merveilleux 6c furprenant , c’eft comment ils peuvent fouîHer de greffes bouteilles ,qu’ils appellent Caraba ,qui font épaiflès d’un doigt ,ÔC tiennent près de trente pintes de vin ;l’on couvre ces fortes de bouteilles de paille de cannes. Le terroir de Schiras eft fort bon ôc produit de toutes fortes de chofès en abondance ,ils ont de tous les fruits que nous avons ;ils ont des oranges ôc des limons en quantité :mais ils recueillent un vin ,qui effectivement eft un des bons vins qu’il yait au monde ,c’eft le meilleur de la Perfe ;ôc Pon
de LEVANT. Lit. III. Ch. IL 441 Ton dit communément dans ce Roiaume, pain d’Yez-de-Kaft ,vin de Schiras ,Sc femmes d’Yezd, qui eft une Ville, où l’on dit qu’elles font les plus belles de toute la peric. Ce vin de Schiras eft fort ftoraacal ,mais il eft extrêmement fort ,de manière qu’il porte fans fe défaire les deux tiers d’eau. On ne le fait pas de Kifchmifch 9 ou raidnfans pépin ,comme àXfpahan , parce qu’il ferait ft fort qu’on ne le pourrait boire ;on le fait de raiftn commun. Il yen ade rouge &de blanc ,mais le rouge Schiiaî eft le meilleur :11 abeaucoup de lie ,c’eft pafîè par une chauffe d’hipocras, apres quoi il eft fort clair êc moins fumeux. Les gens de Schiras font leurs vins àla Saint-Martin, brique les raifîns font déjà àdemi-iecs ;ils attendent qu’ils ibient ainft pour les cueillir &faire leur vendange :Après qu’elles font faites, &que le vin eft en état d’être ferré, avant que de le mettre dans le cellier ,ils font brûler de l’encens par tout le cellier , afin d’en ôter toute la mauvaile odeur. Ils mettent ce vin dans de grandes jarres de terre qui tiennent dix ou douze, juiqu’à quatorze carahas *mais quand l’on aentamé une jarre, il faut la vuider au plutôt, &c mettre le vin qu’on en tire dans des bouteilles ota
44* SUITE DU VOYAGE ou carabas ;car fi Pon ymanque en le laiE fànt quelque tems après que la jarre eft entamée ,il fè gâte de s’aigrit. 11 fe fait grande quantité de ce vin ,dont Pon envoie tous les ans beaucoup de caillés àïïpahan Ôc aux Indes jPon en met dans chaque caiflé dix grofiés bouteilles avec beaucoup de paille; de deux de ces caillés font la charge d’un mulet. Ils recueillent encore quantité £câpres. de câpres ,dont ils envoient aufîl de tous cotez. îoafm confir. Ils font une autre confiture en vinaigre, que je n’ai point vû ailleurs ;c’cft du raifin qu’ils cueillent ,lorfqu’il eft àdemi-meur, &ils connoifîént le tems de le cueillir, qui cil lorfque les moineaux commencent àle manger ;ils mettent ce raifin dans des bouteilles avec force vinaigre ,qui le macéré tellement ,qu’il pert fa dureté ,en forte néanmoins qu’il ne devient pas trop mol, 8c ne péri point fà verdeur, feulement il prend un œil un peu jaunâtre. Ce raifin confit de la forte dans le vinaigre aun certain goût doux-aigre qui n’efl pas defàgréable ,principalement dans les grandes chaleurs ,6c c’efl pour cela que Pon en transporte grande quantité dans les Indes. Ils ont aufil beaucoup de roiiers, dont ils tirent tant d’eau rofè ,qu’ils en fourniflént àtoutes les Indes. Ils ont quantité de blé, mais
DE LEVANT. Lit. III. Ch; II. 443 mais ils en font manger aux chevaux de grandes pièces en herbe ,parcequ’ils difènt qu’il ne viendrait pas amaturité faute d’eau. On fait àSchiras beaucoup d’opium ,6c l’on voit àl’entour de cette Ville de grandes pièces de terre femées de pavots blancs. Autrefois Schiras étoit gouverné par un Khan d Khan, qui étoit le premier de la Perlé: 6c Sch 4lrs? Ion gouvernement s’etendoit encore lur Lar ,le Bendér ,6c Plie d’Ormüs :aufiî étoit-il fî ptiifiant ,qu’il s’eft vû pendant le régné du grand Chah Abas ,un Khan de Schiras appelle Imam-Couli-Khan, qui dépenfoit autant que le Roi ,6c n’avoit pas moindre famille ;jufque-ià que le Roi lui ordonna de dépenfer tous les jours un mahmoudi moins ,afin qu’il yeût quelque différence entre la dépenfe 6c la Henné. Chah Séfi petit fi 1 sde Chah Abas, 6cperedeChah Abas àprefènt régnant ,fit mourir ce Khan avec tous les enfans ,parce qu’il craignoit qu’étant fi puiflant ,il ne lui fit quelque piece ,6c depuis il yaeu encore quelque Khan àSchiras *, mais enfin, àprefènt il n’y en a plus, 6c c’eft un Vizir qui ycommande , comme fermier du Roi ;àqui il rend tous les ans plus de mille tomans de ce Gouvernement ,ce font cent cinquante mille écus-; %CKA-
444 SUITE DU VOYAGE CH APiTRE III. De la Route de Schiras au Ben-, der 3&premièrement. àLar. Oudge- vai, vill*ge. Potilîfeîa,poac. mie do matin ,aiant laiiïe partir la cara ne environ une heure ôc demie avant nous. Nous primes nôtre route vers le midi ,ôc nous pafiames proche les fourneaux où Pon fait la chaux :le chemin étoit beau dans une belle plaine bien cultivée Sur les neuf heures ôc demie nous lailiâmes ànotre -gauche un grand village appelié Oudgeval ,le long duquel paiiè un ruiiîean. Sur les dix heures ôc demie ,nous détournâmes un peu à main droite ,allant droit au midi ,par une terre entièrement blanche de El ,ôc où il lŸv croît que de PAbrottim Jœmina. Une heure après nous paiiames fur un Pont de dix arches ,fous lequel coule une petite rivière ;Il eft nommé Poulifefi ;pour yarriver Pon paffe fur une chauffée, ôc Pon en trouve une femblable àPautre bout; Peau qui pailè defîbiis eft amere ôc falée comme de Peau de mer. Vers le midi nous entrâmes dans une grande plaine toute verte d’her-
DE LEVANT. Liv. HL Ch III. 44? d’herbe ,où après avoir marché juiqifà une heure 6c demie après midi ;nous arrivâmes àun mifèrable Kervanferaï qui eft tout feul ,on îe nomme Baba-Adsû ,du fefe: nom de fbn Fondateur qui eft enterré làxervA- auprès jil eft éloigné de Schiras de cinq i~*as* agatfeh. 11 yatout auprès cle ce. Kervanferaï une petite fburce ,qui fait en cet endroit un grand marais ,6c comme Peau en atoutà-fait le goût 9Pon n’en boit pas .mais un peu plus loin ,il yaune fburce dont Peau eft fort bonne. Nous parûmes de ce lieu le Mardi dixfétiéme de Mars ,àfix heures 6c demie dit matin ;6c nouscheminâmes vers le il roc dans une grande plaine toute verte 6c pleine de bruieres ,où nous vimes des deux cotez plufîeurs Villages ,6: quantité de troupeaux de brebis qui paiiïbient. Après yavoir marché jufqu’à deux heures 6c demie après midi ,nous arrivâmes àun Kervanferaï tout feul ,appelle Mouzcferi ,éloigné de Babamo-jzs- Adsi de fept auatfch :ïl yaauprès une fe£h îourcê d'eau qui eit tort bonne. Derrière le Kervanferaï ,il yaplufîeurs gratis foupiraux, par où Pon voit couler cette eau qui eft pleine de poiflbns, dont il yen ad’aftez grans. Nous en partimes le Mécredi dixhuitiéme de Mars ,àcinq heures 6c demie du matin «, 6c nous allâmes au midi mon» b4tant « tw
Mcn*£' gne de Dg>asoua. 452, SUITE DU VOYAGE en une chambre 6c une cuifine, pour Pu£u ge de ceux qui ne veulent pas loger au Kervanferaï, principalement quand il yatrop de monde :Ce lieu eft éloigné de Mou. chek de cinq agatfeh. Nous commençâmes dès-lors àfentir la chaleur ,quoi que les matins un peu avant le lever du foleiî5 nous euffions des vents bien froids: Devant la porte du Kervanferaï il yaun de ces Puits àbeufs, avec une grande auge pour abbruver les chevaux, d’où Peau va enfuite fe répandre dans les terres pour les arrofer, mais elle n’eft pas bonne pour les hommes, qui dans la Ville boivent de Peau courante Nous demeurâmes là tout ce jour 6c le fiiivant ,6e nous en partîmes le Lundi vingttroifiéme Mars, àminuit §c demi. Nous primes nôtre route vers le couchant par un chemin fort pierreux; environ une heure après, nous trouvâmes une citerne couverte en dos d’âne :Sur les deux heures 6c demie nous commençâmes démonter la montagne de Dgiaroun, qui eft au midi. Elle eft fort haute, au commencement elle n’ed pas rude àmonter, fi ce n’eft que le chemin, eft plein de pierres; mais plus on va en avant, plus elle eft fàcheufe, 6c il yadavantage de péril àcaufe des grans préciph ces qui font àcôté ;àla vérité on yabâti en
DE LEVANT. Liv. III. Ch. III. 45^ quelques endroits de petits parapets d’environ deux pies de haut, pour empêcher les mules de tomber dedans :On n’y voit que ces amandiers fauvages &amers, êt d’autres méchans arbres de montagne. Nous montâmes trois ou quatrefois &décendimes autant ,6c le foleil nous trouva en cet exercice :Sur les fîx heures nous rencontrâmes une citerne couverte d’un dôme ,êt une heure après une autre couverte en dos d’âne. Sur les fept heures Ôt demie nous celîâmes de monter de décendre ;mais le chemin ne îaifîoit pas d’être fâcheux à came des pierres :Enfin, fur Ns neufheures nous arrivâmes àun petit Kervanfèraï tout féal ,près duquel il yadeux citernes , l’une couverte d’un dôme, dont le diamètre eit de quatre ou cinq toifes, ôc où il ya trois portes &autant de fenêtres jl’autre eit couverte en dos d’âne :Ce lieu eit aprfchai- pellé Tfchaitelhh ,c’eft-à-dire ,Puits a- ^;^n= mer,âcaufe du Puits qui eft àquelques cenferaï. taines4de pas au delà de ce Kervanferaï ,dont l’eau eft amere. Il yaencore derrière ce Kervanferaï un autre Puits, mais il eft fcc , ce lieu ed: éloigné de Dgiaroun de ïix agatfeh. Autrefois l’on ne pafîoit pas par cette montagne ,mais l’on dérournoit en yarrivant du côté du levant pour en faire îé tour, 3cles Chameliers prennent encore ce
4o4 SUITE DU VOYAGE ce chemin jmais parce qu’il yacinq journées de defèrt, les Muletiers aiment mieux foudrir un peu plus de fatigue du mauvais chemin ,8c prendre le plus court en travcrfànt la montagne Le lendemain Mardi ,àquatre heures 6c demie du matin', nous nous remimes en marche, tirant au midi: Sur les fept heures nous décendimes en un lieu fort ba^ par un très-mauvais chemin ;l’on appelle cette cho,-montagne Chotali Hafani ,ou Chotali îz Ha- Mahhmefeni, Pon dit tous les deux: Vers fam ou .,.7.,A Mahhle bas de cette decente nous trouvâmes tin petit miiièau qui fort de terre, 6c vient gne. fe rendre dans un badin quarré, qui eft a quelques pas de la fource: En-fuite decette décente nous cheminâmes par une* plaine fort pierreuie. Sur les neuf heures ôc demie nous vînmes àun beau Kervanfèraï tout A«oanfeu1nomméMôuuzir,devantla porte duquel vâüSÜYaun grandbadin quarré, qui eft tcû- ‘jours plein de Peau d’un ruidèau qui s’y rend. Ce Kervanfèraï -ed: éloigné de J Tfchaitelhh de quatre agatfch. Nous n’y reliâmes point, parce qu’il n’y avoit perforine pour vendre àmanger, ni pour les hommes, ni pour les bêtes. Nous continuâmes nôtre chemin dans la plaine pierreufè, jufquâ ce qu’une heure après, aiant trouvé àmain gauche un petit ruideau, mous
DE LEVANT. Liv. Iïî. Ch. IIL 4ff nous entrâmes ,environ fur le midi, dans une grande plaine unie ,où nous eûmes grand chaud :Nous pourfuivimes nôtre chemin tirant vers le firoc, jufque fur les deux heures ,que nous trouvâmes un petit Rervanferaï, qui efl tout proche d5un village appellé Dehidombe ,c’efl-à^dire ,village de queue, il yalà quelques Palmiers ôc Tamadombe, rides. On n’y boit point d’autre eau que Vill3ge* celle d’une citerne qui eit proche du Kervanferaï, qui atrois ou quatre toiles de diamètre, ÔC efl couverte d’un dôme avec fix portes. Ce lieu efl; éloigné deMouuzir de trois grans agatfch ;Ôc c’efl le dernier du Gouvernement de Schiras,après quoi commence celui de Lai\ . Nous en partîmesle Mëcredi vingtcinquième de Mars àquatre heures ÔC demie après minuit, ôc nous cheminâmes par une plaine fort unie, jufqu’à fept heures ôc demie,, que nous arrivâmes àun Kervanferaï , qui eit au bout d’un grand village appellé Benaru, fitué au pié de la montagne qui efl Benaru , ïmain droite ,Ôc fur laquelle ,au delà du Vîiia ^e- Kervanferaï, l’on voit beaucoud de refies de aatimens fort fblides ,qui prenoient, depuis le haut de la montagnejufqu’au bas ,Ôcil paraît' que ç’a été quelque choie de considérable :Il yadans ce Village quantité de Palmiers ÔC Tamanfles ,.Ôc plufieurs citernes, . ce
4y6SUITE DU VOYAGE ce lieu eit éloigné de Dehidomhe de deux agarich. Nous le quitâmes le lendemain Jeudi X une heure après minuit, &nous chemina- [ mes parmi des pierres ,jufqu’à deux heures ce demie que nous entrâmes dans un beau chemin uni, où après avoir marchéjufqu’à cinq heures ,nous arrivâmes àun méchant petit ^.Kervanfèraï couvert -appellé Délira »où il y ivenra, __ ,._^5r,. A.\I Kervan-ades Rahdars. iNous ne paiames rien, a. israu cau{p du commandement que Moniteur, Tavernier avoit, pour ne païer aucun droit dans toute la Perle. Sans nous arrêter en cet endroit nous continuâmes nôtre marche ,mais par un chemin fort pierreux:. Sur les fîx heures nous entrâmes dans des montagnes, où après avoir monté Ôc décendu, juique furies huit heures, nous nous trouvâmes dans une plaine, qui nous durajufqu’après neuf heures, que nous arrivâmes âun j Bih .gros village appelle Bihri ,où il yaplufîeurs 1 village. Palmiers £c Tamarifîès ,6c beaucoup de citernes, mais Peau en eit pleine de vers, c?efr pourquoi il faut être foigneux de la pas* fer par un linge. Nous fûmes loger àun beau Kervanfèraï tout neuf qui eft dans ce Beau Village. Ce Kervanfèraï eft un des plus. ferli Ar'beaux qui foient en Perfè, tant pour être xhan3Z bien folidement de moilon ou caillou ’ua'fort dur ,que pourfon beau portail ,fa grande
DE LEVANT. Liv. III. Ch. III. 457 de cour quarrée ,toutes fies chambres fparieufès ,avec plufîeu-rs commoditez pour mettre les hardes, êc de belles terrailes, fur ’leiquelles on monte par de grans efcaliers fort larges. Enfin ,tout yeft magnifique 6c très-propre 6c commode ,ju(qu’aux lieux neceflâires ,qui yfont en chaque coin du Kervanferaï ;6c àcôté il yaun beau jardin où Pon voit force tuüppes ,rofès 6c mille autres belles fleurs de toute forte d’eipeces , 6e en quantité :Il eft aufïî fort bien planté d’arbres fruitiers 6c de vignes, 6c tout cela bien entretenu ,les allées tenues fort propres Ôc couvertes ,avec de beaux berceaux de charpenterie àl’entour rDevant ce jardin il yaun bel abreuvoir pour les chevaux ,qu’on tient toûjours plein de Peau d’un Puits qui eib là auprès. Ce Kervanferaï aété bâti par le Khande Lar ,appellé Aiyaz Khan, il eft éloigné de Benarïi de fix agatfch. Nous en partîmes le Vendredi vingt-fé- tiéme de Mars ,àprès de quatre heures après minuit, 6c nous allâmes vers le midi par un chemin affez bon, quoi que pierreux en quelques endroits :Au jour nous trouvâmes une citerne couverte en dos d’âne; 6c vers les fix heures 6c demie, fur le chemin nous vimes une borne de mafîonnene, haute d’environ une toile, 6c bâtie fur une pierre de taille qui fertdebafè :On nous dit
Homme énfermé dans une pierre. Kourd, vi iage. PaïChctalijKer- vanferaï. 4y8 SUITE DU VOYAGE dit que c’ étoit un homme qu’ on avoit enfermé là-dedans ,félon la coutume du Pais* ' dans le téms paflé que Pon ufoitdecettepu-, nition particulière envers les voleurs de grand chemin; il yen avoit d’autres qui di- • foient que c’étoit feulement pour marquer le chemin qui fè divife en cet endroit. Sur les fept heures nous paflâmes près d’un village appel lé Dehi-Kourd ,où il yaun Kervanferaï :On voit en ce lieu plufîeurs Tamàriïîes, &c quelques Palmiers beaucoup de citernes. Nous laiftâmes ce Village àmain gauche &continüant nôtre chemin par une plaine fort unie, entre des terres iemées de blé ;fur les neuf heures nous arrivâmes àun Kervanferai' appelle Paï Chotali ,c’eft-à- dire ,pré de montagne ,àcaufè qu7il eft proche des montagnes. Je vis cette même nuit * une Comète chevelue ,fèmblable àcelle que j’avois vue àIfpahan ;elle étoit près du Dauphin, fa chevelure droit du levant vers le couchant :Je la vis encore toutes b autres nuits fuivantes durant ce Voiage. El- ( le fe levoit toûjours prefque au même endroit de Phorifon, ët environ àla même heure, àdemi-quart d’heure près. Il ya] auprès de ce Kervanferaï une citerne d’uni côté ,ëc de l’autre un Puits ,l’un ëc l’autre ; font couvers d’un dôme :Le Puits eft exl çrêmement profond, yjettant une pierre.!
