Histoire de la juiverie de Séville
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HISTOIRE DE LA JUIVERIE DE SÉVILLE PAR LE PROFESSEUR MARIO MÉNDEZ BEJARANO Du Conseil Royal de l’Instruction Publique, Lau¬ réat de l’Académie Espagnole et Correspondant d’autres Sociétés scientifiques de l’Espagne et de l’étrange Accompagnée de deux cartes des anciens quartiers juif e de la célébré inscription de 4W* w*
CHAPITRE PREMIER Introduction: Établissement des Juifs en Espagne.— Concile d'Iliberis.—Le bien-etre des Juifs au temps des Ariens. — Persécutions organisées par les rois goths catholiques.—Bienveillance des derniers mo¬ narques.—Conjectures sur l'importance-, de la Juiverie de Séville. Les historiens sont généralement d'accord, malgré les objections de Marina, pour reconnaître que, dès les temps les plus reculés, les enfants d’Israël établirent des rapports commerciaux avec les tribus ibériques. Depuis lors, les vaisseaux hébreux commencèrent à arriver à la fameuse Tarsis, c’est à dire, à la magnifique région espagnole qui doit son nom au Tartèse ou Guadalquivir. La prise et la destruction de Jérusalem par Titus, en 74 après J. C., et le décret d'Adrien qui les expulsait de Palestine (117), obligèrent les Juifs à se disperser à tra¬ vers le monde; un nombre considérable d'entre eux vint s'installer en France et en Espagne.
— 12 - Au commencement du règne d'Egiza, la situation de cette race persécutée fut quelque peu améliorée. Bien¬ veillant pour les convertis, Egiza leur accorda des hon¬ neurs et des privilèges; mais dans la dernière partie de son règne, redoutant une conspiration restée inexpliquée jusqu'à ce jour, il interdit les rites des Hébreux et con¬ fisqua leur biens; eux-mêmes furent déclarés serfs; et on leur enleva les enfants âgés de sept ans afin de leur don¬ ner une éducation chrétienne. Le premier canon du XVI ème Concile ( 693 ) déclara les vrais convertis, plena mentis intentione, exempts du tribut qu'ils payaient au fisc, parce que la foi les enno¬ blissait. L'intention du roi était de les rendre égaux aux catholiques; aussi en arriva-t-il à leur octroyer le droit de posséder des serfs chrétiens. Mais, comme dans le «tome royal» du XVII ème Concile ils étaient accusés de conspirer avec ceux d’outre-mer, on demanda por eux un châtiment; le XVII ème Concile dicta des lois très sé¬ vères ainsi que le canon «de Judaeorum damnatione». Leurs biens sont confisqués, on les déclare serfs des serfs chrétiens qu'il possédaient, leurs rites sont interdits, et, comme nous venons de le voir, leurs enfants leur ?ont enlevés. Witiza, si délesté par le clergé parce que, com¬ me le disait l'archevêque Don Rodrigue, «il accorda plus d'honneurs aux Juifs qu'aux églises et aux prélats», révoca au XVIII ème Concile les canons des Conciles an¬ térieurs contre les Juifs, protégea ouvertement les en-
— 13 — fants d’Israël, et les autorisa à revenir en Espagne; d’ail¬ leurs il ne se contenta pas de permettre l’exercice de leur culte, mais il les éleva même aux plus hauts em¬ plois de l’Etat. On ne peut se rendre un compte exact de l'estime dont jouissait et que méritait la juiverie sévillane au temps des Visigoths; car les Hébreux, considérés comme une race inférieure par la barbarie hautaine des domina¬ teurs, n’ont été jugés dignes ni de l’histoire ni même de la chronique. Néanmoins, nous supposons que leur influence dut être considérable; car, adonnés comme ils l’étaient, au commerce et à l’industrie, ils devaient prospérer là où il y avait le plus de richesse et de population. Or, Sévil¬ le était la ville la plus peuplée de l’Espagne, la capitale intellectuelle du royaume, le centre du catholicisme, l’inspiratrice des Conciles de Tolède et la capitale poli¬ tique depuis Theudis jusqu'à Athanagild. C’est donc là qu’ils durenj tout naturellement employer leur activité et leurs capitaux, dans l’espoir d’en retirer de grands bénéfices. Nous en avons une nouvelle preuve dans le fait que, Abd-al-Aziz, grand amateur du luxe en sa qualité d'orien¬ tal, et surtout à cause de la vanité d'Egilona, son épou¬ se, s’installa, d’après Al-Dhabi, dans une synagogue. Cela ne prouve-t-il pas que les Juifs disposaient d’édifi¬ ces capables de loger des personnes royales?
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CHAPITRE II Invasion arabe.—Aide que les Juifs prêtent aux Mu¬ sulmans.—Siégé de Séville.—Arrivée de nouveaux Hé¬ breux.—Assassinat d’Abd-al-Aziz.—Un faux Messie. Les Ommyades et les Israélites.—Culture et poésie rabbiniques espagnoles— La juiverie sévillane. Tout le inonde sait, et il est inutile de perdre son temps à le démontrer, que la conquête de l’Espagne par les Arabes ne fut pas si rapide que veulent bien le dire les manuels d’Histoire, en supposant même que la résis¬ tance des Visigoths ait terminé à la bataille de Ouadi-baka. Tharek s’était déjà dirigé avec son armée vers Tolède, lorsqu'arriva Mouza, auquel les éléments symphatiques à l’insurrection offrirent de le guider par des chemins où il trouverait les villes les plus riches et les plus peu¬ plées. De fait, ils attirèrent ses forces vers Séville qui, à l'exemple de Carmona, soutint un siège vigoureux, et ne se rendit qu’après une lutte opiniâtre. Le traitement, cruel et méprisant à la fois, des Visi-
- 16 - golhs, le souvenir des persécutions si constantes, la dif¬ férence et l’antagonisme ethnique, tout contribua à pousser les Hébreux à prendre en mains et avec un en¬ thousiasme remarquable la cause du sémitisme, pour se constituer ensuite les protecteurs nés des Mahométans. Après le siège de la capitale de la Bétique, les Arabes ne pénétrèrent pas dans la ville; ils en laissèrent la gar¬ de aux Juifs; c’était d’ailleurs leur coutume, comme nous le raconte El Ajbar Majmua et le confirment Al- Makkari et Ibn-Adhari. De là, ils continuèrent leur marche vers Mérida. Les espagnols pouvaient ainsi se demander si les conquérants étaient les Musulmans ou les Irâelites. Les chrétiens de Séville se retournèrent contre la gar¬ nison hébréo-arabe, qu'ils passèrent au fil de l'épée, et expulsèrent de la ville les survivants. Après la reddition de Mérida, le chef mahométan dut assiéger de noveau Séville qu'il reprit, et il se dirigea vers la Castille, non sans livrer en chemin des combats acharnés. Celui d'Ecija fut tel que, au témoignage de l'Ajbar-Majmua, ils n'avaient jamais trouvé de résistance plus tenace. Lorsqu’ils eurent passé la Sierra Morena, leur che¬ min devint plus facile, à tel point, que trois ans environ leur suffirent pour s’emparer de toute la Péninsule. Les Juifs, qui avaient contribué à l'invasion, se voyaient respectés et traités généreusement par les musulmans,
— 17 — auxquels ils avaient facilité la conquête en s'établissant dans toutes les villes conquises, ce qui permettait de ré¬ duire d’autant les troupes à y laisser. Aussi jouirent-ils, grâce d’ailleurs à leur importance financière d’une gran¬ de influence dans la nouvelle société. Répandus comme ils étaient à travers le monde, il en vint beaucoup avec les Arabes, non seulement de l'Asie, mais aussi de l’Afrique, car les Walies musulmans les avaient obligés à s’enrôler sous leurs drapeaux. Les Ara¬ bes firent de Séville leur première capitale; c’est alors, comme nous l’avons raconté, que l’émir Abd-al-Aziz s'établit dans une synagogue de cette ville: le fait racon¬ té par Al-Dhabi est confirmé par Gayangos. Toute l’aris¬ tocratie de Médine, les habitants du Yemen, les descen¬ dants et compatriotes du Prophète s'installèrent à Sévil¬ le, «la mère des savants, la plus grande et la plus im¬ portante ville de l’Espagne, remarquable par ses édifices et par ses monuments» (Ajbar Majmua). Le fanatisme religieux uni à des rivalités de race, et excité par des vanités féminines, provoqua le lâche as¬ sassinat de Abd-al-Aziz, au mois de Rachab, en 97 de l’hégire, c’est-à-dire,en Mars 716, après trois ans d'émi¬ rat suivant El Pacense. Ibn Hayyan raconte qu’Abd-al- Aziz fut lâchement assassiné par derrière pendant qu’il priait à la mosquée; et les Sévillans profitèrent de la va¬ cance de l’émirat pour nommer Ayoub-ben-Habib, gou¬ verneur d’Espagne. Celui-ci se montra peu reconnais- 2
— 18 - sant à l'égard des Sévillans, puis qu'il transporta sa ré¬ sidence à Cordoue: il est vrai qu'il avait été obligé de céder à la pression de l’élément barbare des conqué¬ rants. Le fait de voir Séville nommer par elle-même un gouverneur pour toute l'Espagne, prouve que dans cette ville, première capitale de l'Espagne arabe, résidait toute l'aristocratie des Coraïschites et de Médine. Un événement extraordinaire porta une grave atteinte aux juiveries espagnoles. En 721 fut annoncée la venue du Messie, que El Pacense appelle «Serenus»,et d'autres «Zonaras» ou «Zonarias». A cette nouvelle, la popula¬ tion juive abandonna ses foyers et ses propriétés, au grand avantage des Arabes qui s’empressèrent de s'en emparer. Un grand nombre de colonies restèrent désertes par suite de l'émigration en Palestine, où flottait le mirage de la reconstitution de la nationalité. Par contre, ceux qui restèrent impassibles et continuèrent à séjourner en Es¬ pagne, s'enrichirent en mettant à profit les divisions et l'anarchie qui régnaient parmi les musulmans. Ils acqui¬ rent un prestige considérable grâce à leurs richesses qui leur permettaient d’exploiter la rivalité de races entre les Syriens et les Arabes, d’un côté, et les Berbères, de l'autre. Les Ommyades furent reçus avec des transports de joie par les Hébreux. Tolérants en matière religieuse et con¬ vaincus, d’autre part, que*les Juifs doublaient les rende-
- 19 - ments du trésor public et contribuaient, par l'augmen¬ tation du commerce, à la richesse publique, ces princes se montrèrent si indulgents, que les Juifs ne tardèrent pas à se familiariser avec eux, au point d'en arriver à oublier leur langue pour parler et écrire l'arabe, et cul¬ tiver les lettres arabiques de concert avec les musulmans et parfois avec de l'avantage sur eux. Le soulèvement apppelé «du faubourg», en 818, sous le règne d'Al-Hacam I e r , amena un grand nombre de Juifs de l'Andalousie à émigrer en Afrique, principale¬ ment à Fez. En 828, les Juifs, unis aux mouzarabes de Tulaïtula, se révoltèrent de nouveau, mais ils furent du¬ rement châtiés. Ce premier massacre fut suivi de bien d'autres aussi cruels à Tolède même et aux dépens de eur race; celle-ci, comprenant que son avenir ne dépen¬ dait pas des armes, s'adonna de nouveau au travail et au commerce. La juiverie sévillane, une des plus nombreuses, et cer¬ tainement de toutes la plus laborieuse, resta étrangère à toutes ces conspirations; elle ne se soucia même pas des disputes ardentes d’Eiéazar avec Alvaro de Cordoue sur l'accomplissement des prophéties, alors que Alvaro, le défenseur ardent du christianisme, était de race gothico-hébraïque. Bien que le^ Syriens, par hai¬ ne pour les Arabes de l'aristocratie médinile, qui s’était établie à Séville et en avait fait sa capitale, eussent trans¬ porté l’émirat à Cordoue, Séville continua à faire une
- 20 — redoutable concurrence à cette dernière; elle la sur pas¬ sait d'ailleurs non seulement par ses relations commer¬ ciales que lui facilitait l'importance de son fleuve, mais encore par ses Ecoles de Médecine, où venaient étu¬ dier les principaux médecins de l'Espagne, même ceux de Cordoue, tels que le grand Averroès; elle lui était de plus supérieure par son grand mouvement philoso¬ phique, qui s'était émancipé de l'orthodoxie coramique et qui attirait les penseurs les plus illustres, tels que Tufaïl, le plus original peut-être des philosophes espagnols, et enfin par ses arts, puisque, selon un adage bien connu à cette époque, lorsqu'un musicien venait à mourir, ses instruments étaient vendus à Séville. La prospérité dont jouissait la ville nous permet de croire que sa vaste juiverie devait aller de pair avec elle. Il est vrai que les historiens arabes restent muets sur ce point.Mais l'orgueil de la race ne leur laissait rien voir de ce qui se passait à ceux qui étaient soumis à leur do¬ mination fussent-ils hébreux ou mouzarabes. L'âge d'or du mosaïsme espagnol coïncide avec le Ca¬ lifat. C'est alors que Josef ben Asdai, jouissant de la confiance du calife, protégea son peuple, et que Rabbi Moseh et Rabbi Hanoc transportèrent en Andalousie les Académies de l'Orient. La philosophie rabbinique se développa dans le Midi de l'Espagne, sous l’impulsion d'Asdai ben Ishaak, médecin d’Abd-al-Rahman III et traducteur de Dioscorides (948).
- 21 - Les ouvrages des Juifs espagnols non convertis furent écrits en langue rabbinique. Cependant, on trouve quel¬ ques-unes de leurs productions écrites en arabe. C'est dans cette dernière langue que furent rédigées, tout d'a¬ bord, les oeuvres du grand Maïmonides, ainsi que les oeuvres philosophiques de Gabirol. La poésie des Hébreux espagnols, presque toujours vi¬ goureuse et d'une mystique gravité, indique clairement l'oeuvre d’un peuple religieusement éduqué à la syna¬ gogue et apte à toute sorte de spéculations métaphysi¬ ques. Aucune littérature-de ce temps ne peut entrer en comparaison avec la littérature juive, pour la profon¬ deur comme pour l'idéalisme. Les Juifs et les Arabes, de race sémitique, avaient recueilli les restes de la scien¬ ce orientale et les connaissances des écoles décadentes d'Alexandrie. Unis entre eux par leur commune origine et par les succès de la conquête de l'Espagne, iis exer¬ cèrent les uns sur les autres, à cette époque, de mutuel¬ les influences scientifiques qui ne tardèrent pas à gagner la littérature elle-même. La narration et l'apologue pas¬ sèrent des Arabes aux Juifs espagnols; dans certains gen¬ res poétiques, les Juifs se distinguèrent par leurs exceptionelles qualités de race. La science des uns et des au¬ tres, répandue en Espagne, eut une grande influence dans toute l’Europe vers la fin du moyen âge. Quelques Juifs convertis n’eurent pas une faible part dans cette propagation tout en la combattant.
