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Dictionnaire pour l'intelligence des auteurs classiques, grecs et latins, tant sacrés que profanes : $bcontenant la géographie, l'histoire, la fable, et les antiquités ...T. XI

Sabbathier, François

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DICTIONNAIRE D L'INTELLIGENCE | DES AUTEURS CLASSIQUES, ÉRicCS “LE LATINS, : TANT SACRÉS QUE PROFANES. TOME ONZIÈME. PRET RENE ERIOT EURE MENACE TEE TPE É ER eV DICTIONNAIRE “POUR FINTELLIGENCE DES AUTEURS CLASSIQUES, CRECS Er LarTiis, TANT SACRÉS QUE PROFANES, | ONE NAN... LA GÉOGRAPHIE, L'HISTOIRE, TA FABLE, ET LES ANTIQUITEÉS. DÉDIÉ. Le — HONSÉLON EVE LE DUCDECIOLSEUT, «Par M. SABB AT: HIER , Profe eur au College de Chélons-fur- Marne , 6 Sécrétaire perpétuel de T Académie de la même. Ville. a HOME ONZIÉEME ne SRE RE Re NER Le #° Se 7 0er 2 0 Q / É x Ju ES 1% FRE TT LA LR 1 S, Chez se Libraire > rue de la Ce Diana M. DC CCE XXII. Avec Approbation & Privilege du Roi, . fure de diftance chez les Hébreux. Elle étoit de mille coudées Ju- daïques ; ce qui revenoit à qua- torze cens foixante-huit pieds Ro- mains fix pouces, ou à deux ftades & demi. La loi ne permetroit pas aux Juifs de faire plus de deux Chibraths , un jour de fabbat. CHIDNÉENS, Chidnei, peuples qui habitoient aux envi- rons du Pont-Euxin, felon Or- phée dans fes. Argonautes cites - ar Ortélius,. CHIDON ! PAire de], Area Chidon. (a) C'eft le lieu où Aza fut fubitement frappé de mort, pour avoir imprudemment porté fa main à l'Arche qui chanceloit fur fon chariot. Dans le fecond livre des Rois, cette aire eft nom- mée l’aire de Nachon. On ne fçait fi Nachon & Chidon font des noms dhommes , ou des noms de lieux. _— CHIDORE , Chidorus , (b) XeiDopos, ruifleau de la Macédoi- ne dans l'Amphaxitide, felon Pro- lémée , qui l'appelle Échédore. Mais, ondit Chidore dans Héro- dote. Celui-ci dit que Xerxès, parti d'Acanthe pour fe rendre à Thermes, avec fes troupes de: terre, s'éloigna du rivage traver- fant la Péonie & la Chreftonie au-deflus du fléuve Chidore, qui prenant fa fource dans la Chref- tonie , coule au travers de la -Mygdonie le long du marais qui eft au-deffns de l’Axius. Il ajoûte que les Barbares s'étant campés ça) Reg. L. IL, c. 6. v. 6. Paral, L. TC. 13. V..9. fur les bords du Chidore, ce fleu- ve ne put fournir feul aflez d'eau a tant de monde , & tarit. S'il n’y a point d'hyperbole dans ce fait, nous en conclurions que le Ghi- dore eft un torrent qui cefle quel- quefois de couler, & qui refta à fec juftement dans ce tems-là. M. de l'ffle, dans fon Atlas, met la fource de ce fleuve dans les montagnes de la Bifaltie, où il commençoit à couler vers le nord-oueft à travers la Chrefto= nie; puis fe repliant vers le fud- oueft, il arrofoit, felon le même Géographe, Afforus, Palethre, Apollonie , & Philérus dans la Mygdonie, & fe jettoir enfin dans lAxus , après avoir côt6yé le marais que cet autre fleuve for- moit entre fes deux branches, avant que de fe jetter dans le golfe Thermaique, Les [nter- pretes de Prolémée nomment pré- fentement ce fleuve Calico. CHIEN, Cars, Kve, (c) animal quadrupede, le plus fa- milier de tous les animaux do- meftiques. — . I, Le Chien eft peut-être de tous les animaux, celui qui a le plus d'inftinét , qui s'attache le plus à l'homme, & qui fe prête avec la plus grande docilité à tout ce qu'on exige de lui. Son naturel le porte à chafler les animaux fauvages ; & il y a lieu de croire que h on l’avoit laiffé dans les forêts , fans l'apprivoifer , fes mœurs ne feroient guere difiéren« (c) Plut, T. I, p. 105, 339. Mém. de lPAcad, des Infcript. & Bell. Lerr. (b) Prolem. E. ÎT, c. 13. Hercd. L. | Tom. II. pag. 88, 90. Tom. IX, pag. VIT, ©, 124 , 127. 31, & fui Han de AE a AG EMMA 2 CH ‘tes decelles des loups & des re- nards, auxquels il reflemble beau- coup à l'extérieur , & encore plus à l'intérieur. Mais en l’élevant dans les maifons & en en faifant. un animal domeftique, on l'a mis à portée de montrer toutes {es bonnes qualités. Celles que nons admirons le plus, parce que no- tré amour propre en eft le plus flatté, c'eft la fidélité avec la- quelle un Chien refle attaché à fon maitre ; il le fuit par tout, il le défend de routes fes forcés ; il le cherche opiniâtrément s’il la perdu de vue, & il n’abandonne pas fes traces, qu'il ne l'ait re- trouvé. On en voit fouvent qui. reltent fur. le tombeau de leur maitre , &t qui ne peuvent pas vi- Vre fans lui. Il ÿ à quantité de faits très-furprenans & très-ayé- rés fur la fidélité des Chiens. La Perfonne qui en eft l'objet, ne Pourroit fe défaire de la compa- guie de fon Chien, qu’en le fai- fant mourir ; il fçait la retrouver malgré toutes les précautions quelle peut employer. L’organe de l'odorat; que les Chiens pa- roiffent avoir plus fn & plus par- fait qu'aucun aûtre animal » les ferc merveilleufement dans ces fortes de recherches, & leur fait réconnoître les traces de leur mai- tré dans un chemin , pluñeurs Jours après qu'il y à pañlé; de même qu'ils diftinguent celles d'in cerf, malgré la légereré & la rapidité de fa courfe, quelque Part quil aille, à moins qu'il ne pale dans l’eau ; Où qu'il ne fau- t€ d’un rocher à l’autre , comte On prétend qu'il arrive à quel- CH ques-uns de le faire, pour rompre les Chiens, L'odorat du Chien eft un don de la nature ; mais ; Ua d'au tres qualités qui femblent ve- nir de l'éducation, & qui prou- vent combien il à d'infliné@t, mé- me pour des chofes qui paroiflent être hors de fa portée; c’eft , par exemple, de connoître à la façon dont on le regarde, f on eft irrité contre lui, & d’obéir au fignal d'un fimple coup d'œil , &c. En- fin, linftin@ des Chiens eft f fûr, qu'on leur confie la conduite & la garde de plufieurs autres animaux, Îls les maïtrifent comme fi cet empire leur étoi: dû, &ilsles défendent avec une ardeur & un courage qui leur font affronter les loups les plus terribles. L'homme s’aflocie les Chiens dans Ja pour= faite des bêtes Jes plus féroces ; & même il les commet à Ja garde de fa propre perfonne. es mêmes animaux, qui mon- trent tant de courage, & qui em- ployent tant de rufes quand ils Chaffent, font de la plus grande docilité pour leurs maîtres > & fçavent faire mille gentilleñes , lorfque nous daignons les faire fervir à nos amufemens. Tant & de fi bonnes qualités one, pour ainfi dire , rendu les Chiens di- gnes de la compagnie des hom- mes; ils vivent des reftes de nos. tables ; ils partagent avec nous no$ logemens ; ils nous accompa- gnent lorfque nous en fortons ; Enfin , ïls {çavent plaire au point qu'il y a bien des gens qui en por- tentavec eux, & qui les font cou. cher dans le même lit, A ij (SAS $ Il. Les Grecs & les Romains drefloient leurs Chiens avec foin. - Xénophon n’a pas dédaigné d'en- ‘trer dans quelque détail far la connoïflance & l'éducation de ces animaux. Les Grecs failoient cas des Chiens Indiens, Locriens & Spartiates. Les Romains regar- doient les Molofles comme les plus hardis; les Pannoniens, les Bretons, les Gaulois, les Acar- naniens, &c. cornme les plus vi- goureux ; les Crérois , les Éto- liens, les Tofcans, &c. comme les plus intelligens ; les Belges, les Sicambres comme les plus vites. li eft fait mention d’un peuple d'Éthiopie , gouverné par un Chien, dont on étudioit l'aboie- ment & les mouvemens dans les affaires importantes. Le Chien de Xantippe, pere de Périclès, fut un héros de la race. Son maître s'étant embarqué fans lui pour Sa- Jamine , l'animal fe précipita dans les eaux, &fuivit le vaiffean à la nage. LÉ echemens que quelques- uns ont pour le Chien, va jufqu’à Ja folie. Henri LEE aima les Chiens mieux que fon peuple. » Je me » fouviendrai toujours , dir M. » de Sully , de l'attitude & de » l'attirail bizarre où je trouvai » ce Prince un jonr dans fon ca- » binet. Il avoit épée au côté, » une cape fur les épaules, une » petite toque fur la tête, un pa- » nier plein de petits Chiens pen- » du à fon coup par undarge ru= » ban; & il fe tenoit fi immobi- » le, qu'en nous parlantilnere- » muanitête, nipied, ni main CH | Les Mabométans ont dans leuts bonnes villes des Hôpitaux pour ces animaux; & M. de Tourne- forr aflure qu'on leur laïlle des penfions en mourant, &t quon baye des gens pour exécuter les intentions du teftateur. M, Leïb- nitz a fait meation d'un Chien qui parloit, & l’hiftoire de ces ani- maux fourniroic des anecdotes très-honorables pour l'efpèce. Favin dit que par jugement de Louis XII & en fa préfence, un Chien combattit le meurtrier de {on maître, & en ent la viétoire; que l’hifloire en eft peinte au chà- teau de Moncargis, & que les Gaulois fe fervoient de Chiens à la guerre. Alcibiade avoit un Chien d’une taille extraordinaire & d'une grande beauté, qu'il avoit acheté foixante-dix mines, & il lai fit couper La queue qui étoit jufte- ment ce qu'il avoit de plus beau, Ses amis s’étant mis à le gronder, & à lui dire que tout le monde parloit de cette aétion, & le blä- moit extrêmement d’avoir pâté un fi beau Chien. Woila ce que Je demande ; reprit Alcibiade en en riant ; je veux que les Athéniens s’entretiennent de cela, afin qu'ils ne parlent pas d'autre chofe, & qu'ils ne difent pas pis de mot. Sur {es médailles, le Chien eft le fymbole commun de la fidélité, Il eft far la. médaille d'Uiyfle parce qu'il le fit reconnoïtre à fon retour à Itaque. On le donne à Mercure à caufe de fa vigilance, & de fon induftrie à découvrir ce qu'il cherche. Diane a fes lévriers auprès d'elle. Quand ik eft auprès CH d'unecoquille, & le mufeau bar- bouilié , il marque la ville de Tyr, oùle Chien d Hercule ayant cro- qué le murex, en revint le nez tout empourpré , & fit connoiître cette belle couleur. - IE On immoloit le Chien à Hécate, à Mars & à Mercure. Il étoit en grande vénération en Égypte, & fur tout dans la pré- feéture Cynopolitaine , qui en ui- roit fon nom. Anubis y étoit ado- té fous la forme d'un Chien , te- nant un fiftre Égyptien, où une palme d’une main, & un caducée de l’autre , comme on le voit dans une médaille de Marc-Aurele & de Fauftine. On {çait qu'Anubis avoit un temple à Rome, & que Mundus corrompit les Prêtres pour abufer de Pauline femme de Saturnin , fous le nom d’Anu- bis. Les Prêtres furent chaftés, & le temple fut rafé, Les Mytho- logues s'accordent aflez à recon- noître Mercure fous le nom d’'A- nubis. Le relpe& pour les Chiens paroït fondé fur ce qu'Ofiris & [fis avoient un Chien employé à leur garde, D'autres rapportent qu'a- près que Typhon eut affafliné Ofiris , ce fat un Chien qui garda le cadavre, & qui conduïfit Ifis juiqu'au lieu où le meurtrier l’a- voit caché ; & c'étoit pour faire pafler à la poftérité la mémoire dela fidélité de cet animal, qu'aux cérémonies célébrées à l'honneur d'Ifs, les Chiens marchoient à la tête, : e - Si quelque Chien fe trouvoit CH ss mort dans les maïfons des parti- culiers, tous les domeftiques fe fafoient rafer , & en marquoient leur deuil. É Les Romains facrifioient tous les ans un Chien, parce que cet animal n’avoit pas fait fon devoir, lorfque les Gaulois s’'approcherent du Capitole. (a) IV. Le Chien, dans l'É- criture, eft déclaré impur par la loi, & il eft fort méprifé parmi les Juifs. [ls n’ont rien de plus in- jurieux à dire que de comparer on homme à on Chien mort. Da- : vid, pour faire fentir à Saül que la perfécution injuite qu'il fouf- froit de fa part, ne lui faifoit à lui-même aucun honneur , lui dit : Qui perfécutez -vous , roi d'Ifraël ? Qui perfécutez-vous ? Vous perfécutez un: Chien mort. Lorfque David fit l'honneur à Miphibofeth, de lui donner {a ta- ble , Miphibofeth en le remer- ciant, lui dit: Qui fuis-je, moi votre ferviteur , pour mérirer que vous jettiey les yeux, fur un Chien mort comme moi. Job dit que dans fa difprace il étoit infulté par de jeunes gens, aux peres defquels il n'aurait pas daigtié auparavant confier le foin des Chiens qui gar- doientc fes troupeaux. Le nom de Chien fe met quel- quefois pour un homme qui a perdu toute pudeur ; pour un homme qui fe proflitue par une ation abominable; car, c’eft ainf que plufieurs entendent la défenfe que fait Moïfe en ces termes : (a) Deuter, c. 23. v. 18, Reg. L.I, 126. v. 11. Ecclefiaftic. c. 13, v. 32. ad Ce 24 Va 15. L, If, c, 9. v. 8. Job. c. 30.{ Philipp. Epift. c. 3. v. 2. Petr. Epiit, Ve, Pfalm, 21, v, 17, 21, Prover, c. fc, 2. v, 22, Apocalyp. c22, v. 154 À iij 6 CH Vous n'offrirez point dans la mai- fon du Seigneur votre Dieu , la récompenfe de la proflituée ; ni le prix du Chien , quelque vœu que VOUS ayez fait, parce que l’un & l'autre efl abominable devant le Seigneur votre Dieu. C'eft dans le même fens que l’on entend ce que dit l'Eccléfiafti. que : Quelle paix y a-t-il entre l’hyene € la chienne, c’eft-à-dire,: entre l’homme faint & le méchant qui a l'impudence du Chien. On lit dans l'Apocalypfe : Qu'on laiffe dehors les Chiens, les empoifonneurs , les fornica- teurs , les homicides € les idol4- tres , 6: quiconque aime € fait le menfonge. Saint Paul donne le nom de Chien aux faux Apôtres, À caufe de leur impudence & de leur avidité pour le gain fordide. En- fin ,; Salomon & Saint Pierre comparent les pécheurs qui re- tombent toujours dans leurs cri- mes, aux Chiens qui retournent à Jeur vomiffement. David com- pare aufli fes ennemis à des Chiens, qui ne cefloient d’aboyer contre lui, par léurs médifances & de le mordre par leurs perfé- cutions & leurs mauvais traite- mens. Onne voit pas que les Hébreux fe ferviflent de Chiens pour la chafle. Le gibier, qui auroit été tué par‘un Chien, auroit été fouil- lé, & ils n’auroient pu en faire ufage. [Il n’eft fait aucune mention de Chiens quand il eft parlé de chafle ; ni aucune mention de chafle quand il eff parlé de Chiens. Dans l'Orient , on fe fer- DE CH voit plutôt de lions , où de quel= . ques autres animaux femblables, qu’un cavaliér portoit en croupe , ou devant lui à cheval ; & lorf- qu'il appercevoit le gibier , il Ôtoic une efpège de bourlet que l'animal avoit fur les yeux ; & dès que celui-ci appercevoit fa proie , il fe jettoit deflus avec une très-grande apilité. On ne vou- droit pas cependant nier que les Juifs ne fe ferviflent de Chiens , pourvu qu'ils lès empéchaflent de tuer Îles animaux qu'ils pourfui- voient; car, le Chien ne fouille pas, tant qu'il eft en vie. : CHIENS DE CHASSE, Voyez Chaffe. CHIFFRE, caradtère, dont on fe fert pour défigner les nombres. Les anciens peuples fe font fervis de différens Chiffres. Les feuls en ufage aujourd'hui , du moins en Europe & dans une grande partie de laterre, font les Chiffres Ara- bes au nombre de dix, dont le zéro [o] fait le dixième, Le zéro s’éft appellé pendant quelque tems du nom de Chiffre, Cyphra; en- forte que ce nom lui étoit parti- culier. Aujourd’hui on donne le nom de Chiffre à tous les carac= ‘| tères fervant à exprimer des nom- brès ; & quelques Auteurs refu- fent même le nom de Chiffre au zéro, parce qu'il n'exprime point de nombre ,-mais fert feulemenc à en changer la valeur. I. On doit regarder l’inven- tion des Chiffres comme une des plus utiles , & qui font le plus : d'honneur à l’efprit humain, Cette invention eft digne d'être mife à côté de celle des lettres de l'al- 7 ES: phabet. Rien n'eft plus admirable que d'exprimer avéc un petit nombre de caraétères toutes for- tes de nombres & toutes forces de mots. Au refte, on auroit pu prendre plus ou moins de dix Chiffres ; & ce n'eft pas précifé- ment dans cette idée que confifte le mérite de l'invention , quoique le nombre de dix Chiffres {oit affez commode. Le mérite :de invention confifte dans l'idée qu'on a eue de varier la valeur: d’un Chiffre en le mettant à dif- férentes places; & d'inventer un caraétère zéro , qui fe trouvant après un Chiffre, en augmente la valeur d'une dizaine. L'on fe fert des Chiffres Ara- ” bes en Arithmétique, en Algé- bre, en Frigonométrie & en Al ttonomie, Les Arabes reconnoif- fent qu'ils ont reçu ces caractères des Indiens, & ils les appellent - figures Indiennes. On a commen- cé à compter par ces figures du tems des Sarrazins ; &t on croit que Planude, qui vivoit fur la fin du XIIe. fiecle, eft le premier des Chrétiens qui { foit fervi de ces Chiffres. Alphonfe X , roi de Cañille s’en étoit fervi avant lui pour conftruire fes tables Aftro- nomiques. Les Chiffres Arabes , comme nous l'avons déjà dit, font au nombre de dix; ou bien ils-for-. ment dix figures. Les voici, 0. 7. 2, 3,4. 5. 6.7, 8.9, Le zéro par lui-même ne fgnifñe rien. Les figures fuivantes marquent de fui- te depuis un jufqu’à neuf. Quand elles font plufieurs accouplées en- femble, la première eft celle qui CH 2 eft à droite, & en remontant de droite à gauche , elles croiflent toujours de dix ; de forte que la première en ce fens ne marque que des unités , la feconde des _ dixaines , la troifième des centai- nes, la quatrième des milles, la feptième des millions , & ainfñi des autres. Le Chiffre Romain n’avoit or- dinairement que cinq figures , que voici, L V. X. L.C. La premiè- re figure fignifioit un ; & multi pliée jufqu'à quatre, elle faifoit IE, deux ; IL, trois; IT, qua- tre. La feconde valoit cinq. Avec. les I ; elle formoit les nombres juiqu'à dix; VI, fx; VIE, fept; : VITE, huit; VIT, neuf. La troi- fième faifoit dix ; & en y ajoû- tant les précédentes, elle formoit Jes nombres jufqu’a vingt. Pour marquer vinge, on la doubloit XX; pourtrente on la triploit XXX; & pour quarante on la répétoit quatre fois XXXX. La quatrième figure L , valoir cin- quante; & en y ajoûrant les pré- cédentes LX, LXX, &c. on en formoir tous les sombres jufqu’a cent, qui s’exprimoit par le C, qui eft la dernière figure, Quand elle étoit double CC, elle figni- fioit deux cens; triple CCC, trois cens , €@c. pour marquer cinq cens on accouploit FT & le CG renverfé en cette manière 19; & pour exprimer mille, on ajoûtoit un C avant l'I de cette forte C19. on l’exprimoit auffi par une M; & par la fuite on fit de 19 en les. joignant un D, pour fignifier cinq cens. ; On trouva aufh dans la fuite À iv 8 CF des abréviations , qui confftent en ce que une de ces figures mife avant une autre, figniñe le nom- bre de la feconde , moins celui de la première ; par exemple IV f- gnifie cinq moinsun, c’eit-à-dire, quatre. [X, dix moins un, c'eft- à-dire , neuf. XIIX, vingt moins deux , c'efl-à- dire, dix-huit. XIX, vingt moins un, c'eft-à- dire , dix-neuf, XL , cinquante moins dix, c’eft-a-dire, quarante, XC , cent moins dix, c'eft-à-dire, quatre-vingt-dix. On prétend que ces abréviations font récentes, & qu'elles ne fe trouvent point fur les monumens bien antiques. L'origine du Chiffre Romain vient de ce qu'on a compté d’a- bord par les doigts ; de forte que pour marquer les quatre premiers nombres , on s’eft fervi de [, qui les repréfente ; & pour le cinquiè- me , on s’eft fervi d’un V ; re- préfenté en baïflant les doigts du - milieu, & en montrant fimple- ment le pouce avec le petit doigt ; & pour le dixième de X, qui eft un double V, dont il y en a un renverfé, @& mis au-deflous de . l'autre, De-là vient que la pro- greflion dans ces nombres eft tou- jours d'un à cinq, puis de cinq à dix. Le cent fut marqué par fa capitale C, Depuis, ou en cor- rompant les figures, ou pour la commodité des Ecrivains , l’on a ajoûté deux Chiffres Romains, le D, qui vant cinq cens, & PM, qui vaut mille, parce qu'elle a beaucoup de rapport à lM Go- thique. Aïnfi, il y a préfentement fept lettres qui fervent à cette for- te de nombre, M. Huet eft perfuadé que nos Chiffres ordinaires, ou Arabes; ont été formés fur les lettres . Grecques. Suivant fon fentiment le B a fervi à former le 2 ; du y on a formé le 3 ; du A, le 4; de Fe. les; dur,le6;duZz,le7; de l'H, le 8; du 8, le 9. Dom Calmet prétend que ce ne font que les notes de Tiron. Toute leur preuve eft la reflemblance qu'ils croyent appercevoif , l’un entre ces Chiffres & les lectres Grecques ; & l’autre entre ces mêmes Chiffres & les notes de Tiron. Mais , une marque que nos Chiffres font de linvention des Orientaux , c'eft, comme l’a ob- fervé Valle, qu'on les fuppute de droite à gauche , qui eft la manière de lire de plufeurs. Orientaux. Il: Chiffre fe dit aufli de cer- tains caraltères inconnus, dépui- {és & variés, dont on fe fert pour écrire des lettres qui contiennent quelque fecret , & qui ne peuvent être entendus que par ceux qui font d'intelligence , & qui {ont convenus enfemble de fe fervir de ces cara@tères. On en a fait une fcience qu’on appelle Poly- graphie ou Stéganographie, c’eft- a-dire, écriture diverffiée & obf- cute, laquelle a été inconnue aux Anciens. De la Guilletière, dans un livre intitulé , Zacédemone ancienne & nouvelle , prétend.que les anciens Lacédémoniens ont été les inventeurs de l’art d'écrire en Chifire, La fcytale qu’ils in- venterent , fut, felon lui, l'é- bauche de cet arr myftérieux. C'étoient deux rouleaux de bois He be LEE) GE d'une longueur & d’une épaifleur égale, Les Éphores en gardoient un, & l’autre étoit pour le géné- ral d’armée-qui marchoit contre l'ennemi. Chaque fois que ces Mapgiftrats lui vouloient envoyer des ordres qui fuffenc fecrets, ils prenoient une bande de parche- min étroite & longue , qu'ils rou- loient avec juftefle au tour de la fcytale qu'ils s’étoient réfervée. Ils écrivoient en cer état leur inten- tion, qui paroïifloit dans un fens parfait & fuivi, tant que la bande de parchemin étoit appliquée fur le rouleau. Mais, dès qu'on la développoit, l'écriture étoit tron- quéé , & les mots fans liaïfon. Leur général pouvoit y trouver de la fuite & du fens , en ajoûtant la bande fur la fcytale, où rou- Jeau femblable qu'il avoir, & en lui donnant la même afhette, où les Éphores l’avoient mife, Polybe raconte qu'Énéas, fur- nommé Taéticus, ramafla, il y a environ deux mille ans, vingt manières différentes qu’il avoic in- ventées en partie , & dont on s’étoit fervi jufqu'alors, pour pou- Voir écrire d'une manière où il n'y eût que celui qui en fçavoit le fecret, qui y pût comprendre quelque chofe. Ainf, Trithême n'eft point l'inventeur de l’art d'écrire en Chiffre, ni même Énéas Ta@ticus. Trithême, & de- puis Jean-Baptifté Porta, en ont écrit fort fcavamment. Vigenere & le P. Niceron en ont auf “échite CHI-KING [ Le}, (2) eft un et livre de poëfe Chinoife. Ce livre étoit un des ouvrages dont Con-. Æucius faifoir le plus de cas, Dans les livres qui nous reftent de lui & de fes difciples, onle cite fou- vent, & toujours avec de très- grands éloges. On donne ce nom de Chi-king à un recueil de «rois cens cinquante odes ou cantiques qui fe chantoient dans les facrif- ces & dans les afflemblées publi- ques , foit à la cour des Empe- reurs , foit dans les provinces, Lu-ffé-Colao ou premier miniftre fous les Tchéou , avoit publié une ample compilation de ces cantiques , parmi lefquels Confu- cius en choifit trois cens cinquan- te, quil crut les plus propres à porter les hommes à la-vertu & à les inftruire de leurs devoirs. Ce recueil eft de quelque importan- ce pour la Chronologie, en ce qu'il nous a confervé la date pré- cife d’une écliple de Soleil, que le calcul aftronomique confirme pleinement ; mais, ce n’eft pas ici le lieu de parler d’un objet de cètte nature. Ce livre fut enveloppé dans l'incendie général fous Chihoanp- ti: on le crut totalement perdu au commencement des Hane; & pour y fuppléer, on forma diffé- rens recueils des cantiques con- fervés dans les provinces. Le Lou- chi ou recueil des cantiques du royaume de Lou, a été publié par Kiéou-Léou-pé, & com- menté par Chine-Cong. Le re- cueil des cantiques du royaume de ‘Efi fat publié par Yene-cou- Ca) Méra, de PAcad, des Infcript. & Bell, Lert, Tom, XV. pag: 5385 539 Yo CH feng ,. & celui du royaume de Yene le fut par Hane-yu. Cependant , il s’étoit confervé un exemplaire de l’ancien Chi- Eing , celui de Se-hia difciple de Confucius. La tradition nous a tranfmis les noms de ceux par les mains defquels il avoit paflé avant que de tomber dans celles de Mao-kane fon feptième poflef- fur, qui y ajoûta des notes. Il ÿ avoit déjà une préface , qui étoit l'ouvrage de Se-hia lui-mé- me. Mao-tchang petit-fils de Mao-kane , & célebre par fon talent pour la verfification, revit avec foin toutes lesodes, & mitun court argument à la tête de cha- cune , pour en indiquer le fujet É’exemplaire de Mao -tchang fut préfenté à l’empereur Vou-t a onzième année de fon regne, Fan 130 avant l'Ére Chrétienne. C'eft fur cet exemplaire :qu'ont été faites les copies du Chi-king ; & c'eft par cette raifon que dans Pédition authentique du Che-fane. king , ïl porte le titre de Mao- chi , les odes de Mao ; ce Chi- king fit bientôt oublier le Lou- chi & le Yene-chi. M. Fréret aflure qu'on lui avoit écrit de Pé-king, qu'un Miffionaire avoit fait une tradu@tion du Chi-king, qu'il comptoit publier avec des notes ; & quil étoit aétuellement occupé à la retoucher , ne vou- lant la laïfler paroiïtre que lorfqu'il Jui auroit donné toute la perfec- tion dont il fe croyoit capable. CHILEUS > Chileus, Xnevs s {z) Arcadien, qui, à ce que l’on (a) Plut, T, L p. 114. CF prétend , aida Thémiftocle à af- foupir les guerres inteftines des Grecs. : CHILIARQUE,, Chiliarchus, () nom d’un officier à la Cour de Perfe. Chiliarque, felon la force du mot Grec , fignifie un capitai- ne de mille hommes ; c’éroit le nom de plufieurs emplois fort différens chez les Perfes. Le Chi- liarque, dans la guerre, éroit un emploi qui répondoit à nos colo- nels felon Hérodote. Xénophon, dans le huitième livre de fa Cy- ropédie, donne ce nom à ceux qui cemmandoient les troupes deftinées à défendre les provin- ces ; c’eft ce que nous appellons Commandans. Il y avoit auffi un Chiliarque dans le palais, & c’eft de cer ofhicier que parle Cornélius Nepos dans la vie de Conon. Une de {es fonétions étoit d'introduire au- près du Roi les perfonnes , qu'il vouloit bien admettre à fon au- dience. Cornélius Népos n’eft pas le feul qui le dife. Élien nous ap- prend la même chofe dans fon hiftoire diverfe. Plutarque le dit auffi dans la vie de Thémiftocle, & nous donne à entendre que ce Chiliarque du palais étoit le ca- pitaine des gardes , puifqu’il nom- me Chiliarque, Artaban, que Dio- dore de Sicile nomme capitaine : des gardes. C'étoit le prèmier Of- cier de la couronne, il avoit la furintendance de toute la maifon du Roi, & il paroïit que fon auto- rité étoit à peu près telle qu'a été x (&) Corn. Nep.in Conon, c, 3. 7 CS depuis celle des Préfets du prétoire à Rome, & en France celle des Maires du palais, qui difpofoient de toutes.les charges de la cour, êt avoient connotflance de toutes les affaires de l'État. Selon toutes les relations de Perfe , 1l y a enco- re dans le palais des rois de Perfe un officier de grande confidéra- tion , qui commande à mille par- des du dedans du palais, & à deux mille gardes du corps qui accom- pagnent le Roï quand il fort. Les relations marquent aufhi que la fonétion de ce grand oflicier eft d'introduire à l'audience du Roi. CHILIOMBE,, CAiliombe , (a) terme, qui veut dire facrifice de mille bêtes. Il y a apparence k . qu'on a facriñé rarement tant -de- victimes à la fois. Un tel facri- fice fouvent répété confomme- roit bien des animaux. CHILMINAR ; ou , comme prononcent les Voyageurs, chel- minar. C’eft le nom que l’on don- ne aux plus belles & aux plus magnifiques ruines qui nous ref- tent de l’antiquiré ; ce font celles en partie de ce fameux palais de Perfépolis , auquel Alexandre étant ivre mit le feu par complai- fance pour la courtifanne Thaïs. Les Voÿageurs & les Hiftoriens ont donné des defcriptions fort circonftanciées des Chilminar, entr'autres , Gratias de Silva, Fi- groa , Piecro Della Valle, Char- din & le Brun. Voici en abrégé ce que c’eft que les Chilminar. On voit les reftes de près de quatre-vingts colonnes dont les (a) Antiq. expl. par D, Bern. de Montf, Tom: IT, p+ 205« GE —- It fragmens ont au moins fix pieds de haut; mais, il ny en a que dix-neuf qu'on puifle dire entiè- res, avec une autre toute feule éloignée des autres d'environ cent cinquante pas. Une roche-de mar- bre noir fort dur fervoit de fonde- ment à cet édifice. Quatre-vingt- quinze marches portent au pre- mier plan du palais; elles font taillées dans le roc. L'entrée du palais a environ vingt pieds de large ; d’un côté eft la figure d’un éléphant , & de l’autre celle d'un rhinocéros haut de trente pieds , & tous deux d’un marbre luifant. Proche ces animaux il y a deux colonnes, & pas loin de-là la f- gure d’un Pégafe. Après avoit paflé cette entrée, on rencontre quantité de fragmens de colonnes de marbre blanc, dont les reftes font voir la magnificence de l’ou- vrage. Les moindres de ces co- lonnes ont quinze coudées de baut , les plus grandes en ont dix- huit ; elles ont quarante cannelu- res larges chacune de trois grands pouces ; d'où l’on-peut juger de toute leur groffeur & des autres proportions. Affez proche de l'en- trée, on voit une Enfcription gra- vée fur un carreau de marbre noir, uni comme une glace; elle a environ douze lignes ; les let- tres font d’une figure. éxtraordi- maire ; elles reflemblent à des triangles où à des pyramides. £ Ïl.y a encore beaucoup d’au- tres Infcriptions , en caraétères tout différens de ceux qui font formés en triangles ; quelques-uns 18 CH €t pour l'époque du prémier re- gnee. Les Écrivains poflérieurs ont allongé la durée de ces deux re- nes; Hoang-fou-mi en 266 de J. C. la fit de 230 ans; l'auteur du Taï-ping-yu-lané en 976 Ja fuppofa aufli de 250 ans; & Sfe- ma-couang en 1086 de 250 ans; enfin, le Fong-kiene, adopyant la chronologie du Kine-lu-fiang, fait cette même durée de 255$ ans; ce qui feroit remonter l’époque à Fan 2710 ans avant J. C., le Tong-kKiene marque deux repnes pendant 102 ans entre Hoang-ti & Chine-noung. D’autres Chro- nologiftes en inferent un plus grand nombre entre Fo-hi & Hoang-ti ; mais, cela eft contrai- re à Cas & à Tfo-kieou- mins, & n'eft fondé que fur Îes traditions fabuleufes des Tao-ffé, En donnant aux deux reones de Fo-hi & d'Hoang-ti 184 ans de durée, où femontéra comme on l'a dit à lan 2639 avant J, C. Javoue, dir M. Fréret, que j'a peine à digérer la longue durée de ces deux regnes ; aufh les deux anciens Ecrivains Chinois qui en ont parlé , n'ont-ils pas fémblé dignes de foi à Sfé-ma-tfene, quin'a fair aucun ufage de leur témoignage. = Quoique le nom de ces deux Princes fe trouve dans Confucius &: dans le commentaire de T{o- ki-eou-ming furie Tchune-tféon, le filence que garde à leur fujet la chronique du Tfou-chon , fait penfer que de fon tems on igno+ soit la durée de leur regne, Sfé- gartfene obierve même que le Ë ke CH Changechou où l’ancienne compi« lation hiftorique abrégée par Con: fucius, commeñçoit à Lo êc pe contenoit rien des regnes an- térieurs. Aïnfi, le parti le plus raifonnable eft de regarder com-. me indéterminée & comme in-. connue la durée des tems anté- rieurs à Hoang-ti ou à lan 2455. avant J. C. La conciliarion de la chrono- logie Chinoïfe avec celle de l’'É-. criture , eft le point le plus im=. portant de cet article, parce que les livres de Moïfe, même en faifant abftraétion du refpeët que. nous infpire pour eux la religion, font ce que nous connoïiflons de | plus authentique & de plus an-. cien ; mais , il faut prendre garde en examinant ce point, de con-. fondre avec l'Écriure les divers . fyAêèmes , imaginés par les Crii- ques pour en déterminer la chro- nolosie. Ces fyflêémes, qui font. la plèpart oppofés les uns aux autres, ne font que des opinions patticulières qu'il a toujours été. “Jibre aux Critiques d'examiner &. de combattre. Ainfñ, M. Fréret à montré 1.9 que la vocation d'Abraham de-. voit être marquée au plus tard à. Pan 2r35 avant J.C, & au plu tôt à l'an 2765; 2.° que l'inter-… -valle entre la naïflance de Phaleg & celle d'Abraham varioit dans les différens manuferits de l'Écri. ture ; 3.9 que le manufcrit des. Mafloréthes, fur lequel a éré far. te la Verfion de la Vulsate, ne Jui donnoit que 526 ans; enferte que la naïflance de Phaleg , mare. quée par l'Écriture comme l'épo= : SL. _ Mafloréihes , prentent le parti PSE C H que de la difperfon des penples, feroit au plutôt de Jan 2526 avant J, C.;-4,9 que celui des Samaritains donne 541 ans à ce méme intervalle ; ce qui fait re- monter l'époque de la difperfion à l'an2771 ; 5.0 enfin que le ma- Dufcrit fur lequel la Verfon des Septante avoit été faite, donne, fuivantles copies de cette Verfon, vues par Jules Africain & par Eufebe, 661 ans à cet intervalle; ce quiremonte à lan 2801, La naïffance de Phaleg ou la difperfon, précede donc le com= Mencement d'Hoang-ti de 71 ans feion le manufcrit des Mafloréthes,. de 316 ans fuivant le manufcrit Samaritain, & de 436 ans fuivant celui des Septante. De la naiïffan- ce de Phaleg au Déluge, les Mal. foréthes comptent 109 ans: donc le Déluge feroit de 2725, feule- ment; les Samaritains marquent 499 ans, ce qui fait remonter le Déluge à l'an 3270 avant J. C. Enfin tous les exemplaires des Septante donnent 629 ans à ce même intervalle , ce qui remonte à l'an 3520 & précede le com- mencement d'Hoang-ti de 106$ ‘ans. La varièté de ces différens ma- nufcrits, tous égalementautorifés, nous laide la liberté du choix ; & il nous ef permis de préférer ce- “Jüi qui facilite davantage la conci- lation de 1 chronologie des hif- toires profanes avec celle de l'É- criture, Cette conciliation eft beau Coup plus importante que ne le Croÿent ceux qi, par un refpeét mal entendu pour le texte des CH 19 de rejetter toutes celles des tra- . ditions hifloriques , qu'ils ne peu vent ajuiter avec leur gie, +. Les Critiques qui raifonnent ainf, oublient qu'ils ne pouvoient démontrer aux efprits forts & aux infideles la certitude des traditions Hébraïques, qu'en pofant pour premier principe de critique, qu'il faut en croire une nation fur fa propre hiftoire , lorfque cette hif- toire eft fuivie & liée dañis fes. différentes parties, lorfqn’elle ne contient que des faits admis com me véritables par tonte la nation, & lorfque cette perfuafon ‘eft appuyée fur des monumens d'hbne certaine antiquité, En rejettant des hifloires profanes qni ont de femblables caraltères | n'efl-ce pas détruire le principe même far lequel on fe fonde ? À quel moyen les Théoiogiens auront-ils recours pour détruire les objetions de Ceux-qui ne regardent pas la Bible comme un livre rev&u d'une aus torité divine, & qui ait été écrit par des hommes infpirés? Alé- gueront-ils, comme une excep- chronolo- -tion en faveur des Juifs, leur at tachement à la religion, aux loix & aux coûtumes anciennes ? Mais : ce même attachement avoit lier chez les autres nations , & les Chinois le peuvent difputer aux Le Juifs, eux , dont la monarchie fubfifte depuis 4000 ans avec la même forme de gouvernement, les mêmes loix & les mêmes ufa- ges ; eux qui ont toujours été une nation ftudieufe, qui font le plus grand cas des lettres ,.& qui con- - lervent jufqu'au moindre fragment Bi 20 CH de leurs anciens livres avec un foin qui va jufqu'à la fuperftition, & qui depuis 2000 ans fait une des principales attentions du gou- Vernement - La plûüpart de nos Théologiens, en écrivant fur ces matières, rai- fonnent comme fi les adverfaires ‘dont ils entreprennent de réfuter les opinions, avoient les mêmes opinions qu'eux fur ce qui fait le fond de la difpute, & ils ne pen- fent Pas que les principes qu'ils leur oppofent pour les obliger de recevoir les traditions hiftoriques des Juifs, & de rejetter celles des autres nations , ne font pas admis par” ceux qu'ils combattent. Une des premicres regles de la eriti- que , eft de n'employer que des principes communs aux deux par- tis , fur tout que ceux que nous attaquons,ne puiffent pas fe {ervir contre nous des principes d'où nous partons. C'eft par cette rai- fon, jointe à plufieurs autres, que M. Fréret s’eft attaché à éclaircir & à difcuter l’ancienne chronologie des nations profanes, Etil a reconnu, par cette étude, qu’en féparant les traditions véri-= tablement hiftoriques, anciennes, fuivies & liées les unes aux au- tres, & atteflées où même fondées fur des monumens reçus comme authentiques , qu'en les féparant, dis-je, de toutes celles qui font manifeftement faufles, fabulenfes ou même nouvelles , le commen- cement de tonces {es nations , même celles dont on fait remonter le plus haut l'origine, fe trou- vera toujours d'un tems où la vraie chronologie de l'Écriture L CH montre que la terre étoit peupléé depuis plufeurs fiecles. Il appelle la vraie chronologie celle des Sep- tante & celle des Samaritains; car, pour celle du manufcrit des Mafloréthes , qui donne lieu à des difficultés & à des embarras, dont les Commentateurs n'ont encore pu fe tirer, il avoue qu'il n'a pu la regarder que comme une Chro- nolopie tronquée & altérée, com- me l'ont prouvé Voflius, le P. Pezron , le P. Tournemine, & plufieurs autres critiques Catho- liques & Proteftans. | Admettant, avec le manufcrit des Septante, fuivi par Eufebe, 1069 ans entre le Déluge & le commencement duresned Hoang: tien 2455 , ce regne fera pofté- rieur de 436 ans à la naïflance de Phaleg, où l’Écriture marque la difperfion des peuples, &c la for- mation des fociétés politiques où des différens États particuliers. Ce tems fera fufifant pour conduire des colonies à la Chine, pour fai- re multiplier ces colonies , & pour qu’elles aient commencé à fe policer. Les défenfeurs de la chronolo- gie du manufcrit des Mafloréthes font obligés de fuppofer que l’in- tervalle des 314 ans écoulés de- puis la naiffance de Phaleo jufqn'à la vocation d'Abraham, avoit été fefifant pour remplir d'habitans, la terre qui étoit alors partagée entre plufeurs nations , qui for- moienc des États policés ; qui avoient des loix & des culres dif- férens, qui connoiïfloient plufieurs arts, qui batifloient des villes, en un mot qui étoient en général à ad ee Hé CAL NE AS AU 2 EE de 1100 dure 22 2 CR CH peu près au même état où elles font aujourd'hui. Ce qu'on eft -obligé de fuppofer s'être fait en 314 ans , a pu fe faire en 436 ans, que nous comptons entre - Phaleg & Hoang-ti. Rien ne nous oblige de fuppofer qu’au tems d'Hoang-ti en 2455, la Chine fût déjà au même état où la Chaldée . & l'Égypte fe trouvoient , trois fiècles après en 2155 ou au tems de la vocation d'Abraham. Ces deux païs, plus voifins que la Chi- ne de la terre de Sennaar ou du premier féjour des enfans de Noë, devoient avoir reçu leurs premiers habitans beaucoup plnrôt, & ces colonies avoient eu plus de tems pour fe policer. C'eft par cette raifon que l'hiftoire des Éeyp- tiens & des Chaldéens remonte plus haut que celle des Chinois, ETAT Îdée générale des principales révo- * lutions arrivées dans l'Empire des Chinois. La Chine fe poliça d’abord dans {a partie feptentrionale & au nord de la rivière Jaune ou du Hoang- ho. Il eftfñr, par le témoignage de Confucins & d'un autre Écri- vain du même tems , que ce pais ‘a eu au moins fix Roïs avant Yao ; mais, on ne connoït guere que le nom de ces Princes, & le peu que l’on fçait du détail de leur hifioire , eft abfolument défiguré par les fables dont il eft rempli. C'eft proprement au regne de Yao, que l’hiftoire de la Chine commence à être connue avec certitude , puifque la connoïffance en étoit fondée fur des écrits & CH 2£ fur des monumens que les plus anciens & les plus habiles Écri- vains Chinois fe font toujours ac- cordés à regarder comme étant du tems même de Yao & de fe fucceffeurs. Le païs foumis à Yao, à Chune & à Yu, qui regnerent après lui, s'étendoit au nord & au fud du fleuve Hoang, On voit encore dans le Chou-king compilé par Confucius far les anciennes Anna- les authentiques, une relation des travaux entrepris & exécutés, du tems même de Yao, foit pour deflécher les pais inondés par. les débordemens de ce fleuve & par ceux du Kiang , foit pour pré. venir de pareils débordemens à l'avenir. Cette relation contient un détail géographique du cours de ces fleuves & de celui des ri- vières dont ils reçoivent les eaux, de la fituation des montagnes &@e de la direétion des canaux creufés dans ces montagnes, foit pour changer le cours de ces rivières, foit pour donner de l'écoulement à leurs eaux lors des déborde- mens. On y voit aufli une defcrip. tion aflez exaéte des limites des neuf provinces où gouvernemens dans lefquels étoit partagé l’em- pire de Yao. Le chapitre du Chou king, où cette relation fe trouve, a - toujours paflé pour être du tems même de Yu conduéteur de tous ces ouvrages, c'eit-a-dire, pour avoir été écrit vers l’an 200q avant l’Ére Chrétienne ; & le dé. tail qu'il rapporte , eft circonftan- cié de façon qu'il a été facile au P. de Mailla de reconnoître tous les lieux qui ont changé de nom il} 2 CH * aujourd'hui, & d'en drefler une carte pour fa traduétion dés Anna- les de l’hiftoire Chinoife. Il affu- te que dans les voyages qu'il a faits dans ces mêmes endroits ; .