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Stace, Martial, Manilius, Lucilius Junior, Rutilius, Gratius Faliscus, Némésianus et Calpurnius : oeuvres completes

Estacio, Publio Papinio (0045-0096); Marcial, Marco Valerio; Nisard, M; Gracio Falisco; Lucilio el Menor

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a od 2 e ^ 2 : AS T e a MUN RRLA A: 2 n d $9 e e mu m A. ERE LER COLLECTION DES AUTEURS LATINS AVEC LA TRADUCTION EN FRANCAIS, Li PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE M. NISARD, MEMBRE DE L'INSTITUT ET PROFESSEUR D'ÉLOQUENCE LATINE AU COLLÉGE DE FHANGE. qu STACE, MARTIAT, LUCILIUS JUNIOR, RUTILIUS, GRATIUS FALISCUS, NEMÉSIANUS ET CALPURNIUS. ede dede dodo db 06 do dodo dide 6 6 6 36 6 6-6 06 0900 2906 09 26 26 ob b di di Uo di X 6 2006 Q6 d 6 v0 dé 0X0 do dodo go do de do Q0 dp de de dé de d SIACE. m Ó—À— LES SILVES. LIVRE PREMIER. A STELLA. - Pendant longtemps, mon cher Stella , jeune et brillant prosélyte de notre art chéri, vous qui n'avez eu qu'à ehoisirun genre de poésie pour y briller au premier rang , oui, pendantlongtemps jai hésité au sujet de ces petites piéces que la chaleur de l'improvisation fit éclore avee une rapidité qui n'était pas pour moi sans plaisir. De- vais-je les rassembler pour le publie, aprés les avoir vues s'échapper de mon sein l'une aprés l'autre? Fallait-il ajouter le souci de cette nou- velle publieation aux inquiétudes que je res- sens encore pour ma 7ébaide , quoiqu'elle soit déjà loin de moi? Mais on litle Mowcheron , on ne déprécie pas /a Batrachomyomachie ; et quel poéte célébre n'a préludé à ses ouvrages en lais- sant parfois errer sa plume à l'abandon? Et puis il étaittrop tard pour retenir ces poésies fugitives qui n'étaient plus un mystére, pour vous du moins, à qui j'en avais fait l'hommage. Mais elles per- dront nécessairement aux yeux du publie une partiede leurs droits à l'indulgenee, en perdant le. seul mérite qui les recommande , celui de la rapi- dité: car aucune ne m'a eoüté plus de deux jours ; quelques-unes méme ont été faites de verve dans PAPINII STATII SILVARUM LIBER PRIMUS. AD STELLAM... Diu multumque dubitavi , Stella juvenis oplime, et in Studiis nostris eminentissime qua parte voluisti, an hos libellos , qui mihi subito calore et quadam festinandi vo- luptate fluxerant, quum singuli de sinu meo prodiissent, congregatos ipse dimitterem. Quid enim?.... quoque au. ctoritate editionis onerari , quum adhuc pro Thebaide mea (quamvis me reliquerit) timeo? Sed et Culicem legimus, et Batrachomyomachiam etiam agnoscimus : nec quisquam est illustrium poetarum, quinon aliquid operibus suis stilo remissiore preeluserit. Quid? quod heec serum erat. conti- nere, quum illa vos certe quorum honori daía sunt, ha- beretis. Sed apud ceteros necesse est multum illis pereat ex venia, quum:amiserint , quam solam habuerunt, gra- STACE: l'espace d'une journée. J'ai bien peur qu'elles ne portentavee elles la preuve de ce que j'avance. Toutefois, pour la premiére, j'invoque un témoi- gnage auguste et sacré : Jupiter avait droit à mes premiers chants. Ces vers sur lastatue colossale, pour lesquels l'empereur a eu l'extréme indul- gence de sollieiter ma muse, je devais les livrer le lendemain de l'inauguration. Mais, dira-t-on, vous aviez pu voir la statue d'avance. Vous ré- pondrez à maplace, mon cher Stella; car l'épi- thalame que vous m'aviez expressément recom- mandé a été, vous le savez, l'affaire de deux jours. Ássurément e'est un tour de force, puis- que l'on compte dans la piéce deux cent soixan- te-douze hexamétres. Peut-étre, pour obliger un confrére, mentirez-vous. Eh bien! Manlius Vopiseus, eet homme d'un savoir si rare, cet homme si jaloux de retenir les restes d'une lit- térature qui s'en va , se plaità répéter, en y met- tant une sorte de vanité personnelle, que la des- eription de sa maison de Tibur a été aussi pour moi l'ouvrage d'une journée. Suivent des versa Rutilius Vopiscus en bonne sánté, mais je n'en dis rien. Je passerais pour étre ce que je ne suis pas,si j'allais chercher mes témoins parmi les morts. Aussi bien, je puis citer l'autorité de Clau- dius Etruscus, à qui je remis une piéce sur ses tiam celeritatis : nullum enim ex illis biduo longius tra- ctum; queedam et in singulis diebus effusa : quamvis me- iuo, ne verum istuc versus quoque ipsi de se probent. Primus libellus sacrosanctum habet téstem : sumendum enim erat a Jove principium. Ceferum hos versns, quos in Equum Maximum feci, indulgentissimo imperatori , postero die quam dedicatum erat opus, tradere jussus sum. Potuisti illud (dicet aliquis) et ànte vidisse. Respon- debis illi tu, Stella carissime, qui epithalamion tuum, quod mihi injunxeras , scis biduo scriptum. Audacter me- hercule ; sed tamen ccrxxm hexametros habet. At fortassetu pro collega mentieris. Manlius certe Vopiscus , vir erudi- tissimus , et qui precipue vindicat a situ litteras jàám peene fugientes , solet ultro quoque nomine meo gloriari, et vil lam Tiburtinam suam descripfam a nobis uno die. Sequi- tur libellus Rutilio Gallico Valenti dedicatus : de quo nihil dico, ne videar defuncti testis occasione mentiri; nam Claudii Hetrusci testimonium est, qui Balneolum a me 1 4 à | : .. STACE. bains dans l'intervalle d'unsouper. Les Kalendes de Décembre terminent le recueil. Cette piéce net la chose hors de doute, puisqu'elle déerit eetteheureuse nuitsi féconde en plaisirsinconnus. SILVE I. LA STATUE COLOSSALE DE DOMITIEN. Quelle est cette masse, ce eolosse surmonté d'un autre colosse, qui s'éléve embrassant le fo- rum Ífatin? Nous est-il venu du ciel tout, achevé, ee chef-d'eeuvre?ou bien cette image est-elle sor- tie des fournaises de Sicile, laissant Stérope et Jrontés las et abattus? Est-ce enfin Pallas dont la main divinea voulu t'offrir à nos regards tenant ]es rénes de ton coursier, tel. que le Rhin t'a vu magueére , et tel aussi que t'ont vu les roes esear- pés du Daee tremblant devanttoi, vainqueur dela «Germanie? Maintenant, que l'antique renommée s'extasie sur le cheval phrygien dont l'antique renommée a traversé les áges, et pourqui le Dindymonet l'Ida virent tomber l'ombrage qui eouronnait leur front saeré. Celui que je chante , Pergame n'eüt pu le .eontenir méme en ouvrant ses remparts. Il n'eüt point eédéà la foule réunie des jeunes Troyens et des jeunes vierges , non plus qu'à la main d'Énée lui-méme, ni à celle du grand Hector. D'ailleurs le premier, machine funeste, portait dans ses flanes les eruels Argiens. Celui-ci est mieux an- -noneépar le héros qui le monte. J'aime à contem- pler cestraits oü respire par un beureux mélange je ne sais quoi de pacifique et de martial. Et l'ar- &uum intra moram conce recepit. In fine sunt Kalendee De- cembres , quibus utique creditur : noctem enim illam feli- 'eissimam habent, et voluptatibus püblicis inexpertam. CARMEN 1. EQUUS MAXIMUS DOMITIANI. Quee super imposito moles geminata colosso S1af Latium complexa forum? Ccelone peractum - Yluxit opus? Siculis an conformata caminis Effigies, lassum Steropem Brontemque reliquit ? An te Palladize talem , Germanice , nobis 5 - Effincere manus , qualem modo frena tenentem Rhenus et attoniti vidit domus ardua Daci? Nunc age , fama prior notum per secula nomen Dardanii miretur equi , cui vertice sacro pindymon, et cesis decrevit frondibus Ida : E Hunc neque divisis cepissent Pergama muris , Nec grege permixto pueri innupteeque puelle, 1pse nec ZEneas , nec magnus duceret Hector. Adde , quod ille nocens , saevosque amplexus Achivos ; Hunc nüitis commendat eques : juvat ora tueri 15 Mixta notis belli , placidamque gerentia pacem. tiste n'a point embelli la. vérité ; e'est bienlà cette gráce, cette beauté, eette majesté. Fier de son noble fardeau , le eheval de Thrace ne porte pas plus haut sa téte ni son orgueil lorsqu'il ramene du carnage le dieu Mars, qu'il se préeipite tout fumant le long des fleuves, et qu'il refoule les flots du Strymon par la puissance de son souffle. L'emplacement répond à l'ouvrage. Devant lui s'ouvrele temple du héros, qui, fatigué de eom- bats, fut redevable à son fils adoptif d'avoir frayé la route de l'empyréeà nos demi-dieux. Ton vi- sage nous dit combien tes vietoires nous eoütent moins delarmes encore toi qui, lent àsévir méme contre les Cattes et les Daees, assures à l'étranger le pardon de ses fureurs. Si ta main avait déployé l'étendard ; Pompée eüt marché moins en force eontre les lois, et tu aurais vu Caton, oui; Caton lui-méme, dans ton eamp. Tes flanes sont proté- gés iei parla demeure des Jules, là par le superbe palais du belliqueux Paulus. Derriére toi, ton pere fait la garde avee la Goneorde , qui te couve d'un cil d'amour. -. Pourtoi, latéte environnéed'unair pur comme d'une auréole, tu t'éléves et brilles au- dessus des temples : tu as l'air d'examiner au loin si les nouveaux palais surgissent plus beaux pour in- sulter à l'incendie , si le feu troyen veille dans le sileneedu sanetuaire, et si Vesta commenee à se louer dela vertu deses prétresses. Ta main droite Tepousse les eombats. La gauche soutient sans fa- tigue une Minerve qui, présentant la téte san- glante de Méduse, semble vouloir aiguillonner ton coursier. Ah!]la déesse ne reposerait nulle part plus doueement, non pas méme dans ta main, Nec veris majora putes; par forma decorque, Par honor ; exhaustis Martem non amplior armis Bistonius portat sonipes, magnoque superbit Pondere; nec tardo raptus prope flumina cursu 20 Fumal, et ingenti propellit Strymona flatu. Par operi sedes : hine obvia limina pandit Qui fessus bellis, adscitee munere prolis , ' Primus iter nostris ostendit in ethera divis. Discitur e vultu quantum tu mitior armis; 35 Qui nec in externos facilis szevire furores Das Cattis Dacisque fidem : te signa ferente Et minor in leges iret gener, et Cato castris. At laterum passus hinc Julia tecta tuentur ; Illinc belligeri sublimis regia Pauli. . 39 "Terga pater, blandoque videt Concordia vultu. Ipse autem puro celsum caput aere septus Templa superfulges , e£ prospectare videris , An nova contemptis surgant pallatia flammis Pulchrius; an tacita vigilel face Troicus ignis , - 39 Atque exploratas jam laudet Vesta ministras. Dextra vetat pugnas : levam Tritonia virgo Non gravat, ef secto? preetendit:colla Medusc i. Ceu stimulis aecendat equum. Nec dulcior usquam Lecta dece sedes; nec si, pater, ipse teneres. 40 LIV. I, SILVE I. 3 puissant Jupiter! Cette vaste poitrine semble faite. pour agiterles destins du monde, et pour elle Té- mése, épuisant sesmétaux, semble s'étre donnée tout entiére. Ses épaules laissent retomber la chlamyde, tandis qu'à son cóté un glaive dans le fourreau suffit à sa défense; maisil est long ce 'glaive, long et menacant comme celui d'Orion dans les nuits d'hiver, quand Orion épouvante les astres. Le coursier, partageant la majestueuse fierté de:son maítre, le coursier s'anime, illéve la téte, il va courir; son couse dresse , sa criniere se hé- risse,la vie cireule impétueusement le long de son poitrail, et ses flanes présentent une vaste sur- face à ces gigantesques éperons. Au lieu du ga- Zzon et de la terre nue, son pied d'airain foule la cheveluredu Rhin captif. Arion, le coursier d^ A - draste;ne l'aurait pas apereu sans peur; et le Cyl- lare des fils de Léda s'effarouche en le voyant du temple voisin. Celui-ci n'a point changé de maitre : toujours guidé parle méme frein , il n'o- béira qu'à un seul astre. Le sol résiste à peine à eet énorme poids, et la terre fatiguée suecombe et gémit. Ce n'est pas le fer ni l'airain qui l'éerase , c'est le génie du héros. Il s'appuie cependant sur une base éter- nelle oü reposerait toute une montagne, et qui supporterait pendant la durée des siecles les ge- noux d'Atlas, d'Atlas qui porte le ciel. Et nous n'avons point subi d'interminables délais. La vue de ces traits divins fait trouver un charme au rayail et les jeunes bras auxquels nous devons ce chef-d'eeuvre s'étonnent de leur surcroít de vigueur. La lourde machine erie sous leurs efforts, Pectora , qude mundi valeant evolvere curas, Et quis se totis Temese dedit hausta metallis , It tergo demissa chlamys : latus ense quieto Securum ; magnus quanto mucrone minatur Noctibus hibernis, et sidera terret Orion. 49 At sonipes, habitus animosque imitatus equestres , Acrius attollit vultus, cursumque minatur : Cui rigidis stant colla jubis , vivusque per armos Impetus ; et tantis calcaribus ilia late Suffectura patent. Vacuc pro cespite terre ; 50 JErea captivi crinem terit ungula Rheni. Hunc et Adrastous visum extimuisset Arion ; Et pavet aspiciens Ledwus ab ede propinqua Cyllarus : hie domini nunquam mutabit habenas Perpetuus frenis , atque uni serviet astro. $5 Vix sola sufficiunt , insessaque pondere tanto Subter anhelat humus : nec ferro aut cere laborat 3 Sed genio; teneat quamvis xterna erepido, Que superingesti portaret culmina montis ; Ceeliferique attrita genu durasset Atlantis. 60 Nec longe traxere more: juvat ipsa labores Forma dei presens ; operique intenta juventus Miratur plus posse manus. Strepit ardua pulsu Machina continuo : septem per culmina montes et ce bruit qui roule de proche en proehe le long des sept collines, ce bruit tantde fois répété couvre les vagues rumeurs de la grande cité, Le génie tutélaire du lieu dont ce gouffre Sacré, dont ces laes fameux gardent une mémoire im- mortelle, Curius, au retentissement de l'airain, aux coups redoublés qui font mugir Je forum, léve son front couvert de la sainte poussiére des siécles, et sa téte si justement ombragée du ehéne respecté. Et d'abord ces dimensions ceolossales, les éelairs que lance le monstrueux coursier l'é- pouvantent : trois fois il plongeen frissonnant sa téte altiére au fond du lac. Bientót , joyeux de reconnaítre lefondateur de l'empire : E « Salut, toi, le rejeton et le pére des plus grands de nos dieux , toi dont j'avais appris la gloire par un écho lointain! Heureux est mon lac, heureux et sacré tout, ensemble, aujourd'hui que sur ses bords il est permis de jouir de ta présence et de contempler ton astre aux-rayons immortels! Une seule fois mon génie et mon courage ont sauvé Rome; et toi, tu viens à bout de tout, guerres du Capitole, guerres du.Rhin, guerres civiles; et ces montagnes si longtemps rebelles ont fini par plier sous ta valeur. Ah ! si mon sié- cle t'avait vu naítre, tu aurais bravé l'abime, quand méme sa profondeur eüt étonné mon au- dace; mais Rome entiére aurait retenu les rénes de ton eoursier. » Loin, bien loin ee cheval fameux qui, prés du temple de Vénus latine, s'éléve dans le forum de César; ce cheval que tu eréas, ó Lisyppe, pour le conquérant de Pella, et qui ensuite porta sur un buste doré la téte de César. L'ceil fatigué me- It fragor , et magnae vincit vaga murmura Roma. 65 Ipse loci custos , cujus sacrata vorago Famosusque lacus nomen memorabile servat , Innumeros zris sonitus , et verbere crebro Ut sensit mugire forum, movet horrida sancto ' Ora situ, meritaque caput venerabile quercu. 70 Ac primum ingentes habitus , lucemque coruscam Expavit majoris equi ; terque ardua mersit Colla lacu trepidus : letus mox preeside viso ; « Salve, magnorum proles genitorque deorum, Auditum longe numen mihi! nunc mea felix , 75 Nunc veneranda palus , quum te prope nosse, tuumque Immortale jubar vicina sede tueri Concessum. Semel auctor ego, inventorque salutis Romulee; tu bella Jovis, tu praelia Rheni , Tu civile nefas, tu tardum in federa montem ABO Longo Marte domas : quod si te nostra tulissent Secula, tentasses , me non audente , profundos Ire lacus; sed Roma tuas tenuisset habenas. »- Cedat equus, Lati: qui contra templa Diones, Cssarei stat sede fori; [quem tradere es ausus 85 Pelleo, Lisyppe, duci , mox Cesaris ora. Aurata cervice tulit] vix lumine fesso Explores quam longus in hunc despectus ab illo. : s 4 STA CE. sure avec peine la distance qui les sépare. Quel juge assez ignorant pour ne pas dire, à la pre- miére vue, que les coursiers different autant que les héros? Cet ouvrage ne redoute ni les hivers pluvieux, ni le triple foudre de Jupiter, ni les fiers bataillons d'Éole , ni l'imperceptible atteinte des années. Il vivra B que la terre et les 'jeux, il vivral'àge de Rome. Ici, et dans lesi- lenee de la nuit , àl'heure ou les dieux trouvent la terre plus digne de leur amour, ta famille se glis- santdu ciel vers toi, te eouvrira de ses baisers ; tu verras accourir dans tes bras ton fils, ton frere, ton pére, ta sour, et il y aura place sur une seule téte pour les earesses de tous ces astres. Jouiséternellementde eet hommaged'un grand peuple et d'un auguste sénat. La toile d'Àpelle serait heureuse de reproduire tes traits; et le 'vieillard d'Athénes eüt voulu les exposer dans le temple renaissant de. Jupiter Eléen. La paisible "Tarente voudraitaussi posséderton image, comme aussi Rhodes la belliqueuse préférerait à son Apollon ees yeux qui brillent à l'égal des flam—- beaux eélestes. Ah! ne te lasse point d'aimer la terre, ni d'habiter vivant le temple que nous te eonsacrons. Ne regarde point le ciel avee un oeil d'envie, plus satisfait de voir iei-bas tes ne- veux offrir leur eneens à ton image. SILVE Il. ÉPITHALAME DE STELLA ET DE VIO- LANTILLA. D'ou naissent ees divins aceords dont les monts Quis rudis usque adeo, qui non, ut viderit ambos, Tantum dicat equos, quantum distare regentes? 90 Non hoc imbriferas hyemes opus, aut Jovis ignem "TTergeminum , ZEolii non agmina carceris horret , Annorumve moras, stabit dum terra polusque , Dum Romana dies. Hue et sub nocte silenti , Cum superis terrena placent, tua turba relicto 95 Labetur ccelo, miscebitque oscula juxta : Ibit in amplexus natus , fraterque, paterque, Etsoror: una locum cervix dabit omnibus astris. Utere perpetuum populi magnique senatus Munere : Apellec:e cuperent te scribere cerae, Optassetque novo similem te ponere templo Atticus Ela senior Jovis; et tua mitis Ora Taras, tua sidereas imitantia flammas Lumina, contempto mallet Rhodos aspera Phoebo. Certus ames terras, et qua tibi templa dicamus , Ipse colas : nec te cceli juvet aula ; tuosque Letus huie dono videas dare thura nepotes. 100 105 M CARMEN II. EPITHALAMION STELLJE ET VIOLANTILLJE. Unde saero Latii sonuerunt carmine montes? Cui, Pxan, nova plectra moves, humeroque comanti Jatins retentissent? Dieu du Pinde, pour qui s'a- nime aujourd'hui ta lyre, et l'ivoire mélodieux suspendu à ton épaule sous les tresses de ta ehevelure? Je vois de loin les Muses déserter les eimes de l'harmonieux Hélicon : elles secouent la flamme solennelle de l'hyménée qui s'agite sur neuf flambeaux , et l'eau des sourees de Cas- talie jaillit et murmure en cadence. Parmi elles s'avance l'Élégie avee un air dégagé : son atti- tude est plus fiére que de coutume. Elle excite les déesses, et veut marier à leurs pas ses pas iné- gaux. Jalouse de paraitre une dixiéme muse, elle se glisse au milieu d'elles, et les neuf soeurs S'y sont méprises. La mere des Amours conduit elle-méme par la main la fiancée, qui, les yeux baissés, se colore de la douee rougeur de la vertu. Vénus prépare le lit nuptial et l'autel. Caehant avee soin la déesse sous l'habillement d'une Latine, et tempérant l'é- - elat de son visage, de son front et de sa cheve- lure, elle trouve un seeret plaisir à mareher a seconde en beauté. Ah! je reconnais ce grand jour, jesais la eause de eet appareil. Que ta porte s'ouvre, ta porte, ó Stella! ear c'est toi que ce choeur chante. C'est pour toi qu'Évan et Phébus, pour toi que le dieu du Tégée s'envolant loin des ombrages du Mé- nale , ont des guirlandes dans les mains. L'Amour et les Gráces ne négligent pas non plus de se- mer les fleurs sur l'épouse entre les bras de l'é- poux, et de eouvrir d'un voile odorant la neige de sonsein. Et quand pleuventles roses, et quand les lis viennent à pleuvoir mélés aux violettes, Facundum suspendis ebur ? Procul ecce canoro Demigrant Helicone dex , quatiuntque novena Lampade solemnem thalamis coeuntibus ignem , 5 Et de Pieriis vocalem fontibus undam. Quas inter vultu petulans Elegia propinquat , Celsior assueto : divasque hortatur, et ambit Alternum factura pedem , decimamque videri Se cupit, et medias fallit permixta sorores; 10 Ipsa manu nuptam genitrix /Eneia ducit Lumina demissam , et dulci probitate rubentem : Ipsa toros, et sacra parat ; cinctuque Latino Dissimulata deam, crinem vultumque genasque "Temperat , atque nova gestit minor ire marita. 15 Nosco diem causasque sacri : 1e concinit iste ( Pande fores ! ) te, Stella, chorus : tibi Phoebus et Evan Et de Meenalia volucer Tegeaticus umbra Serta ferunt : nec blandus Amor, nec Gratia cessat Amplexum niveos optatee conjugis artus 20 Floribus innumeris et olenti spargere nimbo. u modo fronte rosas , violis modo lilia mixta Excipis , et doming niveisa vultibus obstas. Ergo dies aderat Parcarum conditus albo Vellere , quo Stellze Violantilloeque professus 25 . Clamaretur Hymen. Cedant curzeque metusque , Cessent mendaces obliqui carminis astus ; LIV I, SILVE II. 5 ton front recoit le nuage, penehé sur lefront de ton épouse. Le voilà done ce jour que les Parques ont filé de leur blanehe laine, ce jour oü l'hymen de Stella et de Violantilla se proclame enfin tout haut! Loin d'eux l'inquiétude et la erainte ! Tréve aux allusions malignesd'un vers imposteur ! Tai- 'sez-vous, bruits importuns ! II a subi des lois, il amordu lefrein, cet Amour volage. Les bruits pu- blies expirent faute d'aliments, et Rome a vu ces baisersdontona tant parlé. Toi cependant, malgré tes droits acquis à cette nuit délieieuse, ton-eceür étonné désire encore et palpite de crainte, malgré la promesse d'une divinité favorable. Fais taire , ó mon doux poéte, fais taire ces vains soupirs; elle est à toi! Tu peux sans mystére passer et re- passer un seuil qui ne t'est plus interdit. Ne erains désormais ni lois, ni gardiens, ni sévére pudeur. Enivre-toi de ces faveursdésirées : tu la possédes ; et dans ses bras rappelle-toi tant de nuits cruelles. Mais un tel bonheur peut-il s'aeheter trop eher ? düt limplacable Junon t'imposer les travaux d'Hereule, et le destin te mettre aux prises avee les monstres des enfers, ou te jeter parmi les symplégades bouillonnantes. Pour un prix si doux, on eüt souserit à la loi d'Olympie, cette loi qui faisait pálirles coureurs poursuivis par le ehar frémissant d'OEnomaüs. Quand Stella serait le berger téméraire venu de l'Ida phrygien , ob- tiendrait-il faveur semblable? Non, füt-ileméme l'amant préféré auprés de qui la jeune Aurore ralentissait son char. Mais à quelle cause mon poéte doit-il ees plaisirs inespérés, cet hymen? Tandis que la foule qui va et vient sans cesse anime ces portiques, et que la porte s'ébranle sous le faisceau d'un lieteur, charmante Érato , Fama, tace : subiit leges, et frena momordit ille solutus Amor : consumpta est fabula vulgi, Et narrata diu viderunt oscula cives. 30 Tu tamenattonitus, quamvis data copia tantze Noctis, adhuc optas, permissaque numine dextro Vota paves. Pone, o dulcis, suspiria, vates, Pone : tua est. Licet expositum per limen aperto Ire, redire, gradu : jam nusquam janitor, aut lex , 35 Aut pudor : amplexu tandem satiare petitae Conjugis, et duras pariter reminiscere noctes. Digna quidem merces, et si tibi Juno labores Herculeos , Stygiis et si concurrere monstris Fata darent , si Cyaneos raperere per cestus, 40 Hane propter justum Pisca lege trementem Currere, et Gznomai fremitus audire sequentis. Nec si Dardania pastor temerarius Ida Sedisses , heec dona forent : nec si alma per auras Te potius prensa veheret Tithonia biga. 45 Sed qua causa toros inopinaque gaudia vati Attulit, hic mecum, dum fervent agmine postes Atriaque, et. multa pulsantur limina virga , Hic, Erato jucunda, doce : vacat apta movere. viens ici, je t'écoute, viens : un récit de ce genre n'est point déplaeé dans ees heures de loisir, et ces doctes Pénates sont habitués à ton langage. Aux lieux oü la Voie laetée s'étend si blanche etsi pure dans les régions du ciel, l'auguste Vénus, au lever de l'aurore, reposait libre enfin des rudes étreiptes de son mari, le dieu de la Thrace. Un tendre essaim d' Amours assiége le lit nuptial et le chevet de la déesse : ils épient le moindre signe pour savoir quelles torehes ils vont saisir, et quels sont les eceurs menacés de leurs traits. Va-t-elle les déchainer sur la terre ou sur les eaux , semer la discorde parmiles dieux, et tourmenter de nou- | veau le maitre du tonnerre? Elle cependant n'a encore ni volonté ni projet ; elle flotte indécise, et dans toute la langueur du sommeil elle presse ees coussins qui jadis virent se glisser furtivement les filets de Lemnos, pour étre témoins d'une fai- blesse et surprendre un lit adultére. Alors un jeune enfant de la troupe ailée , dont l'ceil pétille du feu le plus vif et dont la fléche n'a jamais trompé Ja main, éléve sa douce voix du milieu de ses fréres : les jeunes arehers ont fait silence, « Tu sais, ma mére, dit-il, si eette main fut pa- resseuse à ton serviee : quelle qué soit la victime qui m'ait été désignée , mortel ou dieu , son cceur brüle. Mais pourtant si les larmes et les mains suppliantes, si les vosux et les priéres m'atten- drissent quelquefois, ó mére chérie, ne me le défends pas; ear nous ne sommes point fils de- linflexible diamant, nous qui composons ton cortége. Il est un jeune mortel, illustre parmi les fils du Latium, issu d'une raee patrieienne; la noblesse le porte avee orgueil dans son sein, et elle emprunta pour lui au eiel, notre séjour, un nom garant de sa beauté. C'est sur ]ui que ( par Colloquia , et docti. norunt audire Penates. 50 Forte serenati qua stat plaga lactea cali , Alma Venus thalamo , pulsa modo nocte, jacebat. Amplexu duro Getici resoluta mariti. Fulcra, torosque dex tenerum premit agmen Amorum : Signa petunt, quas ferre faces, quae pectora figi 5 Imperet , an terris scevire , an malit in undis, Àn miscere deos, an adhuc vexare 'Tonantem. Ipsi animus nondum ; nec cordi fixa voluntas : Fusa jacet stratis, ubi quondam conscia eulpoe Lemnia repserunt deprenso vincula furto. 60 Hic puer e turba volucrum , cui plurimus ignis. Ore, manuque levi nunquam frustrata sagilta , Agmine de medio, tenera sic dulce profatus Voce (pharetrati pressere silentia fratres) :- « Scis ut, mater, ait, nulla mihi dextera segnis . 63 Militia; quemcunque hominum divumque dedisti , Uritur : at tandem lacrimis, et supplice dextra Et votis precibusque viri concede moveri O genitrix! duro nec enim ex adamante creati , Sed tua turba sumus. Clarus de gente Latina ' 70, Est juvenis, quem patriciis majoribus orfum At 6 STACE. un jeu pour quois, et si méchamment ! Pauvre jeune homme, il.eut beau se: débattre, je le eriblai de mes flé- ches. Et lui que les méres de l'Ausonie ambi- tionnaient pour gendre , je-l'ai vaineu , dompté , eontraint de porter les fers d'une beauté su- perbe, et condamné aux tourments d'une longue espéranee. Pour elle, tu m'ordonnas del'épargner; mon flambeau jeta dans son eceur une légere étin- celle, et mon are l'effleura d'un trait amorti. Dés Jors, qu'il fut terrible l'incendie que le jeune homme nourrit dans son áme! je suis là pour le dire, et combien jour et nuit je le presse, je le fatigue! Jamais, 0 ma mére, je n'obsédai personne avec cette violence, ni ne portai des coups plus souvent répétés. J'ai vu comme l'a- mour faisait courir Hippoméne dans la lice me- naeante; Hippoméne était moins pále au moment de toucher le but. J'ai vu ce nageur d'Abydos dont les bras défiaient la rame; j'applaudissais à ses efforts, et mon flambeau éclairait sa route. Moins vive était son ardeur, qui réchauffait l'onde insensible. Toi, jeune homme, tu as laissé bien loin ces amours des temps héroiques. Moi-méme, étonné de ta eonstance dans ces agitations, je rvaffermis ton courage et j'essuyai ta paupiére hu- mide. Que de fois Apollon se plaignit à moi des tourments de son poéte! Ah ! mére ehérie, mets dans son lit sa bien-aimée! N'oublie pas qu'il s'agit d'un compagnon d'armes et de notre fidele porte-étendard : il pouvait raconter les travaux belliqueux de Mars, les grandes aetions des hé- ros et les plaines inondées de earnage; mais il Nobilitas gavisa tulit, preesagaque formae Protinus e nostro posuit cognomina czelo. Honc egomet tota quondam (tibi dulce!) pharetra 1mprobus , et densa trepidantem cuspide fixi. Lm Quamvis Ausoniis multum gener ille petitus Matribus , edomui victum , dominseque potentis Ferre jugum , et longos jussi sperare per annos. Ast illam summa leviter , sic namque jubebas , Lampade, parcentes , et inerti strinximus arcu. : 80 Ex illo quantos juvenis premat anxius ignes "Festis ego , attonitus quantum me nocte dieque Urgentem ferat: haud ulli vehementior nnquam Incubui, genitrix, iterataque vulnera fixi. Vidi ego et immiti cupidum decurrere campo 85 Hippomenem , nec sic meta pallebat in ima : Vidi et Abydeni juvenis certantia remis Brachia , laudavique manus , et scepe natanti Proeluxi : minor ille calor, quo sceva tepebant JEquora. Tu veteres, juvenis, transgressus amores: — 90 Tpse ego te tantos stupui durasse per aestus , Firmavique animos , blandisque madentia plumis Lumine detersi. Quoties mihi questus Apollo Sic valem marere suum! Jam, mater, amalos indulge thalamos : noster comes ille piusque 95 Siguifer armiferos poterat memorare labores , toi bien doux) j'épuisai mon ear- | t'a consaeré sa lyre, plus jaloux de grossir la troupe paisible des poétes, et de joindre au lau- rier le myrte des amours. Il retrace les écarts de la jeunesse sans oublier ses dernieres blessures. O ma mére, comme il est dévoué au culte de Pa- phos! e'est lui qui pleura notre colombe. » TI dit, et, suspendu au cou maternel, i! fait en- eore sentir au eceur de la déesse Ia tiéde ehaleur de sesailes. Vénus répond, et sa physionomie n'an- nonee point un refus dédaigneux. « Ton jeune poéte, dit-elle, réclame une bien grande faveur, et telle que rarement j'en aeeorde à mes sujets les plus chers. Éblouie de tant de eharmes que rele- vaient et la gloire de ses aieux et l'éelat de sa no- blesse,, je l'ai recue dans mes bras à sa naissance, et mon sein l'a réchauffée : et pour embellir son cou et son visage, et pour verser l'amomone à flots onetueux sur sa ehevelure, je n'ai rien né- gligé, ó mon fils, et du milieu de tant de soins sortit bientót ma douce image. Vois d'iei ce front élevé, si plein de gráees, et mesure ensuite sa supériorité sur les matrones latines. Ainsi domine parmi les nymphes la fille de Latone, ainsi je brille moi-méme au-dessus des Néréides. Elle au- rait pu s'élever avec moi du sein azuré des mers ets'asseoir dignement sur mon char. Et si ensuite prenant l'essor vers les demeures étoilées , elle en eüt franchi les-portes , ó mes fils, elle eüt trompé votre oeil, l'ail des Amours. Quoiqu'elle tienne de ma bonté prodigue les dons de la fortune, ellea le cceur eneore plus grand que ses riehesses. - Les foréts que le Sére dépouille d'une main trop avare, l'arbre de Clyméne qui ne suffit plus à sa . Claraque facta virum, ef torrentes sanguine campos ; Sic tibi plectra dedit, mitisque incedere vates Maluit , et nostra laurum subtexere myrto. Hic juvenum lapsus , suaque, haud extrema, revolvit 100 Vulnera. Pro quanta est Paphii reverentia, mater, Numinis! hic nostrae deflevit fata columbze. » Dixerat; et tenera matris cervice pependit Blandus , et admotis tepefecit pectora pennis. Illa refert, vultu non aspernata rogari : « Grande quidem , rarumque viris , quos ipsa probavi , Pierius votum juvenis capit: hanc ego, formo Egregium mirata decus , cui gloria patrum Et generis certabat honos , tellure cadentem. Excepi , fovique sinu ; nec colla genasque Comere, nec pingui crinem deducere amomo Cessavit mea , nate, manus : mihi dulcis imago Prosiluit. Celsce procul aspice frontis honores, Suggestumque come ; Latias metire quid ultra. Emineat matres : quantum Latonia nymphas. 'Virgo premit , quantumque egomet Nereidas exsto. Hec et cceruleis mecum consurgere digna Fluctibus , et nostra potuit considere concha : Et si flammiferas potuisset scandere sedes , Hasque intrare domos , ipsi erraretis , Amores. Huic quamvis census dederim largita beatos z 105 [t9 120 LIV. I, SILVE II. 1 parure, et les vertes Hyades qui ne répandent plus ; d'une déesse, et que Vénus voit sans dédain au assez delarmes, la font murmurer. Les tissus rou- gis par Ja pourpre de Tyr, les cristaux formés par les neiges séeulaires deviennent aussitrop rares à son gré. Pour elle (et ce n'est point encore assez) j'ai dit à l'Hermus et au Tage de rouler un sable . d'or; et Glaueus, Protée et toutes les Néréides ont ordre de lui ehereher les perles de l'Inde. O Phé- bus,si une seule fois tu lavais vue dans les ehampsthessaliens, Daphné se proménerait eneore en toute sécurité, Si les rivages de Naxos l'avaient offerte prés du lit de Thésée, Bacchus eüt à son tour délaissé Ariane une seconde fois solitaire ; j et méme si les plaintes de Junon ne-m'avaient à la longue désarmée, le souverain des airs eüt em- prunté pour elle les plumes du eygne ou le front du taureau, et l'on eüt vu Jupiter tomber dans Son sein en gouttes d'or et en pluie vivante. Mais je la donne à celui pour qui tu intereédes , ó mon fils, zélé soutien de ma puissance. Bien que sou- vent elle rejette le joug d'un second hymen avee une plainte mélaneolique, je m'apercois moi- méme qu'elle céde déjà et qu'elle s'attendrit en faveur de son amant. » Ayant ainsi dit, elle se léve comme une étoile radieuse, et, franchissant le seuil qui eonduit à sa superbe couche , elle ap- pelle sous le joug les eygnes d'Amyclée. L'Amour les attelle , s'assied sur les pierreries du timon , et conduit àtravers les nuages sa mére, toute joyeuse de la joie qu'elle va répandre. Déjà parait le Tibre et sa ville troyenne : un palais auguste laisse voir ses brillants Pénates, et les eygnes à l'envi saluent du battement de leurs ailes ces portiques majestueux. Demeure digne Vincit opes animo : queritur jam Seras avaros Augustum spoliasse nemus, Clymeneaque deesse. - Germina , nec virides satis illacrimare sorores : Vellera Sidonio jam pauca rubescere tabo , Raraque longxvis nivibus crystalla: gelari. Huic Hermum , fulvoque Tagum decurrere limo , (Nec satis ad cultus) huic Inda monilia Glaucum , Proteaque, atque omnem Nereida quarere jussi. Hancsi Thessalicos vidisses, Phoebe, per agros , Erraret Daphne secura : in litore Naxi Theseum juxta foret haec conspecta cubile , Gnosida desertam profugus liquisset et. Evan. Quod nisi me longis placasset Juno querelis , Falsus huic pennas et cornua sumeret zethrae Rector, in hanc vero cecidisset Juppiter auro. Sed dabitur juveni, cuitu, mea summa potestas , Nate, cupis : thalami quamvis juga ferre secundi Sepe neget moerens : ipsam jam cedere sensi ; Inque vicem tepuisse viro. » Sic fata, levavit Sidereos artus , thalamique egressa superbum Limen, Anse ad frena citavit olores. Jungit Amor, ketamque vehens per nubila matrem Gemmato temone sedet. Jam Tibridis arces Iliacee; pandit nitidos Venus alma Penates , 130 140 sortir des demeures étoilées ! Là brillent les mar- bres d'Afrique et de Phrygie, etles roches ver- tes et dures de. Lacédémone, et l'onyx moins rebelle; ici ceux dont la veine a tout l'éelat des flots d'azur, ailleurs ceux dont la couleur fait pálir la pourpre ébalienne et désespére l'indus- trieux Tyrien. Les voütes s'élancent appuyées sur d'innombrables colonnes, les poutres déploient avee profusion le métal-éblouissant du Dalmate. D'antiques foréts écartent les rayons du soleil et versent la fraieheur; des sources vives arrosent le marbre d'une eau transparente. La nature méme y oublie ses lois; là Sirius est l'annonce du frais , làles hivers sont tiédes, et la tempéra- ture y marche en sens inverse des saisons de l'an- née. À ]a vue de ces merveilles , à l'aspect de son illustre éléve, Vénus frissonne de cetressaillement de plaisir qu'elle éprouva quand, sortie de l'éceume des mers, elle visita Paphos, Idalie, etson templc du mont Érix. Alors s'adressant à celle qui repose penehée sur un lit solitaire : « Combien de temps encore ton lit ne s'ouvrira-t-il qu'au sommeil et à de ehastes veilles, ó toi qui m'est ehére entre toutes les beautés de Laurente? Quoi! toujours méme serupule, méme fidélité! Ne subiras-tu jamais lejoug de l'hymen? Bientót viendra une saison moins riante; use de tes gráces, mets à profit ces dons fugitifs. Si j'ai fait passer en toi les traits, les gráces, la fierté de Vénus et Vénus elle-méme tout entiére, est-ce pour te voir te consumer dans le veuvage, comme si je ne t'ai- mais pas? C'est assez, ah ! c'est méme trop d'avoie Claraque gaudentes plauserunt limina cyeni. Digna dez sedes, nitidis nec sordet ab astris. Hic Libycus Phrygiusque silex, hic dura Laconum Saxa virent : hic flexus onyx, et concolor alto Vena mari rupesque nitent, quis purpura soepe CEbalis ef Tyrii moderator livet aheni. Pendent innumeris fastigia nixa columnis ; Robora Dalmatico lucent. satiata metallo. Excludunt radios silvis decussa vetustis Frigora; perspicui vivunt in marmore fontes. à Nec servat Natura vices: hic Sirius alget, Bruma tepet, versumque domus sibi temperat annum. Exsultat visu, tectisque potentis alumn Non secus alma Venus, quam si Paphon eequore ab alto , Idaliasve domos Erycinave templa subiret, 160 Tune ipsam solo reclinem affata cubili : « Quonam hie usque sopor vacuique modestia lecti , O mihi Laurentes inter dilecta puellas ? Quis morum, fideique modus? Nunquamne virili Submittere jugo? Veniet jam tristior cetas. Exerce formam , et fugientibus utere donis. Non ideo tibi tale decus, vultusque superbos, Meque dedi, viduos ut transmittare per anuos , ! Ceu non cara mihi : satis, o, nimiumque , priores 150 et Se Lb 8 STACE. jusqu'ici dédaigné tant de soupirs. Voici un époux qui donnerait son sang pour te plaire. Tu es l'unique objet de son admiration et de son amour, lui qui d'ailleurs ne manque ni de jeu- nesse ni de beauté. Est-il jeune homme ou jeune fille dans Rome qui n'ait appris ses doctes vers? Tu le verras, si le chef de l'Ausonie lui continue ses bonnes gráces, oui, tulle verras avant l'áge faire mareher les douze faiseeaux devant lui. Mais déjà méme il a passé le seuil du temple de Cybéle, et il a le droit de lire les oracles de la Sibylle Eubéenne. Bientót le pere des Latins, dont une déesse peut à coup sür prévoir les in- tentions, honorera sa jeunesse de la pourpre et de l'ivoire eurule; et ce qui est plus flatteur encore, lui permettra de célébrer les Daces vaineus et les lauriers fraichement cueillis. Courage, ma fille, donne-lui ta main et réveille ta jeunesse oisive! Y a-t-il des étres, y a-t-il des eceurs au monde que je n'enchaine par la vertu de mon flambeau? Les oiseaux méme, les troupeaux et les hótes féroees des bois ne déelinent pas mon empire. Eh! quand les ondées éelaircissent les nuages, e'est qu'alors l'air est aussi eonvié de ma part à s'unir avec la terre. Ainsi la chaine des étres se renoue et le monde se rajeunit. Oü en serait la nouvelle