— 28 - au-dessus du fanatisme étroit de son époque, il faisait appel à tous les hommes valides sans leur demander quelle était leur religion, leur patrie ou leur race. Sa cour, aussi somptueuse que lettrée, pouvait rivaliser avec les plus fastueuses de T Orient comme de l'Occi¬ dent. Mais ce qui lui fait grand honneur, c’est qu'on ne pouvait s'élever auprès de lui que par le mérite et non par une basse adulation. Son mariage même avec la bel¬ le et spirituelle Rumaïkiya fut un mariage d’amour plu¬ tôt qu’un mariage dû à la froide raison d'Etat. Séville est une fiancée; Aben Abad est son promis; Sa couronne est l’Axarafe; Le Guadalquivir, son collier. A cette chanson, expression du sentiment populaire, Al-Motamid répondit en changeant le nom d'Ixbilia par celui d'Alhabedia, qui dérivait de son nom même. Vers cette époque, mourut à Grenade le fameux mi¬ nistre Ibn Nagrela, qui eut pour successeur dans l'em¬ ploi de katib du roi Badis son fils Josef Abu Hossain, homme intelligent, mais plein de lui-même et assez in¬ différent en matière religieuse, à tel point qu'il ne pra¬ tiquait même pas sa propre religion; il se vantait publi¬ quement de mépriser la mahométane. Cette dernière raison, jointe à la protection soutenue qu'il accordait aux Juifs au détriment des Musulmans, produisit une
- 29 — animadversion générale. Celle-ci se convertit en émeute dont le résultat fut l’assassinat de plus de 4.000 Hébreux, parmi lesquels Josef lui-même (1066). Les survivants s'enfuirent à Lucena et autres lieux, mais les plus pru¬ dents émigrèrent à Séville, où le monarque, dans sa splendide générosité, les reçut avec sollicitude et les trai¬ ta selon leurs mérites. Il alla même jusqu’à appeler au¬ près de lui les plus illustres d’entre eux, tels que Ibn Albalia, Ibn Moschia et le sévillan Josef Ibn Megas. Ce dernier avait étudié à Cordoue et avait été l'élève de Rabbi Ishaak Alfez, dont il fut le digne successeur à la présidence de l’Académie de Cordoue. Autour de ces savants se réunit l’élite des rabbins de Séville, et il se forma une Académie capable de rivaliser avec les plus célèbres de la Péninsule. On y créa une magnifique bi¬ bliothèque, et les Hébreux, comme le dit un historien, «eurent la grande satisfaction de voir rétablie sur les bords du Guadalquivir l'ancienne école des Hanoch et des Hasdai». A toutes ces faveurs, Al-Motamid ajoutait des preuves d'estime qu'on n’avait jamais accordées aux Hébreux. C'est ainsi qu’il confia à l’illustre Ibn Megas des mis¬ sions diplomatiques fort délicates; il conféra à Ibn Al¬ balia, outre les titres de «Nassi», celui de Grand Rabbi, ce qui correspondait à donner à ce savant la juridiction sur toutes les synagogues du royaume; enfin, il accorda tant de faveurs aux fils d’Israël et l’influence de ces der-
30 - niers s'en accrut tellement, que les Arabes se plaignirent de ce que l'on confiât aux Israélites les fonctions de Katib, Wazir, Hagib, etc., réservées jusque là aux princes. «Les affaires musulmanes, dit Abul-Chafar, étaient ad¬ ministrées par les Juifs qui s'en emparaient avec fureur à la manière du lion qui se jette sur une bête inoffensi¬ ve. Au milieu de la réprobation universelle, ils obte¬ naient les emplois de Wazir, Hagib et Katib, réservés autrefois aux pinces les plus illustres de la nation.» Ainsi, Séville, qui était déjà à la tête de la civilisa¬ tion arabe, devint, en outre, le centre du judaïsme es¬ pagnol. Malgré la bonté d'Almotamid, Séville, consternée, put assister au spectacle cruel dont un Israélite de To¬ lède fut le protagoniste. En io 83 arriva à Ixbilia l’am¬ bassade qui recevait annuellement les tributs convenus entre le roi de Séville el le roi de Castille. L'ambassade, présidée cette fois par un hébreu, Amran-ibn-Ishaak- ibn-Xalib, administrateur de l'armée d’Alphonse VI, n'entra pas dans la ville; elle s’établit, selon la coutume, dans les environs; les dépenses énormes faites récem¬ ment par le trésor musulman ne lui permettaient pas de sortir aisément d’embarras. Il n'était pas facile non plus d'imposer une nouvelle contribution à une ville qui ve¬ nait de faire des sacrifices considérables. Acculé par son créancier, Almotamid répondit par un expédient qui au¬ trefois avait donné d'excellents résultats: il ordonna de
31 - monnayer dans la fabrique de Séville, en or et à bas ti¬ tre, una partie de la somme qui était due et l’envoya à l’ambassadeur. Ibn-Xalib examina les pièces, et, recon¬ naissant la fraude, il répondit hautainement aux envo¬ yés qui les présentaient: «Vous me croyez donc si stupi¬ de que je ne sache distinguer la bonne monnaie de la mauvaise? Je n’admets que l’or au titre légal, et je vous avertis que l'année prochaine je demanderai une plus forte somme; et à son défaut, je prendrai en garantie des châteaux et des villes.» Dès que Almoiamid eut connaissance de ces propos insolents et menaçants, il fit comparaître devant lui les ambassadeurs, les fit arrêter et condamna le Juif à être crucifié. Le trésorier d’Alphonse VI, aussi lâche devant l’in¬ fortune que présomptueux dans la prospérité, se jeta aux pieds du monarque en criant: «Pardon, Sire, par¬ don! Si vous me faites grâce, je vous donnerai en or pur le poids de mon corps.» «Par Allah!—s'écria avec indi¬ gnation Almotamid—, je n’accepterais pas, lors même que tu m’offrirais toute la Mauritanie ou l’Espagne en¬ tière pour ta rançon.» Ibn-Xalib fut exécuté, et le reste de l’ambassade n’obtint sa liberté qu’au prix de la cession de la forteresse d’Almodovar. Quelques auteurs racontent qu'Ibn-Xalib ne fut pas nûs à mort par ordre du roi, mais qu’il fut poignardé
32 - • dans son habitation par de vils esclaves sans avoir reçu aucun ordre à ce sujet. Aux lettres hautaines et comminatoires du roi de Cas¬ tille, le Sévillan répondait par une lettre d'une prose hardie et par la «casida» suivante: Abattement d’esprit et bassesse N’habitent pas dans une âme généreuse; On ne comprend pas bien, ni le coeur le consent, Malgré les liens de parenté ou d'amitié qui nous unissent, Que nous puissions craindre de vaines menaces De ton orgueil, ainsi qu’un vil esclave Redoute la fureur de son maître en colère. La peur est honteuse et vile; de la canaille Est la frayeur, et si par malheur certain jour, Je t'offris des tributs forcés, n’attends plus A l’avenir que guerre dure, Bataille cruelle, assaut sanglant, De nuit et de jour, sans cesser un moment. Ravages, destruction à feu et à sang: Voilà les seuls dons que nous préparons Pour tes terres, au lieu d’or et d’argent. Plus puissant et plus grand est l’Eternel Allah, qui à créé le ciel et la terre, Et que j’adore, que la Croix que tu révères Et dont tu fais ostentation sur tes armes et drapeaux. Arme-toi, donc, prépare-toi à la bataille A laquelle je te provoque et te défie pour ton opprobre. Le soleil caché derrière de noirs nuages, Baigne sa face dans des larmes de sang. Entre nous, guerre à mort seulement, Il y aura dès aujourd'hui, ainsi que frayeur dans toute l'Es- De sa lourde chaîne, la souffrance [pagne;
- 33 - Fait jaillir de vives étincelles de feu, D’une guerre cruelle dans l’obscurité des ténèbres Et une confusion de la discorde insensée. Les épées éblouisent déjà tes yeux, , Et tu te repentiras quand, sur ta poitrine, Se croiseront les lances de fer Teintes du sang qui échappe des joues Et des poitrines de tes pauvres gens. Bien qu’Almotamid eût agrandi son royaume, sa clai¬ re intelligence lui faisait comprendre que la reconquête de l’Espagne par les chrétiens était déjà irrésistible. La décadence du Croissant se faisait sentir à tout instant, et les discordes intérieures, signe manifeste d’affaiblisse¬ ment, sévissaient au sein de la race arabico-espagnole. La colère des «fakirs» s’en prenait à Roumaikiya, qu’ils accusaient d’être peu religieuse, et à son époux, qui con¬ tinuait à lui témoigner son affection. La méfiance du peuple, avivée par les fakirs, grondait sourdement. Et cependant, la favorite venait défaire bâtir une mosquée, fondation pieuse dont le souvenir nous est conservé par une inscription gravée sur pierre à la date de 1086. Cette inscription, qui était enchâssée dans les murs du temple de San Juan, vulgairement appelé de «La Palma», en a été enlevée pour être transportée au Musée Provincial de Séville. Almotamid, atterré par une vision qu’il avait eue, et voulant malgré tout empêcher ce qui était inévitable, sol¬ licita la coopération de Jusuf ben Taschfing. Il consulta 3
- 34 — au préalable les autres rois deTaïfa,qui envoyèrent leurs représentants à la réunion solennelle tenue à la grande Mosquée de Séville. Dans cette assemblée, on décida, à l’unanimité des membres présents, d’envoyer une am¬ bassade auprès de l’émir almoravide. Un nombre considérable de Juifs passèrent en Espa¬ gne sous les drapeaux de Jusuf. Et comme, d'autre part, de nombreux Israélites espagnols s’étaient enrôlés, par reconnaissance ou par patriotisme, dans l’armée chré¬ tienne, on assista au spectacle d’une lutte fratricide dans les champs mémorables de Zalaca. Toute la gloire de cette action resta aux armes andalouses, qui formaient l'avant-garde. Le roi de Castille essaya de tromper Almotamid par des ruses de mauvaise foi, mais sans y réu¬ ssir; il soutint le combat contre le roi de Séville, resté tout seul. Jusuf, en effet, et peut-être à dessein, ne se porta pas à son secours; les soldats des autres royau¬ mes andalous se retirèrent à la débandade devant la supériorité nujnérique de l’ennemi; seuls, Almotamid,. couvert de sang, et les chevaliers sévilians con¬ tinuèrent à combattre pçpdant toute la journée sans perdre un moment leur ligne de bataille. A la fin, des renforts arrivèrent et le triomphe fut pour les soldats de l'Islam. Mais il arriva que les alliés se convertirent en maîtres tout-puissants, et dès lors, la barbarie africaine, qui avait renversé les trônes d'Espagne, passa comme une trom-
be sur la cui.ure sévillane sans laisser la moindre trace de sa brillante civilisation. Malgré l’adversité de ces temps, le XI ème siècle vit luire des jours heureux pour la civilisation mosaïque espagnole, dont le représentant le plus illustre est le .grand ibn Gabirol, connu sous le nom de Abicebron. Ibn-Gabirol-ibn-Jehudak était né à Malaga en 1021. Quoique sa mort ait été prématurée, il a laissé de nom¬ breux travaux religieux que l'on conserve comme des trésors d’une inspiration riche, mélancolique et doulourese, mais pleine d’espérances. Son poème le plus im¬ portant, «la Couronne Royale», est essentiellement philosophique et riche en connaissances diverses où les abstrations s’y montrent d’une vigueur et d’un relief si puissants qu’elles paraissent s’animer au gré de l’imagi¬ nation du poète. Celui-ci ne s'est pas inspiré des textes du Talmnd , comme c’est le cas pour d’autres auteurs juifs de la décadence, mais il a suivi plutôt son inspira¬ tion personelle. Mêlant le lyrique et l’épique, le genre didactique et le genre philosophique, traversant les sphè¬ res sensibles et les sphères métaphysiques, il nous con¬ duit jusqu'au principe fondamental et primitif de tou¬ tes choses; et devant l’impossibilité de pouvoir péné¬ trer plus avant, il s’arrête, non sans avoir parcouru tout ce que l’intelligence peut percevoir de visible et d'invisible. L'œuvre philosophique la plus remarqua¬ ble d’Ibn-Gabirol est la «Source de la Vie». Le fond de
— 36 - ce livre admirable c'est le néo-platonisme; mais il con¬ tient une partie originale très belle, où l'auteur abandon¬ ne Plotin et s'efforce d’établir que dans les corps, ce qui est inférieur c'est la forme, et ce qui est supérieur c'est la matière: il conclut à leur union, mais sans les con¬ fondre avec la volonté divine. Des écrivains de peu de mérite l'ont cru matérialiste, bien qu'il pense que la matière est «une, simple et spi¬ rituelle», ou bien ils l'ont traité d’émanatiste, alors que son système est une création continuelle, incessante, parce que les substances finies ne sont pas dans les subs¬ tances divines, mais dans la volonté de Dieu (i). A la noble et libre spéculation de l'insigne penseur andalous, s'opposa le critérium étroit de la synagogue castillane, avec tout son fanatisme outré. C'est ainsi qu'entra en lice Abraham-ben-Daoud, de Tolède, un des contradicteurs les plus acerbes de Gabirol. Le plus grand reproche qu’il faisait à la doctrine du philosophe anda¬ lous c’est son caractère universel et pleinement humain. L'étroitesse de vues des tolédans apparaissait bien dans les censures d’Abraham lorsqu'il écrivait: «Gabirol prétend résoudre uniquement une question de philoso¬ phie, et non pas spéciale à notre comunaulé, mais con¬ cernant tous les hommes». (i) Nous ne cesserons de recommander la traduction en espagnol faite par Federico de Castro, ainsi que le prologue admirable qui la précède.
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- 42 — dirigée par un apôtre nouveau avait déjà traité d'impies les almoravides, un demi-siècle avant leur triomphe. Ceux-ci, après avoir perdu leur domination en Afrique, envahirent les régions andalouses pour lesquelles ils éprouvaient une vive prédilection: c'est qu'on y étudiait la philosophie d'Al-Gazal, qui formait le fond de leur doctrine. Les Sévillans, indignés contre la barbarie almoravide, envoyèrent des émissaires à Abdal-Mumen, après s’être soulevés le 12 Xaban 541 de l'hégire (1146 après J. C.) et après avoir expulsé les almoravides.lLes doctes entretiens qui furent échangés surlesquestions philosophiques, his¬ toriques, littéraires et juridiques entre les ambassadeurs sévillans et Abdal-Dumen prouvent que dans le naufra¬ ge de la civilisation arabicoandalouse, Séville avait conservé la glorieuse tradition de sa'culture supérieure. Continuant les mêmes procédés qu'ils observaient en Afrique, les almohades, barbares et fanatiques, poursui¬ virent les chrétiens et les juifs avec une cruauté extraor¬ dinaire. Selon la Chronica Aldephonsi Imperatoris, ils mirent à mort les chrétiens, appelés «mozarabes», ainsi que les Juifs établis en Andalousie depuis les temps les plus anciens; ils s'emparèrent de leurs femmes, de leurs maisons et de leurs richesses. Les almohades brûlèrent les synagogues, prononcèrent la dissolution des com¬ munautés et firent disparaître les glorieux restes de la fameuse Académie sévillane, dont les derniers membres
43 - s'échappèrent à Tolède, tandis que d'autres, en très grand nombre, fuyaient en Catalogne et en France ou acceptaient la honteuse condition de moslemiles. Après les tueries que les almohades organisèrent à Sé¬ ville et dans d’autres villes d’Espagne, il y eut un grand nombre de conversions forcées. Le fanatisme s'étendant de plus en plus, il se produisit des massacres horribles à Valence (1148), massacres qui coïncidèrent avec les persécutions dont était victime dans toute la Castille cette race infortunée. Poursuivis en Andalousie, les Juifs en furent expulsés par l’édit d’Abdal-Mumen. Alphonse VII accueillit à Tolède les restes des Académies de Séville, de Cordoue, et de Lucena: ces éléments constituèrent le noyau tolédan. Dans le collège des traducteurs, constitué sous la protection de l’archevêque Raymond, deux figures sur¬ tout se détachent: Gundisalvo, sur lequel nous n'avons que des renseignements assez rares et contradictoires, et un converti, Yahia-ben-Daoud, baptisé sous le nom de Juan de Sevilla. Ce dernier est appelé aussi Juan de Luna, Lunense, et parfois Juan Espagnol, faute de bien entendre le mol «hispanense» don quelques-un se ser¬ vaient pour le désigner, par suite d’une corruption du mot «Hispalense» (1). (0 Voyez les Histoires des sciences mathématiques par Charles, Montuela Buoncompagni, Libri, Morla, et «Vorlesungen über Gechiche lier Mathematik», par Moritz Cantor.
- 44 - Il esl à regretter qu'on n'ait pas encore catalogué les nombreux ouvrages originaux dont la traduction est due à Juan de Sevilla, seul ou aidé de Gundisalvo. Lorsque ces deux savants collaboraient à une traduction, Juan transposait les originaux dans la langue vulgaire et Gudisalvo les mettait en latin. Juan composa seul ses trai¬ tés de Chiromancie et de Physionomie; il interpréta le Thebit de imaginibus, ainsi que la Isagoge de judiciis astrorum de Alchabitius et celle de Abon l Mar\, de Receptione, Liber Me\allah et il traduisit De scientia astromm et radicïbus motum coelestium de Alfergan. En collaboration avec Gundisalvo, il traduisit les ou¬ vrages de philosophie et de physique d'Avicena et de Al-Gazel, de même que le travail admirable de Gabirol, «Fons vitae», qui est, sans doute, la conception la plus haute et la plus sublime qu'ait produite dans le monde le génie des fils d'Israël. Jean de Séville fut un des plus éminents encyclopédis¬ tes de son temps et il mérite les éloges que lui ont dé¬ cernés les savants les plus autorisés: Egidio de Zamora l'appelle «insigne dans 1' art magique et dans les scien¬ ces astrologiques»; Heller fit paraître en 1548 un traité d'Astronomie de Juan de Seville, intitulé: Epitome totias Astrologiae conscripta a Joanne Hispalensi Hispano as - trologo celebernmo. Au sujet de son traité Joahnnis Hispalensis algoritmus, sive practica Aritmeticae , Vallin dé¬ clare que c'est une oeuvre des plus originales et que son
- 45 - auteur a devancé Fibonaci de près d'un siècle; Chasles en fait le plus sincère éloge dans son Aperçu historique sur Vorigine et le développement des Méthodes en Géomé¬ trie. En même temps, grâce a l'influence qu'exerçait Mumenin-Josef-ibn-Jacoub, lorsque le premier élan des almohades fut calmé, Séville vit briller un second âge d'or. Elle fut non seulement la capitale de l'Espagne musulmane, mais encore de l'Espagne entière et du Maroc. L'excellent prince s'établit, lui et son gouver¬ nement, à Séville même, qu’il s'employa à embellir en construisant de nouveaux monuments et en réparant ceux qui existaient déjà. Par suite de la bataille de las Navas, l’empire des almohades fut affaibli et Séville se constitua de nouveau en émirat indépendant. Durant cette période, les Juifs qu’on tracassait dans d’autres régions, vivaient en paix à Séville et se livraient tranquillement à leur culte et à leurs occupations. Bien qu’il n'ait pas vécu en Espagne (il la quitta très jeune, peu après l’invasion almohade), nous devons ci¬ ter un grand philosophe”, appelé à harmoniser les deux tendances de l’éclectisme dans la synagogue: l’une, idéa¬ liste, de Gabirol, et l’autre, moins élevée, de Bêchai et de Juda-ha-Levi, laquelle subordonnait la raison à la foi: il s’agit de Maïmonides. Mosseh-ben-Maimum (1135-204 J- C.) naquit à Cor-
- 46 - doue. On croit qu'il fil ses études à Séville, car il fut con¬ disciple de Geber, le fameux astronome sévillan. Il se fit passer pour mahométan, par nécessité; mais quand il partit en Afrique, il avoua sa vraie religion. Maïmonides écrivit plusieurs ouvrages de théologie, de médecine es de philosophie. Il cultiva la médecine avec éclat et devint le médecin et l'ami du sultan Saladin. Maïmonides semble être né pour unifier les cou¬ rants les plus opposés de la philosophie, et pour cela, tout scolastique qu’il est, il ne craint pas de contredire parfois Aristote. Comme toujours, les orthodoxes se méfient de ces harmonies entre la science et la religion. Quand le More nébouchim ou «Guide des égarés» se po¬ pularisa, un rabbin de Tolède dit: «Cet ouvrage fortifie les racines de la religion, mais elle détruit ses branches.» Le More nébouchim s’adresse à ceux qui en leur for inté¬ rieur considèrent les enseignements de la Bihle comme absurdes et contradictoires, mais qui, retenus par l’habi¬ tude de la foi, n’osent pas abjurer; il renferme un systè¬ me d’interprétation biblique, la théogonie et la cosmo¬ gonie, une explication du don de prophétie, et termine par l’étude de la liberté et de la Providence. Maïmonides composa un traité de psychologie dans lequel il fait ressortir les points qui le différencient d’A¬ ristote. Dans le Sepher-ha-mada (Livre de la science) il s'occupe de la morale, qu'il confond avec l’hygiène et l’économie, car nous ne pouvons aimer Dieu sans le
— 47 — connaître, ni le connaître sans être maîtres de nous-mê¬ mes; c’est pourquoi nous devons prendre soin de notre santé, entrer dans le mariage quand nous sommes en état de pouvoir subvenir aux exigences de la nouvelle situa¬ tion, et exercer la charité d’abord envers nousmêmes. La réputation acquise par Moïse Maïmonides fut telle que la phrase suivant devint proverbiale: «Depuis Moï¬ se jusqu’à Moïse il n’y a pas eu d’autre Moise.» Il nous reste à parler d’une autre figure intéressante et nettement sévillane, d’ibrahim ben Sahl al Israyili al Ixbili, surnommé parmi las arabes Abou Ishak. Il était de famille israélite et naquit à Séville, comme il ressort de son nom même. Doux poete, il composa de tendres chansons pour les çnfants hébreux. Casiri l’appelle «Vir generis claritate et ingenii splendore juxta conspicuus» (I, 112). Les hasards de la vie lui firent embrasser le mahomé¬ tisme, et il écrivit une longue kassida en l’honneur du Prophète «Je l’ai lue une fois, dit Abou-Hayan, et je dé¬ clare que, quant à l’armonie, c’est un des plus admira¬ bles poèmes que j’ai lus dans ma vie». Abou Nasr al Fath al Quaisi croit qu’Ibrahim se convertit sincère¬ ment au mahométisme. Nous avons d’excellentes rai¬ sons de croire le contraire, malgré Abou Nasr. Le malheureux poète trouva une fin rapide en 649 de l’hégire, car, chassé de Séville par les chrétiens, il se ré¬ fugia à Ceuta ou il se noya âgé d’envinron quarante ans.
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1 -f V :o », -c fcra» LA MO RERI A En 1890, ei cronista Guichot hizo L> E SEVILLA O BARRIO DBL ADARVEJO (A FINES DBL SIGLO XV) los limites que a la Moreria sefiala'rTlo^d 0 ^ s | t \°» reproduciendo la topografia del «piano de 1771», levantado por Goelho, por disposiciôn del Asistente Olavide, y siguiendo a os e pnncipios del xvi, que se consignan en el volumen de Memorias sevillanas, de Gôngora, de 1690. (Biblioteca Golombina).—El pré¬ sente dibujo es una reproducciôn de lo indicado por el cronista Guichot.
