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Courtes explications sur les 12.000 francs offerts par M\pme\s la Duchesse de Berry aux indigens attaqués de la contagion

Chateaubriand, François-René , vicomte de (1768-1848)

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LIBRAIRIE LE NORMANT. Jtom* paraîtra rn \ 832» CORRESPONDANCE DIPLOMATIQUE DE SALVIATI, KOKCK APOSTOLIQUE PRÈS LA COUR DE FRANCE, AVEC LE CARDINAL DE COMO, SECRÉTAIRE d’ÉTAT A ROME, PENDANT LES ANNÉES iSjO, l5y2, l5j3, Texte italien et traduction française ; PRÉCÉDÉ d’une NOTICE SUR LA SAINT-BARTHÉLEMI. PAR M. RE CHATEAUBRIAND. RE LA RESTAURATION ET DE LA MONARCHIE ELECTIVE, ou Réponse a l’interpellation de quelques Journaux, sur mon refus de servir le nouveau gouverne¬ ment; par M. de Chateaubriand. Prix ; i fr, 5o c. $ow yvesM) pour paraître m\$ quelques jouro. LE MISANTROPE DU MARAIS, ou Ertfest et Gustave; x vol. in-8”; par Alexandre Duval,de l’Académie française. TABLEAU DE LA LITTÉRATURE AU DIX HUITIEME SIÈCLE; par !YI. de Baiante; 1 voh ih-8°, 5 e édition. EXTSAIT DU CATALOGUE. PHILOLOGIE FRANÇAISE, ou Dictionnaire Etymolo¬ gique, Critique, Historique, Anecdotique, Littéraire, con¬ tenant un choix d’Archaïsincs, de Néologismes, d’Euphémismes, d’expressions figurées ou poétiques, de tours har¬ dis, d’heureuses alliances de mots , de solutions grammati¬ cales; etc. , poui' servit h l’histoire de la langue française. Par M. Fr. Noël, et M. L. J. Carpentier. Deux forts vol. in-8° ; petit texte et nompareillc h deux colonn. Prix. 21 T. PRÉCIS DE LA GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, ou Description de. toutes les pautxes du monde, sur un plan nouveau , d’après les grandes divisions naturelles du globe; précédé de l’Histoire de la Géographie chez les peuples anciens et modei'nes, d’une Théorie générale de la Géo¬ graphie mathématique, physique et politique , et accompa¬ gné de cartes, tableaux analytiques, synoptiques et élémen¬ taires , et d’une Table alphabétique des noms de liciix , de moutagues, de fleuves, etc., etc.; par Malte-Brun. Nou¬ velle édition revue, corrigée et augmentée; mise dans un nouvel ordre, et enrichie de toutes les nouvelles décou¬ vertes, par M. J.-J.-N. Huot, membre de plusieurs sociétés savantes, nationales et étrangères, continuateur de cet ou¬ vrage, et l’un dés collaborateurs de l’Encj'clopédie métho¬ dique et de l’Encyclopédie moderne, etc., etc. Le Précis de la Géographie universelle formera 10 gros vol. in-8° de 700 pages environ chacun; il sera accompagné d’un atlas grand in-fol. , composé de 70 cartes, dont un certain nombre sur grand format double : ces cartes, imprimées sur très-beau papier, sont très-bien gravées et coloriées avec le plus grand soin. Les deux premières livraisons, composées des volumes i e r et 3 e de texte et de quatorze cartes anciennes et modernes, sont en vente. Les autres livraisons composées également d’un volume et de six ou huit cartes, paraîtront très-régulièrement tous les deux mois. Le prix de chaque livraison est fixé, pour les souscripteurs à . .. 12 fr. A la misé en vente du 3 e volume, chaque livraison publiée sera augmentée de 2 fr. pour ceux qui n’auront pas souscrit. Trente exemplaires seulement sont tirés sur très-beau papier ca¬ valier vélin satiné. Prix de chaque livraison. .... 20 fr. A. B. Il reste encore un pelit nombre d’exemplaires lies vo¬ lumes IV, V, VI, VII, des précédentes éditions du Précis de la Géographie universelle en 8 .vol. Les anciens souscripteurs qui dé¬ sireront compléter cet important ouvrage, peuvent acquérir chacun de ces volumes à raison de 10 fr. , broché. Conditions de la souscription : — Le volume VIII et dernier contient l’Espagne et le Por¬ tugal, la France, l’Angleterre, l’Ecosse et l’Irlande, la Suède, la Norwcgc, le Danemark, le royaume des PaysBas, et la Table générale des huit volumes. Gros volume in-8° de 1000 pages, avec un grand nombre de tableaux. Prix, broché, séparément . 