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L'universalité du français dans les dictionnaires bilingues français-espagnol (1648-1815)

Bruña Cuevas, Manuel

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Documents pour l'histoire du français langue étrangère ou seconde L’universalité du français dans les dictionnaires bilingues français-espagnol (1648-1815) Manuel Bruña Cuevas Citer ce document / Cite this document : Bruña Cuevas Manuel. L’universalité du français dans les dictionnaires bilingues français-espagnol (1648-1815). In: Documents pour l'histoire du français langue étrangère ou seconde, n°18, 1996. L' "universalité" du français et sa présence dans la péninsule ibérique. pp. 51-61; doi : https://doi.org/10.3406/docum.1996.1142; https://www.persee.fr/doc/docum_0992-7654_1996_num_18_1_1142; Fichier pdf généré le 15/06/2023 L'universalité du français dans les dictionnaires bilingues français-espagnol (1648-1815) Manuel Bruña Cuevas Université de Séville Nous allons analyser dans cette communication les commentaires sur l’universalité du français contenus dans les dictionnaires bilingues français-espagnol ou espagnol-français publiés pour la première fois dans les limites de ]a période que ce colloque s’est fixée comme cadre d’étude (1648-1815). Nous ne nous arrêterons pas àla seconde moitié du XVIIo siècle pour la simple raison que le seul ouvrage publié pour la première fois dans ces décennies, celui de Juliani (1659), ne comporte pas de commentaire sur notre objet d’intérêt. En ce qui concerne le XVIIIe siècle et les premières années du XIXe, notre corpus se compose d’un total de quatorze dictionnaires, dont cinq publiés en Espagne, un àBruxelles et le reste en France. Une première constation s’impose: un seul de nos dictionnaires (Torre yOcón 1728) reconnaît et cherche àexpliquer l’universalité du français en Europe. Parmi les autres, il yen aqui ne s’occupent pas du sujet (notamment le célèbre dictionnaire de Sobrino 1705); mais il yen aaussi qui consacrent leurs commentaires laudatifs, non directement au français -qui les reçoit toutefois de façon indirecte-, mais àl’espagnol. De prime abord, c’est là un fait quelque peu surprenant, surtout quand on sait que ce second groupe est exclusivement constitué par des ouvrages d’auteurs français publiés en France. Nous croyons que la raison de cet état de choses est de nature principalement commerciale. En effet, bien que les dictionnaires édités en France aient été couramment utilisés en Espagne, et bien qu’ils aient été plus connus des Espagnols que quelques-uns des dictionnaires bilingues publiés dans ce dernier pays, plus que, par exemple, ceux d’Herrero, González de Mendoza ou Broch, il est évident qu’ils visaient principalement une clientèle francophone intéressée àl’étude de l’espagnol. Or tout ce qui était espagnol 52 Manuel Brunei Cuevas -et donc la langue espagnole avait subi en France une perte progressive de prestige au cours du XVIIIe siècle. D’autre part, la pratique de la grammaire générale héritée de Port-Royal avait répandu en France le sentiment qu’aucune langue ne s’adaptait mieux àses principes que la langue française. Ainsi, dès le début du XVIIIe siècle, pouvait-on lire dans Maunorv (1701): L’Idiome Espagnol est si different du nôtre, &si difficile àmettre en regle, qu’on me dispensera d’en dire davantage; l’usage &la lecture des bons Livres nouveaux, achèveront de s’y perfectionner; quand je dis, les bons Livres, j’ai raison de m’en expliquer ainsi, puisqu’en effet il yapeu de Livres en Espagne qu’on puisse sûrement lire pour se polir dans cette Langue, (p. 77) Vers le milieu du siècle, cette vision de l’espagnol et de la production littéraire et scientifique espagnole était déjà fortement enracinée en France. C’est la raison pour laquelle la préface du dictionnaire de Séjournant (1759) ne consacre pas au français d’éloge franc, explicite, mais s’attache surtout àdéfendre la dignité de l’espagnol. L’idée que le français est une langue plus raffinée que l’espagnol n’y apparaît, parodoxalement, que diluée dans un éloge ouvert de ce dernier, un éloge qui révèle le besoin de défendre cette langue auprès de l’opinion française: l’espagnol n’est plus ce qu’il était au temps de Maunory, nous dit en somme Séjournant, grâce àl’intervention de Philippe V, roi d’origine française, et au travail réalisé par l’Académie espagnole à l’imitation de la française: Ce trésor inmense de toutes les richesses de la Langue Espagnole, est dû àla protection de