€n travaillant à la carte générale € nous permet pas de douter de la Chine, il s’eft fouvent arré- té à admirer la hardiefle & la fo- lidité de ces-anciens ouvrages qui fübffient encore depuis près de quatre mille ans. Ce même cha- ire du Chou-king contient auf un détail des différens tributs-que paÿoient les neuf provinces à l’empereur Yao ; &-ce détail ne que les arts ne fuflent dès-lors portés à un grand point de perfection. On voic parmi ces tributs payés en efpèces , des étoffes de foie teintes, rayées où brochées, dés “peaux pañlées, des fourrures de tout genre, des pierres dures tail- lées, des jafpes , des agathes , des marbres précieux, Êrc. - Les provinces fituées au midi du Kiang f c'eft le fleuve qui cou- lant de l'oueft à left, fépare a Chine en deux parties , & va fe jetter dans la mer au-deffous de Nane-king ] reçurent peu à peu les loix & les mœurs Chinoiles : & l'Empire de la Chine acquit bientôt l'étendue qu'il a encore aujourd'hui. Chune , affocié à l'empire par Yao, lui foccéda: & à fon exemple, préférant Vu {és propres enfans, il l’affocia à la fouveraine puiffance & lui laiffa auff l'Empire. Après la mort de Vu, la cou- ronne devint héréditaire dans fa famille, Elle fubffta pendant qua- tre cens trente ans, fous dix-fept = CC — Empereurs, qui ne font cepen- dant que quatorze générations, à caufe des fucceffions collatérales, Certe famille porte le nom de Hia. Les derniers Empereurs de Hia ayant aliéné les peuples par leur gouvernement injufte & vio- lent, les provinces fe révolterent & mirent fur le trône Tching- tang , roi tributaire dé Chang, & defcendu d'Hoang-ti. Cette feconde Dynañie porta d’abord lé nom de Chang, & en- fuite celui de Îne; elle fubfffa. pendant plus de cinq cens ans fous trente Emperevrs , qui ne font que dix-feptgénérations. Les mêmes raifons qui avoient fait élever cette famille fur le trône, fervirent à l'en faire defcendre. Les provinces irritées par la ty- rannié de Tchéon où Ti-fine Écar on lui donnerces deux noms] fe révolterent, & mirent à leur tête Ouene-ouang , roi tributaire dé Fchéon, dans le Chene-f, & defcendu d'un des prédéceffeurs de Yao. Son fils Ou-ouang ayant totalement détruit le parti de Chang , prit le titre d'Empereur, &x fonda une nouvelle famille qui porta le nom de Tchéou , titre du royaume particulier des ancêtres de Ou-ovang. Cette famille fub- fifa plus long-tems que les pré- cédentes ; & ayant commencé de repner vers l'an 1110 avant l'Ére Chrétienne, elle ne ne ceffa que Van 265 avant la même Ére. La facilité, que Ou-ouang avoit eue d'ériger des royaumes tribu taires, ayant été imitée par fes fucceffeurs, ces royaumes fe mul. tiplierent tellement, que les Em= Rd nt>tr ve A dédié CH pereurs dépouillés de leurs do- maines, fe trouverent hors d’état de fe faire obéir par des vaflaux qui étoient devenus beaucoup plus puiffans qu'eux. Ils conferverent : cependant le titre & quelques- unes des prérogatives de la digni- té Impériale, tant que l'égalité fe maintint entre les Rois tributaires; mais , lorfque les princes du pais . de Tfne dans la partie occidenta- le du Cheneñ, eurent détruit ou foumis la plus grande partie des autres royaumes , ils prirent le titre d'Empereurs,auquel Tchéou: kiong, le dernier des defcendans - de Ou-ouang ; renonça volontai- rementl’an 25e avant J.C. La nouvelle D'ynaftie de Tfine he fubffta pas long-tems; Chi- hoang=-ti qui la fonda , repna trente-fept ans. Îl éteignit tous les royaumes tributaires, & laifla un monument de fa puiffance, qui étonne encore tous ceux qui le voyent ; c’eft cette fameufe muraille qui fépare la Chine de tous les peuples qui l'entourent. Mais , ce Prince * peut-être en= core plus connu à la Chine par fa haine contre les lettres & contre tous les anciens livres d'hiftoire , de morale & de jurifprudence, qu'il vint à bout de fupprimer Prefque entièrement; c’eft un évé- nement dont nous aurons lieu de parler plus au long dans la fuite. Six ans après fa mort fa Dynaftie faut éteinte. Léon-pang , foldat de fortune, qui s'éroit mis à la tête des ré- _voltés, monta fur le trône lan 206 avant J.C. ; & ayant pris le nom de Cao-tfou , 1l établit la Ci ‘Dynatie de Hane, qui fubffta pendant quatre cèns foixante-dix ans fous trois branches différentes. Les Tfine, dont le nom s'écrit & fe prononce différemment de celui des premiers Tfine, faccé- derent aux Hane en 265 de I, C., & occuperent le trône pen- dant cent cinquante - cinq ans ; mais, ils ne furent d’abord mai= tres que d’une partie de l'Empire. La Chine fe trouvoit alors parta- gée entre trois Sonyerains, CEUX de Tfne, ceux de Ouey dans les provinces feptentrionales, & ceux de Ou an fud du Hoans-ho. Ces Ouey étoient Tartares d'origine; leurs Rois prenoient le titre d'Em- pereurs ; mais , ils nont jamais été reconnus pour tels dans le refte de l'Empire. Aux Tfine fuc- céderent les Soung pendant cin- quante-neuf ans, les: Tf pendant vingt-trois ans, les Léang pendant cinquante-cinq ans , les Tchine pendant trente-trois ans; & enfin les Soui, qui furent maitres de toute la Chine pendant vingt-neuf ans; mais, après avoir déjà re- gné pendant long-tems fur les provinces du Nord ; ils avoient même pris d'abord le titre d'Em- pereurs , quoiqu'il y eût dans “les provinces du Midi-des Princes reconnns pour tels par le refte de là Chine. La Dynaftie des Soni finit l'an 617 de J, C.; les Tang leur fuccéderent, &t repnerent pendant deux cens quatre-vingt= neuf ans, Après eux, cinq Dy- naflies différentes occuperent fuc- ceflivemenr le rrône Impérial pen. dant cinquante-trois ans, on de puis Pan 907 de J. €. jufqu’a lan B iv ” 4 CH. ‘960. Aux cinq petites Dynafties fuccéderent les Soung, qui répne- rent pendant trois cens dix-neuf ans; ils furent dépouillés en 1282 par les Tartares Mopols où Mongou, defcendns de Genghif- can, qui prirent le nom de Yve- ne. Après cent fix ans de repne, ces Mogols furent chaflés, & une . famille Chinoife monta fur le tr8- ne; cette Dynaftie qui porta le nom de Taï-ming, a duré pendant deux cens cinquante-fx ans, juf- qu’à l’année 1644, dans laquelle les Tartares Mantchou f rendi- rent lès maîtres de la Chine ; ils y repnent aujourd'hui fous le titre de Taï-tfing qu'ils ont donné à leur Dynaflie,. Ce font-là les vingt-deux familles où Dynafies qui ont fncceflivement occupé le trône Impérial de la Chine, & dont l’hiftoire compofe les Annales publiées en différens tems par les foins d’un tribunal établi exprès, &t avec une approbation authen- tique de l'Empereur, LIT État C Rronologique des Hifloriens publics & des hifloires publiées en différens tems à la Chine. Dès les premiers tems il y avoit à la Chine un Hiftorien en titre. chargé du foin de tranfinettre à la poftérité , non feulement les évè= nemeñs généraux qui pouvoient intérefler la nation entière, mais encore les actions particulières, & même les difcours des Princes , lorfque l'Hiflorien jugeoit que l’on pouvoit En retirer quelque utilité, . Le Cou-king , ou le livre hif. torique dont nous avons _Ençore | GE une partie, n’eft autre chofe qu'un extrait de cette ancienne hiftoire, fait où revu par Confucius, & qui contient principalement üne compilation des loix, des ordon= nances, & même des difcours des anciens Émmpereurs, à commencer à Yao. Confucius & Mengtzé citent très-fouvent ce recueil, & le citent comme on Ouvrage an= cien, dont l'autorité eft reconnue de tout le monde. Le Chou-king lui-même nous fournit la preu- ve de ce que nous avançcons au fujet de cèt Hiflorien impérial & : de l’exifience de ces Annales, On ÿ voit qu'à la mort de Tchine- Ouang , arrivée l'an 1068 avant J. €. , l'Hiftorien impérial fut Chargé de mettre par écrit & d'in- férer dans les archives, les der- niers difcours de ce Prince mou fant ; on ÿ voit aufh qu'on lui or- donna de: chercher dans les archi- ves ce qui s'étoit pratiqué ancien nement aux funérailles des Em- pereurs , & aux couronnemens de leurs fuccefleurs | afin d'en drefler un mémorial qui fervir de regle dans loccafion préfente, Tching-ouang étoit fils de Ou- ouang fondateur des Tchéou » on vouloit conftater le cérémo- nial qui s’obferveroit dans la fuite fous la famille regnante. : - On doit encore conclure d'un difcours de Tchéou-cong , oncle de Fching-ouang, rapporté dans le Chou-king 5 que l’on avoit alors une hifloire détaillée de Ja Dynaftie de Chang ; car , fans cela , il n'auroit pu être inftruit de la durée de différens régues des Princes de cette famille ; aon plus F à arte nn aUA DCE ta AA AE que de plufieurs de leurs a@jons particulières qu'il rapporte, - Outre la grande collettion tirée des Annales de PHiforien impé- rial , il y avoit encore des hiftoi- res écrites par des particuliers, Confucius cire avec éloge celle de Fchéou-gine, qu'il appelle un ancien Écrivain ; & dans un autre endroit i] aflore qu'il n’a pu en- core trouver d'Hiftorien capable de fufpendre fon jugement dans les Chofes douteufes; d’où il faut conclure qu'il y avoit plufieurs hifloires écrites par différens Hif-- toriens. Mengtzé,qui vivoit un peu plus d'ün fecle après Confucius, cite. une ancienne hiftoire authentique du règne de Chune fuccefleur de Yao, & joint fon témoignage à celui du Chou-king, pour com- baitre les traditions fabulenfes des Hifloriens da Chune, A cette occafon il établit de très-bonnes regles de critique Pour l'interprétation du Chou- King où du livre d'hiftoire du Chiking on du livre de poële, & pour celle des autres anciens ivres. : Les Empereurs n'étoient pas les feuls qui euffent des Hifioriens Publics ; les royaumes tributaires avoientaufh leurs Annales ou leurs Ki. Confucius en parle dans le Tchong-yong ; & Mengizé , qui laflure en termes formels de tous les foÿaumes tributaires , nous apprend quel étoit en particulier le titre des Annales publiques de ceux de Tfine, de Tfon, & de Lou. Un fait rapporté par T{o- petit royaume! de Tfi, au füjet de cemême C H 2S. chi ou T{o- kicou- ming, con- temporain de Confucius , & qui étoit lui-même Hiftorien public du royaume de Tiou dans le Hou-couang , nous donnera un exemple des précautions que l’on prenoit /dès-lors pour conferver ces Annales particulières. Ce fait fe trouve dans le Tfo-tchouene ou Commentaire de Tfo-chi {ur le Fchune-tféou de Confucius. Voici le fait rapporté par T{o- chi. La vingt- quatrième année de l'empereur Ling-vang, vingr- troïfième des Tchéon {c'eft l'an $18 avant J. C. |, Tchouanse- cong, roi tributaire de Tf, ayant enlevé la femme de Tfoui-chou, général de fes troupes, ce Géné- ral-outré de cer affront fit aflafi- nèr le Roi, & mit fur le trône un autre Prince de la. mêrne famille. Aufli-tôt le Tribunal: d'hiftoire dreffa une relation détaillée de cer événement, & la mit dans Îles archives, Voici quel eft l'ufage établi dans ce Tribunal, & c'eft une tradition conftante à la Chi- ne, que cet ufage étoit érabli dès les premies tems. Le Tribunal d'hiftoire eft partagé en deux claf- {es ; la première eft chargée d'écri- re ce qui fe pañle au dehors du palais, c'eft-3-dire, cout ce qui concerne les affaires générales où du roÿaume ou de l’Empire; la feconde écrit tout ce qui {e pañle, & même tout ce qui de dit au de- dans du palais, les a@tions & les difcours du Prince, de fes miniftres & de fes officiers, du moins ceux dont ils jugent que la connoiffan- ce doit palier à la poftérité. Cha cun de ceux qui compofent la »6 EH. dlafle , écrit fur une feuille ou fur une tablette la relation de ce qu'il a appris , 1l la figne, & fans la communiquer aux, autres , il la jette dans une efpèce de coffre ou de grand tronc fermé & placé au milieu de la faile où s’afflemble le ŒFribunal. Ce coffre ne s'ouvre que lorfqu'il s'agit de mettre ces mémoires en ordre pour travail- ler à l’hiftoire, foit d'un regne particuliér , foit même d’une Dy- mnaftie entière ; car ; depuis les Hane, c'eft-à-dire, depuis l'an 200: avant J. C. on ne pubhe Fhiftoire d'une Dynaftie que lorf- qu’elle n’eft plus fur le trône, ou du moins lorfque le fceptre ayant paité dans une autre branche, les Hiftoriens peuvent avoir une en- tière liberté de publier les véricés les moins favorables à ceux dont ils écrivent l'hifloire, Mais , reve- nons au fait rapporté dans le F{o- tchouene. Dès que le général Tfowi-chou ent té informé par ceux du Tri- bunal qui lui étoient attachés , de ce qui venoit de fe pañler , il det- ticua le Préfident , le fit mettre à mort, s'empara des différens mé- moires dreflés par les membres du Tribunal, & mit un nouveau Préfident à la place de l’ancien. Le général T{oui-chou avoit toute autorité fous Kiag-kong., qu'il avoit fait roi de Th. À peine le nouveau préfident du Fribunal futsil en place, qu'il fit dreffer de nouvelles relations pour rempla- cer celles qui avoient été fuppri- mées, & y fitajoüter le détail de. ce qui étoit arrivé à fon préde- ceffeur, Tfoui-choa , inftruit de CH cette démarche , caffale Tribu nai, & fit meitre à mort prefque tous ceux dont il étoit compofés Auffi-tôt, dit le Tfo-tchouene, “on vit paroitre de roures parts dans le royaume de Tfi, des écrits qui fe trouvoient affichés dans les lieux publics, & où la conduire du général étoit dépein- te avec les couleurs les plus noï- res ; ainfi, il jugea qu'il y avoit moins de danger à rétablir le tri= bunal , & à lui laifler la liberté de tranfmectre à la poftérité la * connoiïflance de fa honte & de la venpeance qu'il en avoit tirée s que de s’expofer aux effets que pouvoient produire ces écrits pu blics fur l’efprit des peuples. Les Annales authentiques de la Dynaftie des Tang nous appre- nent un autre fait, qui, quoique * d’un tems poftérieur & du fepriè- me fiecle de l'Ére Chrétienne, nous fait connoître quels font les principes par lefquels fe conduit ce Tribunal. Taï-tfang, deuxiè- meempereur des Fans , demanda un jour à Tchou-foui-léang , pré- fident du Tribunal, qu'il lui fit voir les mémoires deftinés pour l’hiftoire de fon regne. » Seigneur, » lui répondit le Préfdent , le » Tribunal écrit le bien &t le mal » avec une égale liberté. Aucun » Empereur n'a vu ce que lon » difoit de fon gouvernement; fi » onle lui montroit, on ne pour- » roit plus écrire que des éloges. » La liberté avec laquelle le Tri= » bunal écrit cout ce qui fe pañle, » eft un frein capable de retenir » en plufieurs occafñons les Prin- » ces & les Miniitres. Ceux d'en- t CH » treux qui ne font pas encore » tout à fait corrompus , & aux- » \quels il refte quelque prdeur, » redoutent les:jugemens que-la _» poflérié portera de leur con- » duite. Eh! quoi, dit lEmpe- » feur, vous qui me devez ce » que vous Ctes, vous quim êtes » {attaché , voudriez-vous inf- » troire l'avenir de mes fautes, » fr jen commettois ? Il ne feroit » pas le maître de les lui cacher, » réprit un des membres du Tri- » bunal; ce feroit avec douleur » que nous les écririons, mais tel » elt Je devoir de notre emploi; il » nous oblige même d'inftruire “ la poftérité de la converfation »,.que vous avez aujourd'hui avec 52 nous, « , L'ouvrage de Mengtzé ne nous .Pérmet pas de douter que l'étude de l'ancienne hiftoiré ne fl: cul- tvée de fon tems avec foin. » L'homme fage, dir-il au qua- » trème chapitre de fon fecond ” Livre, ne fe contente pas de » Converfer avec ceux de fes con- » témporains qui pratiquent la D -vertu ; 1] veut encore connoitre » les fages des fiecles pallés ; il » lit foïgneufement celles des inf- »_truétions qu'ils avoient données » à leurs contemporains, qui font » confervées, foit dans le Chou- » king, foit dans le Chi king ; » Mais , comme cette érude ne » lui donre qu'une connoiflance » Imparfaite de ces grands Hom- -»- mes, il cherche à s’inftruire par -» lhftoire particuhère de leurs » aétions, de la manière dontils V Ont pratiqué eux-mêmes les v vertus qu'ils enfeignoient aux CH cor » autres; ilexamineavec foin l'hif » toire des tems où Hs ont vécu; »1} veut connoître les moindres » évènémens de leur vie, &tpar- » là i] converfe, pour ainf dire, - » avec: ces grands Hommes, » comme s'ils étoient Encore vi- Vans, « La violente perfécution excitée par Chi-hoang-ti, fondateur des premiers Tfine, contre les let- tres, fit périr la plus grande par- tie de ces anciennes hiftoires, fo générales , foit particulières ; &t -quoique Ja perfécution n’eût duré que quelques années, les effets en furent tels, que loriqu’on voulut fous lesHane fucceffeurs de Tfine, travailler à réparer'les pertes que l'on avoit faites, & raflembler les fragmens des anciens livres hifto- riques échappés à l'incendie, on ne put remonter avec une pleine certitude au de -là de l'an Bar avant l'Ëre Chréuenne , c’eft-à- dire, an de-là du tems de la fon- dation du royaume vriburaire des Tfine , érigé en faveur des ancé- tres de Chi-hoang-ti, lequelavoït fair Éparener l’hiftoire particulière de fa famille, Le Tchune-ifiéoa de Confucius , contenant une par- tie de l'hifloire des rois de Lou, ne remontoit même Que juiquà Pan 722 avant J. C.;-aimf,; Sié- ma-tfiene, qui, par l'ordre de l'empereur. Vou-ti, écrivit vers l'an _97-avant J. C:-la première hiftoire publiée-depuis la -perfe- cution aveclefceau de l'autorité publique, ne-fit remonter fa chro- nolopie que jufqu'à lan 841.avant J. C., & juiqu’au reone de Li= vang , dixième, Empereur des CH ; encote enflés par le privilege de ceux qui viennent de loin. Les diétionnaires Chinois en comptent foixante-dix ‘mille ; l'imagination eft effrayée à la vue de cette mul- titude de caraétères. On ne peut fe perfuader que la vie d’un hom- me foit aflez longue pour appren- dre à les connoître, loin de croïi- re que la mémoire puifle les rete- nir tous; la raïfon en eft fenfble. On fe les repréfente comme indé- pendans les uns des autres, & comme aufli diftingués entr'eux que le font les lettres de nos alphabets ; mais, cette idée n’eft point exadte , il faut plutôt les comparer aux mots de l'écriture, en tant que chaque mot eft un aflemblage de plufeurs'lettres ; car , les cara@tères Chinois font proprement des combinatfons d’un nombre borné d’élémens fimples, dans lefquels on peur les réfoudre tous. Les caractères fuivent l’analo- -gie des idées qu'ils expriment; or, le nombre de nos idées primitives eft aflez borné. Toutes nos autres, idées, perceptions, jugemens & fentimens , font compofés des pre- muières idées fimples diverfement combinées. Ces différentes com- binaifons forment encore à tout moment de nouveaux rapports, & par conféquent de nouveaux affemblages ;.ainfi , quoique le nombre des idées primordiales foit affez borné, celui des idées complexes ou dérivées croît à proportion que nous avons acquis plus de connoiffances. On peut obferver la même progrefhon dans les langues. Un aflez petit nombre de termes primitifs, que CH Jon appelle racines, répondent : aux idées fimples, & forment un très-grand nombre de dérivés, qui combinés encore entr’eux , ou avec d'autres racines , forment tous les mots qui expriment les idées compofées. Le nombre de ces mots eft prodigieux dans les langues ‘vivantes ; cependant, il n'eft perfonne qui ne fçache à peu près tous les termes de fa langue naturelle, correfpondans aux idées qu'ila dans l'efprit, & qui n’ex- prime fans peine tout ce qu'il fent , & tout ce qu'il penfe dif- tinétement. On ne s’en tient pas même à une feule langue. Ceux qui en poffledent plufieurs ;fhe font nullement embarraflés de trouver. la fignification des mots qui la compofent. Îl n’y a cependant aucun lieu de douter que la fom- me totale des termes de trois ou quatre langues différentes ne fur- pafle celle de tous les caraëtères de la langue Chinoife. Il ne faut donc pas croire que la connoif- fance en foit fi difficile à acquérir; &t que le même travail qui nous donne celle d’une langue parlée, ne nous donnât pas celle de la langue écrite des Chinois, fi nous. nous y prenions bien pour l’éru- dier. Mais , quand il feroit nécef- faire d'y employer un tems auf confidérable que le difent les Mif- fionnaïres , dont lés relations fem- . blent être faites à deflein de dé- courager ceux qui auroient voulu s'appliquer à cette étude, feroit- ce à nous à le reprocher aux Chi- nois ? Nous, parmi lefquels un très-grand nombre de gens paf- fent leur vie entière à étudier la n CE langue non de leurs citoyens , non celle qu'ils font obligés de parler à tout moment : Mais des lanoues mortes , dontils n'auront Jamais une connoiflance parfaite. On ne prétend pas les condam- net ; Mais, on peut demander pour les Chinois la même indul]- gence dont nous avons befoin pour nous. [y aplus, c’eft que la longue étude qu'ils font obligés de faire de leurs cara@ères ; doit leur don. ner des idées nettes & diftinétes de toutes les chofes défignées par ces caratères. Une langue véri- tablement philofophique feroit celle qui exprimeroit toujours les idées fimples ou primitives par des termes radicaux, &r les idées complexes par des termes dérivés Compofés de ces premiers. € dernier point de perfedion {eroit de s'exprimer de telle fa- SON que chaque mot dérivé fit Cofnoître À la Prémière vue, non feulement ja Compofition de l'idée Correfpondante , maïs encore en quelles idées fimples il la faudroit réfoudre en la décompofant. Nous n'avons point de langues où l’on Paroille avoir eu cette vue , fice n'eft dans l'écriture Chinoife. Les idées fimples & Primordiales , où celles qui font Participées par un Brand nombre d'êtres Particuliers, ÿ fontexorimées Par des Carate- res fimples & radicaux ; & les idées Complexes où dérivées font repréfentées Par des caradtères COMPOIÉS “de ces premiers ; que POUS avons nommés fimples. SS traits où fioures qui for- ent les caradtères Chinois en ou du moins CH général , font la ligne droite, Ja ligne courbe, quoique plus rare- ment, & le point ; “chacun d'eux différemment placé » & répété plus où moins de fois ; Mais tou= Jours fans faire aucune confufion a la vue. Les diverfs combinais fons de ces trois fortes de traits . forment les deux cens qüatorze caractères radicaux’, ou élémens de l'écriture Chinoife: Chacun de ces élémens répond à une idée fimple où générale & plus com. mune ; & ces élémens combinés les uns avec Jes autres, forment les foixanre où les quatre-vingt mille cara@tères dont l'écriture Chinoiïfe eft compofée. On les nomme à la Chine, clefs ou raci- nes; & dans les diétionnaires ils conflituent les deux cens quatorze . clafles ou genres différens, fous lefquels on range les cara@ères dont ils font la Partie principale, Ces caraétères font fobdivifés par clafles fuivant le nombre destraits qu'ils contiennent; car, c'eft par- là qu’on les cherche dans les dic= tionnaires, & on ÿY Joint leur dé= finition où explication ; Qui fe fait en décompofant les Caraétères , & les réduifant à leurs élémens. Ainf, lorfque l’on connoît bien la fienification des deux cens qua- torze clefs ou racines, on efl en état de trouver par foi-même, avec le fecours du diétionnaire , la fignification des caractères Compolés , de même que lon peut entendre üne jan gue, dès que l’on poñlede Ja f= gnification de tous les termes ra dicaux. Pour rendre ce qu'on vient de 1j 36 CH À encore plus intelligible , il . faudroit donner quelques exem- ples de la compofition & de la décompofñtion de ces caractères ; mais ; outre que cela ne pourroit fe faire qu'en les mettant fous les yeux ; 11 ne feroit pas pofhble d'entrer ici dans un détail fothi- fant: tout ce quon en pourroit dire feroit trop fuperficiel. Nous nous contenterons donc de don- ner pour un plus grand éclait- ciffementl'hiftoire abrégée des caractères Chinois, & quelques réflexions fur la connoiffance que nous croyons néceflaire à ceux qui voudront pénétrer dans le fyftêéme de ces cara@tères ,. & dans les raifons de leur compofi- tion, c'eft-a-dire, une efquifle de la philofophie Chinoile. Nous avons les Chinois n'avoient pojnt em: ployé les deux premiers genres de Pécriture repréfentative des idées ; qu'ils n'ont point eu en Vue les images pour les chofes que la peinture peut mettre fous - les yeux, niles fymboles pour repré. fenter par allégorie où par allu- fion les chofes qui ne le peuvent : être par elles-mêmes. Le P. Kir- cher eft d’un autre avis ; mais, il paroît en cette occañon avoir un. peu trop donné à fon imagination. On ne prétend cependant pas que l'on ait évité ces refflemblances - entre les chofes & les caratières, lorfqu'elles fe font préfentées ; mais , il eft fûr qu'on ne les a pas cherchées, .& qu’elles font pref- que toujours détruites par l’ana- lyfe du caraétère où l'on avoit Cru les appercevoir. déjà obfervé que CH Les pretniers inventeurs de l'é= criture Chinoife fe font attachés à des fignes entièrement arbitrai- res, ou qui n'ont qu'un rapport d'inftitution avec les chofes figni- fiées ; en cela, ils ont fuivi-le goût dela nation Chinoife, qui même avant Fo-hi, c’eft-à-dire, dans la plus profonde antiquité, fe fer- voit de cordelettes nouées en guife d'écriture. Le nombre des nœuds de chaque corde formoit un ca- rattère; & l’affemblage des cor= des tenoit lieu d'une efpèce de li- vre , qui fervoit à rappeller, où à fixer dans l’efprit des hommes le fouvenir des chofes, qui fans cela s'en feroient effacées. Les Péruviens avoient une écri- ture femblable , lorfque les Efpa- gnols firent la conquête du Pérou. Des cordes de diflérentes cou- leurs, chargées d’un nombre de nœuds plus ou moins grands & diverfement combinées entrelles, formoient des regiftres qui conte- noient non feulement un état où compte des revenus. publics de l'empire du Pérou, mais encore des annales ou chroniques de l'hif- toire des Incas. Les diverfes com- binaifons des couleurs & des nœuds fervoient à rappeller le fou- venir des aétions de ces Princes, de leurs exploits, de leurs con: quêtes, deleurs réplemens , &c Tous les écrivains Éfpagnols par- lent de ce fait; & quoiquils n€ nous aient point détaillé Ja mé- chanique de cette écriture, leuts témoignages font fi conftans , fi uniformes , nombreux, qu'il n'eft pas pofible de les révoquer en doute, CH Ce fut Fo-hi, fondateur de la monarchie Chinoïfe , celui qui avoit policé la nation , & qui l’a- voit tirée de la barbarie dans la= quelle elle avoit été plongée juf- qu'alors, qui fubftitua à ces cor- des nouées des caraëétères formés par la combinaifon de plufeurs lignes droites & paralléies, mais les unes entières & les autres bri- fées, pour repréfenter ces nœuds. Les Chinois confervent encore des fragmens d'un ouvrage de Fo-hi, écrit avec ces caractères, Ils le nomment lé-kin, le livre des mutations ou des produc- tions, On le regarde comme un monument précieux de la plus ancienne philofophie ; dont on croit que ces caraëtères expliquent les fondemens; mais, malgré les commentaires publiés fur cet ou- Vrage 1100 ans avant l'Ére Chré- tienne par le roi Vou-vang & le prince Tchéou-kon fon fils; mal- gré le nouveau commentaire que Confucius ajoûta à celuide ces deux Princes, environ 600 ans après eux , le livre des mutations eft encore inintelligible. Aïinf, quoi- que le Ié-kin & fes commentaires foient compris parmi les livres clafliques , fur lefquels. on exami- ne les Lettrés, avant que de leur conférer les grades , il n’eft guere regardé que comme une efpèce de grimoire , duquel les Lettrés du plus bas étage fe fervent pour pré- dire l'avenir par le moyen de cer- taïnes combinaifons cabaliftiques, aflez femblables à notre Géo- Mance, À mefure que les peuples de la Chine fe policerent fous les {uc- CH: 37 ceffeurs de Fo-hi, on fentit l'in- fufifance de cette écriture ; on travailla donc à la perfectionner; on multiplia les caraétères, & on varia les figures. On montre à la Chine un livre de pharmacie, & un traité de la manière de tâter le pouls , atribués aux médecins du roi Chine-noune, qui par le fe- cours de fon Colao , on Miniftre Tfane-kié, avoit donné une nou- velle forme à l'écriture. Ces deux ouvrages furent écrits 2800 ans au plus tard avant l'Ére Chrétien- ne , en fuivant la chronologie Chinoïfe. On voit encore dans le Chou-kin , des fragmens d’une hiftoire des empereurs Yao & Chune,écrite fous leregne de Kiou 2200 avant l'Ére Chrétienne. Depuis ces premiers eflais , l'écriture Chinoife fe perfeétionna tous les jours , & s'enrichit de nouveaux caractères que l’on in- ventoit à mefure qu'il fe préfen- toit de nouvelles idées à expri-- mer. Cela continua jufqu'au regne de Vou-vang , qui monta fur le trône vers l'an 1120 avant l'Ére Chrétienne. Alors, cette écriture fe trouva fuivant les. Chinois au point de fa plus grande perfeétion, Selon eux, ces anciens caraétères étoient tous fondés fur des raifons philofophiques ; ils exprimoient la nature des chofes qu'ils figni- fioient , ou du moins la détermi- ‘noient, en défignant les rapports. de ces mêmes chofes avec d’au- tres Mieux connues. | L'empereur Chi-hoang-tr, qui regnoit vers l'an 230 avant l'Ére, Chrétienne , entreprit, comme il a déjà été PRE » de détruxg iij 38 CH | tous les livres qui ne traitoient ni de médecine, ni d’aftrolopie & de divination. Comme le papier n'ävoit pas encore été inventé, & que l’on écrivoit, ou plutôr _ que l’on peignoït for des tablettes de bois, les'livres étoient difficiles à cacher ; ainfi il s’en fauva forr peu. La perfécution continua fous les facceffeurs de Chi-hoang-ti; & Pécriture Chinoife reçut alors on grand échec. Les livres de méde- cine & de divination ne conte- noïent qu'un petit nombre de ca- raétères ; onn’ofoit montret le peu de livres que l'on avoit fanvés. La plus grande partie des gens de lettres étroit périe fous le repne de ce Prince , qui les avoit forcés de prendre la truelle , pour travailler à la conftruétion de cette fameufe muraille qu'il faifoit bâtir pour mettre la Chine à couvert de l'in: vañon des Tartares. L'Empereur ne voulant que des foldats & des maçons, on juge aifément que les lettres ne furent gueres cultivées ; ain, la tradition ne put confer- ver exactement la connoiffance des caraétères perdus , avec les li- vres que l'on avoit brûlés, Cependant, la perfécution cefla avec le regne de la famille. du Tyran. Vene-ti, qui monta fer le ttône 177 ans avant l'Ére Chre- tienne, êt $3 ans après Chi-hoang- ti, s’attacha à réparer les défor- dres introduits par ce Prince, qui n'avoit pas plus ménagé {es fujers que les fciences. Vere-ri fit re- chercher toûs les livres échappés à la perfécution. L'invention du papier trouvée fous fon regne, en facilita la multiplication. Un CH vieux Lettré, qui dans la folitude où il s’étoit caché , avoit élevé fa fille pour les fciences , reftitua -de mémoire, & par le fecours de cette fille , une partie des caratèz res perdus. Peu après le repne de Vene-ti, c’eftà dire, cent qua- rante ans avant l'£re Chrétienne, l’empereur Vou:ti, prince fameux par fes expéditions dans l'Inde, s’attacha d’une manière encore plus efficace à faire fleurir les let- tres. [l fitrecherchertousles livres & tous les fragmens quireftoient, fit raffembler & mettre en ordre tous les ouvrages de Confucins, de Lao-kioune, &de leurs difei- ples, y fit joindre des commen- taires, & en fit répandre des co pies par tour le royaume. La pro- teétion que l'Empereur accordoit aux lettres, mvitoit tout le monde à s'y appliquer. Chacun fe piqua de compofer & de publier des ouvrages; ce qui ne put fe faire, fans inventer de nouveaux carac- tères , pour tenir lieu de ceux qu'on avoit perdus. Mais, comme on voulut exécuter tout d’un coup ce qui ne fe pouvoit faire qu'après une longue: étude des caraétères encore fubfftans, pour s’inftruire du véritable fyftême de l’ancienne écriture, il s'introduifit un grand nombre de caraétères bizarres, @& qui n’avoient aucune analogie na- turelle avec les anciens. L'écriture Chinoife eft une vé- titable langue, qui ne parle qu’à la vue ; ainfñ, elle a dû fouffrir toutes les mêmes altérations que les langues prononcées. Dans lune &c dans l'autre on avoit com- mencé par un langage fimple:, où EH lon ne connoifloir que les termes propres, & où ils fe prenoient » toujours dans leur acception natu- relle. Mais, peu à peu, fous pré- texte d'élégance, on employa des termes & des caractères figurés. On les tranfporta à des fignifica- tions éloignées par des mérapho- res aflez naturelles dans leur ori- gine, mais qui devinrent bientôt extrêmement hardies. Dans les langues parlées, cett raifon empêche fouvent que l’on ne puifle découvrir la racine com- . mune de deux expreflions, dont le fon efttrès-voifin , & dont les fignifications font très-éloignées. Îl en eft de même des caratères de l'écriture Chinoife , les méta- phores & les figures ont dû y caufer une grande irrégularité. Cetre irrépularité eft peut-être la plus grande caufe de la diffi- culté que lon éprouve aujourd’hui enétudiant ces caraétères. L'an- cienne Philofophie avoit été com= me abandonnée depuis long-tems. On s’étoit rempli la tête de fa- bles ; d'allégories ; de myftago- gies. La Poëfie s’étoit emparée de la Philo{ophie ; & l’on juge aifé- ment quels ravages elle ÿ avoit faits chez des peuples d’une ima- gination naturellement enflam- mée , & qu'une timidité excefhve avoit entièrement tourné vers la fuperfition. Aiïnf ; l'on employa un grand nombre de caractères figurés où alléporiques, & qui, fans aucun rapport avec les chofes exprimées, en avoient feulement avec quelques contes populaires , & avec des traditions fabuleufes. C H V. De la Philofophie des Chinois. Les Chinois , qui fubfiftent au 39 moins depuis plus de 4000 ans avec les mêmes loix, les mêmes mœurs, & les mêmes ufages, ne méritent pas moins notre curiofité que les Grecs, lès Latins & les Arabes commentateurs d’Arifto- te, dont on enfeigne la Philofo- phie dans nos écoles , ne fût ce que pour comparer leurs diverfes opinions. M. Fréret aflure que les Chinois n’ont jamais eu une bon- ne Métaphyfique, ni peut-être même un fyftême complet de Philofophie. Du moins , leurs idées, ajoute-til, font-elles dia- métralement oppofées à ce que nos Philofophes regardent comme des premiers principes & des maximes d'éternelle. vérité en morale & en méraphyfique, Nous en pouvons juger par la traduc- tion Latine des livres de Confa- -cius, & par celles de deux difié- rens commentaires Chinois fur les ouvrages de ce Philofophe, qui ont été publiées , l’une par le P. Couplet, & l’autre par le P, Noël, tous deux Jéfuites. On peut encore tirer de grandes lumières des différens ouvrages compofés par les Miffonnaires , à l'occafion des difpures fur la nature du culte que l’on rend à Confucius & aux anciens morts. Parmi ces ouyra- ges, le plus inftruétifeft celui du P. Longobardi, Jéfuite, parce qu'il contient un très-grand nombre de paflages des plus célebres philofo. phes Chinois. * Le commentaire que le roi G iv 4e CH Ou-vang avoit publié fur le Té-kin, infpira le goût de la Phi Jofophie aux Chinois ; & peu après le régne de ce Prince, on vit de grandes fees de Philofo- phes fe former. Lao-kioune parut le premier. Ses ouvrages fubfftent encore, il y a d'aflez belles maxi- mes de morale particulière ; mais, on y enfeigne la matérialité de l'ame, & par conféquent fa mor- talité. Comme ce Philofophe s'é- toit fort appliqué à la médecine, à la chymie , & aux autres parties de la Phyfique , fes difciples que l’on nomme Tiene-tzé, où Doc- teurs céleftes, cultivent fort ces connoïflances , & fe font rendu célebres par leur moyen. Ils font même venus à bout de perfuader ‘la poffibilité de la médecine uni- verfelle, & d’un remede qui rend les hommes immortels. C'eft-là cé fameux breuvage d'immortali- . té , dont il eft fr fouvent parlé dans les annales de la Chine, & que les Empereurs recherchoient avec tant d'ardeur & de dépenfes. Lao-kioune enfeignoit auff que l'univers étoit gouverné, de même que l'empire de la Chine, par un dieu corporel qui habitoit dans le ciel, & qu'il nommoit Chan-ti, roi d'enhaut ; que fous lé Chan-ti étoit un grand nombre d'êtres in- telligens avec un pouvoir moins étendu, mais cependant indépen= dant du fien. Ce Philofophe cachoit les fon- demens de fa métaphyfique & de fa phyfique fous des expreflions figurées , qui fembloient ne con. tenir que des allégories fur les nombres &t leurs propriétés. Il CE ne paroit pas qu'il fe foit jamais expliqué bien clairement fur la Providence , ni fur la diftin@tion du bien & du malmoral, c’eft-à- dire , du jufte & de l'injufte. Auffi, peu de tems après lui, les Philofophes fe partagerent en deux feêtes ; la première | nom- mée Ianh, foûtenoit que l'amour propre & l'intérêt perfonnel de- voient être la regle unique de nos actions, & que les loix ; lantori- té, la reconnoïffance, & tous les autres devoirs qui forment des engagemens entre les hommes, n'avoient de force qu’autant qu'ils contribuoient à nous rendre heu- reux.. La feconde fete étoit ap- pellée Mé; elle s’étoit jettée dans l'excès oppofé, puifqu'elle pré- choit la charité univerfelle , ou l'amour égal pour tous les hom- : mes fans diftinétion de liaïfon ni d'engagement d'amitié, de parens té où de dignité; elle enfeignoit aufli la deftruétion totale de l'a- mour propre & de l'intérêt per fonnel. Confucius qui naquit lan so avant l'Ére Chrétienne, prit un milieu entre ces deux extrémicés; il précha à la vérité l'amour uni- verfel , ou la charité pour tous les hommes, maïs un amourréplé & modifié fur les devoirs établis par les loix de la fociété où l’on fe trouve. C'eft-là le principal objet du livre de ce Philofophe ; intitulé Tchoz-yon , le milieu rai fonnäble, l’accord de l'amour pro- pre avec la charité univerfelle. Il évita toujours avec foin de s’ex= pliquer fur les matières de fpécu- lation, fur la juftice ou l'njuftice CH naturelle , fur la fpiritualité & limmorralité des ames, fur l’exif- tence & Ja nature d’un Dieo dif- tinpgué de l’univers, fur le deftin & la providence. Les ouvrages de ce Philofophe., lus avec atren- ton ; marquent une aflcétation fenüble de ne fe point ouvrir fur ces matières ; & l’on a même des paflages formels, où il refufe de répondre à ces queftions qu'il traite de dangereufes. La do@trine de Confucius n’af- fujettifloit à aucun dogme fpécu- latif ; elle recommandoit feule- ment la pratique de la vertu, c'eft-à-dire, l’obéiffance aux an- ciénnes loix du pais , la foumif- fon & le refpeltpourfesfupérieurs, la modefie & même l'humilité avec fes égaux , & la tendrefle pour fes inférieurs ; c’eft à cela que fe rapportent toutes lés exhor: tations de ce Philofophe. On juge aifément que tous les honnêtes . gens embrafflerent fa feûte. Le nombre en gtoffit tous les jours; & comme leur principale étude Étoit la politique & la fcience du BOuvernement , ils remplirent bientôt les premiers emplois. Les livres de Confucius furent cano- nifés >» Pour ainfi dire, ayant été déclarés authentiques , & -perfon- ne ne pouvant pofléder de charge qu'iln'en eût fair une étude parti- cuhère, & qu'il n’eûtrendu COMP- te de cette étude dans un examen folemnel, Les philofophes Chinois ne Meitent aucune diftinction réelle entre.les différentes fubftances ; dont l'afflemblage compofe l’uni- Vers; ainf , à prendre ce mot de CH E fubflance à la rigueur, & au ee que lui donne notre Philofophie, ils ne connoiflent aucune fubftan- ce. Selon eux, tons les êtres par ticuliers n'ont qu’une même exif- tence , a laquelle ils participent tous également, & qui eft inca- pable d'augmentation & de dimi- nution , c'eft-à-dire , infinie & inaltérable. La force par laquelle chaque être exifte, ne luieft point propre ; il n’exifle point indépen- damment des autres; mais, fon exiftence eft néceflaire, &c il ne peut jamais être ni détruit ni pro- duit, Dans le fyflême Chinois, tout eftéternel, rien ne commen- ce ni cefle d'exifter. Ce que nous appéllons génération & deftruc- tion, ne font pour ces Philofo= phes que des changemens de mo- difications & de rapports; où plu- tôt ce n’eft autre chofe que la maniieftation &t le développement de certaines propriétés de l'Être, qui fe découvrent.