1 2 fr. Idem y avec les cinq cartes complémentaires de l’atlas de cartes. . i 5 fr. VOYAGES HISTORIQUES ET LITTÉRAIRES EN ITA¬ LIE, pendant les années 1826, 1827, 1828, ou l’Indicateur italien, par M. Valéry, 2 vol. in-8°.i4 fr* HISTOIRE CONSTITUTIONNELLE ET ADMINISTRA¬ TIVE DE LA FRANCE, depuis la mort de Philippc-Au- . guste ; par M. Capefigue. Première époque : de Louis vin à la fin du règne de Louis xi, 1223 — i 4 8 5. Cette première époque formera 4 vol. in-8° et sera publiée en deux livraisons, composée chacune de 2 volumes. Le prix de chaque livraison est fixé à 15 fr. pour Paris et 18 fr. pour les départemens. La première livraison est en vente. MESSÉNIENNES ET POÉSIES DIVERSES, NOUVELLE ÉDITION; par M. Casimir Delavigne. Deux vol. in-8°, très-bien imprimés par Pinard, et ornés de seize gravures en taille-douce, imprimées sur papier de Chine. Prix 30 fr. pour Paris, et 55 fr. franc de port pour les départemens. Edition classique à Vusage de l’Université. MESSÉNIENNES ET POÉSIES DIVERSES, par M. Ca¬ simir Delavigne ; précédées d’une Dissertation sur l’E¬ légie ancienne , et d’une notice sur la Fie et les Ouvrages de Callinus et de Tyrtée , par M. Baron. Un vol. in-8°, très-bien imprimé. Prix 10 fr. pour Paris, et 12 fr. franc de port pour les départemens. Messieurs les maîtres de pension et instituteurs jouiront d’une remise proportionnée au nombre d’exemplaires qu’ils pourront de¬ mander. HISTOIRE DE PHILIPPE-AUGUSTE ; par M. Capefigue, ouvrage couronné par l’Institut. 4 vol. in-8° , 2 e édit. 3ofr. HISTOIRE DES DUCS DE BRETAGNE; par M. de Roujoux, préfet, ancien élève de l’Ecole Polytechnique. 4 vol. in-8°.3o fr» COURTES EXPLICATIONS SUR LES 12,000 FRANCS OFFERTS PAR MADAME LA DUCHESSE DE BERRY AUX INDIGENS ATTAQUÉS DE LA CONTAGION. IMPRIMERIE LE RORMART, RUE DE SEIKE, R° 8. Courtes Explication* SUR LES 12,000 FRANCS OFFERTS PAR M MF LA DUCHESSE DE BERRY AUX INDIGENS ATTAQUÉS DE LA CONTAGION. PAR M. DE CHATEAUBRIAND. PARIS. LE NORMANT, ÉDITEUR, RUE DE SEINE, N° 8. 1852. ‘ AVIS Je n ai point parlé, dans l’écrit qu on va lire, des bons petits contes pour rire, publiés par quelques journaux, d’une veuve d’un combattant de juillet, qu’un maire aurait présentée à mon secrétaire, en lui demandant pour elle les i ,000 fr. de la veuve du duc de Berry : j’attends toujours cette veuve, rue d’Enfer, n° 84, 011 je suis prêt à lui offrir sa part du don de la bienfaitrice, etc., etc. On a fait faire et dire à des maires ce que ces maires n’ont ni fait ni dit. On pourra remarquer que je ne suis pas les mêmes U On m’a fait la partie belle. On m’a ou¬ vert un vaste champ de controverse poli¬ tique : je ne le parcourrai pas tout entier. Cependant il est des choses qui m’obligent à une réponse, car il ne s’agit pas de moi seul : une auguste princesse ne m’aura pas fait en vain l’honneur de m’accorder sa confiance. Je descends donc au champ clos où l’on m’appelle. Si, proscrite et exilée, la légitimité rompt son ban pour nous aider à soulager nos mi¬ sères, c’est qu’elle obéit à sa nature : elle a dans les veines le sang de saint Louis, de ce roi qui faisait œuvre de miséricorde en heberjant, en paissant, en abevtant , en vestant, en visitant , en confortant, en ai¬ dant par le service de sa propre personne , et en soustcnant les pouces et les malades, en rachetant les chétifs prisonniers, en en¬ sevelissant les morz , et en les aidant touz vertueusement et plenteureusement. Il n’estdonc au pouvoir de personne d’in¬ terdire la bienfaisance à une race à qui la France doit ses lois, ses libertés, sa civili- 15 salion , ses arts, ses monumens, ses mai¬ sons d’éducation , et surtout ses hôpitaux et ses hospices : tant que l’arbre n’est pas abattu, nul ne peut l’empêcher de porter son fruit. La France serait-elle devenue si haineuse et si sauvage, qu’un acte d’huma¬ nité la révoltât, elle qui savait jadis admi¬ rer la vertu même dans