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Abstract

Un système éducatif n’est pas construit d’un jour à l’autre, il a fallu du temps et beaucoup de changements pour arriver au concept de l’enseignement que l’on a aujourd’hui. Ce travail de fin de licence est une approche historique à l’éducation en France et en Espagne. Esquissant d’abord un panorama général de la situation actuelle dans les deux pays, on va analyser quels ont été les points les plus significatifs dans leurs histoires de l’éducation. On va tenter d’établir comment on est arrivé à ce point-là, quels ont été les moments décisifs qui ont mené chaque pays vers une direction ou vers une autre. On va décrire les évènements sociopolitiques qui ont conditionné et changé le cursus de l’histoire éducative de deux pays, ainsi que les hommes politiques et penseurs qui ont rendu possible la mise en oeuvre de ces changements. On fera spécial attention à la formation de maîtres qui, inévitablement, a évolué de façon parallèle aux systèmes éducatifs. Tamayo Lahoz, Azucena; Macho Vargas, María Azucena

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Repositorio de la Universidad de Zaragoza – Zaguán http://zaguan.unizar.es Trabajo Fin de Grado Approche historique de l’évolution de l’éducation en France et en Espagne Autora Azucena Tamayo Lahoz Directora Azucena Macho Vargas Facultad de Educación 2014 L’éducation en France et en Espagne 1 TABLE DE MATIÈRES 1. RÉSUMÉ .................................................................................................................. 3 2. JUSTIFICATION ................................................................................................... 4 3. LA SITUATION ACTUELLE DES SYSTÈMES ÉDUCATIFS EN FRANCE ET EN ESPAGNE .......................................................................................................... 6 3.1. LE SYSTÈME ÉDUCATIF FRANÇAIS ...................................................... 6 3.1.1. Le cadre législatif ...................................................................................... 7 3.1.2. L’organisation du système éducatif français ......................................... 9 3.1.3. La refondation de l’École de la République ......................................... 10 3.2. LE SYSTÈME ÉDUCATIF ESPAGNOL ................................................... 13 3.2.1. Le cadre législatif .................................................................................... 14 3.2.2. L’organisation du système éducatif espagnol ...................................... 16 3.2.3. La décentralisation en Espagne ............................................................. 17 4. APPROCHE HISTORIQUE ................................................................................ 20 4.1. LE PROCESSUS D’INSTITUTIONNALISATION DE L’EDUCATION EN FRANCE ............................................................................................................. 22 4.1.1. L’alphabétisation dans la France de l’Ancien Régime ....................... 22 4.1.2. La période révolutionnaire .................................................................... 24 4.1.3. Le ministère Guizot. Le début du changement au sein de l’éducation française ................................................................................................................. 26 4.1.4. La révolution des lois Ferry (1882-1883) .............................................. 28 L’éducation en France et en Espagne 2 4.1.5. Depuis la fin du XIXème siècle jusqu’à aujourd’hui ............................. 30 4.2. L’EVOLUTION DE L’EDUCATION EN ESPAGNE JUSQU’A LA CREATION DU SYSTEME EDUCATIF ACTUELLE ....................................... 32 4.2.1. Les premières tentatives d’institutionnalisation de l’enseignement primaire en Espagne. ............................................................................................ 32 4.2.2. De la Ley Moyano à la IIème République ................................................ 33 4.2.3. La Guerre Civile et l’école pendant l’époque franquiste .................... 37 4.2.4. La Transition et le développement du système éducatif pendant les premières années de la démocratie ...................................................................... 39 4.3. LE RÔLE DE LA RELIGION DANS L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE DANS LES DEUX PAYS ......................................................................................... 43 4.3.1. La laïcisation de l’école française .......................................................... 43 4.3.2. La religion dans l’éducation espagnole ................................................. 45 5. L’ÉVOLUTION DANS LA FORMATION DES MAÎTRES ........................... 48 5.1. DES ÉCOLES NORMALES A LA CREATION DES ÉCOLES SUPERIEURES DU PROFESSORAT ET DE L’ÉDUCATION ......................... 49 5.2. L’EVOLUTION DE LA FORMATION DES MAITRES EN ESPAGNE 54 5.2.1. La naissance des Écoles Normales ........................................................ 54 5.2.2. Depuis la République jusqu’à aujourd’hui .......................................... 57 6. CONCLUSION ...................................................................................................... 63 Références bibliographiques ........................................................................................ 66 Réferences législatives .................................................................................................. 70 L’éducation en France et en Espagne 3 1. RÉSUMÉ Un système éducatif n’est pas construit d’un jour à l’autre, il a fallu du temps et beaucoup de changements pour arriver au concept de l’enseignement que l’on a aujourd’hui. Ce travail de fin de licence est une approche historique à l’éducation en France et en Espagne. Esquissant d’abord un panorama général de la situation actuelle dans les deux pays, on va analyser quels ont été les points les plus significatifs dans leurs histoires de l’éducation. On va tenter d’établir comment on est arrivé à ce pointlà, quels ont été les moments décisifs qui ont mené chaque pays vers une direction ou vers une autre. On va décrire les évènements sociopolitiques qui ont conditionné et changé le cursus de l’histoire éducative de deux pays, ainsi que les hommes politiques et penseurs qui ont rendu possible la mise en œuvre de ces changements. On fera spécial attention à la formation de maîtres qui, inévitablement, a évolué de façon parallèle aux systèmes éducatifs. MOTS CLÉS : histoire, éducation, formation, maîtres, France, Espagne L’éducation en France et en Espagne 4 2. JUSTIFICATION Ce travail de fin de licence a comme sujet principal les systèmes éducatifs de la France et de l’Espagne. Plus concrètement il porte sur l’enseignement primaire. J’ai choisi ce sujet parce que je trouve très intéressant faire une étude comparée de ces deux pays voisins mais qui ont une histoire bien différente. Étant donné que la licence que j’ai faite porte sur l’éducation, j’ai trouvé pertinent de faire une approche historique de notre système scolaire. Pour pouvoir