à nous, ou cef- fent de nous être connues. Lorf- que ces propriétés nous devien= nent fenfibles, nous difons qu’elles font produites, qu’elles commen- cent. d’exifter. Lorfque nous ne pouvons plus les appercevoir. nous difons qu’elles font détruites, Cependant , fuivant la Philofophie Chinoife , il ne leur arrive d'autre changement dans ces occañions , que celui qui furvient à un objet, lorfque nous tournons les yeux fur lui, & que nous l’envifageons. Il fe produit à la vérité une nou- velle perfe@tion dans notre efprit; mais pour l’objet, il ne s’y paile aucun. changement réel ; feu- lement de non apperçu qu'il 42 CH. étoit, il devient apperçu. = Ainf, parmi un nombre infini de propriétés contenues égale- ment dans le fond de l'Être ; tan- tôt nous fommes affeétés par fon étendue, par fa mobilité, fa foli- dié, fa couleur & fa figure; alors nous l’appellons corps ou matière, TFantôt nous y mertons une force motrice , & c'eft ce que nous nommons un être vivant qui fe donne fes mouvemens. Tantôt enfin nous croyons y apperce- voir du fentiment, de la volonté, de la penfée & de la perception ; 6 pour lors nous lui donnons une ame & un efprit. Dans ce fyfté- me, ces diverfes propriétés, quoi- que diftinguées entr'elles par l'idée que nous en avons ; & par lim- preflion qu’elles nous caufent, ne : Je font nullement quant à la réalité de leur être , puifqu’elles exiftent péceflairement avec une infinité d'autres, & qu’elles ‘participent toutes également à une feule & même exiftence infinie &cinaltéra- ble. Fate Ce principe une fois nofé, on voit aifément que la Philofophie Chinoile n’admet ni création , ni providence , & par conféquent ne reconnoît point de Dieu, c'eft-à- dire, d'Être diftingué de l'univers, qui ait produit ou créé le monde, & qui le gouverne ou le conferve en conféquence des loix qu'il a établies. La langue Chinoïfe n’a même point de termes quirépon- dent à cette idée; ceux de Tiene, Ciel , & de Tiene-chu, roi du Ciel, expriment les idées des Ma- térialiftes; & ceux de Tiene-tze, dofteurs céleftes ; celles des Ido- C H lâtres. Les premiers attribuent les événemens à l'action du Ciel, mais à une action deftituée de connoiffance & de volonté ; aétion pareille à celle que nos Aftrolo- ues donnent aux influences des aftres. Le roi du ciel des Idolâtres agir à la vérité avec connoïffance, & à la manière des hommes; mais, ce n’eft qu'une fubftance particulière ; c'eft comme l'ame du ciel, & une ame non diftin- guée du ciel matériel, parce que fuivant les idées des. Idolâtres, la . matière eft auffi-bien capable de penfée & de fentiment, comme de mouvement, Mais, ces idées font profcrites par les meilleurs Philofophes Chinois, qui rejettent tout ce qui pourroit mener à Îa connoiflance d’un être intelligent, - diflingué de l'univers, & qui té- moigneñt un grand mépris pour cette opinion. Tout étant néceflaire dans ce fyftème, on comprend qu'à par- ler exaltement , 1l n’y a plus de diftin@ion entre le bien & le mal moral, plus de vertu & devices. plus de liberté, plus de perfec- tion ni d'imperfection. Si un être particulier femble agir fur un au- tre, cet autre a non feulement la force de lui réfifter , force qui ne peut être anéantie, mais encore Ja force de réagir fur lui avec une réalité qui n’elt pas moindre que la fienne. Îl faut cependant con- venir que ce fyftême n’eft pas ce- lui du peuple. Les hommes ordi- naires font trop groflers à la Chr ne , de même. qu'ailleurs, pouf être féduits par des erreurs fi fub- tiles & fi déliées. Leur imaginas EF tion ne trouveroit-là aucune prife. Îl leur faur des obiets marériels , fenfbles & palpables : & de mé- me que les Indiens & les Japo- Sois ,.ils font plongés dans un paganifme, fondé fur les fables les plus abfurdes. Mais pour les Lettrés , & far tout pour ceux qui font profeflon de fuiwvre Confucius , & de ne à 57 2 = SEEN point s écarcer de l’ancienne Phi-\ lofophie, on peut dire qu'ils n’ont point d'autre fyftême. Il eft vrai que dans la pratique ils -n’en fui- vent pas les conféquences pour la morale. Les hommes font or- dinairement inconféquens ; leurs Opinions ne reglent pointieur con- due; & il n’eft pas plus étonnant de voir des Athées vivre mora- lement bien, & fe foumettre par des motifs de fociété à des loix qu'ils ne croyent point obligatoi- 1es, que de voir parmi les nations religieufes | des gens pleinement perfuadés de l’exiffence d’un Dieu , & de la vérité de leur reli- Bon, violer à tout moment les loix qu'ils tiennent non feulement pour obligatoires | mais encore Pour divines , & n’obferver au- cun des préceptes de cette reli- g'on, pour la défenfe de laquelle ils fe croyent prêts à tout entre- Predre , & à tout fouffrir. Les Philofophes Chinois ont même imaginé un moyen de con- Cilier ,au moins aux yeux du peu- ple, leurs principes avecla prati- que de la vertu, Ils difent que par l'habitude des a@ions vertueufes, otre ame,oucetre partie de nous, qui penie, qui fent, qui veut, otre Ly en un mot fe condenie, CE 3 fe purife , fe perfeétionne, & es quiert de nouvelles forces pour faire plus parfaitement fes fonc- tions ; de même que dans les corps le mouvement & l'exercice en-augmentent les forces. Îls ajoû- tent que le vice & les pafhons vives afloibliflent au contraire l'ame, ou la propriété de penfer, & en troublent les fonétions ; que l'amour du jufte ou du bien mos, ral, c’eft-à-dire, de ce qui: ett avantageux à la fociéré , fait goûter à ceux qui en font rem- plis, la même joie & la même volupté que fait reflentir l'amour du beau à ceux qui en obtiennent la jouiffance. Lis vont jufqu'à dire ue de même qu'il neft point impofhble, abfolument parlant, de trouver des remedes dont l'effet rende les hommes immortels, de même aufli la pratique de lex- trême vertu peut rendre notre ame immortelle , c’eft-à-dire , empêcher la deftruétion de la pro- priété que nous avons de penfer &-de vouloir. C'eft par-là qu’ils ajuflent avec leur fyftême,le culte des Ancêtres , & celui des grands Hommes morts, comme. Confn- cius. ls les nomment des faints, des immortels ; ils leur adreflent leurs prieres, leur font des vœux, * leur demandent les richefles, les talens du corps, ou les dons de l'efprit, non qu'ils fe perfuadent avec le peuple d’en être exaucés ; mais , ils regardent la plûpart de ces ations comme avantageufes à la fociété , par l'imprefhon qu’elles font fur les efprits. Ils croyent qu'en accoûtumant les hommes à refpecter les loix an= 1 so CFE ne difinguent point les différen- tes faifons , fe renferment dans des cabannes faites d'herbes entre lacées, où ils vivent de poiflons, d'oifeaux , des autres annuaux qui naiflent dans leur pais, & de racines. Îls négligent de nourtitr : des troupeaux, &c ne s'appliquent point à cultiver Ja terre. Les plus riches d'enr'eux s'habillent de peaux de zibelines & de rennes; les autres font vêtas de plumes d'oifeaux, Îls attachent leurs morts aux branches des arbres, les-laif- fent ainfi dévorer par les bêtes _féroces , ou tomber en pourritu= re ; pratique encore ufrée chez les Tongoufes, qui demeurent dans le même pais. Un autre Hiflorien Chinois nous fait connoiître quelle eft la véritable demeure des Ko-li-han, en nous apprenant que leur pas eft le même que celui des Kerkis ou Kerpis. 1! fait mention des fleuves Oby & Angara fous le nom d'Opou & de Gang-ko-la, Nous devons conclure de-là que le lac placé au nord des Ko-li- han, eftle fameux lac Pai-kal, que ceux qui vont de Rufäe ou de Sibérie à la Chine, font obhi- gés de pailer fur les glaces, lorf- qu'ils y arrivent en hiver, Les Chinois employoient huit jours à le traverfer. On y met moins de tems à préfent; «pas moins dangereux , à caufe de - limpétuoñté des vencs & de l'a- bondance des neiges. Il réfulte de ce détail que le païs des Ko-li-han eft celui des Kerkis | peuples. belliqueux qui habitent au nuliea des monta: fais , il n'en eft C-H gnes , & que nous devons repars der comme les ancêtres de ces Circafliens qui fe nomment en- tr'eux Kirkez, & qui demeurent au nord de la Géorgie, où ils ont pénétré dans la fuite. L'ancien pais des Kerkis eft fitué dans les provinces que nous appellons au. jourd’hni Sélinginskoy & [rkutt- koy, entre l'Oby & le Sélinga. C'eft ce qu'il étoit néceffaire de déterminer , afin de parvenir à une exacte connoiffance de la rou: te qui conduit dans le Ta-han. En quittant le pas de Ko li- han , on enwoit dans celui des Che- -goei. Ces peuples font fitués à lorient du lac Par-kal & du pais des Ker-kis , fur les rives fepten- trionales du fleuve Amour. Par la defcription-aflez détaillée que les Hiftoriens Chinois nous ont con- fervée de ce pais, on voit que ces Barbares s’érendoient dans le nord de la Sibérie, le long de la Séna, 1 aux environs du oi xantième degré. Ce peuple nombreux étoit di- vifé en ang hordes principales, qui formoïient comme aurant de nations différentes. Les premiers appellés Nan- -che-poei, c'eft-à- dire , Che-poei méridionaux, étoient firués au nord des Tarta- res Niutche & Khitans , aux en- virons du fleuve Amour, dans un pais marécageux, froid & ftérile, qui ne produit point de moutons ; -où l’on trouve peu de-chevaux, mais un grand nombre de porcs, de bœufs, & fur tout de bêtes féroces dont les habitans fe ga- rantiflent avec peine. Ces Barba- res étoient vêtus de peaux de . CH cochon, & fe retiroient au folfti- ce d'été au milieu des montagnes. Ïls avoient des chariots couverts de feutre , à la manière des Turcs, & ils les faifoient traîner par des bœufs ; ils fe conftruifoient des cabannes avec du bois & quelques rofeaux. Leur écriture étoit de petits morceaux de bois; & la manière dont on les difpofoi, exprimoit leurs différentes idées. Celui qui vouloit fe marier com- mençoit par enlever la fille quil fe deftinoir , & envoyoit enfuire à fes parens un'préfent de bœufs ou de chevaux. Après la mort du mari, les loix du pais obligeoïent ” la femme de pañler le refte de fa vie dans le veuvage, & le deuil de la famillé étoit de trois ans, comme parmiles Chinois. À lé- gard des morts , on les abandon- noit fur un monceau de bois. Les autres branches de la même nation étoient les Che-poei du - nord, ceux que l’on appelloit Po- che-poet, & les grands Che-soer. Ils étoient habillés de peaux de poiflon, ne s’occupoient que de la pêche & dela chafle des zibelines, & pendant. l'hiver ils fe retiroïent dans les cavernes. Au nord de ces derniers, häbitoit une autre na- tion, qui alloit faire des couties furla mer feptencrionale. Cet ainf. que’ les Hiftoriens Chinois nous repréfentenr les an- Cieris habitans du norddel'Afe, à travers le pais defquels ceux qui vouloient aller dansle Ta-han ï étoienr oblinés de pañler, En effet, après avoir quitte le pais des Che- goer, & en marchant à left pen- dant quinze jours, on trouvoit CH . les Yu-tche, peuples qui tiroient ee à leur origine des Che-goei ; de-là en dix jours, vers le nord on en- troit dans le Ta-han , qui eft le terme de la route que nous exa- minons. On fe rendoit encore dans le Ta-han par mer, & en / FN Lx partant de Jéfo. D'où nous de- vons conclure néceffairement que - le pais des Yu-tche, qui fait par- tie de la Sibérie, eft fitué vers la rivière Ouda, qui fe décharge dans la mer de Kamchatka; & que le Ta-han, placé au nord des Yu-tche, eft la partie la plus orientale de la Sibérie, & non l'ifle de Gama , qui eft entiète- ment détachée du continent, plus au midi & vers le Jéfo. Cette partie de la Sibérie nom- mée Kamchatka, eft le païs que les Japonois appellent Oku-Jéfo ou Jéfo fupérieur. Ils le placent fur leurs cartes au nord de Jéfo, ‘& le repréfentent deux fois grand coinme la Chine, courant à l'eft beaucoup plus loin que les côtes orientales du Japon. C’eft-là ce que les Chinois ont nommé Ta-han, qui peut fignifier grand comme la : Chine ; nom qui répond à l’éten- due du pais & à l’idée que les Japonois nous en donnent. Mais, fuivanr les defcripuons plus dé- taillées que les Rufles en ont fai- tes, ce pais eft une langue de terre qui s'étend du nord au fud, depuis le cap Suetoi-noff jufqu’au nord de Jéfo , avec lequel pla- fieurs Écrivains l’ont confondu. Ii eft en partie féparé de la Si- bérié par un golfé de la mer orientale qui va du fud au nord.- Vers l'extrémité Le ; 2 CH 1} eff habité par des peuples très- féroces, Ceux qui demeurent au midi font plus civilfes,&t tiennent beaucoup des Japonois; ce quia fait croire qu'ils en étoient des co- lonies. Il ef vraifemblable que leur commerce avec les Japonoïs &c les Chinois, qui trafiquent fur leurs côies , a contribué à les ren- die plus fociables & plus doux que ceux du nord, chez lefauels ces deux nations policées ne pé- hétrolent que très-rarement. La partie méridionale de Kam- chaika où Fa-han, à été connue encore des Chinois fous le nom de Liéou-kueï. Autrefois des Tar- tares, qui demenroient aux envi- rons du fleuve Amour, s'y rendi- rent après quinze jours de navipa- “tion vers le nord. Les Hiftoriens Chinois rapportent que ce pais eft-environné de mer de trois côtés, que les peuples habient le long de la côte &r dans les ifles “voilines, & qu'ils ont leur demeu- re dans des cavernes profondes & couvertes de bois, Hs font une efpèce de toile avec du poil de chien. Les peaux de cochon & de rennes leur fervent d'habits pen- dant l'hiver ; & celles de poiflon “pendant l'été. L'air do pais eff froid, à caufe des brouillards & dés neises qui y font en abon- dance. Les fleuves y gélent, & on y trouve plufeurs lacs qui four- niflent du poiflon, que les habi- tans falent pour le conferver. [ls ne connoiflent point la divifion ‘des faïfons. [ls aiment la danfe, &t portent le deuil pendant trois ans. Îs ônt.de grands arcs & des “fleches armées d'os ou de pierre. ES RES CRE \ 239 -» midi, & l'autre au nord, font — C H L'an de I. C. 640, le Roi dé ce pais envoya fon fils à la Chine. Ce dérail étoit néceflaire pour ‘parvenir à nne connoifflance exaéte : de la fituation du pais de Fou- fang , qui eft le dernier terme des navigations des Chinois, Voici la defeription que leurs Hiftoriens nous en ont Confervée, Elle a été faite par un Bonze, qui vint à la Chine lan 499 de JC, fous le. repne de la dynaftie de Tcy. » Le royaume de Fou-fang eft fitué à vingt li à lorient du païs » de Ta-han. Il ef auf à left. » de la Chine ; il produit une 3 » grande quantité d'arbres nom= » més Fou-fang , d'où le nom » quil porte, lui eff venu, Les » feuilles de Fou-fang font, fem- » blables à celles que les Chinois » appellent tong. Lorfquelles » commencent à paroître , elles » reflemblent aux bourgeons des » rofeaux appellés bambous, & » les habitans du païs les man- »_ gent. Son fruit a la figure d'une. » poire tirant fur le rouge; de … » fon écorce on fait de la toile &. » d'autres étoffes dont les habi- » tans fe fervent pour s'habiller. » On en fabrique auffi du papier, » &t les planches que lon en ti- » re, font employées:la conf. 3 33 D. 2 truétion des maïfons, On n'y trouve point de villes murées. Ces peuples ont une efpèce d'écriture , &ils aiment la paix. Deux prifons placées, l'une au 3 32 deftinées À renfermer les cri minels, avec cette différence, % que les plus coupables font mis 32 dans la prifon du nord, & CF » transférés enfuire dans celle du » midi, s'ils obtiennent leur gra- » ce; autrement ils font condam- à nés à refter toute leur vie dans » la première. Îls onc la liberté de’ »_s'y marier; mais, leurs enfans » font faits efclaves, Lorfque les » criminels fe trouvent tenir un » des principaux rangs dans la » nation, /les autres chefs s'affem- » blent au tour d'eux, les pla- -» cent dans une fofle, & font un » grand, feflin en leur préfence ; » On les juge enfuite,. Ceux qui » Ont mérité la mort, font enfe- » velis vifs dans de la cendre, & » leur poftérité eff punie fuivant -n [a grandeur du crime, » Le Rot porte le‘utre de no- » ble Y-chi. Les principaux dela * nation après lui font les grands » @ les petits Touy-lou, & les # No-ta-cha. Ce Prince eft pré: » cédé de tambours & de cornets ». quand il fort. [l change la:cou- » leur de fes habits tous les ans. -» Les bœufs de ce païs portent » Un poids confidérable fur leurs » cornes ; on les attelle à des » chariots” Les chevaux & les » cerfs {ont employés au même »-ufage,- Les habitans nourriffent » des biches comme à la Chine ; » 8 ils en tirent du beurre. On » trouve chez eux une efpèce de » poire rouge qui fe garde pen- » dant un an fans fe corrompre, » vue grande quantité deplayeuls, » des pêches, du cuivre; il n'y a » point dé fer, & or & l'argent » n’y font point eflimés. » Celüt qui veut fe marier , » conftruit une maifon ou caban- » ne près de celke de la fille qu'il » a deffein d’epouter ; & ila foin » de répandre tous les jours pen- » dant l'année nne certaine quan- .»_tité d'eau fur fa terre ; il époufe' » enfuîite la fille, fi elle veut Y » confentir, fi nonilva chercher » fortune aïlleurs. Les cérémo- » nies du mariage font, pour la » plus grande partie, femblables » à celles qui fe prafiquent à la » Chine. À la mort dés parens, » ils jeûnent plus ou moins de » jonts , felon le deoré de con- -» fanñouinité, & pendant leurs »-pneres ils éxpofent l'image du » défunt, [ls n’ont point d'habits » de deuil, & le Prince qui fuc- » cède à fon pere, ne prend foin »_ du gouvernement que trois ans » après fon élévation. » Anciennement ces peuples » n'avoient aucune connoiïflance » de la religion de Fo; l'an 458 de » J. C: fous la dynaftie de Sum, » cinq Bonzes de Samarcande » allerent prêcher leur doûrine » dans ce pais; alors les mœurs » changetent. « L'Hiftorien dont Ma-tuon-lin a copié cette relation , ajome qu'on n'avoit aucune connoïflance du païs de Fou-fäng avant l'an 458 ; & M. de Guisnes aflure qu'il n'a vu que ces deux Écri- vains qui en parlent d’une ma- nière étendue; quelques Auteurs de diétionnaires qui en font anffi mention , fe contenrent de dire qu'il eft fitué dans l’endroit où le” Soleil fe leve. Cette relarion nous apprend que le Fou-fang eft éloigné de” vingt mille li du Fa-Han où Kaim. chatka , diflance prefque auf D üj L CH Gaérabte que celle qui eff en- tre les côtes du Leao-tong & le Kamchatka. Ainfi , en partant d'un des ports de ce dernier, comme de celui d'Avatcha, & - faifant voile à lorient dans un efpace de vingt mille li, ce qui préfente une grande étendue de mer, la route fe termine fur les côtes les plus occidentales de l’A- mérique, & vers l'endroit où les Ruffes ont abordé en 1741. Les Hifloriens Chinois parlent encore d'un pais plus oriental de mille li que celui de Fou-fang. Ils le nomment le royaume des femmes. Mais, leur relation eft xemplie de fables , femblables à celles que nos premiers Voya- geurs ont débitées fur les pais nouvellement découverts. » Les habitans de ce royaume » font blancs ; ils ont le corps » velu & de longs cheveux qui »_ tombent jufqu’à terre.; À la fe- » conde ou à la troifième lune, _» les femmes vont fe baigner » dans un fleuve, & elles de- » viennent enceintes. Elles enfan- 2 » tième lune. Au lieu de mam- » melles , elles ont derrière la » tête des cheveux blancs d’où il fort une liqueur qui {ert à allaï- Li LHC we 3 , \» ter leurs enfans. On dit que » cent jours après leur naiflance, » ces enfans font en état de mar- » cher , & paroïflent hommes 3 » femmes prennent la fuite à la ». vue d'un étranger, & elles font » très-refpectueufes envers leurs » maris. Ces peuples fe nourrif- » _fent d'une plante qui a le goût Ca NS tent à la fixième ou à la fep- faits à trois ou quatre ans. Les EH =» & l'odeur du fel, & qui pour » Cette raifon porte le nom de » plante que l’on appelle en Chi- » nois, Sie-hao, qui eft une efpè- » ce d'abfinthe. « - [left aifé d'appercevoir dans ce récit , que les femmes de ce pars allaitoient leurs enfans par deflus leurs épaules , comme en plufieurs endroits des Indes ; ce qui a donné lieu à la fable que l’on rapporte. - On trouve encore dans les mê- mes Auteurs , que l'an 507 de J. C. fous le regne de la Dynaftie des Leam , un vaifleau Chinois, qui faifoit voile dans ces mers, fut porté par une tempête dans une ïfle inconnue. Les femmes reffembloient à celles de la Chi- ne ; mais , les hommes avoient la figure & la voix comme les chiens. Ces peuples fe nourrif- foient de petites fèves, avoient des habits faits d’une efpèce de toile , @& les murailles de leurs maifons étoient conftruites avec de la terre élevée circulairement, Les Chinois ne purent entendre leur langue. Il y a lieu de croire que les fèves dont on parle, font le maïs; & le chevalier de Tonti, dans fa relation de la Louifiane, rapporte que les Taëncas , en parlant à leur Roi, ont coûtume de faire de grands hurlemens, comme pour Jui rendre plus de refpe&t , & fai- re connoître leur admiration, Une pratique femblable chez les peu- ples de l'ifle dont il s’agit , a pu faire dire aux Chinois qu'ilsavoient la voix femblable à celle des chiens. Nous ne pouvons douter à prés fent que les Chinois n’aient péné- tré fort avant dans la mer du Sud, qu'ils ne l’aient parcourue, &t que par conféquent ils n'aient eu affez de hardieffe & affez d’habileté dans la navigation pour fe rendre vers la Californie. L'examen de la rou- te qu’ils tenoient, & les diftances qu'ils ont données , prouvent qu'ils y alloient l’an 458 de Jefus- Chrift. Nous trouvons en effet quelques traces de ce commerce *_ dans nos relations, George Horne nous apprend qu'à l'occident du païs des Épicériniens, voifins des Hurons, habitoit un peuple , chez lequel on voyoit aborder -des marchands étrangers , qui n’a- voient pas de barbe, &t qui mon- toient de grands vaiffeaux. Fran- çois Vafquez de Coronado ra- conte aufhi que l’on a tronvé à Quivir des vaiffleaux dont les poupes étoient dorées ; & Pierre Mélendez, dans Acofta, parle de débris de vaiffleaux Chinois vus fur les côtes. C'eft encore un fait confiant , qu'il venoit autrefois chez les Catualcans des mar- chands étrangers vêtus de foie. Tous ces témoignages joints à ce que nous avons rapporté, devien- nent comme autant de preuves que les Chinois trañiquoient au nord de la Californie, vers le pais de Quivir. Nous ferons obferver encore, ce qui eft une fuite né- ceffaire de ce commerce, que de toutes les nations Américaines, les plus policées font fituées vers la côte qui regarde la Chine. Aux environs du nouveau Mexique, ona trouvé des peuples quiavoient des maifons à plufieurs étages, — robes de coron & de CH avec des falles, des 2. des étuves. Ils étoient vêtus de peaux 3 mais, ce qui n’eft point ordinaire aux Sauvages, c'eft qu'ils avoient des fouliers & des bottes de cuir. Chaque bourgade avoit fes crieurs publics, qui annonçoient les or- dres du Roi , & par tout on voyoir des idoles & des temples. Le Baron de la Montau parle auffl des Morambecs qui habi- toient des villes murées, fituées auprès d’un grand lac falé, & fa- briquoient des étoffes de laine, des haches de cuivre & divers au- tres ouvrages. Quelques Écrivains ont pré- tendu que ces peuples policés, fitués au nord, font des reftes des Mexicains qui prirent la fuite dans le tems que Fernand Cortez pénétra dans le Mexique, &c-qui, remontant au nord de leur pais, allerent fonder des royaumes con- fidérables , entrautres celui de Quivir. Quoique cette conjec- ture paroïfle n'être pas deftituée de fondement, nous lifons néan- moins dans Acofta, queles Mexi- cains eux-mêmes étoient, long- tems avant l'invañon des Efpa- enols , fortis da nord ; ce qui por- te à croire que les Chinois, qui abordoiïent dans cette partie fep- tentrionale de l'Amérique, ont dû contribuer à les civilifer. La fondation de l'Empire du Mexi- que ne remonte pas au de-là de l'an 820 après F, C. Époque pof- térieure de plufieurs fiecles aux navigations des Chinois , dont la première eft de 458. Les peuples: qui l’habitoïent avant l'an 820, &£ D iv S6 GK qui-portoïent le nom de ChHichi- meques , étoient des Sauvages re- tirés dans les montagnes, où ils vivoient fans loix , fans religion & fans Prince pour iés pouver- ner. Vers l’an 820, les Navatal- ques ; nation fage & policée, fe rendirent au Mexique, dont ils chaflerent les habitans , & y fon- _derent le puiffant Empire que les Efpagnols ont détruir. Les Nava- talques n’apporterent pas. du nord la coûtume de facrifier des vitti- mes humaines; ces facrifices bar- baresne furent inftitués qu'après leur entrée dans le Mexique, & à l’occafñion d’un événement dont on trouve l’hifloire dans Acofta. Ileft aifé maintenant , dit M, de Guignes , d’appercevoir de quelle manière l'Amérique a été peuplée, Il y a beaucoup d’appa- rence que plufieurs colonies ÿy-ont pallé par le nord de l’Afie, dans endroit où les deux continens font les plus voifins, & où une grande ifle qui s'étend de l'orient en occident, & qui femble les réunir , rend encore le paflage plus facile. Elles-ont pu s’y ren- dre, foit à la faveur des places qui, dans ces mers, durent quel- quefois pendant deux ou trois ans , Comme on en a vu des exemples de nos jours, foitavec le fecours des canots en ufage chez les Groënlandois & autres barbares du nord, voifins de la - partie la plus orientale de la Si. bérie. On peut alléguer quelques faits qui confirment la facilité du paf- fage; nous les tirons du P. Char- levoix, qui rapporte que le P, GC H Grellon , après avoir travaillé quelque tems dans les Miffions de “Ja nouvelle France, pafla à celles de la Chine, & de-là en Tarta- rie, où il rencontra une femme Huronne qu'il avoit connue en Canada, Elle avoit été prife en guerre, &-conduite d’une nation À . l'autre jufqu'en Tartarie. Un au- tre Jéfuite de retour dela Chine, raconte aufh qu’une femme Efpas gnole de la Floride, qui avoit eu le même malheur , après avoir traverfé des répions très-froides, s’étoit enfin rencontrée en Tar- tarie. à Quelques extraordinaires que puiflent être ces relations, il n’efl cependant pas impoflible de les concilier avéc la Géographie. Ces femmes parvenues au bord de la mer qui lavent les côtes occiden- tales de Amérique, ont d'abord “paflé avec des canots dans l’ifle qui fe trouve dans le détroit, d'où. abordé au continent. elles ont d'Afie ; & prenant enfuite la route du Ta-han, que nous avonsin- diquée, elles fe font approchées de la Chine. M. de Guignes, dans un autre mémoire , après avoir. examiné l'origine des lettres Phéniciennes, Hébraïques, &c. effaie d'établir que le cara@ère épiftolique, hié-. roglyphique & fymbolique des. Égyptiens fe trouve dans les ca- ractères des Chinois, & que Ja nation Chinoife eft une colonie Égyptienne , & celle de toutes les colonies de l'antiquité, qui a: le mieux confervé fon origine fes monumens. » Cette confé- » quence ; ajoûte M, de Gui- RE — SEE Ter| 5) y 3 » 3 D) 3) 3) ELA » » # 3 » » » 3) » » 5 3 5 3 3 3 » » 5 5 FH] » 3 » 3) 3 » » d » 3 3 3 3» » 9? CH ‘ges, me conduit à une autre, Les premiers Empereurs de la Chine , enfuite les deux pre- mières Dynafties; qui ont regné environ douze cens ans , ne de- viennent plus que des Dynafties gyptennes, dont la colonie a fait la tête de fon hifioire, Dans les cinq premiers Empereurs de la Chine, c'eft-ä-dire, Ki faccefleur de Yu, Kans, Féhong, Siang , je lis dans les anciens caraétères Yadoa, qui répond à Athoës fuccefleur de Menès ; Yabia, qui répond à Diabiès; Phenphi, qui répond à Pemphos ; Aïm qui répond à Amachus. On voit que ces Princes font les premiers rois de Thebes. En effet les évene- mens concourent à établir tou- tes ces vues...... L'ancienne année Chinoïfe eft Ja même que celle des Égyptiens. La grande muraille eit ün ouvrage que des Égyptiens feuls ont pu concevoir , & qui eft compa- rable aux Pyramides, Les An- nales parlent d’une famine de plufieurs années, c’eft proba- blement la famine de Jofeph. Les grands travaux faits pour arrêter les débordemens , ont été faits pareillement en Égyp- te. pour le débordement du il, & ont été accompagnés es mêmes circonftances. Ÿao Paroït connoiître toute la Chi- ne; tous fes fujets paroïflent policés. Quinze cens añs après, nous voyons encore la plus grande partie de la Chine bar- bare ; c’eft une contradiction manifefie , qui ne s'explique | Cr 57 » qu'en regardant Yaocomme un » Prince qui regnoiten Épypre. » Lacolonie Égyptienne ne pa- » roit être venue à la Chine que , »-vers lan 1122 avant J. C. » Alors on voit un Prince qui la »_ partage avec un prand nombre » de capitaines pour les récom= » penfer. Ces capitaines s'éren- » dent däns les provinces , raf- » femblent les peuples barbares, » & les policent; on apperçoir à » cette époque la formation d'un » Empire. « | VIEE Chrétiens établis à la Chine. Nous ne pouvons douter qu'a- yant l’établifflement des Mifions qui fubfftent aujourd'hui dans la Chine , il n'y en ait eu de plus anciennes , je veux dire , fous Île regne des Mogols, qui ont poilédé cet Empire pendant environ qua- tre-vingt-huit ans. Nous en trou- vons un témoignage authentique dans les relations des voyages faits ou à la Chine ou en Tartarie par Plän Carpin, Rubruquis, Marco Paulo , & les autres voyageurs des douzième & treizième fiecles. Au rapport de Haiton, Écrivain con- temporain , Mangou-khan avoit. reçu le baptême des mains d'un: Évêque qui étoit chancelier du roi. d'Arméme ; fon fuccefleur Cublai-khan , qui étoit devenu le maitre abfolu de toute la Chine, avoit imité cet exemple ; & Mar- co Paulo, qui vivoit dans le mé- me tems, ditavoir vu dans plu- fieurs villes de la Chine, des Églifes & un grand nombre de- Neftoriens. Il eff vrai que ; felon. 58 . CH Rubruquis, ces Neftoriens mé- mes. étoient moins Chrétiens que Mahométans ou Payens ; ils avoient oublié le Syriaque qui étoit leur langue naturelle ; is époufoient plufieurs femmes, &, à l'exemple des Mufulmans, ils avoient tranfporté au vendredi la célébration du dimanche. Ils fai- foient ordonner prêtres leurs en- fans au berceau, & dans certains tems de l’année , ils alloient offrir : ‘ de l’encens aux cavales de l'Em- pereur. Si les prêtres Neftoriens tiennent une conduite fi oppofée à la religion, que devons-nous penfer du Chriftianifine des Kans - Mogols? Nous devons cependant avoir une idée plus favorable de celu: de la Chine , où les peuples font bien éloignés de cette bar- barie que nous voyons regner parmi les Tartares; mais, quel que puiffe être le Chriftianifme , ï eft toujours certain qu'il éroit établi à la Chine dans le douziè- me fiecle ; nous le trouvons en- core dans des tems plus recalés ; & versl’an 867, Mafoudy nous apprend qu'on rebelle Chinois ayant pris cette année Ja ville de Canfou , aujourd'hui Canton, il y périt fix vingt mille Mahomé- tans, Juifs, Chrétiens & Parfis, qui y demeuroient pour leur né- goce. Voilà le témoignage étran- er le plus ancien que nous ayons de l'établiffement des Chrétiens à la Chine ; mais , l’an 7625 onen a découvert un dans le pais même beaucoup plus authentique. En creufant dans un village près de la ville de Siganfou , ca- pirale de la province de Chenfy ; CH on trouva une très-prande pietré, au haut de laquelle étoit une croix, & enfuite une Infcription quien occupoitc toute l'étendue; une par- * tie éroir en carattères Chinois, & l'autre en caraétères Syriens ma- jufcules, appellés communément Stranghelo, Le Mapiftrat du heu, qui crut devoir la conferver, la fit tranfporter dans un temple de Bonzes. é L'Infcription Syriaque portoit que ce monument avoit été élevé pendant que Anan-yefou , pa- triarche des Neftoriens, étoit fur le fiege , l'an 1092 des Grecs, de J. C. 781 , par les mains de Mar-yazed-buzid, prêtre & chor- évêque de Chumdan, fils d'u autre prêtre venu de Balkh, ville du Tokhareflan. On voit enfuite les fignatures d’un grand nombre de prêtres Neftoriens. Nous apprenons, par l’Inferip- tion Chinoife , que le monument fervoit à conferver la mémoire de létabliffement de la très-illuftre loi du Ta-tfin, & qu'il avoitété érigé par Kim-teim, Bonze d’une pagode de Ta-tfin. Tout ce qui fuitcontient les principaux dogmes de la religion Chrétienne; il y el rapporté qu'Aloho , c’eft-ä-dire, Dieu, en langue Syrienne, créa le ciel & la terre ,; & que Satan: ayant féduit le premier homme, Dieu envoya le Meffie pour déli- vrer les hommes du péché origi- nel ; qu'il naquit d'une vierge dans le pais de Ta-tfin, & que - des Perfans vinrent l’adorer, &c. Ce feroit ici le lieu d'examiner en quel tems les Chrétiens ont commencé à pénétrer.dans la Chi- CH ne; c'eft une queftion curieufe, mais qu'il n’eft pas aifé d'éclaircir parce que les Chinois n'entrent. pas dans d’aflez grands détails fur ce qui regarde les pais étrangers; cependant, après avoir confidéré attentivement toute l’hiftoire de la Perfe , de la Tartarie & de la Chine, depuis le premier fiecle, on eft porté à croire que les Chrétiens n’ont pas été long-tems fans y aller. : Une foule d'Auteurs , tant Grecs que Syriens, paroifflent ne pas douter que Saint Thomas n'ait pénétré dans l'Inde pour y pré- cher la Religion Chrétienne, après l'avoir annoncée aux Parthes & aux peuples de fa Ba@riane. On dit auf que Saint Barthélemi y pénétra. Joignez à ces témoigna- ges authentiques cetre ardeur que les premiers Chrétiens avoient de porter l'Évangile chez les Infide- les. On ne peut fe perfuader qu’ils aient néplicé l'Inde , fi connue alors & fi fréquentée, en confé- quence du commerce qui étoit en- tre fes habitans , les Syriens, les Perfes & les Arabes. Or, dans ce même tems, les Chinois envoient chercher dans l’Inde les livres d'une religion qui fe trouve être celle de Fo , & en l'introduifant dans la Chine, ils introduifent le culte des idoles. On pourroit être tenté de croire que cette ambaf- fade > Envoyée dans l'Inde par l'empereur Mim-ti,. regardoit le Chriftianifme, qui y étoit prêché par les premiers Chrétiens ; que. les ambaffadeurs le firent connoi- à la Chine, mais qu'infenf- lement, & faute d’un affez grand CH 59. nombre de Miffionnaires, il dégé- néra en un culte Idolâtre & # trouva confondu avec la religion Indienne , comme les Chmois le confondoient encore dans Je fep- tième fiecle ; ainfi, ces peuples auroïent eu connoiflance du Chrif- tianifme dès l'an 65 de Jefns- Chrift ; mais, il eft certain que vers l'an 337 les Chrétiens étoient en grand nombre dans cet Empi- re, puifqu’un Bonze du Ta-tfn, c'eft-à-dire , fuget de l'Empire Romain, qui fe faifoit nommer Héou-tfe-kouam-jo , à la tête d’un grand nombre de partifans, voulut fe faire déclarer Empereur, fe difant fuccefleur de Fo, c’eft- à-dire, de Jefus-Chriff. doi qu'il en foit, dans le pre- mer fiecle les Chinois étoient en relation avec les nations occiden- tales ; leurs armées s’étoient avan- cées jufques vers la mer Cafpien- ne ; de forte qu'indépendamment de la route des Indes, qui étoir cependant la plus facile, les Mir fionnaires pouvoient s’y rendre pat la Tartarie. À peine avoient-ils quitté les frontières du païs des Parthes, qu'ils devoient fe trou- ver fur celles des Chinois, dont la demination s’étendoit jufqu'aux environs de Kafchgar & de la Ba@riane. On ne peut donc s’ima- giner que les premiers Chrétiens, difperfés dans la Perfe & dans les Indes , aient négligé de porter à ja Chine la connoïffance de l'É- vangile, pendant qu’une foule -de négocians y portoient leurs. mar- chandifes. Dansla fuite, quelques fetes Chrériennes, qui avoient puié. 66 CH une ifle très-fameufe des Toniens, & qu'elle a une ville du même nom, en quoi il parle jufte ; l'au- tre Chio de Carie eft imaginaire. Le même Étienne de Byzance met une autre ville du nom de Chio dans l'Eubée, CHIOMARE,, Chiomara, (a) femme d’un haut rang , d'une rare beauté, & plus recommandable encore par fa vertu. Elle avoit époufé Ortiapon , l’un des chefs des Gaulois ou Galates. Ayant été prife vers l'an de Rome 563 avec plufieurs autres à la déroute du mont Olympe , elle étroit gar- dée par un Centurion, aufh paf- fionné pour l'argent que pour les femmes, D'abord il tâcha de l'en- gager à confentir à fes infames défirs; mais, ne pouvant vaincre fa réfiftance & fa fermeté , il crut pouvoir employer la violence fur une femme que fon malheur avoit réduite à l'efclivage. Enfuite, pour lui faire oublier cet outrage , il lui offrit de la renvoyer en liberté, non cependant fans rançon. Îl convint avec elle d'une certaine fomme ; & pour cacher ce com- plot aux autres Romains, il lui permit d'envoyer à fes parens tel des prifonniers qu'elle voudroit Choïfir, & marqua près du fleuve, Je lieu où fe feroit l'échange de la Dame & de l'or. Par hazard elle avoit un de fes efclaves parmi les prifonniers. Ce fut lui fur qui elle Jetta les yeux; & aufli-tôt le Cen- * turion le conduifit hors des corps- de-pardes à la faveur des téne- CH bres, Dès la nuic fuivante, deux parens ou amis de la Princefle fe trouverent au rendez-vous, où le Centurion amena aufli fa prifon- nière.. Quand