CHAPITRE V Les Juifs dans les royaumes chrétiens.—Grands mas¬ sacres.— L a Juiverie sévillane pendant le siégé de la capitale.—Réception faite a Ferdinand III par les Hé¬ breux.— La clef de la Juiverie.—Alhama hébraïque et Alhama mauresque. — Le quartier maure: ses vicis¬ situdes. Les Juifs étaient très peu nombreux dans les royaur mes chrétiens de la Péninsule. Les chrétiens les repous¬ saient à cause de leur amitié pour les Arabes et de l'aide qu'ils leur prêtaient. De leur côté, les Hébreux n'ai¬ maient pas à vivre parmi les chrétiens à cause de leur pauvreté et du mauvais souvenir qu’ils gardaient des visigoths. Les armées chrétiennes pénétraient-elles dans quelque ville, elles égorgeaient les Israélites, pillaient leurs mai¬ sons et mettaient le feu aux synagogues. «Omnes synagogae quas inveniebant ... destructae sunt. » Déjà en 1108, les habitants de Tolède qui rendaient les Israélites responsables de la défaite d'U clés, envahi-
CHAPITRE VI Topographie de la Juiverie Sévillane. Si les rois se montrèrent tolérants envers les Musul¬ mans, ils le furent encore devantage envers les Israélites. Grâce à l’influence exercée par de puissantes familles qui demeuraient dans la juiverie, entre autres, celles des Alfakahn, dont l’ascendant était d'milant plus considéra¬ ble qu’elle possédait dans son sein le médecin de San Fernando, Jedudah-ben-Josef. Les monarques se senti¬ rent attirés vers celte race laborieuse et lui manifestè¬ rent leur respect et leur protection. Cependant, après la Reconquête la juiverie fut réduite à la partie décrite par les auteurs des XVI et XVII èrae siècles. La muraille qui entourait la juiverie était, du côté extérieur, celle de la ville; mais en dehors de l'en¬ ceinte se détachait la grosse masse de l'Alcazar, ainsi que le quartier de la mosquée et une partie de la Borceguineria; la juiverie restait limitée par le mur qui, partant de la porte de l’Alcazar, tout près de la rue de
- 58 - la Vida, pénétrait dans la rue de la Soledad, atteignait la région ou s'élève aujourd'hui l'église de St. Nicolas, et courait Je long de la rue Toqueros et de celle du Vidrio pour entrer dans celle des Tintes par la ruelle d’Armenta (autrefois de la Rosa), pour se réunir enfin au mur ex¬ térieur de la Porte de Carmona (i). Le quartier juif communiquait avec la campagne et la ville par trois portes. Celle qui était en dehors de la vil¬ le, semble être d'après les auteurs les plus nombreux, la porte actuelle de la Carne, que los Arabes appelaient Bib-el-Chouar ou Porte des Perles, et aussi Vib-Alfar, par corruption de son vrai nom. Les Hébreux l'avaient nommée Mon-hoar ou Min-hoar, du nom d'un Israélite opulent qui habitait à proximité de la Porte, mais cette dénomination pourrait bien avoir une autre étymologie, car, Ortiz de Zuniga prétend que la Chronique appelait San Bernardo: quartier de Aben-Ahoar. La seconde porte donnait accès à la rue Meson del Moro; elle était en fer. La troisième, celle de St. Nicolas, faisait face à la rue Rodrigo Alfonso. Enfin, il y avait également une pe¬ tite porte appelée de YAtambor (du Tambour), parce que, la nuit, on la fermait au son du tambour du corps de garde. Celte porte s'ouvrait sur la rue Rodrigo Caro. (i) Des restes de ce mur peuvent encore s'observer dans quelques maisons de la rue Toqueros, et même à l'éxterieur, dans le petit arc qui existe au milieu de la rue et dans les maisons contiguës.
Dans ses notes manuscrites sur la juiverie sévillane qui se conservent à l'Académie de l'Histoire, Francisco Bruna dit que la première porte n’était pas celle de la Carne , mais une autre appelée du Privilegio (privilège) qui donnait sur le potager de l’Alcazar. Elle était ainsi nommée parce que le Maire en possédait la clef. Les trois portes étaient fermées à l'Angélus et ne s'ouvraient que le lendemain matin. Quant à la porte qui donnait sur le Prado, elle était dans un quartier qui communiquait avec la nécropole, située dans la partie dénommée plus tard Hnerto de Espantaperros et où se trouve aujourd'hui l’abattoir. Cette nécropole comprënait en outre une partie du quartier San Bernardo. Il est même possible qu’elle s'étendù jus¬ qu'à la porte du Osario, car quelques écrivains anciens disent que le cimetière des Hébreux se trouvait dans la «Barbacana ». Il y avait là, en effet, quelques maisons si¬ tuées à gauche de cette porte avant d'arriver au premier château. Quand on fortifia la porte de la Carne , en 1843, on y découvrit des sépulcres, comme nous verrons plus loin. A ce sujet, Malute dit avoir connaissance d’une senten¬ ce prononcée le i 5 Février 1483, relative aux «corrales» (basses-cours de San Bernardo qui furent adjugés à Sant0 Domingo «Porta Coeli». Il ajoute qu'une lettre, en date du 2 5 Mars 1492, de la reine Isabelle aux Inquisi¬ teurs, prouve que ces terrains servaient de sépulture
pour les Hébreux. Rodrigo Caro raconte qu’en dehors de la porte de la Came , sur le terrain dénommé Zebreros, qui l'avoisinait, se trouvait autrefois une auberge qui, plus tard, fit place à des nouvelles maisons. Les Hébreux y avaient leurs sépulcres «lesquels étaient pour la plupart soigneusement travaillés». Tout cela prouve qu'ils possédaient plus d'un endroit destiné à enterrer leurs morts, car ces sépulcres ne se trouvaient pas, d'après Malute, sur l'emplacement de l'Abattoir, mais à sa droite, au sortir de la porte de la Came. Alphonse X octroya aux Juifs trois synagogues qui correspondent, à peu de différence près, aux trois égli¬ ses actuelles: Santa CruSan Bartolomé et Santa Maria la Blanca; mais les Hébreux en établirent de nouvelles au fur et à mesure qu'ils voyaient leur prestige augmenter; ils né cessaient d’obtenir les faveurs de la cour. A l'avè¬ nement de San Fernando, ils devinrent de plus en plus nombreux. Parmi les nouvelles synagogues il faut citer celle du couvent de la Madré de Dios , qui est aujourd'hui la Faculté de Médecine; celle du Colegio Mayor; celle d’Alcoba , contiguë au jardin du Retiro, qui, d'après Ma¬ lute, a pu s’étendre sur tout le terrait occupé plus tard par la maison du Comte de Cantillana et par le Colegio Mayor de Rodrigo Fernandez de Santaella. D’après la tradition en effet, ce dernier édifice a été construit sur l’emplacement d'une synagogue, celle de Jehudah-ben- Xabal et d’autres, d'après l’archidiacre d’Ecija, jusqu’à
arriver au chiffre de vingt-trois à la fin du XIV ème siècle. Le moine Liciniano Saez rapporte qu’il existait plus de trois synagogues et il s'appuie à l’effet sur les donations faites par le duc de Bejar, en 1455, consistant en un terrain, à Santa Cruz, qui était contigu à la syna¬ gogue brûlée , et en une maison avec cour, à Santa Cruz aussi, «qui fut synagogue», cédée à l’épouse de Jehudah Abencemerro. Il semble que l'une d'elles occupait; du moins en partie, la place actuelle de Santa Cruz; quant à celle de San Bartolomé, il est bien plus difficile d’en connaître l’emplacement. Par contre, pour celles de Santa Maria la Blanca et Madré de Dios il n’y a pas de difficultés, car elles occupaient le même périmètre que les constructions actuelles. Gonzalez de Leon assure que celle de Santa Cruz conserva comme paroisse la forme qu’elle avait comme synagogue. C’était un petit temple divisé en trois nefs égales, séparées entre elles par des arceaux inégaux, lesquels reposaient sur des co¬ lonnes de granit grossier; ces colonnes à leur tour, in¬ égales en hauteur et en grosseur, et de couleur obscure, soutenaient une toiture en bois, couverte de tuiles. Lors¬ qu'on en fit une église catholique, on agrandit son en¬ ceinte, et bien qu’elle ne fût jamais une oeuvre de grand mérite, elle s’enrichit néanmoins d'admirables peintu¬ res, de statues, de sépulcres et de sculptures. Parmi les peintures, elle comptait la meilleure oeuvre de Pedro de Caïn pana. En 1810, les Français la démolirent pour
- 62 - y construire la place qui aujourd'hui s’apelle Santa Cruz. La paroisse fut transférée à la Borceguineria. La plaza de la Açuyca ou Aqueica occupait un rang apart dans la topographie de la juiverie; située à l'extré¬ mité de la rue Archet-os, elle montrait avec orgueil la synagogue de Santa Maria la Blanca sise en arrière de la Porte de la Carne ou de las Perlas. En face de la sy¬ nagogue, il y avait quatre magasins d'épicerie, où l'on vendait des beignets, et un établissement de bains qui offrait sa fraîcheur aux habitants du quartier. De cette place partait la rue Adarhe de Ahenmandaque; telle que nous l'avons connue, elle effleurait la muraille et allait mourir à la place des Refinadores. Derrière la place Aqueica et parallèlement à elle, se détachait la rue Pedregosa, aujourd'hui des Cruces, qui, partant de la rue du Cisne (actuellement Enciso) finissait à la place de Cuatro Vientos. Au nord de Santa Maria la Blanca s'étendait la Alhamia au-delà des rues Archeros, Corral del Agua, Levies et Toqueros , qui faisait communiquer les deux zônes. La rue Levies, la plus typique et la plus classique d'en¬ tre elles, doit son nom à la puissante famille des Le¬ vies. Elle prenait naissance dans la ru e Rodrigo Alfonso, laquelle partait de la place Cahe^a de Malos , où se trou¬ vaient les boulangeries de Dom Brahim. (Ibraim) L'inmense palais des Levies ne conserve rien qui puisse rap¬ peler ses anciens propriétaires israélites. L'arceau qui
- 63 — se trouve dans le vestibule de la maison est de grandeur moyenne et très surbaissé; le chapiteau, à droite, qui lui sert d'appui, semble être du temps du Califat. Il existe un autre arceau très beau, situé dans la petite cour, qui date aussi de la même époque. La margelle du puits, tant par sa forme que par sa composition, peut aussi bien être arabe que «mudejar» du XVIème siècle. Les arceaux en marbre rougeâtre qui donnent accès au jardin ne semblent pas remonter jusqu'aux Arabes; leur forme constitue un demi-cercle exact; ils sont soutenus par de petites colonnes en mar¬ bre blanc, et tant par leurs chapiteaux que par leurs moulures vues de profil, ils trahissent l'école classique du XVIIème siècle. Il existe encore des vestiges de lam¬ bris et de carreaux de faïence de cette même époque; en fin, dans la fontaine-grotte se trouve un petit écusson en terre portant l'inscription Ave, maria, gratia plena. La demeure des Levies, si tant est qu'elle le fut, dut de¬ venir la propriété de magnats chrétiens qui, au XVI ème siècle, la transformèrent en maison seigneuriale, et, au XVIIème siècle, l’agrandirent et l'embellirent selon les exigences du temps. La rue Rodrigo Alfonso , ainsi nom¬ mée parce que, toute juive qu’elle fût, elle possédait la demeure de Rodrigo Alfonso, oncle d’Alphonse X, était alors l’artère principale du quartier qu’elle divisait en deux parties. Elle allait tout droit de la porte de Minhoar à celle de San Nicolas.
A côté de la synagogue de Santa Cruz, se trouvait la place des Carnicerias, qui donnait sur la rue Jamerdana ou Jamardana , nom hébreu qui s’imposa parce que, d’après les auteurs, elle servait de triperie; mais cette explication ne semble pas satisfaire, car le mot hébreu Jamar (prononcez le J avec le son de SH anglais, de CH français, ou de l'X asturienne) veut dire garder, c'est ainsi qu’on donne le nom de Jomer à un gardien. Il est probable, comme l’indique Gonzalez de Leon, qu’il s’agit d’un mot arabe corrumpu ou même du vo¬ cable Alhamia. . C’est dans cette partie de la ville que se trouvaient les rues les plus typiques de la Juiverie, telles que les rues de Barrabàs et du Moro Muerto (aujourd’hui Reinoso), célèbres dans la légende, ainsi que la place postérieure¬ ment appelée d ’Alfaro à cause des chevaliers de ce nom; la rue Atay,d (cercueil), ainsi dénommée à cause de sa forme, et où l'on plaça le crâne de la Susona par dispo¬ sition testamentaire de la «fermosa fembra» (belle fem¬ me), rue qui a disparu en i 8 33 à la suite de l’agrandis¬ sement de la place des Caballos. Notons aussi sur le par¬ cours de la rue San Diego, la place des Desafios, qui a egalement disparu et sert aujourd’hui de cour aux mai¬ sons qui l’entourent; enfin, la place du Po^o Seco et cel¬ le du Tambor. Le nom de la place de Dona Elvira nous rappelle la fameuse cour de Dona Elvira, si souvent mentionnée dans l’histoire, et sur l’emplacement de la-
PLANO DE LA JUDERI'A DE SEVILLA 147 Gatedral. 16 Sagrario. 49 San Francisco (Convento). 161 Casas Capitulares (Ayuntamiento). i 6 3 La Cârcel Real. 82 Convento de San Juan de Dios. 188 Plaza del Buen Suceso. i 3 5 Hospital de S. Cosme y S. Damiân. 2o 3 Plaza de los Leones. 2 Postigo del Carbon. i 5 5 Almacén de Lanas. 04 Real Aduana. 139 Hospital de la Caridad. 1 5 6 Maestranza de Artilleria. 173 Muelle de la Aduana. 108 Plaza de toros. 124 Ermita de Ntra. Sra. de la Piedad. 4 Puerta del Arenal. i 3 8 Hospital del Rey, para invâlidos. 144 Hospital de Santa Marta. 148 Palacio Arzobispal. 19“) Plâzuela de los Caballos. 196 Plaza de los Caballos. 104 LasVirgenes (Convento de monjas). 123 Sto. Cnsto de las Très Necesidades. 1 5 3 Casa Moneda. 3 Postigo del Aceite. 191 Plaza de la carniceria de losAbades. g5 Santa Teresa (Convento). 26 San Nicolâs (Parroquia). 58 Convento de San Alberto. 19 S an Isidro (Parroquia). 37 San Ildefonso (Parroquia). 172 TorredelOro. 1 5 1 Plaza de la Contrataciôn. 127 Colegio Mayor y Universidad de Santa Maria de Jesüs. i 3 Puerta de Carmona. 12 Puerta del Osario. Puerta de la Carne. Convento de los Terceros. 1 Peso de la Harina. Convento del Valle. iü Plaza de la Alhôndiga. it Real Alhôndiga y Pôsito del Monte de Piedad. 211 Plaza de Santiago. 24 Santiago el Viejo (Parroquia). 4'’ San Roque (Ayuda de Parroquia). 17V. Canos de Carmona. 20 P l aza de San Esteban. 3 o San Esteban (Parroquia). 166 Casa Pilatos. 202 Plaza de San Nicolâs. 21 S an Bartolomé. 106 Convento de San José (Descalzas). 42 Santa Maria la Blanca. 68 San Joseph (Descalzos). 200 Plaza de San José. 77 Casa de Clérigos regulares Menores. 41 Santa Cruz (Parroquia). 141 Hospital de los Venerables Sacerdotes. 197 Plaza de los Venerables. 210 P. a de la Carniceria del Real Alcâzar. 198 Arquillo del Sacramento. 208 Calle del Ataüd. 209 Calle de los Caballos. i 5o Real Alcâzar. 02 Real Loûja. 211 Plaza de Santiago. 89 Santa Maria de los Reyes (Conven¬ to de Dominicas descalzas). 61 San Agustin. 190 Plaza de las Segovias. 85 Convento de Madré de Dios (Domi¬ nicas). 19 San Isidro (Parroquia). 92 Santa Maria de Jesüs (Monjas). 96 San Leandro. 187 Plaza de los Descalzos. 174 Muelle para desembarcar materiales. 122 Ermita de Ntra. Sra. del Rosario. 128 Seminario de San Isidrô. 161 Plaza de la Constituciôn. 189 Plaza del Arzobispo. 40 Santo Tomâs (Colegio mayor de la Orden de Santo Domingo).
- 70 - Porte del Arenal; un jardin potager qui s’étend de la Porte de Goles à la Porte de Vibrasel, entre le mur et la rivière; les moulins de Guadaica, sur le pont; l’Alcaria qu’on appelle Puzlena, avec vignes, jardins et terres des¬ tinées à la culture du blé, et toutes autres choses que Don Suleman avait obtenues du droit que l’Infant Don Frédérique avait sur l'Isla et sur l'Alcaria qu’on appel¬ le Ayelo et qui se trouve sur le chemin d'Heznalcazar, avec terre à blé, vignes, jardins potagers, oliviers, figuiers et toutes autres choses qui lui appartiennent et que Don Suleman possédait. En outre, comnjelui, don¬ ne une autre Alcaria qu’on appelle Alcozur Dinar, qui fut de Don Suleman, avec terre à blé, vignes, jardins po¬ tagers, oliviers et figuiers, et toutes ses dépendances. En outre, il donne les vignes que possédait Don Suleman à Carmona et la tour de Malcheni et les terres y atte¬ nantes; l’héritage de Falchena et Albaida. En outre, nous vîmes une autre lettre avec le cachet du roi Don Alphon¬ se, notre père, dans laquelle il est stipulé qu’il donne au Chapitre et à l'Archevêque de l’Eglise Sainte Marie de Séville les greniers à blé que p^sédait Diego del Corral dans la paroisse de Sainte Marié, r t?#tc les boutiques qu’il y a dans l'un d'eux, et qu’il donne ces greniers à blé en échange des boulangeries qui se trouvent dans la rue de Francos et qui furent de Don Suleman.» La conduite de San Fernando, le caractère de l’Infant Don Alphonse, ami des savants, quels que fussent leur
religion, leur race ou leur pays, le nombre considérable de Juifs d’un certain rang qui arrivaient avec les con¬ quérants, l'appui que donnaient à leur race les riches administrateurs de finances, tout concourait à ce que la reconquête fut reçue avec joie par les Israélites. Mais dès le principe, on respecta moins leur cons¬ cience que leurs personnes et leurs biens. On tolérait leur culte tout en leur défendant de le manifester en dehors de leurs temples. En retour, ils étaient obligés de «se mettre à genoux au passage du Très Saint Sacre¬ ment, ou bien de s’éloigner de la rue et de se cacher», car si quelque chrétien les dénonçait, il avait le droit de les dépouiller de leurs vêtements et de se les approprier. It est vrai que les hébreux se livraient à l’usure et au commerce d’esclaves avec l’Afrique, mais il n’en est pas moins certain qu’ils s’adonnèrent à l’agriculture, aux métiers urbains et aux professions plus libérales de droguistes, de physiciens et d’astronomes. Leurs conversions, obtenues soit par conviction, soit par convenance, étaient assez nombreuses et presque toujours splendidement rétribuées. C'est ainsi que Jucef-el-Necy, marchand d’huile, et Per Fernandez obtin¬ rent, dit-on, de la magnificence royale un magasin à l’en¬ droit qu’on appelle aujourd’hui los Alemanes , en face de la Porte du Pardon. Ces augustes libéralités n’étaient pas toutes provo¬ quées par l'ardeur religieuse, car la Cour les accorda
également à des Hébreux impénitents. Ainsi, Rabbi-Ju- zaf-Cabezay reçut du roi Alphonse X, le 19 Août 1255 , un magasin près de la maison de l'amiral Ramon Bonifaz, qui se trouve à l'entrée de la rue Placentines; sans qu’il eût été fait mention d'une conversion quelconque. Le roi Ferdinand, qui avait déjà installé sa résidence définitive à Séville, tomba malade: il mourut le 3 o Mai 1252, d'après Heydeck, et le 3 i , d'après l'épitaphe; il fut enterré dans la grande église de Séville. Sur le sarcophage que Don Alonso le Sage fit cons¬ truire en 1279 pour y conserver les restes de son père, il fit graver une inscription en quatre langues: hébreu, arabe, latin et castillan: idée bien digne d'un prince si éclairé! Autrefois, on pouvait lire sans difficulté les qua¬ tre inscriptions, mais à présent, le sépulcre se trouve disposé de telle façon, que, faute de lumière nécessaire, il est presque impossible de lire les deux premières. Les pierres tombales sont en marbre blanc avec deux épita¬ phes chacune; celle qui porte les inscriptions sémitiques a 147 centimètres (7 cuartas) sur 56 (2tercias); l'inscrip¬ tion arabe est à peu près illisible. Les lettres, en relief, sont dorées, avec des filets séparés entre eux par une marge. Une double colonne où sont représentés des châteaux et des lions sépare le latin de l'espagnol. Voi¬ ci une photographie de la légende hébraïque, la seule qui nous intéresse en ce moment: nous la devons au docteur Ttahuda. En voici la traduction:
— 73 - «En ce lieu se trouve le sépulcre du Grand Roi Don Fernando de Castille et de Tolède et de Léon et de Ga¬ lice et de Séville et de Cordoue et de Jaen. Qu'elle soit à 1 Eden l'âme de celui qui conquit toute l'Espagne, le droit, le bon, le juste, le magnifique, le fort, le pieux, 1 humble— qui craignit Dieu et le servit toute sa vie— qui brisa et détruisit tous ses ennemis, et rendit hon¬ neurs et louanges à tous ses amis et conquit la ville de Séville, capitale de toute l'Espagne, où il mourut dans la nuit du sixième jour, vingt-deuxième du mois de Sivan, de l'an cinq mille douze de la création du monde...» Cette inscription donne raison à ceux qui sontiennent que le décès de roi Ferdinad III eut lieu le 3 i Mai. Le mois de Si van commença le dix Mai. Si, à partir de ce jour, on compte les vingt-deux jours dont parle Fépitaphe on verra que le 22 coïncide avec une jour¬ née de 24 heures qui commence dans l'après-midi du 3 o et finit ans l'après-midi du 3 i . De là, il s'ensuit que Don Ferdinand dut mourir le 3 o ou le 3 1 , suivant qu'il expira avant ou après minuit. Sa mort dut surve¬ nir après minuit, car les épitaphes latine et espagnole disent «qu'il expira le dernier jour de Mai». Or, comme cette épitaphe fu gravée par ordre de son fils, il semble que le doute n'existe plus. Heideck, au contraire, sou¬ dent que la manière civile de compter à cette époque était de six heures du matin à six heures du soir; par conséquent, San Fernando mourut le 3 o , suivant l'epi-
- 74 - laphe hébraïque Beliliom et suivant l'épitaphe arabe Lelit iam, qui toutes les deux indiquent la première veille du dernier jour, c'est-à-dire entre six heures du soir et minuit, soit dans la journée.ecclésiastique du 3 o , quoi¬ que ce fût bien le 3 i dans la journée civile ou l’on ne comptait pas, comme l'Eglise, de minuit à minuit. L'opinion judicieuse émise par Lebrija et selon laquel¬ le le nom d’Espagne vient de Hispalis (Séville) est dé¬ montrée par cette inscription, car on voit que le mot Espagne s'appliquait seulement à cette époque à l’An¬ dalousie. Qn ne peut, en effet, étendre la phrase «conquit toute l'Espagne» à la Péninsule tout entière, pas même à la couronne de Castille, Léon, Asturies, Galice et An¬ dalousie; car ces contrées sont loin d’avoir été conquises par le roi Fernando: aussi est-on forcé de la réduire à la région Bétique.
