Full text
L’acquisition de la compétence sociolinguistique à travers les illustrations : analyse critique d’une méthode de français pour l’hôtellerie et la restauration Synergies Espagne n° 15 - 2022 p. 133-149 133 Reçu le 18-10-2021 / Évalué le 04-11-2021 / Accepté le 27-12-2021 Résumé Un enjeu majeur dans la didactique des langues étrangères est l’enseignement de la compétence communicative. Le Cadre européen met en valeur l’adéquation sociolinguistique aux caractéristiques et aux besoins de l’apprenant qui doit jouer le rôle de médiateur. L’étude du traitement de la composante sociolinguistique à travers les illustrations dans une méthode de français de l’hôtellerie pour faux-débutants (A2) entre dans cette problématique. En tant que support ludique, la vignette est appréciée par les apprenants car c’est un bon déclencheur pour mettre en pratique les connaissances acquises avec des activités diversifiées. L’analyse de ce cadre pratique permet de vérifier comment l’enseignement des aspects sociolinguistiques, à travers les dessins, réussit à sensibiliser les apprenants hispanophones aux différences interculturelles. Par ailleurs, cela les prépare à affronter des situations professionnelles réelles. Mots-clés : compétence sociolinguistique, interculturalité, médiation, français du tourisme La adquisición de la competencia sociolingüística a través de las ilustraciones: análisis crítico de un método de francés para la hostelería y la restauración Resumen Uno de los grandes retos a los que se enfrenta la didáctica de lenguas extranjeras es la enseñanza de la competencia comunicativa. El Marco europeo destaca la importancia de la adecuación sociolingüística a las características y necesidades del alumno que debe desempeñar el papel de mediador. El presente estudio aborda la problemática del tratamiento del componente sociolingüístico a través de las ilustraciones en un método de francés turístico destinado a principiantes (A2). Dado que se trata de un recurso lúdico, los alumnos aprecian la viñeta porque es un buen desencadenante para poner en práctica los conocimientos adquiridos con actividades diversificadas. El análisis de este marco práctico permite verificar cómo la enseñanza de los aspectos sociolingüísticos a través de las ilustraciones logra sensibilizar a los estudiantes hispanohablantes sobre las diferencias interculturales y, además, los prepara para hacer frente a situaciones profesionales reales en el contexto del turismo. Palabras clave: competencia sociolingüística, interculturalidad, mediación, francés turístico Adamantia Zerva Université de Séville, Espagne adamant[email protected] https://orcid.org/0000-0003-2883-7091 GERFLINT GERFLINT ISSN 1961-9359 ISSN en ligne 2260-6513
Synergies Espagne n° 15 - 2022 p. 133-149 The acquisition of sociolinguistic competence through illustrations: a critical analysis of a method of French for Tourism and Hospitality Abstract A major issue in the foreign languages learning is the teaching of communication skills. The CEFR highlights that the sociolinguistic adequacy should be adapted to the learner’s characteristics and needs as he is the one who must play the role of mediator. This study tackles the problem of the treatment of the sociolinguistic component through the comic strip in a textbook of French for tourism for beginners (A2). As a playful teaching resource, the comic strip is appreciated by the learners because it is a good trigger to put into practice the knowledge acquired by means of diversified activities. The analysis of this practical framework allows to verify how the teaching of sociolinguistic aspects through illustrations succeeds in raising Spanish-speaking learners’ awareness of intercultural differences and, moreover, it prepares them to face real professional situations in the field of tourism. Keywords: sociolinguistic competence, interculturality, mediation, French for Tourism and Hospitality Introduction L’enseignement d’une langue étrangère a pour objet l’acquisition de la compétence langagière nécessaire pour bien communiquer dans un contexte réel. Dans les cas où les locuteurs ne partagent pas la même culture, la connaissance des caractéristiques fondamentales de la culture étrangère est appréciée. Face à cette réalité qui fait de la communication interculturelle une