comprendre le présent de n’importe quel aspect de la société, il faut absolument connaître les raisons qui l’ont mené jusqu’au présent. D’autre part, on a le système éducatif français. Tel que j’ai déjà dit j’ai trouvé très intéressant faire la comparaison entre les deux pays, ce qui s’explique aussi par mon cursus. À la fin de la licence j’ai choisi la mention de français langue étrangère. À mon avis, être professeur de n’importe quelle langue implique avoir une connaissance culturelle et non seulement grammaticale ou linguistique. De cette façon, avec ce travail, j’ai pu augmenter mes connaissances culturelles sur la France, sur son histoire et, surtout, sur son système éducatif. Un système éducatif est extrêmement complexe puisqu’il aborde l’éducation depuis la tout petite enfance jusqu’à la formation tout au long de la vie. Ce travail porte surtout sur l’enseignement primaire parce que c’est le domaine dans lequel je me suis spécialisée et celui qui m’intéresse tout particulièrement. En tant que future maîtresse des écoles, j’ai trouvé très intéressant aussi d’essayer de faire une rétrospective dans la formation de maîtres de l’enseignement primaire. Cela m’intéressait spécialement, parce qu’il s’agit d’une formation très différente dans le deux pays et j’ai voulu trouver les causes de cette différence. L’éducation en France et en Espagne 5 Avec ce travail j’ai voulu faire un analyse de ces deux cultures, les deux systèmes éducatifs à fin de établir quels ont été les points en commun qu’elles ont eu et de trouver quelles ont été les causes qui ont mené a chaque pays dans une voie ou dans l’autre. L’éducation en France et en Espagne 6 3. LA SITUATION ACTUELLE DES SYSTÈMES ÉDUCATIFS EN FRANCE ET EN ESPAGNE 3.1. LE SYSTÈME ÉDUCATIF FRANÇAIS Les principes fondateurs de l’école française s’appuient sur un socle de valeurs communes. Ces valeurs et principes républicains sont : le caractère public de l’éducation, la laïcité, la liberté et l’égalité. On trouve déjà ces principes dans le rapport de Condorcet sur l’instruction publique à l’Assemblée législative les 20 et 21 avril de 1792 (Condorcet, 1792) et dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 : « Toute personne a droit à l’éducation. L’éducation doit être gratuite, au moins en ce qui concerne l’enseignement élémentaire et fondamental. L’enseignement élémentaire est obligatoire (…) » (Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, 1789). L’éducation en France est obligatoire depuis 1881, avec la loi du 16 juin 1881, et c’est à partir de la réforme introduite en 1959 par le ministre Berthoin dans l’ordonnance nº59-45 (Ordonnance nº59-45, 1959) que la scolarisation est devenue obligatoire de 6 à 16 ans. Le système éducatif français, caractérisé par une forte centralisation, est géré par le ministère de l’Éducation Nationale dont le ministre est Benoît Hamon. Mais avec la loi de décentralisation de 1983 (Loi de décentralisation nº 83-663, 1983), des compétences au niveau de la gestion ont été transférées aux communautés territoriales. C’est le gouvernement de la République qui continue à s’occuper des compétences concernant l’enseignement, c’est-à-dire, la régulation des programmes, le recrutement et le payement des enseignants... Par contre, ce sont les administrations territoriales qui ont pris en charge les questions relatives à la gestion des ressources matérielles. De cette façon, ce sont les communes qui s’occupent de l’aménagement des écoles maternelles et primaires, les départements des collèges et les régions des lycées et de l’enseignement professionnel. L’éducation en France et en Espagne 7 3.1.1. Le cadre législatif Dans le préambule de la Constitution de la Vème République on affirme que : « la Nation garantit l'égal accès de l'enfant et de l'adulte à l'instruction, la formation professionnelle et à la culture. L’organisation de l’enseignement public gratuit et laïque est une à tous les degrés est un devoir de l’État » (Constitution de la Vème République, 1958). Mais pour avoir une vue d’ensemble du système éducatif français on doit revenir en arrière, parce que certaines lois datant du XIXème siècle contiennent des dispositions qui sont encore applicables de nos jours. Ces textes fondateurs sont 1 : - La loi Falloux du 15 mars 1850 (Loi Falloux du 15 mars, 1850) qui a fondé la liberté de l’enseignement. - Loi Guizot du 28 juin 1833 (Loi Guizot du 28 juin, 1833) qui a imposé à toutes les communes d’ouvrir et d’assurer le fonctionnement d’une ou plusieurs écoles. - Les lois de la III ème République, les « lois Ferry ». o La loi du 16 juin 1881 par laquelle on a établi la gratuite dans l’enseignement primaire. (Loi Ferry du 16 juin 1881, 1881) o Les lois des 28 mars 1882 (Loi Ferry du 28 mars, 1882) et 30 octobre 1886 qui ont organisé l’enseignement primaire obligatoire et qui ont instauré pour la première fois la laïcité.(Loi Ferry du 30 octobre, 1886) - La loi Goblet du 30 octobre 1886 (Loi Goblet, 1886) qui a permis la laïcisation du personnel des écoles publiques. Cette loi a établi l’organisation de l’enseignement primaire qui continue jusqu’à aujourd’hui. - La loi Debré (Loi Debré nº59-1556 du 31 décembre, 1959) qui a permis les rapports actuels entre les établissements d’enseignement privé et l’État. 1 http://www.education.gouv.fr/cid194/les-textes-fondateurs.html#les-grandes-lois-en-vigueur consultée le 20 mai 2014 L’éducation en France et en Espagne 8 Mais les grandes lois en vigueur qui régissent le fonctionnement actuel du système éducatif français sont : - La loi de décentralisation (loi n° 83-663 du 22 juillet 1983, modifiée par la loi n° 85-97 du 25 janvier 1985) par laquelle on transfert des compétences pour l’équipement et le fonctionnement des établissements scolaires. - La loi d'orientation n° 89-486 du 10 juillet 1989. Cette loi a établi l'éducation comme la première priorité nationale. Elle a changé complétement la législation sur le système éducatif, en réorganisant les rythmes scolaires ainsi que les cycles d'apprentissage. (Loi d'orientation nº 89-486 du 22 juillet, 1989) - La loi nº 2005-380 du 23 avril. Cette loi énonce les priorités pour élever le niveau de formation des jeunes français et elle a pour objectifs principaux : faire réussir tous les élèves, redresser la situation de l'enseignement des langues, mieux garantir l'égalité des chances et favoriser l'insertion professionnelle des jeunes et l'emploi. Cette loi envisage trois axes fondamentaux pour améliorer l’Éducation Nationale : faire respecter les valeurs de la République, organiser les établissements et les enseignements et mieux gérer le système éducatif 2 .