CHAPITRE VIII Tolérance, non exempte d'aversion, d’Alphonse X en¬ vers les Juifs.—Libéralités du roi.—Massacres des JUIFS DANS TOUTE l’EsPAGNE ET TRANQUILLITÉ A SÉVILLE. Célébrés rabbins sévillans. Plus tolérant que ses contemporains, soit qu’il possé¬ dât plus d'instruction, soit qu’il eût besoin du concours des sémites pour ses projets scientifiques, Alphonse X traita avec bienveillance les Maures et les Juifs, et mil à profit autant qu'il put leurs connaisances et leurs aptitu¬ des. Ainsi, comme le dit dans un style à demi juridique le malicieux infant, Don Juan Manuel, dans le prologue de son livre «Cetreria» (Fauconnerie), il fit passer dans cette langue de Castille toutes les sciences... en outre, il fit traduire toute la secte des Maures et il y inséra la doc¬ trine de Mahomad, son faux prophète, pour nous en fai¬ re connaître les erreurs; enfin, il fit transcrire toutes les lois des Juifs, même le Talmud, ainsi qu'une autre science très secrète et qu’on appelle «Cabale». Et il le fit
— 76 - afin de mettre en évidence que leur loi n’est qu'une ca¬ ricature de la loi des chrétiens.» Bien que son amour pour la science rendit tolérant le fils de San Fernando et en fît même en apparence l’ami des Juifs, le sang chrétien qui coulait dans ses veines le porta naturellement à montrer une certaine aversion en¬ vers le peuple déicide. La preuve nous en est donnée dans ses Cantiques «Cântigas» qui contiennent en grand nombre des faits odieux qu’imputait aux Juifs l’ignoran¬ ce de l’époque, en particulier leurs cruàutés qui allaient, disait-on, jusqu'à crucifier les enfants. Les Partidas (Code), se faisant l'écho de cette aversion innée, condamnaient au bûcher tout chrétien qui pas¬ sait au judaïsme (loi VII, titre XXV), et à mort ceux des hébreux qui vivaient avec des chrétiennes; tout proprié¬ taire juif qui possédait des esclaves baptisés était con¬ damné à les perdre. C'était lout simplement le retour au temps des Goths. A un juif qui lui offrait à un prix très élevé un tableau du Christ, le roi lança celle cinglante apostrophe: «C’est pour beaucoup moins que tes aïeux le vendirent.» Le 5 Août 12 52 , Don Alphonse, confirmant les privi¬ lèges octroyés par son père à l’Eglise de Séville, y ajou¬ ta, dit Züniga, «la donation de toutes les mosquées des Maures, à l’exception de trois qu’il avait accordées aux juifs en guise de synagogues». «Je les donne de plus dit le roi, à l’Eglise de Séville à la demande de Don Felipe,
- 77 — mon frère, élu de ce lieu même (las quales dd de mâs a la Iglesia de Sevilla por ruego de Don Felipe, mio hermano, electo de ese mesmo lugar.) En 1252, le roi Alphonse X réunit le Parlement â Sé¬ ville et dans les «Lois et Ordonnances» faites par lui, il e sl estipulé «qu'aucune femme chrétienne ne doit allaiter d'enfant de juif ni de maure, et qu'aucune femme juive ni maure ne doit allaiter de chrétien; celle qui ne se conformerait pas à la loi serait passible d'une amen¬ de de dix maravédis par jour pour tout le temps qu'elle aurait gardé l’enfant. Les Juifs et les Maures qui se trouveraient dans la rue au passage du St. Sacrament étaient obligés de s’éloigner de la rue et de se cacher, ou de se mettre à genoux jusqu'à ce que le Corps du Sei¬ gneur fût passé. Et si quelqu’un faisait le contraire, n’importe qui, sans crainte d'être puni, pouvait l'arrê¬ ter et le remettre à ses juges respectifs. Il pouvait en ou¬ tre soutenir l’accusation; si la preuve est établie devant deux témoins, même ignorants, la Justice devra le juger, et les habits que ce juif avait sur lui quand il enfreignit cette loi seront la propriété du chrétien. A cette loi se¬ ront soumis les Juifs qui ont atteint l'âge de quatorze ans, mais non ceux qui ne sont pas arrivés à cet âge. »Et que nul Maure ou mauresque, Juif ou juive n’ait la hardiesse de revenir à la religion juive ou mahométane, ou de le conseiller à d’autres. Ceux qui le feraient ou demanderaient conseil à ce sujet paieront cent ma-
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CHAPITRE X Sanche IV. — Confirmation des privilèges de la Sain¬ te Eglise patriarcale de Séville sur les Maures et les Juifs.—Persécutions dans le Nord de l'Espagne. Vexations de la part du Chapitre de la Cathédrale. Bienveillance d’Alphonse XI et ampliation de la Ré¬ partition.—Don Jusaf de Ecija.—Culture hébraïque e n Espagne et spécialement a Séville.—Nouvelles PERSÉCUTIONS DANS LE ROYAUME d’ArAGON. A la mort de Don Alphonse, Don Sanche s’empressa de venir en Andalousie et arriva à Séville dans les pre¬ miers jours du mois d’Aoüt. Le io de ce même mois, il confirma les privilèges de l’Eglise sévillane en disant: «Nous avons vu, et nous les confirmons, les privilèges accordés à l’Eglise de Séville par le très noble et très ho¬ noré roi Don Alphonse, notre père, suivant l’exemple du roi Don Ferdinand, son père, privilèges qui lui don¬ nent toutes les mosquées des Maures existant à Séville, à * ex ception des trois qui se trouvent dans la Juiverie et Çni sont des synagogues juives.» Il confirme également
le privilège octroyé à l'infant Don Felipe et au Chapitre de pouvoir exiger que tous les Juifs qui achetaient des propriétés dans l'archevêché de Séville payassent la dî¬ me à l'Eglise. Il enjoignit ensuite à tous les juifs de Sévil¬ le qui possédaient des maisons de chrétiens de payer à l'Eglise le droit que ces derniers auraient dû satisfaire; il ordonna de même aux juifs qui auraient acheté des mai¬ sons sises en dehors de leur quartier et grevées de quel¬ que redevance en faveur de l'Eglise d'avoir à la payer au même titre que les chrétiens. Dans cette ordonnance se trouve aussi confirmée la donation déjà mentionnée faite à l'Eglise de tous les biens que possédait le riche Don Zulema. Au XIV ème siècle, la'situation prospère dans laquelle se trouvaient les synagogues souffrit une grave atteinte. Les persécutions commencées à la fin du siècle précé¬ dent devinrent plus intenses. Les Juifs, alors tout à fait libres avec leurs organisations civiles et religieuses, étaient respectés pour leur aplication au travail et leurs grandes connaissances, mais leur opulence excitait l’en¬ vie des chrétiens; d’ailleurs le stigmate que portait avec elle cette race ne contribuait pas peu à lui attirer la hai¬ ne générale. Interprètes fidèles des sentiments d'un peuple simple et ignorant, le Parlement (Cortès) ne cessaient de se prononcer contre les Hébreux, mais ceux-ci étaient sou¬ tenus par le monarque, qui les protégeait à cause des
- 87 - avantages qu'il en retirait. C'est ainsi que commença la méfiance, qui alla toujours en croissant entre les chré¬ tiens et les israélites; ce qui amena tout naturellement de fréquentes • et sanglantes collisions. En i 3 2 i , les croisés, que l’histoire connaît sous le nom de «Pas¬ teurs», contre la volonté du comte de Tolosa et sous la protection de l’élément monastique, s'exerçaient à tuer les Juifs; il en égorgèrent un nombre considérable dans la Gascogne et dans tout le Midi de la France; ils firent des incursions en Navarre (i 3 2 i ) , et ils se livrèrent à d’horribles massacres à Pampelune, à Tudela et dans toute la province, mettant en même temps le feu aux juiveries sans défense. Pendant ce temps le roi d'Angle¬ terre, Edouard III, laissait faire les Pasteurs dans l'A¬ quitaine, afin de pouvoir mettre à profit les richesses des victimes. En i328 , la voix du missionaire Pedro Olligoyen en¬ flamma le coeur des habitants de la Navarre; ils tramè¬ rent une conjuration dont les résultats aboutirent aux hécatombes de San Adrian, de Viana, de Marcilla, de Funes, d'Estella, etc., où le sang hébreau coula à flots. D’après Morel, plus de dix mille juifs succombèrent à la suite des prédications fanatiques du Père Olligoyen, flui conduisait personnellement les massacreurs et les e xcitail par ses exhortations. Le peuple sévillan, par sa noblesse de coeur, ne se prêtait point à ces lâches carnages et n’avait point, à
- 88 - l'égard de la race mosaïque, la haine que tant d’autres lui professaient. Aussi était-il difficile de l'amener à de tels excès; malheureusent le clergé ne se gênait pas pour les vexer, ou du moins pour les exploiter le plus pos¬ sible. Le Chapitre et le doyen de la cathédrale, mécon¬ tents de la capitation établie par San Fernando sur les juifs au bénéfice de la Sainte Eglise patriarcale de Sé¬ ville, cherchaient constamment, tantôt par la menace, tantôt par l’astuce, à augmenter ce revenu si important et si sûr. La synagogue se plaignait; elle alla même jus¬ qu'au roi, et Don Alphonse XI, après l’information faite sur son ordre par le notaire principal, Ferran Martinez, ordonna en date du io Novembre 1327 que tous les juifs, sans exception, payassent, à partir de l'âge de sei¬ ze ans, trois maravédis chacun en sus des trente deniers qu'ils étaint tenus de payer; en revanche, on ne pouvait exiger d’eux d'autres subsides ni les importuner par de nouvelles exactions. Malgré tout, celte décision porta préjudice aux juifs, car, en englobant dans un tribut unique toutes les exactions, on avait en même temps abaissé à seize ans l'âge ou obligeait la capitation. Ce ne fut pas la seule preuve de bienveillance que montra Alphonse XI envers la racé proscrite, comme le témoi¬ gne l'Ordonnance d'Alcala, dont les dispositions sauvè¬ rent les intérêts des fils d’Israël compromis par celles que divers conciles avaient mises en vigueur. En outre, le roi amplifia la Répartition de Séville en distribuant
entre les Hébreux de Valentina et d'Alcala deux cents «aranzadas» (773.200 mq) de terrain pour y cultiver l'olivier, la vigne et le blé. Son trésorier, Don Ishak, son secrétaire (alfaquim) Don Jucef, Don Todros, Don Zuleman (Selomoh), le Maître Rabbi Ganch, et tant d’autres, obtinrent, à cette époque de nouveaux et gros bénéfices. Nous aRons consacrer quelques lignes à l’histoire tra¬ gique d’un hébreu de la province de Séville, lequel fut un des financiers le plus intelligents de l’Espagne. Depuis long temps «il était coutume, dit la Chronique d’Alphonse XI, que dans les maisons royales, il y eût des trésoriers juifs. Aussi, le roi, conseillé par son oncle, l'infant Don Felipe, prit un juif pour trésorier, Don Jusaph de Ecija, lequel occupa une large place dans la maison royale et jouit d'un grand pouvoir dans tout le royaume, vu la faveur que lui témoignait le roi; celuici le prit pour son conseiller et lui donna un poste dans la maison». A l'appui de cette assertion et afin de don¬ ner une idée de l’importance de ce personnage, nous allons transcrire le paragraphe suivant de l’historien sévillan Selomoh ben Virga: «En ce temps, il y avait à Usuna un homme appelé Josef, fils d’Efrain, qui l'était d'Abilasset le lévite; il se rendit à la Cour pour y per¬ cevoir le tribut el le service royal, ce qu’il faisait en toute justice et toujours en homme prudent; il savait jouer des instruments à corde et était très gentilhomme;
- 90 - le roi, le voyant si droit, le fit député de son royaume et il n'y avait pas d'comme plus puissant dans toute la Castille; il était vice-roi et Grand parmi les Juifs; il avait des domestiques nobles; les fils des nobles man¬ geaient à sa table; il avait chevaux et voitures et un cortège de cinquante hommes qui l'acompagnaient.» Un de ceux qui mangeaient à sa table devait être son bourreau. Le monarque, par l'intermédiaire de son trésorier, accorda de grandes faveurs aux Israélites. Les députés du royaume élevèrent leurs plaintes aux Chambres de Madrid, indignés qu’ils étaient de voir qu’un juif était arrivé au faîte des grandeurs. Ce qui excitait la jalousie c'était son fastueux cortège de «chevaliers et écuyers qui l'entouraient», comme aussi la confiance que le roi avait placée en lui. Heureusement, le monarque, dont la men¬ talité était supérieure à celle des Castillans de l’époque, déclara qu'il maintiendrait tous les privilèges.déjà ac¬ cordées, sauf dans les cas où on lui démonterait qu'ils causaient un préjudice notoire à ses sujets chrétiens. Mais le castillan eut toujours de la haine contre le juif. Dès que Don Jusaf arriva à Valladolid pour notifier par ordre royal à l’infante Dona Leonor d'aller se réndre auprès du roi, son frère, dona Sancha, duègne de l'In¬ fante, fit courir par la ville la nouvelle qu'on emme¬ nait l'Infante de vive force afin de la marier avec le comte Alvar Nûnez; celui-ci partageait avec Garcilaso
- 91 - de la Vega et Don Jusaf la privauté de Don Alphonse. L'Infante se disposait à sortir et allait monter sur sa mu¬ le quand une foule de gens accourut, menaçant de mort Don Jusaf et sa suite. Dona Leonor ne se laissa pas dé¬ concerter; elle s'en retourna chez elle avec le trésorier. Mais la populace de Valladolid entoura sa maison, et elle se disposait à en démolir les murs quand l'Infante laissa pénétrer dans ses habitations quatre députés du peuple; elle les pria de la laisser partir pour l'Alcazar avec le juif qu'elle livrerait aussitôt arrivée; ce à quoi les envoyés consentirent. Dona Leonor monta sur sa mule, tandis que «le juif allait à pied à côté d’elle, collé à la robe de sa protectrice». Durant le trajet, la popula¬ ce essaya plusieurs fois de massacrer le malheureux andalous; mais, dès qu'ils furent arrivés à l'Alcazar, l'In¬ fante ordonna de fermer les portes et se garda bien de livrer à la colère de la foule la proie si ardemment con¬ voitée. Après l'assassinat de Garcilaso et la proscription du comte Alvar Nûnez, le roi, voyant que les accusations de ses procureurs allaient toujours en augmentant, se vit obligé d’ordonner la vérification des comptes de Jusaf; mais soit par la faute de ce dernier, soit par suite de la mauvaise foi des contrôleurs, les comptes ne furent pas trouvés bien clairs. Le roi le dépouilla, donc, de ses fonctions, l'exclut du Conseil et ordonna qu'à l’avenir °n confiât la perception des impôts à des chrétiens qui
—• 92 - por teraient le nom de trésoriers au lieu de celui d’almojarifes. A Don Jusaf succéda dans la privauté le médecin Samu el-ben-Huer; mais, en i 3 3 2 , Don Jusaf, qui avait déjà payé ses dettes, renchérit sur le prix des droits d’entrée des marchandises à la frontière, et il les obtint, alors que jusque là Samuel se les était vu attribuer. Poussé par le désir de la vengeance et sans nulle con¬ sidération pour le bien public, Ibn Huer conseilla au roi de défendre aux Maures de Grenade l'exportation des vivres par les ports de la frontière; cette mesure an¬ ti-économique occasionna la confédération du roi de Grenade avec les Beni-Merines et l’arrivée dans celte vil¬ le de 7.000 guerriers maures. Le peuple ne tarda pas à voir les effets de la rivalité qui existait entre les deux trésoriers; aussi manifesta-t-il son mécontentement à l'égard des Juifs. Parmi les mé¬ contents se distingua Rabbi Abner, déjà baptisé sous le nom d'Alphonse de Valladolid, bien qu'il fût né à Burgos; il ne cessa de persécuter ses anciens coreligionnai¬ res avec la plus grande obstination. Son hostilité à leur endroit n’était pas l’effet d’un excès de sentiments reli¬ gieux, mais plutôt celui de simples intérêts particuliers. Pour s’en convaincre, il suffit de se rappeler qu’après avoir été juif, il devint successivement averroïste, librepenseur et plus tard chrétien; mais il ne cessa jamais d'être un sceptique.
— 93 — Les Hébreux reçurent un nouveau coup de la part de ces sortes de chevaliers d’industrie que les Chambres désignèrent pour les remplacer dans l’administration et les finances publiques. «A cette époque-là, dit un histo¬ rien juif de Séville, Selomoh ben Virga, vivait un hom¬ me appelé Gonzalo Martinez, valet de Josaf (don Jusaf de Ecija). Après avoir rempli les fonctions de gou¬ verneur dans diverses villes du royaume, il se souleva contra son maître dont il était jaloux.» Est-il possible, disait-il, qu'un juif puisse régner sur nous autres?...» Chevalier sans fortune, qui avait prospéré grâce à la protection de Don Jusaf, il obtint la place de majordome principal de la Maison Royale ainsi que le titre de Grand-Maître d’Alcantara. Ennemi irréconciliable des Hébreux dont il avait exploité les faveurs, il présenta en 1337 une dénonciation formelle contre les deux tréso¬ riers rivaux et obtint du roi l’autorisation de s’emparer de leurs biens. Don Samuel se vit infliger des supplices cruels, pendant que l'illustre andalous, Don Jusaf, suc¬ combait dans les horreurs du cachot. Les écoles rabbiniques se trouvaient alors en pleine décadence; on y négligeait la philosophie, les sciences et la littérature, pour ne s'occuper que des anciens com¬ mentateurs. Le rabbinat était exercé à cette époque à Séville par Jahacob-ben-Axer, fils, selon Graetz, du fa¬ meux rabbin allemand Rabi Axer, qui vint en Espagne sous le règne de Ferdinand IV. Jahacob-ben-Axer écri-
- 100 - était la manière la moins dangereuse d'y prendre part et de retirer profit de toutes les situations, écrivait des vers fort peu inspirés, quoiqu’on en dise, contre don Abraham et Don Simuel. Par ces paroles enmiellées à force d'être douces (i). En même temps, par des vers, d’une désolante vul¬ garité, et dont je ne sais comment on peut vanter la valeur, l'indiscret converti Santos de Carrion ne cessait de donner des conseils que personne ne lui deman¬ dait et qui, d'ailleurs, ne respiraient que la haine de tous les convertis contre le protecteur de leurs anciens frères. Don Abraham, auquel fait allusion l'habile chance¬ lier, était un médecin et un astrologue de Grenade. Pen¬ dant son exil, il s'était lié d'amitié avec le hagib de Mo¬ hammad V, récemment détrôné, et qui cherchait un re¬ fuge dans la Cour de Castille. De son séjour à la Cour, le célèbre Ibn-Jaldun nous rend compte dans son «Au¬ tobiographie»: Arrivé à Séville, dit-il, je vis beaucoup de monuments du temps de mes aïeux et je fus présenté au roi chrétien, qui me reçut avec les plus grands hon¬ neurs. Je connassais la grandeur de mes ancêtres à Sé- (i) don Abraham e don Samuel. Con sus dulces palabras que vos parecen miel.