de LEVANT. Liv. III Ch.IIL 459 il le pafie un bon intervalle de tems avant qu’elle arrive au fond ,pour grofle qu’elle foit :On en tire l’eau avec une grande roue, &on la verïè dans un badin quarré qui efl: auprès ,d’où elle va par un trou dans un autre qui lui efl contigu, 8c en-fuite elle va emplir une grande 6c longue auge pour abreuver les chevaux. Il yaencore plaideurs autres citernes par la campagne. Adeux portées de moufquet de ce Kervanferaï ,il Deh^ va un village appelle Dehi Kouh, c’eft-à- Kouh, dire ,Village de montagne, à caule qu’il efl: Vlii *se* dans la montagne. Ce Kervanferaï efl éloigné de Bihri de quatre agatfch. Nousarrêtâmes-là le reite du jour 8c le fiivant ,par la fantaifedes Muletiers :La nuit il fit de grans tonnères ,6c le jour d’après une fort grofié pluie qui dura toute la journée ;nous attendîmes quelque tems pour voir fi elle cefieroit, mais elle dura toujours. Nous ne partîmes donc qü3àmidi ,le Dimanche vingt-neuvième de Mars, flairant; nôtre route du côté du midi: Après i. avoir cheminé demi-quart d’heure ,nous montâmes la montagne qui n’efl: pas fort haute ,ni difficile ;nous la décendîmes en faite 6c nous pafiâmes planeurs torrens. Vers les deux heures nous trouvâmes un petit Kervanferaï tout feul avec Hîl fi citerne ;il efl: nommé Hhormont Kermont, vanferaï 5
4êo SUITE DU VOYAGE xervanyanfèraï ,du nom d’un village voiiin ,ainfi appelle àcaufe de plufîeurs Palmiers qui font aux environs :Hhourma veut dire fruit de Palmier ou dattes. Nous trouvâmes dans tout ce chemin plufîeurs des arbri fléaux Badifanommez Badifamour ,6cPon ne voit quali îttbrifd autre chofè jufqu’au Bender ,on ne les apfeaij. pelle pas ainfi dans ces quartiers ,mais Kherzehreh. Vers les quatre heures nous vîmes àmain gauche un aqueduc qui portoit ; autrefois àLar ,Peau d’une fburce ,qui étoit là proche ;mais comme elle atari ,o\ alaifîé ruiner cet aqueduc qui avoit beaucoup coûté, quoi qu’il ne fbit guere haut, 6cbâti fîmplement de moilon . CHAPITRE IV. Continuation de la route de Bender ; &premièrement de la Ville de Lar. près avoir monté 6c décendu plufîeurs fois ,6c bien tournoié entre les montagnes ,parmiquantité de tamariilès 6cquel- ques arbres Conar ;nous arrivâmes fur les des Hoicinc]heures àla Maifon des Hollandois ,qui Itndois. efl proche delà ville de Lar, éloignée de Pi Chotali de trois agatfch ,mais ces agatfch me fèmblerent bien grans :Cette Maifon eu»
DE LEVANT. Liy.m.CH.IV. 461 eft fort propre ,6c il yade belies chambres 5 de belles cours ,6c une belle écurie àla Franque :Elle appartient àla Compagnie des Hollandois. Il yaun Kervanfêraï plus loin où les caravanes fc retirent ,mais les Francs ,6c même les Arméniens viennent loger àla Maifon des Hollandois. Nous demeurâmes trois jours àla viHe de Lar ,qui atoujours été ,comme elle eft encore ,la Capitale de la Province :Elle droit autrefois le lieu de refidence du Roi de certe Province ,àfavoir du tems que les Guébres étoient maîtres de ce Pais :Le grand Chah Abas la leur Ôta ,6c maintede Lar. nant il yaun Khan qui refîde 6c commande "toute la Province, que l’on nommeGhermes ;6c qui s’étend jufqu’aux portes de rrovia- Gomron. Cette Ville qui eft àquatre jource* nées de Gomron 6c qui eft fttuée fur un rocher ,eft fort petite ;elle n’a point de murailles, mais feulement un méchant foffé, ru delà duquel il yaplusieurs maifons allez bien bâties du nombre defquelles eft celle des Hollandois ,6c ce font comme les fauxbourgs. Il n’y arien âvoir àLar ,que la maifon du Khan ,la place, les Bazars 6c le château. La maifon du Khan regarde far le dV'Kn fofte ;les murailles font de ce côté-là fort de Lar* élevées ,6c àl’extrémité il yaun Divan Ouvert, propre àprendre le frais :L’entrée de
468 SUITE DU VOYAGE £ quarré •au milieu de chaque face ,Pon trouve une grande arcade ,par où Pon entre fous des voûtes ,qui font une croix commeaux autres, mais elles font plus élevées, &ce n’elt pas fous ces voûtes qu’on loge ;car les chambres font aux quatre coins, larges d’environ trois toifes en quarré ,élevées de terre de deux àtrois piés ,6c toutes ouvertes des deux cotez de dedans ,où il yade grandes arcades, qui prennent depuis lepavéjiifqu’à la voûte ;chaque chambre ala cheminée 6c d’autres petites commoditez La place du milieu cft couverte d’un dôme, où il yaune grande ouverture ronde en haut. Il entre dans ce Kervanfëraï par une des portes, un ruiiTeau d’eau fort claire ,large d’un bon pie , qui fe rend dans un baffin quarré oblong qui eft au milieu ,qu’il tient toujours plein ; en-fuite il pâlie outre, 6c continue fbn chemin par un canal fembîable àcelui qui l’a amené ,qui le conduit àla porte oppofée par où il fort. Ce ruiffeau vient d’une montagne qui efh àdeux portées de moufquet du Kervanferaï ;il en décent avec impetuofité par un canal large de plus d’un pié 6c profond d’environ la moitié, d’où il va fo précipiter dans le premier pilier d’une arche rompue qui eft fait comme un Puits; il yaainfiplufieurs de ces arches rompues toutes de fuite, avec quelque relie des piliers. Je croi qu’elles
DE LEVANT. Liv. III. Ch. IV. 469 ou’eiks ont été abbatuës par la violence des eaux, qui dans le tems de pluies font fort grofles en cet endroit ,8c même il en pafibit alors encor un peu entre ces piliers :peutêtre eft-ce ,parce que l’on eraignoit cet accident ,qu’on ne conduift pas cette eau par delîus ces arches, qui apparemment n’étoient que pour l’ornement. L’eau étant détendue dans ce Puits ,ya fous terre juf* qu’à une vingtaine de toiles de là ,qu’elle remonte par le pilier de la première des arches qui font reliées entières ,au nombre d’onze (ce Pilier eit aufi comme un Puits J&étant parvenue en haut, elle coulé dans un canal femblable àcelui qui vient delà montagne*, excepté qu’il efc porté fur ces arches hautes d’environ une toile 8c demie ,juiqu’à uo endroit où la terre étant plus haute ,le canal n’éft plus élevé que de deux piés, 8c après quelques pas il fe trouve àrez de chauffée de la campagne ,où faifànt plulîeurs tours 8c retours, il arrofè quantité de piés de reglilîè qui fe trouvent le long de lés bords, juiqu’à ce qu’il arrive au Kervanferaï. Ala vérité cette eau iPeft pas bonne àboire ,ce n’eft que dans la neceffité qu’on en ufè 9 lorsqu’il n’y en aplus àune citerne qui eâ là proche ;mais au moins elle fort àrafraîchir le Kervanferaï ,8c àyla-
BeTkd Dobend> Dgei Hhon , Kïrvao- KotBi- zirghioO; Keivan Jetai, 470 SUITE DU VOYAGE près de ce Kervanlèraï il yen aunautre fort petit ,par où patïè îa même eau ;6t un peu plus loin il yen aun troifiéme qui efb plus grand ,mais qui ell un peu ruiné. Ce lieu cfl éloigné de Hhormontde cinq agatfch. Nous en parûmes le Lundi fixiémed’A- vril demi-heure après minuit ;d’abord nous eûmes durant plus d’une heure ,un fort mauvais chemin tout plein de pierres ,après quoi nous le trouvâmes allez beau. Sur les deux heures nous paflames devant un petit Kervanlèraï couvert ,appellé Berkei Dobend ;6c fur les quatre heures par devant un autre, appellé Dgei Hhon. Ala pointe du jour nous rentrâmes dans le mauvais chemin ,où il nous falut monter 6c décendre parmi des pierres durant plus d’une heure ,après quoi nous l’eûmes meih* leur ,jufqu’à un Kervanferaï couvert ,appellé Kor Bazirghion ,c’eftà-dire ,folle de Marchand ,où nous arrivâmes fur les huit heures. Ce Kervanferaï ell de même grandeur que celui où nous avions logé le jour precedent. Il effc bâti environ de même; àchaque coin ,il yatrois chambres ,dont l’une qui ell en dedans ,ell ouverte des deux cotez en arcades ,6c les deux autres ont leur porte dehors le Kervanferaï :Ce lieu ell éloicinq agatfch. gnéde Tenghidalande
DE LEVANT. Liv. III. CkIV. 471 ntrnie après minuit :Nous eûmes durant un bon quart d’heure un mauvais chemin de pierres ;fur les cinq heures &c demie nous paiîlmes devant un petit Kervanferaï couvert, appelle Berkei Soltouni, &fur lesseikei fept heures &trois quarts nous vînmes àun ot autre fêmblable, qui eft proche d’un grand yaîiferaî»’ village appellé Kovrefton, éloigné de Korieov;*.". Bazirvhion de quatre auatfeh: Nous quitâ-**^» mes en cet endroit la caravane ,parce que nos' Muletiers prenaient des chameaux pour achever le Volage ,Ôt faifoîent defièin de ne cheminer que de jour, 6t de Lire durer ' le Volage' encore quatre journées :c’eft pourquoi je pris un chameau pour porter mon Valet êc mes hardes, &un Guide pour nous montrer le chemin ,qui de là au Bouder eft fi difficile ,qu’une perfonne qui vapafié cinquante fois, ne îaiffib pas de s’y perdre •de forte que c’eft une neceffité d’avoir un homme du Fais pour ne pas s’égarer, ' Nous partîmes àonze heures du foir, 8c nous entrâmes d’abord dans une grande plaine de fable, qui ne laifle pas d’ètre peuplée de quantité de Villages ,que l’on voit de part &d’autre': ce qui vient de l’abondance des Palmiers dont ce Pais eft tout plein, le [erroir yétant propre ,quoi que très-fteri- le, àl’égard de toute autre chofe. Environ une heure après minuit, nous paflàmes c5/ devant t
Dobrikf Kervanferai. Pariab- 2ahed Aly ,a gueduc. Roudhhouna, XÏYlClC. Pouîi Sengh , pont. 472SUITE DU VOYAGE devant un petit Kervanferaï couvert appelle ,Dobiike ,qui eft àun agatfch 6c demi de Kovrefton ;6c un peu après nous paflamès ilir un aqueduc qui eft àrez de terre, on l’appelle Pariabzahed Aly. Cet aqueduc conduit julqu’en cet endroit Peau d’une iburce qui vient du pie des montagnes, qui font àmain gauche vers le nord ;6c elle aété découverte en creufànt ,6c Peau en eft fort bonne. Entre les trois àquatre heure ,nous padames fur un beau Pont fort élevé, large de plus de trois toiles, 6c longdelèptà huit cent pas communs. Il eft bien pavé ,6c a un garde-fou de chaque coté haut d’environ un pié 6c demi :11 paftè délions ce Pont, une rivière large de plus de neuf ou dix toiles ,qui le fait entendre de loin ,par le grand bruit qu’elle fait en courant; foneau ne fe boit point ,car elle eft lalée ,elle le va rendre dans la mer, àquelques lix cent pas de là. Le nom de cette rivière eft Roudhhouna,c’eft-à-dire ,rivière qui pâlie , 6c ils donnent ce nom àtoutes les grandes rivières; elle vient de Kermont. Le nom du pont c’eft Pouîi Sengh ,c’eft-à-dire, pont de pierre, ou autrement Pouli Kovrefton. Cette rivière ,avant que d’arriver à ce pont ,palfè auprès du pié des montagnes j qui font àmain gauche vers le nord ,6c là
DE LEVANT.' Liv, III. Ch. IV. 4^5 elle commence àdevenir falée :lorfqu’elle ef: arrivée àce Pont ,qui n’eft proprement que fur fbn rivage, le trouvant ainfidecôté - elle coule tout du long ,&feulement (è décharge, en paflànt d’une partie de fès eaux , leiquelles après avoir paffé fous les arches , trouvant de l’autre côté du pont le terrain plus bas ,cela fait qu’elles tombent avec beaucoup d’impetuofité ,éc c’eil ce qui eau-' fe ce grand bruit que l’on entend de fi loin. L’autre partie des eaux qui ont fuivi le cours de la rivière s’étant écoulée le long du pont , fe détourne en-fuite vers le midi ,êc va le perdre dans la mer. Nous payâmes après avoir traverfé ce pont, fur une cliauliée large de plus :de deux toiles, toute pavée & longue d’environ mille pas ,qui aun petit parapet ou garde-fou d’environ un pié 6c demi de haut. Nous arrivâmes le Mécredi huitième d’ Avril ,àfix heures du matin ,àun Kervanferaï couvert appellé Ghetfchi ,éloigné de Gjiet_ Kovrefton de fix asatfeh. Il yen aencore un rchi>Ksïn0»,nJ*yanferai. autre tout auprès qui n’eit pas couvert ,mais du refie il eft fait àl’ordinaire, êceflunpeu - ruiné. Il yavoit auxenvirons plufieurs tentes de poil de chèvres noires ,dont il fortit auffitôt que nous fumes arrivez ,quantité de femmes 6c de filles pour venir nous vifiter : xc6Elles
474 SUITE DU VOYAGE Elles étoient vêtues d’un caleçon bleu raïé, 6cd’une chemife bleue par deiTus ;elles avaient toutes le nez ,les oreilles ,les bras 6cles pies chargez d’anneaux d’argent ,de cuivre ,d’os ,ou de verre *elles tenoient chacune une écuelie de terre pleine de Yogourt ou lait aigre, 6cune petite outre pleine de même drogue fous le bras ,êc pour nous inviter àen acheter ,il yen eut qui prirent en nôtre prefènee avec les quatre doigts 6cle pouce ,du heure plein de poils dans leurs outres, qu’elles mêlèrent dans le lait ,qui étoit dans leur écuelie ,6cen- fuite yverfèrent de la même outre du lait aigre :Leurs hommes font tous pêcheurs , 6cfoit l’un 6cl’autre fexe ,ce font des habitans dignes d’un tel Pais. Nous partimes de ce lieu, le fbirdu même jour ,àfîx heures 6cdemie ;6cnous continuâmes nôtre chemin dans la plaine iablonneuie :fur les huit heures nouspaifâmes un détroit entre de petites montagnes, 6caprès avoir tournoie environ un demiquart d’heure ,nous trouvâmes deux chemins •l’un àgauche qui va par une montagne allez haute ,6cl’autre àdroite ,qui ne paraît prefque pas ,ce fut le dernier que nous primes ,iaihant celui àmain gauche qui eft très-dangereux ,fi l'on en croit les gens du Pais ;car il nous vc alurentperfua-
DE LEVANT. Liv. ÎIL Ch--IV. 4j? der qu’il yadans cette montagne des Dgins qui tiient Tous les paOans :Par ce mot de DAns ils entendent de mauvais eiprits ,. D^ns » ^n1.7ou mau qu 11ou mau* ils dilent etre d’une nature entre celle de vais cfman ,ou charme. l’Ange &de Phomme. ils ont donc cette pIΣi imagination ,qu’ils débitent comme quelque chofe de bien alluré ;qu’il yaen cette montagne imTlifman ou charme, enverra™ duquel ,les Dgins en font les maîtres ,ôc qu’ils yfont des chauderons ,dontonentend le bruit ,car ils tombent d’accord que quelques perfonnes en font revenuës ,qui ont rapporté toutes ces chofes :mais ils difent qu’il n’y aque ceux qui ontété exceptez de ce charme ,par celui qui l’a fait ,qui en puift fent revenir. La vérité eft ,félon que fai apris de quelques perfonnes mieux fenfees , &qui ont avancé quelques pas dans ce chemin ,qu’il eft fi mauvais ,que pour peu qu’on s’y engage ,l’on a bien de la peine â s’en retirer ,tant il eft plein de précipices de tous cotez. Cependant ce chemin paraît tellement le bon, que quoi que nous eneu£ fions été avertis ,nous commencions ày monter, lorfque nôtre guide nous appella vitement ,êt nous fit prendre l’autre ; cette montagne eft appellée Kouhtfeheizer Kouht- Gheroun. Ghe- ££ Après ce paflâge ,nous cheminâmes près de roun » ,r,J0vrMmon»- deux heures dans une campagne .ou il yagae% c7grand
4-76SUITE DU VOYAGE grand nombre de petis Tertres ou butes hautes les unes d’une toile', les autres de deux ,& les plus hautes d’environ quatre toiles. Sur les onze heures ,nous pafiames devant un petit . Houni Kervanleraï couvert, appellé Houni Sourkh, Ke'îvan-’ c’elb-à-dire ,fimg rouge ;il ell éloigné de kraî. Ghetfchi de quatre agatfch. Environ une heure 6cdemie après nous vînmes àun au- Bendaîi. tre petit Kervanlèraï couvert, appellé Ben- Keivau- ,-j aq^qUin’ell: éloigné de Hôuni Sourkh que d’un agatlch ,6cqui elt tout proche de la mer. Nous nous yrepofâmes deux heures ,parce qu’on nous auroit tiré des coups de moufquet de la forterelîe de Bender-A- bafiî ,li nous yfuiïion arrivez de nuit. G’eft pourquoi nous ne paitimes deBend^li, que le lendemain àdeux heures 6cdemie après minuit ;6cun peu après cinq heures ,nous Arrivée arrivâmes proche de la ville de Bender, à tel en“la maifon du Rahdar ,où finit îajurifdiéHon du Khan de Lar ,êc commence celle du Khan du Bender» j
de LEVANT. Liv. III. 'CH. V. 477 CHAPITRE V. Du Benâer -Abajjl ,nPOrmus &dit retour aSchiras. Si-tôt que nous fumes arrivez, le Rahdar, félon la coutume, nous mena àla Douane ,où l’on vifita nos hardes ;enfuite de quoi nous allâmes loger àun Ker— vanfèrar.- Auparavant quede m’engager àdire quelque choie du Bender, il eft àpropos de marquer ici quelques erreurs des Car- Erreurs tes de Géographie, qui toutes mettent la ville de Schiras prefque aux deux tiers du chemin d’Ifpahan au Bender, 8c cependant ce n’en eft guère que le tiers. De plus les Auteurs de ces Cartes ,mettent le Bender au lebêche ,8Cprefqu’au couchant de Lar ,8c il eft au levant àfon égard ;8c Lar eft au levant ,tirant un peu vers le midi ,àl’égard de Schiras. Tout le long de ce chemin depuis Lar, ou plutôt depuis le Dehi-Koujufqu’au Bender ,Pon voit beaucoup de ces maudites plantes que les Periàns appellent Kherzehreh ,Kheraont j’ai déjà parlé ,8c dont Pon prétend que faces * la qualité eft ft maligne ;que fî en Juin ou cherai~ Juillet ,quelqu’un refpire certains vents chauds du midi qui viennent de la mer 8c pat
Grans tonnerres au Bendex. 484 SUITE DU VOYAGE chaleur, que les Habitans font obligez de l’abandonner, êc de fe retirer àtrois ouquatre parafànges loin, où la plupart vivent fous des tentes; meme lagarnifon delaforteredê iè retire ,ôc il ne refte que fort peu de gens qui font las de vivre. Néanmoins cette place pour être fi abandonnée, ne court pas nique d’être furprifè ,parce qu’en ce tems qui eit l’Hiver des Indes, il fait de il terribles pluies, vents &tonnerres, qu’il ièmble que le monde veuille retournera ion premier chaos :De forte qu’il n’y apoint de vaidèau qui puiflè pendant cette iàifon, durer fur ces mers, où le naufrage cil inévitable. Audi n’y at-il qu’une iàifon pour faire trajet aux In- Moufon, des 5°i ue *es Portugais ont nommé Moutems de fon ,&qu’ils ont-adûrément tiré de Moufon, mot Arabe, qui iignifîe fàifbn; mais enfin ,ce nom ed: udté dans toutes les langues, pour ügniüer le tems de la navigation, qui dure la moitié de Pannéc, àfàvoir depuis la fin d’Oetobrejufqu’à la fin d’Avril,! 2e ^der U^ra^edu Bender eftadêzfûre, car e!- : Abffi! 1'le adu côté du nord la terre ferme de Perle; du côté du midi l’ile d’Ormus, &au lebeche. Pile de Lareca ,qui ed au couchant de celle d’Ormus ,dont elle n’eft é*j loignéeque d’une lieue Les vaideaux varia r.avi cation aux Indes. crent proche de l’Ile d’Ormus du côte UU;
DE LEVANT. Liv. III. Ch. Y. 4% jonchant ,&pour aller aux Indes, ils pafient entre Pile d’Ormus ,qui eft au midi :u Bender-Abaili ,&la côte de PArabie kureufe. Aun parafânge de Comoron ,tirant vers le levant, l’on voit un de ces arbres, appeliez arbres de Banians ,àcaufe que les Banians font ordinairement des Pagodes fous ans. ces arbres :les Portugais l’appellent arbre ce racine ,àcaufe que de chaque branche, il fort des racines qui entrent en terre ,ôc produifent comme d’autres arbres :de mamère qu’un de ces arbres peut faire uneforêt entière. Je ne le décrirai pas, ne l’aiant V a A^e |e r, point vû, parce qu’on n’y pouvoir aller, pois dans acaufe de la grande chaleur qu’il faifoit, volage c’eft pourquoi ie renvoie le Leêfceur àLindesl , n(ks ;1oT/I *p*1If** Oll l\ CH S ichot ce Joniton, qui en on tait la deicnpfait la tion. Il yafous celui-ci une petite Pa- ^«pgode ou Temple de Banians, Je ne fus que fept jours au Bender-AbaT G,au bout defquelsje fus obligé de rebronfler chemin, ne votant pas d’apparence de pouvoir m’embarquer pour les Indes ,veu qu’il0yavoit trop de rifque pour moi d’y attendre plus long-tems une occafion favorable. Il n’y avoit pour lors que fix vaiffeaux qui duilent palier aux Indes ,quatre Hollandois, un Arménien ,6c unMo- LfsHoî. te ;Pour ceux des Hollandois il ne faloit pas landoss rne vea
4B6 suite du voyage yfonger, car ils font de fermentde ne paf- |afTer de aucun Franc ,&cela par une ordonnant Francs ce exprefîè de la Compagnie, parce qu’ils difènt que les Francs, en difcourant avec 1 leurs mariniers, s’informent ordinairement de tout ce qui regarde le trafic, 8c ils font bien-ailes que ce fbient des myfteres cachez &C inconnus à tout autre qu’a eux. Quand je n’aurois pas fû tout cela, &qu’ils m’auroient offert de me recevoir, je me ferais Défiance bien donné de garde de l’accepter, fâchant I îes^Hor ce qu’ils avoient dans l’Ame àmon égard, landois. Levaifîéau More étoit fort mauvais &peu capable de renfler àune tempête, &encore moins aux Corfâires ,s’il en eût été attaqué ,ce qui étoit cependant beaucoup à craindre ;car il yavoit un certain Sivagy en mer ,qui étoit un Radgia ou Prince vaflâl du Mogol ,mais qui s’étant révolté depuis quelques années ,avoit deux ans auparavant entièrement pillé Sourat: depuis il s’étoit adonné àécumer ces mers •&c il avoit pour lors une flotte en mer,que l’on difoit être de cent galiotes ,avec quoi il en’evoit tout ce qu’il rencontroit, excepté les Hoîlan* dois ,àqui il n’ofoit toucher ,de peur de s’attirer fur les bras la Compagnie qui ei: puifîânte. Pour le vaiffeau Arménien, il n’y avoit pas de place ,àcaufe de la grande quantité de monde qui vculoit s’y embarquer,
DE LEVANT. Liv. ÏÏL Ch. V. 4§ quer, êc même placeurs Arméniens ne purent pas yêtre reçûs. Mais ce qui m’empêcha davantage d’y penler, c’eft que ce vaiifeau avoit été achété des Hollandais par un Arménien, il portait encore leur ban« niere ,le Capitaine êc le Pilote étaient Hollandois ,êc le Commandeur des Holîandois qui étoit un nommé Vanvik, avoit dit à Moniieiir Tavernier, qu’il ne fbuffriroit pas que je m’y embarquaile. Ces Meilleurs avoient pris mi ombrage de moi fort mal fondée mais qui ne laifioit pas d’agir puiifamment fur leurs efprits. Ils s’étoient imaginez, êc ils le dirent àquelques perfonnes, fondée" qu’ils iàvoient fort bien que mes pareils éf“doisl" toient les principaux intereflèz dans la Compagnie qui fe faifoit en France pour le commerce des Indes êc que j’étois un efpioa qui venois remarquer les lieux :Je ne fài pas fur quel fondement ils s’étoient entêtez de cette imagination ,car on ne parloit pas encore de cet établiflêmeiit quand je partis de France, êc je n’ai fû qu’aucun de mes proches yait eu part. Cependant cette fantaifîe me penfà coûter la vie, êc je reconnus par là, que c’eft durant les douze mois dépannée, êc non pas feulement durant trois, que l’air eft mortel au Bender ,pour tous les Francs que kcuriofité yamène pour paffer aux Indes; êc quoi qu’il iemble qtfjl y Tome IV \ de-
Dcfte'n rie PAuteur en voingeanr. Marque, riu pouvoir des Hollandais au Bender. X-’Auîtu i 488 SUITE DU VOYAGE | devroit avoir plus àcraindre, pour ceux que le négoce yconduit, cependant l’experience Eut voir le contraire Ceci doit fervir d’exemple ôc d’avis pour ceux qui voudront voiager en ces Pais par curiofité, 6c par un pur defirde voir ôcd’aprendre comme j’ai fait :11 faut qu’ils foient perfuadez, que non feulement les Hollandois, mais univerfèllementtous ceux qui négocient aux Indes ,de quelque Nation qu’ils foient ,fuficnt-ils leurs compatriotes, ne font pas bien aifes que d’autres ymettent leur nez, ÔCen reviennent dire des nouvelles ,ôc ils doivent prendre là-deflus leur précaution ,ôc particulièrement éviter les lieux où les Hollandois font les maîtres. Je ne fus pas long-tems àprendre ma refolution ,qui fut de me retirer au plutôt, ôc du mieux qu’il me feroit poÜible, d’un lieu où j’avois tout àcraindre Ôc rien àefpercr ,car les Hollandois font entièrement les maîtres au Bender. Leur crédit yeft fi grand, que quelques jours auparavant le Scheïch Bender aiant fait quelque déplaifir au Commandeur Hollandois ,ce Commandeur fît déchirer la bannière de Hollande, Ôc le fit prier àbelles baife-mains du Scheïch ,qui lui fit mêmedes preiens, pour obtenir de lui qu’il en remit une autre.' Je me déterminai donc d’aller pafïer PEy té
DE LEVANT. Liv. ÏIL Ch.V. 4% té àSchiras, ou je pourrois délibérer en retourne toute fureté de ce que j’aurois àfaire :mais ^cM' parce que j’avois des avis qui m’obligeoient de tout appréhender de ces fortes de gens; je tins mon départ fecret ô£ ne le communiquai qu’à Monfïeur Flore Agent de là Compagnie Angloifè ,qui étoit le fèul ,en qui je pouvois me confier :Il me donna un de les Schaters, pour empêcher que les Rahdars ne m’arrêtafTent ,&pour cela il dit que j’étois Anglois. Je partis du Kervanferaï le Mécredi quinziéme d’Avril à neuf heures du foir, faifànt courir le bruit dans îe Kervanfèraï, qiie jYilois au Bender Congo ;Ôt pour qifon netirât pas für moi de laforterefle, comme l’on fait fur tous ceux qui en approchent de nuit ,je traverfâi là Ville 6c pafîài par le milieu de la campagne* Le lendemain comme j’étois àGhetfchi, Ghecil s’éleva une tempête de fable 5de la meme manière qu’il en fait quelquefois en A- te de rabie St en Egypte ,principalement au Prinlibl5s teins :elle étoit excitée par un vent de midi fort chaud, qui apporta tant de fâble^ qu’une des portes du Kervanferaïen étoit à demi-bouchée ,êc le chemin ne fe pouvoir plus trouver, étant couvertde plus d’unpié de fable ;dont on voioit des monceaux de tous cotez. Ce fable étoit extrêmement f<'S
490 SUITE DU VOYAGE fin 6c fàîé ,6c nous incommoda fort les yeux, même dans le Kervanferaï, où toutes nos hardes en furent couvertes. Cela dura depuis midi jufqu’au foleil couché, 6c la nuit fuivante il fit une fi grande chaleur ,fans aucun vent ,qu’on ne pouvoir prefque refpirer :ce qui venoit àmon avis en partie de îa reflexion du fable échauffé. Le jour fuivant j’eus de grandes douleurs àunœil ,qui me cuiibit commes’il yeût eu du fel fondu dedans ,ce que j’attribuai àla chaleur exceffive de la nuit précédente, 6c au fable qui étoit entré dans mes yeux ,quoi que lefoir je me les fufle lavez avec de l’eau fraîche, après que le plus fort de cette tempête fut pafle. Nous eûmes encore les deux jours fuivans de ces vents tellement chauds, qu’ils nous brûloient le vifàge 6c les mains ,de mêmequ’auroit pû faire Pair d’un four ;mais incontinent que nous eûmes pafieLar, nous commençâmes àfèntir du froid les nuits. Geux qui viennent du Bender vers Schiras py;r doivent obferver foigneufement étant à Lar, de fè bien couvrir l’cftomac ,autrement ils ne manqueront pas d’être malades. Enfin, l’arrivai Dieu-merci, àSchiras le sautas, premier jour de Mai. CHA-
DE LEVANT. Liv III. Ch. VI. 491 CHAPITRE VI. Des Antiquitez qui fini àvoir depuis Schiras ^jufqidà Tfchehelmtnar. ÎE prendrai occafion de ce fécond fèjourà JSchiras pour faire la defcription de ce qu’il yade beau 6c de plus curieux àvoir dans ce Pais ,bien que ce ne foit autre chofé que des ruines ,dont 011 ne lait pas bien l’antiquité ,n’y ce qu’elles ont été autrefois ,mais elles méritent d’être vues des Voiageiirs qui viendront dans ces quartiers, 6c elles valent bien la peine d’être lûè’s, par ceux qui aimeront mieux fe fier àmon rapport, que d’y aller voir eux*mêmes. Pour moi je les ai vûës avec plaifir ,ôt Monneur Doliere étoit de la partie ;il étoit venu de France avec M. Tavernier jufqu’au Bcoder, d’où nous étions revenus enfemble àSchiras ;lui àdeflêin de reprendre la route de France, &moi de prendre mes brifées ailleurs pour paflér aux Indes :j’eufTe fouhaité de ne le pas perdre (i-tôt ,car c’efb un hommed’honneur ,6c dont la compagnie eft fort aimable. Pour voir ces Antiquités fi célébrés parmi les curieux,il faut étant fort! de la ville deSchid3ras.