nécessité, l’apprentissage d’une ou de plusieurs langues étrangères et de leur culture a été intégré en permanence aux programmes d’enseignement réglementé de la plupart des pays développés. Magala (2005 : 28-38) réfléchit sur le processus d'apprentissage des langues et constate que la langue consiste en un code. Le concept de « code » n'est pas très défini ou précis, de la même manière qu'un langage ou tout autre code qui détermine le comportement social. Les individus adaptent leur comportement aux codes établis imposés par l'ensemble. Jusqu'au moment de déchiffrer ces codes sociaux, une personne ne peut pas interagir avec succès. L'auteur souligne que le processus d'apprentissage d'une langue est un exemple de rupture d'un code, d'une culture différente, et a ses difficultés (Magala, 2005 : 29). Nous pourrions soutenir que dans la conversation, les échanges langagiers se caractérisent par une négociation continue du sens. Dans les cas où les interlocuteurs ne partagent pas la même langue maternelle ou culture, cette négociation est régie par différents principes et il est nécessaire d’avoir des connaissances de la langue et de la culture de l’autre afin d’arriver à un accord. De même, Miller et Steinberg (1975 : 134
L’ acquisition de la compétence sociolinguistique à travers les illustrations 18) soulignent que, lorsque les gens communiquent, ils font des prédictions sur l'effet ou la réaction de leur acte de communication. Il existe un large spectre de réponses possibles de la part de la personne qui reçoit le message et l'expéditeur peut appliquer diverses stratégies. Selon les mêmes auteurs, les personnes qui ont la même culture ont tendance à se comporter de la même manière en raison de normes et principes socioculturels partagés, et cette régularité permet de faire des prédictions sur les attitudes possibles. D'ailleurs, nous pourrions affirmer que la culture joue un rôle de modérateur des relations interpersonnelles, car elle exerce une influence décisive sur notre façon d'agir et, de plus, sur les attentes vis-à-vis des autres. Kroeber et Cluckhoholm (1952 : 307-308) corroborent cette affirmation et concluent que l'individu est rarement émotionnellement neutre par rapport aux aspects culturels qui le touchent directement, car les modèles de culture sont ressentis, respectés émotionnellement ou rejetés. Au moment où un apprenant d'une langue étrangère a réussi à reconnaître le contexte situationnel et à adapter son comportement et son discours aux modèles socioculturels établis, nous pouvons considérer qu'il a déchiffré le code d'une culture et qu'il possède la compétence sociolinguistique nécessaire pour s'en sortir de façon adéquate. Cette étude vise à aborder l’apport des illustrations, en tant que ressource pédagogique, au développement de la compétence sociolinguistique dans une méthode de français de l’hôtellerie et de la restauration pour faux débutants (A2). En premier lieu, nous ferons référence au rôle prépondérant que joue la culture dans le processus de l’enseignement/apprentissage d’une langue étrangère. En second lieu, nous présenterons la méthodologie mise en œuvre dans un cas pratique appartenant au contexte du tourisme et, finalement, nous mettrons en valeur les aspects les plus notables de l’emploi des illustrations pour l’enseignement du français de l’hôtellerie et de la restauration. Aspects théoriques : regards croisés sur la langue et la culture La langue est régie par des normes grammaticales et socioculturelles fixées par ses locuteurs. L’approche communicative dans l’enseignement des langues étrangères vise à préparer les apprenants à communiquer dans un contexte réel. Nous partons d’un principe général : le langage se manifeste de manière variable puisque la variabilité est inhérente au comportement humain. Ce principe suppose que les locuteurs aient recours à des éléments linguistiques variés pour communiquer des messages similaires. 135