Philippe V, lorsqu’il fut établi sur le trône d’Espagne; il saisit avec ardeur tous les moyens de contribuer àla gloire d’une Nation aussi distinguée qu’étoit celle qui se trouvoit soumise àses Loix; il jugea que l’avancement des Lettres étoit un des principaux objets qui méritât son attention. La Langue Espagnole lui parut digne de ses premiers soins: cette Langue si majestueuse dans les sons si remplie d’expressions magnifiques, si assortie enfin àla noble gravité des peuples qui la parlent, avoit déjà acquis ses principales beautés: il n’étoit plus question que de la fixer dans le point de perfection qu’elle avoit atteint, par les décisions d’habiles Gens, capables de rassembler les témoignages des plus célebres Ecrivains; de déterminer par leur autorité, le vrai sens des mots, leurs différentes acceptions, les tours les plus usités &les plus élégans: cet ouvrage étoit encore immense, & il falloit, pour l’exécuter, réunir ensemble les travaux d’un grand nombre de Littérateurs. Philippe, prenant pour modele l’établissement de l’Académie Françoise dont son auguste ayeul s’étoit déclaré Protecteur, forma dans sa capitale une Société de même nature, sous le titre d’Académie Royale. L’universalité dufrançais dans les dictionnaires bilinguesfrançais-espagnol 53 Vers la fin du XVIIIe siècle, l’opinion commune en France était toujours que le français occupait une première place indiscutée en Europe, qu’il avait définitivement gagné la partie dans les anciennes disputes linguistiques qui l’avaient précédemment opposé à l’italien et àl’espagnol. Les dictionnaires bilingues édités en France et adressés àdes Français voulant apprendre l’espagnol se sont vus de la sorte contraints àprendre la défense de cette langue, àdéfendre l’espagnol d’une façon beaucoup plus décidée que ne l’avait fait Séjournant; ils ont dû vanter dans leurs prologues les mérites de l’espagnol, quoique toujours sans fuir certaines allusions comparatives au français. Il fallait, d’une part, revaloriser la langue espagnole aux yeux des Français, mais sans froisser ouvertement, pour autant, la conviction généralisée d’une plus grande perfection du français par rapport àtoute autre langue. Très significatifs àcet égard sont les commentaires de Gattel dans le “Discours préliminaire” de son dictionnaire de 1790: La langue Espagnole, aujourd’hui trop négligée en France, yaété cultivée autrefois avec un empressement presque universel. (P. vi). Quoi qu’il en soit de ces réflexions, &de quelque maniere que se soit formée la langue Espagnole, on ne peut disconvenir qu’elle ne soit une des plus belles que parlent aujourd’hui les nations Européennes. Douce, énergique, majestueuse, elle se plie avec une extrême facilité àtous les genres de style, ¶ît faite sur-tout pour peindre les sujets sublimes. Ses mots, un peu longs, mais d’une belle proportion, ses syllabes toujours pleines, ses formes habituellement nobles &imposantes, répondent merveilleusement àla gravité du peuple qui l’emploie. Aucune autre n’a plus de richesse, ni peut-être autant de grandeur & d’élévation. Je ne sais, àla vérité, si du côté de la correction grammaticale il ne lui reste pas quelque chose àdésirer, en entendant du moins par Grammaire, non les principes de syntaxe propres àchaque langue, mais ceux qui, fondés sur la raison universelle, paraissent devoir convenir àtoutes. (P. viii) Gattel revient àla défense de l’espagnol, maintenant sans palliatifs comparatifs avec le français, en 1798, dans L“Avertissement” de son dictionnaire de poche; Depuis Nugent qui, le premier, aouvert la carrière, divers lexicographes ont travaillé, comme àl’envi, àprocurer cet utile secours àceux qui, par goût ou par besoin, se livrent àl’étude des principales langues de l’Europe. Une seule de ces langues, l’espagnole, avoit étéjusqu’à présent négligée àcet égard; &cependant par les beautés qui lui sont propres, par sa mâle et imposante harmonie, par la majesté de ses formes, par la pompe de son style, par les richesses littéraires qu’elle met ànotre portée, non moins que par le caractère du peuple estimable qui la parle, par la place qu’il occupe dans le système des Gouvernemens actuels, &par 54 Manuel Bruña Cuevas les rapports de toute espèce qui le lient aux autres nations policées, cette belle langue réclame autant qu’aucune autre, peut-être, l’attention du Littérateur, de l’Homme d’Etat, du Voyageur & du Commerçant. De même, dans un autre dictionnaire publié en France vers la même époque, celui de Barthélemy Cormon (1800) ', la