492, SUITE DU VOYAGE ras, aller droit au fîroc êt tenir le chemin iaitîcfd conduit au Lac où fe fait lefel, dont on à.scfeiias. ule en ces quartiers. Après avoir cheminé un agatfch 6c demi ,l’on voit àmain gauche une montagne ,qui eft prefque vis-à-vis d5un Village, lequel eft au milieu de la campagne; il faut monter au haut de cette montagne êc Pon yvoit un refte de quelque Temië&«ftiPÎea^e2i curieux Ce lieu eft quarré, il y d’un 1aau milieu de la face qui regarde le maeftral, Tembie une grande porte ;une autre aumilieu de celle qui regarde le fîroc, 6c une troifiéaune SSede rae au milieu de la face qui regarde legregal; dchiias, on n’en voit point àToppofîte, Sç il n’y a aucun refte qui marque qu’il yen aitjamais eu :Les jambages de ces portes font chacun d’une grande pierre grife noire &fort dure, ôc ils ont bien dix piés de hauteur fur deux piésêc demi, 6c quelque chofè dê plus de large :Le linteau êc le fèüil font de même matière, 6c ont environ quatre piés; de forte que ces portes font de quelques dix pies de hauteur ,fur quatre de large. Sur chaque jambage de porte, eft taillé en relief une figure de grandeur naturelle ;l’une ref-- femble àun homme qui tient fur un bras une façon de Manipule comme nos Prêtres en mettent quand ils s’habillent pour dire la Meftè; feulement il yacette différence, qu’il n’eft pas plus large aux extrémitez qu’au
DELEVANT. Liv. III. Ch. VI. 493 qu’au milieu: de l’autre main il tient comme une boule ,ou un cœur,dont il fort une flamme. La figure oppofée paroît une femme, qui tient d’une main une façon de bénitier, 6e nous ne pûmes juger ce qu’elle tient de l’autre ,àcaufe des ruptures qui y ont été faites àcoups de cifeau ,fi ce n’elt un chandelier avec une chandéle, ou plutôt un goupillon ou afpergez. Il yaainfl deux figures à, chaque porte, qui ont toutes les mêmes poffures que celles-ci,., ou au moins il yafort peu de différence. On a ôté àforce de coups de cifeau les têtes à toutes ces figures. Ce quarré aenviron iept toifès de longeur; vers le milieu on voit une petite cufve de pierre quarrée oblongue ,avec un trou au bas pour faire écouler Peau. Il yade l’apparence que les murailles étoient toutes de même pierre que le portes, parce que depuis la porte qui regarde le gregal, jufqu’à celle qui regarde le firoc ,l’on en voit encore un rang qui efl de même :Le relie eft ou couvert de ruines ,ou ôté ;6c il ya une de ces pierres qui font reliées ,qui efl proche de la porte de firoc ,furquoi font taillées en bas relief ,mais fort peu relevées, fix figures, qui ont un peu plus d’un pié de haut: elles reprefentent des hommes tout droits ,allant l’un derrière l’autre ,en d4égale
foo SUITE DU VOYAGE fort large, profonde, êc poilTonneufe ,& l’eau en eft toute blanche. On m’a alluré que l’Hiver elle fe groffit d’une telle manière, qu’elle vient ^ulqu’au ddîus des arches, prHqu’à la hauteur du Parapet: A= près avoir traverfé ce Pont, êc cheminé encore une heure dans une plaine ,l’on paffe proche d’un Village qui eft àmain gauche, êc une heure après proche d’un autre qui eft àdroite, il refte encore une heure de che- Mïrkas- min pour arriver au village appelié Mirkasvïliagè, El100 ?près duquel eftTfcheheiminar; au moins ,il n’en eft éloigné qne d’un quartd’heure de chemin. Ce Village eft dans une fort grande plaine très-fertile, êc arrofée de quantité d’eau ;il yaun Kervanferai pour yloger ,parce qu’en Hiver ,c’eft le chemin pour aller d’Ifpahan àSchiras, êc allant de ce Village au Levant, tirant vers flroc, Pon vient àTichehelminar. GHAPI'
i)E LEVANT* Enr. III. Ch, VU, -oi cHAF'ITRE: VIL P# Tfchebehnïnâr &: Nakschi Ruftan.. jg fins ru ïèntirnenjt de ceux qui veulent JqUe Tichebekninar fbît une partie de 'ancienne Perfepolis ,qui étoit bâtie à ‘endroit où efff preientement le grand Dourg. de Mirkas-Khon; tant àcaufe du neuve que Diode-rus Siculus &les autres Auteurs ydefignent .ions le nom du petit Arax, 8c qui eft preientement appelle Bendemir, que par pluiieurs autres marques que Pon ne fâuroit mettre en doute. Tout Tfchehelminareft bâti fur le plus Premiers bas du penchant d’une montagne. La pre- ^e caileîS miere choie que Pon yvoit etr arrivant ,Tfchec’efr un grand mur de greffes pierres noirâm£ai, très, épaiffes de quatre piés, qui fbutient une grande plate-forme ou terralle -la- ffdle s’étend du midi au nord, d’environ la longueur de cmq cent pas ;du côté _ couchant elle ala campagne, du côté eu levant ,après une quantité de magnifiques reftes de bâtimens ,dont elle fait le commencement, elle ala montagne, qui *Ucaifcomme un demi-cercle, forme une A^njere amphithéâtre qui embraiîe tou- "ccs ^perbes ruines. Peur arriver fur le Mut
fo% SUITE DU VOYAGE haut de cette terrafîe ,vous allez vers l’ex, trémité du côté qui elt au nord *ou vo^5 trouvez d’abord deux efcaliers, ou plutôt un efcalier àdeux rampes, ou fi vous von! lez un double efcalier, qui de chaque coté acinquantefix degrez de pierre grife, qQ; font fi aifez, que les chevaux les montent facilement :Aiant monté par un des côtez de ce double efcalier,jufque fur un paillier quatre où Pon fé peut repofèr de qui eft proportionné àla largeur de la montée, Pon continue àmonter par la partie haute de Pefcalier, laquelle va àPoppofite de la partie baffe, c’eft-à-dire, que la partie haute de Pefcalier qui allait en fa partie baffe au midi, conduit au nord ,de la partie hau- I te de celui qui en fà partie bailè alloit au nord, conduit au midi; de manière que ces deux efcaliers, qui s’éloignoient l’un de l’autre dans leur première Partie, fe rapprochent dans cette fécondé, en ibite que le haut vient rendre à un mêmepaillier; & cette Partie haute de Pefcalier aquarante* fix degrés, * Etant ^lî jr au bout de îa grande allée des Tfiuillëries dans cent guindé place en rond, qui la finie fi magnifiquement, efcaliers, un àchaque côté, vis-à-vis l’un de l’autre, q* donneront au Leôteur une plus iufte idéede celui de Tfchcq, Sïlîn?r5U€ nîaur°it: peu faire un plan fut le papier, quoi yair àceux der Thuilieiies plus ds rampes ?&quei^ degrés d’abords .
pE LEVANT. Liv. HE Ch. VIL yo§ Etant arrivé au haut de Pefcalier, Pon uv€ vn Perron ,en-fuite duquel allant ^roit au Levant Pon voit en face deux anns Pilaftres qui ne portent plus rien, Sajsqui font comme les deux cotez de Fentrée jils paroifTent chacun d’une feule pierre, quoi qu’ils foient fort hauts. A chacun de ces Pilaftres au côté de dedans* vous yvoiez la figure d’un animal, taillée en demi-relief; mais il eft mal-aifé de dire fi c’eft un Cheval ou un Eléphant, je croirais plutôt que c’eft lé dernier, au moins il me fomble qu’il en approche davantage: quoi qu’il en foit ces figures font hautes d’environ trois toifos; elles font comme j’ai dit àdemi-corps le long' au Pilaftre en dedans ,vis-à-vis l’une de l’autre,, la tête tournée du côté Perron êc de Pefcalier ,ou fi vous voulez de la campagne. Au delà de ces teux Pilaftres ,ce font deux grandes lionnes de front canelées &qui font ailées apparemment de quatre qui yde- Voient être en quarré. En-fuite vous ^°uvés deux autres Pilaftres femblables ^.premiers, avec chacun une figure ^animal en demi-relief ,de même hau- ^?&en dedans ,vis-à-vis l’une de Pàir- i5mais àceux-ci les animaux paroifTent 'Bnhbns ,ils ont le derrière oppoié aU;
5*0 4 SUITE DU VOYAGE au derrière des elephans, êc du coté p^r où l’on arrive ,êt par con^quent iî s. regardent la montagne ÔC lOii^nt, su lieu que les elephans regardent l’Occident &la campagne :Ces quatre Pilaftres avec ces colonnes fèmblent avoir compofé un Portique. En-fuite de cela quelques pas plus avant, Grand l’on trouve àmain droite un giand baflin Saüia. quarré oblong, qui adeux toiles Cv demie de longueur, prefque autant de largeur, 6c en viron. trois piés de profondeur ;il eft tout d’une pierre grife. De là détournant àdroit &marchant au midi ,après environ une vingtaine de pas, vous trouvez une féconde terraffe plus élevée ,qui adans le milieu une avance avec un efcalier de chaque côté; il yeû adeux autres aux deux bouts de la terrafle ,mais ces quatre efcaliers font preique entièrement enterrez :Néanmoins l’on voit plufieurs figures fur ce qui eft encore horsterre des murailles des terraflés. Ala pJ> petite qui eft, commej’ai dit, en avance dans le milieu ,vous yvoiez un lion qui mangeuC Taureau :ce qui eft répété plufieurs Sasreiîefs Contre l’autre on voit trois rangs de ïaac Cfdes reliefs ,reprefentant ce mefèmble des sacrifices. £ceS5 ou quelque triomphe ;car plufieurs N formages yfont reprefentez allant cora^
D£LEVANT. Liv.m. Ch. VU. f0f japroceflîon, les uns après les autres armez, •«' uns d’épéês &de poignards feulement, les autres d’épées, d’arcs &de flèches, & Luttes femblent porter des vafes. L’on vvoit auffi plufieu rs fortes de bêtes, combe moutons,, beufs, dromadaires &autres aunsflXi Aiant monté ces efcaîiers ,vous vous âce :rouvez fur uneplate-forme, où il yaquand- :?u£ coionnes-, les unes enterrees êt les aunes* :res rompues ,3c de la plupart delquelles on ne voit que les bafès :Il yen apourtant encore dix-lèpt qui font fur pié; ÔC tant de celles-là, que des autres ,dont on ne voitque .a baie, il yen afélon mon conte ,douze rangs du levant au couchant* ÔC ces rangs i°ntdu midi au nord ,de chacun neufcolon- ?S v•lont hautes d’environ fept toiles, r a^4La [ lce füne de Pautre ,de trois ;toutes !? nt P‘ne^és ;il yen aqui ont des doubles napiteaux; les unes Sc les autres font d’un £ ue extra°rdinaire ,qui anéanmoins allez aVCC <^oricllle3 D' p^oît de ce f 0ur Ce , Lîr quelques-unes 5que toutes aient fcellef ^atu^s’°u peut-être des Idoles; pour vPrefen£ement aux cigognes ™yfaire leurs nids. * vie^f- ^ ac^n£iniiant d’aller au midi, Pon Bâtiment *feml^imfL C! 'iarré’dont une VK-SÏÏ* *urailles fubfïfte encore. Il efl perde b|s *yreliefs. ce
jo6 SUITE DU VOYAGE cé de tous les cotez de portes 8t de fenêtre* qui font embellies de plufieurs demi-reliefs, particulièrement les jambages des^ portes, qui font de même que le refte de Pédifice, de grandes pierres grifes. Sur ces jambages les figures font quafi les mêmes que celles du bâtiment, &oppofées l’une àl’autre; on yvoit un Vieillard fbivi de deux Valets, dont Pun tient des deux mains un grand bâton ,au bout duquel il yafept branches, qui foutiennent un parafol, qui eft justement au defîus de la tête du maître: L’autre tient d’une main un manipule, & de l’autre une crofle, ou bâton crochu, qui approche plus dans> fa figure des crofiès, dont les petis enfans fèjoiient, quedcscroffesdenos Evêques ;néanmoins la manière dont on la tient fait connoître que c’eft quelque chofe d’approchant àune crofi’e d’Evêque ,car le crochu eft en haut ,au deffus de la tête du maître. En quelques-unes de ces portes il n’y aqu’un de ces deux va- 1 lets^aux unes,c’eft celui feulement qui tient la crofie ôc le manipule ,êc aux autres celui qui tient le parafol ,-Aux portes des deux autres faces, qui font aufïiprefque toutes femblables entre, elles, l’on voit àcôté à chaque porte en dedans ,un homme quî j combat une bête qui eft toute drefîêe coi*' tre. lui yil lui tient de la gauche un bâte^
îÆ LEVANT. Liv.I1I.Ch. VIL 50 7 ^çrla tête ,6c dela droite ,il lui enfonce lanard dans le ventre; tout cela eft.de naturelle,, &mêmeil yaquelque &plus àquelques-unes, ciiite de ce bâtiment, l’on trouve les mû- Ig* d’Unautre femblahle,, mais qui eft m€rÆ Vquc entièrement ruïné :Onvoit encore ^jambages des portes en dedans, deux Sommes qui tiennent chacun une pique comine s’ils gardoient ces portes. Le long ^deux faces des cotez de ces bâtimens, jj yaune petite allée large d9une-toife 6c deirie, qui eft entre le bâtiment 6c une mûrie. Au bout de ce dernier qui eft fx rainé, vous trouvez un double efcalier taillé ans le roc ,mais il eft prefque caché fous les ,raines, aulli-bien que la muraille qui eft en- :re-deux êc (outient le terrain ,laquelle eft pleine de demi-reliefs ,dont on ne voit plus pue les têtes. Un peu plus en delà eft une terraflequar- Terrai^ ;ee peu élevée de terre ,dont la muraille 'pi la foutient eft aufli. embellie de plufeurs figures àdemi-relief, qui font àdemi Ouvertes de terre :Il refte en cet endroit plufieurs bafès rondes. En-fuite de cette ^raiTe ,qui donne fur une grande place, ^quelle s’étend en longueur ,du couchant Plevant, jufqu’à la montagne, 6c dont 4fece regarde le midi ,il ne refte plus rien;
*o8 SUITE DÛ VOYAGE rien; Pon ydécenc* rtrouve àcôté de la àgauche, 'êc qui eft mtic [fA!r»fr. LIw *Cil Jéda™aC ournant :€ roc même qui foutient et cei endroit nterrain. Revenant a:èc cela fur fes pasjufquhu bâtiment qüarté, dont j’ai parlé, qui eh en Elite de cette terraEê ,où il adouze rangs de colonnes de neufchacun ,êcdelà, mar. chant droit au levant, après avoir cheminé plus de cent pas>5Pon trouve Un autre bâtiment de même grandeur ,&Etué vis-à- vis de celui dont on eft parti :Au bout de ce bâtiment vous en trouvez un fécond, 1Aux cotez des Portes de ceux-ci, les figures qui yfont de demi-reliefcommeaux autres ,&de même grandeur ,ne font pas le? mêmes en ce qu’elles reprefèntent. Il ya un homme afiis dans une chaife ,qui tient un bâton ,6c afous fes pies trois rangs de petites arcades ,que des figures hautes d’un pié compofent ,en fè tenant les bras furies épaules les unes des autres. Au défias de b tête il yauneIdole qui reprefente un homme ailé, dont le corps eft pafié dans unanneau ,êc qui eft afiis fur un arc ;derrière ! chaife de Phomme qui eft afiis, il yaunva* let qui tient comme un Calice, En-fuite de ces bâtimens vous entrouve' Deux bâdeux autres, dont les portes font ornées fi iiæeas. £gures approchantes de celles que j’ai décrîM
p£ LEVANT. Liv. ÏIL Ch. VII 509 irrites. Aux unes ce font des hommes e r; -f-nnenc des piques; aux autres vous y 7ffard fuivi d’un Valet qui lui voie tient fin il y qui de parafol fur la tête -en- oues-11 nés où des combats font représentez. ‘À la iorti. de ces bâtimens vous trouvez Autîe ::ne terrafie quieft juftement vis-à-vis de t€rralfc* celle, dont j’ai par é,laquelle termine la premiers rangée de bâtimens, elle eft faite de' même ;Pon yvoit pareillement pîufieurs odes rondes, ôc elle donne fur la même place, qui eft au pié de l’autre, 6c où j’ai dit qu’on décend par un eléalier taillé dans le roc, quieft entre ces deux terraffes. Il faut en-fuite repaftêr par tous ces bâti" mens jufqu’au premier de ce fécond rang dont vous forcez du côté du levant,de même que vous avez fait àla fbrtie des bâtimens du premier rang pour venir àceux-ci. Et vous venez àd’autres bâtimens ,où vous Deus en demi-relief aux jambages des porbâti- ^ ^àpeu près les mêmes figures qu’aux préfens, c’eft-à-dire ,des hommes qui ont fspiques àquelques-unes, àd’autres combats dont les figures font fort pendes ;on yvoit auffi àpîufieurs un n?Iïle fftis dans une chaife, mais avec f 1 ;" qUe différence pour les autres figures 1 1 "accompagnent qu’aux autres bâtimens;
DE LEVANT. Liv. III Ch. VIL f-if portent des piques ,qui font àcôté du fécond rang ,&pofentfur les deux boutsdupremier, il yaàcelle-ci fix figures d’environ deux piés de haut de chaque côté ,àfàvoir trois au defms Pune de Pautre,6c autant dans la bordure àangledroit :Tbut cela eft en retraite, de même qu’à Tichehelminar, néanmoins le fécond rang aautant de faillie que l’architra- ve fur laquelle il eft pofé. j’ai fait un petit grifonnement de celle-ci qui fèrvira àdonner l’idée de celles de Vfchehelminar. Atrente pas de là on voit encore contre le rocher, qui regarde le midi ,6c va. du levant au couchant àdeux piés de terre, une manière de table d’attente où il n’y arien, mais i! paroît qu’on en aôté àcoups de marteau ou de cifêau quelques figures. A côté de cette table d’attente en delà, il ya une autre table avec des demi-reliefs ,qui eft Bagàmoitié dans la terre qui s’eft amaflée au- *c1k£ près ;elle atrois toifes de long ,6c fèmble en avoir une 6c demie de haut :On yvoit trois figures gigantelques ;la première paroît être une femme qui aun collier de grofles perles,. 6c lès cheveux tournez comme une coquille àvis longue ÿelle afur la tête une couronne, 6c au defîus je ne fai ou fes cheveux ,ou des bouts de plumes :Elle tire àelle un anneau ,que tire aufîi àfoi de l’autre côté une. figure e3qui
,$i6 SUITE DU VOYAGE qui paroît être d’un homme, quoi qu’il ait aùffi un collier de perles; il aunbonnet foit haut 6c rond par le haut, fait par le bas comme une couronne ;il ales cheveux grans, 6c annelez :Derrière lui efl un autre homme qui afur la tête comme une mitre. Il yaencore quelques autres figures ruinées. Acinquante pas de là on trouve une façade fèmblable àla première ,maiselle n’eft, non plus que les fuivantes ,qu’à une toifede la terre ,qui par la fuite des tems efl devenue fort haute en cet endroit :Au defibus de cette façade, il yaune table de bas-reliefs,, qui va jufqu’à terre ;Pon yvoit descavaliers qui combatent, mais cela eft un peu ruiné. Adeux pas de là ,c’efi: une autre table de basreliefs, àdeux piés de terre, haute d’une toile 6c demie 6c large de trois ;où Pon voit une cavalier gigantefque armé de toutes pièces, aiant fur la tête une couronne, 6c un globe au defîùs :il ala main gauche fur la poignée de fbn épée, 6c de la droite illeve une femme qu’il tient par le bras, près de laquelle efl: un homme qui aun genou en terre ,6c tend les mains en façon de fuppliant. Les gens du Pais difent que ce cavalier efl Ruflan ,qui veut enlever fa fille, 6c que fbn fils, frere de cette fille, le iupplie de la laiflèr. Derrière le cavalier il ya
DE LEVANT. Liv. III. Ch. VIX. f17 va uneautre grande figure droite, bien ruinée, elle aun bonnet long, qui eft rond par le haut :Cette figure eft toute couverte d’écriture qui femble Greaue ,mais elle eft tellement ruinée, qu’on ne la fâuroit lire. Aquatre pas de là ,on voit une troifiéme façade femblabkaux deux autres, au bas de laquelle il yaunbas relief, mais qui eft tout ruiné. Avingt pas de là, on trou- ve encore une quatrième façade toute fem- Façade* blable, avec un bas-relief au deflous, où Pon apperçoit des gens àcheval qui combatent, mais cela eft un peu ruiné. Vis-à-vis de cet endroit, àquelques pas Bande la montagne, il yaun bâtiment quarré, en manière de tour, largede trois toifes, 6c haut de quatre, couvert en terrai fcil yaau haut une manière d’architrave d’ordre dorique ,le tout de pierre blanche 6c luifante comme marbre, quoique ce n’en foit pas. Toutes ces pierres font hautes d’environ trois piés ,&longues de trois toifes ,en forte qu’il n’y en aqu’une àchaque affife d’un face. La porte de ce bâtiment regarde la montagne ,elle atrois toifes de hauteur fur une de largeur ;elle eft plus qu’à demi bouchée de gfolfes pierres qu’on yamifes En haut dans le travers de la porte ,l’on voit deux grans trous ronds où étoient les bouts des portes fermantes, qui e4fer-
Amel taillé «Laas le toc. Bas reiîef. ÿi8 SUITE DU VOYAGE- {envoient de gonds. Achacune des trois autres faces, il yafix niches ;deuxquarrées oblongues vers le bas ;deux quarrées au milieu, 8c au deftus deux autres quarrées, mais plus petites; elles font toutes d’une pierre grifo Ô€ noire; àfoixantepasdelàon trouve un bas relief ruiné. Acent pas plus avant l’on voit àdeux toifes deterre, taillé dansle roc, comme un Autel en rond ,au fond duquel il yaun homme dont la tête eft couverte d’un calque ,fes deux mains font appuiées fur fbn épée, qui eft droite devant lui, 8c ala pointe en bas ;il eft accompagné de cinq hommes àla droite ,8c de quatre àfàgauche ,tous aufli avec des calques ;mais de ces cinq perfonnages ,on n’en voit que le bufte, le refte, depuis les piésjufqu’au foin, étant comme derrière une pierre, ou parapet, qui eft de chaque côte; celui qui eft au milieu eft le foui qu’on voit entier :Ils ont tous les cheveux treffez 8c la barbe de même. Afix pas de là ,il yaunbas reliefàune toife de terre ,haut d’une toifo 8c demie ,8c large de quatre ,où font deux cavaliers gigantesques tellement oppofez ,qu’un cheval ala tête oppofée 8c tout proche celle de Pautrc cheval ;l’un des cavaliers aun bonnet long 8c rond par haut avec un rebord de quatre doigts ;il tient de la main gauche un gros
DE LEVANT. Lxv IÏI. Ch. VII. ?ig gros bâton en façon de fceptre, ôctire delà droite un anneau contre Pautre ,qui le tire aiilTi de la droite, &aun globe fur fà tête; fi l’on en croit les gens du païs ,ces deux cavaliers font Ruftan Sal ,6e Ruftan Colades: derrière ce dernier il yaune grande figure d’homme 5ou de-femme ,un peu ruinée, qui tend la main comme pour empêcher le globe qui eft far ûtête de tomber: Acôté de chaque cheval eft ataché avec des i chaînes ,un vaiè pour tenir de Peau ,qui eft fait en forme de pommede pin ,àla manière des Levantins, qui portent toujours un mataras plein d’eau. Aquelques pas de là -fur un roc un peu<p^mie élevé ,l’on voit unecolonne haute de quatre £oc. * piés ;un peu plus loin ,aufïï fur du roc peu élevé, il yadeux piédeftaux l’un contre l’autre ;outre cela il yaencore par endroits, quelques colonnes difperlees: Les gens du Pais croient que tout cela aété fait par les Dgins ou efprits ,àqui ,.ce difent-iîs ,Salomon qui avoit pouvoir fur eux ,commanda de la bâtir. Dans la vérité ,ceux qui en ont été les ouvriers étoient fort habiles ,car tout cela eft bien travaillé 8e de bon goût. Les bonnes gens ajoûtent qu’il ya dans la chambre de la première façade un trefor ,mais qu’on ne le peut avoir, Parce qu’il faut pafîer au delà d’une ejy roue-