ils lui eurent pré- fenté le talent attique qu'ils avoient apporté, c'étoit la fomme dont on étoit convenu , la Dame dit en fa langue à ceux qui étoient venus pour la recevoir, de tirer leurs épées , & de tuer le Centu- tion qui s’amufoit à pefer cet or. Alors cette femme , charmée d’avoir lavé par fon courage l'in- jure faite à fa chafleté , prit la tête de cet officier qu'elle-:même avoit coupée, & la cachant fous fa robe, elle alla retrouver fon. mari Ortiagon qui s’en étoit re= tourné chez lui après la défaite des fiens au mont Olympe. Avant que de l’embraffer , elle jetta à fes pieds la tête du Centurion. Étran- gement furpris d’un tel fpeétacle, il lui demanda de qui étoit cette tête, & ce qui l’avoit portée à faire une action fi peu ordinaire. à fon fexe. Le vifage couvert d’une fubite rougeur, & enflam- mée en même tems d'une fiere indignation , elle avoua l’outrage qu'elle avoit recu, & la vengean- ce qu'elle en avoit tirée. Pendant tout Jerefte de fa vie, elle con- ferva toujours le même attache- ent pour la pureté de vie & de mœurs qui fait la principale gloire du fexe, & foûtint merveilleufe= ment lhonneur d'une ation fi male & fi généreufe. Plutarque raconte ce fait dans : {a) Tite Liv. L XXXVIN, c, 24 Roll. Hif, Rom, Tom, IV, pag. 362 & HET { CH le traité des vertus & des belles actions des Dames, & c’eft lui qui nous a appris le nom de celle-ci, bien digne d'être tranfmis à la poftérité. CHION , Chion, (2) l’un des principaux chefs de Ja conjuration formée contre Cléarque , tyran d'Héraclée. Après avoir tué le Tyran, il fur lui-même tué par fes gardes, les autres conjurés ne lui-ayant pas donné un aflez prompt fecours pour le fauver. CHION, Chion > (ë) nom d'une courtifanne, dont il eft fait Mention dans Juvénal. - CHION , Chion, (c) terme qui fe lit dans le texte Hébreu d'Amos. Le paflage ef cité dans les Ales des Apôtres, où l’on Bt ainfi, fuivant la Vulgate. Pous avez porté le tabernacle de Mo- loch , & l'étoile de votre dieu Remphan, qui font des figures, que VOUS avez faites pour les ado- rer. Le texte Hébreu d'Amos dit : Vous avez porte les tentes de votre Roi & le piédeftal [le Chion | de vos figures , l’éroile de vos dieux que vous vous êtes faits. Îl y a aflez d'apparence que les Septante ont lu Repham ou Re- van, au lieu de Chion , ou Che- van, & qu'ils ont pris le piédef. tal pour un dieu, D’autres croyent Voir ici trois faufles divinités : Meloch, Chion & Remphan. autres veulent que ces trois noms ne marquent qu'un même dieu, & que ce dieu étoit Satur- (a) off. Le XVI. es. (b) Juven, Satyr, 3. v. 136 (c) Amos C5 Ve a6. Attu, Apoit. Ce 7e Ve 43: C H 67 ne & fa planete. Saumaïfe & Kircher avancent que Kiion éft Sa- turne , & que {on étoile s’appelle Keiran chez les Perfes & les Ara- bes , & que Remphan où Rephan figaifioit la même chofe chez les Égyptiens. On ajoûte que les Septante qui faifoient leur traduc- tion en Égypte,ont changé le terme de Chion en celui de Remphan, parce qu'ils avoient l’un & l’autre la même fignification. D'autres veulentencore qu'Her. cule fût repréfenté par Chion , parce que, difent-ils, ce dieu en Egyptien s’appelloit Chon; & ils ajoûtent que c'étoit le fymbole du Soleil , parce que foit que ce nom vienne de l’Hébreu feir , col , c’eft-à-dire , i/ éclaire tour $ foit qu'il vienne du Grec Hépoc mé, C'eft-à-dire , /7 gloire de Pair, i eft clair qu’il marque Je Soleil; car, d'où l'air recoit-il fa lumière , fi ce n'eft du Soleil ? M. Bafnage, dans fon livre in- titulé Antiquités Judaïques , après avoir beaucoup difcouru fur Chion ou Remphan, conclut que Mo- loch étoit le Soleil, & Chion ou Remphan la Lune. CHIONE, Chione , Xibyu» (4) fille de Dédalion , étoit d'une ex cellente beauté. Dès l'âge de qua. torze ans , elle fut aimée de tout le monde, & recherchée de tous ceux dont la condition pouvoit leur donner quelque efpérance. Un jour , comme Apollon & Mercu- re révenoient ; l’un de Delphes : (4) -Ovid. Metam. L. XI. c. 9: Myth, par M. lAbb, Ban, Tom. VIII, pag. 46, 47: Méim. de l'Acad, des Infc, & Bell: Lert. Tom, X, pag. 201. ; E ij 68 CH l'autre du mont Cyllène, ils la virent, & tous deux en même tems commencerent à l'aimer. Apollon différa jufqu’à la nuit pour fatis- faire fa pafñion ; mais, Mercure ne put différer plus long-tems; il l'endort & fe fatisfait ; & dès qu'il fut nuit, Apollon déguifé en vieil- le, vint à fon tour (e fatisfaire. Chione conçur de l’un & de l'au- tre, & neuf mois après , elle ac- coucha de deux fils. Elle eut de Mercure un enfant ingénieux qu’on appella Autolyeus, & qui montra par fon adrefle dans toute forte de larcins, qu'il ne dégéné- roit pas de fon pere. Mais, elle eut du dieu du jour lexcellent Philammon, qui chantoit parfai- tement, & jouoit de même de la lyre, & qui fit voir par fes qua- liés de quel fang il éroit forti. Cependant, il ne fervit de rien à Chione d’être mere de deux en- fans fi renommés, d'avoir eu des dieux pour amans , d’être fille d'an pere illuftre, & d’avoir pour fon ayeul le plus puiflant de rous les dieux. Au contraire tous ces avantages furent la caufe de fa perte. En étantdevenue orpueil- leufe , elle eut la hardiefle de pré- férer fa beauté à la beauté de Diane, & même de la méprifer, Mais, elle éprouva bientôt que les dieux fonttoujours puiflans, & que leurs vengeances font toujouts prêtes. Diane offenfée de l'orgueil de cette fille, prit fon arc, & lui tira une fleche , qui lui perça la langue qui avoit commis la fante. Chione perdit de ce coup, pre-. mièrement.la parole, & enfüuite voulant s'efforcer de parler, elle CF erdit la vie avec fon fang. L'on dit que Chione eur deux maris, dont l’un étoit un véritable Mercure, & l’autre un véritable Apollon ; qu’elle eut un fils de chaque mari, que ces deux enfans tenoientchacun del’humeurdeleur pere; que le fils de celui qui reffém- bloit à Mercure, fut un fourbe & un voleur ; que l’autre fut un hon- nête homme qui aima les fciences & les beaux divertiflemens , & que ce font ces circonftances qui ont donné lieu à cette fable. Car, de croire que cette femme ait en même tems conçu de deux hom- mes, c’eft une chofe qui n’a point lieu , & qui elt contre l’ordre de la nature. L'on veut donc faire voir par cette fable que les enfans. tiennent ordinairement de leurs. peres , & que la nature qui garde inviolablement cette loi en toutes fes opérations , que ‘la chofe pro- duite, reflemble à celle qui l’a roduite , l'obferye bien fouvent en l'homme. Ce n'eft pas , difent quelques uns , qu'Autolycus & Philammon foient nés ni de Mercure , ni d’A- pollon ; mais on veut montrer par-là qu'ils font nés fous ces pla- netes ; & que fi l'on s'arrête à l’o- pinion de ceux qui donnent com me une puiflance fouveraine aux influences des aftres , on peut dire que les hommes font les enfans des planetes fous lefquelles ils font nés, parce que ces planetes les forment & les rendent ce qu'ils font. Autolycus fut donc un vo- leur, parce que cèux qui ont comme lui pour leur afcendant Mercure, placé dans un mauvais CH endroit du ciel, font pour lordi- naïre de l'humeur d’Autolyeus , & en ont les qualités. Nous dirons la même chofe de Philammon; car , ceux à la naïffance defquels le Soleil préfide, placé dans un bon endroit du ciel, ont de l'in- clination pour les chofes honné- tes, & pour les belles fciences. Quant à la manière dont Chio- ne fut tuée par Diane, cela n’a d'autre fondement que fa mort prématurée. Son pere , affigé de la mort d’une fille unique qu'il aimoit tendrement, fut changé en épervier ; fittion tirée de ce qu'apparemment il abandonna le pais pour aller s'établir dans un lieu éloigné. CHIONE, Chione, Xitrm, (a) fille de Borée & d'Orithyie, eut de Neptune, Eumolpe, qui fut un homme d’un grand courage. CHIONE , Chione, X:om, (6) lune des maîtrefles de Neptune, felon Saint Clément d'Alexandrie. Eft-ce la même qui précede, ou quelque autre différente ? quel- ques-uns font Chione mere de ape, --CHIONIDEÈS ; Chionides , Xvid y, Poëre d'Athènes, vi- voit fous la 7oe Olympiade, huit ans avant la bataille de Marathon, & 500 ans avant J. C. On le met ordinairement le premier entre les Poëtes de la commédie an- cienne. CHIONIDES XYPÉTÉON, Chionides Xypeteon ; Xierldus Svreræo, (c) certain homme, (a) Pauf. p, #0. (ë) Antiq. expl. par D, Bern, de Monif, Tom, I, pag, 65, 376 S19e CH 69 dont parle Démofthène dans une de fes harangues. : : 2 CHIONIS , Chionis , Xwwc, (d) célebre Athlete de Lacédé- mone , qui avoit gagné plufeurs fois le prix aux jeux Olympiques. Paufanias , dans fes Meflénia- ques, dit qu'il remporta Ja vic- toire pour la troifième fois fous l’archontat de Miltiade , en la 20e. Olympiade; mais, c’eft une mé. prife. de quelque copifte , qui a écrit un nombre pourun autre, car Paufanias, dans fes Arcadi- ques ; dit bien nettement que. Mültiade fut archonte à Athènes la deuxième année de la 30e Olym- piade , en laquelle Chionis fut vainqueur au fiade pour la troi- fième fois. Les vittoires de Chionis étoient gravées fur une Colonne, qui fe voyoit à Olympie. Quelques- uns , & c’étoient fans doute des Éléens, s’imaginoient que cette colonne avoit été pofée par Chio- nis lui-même, & non par le peu- ple de Lacédémone. » Parler » ainfi, dit Paufanias, c'eft par- » ler en étourdi; caf, l’Infcrip- » tion dit expreflément que l’ufa- » ge de courir armé n'avoit pas » encore été introduit. [l faudroit » donc que Chionis eût deviné » que les Éléens introduiroient » un jour cet ufage. C’eft fe trom- ». per encore plus lourdement que » de prendre la ftatue qui-eft » adoflée contre cette colonne ». pour la ftatue de Chionis, pui » que c’eft Myron qui l'a faite, «. (c) Démofth. in Neær: p. 86: : (d) Pauf, pag, 260 , 261, 366, 3670 ii 70 C H Myron Athénien étoit de beau- coup antérieur à Chionis ; ain, il n'avoit pu faire la ftatue de ce Chionis ; voilà ce que l’Auteur veur dire, CHIONIS, Chionis, Xrne, (2) fameux ftatuaire , qui avoit fait une Minerve & une Diane, que l'on voyoit à Delphes, - CHIONITES, Chionite, peuples d’Afie, voifins des Per- fes, felon Ammien Marcéllin. Ju- nius prétend qu'il faut lire Cyna- molges. Si ce pallage étoit unique dans Ammien Marcellin , un Grammairien pourroit propofer ce changement comme une con- jeéture ; mais, cet Hiforien parle en plufieurs endroits de ces peu ples, & les nomme conftamment Chjonites. - Ï] dit, au livre dix-feptième, que le roi de Perfe fe trouvant aux fronuères des nations exté- rieures, & ayant fait alliance avec les Chionites & les Gélons, les plus braves guerriers de tous, étoit près de s'en retourner dans “fes États, lorfqu’il reçut une lettre de Sapor. Il dit ailleurs : » Il y # avoit en ce tems-là un Satrape _» de Corduerne, foumis à la do- » mination, des Perfes, nommé » Jovinien, ami fecret des Ro- » mains..... Je fus envoyé vers » lui avec un centurion , homme » de confiance... Îl me donna » unguide difcrer & qui connoif- » foit tous les chemins, & me fit » aller {ur des roches extrême- > ment hautes & affez éloignées » de-là ; d’où l’on eût pu voir à (a) Pauf. pe 633: CH » cinquante milles de diftance, » tien ne bornant la vue que la » foibleffe des yeux. Après nous » être arrêtés deux jours, en cet » endroit, le troilième venant à » paroitre, nous vimes tout l’ho- » rizon couvert dé troupes in- » nombrablés ;‘ le roi de Perfe » marchant à la tête , & diftingué » par des habits qui jettoient un » grand éclat. À fa gauche mar- » choit Grumbate,, roi des Chio- » nites; c'étoit un homme entre » deux âges, dont la peau avoit » déjà des rides, mais dont l'ame » ne formoit que de grands pro= » jets, & qui s'étoit rendu fa- » meux par un grand nombre » de victoires. À droite étoit le » roi des Albaniens, &c. « Ce même Grumbate, roi des Chio- nites, paroïît encore au fiege d’A- mide , où 1} combattit avec d’au- tant plus d'erdeur, qu'il venoit d'y perdre fon fils unique , dont Ammien Marcellin décrit les fu- nérailles. Ces trois paflages fufhfent,pour faire voir qu'il ne faut rien chan- ger au nom du peuple Chioni- te, & en même tems fervent à faire voir où il étoit. Les Gélons, dont le Ghilan a confervé lenom, . & l’Albanie Afiatique font des païs , dont la fituation eft connue. Le Satrape de la Cordouene com- mandoit dans la province où font les Curdes, & qu’on appelle le Curdiftan. Ainfr, il n'eft pas fur- prenant qu'il fe foit trouvé des roches telles qu’en vit l'Hiftorien cité, entre ce pais & celui qu'arra= CG H fent l’'Araxe & le Cyrus ; car, l’armée des alliés du roi de Perfe s'étoit afflemblée vers ces quar- tiers-là ; les Gélons & lés Aïba- niens habitoient les bords de la mer Cafpienne , & les Chionites étoient leurs voifins ; cela paroît affez dans les paflages qu’on vient de lire. CHIOS , Chios , autrement Caro. Voyez Chio. CHIPPUR, oz Kirpur, Chippur ; ou Kïippur, fête de Fexpiation folemneile parmi les Juifs. Ce terme vient de cephor, ou kipper, expier. CHIRAME, Chiramus , (a) Xéipauos, excellent ouvrier pour toutes fortes d'ouvrages d’or , d’arvent & de cuivre, étoit fils d'un Tyrien , nommé Ur , & d'une femme de la Tribu de Nephthali, Ce fut de lai que Sa- Jomon fe fervit pour travailler aux chérubins & aux autres ornemens du Temple. Outre les chérubins, il it deux colonnes de cuivre, qui avoient dix-huit coudées de haut & douze de tour, au-deflus def- quelles, étoient des corniches de fonte ; en forme de lys ; & on y voyoit pendre en deux rangs, deux cens grenades auffi de cuivre. Chirame florifloit vers l'an du monde 3003 , & avant J, C. 1032. CHIRAMAXIUM , Chira- Fax%lum, petite voiture dont la conftruétion nous eft inconnue. À ‘ En juger fur l'érymologie du mot, (? Jofeph. de Antiq. Judaïc. p, 260 , | 589 ï 361, (4) Rofin, de Antia. Rom, p. 583. er. FA ce pouvoit être une de celles qu'on poufloit avec la main, & qui reflembloit à nos brouëttes, CHIRIDATES, CHIRIDO- TES, CHIRODOTES, Chiri- date ; Chiridotæ , Chirodote, (b) force de vêtement en ufage chez les Dalmates. Il paroït que c’étoit un vêtement d’une grande richef. fe , & par conféquent très-pré- cieux. CHIRIS, Chiris, ville d'É- gypte dans la Thébaide felon Olympiodore dans fes extraits, cité par Ortélius, CHIRISOPHUS , CArifo- phus, Xapicopas, (c) célebre fta- tuaire. [l y avoit à Tégée une ftatue de fa façon , confacrée à Apollon. On fçait que ce ftaruaire étroit de Crete; mais, on ignoré en queltems il vivoit,& de quelle école il étoit. Ce qui eft certain, c'eft que Dédale fit un affez long féjour auprès de Minos à Gnofle pour y fonder une excellente éco- le de fculpture. Quoi qu'il en foit, Chirifophas étoit lui-même en marbre à côté d’Apollon. CHIRISOPHUS , Cirifo- phus ; Xeipioopos , (d) capitaine Lacédémonien. Il fut mis à la tête de huit cens hommes d'infante- rie, que fa patrie envoya au {e- cours de Cyrus, fous la quatriè- me année de la 94€ Olympiade, 401 ans avant l'£re Chrétienne, lorfque ce jeune Prince s’étois révolté contre fonfrere Artaxerxe Mnénon. (6) Pau, p. $40. (4) Diod, Sicul, p. 405 1 4Ee E iv 7e C H CHIROBALELISTR A, Chiro- Ballifira , Kaip Éamispe , (a) ter- me, qui veut dire la ballfte à la main. C'eft Héron , fameux ma- chinifie., qui donna cé nom à une forte de ballifte, dont voici la def Cription. Elle eft compofée d’une plan- che ronde par un bout, échancrée circulairement par l’autre bout. Le bois de l'arc eff fixé vers l’ex- trémiré ronde; fur une ligne cor- refpondante au milieu du bois de l'arc & au milieu de l’échancrure, ona fixé fur la planche une trin. gle de bois , précifément de la Hauteur du bois de l'arc, Cette tringle eft cannelée femi-circutai- rement fur toute {a longueur, Aux côtés de l'échancrure de l’un des bouts, on a ménagéen faillie dans la planche ,; deux éminences de bois qui fervent de poignée à la ballifte. I! paroît qu’on élevoit ou qu'on baïloit la ballifte par ces poignées; qu'on en appuyoit le bout rond contre terre : qu'on plaçoit le corps dans l'échancrure de l'autre bout ; qu’on prenoit la corde de l'arc avec les mains ; qu'on l’amenoit jufqu’à l’extrérmi- té de la tringle cannelée qui la retenoit;, qu'on relevoit la ballifte avec les mains. ou poignées de bois qui font aux côtés de l’échan. crure; qu'on plaçoit la fleche dans la cannelure de la cringle ; qu'avec la main, otautremeñt, on faifoit échapper la corde de Parc du bout de la tringle cannelée, & que la flèche étoit chaffée par ce moÿen fans pouvoir être arré- 2 CH tée par le bois de l'arc; parce que la cannelure femi-circulaire de la tringle étoit précifément-au-deflus de ce bois, dont l'épailleur étoit apphquee & correfpondoir à l’é- païlleur du bois qui reftoit à la tringle , au-deflous de la canne- lure: CHIROMANTIE , Ciro- mantiaz, Vart de deviner la defti- née, le tempérament & les in- clinations d’une perfonne , par Pinfpetion des lignes qui paroif- fent dans la paume de Ja main, Ce mot vient du Grec y4p ; Manus., Main , & de uarréia, divinatio, divination. | Quelque vain & quelque im- pofteur que foit cet art , un grand nombre d'Auteurs ne laifient pas d'en avoir écrit; tels qu’Artémi- dore, Flud, Joannes de Indagi- ne, &c. Taifnerus & M. de la Chambre font les principaux. Ce dernier prétend que par l'infpeétion des linéamens, que formenr les plis de ja pean dans le-plat de la main, on peut re- connoitre les inclinations des hom- mes; fur ce fondement que les parties de la main ont rapport aux parties internes de l'homme, le cœur, le foie, &c. d'où dé-. pendent, dit-on, en beaucoup de chofes, les inclinations & le carac- tère des hommes. Cependant, à la fin de {on traité, il avoue que les préceptes de la Chiromantie ne font pas bien établis; ni les expériences fur lefquelles on les fonde , bien vérifiées; & qu'il faudroit de nouvelles obferyations () Antig. expl. par D, Bern. de Montf. Tom, IV, p. 136, CH faites avec jufteffe & avec exa- tude ; pour donner à la Chiro- mMantie la forme & la folidité qu’une fcience doir avoir. Delrio diftingue deux fortes de Chiromantie, lung phyfique & l'autre aftrolopique , & pente que la première eft permife , parce qu'elle fe borne, dit-il, à connoitre par les lignes de la main le tempérament du corps | & que du tempérament , elle infere - par conjeéture les inciinations de lame; en quoi il n’y a rien que defort naturel. Quant-à la fecon- de, il la condamne comme vaine, illicite , @& indigne du nom de fcience, par le rapport qu'elle prétend mettre entre telles ou tel- les lignes de la main, & telles ou telles planetes , & l'influence de ces mêrnés planetes fur les évé- . némens moraux @& le caractère des hommes. Les Anciens étoient fort adon- NES à cetre dernière, comme il Paroit par ce vers de Juvenal : Manumque Prebebit yati crebrum popifma T0ganti, C’eft par elle que ces impof- teurs vagabonds , connus fous le nom de Bokémiens & d'Épyp- tlens ; amufent & dupent la po- pulace. Se Delrio entaffe plufeurs raifons, Pour Prouver que l'État & lÉglife (4) Diod, Sicul, pag. 154, Suid. T. I, P: 1127. Pauf, p.197, 325 » 589. Ovid, Metam. L. IL ce. 13, 14, Virg. Georg. L, Il. y. çço. Quintil. LI. €. 8, Myth. Pat M. lAbb, Ban. Tom, VI. 338. dr fuiv, Tom, VIE, Page 3413: 34%, P:-323 3 : CH A ne doivent point tolérer ces di- feurs de bonne aventure ; maïs, la meilleure eft que ce font des vagabonds, que l'oifiveré entraîne dans le crime , & dont la préren- due magie eff le moindre défaut. Le même Auteur regarde en- core comme une efpèce de Chi- romantie , celle où l’on confidere les taches blanches & noires qui fe trouvent répandues fur les on- gles, & d’où l'on prétend tirer des préfages de fanté où de ma- ladie ; ce qu'il ne défapprouve pas abfolument, Mais , il traite cette pratique de fuperfitieufe , dès qu'on s’en fert pour connoi- tre les événemens futurs qui dé- pendent de la détermination de la volonté, CHIRON , Chiron , Xelpor, (az) centaure, qui s’eft rendu cé- lebre dans la Grece. Il peut paf fer pour être de la plus haute an- -tiquité de ce pais-là, paifqu'il a précédé la conquête de la Poifon d'or & la guerre de Troye. Sui- vant ja plus commune opinion, il évoit fils de Saturne & de Phi- lyre la Néréïde, fille de l'Océan; & la Fable le fait naître moiié homme & moitié cheval, parce que ce dieu , honteux d’avoir été pris en flagrant-délit avec fa mai- trefle par fa femme Rhéa ,:s’étoit caché fous la forme de cet ani- mal. Suidas , cité dans le premier livre de fes Theffaliques par le :Mém de PAcad. des Infcript. & Bell, Lert, Tom, II. pag. 20 ; 21. Tom. VIT, pag. 317. Tom. IX. pag. 61, 05, 06. Tom, XIV, p.361. Tom, XVII, p. 46, gr faiv. : 74 CH fcholiafte d’A pollonius de Rhodes, fait Chiron fils d'Ixion & frere de Pirithoüs. Le fcholiafte d'Homère le dit fils de Neptune; & Colu- melle lui donne Amythaon pour pere. Mais, fa mémoire apparem- ment l'aura trompé, obferve M. Fabricius , & lui aura fait prendre Chiron pour Mélampe dans ce vers de Virgile, Phillyrides Chiron Amythaoniuf- que Melampus Il naquit en Theflalie, parmi les centaures , qui les premiers des Grecs eurent l'adreffe de mon- ter un cheval & de le dompter; d'où la fable qu'on a débitée fur leur figure monftrueufe, tire fon origine, Chiron habitoit d'abord une grotte, dans cette partie du mont Pélion, appellée Péléthro- pion, comime qui diroit le pied , Ja bafe , l’affiette , le trône du Pé- lion; mais , dans la fuite , les La- pithes l'en ayant chaffé , il fe re- tira vers le promontoire de Ma- ÉEEs Onle regarde comme l’un des _ premiers inventeurs de la Méde- cine, de la Botanique, & fur tout dela Chirurgie ; ne fût-ce que par allufon à fon nom tiré du Grec Xeip, qui défigne la main ; & Chiron , comme fils de Saturne, devroit prendre date en ce genre de fcience , avant Apollon & fon fils Efculape. On lui attribue la découverte de plufeurs plantes très-faluraires pour: la: guérifon, foic des plaies , foit des maladies , & ‘auxquelles on a donné fon nom. Telles font, entr'autres, la Bryone , appellée Chironia, & C-H- deux efpèces de Panacée , fur- nommées l'une Chironium , lau- tre Centabrium, qui eft, dit-on, notre grande centaurée. il y avoit de plus, cerrains ulcères malins appellés chironiens, à ce qu’on prétend, parce que pour en faire la cure, il ne falloit pas moins qu'un Chiron. Mais, peut-être cette dénomination leur venoit- elle principalement de ce caraétère de malignité ; qui les rendoic les plus difficiles à guérir , les plus dangereux , & les pires de tous les ulcères. = On aflure qu'il exerça le pre- mier la Médecine chez les Ma- néfiens , d'où ces peuples de beffalie avoient pris la coûtume de lui confacrer tous les ans les prémices des plantes médicinales qui croifloient chez eux; & du tems de la guerre de Froye,on ne mettoit en œuvre d'autre mé- decine que celle de Chiron, Une des plus merveilleufés cures de ce Centaure, fut celle qu'il ft, à la recommandation de Pélée, en la perfonne de Phénix , depuis gou- verneur d'Achille, & qu'il guérit de l'avenglement, que la barba- rie de fon pere Amyntor lur avoit caufé, Les connoiffances de Chi- ron ne fe bornoient pas à la feule édecine. Il y joignit celles de la philofophie, de l’aftrologie, dela mufique, de la gymnaftique, de la chafle & de l'arc miitaire. => Héfiode lui fait époufer Naïs. D'autres lui donnent pour femme Chariclo , fille d'Apollon fuivant uelques-uns , de Perfée ou de l'Océan félon d'autres. On dit qu’il en eut un fils nommé Garÿfs CH tos. On eft peu d’accord fur le nombre de {es filles, Le faux Dic- tys de Crete le fait pere de Thé- tis, femme de Pélée. S'il ne l’écoit pas en effet, du moins fe rrouva- t-il aux noces de certe Néréide; il fit fon préfent à l'époux, com- me les autres convives , qu'il a plu aux Poëtes de traveftir en autant de divinités, & ce préfent confiftoit en une lance de frène. Ce Prince lui avoit, en quelque forte, l'obligation d'un mariage fi avantageux, & le Centaure lui avoit fupgéré les expédiens les plus fürs pour y amener Thétis, malgré fes difficultés, & pour la réduire au poinc de ne pouvoir plus s’en dédire ; {ar quoi les Poë. tes ont feint qu'à l'exemple de Protée, elle prenoit diverfes for- mes, pour s'échapper des mains de Pélée. Apollodore & plufieurs autres donnent à Chiron pour fille, En- déis , à laquelle ils font époufer Éaque ayeul d'Achille, & pere de Pélée & de Télamon. Sur ce pied-là, Chiron eût été le bi- fayeul d'Achille ; au lieu que dans Fhypothèfe de Didys, quile fait pere de Thétis, il n’eût éré que layeul de ce héros. Mais, il ne faut pas chercher beaucoup de mufteile dans les généalogies des tems héroïques. Il eut encore-une autre fille nommée Hippo, qui fut femme d'Éole , auquel elle Communiqua la phyfique, l’aftro- nomie, & les autres fciences, dont fon pere faifoit proteffion. La fagefle de Chiron & fon grand {çavoir en tout genre » fi- rent de la grotte qu'il habitoit, CH 75 l'école la plus fameufe & la plus fréquentée de toute la Grece, Prefque tous les héros de fon rems voulurent être fes difciples ; & Xénophon qui en fait le dénom- brement,en compte jufqu'à vingt- un ; fçavoir , Céphale , Elcu- lape , Ménalion, Neflor, Am- phiaraüs , Pélée, Télamon, Mé- léagre, Théfée, Hippolyte, Pa- lamède , Ulyfle , Ménefthée , Diomède , Caftor & Pollux, Ma- chaon & Podalire, Antiloque, Énée, Achille. On voit par ce catalogue, que Chiron a fouvent inftruit les peres & les enfans; & Xénophon fait de chacun d'eux, un court éloge, qui tourne à la gloire du précepteur. L'Hiftorien Grec cependant ne les a pas tous nommés ; il a omis Hercule, Bacchus , Phénix , Cocyte, Ariftée, Jafon, & fon fils Mé- déus, Ajax, Protéfilaüs. Ce n’eft point ici le lieu de les pafler tous en revue; nous nous conteñ- terons de nous arrêter fur quel- ques-uns de ceux qui femblent intéreffer Chiron plus particulie- rement, Pélée,chafté de la maifon de fon pere Éaque, pour un meurtre, {e retira auprès du Centaure, & puifa dans ce commerce plufieurs connoïffances capables de le côn- foler dans fa difgrace. Ge fut du même maître , s'il en faut croire FEoGtance, en cela d'accord avec Xénophon, qu'Efculape , qui fe difoit pourtant fils d'Apollon, ap- pritla médecine. On prétend que Bacchus fut le difciple bien-aimé du Centaure, & qu'il apprit de ce maitre les réjouiflances, les orgies, D d 82 CH dans le nouveau corps , la théorie s’y conferva. On en fut redéWa- ble au précieux refte de l’ancien corps de la Chirurgie. Ces grands Hommes, maloré leur humilia- tion, malgré la douleur de fe voir confondus avec de vils artifans, efpérerent le rétabliffement. de leur art. Ils conferverent le pré- cieux dépôt de la doctrine, &t fi- rent tous leurs efforts pour le tranfmettre fidelement à des fuc- cefleurs, qui pourroient un jout voir renaître la Chirurgie, leur zele n’oublia rien.Parmi cette trou- pe d'hommes avec quiils étoienc confondus , ils trouverent dans quelques-uns des teintures des lettres, prifes dans une heureufe éducation ; dans d’autres, des ta- lens marqués pour réparer, dans un âge avancé, le malheur d'une éducation négligée ; & dans tous enfin, le zele le plus vif pour la confervation d'un art qui étoit de- venu le leur. Ce fut ainfi que la Chirurgie fe maintint dans la poffefion de la théorie. Ce fut le fruit des fen- timens que ces peres de l’art, refte de l’ancienne Chirurgie, fcurent infpirer à leurs nouveaux affociés. Mais, certe poflefhion n’étoit pas une pofleffion d'état, une poflef- fion publique autorifée par laloi, c’étoit une pofleflion de fait, une poffeffion furtive, qui dès-lors ne pouŸoit pas long-tems fe foûtenir. La féparation de la théorie, d’a- vec les opérations de l’art, étroit la fuite infaillible de cet état, & la Chirurgie fe voyoit par-là fur le penchant de fa ruine. On fentit même plus que le préfage de cet- : te décadence , & l'on ne doit point en être furpris ; car, les ditées & les leétures publiques étant interdites, on n’avoit d’au- tre moyen que la tradition pour faire pafler aux éleves les contoif- fances de la Chirurgie ; & l’art dut néceflairement fe reffentir de l'infufhfance de cette voie, pour. tran{mettre fes préceptes. La perte de la Chirurgie étoit donc aflurée. Il ne falloit rien moins pour prévenir ce malheur, qu'une loi fouveraine qui rappel- lât cet art dans fon écat primitif. L'établiflement de cinq démonf- trateurs royaux en 1724, pour enfeigner la théorie &t la pratique de l'art, la fit efpérer. Bientôt après , elle parut comme prochai- nement annoncée en 1731 par la - formation de l’académie royale de Chirurgie dans le Corps de Saint . Côme; & ce fut enfin l'impreffion du premier volume des mémoires de cette nouvelle compagnie , qui amena l'inftant favorable où il plut au Roi de prononcer, Cette loi mémorable non feulement pré- veint en France la chûte de Îa Chirurgie, mais en aflure à ja- mais la confervation & les pro- grès, en fermant pour toujours les voies par lefquelles on avoit penfé conduire la Chirurgie à fa erte, III. Suivanc le droit Romain, où limpéritie éroit réputée une faute, le chirurgien éroir tenu de laccident qu'il avoit occañonné par fon impéritie. Mais, parmi nous, un chirurgien n’eft pas ref- ponfable des fautes qu'il fait par ignorance ou par impéririe ; il faut CH qu'il y ait du do! ou quelqu'autre circonftance qui le rende cou pable. .CHITON , Chiton , Xiro, - (a) nom que les Grecs donnoient à leur habit le plus ordinaire ; &t cet habit étoit la tunique , efpèce de robe , qui defcendoit jufqu'aux genoux, & quelquefois jufqu'aux talons, [ls appelloïent ces tuniques longues , Aod'pUG KIT. CHITONE,, Chüone , (b) fur- nom de Diane. Elle fut ainfi ap- pellée, du culte qu’on lui rendoit dans un petit bourg de l'Attique, ou peut-être du mot Grec xrrœrs habit, parce qu’on lui confacroit les premiers habits des enfans. On la nommoit auf Chitonie. CHITONÉADE, Chitoneas, (c) efpèce de danfe en Phon- neur de Diane. On y jouoit de la flûte. CHITONIE, Chitoria, far- nom de Diane, le même que ce- lui de Chirone, Voyez Chitone. CHITONIES, Cironia, (d) fêtes que l’on célébroit en l’hon- neur de Diane de Chitone, village _de l’Attique , d'où cette Diane fut appellée Chitonie. CHXFTONISQUE , Chitonif- cus , Xirovlcyoc, (ë) nom d'une tunique de laine que les Grecs portoient fur la peau, & qui leur fervoit de chernife. Les Romains, qui avoient le même vêtement, l'appelloient. fzhucula. (2) Antiq. expl, par D. Bern. de Montf. Tom, III. pag. 3. (8) Antiq, expl. par D, Bern. de Montf, Tom, I. pag. 312. (c) Antiq. expl, Montf. Tom, II], pag, 211. (4) Antig. expl. par D. Bern. de Montf, T, IL, p. 212, par D. Bern. de |Montf. Tom. de lAcad, des Infcript. & Bell, Ler, T:1X, p, 1855 186. C H. 83 CHIUS, Chius, Ko, (f) fils de Neptune & d’une nymphe, _Ileft parlé de Chius au commen- cement de l'article de Chio. Voyez cet article. CHIUS , Chius, un des jets des dés. Quelques Auteurs pen fent que c'étoient les trois trois; d'autres, les trois unités. - CHLAMYDE, Chlemys, (g) forte d’habit, qui fut fur tout en ufage chez les Grecs & chez les Romains. On le mettoit fur la tunique comme un furtout ou comme un manteau. Voilà ce qu'il ÿ a de certain; car, pour ce qui eft de fa forme , les Auteurs ne font pas plus d'accord entr'eux, que fur la plüpart des autres vé- temens des Anciens. Quelques- uns ont dit que c’étoit la même “chofe que la toge Romaine; mais, ce fenriment eft rejetté de la plà- part. D’autres difent plus vraifem- läblement que la Chlamyde ne différoit point du fagum ou palu- damentum , fondés fur l’étymolo- gie, qui dit que la Chlamyde eft ce qu'on appelloif säyoc ; & fur la définition de Nomus qui affure que le paludamentum étoit ce que l’on appelloit de {on tems, Chia- myde. Chez les Grecs on fe {er- voit de cet habit en guerre & en paix, comme plufienrs Auteurs en font foi. La Chlamyde était toute ou- çe) Antig. expl. par D,- Bern. de Montf, Tom. Hi. pag. 4. (f) Pauf. p: 404 (g) Antig. expl, par D. Bern, de p. 6 & fHiv. Mém. Fi 84 CH verte , & s'attachoit avec une . boucle fur l’épaule, enforte que le côté où s’attachoit la boucle: étoit tout découvert. On mettoit ordinairement. la boucle fur lé- paule droite, afin que le bras droit demeurât libre , comme on l'obferve fur les monumens. Il y avoit deux fortes de Chla- mydes , la Macédonienne, & la commune ; la Chlamyde Macé- donienne étoic, felon queiques- uns , fermée à l'extrémité d'en bas ; on prétend trouver la forme de la Chlamyde commune dans ce paflage de Macrobe : Les An- ciens ont dit que toute La terre ha- bitable étoit femblable à une Chla- myde étendue. Mais, Rubénius foutient qu'il n'y avoit aucune différence entre la Chlamyde Ma- cédonienne & la commune. Il eft en effet fort difcile d'entendre comment une Chlamyde , qui étoit une elpèce de manteau, pou- voit être fermée à l'extrémité -d’en bas. Le paffage d'Ammonius qu'on allègue pour prouver qu’elle étoit fermée en bas, peut fort bien s'entendre en cette manière ; que la Chlamyde Macédonienne étant fort large, les deux côtés fe réunifloient par le bas, fans être joints ni coufus enfemble comme les deux côtés de nos manteaux fe touchent fans être. attachés l’un à l’autre. Démétrius, roide Macédoine, dit Plutarque , fit faire une Chla- myde de grand prix , qui avoit la figure du monde , & qui repré- fentoit les aftres; ce qui femble marquer une Chlamyde étendue & qui n'eft pas fermée. Pline eft. - CH plus clair, lorfqu'il dit que Dino charès qui bâtit Alexandrie , fous les ordres d'Alexandre le Grand, donna à cette ville la forme d’une Chlamyde Macédonienne; qu’elle avoit la rondeur de la Chlamyde avec quelques inégalités fur les bords , & que fes deux angles s’étendoient à droit & à gauche; ce qui marque évidemment que la Chlämyde Macédonienne n'é- toit pas jointe en bas aux anples des deux côtés. Cela prouve en même tems que la Chlamyde Macédonienne ne différoit point des autres, Chlamydes , hors peut- être pour la prandeur. Ïl faut convenir que ce nom de Macédonienne , donné par les Auteurs à cette efpèce de Chla- myde , femble marquer quelque différence ; mais, on ne fçauroit dire précifément en quoi elle dif- féroit des autres , non plus que la Theffalienne, dont parle Héfy- chius & les autres Grammairiens, &. à laquelle Philoftrate , dans fes Héroïques, femble donner une for- me particulière, . La Chlamyde étoit auff en ufage chez les Romains ; nous trouvons dans les anciens monu- mens plufieurs Empereurs & offi- ciers d'armée avec cette forte de manteau qu'on appelloit paluda- mentum. S'il étoit la même chofe que la Chlamyde, commeil ya apparence, & comme le dit ex- preflément Norius Marcellus, nous ne manquons pas de figu- tes de la Chlamyde, D. Bernard de Montfaucon nous en donne un nombre dans fes antiquités. Il eff vrailemblable que lÉpheñridg CE H . Étoit la même chofe que la Chla- myde; Artémidore dit expreflé- ment que ce qu’on nommoir Chla- myde , s'appelloit aufi Man- … dyas, Épheftride & Birrhus, Certains prétendent qu'il y avoit quatre ou cinq efpèces de Chla- mydes , celle des enfans , celle des femmes, & celle des hom- _ mes; & parmi les Chlamydes des hommes, on difüinpuoit celle du . peuple & celle de l'Empereur. CHLAMYDIA , Chlamydia , lun des noms , qu'a porté l'ifle de Délos. Foyez Délos. CHLANIS,CHLANIDION, Chlanis , Chlanidion. F. Chlene. CHLARHILES [ la Nation des }, Chlarhilorum gens. C'étoit un peuple des ‘Gaules près du Rhône , felon Fefius Aviénus, où plutôt felon les éditions qu’a eues Ortélius ; car, celle d'Ox- - ford porte Chébilcorum. CHLENE , CAlena, Xaaïa , (a) efpèce de vêtement, que les Romains appelloient Lene, étoit en ufage dès les rems héroiques. C'éroit une efpèce de furtout, qui : fervoit à garantir du froid & des autres injures des faifons. Îl y en avoit de doubles , & d’autres toutes fimples fans four- ture ; on s’en fervoit la nuit com- me de couveriure. On donna à Priam , lorfqu'il coucha dans Ja tente d'Achille, des Chlenes four- rées pour fe couvrir la nuit. Saint énoît veut qu'on en donne une à chique religieux , fans doute pour cet ufage: Srrimenta autem leélo- Tu fufficiant Tata, fagum > læ= (a). Anriq. Monaf, 18 HI, P 8 expl. par D. Bern, de CEE - 5 na € capitale. Dom Bernard de Montfaucon croit que le religieux fe mettoit dans le fagum on le faie, & qu'il fe couvroit de la Chlene. On s’en fervoit à la guer- re, Comme on peut le voir dans l'Odyflée d'Homère, Il n’eft gue- ‘re d'habit, dont l'ufage fe trouve plus fréquemment dans les Au= teurs. Îl eft quarté, dit Ammo- nius; figure propre à fervir la nuit comme le jour. I y avoit un autre habit à peu près femblable pour la forme, qu’on appelloit Chlanis on Chla- nidion , qui étoit d’une étoffe plus légere & plus douce, & qui fer- voit aux femmes aufh-bien qu'aux hommes. On croit auffi que la fifyre éroit une efpèce ou Chlene d'une étofle plus groffière, & qui fervoit auf le jour & la nuit, Le Chlanidion fe nommoit en: core Hyÿmation. Il paroït par celui qu'on voit à la femme de Prufas, préfet de l’ifle de Cos, qu'il ne defcendoit pas jufqu’aux talons. Le Chlanidion faifoit auffi partie de l’habillement des Babyloniens ;. mais, il ne defcendoit pas f bas aux Babyÿloniens qu'aux femmes Grecques. … = CHLÉNÉAS, Chleneas > (8} Étolien, qui fut député vers les Lacédémoniens pour les énpaper à entrer dans un traité, que ceux de fa nation avoient fait avec les Romains. Il repréfenta vivement aux Lacédémoniens , tous les maux dont les rois de Macédoine les avoient accablés ; le deffein qu'ils avoient toujours eu , & (6) Roll. Hit, Anc, T. IV. Pag: 408 » F ii 499 86 CH qu'ils avoient encore d'opprimer Ja liberté de la Grece , en parti culier l'impiété facrilege dont avoit üfé Philippe en pillant un temple dans la vilie de Fherme ; la noire perfidie & la cruauté qu’il avoit exercées contre les Mefléniens. Il ajoûta quils n’avoient rien à craindre de la part des Achéens, léfquels, après toutes les pertes qu'ils avoient faites dans la der- nière campagne, fe trouveroient fort heureux de pouvoir défendre léur pais ; que pour Philippe , quand il verroit les Étoliens les attaquer par terre, les Romains & Aïttale par mer ,. il ne fongetoit point à porter fes armes dans la Grece. Il conclut, en demandant que les Lacédémoniens perfévé- raffent dans l'alliance qu'ils avoient faite avéc l’Étolie, où que du _ moins ils demeuraflent neutres. Le fragment de Polybe ; où cette harangue eft rapportée, en de- meure là , & ne marque point uel en fut le fuccès. CHLÉVOCHARME, Chle- vocharmus , Xxsvoyapuoc, (a) C'é- toit un homme, que Eucien re- préfente fans chapeau ni fouliers, couvert d’un méchant manteau, & qui parloit entre fes dents. -CHLIDON , CAlidon , Xai- Sy, (b) Thébain. Hippoñthéni- das, l'an de ceux qui s'étoient joints à Pélopidas pour délivrer Thebes de la tyrannie d’Archias & de Léontidas, vint à s'imapi- ner que c'étoit une entreprife trop pleine de difhcultés & d’obftacles ; (a) Lucian. T, IT. p. 1005. (3) Plüt, T, Ie pe 285. {e) Antiq. expl. par D. Bern. de Li CG Ë À & il réfolut d'engager les conju- rés à différer du moins l'exécution. I! leur dépêcha pour ceteffet Chir- don qui étoit un de fes amis. Chli- don s’en va chez lui en diligence, \tire (on cheval de l'écurie, & com- mande à {a femine de lui apporter la bride. Sa femme, ne fçachant: où elle étoit, & ne pouvant la trouver , dir. qu’elle l’a prêtée à un voifin. Chlidon s’emporte ; on en vient aux injures , & de-là aux malédiétions, Sa femme vomit contre lui les imprécations les plus affreufes, & prie les dieux que fon chemin lui foit funefte à lui & à ceux qui l'ont envoyé; de forte que Chlidon ayant perdu par fon emportement la plus gran- de partie hu jour à ce démélé, & tirant même de ce qui venoit d'ar- river une forte de mauvais augure, renonce à ce voyage, & va d'un autre côté. On dit qu’il alla cher- cher Hippothénidas & ne l'ayant pas trouvé , il alla chez un des conjurés où il fe doutoit bien qu’il le trouveroit ; &c il y alla pour lui dire d'envoyer un autre meflager à fa place. Ce fut cependant ce retardement même de Chlidon, qui fauva la ville de Thebes, par- ce que pendant ce tems-là Pélo- pidas & ceux de fa bande y en- trerent , & exécuterent leur def- fein contre les tyrans. CHLIDON , CAlidon , Xe J'av, (c) forte de bracelet, qui étoit en ufage chez les Grecs & chez les Romains. CHLOE, Chloe, (d) furnom Montf. Tom. IH]. p. 50 ‘ (æ) Horat, L, LI, Ode, 20, v, 1% > CH que l'on donnoit à Cérès. Horace parle de Chloé, qu'il appelle ar- rogante. La CHLOÉ , Chloe, Xnons (a) dame Chrétienne de la ville de Corinthe, qui ft avertir S. Paul des conteftations furvenues entre les fideles au fujer des différens partis qu'ils éponfoient , l’un di- fant je fuis à Paul , l'autre je fuis à Apollos, Vun je fuis à Pierre, -& l’autre Je fuis à Jefus-Chriff. L'Apôtre entreprit d’éroufter ces faétions , en leur repréfentant que Paul, Apollos & Pierre n'avoient pas été crucifiés pour eux, & qu'il n'y avoit que Jefus-Chrift qui fût leur Sauveur ; que Jefus-Chrift n'étoit point divifé pour faire tant de partis, & exciter tant de tumul- te; que Paul, Apollos & Céphas ne préchoient & ne bâtifoient point pour fe faire des fectateurs, mais pour gagner des membres & des difciples à Jefus-Chrift. Aurefte, Chloé n'écrivit pas elle-même à Saint Paul ; mais, êlle fit écrire par quelques-uns de fa maifon, Saint Chryfoftôme con: jeQure qu’elle employa pour cela tienne, Fortunat & Achaique, qui étoient les premiers de l’A- chaie. Quelques=uns ont pris Chloé pour un homme; mais, C'eft un nom de femme. CHLOIES , CAloia , (b) fêtes que Pon célébroit à Athènes. On “immoloit à cette fête un bélier à Cérès. Quoique Paufanias dife que cette dénomination a quelque chofe de myftérieux , M. Potier la) AdConnth En De vit & fra. q () Antiq. expl, par D. Bern, defeg. L, XIT. v: 363: CH 87 dit, avec vraifemblance, qu’elle peut venir de Chloe , herbe, nom qui convient à la Déefle des moif- fons. Re CHLORÉE , CAloreus , (c) capitaine Phrygien ou Troyen, qui étoit confacré à Cybele. I avoit été autrefois prêtre dans le temple de cette Déeffe. Dans une bataille, où Camille, reine des Volfques , combattoit contre les Troyens , Chlorée s'offrit par hazard aux yeux de cette Princefle , avec des armes éclatantes, monté für un courfier écumant , dont la houfle étoit une peau garnie d'or &t couverte d’é- cailles de bronze, en forme de plume. Ses habits étoient d'une teinture étrangère, couleur de pourpre. Une agraffe d'or re- troufoit fon manteau militaire de lin jaune, Son arc de corne étoit de Lycie, & fes fleches de Gorty- ne ; fes tuniques & fes brode- quins, à la manière des Barba- res , étoient brodés. L'or éclatoit fur le cafque de ce Prêtre, fur fon carquois , & fur fon arc. Camille, foit pour avoir la gloire de fuf- pendre des armes Troyennes à la porte d'un temple, foit pour fe parer elle-même de ces fuper- bes armes dans lés forêts , ne cherchoit qu’à combattre contre ce Phrygien , dont la brillante dépouille, excitanc la cupidité de fon fexe , étoit l'objet de fes aveu- oles défirs, Tandis que fans pré- caution elle s'avance pour Pattein- dre, Aruns lui lance fon dard, Montf, Tom.fl.p. 21% (c) Virg. Æneid. L. XI. v. 768, & 3V 88 EE dont ïl la blefle à mort. Pour : Chlorée , il fut tué depuis par T'ornus. à CHLORIS, Choris » Gp, (2) la plus jeune des filles d'Am- phion & de Niobé > naquit à Orchomène, où regnoit fon pere. Nélée l’époufa à caufe de fa par- faite beauté, après Inj avoir fat une infinité de préfens très-mma- nifiques.