(Loi nº 2005-380 du 23 avril d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école.2005) 2 Toutes ces lois et toutes les dispositions concernant le système éducatif français, leur organisation, leur administration et leur personnel sont recueillis dans le Code de l’Éducation L’éducation en France et en Espagne 15 - Loi organique de l’Éducation 2/2006 du 3 mai 2006 (Ley orgánica 2/2006, de 3 de mayo, de educación, 2006) [LOE] - Décret Royal 82/1996, du 26 janvier, qui établit le Règlement des Écoles Maternelles et Élémentaires (BOE 20/02/1996) - Décret Royal 1513/2006, du 7 décembre, qui établit le socle commun de connaissances pour l’école. - À partir de la rentrée 2014 sera mise en place la Loi organique pour l’amélioration de la qualité éducative 8/2013 du 9 décembre 2013 (Ley orgánica 8/2013, de 9 de diciembre, para la mejora de la calidad educativa, 2013) [LOMCE] Après, ce sont les administrations locales qui établissent les textes législatifs concernant la gestion des établissements et des ressources matérielles, la conception des programmes et la gestion du personnel. Prenant comme exemple la communauté autonome d’Aragon, on a la « Consejería de Educación » qui prend en charge l’élaboration des programmes, les décisions administratives ou le recrutement des enseignants. Les textes législatifs les plus importants qui régissent l’enseignement primaire dans une Communauté Autonome (en l’occurrence, l’Aragon) sont : - Arrêté 73/2011, du 22 mars 2011, du Gouvernement d’Aragon qui établit la Charte des droits et des devoirs des membres de la Communauté éducative et les normes de base de la vie en commun dans les établissements d’enseignements scolaires de la Communauté Autonome d’Aragon (BOA 22/03/2011) - Arrêté du 25 juin 2011 du Département de l’Éducation, de la Culture et du Sport qui établit les mesures d’intervention éducative pour les élèves aux besoins éducatifs spéciaux dus à des situations personnelles, sociales ou culturelles L’éducation en France et en Espagne 16 défavorisées ou qui présentent de graves difficultés d’adaptation scolaire. (BOA 25/06/2011) - Arrêté du 22 août, du Département de l’Éducation, de la Culture et du Sport, portant les normes qui régissent l’organisation et le fonctionnement des Écoles Publiques Maternelles et Élémentaire et les Établissements d’Éducation Spécialisée de la Communauté Autonome d’Aragon (BOA 2/09/2002) ; et les modifications et les rectifications successives (arrêté du 7 juillet 2005, correction BOA 5/07/2005 ; BOA 16/09/2005 ; arrêté du 8 juin 2012, BOA 25/06/2012 ; correction BOA 16/07/2012). - Arrêté du 9 mai 2007 du Département de l’Éducation, de la Culture et du Sport qui établit le curriculum de l’Enseignement Élémentaire et qui autorise sa mise en œuvre dans les établissements scolaires de la Communauté Autonome d’Aragon (BOA 1/06/2007). - Arrêté du 26 novembre 2009 Département de l’Éducation, de la Culture et du Sport concernant l’évaluation dans l’Enseignement Élémentaire dans les établissements scolaires dans la Communauté Autonome d’Aragon (BOA 3/12/2007). 3.2.2. L’organisation du système éducatif espagnol La structure du système éducatif espagnol est définie par la Loi Organique de l’Éducation (LOE, 2006) et à partir de la rentrée prochaine par la Loi pour l’Amélioration de la Qualité de l’Éducation (LOMCE, 2013). Le système éducatif est divisé en plusieurs niveaux : enseignement pré-scolaire, enseignement primaire, enseignement secondaire et enseignement supérieur. Comme en France, l’enseignement L’éducation en France et en Espagne 17 de 0 à 6 ans n’est pas obligatoire, mais la plupart des enfants de 3 à 6 ans sont déjà scolarisés en ce niveau. En Espagne, l’enseignement obligatoire est divisé en deux étapes : l’enseignement primaire et l’enseignement secondaire. Jusqu’au présent, l’enseignement primaire comptait 3 cycles avec deux niveaux scolaires dans chaque cycle, c’est-à-dire, 6 années scolaires (de 6 à 12 ans). Après cela, les élèves avaient accès direct à l’enseignement secondaire. Avec les modifications introduites par la nouvelle loi, LOMCE qui sera mise en place la rentrée 2014, le concept de cycle va disparaitre. L’enseignement primaire aura 6 niveaux. À la fin de la 3éme et de la 6ème année les élèves devront passer une épreuve de connaissances minimales au niveau national, celle du 6éme devra être réussie pour pouvoir avoir accès à l’enseignement secondaire. 3.2.3. La décentralisation en Espagne L’une des grandes différences entre le système éducatif espagnol et le système éducatif français repose sur la question de la répartition des compétences en éducation. Tandis que la France est un pays fortement centralisé, la décentralisation est l’une des caractéristiques principales du système éducatif espagnol. La décentralisation de la répartition des compétences en matière d’éducation entre l’État et les Communautés Autonomes a été instaurée par la Constitution espagnole de 1978. D’après la typologie des répartitions des compétences en éducation établie par Natalie Mons 8 , l’Espagne est classée parmi les pays où « l’État central n’abdique pas tout pouvoir dans l’organisation 8 Nathalie Mons classifie les pays selon la répartition des compétences entre l’État et les administrations locales ou régionales. D’abord, le modèle de « l’État centralisé » où le Ministère de l’Éducation s’occupe de définir les règles de fonctionnement dans tous les domaines : pédagogie, gestion du personnel, finances… Le deuxième type c’est le modèle de « collaboration État central-pouvoir local ». Dans ce modèle, l’État central s’occupe des disciplines obligatoires ainsi que des horaires très fixés. L’action des pouvoirs locaux est très limitée dans la gestion du personnel, ils s’occupent surtout de l’administration et le financement des écoles. Finalement, le dernier type, les «États décentralisateurs-volontaires » l’État se limite à la régulation et au contrôle du système éducatif, l’ensemble des tâches de gestion sont déléguées aux pouvoirs locaux (cf. Mons, 2004, p. 45-46) L’éducation en France et en Espagne 18 du système éducatif : mais ses compétences se limitent à la régulation et au contrôle, l’ensemble des tâches de gestion sont déléguées aux acteurs locaux » (Mons, 2004, p. 46). Mais il ne s’agit que de cela. Dans le cas de l’Espagne on va au-delà et « les pouvoirs locaux (…) interviennent tout d’abord dans la conception des programmes : l’État central par la fixation d’objectifs ou de programmes obligatoires minimaux pilote le système » (Mons, 2004, p. 45-47) La Loi Organique de l’Éducation n’exige que 65% de contenus minimaux dans les cursus scolaires pour les Communautés Autonomes qui n’ont pas une deuxième langue officielle et 55% pour les Communautés qui ont une langue cooficielle. On se rend compte déjà, que même le minimum exigé varie entre les Communautés Autonomes (Ley orgánica 2/2006, de 3 de mayo, de Educación, 2006). Avec la nouvelle loi on fixe le minimum des contenus communs en 50% pour toutes les communautés autonomes (Ley orgánica 8/2013, de 9 de diciembre, para la Mejora de la Calidad Educativa, 2013). Ce sont aussi les administrations locales qui s’occupent du recrutement et du paiement du personnel qui travaille dans l’enseignement public. Cela entraine des graves conséquences pour les maîtres. En Espagne il n’existe pas une égalité de chances en ce qui concerne les enseignants. Selon la loi oui, mais dans la réalité ce n’est pas comme cela. Tous les espagnols qui ont été formés pour être maîtres peuvent passer le concours