Tille de S<*lo-j mon. fio SUITE DU VOYAGE roiie de pierre ,qui eft dans cette chambre, 6c qu’un homme l’aiant une fois voulu paffer ,la roiie tourna 6c le mit en pièces ;ils peuvent dire ce qu’ils veulent fur cela .parce que pour ymonter il faudrait de fi grandes échelles qu’il yapeu de gens qui en veuillent prendre la peine. Ils difent anfli que fur une autre montagnevoifine, qui eft au delà de celle-ci ,il yavoit une porte de la Ville qu’ils appellent ville de Salomon: Une fécondé àcette colonne, dont j’ai fait mention ,6c qui fe voit àmain droite en venantdu village Mirkas-Khon ;6c une troiiiéme au delà de Tfchehelminar :fi cela avoit été, il aurait falu que la Ville eût eu plus de huit agatfch de circuit. Pour ce qui eft de Tfchehelminar, plufieurs veulent que ce fût le Palais des Rois de Perfè, qui faifoient leur refidence ordinaire dans Perfepolis ,6c qu’Alexandre brûla étant ivre, à la folicitation d’une Courtifânne ;mais outre que ce lieu eft trop petit pour contenir un Palais, quicorrefponditàla magnificence des Rois de Perfè de ce tems-là, ks tombeaux qui font dans la montagne marquent le contraire; de plus comme il parait que ces lieux n’ont jamais été couverts ,j’aime mieux croire, que ç’ait été un Temple, 6c cela eft afièz vrai-fèmblable, à caufe de ces colonnes ,fur lefquelles il yavoit des Ido-
DE LEVANT. Lïv.IILCh.VIL 521 ]es ;6c Pon fait que tous les Temples des anciens Perfes étoient découverts. Ces bâtimens ont été gâtez ,non feulement par le tems, mais encore par les hommes, parnculierement par un Gouverneur de Schiras, que l’avarice preflà d’v faire faire de grans dégâts, parce qu’il étoit obligé de tiélraier ceux que la curioiité yamenoit ;ce qui penià lui coûter la tête, le Roi aiant trouvé cette aétion tout-à-fait mauvaife. On voit àNakfchi Ruftan Se àTfcheheîminar, dès oifeaux gros comme des merles, qui ont le bec de même grofiêur 6c longueur,' mais il eût de couleur de chair, auffi-bien que tout 'le corps ;de manière que l’on croiroit d’abord que ces oifeaux n’ont point du tout de plumes ;horfmis à la tête ,àla queiie Seaux ailes qui font noires; l’on en voit 'toujours àl’entour des trous, qu’il yaenquantité parmi ces ruines. Il s’en voit quelques-uns àSchiras, mais ce n’eft qu’au tems des mures ,dont ils mangent beaucoup ,aumoins des blanches: Ces oifeaux refîemblent afîez en grofïeur ÔC en figure àdes Etourneaux. e6CHAPI-
fzz SUITE DU VOYAGE CHAPITRE VIII. Rouie de Bender-Rik. JEfis marché àSchiras avec un Muletier^ pour aller au Bender-Rik,. àun toman pour cinq mules (car ce chemin n’efi: pas propre pour des chevaux) c’eft àdix abaiîis pour chaque mule ;8c il s’obligea de nous rendre au Bender-Rik en fept jours. J’ailois en la compagnie du Reverend Pere Denis Polonois 5Provincial des Carmes Dé- ?e!chïchauffez, qui avoir deuxperfonnes aveclui, 6c moi un Valet. Nous partimes de Schi- Rik. er”ras le Lundi vingthuitième de Septembre, un peu après minuit; nous lortimes de la Ville par le coté du Ponant, l’on appelle cette ioitie laportedeBafiora, àcaufe que c’en efh le chemin ^mais il n’y ani porte ni murailles. Nous primesnôtre route droit au Couchant, par un afîèz beau chemin, dans une plaine qui rapporte plus de baillons que d’autre choie. Sur les trois heures apres minuit nous pafiames devant un petit miferable Kervanlèraï ,où il ya des Rahdars ,qui nous demandèrent le peage; mais nous répondimes que nous étions Francs, 8c que nous avions un commandement du Roi pour ne rien païen ôc nous leur fimes feulemeut un prefent de cinq
DE LEVANT.Liv. ÏÏLCh.VIÏÏ, fzj cinq casbeghis. Ce Kervanferaï eft-.éloigné de Schiras dedeux parafànges ,on le nomme Tfchenar Rahdar ,c’eft-à-dire plane deRahdar, néanmoins il n’y apoint Hde plane. 11 yaauprès un pont bâti de neuf, de trois arches ce me femble, fous lequel paffe une petite eau ,mais qui doit être furieufe l’Hiver *. carje vis auprès de ee pont les relies d’ün autre ,qui apparemment aété abbatu des eaux. Cette eau eil nommée Abtfchenar RaHdarv Nous pailames ce Pont, &dar , demi-heure après ,nous en pailames un autmeie* trede deux arches,- encore tout neuf, St fur la mêmerivière ,près duquel on voitaufîi les ruines d’un autre Pont.. Ces Ponts font appeliez Poul-Hhadgikol ,c’efl-à-dire ,pont de Hhfi Hhadgikol ,qui eit peutêtre lé nom de ce- £lko1- lui qui les alait bâtir. Unquartd’heure après nous pailames proche les ruines d’un Kei> vanferaï ,qui étoit fort grand, Scfitué furie ?ord de la même rivière, qui apparemment ’a aulîi abbatu ,quoi qu’il fût fur un bord afiez élevé ,lé lit de la rivière étant foit profond en cet endroit.- Un quart-d’heure après nous gueâmes cette rivière ,8t nous commençâmes àmonter par unalfez beau chemin, excepté en quelques palîàges. Sur les cinq heures 8c demie nous traverfâmes un petit canal. Sur les lix heures nous nous trouvâmes dans une plaine toute remplie de e7bruicre%
Kangk Tuikon, Kamaxedgé, villages* Xhodgia Belfet, Xervaarerai: SIOSUITE DU VOYAGE long de cette eau •nous ne le primes pasr mais le laifiant auffi-bien que cette rivière, nous détournâmes àmain gauche ,par un chemin fort pierreux. Sur les fept heures nous commençâmes àmonter toujours par de mauvais chemins jun quart-d’heure après nous trouvâmes une maifonnette de Rahdars ,àqui nous fîmes prefènt de quelques casbeghis, 6c nous montâmes jufque vers les huit heures 5en-fuite de quoi aiant unpeu décendu, nous nous trouvâmes dans une grande plaine fort unie ,mais qui ne rapporte rien, quoi qu’il n’y ait aucune pierre. Après yavoir cheminé une heure, nous paflâmes proche un village appellé KanghTurkon,& nous cheminâmes encore dans cette plaine, jufqu’à un village appellé Kamaredgé, qui efï au? bout de la plaine^ cela eft éloigné de Karzerumde fxparafanges :Nous yarrivâmes àneuf heures 6c demie, 6c nous y logeâmes dans une maifon ,qu’on nous prêta, moiennant quelque courtoifie; l’eau que nous ybûmes le prend dans un Puits qui en efb proche. Nous partîmes de ce village le Samedi troifiéme d’Oélobre ,àtrois heures 6c demie après minuit. Un peu après nous pal* fâmes proche d’un Kervanferaï, que l’on nomme Kervanferaï Khodgia Belfet; on ne l’ouvre que PHiver, lorfqu’il pleut on sAqu’d
DE LEVANT. Liv. HL Ch. VIlï. 531 qu’il nége ,le relie de l’année il eft fermé, koa n’y loge point. Nous continuâmes notre route vers le Ponant par un fort mauvais chemin :Sur les quatre heures nous anrchâmès par un chemin fi étroit ,qu’il n’y rôtît palier qu’une mule àla fois ;il eft ente deux montagnes qui l'ont proches Pane de l’autre ,mais il ne dure quequelques centaines de pas :Incontinent après nous rentrâmes dans un autre détroit de montagne, où le chemin n’effc guere plus large, êc nous détendîmes par un très-mauvais chemin, jufqu’à quatre heures &trois quarts :Nous ytrouvâmes une caravane de plufieurs mules &chameaux ,qui venoient de Eender- Rik ,6c du depuis ,nous en trouvions beaucoup tous les jours. Nous montâmes enfuite environ un quart-d’heure, après quoi nous décendimes jufqu’à fix heures ,par des chemins très-incommodes, &C parmi des précipices fort affreux, étant tous rochers efearpez 6c noirs ,où l’on eft fouvent obligé de mettre pié àterre ,pour ne pas le perdre. Après cela nous cheminâmes par un beau chemin ,mais toujours entre les montagnes, jufqu’à fix heures 8c demie, que nous trouvâmes une grande rivière large 6c profonde, appellée Roudchone Boufcha- Rond- vir, dont l’eau fembfe un peu douceâtrej^“chadle afà fource proche de la ville appelvir,tiviélée te*
Schetefton ,?il le. Boufchavii , Sirt, xaiffeau. 53* SUITE DU VOYAGE léeSchelefbon ,qui eft àunejournée de Kat» zerum du côté du nord, 8c elle fe va perdre dans la mer vers Bender-Rik. Nous la cotoiâmes ,marchant d’abord dans une plaine durant une heure ,après cela montant environ un quart-cFheure ,8c en-fuite continuant la route par un chemin plat ,durant un autre quart-d’heure ;après quoi nous la perdîmes de vûè pour une demi-heure, durant laquelle nous ne fîmes que monter, jofque fur les huit heures 8c demie que nous la rejoignimes, 8c continuâmes notre marche le long de lès bords ,par un beau chemin d’environ une heure 8c demie. Il yah plufieurs Villages, aufîi l’on yvoitplufîeurs ] terres lèmées de differentes chofes ,6c entr’autres de tabac ;j’y vis en plufîeurs endroits cet arbrifîèau fatal de Kherzehreh, Sur les dix heures nous guaïâmes un grand ruilîèau ,qui va le rendre dans la rivière de Boulchavir. Cette rivière pourroit bien être celle queSamlon marque dans là Carte ,fous le nom de Sirt. Nous la paflames enco: àgué unquart-d’heure après, 8c cinq autres fois en-luite :Delorte qu’en moins de demi- _ heure nous la traverfâmes lix fois; aian: toujours de l’eau jufqu’aux {angles de b mule 8c dans une largeur de cinq ou fîxtct* fès 8c de plus de lej5ten quelques endroit ! L’Hiver elle efl fî laige 8c fî profonde
DE LEVANT. Liv .III. Ch VTÏL 539 qu’on ne la peut aucunement pafter àgué; £c pour lors on va par un chemin fort étroit mille dans la montagne ,qui eft àmain rauche, &qui eft fort dangereux ;car fila mule fait un faux pas, elle eft perdue. Sur k$ dix heures 8c trois quarts, nous com- , mençâmes de monter par de fort mauvais chemins ,8c cela durant cinq quartsd’heure; nous décendimes aufïi quelquefois ,mais peu, 8c toujours par de très-mauvais chemins ,aiant la rivière àmaindroite :affûtément je n’ai guere vu de fi méchans chemins que ceux que nous tînmes durant tout ce jour. Amidi nous arrivâmes àun Narghifî, Kervanferaï,nomméKervanferaï Narghifi, vanterai, qui eft au haut de la montagne :il eft diftant Je Kameredgé de fept farlânges; il étoit fi plein de gens qui venoient de Bender-Rik, qu’a peine ypûmes-nous avoir le couvert; on n’y trouve rien àmanger, parce qu’il n’y apoint de Dukondar :La rivière paftb au pié de la montagne fur laquelle il eft fitué. Nous en parûmes le Dimanche quatrième d'Ociobre, àune heure 8c demie après minuit; 8c nous primes nôtre route vers le Ponant, par un allez mauvais chemin. Adeux heures 8c trois quarts nous décendimes par un chemin fort rude ,mais qui n’eft fâcheux qu’au commencement ,le refte
Sefid- Rou, gûc. Tfchah- Ghon- bez;.Kervanferaï. J54 SUITE DU VOYAGE refte efl: allez beau ,fi ce n’efl: qu’il efl: étroit, 6c fiir le bord d’un précipice très-profond, en forte que les mules yfont en même danger que dans ceux que nous avons marquez, ce qui fait que l’on ymet pié àterre àcette décente. Nous arrivâmes au bas fur les trois heures 6c demie -, 6c un peu après nous nous trouvâmes dans une grande plaine fort unie êc toute femée :Nous y cheminâmes vers le mi-jour ,jufqu’à fept heures, que nous retrouvâmes àmain droite la rivière Boufchavir quenous gueïâmes •St nous nous arrêtâmes de l’autre côté de l’eau. Il n’y alà aucune habitation ,cependant ce lieu aun nom qui efl; Sefid-Rou •il eft diftant de Kervanferaï Narghifi de quatre bons farfànges. Nous en partîmes le Lundi cinquième d’Oétobre ,àquatre heures 6c demie après minuit, 6c allant droit au Ponant, nous cheminâmes par une plaine, jufque fur les huit heures ,que nous arrivâmes àun méchant Kervanferaï ,qui confifte en trois chambres très-vilaines ,6c toutes noires de fumée ,on le nomme Tfchah-Ghon- bez, c’eft-à-dire ,puits de la voûte, l’on yboit de l’eau qu’on tire d’un puits qui ci: proche :Aquelques centaines de pas il yaun village appellé Dehkohne ,c’eft- a-dire ,Village vieux ,qui efl: éloigné
DELEVANT. Liv.IIL Ch. VIÎL de Sefid-Rou de trois agatfch, ôc proprement Sefid-Rou ,n’efb pas un menzil ,mais l’on vient ordinairement de Kervanferaï Narghifî ,àTfchah-Ghonbez en un jour' nôtre Muletier, nous en fit deux journées pour aller avec fon frere ,qui fe trouva à Selid-Rou, ,3c marchoit àpetites journées. Nous parûmes de Tfchah-Ghonbez lè Mardi fîxiéme d’Oétobre ,àune heure après minuit, 3c nous continuâmes nôtre marche par une plaine fort unie, droit au Couchant: Sur les fix heures c£ demie nous guefâmes une eau filée, fort peu profonde. Enfuite nous eûmes toujours une plaine couverte de fable, ju (qu’au Render-Regh ,ou nous arrivâmes fur les neufheures 3c demie; ileft éloigné de Tfchah-Ghonbez de fept farfinges. Le Bender-Regh ,c’eft-à-dire ,le Port de fable ,efb une petite Ville bâtie le long pdftds du rivage de la mer ,en un endroit où elle entre dans une manche longue 3c étroite, qui va en tournant ,mais qui efc peu profonde. La plupart des maifons de cette Ville font toutes de Stores, appliquées fur des treillis de perches ,3c même les murailles qui entourent les maifons ne font pas d’autre étofe; de manière qu’il n’y entre ni fer ni maçonnerie. Il yen atoutefois ouelques-unes faites de rnattons cuits au 1 Tome IV. f&leii >
Torts de ?€cfe> Bender- Àbafîlj Bender- Congoj Bender- B.ifcher ; Bcnder- Regh5; Bendç;» Bekia. 536 SUITE DU VOYAGE foleil ,liez avec du mortier de terre 61de paille. La plupart des habitant de ce lieu font Arabes ;6c tous yparlent PArabe &le Perben; le Gouverneur en eft Arabe, 8c dépend du Gouverneur de Schiras. Le terroir d’alentour eft tout fable, 6c Peau qu’on yboit ,fe prend d’un Puits qui eft àun bon parafànge de la Ville; néanmoins on ne .ait fe pas de charger en ce Port beaucoup de blé des Villages circonvoiflns ,pour Pile Bahrem ,Ôc pour BaiTora, d’où on leur apporte des dattes. Les Ports de Perfe* font ,Bender-Abaili; Bender-Congo, éloigné de Bender-Abafli, de trois jours par mer; Render-Riicher, éloigné de Bender-Congo ,par mer de dix jours. En-fuite eft l’embouchure de la rivière de Bofchayir, au deflous de laquelle eft Bender-Regh ,ou Bender-Rik, éloigné de Bender-Ri(cher ,par mer d’unjour, 6c par terre de trois ;au delà c’eft le Bender- Delem ,éloigné de Bender-Rik d’un jour' par mer* 6c de deux par terre» CH.A-
de LEVANT. Liv. ffl. Ch. IX. CHAPITRE IX. De la Navigation de Bender-Rik àBajfora, LEjour que nous arrivâmes àBender- Rik ,il en étoit parti le matin une barque pour Bafïbra 6c le mêmejour deux barques arrivèrent de Raflora 5qui apportèrent au Gouverneur des lettres du Radia de ce lieu, par lefquelles il leprioitdeluienvoier de Bafïbdouze barques, pour mettre des gens àc ïu guerre, afin de fc défendre contre fept Bâchas, que le Grand Seigneur faifoit armer contre lui ,parce qu’il n’ayoit pas obeï à quelques ordres de la Porte. Ces nouvelles nous furent tout-a-fait defagréables ,néanmoins aiant refolu d’aller àBalle-ra ,quelque choie qui pût arriver, nous fîmes marché avec un Patron de Barque, àquinze ab.ifiis pour le Reverend Pere Provincial ÔC moi ,&trois Valets ;mais il faut premièrement dire comme font faites ces Barques. Ce font de grans Bâteaux faits comme bs?qu» les germes d’Egypte ,qui n’ont aucune cou PrfSi4 verte, &font ronds en dedans ;la Barque où R nous nous mimes, avoir plus de fix toiles de long, £c deux de large ,auffi-bien que de profïfondeur:
?38SUITE DU VOYAGE» 3U’«s a’ent point îsr. fondeur: Ala Pouppe il yavoit deux petî - tes couvertes, qui fàifbient comme deux petites chambres Pune au defïiis de l’autrecelui qui remuoit le timon étoit placé def fus la fécondé, 6c l’autre qui étoit la plus balle ,n’étoit qu’une claie de Palmiers fur des bâtons en travers, la Proue avoit une couverte :La Pouppe étoit plus haute que la Proue ,mais elle étoit en angle aigu de même que la Proue.Il yavoit un fort beau grand mât, une belle antenne, une grande voile ,6c de chaque coté quatre rames, c’eft -à-dire ,autant de perches, au bout de chacune defquelles étoit atachée avec trois cordes une planche d’environ un pié 6c demi de long, 6c demi-pié de large: mais ce qui eil:principalement àremarquer en ces Barques, c’efi: qu’il n’y aaucune pieds te.de fer; (véritablement il yavoit àla nôtre une ancre de fer ,mais c’étoit un extraordinaire, parce qu’elles n’y font ordinairement que de bois. )Les planches delà Barque font coufhës avec de petites cordes, qui font paffées par.des trous qu’ils yfont ;& afin qu’elles fe tiennent fermes, 6c que les cordes foient bien bandées, ils font encore entrer dans ces trous de petites chevilles de jeois, qui preilènt bien ces cordelettes :De plus àla jointure des planches, ils mettent en dedans un faiiTeau de ces petites cordes,
DE LEVANT. Liv HL Ch. IX. 539 cordes ,qui eft gros d’environ trois doigts, 6coui eft ataché aux deux planches, avec de petites cordes de même ;il yen aainft hontes les jointures des planches, depuis le haut de la Barque ,jufqu’en bas; &outre ce’ a ,il yen aune ceinture auiïi en dedans, qui régné tout àl’entour: Toutes ces cordelettes font faites de Palmier, & pour que Peau ne les endommage pas ,& qu’elle ne puifle entrer dans la Barque par les trous qu’il pourrait yavoir, ils couvrent tout cela de poix, Enfin, la boutfoîe aurait un grand avantage fur ces Barques, mais il n’en ufent poit, car ils vont ordinairement àvûë de terre, &la nuit les étoiles leur fervent de guide. Cependant les mariniers de nôtre Barque me dirent qu’elle coûtoit vingt tomans ,de quoi il ne faut pas s’étonner ,parce que le bois eft cher au Bender-Rik &àBaflora. Ils Elles font fan: bouâoie. me dirent encore que la charge ordinaire de cette forte de Barque ,eft de quatre cens baies de dattes ;chaque baie étant ordinairement de douze mans de Tauris; de manière que ces Barques portent àce compte quatre mille huit cens mans ordinaires de Perle ,qui font vint-huic mille huit cens livres ;ou deux cens quatre-vingt-huit quintaux, de cent livres le quintal. f3Le
54 6 SUITE DU VOYAGE nous trompèrent ,en nous difânt qu’il faîoit aller àGheban nous pourvoir d’eau 6e de bois qui nous manquoient, êcque mêmece chemin étoit le plus court pour Baflora; mais que les grandes Barques n’y pafibient point, àcaiife du peu de fond ,ce que nous crûmes trop facilement,Incontinent que nous fumes entrez en cette rivière, nous jettâmes l’ancre àune braffe d’eau. Quand la marée eft bafle l’eau en cet endroit eft fort peu filée, 6c un peu plus haut elle cil douce mêmedurant le flux: Vers la minuit comme la marée montoit ,nos gens prirent les rames, mais ils ne ramerent guere plus d’une heure, après quoi ils jetterent l’ancre. Tout ce terroir paroît fort bon, il eft tout uni, bas, 6c verdoiant de tous cotez, êc nous yvimes plufleurs vaches qui paifloient dans des prairies, qui font aflèz fèmblables àcelles de Hollande. Le Mardi treifléme d’Oébobre, fur les dix heures de matin ,nos Mariniers mirent pié àterre ;êc nous remorquèrent jufqu’à une heure après midi ,qu’étant vis-à-vis d’un Village, où il yaquantité de Palmiers, nous mimes la voile au vent, qui étoit alors maeflral ,mais il dura peu ,&nous jettâmes encore l’ancre. Nos gens allèrent àterre aprendre ,ainfl qu’ils difbient ,des nouvelles de Bûiora ,& revinrent
DE LEVANT. Liv.ïXL Ch, IX. 547 revinrent le foir nous dire que tout étoit en jefordre àBafTora -, que le Bacha étoit allé avec toute Ton armée vers Bagdad 56c quel’on Fonrprenoit toutes les Barques pour embarquer S- " c:s gens de guerre ,c’eil pourquoi ils cicr$* rrofoient palier outre ,mais étoient relolus :: sbn retourner àvuide au Bender-Rik. Tout cela étoit faux ,6c la vérité étoit qu’ils rdvoient pas d’envie de parler outre ,aiant cciîein de faire;leur Cargaison au lieu où nous étions, où il yaquantité de dattes; 6e 1.doit le fujet pourquoi ils nous avoient amenez par ce chemin-là. Cependant il falut faire femblant de croire tout ce que nous dirent ces Fourbes, &tâcher de trouver une autre Barque pour nous porter àBafTora. Nous envolâmes donc un Valet le lendemain en chercher une :6t il nous en fit amener une petite ,dont les gens nous promirent de nous porter en moins de vingt-quatre heures en cette Ville, moiennant fix abaffis que nous leur donnâmes. Ces Barques font toutes plâtres par le fond, hautes d’environ une te e, larges d’une &demie, 6c longues d’envrrea cinq toifes; la Pouppe efl fort balle, mais \la Proue eil une fois aufl haute ,6c fo en |pointe comme les gondoles de Vaie. l'I Ces Barques ne font point calfeutrées mais ;feulement enduites par dehors de poix ,ce viére de f7qu’ils Cal0û«
Godton* nement d’une daneg ou baïque. J48 SUITE DU VOYAGE qu’ils font en la manière luivante. Quand ils veulent godronner une daneg ,(c’eft ainfi qu’ils appellent, en Arabe, cette forte de Barque, )ils font àdix ou douze pas loin de la daneg ,un fourneau de terre ,le deffiis duquel eft fait en chaudière; ils ymettent la poix, êc le feu dellous ,8c quand la poixeft prefque fondue, mais non tout-à- fait liquide ,un homme fe prefente avec une palette de bois àla main ,qu’il moüilie ;un autre prend de cette poix 6c la met fur la palette mouillée, après quoi, celui-ci met encore de Peau pardefîiis cette poix, êc en allant vers la daneg ,il remue avec un bâton cette poix, qui ne s’atache point; Ôt celui qui travaille àla daneg prend dans fa main .cette poix ,êc la jette comme l’on feroit du plâtre contre la daneg ,êe en-fuite avec un rouleau qui n’eft pas tout-à-fait rond il Péterid fur le corps de -la danegqu’il enduitentièrement par dehors de cette manière. Ces Barques font fort maffives, les bords étant larges d’environ tin pié ,êc toutes les planches font clouées de gros clous comme ceux qu’on met en France aux portes; il yameme un arbre médiocrement gros :Auffi ces Barques font-elles fort difficiles àremuer, principalement au milieu de Peau ,où elles ne fe peuvent fervir de voile ,fi lèvent r/eit en Pouppe ;&cependant ils chargent fi for.