… Elle regna avec lui à Bylos » © lui donna trois fils, Neftor, Chromius & le fer Pér;= clymène, &. une fille nommée Péro, qui, par fa beauté & par fa fagelle | fut la merveille de fon tems. Ro L'on voyoit À Argos dans le temple de Latone, uné ftatue de . Chloris, Les Argiens prétendoient quele premier nom de cette prin- ceffe fat Mélibée : qu'Apollon & Diane immolerent à leur reflen- timent tous les enfans d'Amphion, à la réferve de cette jeune fille, -& de fa fœur Amycle, qui feules avoient bien voulu implorer les bontés de Latone ; que Mélibée effrayée de la colère de ces divi- nités n'avoit pu s'empêcher de marquer fa crainte par fa pâleur, & que cette pAleur lui étant tou- jours reftée depuis, on avoit chan. - gé fon nom de Mélibée en celui de Chloris. Si l’on en croit les Argiens, ce furent ces deux filles - qui firent bâtir un temple en lhonneur de Latone; mais, pour moi, dit Paufanias, qui m'atta- che à Homère plus fcrupuleufe- ment que les autres, je ne puis Eee croire qu'il foit refté aucun des enfans de Niobé : le Poëte s’en explique aflez nettemenr : Pas un ne fe fauva de leur Jafle COUFIOUX. On peut juger par ce vers f Ho- mère n'étoit pas perfuadé que tou- te la race d'Amphion avoit &ré détruite, Le nom de Chloris en Grec fignife pallidus ; pâle. Les Éléens difoient que Chlo- ris fut la première qui remporta le prix de la courfe, aux Jeux qui * avoient été inflitués en lhonneur de Junon. CHLORIS, Chloris, K5mc déefle des fleurs , la même que Flore , qui fut mariée au vent Zéphire. CHLORIS, Chloris , Xaopie, femme d'Ampyx, duquel elle euc Mopfus. CHLORON, Chloron, (b) terme qui fe lit fur un monument. M. le comte de Caylus Pinterprete ainfi : Collyre, efpèce de diar- thodon , à colore viridi. CHLORUS, Chlorus, rivière de l’Afie mineure dans la Cilicie, felon Pline. : CHNA, CAna. Étienne de Byzance dir : c'eft ainf que l’on appelloit autrefois la Phénicie. aumaife , ne trouvant aucun Ancien qui lui ait donné ce nom, croit qu'Étienne de Byzance avoit écrit : c’eft ainf que s’appelloit une ville de Phénicie. Mais, le fçavant Bocharta beaucoup mieux (2) Homer. Odyff. L. XI. v. 280. IT, VI. D. 07 feg. Pauf. p.124, 318, 665. Myth. par M, l'Abb, Ban, Tom, IV. P: 196; 197. (8) Recueil d’Antig. par M, le Comt. de Cayl. Tom, I, Pe 227. ARR SF EMEA ENENUT COPA ON TT sis 6e dre Ca fit DE cat ds dE le dd ed ion nd re ronde ee ÉzS NEÉt À CH rencontré, lorfqu'il a dit que Chna eft ün diminutif de Chanaan , & le mot Chna fe trouve dans Phi- Jon de Biblos , interprete de San- choniaton , dont Eufebe nous à confervé quelques fragmens, CHNODOMAIRE, Céno- domarius ; roi des Allemands, Vaiaquit Décence , frere da tyran. Maonence » en bataille rangée ;, fous l'empire de Confiance , l'an de J, G. 351, courut les Gaules, les’ ravagea fans réfftance , & pilla plufieurs villes fort riches. Julien , après une grande victoire qu'il remporta fur lui près du Rhin, le £t prifonnier en 357, & l'envoya à l'empereur Confiance à Rome, Où il mourut de ma- ladie, CHNOURIS , o7 Cunou- MIS, CAnoubis , Chnoumis, (a). Kobe, Xriuuic. On remarque que cette Infcriprion CAroubis fe lencontre aflez fouvent fur les Abraxas, & que quelquefois au lieu du Xi ÿ a une croix parfaite ain fi T. Saumaife croit que c’eft un des trente-fix doyens, qui; felon les Gnoftiques , préfidoient à tout le Zodiaque. Ne pourroit- On Pas dire que la croix eft là Pour un À , & quil faut lire Anutte, Anubis ; dieu des Épyp- tiens, qui fe trouve aflez fréquem. ent fur ces pietres. CHOANE, Choana, Xoavx, (ë) ville d'Afe dans la: Médie, felon Ptolémée. Quelques exem- Plaires porcenc Choave. C'eft la. “(z) Antiq, Expl. par D. Bern. de Montf. Tom, 11. _. 367% (ë) Prolem, L, VI. Cu: (c) Prolem, L, VMLe,s, CH TN même que Diodore de Sicile, ap- pelle Chaone. : / CHOANE » Choana » Xo ve » (c) ville d'Afie dans la Parchie, {elon Ptolémée. CHOANE, Choana, Xsavas (2) ville d'Afie dans la Baétriane, {elon le même. CHOANIENS , Choani, ‘(e) peuples de l'Arabie heur::fe , {e- lon Pline, On lit dans ies Méra- morphofes d'Ovide : Inflabant parte finifira Chaonius Molpens ; dextra Naba< theus Ethemon. Quelques Commentateurs d'O- vide lexpliquent de la Chaonie contrée d'Épire ; mais, comme l'ont judicieufement remarqué d’autres Critiques qui ont travaillé fur cet Auteur ; pourquoi Ovide auroit-il mis un Grec entre des Arabes dans un combat donné en Éthiopie au fujet du mariage d'Andromede? Ils ont. bien vu qu'il falloit lire dans Ovide Choa- nius , & non pas Chaonius. Le P. Hardouin eft auffi de ce fen- üment, On objeéte que les ma=- nufcrits portent tous fans varia- tion, Chaonius, excepté celui de Leyde où l’on lit Cahonius ; cette uniformité prouve tout au. plus que la faute eft ancienne , & qu'elle a été copiée par un grand nombre de gens , qui n’enien- doient pas ce-qu'ils écrivoient. CHOASPES., Choafpes , (4) Prolem. L. VE © rr. (e) Plin. T.E. p. 340, Ovid, Meta L, V, c.s, 90 GH Ko rue, (a) fleuve d’Afe, qui avoit fa fource dans les monta- gnes de Médie, au-deflus d'Ec- batane, ville fituée {ur les rives de ce fleuve. Pline dit qu'il fe jetcoit dans le Pafrigris, Strabon , qui fait auf mention | du Choafpes ; rapporte que felon Polyclete , le Choafpes, l'Eulée & le Ture, c’eft-à-dire, le Paf- tigris, fe joignoient dans un même lac, & fe rendoient de-là dans la mer; ce quil fauc entendre du / golfe Perfique. Le même Au-' teur, parlant de la ville de Sufe, dit: » Elle eft fituée au milieu des » terres au de-là du Choafpes » auprès d’un pont ; la Sufane » s'étend jufqu'à la mer ; & fa » côte eft depuis les frontières » de celle de Perfe jufqu’à l’em- » bouchure du Tigre , environ » lefpace de trois mille flades. » Le Choafpes, qui traverfe la »° Sufrane, finit à cette côte, & à »._ fon origine chez les Uxiens, « Cette dernière opinion de Stra- Don n’eft point exacte, fi la pof- tion que M. d’Anville donne aux Uxiens , dans fa carte des Affy- riens & autres penples d'Afe, eft jufte ; car , il les met dans les montagües près de la Sufiane. L'eau du Choafpes, au rapport de Quinte-Curfe, étoit fort cé- lebre pour être exquife & déli- cieufe à boire. Et Hérodote par- Jant des préparatifs, qu’on avoit faits pour une expédition de Cy- rs, dit que l'on portoit entr'au- tres chofes de l’eau du fleuve. CH Choafpes qui pafloit dans Sufe, parce que le Roi ne buvoit point d'autre eau que de certe rivière. Une quantité de chariors qui étoient trainés par des mulets, portoient dans des vaiffeaux d’'ar- gent, cette eau qu'on avoit fait auparavant bouillir , & fuivoient ar tout le Roi. CHOASPES , Choafpes , (b) Xodomuc, fleuve des Indes, qui nailloit au mont Paropamife, & alloit tomber dans le Cophé. Quinte-Curfe fait mention de ce fleuve. Selon cet Hiftorien, Ale- xandre le pafla, dans fon expédi- tion des Indes. L’embouchure du Choafpes dans le Cophé étoit an- deffus de l’Arachofie. EHOBA , Choba, Xoba. (c) Le livre de Judith, felon les Sep- tante, dir que les [fraëlites ayant appris la mort d'Holopherne, & voyant que les Affyriens s'en fuyoient en défordre, les pour faivirent jufqu’à Choba, les paf- fant au fil de l'épée. La Vulgate ne nomme point ce lieu, & dit fimplement, jufqu’à l’extrêmité des frontières. Dans le verfet pré- cédent, on lit qu’Ozias envoya à Béthomañta, à Bébai, à Cho- bai, à Cholam & à toutes les ex- trêmités de la terre d'Ifraël pour leur porter la nouvelle de ce qui venoit d'arriver, & les avertir de tomber tous enfemble fur l’enne- mi qui s'enfuyoit. _ CHOBAR , Chobar, Xceaps (4) fleuve dont il eft parlé dans le prophete Ézéchiel. Ce prophere (a) RUN TT b. 333, -Strab. p.728. |c, 10. Q: Curt, L. V.:c. 24 Herod. LI. c, 188. (#) Strab, pag. 697, Q. Curt, L, VIN, + {c) Judith. cc. 15. v. 5, 6. (d) Ezcch, €, 1, ve 1, © feqe PORT TO AY MONT POP CT MDN. GT éroit fur le bord du fleuve Cho- bar, lorfqu'il eur des vifions di- -vinés. Voyez Chabor. CHOBUS , Chobus , fleuve de la Colchide. Arrien, dans fa lettre a l'empéreur Adrien, contenant un Périple du Ponr-Euxin, comp- te du Charies au Chobus 90 fta- des; de-là au fleuve Singame 210 ftades tout au plus ; &ilen met 630 du Chobus à Sébaftopo-, lis. Agathias le nomme auffi Cho- bus , & Pline lit Cobus fans afpi- ration ; il dit qu'ayant fa fource dans le Caucafe, il traverfe le _ pas des Suanes. La carte de la Colchide, par le pere Lamberti, marque bien ce fleuve, & on y avertit que les babitans le nomment Copi; mais, il y a une erreur confidérable ; c’eft qu'il met le Sigamén av Sin- game d'Arrien entre le Phafe & Je Chobus, au lieu que le Cho- bus eft, felon Atrien témoin ocu-. lairé, entre le Phafe & le Singa- me. De plus , il fait tomber cette dernière rivière dans le Phafe, de - forte qu’elle ne va point felon ce Pere jufqu’à la mer. Or, Arrien dans fon Périple ne fait mention que des embouchures des rivières qu'il vit en côtoyant le Pont- Euxin, & en faifant le tour pareau, felon que portoit la commifhon, dont Adrien lavoit chargé. S'il entroit dans quelque rivière » 1} avoit foin d'en avertir , comme il fait en parlant du Chobus. . CHOCHOME , Chochome lieu d'Égypte, dans lequel Véne- (a)-Ezech, c. 17.v. 16, (b) Juft. CL. XXIV. 0, 7. CF OT phes V ; roi des Thinies, fir éle- ver des pyramides, fuivant Hés rodote, cité par Moréri. CHODCHOD , Chodchod, (a) nom d’une forte de marchan- difes, que le prophete Ézéchiel met parmu celles que l’on appor= toit à Tyr. Les anciens interpre- tes ont confervé ce terme dans lears traduions, ne fçachant ce qu'il fignifoit. Saint Jérôme avoue qu'il n'en a pu trouver Îa fignifi- cation ; le: Chaldéen l’enrend des - perles ; d’autres, de lonyx, ou du rubis, ou de l’efcarboucie, où | du cryftal , on du diamant. Cha- cun devine comme il peut, CHODION , Chodion ; () l'un des: favoris d'Afinoë , fœur & femme de Ptolémée, rot de Macédoine. Il fat dépuré par cette Princefle vers Ptolémée , lorf- qu'elle voulut contraéter avec lui un mariage, dont les fuites furent fi faneftes, & pour elle & pour les enfans , qu’elle avoit déjà eus d'un autre mari. CHODORLAHOMOR , (c) Chodorlahomor, XoS coop ; roi des Élamites, au tems d'Abraham. Ce Prince, s'étant joint au roi de Sénnaar & à deux autres Rois, porta fes armes au midi de lEu- phrate, & obligea les petits rois de Syrie & du pais de Chanaan à loi payer tribut. Ces Princes, étant demeurés foumis pendant douze ans , tenterent de fecouer le joug la treizième année ; ce qui oblipea Chodorlahomor de venir avec fes alliés dans ce pais. Les Chana- de Acad. des Inferipr, & Bell. Lert, Tom, 1H, page 348 Te V, pe 33%» 335» *(c) Gene£ c, 4 v, 1, dt fr. Mém.i 386 K 08 CH jamais de garder l'unité du lieu ; ‘cette regle leur paroifloit même de nature à ne pouvoir jamais être violée; & ils n'en faïfoient point de précepte. La raïfon en eft, qu'il vaut beaucoup mieux manquer à la vraïfemblance dans les chofes où l'on a befoin de rai- - fonnement pour s'en appercevoir, que dans-lés chofes qui frappent Jesfens, & qui ne manquent pas de révolter à la première vue un fpelateur attentif & intelligent. - L'unité du lieu violée eût fuff feu- . le à Athènes pour faire fiffier une piece. Un Poëte nommé Carci- nus , au rapport d'Ariftote, fai- foit fortir Amphiaraus du tem- le fans qu'on le vit; la piece tomba, les fpectateurs ne pou- vant fouffrir qu'on leur vouiût perfuader qu'Amphiaraüs étoit forti véritablement, lorfqu'ils n’en - avoient rien vu. Aujourd’hui on ne nous pérfüade pas feulement qu'un homme foit forti d’un tem- ple ou d'un palais, quand nous n'en avons rien vu; on va jufqu'a nous faire croire que ce qui étoit une falle , il n’y a qu'un moment, eft devenu tout-à-coup un jar- . din; & l’on nous métamorphofe, fans fcrupule, l'appartement d'une … Princefle en untemple, on en une place publique, Les Chœurs fuifoient aux An- ciens pour les empêcher de tom- ber dans ce défaut; car, le Chœur ne fortant prefque jamais duthéatre, lorfqu'il s’en étoit une fois emparé, 1l eût été trop vifi- “blement ridicule de fuppofer que le théatre fût changé, lorfque les perfonnés qui l'occupoient n’a- C H voient point changé de place, Les - Chœurs fervoient encore à mar- quer la durée de l’aftion. La re- préfentation de leur tragédie ne duroit guére plus de tems qu'il n’en auroit fallu pour l’action mé- me repréfentée ; cette régularité lui donnoit un air de vraifem- blance , qui faifoit une de fes plus grandes beautés. Quand bien mé- me nous fuivrions aujourd'huicet- te pratique , elle ne frapperoit » prefque pas. La fymphonie qui | remplit nos intermedes, n'ayant aucun rapport à la piece, y fait. un vuide que rien ne fixe ; au lieu que les danfes & les chants des Chœurs , étoient une efpèce de mefure du tems qui s'étoit écou- . lé entre un ate & un aûe. Outre cela, ils arrêtoient 1e fpeGtateur en continuant de l’oc- cuper, & ils ne manquoient pas de lier la fin de l’aéte ävec le cornmencement de l’aéte fuivant; ce qui eft plus important que l'on ne penfe, puifque cette haïfon contribue à faire fentir l'unité de. Pattion. Nos cinq aftes ifolés les uns des autres , forment en quel= que forte cinq pieces différentes, que l’on joue Îles unes après les autres. = Plufieurs Scavans ont fait voir par un grand nombre de pañages … d’Auteurs anciens, que les tragé- — digs fe chantoient d'un bout à l’au- tre, que Ja mufiqne des Chœurs n’étoit pas la même. que celle des fcenes. Il eft vrai que tout cé qui reparde la mufque ançciene ; eft plem oe difficultés, & qu'on ne fçait pas bien fi le chant des iragédies étoit une véritable mu ÉRIC RTIR RER EN rer RL dc ed dé RD EE CH fique, telle que la nôtre, Il y à ap- parénce , cependant, que la mufi- que des fcenes révenoit à ce que nous appellons dans les opéras le récitatif, & que la mufique des Chœurs.étoit ce que nous appel- Jons des airs. = — Quoi qu’il en foit, ileff aifé de Voir quelle variété les Chœurs Produifoient dans la tragédie. De quelle variété, en effet, n'efl point fufceptible une mufique, qui s’ac- _ commode à tant de différentes fi- tuations, & à tant de différens - fntimens répandus dans une bon- ne trapédie ? La poëfie des fcenes, & da poëfie des Chœurs n'éroit pas la même; l'iambe, comme plus propre aux difcours ordinai- res , étoit pour les fcenes , & l’on employoit une autre mefure plus vive, plus cadancée , & plus harmonieufe pour les Chœurs. Les exprefons n’étoient pas non: - plus les mêmes; durant les actes, le Poëte facrifoit en quelque forte ne partiè de fon feu à la vrai-: femblancé de lation, & le mefu- rOit de forte que le dialogue con- fervoit le naturel quil devoit avoir, fans que le poëme perdit. rien, ni de fa majefté ni de fon armonie; mais , dans les Chœurs rien ne le gênant plus, il donnoit - un libre éflor à fa verve, & mon- toit qu'il étoit véritablement Poe- te; il employoit alors les penfées les plus brillantes & les plus rele- vées , les tours les plus forts , les expreffions les plus hardies & les plus figurées, &t fi durant les ac- tes 1] avoit parlé le langage des LA Héros & des Rois > On peut dire que dans les Chœurs il parloit ce. = CE lui des Dieux, La mufque s’accom- Mmodoit fans doute à cette variété ; une efpèce de mufique plus fmple regnoit durant le cours de Ja piè- ce, une mufique plus compofée étoit réfervée pour les Chœars ; ils étoient toujours accompagnés de danfes, C'ef ainf que la tra— gédie ancienne, variant {ans cefle les objets, & offrant continuelle- ment de nouveaux plaifirs aux fpéétareurs , fcavoit, fans les fari= guer, les retenir & les occuper. jufqu'à ce qu'elle les renvoyât pleins des paflions qu’elle fe pro- pofoit d'exciter en eux, 2.® Que l’on fe repréfente un moment, l'eflet que devoit faire furle théatre ce grand nombre d’aéteurs , de différens fexes & de différens âges , dont les Chœunrs étoiéntcompofés, leurs danfes, leurs chants, la magnificence de leurs habits; tont cela ne contri= buoit-1l pas merveilleufement à relever l'éclat du fpeacle? On voit qu'un des meilleurs moyens d'aitacher les peuples & de les tenir comme enchantés, a tou-- Joùrs.été d'employer la mufque, êc les cérémonies que les Anciens auroient fans doute comprifes fous . le’ nom général dé dantes: Ce grand nombre de perfon- nes qui prennent imérêt à l'ac- tion, en releve encore limportan- ce, & la rend, & plus grande , & plus éclatante; on a beau vanter l'intérêt que prend le peuple à une a@tion; on a beau faire un récit fidele de fes craintes, ou de fes emportemens; on en eft tout au- trement frappé, lorfqu’on le voit paroïüre lui même repréfentépar 1j nn - CH : fes chefs, &' que l’on eft témoin de fes difflérens mouvemens , comme dans l'Œdipe de Sophocle, tes Chœurs, par leurs refpeéts & par leurs louanges, relevent aufh la dignité des perfonnages, Jes rendent plus grands aux yeux des fpetateurs. Voyez dans Eu- ripide , de quelle forte le Chœur tannonce l’arrivée de Clyternnef- vre &c d'Iphigénie. » Les grandes , Profpérités ne font que pour les . plus grands. Voyez Iphigénie n E fille d’Apamemnon ; voyez - la fille de T'yndare,Clytemnef… »;tre notre Reine ; elles fortent “y d'une race illuftre , & leur » fortune répond à leur naiffance. » Ce font les Dieux tout-puif- # fans qui comblent de biens les » foibles mortels. Filles de Cal- 5 cide arrétons-nous ici, pour » nouspréfenter à la reine à la » fortiede fon char; eflorçons- - nous de lui prouver noire fin- » cere affection; qu'elle foit reçue » dans nos bras; aidons aufli à ‘» defcendre la jeune & timide » Princefle. « Un tel Chœur n'eft-1l pas en quelque forte une cour nombreufe & brillante, que Clytemneftre trouve à fon arri- vée. Re La fin & le but des poëmes dramatiques , c'eft certainement l'inftruétion du peuple ; il faut ul remporte toujours du fpec- tacle quelque maxime utile, dont. il ait été frappé. Or, il paroït que les Chœurs étoient autrefois def- tinés particulièrement à cet ufage, êt que ce fut une des principales raifons qui les fit conferver. Le Poëte n'ofe hazarder dans les {ce- CH nes un grand nombre de maximes, parce que rien ne feroit plus op pofé à la vérité du dialogue; mais, rien ne l'empêche de répandre dans les Chœurs la morale la plus fublime ; &@c c'eft aufli ce qui compofoit prefqne toujours les Chœurs des tragédies anciennes. 3.9 Mais, le plus confidérable des effets des Chœurs dans la tra- gédie ancienne, c'eft le pathéri- que qu'ils y produifoient, Cette tragédie noble & majeftueufe em- pruntoit de la moralefes plus bel- les maximes, s’autorifoit.de lare- ligion, & s’embelliffoit de fes plus auguftes: cérémonies; & dé- ployant tout ce que la poëfie a de charmes pour ravir les efprits, & toucher les cœurs, elle y joi- _gnoit encore tout ce qui peut en=, chanter les fens, fe propofant toujours, comme fa principale fin, d’infpirer l'horreur du vice , & de faire du théatre une école de tou- tes les vertus, & dele rendre un des meilleurs moyens qu’eüt la fagefle humaine, de ramener & d'entretenir les peuples dans tous leurs devoirs. . La tragédie ainfi conçue a fes paflons qui lui font propres. Foute fa perfeétion confifte à les imprimer fortement dans les ef- prits, & c'eft à quoi fervoient beaucoup les Chœurs. Fout le monde connoit la force de la mu- fique & de la danfe ; il feroitinu- tile d’en difcourir ici. [n'y a per- fonne qui ne fçache, par fa propre expérience, qu'elles imprefhons el- les font capables de faire. Ainfi,. 1.9 Les Chœurs , par la mofique & la danfe qui les accompagnoient Ci toujours, contribuoient merveil- leufement à remuer les pafhons. : Ileft néceflaire qu’il y ait des in- termedes ; mais, il ne faut pas pour cela laifler réfroidir le fpec- tateur ; il faut au contraire foûte- nir en lui, & forrifier les paflions qu'on a commencé d'y exciter. Rien ne produifoit mieux cet effet que les Chœurs, qui pat leurs danfes & par leurs chants, rem- plifloient les efprits d'idées conve- nables aux fujets, & ne faifoient qu'exprimer, & donner par-là üne nouvelle force aux fentimens que les difcours des perfonnages venoient d'exciter ; 2.9. Les Chœurs fervoientencore à émou- voir les paflions, en offrant aux fpettateurs d’autres fpettateurs, pour ainfi dire, fortement tou- . chés. Ce n'eft pas feulementun fpedtacle digne de crainte on de pitié, qui excite en nous la - crainte où la pitié ;ikfufhit fouvent, pour reflentir ces deux pafhons, de voir quelqu'un qui en foit for- teinent touché. C'eft ce que les peintres ont fort bien conçu; lorf- qu'un tableau eff fait pour émou- voir, ils ne fe contentent pas de repréfenter feulement lation, ils peignent encore fur les vifages des afliftans les différentes pa- fions que leurs tableaux doivent . faire naître; ils vont même jufqu’a intéreffer les chofes les plus infen- fibles, Un bon Poëte doit faire la même chofe ; & Iphigénie fur le théatre , doit être environnée de perfonnes qui foient fenfibles à {es malheurs. Ce qui doit bien nous convain- çre des grands effets des Chœurs CFE TOT anciens, c'eft le fuccès de nos opéras. On en peut encore juger par l'Efther & l'Athalie de Raci- ne, où le Chœur fait un fi bel effet, tout détaché qu'il eft de la iece. | ÏT. Les Chœurs n'étoient pas moins néceflaires à la vieïlle comé- die, qu'à la tragédie. Auf en avoit-elle toujours, - 1.9 Ils fervoient à varier le fpeîtacle. La vieille comédie n’é- toit point partagée répulièrement en cinq actes; feulement laétion étoir entrecoupée de tems en tems par le Chœur. Îl y en avoit dé grands , compofés de plufñeurs parties, qui toutes avoient leurs noms particuliers , & qui étoient faites fur le modele des Chœurs des tragédies. Quelquefois le Chœur ne chanroit qu'un ou deux couplets. Les Chœurs compofés de plufieurs parties, étoient de vrais entr'actes; les autres étoient de petits repos entre les fcenes, & même au milieu des récits ,pour donner aux Acteurs le tems de refpirer , & pour ne pasennuyer les fpeîtateurs par trop d’umifor- mité. 2.9 Comme la vieille comédie étoit un fantôme de tragédie, elle avoit befoin d'un appareil brillants il falloit que le théatre fût garni. Le nombre des A&teurs du Chœur varia fouvent dans lès tragédies, il varia de même dans les come- dies; mais, le Chœur des comé- dies n'étoit inférieur en rien à ce lui des tragédies. [ls avoient l'un & l'autre, & chants & danfes ; les habits, les décorations , les machines que le Chœur occafon= G ii 162 CH | noit dans les comédies, ornoient beaucoup la fcene, & contraf- toient quelquefois par leur éclat, &t par leur macnificence, d'autre: fois par leur burlefque, avec ja pompe des tragédies. 3.° Le Poëte comique, tou- jours fival du Poëte tragique, ne Jai cede dans fes Chœurs , ni par Ja beauté, ni par la fublimiré des penfées, m1 par la force des ex- preffions. M. Boivin a fort bien remarqué que la verffication d'A- riftophane, en beaucoup d’en- droits, n’eft point inférieure à cel- le des plus excellens tragiques; que fes iambes & fes anapeftes font travaillés avec tour le foin poffible , & que les Chœurs d'Eu- ripide & de. Sophocle ne font point écrits avec plus d’art que ceux du comique. - 4,9 C'étoit dans l'invention des -perfonnages du Chœur que con- -fifloit principalement la malienité du Poëte comique; & c’étoit pour lui une fource abondante de ridi- cule. Les nnées avec lefquelles Sôcrate converfe, & parmi lef- quelles il vit, font un emblême ingénieux des vaines {péculations des Philofophes. Le Chœur de juges repréfentés par des guêpes , dans la comédie qui en porte le nom, eft feul une fatyre des ma- iftrats d'Athènes. Les Acteurs du Chœur aidoient encore parleur jeu, à rendre le fpettacle, & plus réjouiffant, a plus fatyrique, ee - Dans la comédie des Oifeaux, ce font des oïfeaux qui forment le Chœur ; ils étoient repréfentés par des hommes prefque nus, avec ER des crètes , des becs, des griffes & _des plumes en grande quantité, parce que cette comédie fut jouée en hiver, & que pour cette rai- “fon le poëte {uppofoit que les oi- feaux avoient beaucoup de plu- mes. Lés poftures, les grimaces, & les figures de ces oifeaux pré- tendus, faifoient beaucoup de plai- fir au peuple. On pouvoit remar-. quer parmi eux plufieurs particu- liers d'Athènes , reconnoïflables par le mafque. Ainf, des oïfeaux de proie repréfentoient des frip= pons connns, des hiboux, des gens de mauvaife humeur, &c. Îl y a bien de l'apparence que pour grofhr le Chœur, on ÿ méloit des figures de bois où d’autres matières qui reflembloient à de vétitables oifeaux ; ajoûtés à cela lirnitation de leurs chants & de leurs fredonnemens. De pareils AGteurs fi mordans & fi bouffons devoient beaucoup réjouir la mulutude. Le Chœur, comme l'on voit, étoit, pour ainfi dire, l'ame & la principale partie de la vieille comédie; c’eft pourquoi, c'étoit du Chœur qu'elle prenoit fouvent fon nom. Aufli , dès qu'on voulut réformer la vieille quon = comédie , on commença par lui retrancher le Chœur , & dès-lors elle ne put plus fe foûtenir, IL. Efchyle diminua le nombre des Aéteurs, qui compofoient le Chœur; mais, il y fut contraint parle Magiftrat, à caufe du dé- fordre qu'avoit produit le Chœur des Euménides. Ce Chœur com- pofé de cinquante perfonnes , qui repréfentoient des furies, fit une telle impreffion far les enfans & x C H fur les femmes orofles, que plu= feurs en moururent, & d’autres fe bleflerent, Il fut donc réglé qu'à l'avenir le Chœur ne Aeroit. plus que de quinze perfonnes. M. Burette obferve que dès le tems d'Arifiote , les Poëtes dra- matiques s'étoient mis dans l'ufage commode de ne plus compofer de Chœurs exprès pour leurs piéces; mais de prendre çà & là divers morceaux de poëlie, & de les in- férer dans leurs entr'attes, com- me autant d'intermedes, qui par conféquent n’avoient pas plus de rapport & de liaifon avec la piece de théatre que l'on jouoit , qu'a- vec touteautre. Ce fut Agathon, felon Ariftote, qui le premier in- troduifit ce mauvais ufage; & lon pouvoit accufer Euripide d’une pareille négligence dans quelques- _ unes de fes tragédies. Ces fortes de Chœurs méritoient fort la qualification de rapfodies, &c de -poëñes bigarrées. Donner le Chœur, c’étoit, chez lès Grecs , acheter la piece d'un Poëte, & faire les frais de la re- préfentation. Celui, qui faifoit cette dépenfe , s’appelloit à Athènes Chorege. On confoit ce foin à l’Archonte, & chez les Romains aux Édiles.… CHŒURS ou DANsEs. EN ROND, Chori Circulares ; (a) Xopoi éyxbxnot On fait Arion l'in- -venteur de ces danfes. Ainfi, La- fus n'en fut point l’auteur ; mais, du moins il les perfeétionna beau- coup, au rapport du Scholiafte (ay Mém. de l’Acad. des Inferipr. & Bell. Lett, Tom. XV. pag. 225 ; 326. “(b) Plut, T. TL p.153: . CE 103 d'Ariffophane , qui produit fes garans. On appelloit ceux qui compofoient la poëñe & la mufi- que-pour ces «fortes de danfes, “Cycliodidafcales , que lé même Scholiafte explique Poëtes Dithy= rambiques ; car , telles étoient la poëñe & la mufique, qui en- “troient dans ces fortes de danfes. CHOLARGUE, Cholargus, (2) bourg de l’Attique dans la tribu Acamartide. Plutarque par- le de ce bourg ; il nous apprend ue Périclès en étoit natif. CHOLHOZA , Cholhoza, (c) Xonst , fut pere de Sellum, qui, au retour de la Captivité de Ba- bylone , bâtit la porte de la fon= _taine. CHOLLE, Cholle, XKoms (d) ville d'Afrique , felon Appien; mais, comme le remarque Or- télius , il faut lire Acholla. Ptolé- mée met dans la Palmyrene une ville du nom de Cholle. CHOLLIDES , Chollide ; - peuples de Grece dans lAttiques fous la tribu Léontide. Étienne de Byzance l'écrit par deux LE, où AA, & un + fimple. M. Spon: met le peuple Chollides dans la tribu Écéide , & dit que ce nom _ { trouve aufli écrit Cholleides , maloré la critique trop fcrupu- leufe de Meurfius, qui n’y veut point la diphthongne «.. CHOMER , Chomer , ou Ho- MER , forte de mefure Hébraïque. C'étoit la même quele Corus, qui contenoit dix baths, & par con- féquent deux cens quatre-vingt= (ce) Efd. E, IT, c, 3: Ve 15e (d) Prolem.EsV. c, 15e Gi 104 CH = dix- fuit pintes, une chopine, un demi-feprier, & un peu plus, CHONÉNIAS , Chonenias , Kovsylac , (a) chef des Lévites : préfidoit à la mufique du temple, du tems de David. Il commencoit le premier la fainte fymphonie , parce qu'il étoit très-fage & très- habile, dit l'Écriture, "CHONÉNIAS, Chonenias, Keverlass (b) vivoit du tems de Jofias, roi de Juda. Lui & fes fre- . nes Sémeias & Nathanaël, comme auf Hafabias , Jehiel & Jozabad, chef des Lévites, donnerent aux autres Lévites, pour célébrer la Pâque , cinq mille menues bêtes, & cinq cens bœufs. CHONIDAS , Chonidas , (c) gouverneur de Théfée. Par fon application & fes talens , il répon- dit fi bien aux intentions de l'a- yeul de fon éleve, que les Athé- -niens dans la faite l'honorerent Comme un demi-Dieu, lui immo lant tous les ans un bélier, le jour * qui précédoit la fête de Théfée ; honorant ainfi,comme le remarque Plutarque, avec plus de raifon & de juftice, la mémoire de celui qui avoit formé leur héros, que Silanins & Parrhafus, qui n'en avoient fait que des ftatues & des portraits, | CHORA, Chora, X:pa, nom dont les Grecs fe font fervis pour défener un lieu. Ils don- noient à ce mot des étendues fort différentes ; car, ils nommoient X 5x où X pce, un pais , une région, une province , une terre , (a) Paral, L. I, c, x6, v. 22, (Ce) Paral, LIL ©, 35, v, 9 Ge CE H un héritage, un champ; ils avoient aufh le mot Chorion , Xi, pour fignifier la même chofe, & l'employoient auf pour fignifer. une citadelle, un château, une forterefle, fans parler des autres fignifications de ces mots, lefquels n'ont point de rapport avec la, géographie, C’eft dans le fens de Chora , pris pour une campagne, qu'un paifan étoit nommé dans cette langue ; Chorites, Xopirnc. CHORA , Chorz , (d) rivière de France. Les Anciens ont fou- vent fait mention d’une rivière @& d'un lieu de ce nom. Adrien de . Valois eft le premier qui ait re= cherché quelle rivière s’appelloit. ainfi; & il a trouvé que Chora eft la Cure qui a fa fource dans le Nivernoïis, auprès de Plachei paflé à Domecy:fur-Cure , à Cu- re, & à Pierre-Pertus , auprès de, Vezelay, à Arci, & fe perd dans : lIonne, à Crevan dans l'Auxer- rois. Quant au lieu du nom de Cho-: fa, Ammien-Marcellin en fait mention fur la route qui conduit d'Autun à Auxerre. On trouve Chora für cette même route dans la vie de Saint Colomban , écrite par le moine Jonas dans le fep- _tième fiecle. M. d’Anville dit que le nom de ce lieu fubffte encore dans l'emplacement d'une métai- rie, à l'entrée du diocèfe d'Au-. xetre, en fortant de celui d'Au- tun. On peut voir dans les éclair- ciffemens fur l’ancienne Gaule, - qui ont paru en 1747, les raifons. (cÿ-Myth. par M. l’Abb, Ban, Tom. : I. p. 97°. ie (4) Noric, de la Gaul, par M, d'Anville ma li} ANRT i qui ne permettent pas d'adhérer à l'opinion de M. le Bœuf, en con- fondant Chora avec Crévan > qui - étoit diflingué par fon nom de = Grevennum , dès le tems de Charles Martel, ce qui eft anté- fieur d'un fecle à la mention qui eft faite de Chora dans la tranfla- tion des Saints George & Aurèle., Il eft intéreflant de connoïre Ja pofition de Chora Par rapport à Cet endroit de la Notice del Em- Pire, Prefedus Sarmatarum gen- . tillum à Choré Parifios ufque. Sanfon, en plaçant Chora à Cor- el, ne voyoit point que le nom: de Corboilum, qui eft celui de Corbeil, ne fçauroit être confondu avec Chora par une fappoftion :, d'analovie. CHÔRAGES, Choragia, (a) Partie des théatres anciens. C'en _Étoit comme le fond des couliffes ; C'eft-là qu'on difpofoit quelque fois des chœurs de mufique,@ qu'- On gardoit les habits & les inftru- mens de la fcene ; c’eft de-là que l'on tiroit tout ce qui paroïifoit <ux yeux ; d'où l'on voit que ces endroits devoient être aflez fpa- Cieux, — - CHORAMNÉENS » Choram- 71, Xopauvaior, (b) peuples de Perfe | felon sd Re ne. ce, qui dit que c'étoit des fauva- Bes. Il cite Créfias au dixivine li vre des Perfiques , où il dit qu'ils étoient fi lépers à la courte, qu’ils attéipnotent& prenoient les biches en Courant, C4) Antiq. exp, in D. B ni: i Montf, Tom. HE . 