un ennemi? Que penserait l’Europe de la solidité d’un gou¬ vernement qui tremblerait devant l’aumône d’une femme, et pour qui un acte de cha¬ rité se transformerait en une conspiration? Et qu’a-t-on fait à cette femme qui s’avise de penser à nos douleurs? On ne l’a que bannie, dépouillée, proscrite, bien qu’in¬ nocente des ordonnances; on n’a enlevé que la couronne à son fils, en le condam¬ nant, à l’agc de dix ans, à errer orphelin sur la terre. Et celte ingrate veuve, si bien traitée par le poignard de Louvel cl la quasi-légitimité, a l’audace d’envoyer, du fond de son exil, 12,000 francs à des Fran¬ çais attaqués d’une maladie cruelle ! elle ose se proposer de donner un peu de pain 46 et quelques couvertures de laine à de pau¬ vres mères qui n’ont pour couvrir leur nudite' que le sein e'galement nu de leurs enfans affamés ! Qui ne se sentirait saisi d’indigna¬ tion à un tel crime? Toute la population de Paris ne va-t-elle pas se lever dans le mouvement d’un noble dédain, mêlé d’une vertueuse colère, et se barricader de nou¬ veau contre une lettre de change payable à vue aux pauvres?Et moi, ministre respon¬ sable, qui ai contre-signé cette ordonnance inconstitutionnelle, vite qu’on me loge à Yincennes, et que mon procès me soit fait et parfait. Mais l’acte de bienfaisance de madame la duchesse de Berry ne devait-il pas être secret? L’ostentation du bienfait n’en tra¬ hit-elle pas le but caché? Si l’acte eût été secret, on eût dit à l’instant que la mère du duc de Bordeaux faisait répandre de l’argent parmi les cho¬ lériques pour exciter dans les hôpitaux une insurrection d’agonisans, pour marcher à l’assaut des Tuileries, linceul déployé, 17 sous la protection de la mort. Les 12,000 francs sc seraient métamorphosés en 12 millions. Ce qu’a fait madame la du¬ chesse de Berry est français; ce que j’ai fait en son nom est français : tout au grand jour et la tête haute. Le nom de la veuve que des ennemis n’ont prononcé que pourl’ho* norer de leurs calomnies, éclate enfin publi¬ quement d’une manière digne d’elle. La première fois que la mère du duc de Bor¬ deaux fait entendre sa voix depuis qu’elle est bannie , ce n’est pas pour réclamer un trône, c’est pour offrir quelque secours à des infortunés. Néanmoins n’est-il pas évident que sous une commisération apparente se cache une pensée politique? Non : cette pensée n’est point entrée dans le cœur de madame la duchesse de Berry. Ce ne sont pas 12,000 fr. pris sur sa propre indigence et destinés à des indigens, qui ajouteraient un droit de plus à ses droits. Qu’on ne porte donc pas l’accusation si haut ; si c’est à moi qu’on l’adresse, je l’accepte. Sous 48 le rapport politique je dirai que le don se¬ rait encore de très-bonne guerre, qu’il de¬ viendrait une réponse convenable à l’or¬ donnance signée dernièrement aux Tuile¬ ries et insérée au Moniteur; signature contre laquelle M. le duc de Fitz-James vient de protester si énergiquement*. Messieurs de la quasi-légitimité , em¬ ployez contre nous les mêmes armes ; se¬ courez dans nos rangs les malheureux ; accablez de vos bienfaits les trois opposi¬ tions carliste, buonapartiste, républicaine, ou plutôt l’opposition générale qui vous poursuit ; fermez-nous la bouche en cou¬ vrant la France de prospérités ; dégrevez les contribuables de quelques centaines de millions; donnez-nous de bonnes lois com¬ munales et départementales ; renoncez aux mesures d’exception ; ne parquez plus comme des troupeaux, les restes de cette valeureuse nation que vous avez soulevée et ensuite trahie ; tenez ferme et soutenez votre étourderie dans la Romagne ; n’era- * Dernier numéro du Rénovateur* 19 paquetez plus, de peur qu’on ne le voie, le drapeau tricolore sur ces bords où tant de fois il se déploya au souffle de la victoire ; gardez et colonisez Alger ; faites remonter la France au rang dont vous l’avez fait descendre ; ne dogmatisez plus d’indépendance en assommant les citoyens