Synergies Espagne n° 15 - 2022 p. 133-149 Avec les changements de mode de vie, la communication interpersonnelle s’est implantée dans un monde de plus en plus diversifié et pluriculturel. Les progrès technologiques permettent le contact entre différents groupes de personnes et, par conséquent, les échanges culturels sont très fréquents. Compte tenu de ce cadre social, l’enseignement d’une langue étrangère se caractérise par une corrélation entre l’apprentissage qui se déroule dans un cours de langue et ce qui est appris lorsqu’un individu est en contact avec la réalité sociolinguistique d’une communauté langagière. Dès le début du XXe siècle, les chercheurs en langues ont commencé à prendre conscience de la fonction de la langue en contexte, ce que l’on appelle aujourd’hui la sociolinguistique. À travers les trois dimensions du langage -forme, fonction et sens - les gens parviennent à communiquer entre eux. Mais la linguistique est allée plus loin et a précisé que le sens varie selon le contexte. Il s’agit de la « dimension pragmatique » du langage (Kerbrat-Orecchioni, 1996 : 32). Les mots synonymes n’ont donc pas toujours la même signification. La pragmatique est, par ailleurs, étroitement liée à la signification que les mots acquièrent dans le contexte de communication dans lequel une interaction se produit. Par conséquent, le sens pragmatique des énoncés démontre que le langage est caractérisé par un haut degré de relativité. Il est rare que l’on puisse parler d’une imperméabilité absolue car le langage est créé par l’homme : c’est une commodité sociale et, donc, il dépend des interprétations des membres de chaque communauté. En ce qui concerne l’enseignement du français sur objectifs spécifiques, le dessin avec des bulles est un outil très employé. L’analyse des illustrations apporte une perspective différente de la lecture. À travers les images et les messages écrits dans les bulles, l’objectif est d’arriver au second niveau de lecture, qui demande la compréhension du message implicite (Rodriguez, 1988 : 97). Bien qu’il y ait des stratégies à suivre par rapport à l’analyse stylistique des textes illustrés, la langue employée ne peut pas être classée dans une des catégories des genres de langue écrite. Pourtant, les étudiants doivent créer des cadres pour situer la communication et déchiffrer le message implicite en fonction du contexte spécifique. D’un point de vue contextuel, Givón et Dickinson (1997 : 93) soulignent que la communication humaine est basée sur les hypothèses partagées par les locuteurs d’une langue et se divise en trois types : 136
L’ acquisition de la compétence sociolinguistique à travers les illustrations a. Une vision du monde commune, qui se manifeste principalement par des concepts lexicaux ; b. Un modèle de langage commun ; c. Un modèle commun de principes discursifs. Nous pensons qu’une approche interculturelle doit commencer par une réflexion sur l’identité propre. Nous ne pouvons vraiment expliquer et comprendre l’étranger que dans la mesure où nous parvenons à analyser et à prendre conscience de nos habitudes culturelles. Cependant, nous ne devons pas oublier que notre identité suivra toujours un processus continu de redéfinition et d’évolution. Les éléments issus d’autres cultures et l’influence qu’ils exercent sont des facteurs décisifs de ce changement. L’histoire nous a montré que les civilisations qui vivaient isolément n’ont pas pu survivre au-delà d’un temps limité. En revanche, les cultures qui ont été en contact et qui se sont adaptées aux changements d’époque ont eu une trajectoire plus durable. La pragmatique contrastive ou interculturelle est une sous-discipline très récente. Cela ne signifie pas que des considérations contrastées sur les phénomènes de nature pragmatique n’aient pas toujours été présentes chez l’homme mais que les scientifiques ne s’y intéressent que depuis peu. Comme nous le savons déjà, la langue et la culture sont interdépendantes, ce qui se manifeste à différents niveaux. D’une part, la langue est un reflet de la culture, tandis que, d’autre part, la langue fait partie de la culture. Selon Byram et Risager (1999 : 23) « l’enseignement des langues comprend trois domaines étroitement liés : l’utilisation de la langue, la conscience de la nature de la langue et la compréhension de la culture étrangère et propre. Chaque aspect fait partie intégrante de la formation de l’étudiant en langue ». Ainsi le lien entre langue et culture est clairement révélé dans la compétence sociolinguistique qui « porte sur la connaissance et les habiletés exigées pour faire fonctionner la langue dans sa dimension sociétale » (CECR, 2018 : 143). Sur ce point, il conviendrait de définir le terme « culture » en mettant en évidence la complexité qui caractérise ses diverses composantes, car la culture d’une personne est formée par tout ce qui l’entoure. De cette façon, les mots acquièrent leur sens dans le contexte et non dans les définitions offertes par les dictionnaires, comme cela se produit avec les gestes. La culture leur donne leur sens, car elle est créatrice de concepts (créatrice de sens). C’est pourquoi Wallerstein (2000 : 28) évoque qu'il est nécessaire de connaître les cultures de la même manière que nous apprenons leurs langues, c'est-à-dire en apprenant à participer aux interactions de la vie quotidienne. Galisson (1991 : 117) effectue une distinction entre la culture « cultivée » (les savoirs encyclopédiques) et la culture « partagée » (le savoir-vivre transmis par un groupe social qui partage la même langue) et défend l'idée que les 137
Synergies Espagne n° 15 - 2022 p. 133-149 apprenants d’une langue doivent acquérir ces deux cultures en classe. En outre, les éléments qui constituent cette connaissance sont en constante évolution, car, comme l’affirme Clairis (1996 : 75), il n’y a pas de système dans le domaine des sciences humaines qui reste statique en diachronie. Le changement des aspects culturels modifie les façons de communiquer et vice-versa. C’est pourquoi il est nécessaire d’étudier et aussi d’enseigner les langues étrangères en synchronie dynamique (Martinet, 1989). Pour y parvenir, il est indispensable de favoriser la rencontre avec d’autres cultures en tenant compte du fait que chaque apprenant réagit d’une façon différente à l’altérité et que l’acquisition de la compétence sociolinguistique demande un effort et une évolution de l’attitude. Mais, à la fin du processus, l’apprenant parvient à disposer de la compétence interculturelle nécessaire. Kramsch (1998 : 91-93) fait référence à certains paramètres qui contribuent au développement de la compétence interculturelle. Il s’agit d’une compétence au service de l’individu pour adapter sa conscience à chaque situation de communication en fonction de la société et du contexte dans lequel il se trouve. Pour développer ce rôle, il est nécessaire d’agir en tant que médiateur entre la langue-culture propre et la langue-culture cible. Il soutient que lorsqu’une langue étrangère est apprise, une nouvelle vision du monde l’est également et cette connaissance enrichit la personne. De cette manière, le développement simultané du multilinguisme et de l’interculturalité devient un processus naturel favorisé par l’activité d’enseignement. Ainsi, l’apprenant est capable de développer ses compétences linguistiques et sociolinguistiques en atteignant une conscience interculturelle qui lui permettra de se comporter de manière appropriée en dehors de la classe dans différents environnements culturels. Si l’intention est de développer une conscience interculturelle qui aide l’apprenant à aborder la culture cible sans préjugés, le simple contact avec les référents culturels de la langue étrangère ne suffit pas ; ceux-ci doivent être présentés de manière à favoriser la réflexion interculturelle. Cette dimension sociale du langage rend les messages transmis plus complexes, avec de multiples interprétations selon le sens implicite et explicite d’une déclaration. Par conséquent, il est jugé nécessaire d’étudier le langage en tant qu’interaction, en analysant les éléments qui le composent dans son ensemble sans discerner les aspects syntaxiques et discursifs, en partant du principe qu’ils sont étroitement liés. Dans la didactique des langues, l’attention portée aux aspects liés à la langue utilisée a servi de base à des propositions d’approches communicatives. Mills (1973 : 339-340) corrobore cette idée en soulignant que le langage exprime des concepts qui sont créés et acceptés par une communauté. La réflexion individuelle 138