Ilion et la gloire du héros qui arracha: ses dieux aux flammes, si je ne m'étais unie avee un Phrygien? Héritier de la Lydie, le Tibre au- rait-il vu revivre mes ehers Jules? Quelle main eüt jeté les fondements de cette Rome aux sept eollines, capitale de l'empire des Latins, si une vestale n'eüt secrétement captivé Mars, et si je n'avais laissé faire ? » Despexisse procos. At enim hic tibi sanguine toto 170 Deditus, unam omnes inter miratur amatque , Nec forme , nec stirpis egens : nam docta per urbem Carmina qui juvenes , qu: non didicere puellae? Hunc et bis senos (sic indulgentia pergat Prosidis Ausonii) cernes attollere fasces Ante diem : certe jam nunc Cybeleia novit Limina, et Euboie:e carmen legit ille Sibylle. Jamque parens Latius (cujus proenoscere mentem Fas mihi) , purpureos habitus , juvenique curule Jndulgebit ebur: Dacas, quz gloria major: Exuvias , laurosque dabit celebrare recentes. Ergo age, junge toros, atque otia deme juventee. Quas ego non mentes , quae non face corda jugavi ? Alituum pecudumque mihi , durique ferarum Non renuere greges. Ipsum in connubia terrd J&thera, quum pluviis raresceunt nubila, solvo. Sic rerum series, mundique revertitur zetas. Unde novum Troj: decus ardentumque deorum Raptorem, Phrygio si non ego juncta marito? Lydius unde meos iterasset Tibris Iülos ? Quis septemgeminc posuisset mcenia Romae, Imperii Latiale caput , nisi Dardana furto Cepisset Martem , nec me probibente, sacerdos? » 175 185 190 180. Par ce discours elle flatte le eceur de la jeune Romaine, et lui souffle un secret désir de l'hymen. Déjà reviennent à son esprit tant de présents , de larmes, de priéres, et les veilles de l'amant qui soupirait prés de la porte, et les ehants du poéte redisant à Rome entiere son Astéris, Astérisavant le repas, au sein de la nuit Astéris, Astéris au -Jever de l'aurore! Déjà son cour farouche se laisse attendrir sans résistance, et elle se trouve déjà trop cruelle. Entre avec joie dans cette vie nouvelle, ó le plus aimable des poétes du Latium! aprésun rude et long voyage, ton épreuve est terminée, tu prends possession du port. Ainsi désertant la su- perbe Pise , ce fleuve qu'une longue flamme d'a- mour entraine aux rives étrangéres roule daus un canal souterrain ses ondes toujours vierges; mais enfin se montrant aux bords siciliens il as- pire à longs traits l'onde amoureuse. La Naiade s'étonne de ses doux baisers, et ne peut eroire que la mer lui envoie un époux. Quel jour pour celui que les dieux favorisé- rent de cette magnifique faveur! quel jour, ó Stella! Quel impatient désir faisait battre ta poi- trine, quand un sourire de ton amie vint confir- mer le don de sa main ! Alors tu erus errer dans l'Olympe, parmi les sphéres étoilées; un élan moins vif saisit Páris, quand, sur les sables d'A- mycelée, il bondit à la vue d'Hélene qui venait à son navire; et les vallons de Thessalie virent Pé- Jée moins heureux quand le eentaure , dressé sur ses pieds de coursier, apereut de loin 'Thétis ap- prochant de la rive Émonienne. Qu'ils vont len- His mulcet dictis , tacitamque inspirat amorem Connubii : redeunt animo jam vota precesque, Et lacrimae; vigilesque viri prope limina questus; AsrERIS et vati totam cantata per urbem ; Asteris ante dapes, nocte Asteris, Asteris ortu, Quantum non clamatus Hylas. Jamque aspera ccpit Flectere corda libens , et jam sibi dura videri. Macte toris, Latios inter placidissime vates, Qui durum permensus iter cceptosque labores, 195 200 - Prendisti portus : tumida sic transfuga Pisae Amnis, in externos longe flammatus amores, Flumina demerso trahit intemerata canali ; Donec Sicanios tandem prolatus anhelo Ore bibat foutes : miratur dulcia Nais Oscula, nec credit pelago venisse maritum. Quis tibi tunc alacri, ccelestum munere, celare Stella , dies! quanto salierunt pectora voto Dulcia quum domine dexter connubia vultus Annuit , ire polo , nitidosque errare per axes Visus. Amyclais minus exsultavit arenis Pastor, ad Idzeas Helena veniente carinas : Thessala nec talem viderunt Pelea Tempe, Quum Thetin /Emoniis Chiron accedere terris Erecto prospexit equo. Quam longa morantur 205 210 215 ES tement les astres, et combien l'aurore est pares: seuse au gré de ton amour! Mais de loin, sitót que les appréts de la féte eurent éveillé l'attention d'Evau et du pére des poétes, le fils de Latone et celui de Sémélé ap- pellent l'un d'Ortygie, l'autre de Nysa, leur ra- pide eortége; et si les montagnes de Lycie et le Parnasse et les frais ombragesde Thymbra répon- dent à l'appel du premier, la voix du second trouve mille éehos dans le Pangée, l'Ismare, et les bords si joyeux de Naxos. lls entrent alors sous les portiques ehéris, apportant pour un rival en harmonie celui-ci une lyre , celui-là la peau tachetée d'une panthére; l'un des thyrses , l'autre des archets. L'un couvre son front de laurier; la couronne d' Ariane presse la chevelure de l'autre. A peine le jour commence à poindre, et déjà les augures ont tout préparé pour l'union conjugale. Déjà la pompe joyeuse met en rumeur les deux maisons; le feuillage verdoyant tapisse les por- tes, les flambeaux rayonnent dans les rues, et la moitié de l'immense Rome est dans la joie. Tous les magistrats, tous les faisceaux affluent vers ces portiques. De toutes parts là pourpre est frois- sée par l'agitation du peuple. Iei c'est un che- valier, là une beauté modeste qui s'embarrasse dans un groupe de jeunes gens. Tous admirent ce couple fortuné; mais celui surtout dont on envie le sort, c'est l'époux. Depuis longtemps appuyé sur le seuil, Hymen réve à un épitha- Jame d'un genre nouveau, propre à chatouiller Je eceur d'un poéte. Junon présente les liens sa- crés, et la Coneorde réunit les deux flambeaux étincelants. Telle fut la journée; c'est à l'époux Sidera! quam segnis votis Aurora maritis! At procul ut Stellae thalamos sensere parari Latoüs vatum pater, et Semeleius Evan , Hic movet Ortygia, movet hic rapida agmina Nysa. Huic Lycii montes , gelidadeque umbracula Thymbree, Et, Parnase, sonas; illi Pangea resultant , I&toaraque, et quondam genialis litora Naxi. 'Tunc caras iniere fores, comitique canoro Hic chelyn, hic flavam maculoso nebrida tergo, Hic thyrsos , hic plectra ferunt : hie enthea Jauro 'Fempora ; Minoa crinem premit ille corona. Vixdum emissa dies , et jam socialia proesto Omina, jam festa fervet domus utraque pompa : Fronde virent postes , effulgent compita flammis , Et pars immense gaudet celeberrima Rom. Omnis honos, cuncti veniunt ad limina fasces : Omnis plebeio teritur preetexta tumultu. Hic eques, hic juvenum coetu stola mixta laborat. Felices utrosque vocant ; sed in agmine plures Invidere viro. Jamdudum poste reclinis Qucerit Hymen thalamis intactum dicere carmen ; Quo vatem mulcere queat : dat Juno verenda . Vincula, et insigni geminat Concordia tceda. Hic fuit ille dies : noctem canat ipse maritus. 320 225 230 235 240 LIV. I, SILVE II. | 9 de chanter la nuit. Mais, autant qu'il est permis d'en connaitre, ainsi reposa sur un frais rivage l'épouse adorée de Mars, Ilia, qu'un sommeil trompeur avait vaineue. Moins aimable était La- vinie, s'efforeant de eacher sa rougeur qu'un re- gard de Turnus a fait naitre, et moins noble aussi parut Claudia quand la marche du navire la proclama vierge. À vous maintenant, compagnons des Muses et ministres du trépied, d'engager la lutte poéti- que sur tous les tons. Couronnés du lierre , des bandelettes. du dieu, allez, troupe inspirée, no- bles enfants de la lyre. Mais vous surtout , qui dérobez un pied au vers héroique, chantez digne- ment cet hymen fortuné. Songez que Philétas dans Cos enchantée , et le vieux Callimaque, et Properee dans ses grottes d'Ombrie, auraient brigué l'honneur de célébrer cette journée. A ce prix, Ovide méme, à Tomes , n'eüt plus été le triste Ovide, et Tibulle eüt été riche auprés de son foyer pétillant. Pour moi; l'amour des vers n'est pasl'unique charme quim'entreaine, ó Stella! Nos deux Muses sont sceurs, elles cherchent aux mémes autels Je méme délire, et elles puisent ensemble aux doctes fontaines. Mais toi, jeune beauté, ma chére Parthénope te recut à ta naissance; notre sol, dont tu es l'or- gueil,a vu tes premiers pas: que la rive Eu- béenne s'éléve done vers le ciel , que Sébétos soit fiére de son aimable éléve. Ne leur préfere ni les Naiades du Luerin et leurs grottes sulfureu- ses, ni les rives du Sarne et les loisirs de Pompéi. Hátez-vous, donnez au Latium de nobles soutiens; qu'ils soient à la téte de la magistra- Quantum nosse licet, sic victa sopore doloso Martia fluminea posuit latus Ilia ripa : Non talis niveos strinxit Lavinia vultus , Quum Turno spectante rubet; non Claudia talis Respexit populos, mota jam virgo carina. Nunc opus, Aonidum comites, tripodumque ministri , Diversis certare modis : eat enthea vittis Atque hederis redimita cohors, ut pollet ovanti Quisque lyra ; sed precipue qui nobile gressu Extremo fraudatis epos, date carmina festis Digna toris : hunc ipse, Coo plaudente, Philetas Callimachusque senex , Umbroque Propertius antro Ambissent laudare diem; nec tristis in ipsis Naso Tomis, divesque foco lucente Tibullus. Me certe non unus amor, simplexque canendi Causa trahit : tecum similes juncteque Camaoena, Stella, mihi ; multumque pares bacchamur ad aras, Et sociam doctis haurimus ab amnibus undam. At te nascentem gremio mea prima recepit Parthenope , dulcisque solo tu gloria nostro Reptasti : nitidum consurgat ad cethera tellus Eubois, et pulchra tumeat Sebetos alumna : Nec tibi sulfureis Lucrinze Naides antris, - Nec Pompeiani placeant magis otia Sami. 245 250 200 265 t0 ture et des camps, et se jouent avec les Muses. Bienveillante Cynihie, préeipite la marche des mois, háte le terme heureux! Mais, à Lucine, je te conjure del'épargner ! Ettoi aussi, jeune enfant, épargne ta mére! ne porte pas des atteintes trop rudes à ses flanes , ni aux contours arrondis de son sein délieat. Et. quand la nature , dans un mystérieux asile, aura faconné ton visage qu'il retrace fidélement la beauté de ton pere, et plus fidélement encore les gráces maternelles! Pour toi, ó la plus belle des filles de l'Italie, douce ré- compense d'un époux digne de toi , fais-lui ché- rir ces noeuds si longtemps désirés! Puisses-tu àce prix ne jamais perdre un seul de tes eharmes! puisse la jeunesse en sa fleur briller longtemps sur tes traits ineffacables, et ne se faner que bien tard au souffle glaeé des années! SILVE Ill. LE TIBUR DE MANLIUS VOPISCUS. Vous qui visitez le frais Tibur de l'éloquent Vopiseus, et ees doubles Pénates traversés par lAnio; vous qui voyez ces deux rives amies, réunies par un librepassage, et ces ehampétresasi- Jes qui se disputent leur possesseur, ne redoutez ni les aboiements furieux de Sirius, ni les re- gards malfaisants du nourrisson de la verte Né- mée. Telle est iei l'influenee d'un doux hiver et d'une fraicheur victorieuse des feux du soleil : la saison qui brüle les champs de Pise épargne ce beau séjour. Aussi la Volupté en a-t-elle tracé le plan d'une Eia age, przeclaros Latio properate nepotes, Qui leges , qui castra legant, qui carmina ludant. Acceleret partu decimum bona Cynthia mensem : Sed parcat Lucina, precor! tuque ipse parenti Parce, puer; ne mollem uterum , ne stantia loedas Pectora; quumque tuos facito Natura recessu Formarit vultus, multum de patre decoris , Plus de matre feras. At tu, pulcherrima forma : Jtalidum , tandem merito possessa marito , Vincla diu quaesita fove. Sic damna decoris Nulla tibi ; longo virides sic flore juventze Perdurent vultus, tardeque haec forma seneseat! 270 275 — CARMEN III. VILLA TIBURTINA MANLII VOPISCI. Cernere facundi Tibur glaciale Vopisci Si quis, et inserto geminos Aniene penates , Aut potuit sociae commercia noscere ripae , Certantesque sibi dominum defendere villas ; Hium nec calido latravit Sirius astro, 5 Nec gravis aspexit Nemoees frondentis alumnus * Talis hiems tectis, frangunt sic improba solem STACE. Ld main délicate; puis Vénus en a parfumé le faite avec l'essence d'Idalie, et l'effleurant de sa che- velure, elle a laissé dans ces demeures l'em- preinte de ses gráces, et défendu à toute la troupe ailée de sortir de leur enceinte. O jour d'ineffacable mémoire! Quelle douce impression je remporte en mon áme! Com- bien de merveilles! mes yeux en sont fatigués. Que la nature du sol est fertile! Comme la main de l'homme a embelli ees lieux. fortunés! Ou la nature se montra-t-elle plus prodigue de ses tré- sors? De hautes foréts se balancent sur des eaux eourantes; une image trompeuse reproduit leur feuillage, et jusqu'à leur ombre fuyant au loin sous les flots ; et l'Anio qui au-dessus des bois et àleurs pieds va bondissant contre les rochers, l'Anio lui-méme, ó prodige! dépose iei sa fureur avee son murmure et son écume, comme s'il crai- cnait de troubler le paisible Vopiscus, et les jours qu'ilconsaere aux neuf scurs, et la muse qui veille eneore pendant que le poéte repose. Sur les deux rives on est chez toi, ó Vopiscus; ce fleuve eomplaisant ne divise point ton domaine. Les deux bords voient s'élever deux maisons qui ne sont pas étrangéres l'uneà l'autre, et qui s'apercoivent à peine que les flots les partagent. Que la renommée vante maintenant le dé- troit de Sestos, et la mer traversée à la nage, et les dauphins devaneés par un amant audacieux ! Iei régne un ealme éternel, ici les tempétes ont perdu leur empire et jamais les ondes n'y bouil- lonnent. L'cil répond à l'oeil , là voix à la voix , et la main s'unit presque à la main d'une rive à lautre. Ainsi le reflux de l'Euripe bat les riva- Frigora, Pisceeoque domus non cstuat auno. Visa manu tenera tectum scripsisse Voluptas ; Tufic Venus Idaliis unxit fastigia succis , Permulsitque comis , blandumque reliquit honorem Sedibus, et volucres vetuit discedere natos. O longum memoranda dies! quae mente reporto Gaudia! quam lassos per tot miracula visus! Ingenium quam mite solo! quae forma beatis 15 Arie manus concessa locis! Non largius usquam Iudulsit natura sibi. Nemora alta cifatis — Incubuere vadis ; fallax responsat imago Frondibus, et longas eadem fugit unda per umbras. Ipse Anien (miranda fides) infraque superque Saxeus , hie tumidam rabiem , spumosaque ponit Murmura, ceu placidi veritus turbare Vopisci Pieriosque dies, et habentes carmina somnos. Littus utrumque domi : nec te mitissimus amnis Dividit; alternas servant preetoria ripas 2» Non externa sibi, fluviumve obstare queruntur. Sestiacos nunc fama sinus , pelagusque natatum Jactet, et audaci junctos delphinas ephebo : Hic eterna quies , nullis hic jura procellis , Nusquam fervor aquis. Datur hic transmittere visus, Et voces, et poene manus. Sic Chaleida fluetus 20 30 LIV. I, SILVE Il. ges de Chaleis, ainsi par delà la barriere des flots le Brutium apercoit Pélore sur les bords siciliens. Par oü commencer, paroü poursuivre et finir ? Faut-il admirer ees poutres dorées, ees mille portes taillées dans l'ivoire de Mauritanie, ces marbres parsemés de veines brillantes, ou ces Naiades qui versentla fraicheur danstous lesasiles du repos? Mes yeux et mon esprit se partagent. Dirai-je Ia vieillesse vénérable de ces bois sacrés, ou la salle qui voit couler le fleuve, ou celle qui regarde la forét silencieuse? Là, sans mélange d'aucun bruit importun, durant la nuit tout est -ealme et repos, ou peut-étre de légers murmures invitent encore la langueur au sommeil. Voyez fumer ces bains qui reposent sur des banes de verdure, voyez ce froid rivage au-dessous des feux qui l'éclairent, et, tout prés des fourneaux et-des tourbillons de vapeurs, le dieu qui eon- temple en souriant ses nymphes haletantes à deux pas du fleuve. J'ai admiré le travail des aneieus artistes, et la vie, soustoutes les formes, animant les métaux. Comment rappeler les figures d'or, d'ivoire, et ces pierres précieuses dignes de briller aux doigts, et ces ouvrages d'argent et d'airain oü s'est joué le talent d'un Myron, et ces colosses démesurés , superbes tentatives de son génie? Errant de merveilles en merveilles et promenant les yeux de tous eótés, j'ignorais quels trésors je foulais. Enfin l'éclat tombant de la voüte, et le pavé qui répéte la splendeur des cieux, attirent mes re- gards sur le sol. Il étalait avee orgueil mille Expellunt fluvii : sie dissociata profundo Bruttia Sicanium circumspicit ora Pelorum. Quid primum, mediumve canam; quo fine quiescam ? Auratasne trabes;, an Mauros undique postes, 35 An picturata lucentia marmora vena Mirer, an emissas per cuncta cubilia nymphas? Huc oculis, huc mente trahor. Venerabile dicam Lucorum senium? te, quz vada fluminis infra Cernis? an ad silvas qu respieis , aula, jacentes ? Qua tibi tota quies , offensaque turbine nullo Nox silet, et teneros invitant murmura somnos. Àn qu: graminea suscepta erepidine fumant. Balnea, et impositum ripis algentibus ignem? Quique vaporiferis junctus fornacibus amnis Ridet anhelantes vicino flumine nymphas? - Vidi artes, veterumque manus , variisque metalla Viva modis. Labor est auri memorare figuras , Aut ehur, aut dignas digitis contingere gemmas. Quicquid et argento primum vel in sre Myronis Lusit, et enormes manus est experta colossos. Dum vagor aspectu , visusque per omnia duco, Calcabam nec opinus opes : nam splendor ab alto Defluus, et nitidum referentes aera teste Monstravere solum ; varias ubi picta per artes Gaudet humus superare novis asarota figuris. 40 45 REMISE TUDUUNE UM UME GRUSDUURND MM CDNSIRDMUINTUTUUA QAI SP Urgence estiilenibtinpeeu sc Rue fe desvuii dip es psi spectas incidisse queis used q biblia se co 11 peintures diverses, et des mosaiques oü respirent de nouvelles figures. Je reeculai saisi d'effroi. Admirerai-je encore ees vastes galeries et ces deux bátiments séparés, mais eonstruits sur le méme plan? et eet arbre qui, conservé au centre de l'édifice, se fait jour à travers le toit et les portiques pour s'élaneer au grand air? arbre heu- reux , sous quel autre maitre aurais-tu bravé la cognée? Et maintenant, ó Vopiscus, quelque Ha- madryade, quelque Naiade agile et fugitive te remereie peut-étre à ton insu d'avoir épargné ses jours. Parlerai-je, et de ces deux tables élevées sur les deux rives, et de ces laes alimentés par des Sources qui s'enfoncent sous leurs eaux blanchá- tres, et de toi , Ó Mareia , qui suis le cours oblique du fleuve et le franchis dans toute sa largeur, portée sur un plomb audaeieux? Eh! pourquoi le fleuve del'Elide trouverait-il seul un heureux passage sous les flots ioniens jusqu'aux ports de la Sicile? Àu sein de ees grottes humides , le dieu del'Ànio, oubliant ses propres fontaines, dépouille dans le seeret des nuits son vétement d'azur pour se rouler cà et là sur la mousse légére, ou tomber eomme un géant au milieu du lae, et battre en nageant le cristal liquide. Voici l'om- brage favori du dieu de Tibur; ici l'Albula aime à baigner sa ehevelure imprégnée de soufre. Cette demeure pourrait enlever à Égériela Diane forestiére, aux eoteaux glaeés du Taygéte les cheeurs des Dryades, et Pan lui-méme aux foréts du Lycée. Et sile dieu de Tyrinthe n'y procla- mait déjà les arréts du. sort, les seeurs de Pré- neste y fixeraient aussi leur sanctuaire. Expavere gradus. Quid nunc ingentia mirer, Aut quid partitis distantia tecta trichoris ? Quid te, qu: mediis servata penatibus , arbor, Tecta per et postes liquidas emergis in auras? Quo non sub domino sevas passura bipennes? Et nunc ignar:e forsan vel lubrica Nais , Vel non abrupítos tibi debet Hamadryas annos. Quid referam alternas gemino super aggere mensas , Albentesque lacus, altosquein gurgite fontes? Teque per obliquum penitus quce laberis amnem, Mareia, et audaci transcurris flumina plumbo ? Non solum Iouiis sub fluctibus Elidis amnem Dulcis ad ZEtneeos deducit semita portus. Illis ipse antris Anienus fonte relicto, Nocte sub arcana glaucos exutus amictus , Hue illuc fragili prosternit pectora musco : Aut ingens in stagna cadit, vitreasque nafatu Plaudit aquas : illa recubat Tiburnus in umbra, Illic sulfureos cupit Albula mergere crines. Hxc domus , /Egerize nemoralem abjungere Phoeben , Et Dryadum viduare choris algentia possit Taygeta , et silvis arcessere Pana Lyoswis. Quod ni templa darent alias Tirynthia sortes , Et Pronestinae poterant migrare sorores. Quid bifera Alcinoi laudem pomaria? vosque; 65 70 75 80 m 19 STACK. Vanterai-je à présent les vergers d'Alcinoüs; fertiles deux fois l'année, et ces rameaux qui jamais n'étalent un feuillage inutile? Loin, bien loin les champs de Télégone et de Turnus, et les palais du Luerin, et les rivages du sanguinaire Antiphate, et ees eoteaux perfides ou Circé fit répéter aux guerriers d'Ithaque les hurlements des loups! loin ees tours superbes d'Anxur, et le site consaeré par le héros de Phrygie à sa vieille nourriee, et les rives inabordables oü te rappel- leront les páles soleils et les courtes journées de Ja saison des brouillards ! Iei ta sagesse se nourrit de méditations profondes, ici tu ensevelis tes la- borieux loisirs, et cette vertu si douce avec un front austére. Iei j'admire un éelat de bon goüt et des agréments sans faste que le vieillard de Gargette eüt préférés à sa ehére Athénes et à ses jardins voluptueux. Eh ! qui ne braverait àce prix les tempétes de la mer Egée, les Pléiades neigeu- ses, et l'astre menacant d'Olénie? Si l'on peut sans folie confier son navire aux flots de Malée, aux écueils de Sicile, pourquoi nos yeux dédaignent- ils des plaisirs qui sont si prés de nous? Iei les Faunes de Tibur, et Alcide lui-méme, et Catillus pour qui ta muse réserva ses plus nobles accents, se Jaissent bercer à tes aeeords, soit que tu oses rivaliser avec la vigueur de Pindare, soit que ton - luth s'éléve au ton héroique, soit que tu charges tes pinceaux des eouleurs rembrun:es de la satire, ou que tu embellisses l'épitre des seules gráces de la négligence. Poursuis, toi qui mérites tous les biens de Midas etde Grésus, tous les trésors de la Perse; enrichis-toi des biens de l'àme. Tes hu- mides eampagnes méritaient d'étre inondées par Qui nunquam vacui prodistis in zethera , rami? Cedant Telegoni, cedant Laurentia Turni Jugera , Lucrineeque domus, litusque cruenti Antiphate : cedant vitrece juga perfida Circes, 85 Dulichiis ululata lupis, arcesque superbi Anxuris, et sedes Phrygio quas mitis alumno Debet anus : cedant, qua& te, jam solibus aretis , Avia nimbosa revocabunt littora bruma. Scilicet hic illi meditantur pondera mores : 90 Hic premitur fecunda quies, virtusque serena Frontegravis, sanusque decor, luxuque carentes Delicic , quas ipse suis digressus Athenis Mallet deserto senior Gargettius horto. Hsec per et /Egeas hiemes , Pliadumque nivosum 93 Sidus, et Oleniis dignum petiisse sub astris. Si Male: credenda ratis , Siculosque per cestus Sit via, cur oculis sordet vicina voluptas? Hic tua Tiburtes Faunos chelys , et juvat ipsum Alciden , dictumque lyra majore Catillum : Seu tibi Pindaricis animus contendere plectris , Sive chelyn tollas heroa ad robora , sive Liventem satiram nigra rubigine turbes : Seu tibi non alia splendescat epistola cura. Digue Mide , Cresique bonis, et Perside gaza , 100 105 ? les flots jaunissants de l'Hermus, et le Tage leur devait son limon brillant. Ah , puisses-tu multi- plier tes doctes loisirs! puisses-tu le ecur dé- gagé de tout nuage, dépasser le terme atteint par la vieillesse de Nestor! SILVE IV. EX-VOTO POUR LA CONSERVATION DE RÜTILIUS GALLICUS. Il y a des dieux, oui je le proclame, et Clotho ne poursuit pas inexorablement sa táche. Astrée sourit àla vertu; réconciliée avec Jupiter, elle revient à nous, et Gallicus revoit lejour qu'il était menacé de perdre. Qu'on demande à présent si tu es l'amour de la terre et du ciel, vainqueur des Germains! Qui done dirait le contraire? La for- tune a rougi de priver ton empire d'un si grand ministre. ll est debout celui qui apréstoi soutient le fardeau d'une si vaste puissanee ! Déjà enve- loppé des réseaux de la vieillesse, il brise ce tis- su fatal, et retrouve encore pour d'autres années toute la verdeur de la jeunesse. Cohortes fidé— les à l'étendard de la ville, et vous, lois au- gustes, qui, violées par les troubles du forum, venez plus d'une fois vous réfugier dans le sein de Gallieus; et vous, cités revétues de la toge, vous dont les supplications lointaines implorent sa justice, rivalisez d'allégresse; quela joie de nos sept eollines tressaillant de concert impose silence à des bruitssinistres! il vit; et receommen- cant sa carriére, il vivra longtemps celui dont les soins paternels assurent le repos de nos murs. ; Macte bonis animi! cujus stagnantia rura Debuit et flavis Hermus transcurrere ripis, Et limo splendente Tagus. Sic docta frequentes Otia ; sic omni detersus pectora nube Finem Nestorec precor egrediare senectae ! 110 CARMEN IV. SOTERIA RUTILH GALLICI. Eslis , io Superi , nec inexorabile Clotho Volvit opus : videt alma pios Astroa , Jovique Conciliata redit; dubitataque sidera cernit Gallicus. Es coelo , dis es, Germanice, cordi ; Quis neget? erubuit tanto spoliare ministro E Imperium Fortuna tuum. Stat proxima cervix Ponderis immensi , damnosaque fila senectee Exuit, atque alios melior revirescit in annos. Ergo alacres, quae signa colunt urbana , cohortes , Inque sinum que szpe tuum fora turbida questu 10 Confugiunt , legesque, urbesque ubicunque togata, Qu:e tua longinquis implorant jura querelis , Certent loetitia; nosterque ex ordine collis Confremat , et sileant pejoris murmura fame : Quippe manet , longumque :evo redeunte manebit , E LIV. I, SILVE IV. 13 Les destins n'attristeront point d'un tel attentat l'aurore du nouveau siécle, et les dieux de Té- rente n'auront point souillé leur autel renaissant. Pour moi, je n'invoquerai ni Phébus, bien que sans lui ma lyre soit muette, ni les déesses d'Aonie, avec Pallas leur dixieme sceur, ni les deux indulgents nourrissons de Tégée et de Direé. Viens toi-méme, ó mon héros , doubler mes for- ces et mon eourage! N'as-tu pas fait preuve d'un génie divin quand tu donnais à latoge ausonienne tant de grandeur et d'éclat, quand tu répandais sur les centumvirs et ta sagesse et tes lumiéres? Que Pimplé trompe la lóvre altérée du poets que Piréne se refuse à m'inspirer;. moi, j'aime mieux boireà longs traits aux sources de ton gé- nie, soit que ton éloquence marehe dégagée d'en- traves, soit qu'elle se plie aux douces lois des vers et s'assujettisse à nos regles. Si nous offrons à Céres les dons mémes de Cé- rés et à Baechus les vins qu'il nous donne , et si , déjà riche de butin , Diane suspend encore à ses voütes les présents du chasseur, et le dieu des batailles les armes des vaineus : ó Gallieus, mal- gré ta sublime éloquenee et les inépuisables tré- sors de ta parole, ne dédaigne pas non plus l'hommage d'une lyre moins puissante. La lune se fait bien un eortége d'étoiles, et l'Océan re- coit letribut des plus faibles ruisseaux. Quel doux salaire de ta vertu que cet amour in- quiet de touteune ville ! Que de larmes j'ai comp- tées! j'ai vu pleurer les chevaliers , les sénateurs, et ee peuple méme qui ne sait guére pleurer les erands! Moins vives étaient pour Numa défail- | Quem penes intrepidv mitis custodia Romae. Nec tantum induerint fatis nova sceecula crimen, Aut instaurati peccaverit ara Terenti. Ast ego nec Phoebum (quanquam mihi surda sine illo Plectra) nee Aonias decima cum Pallade divas ,- 20 Aut mitem Tegex , Dircesve hortabor alumnum ; Ipse veni, viresque novas animumque ministra , Qui caneris : dextro nec enim sine numine tantus Ausonic decora ampla toga, centumque dedisti Judicium mentemque viris. Licet enthea vatis :25 Excludat Pimplea sitim , nec conscia detur Pirene, largos potior mihi gurges in haustus Qui rapitur de fonte tuo : seu plana solutis Quum struis orsa modis , seu quum tibi dulcis in artem Frangitur, et nostras curat facundia leges. 30 Quare age, si Cereri sua dona, merumque Lyaeo Reddimus , et dives proedc , tamen accipit omni Exuvias Diana tholo , captivaque tela Bellipotens ; nec tu, quando tibi, Gallice, majus Eloquium, fandique opibus sublimis abundas , 35 Sperne coli tenuiore lyra. Vaga cingitur astris Luna, et in oceanum rivi cecidere minores. Que tibi sollicitus persolvit premia morum Urbis amor? quae tum patrumque equitumque notavi Lumina, et ignare plebis lugere potentes? 40 lant les alarmes du sénat, de l'ordre équestre Dus Pompée, et d'une femme pour Brutus. C'est qu'aussi ton oreille n'aime pas le bruit lugubre des chaines, et qu'avare de supplices, indocile à lentrainement du pouvoir, tu erains de faire sentirla force du glaive, et ne méprises pas une main qui supplie, une priére qui monte vers toi. Rendre au forum ses droits, respecter la chaise eurule et. eoneilier la toge et l'épée, voilà par quelle route on péanétre au fond des ccurs, c'est à ee prix que l'amour s'unit au respect. Mais d'ailleurs la rigueur jalouse du destin et la marche soudaine et foudroyante du péril aug- mentérent la eonsternation générale : le mal al- lait si vite! Ce n'est pas la vieillesse qu'on en ae- euse (elle venait à peine de compléter son douziéme lustre), c'est ton travail obstiné, e'est une áme maitresse impérieuse du corps qu'elle anime, ce sont tes veilles eonsacrées à la süreté du prince, ees veilles pour toi si douces! Toutes ces fatigues firent eouler dans tes veines un som- meil insidieux , et la vie semblait engourdie dans ton sein. Alorsle dieu qui, prés dela cime escarpée des Alpes, marqua de son nom révéré les bois d'A- pollon, jette un regard sur son illustre éléve, qu'il avait hélas! trop longtemps oublié ; arrétant aus- sitót les progrés du mal : « Viens, mon fils, s'é- crie-t-il, viens, dieu d'Épidaure, toi qui MuR nes les succés diffieiles : l'occasion est belle. 1I s'agit de ressusciter un grand homme; réunis- sons nos efforts : arrétons les fuseaux préts à rompre le fil de sa vie. Ne erains point les éelats Non labente Numa timuit sic curia felix , Pompeio nec celsus eques, nec femina Bruto. Hoc illud ; tristes invitum audire catenas , Parcere verberibus , nec qua jubet alta potestas Ire, sed armatas multum sibi demere vires , — 45 Dignarique manus humiles, et verba precantum ; Reddere jura foro, nec proturbare curules , Et ferrum mulcere toga. Sic itur in alta Pectora, sic mixto reverentia se dat amori. Ipsa etiam cunctos gravis iuclementia fati 50 Terruit, et subiti preeceps juvenile pericli , Nil cunctante malo. Non illud culpa senectc, (Quippe ea bissenis vix dum orsa excedere lustris) Sed labor intendens, animique in membra vigentis Imperium, vigilesque suo pro Csesare cura, «685 Dulce opus. Hinc fessos penitus subrepsit in artus Insidiosa quies, et pigra oblivia vite. 'Tune deus, Alpini qui juxta culmina dorsi Signat Apollineo sanctos cognomine lucos; Respicit, heu tanti pridem securus alumni -60 Perpessusque moras : « Huc mecum, Epidauria proles , Huc, altis gaudens ; datur aggredienda facultas — Ingentem recreare virum : teneamus adorti Tendentes jam fila colos : nec fulminis atri Sit metus; has ultro laudabit Juppiter artes : : 65 * : STACE. de la foudre : Jupiter applaudira Je premier à ton art vainqueur. Ce n'est pointunetéte vulgaire, in- différente aux dieux, que je viens sauver. Je vais t'en dire quelque ehose tout en nous acheminant vers sa demeure. C'est lui qui fait la noblesse de sa famille : l'éclat de son nom rejaillit sur le passé; ses aieux ne sont point inconnus, mais, éclipsés par cette gloire récente , ils sont fiers de - eéderle pas à leur auguste descendant. Son génie brilla d'abord sous la toge, et sous la toge aussi sa haute éloquenee. Bientót enchaíiné par de no- bles serments, vingt eamps, vingt elimats divers du eouchant à l'aurore virent ses travaux et ses serviees. Et il ne put se délasser dans les loisirs de la paix, ni quitter le glaive un seul instant. Le belliqueux Galate osa provoquer ses armes; neuf moissons durant, il comprima aussi la Pam- yphylie,lefier Pannonien, Jes Arméniens aux traits perfides, à la fuite menacante, et l'Araxe enfin résigné à subir un pont romain. Rappellerai-je les faisceaux remis deux fois en ses mains, et la puissante Asie deux fois gouvernée? Elle vou- drait le posséder une troisiéme et une quatriéme fois : mais les fastes le réclament; le premier siége curule l'attend et lui promet plus d'un eon- sulat. Te ferai-je admirer la Libye soumise ap- portat son tribut, et ce message triomphal au sein de la. paix? Vanterai-je ces trésors qui pas- sbrent l'attente de celui méme qui les exigeait? Le Trasimene, les Álpes et les vietimes de Can- nes applaudissent, et l'ombre sanglante de Ré- eulus réclamait hautement cette insigne ven- geance. « Le temps manque pour rappeler ici les batail- Nam neque plebeiam, aut dextro sine numine cretam Servo animam , atque adeo, breviter, dum tecta subimus , Expediam. Genus ipse suis , praemissaque retro Nobilitas ; nec origo latet, sed luce sequente Vincitur, et magno gaudet cessisse nepoti. 70 Prima toge virtus : illa quoque clarus , et ingens Eloquio: mox innumeris exercita castris , Occiduas , primasque domos , et sole sub omni Promeruit juratà manus; nee in otia pacis Permissum laxare animos, ferrumque recingi : 75 Hunc Galatia vigens ausa est incessere bello : Hunc quoque perque novem timuit Pamphylia messes , Pannoniusque ferox , arcuque horrenda fugaci Armenia , et patiens Latii jam pontis Araxes. Quid geminos fasces , magnoque iterata revolvam 80 Jura Asic? velit illa quidem ter habere , quaterque Hunc sibi ; sed revocant fasti majorque curulis , Nec promissa semel. Libyci quid-mira tributi Obsequia, et missum media de pace triumphum Laudem, et opes quantas neo qui mandaverat ausus — 85 Exspectare fuit? Gaudet Trasimenus et Alpes Cannensesque anims : primusque insigne tributum Ipse palam lacera poscebat Regulus umbra. « Non vacat Arctoas acies, Rhenumque rebellem , lons du Nord , la révolte du Rhin, les prieres de Velléda captive; et naguere encore, pour comble de gloire, la ville abandonnée par les Daces aux abois, quand, appelé par un auguste choix, tu pris les rénes, ó Gallicus, sans étonner la fortune. Voilà, mon fils, si j'en parle dignement, voilà celui que nous ravirons aux sombres bords. C'est une faveur que réclame l'illustre pére des Latins; je dis plus, c'est une. dette. Non, brillante jeu- nesse, vous n'aurez pas en vain, sous la pourpre patrieienne, récité naguére un hymne à ma louange. Tout ce que l'antre bienfaisant du cen- taure et la voütedutemple de Pergamerecélenten fait desimples, tout ee que produit dans ses plaines l'heureux Épidaure, sans compter le puissant die- tame que la Créte voit fleurir sous les ombrages de l'Ida, et la salutaire éeume vomie par le ser- pent, prodigue-le sans regret, Ó mon fils! Apol- lon y joindra ses efforts, avec tous les sues qu'il apprit à connaitre aux champs parfumés de rA- rabie, ou que berger il recueillit dans les prairies de l'Àmphryse. » Il avait à peine fini, qu'ils trouvent un homme languissamment étendu et luttant contre la mort. Tous deux relévent leurs robes à la maniere de Péon , et tour à tour maitres éclairés et ministres dociles, variant les remédes, ils dissipent enfin ces symptómes de mort et tous ces nuages d'un perfide somméil. Gallieus lui-méme seconde les dieux , et saisit l'appui de ces mains divines qui défient toutes les maladies. L'art du Thessa- lien guérit Téléphe moins vite, et les sues versés par Maehaon furent plus lents à fermer la bles- sure qui fit pálir Atride. Captivseque preces Veledz , et (quae maxima nuper 90 Gloria) depositam Dacis pereuntibus arcem Pandere ; quum fanti lectus rectoris habenas, Gallice , Fortuna non admirante , subisti. Hune igitar (si digna loquor) rapiamus iniquo Nate, Jovi. Rogat hoc Latis pater inclytus urbis: 95 Et meruit ; neque enim frustra mihi nuper honora Carmina patritio pueri sonuistis in ostro : Si qua salutifero gemini Chironis in antro Herba, tholo quodcunque tibi Trojana recondit Pergamus, aut medicis felix Epidaurus arenis Educat ; Ideea profert quam Creta sub umbra Dictamni florentis opem , quoque anguis abundat Spumatu. Jungam ipse manus, atque omne benignum Virus , odoriferis Arabum quod doctus in arvis, Aut Amphrysiaeo pastor de gramine carpsi. » 105 Dixerat : inveniunt positos jam segniter artus , Pugnantemque animam ; ritu se cingit uterque Pseonio,, monstrantque simul, parentque volentes ; Donec letiferas vario medicamine pestes , Et suspecta mali ruperunt nubila somni. Adjuvat ipse deus , morboque valentius omni Occupat auxilium. Citius non arte refectus Telephus ZEmonia; nee quae metuentis Atridoe 100. 110 LIV. I, Y a-tHil dans ces flots de peuple et de sénateurs , y a-t-il place à mes veeux et à ma sollicitude? N'importe, lesastres peuvent dire, ettoi aussi, pére des poétes, dieu de Thymbra, quelles étaient mes craintes le jour, mes eraintes durant la nuit. Enchainé sur le seuil , j'étais là l'oeil inquiet, l'o- reille attentive, épiant tout. Ainsi liée aux flanes d'un grand navire, une faible chaloupe, quand mugit la tempéte, reeoit sa part de l'onde furieuse et flotte au gré des mémes autans. Filez maintenant, fuseaux destrois sceurs, filez,. ófilez les plus blanes de vos fils! Ne comptons plus le temps qu'il a déjà véeu sur la terre. Ce jour est le jour de sa naissance. Gallicus, tu mérites d'égaler tes années. aux siéeles du Troyen, aux grains de poussiére de Ia Sibylle et aux trois áges de Nestor. Pauvre comme je suis, le moyen de m'aequitter envers les dieux? Eh! le pourrais-je, quand Mévanie épuiserait ses vallées , quand les prairies de Clitumne mefourniraientleurstaureaux blanes comme la neige? mais souvent les dieux, parmi ees offrandes, ont vu avee plaisir un peu de sel et de farine sur un humble gazon. SILVE V. BAINS DE CLAUDIUS ÉTRUSCUS. Je ne fais point redire àl'Hélicon es graves ae- cents d'une lyre inspirée; je n'invoque pas les Mu- ses, quefatigua tant de fois ma priére. Ettoi Phé- bus; et toi Evan, je vous laisse à vos danses ; que Seeva Machaonio coierunt vulnera succo. Quis mihi, tot questus inter populique patrumque , 115 Sit cur: , votique locus? 'Tamen ardua testor Sidera, teque, pater vatum Thymbrae, quis omni Luce mihi, quis nocte timor; dum postibus haerens Assiduus, nunc aure vigil , nunc lumine, cuncta Aucupor; immense veluti connexa carinae 120 Cymba minor, quum sevit hyems, pro parte, furentes Parva receptat aquas, et eodem volvitur Austro. Nectite nunc loetze candentia fila, sorores, Nectite : nemo modum transmissi computet xvi , Hic vit:e natalis erit. Tu, Troica dignus S«cula, et Euboici transcendere pulveris annos, Nestoreosque situs. Qua nune tibi pauper acerra Digna litem? nec si vacuet Mevania valles, Aut preestent niveos Clitumna novalia tauros , Sufficiam, sed scepe deis hos inter honores Cespes, et exiguo placuerunt farra salino. 