DELEVANT. Liv, ÏÏL Ch. IX. 549 :cs Barques, qu’elles ne font pas plus de demi-pie fur Peau. Nous nous embarquâmes fur les trois heures 8c demie après midi fur une de ces Barques ,qui étoit pleine de certains joncs verds fort longs ,qui ont une grande pointe îu bouc ,&dont on fait des flores extrêmement fines. Nous avions deux Mariniers, 5le Patron ;les deux Mariniers nous remorquèrent par terre jufqu’à fîx heures 6c demie, que nous arrivâmes devant un Village qui efl àmain gauche ;nous yjetîâmes l’ancre, &nos gens ydébarquèrent tous les joncs, après quoi ils s’en allèrent au Vrillage 6nous ne les vimes plus jufqu au lendemain. Ce Village efl grand &il yaun château quarré qui ahuit tours; àlavoir une à chaque coin ,6t une au milieu de chaque face; mais tout cela elt de terre lans aucune épaifleur, de forte qu’un coup d’arquebufe acroc, jetterait tout par terre. Ce lieu cihppellé Koutmian ,c’ëfl-à-dire, château K?ut- Mian, 6c Pôn yfait quantité de danegs. château Le Pais de Gheban s’étend depuis là, Mîan* jufqu’à l’embouchure de la rivière Caron; Kdans toute cette étendue, le Païs des ceux cotez de la riviere efl nommé Gheban :Il efl fort bon ,&s’il étoit «ultivé il rapporterait de toutes chofès; ^il eil abandonné par la parefi.
Kout£ chemal, charsau. Sfo SUITE DU VOYAGE fe des habitans ,qui fe contentent de leur; dattes, parce qu’il vy adans cette contrée des forêts de Palmiers de fort grande , étendue. Nous partîmes de Koutmian le Jeudi quinziéme d’Oebobre ,àhuit heures &de* mie du matin ;nous pafTâmes d’abord de Pautre côté de Peau ,où nos gens décendirent àterre, pournous remorquer.; en-fuite nous primes nôtre route droit au maeftral. En cet endroit la rivière s’élargit allez ,& je trouve qu’elle yefb aulü large que la Seine aParis ,au bout du Mail ;cependant elle cil fort profonde, àla vérité elle fait plulîeurs petites Iles. Sur les onze heures, nous nous arrêtâmes àun village qui efb au bord de Peau àmain gauche, d’où nous partîmes àune heure après midi. Sur les neuf heures Sc demie du loir, nous vîmes àmain droite ,le bout de Pile Dorgheliao qui va de là iufqu’à la mer. Nous nous arrêtâmes devant un château appelle Koutfchemal, qui efb en terre ferme proche j du bout de cette Ile, 8c du même coré Ce château elr fort grand ,ÔC le Bacha de Baflora yaun Palais ,qu’on me dit être Ion beau ,ex où quelques gens nous afîurerear * qu’il tient fon trelor. Vis-à-vis de ce chàtèau ,au moins un peu au deiîiis ,mais de Pautre côté de Peau, il yaencore unp>
DE LEVANT. Liv. ÎII.Ch.IX. yyi rit château quarré ,qui aune tour àchaque angle. Nous partîmes de ce lieu le Vendredi feiiîéme d’Oclobre àEx heures, après avoir déplié la voile, car il faifoit alors un petit vent de midi ,êc nous avions toujours la Proue àmaeftral. Àonze heures Ô€ un quart, nous paflames devant un château quarré appellé Kout-Mnethel ,qui étoit^outànotre gauche, il eft flanqué de huit tours, hC “Cfc" une àchaque coin ,&une au milieu deehâ£eâlï* chaque face ;tout auprès il yaun petit canal. Nous vîmes àquelques pas de là une maifon de paille, où demeurent des Douaniers, qui ne nous viflterent point ,mais fèu- Icment ,ordonnèrent ànôtre Patron de tous mener àla Douane de Bafiora. Quittant enfuite la rivière Caron ,nous entrâmes dans un canal appellé Haflàr, qui étoit ànôtre gauche, ou àlebêche ;il n’a pas en cet endroit deux toifès de large, en quelques endroits il en amoins ,mais vers le milieu il s’élargit beaucoup :Il a été fait de main d’homme ,pour donner communication de la rivière de Schat-el- Aarab, àcelle de Caron: Des deux cotez ce ce canal il yade bonnes terres ,mais fii ne font point cultivées, ÔC il yaauflt quantité de Palmiers. Ce canal va beaucoup en tournant, il efl: fort profond, ôcnos gens
Kout- Haffar , châteaux. .Dgezïiat- Chader, le. SUITE DU VOYAGE gens poufloient la Barque avec leurs perches. Amidi 8c trois quarts, nous vîmes àdroite un canal, qui fe va perdre dans la campagne :un peu après nous en'vîmes à gauche un autre,- qui va fe rendre dans le Caronproche de Kout-Mnethe! ,commej 5ai dit ci-defius ;après cela nos gens décendirent aterre pour nous remorquer. Là le canal HaiFar va s’élargiflant beaucoup, Bc aplus de fèpt ou huit toifès àla fin. Sur les quatre heures nous vîmes àmain droite un canal qui fe va perdre dans les terres. Demiheure après nous pafïames entre deux châteaux quarrez ,qui ont chacun une tour àchaque angle êc une au milieu de chaque face; on les nomme Kout-Haffàr, c’eft-à- dire ,château de Hâffer ;parce qu’ils font au bout du canal HàfFar,dont la bouche eft au mi-jour: il yade là àBafïora environ fix lieues, ôejufqu’à la mer,environ douze. En-fuite nous entrâmes dans la rivière compofée du Tigre ôc de l’Eufrate joints enfcinbîe; les Arabes l’appellent Schat-el- Aarab ,comme qui diroit fleuve des Arabes. Nous tournâmes donc àmain droite ,&mîmes la Proue àmaeflral aiant àmain gauche l’Ile Dgezirat-Chader ,3c comme il faifoit un petit vent de midi, quoi que foible ,l’on déplia la voile. Sur les cinq heures &demie du fbir .nous vîmes àmain gauche la fin de m
DE LEVANT, Lit. III. Ch. IX. "Ils appeîléeDgezirat-Chader, qui s’étend depuis le canal ,par où l’on va àBahrem, îafqu’à Pembouchure de Schat-el-Aarab* rais porte beaucoup de Palmiers, néanmoins le terroir n’eftbon, que depuis le canal de Bahrem, jufque vis-à-vis, ou un peu suddîùs du canal Hanar; car depuis là juf Gd'à la mer, la terre eft fteriîe, peut-être, parce qu’étant tout-à-fait balle, Peau de la mer la couvre entièrement quand îa marée eft haute. Après Pile Chader ,nous vîmes ànotre gauche le Canal ,par où l’on va au Port Kàtif 8c àBahrem ;il prend Ton cours vers le mi-jour, pafte entre Pile Chader kla terre ferme de Basera ;il eft fort large, kprofond de plus de huit braftes ,mais il y ades pierres en plufteurs endroits. Depuis là, jufqu’à Bàflora ,la rivière aplus de deux ‘ois Sc demie la largeur de la Seine àParis su bout du Mail ,8c cependant elle eft par tout fort profonde. Sur les ftx heures 8c trois quarts, nous vimes àmain droite le commencement d’une Ile appellée Dgezit>g«^ u:-eI-Boüarin qui eft longue ;8c un peuBoüaiïn* après nous eûmes du même côté. Pile cl- ^och:{î Bochafi, &au boutde quelque tems PIIeei-Faya- d-Fayadi àmain gauche. Toutes ces IIes dî,lk£i font grandes 8c remplies de Palmiers ,8c néanmoins le canal ne laifte pas d’être par tout fcit large 8c profond. Le vent commença
SS4SUITE DU VOYAGE Ça en cet endroit d’être fi foible ,qu’à peine avancions-nous ;cependant nous nous approchâmes de terre àmain gauche, ou au Ponant ;êc fur les huit heures &demie,nos gens prirent les rames ,6c ramerent jufqu’à di* heures 5c trois quarts du foir ,que nous nous arrêtâmes tout contre terre, devant un château du Bacha, qui paroît fort beau; Pon yvoit des Pavillons qui font tout en fenêtres &en portiques ,pour prendre le frais l5Eté; auffi ces châteaux ne font bons que pour le plaifir ,car ils ne font pas de grande défenfe. Nous partîmes de ce lieu le Samedi dixfétiéme d’Qctobre àfix heures du matin: Demi-heure après ,nous entrâmes dans un canal qui eft àmain gauche ,ôc va vers le lebêche ,nous avions àmain gauche vnchâteau fort grand ,allez entier du coté du canal, mais tout-à-fait ruiné du côté de la mer. Ce canal durant la marée haute, £ft large comme la moitié de la Seine, mais quand elle eft balle, ce n’eft qu’un îtûlèrable ruiftèau plein de boiie. Ea ville de Balfora eft des deux cotez de ce canal, quoi que le long de fes bords, l’on ne voie que des jardins, les maifons étant derrière. Nous vinmes le long de ce canal» Arrivée aiufqu’à huit heures du matin ,que nous arn- Bafloia*vâmes àla Douane, quieftprefqueauforE &
DE LEVANT. Liv.III. Ch. IX. jr>5f de après avoir montré nos hardes, nous allâmes loger àla rnaifon des Reverens Peres Carmes Déchaufîèz ,qui n’en eft pas beaucoup éloignée ;il n’y avoit pour lors qu’un Religieux Italien ,appellé Fere Sevenu Quand le vent eft bon ,l’on vient allez fouvent de Bender-Rik àBaflbra en un jour, quoi que quelquefois cette navigation àBaflbra dure jufqu’à vingt jours. Nous trouvames àBalfora, qu’on ne feremuoit aucunement pour la guerre :Seulement le Bacha de Baflbra, voiant que le Bacha de Bagdad ne donnoit permiffion àaucune barque de venir àBaflbra, retenoit suffi toutes les barques qui étoient àBailora, chargées de mar- Faufle chandife pour Bagdad. Ils avoient alors SeTerft, aBaflbra ,une autre faufle nouvelle ,àlavoir que le Roi de Perle venoit aflieger Baflbra ,6c plufieurs perfonnes de confldetation m’en demandèrent des nouvelles àla Douane ;mais je les mis hors de peine làdctlus ,ce.je les affûrai qu’il n’y avoit en Per- *; aucune apparence, que le Roi eût la pente de faire la guerre en aucune part, com- 3e il étoit vrai. En-fuite de quoi ils me Soignèrent la peine ,où ils étoient d’un noïfeiie Squ’on leur avoit donné ,qu’il yavoit en des Fri*n" nouvelle laadb -
6f4SUITE DU VOYAGE Enfin, voiant que de tous cotez Pair étoit plein de bourafques, il fit mettre la Proue àmaeftral, ce que l’on eut bien de la peine àfaire ,car la mer empêchoit le vaifièau de tourner, quoi que le vent fût alors efl ou levant ;&nous nous approchâmes de Quefbmo,près duquel fur les ; deux heures ôc un quart nous jettâmes l’ancre àvingt-fèpt brades de fond, au fud de cette Ile :Nous perdîmes ainfi plus d’une îieuë de chemin que nous avions avancé. Après cela le Pilote voulut faire mettre à Aibredebas toutes les antennes, ôc l’Arbre de la arbrc^e ^abie (qui efl l’arbre enté fur l’arbre de Maeüre, Maeftre, )avec l’arbre de Perroquet (qui "efi: l’arbre enté fur l’arbre du Trinquet,) il quet, asavoit peur que la tempête ne rompit quelque choie ;mais le Capitaine ne le voulut point permettre. Tout le refie du jour il fit plufîeurs bourafques avec des pluies * preique continuelles :Pendant que nous les laifîèrons pafîèr je m’étendrai un peu lur la defcription des Trombes, dont je n’ai parlé que par occafîon. nefcrï- Je croi que peu de perfonnes ont confipnon ^eréles Trombes avec toute l’attention. Tromque j’ai fait ,dans la rencontre dont je < viens de parler ,&c peut-être que l’on n’a jamais fait les remarques que le hazard m’a donné lieu de faire, je les expoferai -avec
DE LEVANT. Liv. IV. Ch. IIL 6ff avec toute la fimplicité, dont je fais profefiion dans tout le récit de mon Volage, afin de rendre les chofes plus fenfibles 8c plus aifees àcomprendre. La première qui parut ànos yeux ,étoit du côté du nord ou tramontane, entre nous 8c Pile Quefomo, àla portée d’un fufil du vaifièau :Nous avions alors la Proue àgrec-levant ou nord-efl. Nous apperçumes d’abord en cet endroit ,Peau qui bouillonnoit, 8c étoit élevée de la furfàce de la mer ,d’environ un pié ;elle étoit blanchâtre ,8c au defius paroifibit comme une fumée noire un peu épaifie; de manière que cela refièmbloit proprement àun tas de paille où l’on auroit mis le feu, mais qui ne feroit encore que fumer ;voiez la figure A: Cela faifoit un bruit lourd, iêmblabié àcelui d’un torrent, qui court jointe, avec beaucoup de violence dans un profond vallon •mais ce bruit étoit mêlé d’un autre un peu plus clair, fembîableà un fort fiflement de (erpens ou d’oies. Un peu après nous vimes comme un canal oblcur, qui avoit afîèz de refiemblance àune fumée qui va montant aux niies ,en tournant, avec beaucoup de viteflê; 8c ce canal paroifibit gros comme le doigt; voiez la figure B; Et le même bruit continüoit toujours. En fuite la lumière nous en ôtaîavûè; 8c nous Tome IF. 1con-
6f6 SUITE DU VOYAGE 'connûmes que cette Trombe étoit finie, parce que nous vîmes que Peau ne s’élevoit plus ;&: ainfi fa durée n’avoit pas été de plus d’un demi-quart-d’heure. Celle-là finie, nous en vîmes une autre du côté Trots du midi ,qui commença de la même mabit™' niére qu’avoit fait la précédente: Prefque auffi-tôt il s’en fit une fèmblable àcôté de celle-ci vers le couchant; ôc incontinent après une troifiëme àcôté de cette fécondé. La plus éloignée des trois, pouvoit être ala portée du moufquet loin de nous 6celles paroifioient toutes trois, comme trois tas de paille hauts d’un pié ôc demi ou deux, qui fument beaucoup; voiez la figure A; Sc faifoient mêmebruit quela première En-fuite nous vîmes tout autant de canaux, qui venoient depuis les nues, fur ces endroits où Peau étoit élevée, 6c chacun de ces canaux étoit large par le bout qui tenoit àla nue ,comme le large bout d’une trompette ;ôc faifoit la mêmefigure, fpour l’expliquer intelligiblement,) que peut faire la mamelle ou la tête d’un animal tirée perpendiculairement par quelques poids; voiezla figure C. Ces canaux paroifi (oient blancs d’une blancheur blafiàrde, £c Trombe,je croi que c’étoit Peau qui étoit dans ces canaux tranfparens, qui les faifoit paraître blancs 3car apparemment ils étoient déjà for-
DE LEVANT. Liv. IV. Ch. III. 6$j formez avant que de tirer Peau ,félon qu’on peut juger par ce qui fuit ;êc lorfqu’ils étoient vuides ,ils neparoifîoient pas ;de même qu’un canal de verre fort clair, expofé au jour devant nos yeux àquelque diftance, ne paroît pas ,s’il n’efb rempli de quelque liqueur teinte. Ces canaux n’étoient pas droits 5mais courbez en quelques endroits; voiez la figure D. même ils n’étoient pas perpendiculaires; au contraire, depuis les niies, où fs paroifîoient entez, jufqu’aux endroits où ils tiroient Peau, ils étoient fort inclinez comme vous pouvez remarquer dans la figure D: Et cequiefî: déplus particulier, c’eft que la nue où étoit atachée la féconde de ces trois, aiant été cbaflée du vent, ce canal la fuivit fans fé rompre, &fans quiter le lieu où il tiroit Peau, 6c pafîànt derrière le canal de la première ,ils furent quelques teins croiféz comme en fàutoir ou en croix de faint André ;voiez la figure E. Au commencement ils étoient tous trois gros comme le doigt, fi ce n’eft auprès de la nue qu’ils étoient plus gros ,comme j’ai déjà remarqué ;mais dans la fuite ,celui de la première de ces trois fé groiîit confîderablement. Pour ce qui eft des deux autres je n’en ai autre chofé àdire ,car la dernière formée ne dura gueres davantage, 1zqu’a-
658 SUITE DU VOYAGE quVvoit duré celle que nous avions vûe du côté du nord :Laféconde du côté du midi dura environ un quart-d’heure ;mais la première de ce même côté dura un peu davantage, ce fut celle qui nous donna le plus de crainte, ÔC c’efl: de celle-là qu’il me refte encore quelque chofe àdire ;d’abord fon canal étoit gros comme le doigt, en-fuite il fe fit gros comme le bras, & après comme la jambe, &enfin comme un gros tronc d’arbre, autant qu’un homme pourrait embraffer ;volez la figure F. Nous voions diflinétement au travers de ce corps tranfparent ,Peau qui montoit en ferpentant un peu; êc quelquefois il diminiioit un peu de groflèur tantôt par le haut; voiez la figure G; tantôt par le bas. voiez la figure H;pour lors il refîèmbloit juftemennt àun boiau rempli de quelque matière fluide que l’on prellèroit avec les doigts ou par haut ,pour faire décendre cette liqueur ;ou par bas pour la faire monter; êc je me perfuadai que c’étoit la violence du vent, qui faifoit ces changemens, faifànt monter Peau fort vite lorfqu’il prefToit le canal par le bas ,ôc la faifant décendre lorsqu’il le prefToit par le haut :Après cela il diminua tellement de groflèur qu’il étoit plus menu que le bras, comme un boiau qu’on alonge en le tirant perpendiculairement;
DE LEVANT. Liv. IV Ch. III. 65-9 ment ;en-faite il retourna gros comme la cuiflè, après il redevint fort menu. En^ fin, je vis que Peau élevée fur la fuperfide de la mer, commençoit às’abaiiîèr, 6c le bout du canal qui lui touchoit s’en fepara, 6c s’étrécit comme fi on l’eût lié ;voiez la figure I,êc alors la lumière qui nous parut par le moien d’un nüage qui fe détourna, m’en ôta la vue ,je ne laiflai pas de regarder encore quelque tems ,fi je ne le reverrois point, parce que j’avois remarqué que par trois ou quatre fois ,le canal de la féconde de ce même côté du midi, nous avoit paru fé rompre par le milieu ,6c incontinent après nous le revoions entier ,êc ce n’étoit que la lumière qui nous en cachoit la moitié, mais j’eus beau regarder avec toute l’attention pofïible ,je ne revis plus celui-ci, 6c il ne fe fit plus de Trombe, dont je rendis grâces àDieu ,ainfi que firent tous les autres Francs, de nous avoir délivrez du malheur que caufent ces Trombes. Ils attribuèrent cette grâce au fàint Evangile que j’avois récité ,dont je ne prétends point tirer de vanité ,n’étant pas allez déraifonnable pour croire que mon mérité yait contribué ,mais peut-être que Dieu eut égard ànôtre bonne intention, êc àla confiance que nous avions tous en l’Evangile, Enfin, il eft certain que mal- 13gre
Effets des Trombes. 660 SUITE DU VOYAGE gré Pinçonfiance du vent qui ne faifcit que tourner, aucune de ces Trombes ne s'approcha jamais de nous, plus que le lieu où elles avoiént commencé ,6c je puis avec fincerité rendre ce témoignage ,que dans tous les dangers des tempêtes ,Coriàires, &C autres rencontres, oùjemefuis trouvé pîufiGurs fois ,j’ai eu toujours mon recours à, réciter ce faint EvangiY &Dieu m’a prefervé par fa fai nie grâce. Ces Trombes font fort dangeremes fur mer, car fî elles viennent fur un vaifTeau, elles fe mêlent dans les voiles, en forte que quelquefois elles l’enlevent ,ôt le Êiflànt en-fuite retomber, elles le coulent àfond; êc cela arrive particulièrement quand c’efl un petit vaiilêau ou une barque: tout au moins fî elles n’enlêvent pas un vaifîeau ,elles rompent toutes les voiles, ou bien îaifîênt tomber dedans toute î’eau qu’elles tiennent ,ce qui le fait fouvent couler àfond ,je ne doute point que ce ne foit par de femblables accidens ,que pluheurs des yaiiîèaux ,dont on n’a jamais eu de nouvelles, ont été perdus, puifqu’il n’y aque trop d’exemples de ceux que l’on afû de certitude avoir péri de cette manière. Outre la dévotion du fàint Evangile, les rémcdes humains,dont ufent les Mariniers pour