dans n’importe quelle communauté autonome, mais le problème arrive quand une connaissance presque bilingue est requise dans une communauté où une deuxième langue officielle est instaurée. Cela met en évidence une inégalité des chances en ce qui concerne l’accès à ce poste public. À mon avis, ce concours devrait être un concours au niveau national et exiger après aux enseignants spécialisés en ce langue un certificat de L’éducation en France et en Espagne 19 niveau langue officielle de la même façon que l’on fait pour l’enseignement des langues comme le français ou l’anglais. L’éducation en France et en Espagne 20 4. APPROCHE HISTORIQUE Quand on parle de la situation actuelle de l’éducation, on pense, évidemment, à l’école telle que nous la concevons aujourd’hui : On pense à l’école pour tous, qui n’entraine pas de différences selon le sexe, la religion ou l’origine. Mais on doit réfléchir un peu à propos de cela et se poser plusieurs questions : Comment sommesnous arrivés à ces systèmes éducatifs ouverts à tout le monde ? Quelle a été la voie suivie pour mettre en place ce système éducatif démocratique ? Pour illustrer cette idée, je reprends les mots de Durkheim : Le présent, à propos de l’enseignement, est formé d’innombrables éléments…La seule manière de les distinguer, de les dissocier, d’introduire par suite un peu de clarté dans cette confusion, c’est de rechercher dans l’histoire comment ils sont venus progressivement se surajouter les uns aux autres, se combiner et s’organiser. (Durkheim, 1939, p. 20) De nos jours, l’enseignement public et gratuit est le seule type d’enseignement que l’on connaît, mais si on tente de faire une rétrospective sur l’histoire de l’éducation, on se rend compte qu’il s’agit de l’un des grands progrès de la société. Et même si aujourd’hui on fait souvent des critiques, il faut examiner la situation depuis une perspective historique pour se rendre compte de la chance que nous avons d’avoir ce système éducatif que l’on a. Ceci n’empêche ni de critiquer ce qui ne marche pas ni de souligner ce que l’on peut améliorer, tout en mettant en valeur les aspects positifs. Quand on emploie le terme « institutionnalisation de l’éducation » on ne fait allusion qu’à l’histoire de la scolarisation. Mais, qu’est-ce que l’histoire de la scolarisation ? « L’histoire de la scolarisation étudie le processus par lequel l’école a pris, dans la formation d’une proportion croissante de la population, le relais de l’éducation familiale (…), tout en allongeant progressivement cette période de formation » (Savoie & L’éducation en France et en Espagne 21 Compère, 2005, p. 113) . Et il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’un processus vraiment complexe, qui, normalement, crée des controverses et « discontinu ou, en tout cas, pas nécessairement continu même si son sens général, jusqu’au présent est incontestablement celui de l’expansion » (Savoie & Compère, 2005, p. 113) C’est pour cela qu’on va dresser une ébauche de ce qui est arrivé au sein de l’éducation dans les deux pays, pour analyser comment le monde de l’enseignement a changé au fur et à mesure que les changements socio-politiques ont eu lieu dans la société. L’éducation en France et en Espagne 22 4.1. LE PROCESSUS D’INSTITUTIONNALISATION DE L’EDUCATION EN FRANCE 4.1.1. L’alphabétisation dans la France de l’Ancien Régime Comment s’est développée l’école en France tout au long des années ? Pour comprendre cette institution scolaire il faut remonter à ses origines. Sans revenir au Moyen Âge, il faut rappeler qu’avant la Révolution de 1789, la France est divisée en ce qui concerne la scolarité. On constate que la scolarité primaire existe dans le Nord grâce aux écoles plutôt paroissiales (90%), mais par contre, dans le Sud, il s’agit des écoles plus laïques (50%) (Chapron, 2006, p. 1). Néanmoins il faut faire référence aux contrastes socio-économiques en matière d’alphabétisation et aux contrastes géographiques, fortement marqués par la ligne Saint-Malo – Genève 9 , manifestant une hétérogénéité structurelle entre la France du Nord et la France du Sud. Louis Maggiolo a fait une étude à la fin du XIXème siècle à fin d’établir quels étaient les taux d’alphabétisation des français depuis la fin du XVIIème siècle et jusqu’à la fin du XIXème. Il a présenté les résultats de son enquête dans des tableaux de « statistique rétrospective » pour présenter les résultats et ils ont été publiés en 1880 (Maggiolo, 1880). Ces statistiques donnent, pour chaque département, à différentes époques, le nombre de mariage, le nombre d’époux et d’épouses ayant signé et le pourcentage. (Valmary &Fleury, 1957). Ce sont les cartes qui montrent cette inégalité grâce à l’étude fait par le recteur Maggiolo en 1887. 9 Cette ligne imaginaire qui sépare la France du Nord de la France du Sud a été établie selon le degré d’alphabétisation de leurs habitants. On se rend compte en regardant la carte que le Nord-Est de la France est absolument plus alphabétisée que le reste du pays. On voit aussi un progrès incontestable de l'alphabétisation en un siècle ainsi qu’une croissante inégalité entre les deux parties. L’éducation en France et en Espagne 23 Toutefois, il faut souligner que le concept d’alphabétisation à cette époque-là est bien différent à celui d’aujourd’hui. Auparavant, on considérait une personne alphabétisée lorsqu’elle maitrisait l’écriture. Arriver à cette maîtrise dépendait de différents facteurs qui peuvent la favoriser ou la retarder. Des recherches ont été faites pour essayer de connaître les taux d’alphabétisation à cette époque-là. Longtemps, l’étude sociologique de l’alphabétisation des français de l’Ancien Régime avait comme référence la recherche mise en œuvre par le recteur Maggiolo. Mais il ne s’agit que d’une étude quantitative étant donné que les résultats publiés département par département, n’étaient accompagnés d’aucun commentaire interprétatif. À partir de L’éducation en France et en Espagne 24 cette étude, François Furet et Jacques Ozouf 10 ont pu analyser les résultats de cette enquête. Ils ont fait une étude comparée des signatures masculines et féminines depuis le XVIIème siècle et jusqu’au XIXème pour essayer d’établir quel a été le processus d’acculturation qui a mené toute une société à l’alphabétisation. Un processus par lequel une France plutôt « lettrée » a commencé à s’imposer peu à peu à une France de l’ignorance.