125 130 ^ o——— mls CARMEN V. BALNEUM CLAUDII ETRUSCI. Non Helicoua gravi pulsat chelys enthea plectro, Nec lassata voco toties mihi numina Musas. Et te, Phoebe, choris, et te dimittimus Evan : SILVE V. - Anno 2 l'éeaille sonore reste assoupie sous tes doigts , nourrisson ailé du Tégée! Mes chants appellent une autre réunion. Si les Naiades souveraines des eaux, si le roi de la flamme étincelante, fatigué et tout rouge encoreau sortir des ateliers de la Sicile, se rend à mon invitation, c'est assez. Thébes, dé- pose un instant tes armes saeriléges; je veux me dérider à la table d'un ami. Esclave, verse coup sur eoup, mais verse-moi sans compter. Éveille ma lyre paresseuse. Loin de moi peines et sou- eis! je vais ehanter ees bains oü les reflets du marbre imitent le feu des pierreries, et ma Clio, dans sa gaieté folátre , veut amuser de ses jeux les loisirs du modeste Kitrüscas: Venez, divinités des ondes, tournez vers moi vos fronts transpa- rents : que le tendre lierre se marie à l'azur de vos eheveux, et, sans aueun voile, montrez-vous telles qu'au sortir de vos sourees profondes, quand la vue de vos appas tourmente l'amoureux satyre. Ce n'est point vous que j'appelle, vous dont les fautes ont terni la pureté des fontaines. Loin d'iei Salmaeis et son onde perfide, et la fille de Cébréne dontla douleur dessécha les flots, et la Naiade qui enleva le jeune ami d'Hereule! Venez, vous qui habitez le Latium et les sept col- lines, Nymphes, dontle tribut grossit les eaux du Tibre; vous aussi qu'attirela chute de l'Anio et Ia viergeamiedesnageurs, ou Mareja qui nous améne les neiges et les frimas des Marses; vous dont les eaux vagabondes eomprimées par des digues su- perbes coulent suspendues sur des areades sans nombre : c'est votre éloge que j'entreprends. Cette Tuque inimica ferc , volucer T'egeze, sonora "erga premas : alios poscunt mea carmina coetus. Naidas undarum dominas, regemque corusci Ignis, adhuc fessum , Siculaque incude rubentem Elicuisse satis. Paulum arma nocentia , Thebae, Ponite ; dilecto volo lascivire sodali. Junge puer cyathos, sed ne numerare labora , Cunctantemque intende chelyn : discede, laborque, Curaque, dum nitidis canimus gemmantia saxis Balnea; dumque procax , myrtis hederisque soluta Fronte, verecundo Clio mea ludit Etrusco. Ite, dez: virides, liquidosque advertite vultus , Et vitreum teneris crinem redimite corymbis, Veste nihil tectze : quales emergitis altis Fontibus , et visu Satyros torquelis amantes. Non vos qu: culpa decus infamastis aquarum Sollicitare juvat : procul hinc, et fonte doloso Salmacis, et viduc& Cebrenidos arida luctu Flumina, et. Herculei preedatrix cedat alumni. Vos Sun qua Latium , septenaque culmina Nymphie- Incolitis , Tybrimque novis attollitis undis, Quas preeceps Anien, atque exceptura natatus - Virgo juvat, Marsasque nives et frigora ducens. 2:20 25 Marcia, preecelsis quarum vaga molibus unda —.— |. Crescit, et innumero pendens transmittitur arcu, Vestrum opus aggredimur; vestra est quam carmine molli 16 STACE. maison, doux objet de mes ehants , elle est à vous. Jamais grotte vous offrit-elle une plus riche de- meure ? Cythérée conduisit elle-méme la main de son époux , l'éclaira de ses conseils, et, de peur qu'une flamme vulgaire ne déshonorát les four- neaux, elle emprunta pour les allumer le flambeau des Amours. On n'admit dans eette eneeinte ni TThase, ni Caryste et ses marbres verts ; l'onyx au loin déplore sa disgráce, et l'ophite se plaint dans l'exil. Làbrillentseulsle porphyre sorti des carrie- res jaunissantes de Numidie , la pierre qu'au fond des antres phrygiens de Synnade Atys lui-méme tacha d'un sang livide, et ces marbres plus blanes que la neige que taillent pour nous Tyr et Sidon. L'Eurotas trouve à peine une place, et ne forme qu'une ligne étroite dont le vert tranche sur la Synnade. Les portes aussi ont leurs richesses , les xoütes leur éelat. Au sommet brillent des vitreaux couverts de dessins et de figures : le feu Iui-méme g'étonne d'embrasser tant de trésors et modére sa violenee. Le jour abonde de toutes parts. Les rayons du soleil descendent tout entiers à travers le faite , et ses feux les plus vifs s'embrasent à des feux plus ardents. Là , rien de vulgaire; l'airain du Témése n'y ehoquera point le regard. Mais l'ar- gent verse une onde heureuse qui retombe dans l'argent , s'attaehe au bord des vases, et, comme eharmée d'un luxe fait pour elle, refuse de quitter leurs lévres polies. Et ces eaux vives qui prés de là proménent des flots d'azur dans un lit plus blane que la neige , laissant l'oeil errer librement de la surface au fond du canal, n'invitent-elles point à s'y plonger, à dépouiller des vétements ineommodes? Cythérée eüt voulu naitre au fond Pando domus. Non unquam aliis habitastis in antris — 30 | Ditius : ipsa manus tenuil Cytherea mariti, Monstravitque artes : neu vilis flamma caminos Ureret , ipsa faces volucrum succendit Amorum. Non hue admissc Tliasos , aut undosa Carystos; Moret onyx longe, queritarque exclusus ophites : 35 Sola nitet flavis Nomadum decisa metallis Purpura, sola cavo Phrygiae quam Synnados antro Ipse cruentavit maculis liventibus Attys : Quasque Tyrus niveas secat , et Sidonia rupes. Vix locus Eurote , viridis quum regula longo 40 Synnada distinctu variat. Non limina cessant, Effulgent camere , vario fastigia vitro In species animosque nitent. Stupet ipse beatas Circumplexus opes, et parcius imperat iguis. Multus ubique dies , radiis ubi culmina totis 4 Perforat, atque alio sol improbus uritur eestu. Nil ibi plebeium : nusquam Temesca notabis JEra ; sed: argento felix propellitur unda, Argentoque cadit, labrisque nitentibus instat Delicias mirata suas, et abire recusat. 50 Extra autem niveo qui margine ccerulus amnis Vivit, et in summum fundo patet omnis ab imo, Cui non jre lacu , pigrosque exsolvere amictus Q de cette onde; Nareisse, tu y trouverais un plus fidéle miroir, et l'agile'Hécate voudrait s'y bai- gner, aux risques des surprises. Montrerai-je le parquet oà doit résonner la balle, alors qu'un feu languissant encore circule dans l'édifiee, et qu'une légére vapeur s'échappe des fourneaux ? Quel hóte nouvellement arrivé de Baies(qu'on me pardonne de comparer les petites ehoses aux grandes), quel hóte déprécierait ees bains? Méme au sortir des bains de Néron , qui encore ne viendrait avee plaisir suer aux bains d'Etruseus? Poursuis, mon jeune ami; conserve avec ce goüt délieat ces nobles soins. Puisses-tu ne vieillir qu'avee ton ouvrage! Puisse la fortune te préparer dés ce jour un meilleur avenir! . SILVE VI. LES KALENDES DE DÉCEMBRE, FÉTE SATURNALE. Auguste Phébus, ettoi, sévére Pallas, allez pren- dre au loin vos loisirs : vous reviendrez aux ka- lendes de Janus. Que Saturne affranchi de ses liens, que Décembre la téte avinée, que les Jeux riants et les Saillies folátres m'aident à chanter le jour que César eonsaera au plaisir, et cette nuit ou regne l'ivresse. À peine l'auroreannoncait l'arrivée du soleil, que déjà pleuvaienpt les gáteaux friands; ce fut comme la rosée du jour. Ensuite tout ee que les noyers du Pont et les fertiles collines de l'Idumée nous en- voient de fruits rares, tout ee quela pieuse Damas voit eroitre dans ses vergers, tout ce qui mürit Suadeat? hoc mallet nasci Cytherea profundo ; Hic te perspicuum melius , Narcisse, videres; 55 Hic velox Hecate velit et deprensa lavari. Quid nunc strata solo referam tabulata, crepantes Auditura pilas , ubi languidus ignis inerrat JEdibus, et tenuem volvunt hypocausta vaporem? Nec si Baianis veniat novus hospes ab oris, 60 Talia despiciat ; fas sit componere magnis Parva , Neronea nec qui modo lotus in unda , Hic iterum sudare neget. Macte, oro, nitenti Ingenio, curaque , puer : tecum ista senescant , Et tua jam melior discat fortuna renasci. 65 CARMEN VI. KALENDJE DECEMBRES (SATURNALES). Et Phoebus pater, et severa Pallas, Et Mus: procul ite feríatoe : Jani vos revocabimus Kalendis. Saturnus mihi compede exsoluta, Et multo gravidus mero December, Et ridens Jocus, et Sales protervi Adsint , dum refero diem beatam ex LIV. I, dans les roseaux d'Ébosie roulecà et là en profu- sion, comme aussi les fromages délicats, les pátis- series, les poires d'Amérie non desséchées par la flamme, les gáteaux au vin doux, et d'énormes dattes sous lesquelles disparait la branche et qui tombent lourdement. Non,les déluges de l'Hyade -orageuse et de l'humide Pléiade n'égalent point cette tempéte qui, dans le théátre de Rome, as- saillit le peuple d'une gréle innocente. Que Jupi- ter s'en aillecouvrir l'univers de nuages et me- nace de ses pluies les vastes campagnes , pourvu que notre Jupiter à nous verse une telle ondée! Soudain brille partout à la fois dans sa beauté, danssa parure, un second peuple, égal en nombre au peuple des gradins. Les uns portent des corbeilles de pain, de blanches nappes et des mets exquis; d'autres versent les flots d'un vin allangui par les années : on les prendrait pour autant de Ganymedes. Déesse de l'abondanee , tes dons s'étendent aux contrées stériles et aux con- trées fécondes de l'univers : ils embrassent aussi les nations qui portent Ja toge, et, nourriciére de tant de peuples, tu ne daignes Tuve pas t'aperce- voir des profusions de cette journée. Siécles anti- ques, comparez maintenant à nos jours les temps du premier Saturne et les merveilles de l'áge d'or. Ses vins coulaient alors à flots moins abondants , et ]a moisson ne devaneait point le cours tardif des saisons. La méme table réunit toutes les elas- Loti Caesaris, ebriamque noctem. Vix Aurora novos movebat ortus, Jam bellaria adorea pluebant. Hunc rorem veniens profudit Eos. Quicquid nobile Ponticis nucetis Fecundis cadit aut jugis Idumes ; Quod ramis pia germinat Damascus , Et quod percoquit Ebosia caunis $ Largis gratuitum cadit rapinis. Molles caseoli, lucünculique, Et massis Amerina non perustis ; Et mustaceus, et latente palma Preegrandes caryotides cadebant. Non tantis Hyas inserena nimbis Terras obruit, aut soluta Pleias , Quali per cuneos hiems Latinos Plebem grandine concutit sedentem: Ducat nubila Juppiter per orbem , Et lcetis pluvias minetur agris , Dum nostri Jovis hi ferantur imbres. Ecce autem caveas subit per omnes; Insignis specie, decora cultu Plebes altera, non minor sedente. Hi panaria, candidasque mappas Subvectant , epulasque lautiores Illi marcida vina largiuntur : Ideeos totidem putes ministros: Orbem, qua melior severiorque esf; Et gentes alis insimul togatas; STACE; i0 15 20 25 $5 Qu sui MdL LLL Lour Luliis assist c1 doge, catal. diMels Lais cccut cie rid D a EAD AL La eo Dou Dis A. ——————————————M——ÉÓÉÓÉÉÁÉÉÉ———- SILVE VI. 17 ses, femmes, enfants, plébéiens, chevaliers, sé: nateurs. La libertéa détendu les liens du respect. Toi-méme (quel mortel eüt pu demander, quel dieu eüt promis cette faveur?) tu as pris plaee au méme festin. Désormais, richeou pauvre, tout Romain songe avec orgueil qu'il s'est assis à la table du prinee. Au milieu de ces cris de joie, de ce luxe inu- sité, les plaisirs du speetacle s'écoulent presque inapereus. Ferme dans la lutte, un sexe inhabile aux combats , étranger au glaive; déploie un ceou- rage d'homme. On croit voir sur la rive barbare du Tanais et du Phase les bouillantes eohortes du "Phermodon. Ensuites'avance d'un pas fier un bataillon de nains que la nature, achevant à la háte, a noués pour toujour s dans leur eourte épaisseur. Lesang coule, les;épées se croisent : dieux! quel bras pour donner la mort! Mars et]la Valeur amie du carnage rient de leurs fureurs, etles grues que vont se disputer tant de mains avides admirent lesfils des pygmées , plus braves que leurs aieux. La nuit approche avee ses ombres; et la dis- tribution va commencer. Quel tumulte elle exeite ! Là s'ntroduisent les beautés qu'un peu d'or apprivoise ; làon reconnait tout ce qui fait l'agré-- ment de nos théátres par le talent ou. par les eharmes. Dans ee groupe dansent les Lydiennes bouffies , les cymbales et les castagnettes de Gadés. Et quum tot populos boite pascas, Hune, Annonà, diem superba nescis. 1] nunc secula compara, Vetusías , Antiqui Jovis, aureumque tempus : Non sic libera vina tunc fluebant , Nec tardum seges occupabat annum. Una vescitur omnis ordo mensa , Parvi, femina, plebs, eques, senatus. Libertas reverentiam remisit ; Et tu quin etiam (quis hoc rogare * Quis promittere posset hoc deorum?) Nobiscum socias dapes inisti. Jam se (quisquis 18 est) inops , beatus Gonvivam ducis esse gloriatur. Hos inter fremitus, novosque luxus, Spectandi levis effugit voluptas. Stat sexus rudis, insciusque ferri, Et pugnas capit improbus viriles. Credas ad Tanaim , ferumque Phasin ; Thermodontiacas calere turmas. Hic audax subit ordo pumilonum , Quos Natura brevi statu peractos Nodosum semel in globum ligavit. Edunt vulnera, conser untque dextras; Et mortem sibi (qua manu!) minantuf. Ridet Mars pater, et cr uenta Virtus : Casurceque vagis grues rapinis , Mirantur pumilos ferociores. - Jam noctis propiofibus sub umbris 40 45 50 60 1: STACE. retentissent daus lautre. Ailleurs s'agitent des troupes de Lydiens. Plus loin la teurbe des jeux seéniques , et l'humble marchand qui échange le soufre eontre les débris du verre. Au milieu de l'asitation s'abat d'un vol inattendu un nuage immense d'oiseaux de toutes espéees , et eeux des bords saerés du Nil ou du Phasesauvage, et ceux que le Numide doit au souffle pluvieux de l'Aus- . tor. Les mains ne peuvent suffire au butin , et la tunique déjà remplie cherehe à grossir son tré- sor. MiHe eris allant frapper les astres eélébrent les Saturnales du prinee. Le voeu publie prononce 'Jedoux nom de maitre ; mais c'est l'unique plai- sir que défendit César. La nuit étendait à peineson voile d'azur, qu'au milieu de l'aréne descend un eercle enflammé qui rayonne dans l'ombre et fait pálirla couronne de Naxos. Ges feux éclairent le ciel, et préviennent les désordres d'une nuit obscure. À cette vue, le Repos et le Sommeil, secouant leurs lourdes ailes, ont été chereber d'autres murs. Qui pourrait chanter les spectacles, le libre enjouement, lesfestins et leurs jouissanees gra- tuites, et la liqueur de Bacchus eoulant à grands flots? Je sens, pour-moi, que je suceombe. "Ton neetar qui m'enivre me jette enfin dans les bras du Sommeil. O comme cette journée ira loin à tra- vers les áges! Rien n'en effacera le souvenir sacré, tant que les monts latins et le Tibre etta ville bives sparsio quos agit tumultus! Huc intrant faciles emi puellae : Hic agnoscitur omne quod theatris Aut forma placet, aut probatur arte. Hoc plaudunt grege Lydic tumentes, 1o cymbala, tinnuleeque Gades : Illic agmina confremunt Syrorum, Hic plebs scenica , qudeque comminutis Permutat vitreis gregale sulfur. Inter quà , subito cadunt volatu 75 immense volucrum per astra nubes, Quas Nilus sacer, horridusque Phasis , Quas udo Numidc legunt sub Austro. Desunt qui rapiant; sinusque pleni Gaudent, dum nova luera comparantur. 80 Tollunt innumeras ad astra voces, SATURNALIA PRINCIPIS Sonantes ; Et dulci pourvuM favore clamant Hoe solum vetuit licere Caesar. Vixdum ce&rula nox subibat orbem, 85 Descendit media nitens arena Densas flammeus orbis inter umbras, Vincens Gnosiacc facem coronae, Collucet polus ignibus, nihilque Obscure patitur licere noeti. 90 Fugit pigra Quies; inersque Somnus Hsc cernens, alias adivit urbes. Quis spectacula, quis jocos licentes, Quis convivia, quis dapes inemptas, i: Largi flumina quis.canat Lysei ? 95 70 chérieserontlà, et tant que le Capitole, rendu à l'u- nivers par tes soins , subsistera inébranlable. LIVRE DEUXIÉME. A ATEDIUS MBLIOR. Cher Mélior, vous dont les jugements littérai - res sont empreints de ce bon goüt et de cette po- litesse exquiserépandue sur toute votre vie, telle est notre intimité qui m'est si douce, et la nature des opuseules que je vous adresse, que tout ce second livre pourrait vous étre offert sans épitre et sans préambule. Le premier nom qu'il pré- sente est celui de notre Glaucias , dont l'enfance, ornée des gráces que le sort prétele plus souvent à ses vietimes, voyait mon amour s'unirau vótre pour l'embrasser : vous venez dele perdre, et la blessure était encore vive, vous lesavez, lorsque jimprovisai ee chant funébre avee une précipi- tation qui n'a pu trouver d'exeuse que dans votre désespoir: aussi je ne m'en prévaux point devant vous, qui étes dans le secret. Mais j'en avertis fe publie, de peur qu'on ne soumette à une lime trop mordante une piece écrite dans le trouble des idées et faite pour la douleur, car les eonsolations tardives sont presque toujours vaines. La villa Surrentina de mon ami Pollius eüt mérité ensuite plus de soin de ma part, ne füt-ce que par res- Jamjam deficio, tuoque Baccho In serum trahor ebrius soporem. Quos ibit procul hic dies per annos! Quam nullo sacer exolescet sevo ! Dum montes Latii, paterque Tybris , Dum stabit tua Roma, dumque terris Quod reddis Capitolium manebit. 100 PAPINII STATII SILVARUM LIBER SECUNDUS. AD MELIOREM ATEDIUM. Et familiaritas nostra, qua gatideo, Melior vir optime , nec minus in judicio litterarum , quam in ommi vit:e colore tersissime, et ipsa opusculorum que tibi trado conditio sic posita est, ut totus hic alter liber meus etiam sine epistola exspectetur. Primum enim habet Glauciam no- strum , cujus gratissimam infantiam , et qualem plerumque infelices sortiuntur, apud te complexus amabam. Jam vero tibi hujus amissi recens vulnus (uf scis) epicedio prosecutus sum , adeo festinanter, ut excusandam habue- rim affectibus tuis celeritatem. Nec nunc eam apud te jacto, qui nosti, sed et ceteris indico; ne quis asperiore lima carmen examinet, et a confuso scriptum , et dolenti datum, quum pene supervacua sint tarda solatia. Pollii mei villa Surrentina quà sequitur, debuit a me vel in honorem eloquentiwe ejus diligentius dici : sed amicus LIV. IL, SILVE II. - gb un Dieu s'oppose à la rage des flots. Comme la mer est calme! Les flots fatigués déposent iei leur fureur, et l'Auster si violent n'a plus qu'une moite haleine. La tempéte a moins de fougue,- moins d'audace : rien n'agite ce bassin, paisible image des moeurs douees de son maitre. Un portique s'étend de là pour gravir obliquement les hau- teurs (portique immense, ouvrage d'un peuple), et sa longue avenue s'éléve comme un trophée sur les rochers domptés. Voilà cette route ápre et sauvage oü le soleil dardait à travers un nuage de poussiére; maintenant on s'y proméne avec vo- lupté. Ainsi de Léchéum, plein des souvenirs d'Ino, régne une avenue couverte, jusqu'à la cime oü s'éléve Éphyre, la ville de Baeehus. Non , le Parnasse düt-il me prodiguer tous ses fleuves, et Pimpla me désaltérer jusqu'à m'eni- vrer, et quand un coup de pied du cheval aérien ferait jaillir une plus large fontaine , quand Phé- monoé trahirait le secret de ses sources pudiques, ou me livrerait celles que plus d'une fois, sous les auspices d'Apollon, troubla l'urne profonde de mon eher Pollius ; non, je ne pourrais égaler la variété de mes aecords à la variété de ces points de vue et de ces beautés sans nombre : mes yeux suffirent à peine pour. en mesurer l'ensemble; à peine mes pieds suffirent pour en visiter les dé- tails. Quelle foule d'objets! Dois-je admirer d'a- bord le earactére du site ou le génie du maitre? Ce pavillon regarde l'Orient et les premiers rayons de Phébus rajeuni ; l'autre, au. déelin de l'astre, veut eneore le retenir, et s'obstine à garder ses feux aprés l'heure éeoulée, quand le jour meurt, quand déjàl'ombre des montagnes s'étend comme un voile sur le sein des mers, et que les édifiees semblent nager dans le eristal humide. Cette Inde per obliquas erepit porticus arces, 30 Urbis opus; longoque domat saxa aspera dorso. Qua prius obscuro permixti pulvere soles , Et feritas inamoena viz, nunc ire voluptas : Qualis, si subeas Ephyres Baccheiados altum Culmen, ab Inoo fert semita tecta Lechoeo. 35 Non, mihi si cunctos Helicon indulgeat amnes, Kt superet Pimplea sitim , largeque volantis Ungula se det equi, reseretque arcana pudicos Phormonoé fontes , vel quos meus, auspice Phoebo, Altius immersa turbavit Pollius urna; 40 Innumeras valeam species , cultusque locorum Pieriis 3equare modis. Vix ordine longo Suffecere oculi, vix, dum per singula ducor, Suffecere gradus. Qux rerum turba! locine Ingenium , an domini mirer prius? heec domus ortus — 45 Prospicit, et Phoebi tenerum jubar ; illa cadentem Detinet, exaetamque negat dimittere lucem, Quum jam fessa dies , et in eequora montis opaci Umbra cadit, vitreoque natant proctoria ponto. Hoc pelagi clamore fremunt; heec teeta senoros 50 Tgnorant fidctus , terreque silentia malunt. maison retentit des elameurs de l'onde, cette autre ignore le fraeas des vagues, et préfére le silenee de la terre. Ieila nature s'est montrée favorable; là, vain- eue par la eulture, elle a eédé pour se plier doci- lement à des habitudes nouvelles. Une montagne était iei oü tu vois la plaine; les repaires des bétes- sauvages ont été remplacés par le toit qui te cou- vre, et ces lieux hérissés de hautes foréts n'é. taient pas méme revétus d'une couche de terre. - Le possesseur a triomphé ; et tandis qu'il dompte les rochers et les. faconne, la végétation s'avance sur ses traces et lui sourit. Maintenant, regarde ces roes qui apprennent à porter le joug et se ereu- sent en maisons, et ces montagnes qui reculent à la voix de l'homme : ah! que les doigts du ehantre de Méthymne, et la lyre thébaine, et le glorieux luth de la Thrace, s'humilient devant tes miracles. Et toi aussi, tu fais mouvoir les ro- chers, et les altiéres foréts suivent tes pas. Dirai-je les antiques figures en cire ou en ai- rain; ces toiles que le pinceau d'Apelle animait avee amour, et ces ouvrages qui, antérieurs au chef-d'ceuvre dont Pise est dépositaire , ont reeu néanmoins un admirable poli des mains de Phi- dias? Faut-il citer les statues, filles de l'art de Myron, les marbres qui respirérent par l'ordre supréme et sous l'astre de Polyeléte, et ces bron- zes sortis plus précieux que l'or des cendres de Corinthe, et ces images des héros, des poétes et des sages de l'antiquité, nobles modéles que tu prends à eceur de suivre, que tu apprécies dans toute la plénitude d'une áme sans trouble , calme et reposée au sein de la vertu, et toujours à soi? Déroulerai-je les sites pittoresques et les mille points de vue? Pas un qui n'ait son agrément : cha- His favit Natura locis : hic victa, colenti Cessit , et ignotos docilis mansuevit in usus. Mons erat hic, ubi plana vides : hzc lustra fuerunt, Quae nunc tecta subis : ubi nunc nemora ardua cernis, 55 Hic nec terra fuit : domuit possessor, et illum Formantem rupes , expugnantemque secuta Gaudet humus. Nunc cerne jugum discentia saxa, Intrantesque domos , jussumque recedere montem. Jam Methymn:ei vatis manus, et chelys una 60 TThebais , et Getici cedat tibi gloria pleetri. Et tu saxa moves , et fe nemora alta sequuntur. Quid referam veteres cerzeque erisque figuras? Si quid Apellei gaudent animasse colores ; Si quid adhue vacua tamen admirabile Pisa ; 65 Phidiacae rasere manus : quod ab arte Myronis , Aut Polycletzeo jussum est quod vivere ccelo; ZEraque ab Isthmiacis auro potiora favillis; Ora ducum, et vatum, sapientumque ora priorum, Quos tibi cura sequi, quos toto pectore sentis. Expers turbarum , atque animum virtute quiefa Compositus , semperque tuus. Quid mille revolvam Culmina, visendique vices? sua cuique volupías, 26 cune des ebambres a son cóté de la mer, ehaque fenétre donne sur une terre qu'on découvre au delà des flots. L'une regarde Inarimé, l'autre commande aux roes de Prochyta. Ici se montre l'écuyer du grand Hector ; Jà, entourée d'une cein- turede vagues, Nésis respire une vapeur maligne; plus loin, Euplée sourit au navigateur avec son nom d'heureux augure, et Mégalie présente ses flanes à la mer qui les bat des deux eótés; et Li- mon , jaloux de la rive ou repose son maitre, Li- mon se dépite en regardant de loin ta villa de Surrente. Mais, de toutes les chambres, il en est une qui domine plus loin; c'est celle qui mon- tre en droite ligne Parthénope, à l'autre bord. Là brillent les marbres détaehés des profondes carriéres de la Gréce; celui que Syene, la ville orientale, a marqué de ses belles veines ; celui que dans la triste Synnade les haches phrygiennes ont tiré des ehamps de Cybéle en deuil, et ou l'on voit serpenter des lignes de pourpre sur un fond tout éclatant de blaneheur : celui qui fut coupé dans le mont de Lyeurgue, dont laroehe verdoyante imite le tendre gazon; ee sont encore les marbres jau- nissants des Nomades ; e'est Thasos , Chio et Ca- ryste, qui rivalise avec les flots. Toutes ces mer- veilles sont tournées versles murs de la ville chal- cidienne. Ah! Pollius, continue d'aimer, continue de fréquenter ces belles campagnes ; et que Diear- ché, ta patrie, n'en soit point jalouse : nos murs posséderont à meilleur titre leur savant éléve. Di- 'ai-je maintenant les richesses de la culture , et les moissons suspendues sur la plaine liquide, et ees roches humectées du nectar de Baechus? Plus Alque omni proprium thalamo mare : transque jacentem Nerea diversis servit sua terra fenestris. 75 Hxec videt Inarimen, illi Prochyta aspera paret : Armiger hine magni patet Hectoris : inde malignum Aera respirat pelago circumflua Nesis : Inde vagis omen felix Euploea carinis , Qu:eque ferit curvos exerta Megalia fluctus. 80 Angitur et domino contra recubante procul qui Surrentina tuus spectat preetoria Limon. Ante tamen cunctas procul eminet una diaetas Qu:e tibi Parthenopen directo limite pouti Ingerit. Hic Graiis penitus desecta metallis 85 Saxa : quod Eoz respergit vena Syenes : Synnade quod moesta Phrygie fodere secures Per Cybeles lugentis agros , ubi marmore picto Candida purpureo distinguitur area gyro. Hic et Amyclaei ezesum de monte Lycurgi 90 Quod viret; et molles imitatur rupibus herbas. Hic Nomadum lucent flaventia saxa, Thasosque, Et Chios, ét gaudens fluctu certare Carystos. Omnia Chalcidicas turres obversa salutant. Macte animo, quod Graia probas, quod Graia frequentas 95 Arva , nec invideant quee te genuere Dicarchi Moenia : nos docto melius potiemur alumno. Quid nunc ruris opes, pontoque novalia dicam injecta, et madidas Bacchoeo nectare rupes? :Et Satyri cecidere vadis, nudamque per undas S'TACE. d'une fois, pendant l'automne, quand le pere dela treille se eolore des feux de la jeunesse, gravis- sant les rochers et voilée par l'ombre de la nuit, Ja Néréide a essuyé avee le pampre jauni ses hu- mides paupiéres, et ravi aux collines de doux raisins. Plus d'une fois la vendangea vu l'onde voisine jaillir sur elle ; souvent méme les Satyres sont tombés dans la mer, et les Pans des monta- gnes ont brülé de saisir à travers les flots Doris qui s'était montrée sans voile. Heureuse terre! égale pour tes deux maitres les années de leur bonheur à celles des vieillards de Myedonie et de Pylos. Ne ehange pas ton no- ble esclavage ; ne te laisse pas vainere en magni- ficence par le palais de Tirynthe ou la baie de Di- earché. Puissent tes coteaux obtenir plus sou- vent les suffrages que les riants vignobles du Galése ! Là, soit que Pollius interroge les astres , soit qu'il médite les lecons du sage de Gargette, soit. qu'il saisisse notre !lyre avec transport ou qu'il enehaine des vers inégaux, soit qu'il lance la me- naee armée de l'iambe vengeur, la légére Siréne écoute des chants plus doux que les siens ; elle ae- eourt de ses rochers, et Pallas inclinantson aigrette suit la cadence de tes vers. Alors les aquilons fürieux se ealment et la mer docile n'ose murmu- rer : sortant de l'abime etattirés par tes savants aceords, les dauphins earessants passent et repas- sent auprés du rivage. Vis long-temps, ó Pollius, plus opulent que Midas, plus riche que Crésus avee son or; ta féli- eité s'éléve au-dessus des diadémes de Pergame Spe per autumnum, jam pubescente Lyco, Conscendit scopulos , noctisque occulta sub umhra Palmite maturo rorantia lumina tersit Nereis, et dulces rapuit de collibus uvas. Sepe et vicino sparsa est vindemia fluctu ; 100 105 Dorida montani cupierunt prendere Panes. Sis felix, tellus, dominis ambobus in annos Mygdonii, Pyliique senis ; nec nobile mutes Servitium; nec te cultu Tirynthia vincat Aula, Dicarcheique sinus : nec saepius istis Blanda Therapneei placeant vineta Galesi. Hic seu siderias exercet Pollius artes , Seu volvit monitus, quos dat Gargettius auctor, Seu nostram quatit ille chelyn , seu dissona nectit. - Carmina, sive minax ultorem stringit iambon; Hinc levis e scopulis meliora ad carmina Siren Advolat; hine motis audit Tritonia cristis. 'Tunc rabidi ponunt flatus , maria ipsa vetantur 110 115 . Obstrepere : emergunt pelago , doctamque trahuntur Ad chelyn, et blandi scopulis delphines aderrant. 122 Vive, Mid: gazis et Lydo ditior auro , TTroiea et Euphrateea super diademata felix : Quem non ambigui fasces , non mobile vulgus Non leges, non castra tenent : qui pectore magno LIV. IT, SILVE III. : 27 et de l'Euphrate. Ni les faiseeaux douteux , ni le peuple mobile, nile barreau, ni les camps, ne eaptivent ta pensée. Mais ton. grand cceur sait dompter la crainte , trop haut placé pour que le vice l'atteigne; et, affranehi des arréts du sort, tu méprises la Fortune, indignée de son impuissance. L'heure suprémene te surprendra point au milieu du tourbillon des affaires, mais tout prét à par- tir et plein de jours. Pour nous, troupe vulgaire, esclaves des biens périssables et toujours préts à désirer, nous dispersons notre vie d'aventures en aventures; toi, des sublimes hauteurs de ton áme; tu repardes en pitié notre course errante et ES te ris des joies humaines. It fut un temps oü , partagé entre fs sutfiages de deux contrées , tu courais d'une ville à l'autre monté sur un ibat superbe ; entouré de respect à Pouzzol, tute voyais adopté par ma patrie, et ; inaeuifique envers l'une et l'autre, brülant des feux de la jeunesse, tu mettais tout ton orgueil dans les écarts de ta lyre; maintenant le pres- tige est évanoui , la vérité brille à tes yeux. Que d'autres abandonnent encore leur naeelle à une mer eaprieieuse; la tienne à rencontré un asile sür et un doux repos; elle est entrée au port sans aueune atteinte : qu'elle y reste, et puisque sa eourse est achevée, ne la rejette pas au milieu de nos tourmentes. Vivezsans inquiétude, vous qui avez associé pendant longtemps les flammes d'un mutuel amour, vous qui gardezaujourd'hui les saintes lois d'une ehaste amitié; traversez les années et les siécles, laissant derriere vous Ja gloire des vieux &ges. Et toi, la plus belle des matrones latines, Spemque metumque domas, vitio subiimior omni, ^ 125 Exemptus fatis, indignantemque refellens Fortunam : dubium quem non in turbine rerum Deprendet suprema dies ; sed abire paratum, Ac plenum vita. Nos, vilis turba, caducis Deservire bonis, semperque optare parati , 130 Spargimur in casus : celsa tu mentis ab arce Despicis errantes , humanaque gaudia rides. ''empus erat, quum te gemin:e suffragia terree Diriperent, celsusque duas veherere per urbes: inde Dicarcheis multum venerande colonis , Hinc ascite meis; pariterque his largus, et illis , Ac juvenile calens, plectrique errore superbus. At nunc discussa rerum caligine, verum ASpicis : illo alii rursus jactentur in alto ; At tua securos. portus, blandamque quietem Intravit non-quassa ratis. Sic perge; nec unquam Emeritam in nostras puppem dimitte procellas. Vivite securi, quorum de pectore mixte In longum coiere faces, sanctusque pudicae Servat amicitiae leges amor.-Ite: per annos [4€ Smculaque, et prisece titulos preecedite famae. 'Tuque, nurus inter longe puleherrima , eujus Non frontem vertere minz, sed candida semper 135 140 w^ [2331 toi dont la menace n'altére point les traits, mais dont le front respire une joie eandide, avec une volupté pure et sans mélange, tu n'étouffes pas la riehesse à l'éeart sous uu misérable coffre, et les pénibles soucis de l'usure ne tourmentent pointton áme. Mais tu exposesta fortune au grand jour, et tu sais l'art d'en jouir avee mesure. Jamais deux eceurs ne s'unirent sous un Dieu plus pro- pice; jamais la eoneorde ne trouva des ámes mieux assorties. ——— SILVE TL. r 'ARBRE p' ATÉDIUS MÉLIOR. Un arbre s'éléve, qui ombragele lactransparent de l'aimable Mélior et étend sur les eaux son immense verdure : puis son trone noueux et eourbé vers le pied se redresse, et, portant dans les airs sà eime élaneée, il semble naitre pour la se- conde fois du sein de l'onde, et tenir à son ber- eeau decristal par de mystérieuses racines. Invoquerai-je Apollon pour cet humble sujet? Vous, Naiades, inspirez-moi ; et vous, Faunes com- plaisants, venez ,ilsuffit, venez dieter mes vers. Un essaim denymphes légéres fuyait les poursui- tes du dieu Pan : celui-ei fait mine d'en vouloir à toutes, mais il n'en veut qu'à Pholoé. Pholoé, à travers les foréts et les fleuves, évite tantót ses pieds velus, tantót ses cornes menaeantes. Déjà ellea franchi les bois guerriers de Janus , les noi- res campagnes de Cacus , et, dans sa fuite effleu- rant les plaines Quirinales, elle touche aux abris du Célius. Là, vaineue enfin par la fatigue, épui- Gaudia, et in vultu curarum ignara voluptas : Non tibi sepositas infelix strangulat arca Divitias, avidique animum dispendia torquent Foenoris : expositi census, et docta fruendi Temperies. Non ulla Deo meliore coherent Pectora, non alias decuit Concordia mentes. 1350 CARMEN Il. ARBOR ATEDII MELIORIS. Stat, qua perspicuas nitidi Melioris opacat Arboraquas, complexa lacus : ea robore'ab imo Curvata , enodis redit inde, cacumine recto Ardua; ceu mediis iterum nascatur ab undis , Atque habitet vitreum tacitis radicibus amnem. 2 ' Quid Phosbum tam parva rogem? vos dicite causas — - Naides, et faciles (satis est) date-carmina Fauni. Nympharum tenerse fugiebant Pana catervae: - llle quidem it , cunctas tanquam velit; it tamen unam. In Pholoen : silvis hiec fluminibusque sequentis — — 19 Nunc hirtosgrezsus, nunc improba cornua vitat. Jamque et belligerum Jani nemus , atraque Caci Rura, Quirinalesque fuga suspensa per agros 28 sée par la frayeur, aux lieux oü s éléve aujour- d'hui la demeure hospitaliére du bon Mélior, elle rassemble les plis flottants de sa robe, et se repose sur le frais gazon de la rive. Pan la suit comme l'éelair, il la voit d'avance entre ses bras; . déjà sa poitrine haletante de désir s'enfle et s'a- baisse tour à tour ; déjà il menace sa proie , iLest sur elle. Mais voiei Diane qui arrive à pas pré- eipités : elle parcourait alors ses sept eollines , et suivait les traces d'une biche de l'Aventin. La Déesse à cette vue gémit, et se tournant vers ses fidéles compagnes : « Quoi done, S'éerie-t-elle , jen'arréterai pointles rapines de cette race hideuse et lascive? et je verrai chaque jour s'éclaicir le choeur saeré des vierges qui m'entourent? » Ce disant, elletire deson earquois une courte flóche, et, sans courber l'are ou faire siffler la corde , on dit qu'elle lanea le trait d'une seule main. Le trait va frapper la Naiade, et trouble un sommeil funeste. Elle se léve; ellea vu la Déesse, la Déesse et l'audacieux; et sans détacher un de ses vé- tements, de peur de découvrir ses appas, elle s'est élancée dans la fontaine; et danslIa fontaine méme, se croyant encore poursuivie, elle a dis- paru caehée sous les roseaux. Que fera le brigand aprés cette déception si brusque? Il n'osese confier à ces eaux profondes; son poil lui rappelle sa nature de boue, et il sait que de sa vie il ne fut habile nageur. Tout pro- voque ses malédietions, et Diane si barbare, et l'onde jalouse, et le trait jaloux. Il apereoit un jeune platane, qui promet d'avoir de profondes racines , des bras sans nombre et un front voisin Corlica tecta subit : tum demum victa labore, Fessa metu, qua nunc placidi Melioris aperti Stant sine fraude lares, fluidos collegit omictus Arctius, et nives posuit se margine ripae. Insequitur velox pecorum Deus , et sua credens Connubia, ardenti jamjam suspiria librat Pectore, jam praedae levis imminet. Ecce citatos Advertit Diana gradus, dum per juga septem Errat, Aventinsque legit vestigia cervze. Penituit vidisse Deam ; conversaque fidas Ad comites : « Nunquamne avidis arcebo rapinis Hoc petulans , fjedumque pecus? semperne pudici Decrescet mihi turba chori? » Sic deinde locuta Depromit pharetra telum breve, quod neque flexis Cornibus, auf solito torquet Stridore; sed una Emisit contenta manu, levumque soporem Naidos aversa fertur tetigisse sagitta. Illa Deam pariter surgens hostemque protervum Vidit, et in fontem, niveos ne panderet artus Sicut erat cum veste , ruit ; stagnisque sub altis , Pana sequi credens, ima latus implicat alga. Quid faceret subito deceptus przedo? nec altis Credere corpus aquis hirtze sibi conscius audet Pellis, et à tenero nandi rudis; omnia questus , iimmitem Brimo, stagna invida, et invida tela : 20 25 30 — à STACE, : des cieux. Le Dieu le dépose à l'endroit méme, lentoure d'une terre féconde, le baigne de ces eaux précieuses, et lui parle ainsi : « Vis longtemps, ó mémorable gage de ma flamme, arbre chéri! et cette nymphe pour moi si dure, aime-la toi du moins, penché vers son asile; mais couvre l'onde, étouffe-la dans ton feuil- lage; elle est digne de tous maux. Toutefois , je ten eonjure, défends-la des feux brülants du so- leil et des rudes atteintes de la gréle. Seulement n'oublie pas d'y semer tes feuilles pour en troubler la surfaee. Alors je penserai longtemps à toi, à la maitresse de ces aimables lieux ; je vous pro- tégerai l'unet l'autre jusqu'au sein d'une paisible vieillesse. E'arbre d' Apollon, celui de J upiter, le peuplier aux nuances mobiles, et jusqu'au pin .dont la verdure est à moi, tous envieront tes ra- meaux. » II dit : l'arbre, animé des feux qui dévoraient le Dieu, penche obliquement son trone vers la source féconde ;il s'incline, etson amoureux feuil- lagesemble épier quelque chose au fond de l'eau. Méme il espére les baisers; mais l'haleine des ondes le repousse et l'empéche d'atteindre la sur- face. Enfin, par un dernier effort , il s'éléve, il se balance dans les airs, et, par une surprise ingé- nieuse prolongeant une tige droite et unie; ila l'air de plonger au fond dulae par des racines nou- velles. Déjà méme la Naiade ne le hait plus tant; elle rappelle vers son lit humide ces rameaux qu'elle avait éeartés. Voilà le présent que nous te destinons au jour de ta naissance ; présent modeste , mais qui vivra Primavam visu plalanum , cui longa propago Innumeraeque manus, ef iturus in zethera vertex , Deposuit juxta , vivamque aggessit arenam »: Optatisque aspergit aquis, et talia mandat : « Vive diu, nostri pignus memorabile voti ; Arbor; et heec durz latebrosa cubilia nymphae Tu saltem declinis ama, et preme frondibus undam. Illa quidem meruit; sed ne, precor, igne superno ZEstuet, aut dura feriatur grandine ; tantum Spargere tu laticem, et foliis turbare memento. Tunc ego teque diu recolam;, dominamque benignae Sedis , et illzesa tutabor utramque senecta. Et Jovis, et Phoebi frondes , et discolor umbra 40 45 50 Populus, et nostra stupeant tua germina pinus. » Sic ait. Illa Dei veteres imitata calores s Überibus stagnis obliquo pendula trunco Incubat , atque umbris scrutatur amantibus undas. Sperat et amplexus; sed aquarum Spiritus arcet , Nec patitur tactus. Tandem eluctata sub auras Libratur fundo , rursusque enode cacumen Ingeniosa levat, veluti descendat in imog Stirpe lacus alia. Jam nec Phoebeia Nais Odit, et exclusos invitat gurgite ramos, Hec tibi, parva quidem, genitali luce paramus Dona, sed ingenti forsan victara sub zvo : -55 60 LIV. Il, peut-étre dans la longue suite des áges. Toi dont l'áàme paisible est le sanetuaire de la dignité sans morgue, de la vertu riante et toujours grave; toi chez qui le repos n'est pas de l'indolence, le: pouvoir de la tyrannie, l'espéranee un eriminel désir, mais qui, gardant un juste milieu, sais trou- ver plaisir et vertu par la mémeroute ; toi dont la parole fut toujours saerée, dont le ealme est inaltérable; qui, dans la retraite, vis comme au grand jour, et ordonnes si bien tes heures, sa- chant mépriser l'opulence sans effort et néan- moins lui faire honneur, lui donner un nouvel éclat, ah! puisses-tu longtemps, jeune d'esprit et de ccur, égaler tes florissantes années à celles des vieillards de Troie, et dépasser le nombre des jours que tes parents emportérent dans l' Ély- sée! Cette gráce , ils l'ont arraehée pour toi aux inexorables scurs, et tu la devras encore aux priéres du magnanime Blésus, dont la gloire, ra- jeunie par tes soins, grandit à jamais , sauvée de l'oubli des sieeles. ——— SILVE IV. LE PERROQUET D'ATÉDIUS MÉLIOR. Perroquet, roi desoiseaux, toi dont la voix ha- bile ravissait ton maitre, adroit imitateur de la voix humaine, quel malheur a sitót fait tarir ton intarissable babil, Óó perroquet? Hier, pauvre vie- time du sort, tu partageais nos repas avant de mourir, et, commensal partout fété, nous te voyions errer de l'un à l'autre pendant plus de la moitié de la nuit. Méme tu nous as rendu paroles j Tu, cujus placido posuere in pectore sedem 64 Rlandus Honos, hilarisque (tamen cum pondere) Virtus Cui nec pigra quies, nec iniqua potentia, nec spes Improba; sed medius per honesta, et dulcia limes : Incorrupte fidem , nullosque experte tumultus , Et secrete palam : qui digeris ordine vitam ; Idem auri facilis contemptor et optimus idem 70 Comere divitias , opibusque immittere lucem. Hac longum florens animi morumque juventa , Iliacos aequare senes, et vincere persta Quos pater Elysio, genitrix quos detulit annos. Hoc illi duras exoravere sorores : 75 Hoc , qui te sub teste, situm fugitura tacentem Ardua magnanimi revirescit gloria Blzesi. -—À— CARMEN IV. PSITTACUS MELIORIS. Psittace, dux volucrum , domini facunda voluptas , Humane solers imitator, Psittace , lingue, Quis tua tam subito proeclusit murmura fato? Hesternas , miserande , dapes. moriturus inisti Nobiscum; et grat? carpentem munera mensa, 5 UT SUREC toris medix plus tempore noctis SILVE IV. | 99 pour paroles, gráce au travail de ta mémoire. Et aujourd'hui l'éternel silence du Léthé, voiià ton partage, harmonieux parleur! Quelle gus ne vante plus la fable de Phaéton; le cygu n'est pas le seul qui eélébre ses fancrtlles Mais qu'elle était brillante ta demeure! qu'elle était belle avee son écaille, avee ses treillages d'argent que l'ivoire enchássait, et les portes qui rendaient sous ton bec un son brüyaut, ees por- tes qui maintenant gémissent d'elles-mémes! Elle est veuve, cette heureuse prison, et l'étroite enceinte regrette ta voix moqueuse. . Appelons en fouie les oiseaux savants qui ont recu de la nature le noble don de la parole, et l'oiseaude Phébus, etlesansonnet docile qui grave tout dans sa mémoire , et vous , filles de Piérus, dont les monts d Aonie virent la défaite et la mé- tamorphose; etla perdrix qui redit en les assem- blant les mots qu'on lui répéte, et la sceur in- consolable qui gémit dans les bois de la "Fhraee; apportez tous le tribut de vos plaintes , et -retenez bien ees chants funébres : « II n'est plus ce perroquet , véritable gloire du peuple des airs, ce souverain au vert plumage qui régnait aux contrées de l'aurore. Celui que n'effaeait en beauténi le favoride Junon avec sa queue de saphirs, ni l'oiseau des bords glaeés du Phase , ni ceux qui, au retour de l'humide Aus- ter, deviennent la proie du Maure! « Il n'est plus celui qui saluait les princes, qui disait le nom de César, et fut jadis l'organe de l'amitié plaintive! naguére, agréable, convive, il saisissait les mots donnés et les répétait avee une souplesse incomparable. Quand il était prés Vidimus : affatus eliam meditataque verba Reddideras ; at nunc seterna silentia Lethes Ille canorus habes. Cedat Phaétontia vulgi Fabula ; nec soli celebrant sua funera cycni. iU At tibi quanta domus rutila testudine fulgens, Connexusque ebori virgarum argenteus ordo, Argutumque tuo stridentia limina cornu ! En querul& jam sponte fores! vacat ille beatus Carcer, et angusti nusquam convicia tecti. 