DE LEVANT. Liv. IV. Ch. III. 661 pour le garentir de ces Trombes, c’eit d’embroiiiller toutes le voiles, 6e de tirer quelques coups de canon àbaie contre le canal de la Trombe; 6e pour que les coups foient plus durs, ils mettent au lieu de boulet dans le canon, un ange, comme ils appellent, c’ell une bare de fer, avec quoi ils tâchent découper ce canal, fi la Trombe eft àla portée du canon ;6e quand ils font allez heureux pour adreflèr jufle quelque cçup, ils ne manquentpas de la couper net: c’ell ainli que l’on en ufe fur la Mediterranée; que dcela ne réiiditpas ils ont recours àcette fiiperftition que je ne voulus pas faire, quoi que je la fûde, Paiant aprife dans mes premiers Voiages :Un d’eux fe met à genoux au pié de l’arbre de maeftre, Sc tenant d’une main un couteau àmanche noir (làns lequel ils ne s’embarquent jamais pour ce befoin, )il lit le fàint Evangile de faint Jean, 6c dans le tems qu’il vient àprononcer ces lacrées paroles 5Et Verbum carofa&um eft ,&kabïtavh in nohis ,il fe tourne du côté de la Trombe 6c donne un coup decoûteau en Pair, en travers de cette Trombe, comme s’il la vouloir couper ,6c ils difent qu’elle relie edèétivement coupée ,6c laide tomber avec grand bruit toute Peau qu’elle tenoit. Voilà comme il m’a été rapporté pas pludeurs François qui Pavoient, 14r di-
Autres Trombes. 663 SUITE DU VOYAGE tems en l5une de ces Iles ,étans las de nous promener ainfi fans prefque rien avancerce qui ne faifoit qu’ufèr nos voiles; ce de plus nous faifions état de nous ypourvoir d’eau jcar nous craignions d’en manquer. Cependant ce deHèin ne fut pas fans contradiéfion de îa part du Pilote &des Mariniers, aufli-bien que des Marchans5 qui avoient peine àfe refoudre de perdre le peu de chemin que nous avions avancé :mais le Capitaine ne laifia pas pour tout cela d’executer ià volonté ,& dans la fuite ils en forent tous bienaifes, lorsque fur les trois heures &demie ,ils virent le ciel le couvrir de toutes parts de gros nuages noirs ,qui donnèrent ‘bientôt après de fortes bourrafques mêlées de pluie; ôt il fe fit aufii trois Trombes, mais loin de nous :ce fut en ce tems -là que le commandement du Capitaine reçut une approbation univerfèlle ;tout le monde tombant d’accord yque fi cette tempête nous eût furpris dans le détroit où nous étions le matin 9.elle nous au» îoit fort mal -traitez ;même elle nous paroifioit vifiblement plus forte de ce côtélà, qu’en aucun autre endroit. Néanmoins comme il eft ordinaire à f€3 fortes de gens de n’apprehender le péril
DE LEVANT. Liv. IV. Ch.ni. 669 péril que lorsqu’il eft prefènt :àpeine \c Vent de fud-oiieft eutil commencé de fouffler fur les cinq heures ,que les Marchans firent prier le Capitaine par le Pilote de reprendre nôtre route rce qu’il accorda suffitôt par dépit; n’approuvant aucunement ce deflein ,8c il avoir raifon ;car le vent étoit encore bien violent 5cmêlé de bourrafques; cependant il fit mettre la Proue àftrd-fîïd-eÆ. Vers les fix heures du fbir le vent ie fît nord tant déliré ,mais il étoit fî violent, que nous ne pouvions tenir que les voiles du trinquet 8c civadiere, 8c nous avions àProue la mer fort haute qui nous baîotoit furieufement :Cependant nous mimes la Proue au fîid quart vers fad-efl ,pour ne cip de pas aller inveftir le Cap de Moiândon , que nous avions àProue. Sur les fept heures le vent diminua beaucoup ,ce nous mimes la voile de maefbre ;il ne laiflà pas de faire encore plufîeurs bourrafques accompagnées de pluie ;avec cela nous avions à combatre les courans de Peau ,qui nous faifoient tourner la Proue vers la côte d’A- rabie avec tant de force, qu’il faloit quelquefois plus d’un quart-d’heure pourremettre le vaifîèau àfà route de fiid quart vers fud-eft. La nuit la mer s’appaifà ,quoi que le vent fè fût un peu renforcé. Le
é;o SUITE DU VOYAGE Le Mécredi feifléme de Décembre ,à la pointe du jour ,nous découvrîmes devant nous fîx des vaiffeaux que nous avions laiffés au Congo ,6c qui n’en dévoient partir que quelques jours après nous : durant les tempêtes paiiées ils s’étoient tenus àPancre àPile Angom ;6c cette dernière nuit ,voians le vent bon ,ils s’étoient mis àla voile, 6e étoient venus côtoians PArabie; 8c lorfque nous les apperçumes, ils alloient par fud-eit pour venir gagner le Cap de Jafques. Sur les neuf heures 6c demie nous mimes les voiles de papanque 6c de maeftre. Sur les quatre heures 6c un quart nous nous trouvâmes àenviron une lieue 6c demie de terre de Perfe, vis-à-vis d'un endroit où Pon voit de hautes montagnes blanches ,un peu avant en terre ;ce qui fait un allez plai faut objet ,avec une roche noirâtre peu élevée, .qui régné le long de la marine :car découvrant de loin pardefiusce noir, quantité de pièces de roc blanc qui s’élèvent en differentes figures ,il femhle que ce foit une Ville; 6c au iud de cette Ville imaginaire ,le long du même roc ,il ya une piece de roc blanc détachée des autres, qui paraît une tour ou une colonne fur un haut piédeflal ;de là il n’ÿ aqu’une lieue jufqu’à Bombaréca. Sur les cinq heures & demie nous, nous trouvâmes vis-à-vis de Boni'
de LEVANT. Liv. IV. Ch. III. 6yi Bombaréca ,qui n’eft autre choie qu’un rocher blanc, quarté* fort haut,6c plat fur la cime; il paroît fort efcarpé, 6c de loin on le prendroit pour une fortereflè quarrée :Ce rocher eft fort proche de terre, ôc il eft dangereux d’en approcher ,àcaufe d’un banc ce fable qui eft àl’entour. Un peu après nous atteignîmes les vaiflèaux qui étoient devant nous, 6c après le felam,ou falut réciproque ,nous fûmes d’eux qu’il n’y avoit que iîx jours qu’ils étoient partis de Congo ;ils avoient tous eniêmble pafteun écrit, par lequel ils iè promettoient mutuellement d’aller de confèrve, 6c de ne le point quiter jufqu’à Sourat ,6c cependant il yen eut un, qui nous demanda il nous voulions aller de conferve avec lui, 6c qu’il laiftèroit les autres; 6c comme nôtre Capitaine 6c nôtre Pilote ,dont le frere étoit Pilote fur le même vaiflèau ,lui eurent répondu qu’ils en étoient contens ,il mit toutes fes voiles au vent pour nous fuivre. Sur les lix heures nous pahames les plus avancez de ces vaif» icaux, 6c nos gens plièrent la papafique, ken voulurent faire autant de la voile de maeftre ,pour attendre nôtre nouvelle conferve ,. qui demeuroit derrière ;mais auparavant le Capitaine voulut avoir le confentement du Soubrefcart, qui ne fut pas -e cet avis ,difànt qu’il valoit mieux profiter
Invention des miles ou mefure pour la route d’un vaifTeau sa Mer» 672 SUITE DU VOYAGE fiter du bon vent pendant que nous Payions : de forte que nous ne pliâmes que la papafique 6c mimes la Proue àfod-eif quart au iud. Cependant tous les Mariniers murmurèrent fort de ce que nous abandonnions ce vaiffeau, après lui avoir donné parole de Pattendre ,&avoir été caufe qu’il avoir laiflë les autres :mais ce fut bien un autre tintamarre, quand le Pilote qui étoit allé dormir, revint au bout d’une heure, 8t que ne voiant plus nôtre conferve ,il voulut faire plier les voiles ;car ,après qu’on lui eut dit la refoîution qui avoir été prife, il fe plaignit de ce que nous ne tenions pas nôtre parole 6c fit grand bruit ;mais il falut qu’il prît patience, CHAPITRE IV. Du rejle de la route des Indes. VErs le Soleil couchant du Mécredi nous commençâmes àmefurer le chemin que nous faiuons, ce qui fe pratique en cette manière. On jetta en mer àPouppe une petite planche de bois longuede dcmi-pié ,large de quatre pouces ,fort mince ,6c fort unie ;elle eft atachée àune ficelle; dans le meme teins on tourne une horloge de fable d’une minute ,c’efiC*
’DE LEVANT. Liv. IV. Ch. IV. 675 foixantiéme partie d’une heure ;6c tant que Jure la minute, on lai {ïe aller la ficelle que pon retient enfuite ,dès que Phorîoge effc écoulée ;&après Pavoir retirée entièrement, Pon conte combien de brafiès ont été dévidées ,dorant cette minute ;iept brafiès montrent que le yaiffean fait un mils par heure. Mais il faut remarquer que devant que de tourner Phorîoge, ils lâchent avec la planche de bois quatorze brafiès de ficelle, 6c ces quatorze brafiès n’entrent point dans le conte ,il n’y aque celles qui ont couru durant la minute; c’efi: pourquoi il yaune marque qui en diftingue le commencement d’avec la fin des quatorze premières; 6c dans le même moment que cette marque commence àpartir ,Pon tourne le fable :De cette manière Pon voit au jufte ce qu’il acouru de ficelle pendant la minute. Ce conte fè trouve aflèz jufte par l’experience. Je dis là-defiiis au Capitaine, que j’avois vû pratiquer la même c'nofe aux Ângiois fur la Mediterranée * excepté qu’ils ne donnoient pas cesquatorze premières brafiès ,6c que leur horloge n’étoit que de demi -minute ou la cent vingtième partie d’une heure, &que cependant ils donnoient fept brafiès de ficelle écoulée pendant cette demi-minute, pour Marquer un mile par heure :que félon ce conte ^
674 SUITE DU VOYAGE ’ conte ,il devroit donner quatorze brafies pour chaque mile ,Ton horloge étant d’une minute ,6c retrancher ces quatorze premières. Il ne me répondit autre chofe, finon que les courans de l’Océan étolent plus forts que ceux de la Mediterranée: néanmoins il fémble que puis qu’on ne conte point ces quatorze bradés ,6c qu’on ne tourne l’horloge qu’après qu’elles font coulées, elles font tout-à-fait inutiles }fi ce n’eft peut-être qu’on les laide couler, afin que quand celles qu’on conte commencent àfe devuider, le morceau de bois foit fi éloigné ,que l’eau de la Mer qui bat contre le vaidéau, ne fade aller cette planchette ni en avant ni en arriéré :6c en effet avant que de tourner l’horloge, l’on prend garde ûle morceau de bois va droit la route du vaidéau ;&il yaune marque rouge àla ficelle àl’endroit où l’on commence àconter, afin qu’on ne fé trompe point: Autrement dl’on contoit dès que l’on aurait jetté le morceau de bois ,le vaidéau va quelquefois dvite, qu’on n’aurolt pas le tems de remarquer dle morceau de bois firoit droit dans la route. Ils jettent cette petite planche en mer àtoutes les heures, 6c enduite écrivent chaque fois, combien il yade bradés de ficellejêc tous les jours à midi l’on fait le conte de toutes ces bradés &de
pE LEVANT. Liv. IV. Ch. IV. 67? i; ds cette manière l’on voit combien le raiffeau acheminé de miles depuis vingtquatre heures ;àlavoir depuis le midi du jour précèdent, jufqu’au midi du jourprésent^ 6c on le pointe avec le compas fur la Carte, pour favoir en quel lieu eft le vaifièau. Quoi que cette invention fait fort utile, néanmoins il ne faut pas trop s’y fier ,autrement Pon ferait au hazard de faire de grandes erreurs, àcaufe du flux &reflux de la mer qui chaflè en arriéré la planche de bois, ou la fait avancer; 6c afin que ce conte fût jufte, il faudrait qu’elle fût immobile. Mais les Ànglois ne s’y trompent guere, car outre cette invention des miles, ils prennent tous les jours la hauteur du foîeil :de plus ils jettent ce morceau de bois àtout changement, ou augmentation^ ou diminution du vent: Pon appelle ce morceau de bois la barquette des miles Les Anglois content leurs miles feulement de cinq cents pas Géométriques, àfavoir de cinq piés chacun. Ca? de Sur les fix heures 6c demie nous pafîames Ial<?ues ÜCVant le Cap de Jalques ,qui etoit anciennement nement appellé Carpella •il avingtcinq ferez ôc demi d’élévation, 6c eft éloigné u. Eioid’Ormus de trente lieues. Depuis ce Cap, fPômu* terre s’étend vers l’eft quart àfud-eft, c<? jufeu’au fleuve Indus. 11 yaau Cap de Jafques
676SUITE DU VOYAGE Jafques àdemi-mile ,ou un mile avant en terre, une méchante petite forterdle, avec environ quarante maiions ,où demeurent des gens fort pauvres, qui vivent d’orge, 6c ne boivent que de Peau, encore eft-clle fort fàlmâtre: Ils ont deux I barques, ou taranquins, lefqueîs ils chargcnt de bois qu’ils vont vendre àMafcat. Ce mifèrable lieu eft nommé Jafques, & dépend du Gouverneurde Comoron, qui y: envoie telle perfonne qu’il veut pour commander. Le Jeudi dix-fétiéme de Décembre à Ex heures du matin nous mimes la papafique de maeftre, 6c la Proue àeft, ne perdant point de vue la terre de Perfe, de crainte d’être jettez trop en mer par le vent, qui fur les onze heures fè fit nord-eft. Amidi nous trouvâmes que nous avions avancé ,depuis le foleil couché du jour précèdent foixante êc un mile, ou vingt lieues ôc un tiers ,àtrois miles pour lieue Aune heure après midi, Pon mit la Proue àeft quart au fud-eft, Sur les quatre heures le vent s’étant fait oiieft on la mit àfud-eft quart àl’eft Sur les cinq heures 6c demie, nous ' avions àeft-nord-eft une petite Ile fort baffe, tout contre la terre de Perfe, qui en cet endroit eft auiïi fort baflè lelong de lamer.
;DE LEVANT. Liv. IV. Ch. IV. 677 Sur les fix heures nous nous trouvâmes visà-vis de cette petite Ile. Le Vendredi dixhuitième de Décembre au matin on mit la Proue àeft quart au fud-eft ;êc àmidi Pon trouva que nous avions fait trente-huit lieues depuis le midi du jour précèdent: Alors le vent fe fit nord-oüeft ,ê£ nous mimes la Prou-ë àfud-eftquart àPeft, pour ne pas inveftir la terre qui le voioit obfcurement àProue ,un peu àmain igauche. Le lendemain fur le. matin le vent cefla, c’eft pourquoi Pon mit la Proue àeft quart afiid-eft. Amidi Pon trouva que nous avions fait depuis le midi dujour précèdent vingt-cinq lieues 8c demie. Alors le Capitaine ,le Pilote ,8c le Connétable prirent la hauteur du foleil ,avec chacun un quart de cercle, bien ou mal *car tous trois ne s’y entendoient gueres ,&le Pilote moins qu’aucun :Ils trouvèrent tous trois que nous étions àvingt-quatre degrez 8c trente minutes d’élévation. Sur le foir le vent fe fit fod-oüeft ,mais fi foible qu’à peine les eaux en étoient émûës ;on ne laifla pas de mettre la Proue àfud-eft quart àPeft .pour ne pas être jettez àterre. Le Dimanche vingtième de Décembre la bonafïe continua, de forte qu’à midi l’on trouva que nous n’avions fait que cinq lieu-
SUITE DU VOYAGE côté unetaile longue de près de cinq pouces , &large de quatre ou environ :ces ailes ne font autre chofe qu’une pellicule bleue fort obfcure, tendue avec de petis nerfs ou arêtes ?qui s’étendent depuis le côté du portion ,ju(qu’à l’extrémité de la pellicule. Lorsqu’il eft pourfuivi des Dorades, il. feute hors de l’eau ,êc vole dans l’air tant que fes ailes font moüillées ,&quand elles font fëches il retombe dans Peau. Ces ailes étant féches ,fe plient comme un éventail ,ôc celles du poifibn que je mariai étoient pliées de méme^il eft auffi fort bon àmanger. Amidi nos gens ne purent prendre la hauteur du foleil,à cauie de quelques nuages qui le couvraient ;il fàlut fe contenter de lavoir par le moien du calcul de la Marquette ,que nous n’avions fait que neuf lieues ,depuis le midi du jour précèdent. Le loir àhuit heures ,il tomba beaucoup de feu de quelque pipe de tabac dans la fàinte barbe, par le trou par où pafiè le manche du timon j&de bonne fortune les deux femmes efclaves du Sieur Manuel Mendez ,qui étoient logées en cet endroit, s’en apperçurent auffi-tôt, ôe l’éteignirent promptement japrès quoi, étant encore tout épouvantées ,elles appellerez du monde :on fit inutilement la
DË LEVANT. Liv.IV. Ch. IV. 6% la recherche de ceux qui avoient fait ce coup, il ne fut pas poflible d’en découvrir les auteurs :fans une bonté de Dieu toute particulière qui nous preferva du danger où cet accident nous mettoit, nous aurions péri malheureufement. Le jeudi vingt-quatrième de Décembre àquatre heure après minuit ,il tomba beaucoup de pluie ,qui continua par pinfieurs reprifes, jufque vers les fix heures &demie ,avec de grans tonnerres :Cette pluie étant ceffée tout-à-fait, il fe leva un bon vent de nord-oüeft, qui nous faifoit avancer une lieue ce heure ;mais le ciel était tout couvert de nuages, ôc le Capitaine fit mettre la Proue :àelt ,ce qui changeoit nôtre route êc nous faifoit gagner kterre ;quand je lui en demandai kraifon ,il me répondit qu’il craignoit de trouver le vent eft-nord- eil, qui nous jetteroit au deffus du lieu où nous voulions aller :mais 1a vérité étoit, 'qu’il vouloit aller reeonnoître kterre, pour lavoir où nous étions •car ni lui, ni .le Pilote ,ni le Connétable ne le fàvoient point. -A huit heures le vent fe fit efl ,ôc :nous mimes kProue àfad-fad-eil. Aneuf heures il fe fit eiDfud-ctt ,ôc nous mimes la Proue àfud, qui étoit une fort mauvaife route, car en kmivaut ,nous étions m4jet-
686 SUITE DU VOYAGE Jettez bien au défions du lieu, où nous voulions aller. Sur les dix heures le vent s’étant fait fud-fud-eft ,nous mimes la Proue àeft ,mais tout d’un coup il devint foible. Amidi il fe fit fud ,6c nous mimes la Proue àeft-fud-eft. Nos gens ne purent encore prendre l’élévation du foleil ,àcaufe des images ,6c ils trouvèrent par le calcul des miles que nous avions avancé neuflieues: nous avions fait la meilleure partie de ce chemin depuis les fîx heures du matin, n’aiant prefque rien avancé pendant les dix- Luit heures précédentes. Amidi 6c un quart, le vent fè fit fud-oüeft 6c Pon mit la Proue ànord-eft,mais incontinent après il fît bonafle. Adeux heures il fe leva un petit vent de nord-olieft ,êc Pon mit la Proue àfud-eft quait àeft :fur les fîx heures le vent s’affoiblit beaucoup. Sur les fèpt heures on tourna la Proue àfud-eft. Le Vendredi vingtcinquième de Décembre àfîx heures du matin ,le vent fè fit oiieft-nord-oiieft, 8c nous tinmes toujours la Proue àfud-eft. Sur les fept heures le ciel fe couvrit de nuages qui nous amenèrent de la pluie &nous vimes encore des oeüdc Trombes, afîèz éloignées, 6c un œil de beuf :C’étoit comme un morceau d’arc- en-ciel ,qui commençoit àPhorifon ,6c ê’élevoit jufqu’à environ trois degrez ;ou fî vous
DE LEVANT. Liv. TV. Ch. TV. 687 vous voulez il fembloit être haut d quel» que trois pies. Quelquefois l’on en voie au delîus des vaifteaux ,Sc c’eft ordinairement le préfage d’une tempête ;ce font les Portugais qui ont nommé ce Phenomene œil de beuf. Sur les huit heures le vent le fit nord un peu frais ;mais incontinent après il fe fit nord-eft, 6c devint bien foibîe. A midi nos gens trouvèrent que nous étions àvingt -trois degrés.cinquante-deux minutes d’élévation ,&que nous avions avancé depuis le midi du jour précèdent de treilè lieues. Alors le Capitaine &le Pilote le croioient àhuit ou dix lieues de terre du Sindy, 8c à. environ vingt-cinq lieuës de Jaquette :Pour moi je trouvois dans ma Carte ,que nous étions àvingt lieues 8c au fud de Maîan, 8c àquarante lieues du Sin- - ày, 3càprès de foixante lieues de Jaquette, &cela fe trouva conforme avec ce qu’avoit remarqué le Connétable smais il n’en ofoit rien dire àperfonne ,de peur d’avoir querelle avec le Capitaine ,qui tenoit tout le monde pour ignorant àfon égard ;8c cependant il fe trouva du depuis que c’étoit lui 8c le Pilote qui avoient fait erreur. Sur les quatre heures le vent fe fit eft-lud-eft, &nous mimes la Proue ànord-eft. Sur les cinq heures, nous eûmes de la pluie que nous donna un gros nuage en palîànt au m5deC*