seule phrase laudative envers l’une des deux langues est consacrée àl’espagnol: El gusto que yo hallaba con esa lengua [española], una de la mas armoniosas ymagestuosas, yuna larga mansion en España me pusieron en el caso de perfeccionarme. (Prologue, p. i) *** La question présente un visage tout àfait différent dans les quatre dictionnaires édités en Espagne au XVIIIe siècle. Ni celui de González de Mendoza (176 1)ni le Promptuario de Broch (1771) -peut-être àcause de leur peu d’ambition ne font l’éloge de l’une des deux langues. Ce n’est pas le cas, en revanche, de celui d’ Herrero (1744), qui rappelle bien àses lecteurs l’importance du français, quoique n’y mettant pas un enthousiasme comparable àcelui qui se reflète dans les commentaires sur l’espagnol que l’on lit dans les dictionnaires d’auteur français. Voici le début de son prologue: 1.La nécessité de défendre l’image de l’Espagne et, par conséquent, celle de l’espagnol se reflète aussi dans les prologues des grammaires d’espagnol pour les Français. Quoique ce genre d’ouvrages ne fasse pas partie de notre corpus, nous ne nous empêcherons pas de reproduire les paroles de B. Cormon dans le prologue de son livre Le maître d’espagnol ou Elémens de la langue espagnole, al’usage des Français (1804): “Depuis long¬ temps l’étude de la langue Espagnole est généralement négligée: d’injustes préventions contre l’Espagne et ses habitans, les préjugés dont ce peuple était l’objet, sont la cause de cette indifférence, et ont éloigné de cette étude tous ceux que des motifs d’intérêt n’y forçaient pas. Nous devons àd’estimables écrivains modernes l’avantage de mieux connaître cette belle contrée, et ils nous ont appris àrendre justice au caractère franc et loyal des Espagnols. Sobre, patient, brave, l’on peut dire, que si ce peuple ades vices, il les rachète par de grandes qualités. Etranger aux vaines grimaces de la politesse, sous un extérieur sévère, et avec un maintien grave, il cache un bon coeur et une ame obligeante, qui méconnaît la fausseté et la duplicité. Cette fierté que l’on remarque en lui, convient àune nation qui dominait jadis une grande partie de l’Europe; et la paresse que nous lui reprochons, tient àdes causes étrangères aux individus. C’est donc au moment où l’on revient àdes sentimens plus équitables et àdes idées plus justes sur la nation Espagnole qu’il convient de publier des principes sûrs et des élémens clairs de sa langue pompeuse et riche.” L’universalité dufrançais dans les dictionnaires bilinguesfrançais-espagnol 55 No habiendo quien ignore quan util es àtoda classe de personas la inteligencia del Idioma Francés, seria ocioso detener al Lector en este Prologo, exagerando las utilidades que se debían esperar de un Diccionario Francés, yEspañol... C’est tout ce qu’on ytrouve sur notre sujet. C’est pourquoi nous disions ci-dessus que le seul dictionnaire consacrant vraiment quelques commentaires intéressants à l’universalité de la langue française était celui de Torre yOcón (1728). Ces commentaires ne sont pas toutefois pris en charge par l’auteur lui-même, mais par les censeurs qui devaient confirmer que rien dans l’ouvrage ne s’opposait aux lois civiles ou religieuses. L’un de ces censeurs, Fernando Triviño, admet que le français agagné un prestige qui dépasse les limites du continent européen. Pour en expliquer les causes, il arecours à deux types d’arguments. Il ya, d’un côté, des raisons liées àla force des armes: Por ambos medios ha logrado la Lengua Francesa en estos vltimos tiempos vna extension, yprimor imponderable; porque la inundación de los numerosos Exercitos que puso en pié el Gran Monarca Luis Decimoquarto ylas grandes navegaciones de sus Esquadras, yNavios mercantiles àlos mas remotos Climas, la han difundido assi por las Provincias vecinas, como por los vltimos confines de la Tierra habi¬ tada. Mais, aussi importantes que les raisons guerrières et commerciales, il yaaussi des raisons liées au travail de polissage de la langue mené àterme par de nombreux hommes de lettres, auteurs d’oeuvres littéraires et scientifiques de premier ordre: ... ylas estudiosas, infatigables tarèas de tantos varones doctos como florecieron en Francia el Siglo passado, (al qual con razón llaman los Franceses, por lo que mira àlas Letras, el de Oro, y el de Augusto) la han pulido, limado, yenriquecido con tantas sabias, eruditas, ycorregidas Obras, que en cierto modo se haze preciso àlos aficionados àlas Artes, ylas Ciencias, el aprender este idioma, para no verse