dans les rues , en entassant les écrivains dans les geôles ; n’entonnez plus des chants de triomphe en évacuant la Belgique sur l’injonction d’un ministre an¬ glais, et bientôt Ancône sur l’ordre d’un caporal autrichien ; cessez de passer vos jours entre les huis de Sainte-Pélagie et les portes des cabinets de l’Europe , vous prélassant tout guedés de liberté et tout crottés de gloire : oh ! alors vous embarras¬ serez fort les oppositions*. Mais la somme destinée aux victimes de la contagion, sort des memes caisses qui ont * Dans mon dernier écrit, page 126 , j’annonçais que nous aurions la lâcheté de sacrifier Alger à la jalousie de l’Angle¬ terre. Je connaissais bien les gens dont je parlais. Le grand Turc n'est maintenant que compère du roi Guillaume. 20 fourni les fonds pour la conspiration de la rue des Prouvaires et pour les assassinats de la chouannerie. J’ignore s’il existe de pareilles caisses, et je pense que, quand on avance de telles choses, il faut en apporter la preuve. Je me souviens que sous le règne de la bran¬ che aîne'e, on signalait aussi l’existence d’une caisse ouverte aux besoins des hom¬ mes ennemis de la légitimité. Je trouverais tout simple que cette caisse eût existé; il est dans la nature que des hommes qui par¬ tagent une même opinion, viennent au se¬ cours des uns des autres. Quoi qu’il en soit, j’ignore tout cela et je ne le crois pas. Mon affaire à moi est tout à part, tout isolée comme moi-même. Mais puisqu’on veut mê¬ ler ensemble des objets qui n’ontaucune re¬ lation, puisqu’on veut associer à un acte de bienfaisance des idées de je ne sais quelles prétendues conspirations et des accusations de chouannerie, je vais m’expliquer sans détours. Indépendamment de ce que les conspi- 21 rations ont en elles-mêmes d’immoral, de coupable et de criminel, elles ont toujours été absurdes en France; elles le seraient bien davantage à l’époque où nous vivons : notre caractère national est /à la fois trop léger et trop franc pour y réussir ; aussi, depuis quarante années, ont-elles constam¬ ment échoué. Rien de plus ordinaire que d’entendre un jeune Français se vanter pu¬ bliquement d’être d’un complot ; il en ra¬ contera tout le détail, sans oublier le lieu , le jour et l’heure, à quelque espion qu’il prend, sans s’en soucier, pour un confrère ; il dira tout haut, ou plutôt il criera aux passans : « nous avons quarante mille hommes « bien comptés ; nous avons soixante mille « cartouches, telle rue, numéro tant, dans « la maison qui fait le coin. » Et puis ce Catilina va danser, jouer et rire. La nouvelle forme de nos institutions ajoute une impossibilité de plus au succès des conspirations. Dans un état où l’on jouit de la liberté de parole et de presse, aucune trame ne se peut ourdir sans être signalée et brisée. Il y a plus : il n’existe peut-être pas dans l’histoire une seule conspiration qui ait atteint le but qu’elle se proposait d’atteindre, si ce n’est dans les empires .despotiques : les gardes ou les muets du palais , étranglent un tyran et mettent un autre tyran à sa place; une nuit suffit à l’œuvre. On a beaucoup célébré les conspirations qui ont préparé, assure-t-on, les journées de juillet: pures vantances. Le plus grand nombre des acteurs de la comédie de quinze ans, ne conspirait point du tout, ou du moins n’a plus conspiré sérieusement de¬ puis 1823. Ces acteurs n’aimaient pas sans doute ce qui existait, ou plutôt ils étaient mécontens de ne pas occuper les places qu’ils croyaient dues, peut-être avec raison, à leurs talens et à leurs lumières; réunis à table, ils juraient de renverser les Bourbons, mais tous ces complots s’évanouissaient avec la mousse du vin de Champagne bu à la santé du fils de Napoléon, ou à la résur¬ rection de la république. Que de royalistes 23 ont dit et écrit, après la restauration, qu’ils avaient conspiré contre l’empire pen¬ dant nombre d’années ! et ils avaient fière¬ ment maintenu la