(Mayeur, 1981, p. 47) En tout cas, ce sont toujours plusieurs facteurs qui font changer le devenir de la société française, en ce qui concerne l’alphabétisation pendant l’Ancien Régime. Les mots de Dominique Julia résument bien cette transformation : Il semble bien que l’alphabétisation se trouve favorisée quand elle se trouve en présence d’une moyenne paysannerie de propriétaires et de fermiers vivant à l’aide d’une production commercialisable et disposant d’un surplus monétaire. (…) Il n’y a donc pas une variable unique qui puisse à elle seule expliquer les différences entre départements ou entre cantons : c’est un ensemble d’indicateurs définissant la structure de la société rurale et permettant d’apprécier le degré d’aisance de la paysannerie qui rend le mieux compte de la propension des familles à éduquer leur fils. (Julia, 1978, p. 22) 4.1.2. La période révolutionnaire L’idée d’un système éducatif qui avance de façon progressive et organisée en différents degrés est apparue avec les projets des révolutionnaires. « Il sera créé et organisé une instruction publique commune à tous les citoyens, gratuite à l’égard des parties d’enseignement indispensables à tous les hommes » (Constitution française, 10 Ils ont publié l’ouvrage Lire et écrire. L’alphabétisation des Français de Calvin à Jules Ferry. Ils ont fait un travail de recherche à partir de l’enquête de Maggiolo. Leur objectif principal était d’essayer de donner une réponse au pourquoi et au comment de l’alphabétisation en France. (Furet & Ozouf, 1980) L’éducation en France et en Espagne 31 Finalement, il faut rappeler qu’en ce moment-là on est en train de mettre en place la nouvelle Loi d’orientation et de programmation pour la Refondation de l’École de la République du mardi 9 juillet 2013. Il faudra attendre pour voir si les mesures prises à partir de la mise en vigueur de cette loi ont les résultats attendus. 15 15 Pour plus d’information sur la Refondation de l’école, voir le chapitre ci-dessus « Refondation de l’École de la République » L’éducation en France et en Espagne 32 4.2. L’EVOLUTION DE L’EDUCATION EN ESPAGNE JUSQU’A LA CREATION DU SYSTEME EDUCATIF ACTUELLE On vient d’analyser comment le système éducatif français a été créé, ce chapitre abordera l’histoire de la scolarisation en Espagne. Il s’agit, encore une fois, de trouver dans les changements sociaux les raisons de la structure de l’école d’aujourd’hui. 4.2.1. Les premières tentatives d’institutionnalisation de l’enseignement primaire en Espagne. La première grande loi éducative espagnole qui a été créée pour régler le système éducatif espagnol date du 9 septembre de 1857 (Ley de Instrucción Pública de 9 de septiembre, 1857). Mais depuis le début du XIX ème siècle, on a de textes législatifs qui commencent à faire attention à l’importance de l’éducation pour la société. Le système éducatif qui a été instauré en 1857 est déjà annoncé par les « Cortes de Cádiz » en 1812. La Constitution rédigée en cette année est la seule Constitution dans l’histoire de l’Espagne qui a consacré un chapitre exclusivement à l’instruction publique : En todos los pueblos de la monarquía se establecerán escuelas de primeras letras, en las que se enseñará a los niños a leer, escribir y contar, y el catecismo de la religión católica, que comprenderá también una breve exposición de las obligaciones civiles. (Constitución española, 1812, cap. IX, art. 366) Cette Constitution inclut des idées vraiment novatrices en matière d’éducation, parmi elles on peut souligner celle de la défense de l’universalité de l’éducation primaire et l’égalité des plans d’études dans tout le pays. En 1814, Manuel José Quintana a élaboré un rapport qui a été vraiment important pour l’avenir de l’éducation en Espagne, le « Rapport pour la proposition des moyens pour convenir l’arrangement de l’instruction publique », plus connu avec le surnom de « Informe Quintana ». Ce L’éducation en France et en Espagne 33 rapport expose les principes basiques concernant l’éducation et on y affirme que l’instruction doit être égale, universelle, publique et libre, c’est-à-dire il s’agit d’un recueil des idéaux libéraux sur l’éducation. Malheureusement, quelques mois plus tard il y a eu un soulèvement militaire après lequel la Constitution a été abolie, revenant alors à l’Ancien Régime. En éducation, cela suppose le retour de l’enseignement primaire à l’Église. Le triennat libéral de 1820-1823 est une période très importante pour l’histoire de l’enseignement en Espagne avec l’approbation, en 1821, d’un Règlement portant sur l’instruction publique (Reglamento general de la Instrucción Pública, 1821). Ce Règlement est la mise en place du rapport fait par Quintana dans le cadre législatif. Dans ce document on élimine la distinction entre l’instruction publique et privée ainsi que l’on détermine la gratuité de l’enseignement primaire. Mais en 1823, avec le retour de l’absolutisme au pouvoir, on abroge le Règlement et on essaie de faire de l’instruction publique un outil efficace pour la transmission des valeurs absolutistes. En 1833 il y a un changement de gouvernement, la régence de María Cristina commence. Pendant cette période, appelée « la décennie libérale », on rédige en 1826 le Plan Générale d’Instruction Publique qui n’a pas eu vraiment une durée très longue mais qui est l’un des antécédents de la loi d’Instruction Publique de 1857. Dans ce plan on organise l’enseignement en trois degrés : instruction primaire, instruction secondaire et instruction supérieure. Finalement en 1845, sous le règne d’Isabel II, on renonce à l’éducation universelle et à la gratuité dans tous les degrés. 4.2.2. De la Ley Moyano à la IIème République La loi d’Instruction Publique du 9 septembre 1857 a été dictée par le ministre de « fomento », Claudio Moyano (1809-1890), d’où le célèbre surnom de la loi avec lequel L’éducation en France et en Espagne 34 elle est connue, Ley Moyano. Cette loi va établir pour la première fois la structure de l’enseignement primaire ainsi que les enseignements secondaires et supérieurs. C’est la première fois qu’il y a eu un consensus entre les progressistes et les modérés en Espagne. Ce n’est pas une loi véritablement novatrice mais le récapitulatif de la normative et des décrets déjà proclamés. Cette loi engage la consolidation définitive du système éducatif libéral ainsi que le début d’une stabilité du développement de l’instruction publique au niveau législatif et administratif. La Ley Moyano est composée de quatre chapitres. Dans le premier, « Des études », elle s’occupe de la régulation des niveaux dans lesquels le système éducatif s’organise 16 ; dans le deuxième, intitulé « des établissements d’enseignement » on réglemente les établissements publiques mais aussi les privés ; le troisième chapitre réglemente la formation, l’accès au métier et les corps du professorat de l’enseignement public ; et finalement, dans le chapitre « du gouvernement et de l’administration de l’instruction publique » on établit trois niveaux d’administration éducative. Ces niveaux administratifs sont l’administration centrale, régionale et locale. (Ley de instrucción pública de 9 de septiembre, 1857) Avec la proclamation de la Ière République espagnole on a introduit la liberté d’enseignement. Le Décret du 21 octobre 1868 affirmait qu’il fallait absolument établir un équilibre entre l’éducation publique et l’éducation privée ainsi que la liberté d’enseignement. Pendant cette période, on n’a pas introduit de grandes nouveautés en matière éducative, par contre, de nombreuses réformes en ce qui concerne la liberté d’enseignement ont été ajoutées de façon définitive au système éducatif espagnol. À l’époque de la Restauration, le système de partis politiques alternes a fait de l’éducation