L’ acquisition de la compétence sociolinguistique à travers les illustrations est basée sur la logique conventionnelle établie par les membres d’une société. Lorsqu’un locuteur s’exprime en utilisant sa langue maternelle, des mécanismes sont activés qui diffèrent de ceux qui s’activent lorsqu’il utilise une langue étrangère. Pour cette raison, les stratégies utilisées par les locuteurs natifs français ont tendance à être différentes de celles des locuteurs d’origine espagnole. Varonis et Gass (1985) ont étudié les stratégies qui sont mises en œuvre pour négocier le sens dans trois types de conversations : entre locuteurs natifs (LN/LN), entre natifs et non-natifs (LN/LNN) et entre non-natifs (LNN/LNN). Ils sont arrivés à la conclusion (Varonis, Gas, 1985 : 71) selon laquelle les échanges conversationnels entre locuteurs non natifs offrent de plus grandes possibilités que les autres du point de vue de la négociation du sens. À cet égard, il est important de noter qu’il ne suffit pas de connaître simplement le sens des mots. Il faut être conscient du fait que celui-ci est sujet à des variations en fonction de plusieurs facteurs. L’apprenant d’une langue étrangère doit comprendre principalement que sa manière de voir le monde n’est pas la seule. Par conséquent, les différences linguistiques reflètent l’existence de différences culturelles qui influencent les relations interpersonnelles. C’est dans ce fait que réside l’importance de l’enseignement de la culture et de la pragmatique en cours de français en tant que langue étrangère. Comme indiqué précédemment, une erreur linguistique peut être tolérée et peut ou non gêner la communication. Cependant, une mauvaise utilisation de la langue qui cause un malentendu culturel est une question plus complexe. Par conséquent, lorsqu’une personne s’exprime dans une langue autre que sa langue maternelle, il est nécessaire de s’adapter aux formes de la culture respective. L’exploitation des illustrations dans l’enseignement du FOS : un cas pratique Notre propos est d’effectuer une analyse critique de la méthode de FOS intitulé « Hôtellerie-restauration.com » (Corbeau et al., 2013) afin de découvrir la manière dont les illustrations sont introduites dans le processus d’enseignement. Il s’agit d’une méthode de français de l’hôtellerie et de la restauration pour faux-débutants qui a pour objectif d’amener les apprenants à communiquer en français dans des situations courantes dans le contexte du tourisme. Elle comprend six unités thématiques basées sur l’organisation demandée pour gérer un hôtel-restaurant (durée prévue : 120 heures). Le contenu de chaque unité didactique invite les étudiants à repérer les aspects linguistiques et sociolinguistiques liés à la gestion d’un hôtel-restaurant à travers des documents écrits et oraux. Au niveau conceptuel, ce qui est enseigné est la 139
Synergies Espagne n° 15 - 2022 p. 133-149 réservation d’une chambre/une table, l’accueil d’un client et la prise de congé ainsi que toutes les compétences linguistiques liées à ces actions communicatives. Au niveau des aptitudes, il s’agit d’acquérir des compétences grammaticales, lexicales et stylistiques liées au travail dans un hôtel-restaurant. Au niveau comportemental, une attitude de respect est enseignée afin de mettre l’accent sur les différences socioculturelles et de transmettre la compétence sociolinguistique et interculturelle qui permet à l’élève d’interagir en utilisant la langue française. À la fin de chaque unité, six illustrations représentent un scénario professionnel : Nicolas est un jeune étudiant en école hôtelière qui fait son stage à l’hôtel. L’histoire illustrée comprend six vignettes qui décrivent un contexte situationnel à la fois : la réservation, l’accueil, le service au restaurant et le départ. L’activité proposée aux apprenants consiste à corriger les erreurs du stagiaire. À côté des illustrations, sous le titre « Mode d’emploi », des consignes sont fournies pour mieux souligner les savoir-faire et les savoir-être exigés dans chaque situation communicative. Le modèle d’analyse stylistique que nous allons appliquer est plutôt qualitatif : Figure 1. Modèle méthodologique À titre d’exemple, nous présentons ci-dessous les illustrations qui apparaissent à la fin de la deuxième unité « Réservation » (Corbeau et al., 2013 : 30) : 140 Vignette nº1 : Dring (téléphone qui sonne plusieurs fois) Vignette nº2 : Allô (le réceptionniste répond finalement) Vignette nº3 : Bien, c´est pour qui ? Monsieur Castet ? D´accord, au revoir. Vignette nº4 : Mais, Nicolas, cette fiche est incomplète !!! Vignette nº5 : Bon, vous arriverez le 24, non le 25...Pour 3 nuits en chambre simple, ah non en chambre double... Vignette nº6 : Une chambre pour ce soir ? Ce n’est pas possible, c’est complet. Au revoir.