- 101 - ville, par le physicien juif Ibn-Zercer. Celui-ci d’ailleurs, avait fait mon éloge devant le roi. Zercer était médecin et astronome de premier ordre». J'ai reproduit ces quelques lignes parce qu’il s’agit d’un historien originaire de Séville et parce que le fait s'est produit à Séville. C’est d’ailleurs à la suite de ce fait que naquit dans cette ville un des hommes qui l’honot’èrent le plus à cette époque: le fils d’Ibn-Zarsal, dont nous parlerons plus loin. Les Juifs de Tolède (qui oserait croire à pareille in¬ gratitude!), comblés de faveurs par le Trésorier, allèrent, dans leur basse jalousie, jusqu’à dire au roi: «Don Si¬ muel est l’homme le plus riche qu’il y ait au monde, car il vous a volé vos royaumes il y a plus de vingt ans; demandez-lui de l’argent, et s’il s’y refuse, faites-lui su¬ bir la torture, car nous savons qu’il en a.s Don Pedro fil appeler Simuel Lévi et lui dit: «Père, je suis sans ar¬ gent et je ne puis en dépenser; mais afin de pouvoir ma¬ rier mes fils, je voudrais vous faire un emprunt de deux mille marcs en or. Je vous rembourserai peu à peu à l’aide de mes rentes.» Simuel Lévi lui répondit: Je n’ai Pas un seul marc à vous prêter». Don Pedro ajouta alors que sa volonté était qu'il lui rendît tout ce qu’il lui avait v olé dans ses royaumes. Le juif croyait à une plaisante¬ rie, vu la grande amitié que le roi lui avait toujours té¬ moignée, ainsi que les services qu’il lui avait rendus. Il répliqua donc qu’il ne pouvait rien lui donner.
- 102 - Le roi ordonna alors de l'arrêter et de l’enfermer dans les arsenaux de Séville; le malheureux captif y reçut de la part de quelques-uns de ses corréligionnaires qui d’ailleurs ne lui devaient rien, des marques d’affection qui contrastaient avec l’ingratitude de ceux qui le perdi¬ rent et qui lui devaient tant. La torture ne parvint pas à desserrer les lèvres de Simuel Levi. Etait-ce pure colère, comme le dit l’histo¬ rien, ou bien n’avait-il rien à déclarer, le fait est qu’il mourut, sans mot dire, dans sa prison. On trouva chez les membres de sa parenté trois cent mille doubles, dont la presque totalité provenait de la perception effec¬ tuée par eux des revenus de la Couronne. D’après la «Chronique abrégée», le montant des sommes recueillies soit chez Simuel Lévi, soit parmi sa parenté, s'éleva à sept cent mille doubles, c’est à dire, cinq cents millions de réaux simples. Le «Sommaire des rois d’Espagne» nous dit que par les soins du nouveau Trésorier, Martin Yanez de Sévil¬ le, on découvrit dans les souterrains que nous avons mentionnés comme existant dans la maison de Don Si¬ muel Lévi, une habitation secrète qui renfermait trois monceaux de barres d’or et d’argent d’une telle hauteur qu’un homme de taille moyenne aurait pu facilement se cacher derrière: On rappo’rte qu’à la vue de ce trésor. Don Pedro s’écria. «Si Don Simuel m’avait déclaré seu¬ lement le tiers du plus petit monceau qu’il y a là, je ne
- 103 - l'aurais pas envoyé à la torture. El dire qu’il a consenti à mourir plutôt que de me l’avouer!» Don Simuel Levi n’est pas, au point de vue histori¬ que, un personnage qu’on puisse placer à côté d’Ibn- Nagrela et des grands hommes d’Etat hébréo-espagnols. Administrateur intelligent, ami fidèle du roi, protecteur des croyances de la juiverie de Tolède, il avait des droits à l’estime des individus de sa race; mais, esprit peu cul¬ tivé, il ne créa pas d'écoles, il ne protégea ni les scien¬ ces ni ceux qui les cultivaient et il ne laissa aucune trace féconde pas plus dans la nationalité que dans la menta¬ lité espagnoles. Deux années plus tard, la synagogue sévillane fut troublée par un événement de nature bien différente. Le roi, Abu-Said, usurpateur du trône des nazzarites, con¬ nu sous le nom de roi Bermejo et dépossédé de sa cou¬ ronne, arriva à Séville pour se mettre à la merci du roi Don Pedro. Il était accompagné d’un brillant cortège, composé de serviteurs qui, bien que fugitifs, n’en étaient pas moins des chevaliers; ils étaient ornés de bijoux et de parures. Don Pedro reçut Abu-Said avec politesse et, comme logement, il lui assigna, ainsi qu’à sa suite, l'en¬ ceinte de la Juiverie. Mais l'animation toute naturelle que cet événement avait momentanément produite dans le quartier israélite se changea, le lendemain, en stupeur et endeuil. S'il faut en croire le récit, qui nous paraît suspect, de l'enjô-
104 - leur Ayala, le roi, après avoir fait arrêter Bermejo ainsi que les chevaliers qui l'accompagnaient au banquet don¬ né au palais, envoya des gens d’armes à la Juiverie pour s’emparer de tout le personnel qui formait le cortège de l’usurpateur: tout le monde connaît le sort peu enviable réservé à ce dernier. Le désastre du Trésorier causa une pénible impres¬ sion parmi les habitants de la Synagogue de Séville. Ceux-ci n’en continuèrent pas moins à se montrer par¬ tisans du roi. C’est qu’à Séville, ils se voyaient respec¬ tés, tandis qu’à Tolède et dans les régions où triom¬ phait l’insurrection, ils étaient persécutés: ainsi, le 7 Mai 1 3 5 5 , un horrible massacre désola la juiverie de Tolède; on mit à mort environ mille deux cents pacifi¬ ques habitants. En i 36 o, les insurgés se livraient au pillage; le carna¬ ge dans la juiverie de Nàjera, ou «la mort des juifs», comme s’exprime le chancelier L< 5 p ez de Ayala, avec sa froideur d’hyène, «fut ordonnée par le comte Don Enrique, parce que les gens le faisaient de bon coeur...» Le carnage passa à Miranda de Ebro, oü le nommé Pedro Martinez, fils du chantre de l’église, et véritable incarnation de la haine populaire, envahit, à la tête d’une foule en délire, la juiverie sans défense, volant et tuant les malheureux israélites qpi tombaient entre leurs mains sanguinaires. Je n’ajoute donc pas foi à la légende suivante, d’après
- 105 - laquelle deux juifs, appelés Daniot et Turquant, après avoir été faits prisonniers à Tolède, accusés qu'ils étaient de l'assassinat de Dona Blanca, offrirent pour leur rançon, de livrer aux rebelles la capitale de la Cas¬ tille; ils se rendirent à cet effet à la synagogue de Sévil¬ le: leur conspiration était près d'aboutir, quand une jui¬ ve, éprise du roi, découvrit le complot. De Berville, au contraire, affirme que les juifs sévillans combattirent avec un courage sans pareil à côté des troupes de Don Pedro et repoussèrent les forces que Don Enrique avait envoyées contre la capitale. A cette époque et probablement à ces événements se rapporte la tradition sur Barrabas, juif qu'on pre¬ nait pour espion et mercenaire de Don Enrique. On trouva, un matin, dans une rue de la juiverie, un che¬ valier maure, originaire de Garnata, tué d'un coup de flèche. On ne put savoir la cause de cet assassinat ni le nom du meutrier. On l'attribua à la jalousie de Barra¬ bas, épris de la belle Eslher, fille du savant Selomoh Sfardi de Séville, le physicien le plus distingué de son époque. Il paraît que le maure entretenait des relations intimes avec la jeune fille. La rue où se déroula le dra¬ me reçut le nom du «Maure mort», et l'a conservé jusqu'à nos jours. Il existait une autre rue, connue au¬ jourd'hui sous le nom glorieux de Lope de Rueda, père An théâtre espagnol, et qui s'appelait alors rue de Bafrabas. D'après la tradition, la maison de la belle Is-
- 106 - raélite serait celle qui fait le coin des rues Reinoso et Jamerdana. Une autre légende d'une époque un peu moins avan¬ cée rapporte qu'une juive, follement éprise du roi Don Pedro et jalouse de Dona Maria de Padilla, attenta à la vie du monarque dans la rue des Angeles, près du mur d’enceinte de la juiverie: le roi traversait sans arrièrepensée cette rue étroite, quand une juive, sortant de l'ombre qui l'enveloppait, lui porta un coup de poi¬ gnard. Mais le roi réussit à l’assujettir avant de recevoir le coup; et, lorsqu'il eut appris de la bouche même la cause de l’attentat, il l’embrassa sur les lèvres et conti¬ nua son chemin.
CHAPITRE XI Henri II; sa conduite inconséquente envers les juifs.— Jusaf Picho.—Massacres en Galice et en Portugal.— Conséquences delà catastrophe d’Jusaf.—L'archidia¬ cre d’Ecija et la juiverie. — Pillage de la juiverie. Après l’effroyable tragédie de Montiel, le nouveau roi qui avait dénigré Don Pedro à cause de la confiance que celui-ci témoignait aux juifs, se vit obligé de confier à l’un d’eux le charge de Trésorier, peut-être pour n’avoir pas «trouvé d’autres personnes pleinement aptes à cet emploi.» Bien qu'il eût promis devant les Chambres de ne pas admettre les juifs à son Conseil ni dans sa privauté, il acorda toute sa confiance à Jusaf Picho, tréso¬ rier de Séville, et l’éleva au rang de Grand Trésorier. Jusaf Picho, homme respectable, modèle d’intelligence et d’intégrité, jouissait non seulement du respect de la part des Israélites, mais encore de la considération et même de l’affection des chrétiens. Malgré tous ses efforts, il ne put préserver les Hé-
— 108 - breux des persécutions et des cruautés inconcevables dont ils étaient l’objet de la part des Castillans: ceux-ci, en effet, durant ces tristes jours, ne semblaient cher¬ cher que leur extermination. Les Juifs mêmes de Castil¬ le semblaient d’ailleurs conspirer contre le bon vouloir du Trésorier et se rendaient vraiment odieux par leurs abus. Cependant, la juiverie sévillane vivait tranquille¬ ment à l’abri des irruptions et des persécutions scanda¬ leuses dont celles de Tolède et d’autres localités étaient victimes, non seulement de la part des autorités, mais aussi de la plèbe ignorante et fanatique. Et pourtant, Fernan Martinez, de triste mémoire, archidiacre d’Eci- ja et proviseur del’Archevêché, avait commencé ses pro¬ vocations en voulant soumettre à son tribunal les Israé¬ lites de Séville contrairement à tout droit et à toute rai¬ son. La Synagogue se borna à formuler respectueusemet ses griefs, et le roi, par décret du 2 5 Août 1377, sanctionna leurs justes revindications, en défenciant au proviseur de s’occuper des procès entre juifs et en réta¬ blissant leur droit naturel et légitime d’êire protégés par leurs maires, leurs alguazils et leurs jurés. Les habitants de Séville n’auraient jamais commis le moindre attentat contre la Juiverie, malgré les prédica¬ tions de l’archidiacre, si les Juif eux-mêmes n’avaient soulevé l'indignation des chrétiens par leur infâme tra¬ hison envers Jusaf Picho. Le prestige doat ce dernier jouissait parmi les siens
— 109 - ne parvint pas à calmer leur jalousie. Ses frères mêmes le dénoncèrent à plusieurs reprises comme suborneur et prévaricateur; et, comme la calomnie s’ouvre facile¬ ment chemin dans l’esprit de l'homme, le roi décréta son emprisonnement; mais Jusaf Picho obtint sa liberté moyennant une rançon de quarante mille doubles en or, qu’il paya dans un délai de vingt jours. Après la mort de Don Enrique, on célébra à Burgos le couronnement de Don Juan I; Don Jusaf y accourut avec toute la pompe qui convenait à la puissance de son maître et seigneur. Les juifs, vils et jaloux, qui étaient venus de diverses villes de Castille dans le but de pren¬ dre part aux enchères au sujet des rentes de la Couron¬ ne, formèrent le projet de perdre le bon Trésorier. A force d’intrigues et de promesses, ils obtinrent du mo¬ narque un décret les autorisant à faire exécuter de leur propre autorité tout «malsln» (homme indigne) qui pou¬ vait se trouver dans leur communauté. Après avoir acheté ce décret, le Grand Rabbin de Burgos, Don Solomoh et Don Isahak, allèrent tous en¬ semble trouver Ferran Martin, alguazil royal, et lui présentèrent un document dans lequel ils désignaient comme malsin Jusaf Picho, une des gloires de. la juiverie sévillane. Ce ne fut pas sans beaucoup d’hésitations que l’alguazil exécuta l’ordre donné. Les dénonciateurs le conduisirent eux-mêmes à la maison où logeait le Grand Trésorier; ils frappèrent à la porte de sa demeu-
- 116 - pas être outragés, mais punis pour leurs délits d’après les règles de la justice. Je vais mander que cela soit fait ainsi. Voyant que la réponse du roi n’avait pas été bien éner¬ gique, l’archidiacre redoubla ses attaques contre les juifs, et employa à cette besogne toute l’ardeur d’un fa¬ natisme contrarié. Il fit tant et si bien, que l’archevêque de Séville, considérant que son autorité était amoindrie par la conduite de l’archidiacre rebelle, convoqua une assemblée de théologiens et de lettrés dans le but d'e¬ xaminer les opinions soutenues par Don Ferran dans ses prédications. Cité devant l’assemblée, le provi¬ seur ne nia aucune des paroles qu’il avait prononcées et ratifia même celles qui étaient les plus graves et d’après lesquelles il déniait au pape l’autorité nécessaire pour permettre aux juifs de construire des synagogues. On l’invita à soutenir sa thèse afin de pouvoir en déduire les conséquences au point de vue de la saine doctrine, mais il s’y refusa énergiquement, déclarant qu'il n’ex¬ poserait ses raisons qu’en présence des autorités et du peuple. Il paraissait inutile que l’archevêque lui enjoi¬ gnît d’avoir à répondre au nom de la sainte obéissance aux questions qu'on lui posait. Il manifesta son refus d’une manière si catégorique, que l’assemblée, constituée en tribunal, lui ordonna de s’abstenir de toute espèce de prédications. Voyant qu’il persistait dans sa rébellion, l'archevêque le déclara contumace, rebelle et suspect
- 117 - d’hérésie; il lui relira le permis de prêcher, il le priva de juridiction et lui intenta un procès pour insubordina¬ tion; enhn, il le menaça de i’excommunication s’il con trevenait à ses ordres ou s’il violait l'interdit jeté sur sa juridiction ecclésiastique. Le 7 Juillet 1390, c'est-à-dire, moins d’un an après ces événements, mourut l'archevêque Pedro Gômez Barroso. Aussitôt, Ferran Martinez, profitant de la vacance du siège ainsi que de la circonstance de n’avoir pas de supérieur au sein du Chapitre, reprit de lui-même ses fonctions d’archidiacre et de proviseur. Il commença par envoyer dans les communes des décrets par lesquels il ordonnait aux habitants, en vertu de la sainte obéis¬ sance, de procéder sans le moindre délai et sous peine d’excommunication à la démolition des synagogues; en outre, pour intimider davantage tous les retardataires, il les menaçait d'aller les châtier en personne, et de se fai¬ re aider pour cela de la force nécessaire. En même temps, il pillait les synagogues, les dépouillait de leurs livres et faisait servir à la construction et ornementation de la magnifique église métropolitaine, les tuiles, les bois et les lampes confisquées. Les ordres de l’archidiacre furent exécutés dans quel¬ ques localités. Dans d’autres, ils restèrent lettre morte, et ailleurs, comme à Ecija, on s’entendit avec un autre archevêque. Tandis que les agents du roi s’opposaient à l’exécution des ordres du proviseur, celui-ci soulevait
— 118 — le peuple, ce qui donnait lieu à de très fréquentes colli¬ sions, parfois des plus sanglantes. Nombreuses étaient donc, les causes qui devaient ame¬ ner une catastrophe. D'une part, c'était i'ignorance du peuple, la haine invétérée des chrétiens les plus fervents, l’état de la conscience européenne, le manque d'autorité ecclésiastique par suite de la mort de l'archevêque, l'a¬ version produite par la conduite cruelle et maladroite des juifs envers Jusaf Picho, l'ami des chrétiens. D'au¬ tre part, la mort du roi Don Juan avait laissé le pays à une certaine anarchie pour n’avoir pas été constituée la régence selon les lois des «Partidas». Pendant cet inter¬ règne, l'effervescence populaire se trouvait en face d'une plus faible résistance de la part de l’autorité dont le principe s’affaiblissait de plus en plus. Don Ferran pro¬ fita de toutes ces circonstances pour redoubler ses atta¬ ques contre la «secte abominable». Les hébreux les plus riches et les plus respectables de différentes localités s’é¬ taient réunis à Madrid où se trouvaient alors les Cham¬ bres pour prendre part aux enchères du droit de perce¬ voir les impôts. Là aussi la juiverie de Séville et celles d'autres endroits annoncèrent à leurs frères qu’une in¬ digne populace, fanatisée par les discours pleins de fou¬ gue et de sinistre éloquence de Ferran Martinez, avait insulté les juifs le mercredi des cendres (le 1 5 Mars) et les avait obligé à se tenir enfermés dans leurs quartiers. Le Grand Alguazil, Alvar Pérez de Guzmàn, aidé de
— 119 - Don Juan Alfonso, comte de Niebla et des juges (alcaldes mayores) Ruy Pérez de Esquivel et Fernan Arias de Quadros, accourut pour réprimer le scandale; ils réa¬ lisèrent quelques arrestations et ordonnèrent de fouetter publiquement deux des principaux meneurs. Cette pei¬ ne infamante irrita la populace qui s’empara d’Alvar Pérez de Guzman, menaça de mort le comte de Niebla, et se livra à toute espèce de violences à l’égard des per¬ sonnes et des biens des hébreux. La noblesse de Séville ainsi que les habitants les plus distingués de cette ville se mirent du côté de la justice et dominèrent l’insurrec¬ tion; ils rachetèrent le Grand Alguazil et rétablirent la tranquillité. Cependant, tout cela n’avait été que le prélude de la tourmente qui grondait menaçante et ne devait pas tar¬ der à éclater, favorisée qu'elle était par les causes énon¬ cées plus haut et par le pardon accordé aux délinquants et bientôt connu de tout le monde. Le Conseil envoya à Séville deux chevaliers originaires de cette ville, et deux autres à Cordoue, où la situarion était la même que dans la capitale de l'Andalousie; ils étaient porteurs d’ordres formels et de lettres de contrainte; tout fut inutile: per¬ sonne n’osa attaquer l’archidiacre. Celui-ci, fort de son impunité, redoubla de violence dans ses prédications, excitant les mauvaises passions de la plèbe par la pers¬ pective du pillage et fanatisant les ignorants par la pro¬ messe du salut éternel.