privados de los opimos frutos de tan provechosas fatigas. [...] ydebiendo [la lengua francesa] àvna dichosa casualidad el origen de su Academia, ysus adelantamientos àla protección de vn Mecénas purpurado, yMinistro poderoso, se fue poco apoco perfeccionando aimpulsos de la liberalidad del Gran Luis, yde la virtuosa emulación de los literatos, de suerte que empezaron àflorecer, ydescollar vn Malherbe, dos Comelios, Balzac, Voiture, Moliere, Racine, Vaugelàs, Menage, Regnier, Boileau, Flechier, Bourdaloué, yotros muchos Oradores, y Poetas de gran nombre, yfama; pues los vnos traduciendo con acierto los mas celebrados originales Griegos, yLatinos, ylos otros imitando en sus escritos aquellos antiguos admirables modelos, enriquecieron la República Literaria, y ennoblecieron su patrio idioma. 56 Manuel Bruña Cuevas Triviño envisage même la possibilité que, comme conséquence de ce labeur immense, le français mérite d’être considéré comme supérieur àtoute autre langue vivante ou classique. Il n’ose cependant pas assumer pleinement cette revendication; il la met seulement dans la bouche d’une troisième personne, Loredano, et finit par la trouver plutôt exagérée: ...Loredàno, quien no contento con lo referido, concluye diciendo, que se halla en los Libros Franceses un methodo sublime, una erudición no afectada, una eloquencia aguda, yuna invención admirable, de suerte que con esta Lengua sola, se goza aquello que apenas se halla en la Griega, Italiana, yLatina:y aunque se le puede notar su alabanza de algo hiperbólica, le disculpa el que era su intento exhortar àvn amigo suyo àque aprendiesse este idioma. Mais, en réalité, l’opinion de Triviño est beaucoup plus nuancée que ne pourraient le donner àentendre les citations que nous venons de faire. Au long d’une dizaine de pages -qui constituent un véritable traité d’histoire de la littérature-, le censeur s’efforce de montrer que de multiples facteurs exaltent ou rabaissent les langues selon les périodes historiques. En fait, selon lui, le français, dernier arrivé sur la scène des belles lettres - après donc l’espagnol, qui, àson tour, avait pris la relève de l’italien en ce qui concerne l’hégémonie littéraire n’a, de la sorte, fait que se mettre au même niveau que ses deux langues soeurs. L’impression finale qui se dégage de son texte est que le but de Triviño n’était autre que de relativiser la prépondérance du français de son temps sur les autres langues latines. Voici le texte qui précède le commentaire détaillé d’histoire littéraire dont nous avons parlé: Las tres lenguas mas cultivadas, y generales de Europa, que son la Ita¬ liana, Española, yFrancesa, no se consideran como originales, ô matrices, sino como Dialectos de la Latina, 6hijas suyas, pretendiendo cada vna de ellas la primogenitura, ypreferencia; pero como ninguno es buen Juez en Causa propria, y no hay Tribunal superior àque acudir para la decision de este litigio, dura, ydurará siempre la pretension de las partes interessadas, prevaleciendo mas vna que otra en diferentes edades, y ocasiones, según la favorecen el predominio de las armas, à el cultivo de las letras. Le dictionnaire de Torre yOcón contient aussi un autre texte d’approbation dû àAntonio de Goyeneche. Celui-ci n’adopte pas une position trop différente de celle de Triviño: il montre une attitude réconciliante cherchant àrendre équivalents les mérites du français et ceux de l’espagnol: ...se vè oy en Francia tanto ardor de aprender la Langua Española, como, en España la ay de aprender la Francesa, sin entrarnos aora en la dispu L’universalité dufrançais dans les dictionnaires bilingues français-espagnol 57 ta de quai Idioma explica mejor sus conceptos por las vozes; àcada Nación le parece mejor su Lengua; porque tiene hecho el paladar de su oído àla Música de las vozes nativas. Un changement important, et par rapport aux dictionnaires publiés en France, et par rapport àceux publiés en Espagne, aura lieu avec l’arrivée du XIXo siècle, plus précisément avec la parution du dictionnaire d’ Antonio de Capmany (1805), présenté par son auteur comme “testimonio de mi zelo nacional, yde mi amor ála lengua pátria”. Cette déclaration laisse déjà entrevoir son attitude envers le français. Les dictionnaires publiés en Espagne au XVIIIo siècle soit se taisaient en ce qui concerne l’hégémonie de la langue française, soit, tout en l’admettant, s’efforçaient de la relativiser (Torre yOcón, comme nous venons de le voir). Capmany ira plus loin. Non seulement il ne fait pas dans son