L’ acquisition de la compétence sociolinguistique à travers les illustrations Nous pouvons constater que le « Mode d’emploi » qui accompagne les illustrations aide les apprenants à corriger les erreurs commises par Nicolas en mettant l’accent sur sa compétence sociolinguistique et pragmatique. Au-delà des aspects linguistiques, une langue est un moyen de communication, et les hispanophones apprenant le français dans le contexte du tourisme doivent disposer d’une bonne compétence sociolinguistique. Les dessins font le point d’une façon claire et agréable en invitant les apprenants à repérer les aspects sociolinguistiques suivants dans un contexte communicatif : 1. Employer les formules d’appel et de salutations adéquates ; 2. Poser des questions pour bien remplir la fiche de réservation ; 3. Récapituler la réservation ; 4. Prendre congé. Comme l’indique Kerbrat-Orecchioni (1996 : 90), les règles régissant les interactions et les formes de politesse présentent des différences importantes entre les cultures. D’ailleurs, les étudiants espagnols doivent adapter la langue mais aussi les formes aux exigences du contexte. En premier lieu, les étudiants décrivent et commentent oralement les illustrations. Puis, ils identifient les erreurs de Nicolas et, en faisant une comparaison entre les culture espagnole et française, ils proposent un comportement professionnel approprié. À la maison, ils préparent une correction détaillée des aspects sociolinguistiques des dessins par écrit pour la rendre au professeur. D’après le CECR (2018 : 162), l’adéquation sociolinguistique comporte une échelle dont les notions clés sont les suivantes : - la façon d’exprimer les registres et de passer de l’un à l’autre ; - la capacité à exprimer des salutations, à se présenter et à prendre congé ; - la capacité à signer de façon adéquate selon le statut social des référents et/ou des interlocuteurs ; 141 Mode d’emploi : • Décrocher le téléphone avant la troisième sonnerie. • Être disponible et accueillant. • Énoncer un message d’accueil en souriant. Se présenter. • Poser des questions pour mieux servir le client. • Remplir complètement la fiche de réservation. • Récapituler clairement la réservation du client avant de raccrocher. • Trouver une solution de remplacement si l’on ne peut pas satisfaire le client. Figure 2. Scénario professionnel (Corbeau et al., 2013 : 30)
Synergies Espagne n° 15 - 2022 p. 133-149 construire une nouvelle réalité adaptée au contexte en appliquant leur compétence critique. Ils doivent servir de médiateurs entre les éléments visuels, langagiers ainsi que les stéréotypes pour arriver à l’objectif qui est de maîtriser la langue et de s’adapter à la situation de communication. Conclusion Actuellement, de nombreuses approches sont utilisées dans l’enseignement des langues en fonction des caractéristiques particulières des apprenants ainsi que du contexte éducatif. Sánchez (2009 : 11) souligne la faible variabilité des méthodes éducatives actuelles et déclare que « ce qui change, c’est plutôt leur formulation, adaptée à l’époque. Changer la façon d’apprendre et d’enseigner demande beaucoup d’efforts et de temps. Les gens ne changent pas aussi vite qu’on pourrait le penser ». Cependant, il est indiscutable de penser que la prise de conscience a été accrue quant à l’importance d’influencer les fonctions de communication de la langue pendant les cours. Richards et Rodgers (1998 : 171) affirment qu’il vaut mieux considérer l’enseignement communicatif comme une approche que comme une méthode car il se réfère à un ensemble de principes reflétant une vision communicative de la langue et pouvant être utilisés pour soutenir une grande partie des procédures de travail en cours. Il ne faut pas oublier que l’objectif principal d’un programme d’enseignement des langues étrangères axé sur la communication devrait être de fournir aux étudiants les informations et les pratiques nécessaires pour répondre à leurs besoins de communication linguistique. À cet égard, les