- 120 - Il avait fallu cet ensemble de circonstances si graves pour qu’une population aussi tolérante se prêtât même une seule fois, à devenir le théâtre de scènes épouvan¬ tables. Le calme semblait rétabli, mais, dans le fond, le fana¬ tisme travaillait sans relâche, et avec une habileté et une efficacité telles que, le mardi 6 Juin,sans que rien prêtât au moindre soupçon, on vit soudain, une foule de gens assaillir la juiverie; au milieu du bruit du pillage, réson¬ nait la voix de l’implacable archidiacre qui excitait les passions, encourageait les timides et prêchait l’extermi¬ nation. Beaucoup d’hébreux périrent dans ces journées honteuses, moins cependant qu’à Barcelone et dans d’autres localités où l'extermination fut totale. Le nom¬ bre de victimes fut assez grand d’ailleurs pour horroriser les esprits, car, d’après quelques auteurs, il s’éleva à quatre mille. Un nombre considérable de juifs deman¬ da le baptême à grands cris; c’était l’unique moyen pour eux de sauver la vie.
CHAPITRE XII Extermination des Israélites dans toute l’Espagne.— Fondation de l’hôpital de Santa Maria. — Derniers Jours de l’archidiacre.—Fugitifs célébrés.— Pillage DE LA JUIVERIE.—RÉPARATIONS FAITES PAR LA VILLE. — RES¬ TES de la juiverie.—Autres juifs célébrés de Séville. La rage de destrution gagna tout l’archevêché. Des désordres analogues ensanglantèrent les rues de Carmona, de Cazalla, d’Ecija, d'Alcalâ de Guadaira, de Fregenal, de Santa Olalla et surtout de Cordoue, où une foule sauvage enfonça les portes de la juiverie, incendia les maisons et en assassina les habitants. Le carnage ^exécuta avec une telle promptitude que au moment où le Grand Alguazil arriva avec des forces pour commen- Ce r la répression, il trouva le quartier détruit et plus de deux mille cadavres amoncelés dans les rues. L’exemple fut suivi à Montoro, Ubeda, Jaen, Andüjar, Baeza, Ciudad Real et Huete. A Cuenca et dans Plusieurs localités de la Castille, c’étaient les Municipa-
- 122 - lités elles-mêmes qui ordonnaient les tueries et c'etaient leurs agents qui en étaient les premiers exécuteurs. Ces excès s'étendirent dans la Vieille-Castille, dans la Navar¬ re et dans toute la région septentrionale, ainsi que dans les contrées du Levant, principalement à Valence, où le quartier juif fut complètement détruit. Dans cette der¬ nière ville, on alla jusqu'à refuser asile, dans les temples, à ceux qui demandaient le baptême, et on les immola sans pitié. Peu après, Barcelone et Tolède donnèrent de nouvelles preuves de la barbarie qui régnait dans ces temps-là. Tolède, la ville où ont eu lieu le plus de mas¬ sacres de juifs, vit dans quelques heures sa juiverie tota¬ lement détruite, la synagogue incendiée, et ses rues étroi¬ tes jonchées de cadavres. A Barcelone périrent onze raille hébreux en quatre jours d’orgie sanguinaire; les envahisseurs se livraient au vol et au pillage, au point qu'ils détruisirent complètement les Archives Royales, brûlèrent les maisons et, au dire des chroniqueurs, ne laissèrent pas, au Call, un seul hébreu vivant. Des scènes semblables se produisirent à Burgos, Logrono, Palencia, Ocana, Huesca, Saragosse; Teruel ne fut pas plus épargné, bien que les juifs en eussent offert tous leurs biens au roi, afin d'en être protégés; Léon, Lérida, Gérone eurent le même sort; à Palma, la foule se retourna contre les chrétiens compatissants qui avaient secouru les israélites. Bref, toute l’Espagne as¬ sista à la ruine des juiveries; d'après les historiens, cin-
- 123 — quante à soixante mille juifs espagnols tombèrent sous le fer de leurs assassins. Cette fureur se propagea en France et en Sardaigne. «Désir de voler et non dévotion», dit Lôpez de Ayala; bien que le pillage entrât dans les desseins d'une certain e partie de la populace, il est certain que les meneurs n> é taient pas poussés par la convoitise et que, à de rares exceptions près, ils respectaient ceux qui se baptisaient. Se fût-il agi simplement de vols, le roi n'aurait pas hé¬ sité à punir les coupables. A la suite de tous ces désor¬ dres, la juiverie resta presque déserte, et beaucoup de chrétiens vinrent s’y établir. En 1 3 g 5 , Henri III ordonna d’arrêter l’archidiacre qu’il accusa de soulever le peuple et il le punit de plus ieur mois de réclusion. Vers cette époque, Don Ferran fonda et mit sous le Patronage du Chapitre l’Hôpital de Santa Maria pour «hommes honnêtes et prêtres». Cet hôpital occupait i’ancfenne mosquée des Ours, concédée en 1260 pour ies tuberculeux d’Oulre-mer. Sur son emplacement et celui de quelques maisons contiguës s’élève aujourd'hui le couvent de «la Encarnaciôn». Don Ferran fit son testament le 7 Juin 1403 à Carmon a, où il s’était retiré, après avoir purgé sa peine, le 14 Juillet de l’année suivante, et étant encore dans la même Vl lle. il y ajouta un codicille. Sa première intention,/ d'a- P r ès le testament, était de laisser son hôpital au Conseil
- 124 de la ville, de Séville. Il changea d’idée au dernier mo¬ ment, peut-être à la suite de circonstances qui n’étaient pas sans rapport avec l'indemnité payée aux Juifs. Cependant on n’usa pas de contrainte à l'égard des con¬ damnés; aussi rendit-on la peine illusoire; mais enfin, elle constait écrite; et il ne semble pas logique que si la loi atteignait les auteurs matériels du délit, elle en pût oublier le promoteur. Le Chapite pouvait très commo¬ dément prodiguer les soins nécessaires à Don Ferran: celui-ci vivait tout près: un petit arc seulement le sépa¬ rait des bureaux établis dans le «Corral de los Olmos.» L’archidiacre mena une vie exemplaire jusqu'à sa dernière heure; il mourut «laissant le souvenir d'une solide vertu». Il fut enseveli dans la chapelle de Santia¬ go de la Sainte Eglise Métropolitaine, près de l’autel de Sle. Marthe, patronne de son hôpital. Parmi les conversions auxquelles les juifs sévillans furent obligés de recourir pour sauver leur vie, figure celle du célèbre Samuel Abrabanel «véritable ornement de la juiverie», personne influente à la Cour, même aux jours malheureux que passèrent les juifs du temps d’Henri II. C’est lui le chef de la glorieuse famille des Abrabanel, qui devait procurer à sa race tant de jours de gloire et qui, pour échapper aux persécutions, avait dû se réfugier à Lisbonne: c’est là que naquit celui qui de¬ vait être le savant Abrabanel, trésorier des Rois Catho¬ liques et père de l’illustre Léon Hebreo. Samuel reçut
— 125 - sur les fonts baptismaux le nom déjà glorieux de Jean de Séville. Un autre enfant illustre de Séville, qui abandonna le foyer de ses pères pour aller demander en pays étranger une hospitalité à laquelle ses mérites lui donnaient bien droit, c’est Ibn Gauison, talmudiste fameux, qui émigra ù Grenade par crainte de perdre la vie dans les horreurs de la persécution. Il eut le même sort qu’Abrabanel. Séville ne fut donc pas plus heureuse avec l’un qu’avec l’autre; tous les deux étaient en effet dans cette capita¬ le; tous les deux descendaient de familles séviilanes ; tous les deux avaient couru les mêmes dangers et ils avaient donné naissance à une pléiade de savants et de Poètes qui eussent rehaussé l’éclat de Séville, mais qui, Par suite de ces tristes circonstances, allèrent s’ajouter au * gloires d’autres pays; car si les Abrabanel four¬ nirent des savants, les Gauison produisirent plusieurs Poètes qui furent le charme et l’honneur de la cour na- *arite. Comme souvenir de la Juiverie sévillane de cette épo¬ que, il existe à la Bibliothèque Colombine un magni¬ fique exemplaire, qui, à mon avis, remonte au XIV ème s focle, du Commentaire sur l'Ancien Testament, écrit Par Rabbi Selomoh ben Isahak. Ce savant, plus connu s °us le nom de Rachi, avait vécu à Troyes pendant pres¬ se tout le XII èmc siècle: né en effet, en 1104, il mourut en u8o. Dans cet exemplaire il y a une note qui dit:
132 - lés que nous avons déjà cités, nous pouvons mentionner quelques hommes de mérite du XIV ème siècle. Ainsi, Josef-ibn-R. Elehazar, savant astronome et gloire de la synagogue de son pays nat^l, Séville. Il ne contribua pas peu à la célébrité de cette ville au XIV ôme siècle. Et cependant, il n'y résidait guère. Il partit à Saragosse, où il ne tarda pas à attirer l'attention par sa profonde connaisance du Talmud et de l'astronomie. Il y devint juge de la synagogue. Il a laissé un manuscrit intitulé «Ta¬ bles du cycle pour toutes les années». (Luchot Mehama- Cha\or Lecol Hasanim , 1 3 3 5 ) . Il y donne des preuves manifestes de sa science. Ce manuscrit, d’après Rodri¬ guez de Castro, se trouverait au Vatican. Au XIV ème siècle, brilla également Rabbi Salomon, médecin, astronome et exégète de grand mérite, né à Séville, où il mourut en i345 . Son inscription mortuai¬ re, gravée sur un morceau de colonne romaine, fut dé¬ couverte en i 5 8 o, lorsque la famine obligea quelques malheureux à piller le cimetière hébreu, à la Puerta de la Carne. Cette épitaphe, curieux exemplaire de légende exécutée par des Sévillans, fut trouvée au cimetière hé¬ breu et transportée plus tard à la porte de la Clochette de la Cathédrale; de là, elle passa à l'escalier de la Bi¬ bliothèque Colombine,et enfin au Musée Archéologique de Séville, ou elle est conservée actuellement. Elle me¬ sure un mètre quarante-huit centimètres de long, sur soixante-cinq centimètres de large et quarante-six de pro-
- 133 - fondeur. Elle est brisée en trois morceaux. Les trois premières lignes que le Père Fita regarde comme un épigraphe, sont presque illisibles. Yahudah cependant croit avoir pu, à l'aide du rythme, reconstituer les vers qui la composent. Rodrigo Caro nous en a transmis une version faite pro¬ bablement par quelque humaniste ou orientaliste sévillan. Cette traduction, à quelques détails près, ne s'éloi¬ gne pas beaucoup de la vérité et démontre que le traduc¬ teur n'ètait pas un profane en langue hébraïque. Trigueros, qui ne s’accommodait pas trop de cette version, copia l’inscription hébraïque et l’envoya à l’Université de Salamanque, où personne ne sut la tra¬ duire. Alors, obsédé par l'idée qu’il s'en était formée, il se mit à la traduire lui-même; mais ce travail était audessus de ses forces, et ses bons désirs n’aboutirent pas. Il existe aujourd’hui deux traductions assez fidèles et dues à deux savants orientalistes. Les deux versions con¬ cordent entre elles et on peut les considérer comme exac¬ tes. Dans les deux, on a négligé les premières lignes illi¬ sibles que Yahuda seul a essayé de reconstruire. La plus ancienne traduction se doit à Antonio Garcia Blanco, savant orientaliste de Osuna et professeur de l’Université Centrale; l’autre est du Père Fita, prési¬ dent de l'Académie de l’Histoire. La première dit ainsi:
— 134 - Témoin ce tumulus et témoin la pierre Comme signe et comme souvenir, regarde—la écrite. Qu'ici on enterra un trésor de beauté inestimable Touchant la loi et le témoignage; et dans la haute science Des astres, il dit des merveilles Et avec lui, est le trésor qui est son livre de médecine. Arbre de la science, médecin véritable, Pieux, droit et véridique, R. Schlomoh, fils de R. Abraham Fils de Yajisch (que sa mémoire soit bénie!) A rejoint son peuple par les chemins de la justice. Dans le mois de Siwan de l'année cinq Mille cent cinq de la création. (1345 de J. C.) Cette version est celle que porte l'écriteau placé sur la pierre tombale au Musée Archéologique de Séville. Celle du P. Fita commence par un verset antérieur et contient d'utiles renseignements intercalaitres. Elle est comme il suit: 3 La mort, adroit chasseur, me guetta (!); pris entre ses mailles, mon pied vacilla. 4 Témoin ce tumulus et témoin cette pierre écrite comme signe visible et comme souvenir que 5 ici gît enterré le trésor de tous les charmes de beauté pour la Loi (mosaïque) et pour le Témoignage (prophétique du Messie qui doit arriver). Dans la scien¬ ce des 6 étoiles, il dicta des enseignements admirables, et
- 135 - avec lui on enterra de même (son) livre de la Médecine- Arbre fécond de la science, 7 médecin, habile, intelligent et pieux, juste et loyal, Rabi Salomon, fils de Rabi Abraham, fils (celui-ci) de 8 Yais; que son repos soit glorieux! Il s'est réuni à son peuple (des défunts) après avoir marché dans (le sentier de) la perfection, au mois de Siwan, de l’an cinq 9 mille cent cinq de la création. La date exacte de cette mort tombe entre le 3 Mai et le I er Juin i 3 4 5 , c'est à dire sous le règne d’Alphon¬ se XI. Nous devons encore mentionner tout particulière¬ ment David-Cohen Sphardi, philologue achevé, né à Séville en 1 3 58 . Rabbin des plus respectés, il se fit re¬ marquer par sa grande connaissance des langues arabe, grecque et latine. Il composa un excellent dictionnaire arabe-hébreu avec de nombreuses notes marginales en différentes langues, lequel se trouve aujourd’hui àl'Escurial. Il traduisit de l’hébreu en castillan le Sepher Hairak (Livre de la crainte de Dieu), de R. Jonah et il pro¬ pagea toujours les enseignements les plus salutaires. Dans la médecine se distingua Moseh ibn Zarsal: ij naquit à Séville, où son père s’était récemment fixé. Ce¬ lui-ci venait de Grenade et remplissait à Séville les fonc¬ tions de médecin dç Don Pedro I er . C’est ce qu’établit le passage du catalogue des rois d’Espagne, écrit par le maître d’hôtel (chambellan) de la reine Dona Leonor,
- 136 - femme de Don Juan I er . «Cei Abraham ibn Zarsal qui parle ainsi à Don Pedro fut le père de Moseh ibn Zar¬ sal, et est maintenant physicien» de notre roi Don Enrique.» Moseh ibn Zarsal jouit d’une réputation plus grande encore que celle de son père et de tous les «phy¬ siciens» dè son temps. Nous avons lu quelque part qu’il mourut sous le règne de Don Juan. II, en 1433.
CHAPITRE XIII Situation des Hébreux espagnols au XV ème siècle.— Prédications de Saint Vincent Ferrer et leurs consé¬ quences.—Constitutions pontificales.—Lutte des con¬ vertis CONTRE LEURS ANCIENS CORRÉLIGIONNAIRES .— J o .M Tob.—Nouvelles hécatombes dans toute l’Espagne, sauf Séville. Au début du XV ème siècle, la situation des Juifs ne pouvait être pire. Détestés, persécutés, vexés par les lé¬ gislateurs, ils devaient agir en désespoir de cause. Aus¬ si n’avaient-ils pas d’autres ressources.que la conver¬ sion hypocrite ou l’occultation de leurs trésors. De toute façon, ils haïssaient la société et nourrissaient des pro¬ jets de vengeance pour le moment le plus propice. Cet¬ te rancune intérieure les excitait au sacrilège, à la grande douleur de tous les chrétiens, et le retrait de leurs capi¬ taux paralysait la production et faisait subir aux arti¬ cles de l’étranger une majoration de prix qui produisait la misère. Pour comble de malheur, quelques localités, telles
- 138 que Cordoue, qui, après Tolède, fut la ville où Ton mas¬ sacra le plus de juifs, retournèrent à leur anciennes cruautés; en 1406, la juiverie de Cordoue fut de nou¬ veau assaillie, ses maisons furent incendiées et ses habi¬ tants assassinés. Deux autres faits d'ordre moral portèrent un rude coup aux synagogues: le premier fut la prédication de Vincent Ferrer, qui fit des milliers d’adeptes. Quoiqu’il descendît lui-même d’une familie juive, il travailla de toutes ses forces à l’extirpation du mosaïsme, de concert avec son frère Bonifacio, général des Chartreux, à qui on doit une traduction de la Bible en dialecte de Valen¬ ce, traduction dont un fragment se conserve dans le couvent des Chartreux de Porta Coeli. Les prédications de Ferrer portèrent aux juifs de graves préjudices ma¬ tériels, car, dès que l’apôtre de Dieu approchait des lo¬ calités, précédé de la croix, la plèbe ignorante attaquait les juiveries, dont les habitants ne pouvaient s’enfuir, l’émigration étant défendue et punie de peines sévères. Une inscription dans la Cour des Orangers de la somptueuse Cathédrale de Séville, au pied d’une chaire, rappelle la prédication de Fr. Vincent Ferrer en ce lieu, mais la chaire actuelle, terminée le 18 Septembre 1692, n’est point celle qui a été honorée par les célèbres ora¬ teurs dont les noms sont inscrits sur la base; celle-ci, était plus grossièrement taillée. On ne saurait détermi¬ ner la date exacte des prédications de Vincent à Séville.