15 Huc docte stipentur aves , quis nobile fandi Jus Natura dedit : plangat Phosbeius ales; Auditasque memor penitus demittere voces Sturnus, et Aonio versa certamine pica ; Quique Wu jungens iterata vocabula perdix ; 20 Et quc Bistonio queritur soror orba cubili ; Ferte simul gemitus, cognataque ducite flammis Funera, et hoc cuncioe miserandum addiscite carmen : « Occidit aerice celeberrima gloria gentis Psittacus , ille plage viridis regnator Eoc ; 25 Quem non gemmata volucris Junonia cauda Vinceret, aspectu gelidi non Phasidis ales, Nec quas humenti Numidae rapuere sub Ausíro. Ille salutator regum , nomenque locutus Csasareum , et quernli quondam viee functus amici : —.30 30 : STACE. de toi,la eage ouverte, tu n'étais jamais seul, cher Mélior. Mais il n'est pas descendu sans gloire ehez les ombres : 'amomum d'Assyrie se méleà ses cendres; son léger plumage ex hale les parfums de l'Arabie et ceux du safran de Sicile ; et jamais le phénix, las d'une vieillesse languissante, n'ex- pira plus magnifiquement dans les flammes em- baumées. » — áuဗM— SILVE V. LE LION APPRIVOISÉ. Quete revient-il d'avoir enfin plié à la douceur ton instinct eolére? que te revient-il d'avoir dé- sappris le meurtre et l'homicide , et subi patiem- ment le jous d'un maitre qui devait étre sous tes pieds? Toi qui savais quitter, puis regagner librement ta demeure; toi dont la griffe aban- donnait d'elle-méme la proie déjà saisie, et dont la gueule complaisante laissait En S sans morsure la main qui s'y plongeait, ah!que t'en re- vient-il ? 'Tu meurs, habile exterminateur des monstres des foréts; tu meurs, et ee n'est point sous la foule des chasseurs Massyliens, traqué par eux et enlacé dans leurs toiles. Si du moins t'élan- cant d'un bond terrible au delà des épieux , tu t'y étais brisé, ou si l'ouverture d'une fosse per- fide t'avait englouti! mais non, tu meurs, et un fugitif a l'honneur de ta dónite. Ta cage devenue veuve reste ouverte; et bien qu 'énfermés de toutes parts dans leurs loges, ta eatastrophe a jeté Nunc conviva levis , monstrataque reddere verba Tam facilis : quo tu , Melior dilecte, recluso, Nunquam solus eras : at non inglorius umbris Mittitur : Assyrio cineres adolentur amomo , Et tenues Arabum respirant gramina plume , 35 Sicaniosque crocos : senio nec fessus iner tà Scandit odoratos pude felicior ignes. » CABMEN Y. LEO MANSUETUS IMP. Quid tibi constrata mansuescere profuit ira ? Quid scelus, humanasque animo dediscere ezedes , Imperiumque pati, et domino parere minori ? Quid , quod abire domo, rursusque in claustra reverti Suetus, et a capfa jam sponte recedere praeda, 5 Insertasque manus laxo dimittere morsu ? Occidis, altarum vastator sseve ferarum, Non grege Massylo , curvaque indagine clausus; Non formidato supra venabula saltu Incitus , aut caeco fovece deceptus hiatu , 10 Sed victus fugiente fera; stat cardine aperto Infelix cavea, et clausis cireum undique portis , Hoc licuisse nefas pavidi timuere leones. dans l'effroi les lions stupéfaits. Tous alors ont baissé la eriniére, et la honte de voir emporter tes restes a fait descendre sur leurs yeux toutes les ri- des de leurs fronts. Toutefois cette humiliation nouvelle ne t'a pas éerasé sous le eoup : le cou- rage t'est resté dans ta chute, et ta fierté mourante a fait effort pour revivre; tu n'as pas à l'instant replié toutes tes menaces. Tel un soldat qui sent sa blessure profonde brave la mort et marche à l'ennemi ; sa main se leve, et le fer qui tombe me- nace encore; tel ee lion au pas appesanti, cette majesté deno soutient son regard ferme, et réclame, la gueule béante, la vie et un ennemi. Mais, "dons ce trépas soudain, de grandes con- solations ont suivi ta défaite; le peuple et le sé- nat, tristes, semblaient regretter la ehute d'un gla- diateur fameux , et ils ont gémi sur l'aréne funé- bre. Et César lui-méme, qui voitavee indifférence les milliers d'animaux que la Seythie, l'Afrique, les bords du Rhin et les peuples du Phare en- voient mourir ici, le grand César a eu des pleurs dans les yeux à la mort d'un seul lion. SILVE VI. CONSOLATION A FLAVIUS URSUS, SUR LA PERTE D'UN JEUNE FAVORI. Barbares, qui établissez des distinetions danses larmes et des degrés dans la douleur ! Il est affreux pour un pere de livrer aux flammes sa naissante postérité, ses fils (injuste destinée!) qui s'élevaient Tune eunctis cecidere jubze , puduitque relatum Aspicere , et torvas duxere in lumina frontes. 15 At te non primo fusum novus obruit ictu Ille pudor ; mansere animi , virtusque cadenti A media jam morte redit : nec protinus omnes . Terga dedere minae. Sient sibi conscius alti Vulneris, adversum moriens it miles in hostem , — 20 Attollitque manum , et ferro labente minatur : Sic piger ille gradu , solitoque exutus honore Firmat hians oculos animumque, hostemque requirit. Magna tamen subiti tecum solatia leti , Victe, feres, quod te moesti populusque Patresque, — 25 Ceu notus caderes tristi gladiator arena , Ingemuere mori: magni quod Cesaris ora Inter tot Scythieas, Libycasque, et litore Rheni, Et Pharia de gente feras, quas perdere vile est , Unius amissi tetigit jactura leonis. 30 CARMEN VI. CONSOLATIO AD FLAVIUM URSUM, DE AMISSIONE PUERI DELICATI. Swve nimis , laerimis quisquis discrimina ponis, Lugendique modos! Miseram est primo va parenti Pignora, surgentesque (nefas) accendere natos : LIV. II, SILVE VI. aprés lui; il est cruel de pleurer la place, restée vide, d'une épouse dont la mort laisse le lit nup- tial solitaire. Tristes sont aussi les lamentations d'une sceur et les eémissements d'un frére. Mais souvent une blessure plus Iégére est aussi plus ai- gué, plus sensible, et pénétre plus avant que les plus dangereuses plaies. C'est un esclave que tu pleures , Ursus ; oui, car l'aveugle main de la fortune méle ainsi toutes choses , sans connaitre nos cours : mais un eselave sensible , aimant et fidéle, qui n'était pas indigne de ces larmes, et dont la noblesse, bien supérieure à celle des titres, relevait du fond méme de l'áàme. N'é- touffe point tes sanglots, n'en rougis point, láche la bride à ta douleur; et puisque les Dieux s'en font un cruel plaisir, eh bien!tu pleuresun homme ; (hélas! j'attise un brasier) tu pleures un homme tout dévoué, qui ehérissait son esclavage, n'y trou- vait rien de rude, et s'imposait spontanément des devoirs impérieux. Et qui blámerait les larmes tombées sur un tel cercueil? Entendez gémir le Parthe sur un coursier mort dans les batailles ; voyez les Molosses pleurant leurs chiens fideles; voyez des oiseaux méme et le cerf de Virgile ho- norés d'un bücher. Et quand je dis eselave, l'était-il? Je l'ai vu , j'ai remarqué l'indépendance de son áme ; tu étais le seul maitre acceptable à ses yeux : mais il avait trop de fierté du reste, et son noble ecaractére percait déjà sous les traits de l'enfance. Quelle est la femme grecque ou méme la matrone latine qui n'envierait un pareil fils ? Qu'on ne lui com- pare ni le fier Thésée ramené du labyrinthe par le fil et l'ingénieuse tendresse de la Crétoise, ni Durum et deserti , prerepta conjuge, partem Conclamare tori : mcesta et lamenta sororum, 5 Et fratrum gemitus. Arcte tamen, et procul intrat Altius in sensus, majoraque vulnera vincit Plaga minor. Famülum (quoniam rerum omnia caeca Sic miscet Fortuna manu, nec pectora novit) Sed famnlum gemis , Urse, pium : sed amore, fideque i0 Has meritum lacrimas ; cui major stemmate juncto Nobilitas ex mente fuit. Ne comprime fletus, . Ne pudeat : rumpat frenos dolor iste (Deisque . Sitam dura placent), hominem gemis (hei mihi! subdo Ipse faces) hominem , Urse, tuum, cui dulce volenti — 15 Servitium , cui triste nihil ; qui sponte, sibique Imperiosus erat. Quisnam hoec in funera missos Onstiget luctus? gemit inter bella peremptum Parthus equum, fidosque canes flevere Molossi 5 Et volucres habuere rogum , cervusque Maronis. Quid si nec famulus? vidi ipse animosque nofavi Te tantum capientis herum : sed major in ore Spiritus , et tenero manifesti in sanguine mores. Optarent multum: Graiz, euperentque Latinae Sic peperisse nurus. Non talem-Cressa superbum Callida sollicito revocavit Thesea filo : Nec Paris GEbalios talis visurus amores — 20 25 aT le pátre del'Ida, lorsqu'entrainé par l'amour aux bords Ébaliens, il lancait à la mer ses odieux vaisseaux. Ma lyre n'est point menteuse, et n'a- buse pas des priviléges de la poésie. Je l'ai vu, et jele vois encore, plus beau que le fils de Pélée sur la rive oà Thétis, eraignant la guerre, le eaeha parmi les vierges; plus inté- ressant que Troile, lorsque, fuyant autour des murs de l'insensible Apollon, Achille d'un eoup de lance le rendit immobile. Charmant visage, hélas! et qui n'avait point son égal parmi l'élite de la jeunesse et de l'áze mür! tu ne le cédais qu'àton maitre. Sa beauté seule éelipsait la tienne, comme la lune a le pas dans le ciel sur les astres moins brillants , ou comme l'étoile du soir éteint les feux de la nuit. Tu n'avais pas ees gráces ef- féminées , ces gráces molles qui, laissant dans les traitsun eavaetére indéeis , détruisentl'empreinte du sexe. Jeune, tu avais une beauté toute virile, rien d'effronté dans ton regard; et dans tes yeux un feu doux, mais sévére. Tel était Parthénopéus au milieu des armes , quand il venait à quitter son easque. Ta ehevelure était belle dans son dé- sordre et rien n'ombrageait tes joues, ou fleuris- sait à peine un premier duvet. Telle la jeunesse que l'Eurotas éléve sur la rive chere à Léda; tel le héros qui , dans la fleur du jeune áge, prend la route d'Elis, et vient mériter, pour ses pre- miéres années, l'approbation de Jupiter. Avee une áme pudique et ingénue, il avait une- égalité d'humeur charmante et un esprit mür à la fleur de l'áge; il avait tout ee que le poéte imagine. Souvent il reprenait son maitre, qui se -prétait à ses lecons; il Tui prodigait son zéle et Rusticus invisas dejecit in dequora pinus. Non fallo, aut cantus assueta licentia ducit : Vidi, et adhuc video, qualem nec bella caventem Litore virgineo Thetis occultavit Achillem : Nec circum saevi fugientem moenia Pheebi Troilon Z&monice deprendit laneea dextre. Qualis. eras, procul heu! cunctis puerisque virisque Pulchrior, et tantum domino minor! illius unus Ante decor, quantum przecedit clara minores Luna faces , quantumque alios premit Hesperus ignes. Non tibi femineum vultu decus, oraque supra Mollis honos (quales dubice discrimina formo De sexu transire jubent) ; parvoque virilis Gratia, nec petulans acies, blandique severo Tgne oculi (qualis bellis jam casside missa Parthenop:zeus erat); simplexque horrore decoro Crinis, et obsessee nondum, primoque micantes Flore geno. Talem Ledeo gurgite pübem Educat Eurotas; teneri sic integerzevi Elin adit, prinrosque Jovi puer approbat annos. Nam pudor ingenuze mentis, tranquillaque morum Temperies, teneroque animus malurior àevo, - Carmina quae donasse queant? Saepe ille volentem 50 Castigabat herum , studioque altisque juvabat 30 35 40 45 $32 lcs eonseils d'une haute prudence. Tristeou joyeux avec toi, il s'oubliait lui-méme, et sa physionomie n'était qu'un reflet de la tienne. Tendre ami , di- gne d'effacer en gloire |Émonien Pylade.et le dévouement du roi Céerops! Mais donnons à son éloge les bornes preserites par la fortune. Il n'y eut pas plus de fidélité dans l'àme triste d'Eumée, lorsqu'il espérait le tardif retour d'Ülysse. Quel Dieu ou quel hasard a si bien dirigé le trait fatal? Et le destin qui veut nuire a-t-il done la main si assurée? O Ursus, combien tes richesses et ta belle fortune évanouie t'au- raient laissé plus de courage et de force! Soit parmi les débris fumants du Vésuve, à l'aspect de l'incendie vomi de toutes parts sur les riches plaines de Loeres, soit à la vue des flots inon- dant les bois de Pollente, lors méme que ces flots eouvriraient la Lueanie et que le Tibre im- pétueux lancerait vers la droite ses grandes eaux, tu garderais ton front calme, impassible , devant les Dieux; düt a Créte nourrieiére tromper ton espoir et Cyrene te refuser ses moissons ; comme aussi tant de contrées d'ou la fortune revient à toiles mains pleines. Mais l'odieuse Envie, qui est savante en douleurs, connaissait tes affec— tions les plus vitales et les moyens de te frap- per au eceur. Déjà hors du seuil de l'adolescence et tout brillant de jeunesse, il allait joindre. trois années encore à trois lustres d'Elide. La triste Rhamnusie lui jette un regard sombre, et d'abord elle donne plus de rondeur à ses EY muscles, à son cil un éclat nouveau, et à ses traits une expression plus sublime. Hélas! cé- tait un présent de mort. En le voyant, la misé- Consiliis; tecum tristisque, hilarisque, nec unquam Ille suus, vultumque tuo sumebat ab ore : Dignus et Zimonium Pyladen preecedere fama, Cecropiamque fidem ; sed laudum terminus esto , Quem fortuna sinit. Non mente fidelior cegra Speravit tardi reditus Eumeus Ulixi. Quis Deus, aut quisnam tam tristia vulnera casus Eligit? unde manus Fatis tam certa nocendi? O quam divitiis censuque exutus opimo Fortior, Urse , fores! si vel fumante ruina Ructassent dites Vesuvina incendia Locros , Seu Pollentinos mersissent flumina saltus : Seu Lucanus ager, seu Tybridis impetus , altas In dextram torsisset aquas, paterere serena Fronte Deos : sive alma fidem , messesque negasset Cretaque, Cyreneque , et qua tibi cumque beato Larga redit Fortuna sinu : sed gnara dolorum Invidia infelix animi vitalia vidit, L:edendique vias. Vitie modo limine adultze Nectere tendebat juvenum pulcherrimus ille Cum tribus Eleis unam trieterida lustris. Attendit torvo tristis Rhamnusia vultu : AC primum inplevitque toros, oculisque nitorem Addidit, et solito sublimius ora levavit 55 60 70 79 STACE. rable s'est tordue de jalousie; elle embrasse sa vietime , l'enveloppe dans les filets du trépas, er porte impitoyablement ses ongles de harpie su : cette beauté sacrée. A peine, vers la cinquieme heure, l'Aurore attelait ses eoursiers humides de rosée; déjà tu voyais, aimable Philéte, l'infernal rivage du cruel vieillard et l'impitoyable Aché- ron. Quels ne furent pas les cris de ton maitre! Non, ta mére au désespoir n'eüt pas meurtri ses bras avee plus de fureur, ni ton pére non plus; età coup sür ton frére, témoin de tes funérailles, a rougi de voir sa douleur surpassée. Mais ton bücher ne fut pas celui d'un esclave : la flamme a épuisé les parfums de Saba, les moissons de la Cilicie, le cinname que n'avait point eonsumé l'oiseau du Phare, et les sues exprimés des plan- - tes dAssyrie, et les pleurs de ton maitre! C'est Jà l'unique rosée que boivent tes cendres; le bü- - eher s'en abreuve avidement, et nile vin de Sétia éteignant tes restes enflammés, ni l'onyx poli ren- fermant tes os , rien n'a flatté ton ombre malheu- reuse autant que ses soupirs. C'est son amour que tu lui demandes. Pourquoi, mon cher Ursus, ne pas faire face à la douleur? Pourquoi nourris- tu le sentiment deta perte? Pourquoi ton eceur aigri chérit-il sa blessure? Qu'as-tu fait de cette éloquenee si eonnue des aecusés arrachés à leur ruine? Veux-tu par un deuil si eruel tourmenter cette ombre chérie? Si exeellente que füt son áme et si digne qu'elle füt de tes regrets, tu as ac- quitté ta dette : lui cependant , admis parmi les ámes pieuses, il goüte le repos de l'Elysée, oü peut-étreil a trouvé d'illustres parents ; peut-étre encore le long du Léthé, à travers un doux si- (Heu! misero letale favens) , sesequé videndo Torsit, et invitam Mortem complexa , jacenti Injeeit nexus , carpsitque immitis adunca Ora verenda manu. Quinta vix Phosphorus hora Rorantem sternebat equum, jam litora duri Seva, Philete, senis, dirumque Acheronta videbas , Quo domini clamate sono ! non szvius atros Nigrasset planctu genitrix tibi saeva lacertos , Nec pater : ef certe qui vidit funera frater Erubuit vinci. Sed nec servilis adempto Ignis : odoriferos exhausit flamma Sab:eos Et Cilicum messes , Pharieeque exempta volucri Cinnama, et Assyrio manantes gramine Succos ,. Et domini fletus : hos tantum hausere favillee; Hos bibit usque rogus : nec quod tibi Setia canos Restinxit cineres , gremio nec lubricus ossa Quod vallavit onyx , miseris acceptius umbris Quam gemitus ; sed et ipse juvat. Quid terga dolori, Urse, damus? quid damna foves ; et pectore iniquo Vulnus amas? ubi nota reis facundia raptis? Quid caram erucias tam scvis luctibus umbram? | Eximius licét ille animi , meritusque dolorem; Solvisti ; subit ille pios, carpitque quietem Elysiam , carosque illie fortasse parentes 80 85 90 95 LIV. H, SILVE. VII. - 83 lenee, les Naiades de l'Averne viennent folátrer autour de lui , pendant que Proserpine lui jette un regard furtif. Mets, je t'en supplie, un terme à tes douleurs. Le destin te garde un autre Phi- léte, et c'est peut-étre Philéte qui te le donnera ; il mettra sa joie à former son áme et ses manié- res, et lui donnera des lecons d'amour pour son maitre. ——9e——— SILVE VIL LE JOUR DE NAISSANCE DE LUCAIN. Fétez en foule le jour consacré à Lucain, vous tous qui sur les collines de Vénus Isthmien- ne, le sein palpitant sous l'aiguillon poétique , buvez l'eau que fit jaillir le pied du cheval aé- rien; vous-mémes à qui revient la gloire des chants,toi qui dans l'Areadieinventaslalyre amie de la voix, Évan qui fais tourner les Ménades haletantes, et toi Poean, et vous soeurs du Pinde, renouvelez la pourpre de vos joyeuses bandelet- tes, ornez votre chevelure, et qu'un lierre plus frais.enlaee vos robes blanches. Que les doctes fleuves eoulentà pleins bords! Vertes foréts d'Ao- nie, épaississez votre verdure; et si le jour se glisse eneore à travers ce rideau, que l'ombre des molles guirlandes remplisse l'intervalle. Que cent autels exhalent leurs parfums dans les bois de Thespie, eent autels avee eent vietimes de celles que baigne Dircé et que nourrit le Cithé- Invenit : aut illi per amoena silentia Lethes 100 Forsan Avernales alludunt undique mixtae Naides , obliquoque notat Proserpina vultu. Pone, precor, questus : alium tibi Fata Phileton, Forsan et ipse dabit, moresque habitumque decoris Monstrabit gaudens , similemque docebit amari. 108 CARMEN VII. GENETHLIACON LUCANI. Lucani proprium diem frequentet , Quisquis collibus Isthmise Diones Docto pectora concitatus cestro . Pendentis bibit ungulze liquorem. Ipsi, quos penes est honor canendi, 5 Vocalis citharee repertor Arcas, Et tu Bassaridum rotator Evan, Et Paean, et Hyantiae sorores, Leto purpureas novate vittas : Crinem comite, candidamque vestem 10 Perfundant ederw recentiores. Docti largius evagentur amnes , Et plus Aoniz virete silvze : Et si qua patet, aut diem recepit, Sertis mollibus expleatur umbra. 15 Centum Thespiacis odora lucis Stent altaria, victimeque centum , STACE. » ron! Nous ehantons Lueain; daignez nous sotu- rire, cette féte est la vótre, Muses ; soyez nous fa- vorables; nous honorons celui qui vous rendit un double eulte dans la poésie et dans la prose, le chef saeré du choeur de nos poétes. O terre heureuse et trop heureuse, toi qui vois Hypérion a téte penchée se plonger dans les flots, et qui entends bruire dans l'Océan les roues de son char qui tombe ; toi dont les pressoirs onc- tueux défient la cité de Minerve , la fertile Athé- nes, Bétique, tu peux réclamer Lueain pour un de tes enfants : c'est plus que d'avoir donné Sé- néque au monde avec l'aimable Gallion. Que le Bétis éléve ses ondes jusqu'aux astres, le Bétis plus illustre que le Mélés de la Gréce! Mantoue, erains de provoquer le Bétis. x Dés l'instant de sa naissance, et lorsqu'un doux murmure annoneait les premiers eris de son enfance, Calliope le recut dans ses bras ea- ressants; et pour la premiére fois quittant le deuil depuis la perte d'Orphée , elle fit tréve à ses longues douleurs. « O enfant, dit-elle, enfant consaeré aux Muses, toi qui dépasseras vite les poétes des vieux áges , ce ne sont ni les fleuves , ni les troupeaux de bétes sauvages, ni les armes des Gétes, que tu remueras au son de ta lyre; mais les sept collines, le Tibre de Mars et l'ordre savant des ehevaliers , ainsi que le sénat vétu de pourpre. Que d'autres nous redisent la nuit der- niére d'Ilion , etles voyages d'Ulysse, et son tar- Quas Dirce lavat, aut alit Cithoeron. Lucanum canimus : favete linguis : Vestra est ista dies; favete, Muse, 20 Dum qui vos geininas tulit per artes e? Et vinci:e pede vocis , et solutze, Romani colitur chori sacerdos. Felix heu nimis, et beata tellus, Qu: pronos Hyperionis meatus Summis Oceani vides in undis, Stridoremque rota cadentis audis : Quse Tritonide fertiles Athenas Unctis, Bztica , provocas trapetis ! Lucanum potes imputare terris ; 30 Hoc plus quam Senecam dedisse mundo, Aut dulcem generasse Gallionem. Attollat refluos in astra fontes Graio nobilior Melete Bzetis. Beetin, Mantua, provocare noli. 35 Natum protenus, atque humum per ipsam Primo murmure dulce vagientem Blando Calliope sinu recepit. Tum primum posito remissa luctu Longos Orpheos exuit dolores ;' 40 Et dixit : « Puer o dicate Musis, Longsvos cito transiture vates, Non tu flumina , nec greges ferarum , Nec plectro Geticas movebis ornos; Sed Septem juga , Martiumque T ybrim , 45 t2 ca 34 STACE. dif retour; qu'ils suivent l'orniére battue par les poétes. Toi, eber au Latium et fidéle à la gloirede ta nation, tu revétiras ta muse des máles insi- ones de la toge. Et d'abord les jeux de tes pre- miéres années nous montreront Hector, et les ehars thessaliens, et l'or suppliant du vieux Priam. Tu ouvriras le séjour infernal; tu met- tras sur la scene Néron qui t'a payé d'ingratitude, et mon cher Orphée. Tu diras les flammes errant sur la ville de Rémus, flammes sacriléges d'un maitre impic, et tes vers aimables ajouteront à la vertu de Polla un nouveau lustre et un éclat nouveau. « Bientót prenant avec la jeunesse un plus su- blime essor, tu chanteras d'une voix tonnante les plaines de Philippes blanches d'ossements ro- mains, les guerres de Pharsale, et le chef divin faisant briller la foudre au milieu des armes , et lefils religieux de la liberté, le grave Caton, et la grandeur populaire de Pompée. Tu verseras de pieuses larmes sur le crime de Canope, et tu . honoreras la vietime d'un monument plus su* blime que le phare sanglant. « "Tels seront les chants de ta jeunesse à l'entrée de la vie, avant l'áge oü Virgile eélébra son moucheron. Tu laisseras derriére toi la muse in- culte du fier Ennius et le sublime délire du docte Lueréee, et le poéte qui conduit les Argonautes Et doctos Equites, et eloquente Cantu purpureum trahes Senatum. Nocturnas alii Phrygum ruinas, .Et tarde reducis vias Ulixi, Et puppem temerariam Minerva , 50 'Trita vatibus orbita , sequantur : ». Tu carus Latio, memorque gentis Carmen fortior exeres togatum : Ac primum , teneris adhue in annis, Ludes Hectora , T'hessalosque currus ; 55 Et supplex Priami potentis aurum. 'Tu sedes reserabis inferorum; Ingratus Nero dulcibus theatris Et noster tibi proferetur Orpheus. Dices culminibus Remi vagantes , zc 00 Infandos domini nocentis ignes. Tu castx titulum decusque Poll — . Jucuuda dabis Allocutione. « Mox, ecpta generosior juventa, Albos ossibus Italis Philippos , 65. Et Pharsalica bella detonabis, . Et fulmen ducis inter arma Divi ; Libertate gravem pia Calonem, Et gratum popularitate Magnum. 'Tu Pelusiaci scelus Canopi Deflebis pius ; et Pharo cruenta Pompeio dabis altius sepulcrum. « Haec primo juvenis canes sub evo, Ante annos Culicis Maroniani. €edet Musa rudis ferocis Enni 75 Et docti furor arduus Lucreti , à travers les éeueils, et celui qui nous fait assis- ter aux métamorphoses des premiers corps. J'ose dire plus encore, l'Enéide méme s'inclinera de- vant le poéte qui s'adresse aux fils du Latium. Kt je ne bornerai pas mes faveurs à la gloire des vers; je t'unirai par le flambeau nuptial à une compagne distinguée par son savoir et belle de ses propres talents, telle que la déesse des amours ou Junon pourrait la donner de sa main. A la beauté , la simplicité, la douceur, elle joindra for- tune, noblesse, eráces, décence; et. moi-méme je ferai retentir à vos portes les chants heureux d'hyménée. « O Parques trop eruelles, Parques jalouses! O éelairs de bonheur toujours trop rapides pour les grands hommes! Sommets élevés, pourquoi faut- il que vous soyez plus exposés aux chutes? Par quelle fatalité barbare ee qui est grand n'ar: rivé-t-il pas à la vieillesse? Ainsi le fils du Ju- piter afrieain, aprés avoir foudroyé l'Orient et l'Occident , dort étouffé à Babylone sous un étroit -sépulere; ainsi, percé de la main tremblante de Páris, Achille glaca d'effroi par sa mort le eceur maternel; ainsi, sur les rives murmurantes de l'Hébre, je suivais la téte plaintive de mon Or- phée : ainsi toi-méme, ó rage d'un tyran sacri- lége! tu recevras l'ordre d'aller t'ensevelir sous le Léthé. Et tandis que tu chantes les combats, Et qui per freta ducit Argonautas ; Et qui corpora prima transfigurat. Quin majus loquor ; ipsa te Latinis JEneis venerabitur canentem. 86 Nec solum dabo carniinis nitoreni ; Sed tzedis genialibus dicabo Doctam , atque ingenio suo decoram ; Qualem blanda Venus , daretque Juno ; Forma, simplicitate, comitate , 85 Censu , sanguine, gratia, decore. Et vestros Hymencon ante postes Faustis cantibus ipsa personabo. « O sev nimium, gravesque Parce! O nunquam data festa longa summis ! 90 Cur plus, ardua , casibus patetis? Cur s&va vice magna non senescunt? Sie natum Nasamonii "Tonantis Post ortus obitusque fulminatos Angusto Babylon premit sepulero : 95 Sic fixum Paridis manu trementi Peliden Thetis horruit cadentem : Sic ripis ego murmurantis Hebri Non mutum caput Orpheos sequebar : - Sic et tu (rabidi nefas tyranni!) Jussus precipitem subire Lethen, - Dum pugnas canis, arduaque voce Das solatia grandibus sepuleris ; (O dirum scelus! o scelus!) tacebis. » Sic fata est, leviterque decidentes Abrasit lacrimas nitente plectro. At tu, seu rapidum poli per axem 100 LIV. et que d'une voix solennelle tu donnes des con- solations à d'illustres ombres, Ó crime! ó forfait! on condamnera ta voix au silence! » Elle dit, et sa main légére essuie plus d'une larme avee son brillant archet. Mais toi , l'objet de ses pleurs , soit qu'emporté par le mouvement rapide des cieux , t'élevant sur le char de la Renommée jusqu'oü s'élévent les grandes ámes, tu voies de bien haut la terre et te ries des sépuleres; soit qu'admis pour tes vertus aux bords heureux de l'Elysée, tu jouis- ses de la paix au fond de quelque bois solitaire , entouré des guerriers de Pharsalé, et suivi des Catons et des Pompées qu'attirent tes nobles aecords; soit que ton ombre auguste et. sainte, fiére d'ignorer le Tartare, écoute de loin les fouets vengeurs, et contemple sur l'autre rive Néron aui se fait pále à la vue des torches de sa mére; viens, entouré d'une auréole ; et, à la priére de Polla, demande un seul jour aux divinités des ombres silencieuses. Leurs portes ne sont point inexorables pour l'époux qui rejoint une épouse. Elle n'a pas voulu par des danses inconvenan- tes et par un eulte dérisoire te donner les traits d'une vaine idole : e'est toi qu'elle honore, toi qu'elle vénére sur un autel dressé áu milieu de Son eceur; et ce qui peut la consoler, ce n'est point ton portrait retracé sur l'or imitateur, et qui, brillant à son chevet, protége son paisible sommeil. Fuyez, fuyez, images de mort, voici l'ére d'une vie nouvelle! loin d'ici le deuil lugubre! que ses joues s'humectent désormais de douces Famze curribus arduis levatus ; Qua surgunt anima potentiores , Terras despicis,, et sepulcra rides ; Seu pacis merito nemus reclusae Felix Elysiis tenes in oris, Quo Pharsalica turba congregatur ; Et te nobile carmen insonantem Pompeii comitantur, et Catones : Seu magna sacer et superbus umbra : Nescis Tarfaron, et proeul nocentum Audis verbera , pallidumque visa Matris lampade respicis Neronem; Adsis lucidus ; et, vocante Polla j Unum , quizeso , diem Deos silentum Exores : solet hoc patere limen Ad nuptas redeuntibus maritis. Hxc te non thiasis procax dolosis Falsi numinis induit figuras ; Ipsum sed colit , et frequentat ipsum Imis altius insitum medullis; Ac solatia vana subministrat Vultus, qui simili notatus auro. Stratis praenitet, excubatque somno Secure. Procul hinc abite, mortes ; 110 120 130 larmes, et que sa douleur, solenneile comme una féte, adore maintenant ce que naguére elle à pleuré. : —— áÉ— LIVRE TROISIEME. STACE A POLLIUS FÉLIX, SON AMI. Cher Pollius, doux ami, bien digne à eoup sür du repos auquel vous avez voué un culte si fidele, je n'ai pas besoin de justifier longue- ment, à vos yeux du moins, l'essor téméraire de ces enfants de ma muse, éclos pour la plupart chez vous et dans le sein de l'amitié. L'audace dema plume vous effraya méme plus d'une fois, lorsqu'entré dans la confidence de votre génie , je pénétraisaufond du sanetuaire des lettres , et me laissais guider par vos conseils dans tous les mystérieux détours du labyrinthe. C'est done en toute sécurité que je vous envoie ee troisiéme livre de mes Silves. Le second, vous l'aviez vu naitre ; mais vous étes comme le pere de celui-ci. L'Hereule de Surrente ouvre d'abord le reeueil : je venais de l'apercevoir sur votre rive, et aussitót je fis ces vers pour l'adorer. La seconde piéce fut composée à l'occasion du départ de Métius Céler, envoyé par notre auguste empereur pour com- mander une légion en Syrie : ne pouvant suivre un jeune homme si magnifique et pour moi si charmant, je l'aecompagnai iei de mes veux. Je devais bien aussi quelque iribut de conso- lation à mon cher Claudius Etruseus, lui qui pleurait avec des larmes véritables (et partant Hec vite genitalis est origo : Cedat luctus atrox , genisque manent Jam dulces lacrima ; dolorque festus Quidquid fleverat ante, nunc adoret. LIBER TERTIUS. STATIUS POLLIO SUO SAL. Tibi certe, Polli dulcissime, et hac, cui tam fideliter inheres,.