légitimité dans les anti¬ chambres de Buonaparte, ou s’étaient montrés alègres commis aux doiianes de l’usurpateur. Les sociétés secrètes ont seules une lon¬ gue portée, parce qu’elles procèdent par révolutions et non par conspirations ; elles visent à changer les doctrines , les idées et les mœurs , avant de changer les hommes et les choses : leurs progrès sont lents, mais leurs résultats certains. La publicité de la pensée détruira l’influence des socié¬ tés secrètes-; c’est l’opinion publique qui maintenant opérera en France ce que les congrégations mystérieuses accomplissent chez les peuples non encore émancipés. Sous un gouvernement constitutionnel, il ne peut y avoir d’autre conspiration que celle de la raison et de la vérité, triom¬ phant des passions et des erreurs à la face du soleil, après une lutte plus ou moins 50 ne subsisterait pas trois mois à visage dé¬ couvert, prolonge son existence sous le masque royal, et trompe la France en s’en¬ veloppant dans le domino de la monarchie. Que M me la duchesse de Berry vive sa jeunesse, et ne s’embarrasse point de nos débats ; qu’elle dise à ses ennemis ce que la reine Blanche son aïeule disait aux siens pendant la minorité de saint Louis : point ne me chaut d'attendre. Les belles heures de la vie lui ont été données en compen¬ sation de ses malheurs , et l’avenir pourra lui rendre autant de félicités que le présent lui aura dérobé de jours. La mère du duc de Bordeaux n’entend point, sur la rive étrangère, les courageuses moqueries que prodiguent à sa faiblesse et à son infortune, ceux qui trouvent bon que la France fasse amende honorable aux puis¬ sances de l’Europe la corde au cou, en chemise, tète nue et les pieds déchaux. Si Marie Caroline entend ces moqueries, elle les pardonne. Le dernier mot d’un prince généreux (je l’ai ouï sur ses lèvres mou- ol rantes) était : Grâce pour la vie de l'homme. Sa veuve a recueilli une couronne tombée qu’un orphelin ne portera peut-être jamais ; couronne que Charles X secoua de sa tête blanchie, et au poids de laquelle se sont dérobés deux autres fronts assez chargés de douleurs pour qu’il leur fût permis de re¬ jeter ce nouveau fardeau. Le peuple ne nourrit aucun préjugé contre madame la duchesse de Berry ; il plaint ses souffran¬ ces ^il admire sqn courage; il garde la mémoire de sfes jours de deuil; il lui sait gré de s’être mêlée plus tard à ses plaisirs, d’avoir partagé ses goûts et ses fêtes ; il se souvient de sa libéralité ; il trouve un charme à la vivacité de cette françaiseétrangère, venue d’un pays cher à notre gloire par les combats de Fornoue, de Marignan, d’Arcolc et de Marengo. Les muses regrettent leur protectrice née sous ce beau ciel de l’Italie, qui leur inspira l’amour des arts, et qui fit d’une fille de Henri IV une fille de François I er . La France, depuis sa révolution, a souvent 32 changé de conducteurs, et n’a point encore vu une femme au timon de l’État : Dieu voudra peut-être que les rênes de ce peuple indomptable , échappées aux mains dévo¬ rantes de la Convention, rompues dans les mains triomphantes de Buonaparle, inuti¬ lement saisies par Louis XVIII et Charles X, soient renouées un jour par une princesse qui saurait les rendre à la fois moins fra¬ giles et plus légères. Heureux d’avoir été choisi par madame la duchesse de Berry pour répandre ses bienfaits, je suis de plus formellement autorisé par la princesse exilée à sym¬ pathiser, en son nom, avec toutes les in¬ fortunes de la France, comme à pren¬ dre part à tout ce qui peut contribuer à la prospérité, à la concorde, à la liberté et à la gloire du royaume, je m’empresse¬ rai d’obéir à ce double mandat, tant que je serai retenu dans ma patrie par ses mal¬ heurs. Ainsi je serai, si l’on veut, l’ambas¬ sadeur de la vieille France auprès de la France nouvelle dont je parle la langue 55 couramment, sans faux accent et sans gri¬ maces. Mais, qu’on se rassure; il n’y aura jamais rien