ouvrage mention ouverte de l’hégémonie du français, mais il se caractérise, bien au contraire, par une défense farouche de la supériorité de l’espagnol sur la langue française. Il commence par attaquer les Espagnols qui dénigrent leur propre langue en la considérant comme étant plus pauvre que la française 2: Los mas desafectos ánuestra lengua, hallan, según dicen, mas exâcta y copiosa la francesa para las materias filosóficas ycientíficas, en cuya traducción tocan la esterilidad de la castellana. Estos españoles bastardos confunden, en primer lugar la esterilidad de su cabeza con la de su lengua, sentenciando que no hay tal ótal voz, porque no la hallan. ¿Y cómo la han de hallar, si no la buscan, ni la saben buscar? Y dónde la han de buscar, si no leen nuestros libros? Y cómo los han de leer, si los desprecian? Yno teniendo hecho caudal de su inagotable tesorc, cómo han de tener ámano las voces de que necesitan? (Prologue, pp. XIV XV) Et Capmany de renchérir sur cette question: la langue française fait piètre figure comparée àl’espagnole, beaucoup plus riche en vocables; en fait, s’il ne veut pas entreprendre l’élaboration d’un dictionnaire espagnol-français (le sien n’est bilingue 2. Son attitude s’oppose ainsi, radicalement, àcelle d’ Herrero (1744), qui, dans le prologue de son dictionnaire, déclarait: „Pero no siendo possible dàr proprias, yajustados equi¬ valentes àtodas las voces, yexpressiones de un Idioma tan abundante, como el Francés, en el que hai muchas dicciones, (especialmente las que significan acción) que no los tienen en Castellano, he juzgado indispensable el definirlas, para que instruido el Lec¬ tor de la intención, yfin de los que las instituyeron, no se le oculte su genuina inteligen¬ cia. “ 58 Manuel Bruña Cuevas que dans le sens français-espagnol), c’est dû àl’impossibilité de trouver une correspondance française pour un huitième des voix espagnoles. Voici comment il l’exprime dans son prologue; après avoir raconté comment il avait résolu la traduction en espagnol de quelques termes typiquement français qu’on lui avait présentés pour lui montrer les finesses de la langue française, l’auteur nous dit: Díganme estos caballeros, si yo quisiera dar el desquite ánuestra lengua haciéndoles iguales preguntas para hallar la correspondencia álas voces castellanas que no hallan compañeras en la francesa; ¿qué mísero papel haría ésta, quando hubiese de sacar ála plaza sus galas y sus trapos, á vista de las alhajas, tesoros, ydixes preciosos de la española? [...] Esta riqueza ysuperabundancia me ha retraido yacobardado, aun cuando me sobrasen el tiempo y la paciencia, para emprender la prolixa y penosísima obra de un Diccionario Español Francés, porque conozco que la octava parte de los artículos habrían de quedar en blanco, óde muy mal color. (P. XVI) Tranchant, comme on le voit, avec la tradition des dictionnaires publiés en Espagne, l’oeuvre de Capmany aura aussi une importante répercussion en ce qui concerne le ton général des prologues des dictionnaires parus en France. Núñez de Taboada publie le sien àParis en 1812. Son but avoué est d’améliorer le dictionnaire de Capmany par quelques retouches et de le compléter avec la partie espagnol-français. La première édition de l’ouvrage s’ouvre par une traduction du prologue rédigé par Capmany pour son dictionnaire; fait important, car cela implique que les idées de ce dernier sur les langues espagnole et française vont atteindre maintenant un public francophone. Il n’est pas étonnant qu’elles n’aient pas plu en France, ce qui peut expliquer la disparition de cette traduction dans les éditions postérieures. Elle est remplacée par un “Avis des éditeurs” qui, sans la moindre revendication d’universalité pour le français, adopte, de plus, une attitude nettement défensive face aux prétentions de supériorité faites par Capmany en faveur de l’espagnol. Voici quelques lignes de cet “Avis” tel qu’il apparaît dans la troisième édition (1826): En comparant la grosseur de la partie espagnole-française avec celle de la partie française-espagnole \on pensera peut-être au premier coup d’oeil que l’une est moins complète que l’autre, ou que la langue française est pauvre et misérable, ainsi que l’assure Capmany. “Votre vocabulaire est moins volumineux, donc votre langue est moins riche.” Que répondre àcet argument? rien, si ce n’est qu’on ne doit pas examiner 3. Dès la première édition de 1812, le tome espagnol-français contient deux fois plus de pages que le tome français-espagnol.