-quiete dignissime, non habeo probandam diu libellorum istorum temeritatem, quum scias multos ex illis in sinu tuo subito natos , et hanc audaciam stili nostri frequenter expaveas , quoties in illius facundice tuae pene- trale seductus , altius litteras intro, et in ompes a te stu- diorum sinus ducor. Securus itaque tertius hic Silvarum nostrarum liber ad te mittitur. Habuerat quidem et secun- dus testem ; sed hic habet auctorem. Nam primum limen ejus Hercules Surrentinus aperit, quem in litore fuo consecratum , statim uf videram, his versibus adoravi. Sequitur libellus , quo splendidissimum et mihi jucundis- simum juvenem, Metium Celerem, a sacratissimo impe- | ratore missum ad legionem Syriacam, quia sequi non po- ! teramus, sie prosecutus sum. Merebatur et Claudii Etresei "n Ue 36 - STACE. fort àméres) un vieux pere mis au tombeau. Ea- rinus , affrancbi de notre Germanicus , sait en- core si j'ai tardé à satisfaire ses désirs au sujet des vers qui devaient accompagner l'envoi de ses eheveux, offerts à Asclépius de Pergame avee une boite en diamants et un miroir. Dans !a der- niere Silve, je eonjure ma Claudia de se retirer à Naples avee son époux. C'est là, je l'avoue, de la causerie, voire méme de la causerie sans prétention; je cherche plutót à persuader ma femme qu'à plaire au lecteur. Vous accueillerez surtout cette piece avec faveur, sachant qu'elle avait pour but mon repos, et vous spécialement pour objet; ear je me retirais non pas tant dans ma patrie. que dans celle de mon aii. SILVE IL. L'HERCULE DE SURRENTE. Dieu de Tyrintbe, Pollius renouvelleà ta gloire les sacrifices interrompus, et il justifie bien une année de silence : tu seras honoré dans un sanc-. tuaireplus magnifique; Hereulen'habitera plus un rivage pauvre ou désert, ni un toit digneà peine de matelots errants : mais il aura un brillant porti- que, et une voüte soutenue par le bronze et par le métal grec; on dirait qu'une fois encore- purifié par la flamme de l'OEta , il va monter glorieuse- ment du bücher vers l'Olympe. : J'en erois à peine mon esprit et mes yeux. Est-ce bien là ee gardien d'unseuil sans honneur, ee Dieu négligé d'un si misérable autel? D'oü mei pietas aliquod ex studiis nostris solatium, quum lu- geret veris (quod amarissimum est) lacrimis senem patrem. Earinus preterea, Germanici nostri libertus, scit quamdiu desiderium ejus moratus sim, quum petisset, ut capillos suos, quos cum gemmata pyxide ét speculo ad Pergame- num Asclepium mittebat , versibus dedicarem. Summa est Ecloga, qua mecum secedere Neapolim Claudiam meam exhortor. Hic, si verum dicimus, sermo esi; et quidem securus, uf cum uxore, et qui persuadere malit quam placere. Huic precipue libello favebis, quuni scias habere destinationem quietis mex, ef tibi: maxime intendere : meque non tam in patriam quam ad te secedere. CARMEN I. HERCULES SURRENTINUS POLLII FELICIS. Intermissa tibi renovat, Tirynthie, sacra Pollius; et causas designat desidis anni Quod coleris majore tholo ; nec litora pauper Nuda tenes, tectumque vagis habitabile nautis , Sed nitidos postes , Graiisque effulta metallis 5 Culmina ; ceu tedis iterum lustratus honesti Ignis, ab Gtea conscenderis aethera flamma. Yix oculis , animoque fides : tune ille reclusi vient ce temple d'hier, et cet eclatinopiné qui en- vironne l'Hereule champétre? Ainsi les Divini- tés ont leur destinée comme les lieux. Effet ra- pide de la piété ! Naguére des sables stériles, les flanes d'une montagne battue par les vagues, des rochers hérissés d'épines, voilà tout ce que l'on trouvait dans ces lieux inabordables. Quelle révolution soudaine a fendu ces rochers de dia- mant ? est-ee la lyre d'Amphion , est-ce le luth de Phrace qui les a transportés? L'année elle- méme s'étonne de voir accompli dans l'intervalle de douze mois l'ouvrage d'un siécle. C'est que le Dieu a prété son bras : ila érigé son propre tem- ple; ees roches rebelles, il les a soulevées avee effort, et la montagne a reeulé devant sa vaste poitrine : on eüt dit qu'il était encore aux ordres deson impitoyable marátre. Ainsi done, soit qu'affranchi d'un joug tyran- nique, tu habites Argos ta patrie, foulant aux pieds lá tombe du eruel Eurysthée ; soit qu'élevé par ta valeur au-dessus des astres, tu siéges à cóté de ton illustre pere, recevant le nectar de la main d'Hébé, d'Hébé plus gracieuse que le Phrygien qu'elle remplaee, montre-toi secourable, et fais planer ton génie sur un temple naissant. Ce ne sont niles vapeurs empestées de Lerne,. ni les guérets de l'indigent Molorchus , ni la formida- ble forét de Némée, ni les antres de la Thrace, ni les autels ensanglantés par le tyran de Pharos qui t'appellent, c'est une maison simple et heu- reuse fermée à la perfidie et au crime , une mai- son tout-à-fait digne de recevoir les Dieux du ciel. Quitte cet are menacant, et ce carquois inépuisa- Liminis , et parvae custos inglorius arce ? Unde hec aula récens , fulgorque inopinus agresti 2107 Alcidc? sunt fatà Deum, sunt fata locorum. O velox pietas! steriles hic nuper arenas , Aspersum pelago montis latus, hirtaque dumis Saxa , nec ulla pati faciles vestigia terras Cernere erat. Quaenam subito fortuna rigentes 1 Divisit scopulos? Tyrione heec moenia plectro, An gelica venere lyra? stupet ipse labores Annus, et angusto bisseni limite menses Longwvum mirantur opus. Deus adfuit , arces Erexitque suas , atque obluctantia saxa 20 Summovit nitens, et magno pectore montem Reppulit; immitem credas jussisse novercam. Ergo age; seu patrios, liber jam legibus , Argos Incolis , et mersum tumulis Eurysthea caleas ; Sive tui solium Jovis, et virtute parata — 25 Astra tenes , baustumque tibi suecincta beati Nectaris, excluso melior Phryge, porrigit Hebe ; Huc ades, et genium templis nascentibus infer. Non te Lerna nocens , nec pauperis arva Molorchi , Nec formidatus Nemees ager, antrave poscunt D. Thracia, nec Pharii polluta altaria regis ; Sed felix , simplexque domus, fraudumque malarum Tnscia , et hospitibus Superis dignissima sedes. SM LIV. IHE, SILVE I. ble de fléches meurtriéres, et cette massue teinte dusang demilletyrans, et la dépouille d'un ennemi étendue sur tes épaules; on te dresse un coussin tissu de la plus fine étoffe de Sidon, et un lit su- perbe soutenu par des figures d'ivoire. Viens done, mais avec douceur et mansuétude, et non pointavee letrouble de la fureur, ni la erainte de recevoir des ordres tyranniques; viens, tel que sur le Ménale te vit la belle Augé, lorsqu'elle Venlaea de ses caresses, encore tout fatigué du plaisir de la danse, et les lévres tout humides de la joyeuse liqueur de ton frére;ou plutót tel qu'au sortir d'une nuit eélébre par tes amoureux ébats, tu parus devant Thestius, étonné de se voir tant de fois ton beau-pére. Ici, tu seras honoré par les luttes du gymnaseet es coléres de jeunes athlétes armés d'un eeste inoffensif ; et cesluttes revenant chaque année se suecéderont rapidement l'une à l'autre. Ici Polliuss'es' fait une féte de consaerer à ton saecerdoee son petit-fils tout jeune encore et tout semblable à toi, lorsque tu étouffais les premiers émissaires de ta marátre, et qu'ensuite tu t'affligeais , eroyant avoir brisé tes.hochets. Mais, ó Calliope, raconte l'auguste et rapide élévation de ee temple; Aleide t'aecompagnera de sa voix mále et sonore, et son are tendu suivra toutes les modulations de ta lyre. Nous étions dans la saison oü la voüte du ciel verse un torrent de feux sur la terre, et oü Sirius, en butte à tous les traits du soleil, pése lourdement sur les plaines embrasées. Dájà c'était le jour oà mille torehes rayonnantes illu- minent le lae, solitaire témoin de la retraite d'Hippolyte, lejouroü l'encens fumaitauloin dans la forét d'Aricie, dont les esclaves fugitifs se dis- Pone truces arcus, agmenque immite phareürze , Et regum multo perfusum sanguine robur, 35 Instratumque humeris dimitte gerentibus hostem. Hic tibi Sidonio celsum pulvinar acantho Texitur, et signis crescit torus asper eburnis. Pacatus , mitisque veni ; nec turbidus ira, Nec famulare timens; sed quem te Meenalis Auge Confectum thiasis, et multo fratre madentem Detinuit ; qualemque vage post crimina noctis Thestius obstupuit, toties socer : hic tibi festa Gymnas , et insontes juvenum sine cxstibus irze Annua veloci peragunt certamina lustro. Hic templis inscriptus , avo gaudente, sacerdos Parvus adhuc , similisque tui , quum prima noverca Monstra manu premeres , alque exanimata doleres. Sed queenam subiti veneranda exordia templi , Die age , Calliope : socius tibi grande sonabit — Alcides, tensoque modos imitabitur arcu. Tempus erat, cceli quum torrentissimus axis Incumbit terris , ictusque Hyperione multo Acer anhelantes incendit Sirius agros. - Jamque dies aderat , profugis quum regibus aptum Fumat Aricinum Trivio uemus, et face multa A0 4b I4 [27 37 putent la royauté. Diane alors couronnait les fa- ; tigues de ses chiens fidéles; elle essuyait ses: fléches et laissait en repos les hótes des bois, pendant que toute l'Italie venait eélébrer sur de chastes foyers les ides Hécatéennes. Et moi, bien que j'eusse alorsun petit domaine au pied. des collines d'Albe, avec une onde pure qui coulait pour moi par la munificence de notre empereur, choses suffisantes pour ealmer mon áme et pour rafraichir l'air environnant , j^ha- bitais à cette ópoque prés desrochers fameux par le souvenir des Sirénes, au sein de la famille de l'éloquent Vopiscus, qui voyait en moi plus qu'un hóte. Là, j'ádmirais à loisir et ses moeurs douces et tranquilles, et ses neuves inspirations, et ces fleurs du Parnasse qu'il cueille toujours frai-- ches. Un jour (c'était aussi la féte de Diane), nous trouvant à l'étroit dans nos demeures et ennuyés de leur aspect monotone, nous cótoyions le ri— vage humide, abrités du soleil par.un feuil- lage épais. Tout à coup le cie] S'obseureit, l'éclat du plus beau soleil fait place aux sombres nuages, et les ailes légéres du Zéphyr sont toutes mouil- lées des grosses pluies de l'Auster ; un déluge ac- court, semblable à celui dont la fille de Saturne inonda jadisla Libye, lorsque Didon, se livrant au guerrier troyen, arrachait des cris aux nymphes témoins de la pudeur expirante. Nous fuyons, et les eselaves. d'emporter les mets saerés et. les coupes ornées de fleurs; mais ils ne savent ou les mettre. Pourtant d'innombrables habitations dominent ees belles plaines, et plus d'un toit brillant couronne la montagne; mais la pluie conseillaitde gagner vite l'abri le plus proche, et Conscius Hippolyti splendet lacus : ipsa coronat Emeritos Diana canes , et spicula tergit , Et tutas sinit ire feras; omnisque pudicis Itala terra focis Hecateias excolit idus. Ast ego, Dardanit quamvis sub collibus Alb:e Rus proprium, magnique ducis mihi munere currens Unda domi, curas mulcere zestusque levare Sufficerent; notas Sirenum nomine rupes, Facundique larem Polli non hospes habebam ; Assidue moresque viri pacemque novosque Pieridum flores , intactaque carmina discens. Forte diem. Trivize dum litore ducimus udo, Angustasque fores assuetaque tecta gravati, — Frondibus et patula defendimus arbore soles ; Delituit ccelum, et subitis lux candida cessit : Nubibus , et tenuis graviore Favonius Austro Immaduit ; qualem Libyse Saturnia nimbum Aitulit, Hiaco dum dives Elissa marito Donaíur, testesque ululant per devia Nymphae. Diffugimus; festasque dapes, redimitaque vina Abripiunt famuli : nec quo convivia migrent ; (Quamvis innumerzc gaudentia rura superne Insedere domus, et multo culmine dives - 60 70. MI [51] 38 d'ailleurs nous avions foi au retour du beau temps. Non loin de là était une masure décorée du nom de temple, une humble demeure qui éera- * sait le grand Aleide sous une voüte à peine eapa- ble d'abriter quelques pécheurs ou quelques ma- telots errants, C'est là qu'on entasse péle-méle et les tables,et leslits somptueux, et la foule des eselaves, et la brillante compagnie de la belle Polla. Enfin tout le monde n'y peut tenir, et l'asile ne suffit pas à tant d'hótes. Le Dieu rougit et rit tout ensemble; il entre alors dans l'áme de Pollius, et l'entourant de ses bras caressants, il parle en ces termes à son ecur : « Est-ce là ee Pollius, dont la main libérale a répandu ses riehesses avee tant de profusion sur Pouzzol sa patrie, et sur la jeune Parthénope ; ce Pollius à qui notre montagne doit tant de somptueux édifices , tant d'asiles verts, tant de statues de marbre et d'airain, tant d'images en eire qu'animent, ce semble, les couleurs de la vie? Car ee palais et ce domaine, qu'étaient-ils avant ton heureuse arrivée? A travers la roche nue, tu as fait pratiquer un long chemin cou- vert, et là oü l'on ne trouvait qu'un étroit sen- tier, s'éléve, pour Pagrément de la route, une superbe galerie soutenue par de riches colonnes; par tes soins aussi , une double voüte emprisonne les eaux bouillonnantes de la nymphe voisine. Auteur de mille ouvrages, pour moi seul tu es pauvre et comme sans moyens, ó Pollius! Et pourtant je visite volontiers ees Pénates, et j'aime ce rivage dont tu rends les abords faciles. Mais Mons nitet) instantes sed. proxima quaerere nimbi 80. Suadebant, loesique fides reditura sereni. Slabat dicta sacris tenuis casa, nomine templi ; Et magnum Alciden humili lare parva premebat , Fluctivagos nautas , serutatoresque profundi Vix operire capax : hue omnis turba coimus ; 85. Huc epule , ditesque tori, ceetusque ministrum Stipantur, nitiddeque cohors gratissima Poll. Non cepere fores , angustaque deficit aedes. Erubuit, risitque Deus , dilectaque Polli Corda dus bBidisque animum complectitur ulnis: 90 « Tune, inquit, largitor opum, qui mente profusa Tecta Dicarchec pariter, juvenemque replesti Parthenopen? nostro qui tot fastigia monti , Tot virides lucos , tot saxa imitantia vultus, Aaque, tot seripto viventes lumine ceras 95 Fixisti? quid enim ista domus, quid terra ; priusquam 'Te gauderet , erant? longo tu tramite dudbe Texisti scopulos , fueratque ubi semita tantum , Nunc ibi distinctis stat porticus alta columnis , Ne sorderet iter : curvi tu litoris ora Clausisti calidas gemina testudine nymphas. Vix opera enumerem : mihi pauper, et indigus uni Pollius? et tales hilaris tamen intro Penates, 100 STACE. tout auprés Junonregarde avee mépris ma chétive demeure, et rit en seeret de mon dénüment. Donne-moi un temple et des autels dignes de ta magnifieenee, un temple auprés duquel la voile enflée d'un vent favorable ne passe point sans S'arréter, un temple que le roi des airs et les conviés du banquet des Dieux visitent quel- quefois , et qui puisse recevoir ma soeur au sortir de son habitation sublime. Qu'importe que cette montagne se roidisse eontre nos coups, et que cette masse solide n'ait point été entamée de temps immémorial? je suis là pour t'aider dans ce travail immense : moi-méme j'ouvrirai le sein de cette terre opiniátre. Mets-toi à l'oeuvre et ose quelque chose, sur la foi des promesses d'Hereule. Tu verrassiles tours de Thébes ou les murs de Pergame se sont élevés plus vite. » Il dit, et quitte le eceur de Pollius. En un moment, le plan de l'arehitecte est tracé : mille bras unissent leurs efforts; les uns dépouillent les foréts et polissent les bois , les au- tres fouillent le sol et jettent les fondements : on dureit au feu l'argile humide et grasse, qui doit garantir le temple des atteintes de l'hiver et des pluies ; et l'indomptable caillou se fond et coule dans la fournaise. Mais l'eeuvre la plus rude était de fendre les pierres et les rochers qui résistaient à l'action du fer. Le protecteur du lieu, le grand - Aleide Iui-méme, à l'heure oü le ciel se voile des épais brouillards de la nuit, quitte ses armes , saisit Ja haehe à deux tranchants, et fouille d'un bras vigoureux le sol informe. La riche Ca- prée,la verdoyante Taurubule, retentissent de Et litus, quod pandis, amo : sed proxima sedem Despicit, et tacite ridet mea numina Juno. Da templum, dignasque tuis conatibus aras, Quas puppes velis nolint transire secundis :- Quo pater vzetherius , mensisque accita Deorum Turba, et ab excelso veniat soror hospita tecto. Nec te, quod solidus contra riget umbo maligni Montis, et immenso non unquam excisus ab 2evo Terreat; ipse adero, et conamina tanta juvabo, Asperaque invitz perfringam viscera terrae. Incipe, et Herculeis fidens hortatibus aude, Non Amphionizx steterint velocius arces , 1f5 Pergameusve labor. » Dixit, mentemque reliquit. Nec mora; conscripta formantur imagine templa : Innumerze coiere manus: his caedere silvas, Et levare trabes : illis i immergere curae Fundamenta solo. Coquitur pars uvida terroe Protectura hiemes, atque exclusura pruinas; Indomitusque silex curva fornace liquescit. Preecipuus sed enim labor est exscindere dextra. Oppositas rupes, ef saxa negantia ferro. Hic pater ipse loci , positis Tirynihius armis Insudat, validaque solum deforme bipenni, Quum grave nocturna ccelum subtexitur umbra , 105 110. 120 125 LIV. HH, SILVE T. ses efforts, et l'écho des mers en répereute au loin le bruit dans les plaines. 'Tel n'est point le retentissement de l'Etna quand Brontés et Stérope frappent à coups re- doublés sur l'enelume ; moindre est le fraeas sou- terrain des antres de Lemnos , lorsque le dieu de la flamme forge l'éeide et prépare de máles pré- sents à la sévére Pallas. La montagne déeroit à vue d'ceil, et les ou- vriers de retouravec les premiers rayons de l'aube regardent l'ouvrage et s'étonnent; à peine faut- il eneore les sueurs d'une année, et déjà le dieu de Tyrinthe, du haut de sa majestueuse de- meure, dominant sur les flots et défiant le sanc- tuaire de sa marátre, invite Pallas à le venir voir dans un temple digne de lui. Mais la pacifique trompette a donné le signal ; déjà la poussiére s'éléve dans la brülante aréne eomme la fumée du sacrifice. Jupiter fété à Pise, et le dieu de Cyrrha, envieraient de tels honneurs rendus au dieu de la force. Ici rien n'afflige la vue. Loin de nous, jeux lugubres de Corinthe, jeux atroces de Némée! Un enfant plus heureux préside aux nótres. Les vertes Néréides, quittant à l'envi leurs grottes profondes, s'attachent à des rochers humides, d'oü, sans étre vues et sans rou- gir, elles regardent les combattants nus fournis- sant leur earriére. Le Gaurus couvert de vignes, Nésis eouronnée de bois, Limon ami du calme, Euplée favorable aux vaisseaux, Luerin cher à Vénus, assistent à ce spectacle, que toi, Miséne, tu annonces avee la trompette greeque du haut de ton promontoire phrygien. Et la tendre Parthé- nope applaudit à des fétes qui sont aussi les sien- Ipse fodit : dites Caprez , viridesque resultant Taurubule, et terris ingens redit oequoris echo. Non tam grande sonat motis incudibus /Etna , Quum Brontes Steropesque ferit : nec major ab antris Lemniacis fragor est, ubi flammeus oegida ccelat Muleiber, et castis exornat Pallada donis. Decrescuut scopuli, et rosea sub luce reversi Artifices mirantur opus : vix annus anhelat Alter, et ingenti dives Tirynthius arce Despectat fluctus, et junctv tecta novercae Provocat, et dignis invitat Pallada templis. Jam placidze dant signa tubae; jam fortibus ardeus Fumat arena sacris : hos nec Piseeus honores Juppiter, aut Cyrrhie pater aspernetur opaca. Nil his triste locis : cedat lacrimabilis Isthmos ; Cedat atrox Nemee : litat hic felicior infans. Ipsce pumiceis virides Nereides antris Exsiliunt ultro, et scopulis uventibus hoerent ; Nec pudet occulte nudas spectare palcestras. Spectat et Icario nemorosus palmite Gaurus j Silvaque quz fixam pelago Nesida coronat ; Et nlacidus Limon , omenque Euploa carinis , 130 140 398 nes ; elle sourit à ces petites couronnes , images de celles dont elle honore le vainqueur dans ses jeux. Et toi aussi, invineible Hereule, daigne pren- dre part à ees triomphes; ils sont consacrés à ta gloire! Soit que le disque daus tes mains aille fendre la nue , soit que le trait rapide prévienne le zéphyr dans son vol, soit qu'une lutte inno- cente te plaise davantage, montre-nous que tu agrées ces offrandes; et s'il te reste encore des pommes du jardin des Hespérides , laisse-les cou- ler dans le sein de la vénérable Polla; car eiie n'est pas indigne d'un tel honneur. Ah! si seule- ment elle reprenait Ja fraieheur et les gráces tou- chantes de sa jeunesse (pardonne, ó Hereule!), tu tiendrais méme la quenouille à ses pieds. Tellessont, cher Pollius, les libations que, dans ma poétique ivresse j'ai répandues sur ce temple renaissant. Mais voici le Dieu lui-méme sur le seuil de son temple; sa bouche divine s'ouvre , et il prononce ces paroles : « Courage, Pollius l-eontinue d'employer ainsi tes richesses , imitant mes nobles travaux , domp- tant les ápres rochers, fertilisant des déserts qui faisaient honte à la nature, transformant les re- paires des animaux en demeures brillantes, et rendant à la lumiere des divinités humiliées dans l'ombre. Quel sera le prix de tant de mérites? Comment te payer de retour? J'arréterai pour toi le fuseau des Parques ; j'allongerai leur fil. Hereule sait vainere la mort. Il éeartera loin d'iet le deuil et les aecidents funestes, et te raménera sans douleurs au printemps de tes jours. Gráce à lui, tu pourras jouir longtemps de tes petits-fils.. Adsciscis, Misene, tubas; ridetque benigna Parthenope gentile sacrum, nudosque virorum Certatus, et parva su: simulacra coronae. Quin, age, et ipse libens proprii certaminis actus Invicta dignare manu : seu nubila disco Findere, seu volucres zephyros preevertere telo , Seu tibi dulee manu liquidas nodare palcstras : Indulge his saeris : et si tibi poma supersunt: Hesperidum, gremio venerabilis ingere Pollze ; Nam capit, et tantum non degener ambit honorem. — 160 | Quod si dulce decus viridesque resumerel annos (Da veniam, Alcide), fors huic et pensa fulisses. Hoc ego nascentes loetum baecchatus ad aras Libamenta tuli. Nunc ipsum in limine cerno Solventem voces, et talia dicta ferentem : « Macte animis opibusque, meos imitate labores, Qui rigidas rupes , infecundaeque pudenda 165 | Nature deserta domas, et vertis in usum. Lustra habitata feris , foedeque latentia profers Numina. Quz tibi nunc meritorum promia solyam ? : Quas referam grates? Parcarum fila tenebo, | Extendamque colus : duram scio vincere mortem : Et Lucrina Venus ; Phrygioque e vertice Graias :—D50 Avertam luctus, et tristia damna vetabo, 40 À l'un tu verras une épouse , et à l'autre un mari digne d'elle. Tu verras de cette double tige fleu- rir eneore des rejetons nouveaux , troupe cares- . sante , essaim folátre, qui tour à tour se glissera sur les épaules de l'aieul , et reviendra autour de la bonne Polla se disputer à l'envi ses baisers. Car la durée de ce temple n'aura point de terme , tant que je serai porté sur la voüte enflammée du ciel. Et mon temple d'Argos et de Némée, celui de Gadés, à l'endroit oü le soleil se couche, ne scront pas plus favorisés de ma présence. » Il dit, portela main sur la flamme qui s'éléve de son autel; puis, agitant sa téte couronnée du pále peuplier, il en jure le Styx et les foudres de son pére. — áo SILVE H. A MÉTIUS CÉLER, SUR SON DÉPART POUR LA SYRIE. Dieu qui veillez avec amour sur les hardis navires et qui ealmez en leur faveur les ora- ges d'une mer périlleuse , aplanissez. doucement les flots, prétez de concert une oreille favorable à mes veux, et que l'onde adoucie laisse monter ma priere jusqu'à vous. « O Neptune, quel rare et préeieux dépót nous confions à tes abi- mes, lejeune Métius! Une fragile embarcation va le recevoir, et transporter au delà des mers la meilleure DOPHUR de mon áme. Faites briller vos astres bienfaisants, et n'abandonnez point les deux extrémités de l'antenne, divins jumeaux Teque nihil lesum viridi renovabo senecta ; Concedamque diu juvenes spectare nepotes 5 Donec et hic sponse maturus , et illa marito : Rursus et ex illis soboles nova ; grexque protervus Nunc humeris irreptet avi, nunc agmine blando Certatim placidzé concurràt ad oscula Poll. Nam templis nunquam statuetur terminus àevi , Dum me flammigeri por tabit machina cceli. Nec mihi plus Nemee, priscumve habitabitur ATgO0S , Nec Tiburna domus, solisve cubilia Gades. » Sie ait, et tangens surgentem altaribus ignem, Populeaque movens albentia tempora silva, Et Styga, et cetherei juravit fulmina patris. 175 180 CARMEN II. PROPEMPTICON METIO CELERI.. Di, quibus audaces amor est servare carinas, Sevaque ventosi mulcere pericula ponti , Sternite molle fretum, placidumque advertite votis Concilium , et lenis non obstrepat unda precanti. « Grande tuo rarumque damus, Neptune, profundo 5 Depositum : juvenis dubiae cott alno Metiüus , atque animx partem super aequora nostrae Majorem transferre parat ; proferte benigna 185 ; STACE. d'OkEbalie. Que l'azur du ciel et de ia mer soit re- vétu de vos lueurs fraternelles! Quant aux astres nébuleux , eompliees du départ de votre sceur fuyant vers Ilion, chassez-les de gráce et fermez- leur au loin tout l'horizon. « Vous aussi, troupe azurée, divines Néréides, à qui le sort a livré le second empire de la nature, vous que je puis bien appeler les astres de la mer, quittez les grottes transparentes de Doris , et ANS de vos eheeurs paisibles le golfe de Baia, cótoyant à l'envi ses rivages battus des flots, - CHO Chor des yeux le haut navire que brüle de monter Céler, noble nourrisson de la belli- queuse Ausonie. Vous le distinguerez bientót. C'est lui qui vient d'amener aux rives de Pouzzol. la premiére charge de la moisson que le Phase nous doit tous v ans; lui qui a le premier salué Caprée, et fait sur la i droite les libations de vin maréotiqueen l'honneur de Minervetyrrhénienne. Formez toutes autour de ses flanes une volup- tueuse ceinture, et partagez entre vous les soins de la manoeuvre : à celles-ci de fixer le mát à l'aide des cordages, à celles-là d'attacher les voiles à la. - vergue, à vous de présenter aux Zéphyrs. leurs plis flottants. Les unes disposeront les bancs des - rameurs , les autres sous les flots seconderont le mouvement du gouvernail, une partie avec la; sonde explorera les écueils; quelques-unesattache- ront Ja naeelle au dos du navire et améneront l'anere pesante, tandis que d'autres tempérant les vagues les -pousseront toutes vers l'Orient. Mais pas une des scurs à la verte chevelure ne doit, : rester inactive. Sidera, et antennze gemino considite cornu, GEbalii fratres : vobis pontusque polusque 10 Luceat : Iliacoe longe nimbosa sororis Astra fugate, precor, totoque excludite coelo. « Vos quoque ceruleum , divae Nereides , agmen, Quis honor, et regni cessit fortuna secundi, (Dicére quas magni fas sit mihi sidera ponti) It Surgite de vitreis spumosc Doridos antri jS, Baianosque sinus, et feta tepentibus undis ' Litora tranquillo doris ambite natatu, | Quierentes ubi celsa ratis, quam scandere gaudet Nobilis Ausonic Celer armipotentis alumnus. 20. Nec quierenda diu : modo nam trans zequora terris Prima Dicarcheis Pharium gravis intulit annum : Prima salutavit Capreas , et margine dextro Sparsit Tyrrhenc Máreotica vina Miner vae. Hujus utrumque latus molli przecingite gyro; 29 Partiteeque vices, vos stuppea tendite mali Vincula, vos summis annectite suppara velis, - Vos Zcphyris aperite sinus : pars transtra reponat, Pars demittàt aquis curvae moderamina puppis. Sint quibus exploret rupes gravis arté molybdis, 30 Quseque secutüram relisent post terga phaselon , Uncaque submersce penitus retinacula vellant. Temperet hsec testus P pelagusque inclinet ad ortus : Officio. careat glaucarum nülla Sororum. 3á ^en LIV. lii, « Nagez en avant du vaisseau , Protée aux for- mes changeantes , Triton à la double nature , et vous, Glaucus, privé par un soudain prodige de la partie inférieure du corps, et qui, chaque fois que vous approchez de votre patrie, flattez en- eore d'une queue earessante les rivages d'An- thédon. « Je 'invoque entre tous , ó Palémon, ainsi que ta divine mere! Si j'ai eélébré avec amour Thébes votre cher pays, et chanté sur un instrument di- ene delui l'harmonieux Amphion, exaucez mes voeux. : « Et toi qui, dans les eachots d'Éole , brises là rage des vents, toi à qui obéissent les nuages et]es tempétes sur toute l'étendue des mers , ó Neptune, éerase de montagnes plus lourdes en- eore l'Eurus, le Notus-et Borée ; n'ouvre qu'au Zéphyr les plaines de l'air. Qu'il souffle seul en poupe, et que seul il effleure sans cesse la surface des flots , jusqu'à ce que, sans tourmente, la voile entre joyeuse dans les ports de l'Égypte. » On m'écoute.; Zéphyr lui-méme appelle le na- vire et aecuse la lenteur des matelots. Mais quoi! le frisson m'agite, mon ccur défaille; et malgré l'effroi que m'inspire unsinistre présage, retenues un instantsur le bord de mes paupiéres , mes lar- mes ont coulé! Déjà le nautonnier a coupé le cáble, et jeté à la mer la planche étroite qui nous servait de pont; et dela poupe un eri prolongé, le eri d'un bar- bare , rompt les embrassements et sépare de force lesfidéles baisers. II n'est plus temps pour la dou- leur des'arréter sur une téte chérie. N'importe, « Huic multo Proteus, geminoque huic corpore Triton Proenatet ; et subitis qui perdidit inguina monstris Glaueus , adhuc quoties patriis allabitur oris Litoream blanda feriens Anthedona cauda. « Tu tamen ante omnes, diva cum matre Paloemon, Annue, si vestras amor est mihi pandere Thebas, Nec cano degeneri Phoebeum Amphiona plectro. « Et pater, JEolio frangit qui carcere ventos, Cui varii flatus, omnisque per zequora ponti Spiritus, atque hiemes nimbosaque nubila parent , Arctius objecto Borean, Eurumque , Notumque Monte premat: soli Zephyro sit copia coeli , Solus agat puppes ; summasque supernatet undas Assiduus pelago; donec tua , turbine nullo, L«ta Paretoniis assignet carbasa ripis. » Audimur : vocat ipse ratem , nautasque morantes Tnerepat : inde meum timido jam frigore pectus Labitur, et nequeo, quamvis movet ominis horror, Claudere suspensos oculorum in margine fletus. Jamque ratem terris divisit fune soluto Navita, et angustum dejecit in s&quora pontem ; Swvus et e puppi longo clamore magister Dissipat amplexus, atque oscula fida revellit, Nec longum cara licet in cervice morari. 40 45 0 9 ————. SILVE 1I. 4i je resteraile dernier de tous, et je ne descendrai pas que le vaisseau ne quitte la terre. Quel est celui qui de cette mer. inconnue, et fermée aux malheureux mortels, osa faire due route, et détacha du sol les Uic enfants de la terre, pour les lancer à la merci des vagues et promener leur espoir haletant sur les abimes? Génie audacieux , non moins téméraire que le géant qui entassa les glaces de Pélion sur Ossa, et fit gémir l'Olympe sous ce double fardeau. C'était peu sans doute que d'avoir traversé de paisibles marais , soumis des étangs et d'étroites riviéres au joug de nos ponts : nous courons vers des précipices; nous fuyons de tous cótésla terre, notre douce patrie, etnous allons, resserrés dans une cloison fragile, nous exposer à l'inclémenee des airs. De là cette fureur des vents et cette indignation des tempétes, et Je ciel qui gronde, et Jupiter qui tonne, la main pleine de foudres! Avant l'apparition des vaisseaux , la mer dor- mait d'un profond sommeil; le sein de Thétis ne se eouvrait point d'éeume, et les pluies d'o- rage n'osaient altérer le calme des flots. Mais à la vue de nos poupes orgueilleuses, la mer se gonfla et l'homme vitse dresser contre lui la tempéte; alors menaees du cóté de la Pléiade, menaces du cóté de l'astre d'Olénie, menaces de la part d'Orion , plus furieux que jamais. Trop juste est ma plainte; cependant le na- vire s'enfüitsur le dos des vagues rapides, il dé- croit, déeroit encore, décroit toujours et finit par échapper à ma vue, emportant sous un fréle abri les objets de tant de sollicitude, et par-des- Attamen in terras e plebe novissimus omni. Ibo, nec egrediar nisi jam cedente carina. Quis rude, et abscissum miseris animantibus zequor Fecit iter? seticce due pios telluris alumnos Expulit in ffuctus , pelagoque immisit hiantes? Audax ingenii ; nec euim temeraria virtus Illa magis, summ«e gelidum quse Pelion Ossce Junxit, anhelantemque jugis bis pressit Olympum. Usque adeone parum lentas transire paludes , Stagnaque et angustos submittere pontibus amnes? Imus in abruptum, gentilesque undique terras Fugimus , exigua clausi trabe, et aere nudo. Inde furor ventis , indignateque procella , Et cceli fremitus, et fulmina plura Tonanti. Ante rates, pigro torpebant eequora somno; Nec spumare Thetis, nec spargere nubila fluctus Audebant : visis tumuerunt puppibus unde, Inque hominem surrexit hiems. Tunc nubila Pleias , Oleniumque pecus; solito tunc pejor Orion. Justa queror : fugit ecee vagas ratis acta per undas Paulatim minor, et longe servantia vincit Lumina, tot gracili ligno complexa timores, Teque super reliquos, te, nostri pignus amoris Portatura, Celer. Quos nunc ego pectore somnos, 60 80 49 STACE. sus tout le gage de notre amitié, mon cher Mé- tius!... Mon ecur maintenant laissera-t-il venir le sommeil? quelles nuits, quelles journées je vais passer! Quelle nouvelle rassurera celui qui eraint tout? La mer de Lucanie, cette bac- chante furieuse, lui a-t-elle ouvert un facile pas- sage? ÁA-t-il trouvé propice la farouche Cha- rybdeou la vierge qui ravage le détroit sicilien? Quel aecueil lui a fait l'orageuse Adria? Le ealme régnait-il sur la mer de Carpathie? Doris a-t-elle d'un souffle caressant bereé son navire, elle autrefois si favorable aux doux lareins du taureau d'Agénor? Mais j'ai mérité ce qui me fait gémir : Métius volait aux eombats, et moi, láehe compagnon, je n'ai peint suivisatrace jusque dans le fond des Indes inconnues, jusque dans le chaos des Cym- mériens. Debout prés du belliqueux étendard de mon prince, en te voyant tour à tour manier la lance, eontenir la fougue de ton coursier, don- ner des ordres aux fils de Mars, je pourrais, sinon partager, du moins admirer tes exploits. Si jadis Ie vieillard vénéré du grand Achille, si Phénix alla jusque sur la rive d'Iion et sous les murs de Pergame, lui, faible et débile, et qui n'avait rien promis au fier Atride, pourquoi ai-je moins de courage avee une égale amitié? Du moins mon eceur fidéle ne te quittera point, et je suivrai ta voile aussi loin qu'iront mes désirs. O vous, reléguée autrefois sous les antres de Phoronée, Isis, maintenant reine de Pharos, di- vinité vers qui l'Orient soupire, aceueillez son entrée dans lelae Maréotis aux sons bruyants du sistre. Fétez ee jeune guerrier à qui le chef du Latium a confié ses étendards dans les eontrées Quosve queam perferre dies? quis cuncta paventi Nuntius, an facili te przetermiserit unda Lucani rabida ora maris : num torva Charybdis 85 Fluctuet , aut Siculi populatrix virgo profundi : Quos tibi currenti proeceps ferat Adria mores : Quae pax Carpathio : quali te subvehat aura Doris Agenorei furtis blandita juvenci? Sed merui questus : quid enim, te castra petente, 90 Non vel ad ignotos ibam comes impiger Indos Cimmeriumque Chaos? starem prope bellica regis Signa mei , seu tela manu , seu frena teneres, Armatis seu jura dares; operumque tuorum Etsi non socius , certe mirator adessem. 95 Si quondam magno Phoenix reverendus Achilli Litus ad Iliacum , Thymbreeaque Pergama venit Imbellis , tumidoque nihi] juratus Atridoe, Cur nobis ignavus amor? sed pectore fido Nusquam abero, longisque sequar tua carbasa votis. Isi, Phoroneis quondam stabulata sub antris , Nunc regina Phari, numenque Orientis anheli , Excipe multisono puppem Mareotida sistro ; Ac juvenem egregium , Latius cui ductor Eoa Bigna, Palestinasque dedit frenare cohortes , 100 105 de l'aurore, celui dont l'autorité maitrise ses cohortes de la Palestine. Vous-méme d'une main propiee introduisez-le dans vos temples, dans vos ports saerés et dans vos villes ; que, sous vos auspices, il apprenne pourquoi le Nil déborde en fécondant l'Egypte; pourquoi ses ondes s'arrétent devant la digue maconnée par l'industrieuse hi- rondelle; pourquoi le mystére régne à Memphis ; pourquoi les rives de Canope sont dévouées à la volupté; pourquoi le gardien du Léthé préside au sanetuaire du Phare, et pourquoi de vils animaux se voient égalés à la majesté des Dieux. Qu'il sache enfin comment l'éternel Phé- nix eompose l'autel oü il doit renaitre; quelles campagnes daigue visiter le boeuf Apis; dans quel endroit du Nil va se baigner ce dieu tant adoré des timides pasteurs. Guidez encore ses pas vers la grande ombre du héros de Macédoine, prés du tombeau oü ce fondateur d'Alexandrie brave les siéeles, embau- mé dans le nectar de l'Hybla ; vers ee palais oü l'on eherehe eneore la vipére dont le venin sub- til endormit doucement Cléopátre , et déroba la fugitive d'Actium aux chaines de l"'Ausonie. Sui- vez-le jusque dans le eceur de l'Assyrie et jus- que dans l'armée soumise à ses ordres, et ne l'a- bandonnez, ó déesse , qu'apres l'avoir remis sous la protection du Mars des Latins. Il n'est point inconnu dans ees climats; jeune eneore et dé- eoré seulement du laticlave, il y brillait dans la poudre des eamps; déjà par un mouvement sou- ple et rapide il devaneait les eseadrons, et son javelot, lancé d'une main süre, bravait les fléches orientales. Le jour viendra sans doute oü César, ayant Ipsa manu placida per limina festa , sacrosque Duc portus , urbesque tuas : te pr:eside, noscat Unde paludosi fcecunda licentia Nili : Cur vada desidant, et ripa coerceat undas Cecropio stagnata luto : cur invida Memphis , Curve Therapnzi lasciviat ora Canopi : Cur servet Pharias Letheus janitor aras : Vilia cur magnos xquent animalia Divos : Quee sibi preesternat vivax altaria Phoenix : Quos dignetur agros , aut quo se gurgite Nili 115 Mergat adoratus trepidis pastoribus Apis. Duc et ad /Emathios manes, ubi belliger urbis Conditor Hyblao perfusus nectare durat ; Anguiferamque domum, blando qua mersa veneno Actias Ausonias fugit Cleopatra catenas. Usque et in Assyrias sedes, mandataque castra Prosequere, et Marti juvenem , Dea , trade Latino. Nec novus hospes erit : puer hic sudavit in armis Notus adhuc tantum majoris munere clavi ; Jam tamen et turmas facili prevertere gyro Fortis, et Eoas jaculo damnare sagittas. Ergo erit illa dies, qua te majora daturus - Cwsar ab emerito jubeat discedere bello ? 110 120 LIV. HI, SILVE III. sur toi des vues plus hautes, te rappellera des champs de. bataille illustrés par tes exploits. Et nous, les yeux fixés de nouveau sur le méme ri- vage, nous contempleronsle vaste abime et nous demanderons au ciel d'autres vents. O quelle sera ce jour-là mon ivresse! Avec quel transport je saisirai ma lyre, lorsque, m'en- chainantde tes fortes étreintes, et m'écrasant du poids de ta gloire, tu viendras, nouveau débar- qué, tomber d'abord dans mes bras , que tu me rendras enfin ces entretiens dont tu m'auras gardé le charme, et que, dans nos longs dis- cours sur les années écoulées dans l'intervalle, tu me parleras du cours rapide de l'Euphrate, des palais de la Baetriane, des coupables trésors de l'antique Babylone, du Zeugma, oü nous trouvámes la paix par le chemin de la victoire, et des bosquets enchanteurs de la florissante Idumée! Tu me diras ce qui donne aux laines de Tyr ]eur précieuse écarlate, et pourquoi la pourpre de Sidon vient deux fois se teindre au fouloir; tu me décriras ces lieux oü d'heureuses plantes distillent le baume de leurs rameaux blanes; et moi, je te montrerai quel monument j'éléve aux Pélages vaineus, et quelle page doit elore enfin ma laborieuse Thébaide. SILVE III. LES LARMES DE CLAUDIUS ÉTRUSCUS. O toi, Divinité puissante, dont le regard si agréable aux immortels s'abaisse rarement sur la terre profane, ó Piété, reparais le front ceint de bandelettes et couverte d'un voile blanc At nos, hoc iterum stantes in litore, vastos Cernemus fluctus, aliasque rogabimus auras. O tum quantus ego ! aut quanta votiva movebo Plectra lyra! quum me magna cervice ligatum Attolles humeris, atque in mea pectora primum Incumbes e puppe novus, servataque reddes Colloquia, inque vicem medios narrabimus annos , Tu, rapidum Euphraten , et regia Bactra, sacrasque Antiqui Babylonis opes , et Zeugma, Latinae Pacis iter; qua dulce nemus florentis Idumes ; Quo pretiosa Tyros rubeat, quo purpura fuco Sidoniis iterata cadis; quo germine primum Candida felices sudent opobalsama virgee : Ast ego , devictis dederim que justa Pelasgis , Quieque laboratas claudat mihi pagina Thebas. 130 135 140 CARMEN III. LACRINUE CLAUDII ETRUSCI. summa Deum Pietas , cujus gratissima calo Rara profanatas inspectant numina terras, Huc vittata comam niveoque insignis amictu 2 : 48 comme la neige, et telle que jadis, avant d'étre ehassée par le crime et la perfidie, tu te montrais, dans l'áge d'or, aux peuples enfants. Sois témoin d'un tendre et dernier hommage; vois les pieu- ses larmes d'Etruseus en deuil , et essuie-les, ces larmes qui l'honorent. À la plainte sans fin qui s'exhale de sa poi- trine; à la facon dont il embrasse le bücher fu- nébre et se précipite sur les tisons fumants , ne dirait-on pas qu'il gémit aux funérailles de sa jeune épouse, ou que les traits de son fils encore adolescent vont devenir la proie des flammes? Non, c'est la mort d'un pére qui fait couler ses pleurs. Assistez, Dieux et mortels, à cette cé- rémonie. Loin d'ici, ah! loin d'ici les méchants s et ceux dont l'áme couve en secret de noirs des- seins, et ceux qui trouvent que la vieillesse dun pére est trop longue à s'écouler, et celui que sa conscience aeeuse de la mort violente d'une mére, et qui redoute l'urne infernale du rigide Éa- que! ce sont les ámes innocentes et pures que je convie. Le voyez-vous, commeil tient ses lévres doucement collées sur ce visage vénérable, et comme il arrose de larmes ees cheveux blanchis, et comme il aime ces restes, malgré les glaces dela mort! Un fils trouve (chose rare) que les années de son pére ont été trop rapides, et que les noires sceurs ont travaillé trop vite. Que les mánes tressaillent sur les bords du paisible Lé- thé! Réjouissez-vous , demeures élyséennes, cou- vrez vos autels de guirlandes, et qu'une féte brillante éeaie un peu vos páles foréts. Heureuse, ah!trop heureuse, cette ombre qui descend toute couverte des baisers d'un fils! ; Qualis adhuc praesens nullaque expulsa nocentum Fraude, rudes populos atque aurea regna colebas , 5 Mitibus exsequiis ades; et lugentis Etrusci Cerne pios fletus , laudataque lumina terge. Nam quis inexpleto rumpentem pectora questu , Complexumque rogos , incumbentemque favillis Aspiciens , non aut primaevse funera plangi 19 Conjugis , aut nati modo pubescentia credat Ora rapi flammis? Pater est, qui fletur : adeste, Dique hominesque, sacris : procul hinc, procul ite, nocentes i Si cui corde nefas tacitum , fessique senectus Longa patris;si quis pulsatze conscius umbram 15 Matris , et inferna rigidum timet 7Eacon urna : Insontes, castosque voco. Tenet ecce seniles Leniter adplicitos vultus , sanctamque parentis Canitiem spargit lacrimis , animzeque supremum Frigus amat : celeres genitoris filius annos, 20- (Mira fides) nigrasque putat properasse sorores. Exsultent placidi Leth:ea ad flumina manes ; Elysi:e gaudete domus; date serta per aras, Festaque pallentes hilarent altaria lucos. Felix , heu! nimium felix , plorataque nato 25 Umbra venit. Longe Furiarum sibila, longe 50 toure. Seulement daigne y fixer ton regard, et laisse sur le cristal l'empreinte de tes traits. » 1i dit, et renferme aussitót le miroir, emportant la douce image. Alors Éarinus élevant vers le ciel ses mains gracieuses : « Dieu proteeteur, dit-il, dieu si pro- pice aux mortels, si j'ai mérité votre faveur, pour prix de mon offraude, renouvelez par une longue jeunesse les années de César, et veuillez le con- server pour le bonheur du monde! Le ciel, la terre et les mers s'unissent à moi pour implo- rer la méme gráce. Ah! puisse-t-il vivre les longs jours de Priam et de Nestor, et voir vieillir avec lui le Capitole et ses propres Pénates ! » Il dit, et contemple en extase les autels de Per- game, qui s'agitent en signe d'assentiment. SILVE V. LE PORTE A CLAUDIA, SON ÉPOUSE. Pourquoi cette tristesse le jour, et, durant tes nuits sans sommeil, lessoupirs que ton inquiétude exhale à mes ceótés? Je ne crains pas que ta fidé- lité ne s'altére, ni que ton -eceur s'ouvre à un étranger. Aucune fléche d'amour ne peut plus l'atteindre ; et Rhamnusie düt-elle entendre ces paroles avee colére, je dis la vérité. Non, quand ton époux enlevé au rivage paternel se verrait promener de mers en mers, de combats en combats, pendant quatre lustres entiers, toi tu sortirais vietorieuse de la poursuite de mille amants ; et sans défaire la trame ourdie pendant le jour, mais ouvertement et sans feinte, Claudia, dti: Cos , Pyliosque situs; propriosque Penates € i deat, et secum Tarpeia senescere templa! » 105 CARMEN Y. AD OLAUDIAM UXOREM. uy : : & * Quid mihi msta die , sociis quid noctibus , uxor, Ankxia, pervigili ducis suspiria cura? Non metuo ne lesa fides, aut pectore in isto Alter amor : nullis in te datur ire sagiltis , Audiat infesto licet hoec Rhamnusia vultu , 5 Non datur; et si egomet patrio de littore raptus Quatuor emeritis per bella, per s&equora , lustris Errarem , ut mille procos intaeta fugares ; Non intersectas commenta retexere telas , Sed sine fraude palam, thalamisque orbata negasses. 