SUITE DU VOYAGE deflus de nous ,après quoi le vent le fit fud-eft ,6c nous mimes la Proue àeftnord-eft. Sur les fix heures Sc demie nous eûmes encore de la pluie avec des éclairs, mais nous reliâmes en bonafîe ,&nous mimes la Proue ànord-eft. Afèpt heures le vent fè fit fud quart àfiid-eil ,& nous mimes la Proue àeft quart àfudeft. Adix heures 6c demie nous nous trouvâmes en bonafiè, qui fut fuivie fur les onze heures d’une grollë bourrafque., qui fit d’abord grand bruit, ce qui nous obligea de plier toutes les voiles ;mais nous en fumes quitespour une groile pluie qui dura peu &la mer n’en fut aucunement émûe ,c’eft .pourquoi' nous mimes la Proue àfud-eft quart àfud Aminuit Pon jetta la fonde, mais quoi qu’il yeût foixante brades de corde on ne trouva point de fond ,ce qui penfa faire enrager le Capitaine de honte; car il croioit être fort proche de terre ,6c il fs mit en colere contre le Pilote ,difânt qu’il Pimoortuaoit depuis deux jours de jetter la fonde. Toute la nuit nous fumes en bdnafIè,quoi que de tems en tems il fit plufieurs pluies. Le Samedi' vingt fixieme de Décembre far les fèpt heures *il fe leva un petit vent défi -nord- eft ,qui nous fît mettre l'a prouë àfud eft quart àiud. Sur les neuf heu-
DE LEVANT. Liv. IV. Ch. IV. 6%g heures 6c demie s’étànt tourné tout-à-fait àl’eft ,nous mimes la Proue àfud-fùd-eft: Alors le Sieur Manuel Mendez ,qui voioit bien que perfonne ne fàvoit où nous étions , dit au Capitaine de tourner la Prouë àterre pour contenter le Pilote ,de quoi il s’offença fort difent qu’on le prenoit pour un ignorant, &que déformais il ne voirloit plus faire autre choie que dormir; fans fc foncier où iroit le vaiiTeau ,6c qu’il vouloir retourner àJafques chercher la terre pour nous contenter ;néanmoins cela n’alla pas plus avant. Sur les dix heures le vent fe changea eneftnord-eft, êc nous mimes la Proue àflideft. Amidi le Connétable trouva que nous étions àla hauteur de vingt-trois degrez quarante -cinq minutes ,le Capitaine à vingt-trois degrés cinq minute-, 6c le Pilote vingttrois degrez quinze minutes;, nous avions avancé en vingt -quatre heures d’environ fix lieues. Ce jour nous commençâmes àvoir de ces oifeaux que &ab© ds les Portugais appellent Rabo de Junco,qui ISé font une efpece de Gabians, excepté qu’ils font plus gros ,6c ont la queue tout d’une venue ,6c pointue cornme un jonc pour cela on les appelle queue de jonc ;6t ils fe tiennent fur Peau de même" que les Cabians. Aune heure le vent fe diminua m66c fei
69oSUITE DU VOYAGE 8c fe fit eft,8c nous mimes îa Proue àfiidquart àfud-eft. Sur les quatre heures nous renvcrfâmes le bord 8c mimes la Proue au nord :Sur les cinq heures 8c demie le vent s’étant fait eft-nord-eft ,nous la mimes à fud-eft. Sur les fept heures 8c demie le vent tourna au nord-eft quart àeft :Sur les dix heures il devint tout-à-rait nord-eft ,& nous mimes la Proue àeft-fud-eft. Le Dimanche vingt-fétiéme de Décembre ,àcinq heures du matin ,le vent fe fit eft quart ànord-eft ,8c l’on mit la Proue àfud-eft quart àfud. Sur les neuf heures , on la mit àfud-eft ,parce que le vent fe fit eft-nord-eft ,8c fe rafraîchit beaucoup. Amidi nos gens prirent la hauteur, 8c ils fe trouvèrent encore de differens avis ;le Capitaine trouva que nous étions àla hauteur de vingt degrez cinquante-deux minutes ;le Pilote àvingt-trois degrés ,8c le Connétable àvingt-trois degrés 8c deux minutes; nous avions avancé en vingt-quatre heures de quatorze lieues. Le foir unPoiffon volant fauta dans nôtre vaifteau. La nuit le vent fe rafraîchit de telle manière, que nous fumes obligez de plier îa gable ÔC le perroquet. Le Lundi vingt* huitième de Décembre àmidi ,1e Capitaine trouva que nous étions àla hauteur de vingt-deux degrés huit minutes ,
DE LEVANT. Liv. IV. Ch. IV. 69i nutes, 6c le Connétable àvingt-deux degrés dix-huit minutes ;nous avions avancé en vingt-quatre heures de quatorze lieues. Nous vimes ce jour flotter fur Peau, quantité de certaines herbes que les Portugais appellent Sargaço ;c5effc un des lignes qu’on eft proche de la terre de Indes ,6c l’on en voit quantité vers le Brefil. La tige de cette herbe eft menue ,noirâtre 6c pliable comme un cheveu, les feiiilles en font longues 6c étroites ,un peu dentelées ,outre ces feiiilles il yaplufieurs petis grains clairs, tranfparans 6c mois comme de petites gro- Teilles qui font atachez àla tige :cette herbe croît fur les rochers dans la mer, 6c iquand elle eft arrachée par la tempête, elle flotte fur l’eau jufqu’à ce qu’elle foit jettée àterre. Sur les deux heures après midi le vent diminua beaucoup, c’eft pourquoi !nous mimes les voiles de gabie 6c deperro- |quet, 6c la mer qui étoit auparavant fort ;agitée, s’abonaflà en peu d’heures Le Mardi vingt-neuvième de Décembre _O mr les fèpt heures le vent fe ht nord-nord- eft, 6c nous mimes la Proue àeft. Amidi le Connétable trouva que nous étions avingt 6c un degré quarantequatre minutes de hauteur, 6c que nous avions avancé en vingt-quatre heures de treife lieues 6c demie ;Aminuit nous mîmes la Proue à m7eft
69zSUITE DU VOYAGE efl quart àfud-eft, pour ne point aller inveftir les bancs qui font vers Diu dont nos gens croioient être plusproches, qu’ils n’étoient en effet. Le lendemain au matin nous vimes deux coaieucouleuvres fur Peau ,ce qui donna bien de vres fur la joie fur le vaiilèau ;car dès que l’on jn cjcommence àvoir des couleuvres, c’eft qucr.t nne marque infaillible que l’onn’eft qu’à mité de quarante lieues de terre des Indes ;c’eit îtiie. pourquoi l’on peut hardiment commencer àjetter la fonde ,6t en effet fur les neuf heures qu’on la jetta. Ion trouva cinquante-trois braffes de fonds Amidi le Connétable trouva que nous étions àvingt 6e .un degré trente-trois minutes de hauteur, 6c que nous avions avancé en vingtquatre heures de vingt-cinq lieues 6c demie; on jetta la fonde pour la fécondé fois 6c l’on trouva quarante braffes defond; Enfuite de quoi l’on mit la Proue àfudeft quart àl’eft, pour ne point aller à la terre de Diu, où nous n’avions que faire, 6c où eft le rendez-vous des Cor** fàires Malabares, 6c Zinganes.. Acinq heures 6c demie du foir, l’on ne trouva que trente-cinq braffes de fond, 6c en-fuite nous vimes quantité de petites couleuvres jaunes fur Peau longues d’un bon pie, 6c greffes comme le petit doigt, ce
de LEVANT. Lit. IV. Ch. IV. 693 ce qui nous fit connoître que nous étions proches de la côte de Diu ,le long de laquelle les couleuvres font petites, car de là en avant le long de la côte des Indes elles font grandes :afin donc de ne pas aller inveftir la terre l’on mit la Proue àfudeft. Sur les fix heures nous commençâmes àvoir de certains excrémens de mer ,que les Provençaux appellent Carnafie, ôt les c?rnairô Italiens Potta marina ,êc les Portugais ou ?ot- Alfareca ;il me femble que fen ai vû ^ la figure avec la defeription ,fous le nom A]fa^ca» de Potta marina, dans un petit Traité mtus de de Contins de Fabius Columna ,qui efl la meî* fin du Traité de PIamis ,du même Auteur. Nos gens me dirent que c’efl comme une chair baveufè ,que les Poifibns mangent, ôc que quand elle touche la chair d’un homme, elle s’y ataehe comme de la colle, 6c lui caufe de grandes enfilons. Sur ce fnjet je me fouviens ,qu’autrefois étant àCalais, un homme d’honneur me dit, qu’il yavoit dans la mer de Calais, certains excrémens de mer ,qui excitoient de fi grandes enfilons ,lorsqu’ils tou^ choient àla chair, qu’il avoit vû des Soldats de la garnifon courir par les mes comme des fous ,&crians comme des enragez, de la douleur qu’ils foudroient ,pour avoir été touchez au corps par ces excré-
7oo SUITE DU VOYAGE eft 6e fe rafraîchit beaucoup ;ce qui nous faiiânt connoître que nous étions vis-à-vis de la bouche du Golphe de Cambaya, nous mimes la Proue àfud-eft quart àfua ;6e fur les neuf heures nous la mimes àfud-fud-eft, après que le vent fe fut tout-à-fait tourné à l’eft. 11 ne fut pas poflible cette journeé-là, de prendre la hauteur du Soleil, àcaufe du branlement du vaifîèau ,il falut fe contenter de lavoir ,que nous avions fait àmidi quinze lieues, depuis le midi du jour précèdent. Sur les cinq heures le Capitaine du Mafulipatan ,étant devenu de plus belle humeur s’approcha de nous ,6caprès le Selam,6c trois ou quatre coups bus de part & d’autre au bon Volage ,il demanda îi nous voulions aller de conferve, dont nous fumes contens. Sur les fix heures le ventceffa,6c nous îaifîà en bonafîè. Sur les dix heures 6c demie ,il fe leva un petit vent de nord-nord* eft: ,qui nous fit mettre la Proue àdl :A minuit s’étant fait nord-eft ,nous la mimes àeft-fud-eft :Alors on jetta la fonde, 6c l’on trouva quarante brailès de fond. Le Dimanche troifiéme de Janvier au matin, nous apperçumes plufieurs pièces de bois qui flottaient fur l’eau, &quelques couleuvres plus groilès que le pouce, longues de quatre àcinq piés 6e de couleur noirâtre; Sc vers le midi nous vîmes aus
DELEVANT. Liv. IV. Ch. IV. 701 que Peau de la mer étoit blanchâtre ;tout cela étoit autant de marques que nous étions proche de la terre des Indes. A midi le Connétable prit la hauteur du foîeil, bien ou mal ,àcaufé de la grande agitation du vaidéau, ôc il trouva que nous étions àdix-neuf degrés cinquante-quatre minutes d5éievatio.n ,mais nous ne pûmes favoir combien nous avions avancé de lieues ,car depuis vingt-quatre heures nous n’avions point jetté Ta barquette ,fichant que nous étions proches de terre :feulement Pon jetta la fonde 6c Pon trouva trente -trois bradés de fond ;Paiant jettée encore àtrois heures après midi, Pon n’en trouva que trente: fur les cinq heures le ventfe fit eft-nord-eft, &nous mimes la Proue àfud-eft. Acinq heures Jk demie Pon trouva encore trente- .trois brades de fond. Sur les huit heures le vent fè fit ed: quart ànord-eft ,êc nous mimes la Proue àfud-eft: quart au fud, l'on trouva encore trente -trois bradés de fond. Sur les dix heures 8c demie le vent fe fit nord quart ànGrd-ed: ,qui fouffiok avec beaucoup de force ,8c nous mimes la Proue àeft-quait ànord-ed: :Aminuit l’on trouva vingt -cinq bradés de fond. Le Lundi quatrième de Janvier, àcinq heures 6c demie du matin ,le vent fe fit nord-eft ,6c nous mimes la Proue àefi> fud-
70Z SUITE DU VOYAGE fïid-eft ;mais ce vent qui étoit chaud, étoit fî violent ,que nous fumes obligez de plier îa voile gabie :Alors Pon trouva vingt deux brades de fond. Ce vent nordeft régné ordinairement fur cette côte pendant toute la Lune de Décembre, &au commencement de celle de Janvier ,6c le nord-oiieft lui fuccède. Sur les onze heures le vent s’étant un peu diminué Pon déplia la gabie. Amidi le Connétable trouva que nous étions àla hauteur de dix-neuf degrés 8c vingt -quatre minutes, 8c aiant jetté la fonde, Pon trouva encore vingtdeux brades ;àcinq heures de même :A cinq heures 8c demie le vent s’étant fait nord-nord-eft ,Pon mit la Proue àeft. A neuf heures Pon ne trouva que vingt brades de fond ;àminuit Pon n’en trouva que dix-huit. Le Mardi cinquième de Janvier après minuit ,le vent fê fit nord-eft quart àeft , mais bien foible ,6c nous mimes la Proue àfud-eft quart àeft. Acinq heures du matin Pon ne trouva que quatre brades. Ala pointe du jour nous découvrimes àProue la terre de Baçaim dont nous étions fort proches, 8c nous l’euftions découverte dès le jour précèdent ,delle n’eût point été couverte de nuages. VÎT’ Baçaim eft une Ville tenue par les Portugais
DE LEVANT. Liv. IV. Ch. IV. 703 tugais ,qui eft environ fous le dix-neuvième degré 6c demi d’élévation. Il yaen cet endroit des montagnes fort hautes. Afix heures nous renverïâmes le bord,6c mimes la Proue ànord quart ànord-oiieft. Adeux heures après midi ,nous jettâmes Pancre à quatorze brades ,parce que la marée com* mençoit àle retirer; 6c c’eft Pordinaire que les vailfeaux qui veulent entrer dans le Golphe de Cambaya ,lorsqu’ils font proches de cette terre ne vont plus qu’avec les marées, lî ce n’eft qu’ils aient le vent en Pouppe ,qui eft le fud ,&un peu fort ;car ceux qui vont àla bouline contre la marée, reculent beaucoup au lieu d’avancer ,les marées étant très-fortes en cette côte, 6c le vent fud yeft rare.Sur les huit heures 6c demie du loir on leva l’ancre ,6c l’on mit la Proue anord quart à nord-oüeft ,le vent étant alors nord-eft quart àeft/ Le Mécredi lîxiéme de Janvier àdeux heures après minuit, nous jettâmes Pancre adix-fept brades. Sur les neufheures du matin ,après l’avoir levée ,nous mimes la Proue ànord-nord-eft ;le vent étoit pourlors eft, tirant un peu vers le fud eft, mais dfoible, qu’a dix heures il noiis laidâ en bonadè. Sur les trois heures il fe leva un petit vent d’oiieft ,-lorique nous l’attendions le moins, car il fouffle rarement en cette cô- Tome IF* nte;
704 SUITE DU VOYAGE te: cela fut caufè que nous ne jettâmes point Pancre, quoi que la marée commençât de s5en retourner, 6c nous mimes oJ la Proue ànord quart ànord-eft. Acinq heures 6c demie Pon trouva vingt brafles de fond. Afix heures il fit bonafle. A huit heures 6c demie il feleva unventd’eftnord-eft qui nous fit mettre la Proue àfudeft; mais àdix heures, la marée commençant àmonter, il nous falut renverfer le bord 6c mettre la Proue ànord quart à nord-eft. Le Jeudi fétiéme de Janvier vers les quatre heures du matin nous jettâmes Pancre àdix-neuf brafîès de fond :Sur les neuf heures ,s’étant levé un petit vent de fudeft, on la leva, quoi que la marée dût monter de plus d’une heure 6c demie après, 6c nous mimes la Proue àeft-nord-eft; mais comme le vent dura peu ,fur les onze heures 6c demie, Pon ietta Pancre àdixfèpt brafles, quoi que la marée montât pour lors, mais elle ne nous 1ervoit derien, car elle nous portait àSourat, 6c nous voulions aller àDaman, dont nous étions fi proches que quelques gens de nôtre vaiffeau, voioient la tour d’une Eglilè de la Ville. Aune heure 6c demie il fe leva un petit vent de nord-oiieft, qui nous fît lever Pancre aüffi«tôt 36c mettre la Prouë à Cr-r* *1
‘de LEVANT. Liv. IV. Ch, IV. 70? fud-eft ;8cjettant la fonde de quart-d’heüre, en quart-d’heure, Pon trouva d’abord quinze brafiès de fond ,enfuite douze, après dix ,6c enfin neuf Sur les quatre heures Pon mit la Proue àeft-flid-eft ,fur les cinq heures on la mit àfud-fiid-cfh :Un peu après nous fumes en bonafîè, &aiant jetté la fonde, Pon trouva huit brafiès de fond. Sur les fix heures Pon mit la Proue àeft quart àfud-eft; demi-heure après on mit ànord-eft quart àeft :Sur les fept heures Pon jetta l’ancre àhuit brafiès de fond* &àune bonne lieue 6c demie de terre, parte qu’il ne faifoit point de vent, 6c le reflux nous jettoit vers le fad-oiieft. On la leva le lendemain matin fur les neuf heures ,bien que la marée fût encore bafiè, feulement il faifoit un vent de fudeft; Pont mit la Proue àeft-nord-efe, pour nous approcher de terre, 6c fur les onze heures 6c demie nous jettâmes l’ancre àune lieue de la ville de Daman, 6c à Poiieft, àfon égard. Je n’allai point à terre, parce que le Capitaine me dit, que je n’y pourrais refter qu’uneheure ou deux, aiant donné ordre au bâteau qui portoit à terre le fieur Manuel Mandez de revenir aufli-tôt; 6c aiant refoiu dès qu’il aurait déchargé fos hardes de lever l’ancre, fans attendre perfonne: ie crus que cela ne valn%loit
706SUITE DU VOYAGE îoit pas la peine de me mettre au hazard d’être pris •car il ÿad’ordinaire des barques Malabares aux aguets, particulièrement le foir, qu’elles fe chachent derrière de pointes de terre, êc lorsqu’elles apperçoivent quelque petite barque ,elles lui viennent deilus, Ôc l’emmenent. Damsn, Daman eft une ville qui appartient aux Portugais qui l’ont bien fortifiée, il yaauffi une bonne forterefiè. Cette Ville eft fous le vingtième degré d’élévation: elle eft éloition de gnée de Baçaim de quinze lieues ,&de oaman. j)jufe quarante. Le pain que l’on mange àDaman eft fort délicat ;l’on n’y boit que de Peau de Tanquier, mais qu’on dit être fort bonne. Depuis Daman jufqu’au Cap cap de de Comorin ,la côte eft toute bridée de comofort hautes montagnes. Cette Ville n’a point d’autre Port qu’un petit canal ,qui s’emplit quand la marée monte ,&relie à fec lorfqu’elle fe retire ;les petites barques yentrent ,mais les vaifièaux fe tiennent à la rade. Le nôtre yrefta un peu plus de vingt-quatre heures ,car les bâteaux qui dévoient venir prendre les hardes de Manuel Mendez, n’arriverent ànôtre bord que le lendemain ,qui étoit un Samedi ; . l’on fut jufqu’à midi àles charger, êc il nous faiut attendrejufqu’à deux heures nôtre faaraue ;quoi aue dès le matin nous luieuf- ^^'~i s
DE LEVANT. Liv. IV. Ch. IV. 707 eulüons fait lignai de venir par un coup de canon; mais les mariniers, qui s’étoient enivrez, ne s’en hâtèrent pas davantage: Nous ne levâmes donc Pancre qu’à trois heures après midi; l’on mit la Proue à nord ,le vent étant pour lors oüeft-nord» oüeit. Sur les fept heures il falutjetter l’ancre ,parce qu’il ne faifoit plus de vent ,& la marée qui étoit balle ,nous faifoit perdre du chemin. Sur les neuf heures ,un petit vent d’eft, nous la fit lever &mettre îa Proue au nord ;nous n’avions que cinq bradés &demie de fond ,&durant plus d’une heure l’on n’en trouva pas davantage. Le lendemain Dimanche dixiéme de Janvier, àla pointe du jour nous nous trouvâmes àîa portée du canon de terre, O,oxî_ qui étoit ànôtre droite, àgauche nous mite de apperçumes deux gros vaiflêaux àl’ancre. rcïK* 11 furent auffi-tôt reconnus pour des vaif- .f féaux du Roi du Mogol-, qui font le '.trafic féaux au Moca, où ils portent àchaque Voiagejjjj^10*- plus de deux millions. Nous découvrimes àProue plufieurs autres vaifièaux, dont les uns étoient àl’ancre ,&les autres àla voile ;entre ceux-là ,il yavoit deux vaififeaux Hollandois ,qui ne manquèrent pas d’envoier leurs barques pour nous reconnaître, croiant que nôtre vaifleau fut Ann3glois.