24$° ee (b) Diod, Sicul. p.64. - {c) Quint. Curt. L, VIE, €, 4: Ptolem, 4 | 10S Ces Choramnéens font fans doute les mêmes dontil eft parlé dans Diodore de Sicile, qui lés met au nombre de ceux qui furent foumis par Ninus, roi des Afly- riens. CHOROMNÉENS, Chorom- 2@1, Xipouvaio,, autrement Cho= ramnéens, Voyez Choramnéens. CHORASMIENS , Choraf- mL , Kopéouiti, (c) peuples d'A- fie, dont parle Quinte - Curfe. Cet Hiforien paroït les mettre dans la Sogdiane. C’eft la poñition que leur donne Ptolémée ; car “al. nomme les Chorafmiens parmiles nations qui habitoient dans la Sog. diane. Cela convient avec le té- _moignage de Pline, qui les place aufh vers ces quartiers-là, = Les Chorafmiens font appellés Chorafmes, Chorafmi, dans Jut= tin, qui nous apprend que ces peuples furent foumis par Ale- xandre. Du tems de Darius, ils faifoient partie de la feizième Sa trapie , qui payoit trente talens à ce Prince. Hérodote , de qui nous tenons cette particularité, dit ail- leurs, que les Chorafmiens al- loient au combat armés de la mé- me manière que les Ba@triens. Denys le Périégete diftingue les Chorafmiens d'avec les habi- tans de la Sogdiane ; car, après avoir parlé des Meffageres , il ajoûte : » Après eux font les » Chorafmiens vers le nord s & » après ceux-ci eft la Sopdiane, » par le milieu de laquelle coule. L. VI. c. :2, Plin. T. IL. p. 314. Strab. - P. 513: Athen. p. 70. Juft. E. XII. c 6; Herod, L, IIE, c, 93. L, VII, c, 66, 106 CH » l'Oxus, « On doute que ces Chorafmiens foient les mêmés que ceux d'Athénée ; mais, ils ne different pas des Chorafmufines de Strabon, ni même à ce que nous croyons, des Choramnéens d'Étienne de Byzance. Ges Cho- rafmiens , chaffés de leur patrie, fe jetterent dans la Syrie où ils rémporterent dé grandes victoires far les Francs > qui. y avoient établi le royaume de Jérufalem. Ce font les mêmes que M. l'ab- bé de Vertot appelle Corafmiens. C'étoit, dit-il, des peuples fortis récemment de la Perfe , & lus, à ce qu'on prétend, des anciens Parthes ; du moins, ils en habi- toient alors.le païs appellé Vraca- émi ou Hyrcanie Perfienne. D'autres les placent dans le Cou- varzem), proche de la Corofane ; mais, je ne fçais, ajoûte M. de Vertot, fi ces Corafmiens n'é- toient pas plutôt oripinaires du royaume de Carizme , que Piole- _mée appelle Chorafmia, d'où ces. barbares, la plûpart pâtres, &t qui mavoient guere de demeures fi- xes, pouvoient être pañlés dans quelques-unes des provinces de la Perfe. Quelque ee eftime que les Ouvrages de ce fçavant abbé m'ayent fait naître pour fa perfonne, dit M. de la Martinière, je ne puis diffimuler qu'il y. a bien de linexa@itude dans ce peu de mots. Outre qu'il devoit dire Cou- - varezm, ou plutôt Khouarezem, &r Coraflan ou Khoraflan, ilne devoit pas difinguer le pais de > {a) Athen. p, 70 _ CH Couarezm, de celui de Carizme, qui font (ynonymes, & tépon= dent à la Chorafmie de Prolémées à quelque différence près des li- mites. Quant à ce qu'il dit qu'ils étoient ils, à ce qu'on prétend, des anciens Parthes; cela peut être vrai, parce qu'il y avoit d'au tres Chorafmiens dans la Parthie. Pour ceux qui cauferent tant de : maux dans la Paleftine, & qui s'étant brouillés enfemble, fe de- truifirent eux mêmes, de forte que tout en périt» jufqu'à leur nom, cela ne doit pas s’enrendre des Chorafmiens en général , mais de ce détachement de la nations qui étoit fous les ordres de Bathba= Ççañ: 5 CHORASMIENS, Choraf- miL , XopArgiot: (a) peuples d'A= fië dans la Parthie, vers Orient, felon Athénée. Arrien, dans fon Hiftoire des guerres d'Alexandre , fait mention d'un peuple qu'il nomme Chorafmenes ; mais, il. eft différent de ceux-là, car il le mêt au voifnage de la Colchide & des Amazones. ee CHORAULE, Chauroles , (Pb), nom que l’on donnoit chez les Grecs & chez les Romains, à * celui qui préfidoit far les Chœurs. Celui, qu'on voit dans les anti= quités de D. Bernard de Mont- faucon, eft revêtu d’une tunique» &c tient de chaque main une flûte, dont le peit bout eft appuyé fur _ fa poitrine. CHORAZIN, ) Choratite Voyez Corozaim. |, (b) Antiq expl. par D. Bern, de | =} Montf. Tom, IT, p, 343 + IE VE RER RS RE PR SE TE D ce pe ERREUR A TE Ou RE si) CH - CHORÉE, ue » qui, défis à la poëfie Grecque & Latine, fi- gnike un pied on une mefure de Vers, compofée d’une longue & d'une breve, comme 2rm2. On l'appelle ordinairement Trochée. Voyez Trochée. CHORÈGE, Choragus ; (a) forte de Magifirat à Athènes. Le. Peuple d'Athènes étoit partagé | En dix tribus , dont chacune avoit un Mavifirat, Chorèce. C'étoit à lui faire les frais des repréfentations tragiques pour f tribu. A La vérité, la tribu . donnoït une fomme ; mais, il en coûtoit toujours. au Chorège, qui ne pouvoir gueré dans ces occa- fions, fe difpenfer de fe piquer de mapnificence, Lorfquil choi- fiffoit ung piece, on difoit qu'il lui accordoit le Chœur; c'eft-à- dire, qu'il fournifloit au Poëte des aéteurs, des danfeurs , des habits, nun mot, tout ce qui étoit né- ceflaire pour faire jouer une pie ce. Chaque Chorège cherchoit à emporter fur {es émules, & la gloire qui lui en revenoit , réjail- Bfloit fur toute fa tribu ; il étoit aufli jaloux de cet honneur , que d'une vidoire qu'il auroit rempor- tée les armes à la main fur les €nnemis de la république ; ce qui Paroit bien par ce que Plutarque raconte de lhémiftocle. Thécmif- tocle, dit-il, vainquit, faifant les fonétions de Chorèse pour les tra- -gédies, ces jeux étant alors dans leur plus grande célébrité , & fit drefler un monument de fa vic- À ee ee l'Acad. des Infcript, & Ve Lett. Tom. XV, pag. 264. Tom: XVHL p, 70 3; 7le ee : que l’on nommoit Bell, Lect. Tom. XV, pag, T,_ XVII, p.120. = Ci 107 toire avec cette Infcription : TA. rnifocle Phréarien étoit C horège ; Phrynicus faifoit repréfenter La piece : Adimante préfidoir, On avoit accordé au Chorège de la tribu vidorienfe, Je droit de faire graver fon nom for le tré. pied que cette tribu fafpendoir aux voûtes du temple. Cette fon@ion quoique ruineufe, étoit fort re- cherchée ,:& devoir l'être dans un état républicain. Outre qu'elle conduifoit aux honneurs, comme la dignité d’Édile Curale à Rome, elle donnoit beaucoup de crédit dans lefprit d’un peuple, plus fen- fible au plaifir qu’on lui procuroit, qu’à la orandeur des fervices, & qui eflimoit autant un Chorège prodigue, qu'un Général vido- rieux. —. CHOREIQUE , Choreus, (8) Xopec, forte de rhythme, dont On trouve l'explication dans Ari tide Quintilien. …. Cet Auteur qualifie le rhythme Chorëique irrationel, parce qu'il commence par le levé. dit Mei- bom , pour finir par le frappé ; & il en fait deux efpèces, l’iamboï- de & le trochoïde. Le Chorèi- que-iamboïde eft compolfé d’une longue pour le levé, & de deux breves pour le frappé: Z/ ef fem Dlable au daëyle , quant ai rhythme, dit Ariftide, & 4 l’ram- be, quant au nombre des [yllabes- Surquoi le fcavant Meibom fait cette Judicienfe remarque. Ce/z doit s'expliquer en cette manière: Quant au tems des pieds; l’iam- (6) Mém, de l'Acad. des Infcript, 8e 321: 2220 114 EF qu’elle ne l'eft en effet. Les pattes font couvertes pref- que ju{qu’aux ongles d’un pluma- ge épais de couleur blanche fale, avec de petites lignes noires &c ondoyantes ; il n'y a que deux où trois écailles annulaires dans cha- .que patte qui foient à nud. Chaque aile a vingt-quatre grandes plumes ; les barbes exté- rieures de la première font termi- nées à la pointe par des poils {é- parés les uns des autres, & dif- pofés en forme de dent de peigne. On voit fur les grandes plumes des aïles & de la queue, fix ou fept taches tranfverfales qui font d’un blanc.fale , &c teintes de roux ou de bran. Les petites plumes des ailes, qui recouvrent les gran- des, fur tout celles du milieu & les plus longues des épaules qui couvrent les côtes du dos, font marquées de taches fur tout fur les barbes intérieures de chaque plume. La queue a fix ponces de lon- gueur ; elle eft compofée de douze plumes , celles du milieu font les plus longues , -& les autres dimi- nuent de longueur par degrés juf- qu’à l’extérieure, qui eft la plus courte; elles font toutes poin- tunes. +. La plante des pieds eft calleufe & de couleur pâle ; les ongles font longs & de couleur de corne. ou noirâtre. Îl n'y a point de membrane entre les doipts. L'ex= térieur de devant peut fe plier en - arrière, comme fi en effet c’étoit lanches C H un doigt de derrière; ce qui a fait dire que cet offeau avoit deux doigts de derrière. (a) IL. La Chouette étoit con- facrée à Minerve. On la lui avoit donnée comme un fymbole de ‘prudence , [a pénétration de cet cifeau, dans lavenir, ayant été reconnue par les Anciens. Dion Chryfoflôme cite lä-deflus l'apo- ‘logue d'Éfope, pour faire enten- dre que c’eft par-là quela Chouet- te a {çu plaire à la plus belle & à la plus fage de toutes les déefles. Ce font fes propres termes, qui font plus d'honneur à Minerve que l'imagination de ceux qui lui ont donné des yeux de Chouette, pour autorifer le fymbole, Sur les monnoies des Athé- niens, on voit d'un côté la têre de cette déefle, & de l’autre une Chouette. On croit que cela peut avoir quelque rapport aux Athé- niens mêmes. C'étoit, dit Anti- phone dans Athénée, un oifean fort commun dans leur territoire; & après cela, il nv a point d'in- convénient à confentir qu'il y ait eu communauté de fymboles entre la déeffe & la ville d'A- thènes. Ge qu'il y a de certain, c'eft que le nom de Chouettes avoit éié donné aux monnoies de l'Atrique. L'efclave d'un riche Lacédémoniena dit en ce fens-là, qu'une multitude de Chouertes michoient fous le toit de fon mai- tre. Mais, pourquoi les Chouettes {ont-elles pofées fur des vafes dif- (a) Mém, de l'Acad. des Infeript, & Bell, Lert, Tom. I, pag. 223, 224 Te Ve Page 268 T; XVI, Pe 104% :C H tingués par différentes lettres ? les Athéniens , comme la plûüpart des Antiquaires l'ont cru jufqu'ici , auroient-ils voulu fignifier par-[à qu'ils ont inventé la fabrique des vafes de terre ? c'eft un honneur qu'on ne leur difpute point. On fçait même que de-là leur eft ve- nu le nom de Prométhées ; mais : ils ont trouvé des chofes plas im- Portantes, dont ils ne fe font point vantés dans leurs monnoies. - La Chouette fe voit aufñ avec Minerve fur une médaille d'Ilium. Sur quoi l’on propofe cette diff- cuité; pourquoi trouve-t-on avec la Minerve d'Hinm le fymbole de Celle d'Athènes ? M. l'abbé de de Fontenu répond, 1.9 que peut- être le Palladium de Troye n'étoit qu'une copie de celui qui étoit à Athènes depuis l’arrivée de Cé- COpS, & qu'on croyoit auffi être tombé du ciel, Le culte de Miner- TE > apporté d'Égypte dans la rece, pafla dans la Samothrace ; de-[à dans l'Afie mineure , où Peut-être Dardanns lui-même le t Connoître. 2.9 I] eft très-pro- bable que les Hiens ; que la valeur & Athéniens avoient affranchis de la domination des Perfes, vou- lurent, en reconnoiflance de ce érvice, faire graver fur leur mé. aille, le fymbole de la déeffe, qui Fri Je plus en vénération chez leurs bienfaiteurs; comme par un fémblable motif de reconnoiflan- Ce, ils firent auf graver, fur une ‘AUtre médaille de leur Minerve lade > Qui eft dans le cabinet du 01, le cheval Pégafe qui étoit Ce) Horat, Epod, Ode 1. v. 33° CH IIS le fymbole que lui donnoient les Corinthiens. 3,9 Les Hiens vou- lurent peut-être exprimer par ce fymbole qu'ils avoient été aflujet- tis par les Athériens , dans le fems que ceux-ci {e rendirent maitres d’une grande partie de l’Âfie mineure, comme je rappor- te Strabon d’après Thucydide ; & cette réflexion feroit tomber la critique de Cafaubon, qui accufe Strabon de n'avoir pas bien en- tendu le texte de Thucydide. Pline a vanté la chair de la Chouette pour Ja paralyfe. Tous les auteurs de matières médicales Ont-rapporté cette vertu d’après lui, & comme un trait d’érudi- tion, Cette propriété & quelques . autres qu'ils lui ont auf accor- dée:,- chacun für l'autorité de fon prédéceffleur , ne font pas con- frmées par des obfervations. L’u- fage médicinal de cet oifean eft très-rare parmi nous, où même abfolument nul, CHOUETTE ; forte de danfe des Grecs, dont nous ne fcavons autre chofe , finon qu'elle étoit dans le caratlère pantomime & bouffon.. : S CHRÈMES » Chremes , (a) fameux Perfonnage dans les co médices de Térence. Horace en fait auf mention, & il le repré- fente comme un vieillard fort aväres - CHRÉMETES > Chremetes. Ariftote, faifant une énumération des rivières , pour faire voir qu’elles ont leurs fources dans des . Montagnes, dit: » De même en Hi 116 C H w Afriqueil y en a comme l_Æ- n gon & le Nife qui tombent » des montagnes d'Ethiopie ; & » d'autres , qui étant les plus » grandes, entre celles dont on » parle le plus, comme le Chré- » metes qui fe décharge dans la y» mer extérieure [ l'Océan | » & » le premier bras du Nil, ont » leur fource dans la montagne » nommée le mont d'argent. ce Il n’eft pas furprenant qu'Ariftote faive l’ancienne erreur, qui met- toit la fource du Nil aux monta- gnes de la Lune, puifque de fça- vans géographes, tels que Mef- feurs Sanfon , l'ont maintenue dans leurs cartes, parnn enrête- ment qu'on ne fçauroit louer, quelque raifon que l'on ait de ne parler de leur fcience qu'avec une eftime refpedtueufe. À préfent que Fon connoit les {fources du Ni, on fçait, à: que des lieux où il naît , il ne fort aucune rivière qui fe rende dans l'Océan, Ainfi, les fignes que donne Ariftote pour reconnoitre le Ghrémetes, ne conviennent à aucune tivière du monde. Cepen- dant, à les examiner fur le pied de l'ancienne erreur , on peut foupconner qu'il a voulu parler _de la rivière de Zaire. Les An- giens , avoient fait le tour. de l'Afrique ;. mais, ils n'avoient qu'une connoiïflance bien confufe de tonte fa partie méridionale, qu'ils ont peuplée & entrecoupée de rivières & de montagnes, CON- formément à leur imagination. . (a) Xénoph, p.461: à n’en point douter ; CH | Héfychius parle auf du Chréd metes. CHRÉMON , Céremon , (a). Xpéuor, l'un des trente tÿranss que ceux de Sparte donnerent aux Athéniens. CHRESES , oz CHRESIS, Chrefes, Chrefis ; Kpcuse C'eft une des parties de l’ancienne Mé- lopée , qui apprend au compofi= teur à mettre un tel arrangement dans la fuite des fons, quil en réfulte une bonne modulation & une mélodie agréable. Cette par= tie s’applique à différentes fuccef- fions des fons, appellées par les Anciens, agope » euthia , ana camptofa, &c. A CHRESMOTHETES, Chref- mothere , (b) forte de miniftres des temples. On appelloit, ainfi ceux qui donnoïent les forts à tirer. CHRESPHONTE , Cr phontus, (c) l'un des Héraclides,. étoit fils de Cléodée & peut-Hls d'Hillus. Après que fes frères Jui fe furent rendus maitres de quelques villes du Péloponnèle, ils les partagerent entr'eux. My- cènes échut à Chrefphonte, qui, dans la faite, fe rendit auf mai= tre de Mellène, d'où il chaffa les defcendans de Neftor, Alcméon & Péon, qui allerent fe réfugier à Athènes. Son fils Épitus lui fuc- céda à la conronne de Meñlène, & donna le nom d'Épitides aux Rois fes fuccefleurs. CHRESTIEN TÉ, terme dont. VS ne fe prononce point. On ap: (c) Myth. par M. VAbb, Ban, Tome {e) Myth. par M. PAbb, Ban, Tom. | VII. p, 391, Gr fuive Ep, 49, F pelle aïnfi les païs , où la religion Chrétienne eft la dominante, non feulement ceux où regne la reli- gion Catholique, mais même ceux où l'on fait profeflion du chriftia- nifme altéré par le fchifme ou par l’héréfe. CHRESTODEME , Chreflo- demus, auteur dune hifloire de Thebes , fi l’on en croit Michel Apoftole. CHRESTOMATHIES , (2 nom que les Grecs donnoient à Certains ouvrages. C’étoient ceux qu'ils compoloient en ramaflant cé que dans leurs lectures, ils -avoiènt marqué d'un +, pour fignifier spucè . bonum , bon. CHRESTON , Chrefion, (4) roi de Bithynie, qui fut tué par Mithridate le grand , roi de pont. La mort de ce Prince ne lui fut pas imputée à crime , parce que le Sénat l’avoit déclaré ennemi du peuple Romain, & qu'il étoit par conféquent de l'intérêt de cette tation, que Chrefon füt affaffi- né, Juftin nous inftruit de ces cir- Conflances dans une harangue qu'il met dans la bouche de Mi-. thridate. CHRESTUS , Creflus, (6) Xpÿsos, préfet du Prétoire, fous : l'empire d'Alexandre Sévère. Julie Mamée ; mere de ce Prince, lui donna le célebre Ulipien pour collegue ,-ce qui fouleva les fol- dats mécontens de ce nouveau minifire, Julie Mamée prévint la Confiration, & fittuer Chreflus Flavien, qui en étoient appa- (4) Mém. de PAcad, des Infcrip, = .(&) Juft. L. XXXVIIL, c. se Bell, Lecr, Tom, XX, Ps 16° CFE 117 remment les auteurs. Xiphilin & Zonare difent que ce fut Uipien même qui fit affafhner les deux - préfets , pour leur fuccéder, lan de J. C. 228. CHRESTUS , Creflus, xeuses, prince de la Cherfonnèfe, & tributaire de l'Empire , fous Dioclérien, entra, en faveur des Romains, dans les états de Çrif- con où Sauromate prince du Bofphore, vers lan de J. C. 294, pila le-pais des Sarmates, prit la ville de Bofphore, & fit plufieurs prifonnniers , entre lef- quels fe trouverent les femmes de Crifcon, que ces avantages obli- gerent à demander la paix. Dio- clétien la luraccorda, & en re- connoïffance des fervices de Chref- tus, déclara la Cherfonnèfe libre & exempte de tributs. - CHRESTUS, Creflus , Xphsos , officier de l’empereur Conftance dans fon armée des Gaules, fut un de ceux quitrahi= rent ce Prince en faveur du tyran Magnence , qu'ils éleverent à l'empire Pan 350 de J. C, Maïs, il fat défait la même année, & puni avec fes complices. * CHRESTUS,, Chreflus , Xpso, profefleur à Conftanti- nople, y enfeigna le Latin fous l'empereur Conftance, qui le fit fuccéder à Évantius l’an de J. C. 339: “e CHRETES , Chretes, lac de Libye , où fe trouvoient trois iles ; felon le Périple de Han- hnoOfe - (c) Diod, Caff. p, 917. H CCS 1} 118 CFE CHRISTODORE , Chrifto- dorus ; Xysodwpo: ; (a) poëte Grec, dont on ne trouve rien dans l’anthologie imprimée, & dont il y a des pieces dans l’an- tholosie manufcrite de la biblio- theque du Roï. .CHRISTODORE , CAriflo- dorus , Xescdurc , (b) autre _poëte Grec qui vivoit dans le cinquième fiecle , fous l'empire d'Analtañe. [Il compofa un poéme en fix livres, de la conquête de Flfaurie , par lemême Empereur, avec quelques autres ouvrages rapportés par Suidas. Il étoit fils de Panifcus de la ville de Coptos en Égypte. CHRITILIUS , Chritilius , ‘(c) certain homme, qui, au rap- port de Cicéron, fut accufé par C. Rufcius, & défendu par Si- _fenna. CHROCUS., Chrocus , (d) roi des Allemands, fut l’auteur.& le chef d'une irruption violente dans les Gaules , & de mille cruautés exercées parles barbares qu'il commandoit. Il fut vaincu & tué par un certain Mars, qui de fimple foldat s'étoitavancé par fa valeur dans les emplois mili- taires. CHROMATIQUE, Chroma, (e) l’un des crois genres de la mu- fique ancienne. Boëce attribue à Timothée .de Milet , l'invention du-genre Chromatique ; mais, (4) Mém. de l'Acad. des Infcript. & Bell, Lett. Tom. II. p.265. (6) Suid. T. IT. p. 11523 1153: (c) Cicer. Brutus c. 141. CH - Athénée la donne à Épigonus Ce genre étoit moins naturel & moins ancien que le senre diato- nique, Îl y avoit trois efpeces de gen- re Chrômatique ; 1.9 le genre Chromatique mol ou foible, dont les trois intervalles étoientun tiers. de ton, un autre riers de ton, un con & demi, &untiers ; 2.9 le genre Chromatique fefquialtère, dont les trois intervalles étoient un dièfe ou quart de ton & de: mi, un dièfe &c demi, fept dièfes ou quarts de tons; 3.° le genre Chromatique fort ou tonique, dont les trois intervalles étoient un demi-ton, un autre demi ton, unton & demi. Des trois efpèces de genre Chromarique, le tonique étoit le plus aigu. Ces réflexions font.de M. Bu- rette , qui, dans un autre endroit, explique le genre Chromatique, ; see 40/ d'une manièreencoreplus détaillée, » Dans le Chromatique mol où » foiblé, dit-il, les intervalles » étoient: 1.° de l'hypate à la » parhypate, un tiers de ton ou » un dièfe Chromatique ; 2.° de » la parhypate au lichanos , un .‘» aatre tiers de-ton ; 3.° du li- » chanos à la nête, un ton & » demi & un tiers, par indivis » ou non divifé. Dans le Chro- » matique fefquialtère, les inter- » valles étoient 1.9 de l'hypate ce> Mém. de l’Acad. des Infcript. & Bell, Lett, Tom. VII. p. 89. Tom. X. P- 255,279. Tom. XIII. p. 175> 1825 186, 271, 272, T. XV, pe 3725 389» (4) Crév. “Hift, des Emp. Tom. V.| 390, T. XVII, p. 70e “P» 473° . es e » à la parhypate, un tiers & » demi de ton, ou un dièfe & » demi Chromatique ; 2.9 de la » parhypate au lichanos , encore » un tiers & demi de ton ; 3.9 » du lichanos à la nête , fept » dièfes enharmoniques ou quarts » deton, où unton & demi, & ‘» un quart par indivis. Dans le » Chromatique tonique où dur, » és intervalles étoient 1.° de » l'hypate à la parhypate , un » demi=ton; 2.° de la parhypate » au lichanos , encore un demi- » ton; 3.° du lichanos à la nête, » un ton & demi par indivis, » c'eft-à-dire , "2, fa, fa dièfe » la. « : On demande pourquoi le genre Chromatique étoit exclus de la Tragédie. Plutarque nous en alle- gue une raïfon générale, & qu'il applique également à tous les re- tranchemens de même nature, faits en différentes occafñons ; & cette raifon eft celle de la décence de la bienféance, de la convenan- ce au propre caractère de la tra- gédie. Il conffloit, ce caraétère, dans la grandeur .d'ame, dans le courage, dans la magnificence & dans les autres qualités héroïques, mifes fur la fcene, ce qui s’ap- pelloit Yüoc d'igrranriudr. Ce ca- ratère devoit être foûreru fur tout par les chœurs; & c'eft à quoi la poëñe & la mufique de- . voient concourir à l’envi. Or, des trois genres de mufique, le diato- nique étoit le feul qu’on-pût em- ployer dans ces chœurs avec fuc- cès ; cette forte de modulation étant la plus propre à exprimer les fentimens pleins de grandeur CH 119 & d'élévation , que la poëñe vouloir infpirer, Le genre Chro- matique , dont le caraétère avoit quelque chofe de lâche, de mol & d'efléminé , n’y eût pas été convenable. On ne doit donc pas être furpris qu'il füt banni de la mufique des tragédies. À cette première caufe d’exclu- fion qu'’afhigne notre Auteur, on peut en joindre une feconde, qui fans doute ne laïfloit pas d'y en- trer pour beaucoup. C'étoit la difficulté des chants Chromati- ques , moins naturels que les dia- toniques , à caufe des demi-tons multipliés, & par-là d’une exé- cution plus épineufe. Moins la voix fe plie aifément à cette efpè- ce d'intonation, moins elle ‘eft capable d'y chanter bien jufte ; & il eût été beaucoup plus difii- cile de faire chanter d'accord en- femble dans le genre Chromati- que, ungrand nombre d’aéteurs muficiens, que dans le diatoni- que. On y jouoit le Chromati- que, & même l’enharmonique avec autant de facilité que le dia tonique ; parce que ces inftru- - mens, montés ou percés fur un certain ton, le confervoient plus invariablement. > Le mot Chromatique vienr du Grec ypôua, qui fignifie couleur, foit parce que les Grecs mar- quoient ce genre par des caraëtè= res rouges ou diverfement colorés, foit parce que le genre Chroma- tique eft moÿen-entre les deux autres, comme Ja couleur entre le blanc & le noir ; ou, felon d'au. tres , parce que le genre Chro- . matique varie & embellir le genre H iv »S 120 CH diatonique par fes femi-tons, qui font dans la mufique le même effet que la variété des couleurs fait dans la peinture. CHROME , terme de Belles- Lettres. Il fignifie couleur, raifon fpécieufe , prétexte , qu’emploie un orateur au défaut des moufs folides &c fondés. Ce mot et ori- ginairement Grec. X'oux fignifie a la lettre, couleur. CHROMIE , Chromie , (a) Xp, fille d'Itonus & petite- fille d'Amphittyon. Quelques- uns prétendent qu’elle fut mariée à Endymion. CHROMIS , Chromis , (6) Xpquis, capitaine, qui coiman- doit avec Ennomus les Myfens durant le fiege de Troye. CHROMIS, Chromis, (c) Xpouus , capitaine Troyen, qui fur tué par la reine Camille, : CHROMIS , CHromis, (d) Xpous, l’un des Ceñtaures. I] fut tué par Pirithoüs, l’un des prin- cipaux d'entre les Lapithes, … CHROMIS, Chromis , Xo= ic, fils d'Hercule, fut foudroyé par Jupiter, parce qu'il nourrif- foit fes chevaux de chair humaine. Un Satyre prenoit aufli le nom de Chromis, É = CHROMIUS, Chromius , (e) poules ; Capitaine Grec qui par- tit pour le fiege de Troye. CHROMIUS , Chromius (4) Pauf. p. 287. (2) Homer: Liad, L: IL v. 365. (c) Virg, Æneïd. L. XI, v. 67s. (4) Ovid. Metam. L. XII. Fabul. Centaur. EE (e) Homer, Iliad, L. IV. y. s96, 2 £ Xpoule , (f) capitaine Troyen, C H qui fut tué par Ulyfle. Il y en eut unautre de même nom, qui fut tué par Teucer , fils de Téla- mon, CHROMIUS, Chromius, (2) Xpoulos , fils de Nélée & de Chioris, périt par les mains d'A pollon & de Diane. -CHRONIES , Chronia, Voyez Cronies. : CHRONIUS , Chronius (A) Kronoc, tua le tyran Ariftomeli- das. Voyez Ariftomélides. CHRONOS , Chronos. Voye Cronos. CHRONUS [ Droporr |. Voyez Diodore. — CHROUBIS , Chroubis , (i) XpouGle, nom d'un des dieux par- ticuliers ou fubalternes des Épyp- tiens. Mais, peut-être faudroit-il lire Chnonbis for le monument qui nous a confervé ce nom. Un graveur peut avoir mis un P, au lieu d’un N. C’eft la remarqueque fait M. le comte de Caÿlus; mais, il ajoûte que fi le graveur ne s’eft point trompé , on pourroit croire que ce nom défignoit le taureau Apis ; ou Mnévis adoré en Égyp: te. Chroub , dans la langue Hé- braique , dont l’affinité avec l’an- cien Égyptien eft connue, figni- fioit un veau ou un taureau. de chiel donne le nom Chroub à la- nimal qu'il appelle ailleurs Schor, un veau, ou un taureau. IC ne doit être regardé que comme une FC) Homer. Miad, L. V. v. 677. Le VII, v, 295. | (g) Homer. Odyff, L. XI, v. 285. (b) Paul, p,. 537. (2) Recueil d’Antiq. par M. le Comte de Cayl, Tom, V, pag. 70. T. VI 17e CH terminaifon Grecque ajoûtée au nom Égyptien. CERUSIENS , Chruft ; peu- ples d'Afie, dont le pais étoit traverfé par le fleuve Halys, felon Vibins Séquefter, où plutôt felon fes copifies , qui ont défguré cet endroit, Ortélius, dont on te fçauroit trop louer la fagacité en mille endroits des Anciens ,; dont il a très-heureufement corrige les Premières éditions, a été trompé, Comme bien d’autres, à ce paila- ge. L'édition de Vibius Séquefter, in-fol. à Pézazo, chez Hierôme Soncin , porte : Halys Lydie Enifos tranfit vel Chrufos. Celle des Juntes porte: Falys Lydie Chrufos-tranfit, On voit par-là que ve] Chrufos eft une efpèce de note ajoûrée par Je copifte, qui ne fCavoit fi le mot, qui fuir celui de Lydie, devoit être lu Enifos Où CArufos, Il eft aifé de voir qu'il ne taut lire ni l’un ni l'autre; qu'iln’eft point queftion d'un peu. ple habitué für lesbords de l'Ha- lys, & qu'enfin Vibius Séquefter dVOitén vue le fameux oracle: Crefus Halyn penetrans TRaprnarn … Pervertet opum vim. Ainf > il faut lire dans Vibius Séquefter Halyn Lydie Crofus tranfit. Le fleuve Halys terminoit 8 Lydie, ou plutôt l'empire de Ydie, comme il paroit par la lettre de Darius à Alexandre. Ce- la fuffit pour lappeller un fleuve de Lydie. Crœfus le pafla , trom- PE par le fens équivoque d’un ora- (a) Myth. par M, l’Abb, Ban, Tom. VE. p. go. £ (8) Plur, Le JT, Pr 12, 4315 451. Strab. p. 604. & feg, CE I2T cle, & trouva fa perte, au dieu des conquêtes dont il {e fattoit. Voilà ce que Vibius Séqueiter a voulu dire en peu de mots, Az- lyn Lydie Crœfus tranfit, - CHRYASUS , Chryafus:, (a) cinquième roi d’Argos. Ce fur l'un de ceux qu’on appella Inachides , à caufe d'[nachus , qni avoit été le premiér roi d'Argos, CHRYSA , Chryfa, Xovcas (£) nom d’un lieu de l’Attique , dont parle Plutarque dans la vie de Théfée. M. Dacier traduit ce mot,la place-dorée, Ce fut près de ce lieu que fe dons la bataille en- tre les Amazones & les Athéniens commandés par Théfée. CHRYSA , Chryfa , Xpucæ , vile de l’Afie mineure dans la Troade, Voyez l'article - fuivant. CHRYSA, Chryfa, Xpuras (c) autre ville de lÂfie mineure, auf dans la Troade, étoit fous la protection parriculiere d’Apollon, Homere parle de cette ville. L//yffe, dit-il, 9x2 conduifoit à Apollon l’Hécatombe facrée, arrive dans Le . port de Chryfa. Sur quoi Madame - Dacier fait certe remarque, » Ho- » mére eftun Géographe fi exa@, » que non feulement il marque » la diflance des lieux dont il » parle ; maïs, il les défigne en- »,core de manière qu'on puifle » toujours reconnoître leur fitua- » tion. [ci on voit que cette Chry- fa n’étoit pas éloignée du port » d'où Ulyffe étoit parti, du che- » min d’une journée entière, puif- (c) Homer. Iliad: L. I. v. 3, 4305 os CH » qu'Ulyfle arrive le même jour d’aflez bonne heure pour faire un grand facrifice, qu'ileftlong- tems à table , & qu’on a tout le loifir pour chanter des hymnes à Apollon avant le coucher du foleil. Ainfi, Chryfan’efteloi- gnée du port, que de fx où fept cens ftades, comme Strabon l'a temarqué, Or, on compte pour le chemin d’unejournée , mille on douze cens ftades. Pour ce quieft de la fituation, on voit ‘qu'à cette Chryfail y a un port, & tout auprès un temple d'A- pollon. Cette remarque étoit néceflaire pour empêcher les leéteurs curieux de la Géogra- -phie , de fuivre l'erreurde quel- ques Anciens , qui ignorant les anciennes Hiftoires , ont cru qu'Homère parle d'un autre Chryfa quiétoit près d'Hama- xite= car, celle-ci n'avoit ni port nitemple , & elle ne après la guere de Froye. « CHRYSA , Chryfa; XPUSA > {z) ile , lune de celles qui éroient auprès de l'ile de Crete du côté du Péloponnèle, felon Pline. CHRYSÆ FANUM, nom d'anlieu de la Sicile; dans une campagne près du chemin, qui menoit de la ville d’Afforus à celle dEnna: ne CHRYSAME, Chryfama, prêtrefle de la Theffahe,qui ayant nourri un taureau de certaines herbes vemmeufes , lé fit conduire (a) Plin. T. L p.210: — {&) Plut, Tom. I pag. 317. Xenoph. pag. 51. @ feg. Roll. Hifk, Anc. Tom. fut même bâtie que long-tems. - CH vers les ennemis. Les principaux d’entreux, ayant mangé de la chair de ce taureau , devinrent in- fenfés, & ce ftratagême fit que les Éréthriens furent facilement vaincus parles Grecs. CHRYSANDRIENS , CAry- fandrii, efpèce de peuples fabu- leux. Ces peuples faifoienr partie des habitans du royaume de Nu- mifmacie ou de la monnoie; & ils parloient routes fortes de lan- ues. ë CHRYSANTAS , Chryfantas, Xeurdyras, (b) capitaine de Cy= rus, commandoit l'aile droite dela cavalerie à la bataille de Tym- brée. Xénophon trace en peu de mots un beau portrait de Chryfan- te. Ïl n’étoit, dit-il , ni grand de taille , ni robufte en apparence , ; maïs d’une prudence confommée, brave & également propre à obëir & à commander. On dit qu'il fut extrémement loué par Cyrus, de ce qu'ayant unjour fon ennemien fa puiffance, & l'épée déjà levée pres de le tuer , il arrêta le coup, & le laifla aller, fitôt qu'il éncendit fonner la retraite. - Chryfantas avoit êté pouvers. neur de l’Ionie & dela Lycie,ou, felon d’autres, de la Lydie. CHRYSANTHIS ; Céryfan- this, Xpuartie : (c) apprit à Cé- rès l’enlevement de fa fille, au rapport de Paufanias. - CHRYSANTINA , Chryfan= I. pag: 4325 434 çe) Pauf,,p, 25e C H ‘ina, (a) nom de jeux folemnels, qui fe célébroient à Sardes. Îl en eft fait mention dans les ancien- nes Infcripttions XPYCANOIN À EN CAPAECIN. Ils font mar- qués fur les médailles de Sardes, de Julia Domna, de Caracalla, de Sévère Alexandre, de Tran- quillinie & d'Otacilia. M. Vail- lant penfe qu'ils étoient ainfñi nom- més d'une couronne de fleur d’or, qui étoit le prix des vainqueurs ; ‘en effet, cette couronne eft re- préfentée fur quelques médailles. L'urne de ces jeux porte une, & quelquefois deux branches de pal- mier; d'où l’on peut inférer que le fpeftacle étoit compofé d’une où de deux fortes de combats. Au refle, nous voyons dans le droit Romain, que ces jeux, comme “les Jeux Olympiques , fe célé- broïent tous les cinq ans, c'eft-à- dire , après la quatrième année révolue. Les monumens ne nous apprennent point {ces jeux étoient célébrés en lhonneur des dieux Ou des empereurs, ou fi c'étoient des’ jeux qui fuffent particuliers à cette ville. CHRYSAOR , CAryfaor, (b) Xovodcp ; fils de Neptune & de Médufe, Voici comme on raconte fa naiflance, » Le dieu de la mer; » dit Héfiode, fat fenfible aux » charmes de Médufe; & fur le » tendre gazon d'une prairie, au » milieu des fleurs que le printems » fait éclore , il lui donna des » marques de fon amour. Elle - (a) Mém. ! = = C FH 155 » périt enfuite d’une manière fa » nefte. Perfée lui coupa latête, -» & du fang quien fortir naqui-, » rent le héros Chryfaor & le » cheval Pégafe. Chryfaor tira » {on nom d'une épée d'or qu'il » tenoit à la main au moment de » fa naiflance. Dans la fuite, il » devintamoureux de Callirrhoë, » fille de l'Océan, & en eut » Géryon , ce fameux géant à n trois têtes. « M. l’abbé Banier dit qu'il adop- te volontiers l'explication , que M. Fourmont donne de cette fa- ble. Il regarde Chryfaor comme un habile ouvrier, qui travailloit en_or & en ivoire ; ce que l'épée d’or qui lui fit donner le nom de Chryfaor ; marque aflez-; {on nom même veut dire ouvrier en métaux, Phorcys s'en fervoit pour mettre en œuvre les dents d’éléphant & les cornes de diffé- rens animaux, que fes vaifleaux lui portoient. Oferoit-on même hazarder une conje@ure au fujet de l'épée d’or, avec laquelle Chryfaor vint au monde, & dire que ce fut avec cette épée quil parut pour la première fois à la cour de Phorcys? fi le même Poëte dit que Chryfaor époufa la belle Callirrhoë , fille de PO- céan , de laquelle il-eut Géryon, c’eft que Phorcys, pour fixer un fi bon ouvrier dans fes États, lui procura un parti confidérable; car enfin, il faut humanifer ces fic- tions , & croire qu'on apifloit - de PAcad. des Infcripr. &yxys. d fuiv. Mém. de l'Acad. des Bell, Letr. Tom, XVIII. P. 145- Infcript. & Bell. Lett, T, III. pag, 60. () Pauf. p. 67. Myth. par M. l’Abb.ÎT, VI, p. 341. T. VIE. p, 45 ; 46, Tom. Ban, Tom, I, p. 196, 202, T, VI. pag. | XVIN, Pe7» 10e £ 130 CE H | & que ce fut principalement furel- le qu'il voulut venger la mort de Chryfippe; mais, qu'ilnele put, parce qu'elle fe fauva à Midée, “ville du pais d'Argos. D'autres difent que fe voyant accufée par fon mari, elle fe tua. Fhucydide raconte qu'Arrée fe/réfugia chez Euryfthée fon neveu, roi de My- cènes. Ce Chryfippe n’eft point diffe- rent de celui que-Clément d'Ale- xandrie, Arnobe & .Firmicus Maternus ont aflocié à Gany- méde. CHRYSIPPE, Chryfippus, Xybormec, (a) célebre Philofophe ‘de la feéte Sioïcienne, naquit à Soles , ville de Cilicie, ou à Tarfe felon d’autres. Il étoit fils d'un cer- tain Apollonius. D'abord, ils'etu- dia à bien conduire un chariot, & fut enfuite difciple du philofophe Clanthe, fuccefleur de Zénon. fl avoit l’efprit fi fubul & fi porté à Ja difpute, qu'en plufieurs rencon- tres, il fe faifoirun plaifir de com- battre les fentimens de fon maitre, auquel il:difoit qu'il mavoit be- foin que de la connoïflance des principes, parce qu'il étoit affez capable de trouver des rafonne- mens pour les foutenir. Valère Maxime/ rapporte qu'a l'âge dé quatre-Vingts ans, 1} achéva fon trente-neuvième trañé de Looi- que. Il a fr fort excellé en ceue fcience , que les payens difoient ge) Plin, T. If, p. 537. Pauf p.20, “y Athen, pag. 335+ 4Quint. E.I.c. 1,3.8,10.L. XII. c.7. Lucian, TH. pe 641 Strab. p.610, 671. Suid, T. NH. p. 1156, Cicer, de Orat, L. I, c. 27, de Office. Le IT, ç. 10. de finib. Bon, & = GE. que files Dieux euffent pu fe fer-: vir de la logique, 1ls n’en auroient: point choïf d'autre que celle de ce Philofophe, Diogène Laërce écrit il Jaifla trois cens onze traités de dialectique, Quelques Auteurs en font monter le nombre jufqu'à fept cens cinq. On prétend que ce qui l’enga- gea à écrire beaucoup, ce furlen- vie qu'il portoit à Épicure, qui avoit fait plus de livres qu'aucun autre Philofophe ; mais , il n'égala jamaisce concurrent, Ses Ouvra- ges étoient peu travaillés ; & par une fuite néceflaire peu corrects , pleins de répétitions ennuieufes , & fouvent même de contradic- tions, C'étoit le défaut ordinaire des Stoiciens, de mêler beaucoup de fubrilités & de féchereffe dans leurs difputes , foit de vive voix, foit par écrit. [ls évitoient, cé femble, avec autant de foin tout agrément dans le ftyle, comme tout relâchement dans les mœurs, Cicéron ne les blâmoit pas beau- conp de manqüer d'un talent en- tièrement étranger à leur profef- fion , & qui n’y étoit pas abfo- Jlument néceffaire. Si un Philofo= phe , dit-il, a de l'éloquence, je laien fçais bon gré; si] n'en a point, je ne lui èn fais point un crime. [l fe contentoir qu'ils fof- fent clairs & inrellisibles, & c’eft par où il eflimoit Épicure. - Quinulien cite fouvent avec Mal: L, I, € 29, Roll. Hift. Anc,T. VI. p. 446, 447. Mém, de lPAcad, des Infcripr, & Bell. Lerr, Æ. III, pag, 25e Tom. VIT p.173. d fuiv. T, X, p. 80e Tom, XXI, p, 19. CH éloge un Ouvrage, que Chryfip- pe avoit fait fur l'éducation des en- fans. Ce Philofophe s’affocia pen- dant quelque tems aux Académi ciens , foûrenant à leur manièré le pour & le contre. Les Sroïciens fe phignirent de ce que Chryfppe. avoit ramafié tant & de fi forts arpomens pour le fyflême des Académiciens, qu'il ne put enfui- _te les réfuter; ce qui avoit fourni des armes à Carnéade leur anta- gonifte, Sa doctrine, far plufieurs points, ne faifoit pas honneur à fa feûe, & n'étoit capable ique de la dé- crier, Il croyoit les Dieux périffa- les, & fotienoit qu'ils péuiroient en effet dans l'incendie du monde, 'permetroit les inceftes les plus Crians & les plus abominables , & admertoir la communauté des femmes parmi les fages. [l avoit COmpofé plufienrs écrirs remplis d'obfcénités , qui faifoient horreur. Voilà ce qu'étoir le Philofophe, qui pañloit pour le plus ferme ap- ui du Portique, c’efl-à-dire, de la feûte [a pins févère du paganifme. ! doit paroître étonnant après cela, que Sénèque fafle de ce Philofophe , en le joignant à Zé- nn, un élope fi magnifique, jnf-. qu'à dire de l’un & de l’agtre qu'ils Ont fait de plus grandes chofes par les travaux de leur cabinet, que Si avoient commandé des ar- inées , rempli les premières places d'un État, établi de fages loix; & qu'illes confidere comme des Lé- Bflateurs, non d'une feule ville, Mais du genre humain entier. «, Ce neft pas néanmoins que Sénèque adoptât indiftintement CH 13E tout ce qu’avoit écrit Chyhpee. On fçait que l'antiquité avoit ren- fermé tonte la doctrine des graces & des bienfaits dans les figures al- légoriques, fous léfquelies. on avoit coûtume de les repréfenter.