10 Dic tamen unde alia mihi fronte, et nubila vultu? Anne quod Euboicos fessus remeare penates Auguror, et patria senium componere terra? Cur hoc triste tibi? certe lascivia cordi STACE. devenue veuve, repousserait les lois de l'hymen. Dis-moi pourtant ee qui voile de tristesse ton front altéré. Serait-ce le désir que j'ai detrouver le repos dans mes Pénates Euboiques, etd'abriter ma vieillesse sur le sol de ma patrie? Pourquoi t'en altrister? Les folies du jeune áge ne te sourient guére, et, insensible aux combats du cirque ra- pide eomme aux elameurs du théátre, tu n'ai- mes que les plaisirs purs, la solitude, l'ombre et la vertu. Maissur quelsflots crois-tu que je veuille t'entrainer? Á prés tout, j'irais fixer ma demeure prés del'Ourse glaeée, ou en decà des rives occi- dentales de la sombre Tbulé, ou bien vers la source mystérieuse du Nilaux sept embouchu- res, que tu encouragerais mon départ. C'est Vé- nus qui nous a unis à la fleur denos années; Vé- nus nous eonservera sa faveur sur le déclin de la vie. Tes lois, Claudia, (car n'est-ce pas toi qui, des la premiere blessure d'amour, fixas ma jeunesse volage en la domptant au joug de l'hymen ?) tes lois m'ont trouvé docile et content, et je. ne bri- serai pas un lien que je resserre de plus en plus tous les jours. Quand la ville d'Albe ceignait mon front de trois eouronnes et que César l'environ- nait d'un cercle d'or, tu me placaisau milieu de ton ceeur, tu couvrais mes guirlandes de baisers de feu; et quand les prix capitolins étaient refu- sés à ma lyre, accablée de ma défaite, tu aecu- sais de cruauté Jupiter méme. Ton oreille atten- tivesaisissait au passage les premiers accents de ma muse, et jusqu'au moindre murmure échappé de mes lévres. Seul témoin de mes immenses la- beurs, tu voyais eroitre ma ZAébaide avec lenom- bre de tes années. Nulla, nec aut rapidi mulcent te praelia Circi , 13 Aut intrat sensus clamosi turba theatri : | Sed probitas, et opaca quies, et sordida nunquam Gaudia. Quas autem comitem te rapto per undas ? Quanquam , et si gelidas irem mansurus ad Arctos , Vel super Hesperic vada caligantia Thules, 20 Aut septemgemini caput haud penetrabile Nili , Hortarere vias : etenim tua, (nempe benigna Quam mihi sorte Venus junctam florentibus annis Servet et. in senium ;) tua, (quae me vulnere primo Intactum thalamis , et adhuc juvenile vagantem 15 Fixisti) tua frena libens , docilisque recepi ; Et semel insertas non mutaturus habenas Usque premo. Ter me nitidis Albana ferentem Dona comis , sanctoque indutum Osesaris auro Visceribus complexa tuis; sertisque dedisti 30 Oscula anhela meis : tu, quum Capitolia nostrae Inficiata lyre, scoovum ingratumque dolebas Mecum victa Jovem : tu procurrentia primis Carmina nostra sonis, motasque in murmura voces Aure rapis vigili : longi tu sola laboris Conscia , cumque tuis crevit mea 'Thebais annis. Qualem te nuper Stygias prope raptus ad undas , Quum jam Lethoos audirem comminus amnes , f23 tw LIV. III, SILVE V. - Dans quel état je te vis naguére, lorsqu'en- trainé vers les bords du Styx et entendant déjà le bruit sourd du Léthé, j'ouvris sur toi des yeux presque fermés par la mort ! Ah ! ee fut sans doute par pitié pour toi que Lachésis a repris là trame d'une vie usée; et les Dieux, du sein de leur gran- deur, ont redouté les reproches d'une femme. Et maintenant tu balancerais à me suivre dans un si court trajet, sur le rivage oà mon cceur aspire! Hélas! que serait devenue cette fidélité à toute épreuve qui t'égalait aux héroines de Rome et de la Gréce? Pénélope, (car qui peut effrayer le véri- tableamour ?) Pénélope eüt été volontiers jusque sous les remparts d'Hlion, si Ulysse l'eüt souffert. Égiale pleura , Mélibée aussi pleura sonabandon, et l'exeés du désespoir a fait une Ménade de la triste Élise. Claudia ne leur càde pas en fidélité, et n'a pas moins de constanee pour payer un mari de retour. C'est ainsi que tu visites encore la cendre et les mánes du premier objet de tes af- fections , et qu'embrassant les restes de cet ami de l'harmonie, quoique déjà toute à moi, tu renou- velles du fond du cceur tes plaintes déchirantes. Méme tendresse, mémes soins poursa fille. Tu la chéris d'un amour de mere, et jamais elle ne sort de ta mémoire, cette fille adorée. Avec moins de tendresse Aleyone voltige autour de son nid , et Philoméle couve ses petits qu'elle nourrit aux dé- pens de ses jours. Et maintenant solitaire, dans une couehe inféconde, ta fille consume les loisirs dela plus belle jeunesse. Mais l'hymen viendra pour elle, l'hymen avec tous ses flambeaux. N'en Aspexi, tenuique oculos jam morte cadentes ! Scilicet exhausti Lacbesis mihi tempora fati Te tantum miserata dedit, Superique potentes Invidiam timuere tuam. Post ista, propinquum Nunc iter, optatosque sinus comes ire moraris? Heu! ubi nota fides, totque explorafa per usus, Qua veteres Latias, Graiasque Heroidas tequas? Isset ad Iliàcas (quid enim deterret amantes 2) Penelope gavisa domos, si passus Ulixes. Questa est ;Egiale, questa est Meliboea relinqui, Et quanquam scvi fecerunt Mcenada planctus. Nec minor his tu nosse fidem, firmamque maritis 50 Reddere : sie certe cineres , umbramque priorem Quseris adhuc; sic exsequias amplexa canori Conjugis , ingentes iteras de pectore planctus, Jam mea : nec pietas alia. est libi, curaque natze : Sic ut mater amas , sic nunquam corde recedit Nata tuo; fixamque animi penetralibus imis Nocte, dieque tenes : non sic Trachinia nidos Alcyone veros , non sic Philomela penates Circuit amplectens , animamque in pignora transfert. zt nune illa terit viduo quod sola cubili , Otia fam pulchre terit infecunda juventze : Sed venient plenis , venient connubia, tzedis. Sic certe, form»que bonis, animique meretur : Sive chelyn complexa ferit ; Seu voce paterna 40 [o1 [3211 60 | 51 est-elle pas digne par sa beauté, par tous les dons du ccur et de l'esprit? Soit qu'elle tienne Ie Iuth entre ses mains, soit qu'elle module avee la voix de son pére des sons répétés par les Muses, soit qu'elle préte une nouvelle zráce à mes vers, ou qu'elle déploiela blancheur deses bras dans une danse voluptueuse, toujours sa vertu surpasse son esprit, et sa modestie ses talents. N'avez-vous point de honte, reine de Gythére, et vous aussi, volages Amours, de laisser lan- guir dans l'oubli une si gracieuse fleur? Mais ce n'est pasà Rome seulement que se forme le nceud conjugal et que s'allume le flambeau joyeux ;ma patrie aussi est fertile en mariages. Le cratere du Vésuve, et la tempéte de feux que roule la monta- gne, n'ont pas épuisé de citoyens nos villes ef- frayées; elles sont encoredebout avec leur popu- lation florissante. Là s'élévele temple báti sousles auspices d'Apollon, et le port, et les rivages de Pouzzol, ouverts au monde entier. Iei je vois l'opulenterivale de la grande Rome, la ville peu- plée par Capys de Troyens fugitifs; je vois no- ire chére Parthénope, riehe de ses enfants et non moins riche de ses colons; Parthénope , qui flottant à travers les mers, vit une colombe de Vé- nus lui marquer sous les auspices d'Apollon cet emplacement délieieux. C'est là que je t'appelle, car mon so] natal n'est point la Libyeni la Thrace barbare. Dans nos belles contrées les hivers sont Uédes, les étés ont leur fraleheur ; la mer tran- quille en caresse les bords de ses vagues noneba- lantes. Là régne une paix sans alarmes , une vie Discendum Musis sonat, et mea carmina flectit ; 65 Candida seu molli diducit brachia motu : Ingenium probitas , aríemque modestia vincit. Nonne leves pueros, non te, Cytherea, pudebat Hoc cessare decus? Nec tantum Roma jugales Conciliare toros , festasque accendere tzedas Fertilis ; et nostra generi tellure dabuntur. Non adeo Vesuvinus apex , et flammea diri Montis hiems trepidas exhausit civibus urbes : Stant, populisque vigent : hic auspice condita Phoebo Tecta , Dicarchei portus, et litora mundi Hospita ; et hic magna tractus imitantia Romse Quz Capys advectis implevit mcenia Teucris. Nostra quoque haud propriis tenuis , nec rara colonis Parthenope; cui mite solum trans &equora vectae Ipse Dionzea monstravit Apollo columba. Has ego te sedes (nam nec mihi barbara Thrace Nec Libye natale solum) transferre laboro; Quas et mollis hiems, et frigida temperat s&esías; Quas imbelle fretum torpentibus alluit undis. . Pax secura locis, et desidis otia vitze : Et nunquam turbata quies, somnique peracti. Nulla foro rabies, aut strictz jurgia leges — Norunt : jura viris solum, et sine fascibus , zequum. Quid nunc magnificas species, cultusque locorum, | 89 Templaque, et innumeris spatia interstincfa columnis; 25; 80 4 $2 de doux loisirs, un repos sans trouble et un som- meil plein ; nulle part les débats du forum, les eris diseordants dela chieane. L'équité fait le droit, sans le secours des faisceaux. Parlerai-je de la magnifieenee du tableau et de la beauté deslieux, de cestemples, de ces eolonnes innombrables placées de distance en distance, de la grandeur du eirque et du théátre, de ces jeux quinquennaux qui ne le cédent guére aux jeux capitolins? et comptes-tu pour rien la gaieté qu'inspirent les piéees de Ménandre, oü la liberté greeque se trouve tempérée par la. dé- cenee romaine? Les plaisirs divers de la vie ne manquent pas alentour, soit qu'il te plaise de vi- siter Baja, avec ses bains fumants et ses volup- tueux rivages, ou le sanetuaire prophétique de la Sibylle et la hauteur fameuse oü repose Miséne ; soit que tu préféres les eoteaux parfumés du Gau- rus et la demeure des Téléboiens , ou, rival de la Iune vagabonde, un phare élevé guide par sa douce Iumiére les matelots inquiets. Là aussi tu verras les eollines de Surrente qui ne sont pas chéres au seul Bacchus, ces collines que mon ami Pollius embellit chaque jour; tu visiteras les eaux salu- taires d'Énarie , et Statine renaissant du sein des flots. Je pourrais te détailler les mille aspeets de ma patrie; mais un mot suffit, chére épouse, un mot seul comprend tout : cette terre m'a fait naitre pour toi , elle a pour jamais enchainé ma destinée à la tienne. Ne mérite-t-elle pas bien qu'on l'appelle notre nourrice et notrebonne mére? Mais en dire plus long serait te faire injure et douter de ton - ecur. Tu viendras done, chére épouse, que dis-je? tu medevanceras. Éloignée de ma présence, que Et geminam molem nudi tectique theatri , Et Capitolinis Quinquennia proxima lustris ; Quid laudem risus, libertatemque Menandri , Quam Romanus honos et Graia licentia miscent ? Nec desunt variw circum oblectamina vitz : 95 Sive vaporiferas, blandissima litora, Baias , Enthea fatidicee seu visere tecta Sibylloe Dulce sit, Iliacoque jugum memorabile remo ; Seu tibi Bacchei vineta madentia Gauri 'Teleboumque domos , trepidis ubi duleia nautis Lumina noctivage tollit Pharus semula lunas; Caraque non.soli juga Surrentina Lyeeo, Quee meus ante alios habitator Pollius auget ; ZEnaricque lacus medicos , Statinasque renatas. Mille tibi nostre referam telluris amores ; Sed satis hoc, conjux , satis hoc dixisse , creavit Me tibi, me socium longos adstrinxit in annos : Nonne hzec amborum genitrix , altrixque videri Digna? sed ingratus qui plura adnecto, tuisque Moribus indubito : venies, carissima conjux , Proeveniesque etiam : sine me tibi ductor aquarum 'Tybris , et armiferi sordebunt tecta Quirini. 100 105 110 STACE. te ferait le Tibre, souverain des eaux , et Rome, la ville du belliqueux Quirinus? LIVRE QUATRIEME. A MARCELLUS SON AMI. Je trouve enfin , mon cher Marcellus , un livre que je puisse vous dédier en récompense de votre attachement à notre auguste empereur; car je ne erois pas avoir eommencé un seul de mes ouvrages sans invoquer ce nom sacré. Sa louange occupe trois des piécees de ce livre : suit la qua- triéme, qui est toute en votre honneur. Dans la premiére je me prosterne devant le dix-septiéme consulat de notre Germanicus ; dans la seeonde je lui rends gráces de m'avoir admis aux hon- neurs de sa table divine. La troisiéme est l'ex- pression de mon enthousiasme à l'aspect de la voie Domitia, dégagée des monceaux de sable qui l'en- combraient. C'est gráce à la munificence du prince que vous recevrez plus promptement la lettre queje vous éeris de Naples. La cinquiéme est un poéme lyrique adressé à Septime Sévére, jeune homme illustre, vous le savez, entre les plus illustres des chevaliers, et qui fut aussi le eompagnon de vos études; mais, en dépit des droits que vous avez sur son ecur, je ne l'aime pas moins vivement. Je puis encore vous faire hommage de lHereule sur la table de Nonius Vindex, petite piéce que ee bon citoyen doit autant à mon estime pour lui qu'à son goüt épuré. J'avais assez témoigné Tintérét que m'inspirent le haut rang et l'éloquence de Junius Brutus, dans une lettre que je lui écrivis au su- LIBER QUARTUS. AD MARCELLUM. Inveni librum, Marcelle carissime, quem pietati tuc dedicarem. Reor equidem aliter quam invocato numine maximi Imperatoris nullum opusculum meum ccepisse. Sed hieliber tres habet. Sequitur quarta, quae ad honorem tuum pertinet. Primo autem septimum decimum Germa- nici nostri consulatum adoravi : secundo, gratias egi Sa" cratissimis ejus Epulis honoratus : tertio, Viam Domitia- nam miratus sum, qua gravissimam arenarum moram exemit; cujus beneficie tu quoque maturius epistolam eam accipies, quam tibi in hoe libro a Neapoli scribo. Proximum est Lyricum carmen ad. Septimium Severum; juvenem, uti scis, inter ornatissimos secundi ordinis, tuum quidem etiam condiscipulum; sed mihi contra hoc quo- que jus, arctissime carum : nam Vindicis nostri Hercu- lem Epitrapezion, secundum honorem quem de me, et de ipsis studiis meretur, imputare etiam tibi possum. Maximum Junium dignitatis et eloquentioe nomine a no- bis diligi, satis eram testatus epistola, quam ad illum de editione Thebaidos mew publicavi; sed nune quoque eum LIV. IV, SILVE I. jet de Ia publieation de ma TAébaide. 1ci je l'in- vite à revenir au plus tót du fond de la Dalmatie. Vient ensuite une églogue à mon eompatriote Jules Ménécrate, ce jeune homme si magnifique, et gendre de mon cher Pollius. Je le félicite d'a- voir enrichi Naples de nouveaux enfants. Quant au jeune sénateur Plotius Gryphus , je lui réserve un ouvrage plus digne de lui ; mais, en attendant, jaiinséré dans ce volume les hendéecasyllabes qui nous ont égayés tous deux pendant les satur- nales. Mais pourquoi plus de silves dans ce qua- triéme livre que dans les précédents? c'est pour montrer qu'ils perdent leur temps ceux qui blá- ment, dit-on, le genre d'ouvrage que j'ai mis au jour. D'abord le conseil vient mal à propos aprés la ehose faite; ensuite plusieurs de ces opuscules avaient été soumis à l'approbation de César, ce qui est tout autrement hardi que de les avoir publiés. Ne m'est-il pas permis de m'amuser à mon gré? — Oui, si vous gardez votre amusement pour vous, dira-t-on. — Cependant la paume attire des spectateurs, et le ballon est un délasse- ment permis. Enfin quelque chose de moi parait- il? aussitót l'envie de me déclarer la guerre. Dois-je pour cela me rendre à ses conseils? En résumé (car c'est moi qui suis en jeu), libre à elle de se taire ou d'applaudir. Je mets ce livre Sous votre protection, mon cher Marcellus, et votre jugement seul pourra m'óter la plume des mains, ou me faire braver leur censure. reverti maturius e Dalmatia rogo. Juncfa est Ecloga ad municipem meum Julium Menecratem, splendidum ju- venem , et Pollii mei generum; cui gratulor quod Neapo- lim nostram numero liberorum honestaverit. Plotio Gry- pho, majoris gradus juveni, dignius opusculum reddam : sed interim Hendecasyllabos, quos Saturnalibus una risi- mus, huic volumini inserui. Quare ergo plura in quarto Silvarum, quam in prioribus? Ne se putent aliquid egisse, qui reprehenderunt, ut audio , quod hoc stili genus edi- dissem. Primum, supervacuum est dissuadere rem fac- iam : deinde, multa ex illis jam Domino Cesari dede- ram ; et quanto hoc plus est, quam edere? Exercere autem jocos non licet? si secreto, inquit. Sed et sphzeromachias spectamus, et pilaris lusio admittitur : novissime, quis- quis ex meis invidus aliquid legit, statim se profitetur adversum : itaque consilio ejus accedam? In summa, nempé ego sum qui traducor : faceat, et gaudeat. Hunc tamen librum tu, Marcelle, defendes. Et, si videtur, hac- tenus : sin minus, reprehendemur. $3 SILVE I. XVII CONSULAT DE L'EMPEREUR DOMITIEN, La pourpre éclatante s'ajoute pour la seiziéme. fois aux fastes consulaires de César; le vainqueur de la Germanie ouvre une année mémorable et se léve avec le soleil rajeuni, avee les astres solenuels, lui-méme plus radieux que les astres et plus brillant que l'étoile du matin. Quelles lois du Latium tressaillent d'allégresse ! que le sénat se réjouisse! que Rome , plus fiére que jamais, fasse retentir les échos des sept collines, et surtout les échos de la colline chérie d'Évan- dre. De nouveaux honneurs sont entrés dans le palais impérial, les douze faisceaux y reparais- sent encore une fois, et le sénat se félicite d'avoir vaincu par ses instantes priéres la modestie de Gésar. Le puissant rénovateur des siécles, Janus, au double seuil de son temple, éléve la téte, et vous rend gráces, prince magnanime, de l'a- voir enchainé par le retour de la paix, le forcant de mettre un terme à toute guerre, et de jurer obéissanee aux lois du nouveau forum. De l'un et de l'autre cóté il étend ses mains vers vous, et de sa double bouche il vous adresse ces paroles : « Salut, ó pére du monde, toi qui vas recom- mencer avee moi la série des siécles : tel Rome désire de te contempler toujours dans ee mois qui m'est consacré. Ainsi convient-il aux áges de renaitre et aux années de se renouveler. Ne cesse. pas de réójouir nos fastes; que la toge à longs plis et la robe consulaire travaillée des mains de Minerve, ta proteetrice, embrasse à jamais tes épaules! Vois-tu comme les temples brillent au- CARMEN I. XVII. CONSULATUS IMP. AUG. GERM. DOMITIANI. Lta bis octonis accedit purpura fastis €cwesaris, insignemque aperit Germanicus annum e Aíque oritur cum sole novo, cum grandibus astris ; Clarius ipse nitens, et primo major Eoo. Exsultent leges Lati: : gaudete , curules ; Et septemgemino jactantior szethera pulset Roma jugo; plusque ante alias Evandrius arces Collis ovet. Subiere novi Palatia fasces, Et requiem bis sextus honos, precibusque receptis Curia Ccesareum gaudet vicisse pudorem. Ipse etiam immensi reparator maximus avi Aitollit vultus , et utroque a limine grates Janus agit; quem tu, vicina Pace ligatum ,. Omnia jussisti componere bella , novique : Tn leges jurare fori.: levat ecce supinas fh Hinc atque inde manus, geminaque hac yoce profatur z « Salve, magne parens mundi ; qui scecula me | Instaurare paras : talem te cernere semper Mense meo tua Roma cupit; sic tempora nasci, Sic annos infrare decet : da gaudia fastis 1 54 STACE. jourd'hui d'un éelat plus vif , et comme la flamme sur nos autels s'élance plus haute? L'hiver méme, qui m'est consacré, s'adoucit en ta faveur. Tous se félieitent de ton empire, les chevaliers comme le peuple , le peuple comme les sénateurs , et ton consulat ajoute à toutes les dignités un nou- veau lustre. Qu'avait de semblable Ja grande année précédente, dis-le, je t'en conjure, puis- sante Rome; et toi, antiquité reeulée, consulte les fastes, et ne t'arréte pasà des exemples vul- gaires, cherche une renommée que César ne dé- daigne pas de vainere. « 'Treize fois dans le cours de sonrégne Auguste a vu les faisceaux portés devant lui, mais il ne les mérita que fort tard. Toi, jeune encore, tu sur- passes tes aneétres. Dieux! quels honneurs tu refuses, quels honneurs tu défends! Tu te lais- seras pourtant fléchir, et tu aecorderas souvent un tel jour aux priéres du sénat. Devant toi s'ouvre un plus long avenir, et, mesurant tes hon- neurs à sa félieité, Rome te placera sur la chaise eurule trois et quatre fois, s'il le faut. Avec moi tu poseras les bases d'un nouveau siecle, et tu exhumeras le vieil autel de Térente. Tu rempor- teras mille trophées ; permets-nous seulement de te décerner les triomphes. Reste la Bactriane, reste Dabylone, qui n'est pas encore tributaire. Le laurier de l'Inde n'est pas encore sur le sein du dieu du Capitole; les Arabes, les Seres ne- demandent pas encore gráce. L'année ne jouit pas de tout l'honneur qu'elle peut avoir, et dix de ses mois sont jaloux de porter un de tes noms. » Ainsi parla Janus, et il fermasur lui de grand Continua; hos humeros multo sinus ambiat ostro.,. Et properata tuze manibus preetexta Minervae. Aspicis uf templis alius nitor, altior aris Ignis, et ipsa mec tepeant tibi sidera bruma. Moribus atque tuis gaudent turmoque , tribusque , 25 Purpureique Patres ; lucemque a consule ducit Omnis honos. Quid tale, precor, prior annus habebat ?- Dic age, Roma potens, et mecum, longa Vetustas, : Dinumera fastos ; nec parva exempla recense, Sed quas sola meus dignetur vincere Cwsar. 30 « "Ter Latio deciesque tulit, labentibus annis, Augustus fasces; sed coepit sero mereri : 'Tu juvenis preegressus avos. En! quanta recusas, Quanta vetas! flectere tamen ; precibusque senatus Permittes hane ssepe diem : manet insuper ordo 35 Longior, et totidem felix tibi Roma curules 'Terque quaterque dabit : mecum altera sceeula condes, Et tibi longeevi revoeabitur ara Terenti. Mille trophza feres; tantum permitte triumphos. Restat Bactra novis, restat Babylona tributis 40 Frenari : nondum in gremio Jovis Indica laurus, Nondum Arabes, Seresquerogant ; nondum omnis honorem Annus habet , cupiuntque decem tua nomina menses. » Sic Janus , clausoque libens se poste recepit. eceur les portes de son temple ; alors tous les au- tres édifices de s'ouvrir à la fois et de donner des signes d'allégresse. Grand roi, Jupiter vous promet une éternelle jeunesse, avee le nombre de ses années. SILVE 1l. ACTION DE GRACE RENDUE A4 L'EMPEREUR AUGUSTE GERMANICUS DOMITIEN. Le banquet de la reine de Sidon a été chanté par le poéte qui conduisit le grand Énée dans les champs de Laurente, de méme que les festins d'Aleinoüs sont décrits dans le poóme impérissa- ble qui nous montre Ulysse à son retour épuisant la rage de toutes les mers. Et moi que César vient de faire asseoirà sa table divine, et moi qu'il a comblé de délices nouvelles, quels accords suffiraient à l'expression de mes veeux et à l'éten- due de ma gratitude? Non, jamais, quand Smyrne et Mantoue tresseraient sur ma téte des lauriers adorés du poéte, mon langage n'atteindrait mon sujet. ll mesemble que ravi au milieu des astres je prends plaee au banquet de Jupiter, et que la main du jeune Troyen me présente le nectar immortel. Àh! jusqu'iei je n'avais passé que des années stériles : voiei pour moi le premier jour, voiei le seuil de la vie. Monarque vainqueur et . pere du monde, est-ce bien vous que j'apercois , vous l'espoir des hommes , vous l'objet de la sol- lieitude des Dieux? Je puis à vos cótés, je puis au milieu des coupes et des mets contempler votre face, et néanmoins ne pas me lever! Je 'Fune omnes patuere fores , lcetoque dederunt 45 - Signa polo; longamque tibi , dux magne , juventam Annuit, atque suos promisit Juppiter annos. CARMEN II. . EUCHARISTICON AD IMP. AUGUST. GERMANICUM DOMITIANUM. Regia Sidonie convivia laudat Elisze Qui magnum ZEneam Laurentibus intulit arvis ; Alcinoique dapes mansuro carmine monstrat JEquore qui multo reducem consumpsit Ulixen ; Ast ego, cui saerce Csesar nova gaudia coenae 5. Nunc primum, dominaque dedit consurgere mensa , Qua celebrem mea vota lyra? quas solvere grates Sufficiam? non, si pariter mihi vertice l;to Nectat adoratas et Smyrna et Mantua lauros , Digna loquar. Mediis videor discumbere in astris 10. €um Jove, et Iliaca porrectum sumere dextra. Immortale merum. Steriles transmisimus annos ;. Hc aevi mihi prima dies, hcec limina vitee. Tene ego, regnator terrarum orbisque subacti Magne parens, te, spes hominum, te, cara Deorum, 13 LIV. IV, me trouve dans un palais auguste, immense, soutenu par des colonnes innombrables, et ca- pable de supporter le ciel avee les habitants du ciel pendant le repos d'Atlas. Edifice dont s'é- tonne la demeure voisine du maitre du tonnerre, édifice rival de l'Olympe, et que les Dieux se réjouissent de vous voir habiter, dans l'espoir que vous serez moins empressé de prendre l'essor vers le eiel. Monument superbe, qui déploie impétueusement ses eontours , impatient de toute limite, qui embrasse un espace immense et ne le céde qu'à son maitre. Lui seul en remplit la vaste enceinte, et la décore par son génie. Là brillent à lenvi les marbres des monts phrygiens et libyens, les roches de la féconde Syene, de Chio, les pierres d'azur, rivales de Doris, et celles de Luna qui prétent un appui solide aux colonnes; et au-dessus l'éelat d'une voüte superbe que l'oeil ébloui eonfond avee les lambris dorés des cieux. Au premier signe de César, mille sénateurs et ehevaliers prennent placeà la fois, et Céres rele- vant sa robe s'agite avec Baechus pour satisfaire tant de convives. Ainsi le char aérien de Tripto- léme versa jadis l'abondance ; ainsi le dieu de la treille ombragea de pampres touffus les flanes nus et stériles des collines. Mais ni cet appareil , ni ces bois d'Afrique supportés par des colonnes indiennes, ni ces troupes de belles esclaves, ne fixérent mon attention ; mon cil avide ne voyait que lui seul, avee son visage calme, et cette majesté sereine qui tempérait les rayons de sa gloire, et cette modestie qui semblait demander Cerno jacens? Datur hzec juxta, datur ora tueri Vina inter, mensasque, et non assurgere fas est ? Tectum augustum, ingens, non centum insigne columnis, Sed quantze Superos cedlumque, Atlante remisso, Sustentare queant : stupet hoc vicina Tonantis 20 Regia, teque pari lzetantur sede locatum Numina, ne magnum properes escendere colum : Tanta patet moles, effusceque impetus aulce Liberior campi , multumque amplexus aperti Jitheros , et tantum domino minor : ille penates 25 Implet,, et ingenti Genio juvat. ZEmulus illic Mons Libys , Hiacusque nitent , et multa Syene, Et Chios, et glauca certantia Doride Saxa, Lunaque portandis tantum suffecta columnis. Longa super species : fessis vix culmina prendas 30 Visibus, auratique putes laquearia cceli. Hic quum Romuleos proceres trabeataque Ctesar Agmina mille simul jussit discumbere mensis ; Ipsa sinus accincta Ceres ; Baechusque laborant Sufficere : zetherei felix sic orbita fluxit 35 Triptolemi ; sic vitifero suh palmite nudos Uumbravit colles , et sobria rura Lycus. Sed mihi non epulas, Trdisve innixa columnis Robora Maurorum, famulasye ex ordine turmas ; Ipsum, ipsum cupido tantum Spectare vacavit 40 Trauquillum vultus, et majestate serena SILVE II. 55 gráce pour sa haute fortune. Cependant, méme | à travers ee voile jaloux percaient des regards d'une telle magnificence, que les Barbares et les nations les plus éloignées n'auraient pu le mé- connaitre. Ainsi, dans les vallons glaeós du Rhodope, re- pose le dieu Mars, aprés avoir dételé ses cour- siers ; ainsi Pollux , au sortir dela lutte, étend ses membres Juisants d'huile; ainsi, prés du Gange, au milieu des hurlements des Indiens, Évan se délasse ; ainsi le grand Aleide, aprés avoir exé- euté les ordres de sa marátre, aimait à s'endor- mir sur la peau du lion vaineu. J'en dis trop peu, et mon admiration n'égale point l'éclat de ton visage, ó Germanicus! Tel parait aux confins de l'Océan et à Ja table des Éthiopiens le mattre des Dieux , le front ópanoui par le nectar : il commande aux Muses de chan- ter les vers réservés pour son oreille, et à Phébus de célébrer la vietoire de Palléne. Que les Dieux (car on dit qu'ils exaucent sou- vent les voeux des plus humbles mortels) ajou- tent deux et trois fois à vos années celles qu'a comptées votre auguste pére! Envoyez dans les astres des divinités nouvelles, élevez des temples et habitez des palais , ouvrez longtemps les por- tes de l'année, saluez souvent Janus avec de nou- veaux licteurs, et couronnez au retour de chaque lustre les vainqueurs aux jeux quinquennaux. Ce jour oü vous avez daigné m'admettre à votre table saerée me rappelle , aprés bien longtemps, l'époque fortunée oü, sous les eollines d'Albe, Mulcentem radios , summittentemque modeste Fortun: vexilla suc ; tamen ore nitebat Dissimulatus honos : talem quoque barbarus hostis Posset, et ignotze conspectum agnoscere gentes. 45 Non aliter gelida Rhodopes in valle recumbit Dimissis Gradivus equis : sic lubrica ponit Membra Therapnza resolutus gymnade Pollux : Sic jacet ad Gangen , Indis ululantibus, Evan : Sic gravis Alcides, post horrida jussa novercae 3 50 Gaudebat strato latus acclinare leoni. : Parva loquor, nec dum sequo tuos , Germanice , vultus : . Talis ubi Oceani finem, mensasque revisit ZEthiopum, sacros diffusus nectare vultus Dux Superum, secreta jubet dare carmina Musas , 85 Et Pallenzos Phoebum laudare triumphos. Di tibi, namque animas sepe exaudire minores Dicuntur, patrie bis terque exire senectze Annuerint fines! rata numina miseris astris, 59 Templaque des, habilesque domos ! Scepe annua pandas Limina; sepe novo Janum lictoresalutes; —— Spe coronatis iteres Quinquennia lustris! Qua mihi felices epulas mensceque dedisti ^ Sacra tuz, talis longo post tempore venit : Lux mihi, Trojan qualis sub collibus Albae x 55 Quum modo Germanas acies, modo Daca sonantem Prelia, Palladio tua me manus induit auro. 56 pour prix de mes chants sur les défaites des Da- ees et des Germains, vous ceignites mon front du | laurier d'or de Pallas. SILVE 1I. LA VOIE DOMITIENNE. De quel épouvantable fraeas, heurtant le dur eaillou, le fer pesant fait résonner les flanes de la voie Áppienne aux lieux oü elle avoisine la mer? Certes il ne vient pas, ce bruit, des pha- langes libyennes; étranger eruel et parjure, tu ne portes plusle trouble dans les plaines de la Campanie! Ce n'est pas Néron creusant des ca- naux et pereant des montagnes pour y introduire l'eau bourbeuse des marais. C'estle héros qui, aprés avoir fermé le seuil du belliqueux Janus, rétablit la justiee et les lois pour couronnement de son couvre; celui qui rend. à la ehaste Cérés des terrains stériles et longtemps abandonnés , celui qui défend de mutiler le sexe fort, et, censeur bien- faisant, ne veut pas que des hommes aient à eraindre un supplice, dans le. frivole intérét de leur beauté; celui qui rend au Capitole le maitre du tonnerre et replaee dans son temple la.statue de Ja Paix ; celui qui destine aux Flaviens, auteurs de sa race , un séjour éternel, un véritable Olympe; c'est lui, e'est ee grand prinee qui, voyant la route encombrée par la vase et le ehemin de tra- verse envahi par les eaux , nous abrége de longs détours , et raffermit la digue de sable au moyen CARMEN III. VIA DOMITIANA- Quis duri silicis gravisque ferri Immanis sonus cequori propinquum. Saxosc latus Appie replevit? Certe non Libycc sonant caterva, Nec dux advena, pejerate bello , 51 Campanos quatis inquietus agros ; Nec frangit vada, montibusque czesis. Inducit Nero sordidas paludes. Sed qui limina bellicosa Jani Justis legibus, et foro coronat ;, Qui castze Cereri diu negata Reddit jugera, sobriasque terras ;. Qui fortem vetat interire sexum , Et Censor prohibet mares adultos Pulchrz supplicium timere forme ;. Qui reddit Capitolio Tonantem , Et Pacem propria domo reponit ;. Qui genti patrize futura semper Sancit limina, Flaviumque culmen ;. Hic , coeno bibulo viam gravante, Kt campis iter amne detinente , Longos eximit ambitus , novoque Injectusolidat graves arenas; 10 20 a 9 STACE. d'une eouehe nouvelle, jaloux qu'il est de rap- procher des.sept eollines la demeure de la Si- bylle, le golfe de Gaurus et les tiédes rivages de Baia. Là, naguére le voyageur, sur un essieu tardif et ruisselant d'eau, restait ballotté et suspendu comme un criminel en croix; là, une terre per- fide engravait lesroues, et le peuple latin avait à redouter au milieu des champs toutes les hor- reurs du naufrage; et l'on n'y avancait pas, et des orniéres fangeuses embarrassaient, retardaient la marche, tandis que la mule, harassée sous un fardeau trop lourd, gémissait et se trainait à grand'peine. Aujourd'hui ee trajet, qui deman- dait une journée entiére , se fait en moins de deux heures; l'oiseau n'est pas plus rapide quand il part à tire-d'aile, et la fuite du vaisseau sur les mers n'est pas plus prompte. Ouvrir de larges sillons , aplanir quelques en- droits du sol, et le fouiller profondément pour en tirer Ja terre, c'était là le premier travail. Il fallait ensuite remplir les fossés d'une terre plus dure, et préparer un lit de ciment convenable pour le dosincliné de la route, dont le sol ne devait ni vaciller, ni faire chancelerles ehars sur unlitde pierres mal assurées; il s'agissait enfin d'assu- .jettir l'ouvrage à droite et à gauche par des chai- nes de pierres, et de maintenir encore ces chaí- nes par de fortes agrafes. O que de mains à la fois occupées! Les uns eoupent le bois et dépouil- lent les montagnes ; les autres taillent les roches et faconnent les poutres. Ceux-ci à leur tour lient Gaudens.Euboice domum. Sibylle, Gauranosque sinus, et destuantes Septem montibus admovere Baias. Hic quondam piger axe vectus udo Nutabat ceruee pendula viator, Sorbebatque rotas maligna tellus ; Et plebs in mediis Latina campis Horrebat mala navigationis ; Nec cursus agiles , et impeditum Tardabant iter orbitze tacentes , Dum pondus nimium querens sub alta. Repit languida quadrupes statera ; 35 At nune , qu:e solidum diem terebat ,. Horarum via facta vix duarum : Non tensz volucrum per astra penne ,. Nec velocius ibitis, carinae. 30 Hic primus labor inchoare sulcos. 40 Et rescindere limites , et alto Egestu penitus cavare terras : Mox , haustas aliter replere fossas ,. Et summo gremium parare dorso ,. 4h Ne nutent sola , ne maligna sedes , Et pressis dubium cubile saxis : Tunc umbonibus hinc et hinc coactis ,. Et crebris iter alligare gomphis. O quant: pariter manus laborantt LIV. IV, SILVE III. 51 les pierres et les unissent avec la chaux et le tuf desséché ; eeux-là épuisent l'eau stagnante dans les fondriéres, et font disparaitre jusqu'au moin- dre courant. Ávec tous ces bras il serait facile de percer le mont Athos, et d'enehainer par un pont en pierre les flots mélancoliques de la plaintive Hellé. Ce serait méme un jeu pour eux que de couper l'isthme de Corinthe et de réunir les deux mers, en dépit du promontoire de Léchius. Les rivages et les foréts mobiles en retentissent, et le bruit pénétre en longs échos jusqu'au sein des villes; ce bruit va s'engouffrer dans le Gaurus, qui le renvoie en éclats aux vignobles du Massi- que; il étonne la paisible Cumes, les marais de Literne, et le paresseux Savo. Cependant le Vulturne, à la ehevelure blonde et humide, embarrassée de roseaux flexibles, le Vul- turne léve la téte, et, appuyé sur la grande arche du pont de César, il prononce d'une voix rauque ces paroles , qui se pressent hors de sa bouche: « Dienfaisant réparateur de mes campagnes, j étais refoulé dans des vallons impénétrables, ne connaissant point de limites précises, lorsque vous avez resserré mes ondes entre deux rives. Et maintenant le voilà ee torrent fougueux et mena- cant qui supportait à peine de fréles barques ; déjà il subit le joug d'un pont, il se laisse traverser et fouler à plaisir. Habitué à entratner les foréts et lesterres dans mon cours, je commence à étre un Hi c:edunt nemus , exsuuntque montes, 50 Hi ferro scopulos trabesque levant ; Tlli saxa ligant, opusque texunt Cocto pulvere sordidoque topho ; Hisiccant bibulas manulacunas, — Et longe fluvios agunt minores. 55 H:e possent et Athon cavare dextre, Etmoestum pelagus gementis Helles Intercludere ponte non natanti : His parvus, Lechio nihil vetante , Inous freta miscuisset Istimos. 