l’objet d’une lutte politique et elle changeait tout le temps en fonction des 16 La ley Moyano prévoit trois niveaux scolaires: le premier degré qui est obligatoire et gratuit ; l’enseignement secondaire (six années d’études de caractère généraliste) et le niveau supérieur (les études universitaires et les enseignements professionnels). L’éducation en France et en Espagne 35 idéaux du parti qui était au pouvoir. Le fort pourcentage d’analphabétisme et le faible taux de scolarisation résument très bien la situation dans laquelle se trouve le pays à cette époque (Ruiz Berrio, 1988, p. 136) 17 . En 1900, une nouvelle institution va être créée, le Ministère de l’Instruction Publique. Alors, jusqu’en 1923 la politique éducative a été vraiment instable. La période de la Restauration se termine avec l’arrivée au pouvoir du Général Primo de Rivera, après un coup d’État militaire. En matière éducative, on a éliminé la liberté d’enseignement et l’on a utilisé l’éducation pour transmettre les idéaux du gouvernement. Ces évènements brossent un panorama décevant de l’éducation en Espagne, toutefois, c’est aussi à la fin du XIXème siècle que l’on assiste à la création d’une institution qui a eu un important rôle rénovateur. Il s’agit de l’Institution Libre d’Enseignement (« Institución de Libre Enseñanza ou ILE). C’est l’un des projets pédagogiques les plus importants dans l’histoire du système éducatif espagnol. Cette institution a été créée par un groupe de professeurs de l’université, parmi lesquels Francisco Giner de los Ríos, Nicolas Salmerón ou Gumersindo de Azcárate. Ils ont été licenciés de l’Université Centrale de Madrid parce qu’ils ont défendu la liberté d’enseignement et parce qu’ils n’ont pas voulu introduire dans leurs cours des contenus religieux, politiques et moraux exigés par le gouvernement. En conséquence, ils ont créé un établissement privé laïc, où ils ont commencé à travailler, s’occupant d’abord de l’enseignement universitaire et après de l’éducation primaire et secondaire. Beaucoup d’intellectuels de l’époque vont donner leur soutien au projet (Joaquín Costa, Ortega y Gasset, Gregorio Marañón…). En 1881 les maîtres issus de cet établissement commencent à enseigner et ils ont consolidé ce projet dans lequel il y avait l’espoir de 17 Le taux d’analphabétisme était entre 75 et 80% vers 1860, et entre 63 et 67% en 1900 (Ruiz Berrio, 1998, p. 135) L’éducation en France et en Espagne 36 construire une véritable école nouvelle. Mais avec l’arrivée de la Guerre Civile, l’ILE a disparu. 18 Entretemps 1931, la IIème République espagnole a été proclamée. L’époque de cette IIème République est encadrée entre deux périodes bien différentes : la dictature du Général Primo de Rivera (1923-1930) et la Guerre Civile (1936-1939). Cette période républicaine est un point de référence pour comprendre l’évolution idéologique, sociale et politique de notre pays. Francisco Giner de los Ríos (1839-1915) produit un bouleversement dans l’éducation en Espagne. Le gouvernement de la République a pour but principal de renouveler la société espagnole en tous ses aspects en employant l’éducation comme instrument principal, à travers lequel on voulait changer le pays. Le 9 décembre 1931 la Constitution républicaine est promulguée. Cette nouvelle Constitution proclame : El servicio de la cultura es atribución esencial del Estado (…) La enseñanza primaria será gratuita y obligatoria. Los maestros, profesores y catedráticos de la enseñanza oficial son funcionarios públicos. La libertad de cátedra queda reconocida y asegurada. (…). La enseñanza será laica. (Constitución de la República, 1931, título III, cap. II, art. 48) Le gouvernement républicain, sachant que la formation des jeunes gens était très importante, n’a pas négligé la formation des maîtres. Ils pensaient que les enseignants devaient jouer un rôle principal dans la société de l’époque : alphabétiser la société espagnole. Finir avec l’analphabétisme existant en Espagne était un de leurs objectifs. Alors, les deux premières années de la République vont se traduire par une énorme avance dans la construction d’établissements scolaires, mais, ils vont aussi établir deux 18 Pour plus de renseignements, consulter l’article de Julio Ruiz Berrio « Aportaciones de la ILE a la formación del profesorado universitario » (Ruiz Berrio, 1993) L’éducation en France et en Espagne 37 principes fondamentaux qui étaient marqués idéologiquement et socialement et qui ont une véritable importance dans l’histoire de l’éducation en Espagne : la laïcité et l’école unique (Mayordomo, 1998, p. 200). Ils instaurent la coéducation, c’est-à-dire ils suppriment l’éducation différenciée en raison du sexe. Il s’agit d’une mesure qui va être abolie par le deuxième gouvernement de la République, en 1933 quand les partis de droite arrivent au pouvoir. En 1936 le nouveau gouvernement de gauche ne peut pas mettre en œuvre les réformes promises parce que le 18 juillet 1936 aura lieu le soulèvement militaire du Général Franco qui va déclencher la guerre civile en Espagne. 4.2.3. La Guerre Civile et l’école pendant l’époque franquiste Pendant les trois années que la guerre civile dure, la vie sociale, culturelle et politique est bouleversée en Espagne. En ce qui concerne l’éducation il s’agit d’un triennat de parenthèse durant lequel beaucoup d’écoles ont été fermées, ainsi que les Écoles Normales. Beaucoup d’enseignants ont abandonné leurs postes de travail pour aller combattre. L’éducation pendant cette période mais aussi pendant la dictature qui va suivre, a été caractérisée par la forte répression à laquelle elle a été soumise. Le début de la dictature du Général Francisco Franco implique la désarticulation la plus absolue du système éducatif créé jusqu’alors. La période franquiste va entraîner des conséquences encore visibles de nos jours. Lorsque la plupart des pays de l’Europe étaient en plein épanouissement, l’Espagne a aboli toutes les avancées de la période républicaine. Pendant les premières années de la dictature, le seul intérêt que le gouvernement avait dans l’éducation était de s’en servir pour transmettre l’idéologie du régime. Ils n’avaient aucune préoccupation en ce qui concerne l’organisation ou la structure de l’école. De cette façon, on promulgue différentes lois, décrets et des ordres L’éducation en France et en Espagne 38 ministériels avec un seul objectif : l’éducation doit être catholique et patriotique 19 . On assiste aussi à une politisation de l’éducation à travers l’orientation doctrinaire imposée dans toutes les matières. On en finit avec la coéducation et on revient à la séparation des élèves selon leur sexe avec l’interdiction des écoles mixtes. Finalement, on engage l’élitisme social avec la création d’un système éducatif à double voie : l’une pour les élites et l’autre pour les classes sociales les plus défavorisées. À partir des années 50 on commence à se préoccuper de la qualité de l’éducation et cela se voit dans la loi de 1953 (Ley de ordenación de las enseñanzas medias del 26 de febrero, 1953) qui engage une nouvelle approche de l’éducation, moins dogmatique et plus attentive à la qualité de l’éducation. En plus, cette loi suppose un premier pas vers l’universalisation de l’enseignement jusqu’à 14 ans, même si on continue à maintenir la double voie. Pendant les dernières années de la dictature un événement historique aura lieu : la promulgation en 1970 de la Loi Générale de l’Éducation (Ley 14/1970, de 4 de agosto, general de educación y financiamiento de la reforma educativa, 1970) . Cette loi réglemente pour la première fois dans le XXème siècle tout le système éducatif espagnol. Cette loi va en finir avec le système obsolète existant et qui avait était créé à base d’un mélange des décrets et des dispositions qui actualisaient la dernière loi éducative (la loi Moyano datant de l’année 1857 20 ). Cette loi voulait aussi répondre au changement social et économique que vivait l’Espagne à cette époque (un fort processus d’urbanisation avait lieu à ce moment-là). 