illustrations constituent un moyen d’enseignement très riche et direct pour mettre en pratique les compétences sociolinguistiques en contexte réel. Les textes dialogués, tels que nous les trouvons dans les dessins avec des bulles, constituent une ressource très utile pour que les apprenants aient un exemple de la langue parlée et soient motivés pour interagir dans des situations réelles. Étant donné le risque de présenter une langue trop codée, réduite à des phrases et des formules qui n’encouragent pas la créativité de l’apprenant, les illustrations fournissent un large éventail de formes courantes mises en situation qui permettent de les utiliser et de les adapter à chaque contexte de communication. Bibliographie Benveniste, É. 1971. Problemas de lingüística general. Traducción de Juan Almela. México : Siglo Veintiuno. Byram, M., Risager, K. 1999. Language Teachers, Politics and Cultures. Clevedon : Multilingual Matters. 148
L’ acquisition de la compétence sociolinguistique à travers les illustrations Clairis, C. 1996. «El funcionamiento lingüístico». Onomázein, nº 1, p. 71-80. Conseil de l’Europe. 2018. Cadre européen commun de référence pour les langues : apprendre, enseigner, évaluer. Volume Complémentaire avec de Nouveaux Descripteurs. [En ligne] : https:// rm.coe.int/cecr-volume-complementaire-avec-de-nouveaux-descripteurs/16807875d5 [consulté le 9 février 2020]. Corbeau, S. et al. 2013. Hôtellerie-restauration.com. Paris : Clé International (2e édition). Díaz-Corralejo Conde, J. 2015. « Théorie et pratique de la compétence pragmatique : pour un meilleur apprentissage de la compétence communicative langagière ». Synergies Espagne, nº 8, p. 135-147. [En ligne] : https://gerflint.fr/Base/Espagne8/diaz_corralejo.pdf [consulté le 01 octobre 2021]. Galisson, R. 1991. De la langue à la culture par les mots. Paris : CLE International. Givón, T., Dickinson, C. 1997. Memory and conversation toward an experimental paradigm. In: Conversation: Cognitive, Communicate and Social Perspectives, Philadelphia: John Benjaming Publishing Company, p. 91-132. Kerbrat-Orecchioni, C. 1996. La conversation. Paris: Seuil. Kerbrat-Orecchioni, C. 2008. Les actes de langage dans le discours : théorie et fonctionnement. Paris : Nathan. Kramsch, C. 1998. Language and Culture. Oxford: Oxford University Press. Kroeber, A. L., Kluckhohn, C. 1952: Culture: a Critical Review of Concepts and Definition. New York: Vintage. Magala, S. 2005. Cross-cultural Competence. London: Routledge. Martinet, A. 1989. Fonction et dynamique des langues. Paris : A. Colin. Matte Bon, F. 1992. Gramática comunicativa del español. Madrid: Difusión. Miller, G., Steinberg, M. 1975. Between People. Chicago: Science research Associates. Mills, C. W. 1973. Poder, política, pueblo. México: Fondo de Cultura Económica. Richards, J. C., Rodgers, T. S. 1998. Enfoques y métodos en la enseñanza de idiomas. Traducción española de José M. Castrillo y María Condor. Cambridge: Cambridge University Press. Rodríguez Diéguez, J.L. 1988. El comic y su utilización didáctica : los tebeos en la enseñanza, Barcelona : Editorial Gustavo Gili. Sánchez Pérez, A. 2009. La enseñanza de idiomas en los últimos años: métodos y enfoques. Madrid : SGEL. Varonis, E. M., Gas, S. 1985. « Non-native/non-native conversations: a model for negotiation of meaning », Applied Linguistics, 6(1), p. 71-90. Vygotsky, L. S.1978. Mind in society: the development of higher psychological processes. Cambridge: Harvard University Press. Wallerstein, I. 2000. The Essential Wallerstein. New York: New Press. Note 1. En la enseñanza de las lenguas hay tres áreas entrelazadas: el uso de la lengua, la conciencia de la naturaleza de la lengua y el entendimiento de la cultura extranjera y la propia. Cada una de ellas forma parte integral en la formación del estudiante de lenguas (Byram, Risager, 1999: 23). 149 © Revue du Gerflint (France) - Éléments sous droits d’auteur - Modalités de lecture consultables sur le site de l'éditeur www.gerflint.fr