60 Fervent litora , mobilesque silvz ; It longus medias fragor per urbes; Atque Echo simul hinc et inde fractam Gauro Massicus uvifer remittit. Miratur sonitum quieta Cyme, 65 Et Literna palus, pigerque Savo. At flavum caput, uvidumque late Crinem mollibus impeditus ulvis Vulturnus levat ora, maximoque Pontis Czsarei reclinis arcu 70 . Raucis talia faucibus redundat : « Camporum bone conditor meorum ; Qui me vallibus aviis refusum Et ripas habitare nescientem Recti legibus alvei ligasti ; 75 Et nunc ille ego turbidus, minaxque Vix passus dubias prius carinas, Jam. pontem fero , perviusque calcor; ? fleuve. Mais, auguste prince, je te rends gráces , et ma servitude m'est chére quand elle me vient d'un pareil maitre, et quand à jamais tu seras dit mon vainqueur et l'arbitre souverain de ma rive. bés aujourd'hui tu m'entretiens dans un lit pai- sible, tu ne souffres dans mes ondes aucune souil- lure, et tu m'épargnes l'affront d'arroser au loin un sol infertile. Je n'irai point tout chargé delimon et de fange m'ensevelir dans la mer de Toscane, semblable au Bagrada qui traine silencieusement ses eaux dormantes au milieu des plaines de Car- thage; mais à l'avenir la pureté de mon cristal pourra défier les flots dela mer et les eaux trans- parentes du Liris, voisin de ma rive. » Ainsi parla le fleuve ; et dans ce moment, sur le dos immense de la nouvelle route, s'élevait une couche de marbre. Cette voie propice s'ouvre heureusement par un are triomphal enrichi des trophées du vainqueur des Germains, et tout bril- lant des métaux de la Ligurie; il égale celui dont Iris couronne les nuages. Là viennent aboutir les différents chemins , et là aussi la voie Appienne se voit avec regret délaissée. Alors plus rapide, plus ardente est la course, alors l'attelage aime à s'élancer; tels les rameurs fatigués respirent au premier souffle favorable qui vient enfler la voile. ; « Vous done, vous qui sous lesglaces de l'Ourse demeurez fideles au pére des Romains, nations, Qui terras rapere , et rotare silvas Assueram (pudet) , amnis esse coopi ; 80 Et grates ago, servitusque tanti est, Quod sub te duce, te jubente, cessi; Quod tu maximus arbiter, mezeque Victor perpetuus legere ripa. Et nunc limite me colis beato, 85 Nec sordere sinis, malumque late Deterges sterilis soli pudorem, Nec me pulvereum gravemque ocno Tyrrheni sinus obruet profundi ; Qualis Cinyphius tacente ripa 90 Poenos Bagrada serpit inter agros ; Sed talis ferar, ut nitente cursu Tranquillum mare proximumque possim Puro gurgite provocare Lirim. » Hec Amnis; pariterque se levabat 95 Ingenti plaga marmorata dorso : Hujus janua, prospernmque limen Arcus, belligeri ducis trophceis Et totis Ligurum nitens metallis , Quantus nubila qui coronat imbri. Illic flectitur exitus viarum; Illic Appia se dolet relinqui : Tunc velocior acriorque cursus, Tunc ipsos juvat impetus jugales. Ceu fessis ubi remigum lacertis Prime, carbasa ventilatis, aurae. Ergo omnes, age, que sub axe primo 100 58 STACE. descendez-la eette pente. Venez des régions orien- tales, lauriers jaloux d'ombrager César; hátez- vous, rien ne vous arréte. Maisà l'extrémité dela voienouvelle, à 'endroit oü Apollon nous indique l'ancienne ville de Cu- mes, quelle est cette femme, avee ses cheveux blanes et son bandeau sacré? Me trompez-vous, mes yeux? Est-ce la Sibylle qui sort de son an- tre, le laurier de Chaleis à la main? Silence, ó ma lyre, interromps tes chants; une autorité plus salute va parler, il faut se tne O comme elle agite sa téte! comme elle proméne ses fureurs dans la nouvelle voie ! on dirait qu'elle la remplit à elle seule. Enfin sa bouche virginale laisse échapper ces accents prophétiques : « Il viendra, je le disais bien, attendez, ehamps et fleuve! il viendra le favori du eiel, qui rempla- eera vos hideuses foréts et vos sables fangeux par une route commode et des ponts superbes. Ah! ce dieu, le voici; Jupiter l'a eommis pour régir en son nom l'univers trop heureux. Jamais plus digne mortel n'en prit les rénes depuis le jour ou, sous ma conduite, le Troyen avide de connaitre l'a- venir pénétra dans les bois fatidiques de l'Averne pour revenir ensuite à la lumiére. Celui-ei est clément dans la paix , terrible dans les combats ; ilest meilleur et plus puissant que la nature. Oui, s'il régnait sur les sphéres enflammées, l'Inde se- rait baignée de pluies abondantes, la Libye au- rait ses fontaines , et l'Hémus ses tiedes zéphyrs. Romani colitis fidem parentis, Prono limite commeate gentes : Eo citius venite laurus, Nil obstat cupidis , nihil moratur. Sed quam fine vice recentis imo, Qua-monstrat veteres Apollo Cumas , Albam crinibus, infulisque cerno? Visu fallimur? an sacris ab antris 112 Profert Chaleidicas Sibylla laurus? Cedamus ; chely, jam repone cantus; Vates sanctior incipit ; tacendum est. En! et colla rotat, novisque late Bacehatur spatiis , viamque replet. 'Tunc sic virgineo profatur ore : « Dicebam, veniet (manete campi Atque amnis) veniet , favente coelo , Qui foedum nemus et putres arenas Celsis pontibus , et via levabit. 125 En! hie est Deus; hune jubet bealis Pro se Juppiter imperare terris : Quo non dignior has subit habenas Ex quo, me duce, pra&escios Averni JEneas avide futura querens 130 Lucos et penetravit , et reliquit. Hic paci bonus, hic timendus armis, Natura melior, potentiorque : Hic si flammiferos teneret axes , Largis, India, nubibus maderes, 110 120 « Salut, chef des hommes et proche parent des Dieux, Ó divinité que j'ai vue et connue à l'a- vanee! ee n'est plus sur de vieux parchemins déroulés, aprés la priére solennelle de quinze prétres, que vous consulterez mes oraeles ; mais je vous parlerai de vive voix, vous méritez bien cette faveur. Écoutez : «J'ai vula trame des ànnées que vous filent les blanches Parques; une longue série de siécles vous attend; survivant à vos neveux, à vos ar- riére-neveux , une perpétuelle jeunesse vous ga- rantit la vieillesse de Tithon, les années paisibles de Nestor, et celles quej'ai moi-méme demandées au dieu de Délos. « Déjà l'Ourse glaeée a juré par votre nom : l'Orient vous promet de mémorables triomphes; vous irez sur les traces d'Hereule et d'Évan, par delà les astres et le berceau enflammé du soleil, par delà les sources du Nil et les neiges de l'Atlas; et, amassant toutes les gloires sur votre téte, vous monterez sur le echar triomphal qui viendra de lui-méme au-devant de vous. Et cette prospérité doit durer tant que brillera le feu troyen, tant que Jupiter tonnera du haut du Capitole renais- sant par vos soins, et tant que subsistera cette voie nouvelle, qui pendant votre regne sur la terredoit compter plus d'années que l'antique voie Appienne. Undaret Libye, teperet Emus. « Salve, dux hominum, et parens Deorum, Proevisum mihi, cognitumque numen. Nec jam putribus evoluta chartis 'Solemni prece Quindecim virorum Perlustra mea dicta; sed canentem Ipsam cominus, ut mereris , audi : « Vidi quam seriem morantis 2evi Pronectant tibi candide sorores : - Magnus te manet ordo seeeulorum : 143 Natis longior abnepotibusque, Annos perpetua geres juventa , Quos fertur placidos obisse Nestor , Quos Tithonia computat senectus , Et quantos ego Delium poposci. 130 « Juravit tibi jam nivalis Arctos ; Nunc magnos Oriens dabit triumphos : Ibis qua vagus Hercules, et Evan , Ultra sidera , flammeumque solem, Et Nili caput, et nivesAtlantis; 155 Et laudum cumulo beatus omni Scandes belliger, obviosque currus Donee Troicus ignis, et renatee Tarpeius Pater intonabit aulae ; Hec donec via, te regente terras , 160 Ànnosa magis Appia senescat. » 140 LIV. IV, SILVE IV. SILVE IV. ÉPITRE A VICTORIUS MARCELLUS. Va, cours, ma lettre, et, sans délai traversant les eampaenes euboiques, poursuis ta route jus- qu'à l'endroit mémeou s'arrondit ets'éléve la voie | Appienne, tandis qu'une ehaussée solide presse a molle aréne. Et sitót que tu auras pénétré dans la ville de Romulus, n'oublie pas de gagner Ja rive droite du Tibre aux flots dorés, prés du bas- sin qui abrite les vaisseaux, et non loin des bords ombragés par les jardins des faubourgs. Là tu verras Marcellus brillant de toutes les gráees du corps et de toutes les qualités de l'àÀme; tu le re- eonnaitras à sa taille de héros, et tout d'abord tu lui adresseras de ma part le salut d'usage, en retenant bien ces paroles mesurées : «Déjà le printemps pluvieux a réjoui par sa fuite la terre et les cieux, désormais livrés aux flammes de la canicule. Déjà s'éelaireit la noim- breuse population de la superbe Rome. Chaeun a choisi son asile, ou Préneste et ses bois saerés, ou les frais bosquets de Diane, ou la sombre hor- reur de l'Algide, ou Jes ombrages de Tuseulum. Il en est qui préférent Tibur, et vont respirer la poussiére humide des cascades de l'Anio. « Et toi, Marcellus, quelle retraite délieieuse te dérobe aux elameurs de la ville? Par quet air frais et pur trompes-tu les soleils d'été? Et l'objet le plus cher à ton eceur, ton ami de prédilection qui - est aussi mon ami , Gallus enfin, dont les vertus balaneent les talents, dans quelle contrée du CARMEN IV. AD VICTORIUM MARCELLUM EPISTOLA. Curre per Euboicos non segnis, epistola , campos; Hac ingressa vias , qua nobilis Appia crescit In latus, et molles solidus premit agger arenas. Atque ubi Romuleas velox penetraveris arces 3 Continuo dextras flavi pete Tybridis oras, B Lydia qua penitus stagnum navale coercet Ripa, suburbanisque vadum preetexitur hortis. Illic egregium formaque animisque videbis Marcellum , et celso praesignem vertice nosces : Cui primum solito vulgi de more salutem 2c 10 Mox inclusa modis hxc reddere verba memento : « Jam terras volucremque polum fuga veris aquosi Laxat, et Icariis celum latratibus urit ; Ardua jam dense rarescunt menia Rome: Hos Praeneste sacrum ; nemus hos glaciale Dianz, 15 Algidus auf, horrens, aut Tuscula protegit umbra ; Tiburis hi lucos], Anienaque frigora captant. « Te quoque clamosse quinam plaga mitior urbi Subtrahit? zestivos quo deeipis aere soles? Quid, tuus ante omnes, tua cura potissima Gallus, - 29 Nec non noster amor, (dubium morum ne probandus Ingenii ne bonis) Latiis cdestivat in oris 59 Latium passe-t-il la saison des chaleurs? Regaene- t-il déjà les murs de Luna, célébre par ses mines, ou bien ses belles maisons de "Toscane? S'il se trouve auprés detoi, mon souvenir n'est pas loin de vous, je l'espére; il anime vos entretiens, j'en suis sür; de la cireule un léger bruit qui vient frapper mes deux oreilles. « Maistoi, tandis que l'horrible criniére de l'as- tre de Cléonée brüle tout impréguée des feux du soleil, dérobe ton áme aux soueis, ton corps aux travaux assidus. Le Parthe n'est pas toujours à montrer son carquois homicide, ni son are tendu. L'éeuyer aux champs de l'Élide, aprés avoir fourni la carriere, baigne ses coursiers dans l'eau cáressante de l'Alphée. Ma muse aussi se fatigue et mon luth se reláehe. Le repos pris à temps stümule et nourrit les forces , il retrempe le cou- rage. Achille, qui vient de chanter Briséis ; étin- celle d'un feu nouveau, et dépose la lyre pour s'é- lancer contre Hector. De màme un peu de loisir enflammera ton áme, et tu parcourras avee plus d'élan le cercle ordinaire de tes travaux. Mainte- nant aucun débat n'agite le forum ; la saison est morte pour les procés, le retcur des moissons a dispersé les clients, et dans le vestibule une foule d'aecusés, foule gómissante, ne te presse pas de sortir; enfin la baguette impérieuse des cent juges se repose, dans ce tribunal oü tu t'est déjà rendue si célébre par la sublimité d'une élo- quence qui n'attend pas les années. Heureux mortel! ni les couronnes de l'Hélicon, ni les lau- riers du Parnasse n'ont d'attraits pour toi. Mais Anne metalliferze repetit jam moenia Luna, Tyrrhenasque domos? Quod si tibi proximus hieret, Non ego nunc vestro procul a sermone recedo: 25 Certum est; inde sonus geminas mihi circuit aures. « Sed tu, dum nimio possessa Hyperione flagrat Torva Cleoncei juba sideris, exsue curis Pectus , et assiduo temet furare labori. Et sontes operit pharetras, arcumque retendit 30 Parthus; et Eleos auriga, laboribus actis, Alpheo permulcet equos ; et nostra fatiscit Laxaturque chelys : vires instigat, alitque | Tempestiva quies; major post otia virtus. Talis cantanta Briseide venit Achilles 35 Acrior, et positis erupit in Hectora plectris. Te quoque flammabit tacite repetita parumper Desidia, et solitos novus exsultabis in actus. Certe jam Latic non miscent jurgia leges , Et pacem piger annus habet ; messesque reverso 40 Dimisere forum : nec jam tibi turba reorum Vestibulo, querulive rogant exire clientes : Cessat centeni moderatrix judicis hasta, Qua tibi sublimi jam nunc celeberrima fama Eminet, ef juvenes facundia preeteritannos. —- 45 « Felix curarum! cui non Heliconia cordi - Serta, nec imbelles Parnasie vertice laurus; - Sed viget ingenium, et magnos accinctus in usus 60 unesprit vigoureux, une áme forte, à l'épreuve des événements , te rendent capable de tout. Quant à nous, c'est avee des chants que nous charmons une vie désoeuvrée ; nous poursuivons un vain fantóme de gloire. Mais voiei qu'en cherchant le sommeil Je long de ma rive natale, de cette rive hospita- liére qui abrita Parthénope, je pince négligem- ment les cordes chétives de mon luth : assis au seuil du temple de Virgile, Virgile m'inspire, et je ehante sur la tombe de ce grand. maitre. « Oh!sila Parquet'acceordait une longue earriére (et moi je l'en conjure), si le chef du Latium que . tu places dans ton respect bien avantle maitre du tonnerre, si ce prince auguste te continuait ses faveurs, lui qui joint pour toi à l'honneur des fais- eeaux l'importante mission de restaurer l'antique voie Latine, peut-étre irais-tu, dirigeant les co- hortes de l'Ausonie, garder les bordsdu Rhin ou les brülants rivages de Thulé, ou le eours du Danube, ou les portes si dangereuses dela mer Caspienne: ear tu n'as pas en partage l'éloquenee seule, tu as recu un tempérament de héros, et des épau- les capables de soutenir le lourd fardeau de la eui- rasse. Quetu eombattes à pied, ton panache flot- tera au-dessus des bataillons ; à cheval, ton eour- sier soumettra sa fougue à ton frein retentissant. Pour nous, tout en chantant les actions des autres, nous descendons la pente de la vieillesse. Toi, brillant de tes propres exploits, tu fournis une ample matiére à nos chants, et à la patrie de no- bles exemples. Ton pére et méme encore ton bel- liqueux aieul exigent beaueoup deta valeur. C'est ^ quelque chose que d'étre né au milieu des triom- Fert animus quascumque vices : nos olia vitae Solamur cantu, ventosaque gaudia famae 50 Quiserimus. En egomet somnum , ef geniale secutus Litus, ubi Ausonio se condidit hospita portu Parthenope , tenues ignavo pollice chordas Pulso, Maroneique sedens in margine templi Sumo animum, et magni tumulis adcanto magistri. — 55 « At tu, si longi cursum dabit Atropos evi, Detque precor, Latiique ducis si numina pergent ; Quem tibi posthabito studium est coluisse Tonante , Quique tuos alio subtexit munere fasces, Et spatia antiquce mandat renovare Latins: , 60 Forsitan Ausonias ibis frenare cohortes, Aut Rheni populos , aut nigra litora Thules, Aut Istrum servare latus, metuendaque porte Limina Caspiace : nec enim tibi sola potentis Eloquii virtus; sunt membra accommoda bellis , 65 Quique gravem tardi subeant thoraca lacerti. Seu campo pedes ire paras, est agmina supra Nutaturus apex ; seu frena sonantia flectes , Serviet asper equus. Nos facta aliena canendo Vergimur in senium : propriis tu pulcher in armis 70 Tpse canenda geres , patriaeque exempla parabis. Magna pater, dignosque etiamnum belliger actus Poscit avus , praestatque domi novisse triumphos STACE. phes. Courage done! à l'aurore de la vie, rivalise avee ton pere, à la force del'áge. Courage, Marcel- lus, également heureux de la gloire de ton pére et de la noblesse de ta mere! Le sénat, qui t'a donné la pourpre pour bereeau , se complait à te pro- mettre tous les honneurs curules. » Tels sont, Mareellus, les aecents que j'en- voyais vers toi aux lieux oü le Vésuve élance vers le eiel sa rage brisée, et roule en tourbillons ses flammes, rivales des flammes de l'Etna. Étrange eatastrophe! La postérité le croira-t-elle, alors que les moissons et la verdure reeouvriront ces dé- serts, eroira-t-elle bien fouler aux pieds le tom- beau des populations et des villes? eroira-t-elle que les champs de ses aieux sont deseendus tout entiers au fond de la mer ? Mais le gouffre béant nous menaee encore; loin de vous, Ó Tifate, Ó Téate, loin de vous, montagnes des Marru- eins, les débordements de sa colere! Et maintenantsi tu veux savoir à quoi ma muse prélude, je te répondrai que ma 7/ébaide, au terme desestravaux, vient de plier ses voiles dans le port désiré. Sur les címes du Parnasse et dans les foréts de l'Hélicon, j'ai brülé un en- cens pur avec les entrailles d'une génisse vierge, et suspendu mes bandelettes au laurier consaeré. Une autre eouronne a eeint mon front, veuf de la premiere. Ilion, le grand Achille, voilà désormais l'objet de mes efforts. Mais le dieu à l'are d'argent | m'appelle ailleurs; il me montre les aetions plus éclatantes du chef de l'Ausonie; je suis poussé là par je ne sais quel entrainement, et la crainte seule me raméne. Mes épaules soutiendront- elles Surge agedum, juvenemque puer deprende parentem , Stemmate materno felix , virtute paterna. 75 Jam te blanda sinu Tyrio sibi Curia felix Educat, et cunctas gaudet spondere curules. » Hec ego Chaleidicis ad te, Marcelle, sonabam Littoribus, fractas ubi Vesvius erigit iras, JEmula Trinacriis volvens incendia flammis. 80 Mira fides! credetne virum ventura propago , Quum segetes iterum , quum jam haec deserta virebunt , Infra urbes populosque premi , proavitaque toto Rura abiisse mari? nec dum letale minari : Cessaft apex ; procul ista tuis, Tifata, Teate, 85 Nec Marrucinos agat heec insania montes. Nunc si forte meis quc sint exordia Musis Scire petis, jam Sidonios emensa labores 'Thebais optato collegit carbasa portu; Parnasique jugis , sylvaque Heliconide festis .90 TThura dedit flammis, ef virginis exta juvene , Votifera que meas suspendit ab arbore vittas. Nunc vacuos crines alio subit infula nexu : Troja quidem , magnusque mihi tentatur Achilles ; Sed vocat arcitenens alio pater, armaque monstrat 95 Ausonii majora ducis : trahit impetus illo ; Jam pridem, retrahitque timor : stabuntne sub illa Mole humeri? an magno vincetur pondere cervix? LIV. IV, eefardeau, et mon génie n'en sera-t-il point écrasé? qu'en dis-tu, Marcellus, lesupporterai-je? Et ma nacelle, qui n'a eneore vu que d'humbles riviéres, doit-elle affronter les périls de la mer Ionienne? Adieu done! et défends à ton eceur de laisser sortir l'amitié que tu y eonserves pour un poéte bien connu. Certes, le dieu de Tyrinthe et le hé- ros de l'amitié n'avait point ton áme , et tu aurais la palme sur le fidéle Thésée et sur celui qui, trainant autour d'llion les restes déchirés du fils de Priam, eherehait à se eonsoler de la perte d'un ami. SILVE V. ODE A SEPTIME SÉVERE. Heureux et fier d'un modeste domaine prés de lantique cité qui honore les pénates troyens, je m'adressé au brave, à l'éloquent Sévére , et, sur un mode qui m'est peu familier, je le salue. Déjà l'affreux hiver, percé des traits d'un soleil brülant, a disparu vers l'Ourse hyperboréenne. Déjà l'Océan et la terre sourient, déjà les tiedes zéphyrs ont brisé les forces de l'aquilon. L'arbre chevelu renouvelle son feuillage et sa parure printaniére ; et voici de nouvelles plaintes, des mélodies nouvelles, que l'oiseau, pendant la | brume, a méditées en silence. Pour nous, un petit coin de terre, un foyer oü petille la flamme vigilante , un toit noirci par la Dic , Marcelle, feret? fluctus an sueta minores Nosse ratis, nondum Ioniis credenda periclis ? Jamque vale, et penitus noti tibi vatis amorem Corda exire veta : nec enim Tirynthius alme Pectus amicitie ; cedit tibi gloria fidi Theseos, et lacerum qui circa mcenia Trojoe Priamidem , czeso solatia traxit amico. 100 105 CARMEN V. CARMEN LYRICUM AD SEPT. SEVERUM. Parvi beatus ruris honoribus, Qua prisca Teucros Alba colit lares , Fortem atque facundum Severum Non solitis fidibus saluto. Jam trux ad Arctos Parrhasias hiems 5 Concessit altis obruta solibus ; Jam pontus, ac tellus renident ; Jam Zephyris Aquilo refractus. Nunc cuncta vernans frondibus annuis Crinitur arbos ; nunc volucrum novi HU Questus , inexpertumque carmen 5 Quod tacita statuere bruma, - Nos parca tellus , pervigil et focus , Culmenque multo lumine sordidum Solantur, exemptusque testa 15 SILVE V. 61 fumée, nous consolent du reste, ainsi que le jus de la treille sorti du vase ou il vient de jeter son feu. Je n'ai point iei mille brebis bélantes, ni une génisse dont les mugissements appellent un doux adultére; l'éeho de mon champ répond à ma voix seule, quand ma voix se fait entendre. Mais aprés ma patrie cette terre a la premiere place dans mon eceur. C'est là que la belliqueuse déesse couronna mes vers parla main de César. Tendre ami, comme tu t'efforcais alors de dissi- per ma douce inquiétude | 'Tel Castor frissonnait au plusléger bruit venant de l'aréne de Bébrycie. Quoi! c'est au fond des Syrtes sauvages que Leptis t'a vu naitre? Bientót sans doute elle por- tera les moissons de l'Inde, et ravirale précieux einname à l'odorante Sabée. Qui ne eroirait que le doux Septime a essayé ses premiers pas sur lescollines de Romulus, et que, sevré du lait maternel, il atrempé ses lévres dans la fontaine de Juturne? Cette vertu m'étonne. À peine entré dans les ports del'Ausonie, tu perds toute idée dela perfidie africaine, et, adopté parl Etrurie, tu te plonges en- core enfant dans les ondes tyrrhéniennes. Ici, parmiles fils dessénateurs, tu grandis con- tent du modeste éclat de la pourpre , tandis qu'a- vee uneáme toute patrieienne tu embrasses d'im- menses travaux. Rien en toi nerappelle Carthage, ni lelangage, ni les maniéres, ni l'esprit. Tu es Romain. Il est Qua modo ferbuerat Lycus. Non mille balant lanigeri greges , Nec vacca dulci mugit adultero : Unique si quando canenti Mutus ager domino reclamat. 20 Sed terra primis post patriam mihi Dilecta curis : hic mea carmina Regina bellorum virago Ceesareo decoravit auro: Quum tu sodalis dulce periculum 25 Connisus omni pectore tolleres ; Ut Castor ad cunctos tremebat Bebrycie strepitus arenc. Tene in remotis Syrtibus avia Leptis creavit? jam feret Indicas 30 Messes , odoratisque rara Cinnama preripiet Sabois. Quis non in omni vertice Romuli Reptasse dulcem Septimium putet? Quis fonte Juturna , relictis 35 Überibus, neget esse pastum? Heec mira virtus : protenus Ausonum Portus , dolos:e nescius Africe, Intras, adoptatusque Tuscis Gurgitibus puer innatasti. : 40 Hic parvus, inter pignora Curize, Contentus arcto lumine purpure ; 62 done à Rome et dans les légions de Rome des en- fants qui bonorent la Due. Ta voix au barreau charme la foule, mais ton éloquence n'est point vénale, et ton EG repose dans le fourreau, si l'intérét de tes amis ne l'en fait sortir. 'Tu eherehes avee amour le repos et les champs, tantót dans la demeure paternelle et sur le sol de Veies, tantót dans les bois touffus des Herniques, ou bien parmi les vieux Sabins. Là, tu t'oceuperas d'ceuvres sérieuses , et libres des entraves de la mesure : mais, en mémoire de nous, réveille aussi parfois ta l'yre ensevelie dans ton humble retraite. SILVE. VI. LHERCULE SUR LA TABLE DE NONIUS VINDEX. Un jour que, l'esprit libre et le eceur soulagé d'Apollon, j'errais à l'aventure dans les vastes en- elos du ehamp de Mars, à la clarté mourante du so- leil eouchant, un souper de l'aimable Vindex vint m'enlever à ma réverie. Ce sont de ces repas qui se gravent daus la partie la plus intime de l'áme pour ne plus s'effaeer; car notre estomae n'a point épuisé ses eapriees sur des mets venus à grands frais de tous les elimats, il n'a point sa- vouré ees vins qui rivalisent de vieillesse avee nos fastes consulaires. Ah jeles plains ceux qui attachent tant de prix Crescis; sed immensos labores Indole patricia secutus. Non sermo Poenus , non habits tibi , Externa non mens: Italus , Italus. Sunt Urbe Romanisque turmis Qui Libyam decorant alumni. Est et frequenti vox habilis foro, Xenale sed non eloquium tibi , Ensisque vagina quiescit, Siringere ni jubeant amici. Sed rura cordi scepius et quies, - Nunc in paternis sedibus et solo - Veiente, nunc frondosa supra 4b 50 : 55 Hernica, nunc Curibus vetustis. — d Hic plura pones vocibus et modis Passu solutis; sed memor interim Nostri, verecundo latentem Barbiton ingemina sub antro. 60 CARMEN VI. HERCULES EPITRAPEZIOS NONI VINDICIS.- Forte remittentem curas, Phoeboque levatum Pectora , quum patulis tererem vagus otia Septis jam moriente die, rapuit me ccena benigni Viudicis : haec imos animi perlapsa recessus STACE. à eonnaitre la différenee qui existe entre un fai- san et une grue, entre l'oiseau du Phase et l'oi- seau du Rhodope; eeux-là qui demandent quelle espéce d'oie est la plus grasse , et pourquoi le san- glier d'Étrurie a plus de saveur que le sanglier d'Ombrie, et sur quelle herbe marire l'huitre glissante repose plus mollement! Quant à nous, les joyeux propos, les épanchements d'une ami- tié sineére, et les paroles que nous soufflait le vent du Pinde, tout nous eonseilla, pour cette nuit d'hi- ver, d'écarter de nos yeux le doux sommeil, jus- qu'à l'heure oü Castor montrant sa téte, au SOR des champs Élysées, l'Aurore sourit de nous voir attablés au banquet de la veille. O nuit délieieuse ! quen'égalas-tu en durée cette nuit double oà naquit le héros de Tirynthe! nuit à jamais mémorable, et qu'on aurait dü mar- quer avec le diamant d'Érythrée. C'estalors que je vis quantité de figures antiques d'ivoire et d'ai-. rain, et des modéles en cire qui semblaient vou- loir parler, tant l'illusion était parfaite. Quel con- naisseur eut jamais le coup d'eeil plus sür que Vindex? Qui mieux que lui sut distinguer le style des anciens artistes, et restituer à son auteur un ehef-d'ceuvre anonyme? vous montrera, lui, les veiles savantes de Myron et ses méditations écrites en bronze; il vous dira quel marbre a recu la vie par l'art de Praxitéle, quel ivoire à été poli par la main de Phidias, quels bustes respirent, gráce aux fourneaux de Polycléte, et quelle admirable ligne accuse encore, aprés des siécles, le pinceau du vieil Apelle; car voilà ses Inconsumpta manet ; neque enim ludibria ventris 5 Hausimus , aut epulas diverso e sole petitas , Vinaque perpetuis aevo certantia fastis. Ah miseri ! quos nosse juvat, quid Phasidis ales Distet ab hiberna Rhodopes grue ; quis magis anser Exfa ferat; cur Thuscus aper generosior Umbro ; Lubrica qua recubent conchylia mollius alga. Nobis verus amor, medioque Helicone petitus Sermo, hilaresque joci brumalem absumere noctem Suaserunt, mollemque oculis expellere somnum; Donec ab Elysiis prospexit sedibus alter Castor, et hesternas risit Tithonia mensas. O bona nox ! junctaque utinam TTirynthia luna! Nox , et Erythrce:e Thetidis signanda lapillis , Et memoranda diu, geniumque habitura perennem. Mille ihi tunc species drisque eborisque vetusti , Atque locuturas mentito corpore ceras Edidiei: quis namque oculis certaverit usquam Vindicis , artifieum veteres cognoscere ductus , Et non inscriptis auctorem reddere signis ? Hic tibi que docto multum vigilata Myroni ZEra , laboriferi vivant quoe marmora coelo Praxitelis, quod ebur Pisco pollice rasum , Quod Polycleteis jussum est spirare caminis, Linea quie veterem longe fateatur Apellem , Monstrabit : namque hec , quoties chelyn exsuit ille; 20 25 LIV. IV, SILVE VI. à3 délassements lursqu'il a déposé lalyre; c'est en- | àlajoie. D'une mainil tient la coupe voluptueuse eore l'amour du beau qui l'arrache à ses grot- tes d'Aonie. Cependant le génie, le proteeteur de notre table | frugale étaitun Hercule qui me plongea dans l'ex- tase, et que mes yeux ne se lassérent pas de eon- templer. Letravail en étaitsi beau! il y avaittant de majesté contenue dans des bornes si étroites ! Le dieu ! m'éeriai-je, voilà le dieu! Certes , il posa devant toi, ó Lysippe, lorsqu'il t'arriva de le repré- senter si petit et de Ie faire concevoir si grand. Encore que cechef-d'ceuvre tienne dansla mesure d'un pied, on s'écrie naivement : Cette poitrine étouffa le lion dévastateur de Némée ; Ces bras portérent Ia massue fatale , et brisérent les rames des Argonautes. Quelle illusion. grandiose dans si peu d'espace ! Quelle précision dans la main ! Quel sentiment de l'art. ne fallut-il pas à l'ou- vrier? Il avait à faire un bijou pour une table, et i] voulait réveiller dans l'esprit l'idée d'un colosse. Non,les antres des Telchines n'ont rien vu de semblable; etle robuste Brontés, et le Dieu qui polit les armes des Dieux, le forgeron de Lemnos, n'eussent point fait en jouant une telle figure. La physionomie du dieu n'est ni farouche, ni étrangére à la gaieté libre des festins. 1l s'offre à nous tel que l'admira le frugal Molorchus, tel que le vit, dans les bois saerés d'Aléa, la prétresse de Tégée , tel enfin qu'il était lorsque, du bücher de l'OEta, emporté vers les astres, il buvait joyeu- sement le nectar à la face de Junon encore toute courroucée. L'expression de ses traits est si douce, qu'il semble du fond du eceur inviter les convives Desidia est; hic. Aoniis amor avocat antris. Haec inter, castze Genius tutelaque mensae Amphitryoniades, multo mea cepit amore Pectora, nec longo satiavit lumina visu : Tantus honos operi , finesque inclusa per arctos 35 Majestas! Deus ille, deus; seseque videndum Indulsit, Lysippe, tibi, parvusque videri Sentirique ingens : et quum mirabilis intra Stet mensura pedem , tamen exclamare libebit, Si visus per membra feras ; « Hoc pectore pressus 40 Vastator Nemees ; hzc exitiale ferebant Robur, et Argoos frangebant brachia remos. Hoc spatio tam magna brevi mendacia formae! Quis modus in dextra , quanta experientia docti Artificis curis, pariter gestamina mensx 45 Fingere ; et ingentes animo versare colossos ! Tale nec Idiis quidquam Telchines in antris , Nec solidus Brontes , nec qui polit arma deorum Lemnius , exigua potuisset ludere massa. » Nec torva effigies epulisque aliena remissis ; 50 Sed qualem parci domus admirata Molorchi; Aut Ale: lucis vidit Tegewa sacerdos : Qualis ab CEtowis emissus in astra favillis Nectar adhuc torya lotus J unone bibebat : Sic mitis vultus , veluti de pectore gaudens 55 de son frére , l'autre main n'a point oublié la mas- sue; il à pour siége un dur rocher, que recouvre en entier la peau du lion de Némée. Ce bel ouvrage eut un destin diene delui. Le hé- ros de Pella en faisait la divinité révérée de ses festins, l'emportait dans ses courses du couchant à l'aurore, et le pressait tendrement de la méme main qui donnait ou enlevait des" couronnes et renversait les cités puissantes. C'était à lui qu'il demandait toujours des inspirations pour les ba- tailles du lendemain; à lui qu'il racontait tou- .joursses opulents triomphes, soitqu'ileütsoustrait les Indiens au joug de Baeehus et brisé de sa grande lance les portes de Babylone, ou bien en- core écrasé l'empire de Pélops avec la liberté des Grecs. Sa victoire sur Thébes fut, dit-on, la seule qui lui arracha des exeuses. Enfin quand la. for- tune interrompit le cours de ses exploits, Alexan- dre, qui sentait couler dans ses veines le fatal breuvage et peser sur sa paupiére un nuage de mort, Alexandre vit sa divinité pálir, et, à la vue du bronze en sueur, il frissonna comme à son ban- quet supréme. Bientót cette merveille fut possédée par le ehef des Nasamons, par Annibal; et l'homme au bras terrible, à l'épée parjure, offrit des libations au dieu dela force; mais Hercule le haissait pour s'étre couvert du sang italien, et pour avoir porté l'ineendie jusque sous la ville de Romulus; il re- poussait avee horreur ses offrandes et ne suivait qu'à regret ses drapeaux impies, surtout lors- qu'Annibal lanea des flammes sur Ja cité d'Her- ] Hortetur mensas : tenet hxc marcentia fratris Pocula, at haec clavze meminit manus : aspera sedes Sustinet, occultum Nemezo tegmine saxum. Digna operi fortuna sacro : Pellzeus habebat Regnator lzetis numen venerabile mensis, 60 Et comitem Occasus secum portabat et Ortus ; Prensabatque libens , modo qua diademata dextra Abstulerat dederatque , eL magnas verterat urbes. Semper ab hoc animos in crastina bella petebat, Huic acies victor semper narrabat opimas , 65 Sive catenatos Bromio detraxerat Indos , Seu clausam magna Babylona refregerat hasta Seu Pelopis terras libertatemque Pelasgam Obruerat bello; magnoque ex agmine laudum Fertur Thebanos tantum excusasse triumphos. 70 Ille etiam , magnos fatis rumpentibus actus , Quum traheret lethale merum, jam mortis opaca Nube gravis, vultus alios in numine caro — JEraque supremis tenuit sudantia mensis. Mox Nasamoniaco decus admirabile regi : EE) Possessum ; fortique deo libavit honores Semper alrox dextra, perjuroque ense superbus —— — Annibal. Italice perfusum sanguine gentis ,- Diraque Romuleis portantem incendia tectis. Oderat, et quum epulas, et quum Lena dicaret 80 6i STACE. cule, profana les temples et les demeures de l'in- nocente Sagonte , et alluma chez les populations de nobles fureurs. Aprésla mort du Carthaginois, cette noble image ne tomba pas au pouvoir d'une maison vulgaire, mais elle ornait les festins de Sylla, passant tou- jours ainsi dans d'illustres demeures , et n'ayant qu'à se féliciter de la noblesse de ses maitres. Maintenant, si les Immortels ont encore égard au caraetére et à la eonscienee des humains, vous le savez, dieu de Tyrinthe, ce n'est pas le royal appareil d'une cour qui vous environne; mais pour cortége vous avez les vertus pures et sans tache d'un possesseur qui joint à une probité an- tique le don précieux d'une amitié inaltérable. Vous en savez quelque chose , vous qui, à la fleur de l'áge, égalez déjà nos aieux, illustre Vestinus ; c'est aprés vous qu'il soupire nuit et jour, ne res- pirant, ee semble, que dans les embrassements de votre ombre adorée. Ici done vous jouissez des douceurs du repos , óle plus vaillant des Dieux, ó Alcide! et vos yeux n'y reheontrent pas les images de la guerre et des combats sanglants, mais une lyre, des bandelettes, et le laurier ami des poétes. Le poéte! Il vous rap- pellera dans son vers solennel les murs de Per- game et les repaires de la "Thrace, les neiges du Stymphale et les humides sommets de l'Eryman- the, tous ces lieux pleins dela terreur de vos armes et de l'immensité de vos exploits; il ehantera la peine que vous fites subir au possesseur des trou- peaux de l'Ibérie, ainsi qu'au barbare ministre des Dona , deus castris morens comes isse nefandis ; Precipue quum sacrilega face miscuit arces lpsius , immeriteeque domos ac templa Sagunti Polluit, et populis furias immisit honestas. Nec post Sidonii lethum ducis zre potita Egregio plebeia domus : convivia Syllae Comebat, semper claros intrare penates Assuetum , et felix dominorum stemmate signum. Nune quoque , si mores humanaque pectora cura Nosse deis , non aula quidem, Tirynthie, nec te . — 90 Regius ambit honos; sed castà , ignaraque culpae Mens domini , cui prisca fides , cceptoeque perenne Foedus amicitiae : scit adhuc florente sub zevo Par magnis Vestinus avis, quem nocte dieque Spirat, et in carze vivit complexibus umbrae. 95 Hic igitur tibileeta quies , fortissime divüm, Alcide; nec bella vides pugnasque feroces , Sed chelyn, et vittas, et amantes carmina laurus. fIic tibi solemni memorabit carmine , quantus Iliacas Geticasque domos , quantusque nivalem Stymphalon, quantusque jugis Erimanthon aquosis 'Terrueris; quem te pecoris possessor Iberi, Quem tulerit seevae Mareoticus arbiter arc. - Hic penetrata tibi spoliataque limina Mortis Concinet, et flentes Libye , Scythizeque puellas. Nec te regnator Macetüm , nec barbarus unquam * 85 100 autels maréotiques. Tl dira votre entrée au séjour de la mort, la mort elle-méme dépouillée de ses dépouilles, et les Hespérides et les vierges de Scy- thie poussant des cris de désespoir. Certes, ni le conquérant macédonien, ni le barbare Annibal, niSylla mémeavee sa voix terrible, ne pourraient trouver pour vous de tels accords. Ettoi, l'auteur de ce brillant chef-d'oeuvre, ó Lysippe, un coup d'eil approbateur de Vindex te plairait mieux que tous les suffrages. t SILVE VII. ODE À MAXIMUS JUNIUS. - Habituée à courir dans une vaste carriére, suspends, Erato, le récit des actions héroiques, et restreins ton essor dans un cercle plus étroit. Et toi, souverain du choeur lyrique, laisse- moi toucher un nouvel instrument, si ma muse la- tine a dignement chanté ta patrie, ó Pindare! J'essaie pour Maxime d'humbles accords. 1] me faut une eouronne cueillie sur un myrte jusqu'ici respecté; ma soif n'est pas plus grande, mais je veux l'étaneher dans une source plus pure. Quand les montagnes des Dalmates te rendront- elles au doux Latium? ees montagnes du flane desquelles le mineur, aprés avoir vu Pluton, re- vient tout pále, et tout semblable en couleur à l'or qu'il retire. Me voiei, moi, fils d'un sol plus voisin de Rome, et pourtant je résiste aux molles séductions du ] Annibal, aut saevi posset vox horrida Sylloe His celebrare modis. Certe tu muneris auctor Non aliis malles oculis , Lysippe , probari. CARMEN VIL -— LYRICUM AD MAXIMUM JUNIUM. Jamdiu lato spatiata campo, Fortis heroos Erato labores Differ, atque ingens opus in minores Contrahe gyros ; Tuque, regnator Lyrieze cohortis , Da novi paulum mihi jura plectri , Si tuas cantu Latio sacravi, Pindare, Thebas. Maximo carmen tenuare tento Nunc ab intonsa capienda myrto 10 Serta; nec major sitis ; et bibendus Castior amnis. Quando te dulci Latio remittent Dalmato montes? ubi dite viso Pallidus fossor redit, erutoque Conoeolor auro. Ecce me natum propiore terra Non tamen portu retinent amceno [521 LIV. IV, SILVE VIII. golfe enehanteur de Baia, comme à celles du ri- vage appelé du nom du fidéle trompette d'Hector. Sans toi ma verve est engourdie, le dieu de Thymbra me visite plusrarement , et mon Achille s'arréte au début dela earriére. Polie, repoliesans cesse, gráce à tes sages con- seils, ma T/Aiébaide aspire avec uneconfiance au- dacieuse à la gloire enivrante du cygne de Man- toue. Mais je te pardonne tes délais; tu viens de donner un appui à ta maison solitaire; ó jour de bonheur!un second Maxime nous est né. - Stérilité affreuse qu'on ne peut trop éviter! stérilité que l'héritier perfide appelle de tous ses voeux , demandant sans pudeur là mort prochaine. de son meilleur ami. Quand l'hymen est stérile, la tombe n'est mouillée d'aucune larme : un. avide survivant est là debout, s'emparant de la maison comme d'une ville prise, convoitant les dépouilles de la mort, et supputant jusqu'au prix du büeher fu- nébre. . Quiil vive de longs jours ce noble rejeton! que par une route inconnue, du vulgaire il s'éléve jusqu'à la gloire paternelle, et balance méme les actions de sonaieul! Tu entretiendras son enfance de tes grands eoups d'épée sur les bords de l'Oronte , lorsque, sous les auspiees de Castor, tu modérais l'ardeur de nos escadrons belliqueux. Et son aieul lui dira comment, sur les traces ^ Desides Baim, liticenve notus Hectoris armis. 20 Torpor est nostris sine te Cameenis ; Tardius sueto venit ipse Thymbrae Rector, et primis meus ecce metis Heeret Achilles. Quippe, te fido monitore , nostra 25 Thebais multa cruciata lima Tentat audaci fide Mantuanz Gaudia fam. Sed damus lento veniam , quod alma Prole fundasti vacuos penates. 30 O diem Itum! venit ecce nobis Maximus alter. Orbitas omni fugienda nisu , Quam premit votis inimicus haeres, Optimo poscens , pudet heu! propinquum 35 Funus amico. Orbitas nullo tumulata fletu : Stat domo capta cupidus superstes Imminens leti spoliis , et ipsum Computat ignem. 40 Duret in longum generosus infans ; Perque non multis iter expeditum Crescat in mores patrios , avumque Provocet actis! Tu tuos parvo memorabis enses, - : 45 Quos ad Eoum tuleris Orontem ; STACE. 