19 Pendant la première partie de la dictature (depuis leur instauration jusqu’aux années 50) où l’on promulgue 4 lois pour reconvertir le système éducatif parmi lesquels deux touchent directement l’enseignement primaire : Loi de Réforme de l’Enseignement Moyen du 20 septembre 1938 et la Loi de l’Enseignement Primaire du 17 juillet 1945. (Ministerio de Educación, Cultura y Deporte, 2004) 20 Il ne faut pas oublier que, même si la République a vraiment transformée l’éducation en Espagne, on n’a pas eu le temps de promulguer une loi qui s’occupait de tout le système éducatif L’éducation en France et en Espagne 39 Les points les plus importants établis par la LGE concernant l’éducation primaire sont les suivants : - Le caractère obligatoire et la gratuité de l’éducation générale basique aux enfants de 6 à 14 ans. Cela va abolir le système à double voie qui engageait la division de la société en élites et les couches les plus défavorisées. - On établit un système éducatif centralisé qui va uniformiser l’enseignement primaire en Espagne. (Ley 14/1970, de 4 de agosto, general de educación y financiamiento de la reforma educativa, 1970) L’application de cette loi a posé des problèmes. D’abord la situation économique du pays à ce moment-là ne permettait pas de s’occuper d’une reforme tellement ambitieuse. Mais aussi, elle s’est heurté contre certaines figures politiques du gouvernement et de l’Église. En effet, cette dernière, qui a eu le plein pouvoir et contrôle sur l’école pendant toute la période dictatoriale, s’est opposée à cette loi. (Escamilla González & Lagares Gaitán, 2006, p. 29) 4.2.4. La Transition et le développement du système éducatif pendant les premières années de la démocratie En novembre 1975 le général Franco est mort, la dictature militaire finit en Espagne et Juan Carlos I, roi d’Espagne, devient le chef d’État. On commence une nouvelle étape, la période dénommé Transition démocratique. On commence la construction d’un système politique de démocratie parlementaire dont les principes fondamentaux sont recueillis dans la Constitution Espagnole de 1978. Le droit de tous les espagnols à l’éducation est présent dans l’article 27 de cette Constitution. À partir de ce point-là, les gouvernements démocratiques ont essayé de régler l’éducation selon ces principes énoncés dans la Constitution, créant de cette façon un cadre législatif très L’éducation en France et en Espagne 40 varié. Comme on a vu jusqu’au moment, l’histoire de l’éducation en Espagne est caractérisée par une absence de consensus entre les différents partis politiques, caractéristique qui demeure toujours présente. Pendant la période démocratique (de 1975 jusqu’à nos jours) on a eu 9 lois de l’éducation différentes. La première loi éducative de la démocratie est la Loi Organique du Statut des Centres Scolaires (LOECE) de 1980 (Ley orgánica, de 19 de junio, por la que se regula el estatuto de los centros escolares, 1980) et elle est conçue par le parti d’Union du Centre Démocratique (UCD). Avec cette loi, on a essayé de créer un cadre normatif pour établir les principes de l’éducation, l’organisation des établissements scolaires ainsi que les droits et les devoirs des élèves. Cependant, il n’y a pas eu de pacte avec les partis de l’opposition, cette loi a donc été remise en question par le Parti Socialiste et elle n’a pas été mise en place. C’est le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE) qui, pendant sa première étape au pouvoir, va développer les principes constitutionnels relatifs à l’éducation à travers différentes lois : - Loi du Droit à l’Éducation (Ley Orgánica 8/1985, de 3 de julio, reguladora del Derecho a la Educación, 1985) - Loi d’Ordonnance Générale du Système Éducatif (Ley Orgánica 1/1990, de 3 de octubre, de Ordenación General del Sistema Educativo, 1990) - Loi de Participation, Évaluation et Gouvernement des Centres du Professorat Ley Orgánica 9/1995, de 20 de noviembre, de la participación, la evaluación y el gobierno de los centros docentes, (1995). Cette loi modifie certains aspects de la LODE et de la LOGSE. La LOGSE est l’une des lois les plus importantes de l’histoire de l’Espagne bien qu’elle soit une sorte de continuation de la LGE. Cette loi va réorganiser le système L’éducation en France et en Espagne 47 possibilité d’enseignements confessionnels autres que catholiques dans les établissements publics ou privés. Alors, il ne faut pas oublier que « pour des raisons historiques, l’Église espagnole est, comme nulle part ailleurs en Europe, du côté des puissants et de la tradition » (Rozenberg, 2000, p. 48). Et il s’agit d’une conception qui continue à être présente aujourd’hui dans toute la société espagnole. L’éducation en France et en Espagne 48 5. L’ÉVOLUTION DANS LA FORMATION DES MAÎTRES De la même façon qu’un système éducatif se construit d’une manière parallèle à l’évolution historique de la société à laquelle il appartient, la formation des enseignants évolue à la fois comme tous les aspects de la réalité éducative. Alors, si réfléchir à l’évolution de l’enseignement en tant qu’institution est très important, il faut absolument faire allusion aussi à ce développement historique de la figure de l’enseignant. Comme on a déjà vu, dans l’histoire de l’enseignement des deux pays il y a des ressemblances mais aussi beaucoup de différences. En France, il y a eu des inégalités en ce qui concerne la conception que la société a eu des instituteurs, cependant, aujourd’hui on est en train d’essayer d’améliorer la perception sociale du professeur des écoles et sa formation. La loi d’Orientation et de Programmation pour la Refondation de l’Ecole, engage la création des nouveaux établissements pour la formation des enseignants : les Écoles Supérieures du Professorat et de l’Éducation. L’objectif de la création de ces nouveaux établissements est d’améliorer la formation donnée aux futurs enseignants, une formation théorique et pratique à la fois, de rendre des professionnels compétents. Mais si en France, on est en pleine transformation de la politique de formation des maîtres, en Espagne on est aussi dans un changement mais