d’occultc clans les missions d’honneur et de bienfaisance que je pour¬ rais avoir reçues, et jamais je n’en accep¬ terai d’autre. Je ne serai jamais pour per¬ sonne ministre plénipotentiaire de nuit, chargé d’affaires accrédité auprès des ténè¬ bres : je n’entendrais rien aux dévouemens secrets ; je ne sais me rendre coupable de fidélité que parle flagrant délit. Le gouvernement sait que je lui ai re¬ fusé tout serment, que je lui airenvoyéma seule fortune, la pension dont je jouissais à titre de pair, et que nonobstant, je n’en supporte pas moins ma part des charges publiques : je ne puis donc être envers lui ni un traître, ni un ingrat. Il sait (pour les raisons que j’ai alléguées à la tribune de la Chambre des pairs et dans mes deux derniers écrits); il sait qu’en reconnaissant l’ordre civil et militaire actuel, je ne re¬ connais pas l’ordre politique. 11 n’y a pour moi politiquement ni charte hâclêe de 34 i83o, ni royauté à 1 urgence de i83o , ni chambres sans mandat de i83o, quels qu’aient été d’ailleurs le mérite et la néces¬ sité de ces institutions au moment critique. Mais ce moment est passé, et le temps de la possession est encore trop court pour avoir prescrit le droit national. Toutes les cscobarderies de la terre ne me persuade¬ ront jamais qu’une poignée de députés sans mandat a pu disposer de la nature et de la forme du gouvernement de la France. Un congrès national, envoyé ad hoc par la nation , avait seul le droit, comme chez nos voisins les Belges, de décider une si haute question. On a invoqué la souveraineté du peuple , et au¬ jourd’hui on s’en trouve embarrassé. On voudrait la confisquer au profit de ceux qui l’ont usurpée; il faudra bien tôt ou tard y revenir, si l’on veut sortir d’un état de choses qui amènerait la destruction de notre patrie. J’ai demandé le premier un congrès, en me fondantsur l’ancien droitde la France, et M. de Cormenin nous a déve- 35 loppé merveilleusement cette idée. Il y a sur cette matière un édit fameux, trop peu connu, mais qu’il est important de rappeler dans les circonstances présentes. j Edit du Roi qui révoque et annule l'édit du mois de juillet 1714, ci la déclaration du 23 mai 1715. Donné à Paris , au mois de juillet 1717. Registre' en Parlement. « Nous espérons que Dieu qui conserve « la Maison de France depuis tant de siè- « clés, et qui lui a donné dans tous les « temps des marques si évidentes de sa « protection, ne lui sera pas moins favo- « rable à l’avenir, et que la faisant durer « autant que la Monarchie, il détournera « par sa bonté le malheur qui avoit été « l’objet de la prévoyance du feu Roi : « mais si la nation françoise éprouvoit « jamais ce malheur, ce seroit à la nation 5 G « même qu'il appartiendroil de le réparer « par la sagesse de son choix : et puisque « les lois fondamentales de notre Royaume « nous mettent dans une heureuse impuis- « sance d’aliéner le domaine de notre cou- « ronne, nous faisons gloire de reconnoilre « qu’il nous est encore moins libre de dis- « poser de notre couronne-même. Noussa- « vons qu’elle n’est à nous que pour le bien « et pour le salut de l’Etat, et que, par con- « sequent, l'Etat seul auroil le droit d. en « disposer dans un triste événement , que « nos peuples ne prévoyent quavec peine , « et, dont nous sentons que la seule idée « les afflige. Nous croyons donc devoir à « une nation si fidèlement et si inviolablc- « ment attachée à la maison de scs rois, la « justice de ne pas prévenir le choix qu elle « auroit A faire, si ce malheur arrivoit, « et c'est, par cette raison quil nous a paru « inutile DE la CONSULTER en celle occasion , « où nous n agissons que pour elle , en « révoquant une disposition suit laquelle « elle n’a pas été consultée , noire inten - 57 < ■ lion étant de la conserver dans tous ses « droits , en prévenant même ses vœux , O comme nous nous serions toujours crus « obligés de le faire pour le maintien de « Vordre