— 139 — Fr. François Vidal, dans sa «Vie de St. Vincent Ferrer» dit: «Le Saint partit d'Ecija pour Séville, où se conserve encore avec grande vénération, près de la chapelle de la Grenade, la chaire où il prêchait.» Amador de los Rios, d'accord avec le biographe mentionné, soutient que «Ecija et Séville eurent les premières, le bonheur d'en¬ tendre sa voix inspirée.» Le conciencieux historien Orriz de Zuniga, sans oser l'assurer, croit que cet événe¬ ment dut avoir lieu vers 1492. L'infant Don Ferdinand, Régent de Castille, résidait alors à Séville, vraie capita¬ le du royaume depuis la reconquête; et il n'est point invraisemblable que le saint religieux, partisan de l'In¬ fant qui prétendait à la couronne d'Aragon, se soit ren¬ du à Séville et ail ainsi profilé de son voyage pour évan¬ géliser la grande ville de son éloquence enflammée. Pedro de Luna (Benoît XIII) rêvait de convertir les Hébreux, quoiqu'il lui répugnât, en principe, de recou¬ rir aux procédés violents; aussi encouragea-t-il le saint à continuer sa propagande. L'importance des domma¬ ges que cette mission coûta à la famille israélite peut se mesurer en considérant le ton déchirant avec lequel ces faits sont décrits dans le Sefer Deberi Haimayyin (Chro¬ niques des Hébreux). «Alors parut dans la ville de Va¬ lence, le P. Vincent Ferrer, de l'Ordre des Domini¬ cains. Il semblait avoir pris à lâche d'être un démon pour le peuple d'Israël: il ameutait contre les Juifs tous l es habitants du pays. Il en forçait beaucoup à deman-
- 140 - der le baptême et en envoyait d’autres au bûcher. Les émeutiers jetaient au feu les livres de notre Dieu ou en éparpillaient les feuillets dans les rues. Ils ne se gê¬ naient même pas pour déchirer la chair des mères en présence de leurs fils.» Un autre malheur pour les synagogues fut la persé¬ cution dont les juifs furent l’objet de la part de leurs frères convertis au catholicisme, et dont le zélé dépassa celui des chrétiens de vieille souche. Pablo de Santa Maria (Selomoh-ha-Levi avant sa con¬ version) devenu évêque de Burgos, rédigea «l’Ordon¬ nance sur l’emprisonnement des Juifs ou des Maures.» Son but était de mettre le peuple hébreu hors la loi et de le réduire à la misère, en lui déniant toute personna¬ lité, toute juridition et même le droit d’exercer des pro¬ fessions dans lesquelles il avait particulièrement bril¬ lé, telles que la médecine, la chirurgie, la droguerie, le commerce, ainsi que la plupart des métiers mécaniques. A cette incroyable tyrannie, s’ajoutait la prohibition de visiter et d’assister les malades chrétiens, de changer de domicile, d’émigrer, d’employer le «Don» devant leurs prénoms, de porter des habits d’un certain prix, de se raser la barbe et de se couper les cheveux, etc. Bref, c’était la plus barbare et la plus arbitraire des lois. En même temps que le peuple d'Israél était ainsi per¬ sécuté en Castille, Don Pedro de Luna, qui avait écrit
- 141 — «en langue espagnole», au dire de Chacon, le livre inti¬ tulé «Consolation de la vie humaine», était devenu Pa¬ pe, sous le nom de Benoît XIII. Il convoquait à Tortosa un Concile ou Congrès théologique, où le converti Jerônimo de Santa Fé (Jehossuah ha Lorqui) soutint le i 3 Janvier 1413, contre quatorze rabbins aragonais les prophéties messianiques; tous les rabbins se converti¬ rent, à l’exception de Rabbi Josef Albo et de Rabi Ferrer. Lorsque Don Fernando de Antequera fut monté sur le trône d'Aragon, grâce à l’appui efficace que lui prêta Vincent Ferrer, il remit en vigueur dans son royaume les dures lois de Castille contre le peuple déicide. Be¬ noît XIII ne se contenta pas de ces mesures: il dicta, en 1415, treize constitutions vexatoires dont la lecture fait mal au cœur; il y priait les princes de l’Eglise de veil¬ ler à leur stricte exécution. Cependant, afin d'atténuer la rigueur de ces dispositions, il ajoutait que les juifs devaient être traités « h umaniter et clementer... nam secundum sacrorum canonum sanctiones consultius agitur, si ad veritatis cognitionem et divini cultûs amorem piis monitis informando, et praedicando quam violentiam inferendo, a fidelïbus inducantur .» Pendant tout le règne de Juan II, les convertis conti¬ nuèrent la lutte contre leurs anciens frères. L’évêque de Burgos rappelait avec joie les massacres des temps pas¬ sés et en louait les instigateurs ainsi que les assassins; il
- 244 - V DONACIÔN A JUAN HURTADO Y DIEGO LÔPEZ DE LAS SINAGOGAS Y SUS BIENES Yo el Rey, Por quanto ove fecho merced â vos Juan Furtado de Mendoza, mi Mayordomo Mayor, é Diego Lopes Destüniga, mi Justicia Mayor, de las sinagogas, é propios que las dichas sinagogas habian en la muy noble Cibdat de Sevilla é de los bienes de la aljama de los Judios de la dicha Cibdad que tenian comunmente. E agora me déxiestes que habîades perdido las mis cartas é Albalaes por donde vos lise la dicha merced. Por ende agora, como de entonces, é de entonces como de agora, fago vos merced é donacion â vos los dichos Juan Furtado é Diego Lopes de todas las sinagogas, propios e bienes que las dichas si¬ nagogas de la dicha Cibdat de Sevilla habian é de los bienes que en la aljama de los Judios que en la dicha Cibdat solian ser, é tenian comunmente y para que los ayades de juro de heredat para siempre jamâs. para vender, é empenar, é dar, é trocar é cambiar é enajenar é facer dellos é en ellos todo lo que vos quisiéredes, asi como de vuestra cosa propia. E por este mi Albalâ, é por el traslado del signado de Escribano püblico, sacado con autoridat de Juez 6 de Alcalde, mando a los Alguaciles de la mi Corte, é â los Alcaldes é Alguacil é Veinte é quatros, Caballeros é Homes buenos del Concejo de la dicha Cibdat é â qualquier 6 qualesquier dellos que esta mi Albalâ de merced les fuere
— 245 - moslrada, que den é entreguen 6 fagan luego dar é entregar â vos los dichos Juan Furtado é Diego Lopes é à vuestro procurador en vuestro nombre la posesion de lodas las dichas sinagogas, é bienes, é propios délias que habian al tiempo que la Juderia de la dicha Cibdadfué ribada. E otrosî lodos los bienes que la dicha aljama habia é ténia comunmente, bien é complidamente en guisa que vos non mengue ende alguna cosa, porque vos los ayais libres e desembargadamente para agora é para siempre jamâs. E puestos en la dicha posesiôn mando â vos é â cada uno.de vos que los mantengades en la dicha posesiôn, é los defendades é los unos é los oiros non fagades ende al por alguna manera sô pena de la mi merced, é de los oficios, é de diez mil maravedis â cada uno de vos. E yo vos dô cumplido poder para todo lo sobredicho. E sobresto mando a mi Chanciller, é Notarios, é Escribanos, é â los que estân a la tabla de los mios sellos, que vos den, é libren, é seellen mis privillejos, é cartas las mas complidas que en esta sazon oviéredes menester. Fecho nueve dias de Enero, ano del Nacimienlo de nuestro Senor Jesu-Christo de mil trescientos no venta y seis anos. Yo, Diego Sanchez la fis escribir por mandado de nuestro Senor el Rey. Yo el Rey. VI SOBRE LA CONTRIBUCIÔN PERSONAL IMPUESTA A LOS JUDÎOS i 5 de Noviembre de 1337.—Sentencia del Rey Don Alfonso mandando que los judios que lengan mâs de
— 246 - diez y seis anos de edad paguen los 3 o dineros en cada ano al Arzobispo y Cabildo, para lo cual autoriza al Cabildo para que ponga dos seglares fidedignos que recojan los maravedis. Cada maravedi era de io dine¬ ros.—1-7-175. 18 de Diciembre de 1 3 5 3 . — E l Rey D. Alonso escribiô a los Alcaldes, Alguaciles y Oficiales de la ciudad haciéndoles saber que el Arzobispo y el Cabildo Catedral se le habîan quejado de que no se respetaba la costumbre de coger cada ano de todos los moros y judios que vivian fuera de la Juderia las cuartas de aquellos que no lienen posesiones para diezmar, por lo que les manda que respeten el derecho del Cabildo y lo defiendan.— 1- 7 - 1 7 4 - Real Carta de D. Enrique mandando al Concejo, Justicia y Regimienio de Sevilla que no apremien al senor Arzobispo ni a los Sres. Dean y Cabildo de la Catedral a que pagasen ni contribuyesen en las imposiciones, tributos y pedidos ya mandados cobrar o que se mandasen por razôn del robo que se habla hecho a los ju¬ dios y Juderia de Sevilla, porque el Rey les hizo francos, libres y exentos de tributos por no haber sido culpados en dicho robo.—22 de Mayo de i 3 g 6 . Otra Carta, fechada en el dia 23 del mismo mes y ano, declarando libres, y por la misma razôn, a los Clérigos y Religiosos. En miércoles 3 i de Mayo del mismo ano, Juan Alfonso, escribano pûblico de Sevilla, a pedimento del Racionero Juan Sanchez, en representaciôn del Dean y Cabildo, hizo saber al Concejo de Sevilla las Cartas anteriores.—39-4-29.
- 247 - VII BIENES QUE POSEIA EN JEREZ, EL ALMOJARIFE D. YUZAF HALEVI (PERGAMINO QUE MIDE 48 CENTIMETROS DE BASE POR 33 CENTIMETROS DE ALTURA, SIGNADO AL DORSO «CAXÔN 12 NUM. 3 l » E INSCRITO DE LETRA POCO POSTERIOB A LA DEL TEXTû) «Carta de quitamiento, que fiso don symuel el levi del pan.» Y de otra letra menos antigua (siglo xv). «Carta de quitamiento del pan de D. Symuel Almoxarife de la cibdat de Sevilla n°4ii.» Sepan quantos esta carta vieren como yo don yucaff el levi, Almoxarife de Sevilla, sobrino de don samuel el levi tesorero mayor de nuestro senor el Rey, por raz< 5 n que los Alcalles é el Alguazil é ornes bonos del conçejo de xerés de la frontera, me tomaron en la dicha villa setenta é nueve cafises é quatro fanegas de trigo, que yo ténia en la dicha villa, é lo dieron é entregaron a sancho yénigues é a Alfonso ferrandes, jurados é vecinos de la cibdat de Algesira por bastecimiento de la dicha cibdat, por quanto era mucho mester para servicio de nuestro senor Rey, por la quai razôn los Alcalles, é el Alguazil, é los cavalleros é ornes bonos del conçejo de la dicha cibdat de Algesira fesieron carta é obligation al dicho conçejo de xerés, que si por aventura yo los demandase el dicho pan que fuesen tenu dos de me lo pagar a la quantia é precio quai dicho senor Rey lo manda-
- 248 - se pagar, é porque yo el dicho don yucaff demandava el dicho pan a los ornes bonos de la dicha villa de xerés é losafincara por ello, por la quai razén los dichos ornes bonos de xerés prendaron é enbargaron bienes de algunos vesinos de la dicha cibdat de Algesira, é enbiaron requérir deste fecho al dicho senor Rey é el enbiome mandar por su carta que mostrando al consejo de Alge¬ sira, é otro alguno en su nombre, en commo recebieron los dichos setenta é nueve cafises é quatro fanegas de trigo del dicho conçejo de xerés. o de su cierto mandado en cuenta é en pago del pan que an de aver de las sus pagas deste ano de la era desta carta, que yo el di¬ cho don yucaff que non demandase a los dichos oficiales é ornes bonos del conçejo de xerés el dicho pan que desta guisa me tomaron como dicho es, nin les prendiese nin tomase ninguna cosa de lo suyo por esta ra¬ zén; por la quai carta el dicho senor Rey me mandé que del pan, queyo recabdo por el, é por el dicho don Sa¬ muel el levi, su tesorero mayor de las lercias de la fronlera desde dicho ano, que tome ende los dichos setenta é nueve cafises é quatro fanegas de trigo del dicho conçe¬ jo de xerés, é que me encarge dellos en manera que los cobre; é mandé que me sean recebidos en cuenta a mi, el dicho don yucaff, del pan que recabdo de las dichas lercias, de los primero é mejor parado que y oviere é porque vos, ferrante garcia, criado de D. Alvar peres de gusmân alcayde de la dicha cibdat de Algesira, por nombre del conçejo de la dicha cibdat, me distes é entregastes ante los escribanos que son firmas desta carta, dos cartas, la una la quel dicho senor Rey me enbio en la dicha razén, é la otra carta del dicho conçejo firmada é sellada con su sello, por la quai carta paresce que
- 249 el dicho conçejo de Algesira, que tomaron, é recebieron en la dicha cibdat de los dichos sancho yénigues é Alfonso ferrandes, sus jurados, los dichos setenta é nueve cafises é quatro fanegas de trigo, é lo tomaron en su cuenta del pan, que han de aver en este ano para su mantenimiento; por ende otorgo, é do por libres, é por quitos agora é para siempre jamâs â los Alcalles é Alguazil, é oficiales, é ornes bonos del dicho conçejo de la dicha cibdat de xerés, é a sus bienes, é a sus herederos, de todas quandas demandas é querellas é peticiones, é penas é calonas, é bos (i) é razdn é agcidn yo he é podria aver contra ellos é contra sus bienes por razdn de los dichos setenta é nueve cafises é quatro fanegas de trigo, que ovieron tomado, segunt que dicho es, é asi les do por libres é por quitos, é les fago fin é quitamiento de todo agora y para siempre jamâs, en guisa que non me finco nin finca contras los dichos oficiales é conçejo nin contra sus bienes, demanda ninguna nin cosa que me ayan â dar nin â pagar nin â complir por razdn del dicho pan que me ovieron tomado como di¬ cho es; é si de oy que esta caria es fecha, en adelante yo d otro por mi, demanda fesiere â los dichos oficiales é conçejo d â otro por el, d â pleyto los removiere por razdn de los dicho setenta é nueve cafises é quatro fane¬ gas de trigo, que me ovieron tomado como dicho es, que non vala, nin sean tenudos^ los dichos oficiales é ornes bonos del dicho conçejo nin otro por ellos de responder a mi, nin â otro por mi en juysio, nin fuera de juysio en ningunl tiempo por ninguna manera por ra¬ zdn desto que sobredicho es. i) Voz.
- 250 - É para todo esto complir é guardar en la manera que dicho es obligo â mis bienes (2). Fecha la carta en Sevilla, veinte é siete dlas del mes de Noviembre, Era de mill é tresientos é no venta é très anos. Yo ferrant martines, escrivano de Sevilla la escrebi et sotscrevi.—Yo Gonçalo peres, escrivano de sevilla la solscrevi.—Et yo Martin Gonsales, escrivano publico de Sevilla, la fis escrivir é fis en ella mio sig-f-no é sots¬ crevi. VIII RECORTES DEL CATALOGO MANUSCRITO DE LOS ARZOBISPOS DE SEVILLA Y PRIMADOS DE LAS ESPANAS, POR PACHECO (FRANCISCO), CON ALGUNAS NOTAS DE DON JUAN TORRES Y ALARCON Al hablar de la Virgen Santa Maria de las Aguas, dice: «Quando el Santo Rey Don Fernando, gand a Sevi¬ lla como cuenta la Historia... quedasen a vivir en Sevi¬ lla los moros que quisiesen, y dejando ir a los que no quisiesen quedar.» / «De aqui fue que los que quisieron quedar tomaron Barrio aparté como lo hicieron los Judios en la Juderia aunque los moros no hicieran cerca como los judios sino soLo ttmeroi>43,arrio que se llamo por esta razon la j^femdrfA ^e^. k^tiiai ,su carniceria que es la que ho^es'ja 'princi pal fabradà en el mesmo
251 - sitio porque cada nacidn ténia su Lonja y Carniceria como vimos a los Placentines de que hay aquî testimonios, la de los Christianos era la del Cano quebrado y San Bernardo Hospital de los Viejos fue Hospital de los Carniceros, y assi la de los moros era esta, tenian tambien su alcaiceria cerrada como la tuvieron quando Sevilla era de moros que la otra tuvieron los tratos en que ellos son mas aplicados en este su barrio como especeria confiteria y el trato y obra de Canamo y algunas herrerias y sus banos como se ve por libro de las Dotciones, y la calle dados que es del trato y obra del Lino y hilado tuvieron sus plazas de negocios y otras de oficios como de la yerva que es la alfalfa llamadas assi de la yerva que los moros dan a las bestias, la de las Verduras y Hortalizas â que ellos eran aficionados por las legumbres, y la de Zapaterîa... / Este barrio toco a San Pedro, Santa Catalina, San Ildefonso, San Isidoro y a San Salvador cuya iglesia antigua no sabemos donde estaba como tambien no sabemos de la de Sant Bartholome que hoy vemos en una de las Sinagogas de la Juderia. Adviertase para esto que el repartimiento que hizo el Santo Rey Don Fernando, y el que continuo su hijo el Rey Don Alfonso el Sabio empieza por Santa Catalina, y la primera Juderia es de alll porque convino poner lo primero a la fronteva de los moros y a la moreria por lo que conviniese. / Adviertase tambien que la colocacion de San Pedro vino a ser tan pequena por lo que le quitaron para la jnoreria que no hubo capacidad, ni pudo sufrir mas de un Clerigo Parochial como la sucedio a la de San Nicolas por causa de lo que le quitaron para la Juderia teniendo las Colaciones vecinas de
- 252 - ambas a 1res Clerigos Parrociales... / Advierlase tambien que en la Iglesia de San Pedro se labro una alta atalaya para que pescase en la moreria lodo lo que desde afuera era menester ver para la seguridad de enemigos domesticos. / Se les permitio lener / Alcaiceria / Carniceria / Plaza de la Yerva / Plaza de Verduras y Legumbres / Calle de Especieros / Calle de Confiieros / Calle de Lineros / Plaza de la Fuente / Plaza de Aluanies / Calle de hileros / Zapateria / irato de Cânamo en calle aparté / Calle de herreros / Calle de Cereros y tra- to del Cevo / Y para acomodarse mejor estrecharon las calles que les atraviesan al peladero y calle de dados lugar de la Cera y cerro que todo es muy estrecho / lodo lo dicho se permitio como tambien el tener mesquitas para las cosas de su religion con estudio en ellas como los avian tenido en la Mesquita mayor cuando fue suya, y assi labraron la mesquita suya mayor en la mesma forma que las demas mesquitas mayores dos estudios colaterales y su torre para llamar a voces a los oficios de su Alcoran continuando su tralo con los cristianos hasta que la ofensa de ver tan cerca de la iglesia mayor tan cerca de si emulacion de falsa dotrina debio encender los animos a la conquista domestica y esto se debio hacer con masfacilidad que con los Judios que se avian cercado con una alta y gruesa muralla y torres como hoy se ven por muchas partes en los barrios de la Iglesia mayor y San Nicolas hasta San Bartholome. / La mas abierta comunicacion y irato con los moros facili- to la conquista domestica que de ellos se hizo, pues comprando el Christiano la casa del moro se entraba dentro a vivir en ella teniendo para ello licencia de los Reyes por un Privilegio del senor Rey... /tomaron este
- 253 - medio para hacer la Conquista de la Moreria de Sevi- 11a, la quai se fue haciendo y continuando hasla que apocaron el nümero de tanta manera que los vinieron a retirât a muy pocas calles que son en el barrio de San Pedro y llegan a San Ildefonso, y dejando lo mejor de sus plazas y tratos en poder de los Christianos, y principalmente con la franqueza en que se hallaron por los tiempos del serenisimo y honrado Rey Don Alfonso el mozo que comunmente es llamado el onceno o, de las Algeciras, perdiendo los moros su nueva Mesquita que avian labrado para honra y culto de Mahoma y para ensenanza de su falsa seta. Cristobal Nunez Capellan Real de Sevilla en un no¬ table .dice asi: «En las honras del Santo Rey venian moros de Granada, como lo dice el Sumario que guarda esta Santa Iglesia. E nota que a estas honras des¬ pues de tomada Granada por los Reyes Catholicos solia venir cierto numéro de Moros del Adarbe\o (Ardabezo se llamaba la Moreria de Sevilla que es. â S. P.°), que hoy dia es la Collacion de San Pedro de Sevilla, estos moros solian venir a estas honras con sus Capuces de la color que querian y con sus capirotes verdes echados sobre los capuces y con sus lunas en los bonetes, y tar¬ de y manana estavan en pie alrededor de la tumba del Rey Don Fernado 3 . ° Despues suplicaron al Cavildo y Regimiento de Sevilla por que ellos recibian gran afrenta de estar alli en publico que oviesen por bien que no viniesen a las honras, sino que pagasen cierta cantidad de cera que alli ardiese, lo que se les concedio por entonces. En la nota biogrâfica de D. Pedro Gonzalez de Men¬ doza, Cardenal en 1473 y electo en 1482, dice:
— 260 — bienes de la vuesira mesa capitular lo mandaremos todo pagar et refaser et emendar et satisfaser a los dichos Judios o a quien so bos toviere porquesea castigo a vos otros y exemplo a todos cuantos lo vieren et los unos nin los otros non foigades ende al por alguna manera so pena de la mi merced et de mill doblas de oro a cada uno de vos para la mi Camara et de como esta mi carta vos fuere mostrada et los unos et los otros las cumplieredes mandamos so la dicha pena a cualquier escrivano publico que para eslo fuere llamado que de ende al que vos la mostrase testimonio signado con su signo porque yo sepa en como cumplides mio mandado la carta leyola dadgela. Dada en Madrid veinte et dos dias de Disiembre ano del nacimiento de Nuestro Salvador Jesuchristo de mill et tresientos et noventa anos yo Pero Fernandez la fis escrevir por mandado de nuestro senor el Rey. Yo el Rey/. En las espaldas de las dichas cartas estan escriptos unos nombres que disen asy. Pelrus Archiepiscopus toletanus. Yo el Conde, nos el Maestre, nos el Maestre. Diego Furtado, Juan de Velasco, Pero Lopez. Et las dichas cartas del dicho senor Rey mostradas et leydas el dicho Gutierrez Lorenzo dixo al dicho Dean et Cabildo que cumpliesen las dichas cartas segund que por ellas el dicho senor Rey ge lo enbiava mandar et que de como ge lo desia que pedia et pedio testimonio et luego el dicho Dean et Cabillo tomaron las dichas cartas et dixeron que las recebian et obedecian asy como cartas de su Rey et de su senor natural so cuya merced vevian et dixieron a mi el dicho Alfonso Gonzalez escrivano publico que les diese traslado délias et que abrian su acuerdo et que responderian. El cual traslado de las dichas cartas et del dicho pidi-
- 261 - miento quel dicho Garcia Lorenzo les fiso les fue dado et despues desto domingo quinse dias del dicho mes de enero del dicho ano vnpoco antes del sol puesto dentro en la casa que dicen de las Cuentas que es dentro en la iglesia de Santa Maria et estando y présentes capitularmenle ayuntados don pero manuel dean et Don martin miguell chantre et Don pero alfonso Thesorero et Don fulco perez maestre escuela et don ferrand martinez arcediano de ecija et don Juan sanches arcediano dexeres et monsen Juan de pûmes arcediano de Reyna, et don gutierre peres arcediano de Castro et Juan Garsia et Johan martines et miguel ferrandes et aluar peres et al¬ fonso lopes et gonzalo sanches et Juan sanches et Juan ferrandes et pero alfonso et bartolome martines et al¬ fonso segura et miguell rodrigues todos estos canonigos et beneficiados de la dicha iglesia de Seuilla en presencia de mi el dicho alfonso gonsales escriuano et de los dichos escriuanos et en presencia del dicho Don ferrand martines arcediano el dicho don Pero manuel en rrespondiendo dixo por si e por todos los sobredichos asy personas como canonigos et por sy mandado quel vista la carta y mandado del dicho senor Rey que otra vegada la obedecieron et auian obedecido et avn agora obedecian como carta et mandamiento de su Rey et de su senor natural a quien dios por su santa merced dexe veuir et reynar por muchos liempos et luengos et buenos al su santo seruicio que auiendo su acuerdo et deliberacion que ellos que querian cumplir mandado et seruicio del dicho senor Rey asy como en la dicha carta se contiene et que en compliendola luego el dicho dean por sy et en nombre de los sobredichos asy personas como canonigos non desarcordando alguno mas auien-
- 262 — dolo por firme saluo el dicho Juan ferrandes canonigo que non acordo con ellos dixo que priuaban et priuaron al dicho arcediano ferrand mavtines del oficio de la pro¬ visoria que primeramente leavian encomendado vacan¬ te la see et que le defendian que de aqui adelante non usase del dicho oficio et otro si dixo mas el dicho Dean por si et por todos los sobredichos personas et canonigos que mandava et mandé al dicho don Fernan Marti¬ nez arcediano que si pedricar quisiese quel que pedricase la palabra et el evangelio de Nuestro Senor Jesuchristo./ en pero que en sus pedricaciones et sermones que non dixiese alguna cosas porque pudiese recreer algun bullicio et escandalo o mal o dano alguno contra los Judios et contra las sus sinagogas o contra alguno dellos. Otro si mando el dicho Dean al dicho Arcedia¬ no por sy et en nombre de los sobredichos que de oy que esta repuesta es dada fasta un ano primero siguiente refaga et repare o faga refaser et reparar todas las si¬ nagogas que derribo y mandé derribar en cualesquier lugar o lugares de este Arzobispado de Sevilla fasta agora siguiendo el tenar et mandamienlo de la dicha carta del dicho senor Rey et en todo esto que dicho es el dicho Arcediano don Fernan Martinez que lo guarde et faga et cumpla en la manera que dicha es sopena de excomunion et dixieron que todo esto que sobre dicho es davan por repuesta los dichos dean y beneficiados sobredichos capitularmente ayuntados a la dicha caria del dicho senor Rey et al pedimiento et requerimiento quel dicho Gulierre Lorenzo avia fecho en nombre del dicho senor Rey et pidieron a mi el dicho Alfonso Gon¬ zales escrivano publico que asy de la presentacion de la dicha carta del dicho senor Rey como del requerimien-
- 263 - to quel dicho Gutierre Lorenzo les avia fecho como desta repuesta quellos davan que les diese ende un testimonio o dos o mas los que les cumpliesse en publica forma para guarda de su derecho et luego el dicho mandamiento fecho por el dicho Dean en presencia de los dichos personas et canonigos de la dicha iglesia en la manera que dicha es el dicho don Ferand Martinez Arcediano respondiô a ello et dixo: que salva la real magestad de mi Senor el Rey que es rey de Castilla et Leon por la gracia de Dios al cual el Nuestro Senor Jesuchristo dio el espada para castigar a los sus subditos legos de la cual espada dice el Apostol Sant Pablo non es sin rason quel Rey traya el espada delante sy./ la cual tiene para castigar a los malos et defender a los buenos et asy como esta espada usa el, la cual recibié del altar de Sant Pedro; asy la iglesia de Dios, que es el Papa, et los cardenales, et los perlados, el toda la cleresia recibieron otra espada de aquel mismo altar para castigar et corregir todos aquellos que son en orden de la clerisia, las cuales escogio Nuestro Senor Dios por suerte suya para defendimiento de la Santa Fe Catholica et asy sou diversas jurisdiciones et la Santa iglesia de Dios nin los sus clerigos non pueden ser judgados por la jurisdicidn real, antes la iglesia de Dios ha menester a los Reyes et principes et a la justicia seglar que ayuden et mamparen a la Santa Fe Catholica et por aques- to dixo que desia et respondia quel dicho senor Rey nin los que las cartas que contra el fueron dadas firmaron non lo pudieron faser por cuanto el era y es de la jurisdicion de la iglesia nin ellos nin el dicho Dean nin los sobredichos non pueden procéder contra mi nin privar de mi oficio de la provisoria en el cual perfectamente
- 264 - use et usaba en mandar que fisiese et reparasse las dichas casas del diablo que son de las sinagogas de satanas en las cuales especialmente se mal dise Jhesuchristo très vegadas cada dia et al Rey et a todo el pueblo christiano antedixo mas que todas cuantas sinagogas maldichas ha en el reyno se deficaron et se alçaron despues que las leyes canones mandaron que no se fisiesen en algun tiempo, doel nombre de Jhesuchristo se alavava, et porque tal sentencia et mandamiento como este que lo avian fecho era fecho por aquellos que non eran mis Jueses episcopi jure, era ninguno et por tanto non era ynecesario de tal sentencia et mandamiento apelar/ pero que dixo que cuanto era este pleito de Jhesuchristo et de la su Santa Fe Catholica, que apelava et lo ponia en el su santo juicio, et pediria que lo judgase et lo defendiese et diesse penitencia aquel que en este caso fiso contra sus mandamienlos salva siempre la real magestad de mi senor el Rey el cual es digno de misericordia en lo que ignorante fesia cuanto mas que dixo que en este pleito non fuera demandado nin oydo nin vencido ante quien dévia nin como devian guârdada la orden quel derecho quiere en este caso mas que por sola acusacion que le fisieron los traydores enemigos de la Fe fin luego sin abdiencia condenpnado et dadas cartas que se fisiese execuzion non se poniendo en las dichas cartas sy era asy como quiera que aun que non se ponga de derecho se entiende et que esto daua por respuesta pretestando que todo tiempo la pudiese correger et emendar et anader et menguar quanto mas que dixo que las que las si¬ nagogas que derribo que esta presto de prouar quel arçobispo don pedro las mando derribar et las dio a sus escuderos que las vendiesen et fisiesen délias lo que qui-
- 265 - siesen por quanto eran deficadas contra la santa iglesia de Dios et sin licencia de alguna persona et aun dixo el dicho arcediano quel fisiera derrocar veiendo el dicho arçobispo dos maldichas sinagogas la una en el corral de los tromperos et la otra en la varrera de don enrriques antiguas, las quales estan derribadas oy dia de lo quai dixo que non se arrepentia porque las mandara derrocar et que esto daua por respuesta et de todo esto en como paso el dicho gutierre lorenzo pedio a mi el dicho alfonso gonzales escriuano publico que le diese un tesiimonio o mas si menester ouiese para lo mostrar al dicho senor Rey et alli o deuiese et otrosy los dichos dean et personas et amigos et el dicho donferrand martines arcediano pidieron a mi el dicho alfonso gonsales escriuano publico que les diese ende sendos testimonios o mas sy menester ouiesen para guardar de su derecho et yo digelos a cada una de las dichas partes el suyo que fueron fechos en los dichos dias mes et ano sobredicho ay sobrescripto entre renglones odis agora et odis sobre odis christo et non le enpesca el ay raydo ej emendado odis auian et odis merced et odis priuaron et odis altar et non le enpesca yo andres gonsales escri¬ uano de Seuilla so testigo. yo Diego ferrandes escriua¬ no de Seuilla sô testigo. Et yo alfonso gonsales escriua¬ no publico de Seuilla lo fis escriuir fuy présente a todo lo sobredicho fis en el mio signo et so testigo. Esta esta respuesta en très pliegos de papel empalmados por lo angosto y cosidos con hilo, y cada uno esta rubricado en la espalda por el mismo Alfonso Gonza¬ les. Letra notariesca.
- 266 - X LETTRE DES JUIFS ESPAGNOLS A CEUX DE CONSTANTINOPLA QUE L'ARCHEVE¬ QUE SILICEO PRÉTENDAIT AVOIR REN¬ CONTRÉ EN FOUILLANT DANS L'ARCHI¬ VE DE SON EGLISE (ms. en la real academia de la historia) Judios Honrrados salud y graçia sea con nosotros, Sabed quel Rey despana por pregon publico quiere que seamo xpianos, nos quita las haziendas, destruye nras. Sinagogas, y nos haze otros muchos agrabios, que nos lienen confusos y yncierlos de lo que deuemos hazer, os rrogamos y suplicamos, por la ley de Moysés tengais por bien de hazer ayuniamiento y ynbiarnos con toda breuedad la deliberacion que en ello uubieredes hecho. Chamorro Principe de los judios despana que Vro. bien y conlento desea. RÉPONSE Amados hermanos en Moyses: ura. caria rrecibimos por la cual nos significais los trabajos y fortunas que padeceis, de los quales en el sentim . 1 0 nos ha cabido tantaparle como auosotros, el parecer de los grandes Sairapas, y Rabis de la Ley es losiguiente, a lo que dezis quel Rey despana quiere que seais xprianos, que lo hagais, pues no podeis hazer otro, y pues os quitan las haziendas, haze a uros. hijos mercaderes, y pues os
- 267 - quila las uidas sean uros. hijos medicos, y boticarios, y pues os distruyen uras. Synagogas hazed auros. hijos clerigos, y enquanto a las demâs exaçiones, procurad que uros. hijos tengan offiçios publicos, y de gouiernos, y haziendo todo esto con la mercançia, les quitareis la haziendas, y con los medicos y medicinas las uidas, y con los clerigos prevaricareis su Ley, y Templos, y teniendo oficios y gouiernos los sugetareis, y sereis senores y no salgais desta orden, que os damos porque por espiriencia uereis que sale todo como aqui seos propone.—Vllif Principe de los Judios de Constantinopla. Le Ms. existant à l'Academie de l'Histoire ajoute: «Estas cartas fueron causa, quel Arçobispo Siliçeo acabasse con el Papa Paulo 3° que ningun conuerso pudiesse tener beneficio alguno en la yglesia mayor de Toledo, porque el Papa lo rrehusaua, por lo mucho que contradezian los taies de la dha. yglesia, que casi toda ella estaua en poder dellos como son Arciprestazgos, canonicatos, y otras dignidades perouistas por el Pontifiçe estas cartas y otras escrituras, que descubren la malicia, y maldad dellos concedio al dho. Arçobispo que conuerso ni raça dellos, no pudiesse tener canonicato, ni otro beneficio, como se uce por spiriencia, pues para hauer de seruir descolano, en alguna capilla delà dha. yglesia se haze prouança comoes xpiano viejo, y tan autentica comose haze para ofiçial del s. t 0 officio.» On comprend bien, sans doute, l'opportunité ainsi que les conséquences de cette trouvaille.
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AI MUSIQUE DE LA CHANSON POPULAIRE N O O O O -O-o- o O O - 0-0 -o E a ju dios a en far de lar que man dan /os Re yes que pa ô'eis fa mar
TABLE DES MATIÈRES CHAPITRE PREMIER Introduction: Établissement des Juifs en Espagne.— Concile d’Iliberis.—Le bien-être dés Juifs au temps des Ariens.—Persécutions organisées par les rois goths catholiques.—Bienveillance des derniers mo¬ narques. - Conjectures sur l'importance de la Juverie de Séville.... 5 CHAPITRE II Invasion arabe.—Aide que les Juifs prêtent aux Mu¬ sulmans.—Siège de Séville.—Arrivée de nouveaux Hébreux.—Assassinat d’Abd-al-Aziz.—Un faux Mes¬ sie.—Les Ommiyades et les Israélites.—Culture et poésie rabbiniques espagnoles.—La juiverie sévillane. i5 CHAPITRE III Persécution dans les derniers jours du Califat.—Eman¬ cipation de Séville. -Dynastie des Abbadites.—Mal¬ veillance de Al Motadhid.—Al Motamid: Sa protec¬ tion a l’égard de l’Académie Rabbinique.—Supplice d’Ibn Ishaak ibn Xalib.—Les Almoravides; leur vic¬ toire a Zalaca.—Fin des Abbadites.—Culture hispano-hébraique.—Ibn Gabirol et les Castillans. 25
— 276 — CHAPITRE IV Page Les almoravides. — Situation de la Juiverie sévillane.—Règne d’Ali-ibn-Jacoub.—Ibn-Megas.—Les almohades: Leur conduite en Espagne.—Massacres des Juifs.—Académie toledane.—Juan de Sevilla.— Séville, capitale de l'Espagne et de l'Afrique.—Tranquilité de la Synagogue sous l’émirat indépendant.— Maïmonides. 39 chapitre v Les Juifs dans les royaumes chrétiens.—Grands mas¬ sacres.—La Juiverie sévillane pendant le siège de de la capitale.—Réception faite a Ferdinand III pRr les Hébreux.—La clef de la Juiverie.—Alhama hé¬ braïque et Alhama mauresque.—Le quartier mau¬ re: Ses vicisitudes. 49 CHAPITRE VI Topographie de la Juiverie Sévillane. 57 CHAPITRE VII Organisation de la Juiverie.—Tribut que payaient les Hébreux et occupations aux quelles ils se livraient de préférence.—Conduite de Fernando III et d'Al¬ phonse X envers la Juiverie. — Mort de Fernan¬ do III. 67 CHAPITRE VIII Tolérance, non exempté d'aversion, d’Alphonse X en¬ vers les Juifs.—Libéralités du roi.—Massacres des
— 277 - Pages. Juifs dans toute l'Espagne et tranquilité a Séville.— Célébrés rabbins sévillans. 75 CHAPITRE IX Sanche IV.—Confirmation des privilèges de la Sainte Eglise patriarcale de Séville sur les Maures et les Juifs. —Persécutions dans le Nord de l’Espagne. — Vexations de la part du Chapitre de la Cathédrale.— Bienveillance d’Alphonse XI et ampliation de la Ré¬ partition.—Don Jusaf de Ecija.—Culture hébraïque en Espagne et spécialement a Séville.—Nouvelles persécutions dans le royaume d'Aragon. 85 chapitre x Apogée de la Juiverie sous le règne de Pierre ie r .— Tarif des droits d’entrée des marchandises. — Simuel Lévy.—Le roi Bermejo a la Juiverie.—Massa¬ cres en Castille et en Navarre. - Les Juifs sévillans dans la guerre civile. — Légendes sur les rues du «Moro muerto» et des «Angeles». 97 CHAPITRE XI Henri II: Sa conduite inconséquente envers les Juifs.— Iusaf Picho. — Massacres en Galice et en Portu¬ gal.—Conséquences de la catastrophe d’Iusaf,—Pi¬ llage de la Juiverie... 107 CHAPITRE XII Extermination des Israélites dans toute l’Espagne.— Fondation de l’hôpital de Santa Maria.—Derniers
— 278 — Pages. jours de l’archidiacre.—Fugitifs célébrés.—Pillage de la Juiverie.—Réparations faites par la ville.— Restes de la Juiverie.—Autres juifs célébrés de Sé¬ ville . 121 CHAPITRE XIII Situation des Hébreux espagnols au XVème siècle.— Prédications de Saint Vincent Ferrer et leurs con¬ séquences.—Constitutions pontificales.—Lutte des convertis contre leurs anciens correligionaires.— Jom Tob.—Nouvelles hécatombes dans toute l’Es¬ pagne, sauf Séville. i37 CHAPITRE XIV Influence de la prise de Loja sur la Juiverie de Sévil¬ le.—Conduite des rois envers les juifs de Mâlaga — La prise de Grenade. — Curieux manuscrit.—Dé¬ cret d’expulsion.—Conséquences pour la civilisa¬ tion et pour l’Espagne.—Notification a Séville. 147 chapitre xv Ingratitude des Rois Catholiques envers les Israéli¬ tes. — Travaux des Dominicains pour l’établisse¬ ment de l’Inquisition.—Expulsion des juifs de Sé¬ ville et de Cordoue. — Mauvais aceueil fait par Sé¬ ville a l’Inquisition.—Nouvelles vexations. —Cons¬ piration des convertis.—La «belle femme».—Insur¬ rection des juifs sévillans. — Récompenses de GutierreTelio. i 5 5
- 279 — Pages. CHAPITRE XVI Zèle du Saint-Office.—Éxode des Israélites.—Édit de Grâce.—Nouvelles persécutions. —Changements de noms de famille.—Réorganisation du Saint Tribu¬ nal.—La famille Virga. 167 CHAPITRE XVII Des auto-da-fé.—Status de pureté.—Episodes concer¬ nant la Juiverie de Séville.—Conversions et autoda-fe.--Notre Dame du Repos.—Pillage des restes de la Nécropole. 175 CHAPITRE XVIII LTnquisition poursuit sa tâche.—Bûchers et rebaptisations.—Culture des émigrés.—Projets du Comteduc de Olivares et intolérance de Quevedo. —La fa¬ mille Cansino.—Le P. Diego de Gatica. i 8 3 CHAPITRE XIX Felipe Godinez. iç 5 CHAPITRE XX Le XVIII e siècle.—Premiers auto-da-fé. — Procès fa¬ meux de José Diaz Pimienta.—Des juifs, des judaïsants et un franc-maçon brûlés vifs.—L'évêque^Cansino. ai 5
- 280 — Pages. CHAPITRE XXI Les juifs originaires de l'Espagne oublient leur an¬ cienne patrie.—Perte de sceaux curieux.—Tentati¬ ves infructueuses d'admission. — Retour de quel¬ ques Israélites.—Mesures gouvernementales. 225 CHAPITRE XXII État actuel de la Juiverie de Séville.—Restauration de son culte.—Organisation, professions et coutu¬ mes.—Hommage à Alphonse XIII.—Incendie de la Synagogue. 23 1 APPENDICE I.—Repartimiento de Paterna. 238 II.—Dote de la iglesia de Santa Gruz. 240 III. —Dote de la iglesia de Santa Maria la Nueva... 242 IV. — Arancel del vino de los judios. 243 V.—Donaciôn a Juan Hurtado y Diego Lôpez de las sinagogas y sus bienes. 244 VI.—Sobre la contribuciôn personal impuesta a los judios. 245 VII.—Bienes que poseia en Jerez el almojarife don IuzafHalevi. 247 VIII.—Recortes del Catâlogo manuscrito de los Arzobispos de Sevilla, y Primados de las Espanas. 25 o IX.—Inmunidad. 255 X.—Lettre des Juifs espagnols a ceux de Constan¬ tinople. 266 XI.—Musique de la chanson ngp^V g.%. 268
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