Barre de S&eirar. Arrivée au châ* ieau de Sourat &àla dci^ne. 708 SUITE DU VOYAGE gîois. Enfin, àdix heures 5cdemie, nous jettâmes l’anere àla barre de Sourat, àfix brades 6c demie de fond; 6c audi-tôt il vint fur nôtre vaideau ,un Garde de la douane, qui fe trouva là par hazard, car ordinairement ils ne viennent qu’après que le Capitaine eft allé àterre. Le lendemain Lundionziémedejanvier, plufîeurs barques de la doüane vinrent ànôtre bord prendre tous les Pafîàgers avec leurs hardes; nous nous mimes defius, 6c qlles fe feparerent du vaideau vers les dix heures Ôc demie: d’abord elles nous en éloignèrent avec beaucoup de viteffè, aiant bon vent; mais comme la marée était badè ,au bout d’une heure nous fumes enfablez; 6c il falut attendis le tour de la marée pour nous retirer, ce qui ne fut qu’à trois heures 6c demie, 6c après que nous eûmes retiré l’ancre, que nous avions jettée. Nous continuâmes donc nôtre chemin aiant feulement la marée pour nous ,car le vent étoit contraire :au bout de demi-heure nous nous enfablâmes encor une fois ,6c il nous falut une autre demi-heure pour nous en tirer :Après quoi aiant paffé un peu plus outre nous vîmes ànôtre droite unepetite Ile, enduite de laquelle le canal va toujours enétrécidànt. Sur les huit heures nous pafîames devant le château de Sourat, qui étoit ànôtre droi-
DE LEVANT. Liv. IV. Ch. IV. jo9 droite, 8c un peu après nous arrivâmes devant la douane ;nous yjettâmes Pancre pour ypalier le relire de la nuitr Le lendemain mardi douzième de Janvier, fur les dix heuresdumatin ,nous fumes introduits àladoüane, où Pon nous vilita d’une manière tout-à-fait particulière, dontje ferai le récit ailleurs ,avec Paide de Dieu , qui nous aconduit heureufement jufqtfici, dont il foit leiié àjamais. Ainii fait-il. Laudate Dominum omnes Gentes 36c c. Gloria Patri ,&Filio ,&Spiritui fan&Q' Sicut erat in prmàpio ,ôcc. Pm du quatrième Livre de ta fécondé Partie &du Tome IF* TABLE
TABLE Ifmaël, montagne. 427 Commandement de la Chotal Oufchenec ,dé* MelFe chez les Armecente. 5*27 niens. 392 Chotali Hafani ou Cho- Compagnie des HorlotaliMahhmefeni,mon* geurs incommode en tagne. 434. Perfe. 237 Chotali* Naaî •Schekeni ,Concombres àAlep. 113 montagne, 423 Congo ,petite Ville. 622 les Chrétiens edimes imon ypaïe moins de droits purs par les Perfans. qu’au Bender-Abafîîa 372 ^624 Cimetières des Chrétiens la moitié de fa Douane &des Juifs àDamas.48 Cimetières des anciens É- gyptiens. 22 Cimetières hors d’Ifpahao. 286 Circuit d’Alep. 103 Circuit d’Alexandrie. 24 Circuit de Damas. 45* Circuit de Schiras. 435* Citernes àcolonnes. 24 Cloche àIfpahan. 271 Clocher du Meffie. 37 Coiffure des Perfans. 3\6 Coin, Ile. 64 College àSchiras. 437 Colonne de Pompée. 21 Colonne drordre Corinthien. 141 Colonne fur pie. 5*14 Colonne fur un roc. 5-19 Colonne de Tfchehelmiappar tient au Roi de Portugal. 625* On en part au commence» ment de Décembre pour aller aux Indes. 627 Corna ,Château. 570 Corfaire François. 376 Corfe, Ile. f Corfchi, ce quec’eft. 342 CofrouveSchiîinjpoëme. 238 Coucher, Ile. 61 1 Couffes, efpece de paniers dont on fe fer tpour détourner l’eau. 436 Couleuvres fur Peau marquent la proximité de la terre. 692 le Coupable qui atüé eu Perfe efi livré àfa parnar. yoj' tîe. 310 Coméiieà laTorque.121 Courdî* jufte-au* corps. Cornette àIfpahan. 370 cS
DES MATIERES, Couroek ,ce que c’eft. 336 Courouk de denrées, 337 Courfî ,forte d’habillement. 32a Couverture de lit, 321 Crainte des François. SS7 Croiance des Arméniens fur le Pape &fur le St. Sacrement de l’Autel,. 396 Cruauté horrible d’un Portugais. 619 Cruelle chaleur du Bender. 483 Ctëifa, Village. 85* Culture des melons en Perfe. 405 Culture du Palmier. 406 Cônes fur les Chameaux. „2Î 7 Curdes, Peuple. 242 Curiofitez remarquées durant la navigation & dans Alexandrie, 18 D. T^aman, Ville. 706 ^fon élévation, îdem Damas, Ville. 44 Daneg, barque. J48 Décente de St. Paul à Damas. 49 Declinaifonderaimanc à Baifora» SS7 Défenfe du vin àBafïbra. 563 Défiance des Hollandois, 486 Degré des Géographes Perfans. 307 Deha, Village. 25*9 Behi Kouh*Village. 4^9 Dehi Kourd ,Village. 4fi Dehidombe ,Village. 4ff Dehighirdon,V'illage.423 Dehile, Village. 253 Dehra, Kervanferar. 45-6 Demeure de Job. 144 Départ de l’Auteur de Paris. 2 Départ d’Alep. 133 Départ d’Alexandrie. 26 Départ de Bagdad. 214 Départ de Bafïora. 593 Départ du Bir. 139 Départ de Damas. Hf Départ d’Ifpafran. 41 y Départ de Moful. 189 Départ d’Orfà. 149 Départ de Rofette. 30 Départ deSaîde. 37 Départ de Schiras pour Bender-Rîk. 5*22 Départ du vaiilêau de Baffora. Dépenfe des Turcs eft petite, 326 Déroga ou Lieutenant Criminel, 3SX h
TAB ïe Déroga en Per Te ne prend rien des Francs. 31 1 Dervîchs àDamas. 66 Defcription d’une belle Mofquée àDamas. 58 Defîein de l’Auteur en voiageant. 488 Defi a,Païs. 30 Deftbenrgmaifon deRahdarSo fij Deuil des femmes àDamas. 80 Deüii desPerfans. 318 Dgebel Harafat. j,8 1 Dgebel-Hemrki ,montagnes. 199 Dgêdid, Fausbourgd’A- lep. 103 Dgei Hhon ,Kervanferaï. 47° Dgerrahhl foüî. 16s Dgefer Reftan, pont. 94 Dgezîrat Chader, Ile. Dgezîratel-Boüarin. 553 Dgiafer, un des douze Imans. 361 Dgiallab ,petite rivière. IfO fa fource. iji Dgiaroum ,petit Village. ^4ri Dgins ou mauvaîsEfprits. 47f & $ l9 Diaîa, rivière. 214 yille de Diarbeckr. Jf4 LE Diarbeckr, Àmid & Ci* raemid ne font qu’une même Ville. \f$ D:c elgait, coq de Jardin. 3® Différence de la priere en* tre les Perfans, &les Turcs. Digeî ,Païs. 207 Divan Beghi ,Officier. 35° Divans àAiep. 109 Dizava, gros bourg. 2^0 Dobrike ,Kervanferaï. 472 Dorado ,poifîbn. 682 Dorgheftan, Ile. 54$ Dris, Village. 429 Droit du RoîdePerfe fur îesPerfes. 577 Bufchafcha,genre de fupplice. 361 E. atemad-doulct un des principaux Officiers du Roi de Perfe. 346 Eau de l’Euphrate fort legere. 336 Eau du Tigre.. 21 1 foin des Perfans pour avoir de l’Eau. 28$' beaucoup d’Eau àIfpahan. 288 méchant# Eau àLâr. 463 Eau;
DES MA EaurofeàSchiras. 442 Eclipfe de Lune àMoluî; ï79 Ecrétîjfïes àAlep. 114 EdeiTe Orfa ,Ville. 140 Edne, plaine. 150 Effets du Cahvé. 72 EglifedeSCNicolas changée en Mofquée. 66 El Bouraïdgé ,Château. „90 Elbe. s Elhan, Village. 107 Eloignement de Bagdad à BafTora. 577 Eloignement de Candie à Alexandrie. U Eloignement ü’Ormus au Cap de Jafques. 67^ Eloüend, montagne. 244 Embarquement àMarfeille. 3 Embarras dans le vaiiïeau du Conge.634 Endian ,fleuve &village. ^42 endroit où Dîeu forma le premier homme. 67 Enfans des Arméniens mariés fort jeunes. 392 les Arméniens communient les petis Enfans. idem les Enfans des Soldats de rIERES. Erigerions ,arbrîfïeaux- 446 Erreur des Arméniens touchant les deux natures en jefus-Chrifh 39< Erreur de calcul en la Navigation. 14 Erreurs de Géographie. 1*0,1^,168, zri,-477, 481,647 Efchref eft la principale Ville du Mai'anderan. 265* Eski Bagdad, lieu. 204 Eflfaïr ,petit village. 85* Eftou Asbi ,montagne. $±6 Elirai! ,efpece de gros Cable. 12 Evangile de faint Jean. 6$o Extrême -On£Hon chex les Arméniens. 392 F. TJable desArmeniens fur JefusChrifl. 393 Fable d’un Lion. 201 Façade d’un temple, fio Façade àia montagne.517 Façade fur le roc. 514 Face de jefus-Chrift em» Perfe ont paie. 344 preînte fur un mouguipage fainéant. 31 choir. 138 &143 Fa-
TABLE Fa&ions d’Aideri &Naameî Uilahi, 379 Fagafoun, grand viliage. 25*6 Familiarité des Rois de Perfe. 338 Familles Arabes. 448 Fanfre, poiffon,. 20 Farillon d’Alexandrie. 17 Farfakh, Farfange&Parafange lignifient la même choie. 5*40 Far fang ou farfange mefure dont les Perfans fe fervent pour la Géométrie. 2$4& 306 comme on drelie les Faucons en Perfe. 3^9 Favignane, lie. 6 Faufîe nouvelle touchant les François femée par les Hdlandois. 575* Faillie nouvelle de Perfe. idem Fayadî, Ile. 578 &S9% les Femmes de Perfe demandent confeil àleurs Maris morts. 80 elles font cruelles. 310 Ferhad excellent Sculpteur. 238 Fers des chevaux en Perte- 39,7 Fête du petit Baïram nommée aide! Kerban. S77 Fête de lamorîd’Ali. 387 Fête lugubre de la mort d’Huffein. 382 ce que les Perfans yobservent. idem Fêtede îamort d’Huflèin àSchiras. 384 Fête d’Omar Xofcnodgiaadé. 387 FêtedeSertem 3% Feudejoïeà Alep. 129 Figures dans le roc. 495 Figure d’une femme. 496 Figured’unhomme.idem Figures d’animaux en Perfe. 309 deux autres Figures. 496 Fin du Carême des Arméniens. 393 Fin du Curdiflan. 242 Fin du Vicus redus. yi Fleurs du Khenehreh. 4°9 Fleur de lis àDamas. 70 belles Fontaines àDamas. Ci Fontai nedes poifions .icy trois Fontaines d’eau douce dans la mer 574 Forces du Roi de Perfe. 341 Formation de l’homme, &où '1 doit finir 387 Fortertfïcdu Bender. 479 Fourberie des Mariniers. f47 Frais
DES MATIERES. Frais do bâtiment d’une maifon. 287 il n’y apoint de Fraifes en Perfe. 404 Frondes ou clous, maladie àBaiïbra. 564 Fruits àBailora, SS9 Fruits àJfpahan. 403 Fuite du Bacha de BaiFora àDuracfo. ^68 Fuîlidge, Village, 163 Glacières en Perfe. 329 Goaour ,plaine. 232 Godronnemem d’une daneg ou barque. 548 Golfe d’elîa Speîie. 4 Golfe de Venife. 9 GombesCala, petit Château. 423 Gomroîi ou Bender- Àbaflî, Ville. 478 Goaiams, ce que c’eft. G. Gaban, Pa’/s. 5-70 Gazelle ,bête fauvage. 3*8 Chaffe de la Gazelle par les faucons. 360 Gènes, ville. 3 Genêts, fleurs. 37 Genre de fuppüces en Perfe point réglé. 332 Genre de fuppîices. 363 erreurs de Géographie. 150. ISS•168. 2ii. 477. 482. 647 Gheban ,Ile. S4S&S99 Ghermes, Province. 461 Ghetfchi ,Kervanferaï. 473 Ghilfefid ,terre blanche. o29f G-hulpaigan, petite Ville. 2s6 Gioubbar Caîaï,Château. m 348 Goumedli, rivière. 232 Gozo de Candie. 9 Grêle extraordinaire. 64^ Grotte d’Elie. 64 Guebres ,gens qui adorent le feu. 389 faux pronoflique des Guebres. idem Goebres font maîtres de Lar. 461 H. abilîement des femmes de Perfe, 320 Habillement de nuit des Perfans. 321 chaque pîece de l’habillement des Perfans eft de diverfes couleurs, 316 Habits Turcs plus commodes que les Perfiens, 3*7 Hadgi Zenon, Kervanferaû
TA ferai. $27 Haflar, canal. sS1 Hama, Villeçs Hamadan, Ville. 247 Hams, Ville. 92 Han d’Aflia. 90 HandeCtëifa. %S Han Herbe. îoo HanHherte. 97 Han Meraï. 100 HanSerabheb. idem HanScheikhoun. 96 HanToman. 101 Hanna, teinture. 318 Haram ou maifon des femmes du Roi de Perte. 277 Haran ,village. 249 Hardala, pont. 39 Harmolans, fleurs. 92 Harounia, village. 217 Harviia, ville. 5-90 Hedgîadge, village. 207 Herbages àBaffora. 579 01•>T.. jardins de Hezar Dgerib, &leurdefcription 281 fruits de ces Jardins. 285* Hhormont, Kervanferaï &village. 459. &467 Hhoih, village. 276 Hifloire d’Abgarus Roi d’Edeffe. 143 Hifloire des Arméniens fur judas. 397 lesHollandoîs ne veulent poim palier de Fran- BLE çoîs aux îndes. 487 imagination des Hollatb dois mal fondée. 487 marque de leur pouvoir auSender. 48S Homme enfermé dansune pierre. 478 Hôpital du Moreftan à Damas. 67 Hôpital de Naaman. 61 Honni SourkhjKervanfe^ raï. 476 Huile de Nafte. 2 u Huîtres àOrmus. 481 Hy/Tope fur le chemin de Damas àAlep. 92 L aloufie du Roi de Perfe. 336 cinquante millejaniiTaires répandus par l’Empire Othomao. 78 beaux Jardins de Hezar Dgerib. 281 beaux Jardins en Perfe. 267 beaux jardins àSchiras. 437 grans Jardins aIfpahan. 268 Jarres d’eau. 29 Jefus-Chnft. 37? Jeu de maii achevai. 272 lie
DES MAT lie de Seîame oa Coin. 64S Ile de Diu aux Portugais anciennement appeliée Alambater. 697 Imam Aazem ,village 209 Imam Ahmed eften grande vénération parmi les Turcs. 166 Imam Esker, village. 21 f Imam HufTein, pèlerinage. 223 Imam Moufa, village. 209 ImamMuhammed-Dour, village. 203 Imam Sammerra, village. 207 Impofition fur les Corps des Métiers. 299 Infectes en Perfe. 402 Invention pour avoir le frais. 298 Invention des Cara&éres Arméniens. 394 Invention des milles ou mefures pour la route dten vaifleau en mer. 672 Job. 144. fon tombeau. 15-4 ifpahan Capitale de la Province d’irac. 266 fes murailles ôtfon cir - cuit. 268 IERES. nombre de fes portes. idem Iûerkil, petite plaine. 225* Juifs àIfpahan miferables . 38S beaucoup de Juifs àLar. 462 Juîfar, port de l’Arabie heureufe. 642 K TT" adem-Ghah, lieu du pas. 498 Kalaats ou prefens du Roi de Perfe. 3^2 ceremonie du Kalaat.246. &3*2 ce que c’eft proprement queKalaat. 3^4 Kamaredge, village. 530 Kangh Turkon ,village. 35° Kara-Coulacs, animaux. 204 Karhha ,fleuve. ^90 Karzerum, ville. 5*28 Katif, port. 571 Kchaf ,château ruïné. *94 Kefarhevar, village. 42 Keïs >Ile. 618 Kelec ,forte de bâteau. 184 Kelle poids de Baiïora. &
TA Kelonter ,ce que c’eff. 3Sl iCelonter des Arméniens. 391 Kenghever ,bourg 241 Kerbela, pèlerinage. 228 Kermam Schahon ,ville. 236 Kervanferaï d’Aivas Khan. 456 Kervanferats de Perle. *33 KefikCupri, c’eff àdire, pont rompu. 168 Keufehzer, village. 424 Kfr ,forte de drogue. 11 1 Khalis, rivière. 23. &2? grand Khind’Alep. 108 Khan deSchiras puiiTant. 443 Kherzehreh ,arbrilleau. 407.460. &477 mauvais effets de cet arbriflèau. 409 Khodgia Beîfet, Kervanterai. 5*30 Khufrffan, Province. 544 Kiamrlik, lieu. 1C6 Kifchmifch ,forte de raitins qui n’ont point de pépins. 235* Kifil -Han. 200 Kizilken ,village. ij*9 Koafp, montagne. S4S. Koafpes, rivière, idem Kodgiafar, village. 160 BLE Komfchah ,ville. 418 Konar, arbriffeau. 412 Kor Bazirghion ,Kervan» ferai'. 470 Kouilar Agafi, Officier. 346 Kovreffon, village. 471 Kourouk,voîezCourouk. Kouroukgî Bichi un des principaux Officiers du Roi de Perfe. 346 Kout-Haffar, Châteaux. KoutMnetheî, Château. 1S l Kouthicheizer Gheronn, montagne, 47^ Koutmian ,ou Château Mian. 549 Koutfchemal ,Château. Sï0 L. fabatîa,petit village. 37 Lac où fefait le fd àSubiras. 491 Lacmi ,vil -âge. 96 Ladrerie de Damas. 61 Langage de la Cour de Perfe. 307 Langage i'urc vers Bagdad. 209 Lar, ville. 461 Lara,
DES MATIERES. M. Lara, Ile. 617 Lareca, Ile. 48i.&64y Lauriers* rofes. 447 Lehhfa, ville. 5-71 Leitani, rivière. 38 Lepreux comme ils font. 144 Lerice, Ile. 4 Lettres du BachadeBaffora. J37 Levanzo, Ile. 6 L’Euphrate ,rivière. 136 bâteaux de l’Euphrate. *37 Liberté de conférence en Perle. 388 Liberté àBafîora. 5-84 Lieu de la décente de S. Paul. 49 Lieu pour bien découvrir Damas. 6y Ligourne, ville. 4 Lion de grande £atute. 200 fable de ce Lion. 201 Litière d’animaux. 130 Livas, herbe. 414 Locman Hakim ,village. 214 Loi injufle contre les ChrctiensdePerfe. 361 Loix civiles de Perfe. idem Longueur de Damas. 46 Lyiunachks, fleurs, 92 Maafchouk ,village. Mâchât, village. 25*3 Mahomet Mehedy-Sa- habzemon le premier des douze Imans. 37f Maidefcht, village. 231 Maidefcht Soüi ,rivière. 233 jeu de Mail àcheval. 272 Main ,village. 428 Maifon d’Ananias àDamas. 47 Maifon des Holîandois à Lar. 460 Maifon de Juda àDamas. SO Maifon du Khan de Lar. 461 Maifons d’Arabes. 192 Maifons en dôme àA- lep. 109 MaizoubléSarazin. 15É Makfoud Beghi, village. AV) Maladies des chevaux & des mulets en Perfe. 398 Malsn, Païs. 686 Maîhomar,efpece de drogue. m Malte, Ile. 8 le Man, mefure d’Ifpahan. 30$ le
TABLE Efcalîer. 430 des vignes. nr Faits fort profond. 43*» Remède pour la fièvre. Purgatoire chez les Arme- 301 niens. 393 Remède pour les yeux brûlés par la chaleur du Q, foleiî. 178 Rencontre d’un Ghan a« ^Uefchimo ,île. 639 vec fon haram. 418 ^Quefomo, lie. 4S2 Rengpereng, lieu. 230 Queftion des Criminels &Refian ,petit village. 93 des femmes àifpahan. Retour àSchiras. 490 363 Révolution àBafîbra. f68 Richeilès du Roi de Per» R. ie. ^34^ R-icinus ou PalmaChrifti* AbodeJunco,oifeau. arbrilieau. iy8 689 Rivière de Bendemir. 428 Rade du Bender; 484 Riviérede Kur. idem Rahdars, gardes* chemins. Rocca Tagliata. 3 222 Rogoura ou Roudhhou- Raifin confit. 441 na, rivière. 220. 22y.& Raifin àla vigne jufqu’à 472 Noël. 404 le Roi de Perfe eil abfolu Raifins àAlep, ni en tout, 332 Raifîns àSciras. 441 il tient fa parole. 341 Ranoncuîes, fleurs. 92 Rofette, ville. 28 Rafoirs de Perfe. 301 le Rôti des Arméniens. Ravat, Kervanferaï. 261 316 eau de Reglifife utile. 197 le Rôti des Perfans. idem Religion des Perfans- 374 Rotte de Damas. S° faintReme, beau bourg. 3Rottle d’Alep ,forte de Remède contre le Badifa» poids. no mour, 410 Roudchone, rivière. 531 Remède contre le mau* Roufvania, village. 136' vaisair duBender. 483 &56 1 Remède contre les vers Route d’Alexandrie à Saïde*
DES MATIERES. .Saïde ,&de Saïde à Damas. 26 Route de Baiïbra àla Mèque. 5-81 Route de 1fchehelminar, 499 S. Àbéens ou Chrétiens de St, Jean. f84 leur Baptême. idem leurs Sacremens &leurs Hofties. 585 leurs Minières &leur Mariage. idem ils ignorent l'Evangile. .sS7 leurs Fetes. idem leur croiance fur Jefus- Ghrift, &leur opinion fur l'autre vie. 588 leur viande. idem leurs Minières font leurs Bouchers. jSS ils ne fouffrent pas qu’aucun d’autre Religion boive dans leur verre. 589 ils abhorrent le bleu, idem leur Sacrifice de la Poule &leur année. 591 Sable d’Ormus. 481 Sacrifice du Chameau. 378 à33 Sagas, village. 239 Sahna, bourg. 240 Saïde, petite ville. 3$* Saignée en Perlé ,comment. 302 Saîfon de naviger. 60 1 Saifon propre pour palier aux Indes, 666 Salaïn Crache, village. 63 Samiel, vent chaud. t8i Samiel àBMfora. 561 Sammaia, campagne. 134 Samfurat, village. 22.7 Sardaigne, Me, f Sargaço, herbe. 69 r Sari, gros bourg, 271 Savon de Perfe. 301 Schairza ,petit village. 418 Schat-el-Âareb ,rivière. S97 Schaters ou Valets depié. ,3 f4 ils font trente- (iï iieuë's Françoifes par jour. 357 les Khans font courir leurs Schaters. idem chef d’œuvre d’un Schater. ISS on oblige le peuple àfe trouver auKouroukdu Schater. 376 Schehcrd ghird ,bourg. Scheher-Now, village. 238 o4> Scheik Sacs de Noiz,
TA Schcik Bakir, conventde Dervichs. io$ Schcik -Hali- Kan Kervanferai &Pont. 232 243 Scheikel-Selom ,Officier de Religion. 347 han Scheikhoun,. 96 Schelefton ,ville. 532 Schemzenghi ,Hervanteraï. 46y Scherifchoun ,racine au lieu de Colle. 300 Schiaïs, ce que e’eft. 376 Schilao, ris cuit. 324 Subiras ,ville. 434. 43$. &c. antiquités àvoir depuis Schiras jufqti’à Tfchehelminar.. 491 Schiriu, maitrefie deFerhad eicellent fculpteur. 238 Scorpions en Perfe. 402 Sedre Officier de Religion. 347 Sefet, ville. 38 Sefid Rou ,gne. 534 Sel naturel. 416 mélange de Sel parmi la terre. 290 Sepeh Salar un des principaux Officiers du Roi de Perfe. 346 les Sept Dormans. 6p Sépulcre de Scheik Sadi il- BLE lu lire Poete Perfien; Sepuîcre de Zabulon. 36 Sépulcres dans le roc. 512 Sépulture de S. Simeon Stilite. 61 Sequin Vénitien &Sequi» Turc. 213 Seraou, village. 229 Serpentaires, fleurs. 92 Serrail du Bacha de Damas. 53 Serten ,Kervanferaï. 467 Seuil de porte en vénération. 273 Sicile, Ile. 6 le Sindy efi leCommence* ment des Indes. vis Sirt, ruilïeau. 5-32 Situation d’AIexandriei 21 Situation de BafTora. $*57 Skhëip, château. 38 Smirnium Creticum,forte de vin. 84 Sofis dans^ le Curdiflan. 241 Sofis en grand nombre à lfpahan. 273 les Soies font au Roi de Perfe. 542 Sorbet, efpecedeboiffibn, 28 Sorte de marbre noir. 2^2 Souliers des Perfans. 315* Source deDgialiab. 15*1 Soufter-9
DES MATIERES. Soulier, ville Capitale du Khuîiftan. 544. &590 Sultan- Abdullah, château. 196 Sumac, graine. 198 Sunnis,cequec’eft. 376 Superltition des Arméniens. 391 Superftitïon des Perfans. 37 * Sufe, ville. 5-44 T.. TÀbac deBalfora. 633 Tadivan, village. 446 Tahht Pouiad ou Babaruk ,Kervanferaï. 416 Taïbit El Hama, village. 96 Tamariflès. 4fr beaucoup deTamarifTes à Tar. 463 Taxe des Arméniens pour leSchater. %6f TchaHliah, deuxKervan* ferais. 262 Tcharmelic, autrefois petite ville. 139 Tcheharbag, belle rue. _. 277 Teinture bleue, fort bonne àAlep. 117 Teldgîzre, village. 159 Talghiouran ,village de château, 1/4. Ônyô Tempête de fable. 4S9 grande Tempête. 649 Temple deSerapis, Mofquee, 61 Tems de là moifîbn àA- lep. 129 Tenghidalan ,Kervanferaï. 467 Tenghînoun ,Kervanferaï. 464 Tentes de Curdes. ï53 Terebinthes. 228. &446 TerraiTe quarrée àTfchehelminar. $07. &5*08 Terre d’Egypte. 14 Terroir de Gomron ou de Bender*Abafli ne vaut guerre. 482 Terroir de laPerfe en general. 264 Tête de S. Zacharie. 5*8 Teufencgi ,ce que c’eft. 343 ThronedeNemrod. 141 eau du Tigre. 2ïi iikri ,village autrefois grande ville. 202 Tiripari ou Tiritire ,rivière. f4f Tiiûnan ou charme. 47 f Toiles Indiennes. 322 Toits des Maifons àlfpahan. 287 Tombeau d’Ànanias à Damas. fQ Tombeau de S. George^ ofibid-
TABLE Ibid. 48 Tombeau de Job. 154 grans Tonnerres au Bender. 484 Top*Calai ,château ruï né. 193 îeTopgi Bachi. 76 Toprac Cafaii ,château ruiné. 296 Torfchi, confiture en vinaigre. 318 Toubangiou, coline. 152. Toubijafa, village. 163 Tour d’un Hollandois. 610 Tour d’Alexandrie. 24 Tour de Sentinelle. 23 Tradu&ion del’Alcoran, ^^.374 TragaCantha, arbriffeau, 446 Tribu!us Terrefîres. 214. Tribut du Bacha de Baffora au Grand Seigneur, 566 Trombes. 649.656.668 defcription des Trombes. 654. 655. &c. effets des Trombes. 660 canaux de la Trombe. 656 longue Trompette de cuivre. 271 Trou aux Tombeaux. 80 Tfchah-Ghonbez ,Kervanferai'., 5*34 Tfchah-Haffar. 583 TfchaitelhhjKervanferaf 453 Tfcheheîminar. 5*01.502. &c. Tfchektfchek, Kervanferaï. 466 Tfcherchap, KervanferaV. ^4^4 Turban des Perfans. 31& Turcomans. 151 V. T7Aaîffeau OpfeL 593 fa charge. 595 Vaideaux duMogol. 707 Vailleaux Mores ou Mahometans. 637 beaucoup de vaiiïèlîe d’or &d’argent dans la maifon du Roi de Perfe, 341 Vend chaud. 159 Vents mortels. 478 Vernis àIfpahan. 300 Verreries àSchiras. 440 Vers entre cuir &chair, 482 Vers engendrez par l’eau dans le corps 463 Vêtemens Perliens. 31ï Vîcus re&us àDamas. 47 Villages au territoire de Damas. 43 Ville de Salomon. 520 Vin deSchfîas. 403. &440 point
DES MATIERES. point de Vin fur leJKelec. grande ville, 140 186Yogourt ou petit lait. 84 Vins d’Ifpahan. 403 Vins violens aDamas. 84 Z. Vitex, arbrifîeau. 228 Voitures des femmes de faint *7 Acharie, fS Perfe. 321 ^Zaga,bourg. 2,44 Vol. 133 Zarb, rivière. 194 Voleur. 148 Zarbeî, village. rot Voliere d’oifeaux rares. Zeimare^ rivière. S4S Zerdghil 9terre jaune. Ufage de POpium. 330 Z96 Ufage de Viîberquin. 299 Zinéh ou rèjoüifkncepu- Vulhayat, village. 169 bîique. 119 Zinéh pour la naifTance Y. d’un Prince. 12$ Zînganes, voleurs. 627 yAnghige ,village. 20S leur manière de voler. AYez-de Kaft , petite idem ville. 420 Zufear, village. 239 1ogonbouî ,autrefois jFin de htallé des matières.