65 rapides de la foudre lancée par l'invineible Cé- sar, il imposa aux Sarmates refoulés une loi bien dure, celle de vivre sous un seul climat. Mais qu'il apprenne avant tout par quel art merveilleux , parcourant toute la vieille histoire du monde, tu sus reproduire la briéveté de Sal- luste avee l'abondance de Tite-Live. [p — SILVE VIII. A JULES MÉNÉCRATE, SUR L'AUGMEN- TATION DE SA FAMILLE. Ouvre les temples des Dieux, décore-les de guirlandes; que les nuages d'encens et les entrail- les palpitantes des victimes remplissent le sanc- tuaire, Ó Parthénope! voiei la famille du noble Ménéerate qui s'accroit d'un troisiéme rejeton ; pour toi s'éléve une pépiniére d'illustres citoyeris ; et les fureurs du Vésuvesont oubliées. Et que Naplesen habits de féte n'embrasse pas seule à l'écart les autels; ports voisins, terre de Pouzzol, séjour de paix et de bonheur, ornez aussi les vótres de bandelettes; et toi surtout, plage deSurrente si chéreau dieu de latreille, Sur- rente, patrie de l'aieul maternel qu'entoure un es- saim de petits-fils jaloux de reproduire ses traits. Que l'onele, en qui la Libye trouve un juge équitable, seréjouisse, aussi bien quela bonne Polla qui les éléve sur ses genoux et les eroit nés pour elle! Courage, ó jeune homme à qui la patrie est Signa frenalze moderatus alae Castore dextro : Ille, ut invicti rapidum secutus Cesaris fulmen , refugis amaram 50 Sarmatis legem dederit, sub uno Vivere ccelo. . Sed tuas artes puer ante discat, Omne quis mundi senium remensus Orsa Sallusti brevis , et Timavi Reddis alumnum. —Á— CARMEN VIII. AD JULIUM MENECRATEM OB PROLEM. Pande fores superum, vittataque templa Sabzeis Nubibus et pecudum fibris spirantibus imple, Parthenope : clari genus ecce Menecratis auget Tertia jam soboles : procerum tibi nobile vulgus Crescit , et insani solatur damna Vesevi Nec solum festas secreta Neapolis aras Ambiat : et socii portus, dilectaque mitis Terra Dicarchez , nec non plaga cara madenfi Surrentina deo sertis altaria cingat ; 2 : Materni qua littus avi, quem turba nepotum . 10 Circuit, et similes contendit reddere vultus. Gaudeat et Libyca praesignis avunculus hasta; Quieque sibi genitos putat, attollitque benigno : 5 "4s 66 redevable de si brillantes lumiéres! entends-tu comme ta demeure frémit d'un doux bruit, eausé par les eris enfantins de ses jeunes maitres? Ah! loin de ees murs la noire envie! eceurs jaloux, portez ailleurs vos regards. La blanche Atropos leur promet.une longue vie pleine de vertus et d'honneurs, et Apollon, le dieu de notre patrie, une moisson de lauriers. Ainsi les priviléges que t'avait aecordés l'au- puste pere del'Ausonie, ees priviléges attachés au bonheur d'avoir trois enfants, étaient d'un favorable augure pour l'avenir. Lucine est aecou- rue par trois fois, et par trois fois elle a pénétré dans ta pieuse demeure. Puisse-t-elle cette maison garder'sa fécondité premiere, et n'étre jamais dépouillée de ces dons du ciel! Doux espoir! en- tre deux fils, nobles soutiens de ta famille, une vierge enchante par sa jeunesse la jeunesse d'un pére ; et sila valeur est le partage des pre- miers, celle-ci te donnera plus vite des descen- dants. Ainsila blanehe Héléne, déjà digne de sa mere, essayait ses membres délicats au milieu des deux héros d'Amyclée; ou tel paraitle firmament, lorsque, dans une nuit sereine, la June s'avance entre deux astres aux clartés jumelles. Mais, 0 modele des jeunes Romains , je te ferai de vifs reproehes, et méme je suis irrité, au- tant qu'un ami peut l'étre. Etait-ee done le bruit publie qui devait m'apprendre une si grande nouvelle? Quoi done, tu entendais les premiers eris de ton troisiéeme enfant, et il ne m'est pas venu en toute háte une lettre qui m'avertit de eharger les autels de parfums, de couronner ma Polla sinu. Macte, o juvenis , qui tanta merenti Lumina das patrice. Dulci fremit ecce tumultu Tot dominis clamata domus : procul atra recedat Invidia , atque alio liventia pectora flectat. His senium, longzeque decus virtutis , et alba Atropos, et patrius lauros promittit Apollo. Ergo quod Ausoni:e pater augustissimus urbis Jus tibi tergeminc dederat lzetabile prolis , Omen erat : venit toties Lucina, piumque Intravit repetita larem : sic fertilis, oro , Stet domus, et donis nunquam nudata sacratis. Macte , quod et proles tibi saepius aucta virili Robore : se juveni lectam dat virgo parenti : [Aptior his virtus , citius dabit illa nepotes.] Qualis maternis Helene jam digna paleestris Jnter Amyclceos reptabat candida fratres ; Vel qualis coeli facies, ubi nocte serena Admovere jubar medic duo sidera Lunae. Sed queror haud faciles , juvenum rarissime, questus, Trascorque etiam , quantum irascuntur amantes. Tanftane me decuit vulgari gaudia fama 15 20 25 30 Noscere? quumque tibi vagiret tertius infans, 35 Protinus ingenti non venit nuntia cursu Litera, quce festos cumulare altaribus ignes, 1 STACE. lyre, de tirer de sa retraite un vieux tonneau de mon vin d'Albe, et de marquer ce jour avee la eraie? Aujourd'hui mes chants et mes vceux n'ar- rivent-ils pas un peu tard? A toila faute, à toi Ja honte. Mais, tréve à mes plaintes, je vois d'ici Ja troupe enfantine qui entoure son pere et ba- taille pour lui : eh! qui tiendrait contre un tel eseadron? Dieux de lapatrie, vous que des oraeles solen- nels ont, sur la flotte eubéenne, conduits par delà les mers jusqu'aux bords de l'Ausonie; toi, chef et proteeteur de cette migration lointaine , Apol- lon, toi que contemple et adore la blanche co- lombe encore posée sur ton épaule gauche, l'heu- reuse Parthénope; déesse d'Éleusis, ó Cérés, pour qui, prétres silencieux, nous agitons dans nos | eourses haletantes les torches consaerées ; et vous, fils de Tyndare, qui fütes jadis moins honorés sur le Taygéte, au temps de l'austére Lycurgue, et sous les voütes ténébreuses des foréts de 'Thé- rapné, divins Pénates, sauvez tout ensemble le pere de famille et les enfants! Qu'un jour, à la patrie pliant sous le faix des années et des épreu- ves , ils aillent préter l'appui de leurs voix et de leurs talents, pour lui conserver, sous un nom nouveau, une splendeur toujours nouvelle. Mé- néerate leur communiquera sa douceur; leur aieul sa grandeur et son lustre, et l'un et l'autre le goüt du beau et l'amour de la vertu. Pour la jeune vierge, sa naissance et sa richesse lui ouvriront, dés la premiere flamme d'amour, le palais et le eceur d'un patrieien, tandis que les fréres, dés l'adolescence, iront frapper le seuil du Et redimire chelyn, postesque ornare juberet , Albanoque cadum sordentem promere fumo , Et creta signare diem? sed tardus inersque Nunc demum mea vota cano? tua culpa , tuusque Hic pudor : ulterius sed enim producere questus Non licet; en hilaris circumstat turba tuorum, Defensatque patrem : quem non hoc agmine vincas? Di patrii, quos auguriis super :equora magnis Littus ad Ausonium devexit Abantia classis; Tu , ductor populi longe emigrantis , Apollo, Cujus adhuc volucrem laeva cervice sedentem 40 45 . Respiciens blande felix Eumelis adorat ; Tuque, Acta Ceres, cursu cui semper anhelo 50 Votivam taciti quassamus lampada mystc ; Et vos, Tyndaridz, quos non horrenda Lycurgi Taygeta, umbrosseque magis coluere Therapne; Hos cum plebe sua patrii servate Penates. Sint qui fessam «evo crebrisque laboribus urbem Voce opibusque juvent , viridique in nomine servent : His placidos genitor mores, largumque nitorem Monstret avus ; pulchre studium virtutis uterque. Quippe et opes, et origo sinunt, hanc , lampade prima Patricias intrare fores ; hos, pube sub ipsa Si modo prona bonis invicti Ccesaris adsint 55 60 LIV. IV, SILVE IX. 67 palais de Romulus, si la vertu peut ineliner en leur faveur la volonté toute-puissante de l'invin- cible César. SILVE IX. PLAISANTERIE DE SATURNALES A PLO- TIUS GRYPHUS. Tu as voulu rire sans doute, Gryphus, en m'envoyant bouquin pour bouquin. La plaisante- rie serait bonne, siton envoi était suivi d'un autre cadeau. Mais prolonger le badinage , ce n'est plus badiner. Voyons un peu, eomptons ensemble : mon livre avee papier neuf, étui de pourpre et double bossette, m'avait coüté pour sa parure dix as, plus ma peine d'auteur. Letien, piqueté des vers, flétri par les outra- ges du temps, semble avoir servi d'enveloppe àux oliviers de Libye, à l'encens du Nil , au poi- vre de l'Égypte, et aux anehois de Byzance, dont il a tout le parfum. Passe encore s'il contenait les plaidoyersdont, jeuneencore, tu faisais retentir le triple forum et le tribunal des cent juges , avant que Germanieus t'eüt confié l'intendanee des blés, et la surveillance des hótelleries placées sur les grandes routes. Mais tu ne me donnes que les réveries du vieux Brutus, achetées tout au plus un as de la monnaie de Caius, à l'étalage de Numina, Romulei limen pulsare senatus. L2 CARMEN IX. RISUS SATURNALITIUS AD PLOTIUM GRYPHUM. Est $ane jocus iste, quod libellum Misisti mihi , Gryphe, pro libello. Urbanum tamen hoc potest videri, Si post hoc aliquid mihi remittas ; Nam si ludere, Gryphe, perseveras, 5 Non ludis : licet, ecce, computemus : Noster purpureus novusque charta : Et binis decoratus umbilicis , Preeter me , mihi constitit decussis. Tu rosum tineis situque putrem, 10 Quales aut Libycis madent olivis ; Aut thus Niliacum , piperve Servant, Aut Byzantiacos olent lacertos ; Nec saltem tua dicta continentem, Quee trino juvenis foro tonabas 5 15 Aut centum prope judices , prius quam Te Germanicus arbitrum Sequenti Annonce dedit , omniumque late Preefecit stationibus viarum ; Sed Bruti senis oscitationes , 20 De capsa miseri libellionis , Emptum plus minus asse Caiano, Donas : usque adeone defuerunt Scissis pilea suta de lacernis? Vel mantilia, luridoeve mappae? 25 quelque bouquiniste. Tu n'avais done ni bonnet rapiéceté des débris d'un manteau, ni serviettes ou nappes usées , ni écorce de palmier, ni corbeille de figues ou de prunes mises en marmelade par un coup de vent, ni méches de lampe sans huile, ni pelures d'oignons séches, ni méme quelques ceufs? Quoi ! pas un léger gáteau, pas une pincée de farine grossiére? Tu aurais en vain cherché quelques coquilles de limacons épars dans les champs que le Cinyphe arrose. Quoi ! nulle tran- che de lard , pasun maigre jambon , pas de saucis- son de Lucanie, de boudin de Phalérie; point de sel, de sauce vinaigrée, de fromage, de pain euit avec la fleur de nitre, et de vin fait de raisin préeoce; point de raisiné doux et gluant? Que t'en eüt-il eoüté de me donner de vieilles bou- gies , un couteau, de minces tablettes , des grap- pes conservées dans de grands vases, des plats sortis des fabriques de Cumes? ou bien, voyons... une , déjà tu frissonnes! oui, une pile de vaisselle commune ou quelque verroterie ? Mais tu as recours à la méme balance, et sans rien changer tu me rends mesure pour me- sure. Quoi! si j'allais de bon matin et l'estomac vide te porter le salut , viendrais-tu me le rendre chez moi pur et simple? ou si tu me régalais d'un bon repas, oserais-tu me demander la pareille ? Jet'en veux, Gryphus, mais néanmoins tu auras mon salut : seulement ne t'avises pas, avee ton Charte , Thebaiccve, caricaeve? Nusquam turbine conditus ruenti Prunorum globus , atque coctanorum? Non ellychnia sicca , non replictze Bulborum tunica, nec ova tantum? 30 Non leves alicc , nec asperum far? Nusquam Cinyphiis vagata campis Curvarum domus uda cochlearum ? Non lardum breve, debilisve perna? Non Lucanica, non graves Phalisci , 35 Non sal, oxygarumve, caseusve, Aut panes viridantis aphronitri , Vel passum psythiis suis recoctum ; Dulci defruta vel lutosa coeno? Quantum vel dare cereos olentes, 40 Cultellum, tenuesve codicillos? Ollares , rogo , non licebat uvas 5 Cumano patinas vel orbe tortas , Auf unam dare synthesin (quid horres 3) Alborum calienm, atque caccaborum ? 45 Sed certa velut sequus in statera, Nil mutas , sed idem mihi rependis. Quid?si quum bene mane semicrudus Illatam tibi dixero salutem ; Et tu me vicibus domi salutes? 40 Aut quum me dape juyeris opima, Exspectes similes et ipse ccenas? Irascor tibi, Gryphe : sed valebis; Tantum ne mihi , quo soles lepore x Et nunc hendecasyllabos remittas. 53 68 STACE. badinage ordinaire, de me renvoyer mes hendé- easyllabes. ——— LIVRE CINQUIEME. | À ABASCANTIUS. On ne saurait entourer de trop de vénération et d'hommages les exemples de vertu, puisqu'ils intéressent toute la société. Les pieux regrets que tu témoignes à ta. Priseille, cette tendresse qui forme un des traits de ton caractere, doivent te concilier l'estime du public et surtout celle des époux. Chérir une épouse vivante , c'est une vo- lupté pure ; l'aimer aprés sa mort, c'est un acte religieux. Je n'ai pourtant pas entrepris cet ou- vrage comme un homme indifférent ni méme simplement offieieux , j'ai suivi l'impulsion de mon eceur. Mon épouse était l'amie de Priscille , et eette amitié a redoublé l'estime que j'avais pour elle. Je serais done un ingrat, si je ne mélais à tes larmes le tribut de ma douleur. ll y a plus: je cherehe toujours, dansla mesure de mes forces, à bien mériter de tout ce qui approche la divinité du prince; ear celui qui vénére sincérement les Dieux en aimeaussi les ministres. Quoique je fusse depuis longtemps jaloux de nouer avec toi une amitié plus intime, je voudrais néanmoins ne pas avoir encore trouvé l'occasion....... (Le reste manque.) SILVE I. TENDRES REGRETS D'ABASCANTIUS SUR LA MORT DE PRISCILLE. Si ma main se prétait à faconner la cire ou l'i- voire, et pouvait animer l'or d'une ressemblance fidele, j'imaginerais quelque douce eonsolation LIBER QUINTUS. AD ABASCANTIUM. Omnibus affectibus prosequenda sunt bona exempla, quum publice prosint. Pietas, quam Priscillze tuc pree- stas, et morum tuorum pars est, et nulli non conciliare te, praecipue marito, potest. Uxorem enim vivam amare voluptas est, defunctam religio. Ego tamen huic operi non utunus e turba, nec tantum quasi officiosus assilui : ama- vit enim uxorem meam Priscilla, et amando fecit mihi il- lam probatiorem : post hoc ingratus sum, si lacrymas tuas iranseo. Preterea , latus omne divinse domus semper de- mereri pro mea mediocritate connitor; nam qui bona fide deos colit, amat et sacerdotes. Sed quamvis propiorem . nexum amicitie tuce jampridem cuperem , mallem tamen nondum intervenisse materiam. *** (Reliqua desunt.) ——— CARMEN I. ABASCANTH IN PRISCILLAM PIETAS. Si manus aut similes docilis mihi fingere ceras, Aut ebur, impressis aurumve animare figuris ; pourton mari, à Priscille ! son tendreamour mérite bien quetes charmes , confiés au coloris d'Apelle, ourenaissant sousla main de Phidias, soient ren- dus à sa douleur. C'est ainsi qu'il s'efforce de ravir ton ombre au bücher, livrant à la mort un com- bat sublime, fatiguant la patienee des artistes, et voulant adorer ton empreinte sur tous les mé- taux. Mais il est périssable le monument travaillé par les mains les plus habiles ! : Nous voulons, Óó vertueuse compagne d'un époux si accompli, nous voulons t'offrir un hommage immortel , un hommage toujours nou- veau ; et nous le demandons à la lyre. Oui , qu'A- pollon me soit propice, et que César, dont le sou- venir me rappelle aussitót le Dieu des vers, daigne sourire à mes accents, oh! alors tu ne saurais jouir d'un plus digne sépulere. Il est sans doute bien tardif le reméde que j'ap- porte à une si grande douleur, lorsque déjà la- roue légére de Phébus a parcouru deux fois le cerele de l'année. Mais quand la plaie récente et toute vive encore arrachait à la maison entiére des cris plaintifs, le moyen de trouver acces à l'oreille d'un époux vceuf de sa compagne? Pleu- rer, déchirer ses vétements , tourmenter les trou- pes d'eselaves, maitriser les élans du désespoir, aecuser d'injustice les destins et lasser par des plaintes améres les habitants du ciel, voilà tout ce qu'on pouvait faire. C'est en vain qu'à tes gé- missements Orphée serait aecouru, avec son cortége de foréts et de fleuves ; en vain les Muses, les ministres de Bacchus et d'Apollon se seraient- ils réunis en choeur; ni les chants, ni la lyre, cette lyre puissante qui eharma les páles divinités de l'Érébe et sut endormir les serpents sur la téte des Euménides , rien n'aurait calmé ton áme ; Hinc , Priscilla, tuo solatia grata marito Conciperem ; namque egregia pietate meretur Ut vel Apelleo vultus signata colore, 5 Phidiaca vel nata manu , reddare dolenti : Sic auferre rogis umbram conatur, et ingens Gertamen cum morte gerit , curasque fatigat Artificum , inque omni te querit amare metallo. Sed mortalis honos, agilis quem dextra laborat. 10 Nos tibi , laudati juvenis rarissima conjux ; Longa , nec obscurum finem latura , perenni 'Tentamus dare justa lyra; modo dexter Apollo, Quique venit juncto mihi semper Apolline Czesar; Annuat : haud alio melius condere sepulcro. 13 Sera quidem tanto struitur medicina dolori , Altera quum volucris Phoebi rofa torqueat anpum : Sed quum plaga recens, et adhuc in vulnere primo JEgra domus questu , miseramque accessus ad aurem Conjugis orbati , tunc flere et scindere vestes 20 Et famulos lassare greges, et vincere planctus , Fataque , et injustos rabidis pulsare querelis Coelicolas , solamen erat : licet ipse levandos Ad gemitus sylvis comitatus et amnibus Orpheus LIV. V, SILVE II vietime d'un destin jaloux, laissant deux rejetons sans appui; et il ne lui a pas méme été donné de dépouiller vostendres bras dela pourpre enfantine, et de couvrir de la toge vos blanches épaules. A quelles séductions n'est pas exposée une jeunesse délivrée detout frein par une émancipation préma- turée! C'est un arbre dont la verte chevelure n'a jamais senti la faux, et qui voit toutesa féconditése perdre en feuillage. Mais ton eceur tendre ne con- naít eneore, que le eharme des Muses, l'amour de la pudeur, et le joug d'une eontinenee rigoureuse; de là cette vertu enjouée, ce front ealme, cette éléganee extérieure qui craint jusqu'à l'apparence du luxe, et cette piété rare qui brille en mille endroits. Céder le pas à un frére, ton égal en áge, admirerton pére et pardonnerà ta coupable mére, telle est la position que t'a faite la fortune domes- tique. Malheureuse mére, qui lui a donné l'horrible courage de te préparer elle-méme la coupe em- poisonnée? à toi, dont la voix détournerait la morsure des serpents, et dont le regard fléchirait tousles eceurs de marátres. Oui, je voudrais agiter ses mánes, et par des impréeations légitimes trou- bler le repos de ses eendres. Mais je te vois, Ó le meilleur des fils! déjà tu eherehes à m'apaiser, et tu me prépares cette réponse : « Gráce, Ó gráce pour sa cendre! Je n'apercois dans tout cela qu'un destin perfide et l'effet de la eolére des Parques. Le erime en est aux immor- tels, qui, lisant troptard dans le eceur des humains, néeligent de faire avorter les tentatives de meur- ire et les forfaits tout prés d'éclore. Périsse à ja- Irrepsere genis, et adhuc decor integer cvi. Nec genitor juxta ; fatis namque haustus iniquis Occidit heu! geminam: prolem sine preeside linquens. || 65 Nec saltem teneris ostrum puerile lacertis Exuit, albentique humeros induxit amictu. Quemnmnon corrumpit pubes effrena , novadeque Libertas properata togoe? ceu nescia falcis Silva comas tollit, fructumque exspirat in umbras. —. 20 At tibi Pieri: tenero sub pectore curd, Et pudor, et docti legem sibi dicere mores $ Tunc hilaris probitas , et frons tranquilla , nitorque Luxuric contine timens , pietasque per omnes Dispensata modos ; s&equzevo cedere tratri , 75 Mirarique patrem , miserzeque ignoscere matri. Admonuit fortuna domus : tibine illa nefanda Pocula, letalesque manu componere succos Evaluit, qui voce potes przevertere morsus Serpentum , atque omnes vultu placare novercas? 80 Infestare libet Manes , meritoque precatu Pacem auferre rogis ; sed te, puer optime, cerno Flectentem justis , et talia dicta parantem : « Parce, precor, cineri : fatum illud, et ira nocentum Parcarum, crimenque dei mortalia quisquis 85 Pectora sero videt, nee primo in limine sistit Conatus scelerüm , atque animos infanda parantes. Excidat illa dies zevo , nec postera eredant 75 mais ee jour, et puisse la postérité ne pasy eroire! 'Taisons-nous du moins, et laissons ensevelis dans une nuit profonde ees crimes de notre maison. Il a chátié la eoupable , celui qui veille sur les ae- tions des siens, qui raméne la piété sur la terre, et fait pálir le erime; e'en est assez, il y a pour nous des larmes dans cette trop juste vengeance. Oh! que ne puis-je adoucir la fureur des Euméni- des, éloigner Cerbére de son ombre craintive, et háter pour elle les bienfaits du fleuve d'oubli! » Enfant généreux! ainsi tu ageraves le forfait de ta mére; fils tendre, tu aspiresencore à la vertu Ja plussublime. Naguére un de tes condisciples, victime de l'injustiee et de la ealomnie, pálissait aux elameurs du forum , et la loi Julia, soutenue par ses nombreux organes, lancait déjà.la foudre vengeresse de l'adultére ; soudain tu te leves, toi, nourri jusqu'alors dans l'ombre et dans le silence de l'étude, étranger au forum et à l'appareil sé- vére dela justice, etentelevanttu le rassures,et, dé- fenseur novice, tu affrontes les traits qui menacent ton tremblantami. Romulus et les Troyens nos pà- res virent-ils à cet áge disputer au forum des lau- riers pacifiques? Une si généreuse tentative, de si nobles efforts jetérent le sénat dans l'étonnement ; le prévenului-mémes'alarmait pour son défenseur. Mais à la vigueur de l'áàme tu joins celle du corps, et tu as à tes ordres une puissante nature qui se- conde à merveille les grands efforts de ton cou- rage. Moi-méme je te vis naguére sur les bords du Tibre, au milieu des sables qu'échauffe de ses flots la mer Tyrrhénienne. Penché sur ton eour- Secula! nos certe taceamus ; et obruta multa Nocte tegi propriae patiamur crimina gentis. 90 Exegit poenas, hominum cui cura suorum, Quo Pietas auctore redit , terrasque revisit , Quem timet omne nefas : satis hzc , lacrymandaque nobis Ultio : quin saevas utinam exorare liceret Eumenidas, timidzeque avertere Cerberon umbra, 95 Immemoremque tuis citius dare Manibus amnem! » Macte animo, juvenis! sic crescunt erimina matris. Nec tantum pietas , sed protenus ardua virtus Affectata tibi : nuper quum forte sodalis Immeritze falso palleret crimine fama, Erigeretque forum , succinctaque judice multo Surgeret et castum libraret Julia fulmen ; Tu, quamquam non ante forum legesque severas Passus, sed tacita studiorum occultus in umbra, Defensare metus , adversaque tela subisti Pellere, inermis adhuc et tiro, paventis amici. Haud unquam tales adspexit Romulus annos Dardaniique senes , medii bellare togata Strage fori : stupuere Palres tentamina tanta Conatusque tuos; pro te reus ipse timebat. Par vigor et membris; promptceque ad fortia vires Sufficiunt animo , atque ingentia jussa sequuntur. Ipse ego te nuper Tiberino ut littore vidi, Qua Tyrrhena vadis Laurentibus cestuat unda , 100 105 110. 76 sier superbe, et tourmentant ses flanes avec l'épe- ron, tu menacais de l'oeil et du geste. Quel fut mon étonnement! et tu peux m'en eroire, je te pris pour le dieu Mars. Tel, maniant avec gráce un coursier gétule et balaneant le javelot troyen, Ascagne , chasseur novice, pareourait les campa- gnes ou dominsit sa marátre , et enflammait pour Énéele coeur de Iounalbcurcuse Élise ;ainsile jeune "Troile, resserrant ses voltes rapides, évitait le choc des eseadrons menacants; ou tel Parthénope, sous les hautes tours d'Ogyeie , faisaittourbillonner sur Ja poussiére la troupe des jeunes Arcadiens , pen- dant que les femmes thébaines le regardaient avec complaisance. Courage donc , prends l'essor, puisque la bonté de César te soutient, et qu'un frére plein d'ardeur fraie un chemin sürà tes espérances. Allons, Crispinus, fais-toi une áme à l'épreuve des camps. Mars et Minerve t'enseigneront la science des batailles, Castor l'art de réduire un coursier, et Quirinus eelui de lancer un pesant javelot ; Qui- rinus qui t'a déjà permis de suspendre à ton cou délieat un de ees bouelierstombés des nuages, et vierges de sang humain. Mais oü iras-tu, et dans quelle partie de ee monde soumis à César? Tra- verseras-tu àla nage les fleuves del'Ourse, ou bien les glaces brisées du Rhill? Méleras-tu ta sueur aux sables brülants de la Libye? Te verra-t-on semer l'effroi sur les monts de la Pannonie et parmi les Sauromates vagabonds? Visiteras-tu les sept embouchares de l'Ister à l'endroit oü le fleuve embrasse Peucé de ses ondes amoureuses? Fouleras-tu la cendre de Solyme, à l'ombre des Pendentem in cursus , vexantemque ilia nudo 115 Calce ferocis equi, vultu dextraque minacem ; Si qua fides dictis, stupui, Martemque putavi. Getulo sic pulcher equo, Trojanaque quassans Tela, novercales ibat venator in agros Ascanius, miseramque patri flagrabat Elisam. 'Froilus haud aliter gyro breviore minantes Eludebat equos : aut quem de turribus altis Arcadas Ogysgio versantem i in pulvere turmas Spectabant Tyric non torvo lumine matres. Ergo age, nam magni ducis indulgentia pulsat , Certaque dat votis hilaris vestigia frater, Surge, animo et fortes castrorum concipe curas. Monstrabunt acies Mavors, Acteeaque virgo ; Flectere Castor equos , humeris quatere arma Quirinus , Qui tibi tàm tenero permisit plaudere collo 130 Nubigenas clypeos, intactaque cxedibus ora. Quasnam igitur terras, quem Cesaris ibis in orbem ? Arctoosne amnes , et Rheni fracta natabis Flumina? An cestiferis Libyee sudabis in arvis ? An juga Pannonic& , mutatoresque domorum Sauromatas qualies? An te septenus habebit Ister, et undoso circumflua conjuge Peuce ? An Solymum cinerem , palmetaque capta subibis Non sibi felices silvas ponenlis Idumes ? 120 125 135 STACE. palmiers que l'Idumée captive a plantés pour ses vainqueurs? Oh! si la région conduite par la main ferme de ton pére avait le bonheur de te posséder, comme l'Araxe fougueux bondirait avee ses flots! Quels transports éclateraient dans les champs calédoniens! L'ancien habitant de ces contrées sauvages te dirait : « C'est iei qu'il dietait ses lois, et ce tertre l'a vu haraunguer ses légions. Apercevez-vous dans le lointain ees tours et ces redoutes? Elles sont là, veillant par ses ordres, et ces murailles lui doi- vent leur ceinture de fossés. Lui-méme a consa- eré ces trophées et ces faiseeaux d'armes aux dieux des combats. » C'est ainsi que Pyrrhus, présde porter contre llion ses armes vietorieuses, apprenait de Phénix à connaitre Achille. Heureux Crispinus! à l'entrée d'une verte et confiante jeunesse, tu pourras suffire à tous les genres de travaux. Et si la fortune du prince te protége, on te verra, le glaive au eóté, franchir les remparts , et, compagnon infatigable du plus tendre des amis, ressuseiter le pieux Pylade et le fils de Méncetius ; car votre union, votre amitié vont jusque-là , et puissent: -elles durer toujours! Pour nous, la" vigueur nous abandonne; mais d'ici je t'aiderai de mes vceux et de mes priéres. Hélas! hélas! si mes accents rassemblent autour de moi la foule empressée des sénateurs, tu me manqueras, eher Crispinus, et, promenant sa vue autour de lui, mon Achille regrettera ton absence. Mais tu nous reviendras plus grand: les oraeles des poétes ne sont pas trompeurs. Et ce- lui qui t'ouvre aujourd'hui, sous les aigles, une Quod si te magno tellus frenata parenti 140 Accipiat, quantum ferus exsultabit Araxes ! Quanta Calydonios attollet gloria campos! Quum tibi longaevus referet trucis incola Lerree : « Hic suetus dare jura parens ; hoc cespite turmas Affari: vigiles specnulas castellaque longe [45 Prospicis? Ille dedit, cinxitque haec moenia fossa: Belligeris hcec dona deis, hzec tela dicavit ; Cernis adhuc titulos : hunc ipse, vocantibus armis , Induit, hunc regi rapuit thoraca Britanno. » Qualiter in Teucros victricia bella paranti Ignotum Pyrrho Phoenix narrabat Achillem. Felix , qui viridi fidens coeptaque juventa Durabis quascumque vices ; vallumque subibis Forsan et ense latus , si numina principis adsint, Cinctus, et unanimi comes indefessus amici ; Quo Pylades ex more pius , quo Dardana gessit Bella Menoctiades : quippe haec concordia vobis, Hic amor est; duretque precor! nos fortior eetas Jam fugit ; hinc votis animum precibusque juvabo. Hei mihi ! sed coetus solitos si forte ciebo , Et mea Romulei venient ad carmina patres , Tu deeris, Crispine, mihi ; cuneosque per omnes Te meus absentem cireumspectabit Achilles: Sed venies melior ( vatam non irrita currunt 150 160 LIV. V, SILVE III. entrée dans son camp, il te portera de degrés en degrés jusqu'aux superbes faisceaux , et voudra te voir siéger sur la chaire eurule, à la place de tes ancétres. Mais quel est celui qui deseend. des hauteurs d'Albe la Troyenne, et du sommet de ces collines d'ou le rival des Immortels surveille les rem- parts de Rome? Que nous annonce ce messager plus prompt que la Renommée? Il entre dans ta demeure, ó Crispinus! il la remplit de sa pré- sence. Je te disais bien : Les oracles des poétes ne sont pas trompeurs. César t'ouvre le seuil des honneurs et te confie les armes de l'Ausonie. Va, jeune guerrier, efforee—toi de répondre à de si magnifiques faveurs. Que tu es heureux! un serment solennel t'attaehe à un héros, et le vainqueur de la Germanie te ceint de ta premiére épée. Ton intrépidité sera la méme que si le dieu des combats en personne t'appelait sous les aigles et couvrait ton front du casque redoutable. Pars, ó Crispinus! vole plein d'ardeur, et ap- prends à mériter des gráces plus insignes. SILVE III. SUR LA MORT DE SON PERE. Du bord des fontaines de I Élysée, préte-moi des forces pour gémir, et donne, ombre illustre demon pére, donne l'impulsion à mon triste luth. Sans toi je ne pourrais ni ébranler Ia grotte de Délos, ni puiser aux fontaines de Cyrrha. Toutes les lecons que Phébus m'a données sous les ombra- Omina); quique aquilas tibi nunc, et castra recludit, 165 Idem omnes perferre gradus, cingique superbis Fascibus, et patrias dabit insedisse curules. Sed quis ab excelsis Trojanz collibus Albae, (Unde suc juxta prospectat mcenia Rome Proximus ille deus) Fama velocior intrat Nuntius, atque tuos implet, Crispine, penates? Dicebam certe : Vatum non irrita currunt Auguriag en! ingens reserat tibi limen honorum Caesar, et Ausonii committit munia ferri. Vade, puer, tantisque enixus suffice donis : Felix, qui magno jam nunc sub preside juras, Cuique sacer primum tradit Germanicus ensem ! Non minus hoc fortis , quam si tibi panderet ipse Bellipotens aquilas , torvaque induceret ora Casside. Vade alacer, majoraque disce mereri. - 170 175 180 t CARMEN III. EPICEDION IN PATREM SUUM. Ipse malas vires, et lamentabile carmen Elysio de fonte mihi, pulsumque sinistra - Da, genitor perdocte, lyrze : neque enim antra movere Delia , nec solitam fas est impellere Cyrrham ——————M———————————M——e Ic (Insel 40 dbedbas piaeliilivalo 71 ges de Corycie, toutes celles que j'ai recues d'If- van, sous les coteaux d'Ismare, j'ai tout désap- pris. Les guirlandes du Parnasse ont fui ma che- velure; entre les lierres s'est glissé l'if au sinistre feuillage, et j'ai senti, ó douleur! j'ai senti mes lauriers tremblants se dessécher! Le voilà done ce poéte qui s'en allait racontant les actions des rois , celui qui dans son altiére ambition voulait égalerla gloire des favoris de Mars! Quelle divi- nité jalouse a mis en fuite mon Apollon, frappé de stérilité mon génie, et refroidi par un épais brouillard mon imagination disgraeiée? Autour du poéte sont les Muses debout et dans la stupeur, et pas un son mélodieux ne s'exhale de leur bou- che ou de leur lyre. Calliope elle-méme, 1a téte appuyée sur son luth, demeure en silence, et telle que tu la vis, ó fleuve de Thrace, aprés la perte d'Orphée, lorsque, n'étant plus sous le charme de la lyre, les bétes sauvages retombé- rent dans leur férocité et les foréts dans leur im- mobilité premiere. Mais toi, mon pére, soit qu'é- chappé dela prison du eorps, tu planes en liber- té dans ces régions éblouissantes de lumiére, oü ton ceil sonde les éléments de la nature, l'es- sence divine, Ja souree de la flamme, la route suivie par le soleil, et la cause qui tour à tour amoindrit et renouvelle l'orbe argenté de la lune, merveilles que chante sous ton inspiration le docte Aratus; soit que, dans les plaines verdoyantes baignées du mystérieux Léthé, admis au conseil des héros et des mánes bienheureux, tu te plaises, ombre rivale, entre les vieillards d'Asera et de Méonie, chantant avec eux tour à tour et joi- Te sine. Corycia quidquid modo Phebusin umbra, — 5 Quidquid ab Ismariis monstrabat collibus Evan , Dedidici : fugere meos Parnasia crines Vellera, funestamque ederis irrepere taxum Extimui, trepidamque , nefas! arescere laurum , Ille ego , magnanimum qui facta attollere regum Ibam altum spirans , Martemque czequare canendo. Quis sterili mea corda situ , quis Apolline verso Frigida damnatze preeduxit nubila menti? Stant circum attonitze vatem , et nil dulce sonantes Nec digitis nec voce dez : dux ipsa, silenti Fulta caput cithara ; qualis post Orphea raptum Adstitit, Hebre, tibi, cernens jam surda ferarum Agmina, et immotos sublato carmine lucos. At tu, seu membris emissus in ardua tendis, Fulgentesque plagas , rerumque elementa recenses;, Quis deus, unde ignes, qui ducat semita Solem, Qu: minuat Phoeben , queque integrare latentem Causa queat, doctique modos extendis Arati ; Seu tu.Lethi secreto in gramine campi Consilia heroum juxta Manesque beatos , Maonium Asereeumque senem non segnior umbra Accolis , alternumque sonas, et carmina misces; - Da vocem magno , pater, ingeniumque dolori. Nam me ter relegens coelum, terque ora retexens 15 20 78 gnant tes accords à leurs aecords; donne, Ó mon pere, donne la voix du génie à ma douleur profonde! Car pour moi j'ai vu l'astre des nuits remonter trois fois dans le ciel et réparer trois fois son disque, sans me consolér de mon désespoir et de l'oubli des Muses qui m'abandonnent; oui, de- puis le jour ou la flamme de ton bücher se réfléta sur mon visage, et ou, les yeux en pleurs, je re- cueillis tes cendres , j'ai pris en dégoüt les objets de mes études. C'est à peine si, pour t'offrir ce tribut, mon áme peut retrouver sa chaleur premiére et seeouer le joug des soucis muets qui la rongent. Encore aujourd'hui les bras me tombent et je pleure; je pleure, appuyé sur la tombe oü tu reposes mollement dans la terre de la patrie, au pied de ces monts latins oü jadis, aprés la mort d'Énóe , le triste Aseagne fonda la ville d'Albe, en fuyant les plaines engraissées du sang troyen et l'empire de sa eruelle marátre. C'est là que j'ai déposé tes os avee honneur; et ces lieux, dont tu préféres sans doute les eharmes aux douces haleines du safran de la Sicile, au précieux einname de l'opulente Saba et aux odo- rantes moissons de l'Arabie, ces lieux redisent mes vers plaintifs; recois-les avee mes sanglots, mes offrandes et des larmes filiales, telles qu'en obtinrent rarement les peres les plus ehéris. Oh! si la fortune me l'eüt permis , j'aurais honoré tes mánes par des autels à faire envie méme aux temples; et plus haut que les roehers des Cyclo- pes, par-delà les Pyramides et cette audacieuse montagne de pierres, j'aurais élevé ton monu- ment aérien, qu'environnerait encore de son ombre saerée un bois immense. Là j'eusse effacé Luna videt residem , nullaque Heliconide tristes Solantem curas, tuus ut mihi vultibus ignis Irrubuit , cineremque oculis humentibus hausi. Vilis honos studiis : vix hzec in munera solvo Primum animum; tacitisque situm depellere curis Nunc etiam labente manu , nec lumine sicco Ordior, acclinis tumulo quo molle quiescis Jugera nostra tenens ; ubi post /Eneia fata Solatus , Latiis ingessit montibus Albam Ascanius , Phrygio dum pingues sanguine campos Odit, et infaustze regnum dotale novercae. His ego te (nam Sicanii non mitius halat Aura croci, dites nec sicubi rara Sabzei Cinnama, odoratas nec Arabs decerpsit aristas) Insertum eum laude locis , te carmine plango Pierio : sume hos gemitus, et munera nati, Et lacrymas , cari quas nunquam habuere parentes. Atque utinam fortuna mihi dare Manibus aras Par templis opus, aeriamque educere molem Cyclopum scopulos ultra , atque audacia saxa Pyramidum, et magno tumulum praetexere luco ! Illic et Siculi superassem dona sepulcri , Et Nemees ludum , et Pelopis solennia trunci. 30 35 40 45 50 p E s ——— ÓÓ PH—P— À ! Á — —Ó————— A ——————'ÁÓÁOmBTÜ STACE. l'éclat des jeux donnés en Sieile sur le tombeau d'Anchise, et les combats de Némée, et la so- lennité brillante instituée en mémoire de Pélops. Là, sans doute, le disque d'OEbalie n'irait pas fendre les airs, laneé d'une main vigoureuse , et la molle aréne ne boirait pas la sueur des coursiers, battant la poudre voltigeante de leurs pas retentissants; mais tu aurais les simples hommages du ehoeur de Phébus, et couronnerais du laurier des poétes l'éloge le plus digne de tes vertus. Moi-méme tout en pleurs, pontife de la féte lugubre, j'appellerais ton retour par des accents si plaintifs , qu'il n"y aurait ni loi barbare, ni Cerbére à la triple gueule, pour arréter mon Orphée. Peut-étre méme, en entendant de ma bouche l'histoire de ta vie, de tes vertus, la Piété ne m'eüt pas mis fort au-dessous d' Homére ; peut- étre essaierait-elle de m'égaler à Virgile, devenu soudain jaloux. Quel motif plus lécitime aurait- elle de maudire les Dieux , et les Parques et leur fuseau d'airain, la mére éplorée, assise prés du bücher tiéde eneore de son fils ; ou cette épouse qui, regardant son jeune époux à travers la flamme, s'efforee d'échapper aux mains qui la retiennent pour embrasser l'objet de sa tendresse? Combien j'ai plus de sujet d'accuser les divinités du ciel et de l'enfer! Les étrangers eux-mémes n'ont pu voir d'un oeil sec les funérailles de mon pére. Mais pourquoi me plaindrais-je de la nature et de la piété filiale? Elles n'ont commis aucune injustice à notre égard; sans doute, mais il me semble à mói que mon pére était sur le seuil de la vie, et qu'il m'est enlevé à la fleur de son áge pour subir la dure loi du Tartare. Quoi done! Erigone pleura-t-elle moins amérement leare Illic CEbalio non finderet aera disco Graiorum vis ulla virum ; non arva rigaret Sudor equum , aut putri sonitum daret ungula campo; 58 Sed Phobisimplex chorus : hic frondentia vatum Proemia laudato, genitor, tibi rite dicarem : Ipse madens lacrymis, umbrarum animeeque sacerdos , Prieciperem reditum , cui le nec Cerberus omni Ore , nee Orphez quirent avertere leges; Meque habitus moresque tuos et facta canentem Fors et magniloquo non posthabuisset Homero, Tenderet et torvo pietas aequare Maroni. Cur magisincessat Superos, et aena Sororum Stamina , quz tepido genitrix super aggere nati Orba sedet? vel quze primaevi conjugis ignem Adspicit, obstantesque manus , turbamque tenentem Vincit, in ardentem, liceat, moritura maritum? Major certe illis Superos et Tartara pulsem Invidia : externis etiam miserabile visu Funus erat. Sed nec modo se Natura dolenti , Nec Pietas injusta dedit : mihi limine primo Fatorum, et viridi, genitor, ceu raptus ab zevo, Tartara dura subis; nec enim Marathonia virgo Parcius exstinctum sevorum crimine agrestum 60 65 70 10 [Document text truncated for crawler view.]