public. » « . cc... « Donne à Paris au mois de juillet, l’an «de grâce 1717, et de noire règne le « deuxième. Signé Louis (XV), et plus cc bas, par le Roi, le duc d’Orléans, ré- « gent. » Ainsi donc, d’après le nouveau droit comme d’après l’ancien droit de la France, si explicitement reconnu par Philippe d’Orléans, régent pendant la minorité de Louis XV, la nation seule, duement con¬ sultée, a le pouvoir de choisir un roi, et par conséquent toute forme quelconque de gouvernement, quand la lignée de ses an¬ ciens souverains vient à faillir. Or dans quel temps, dans quel lieu ce grand peuple a-t-il été consulté , a-t-il donné son vote 58 pour consacrer ce que nous avons? Que le suffrage soit universel, comme le demande la Gazette de France , ou soumis à de lé¬ gères conditions, peu importe, pourvu que par un mode sagement et largement calculé, chacun puisse exprimer ce qu’il veut, soit que celui-là appelle Napoléon II , soit que celui-ci préfère l’autorité républicaine, soit qu’un troisième demande Henri Y. On fait mouvoir trois fantômes pour nous effrayer: la république avec ses échafauds et ses crimes , l’empire avec son despotisme et ses conquêtes, la légi¬ timité avec ses préjugés et ses vengeances. Faut-il répéter pour la millième fois que si la république était possible, la ter¬ reur ne l’est plus; que l’on trouverait peu de personnes assez désœuvrées pour s’a¬ muser à trancher régulièrement la tête aux gens, et encore moins de personnes assez bêtes pour se laisser bénignement cou¬ per le cou ? Qu’il y ait quelques jeunes esprits en extase devant la Terreur; que l’on admire d’idiols sauvages barbouillés 39 de meurtres, affublés par leurs adorateurs d’un lambeau de génie ; qu’on célèbre le fer parfumé de sang et les tanneurs de peaux humaines ; qu’on fasse du romantisme d’é¬ chafauds ; que l’on chante sur la lyre pindarique ou que l’on soupire sur le pipeau champêtre, les magnifiques tortures, le tendre râlement du dernier soupir ; que l’on prenne le croquis de la pittoresque agonie d’un patient et de la bestiale figure d’un bourreau, soit : mais nous n’en som¬ mes plus qu’à la terreur de poésie et de lithographie ; le cœur manquerait à ceuxlà même qui préconisent les assassinats ré¬ volutionnaires, s’il leur fallait devenir des Carrier et des Lebon. Nous n’avons plus de féroce que l’imagination ; nos mœurs sont douces. Ce contraste entre nos actions ot nos paroles, entre nos moustaches et notre débonnaireté, se fait remarquer partout : la mort et le bourreau que nous licencions de nos lois , nous les enrôlons au service de nos romans et de nos thé⬠tres. La république ne serait possible au- 46 personnes qui sont aptes ou ne sont pas aptes, à faire part aux indigens de leur for¬ tune; ce serait aussi créer des ilotes parmi les infortunés, lesquels, en raison de cer¬ taines opinions politiques, ne pourraient jamais être secourus. Un maire de Paris s’est plaint, il y a quelque temps, de recevoir des lettres anonymes; j’en reçois aussi, et je ne m’en plains pas; elles viennent du juste-milieu ; l’écriture en est fort élégante et fort soignée. On me menace de la mort ; on me dit qu’on est plus fatigué de moi que du choléramorbus ; on m’annonce des libelles contre ma personne, etc., etc. Liberté pleine et entière de presse , et même d’assassinat sur moi pour ceux qui sont disposés à user de ce moyen de publicité. fin. LIBRAIRIE LE NORMANT. EXTRAIT DU CATALOGUE. DICTIONNAIRE SYNONYMIQUE DE LA LANGUE FRANÇAISE, contenant : i° les mots et les locutions de cette langue qui ont quelques rapports de ressemblance avec le sens j 2° l’explication de ces rapports, avec des exemples tirés des auteurs classiques ; 5 ° l’indication du choix qu’on doit faire des uns et des autres dans les differentes circons¬ tances ; 4° l a critique d’un grand nombre d’explications synonymiques, par les principaux synonymistes, etc., etc. ; par J. Ch. Laveaux, auteur du grand Dictionnaire de la