… ‘Chryfppe, ayant entrepris de trairér Cet endroit important de la morale, crut qu'il ne pouvoit mieux exécuter ce deffein, qu’en donnant l’explication de ces difé= fentes figures. Séneque qui tra= Vailla depuis fur la même matière, blâme fort fon prédéceffeur de Sy être pris de la forte, l’accufant d’a- voir traité fon fujet plutôt en Poêre qu'en Philofophe, & pré- tendant qu'on inflruit tout autréz ment les hommes par des maxi= ines féreufes, que par des allépo- ries agréables. Quoi qu'ilen foit, nous avons au moins l'obligation à Chryfippe de nous avoir tranf- mis ce que les Anciens penfoient fur les auributs des graces, & de nous avoir révélé les myftères Qu'ils cachoïent bien où mal fous ces attributs, Nous difons bien où mal; car, on eft obligé de conve- nir que la plûpart de ces fens my£ tiques. font ur peu recherchés. . On dit que quelques - uns dés difciples de Chryfppe le prierent de fe trouver à un facnifice, & qu'y ayant bu du vin pur, il enfut tellement oppreflé, qu'il mourut cinq jours après ; d’autres aflurent qu'il mourut de rire, voyant un âne qui manoeoit des figues dans un baffin d’argent,& commandant qu'on lui apportât à boire. Sa. mort arriva fous la 143.e Olÿm- piade, 207 avant l'Ére Chrétien- ; ne, Ge Philofophe <. igéde7z hi 122- ES ans, felon Diopène Laërce, & de 81 felon Lucien, On lui dreffa un ‘tombeau parmi ceux des plus il- lufires Athéniens. Sa flatue fe voyoit dans le Céramique. Chryfppe, au rapport de Cicé- ron, a ditun bon mot entre beau- coup d’autres; que comme dans la lice,chacun doit faire de fon mieux pour emporter le prix , mais qu'il n'elt pas permis de tendre la jam- be à fon concurrent , ni de le re-. pouffer de la main; de même, dans lavie, chacun a droit de chercher * ce qui lui peat être utile ; mais non as de le prendre aux autres. CHRYSIiPFE, Chryfippus , Xpbammees (a) médecin Grec, qui étoit de Cnide, On ne fçait pas en queltemsil a vécu. Il fuc auteur de la nouvelle.fecte des médecins Empyriques, qui rejet- terent la faignée & la purgation en ufage juiqu'alors, pour établir « des remedes particuliers. Pline parle du médecin Chryfppe , en une infiniré d'endroits ; mais, eft- ce précifément de celui-ci où de quelqu'autre? - CHRYSIPPE , Chryfippus, Xovoinmos, (b) difciple d'Erañf- trate, & médecin de Prolémée. On parle de plufeurs autres Chryfppes, dont un avoit écrit des Géorgiques; ün autre natif de Tyanes, évoit auteur d'un livre de la manière de faire le pain. - Athénée l’a nommé habile difcou- reur de tartes & depareaux. CHRYSIPPE , Chryfippus, Kacommec, (c) l'un des princi- ça) Pin. T. Ts p: 190: & fegr * (tb) Athen, p, 647. €c) Lucian, T, 1, p. 374. & eg: CH -paux interlocuteurs d’un dialogue de Lucien, C'eft celui où cet Au- teur tourne en ridicule les diffe- _ rentes fettes de Philofophes. CHRYSIPPUS , Chryfippus, nom d'an des Chevaux du Cirque. Voyez Chevaux du Cirque... CHRYSIS, Chryfis, Xsuriss (d) Prêtrefle de Junon à Argos, Cette Prétrefle, ayant mis une lampe proche des ornemens fa- _crés, & s'étant endormie, )fuf caufe par fa népligence, de l'in- cendie du temple confacré à cette Déeffe, Elle fe fauva à Phliunte, pour éviter le refflentiment des Argiens, qui créerent nne autre Prétrefle en fa place. D'autres ont cru, d’après Arnobe, quelle avoit péri elle-même dans l’'em- brafement. Saint Jérôme, dans fon premier livre contre Jovinien, a obfervé que cette prêtrefle de. Junon étoit vierge. Marins Viéto- rinus, dans fes notes fur cet en droit-là , dit mal à propos que ce Pere parle de Chryféis qu'Aga= memnon enleva, Chryfs vivoit avant la guerre du Péloponnèfe. Il y avoit huit ans & demi que certe puerre étoit commencée, quand Chryfs prit la faite. CHRYSIS,; Chryfis, Xytac, (e) l'une des courtilannes de Dé- MÉtTINs, | = CHRYSIS, Chryfis , Xpvctes (f) famenfe courtilanne de l'ifle d'Andros, que Térence introduit, dans fon Agdrienne. Sa pauvreté & la négligence de fes parensl'a- (dy Thucyd: p.90 342: > (Ce) Plut. FT. I. p. 809. Cf) Terent. T. I. p.29, & fege | CH voient contrainte de quitter fon pais. Elle étoit belle & à la fleur de fa jennefle, Au commence- ment , elleétoit fage, & vivoit d'une manière dure & laborieufe, gagnant petitement fa vie, à filer & à faire de la tapiflerie ; mais, depuis qu'il fe fat préfenté des amans qui lui promirent de ‘payer fes faveurs ; comme l'efprit eft naturellement porté à quitter _ là peine pour le plaïfir , ellé ne put fe foûtenir dans an pas fi gliffant. Elle fe contenta d'abord d’un ou de deux amans; mais, dans la faite elle reçut chez elle tous ceux qui voulurent y aller, Quand elle fût morte , fes amans prirent foin de fes funérailles. CHRYSIS, Chryfis, Xpvolcs (2) autre famenfe courtifanne , dont il eft fait mention dans Perfe. CHR YSIS , Chryfis, Xpurics (b) autre fameufe courtifanne , fille de Déménétus, au rapport de Lucien. Elle étoit facile, & on en pouvoit faire tout ce qu'on vouloit , avec peu de chofes, Elle accouroit au fon de l'argenr, dit Lucien, comme les fpettres s’en- faient au fon de l’airain. Cette “courtifanne fut fort aimée d’un jeune homme nommé Glaucias. Lucien , dans un de fes dialo- gues des courtifannes, introduit une autre Chryfs, qui s'entretient avec Ampélis, dés maux qu'elle avoit à fouffrir de la part de Gor- gias, fon amant ; car, elle en étoit extrémement maltraitée. Et Lu- ce) Perf, Satyr. $. v, 165. @) Lucian, T, H.p.47s. à fe. T. Hp: 725. leg, (6) Pauf, P: 5963 597: CE 133 cien Jui fait dire par Amplis, que c'étoit une preuve que Gorgias l'aimoit. CHR YSIS, Chryfis, nom d'un chien de Chafle. Voyez Chiens dé Chafle. CHRYSOGÉNIE, Chryfoge= nia , Xpucoyererx ; (c) fille d'Flal- mus ,eut de Neptune, un fils qui fatnommé Chryfès, & qui monta. fur le trône d'Orchomène, après la mort de Phléoyas, CHRYSOGONUS, Chryfo- gonus , Xprcoyuros, (d) excellent joueur de flûte, qui avoit rem- porté le prix aux jeux Pythiques. Selon Daris de Samos, Chryfo- gonus régloit au fon de la flûteles mouvemens & la cadence des ra- meurs, un jour qu'Alcibiade re- venoit à Athènes comme en triomphe, avec un grand nombre de vaifleaux , dont la plüpart avoient été pris fur les ennemis. CHR YSOGONUS, {e)[ L. Corn. |; Z. Corn. Chryfogonus, le plus riche des affranchis de - Sylla. Un jour, celurci faifant vendre à l’encan le bien d’un ci- toyen, quravoit été comme prof- crit, @& l'ayant fait adjuger à à Chryfogonus, pour la fomme de deux mille drachmes, Rofcius, _fils, & hériier du mort, en füt très-afligé, & fit voir que ce < bien valoit au moins deux cens cinquante talens. Sylla, qui fe voyoit par -là convaincu d'une, injuftice affreufe, s’emporta -ex- ceflivementz; & à la follicitation çd) Plut. TI. p. 209- Ce) Plut. T. I. pag. 862. Cicer, Orats Rofci. Ayner, paf 1 134 CH & foggeftion de Chryfogonus, il \ fit à Rofcius une affaire criminel- le , l’accufant d’avoir tué fon pere: de fes propres mains. Voilà, pour le dire en paffant : une imjuftice bien atroce. Un bien, qui valoit deux cens cinquante ta- lens, c’eft-à-dire, deux cens cin- quante mille écus, Sylla le fait adjuger à fon affranchi, pour deux mille drachmes, c'eft-à-dire, pour mille livres. C'’eft ainf que Cicéron lui- même l'écrit dans fon oraifon pour Rofcius; Por patris bujufce Sexti Rofci, que Junt féxagies, que de I. Sylla duobus millibus rummim fefe dicit ernifle L. Cornelius Chryfogonus. Plutarque a fort bien rendu ces deux fommes, fexaries , cet deux cens ciiquante mille écus : & duobus smillibus AUMIMÉIM c'eft deux mills drachmes ; Cal nurimus Chez les Latins, eft {ou- vent la meme chofe que drachma chezles Grecs.Et c’eft invtilement que Scaliser a voula corriger ce paflage qui n’eft nullement cor- rompu. .… Îl faut entendre Cicéron lui- même parler de cet afranchi. » Chryfogonus, dit:l, quand il » veut defcendre de fon-château » da mont Palatin, a pour les .»_ délaffemens de fon efprit, une -» délicieufe maïfon de campagne » aux portes de Rome, outre » plufieurs héritages confidérables -» & à fa proximité, De plus , un » palais rempli de vafes de Co- » rintbe & de Délos, entre lef- » quels eft cette famenfe marmite # qu'il avoit depuis peu achetée » ficher, que les paflans à qui | CH 5 l’on en difoit léprix , croyoient » que c'étoit un fonds de terre » qu'on vendoir.Combien croyez. » vous qu'il ait chez lui d’ouvra- » ges de gravure en argent, de »_tapiieries fuperbes, de peintu- » res, de tableaux, de ftatues & » de figures de marbre ? F1 yena, » Meñieurs, autant qu'après les » pertes de plufeurs 1lluftres fa- » mulles, les déprédations & les * » troubles en ont pu faire raflem- » bler dans une feule maifon. »_ Vous dirai-je combien eft » nombreux {on domeftique, Part » &t l'élégance qui repnent dans » fa mañfon? Laiffons-]à les talens » fubalternes des cuifiniers, des » pâtifiers, des porteurs de li- » tière, y a pour le {eul plaifir » du goût & des oreilles, tant » d'hommes à fes gages, que le » Concert des voix, des inftru- » mens, des flûtes , & le bruit » des fêtes célébrées la nuit, font » continuellement retentir toutes » les maifons voifines, Combien » penfez-vous, Meffieurs, qu'u- » ne telle vie fappofe de dépen- » fes & de profufion tous les » jours? Quels font ces feftins ? » Les croirai-je honnêtes, dans » cette maïfon? Si ce féjour doit » étreappellé maïfon , plutôt que » le réduit de la débauche & de -» l'infamie. Pour lui, Mefieurs, » vous voyez de quel air, avec » fa chevelure bien arrangée & » bien parfumée , il va & vient » parle place publique, accom- » pagné d’une tronpe de gens en » longues robes ; vous voyez » d'ailleurs comme il méprife le » genre humain ,-& ne connoi » perfonne au-deflus de lui, ni » plus heureux , ni plus puiflant.« CHRYSOGONUS, Chryfo- gonus , Xpuoéyoros , (a) joueur d'inftrumens. ll donnoit des leçons ‘aux jeunes gens, moyennant une certaine rétribuuon. Juvénal ne nous dit pas s’il faifoit payer cher, sou non, fes leçons. CHRYSOGONUS, Chryfo- gonus , Xpuedyorc, (b) traître, qui livra aux Scythes la ville de -Nicomédie. Le butin en eût été _immenfe , files habitans , préve- vant l'arrivée des Barbares , ne fe fuffent enfuis pour la plüpart avec tout ce qu'ils purent fauver de Jeurs tréfors. Les Scythes ne laif- ferent pas d'y trouver encore de quoi fatisfaire abondamment leur cupidité. CHRYSONDION , Chryfon- dion , ville de Macédoine dans la Darétide, felon Polyhe. CHRYSOPRASE , Chryfo- prafus, Xourérpæro: , (c) nom d'une pierre précieufe, qui fer- voit de dixième fondement aux -murs de la célefte Jérufalem. Sa couleur eft verte , femblable à la verdeur d'un porreau ; aufh fon nom fignifie-t-1l un porreau d’or. Le Grand- Prêtre, au lieu du Chryfoprafe, avoit une agathe dans fon rational. CHRYSOPOLIS , Chryfopo- dis : Xpuo cons ; (d) lieu de J'Afie mineure, fitué près de Chalcé- doine. C’étoit comme l’arfenal 6c (a) Juven, Saryr. 6. v.74. Satyr. 7: V, + 427: .(c) Apoc, GC, 21e Ve 20e 176% (ë) Crév. Hift. des Emp. Tom. V, CH 135 le magafñin de cette ville. Pierre Gilles en parle ain, On trouve enfuite , dit Denys de By- zance, un port très-beau & très bon , à caufe de fa grandeur, &c du calme qui y regne. Au-deflus de la mer eftune campagne, qui. par une douce pente defcend vers le rivage. Onl'appelle Chryfopo- lis , à caufe , felon quelques-uns, que les Perfes y érant maitres ; Y affembloient des monceaux d’or, des tributs levés fur les villes ; : mais, plufieurs difent que ce nom lui vient de Chryfes, fils d'Aga- memnon & de Chryféis; que ce jeune Prince fuyant la cruauté d'Æpifthe & de Clyremneltre, & voulant fe réfugier dans la Tauri- que , auprès d'Iphigénie fa fœur, qui y étoit prêtrelle de Diane, tomba malade à Chryfopolis, y mourut, &. y eut fafépulture ; de {crte qu'on donna fon nom à certe ville. On pourroit aufli l’appeller ainf, ceit-à-dire, la ville d'or, à caufe de la bonté de fon port, felon l'ufage des Anciens, qui comparent à l'or tout ce qu'il y a d’excellent. : Chryfopolis étoit le lieu de com- merce des Chalcédoniens. C'eft-là que Xénophon dir que les Grecs, qui avoient fervi fous Cyrus, s’ar- rêterent fept jours pour vendre ce qu'ils avoient pris. Le même hif- torien dit dans fon hiftoire de la Grece, que les chefs des ÂAthé- niens ayant pris la route de Chry- (d) Diod. Sicul. p. 365, 413. Kenophe p. 392. @ feg: Surab. p. 5637. Plin. Te I. p. ao1. Crév. Hiit. des Emp. Tom. V. pag. 465 T, VI, p.303: Œ Liv / 4126 CH fopolis de Chalcédoine, l’entou- rerent de murailles, & en firent une.-place, où ils affembloient _ Pargent provenant des dixmes; qu'ils y établirent un impôt du dixième fur les vaifleaux qui ve- noient du Pont-Euxin, & qu’ils y laïiflerent une flotte de trente voiles fous deux commandans, pour la füreré du port, On lit les mêmes circonftances dans Diodo- re de Sicile, - Îl paroït que cette place fut en- fuite démenteiés, puifque Strabon ne la traite que de village, De même à préfent ce n’eft plus une ville, mais un village , dont les marfons font écartées l’une de l’au- ire; ce qui fait qu'il a environ deux mille pas de circuit, C’eft préfentement le village de Scuta- ri, nom qui peut lui être venu de. Scutarii, dont il y avoit de plu- “feurs fortes dans les armées Ro- mMaines, comme on peut le voir dans la Notice de l'Empire, Ainf On a pu dire Scutarii pour Scura- rlorum Siatio, afin d'abréger. Le “Port étoit autrefois beaucoup plus grand qu'il neft à préfent; une partie en a été remplie , lorfque la -ville de Chalcédoine a été détrui- te ; une autre partie , pour em- pêcher les Barbares de s’en fervir. Et Pierre Gilles dit-que de fon tems même, la fille du Sultan So- —iman en fit combler une partie pour fervir d'emplacement à une moïquée & à un hôpital, qu’elle faifoit bâtir, où tous les toits font de plomb, & les édifices ornés de colonnes de marbre, de portiques, de grandes cours & de fontaines. .CHRYSOPOLIS > Chryfopo- C A lis, XKovuronc , non donné quel. quefois à la ville de Béfançon. Voyez Béfançcon, , CHRYSOPOLIS, Chryfopo- Us, X vor ville épifcopale d'A: fe. Il en eff plufieurs fois fait men... tion dans le Concile de Conftan- tinople , qui eft le cinquième Con- cile général. Ortélius dit qu'on la nommoit aufli Diofuros, c'eft-à-. dire le théatre de Jupiter ; c’eft la même que Chriftopolis, que Holf- ténius ditavoir éténommée Diof- hiéron. CHRYSOPOLIS, Chryfopo- lis, Xsucérouc, ville épifcopale dans je département de la feconde Mauritanie, felon la Notice de Léon le Sage. Il ne faut pas con- clure de - là qu’elle fut en Afrique; car, elle eft nommée après plu= fieurs villes de la Sardaigne, ou des villes adjacentes , comme Ca. ralis, Turris, Sulchi ; Phanfania, &c. Aubert le Mire , & le P. Charles de Saint Paul n’en font aucune mention. CHRYSOPOLIS , Chryfopo= lis, Xpueéronus, où CHRISTOPO- LIS , Chriffopolis |, Xasomocs. ville épifcopale du Patriarchat d’Antioche, fous Boftra métropo= le, De ces deux noms, le premier eft dans letexte de la Notice de ce: Patriarchat , & le fecond eften marge, La Notice de l'abbé Milon met de même dans ce qu'il ap- pelle la grande Arabie, fous la métropole Boftra ou Bufeleth — une ville nommée Chryfopolis. CHRYSOPOLIS , Chryfopo- 15, Xovrémenc , a même que la ville d'Amphipoliss Une Notice des villes qui ont changé de nom; Ch porte Amphipolis, nunc Chry{o- polis. Il faut remarquer que la reflem- blance des deux noms Céryfopolis & Chriflopolis, elt caufe que dans des tems d'ignorance , des copif- tés, ont pris fouvent l’un pour l'antre. CHRYSORHOAS , Chryfèr- : hons , Xpusoac ; (a) fleuve du Péloponnèfe | felon Panfanias. Ceux de Trœzene, à qui appar- tenoit ce fleuve, le nommoient Chryforhoas, parce que durant : une fécherefle de neuf années qu'il ne tomba pas une goutre de pluie, & que toutes les autres fources ta- tirent , il fut le feul qui conferva toujours fes eaux , & qui coula à l'ordinaire, CHRYSORHOAS , Chryfor- hoas, Xpucopfas, (b) fleuve de Syrie, qui, felon Ptolémée , cou- loit auprès de Damas, & fes in- terprètes prétendent que {on nom Moderne eft Adeselo. Ortélius dit que c’eft Bélon qui le nomme af. Le même Bélon dit que le Chryforhoas eft partapé en tant erameaux, que chaque maïfon & chaque jardin de la ville ont une fontaine qui en eft dérivée. Cela convient avec le récit des Anciens ; en effet, on lit dans Strabon: » Le Chryforhoas, qui » prend fa fource près de {a ville 5 & du territoire de Damas, fe » confume prefque tout entier en » rüifleaux; car, il arrofe des » lieux en quantité, & fort pro= » fonds, « Pline, parlant de la (a) Paul. p, 145. () Prolem, L, V, c, rs, Strab, pag. CH 137 - Décapole , dit: » La plôparr y » mettent Damas, que le fleuve » Chryforhoas rend fertile par » lés arrofemens auxquels il eft » employé. « Étienne de By- zance nomme Bardine, un fleuve de Damas, & on croit que c’eft le même que le Farfar de Saint Jérôme. ; La fource du Chryforhoas , Chryforrhoæ fontes , pour ufer des termes de Philippe de la Rue, eft afflez mal placée dans | Affÿyris vetus divifain Syriam, &c. de ce Géographe, d'ailleurs habile & des plus exa@ts fur la Syrie en général, car, il met cetie fource au midi de la ville de Damas, & c'eft prefque tout le c@Rtraire , puifqu’une bonne partie de fon cours eff dirigée, & qu'il fe perd enfin de ce même côté du midi. Il eft parlé dans le cinquième chapitre du quatrième livre des Rois, des rivières de Damas, fous les noms d’Abana & de Pharphars ce qui ne peut s'entendre que des deux principales branches du fleuve nommé par les Grecs Chryforhoas ; lequel a encore changé de nom fous les Arabes . qui l'ont appellé Baradi. Ainf, ceux qui ont pris le Pharphar de l'Écriture pour l'Oronte, fe font doublement trompés. Ce fleuve eft très-mal repré- _fenté dans la Carte de la Terre Sainte, par le Pere Bonfrerius; mais , il left très- bien dans la Carte du même pais, dans Don Calmet. C'eft aujourd'hui le Ba- 755: Plin, T, I, p.262, Reg. L, IV, €, Se Vs 12. 138 CH radi , felon M. de la Roque. -_ CHRYSORHOAS,, Chryfo- rhoas, Xpuocpoac, (a) fleuve qui fe déchargeoit dans le Bofphore de Thrace. Denys de Byzance, Géogra- phe cité par Pierre Gilles, fait la defcription d’un Phare célebre fitué à l'embouchure de ce fleuve. Av fommet de la colline, dit-il, au bas de laquelle coule le Chry- forhoas | on voit la tour. Timée d'une hauteur extraordinaire, d’où lon déconvre une grande plage de mer, & que lon a bâtie pour la (ûreté de ceux qui navigeotent, en allumant des feux à {on fom- met pour les guider; ce qui étoit d'autaat plus néceflaire que l'un & Fautre Bord de certe mer eft fans ports, & que les ancres ne fçau- roient prendre à fon fond; mais, Jes Barbares de ja côte allumoïent d'autres feux anx endroits les plus élevés des bords de la mer pour tromper les mariniers, &c proûrer de leur naufrage, lorfque fe gui- dant par ces faux fignaux , ils al- Joient fe brifer fur la côte. À pré- fent, pourfuit Pierre Gilles, la tour eft à demi-ruinée, & lon n'y met plus de fanal. CHRYSORHOAS, Chryfo- -rhoas, Xuroporc, ancien nom du Pa&tole, Voyez Pattole. CHRYSORHOAS, Ckryfo- rhbous, Xivropsac , fleuve de la Cholchide, felon Pline. - - Le nom de Chryforhoas figni- fie que le fleuve auquel on le don- ne, a des paillettes d'or, que fes CH eaux entraînent des montagnes! 9. où elles paflent, & quis’arrêtent ordinairement dans le fable, où les pauvres vont l'amafer. Tels font PAtriège, le Rhin, le Tage, & quantité d’autres fleuves. CHRYSORREHOAS, Chry- forrhoas , Xpusofscac , autrement CHRYSORHOAS. Voyez Chryfo- . rhoas. CHRYSOSTOME , Chryfof- tomus ; Xpuroscuos , (b) terme qui veut dire, qz2 a une bouche d’or. C’eft le nom que l’on donne à S. Jean Chryfoftôme, qui pré- choit avec tant de fuccès fousl’em- pire du grand Théodofe & d’'Ar- cadius fon fils. Ce Saint éroit Syrien de naïf-. fance, & il vérifie ce que Saint Jerôme a dit de cette nation, que les Syriens [e fervent volontiers de paraboles & de fimilitudes. Les comparaifons font fort fréquentes dans cet Orateur. Il y fait entrer toutce qui fe pañloit de fon tems dans la cour des Empereurs, chez les Confuls, les grands-Seigneurs, & parmi le peuple. [l décrit les cirques , les théatres, & toutes fortes de fpectacles , la forme & les ornemens des maiïfons , la ta- “ble, les feftins, & cent autres chofes , fouvent avec un détail des plus finguliers. … CHKYSOTHEÉMIS, Chryfo- themis, Xpuoteuis, (c) fille d'A- gamemnon & de Clyremneltre, felon les Poëtes. Homere en par- ticulier en fait mention. CHTHONIA , Chibonie, (d} (4) Mém. de l’Acad. des Infcript. & | Bell, Lert. T. XIII. p. 474. * fuiv. Bell. Lecr. T, VI, p. 584, 585. () Mém, de l’Acad, des Infçript. & Ce) Homer. Iliad; L,IK, v, 145$ Cd) Pauf, p. 152 CH Xfrla, fille de Phoronée , au rap- port de Paufanias, Voyez Céres Chrhonia. . CHTHONIA, Chthonia, (a) Xloiæ, fille de Colontas , fut élevée par la deefle Cérès, Voyez Cérès Chthoria. CHTHONIES, Chthonia, (b) Xe , fêres que l'on: célébroic en l'honneur de Cérèës Chthonia. Voyez Céres Chthonia. CHTHONIUS, Chthonius , X'émoc, (c) l'an de ceux à qui l'on donna le nom de Spartes, & qui fe rendirent fort puiflans fous le repne de Cadmus. CHTHONIUS,, Chibonius , Xbiroe , (d) l'un des Centaures, lequel fut tué par Neftor. Ce Cen- taure portoit pour armes une grande fourche. ' . CHTHOMIUS, CAthonius , Xlônes, (e) furnom, que lon dit avoir été donné à Mercure, par- ce qu'il alloit dans les enfers, ou felon d’autres, parce qu'il alloit furterre; ce dernier fens eft plus conforme à l’étymologie. CATHONIUS , Chthonius , X'noc, (f) On donnoit auf ce nom à Jupiter , felon D. Bernard de Montfaucon; Jupiter Chtho- nins étoitla même chofe que Ju- Piter Terrefire. CHUN, Chun, (g) ville de ça) Pauf. pag. 152. -(b)-Pauf, pag. 52. Ce Pauf, p. 549. a SE Metam. L. XII.c.rr. e)-Antiq. expliq. par D. Bern. de Montf, Ed Sn Ê : Cf)-Antig. explia. AD ,d Fee Ts pi par Bern, de (2) Päral. L, I, c. 18, v. 8. C H 139 Syrie, qui appartenoit an roi Adarézer. Elle fut prife par Da- vid, qui en enleva une grande quantité d’airain, D. Calmet croit que c’eft la ville de Cunña, mar- quée dans l'Itinéraire d'Amonin, nommée peut-être Ganna dans Ptoléinée. CHUS , Chus , Xe, (4) fils ainé de Cham , fut pere de Nem- rod. [l avoit eu plufieurs autres enfans, tels que Saba, Flévila, Sabatha , Regma & Sabatacha. Nous ne connoiflons dans l'É- criture qu'un feul Chus; mais, on y trouve plufieurs pais qui por- tent ce nom, foit que le même homme ait demeuré en plufieurs endroits, foit qu'il y ait eu quel- qu'autre Chus, qui ne nous.eft point connu. La Vulgate, les Septante, & les autres fnterpre- tes , tant anciens que modernes, traduifentordinairement Chus par l'Éthiopie. Mais, il y a plufeurs paflages , ou certainement cette traduétion ne peut avoir lieu. Il faut donc examiner en particulier les diverfes acceptioñs du nom de Chus. - 1.9 Chus marque le païs qui etoit arrofé par l’Araxe. Ceux, qui, en cette occafion, ont traduit Chus par lÉthiopie, ont donné lieu à l'opinion infoûtenable qui feg. Numer, c. 12. v. 1. Reg. LIV:c. 19.v. 9. Paral. L. II. © 14:v..9- JCb. c. 28, v. 19, Ifaï, C, 17, V. 11, C. 18. v. 1. Jerem, c. 13. v. 23. Ezech. c. 29. V. 10, Habac, €, 3, v. 7. Sophon. c. v, 10. Jofepn. de Antiq. Judaïc. p.12. Plin, T. I, p. 342. Heroë. L.I. cosot Le IV, c. 11 Juf.-L.-1/< Mém. de PAcad, des Infcript, & Bell. (y) Genef, C, 2. V, 13: C. 10, Ve 6, ri Lett, T, III, p. 123. 24.2 GE trer dans la ville, les deflins le veulent & vous le commandent ; vous n'y ferez pas plutôt entré gu'on vous en donnera l'empire, 6 vous y regnerez long-tems en paix, Prince aimé de votre peuple, É: redouté de vos ennemis. M, Génutius Cippus, ayant oui ces paroles, fe retira comme d'horreur de celui qui les pro- nonçoit, & détourna fes yeux de la ville. Non, non, dit-il, Je ne veux point de cet honneur, 6 je prie les Dieux immortels , de faire tomber autre part les me- maces de ce prèfage. Je viverai plus Juflement dans unsexil que fur un trône, & je me banni- rai moi-même avec plus d'hon- neur & de gloire, que ft J'entrois dans le Capitole avec un féep- tre a la main. En même tems, il manda le Sénat & le peuple; mais ,avant que de fe préfenter à l'aflemblée, il fe couvrit d'une ‘couronne de feuilles, pour em- pêcher qu'on ne vit fes cornes. Enfuite , il monta fur une levée _ deterre, qu'il avoit fait faire pour les foldats, & après avoir implo- ré les Dieux, füivant l’ancienne coûtume: » Il y a ici quelqu'un, » dit-il, qui fera bien-tôt votre » Roï,f vous ne le banniflez de » la ville. Jene vous dirai. point » fon noi , je vous dirai feule- » ment les fignes qui. vous le fe- » ront reconnoître, Îl a des cor- » nes fur lefront, & les-devins vous menacent que s'il entre » une fois dans Rome, il feræ ».votre-fouverain, & vous im- » pofera des loix, Il a été en fon »._ pouvoir d'entrer glorieufement — ET » dans la ville; mais, j'ai eu aflez » de cœurage pour l'empêcher de » pafñler outre, quoiqu'il n’y ait perfonne au monde qui me » touche de fi près que lui, Em- » pêchez donc, Ô peuple Ro » mMain,quil n'entre avec Vous dans Rome; & fi vous le ju: »_gez digne des fers, chargez fon » corps de fers & de chaines, ou » délivrez-vous de toute crainte » par le meurtre de ce tyran. « Si on a quelquefois entendu filer le vent dans un bois planté de pins, dit :Ovide, ou fi quel< quefois l’on a entenda de loin le bruit que font les flots de la mer, On s'imaginera celui qui s'éleva des voix confufes d'un fi grand peuple affemblé. Tout le monde parloit enfemble, tout le monde étoit étonné, 8 parmi cet éton= nement & la confufion de tant de voix, on n’entendoit que celle-ci, qui éclatoit par-deffus les autres : Qui eft-ce ? qui eff-ce ? Ils fere- gardent tous au front, ils cher- chent les cornes qui leur font peur ; mais, pour les tirer de!pei= ne, M. Génutius Cippus repre= nant la parole : Voilà ,-dit-ilen fe montrant, voilæ celur que vous cherchez. En même tems, il découvrit latête, & fit voirles cornes qu'il avoit au front. Cha- cun baïfle la vue à l'afpett de cé prodige ; l'on en foupire de dot= leur , & quoique chacun atmät une tête précienfe & frilluitre, néanmoins,qui le pourroit croire? Chacun en détourna les eux; & la regarda malgré foi. Mais, on ne put permetere que M. Gént= tus Cippus demeurat plus long- “C1 temé fans honneur. On lui remit for le front la couronne de fon triomphe & de fa vidoire; & le Sénat, le voyant réfolu de ne rentrer jamais dans la ville, lui donna autant de terre qu'il en put renfermer depuis Je ma- tin jufqu'au foir, avec le fillon d'une charrue. Pour conferver la mémoire de la vertu d’un fi grand bomme,on fitgraver fur la porte, par où il étoit forti de la ville : une tête cornue qui lui reflem. bloit. ; La fable femble avoir repris cette aventure à l'Hiftoire , com- me fi l'hifloire l’avoit aupara- Vant prife à la fable. En effet, elle paroït bien plus fabuleufe qu'hiflorique ; & jamais hiftoire ne reflembla mieux à une fable que celle-ci. Néanmoins, quel- gues-uns fe font efforcés de faire Voir que cela pouvoir arriver > que cette même humeur, de la- quelle fe forment les cornes des animaux , peut auf fe rencon- trer dans quelques hommes. Ils Rpportent ; fur ce fujet, plufieurs Exemples ; & l'on dit même qu'au iecle dernier , il fe trouva dans un bois , un payfan qui avoit une corne fur la tête. De plus, les Céraftes qui habitoient l'ile de hypre , & qui avoient des cor- né$ a la tête, pourroient auf En férvir de preuve. lais, en regardant ce que la Pêture peut faire ; il femble que AOUS ayons perdu le foin de con- idérer ce que peut produire la Vu, dont fes ouvrages font auf merveilleux que ceux de la lature, L'intention de cette fable CT 243 eflde nous montrer par l’exem- ple de M. Génutius Cippus , qui refufe le royaume, & qui fe bannit lui-même plutôt que de fe rendre fouverain , l'homme de bien n’afeQera ja- mais de fe rendre maître de fon pais, quelque favorable occafion qui s’en {préfente ; qu'il choifira plutôt l'exil, & tous les maux qui l’accompagnent, qu’une do- “Mination injufte ; & que fi fa pa= trie ne peut être heureufe que par fon malheur, il aimera fon malheur qui rendra fon païs heu- reux. Ainf, Élius, Préteur, fe rendit célebre par le choix qu'il fit lui-même de fon. infortune , pouvant jouir du bonheur que les augures lui promettoient, Car, un jour qu’il étoit fur fon liège , & qu'il y rendoit la juftice ,un pivert . Vint fe repofer fur fa tête ; & l’a- rufpice ou le devin,. ayant été confulté là-deflus , répondit que tant qu'Élius conferveroit cét oi- feau , fa maifon feroit heurenfe ; _& la république miférable ; Maïs, que fi on letuoit, le contraire ne Manqueroit pas d'arriver. Élius , qui préféroit la gloire de fon païs ‘à la fienne, le tua auffi-tôt en la préfence du Sénat: Quelque tems après, füivant la réponfe du de- vin, il perdit à la bataille de Cannes dix-fept jeunes hommes à de fa maïfon, dont le moindre étoit capable de la rendre glo- rieufe; & depuis la république triompha de {és ennemis, & {on Empire devint f prand' qu'il s'é- tendit par tout le monde. Ce font là des exemples qui See fonc-bien dignes d’être imités.; 8” Q ij 244 CI que l'on peut imiter. Sylla, Ma- tius & Cinna, s'en moquerent autrefois, & les ambitieux d'au- jourd'hui s'en moqueront de même. Mais, ce n’eft pas le vice qu'il faut confuiter pour fçavoir le prix dela ver. _ CIRATARINIENS , Cirata- rini , (a) peuples de Sicile. Cicé- Ton, qui nous en a confervé le nom, les range au nombre de ceux que Verrès avoit dépouillés. Leur ville n’étoit point confidé- rable. —- CIRCÉ , Circe ;. Kipxns (b) fille du Soleil & de la nymphe Pérfa, fille de l'Océan. Homère ajoûte qu’elle étoit fœur d'Æétès, roi de Colchos, qui vivoit du terns des Argonautes, Mais, felon Diodore de Sicile, elle étoit non fœur, mais fille d’Æérès, qui l'avoit eue d'Hécate. Quelques Auteurs, qui regar- dent certe généalogie comme une fable, ont dit que cette Princefle n'a pañlé pour être la fille du So- feil, que parce qu’elle avoir une grande connoïlance des plantes & de la médecine, dont Apollon, ou plutôt le Soleil , étoit le dieu. D'autres croyent que cette fic- tion eft uniquement fondée , felon Diodore de Sicile, fur ce que fon : ou ins, bifayeul s'appelloit Soleil: ee Circé s’adonna à la connoiïflan- ce des herbes, où elle réufht fi bien, qu'elle trouva plufeurs remedes; mais, comme elle fe (2) Cicer. in. Vérr. L. V. ç. 85. (#) Diod, Sicul, p. #73. Ovid. Métam. ES IVSC.-T5 6: CI fervit de fes fecrets pour fe veñs ger de fes ennemis par le poifon ; elle pafla pour une magicienne, On dit même qu'ayant époufé le roi des Sarmates ; ou des Scyches, elle l'empoifonna ; ce quila ren- dit fi odieufe à fes fujets ;. qu'elle fat obligée de fortir de fon royau- me pour fe reurer fur les côtes d'Italie, dans le lieu qui depuis porta le nom de promontoiré Circéen , fur.la mer de Tofcane. Apollonius affare qu’Apollon, pere de cette Princefle , la retira des mains de fes fujets , qui vou= loiént la faire périr , & la tranf- porta fur fon chariot en lralie; ce qui vent dire qu'elle échappa heureufement , & contre touié apparence, à la vengeance des Seythes, s'étant fauvée fur quel- que vaifleau à voiles, : Homère donne le nom d'ille d'Æéa, au lieu où Circé étoit allée s’érablir. Jafon & Médée, après avoir. tué &. coupé par morceaux le jeune Abfyrte, abor: derent dans cette ifle, pour Y être expiés par Circé. Ceue Prin- celle, fœur , ou felon d’autres, tante de Médée , les reçut avec bonté , fans les connoître. Ils sa: vancerent l'un & l’autre, les yen baiflés , & fans proférer une feulé parole, felon la coûtume des fapplians, jufqn’au foyer, où Ja{on ficha en terre l’épée dont il avoit tué fon beau-frere. Leur filence & leur fituation firent aifément connoître à Circé qu'ils étoient Ban, T. VI, p. 424. @ fmiv. Mém: de P'Acad, des Inferipe, & Bell. Létt. Toms d feg: Homer: Odyff. L. I. p. 42, 43. T. VI, p. 251. T,-XH, pe X, ve 235, © Jeg. Myth, par M. l'Abb, 127 & fau T, XVIIL, pe 3Qù | CT. fapitifs & coupables de quelque homicide , & elle fe prépara à les expier. Elle fit d'abord apporter un petit cochon de lait qui tectoic encore, & layant éporgé, elle frotta de fon fang les mains de Jafon & de Médée. On fit en- fuite quelques libations à l’hon- neur de Jupiter expiateur. Après quoi , ayant fait jetter dehors les . refles du facrifice, elle brûla far l'autel des gâteaux paicris de fa- tine, de fe] & d’eau, & accom- pagna ces actions de prieres pro- pres à fléchir [a colère des cruel- | Re Dès que la céré- 1onie fut achevée, Circé fit af- feoir fes hôtes fur des fieges ma- gnifiques , pour les traiter fplen- didement. El eft inutile de dire ici qu'ayant reconnu fa hiece, elle la chaffa de fon palais, fans ofer pourtant fui faire aucun mauvais traitement, parce que Médée âvoit imploré fa protection en état de fuppliante, Maloré les autorités fur lef- quelles ce récit eft appuyé, M. l'abbé Banier croit que Circé n’a d'autre rapport avec Médée, que l reflemblance de caraétère ; & il fe fonde far le témoignage de Strabon, qui remarque fort ju- dicieufement qu'Homère - ayant Out parler de la navigation de Ja- . fon dans la Coichide, & dans le ville d'Æéa, qui en étoit la ca- Piale, & fçachant toutes les fa- bles qu'on avoir pübliées au fujet de Médée & de Circé, de leurs enchantemens & de la conformi- té de leurs mœurs , a dit.qu'elles étoient parentes ; & il a éré fuivi €n cela pat Onomacrite, & par CR 24; Apollomus de Rhodes. Que fi le même Homère a tranfporté le féjour de Circé au milieu de FO- céan , c'étoit pour donner, plus de merveilleux au récit qu'Ulyffe fai{oit de fes aventures aux Phéa- ciens, qui aimoient les fidions , &t étoient trop ignorans pour pouvoir le démentir, ° Comme Circé vivoit à peu près au tems de la guerre de Troye, on pourroit croire qu'Ulyfle ‘ aborda dans Île lieu où elle habi+ toit, & que véritablement il en devint amoureux. C’eft du moins ce qu'ont penié ceux qui aflurent qu'il en eut un fils nommé Télé. gone. Les charmes de cette Prin- ceffe lui ayant fait oubher le foin de fa gloire, ainfi qu'à fes com- pagnons , ils fe plongerent dans les plaifirs d’une cour voluptueu- fe; ce qui a fait dire à Homère qu’elle les avoit changés en pour- ceaux. Et fi l’on a ajoùté que Mer- _ cure donna à ce Prince , une plante nommée moly, avec la- quelle 1l avoit évité les enchan- temens de Circé, c’eft pour nous apprendre qu'étant enfin revenu de fes égaremens , il avoit con- feillé à fes compagnons de fortir d'un féjour fr dangereux. Cette plante, fi difcile à trouver, au rapport d'Homère, eft la pru- dence dont Ulyfie fit ufage pour retirer fes foldats du féjour de la volupté ; & l’on doit croire que tous les changemens qu'Homère, Ovide & tousles autres Poëtes, difent que cetce Princeffe opéroit, “étoient plutôt les effets de fes charmes & de fa beauté , que de fa magie, ne fade 1} \ 246 CT aflez entendre que les breuvages qu'elle donnoitopéroient ces mer- . veilles. » Vous fçavez , dit-il, ce » que l'on conte du chant des » Sirènes, & des breuvages de » Circé. Si Ulyfle eûc été auf » infenfé, & aufh efclave de fes % paflions que ceux de fa fuite, -» & qu'il eût bu fans précaution » dans la coupe de cette magi- » Cienne , oul'eût vu comme ces » animaux, quinaiment que la » fange & l’ordure,\ trainer une » viehonteufe fous l'empire d’une » infâme proilituée. « Pour foûtenir la qualité de ma- gicienne, qu'on donnoit à Circé, on alla jufqu’à dire qu’elle poffé- doit l’art de faire defcendre les étoiles du ciel, afin de nous faire voir que la volupté abrutit les _ ames les plus élevées ; fi toute- fois on n'aime mieux dire-ayec Bochart, [ carles moralités font bien arbitraires |, que la fable des enchantemens de Circé venoit du mot Phénicien /4s, ou lotim, qui veut dire enchantemnnt, d’où tous les Latins ont été appellés dés enchanteurs. Bochart avoit lu dans les Anciens , que le pais Latin abondoit en plantes veni- meufes , & propres à:faire des forts’ & des enchanremens, ainf qu’on peut le voir dans Théo- phrafte, dans Strabon, dans le Scholiafte d’Apollonius, & dans plufieurs autres. Comme la Princefle, dont nous parlons , excella, dans cet art, & furpafla de beaucoup les autres habitans de ce pais , c’eft fans ay Ptolem, L, Icon - Er 7 doute ce qui a fait dire qu’ellè étoit fille d’Apollon , le dieu de la médecine , à laquelle appartient la connoïflance des plantes. Au refte,ce qu'il y a de plus vrai dans toute cette Hifoire,c’eft que Circé, malgré fes enchantemens &t fes mœurs dépravées , ne laiffa pas de recevoir les hon- neurs divins ; @& du tems de Ci- céron , elle étoit encore adorée “par les habitans de la côte d'Ita- lie, où elle avoit fixé fon féjour. Rermarquons d’après un fça- vant Mythologue, qu'il y a eu deux Circés, qu'on a CRRER dans la fuite. Celle , que Diodor de Sicile, d’après Héfiode , dit être petite fille du Soleil, étoit plus ancienne qu'Ulyfle, puif- qu'elle vivoit du tems des Argo- nautes , & qu’elle étoit fœur d'Æérès. Celle, chez qui Ulyfle s'arrêta, & qui regnoit fur les côtes d'Italie , vers le tems de la guerre de Troie, étoit fille dela première Circé , arrière-petite- fille d'Élius, & fœur d'Æértès IL. Comme peu d'Auteurs diflin-. guent ces deux Circés, & ces deux Æétès, Rois de Colchos, on ne doit pas s'étonner de trou=. ver tant d'obfcurité dans cette hiftoire. Bocace, qui eft le My- thologue dont nous parlons, avoit pour ui l'autorité de Théodon- tion, dont l'ouvrage eft perdu. Ovide ajoûte , à tout ce qu'on vient de dire , que Circé , étant - devenue amoureufe de Picus, roi d'Italie , le changea en pivert. CIRCÉEN (a) [ le promon- CI toire |, Circeum Promontorium, Xypuaïor dupors Ce promontoire étoit fiiué en Italie ; auprès de la ville de Circées , au pais des Volfques. : CIRCÉEN [le mont ], (a) Mons Circæus , dpos wpuaïs. Cette montagne d'Italie, auprès de la- quelle on voyoit la ville dé Cir-- cées , s'appelle préfentement monte Circello, dans la campa- gne de Rome. Elle eft fort haute, & paroît une ifle, érant envi- ronnée de la mer de Tofcane vers le midi, & des Palus pontines au nord. CIRCÉES, Circeiï, (b) ville d'Italie, au pais des Voifques, fituée près du promontoire Cir- céen, au pied d'une montagne, qui fe nomme aujourd'hui monte Circella. Tarquin le fuperbe , roi de Rome, voulant étendre les bornes de fon Royaume par des colonies , en envoya une à Cir- cées , dans l'efpérance ‘que cette place, feroit très utile à Rome, tant par terre que par mer. Dans la fuite; C. Marius , fi connu fous lè nom de Coriolan, s'étant re- tiré chez les Volfques, aprèsavoir étéfbanni de Rome ,fut mis, comme on fçait, à la têce des armées que ces peuples vouloient oppofer aux Romains, Pour fa première expédition, il chaîla de Circées tous ceux que la républi- que yavoit envoyés en colonie, & remit cette ville en la dépen- dance des Volfques. Pline dit que cette ville étoit (a) Strab. p. 232. Cd 217 autrefois entourée de la mer , & entièrement ifolée; fur quoi il cie l'autorité d'Homère. Le pere Hardouin accufe Pline de n'avoir pas bien entendu le poëte Grec, êt prête à ce dernier une allégo- rie aflez ingénieufe. » L'Me de » Circé , dit-il, c’eft la terre en- » tourée par tout de l'Océan, n & Homère l'appelle Aix , » c'eft la même qu'il nomme ail- » leurs usiGwos ax ,; parce » qu'elle produit tout ce qui eft » néceflaire à la nourriture des =» hommes. Homère donne à » Circé un frere, nommé Æétès, » c'eft-à-dire, terreftre. Il feint » qu'ils avoient l’un & l’aurre le » Soleil pour pere, & pour mere * y la nymphe Perfa, fille de l'O- » céan; ce frere de Circé, ou » de la Terre , eft la vigueur de » laterre, caufée par le Soleil, » & nourrie par les eaux de lO- » céan. « C'eft ainfi que les My- thologues s’exercent à trouver un fens phyfñque ou moral dans les fixions d'Homère ; quoique _vraifemblablement ce poëte n'y ait jamais entendu tant de f- nefle. : Théophrafte , qui, felon le té- moignage de Pline, eft le premier étranger qui ait écrit avec foin touchant les Romains, parle de cette ifle dans le livre de l’hifloire des plantes, qu'il a écrit fous Nicodore, magiftrat des Athé- niens, c’eft-à.dire , l'an de Rome 440 , & ditque l'ile de Circées avoit quatre vingts flades , c’eft- Plin. T. I. p. 114 152 > 153. Prolem. (b) Strab. p. 231, 232. Tit, Liv. L. I. | L, HIT, ce 1e Ce 55e L, 11,0, 39, L. VE Ce 223 21. Q iv 248 - GC. -« . qe . CS à dire, dix mille pas de grandeur. Pline conclut de-là que tout ce qu'il y a de cerre au tour de cetre ile ; outre les dix mille pas de circuit, dont on vient de parler, eff un accroiflement qui a été : ajoûté à l'Italie, Surles ruines de cette ville, eft préfentement un village potnmé Santa Felicira.Ortélius à été trom- pé, quand il a cru que c'étoit préfentement Civita- Vecchia, qui en eft à environ foïxante-dix mil- les. A CIRCEIENS , Cierceienfes , étoient les Habitans de Circées, Voyez Circées. : CIRCESIE, Circefium , (a) Kipeorer ; -ville d'Afe. Eutrope lappelle Circeflum, ce qui eft yne faute des copiftes ; car, Pæa- nius, fon tradu@teur Grec, dit fort bien Kipkfotor, avec un y de trop à la vérité, Eutrove , parlant de la mort de l’empereur Gor- dien, dit: » Le foïdat lui érigea » Un monument à vingt milles » de Girceflum, qui eft une for- » térefle apparténante encore aux » Romains, au pied de laquelle » pafle l'Euphrate, « Le La Notice de l'Empire met Circéfiam dans le département de l'Ofrhoëne, Capitolin appelle cette forterefle Circeium Caf- trum , & dit qu'elle étoit far les frontières de Perfe, Il prétend que c'eft là que fut élevé Je monu- ment, dont il rapporte même. S lnfcription.