Langue Française ; 2 vol. in-8°. Prix.12 fr. JUVENILE (the) Ii\STRUCTOR, ou Cours de Versions Gra¬ duées , a l’usage des personnes qui veulent apprendre la langue anglaise; 1 vol. in-12. Prix.2 fr. 5o c. 11 ne sc trouve dans ce vol. que des extraits avoués par le bon goût et cités en Angleterre comme modèles de style : ChesterGeld, Hume, Walter Scolt, Sterne, Robertson, lady Montague, en fournissent la plus grande partie. COURS DE CHIMIE ; par M. Gay-Lussac, comprenant l’histoire des sels, la chimie végétale et animale; cours fait a la Faculté des sciences, contenant 33 leçons, formant 2 vol. in-8°. Prix.18 fr. Toutes les découvertes faites récemment par les savans étran¬ gers y sont surtout détaillées avec le plus grand soin; et l’on pos¬ sède ainsi un tableau complet des parties les plus importantes de la chimie en Europe. CHIMIE APPLIQUÉE A LA TEINTURE; par M. J. Chè¬ vre ul , membre de l’Tnstitut de France, directeur des tein¬ tures des manufactures royales des Gobclins; contenant 3 o leçons, formant deux très-forts vol. in-8°. Prix. 21 fr. RÉPERTOIRE UNIVERSEL ET RAISONNÉ DE JU¬ RISPRUDENCE, ouvrage de plusieurs jurisconsultes, réduit aux objets dont la connaissance peut encore être utile, et augmenté i° des changemens apportés aux lois anciennes par les lois nouvelles, tant avant que depuis l’année 1814; 2° de dissertations, de plaidoyers et de réquisitoires sur les unes et les autres; dernière édition; 18 vol. in-4°- RECUEIL ALPHABÉTIQUE DES QUESTIONS DE DROIT qui se présentent le plus fréquemment dans les tribunaux ; ouvrage dans lequel l’auteur a fondu et classé un grand nombre de ses plaidoyers et réquisitoires, avec le texte des arrêts de la Cour 'de cassation qui s’en sont suivis; dernière édition; 8 vol. in-4° Avec une table générale des matières, ces deux ouvrages réu n U. forment 37 yol. in-4°. Prix. 18 f, le yol. et le yol. de table. a 5 f AVENTURES DE TÉLÉMAQUE; ci vol. In-n; *5 fig, Prix-.4 fr. COLLECTION de 55 vol. in-5a, contenant : VOYAGE DO JEUNE ANACHÀRSIS .... 7 Vol. 7 gl’aV. MILLE ET ONE NOITS.1*2 Vol. gl’aV. don qüichotte . 8 vol. i5 grav. robinson crusoé . 4 vol. 10 grav. % LES QOATRE FILS AYMON.‘2 Vol. BIST. DO PETIT JEHAN DE SAINTRÊ. ... I Vol. I grav. HIST. DE GÉRARD, DE REVERS.I Vol. I gl'aV. Chaque ouvrage se vend séparément, à raison de 1 f. 25 c. le vol. CONTES DES FÉES; par M m c Daulnoy; un fort vol. in-18, 5 fig. Prix.i fr. 5o c. LETTRES DE PLINE le jeune, suivies du Panégyrique de Trajan, trad. par de Sacy, avec le texte en regard, Paris; 3 vol. in-12. Prix.7 fr. 5o c. LYCEE , ou Cours de Littérature Ancienne et Moderne; par Laharpe; précédé d’une Notice sur sa vie et sur ses ouvrages, par M. Saint-Surin. 16 vol. in-8°,portrait. Prix. . 4^ fr. MAGASIN DES ENFANS, ou Dialogues d’une sage gou¬ vernante avec scs élèves; par M. le Prince de Beaumont. 4 vol. in-18, 8 lig. Prix.4 MÉMOIRES DE SULLY ; nouv. édit., avec les éloges de Sully, par Thomas et M. Daru; 6 vol. in-8°, ornés des por¬ traits de Henri iv et de Sully. Prix.3ofr. MENTOR DES ENFANS; par l’abbé Reyre; 1 vol. in-12, fig. Prix. . . ... . 2 fr. 5o c. OEUVRES D'HOMÈRE; par Bitaubé; 4 vol. in-12, fie. OEUVRES D’HOMÈRE; par Lebrun; 4 vol. in-12. Prix 10 f. OEUVRES COMPLÈTES DE POTHIER, précédées d’une Dissertation sur sa vie et scs écrits, et suivies d’une table de concordance; par MM. Rogrou et Firbacb , avocats h la Cour de cassation. Gr. in-8°, en deux part., petit-texte à deux colonnes, de 1880 pag. Prix.5o fr. OEUVRES COMPLÈTES DE POTHIER; i3 vol in-8°, y compris le vol. de la table générale. Prix. ... 70 fr. RUINES (les) DE PALMYRE, autrement dites Tedmor au désert; par Robert Wood etDawluns, contenant une Notice sur l’état ancien de Palmyre et 59 planches de vues de ruines et dessins d’architecture, avec l’explication. 1 vol. in-4°> grand raisin vélin. Prix.24 fi’* L’HOMME SANS NOM, épisode de p 5 ; par M. Rallanche, 2 voJ. in-12. Prix... . 7 fr. 5 o c.