… Ammien - Marcellin l'appelle. Cercufium, & dit que c'eft une (+) Crév. Hi, dés Emp. Tom, V. p. 284, T, VI. GE - place forte, très-füre & bien bâtie, dont l'Abora & l’Euphra- te entourent les murs, & font une efpèce d’ifle. Il ajoûreque l’empe- reur Dioclétien la trouvant pe- tite & trop expofée, l’entoura de murs &t de hautes tours. - Cela eft conforme à ce que dit Procope, que Circéfion eft une fortereffe dans la Méfoporamie, à l’endroit où le fleuve Morras fe décharge dans l'Euphrate, Ce fort relevoit des Romains, & avoit été conftruit par l’empereur Dio- clétien. Mais ; Juftinien voyant : qu'il avoit été tellement ruiné par l'injure du tems , qu'il étoit aban- donné , le rebâtit, & en fit une ville fort grande & fort confidé- rable. On ne Javoit pas enclos tout-à-fait des murailles du tems de Dioclétien, mais feulement juf- ques fur les bords de l’Euphrate » où l’on avoit élevé deux tours aux. deux côtés, dans la penfée que ce fleuve le défendoit affez de ce côté-là. L'Eu Phrate ayant miné, avec le tems , le pied. de la tour, qui étoir du côté du midi, de telle forte qu’elle fembloit près de: tomber, à moins qu’on ne la ré- parât promptement; Juftinien à qui Dieu avoit réfervé la gloire d’être le reflaurateur de toutes les parties de l'Empire, foûtint la tour, & continua la muraille le long de l’Euphrate. Il en éleva une aûtre en dehors, à l'endroit. où les deux fleuves fe rencon- troient, & rendit la place impre= able. De plus, il y laifla une. forte garnifon fous un vaillant. P- 184: ET commandant. Il répara encore le bain public, qui ne pouvoit plus frvir, & l’embellit de plofieurs ofnemens, Le cours du fleuve ayant affoibli par la fuite des an- nées, l'édifice qui avoit été bâti _au-deffus des fourneaux, Juéti-. mien le fit réparer de têlle forte, que l'eau ne le put plus endom- Mager , & 1] conferva de la forte ledivertiflemenc du bain à la gar- nifon. no CIRCONFLEXE [ Accent ], Accentus Circumflexus. Cet ac- cent indique une fyllabe longue, En François , l'accent grave fe marque avec -un_ petit chapiteau fur la fyllabe , qui marque fou- vent le retranchement de quelque lettre, qui faifoit la fyllabe lon- gue & ouverte , comme péte pour Palle ; tête pour tefle, nous fi- mes Pour ous fufmes. En Grec, autrefois on le mar- quoit de même que nous le mar- quons en François. Mais, depuis: que les copiftés eurent changé la forme des: caraltères, & qu'ils énrent mis en ufage les lettres Courantes , ils changerent auffi la forme de laccent circonflexe ; & au lieu d'en former l'angle avec in , il larrondirent , & en écri- Vant vite, ils y ajoûterent un fait, qui enforma un s renver- fe ,& couchée horizontalement, © Quiproduit cette figure ©, au lieu de celle-ci *. _CIRCON LOCUTION, Ircumlocutio ; Circuitio, tour d'expreffion, dont on fe fert, ou 0rfqu'on n'a pas pour ainf dire lous I main, le terme propre à “primer direement & immédia- * CI 249 tement une chofe, où lotfqu’on s’abfient d'employer lé terme propré par’ refpeét pour ceux à qui l’on parle, où pour quelqu'- autre raifon, Ce mot eft compofé du Latin Circum loquor, je parl au tour. : : En rhétorique , la Circonlocu= tion eft une figure qu’on emploie. pouréviter d'exprimer, en termes direëts, des chofes dures, ou dé- fagréables, ou peu convenables, qu’on fait entendre en empruntant d'antres termes qui rendent la même idée, mais d’une manière adoucie , & en la palliant. Cicéron ; par exemple, ne pouvant nier que Clodius n'eût été tué par Milon , ou du moins par fes ordres, l'avoue indirette- ment par cette Circonlocution : Les domefliques de Milon,n ayant. pu fecourir leur maître, qu'on di= Joit avoir été tué par Clodius, fi- rent en fon abfence, & fans [a participation ou fon confente= ment, ce que chacun pourroit at- tendre des fiens en pareille occa= Son. CIRCONSPECTION, RETENUE ; CONSIDÉRATION , ÉGarps , MÉNAGEMENS. Une atsention réfléchie & mefu- rée fur la façon de parler, d'avoir, _& de fe conduire dans le com- merce du monde par rapport aux autres, pour y contribuer à leur fatisfaction plutôt qu’à la fienne,eft l'idée générale que ces cinq mots repréfentent d’abord ; fuivant laremarque de M. l'abbé Girard, Voici ce femble les différences . qu’on y peut mettre. La circon/pe(tion_eft. pruincipa* a - PE TR 2$0 CT lement dans le difcours; la rete- nue eft dans Îles paroles comme dans les aétions, &t a pour défaut oppofé l’impudence ; la confidé- ration, les égards , & les ména- gemens font pour-les perfonnes, avec cette différence, que lacon- fidération & les égards font plus pour Pétat, la fituation & la qualité des gens que l’on fréquen- te, & que les ménagemens regar- dent plus particulièrement leurs inclinations & leur humeur. La confidération femble encore indiquer quelque chofe de plus fort que les égards ; elle marque mieux le cas qu’on fait des per fonnes que l'on voit; l’eftime qu'on leur porte en réalité , ou feulement en apparence, ou un devoir qu'on leur rend. Les égards tiennent davantage. aux règles de la bienféance & de la politeffe. - Toutes ces qualités, crrconf- peélion, retenue, confidération, Re n ee égards, ménagemens ; font uni- quement les fruits de l'éducation , L # ’ . & l’on peur les pofléder éminem- ment fans être plus vertueux. Mais, comme on ne cherche guere dans la fociété que l'écorce, -ona mis à ces qualités, bonnes en elles-mêmes , un prix fort fupérieur à leur valeur. Les gens du monde, n’ont par-deflus les autres hommes qu'ils méprifent, qu'un peu de vernis qui les cou- vre, & quicache à la vue, leur médiocrité , leurs défauts, &t leurs vices. XI, c, 35. « CI CIRCUMPADANI CAMPE, (z) nom que Tite-Live donne aux plaines qui s'étendoient de- puis les bords du P6 jufqu’au pied des Alpes. EE CIRIADE, Ciriada , lieu mu- nicipal , ou bourg de l’Attique dans la®triba Hippothoontide, felon Étienne de Byzance & Hé- fychius. ss -CIRIBE , Crribus., KipË06 5 (b) certain perfonnage, qui ga= gnoit fa vie à faire du pain, &en faifoit vivre toute fa famille. CIRNUS , Cirnus, (c) roïde l'ifle de Théramène, fut, felon Juftin, pere d'Ariftée, furnommé Battus ou le Begue, Ce Prince, chagrin & même honteux que fon fils , devenu grand, ne fçût pas encore parler, alla à Delphes, & ft des prieres à Apollon fur le fujet qui l’'amenoit. Il Lui fut ré- pondu que Battus pafft en Aîri- que , qu'il fondât une ville, ë que ce feroit-là qu'il recouvreroit l’ufage de la parole: Comme cette réponfe paroïfloit une efpèce de moquerie [ car qu'elle apparence qu’on pôt trouver affez de monde dans une ïfle aufli déferte que Théramène, pour aller fonder une ville dans un pais aufh étendu que l'Afrique , ainfi que l’oracle l'or donnoit | Cirnus en négligea les avis. Le dieu , traitant ce Roi fes fujets comme des rebelles , les _affligea quelque tems après d'une pefte fi violente , qu'ils furent contraints de lui obéir , quoiqü ils faffenc en fi petit nombre, qu'un OMEE XHI, © 7 CT feul vaïfleau étoit plus que fuff- fant pour les porter tous, Quand ils eurent abordé en Afrique, ils donnerent la chafle-aux habitans du mont Cyra dont ils s'empare- rent, tant à caufe de l'agrément du lieu , que pour la commodité de leau , qu’une fontaine leur fournifloit en abondance. Ce fut: là que la langue de Battus, leur chef, commmenca à fe dénouer, & que ce Prince fe mit à parler pour la première fois, Ce récit eft tiré de Juftin, mot pour mot. D'autres anciens Au- teurs racontent la chofe diférem- ment , furquoi on peut confulter l'article de Battus. (CIRQUE, Circus ; (a) grand bâtiment, toujours plus long que. large , où l’on donnoit diflérens fpedtacles. Un des bouts, le plus étroit, étoit terminé en ligne droite ; l’au- tre toit arrondi en demi-cercle, es deux côtés , qui paftoient des éxtrémités de la face droite, & qu alloient rencontrer les deux extrémités de la face circulaire , ttoient les plus longs ; ils fervoient de bafe à des fieges ou gradins placés en amphithéatre pour les fPeftateurs: La fice droite & la plus étroite étoir compofée de ouze portiques pour les chevaux & pour les chars; on les appelloit Garcères ; là 1l y avoit une ligne blanche , d'où les chevaux com- Mençoient leurs coutfes. Aux qua- (4) Roll. Hift, Rom. Tom. EL. p. 126. Tom. II. Préf, p. 19. & fiv. T. VII. P: 428, Antiq, expliq. par D. Bern. de CT 2ST tre anples du Cirque, fur le pour- tour des faces , il y avoit ordinai- rement quatre corps de bâtimens quarrés, dont le haut étoit chargé de trophées; quelquefois il y en avoit trois autres dans le milieu de ce pourtour, qu'on appelloit meéniäna. Le milieu de l’efpace , renfer- mé entre les quatre façades dont nous venons de parler, étoit oc- cüpé par un maflif d'une maçon- nerie très-forte , de douze pieds d'épaifleur , fur fix de haut; on lappelloit Spirza circi. Il y avoit fur la Spina des autels , des obé- lifques, des pyramides, des flatues, & des tours coniques. Quelque- fois les tours coniques étoient éle- vées aux deux extrémités fur des mafhfs de pierres quarrées , & fé- parées par un petit intervalle-de la Spina; enforte qu’elles parta- geoient chacun des efpaces des extrémités de la Spina aux façades intérieures du Cirque en deux parties, dont la plus grande de beaucoup, éroit entre la façade & les tours. Au-deflons des gradins en amphithéatre , placés fur les façades du Cirque. on avoit creu- fé un large foilé rempli d'eau, & deftiné à empêcher les bêtes de s'élancer fur les fpeétateurs ; ce foffé s’appelloit Euripe. Les jeux , les combats, les courfes , @&c. fe faifoient dans lefpace compris de tous côtés, entre l’Euripe & la Spina ; cet dy fiv. Mém. de Acad, des: Infcript, & Bell. Lett. Tom. HI. p.280; 314» 335. Tom. IX. p.22. & fuiv. T. XIII. Montf, T, HT, pe 27s. de fiv, Myth. | p. 480. T. XVII. p. 209; 219 ; 220. Le Pêt M, PAbb. Ban. Tom, VIL, p. 167.1 XXI, p. 344 ae . 258 CTI finon qu'ils portoient des mitres au lieu detiares, CISSIENS;, Cf, où Cie, peuples du Pont Cappadocien. Les Ciffiens habitoient aux envi- rons da fleuve de Cia, dont ils renoient le nom. CISSIENS 3 Ciffer 9 (a) mon= tagnes de la Sarmarcie en Afe, felon Pline , qui y met la fource du fleuve Imitye. CISSONIUS , Cifonius, (4) furnom de Mercure. Dubitatia Caftula, Syrienne de nation, avoit bâti à Befançon , à fes pro- -_ pres frais, un temple avec un portique en l'honneur de Mercure Ciffonius.. C'éioit apparemment un furnom local de ce Dieu; car, rien n'étoit plus commun que ces fortes de furnoms.. = CISSOTOMIES , Ciflotomia, (c) fêtes infituées en l'honneur d'Hébé, déeffe de la jeunefle. Ce nom fe prenoit apparemment de ce qu'on y coupoit des feuilles de lierré. CISSUS, Ciffus, Kicroc, (d) montagne. de Macédoine , felon Lycophron. lfaac Tzetzès dit qu’elle fut enfaite furnommée Ænus, parce qu'Énée s’y arrêta quelque tems après la prife de Troye.. Ortélius croit trompe en cela, comme en bien d’autres chofes. L’Abrégéde Strabon porte dans le feprième livre, vers la fin, qui (a) Plin. T. I. p. 307. (8) Antiq. expl, Montf, Tom. IV. p. 415. - (&) Antiq. expl. Montf, Tom. Il. pag, 212. (d) Suab. p. 330. qu'il fe par D. Bern, de} Montf, T. II. CA Manque dans le livre même de ce Géographe , qu'Énée &: Ciflus écoient deux villes différentes. On y ajoûte: » On croiroit qu'Am- » phidamas était de cette Ciflus; =» car, Homère dit qu'ilavoit été » élevé par fon ayeul qui étoit ». Crléen, dans la Thrace qui » eft préfentement nommée la » Macédoine, « : Héfychius met une montagne de ce nom en Macédoine , &une ville du même nom dans la Thra- ce; & Leunclavius dit que c'eft préfentement Cis. Oriélius croit que la montagne & la ville étoient auprès de Theffalonique vers la mer. CISSUS, Ciffus , Kicooc, (e) jeune homme, qui, ayant perdu la vie dans [a fureur d’une fête de Bacchus, fat métamorphofé en lierre.. C'eft en partie pour cela que l’on prétend que cette plante étoit confacrée à Bacchus. CISSUS , Ciflus , Kirooçs (f}. étoit un dévor à Sérapis, On ra- conte que cet homme ayant été empoionné par fa femme avec des œufs de ferpent qu'elle lui avoit fait manger, ent recours à Sérapis, qui Jui ordonna d'acheter une murene , animal venimeux » & de mettre fa main dans le vale où elle feroit. 11 le fit; la murenc le mordir à la main, & il fe trouva fübitement ouéri, *CISSUS ; Ciffus ; Kitros, (9) (e) Myrh. par M. l'Abb. Ban, Tom par D. Bern, defIV.p, 267, 268. (f) Antiq. explig. par D, Berm de p: 209. _() Plut, T, f, p. 689, ICT Fun des lieutenans d'Alexandre , fut des premiers à venir appren- dre à ce Prince la fuite & l'inf- délité d'Harpalus, à qui il avoit confié Ja. garde des tréfors & des révenus de Babylone. Il en fut aflez mal récompenié ; car, Ale- xandre le fit mettre en prifon, le traitant de menteur & de calom- niateur. CISSUSE,, Ciffu , NICOGUTEs (a) fontaine de Grece, dans la Béotie, fitnée entre la ville de Thèbes & celle d'Haliarte. » Les » fables, felon Plutarque , difent » que les nourrices de Bacchus y » laverent ce dieu dès que fa mere .» en fut délivrée; & la preuve » qu'elles en donnent, c'eft que » fes eaux font d'une belle cou- » leur de vin, très-claires & très- » bonnes à boire. Non loin de-là » naïiflent les cannes Crétoifes, -» dont on fait les javelots, d’où » les Haliartiens concluent que » Rhadamanthe a autrefois habité ” dans Ce pais-là, & ils montrent -» même fon tombeau , qu'ils ap= » pellent Alée, Le tombeau d’'Alc- ». mêne efttout auprès; car, on » prétend qu’elle fut enterrée en » ce lieu-là, ayant époufé en fe- » condes noces Rhadamanthe, » après la mort d'Amphitryon. « M. Dacier, dans une remarque für la fontaine de Ciffafe, s’ex- Prime àinfi: » Je ne fçais fr on » trouve ailleurs quelque mention .» d'une fontaine aux environs » d'Haliarte , Qui ait eu le nom de (a) Plut. T, I. p. 449: Paul. p. 592: tab, p. 4rr, 413: CT 259 » Ciflufe. Je n’en connois point, » Mais, Paufanias parle de la fon. -n taine de Tilphufa, qu'il place à » cinquante flades , c'eft-à-dire, -» à fix mille deux cens cinquante » pas dé la ville. C'eft la même » fontaine que Strabon appelle »_Tilphofa, fous le mont Tilpho: : » fon, au voifinage d'Haliarte. » Etyje ne doute pas qu'il ne faille » corriger ce paflage de Plutar- » que, par celui de Paufanias, & »_ par celui de Strabon. « . CISSYBIUM , Ciffybium , (b} efpèce de coupe, qui avoit des anfes. Nous n'en fçavons pas da- vañtage , Athénée ne nous ayant confervé que le nom de cette coupe. CISTOPHORE , Ciflophorus, (c) du Grec xien , cifla, corbeil- le, &aépo, fero, je porte. Le terme de Ciftophore veut donc dire gui porte une corbeille. Epoe- ling croit, & avec aflez de vrai- femblance , que c’eft de certains paniers, gravés fur le revers.des médailles, que vient le nom de Ciftophore, & non pas de la fie oure d'homme ou de femme por- tant un parier fur la tête, comme l'ont cru Hadrianus Junius & plu= fieurs autres. Car, ces fivures ne fe voyent prefque jamais fur les médailles ; au lieu que les autres y font fort communes. Lleft cerrain que le Ciftophore étoit fr ordinai- re, que la levée des tributs s’ap= pelloit, du moins en certains pars, la levée du Ciftophore. Le Cifto- e) Antig. expl. pat D. Bern. de Montf. Tom, 11. pag. 183. Mém. de (6) Antiq. expl. par D, Bern, Acad. des Infc, & Bell. Lerr, Tom X onté, Tom, If, p. 148. XI, P: 2244 KR ij 260 CI phore étoit donc une forte de monnoie ou de médaille. CISFOPHORES , Ciflopho- ri, (a) nom que l’on donnoit à de jeunes filles, qui à la fêre des Orgies , fuivoient les. chariots dans lefquels étoient les tonneaux, les cruches, les vafes, &c. & qui portoient elles - mêmes les cor- belles & les caflertes, où étoit enfermé ce qu'il y avoit de plus myftérienx dans cette fête, CISUS ;, Crus ; Keisiç, (b) fils de Téménus , roi d'A:sos. Il avoit plufieurs freres, & une fœur, nommée Hyrnétho. Com- me l’ainé de tous , il fuééda à fon pere au royaume d'Argos. Sous fon regne , les Argiens, tou- jours jaloux de leurs privileses & de leur liberté, reftraignirent l’au- torité royale à un tel point , qu'ils ne laiflerent que le nom de roi à Cifus & à fes defcendans. Il arriva même dans la fuite que Meltas, fils.de Lacidas, & petit-fils de Médon, fut condamné par le peu- ple à perdre le royaume & la vie. CITADELLE, forterefle que Pon bâtit, ou pour la défen(e d’u- ne ville contre l'ennemi , ou mé- me pour contenir les citoyens dans le refpett, & empêcher qu'ils ne fe mutinent contre le Souverain. C’eft pour cela qu’on a foin, en choififfant le terrein, d’en trouver un qui commande la ville. Quel- quefois les Citadelles font join- tes au corps de la ville, ayantune même enceinte, quoiqu'elles en foient toujours féparées par divers (4) Myth. par M, l’Abb, Ban, T. IV. Pe 226; 227n ET- ouvrages aufh ménagés que ceux du dehors, parce que la garmion s’y retire lorfqu’elle ne peut plus défendre la ville, & elle ÿ tient fouvent encore long-tems après que l'ennemi eft maitre de la pla- ce. Quelquefois, les Citadelles font fur une hauteur. Cela dépend du terrein où la ville eft firuée, Nous avons pris ce mot des lta- lens dans la langue defquels il fignifie une petite ville, felon fon étymologie, CITARINES, Citarm. On lit ce nom comme celui dun - peuple de Sicile dans la IIE.e Ver- rine de Cicéron; 1l faut hire Ce- rarini, C’étoient les habitans de Cétarie. CITÉ, Civitas. Le mot Cité défignoit anciennement un état, un peuple avec toutes fes dépen- dances, une république particu- lière. Ce nom ne convient plus guere atjourd’hni qu'à quelques - villes d'Allemagne ou des cantons : Suifles, Quoique les Gaulois ne fuflent qu'une même nation, ils éroient cependant divifés en plufeurs peuples, formant prefque autant d'États féparés , que Céfar appel le Cités, Civitates. Ontre que chaque Cité avoit fes aflemblées propres, elle envoyoit encore des députés à des aflemblées généra= les, où l’on difcutoir les intérêts de plufeurs cantons. Mais, la Cité, ou Métropole, ou Capitale, où fe tenoient les aflemblées, s'ap- . pelloit par excellence Civiras. Les Latins difoient Civitas Æ duorumy | (b) Pauf, p: 1185 132 5 136 ET Civites Lingonum, Civitas Seno- num; & cet fous ces noms qu'Autun, Langres, & Sens, font déffgnés dans PItinéraire d'Antonin. . Dans la fuite , on n'appella Cité que les villes épifcopales. Voyez Civitas. Ce mot fe prend aujourd'hui fimplement pour une ville, même au fipuré ; mais , fur tout dans le fyle oratoire & dans la poëñe. On dit: Za Cité celele, nous n'avons point de Cité permanente dans ce monde, une grande Cité, une Cité nombreufe , Jérufalem eft appelée la fainte Cite. I! fe"prend encore dans les gran- des villes anciennes, pour la par- tiela plus ancienne de la ville. Une ville s’eft peuplée , il s’eft formé des faubourgs tout à l'entour. Le nombre des habitans s'étant fort multiplié, ces fauxbourgs fe font trouvés environgés d’une encein- te hors de laquelle il s’eft bâti de nouveaux fauxbourgs ; infenfble- ment on a laiflé tomber comme inutiles les murs , qui féparoient ces premiers fauxbourgs d'avec la ville. En ce cas, on appelle Cicé l'ancienne ville, & l’augmenta- tion qu’elle à reçue autour d'elle, prend la qualité de ville; & com- me dans les villes anciennes, l'É- ghfe primitive ou la première bà- te, eft dans le plus ancien quar- tier, dans quelques-unes le lieu où ef cette éplife , eft la Cité. $CITÉ [ Droit de], C'eft la qualité de citoyen ou bourgeois dune ville, & le droit de partici- Per aux priyileses, qui font coim- CI 267 muns à tous les citoyens de cetre ville. Chez lès Romains:, le droit de Cité, c'eft-à-dire, la qualité de citoyen Romain, fut confidérée comme un titre d'honneur, & de- vint un objet d'émularion pour les peuples voifñins qui tàchoient de l’obtenir. Il n'y eut d’abord que ceux qui “étoient réellement habitans de Rome, qui jouirent du titre & des privileges de citoyens Romains, Romulus communiqua le droit de Cité aux peuples qu'ilavoit vain- cus, & qu'il amena à Rome ; fes faccefleurs firent la même chofe,,. juiqu’è ce que la ville étant affez peuplée, on permitaux peuples vaincus de refter chacun dans leur ville; & cependant, pour les attacher plus fortement aux Ro- mains, on léur accorda le droit de Cité ou bourgeoifñie Romai- ne, en forte qu'il y eut alors deux fortes de ciroyens Romains; les uns qui étoient habitans de Rome, & que l’on appelloit Cr= ves ingenui; les autres qui de- meuroient dans d’autres villes, & que l'on appelloit municipes. Les Confuls & enfuire les Empereurs, communiquerent le droit de Ci- té à différentes villes & à différens peuples foumis à leur domination. La loi 7 au code de incolis , porte que le domicile de quelqu”- un dans un endroit, ne lui attri- bue que la qualité d’habitant, mais que celle de citoyen s'ac- quiert par la naïflance, par l'af- franchiflement, par l'adoption, & par l'élévation à quelque poñte honorable- 262 CT Les droits de Cité confiftoient Chez les Romains;1 ©. à jouir de la liberté; unefclave ne pouvoit être citoyen Romain, & le citoyen Romain qui tomboïit dans l’efcla- vage,perdoit les droits de Cité, 2.9 Les citoyens Romains n’étoient point foumis à la puiflance des mapiftrats en matière criminelle ; ils arrêtoient leurs pourfuites en difant , Crvis Romanus [um ; ce qui tiroit fon origine de la loi des douze tables, qui avoit ordonné qu'on ne pourroit décider de la vie & de Pétat d’un citoyen Ro- main, que dans les comices par centuries. 3.9 [ls avoient le droit de fuffrages dans les affaires de la république. 4. Ils ‘étoient les feuls qui euffent fur leurs enfans la puiflance telle que les loix Ro- maines la donnent. 5.° Ils étoient aufli les feuls qui putlent exercer le facerdoce & la magifirature , & avoient plufieurs autres privile- Lee : : Le droit de Cité fe perdoit; 1.9 en fe faïfant recevoir citoyen d’une autre ville; 2.° en com- mettant quelque action indigne d'un citoyen Romain, pour la- quelle on Sr la grande dégradation dppellée maxima ca- pitis diminutio, qui ôtoit tout à la fois le droit de Cité, & la liberté. 3.° La moyenne dégradation, appellée media capitis diminutio, Otoit aufh le droit de Cré; telle -éroit la peine de ceux qui étoient effacés du rôle des citoyens Ro- mains , pour s'être fair infcrire fur le rôle d'une autre ville. Ceux qui étoient exilés ou relégués dans * une ifle, fouffroient auf cette 1 CI moyenne dépradation, 8 confe- quemment perdoieñt aufl le droit de Cité. Parmi nous, il n'y a que la naiflance on-les lettres du Prince qui attribuent les droits de Cité. On confond quelquefois le droit de Cité avec celui de bourgeoïlie; cependant, le droit de Cité eft plus érendu que celui de bour- geoife; il comprend anffi quelque fois lincolat, & même tous ks effets civils. En eflet, celui qui eft banni d'un lieu, ne perd pas feulement le droit de bourgeoïfie, 1 perd abfolument les droits de Cité, c'eft-à-dire , tous les privileges accordés aux habitans du lieu, Et fi le banniflement eft hors du royaume, il perd tous les eflets civils, On peut perdre les droits de Cité, fans perdre Ja liberté, com- me il arrive à celui qui eft banni, mais, la perte de la liberté em- porte toujours la perte des droits de Cité. Z CITERNE. Il y avoit plu- fieurs citernes à la campagne, dans la Paleftine. Il y en avoit auffi dans les villes, & dans les maifons particulières. Comme la plûpart des villes étoienc bâties fur des montagnes, & que les pluies ne tombent régulièrement dans la Judée qu’en deux faïfons de l’année, au printems & en au- tomne , on étoit obligé de con- ferver de l’eau dans les Citernes à la campagne, pour abreuver les animaux, @ dans les villes, pour les befoins des hommes. On en voit ençore aujourdhui dans CI la Paleftine, de très-grandes, dont les unes font longues de cent cin- quante pas, & larges de foixante, d'autres longues de cent vingt- deux pas ; & larges de cinquante- quatre, On en voir une à Rama, qui a trente-deux pas de long, & vingt-huit de large. On con- fond aflez fouvent les puits & les Citernes, & même-les fontaines & les fources , dans le langage de l'Écriture. : CITES, Cite, peuples, qui étoient venus trafiquer à Troye, felon Diftys de Crete, Ortélius croit que ce font les Clites dont parle Tacite, qui dit, - dans un endroit de fes annales, qu'ils étoient dans -la Cilicie ; & dans un autre ,-qu'ils étoient dans la Cappadoce. CITHÉRIADES,, Céhæria- des, (a) furnom des Mufes. Ce farnom leur venoit du mont Ci- théron, . CITHÉRIS , Cirheris , (b) af- franchie de P. Volumnius. C'étoit une femme de joie, & qui avoit l'efprit bouffon. Après avoir fervi aux plaifirs de fon patron, elle fe donna au poëte Cornélius Gal- ls ; qu'elle quitta pour fuivre Marc-Antoine, Cicéron parle de cette femme débauchée dans une de fes lettres. CITHÉRON , Citheron, (c) Kipar, montagne de Grece, dans la Béotie, Elle fervoit à {e- Parer cette province de l'Attique, CT 203 depuis que la ville d'Éleuthtre , s'étoit foumife aux Athéniens; car, auparavant, C’étoit cette ville qui. féparoit les deux états. Le mont Cithéron avoit pris fon nom de Cithéron, un des pre: miers rois des Plaréens. Sous cette montagne , aux environs de Pla- tée, en prenant un pêu à droite, on appercevoit les ruines d'Hy- fies & d'Erythres, qui étoient au- trefois deux villes de la Béortie. Strabon dit que le mont Cithé- ron finifloit non loin de Thèbes, & que l'Afope couloit aux pieds de cette montagne, Du côté da couchant, il s’abaifloit péu à peu avec un-dérour, au-deffus de la mer de Crifla. fl commençoit aux montagnes de l’Attique & duter- rioire de Mégare, auxquelles il étoit contigu ; de-là s’étendant de côté & d'autre dans les campa- gnes , il venoit finir à Fhèbes, Le mot Cithéron, felon Paufa- nias , étoit confacré à Jupiter Ci- théronius. Suivant Pline, 1! létoit aux Mufes ; & Pomponius- Méla dit qu'il éroit fameux par les fa- bles-& par les écrits des Poëtes.: Eneffet, ils y ont mis la fable d'Aétéon, les orgies de Bacchus, Amphionélevant les murs de The- bes au fon de fa lyre, le fPhynx d'Œdipe, &c. - Plutarque le Géographe, dans fon traité des fleyves &t des mon- tagnes , obferve que le mont Ci- théron étoit anparavant nommé (a) Antiq. expl. par D. Bern, dej Mel, p.111. Ptolem. LT. c. 15. Virg, Montf. Tom, I. pag: 110. (b) Cicer. ad Amic. L. IX, Epift, 26. …(c) Strab. p, 408, 409. Paul. p.72 , |. pag. 325 » 449- Myth. par M. 3. 545 Plin, Tom, I, p.197. POmp.{Ban. Tom, III, p, 364: Gorgs L. Il. v. 43. Æneid. L.IV, v. 303. Lit, Liv. L. XXKT. c, 26, Plut, Fc PAbb4 KR iv 264 CGT à Aférius , & rapporte à fon or- dinaire des origines fabuleufes de ces noms. CITHÉRON, Cithæror (a) Kibarody, Prince qui repna fur les Platéens avant Afopus. Junon fe fâcha un jour contre Jüpiter; on ne fçait pas pourquoi; mais , on aflure que de dépit elle: fe retira en Eubée, Jupiter, n'a- Yant pu verir à bout de la fléchir, vint trouver Cithéron. Ce Prince, qui étoit l'homme le plus fage de fon tems, confeilla à Jupiter de faire faire une ffatue de bois , de lhabiller èn femme, de la mettre - fur un chariot attelé d’une paire de bœufs, la ville, & de répandre dans le public, que c'étoit Platéa , lafille- d'Afopus qu'il alloit époufer, Son confeil fat fnivi. Auffi-rôt la noue velle en vintà Junon, qui part dans le moment, fe rend À Platée, “s'approche du chariot, & dans fa colère voulant déchirer les habits de la mariée ,tronve que c'eftune ftatue, Charmée de l'aventure ; elle pardonna à Jupiter fa trom- perie, & fe réconcilia de bonne foi avec lui, - CITHÉRONIA, Cithæronia, Kia parie (b) (urnom de Junon, Cette Déefle fut ainfi farnommée du mont Githéron. : CITHÉRONIDES, Cirhero rides ; Kilaipoidec , (c) furnom des Nymphes, Elles furent ainf furnommées du mont Cithéron, qui leur étoit confacré. On voyoit (a) Pauf, pag. s46. Myth. par M, PAbb. Ban. Tom. if, pag. 393. = (BYPIGE-TSE p: 225 325 (c) Paul. p. 548, Antiq. expl, par que l'on traïneroit par: C4 | far cette montagne l’antre des Nympbes Cithéronides. On appel. loit ce lieu Sphragidium, & on af- furoit qu’autrefois ces Nymphes avoient lé don de prophétie, Du nom de ce lieu les mêmes Nym- phes étoientauffi appellées Sphra- gitides , comme le dit Plutarque dans fa vie d’Ariftide, CITHÉRONIUS , Cithæro= nus ; Kibopavise , (d) furnom donné à Jupiter, parce qu’on lui avoit confacré le mont Cithé- ron. CITIENS,, Crier, (e) peuple dont parle Plutarque dans a vie d'Alexandre le Grand, Mais, cet Auteur n'en dit pas aflez pour marquer quelle forte de peuple c’étoit. » Alexandre, dit-ilayoit » une épée très-lépère à la main, » & d'une trempe merveillente, » que le roi des Citiens lui avoit: » donnée , & qu'il portoit dans: » les combats. « C'éroient peut être les habitans de quelqu’une des villes de Citium. cos CITIENS , Citit, Kirlei, peu= ples qui habitoient la ville de Ci- tium en Chypre, Joyez Citium. CITIENS , Cie. Cicéron nomme ainfi des gens venus de Phénicie, & qui étoient Cliens de Caton. Ortélius doute s'ils étoient! de Citium dans l’ifle de Chypre,ou fi ce n’étoient-pas plutôt des Chu- téens. CITTUM, Citium, Kiner, ville ; de l'ifle de Chypre. (f) Elle étoit fituée dans la partie méridionale D. Berg. de Montf. Tom. I, p. 386, (4) Pauf. p. ç4s. Ce) Plut. T. I, p. 684, ; (f) Prolem, L, V, c, r4 Plut, T. T4 G:T de cette ifle , felon Ptolémée. Plu- tarque nous apprend que Cimon, célebre général d'Athènes | mou- tut de maladie au fiege de Citinm. La même chofe eft rapportée dans : Cornélins Népos. Zénon, qui étoit né dans cette ville , en avoit pris le furnom de Citius. Le P. Hardouin cenfure Cujas d'avoir penfé autrement. - Citium fut le fiège d’un Évêque, Comme on le voit dans les Notices de Léon le Sage & d'Hiérocles, Ce lieu s'appelle préfentement Chiti, felon le P. Hardouin , & donne fon nom au promontoire voip, qui eft nommé à caufe de cela Capodechiri. CITIUM, Citium, Kiruv, (a) ville de Macédoine, an rapport de Tie-Live, Ce fut-ià, felon cet Hiflorien, que Perfée, roi de Macédoine , l'an r71 avant Jefus- Chrift, ordonna à fes officiers d'affembler toutes fes troupes. Il s'y rendit lui-même accompagné € tous les grands de fa cour & de fes gardes, après avoir fait avec Une magnificence royale , un fa- crifice de cent vidtimes , à Miner- ve farnommée Alcideme. Il y trouva toutes les forces de Macé- doine, & les troupes auxilaires dés étrangers, campées devant la Ville, & les rangea en bataille dans la plaine, Le nombre étoit en tout de quarante-trois mille hommes , Ont environ la moitié formoit ce qu'on appelloit la phalance. Pig 401, Corn. Nep. in Cimon. c. 3. Plin, T, IL, p. 284. Diod, Sicul. p. 705. Thucyd. p 72, 73: (a) Tit Liv. L, XLIL c. re (5) Tit, Liv, L, XL, c. 21, | CR. 26, Le pere Eubin, dans fes tables - géographiques, dreffées pour l'in- teligence des vies des Hommes illuftres de Plutarque , dit que cette Citium étoit une colonie ve- nue de l’autre Citium , dont il eft parlé dans l’article précédenr. CITIUS [le Mont], (2) Mons Cinius, Îl en eft parlé dans Tite- Live, au fujet de Perfée, roi de Macédoine, Ce Prince, étant parti d'Élymée , arriva le troifie- me jour au mont Citius , qu'il ne pafla qu'avec de grandes difiicul- tés, à caufe des neiges dont il étoit couvert, & qui étoient f hautes, qu’à peine ui permirent elles de camper. Auffi en partit-il bientôt, non que le chemin qui lui réftoit à faire, fût plus commode, mais parce qu'il n'étoit pas poili- ble d’y féjourner. Ortélius croit que cette monta- gne étoit quelque part vers l’Étolie. -CITTUS Ciuss Kirroc; (c) nom d’une montagne firuée au-deflus de la Macédoine, felon Xénophon. Il y avoit dans cette montagne beaucoup de bêtes fau- rves, tels que des lions, des léo- pards, des Iynx, des panthères, des ours & autres. Ortélius donte fi ce ne feroit point le mont Ci- tius de Tite-Live. CITTUS , Circus 3 Kirrec, (d) banquier, dont il eft parlé dans la harangue de Démofthène contre Phormion. > CIVICA E CÉRÉALIS | , (e) €c) Xenoph. P: 995. : (4): Demofth. in Phorm. p. QA4Te Ce) Tacit:in Agric. c. 42, Crév. Hift des Emp. T. IV. p, 70. 266 CI. Cerealis Civica , Proconful d’Afe, fous l'empire de Domitien. Il fat mis à mort dans {on propre gou- vernement, par l'ordre de ce Prince , fous le faux prétexte d'un deflein prémédité de révolte; mais en eflet, pour avoir accepté cette province , qui lui étoit échue par le fort. CIVICA, Civica, (a) oncle de l'empereur Vérus. Il accompa- gna Lucille, fille de Marc-Aure- le , lorfque cette Princefle alla joindre Vérus en Afie, pour ac- complir fon mariage avec cet Em- pereur, qui faifoit alors la guerre aux Parthes. . CEVILIS-[ Juzrus |, Julius Civilis , #) jouifloit d'un grand crédit parmi les Bataves, Ce fut ce qui le fauva vers l'an de Jefus- Chrift 69. Ajoûtez la crainte - qu'eurent les Romains , d’aliéner par fon fupplice une nation fière & uiflante. CEVILIS [Craupius ], (c) Claudius Civilis, fameux Batave, difingué entre ceux de fa nation, par fa naïflance qu'il tiroit du fang royal, par fa bravoure perfonnel- le, par un efprit rufé, inventif, & fécond en expédiens. Son nom eft peu connu parmi nous; mais, il mérite autant de l'être que celui de bien des guerriers fameux dans l'Hiftoire. Il n’avoit pas fujet de fe louer des Romains. Son frere Julius Paulus, faufement accufé de trahifon, avoit été mis à mort par ordre de Fontéius Capito,. com- (a) Crév, Hit, des Emp. T, IV, p. } 386 , 397... hoes (be) Tacit, Hifi EI, c, 594 CI mandant de la bafle-Germanie avant Vitellius. Claudius Givilis lui même fut chargé de chaines & envoyé à Néron. Renvoyé abfous par Galba , il courut une feconde fois rifque de la vie fous Vitellins, dont l'armée demandoit fon fupplice avec inftance. Le reffentiment, qu'il confer- voit de ces mauvais traitemenss le porta à faifir l’occafion de la guerre civile pour fe venger Mais, il étoit trop habile pour agir à découvert, & pour avertif les Romains par une révolte ma= nifefte, de le regarder & de le traiter en ennemi. Il fe propoloit Sertorius & Annibal pour mo? deles; & prétendant les repré= fenter par l’adreffe de l'intrigue, de même qu'il portoit leur reliem: blance fur le vifage, ayant com» me eux un œil de moins, il rélo- lut de travailler fourdement,, & de çacher fon jeu. [l fergnit donc d’époufer la querelle de Vefpañen; & ilen avoit un pré= texte très-fpécieux, & tout-àä-fait propre à donner à fes démarches. un air de fincérité. Antonius Pri- mus lui avoit écrit d'empêcher le départ des fecours mandés par Vitellius, & d'occuper les légions qui gardoient le Rhin, par l'ap- parence de quelque trouble en Germanie. Hordéonius Flaccus ; qui commandoit fur les lieux , lui donnoit de femblables avis , tant par inclination pour le parti de Vefpafien, que par affeétion pour la république, qui éroit en dan- (c) Tacit. Hift. L. IV. c. 13. @: Je L,. V.c, 14. & feg. Crév: Hift, des EMP: ÊT NL p 78, 25e de fais CT: ger de périr, fi une nouvelle inondation de troupes nombreu- fes venoit encore fondre en Ita- lie, & y renouveller la guerre. Clhaudius Civilis voyant donc qu'il pouvoit mafquer fon projet de révolte fous une déférence ap- parente aux ordres fécrets des gé- -néraux Romains, ne tarda pas à mettre la main à l'œuvre; & il trouvoit les Bataves aëtuellement difpofés à fe foulever par une circonftance particulière. Vitellius avoit ordonné des levées de fol- dats parmi eux ; & cette charge, onéreufe par elle-même, deve- noit abfolument intolérable par les procédés tyranniques de ceux qui fifoient les enrôlemens. Avides & concuflionaires , ils prenoient des vieillards , des hommes infir- mes pour les rançonner , & les contraindre d'acheter leur congé. Un motif encore plus infâme les éngageoit à enlever de jeunes en- fans au-deflous de l'âge requis Pour porter les armes. Toute la nation fut indignée, & les émif- faires, apoñtés par Claudius Civi- is, pour fouffler le feu de la fédi- ton , perfuaderent fans peine aux Bataves de refufer de s’enrôler. Claudius Civilis , lui-même, fous Prétexte d’un grand feftin , affem- k dans un bois facré les premiers dela nobleffe , & ceux quela bra- voure & l'ardeur fignaloient par- Mi la multitude ; & lorfqu'il les Vitéchauffés par le vin & la bonne chere , il s’ouvrit à eux. I commença par relever la gloi- Ie ancienne de la nation, qu'il leur repréfenta enfuite comme dégradée & flétrie, par les indi- EE 267 :gnités & les outrages qu’elle fouf- froit, érant traitée, non plus en alliée, mais en efclave, [l-ajoûta que jamais l’occafon n'avoir été fi belle de la remettre en liberté. » Les Romains, dit-il, font affoi- » blis par leurs divifions. Dans » leurs camps fur le Rhin, il ne » refte plus que des vieillards /&t » un butin auf riche qu’afluré. » Ofez feulement lever les yeux, » & ne craignez point de vaines » ombres de légions fans réalité, » Nous fommes puiflans en ca- » valerie & en infanterie, Nous » pouvons compter fur lapput » des Germains nos voilins & » nosfreres. Les Romains eux- » mêmes feront peu fâchés de Ja » guerre que nous fufciterons, Si » le faccès en eft douteux, nous » nous en ferons un mérite au— » près de Vefpañen. La viétoire » porte avec elle fon apologie, ‘© Ce difcours fut reçu de tous ceux qui l’entendirent avec de grands applaudiflemens, & Claudius Ci- vilis leur fit prêter ferment felon le-rit le plus augufte & le plus -redouté parmi ces nations barba= res. Il follicita aufli les Caninéfa- tes, qui de même origine que les Bataves, & établis dans la même ifle, ne leur étoient point infé- rieurs en vertu, & ne leur cé- -doient que pour Le nombre. Ilagit paredlement auprès de huit co- hortes Bataves, qui, renvoyées par Vitellius en Germanie, fe trouvoient alors à Mayence. Les Caninéfates fe mirent les premiers en action ; & en atten- dant que Claudius Civilis & les Bataves levaflent le mafque , ils L « | 274 GT renonçañt à la diffimulation dont il'avoit ufé jufqu’alors , fe déclara ouvertement ennemi du nom Ro- main. Les Gaulois, dès long-tems ébranlés , fe joïignirent enfin à lui. Alors, les négociations fe pouf- ferent avec vivacité entre Clau- - dius Civiis & Julius Claflicus né dans le pais de Trèves, On y ajoûte Julius Tutor & Julius Sa- binus. Les trois nouveaux chefs travaillerent chacun de leur côté à fonder, par des entretiens fecrets, tous ceux qu'ils crurent capables d'entrer dans leurs vues, & de leur être utiles pour l'exécution. Ïls effayerent enfuite de tromper &t de furprendre Vocula. Mais, leurs tentatives n'ayant point réuffi, Julius Clafficus fit tuer le Général par un déferteur Ro- main ; @& les légions qu’il avoit commandées, prêterent ferment aux Gaulois. Reftoit le camp de Vétéra , où _ les légions afhiégées avoient fup- porté jufques-là les plus affrenfes extrémités de la difette. On leur dépécha les plus corrompus & les plus lâches de ceux qui s’é- toient foumis , pour leur offrir-le pardon , s'ils s'accommodoient aux circonftances , @& leur décla- rer qu'autrement ils ne devoient s'attendre qu'à périr miférable- ment par le fer ou par la faim, Ces dignes députés allésuerent pour dernier motif leur propre exemple. Les afliégés héfiterent quelque tems entre le devoir & les maux extrêmes qu'ils fouf- froient , entre la gloire & la hon- te. Qui commence à délibérer en pareil cas, eft bientôt rendu. Ils + CT fe déterminerent à déshonorer ; par une conclufion honteufe , le courage & le mérite de leur belle défenfe , & ils envoyerent une députation à Claudius Civilis pour lui demander la vie. On refufa de les écouter, jufqu'à ce qu'ils euflent juré fdélié à l'empire des Gaulois, Après qu'ils fe furent liés par cet indigne ferment, Claudins Civilis leur promit {a vie fauve, & la liberté de fortir en armes de leur camp ; mais, il s’en réferva pour lui & pour les fiens tout le butin, @cil y fitfurle champ entrer des troupes qui avoient ordre de retenir l'argent, les valets & les bagapes. Cette capitulation fi honteufe fut encore mal obfervée. Les Germains qu’on leur avoit donnés pour efcorte , les attaquerent à cinq milles de Vétéra. Quoique furpris , les Romains fe mirent en défenfe. Les plus braves {e firent tuer fur a place; plufeurs, s'é- tant difperfés par la fuite, furent pourfuivis & maflacrés, Les au= tres s'en retonrnerent au Camp; & porterent leurs plaintes à Clau- dius Civilis, qui blâma les Ger- mains , & leur reprocha leur per- fidie. S'il parloit fincerement , ou - s'il ne cherchoit qu'à à. les dehors, c'e ce que facite ne décide point. Mais, la conduite, que tint ce Batave à l'égard des malheureux reftes des légions Romaines , rend fa foi plus que fufpelte. Car, après avoir pillé le camp , il y mit lefeu, & tous ceux qui s’étoient fauvés du combat, périrent dans les flamz MES [Document text truncated for crawler view.]