malheureusement, il n’est pas aussi positif que celui du pays voisin. Aujourd’hui, dans la société espagnole, on se rend compte que le métier d’enseignant est de moins en moins respecté. C’est vrai qu’il y a eu une grande évolution historique avec un résultat très positif quant à la formation des instituteurs, tel que l’on va voir après dans l’analyse de l’évolution de cette formation des instituteurs, mais aujourd’hui on n’avance pas. Au lieu d’essayer de rendre les enseignants de l’école primaire plus professionnels, plus compétents dans L’éducation en France et en Espagne 49 leur domaine, on est en train de former des maîtres avec des connaissances pluridisciplinaires très vagues qui soient capables de donner des cours de n’importe quelle matière. De cette façon et avec les nouveaux plan d’études, avec un semestre d’études d’éducation musicale, par exemple, on peut devenir professeur de musique. Si l’on se reporte à une période lointaine, il faut rappeler qu’en France comme en Espagne, c’était le prêtre des villages qui jouait le rôle du maître. Quand on apprenait le catéchisme, on apprenait inévitablement à lire et à écrire, un rôle non négligeable du tout. Mais ce n’est pas la conception du maître que l’on a aujourd’hui. Quel a été le début en ce qui concerne la formation des maîtres ? Quand a-t-on introduit la formation des enseignants dans le système éducatif ? Il s’agit d’un processus, comme dit l’historien Philippe Conrad : L’instituteur modèle, inscrit dans les mémoires de plusieurs générations, n’est pas né par génération spontanée à la faveur des grandes réformes – gratuité, obligation, laïcité-introduites alors par les républicains et il convient de s’intéresser à la période qui précède son avènement comme acteur majeur du nouvel ordre politique et social censé rompre avec la France du passé. (Conrad, 2009, p. 2). 5.1. DES ÉCOLES NORMALES A LA CREATION DES ÉCOLES SUPERIEURES DU PROFESSORAT ET DE L’ÉDUCATION On a parlé souvent de la création des Écoles Normales, de l’obligation de la mise en place de celles-ci…Mais qu’est-ce qu’une École Normale ? Quand et pourquoi sontelles nées ? C’est Joseph Lakanal (1762-1845) qui va prendre la parole en ce qui concerne les établissements destinés à former des maîtres. Son rôle dans le Comité L’éducation en France et en Espagne 50 d’Instruction Publique pendant la Convention. Ce Comité a été fondé en 1792, mais Lakanal est arrivé au début 1793 lors d’un renouvellement de ses composants. Il devient un acteur vraiment actif de ce Comité en proposant des rapports à propos de différents sujets. Il a été élu président du Comité d’Instruction Publique et en 1975 il a fait voter le projet sur l’organisation des écoles normales, projet qui est devenu plus tard le Décret Sur l’Établissement des Écoles Normales. Ce décret faisait la distinction entre deux degrés dans les écoles normales établissant de cette façon une structure pyramidale. Dans ces Écoles Normales des départements, les élèves qui ont reçu la formation à l’École Normale de Paris, devenus maîtres après son séjour, vont transmettre à tous les individus qui voudraient devenir des maîtres de l’enseignement public la méthode d’enseignement qu’ils ont apprise à Paris. Les professeurs qui ont été choisis pour former les enseignants à l’École Normale de Paris ont été des savants de l’époque dans chaque discipline. « Au sortir de ces écoles, les disciples ne devront pas être seulement des hommes instruits, mais des hommes capables d’instruire » (Lakanal, 1795). Cette idée est le véritable changement que Lakanal veut introduire dans la formation des enseignants. Un homme savant ne peut pas devenir maître s’il n’est pas capable d’apprendre aux autres. C’est l’idée d’apprendre à enseigner, plutôt que les connaissances théoriques, le fait de les savoir transmettre : « Dans ces écoles, ce n’est donc pas les sciences qu’on enseignera, mais l’art de les enseigner » (Lakanal, 1795) L’objectif principal de ces Écoles Normales, dit Lakanal, vient directement de son nom : « l’adjectif « normal », vient du latin norma, la règle », ces écoles doivent être alors « le type et la règle de toutes les autres ». (Lakanal, 1795). La loi Guizot de 1833 a joué un rôle très important. En imposant l’ouverture d’une école dans chaque commune française, on veut aller vers une massification de L’éducation en France et en Espagne 51 l’enseignement primaire en France. Cela va faire apparaitre, forcément, la figure de l’instituteur. Guizot cherchait la mise en place d’une loi qui règle de façon efficace le recrutement des enseignants et sa formation. Pour cela, il a fait un travail bien considérable en matière de recherche autour de cette figure de l’instituteur. Quand il est arrivé au pouvoir il a trouve une réalité vraiment dure à cause des effets dévastateurs que la Révolution a laissé en ce qui concerne la scolarisation des enfants français. Guizot va engager une enquête à fin de connaître l’état l’enseignement primaire en France. Les enquêteurs vont s’occuper de tous les domaines concernant l’éducation depuis les chiffres des enfants scolarisés jusqu’au ressources matérielles. En ce qui concerne les enseignants, les chercheurs vont faire attention à la qualité des instituteurs et à la formation qu’ils ont reçue avant de devenir enseignants. Les résultats, publiés en 1834, montrent l’existence de différents « types d’enseignants » 22 . La promulgation de cette loi en 1833, exigeant l’ouverture d’une école par commune, a des effets énormes par rapport à la scolarisation des enfants. En 1829, on compte 360000 enfants scolarisés en France, chiffre qui va se multiplier, de sorte que dix ans après l’arrivée de Guizot, en 1843 plus de trois millions d’enfants sont scolarisés, et juste avant la proclamation des lois Ferry, en 1880, on a déjà dépassé les cinq millions d’enfants appartenant au système scolaire français. Cependant les conditions d’exercice des maîtres continuent à être assez déplorables : des classes avec 22 On trouve des différences entre le Nord et le Sud de la France. Il y avait des certificats de capacité donnés aux instituteurs mais cela n’assurait pas une véritable compétence pour exercer le métier. Dans les régions les plus pauvres, surtout dans le Sud, tout paysan sachant écrire, lire ou compter pouvait devenir candidat au poste d’enseignant dans une ville. Dans le Nord, y existaient déjà les écoles normales, qui marquaient l’exception, et les écoles où un instituteur était destiné à préparer au métier d’enseignants à des autres élèves-maîtres. Pourtant, des différents témoignages nous amènent à penser que, jusqu’au moment, la figure de l’instituteur n’est pas une question qui intéressait véritablement aux autorités de l’époque et que le processus d’admission n’était pas très légitime. Le cas d’Edouard Person qui a été admis à enseigner en 1825, mais grâce au évêque à cause de : « sa moralité, son attachement sincère à la religion ainsi que son dévouement au Roi et à son auguste famille ». Ou le témoignage de Jean-Baptiste Renaud qui affirmait qu’il a fait les épreuves pour devenir instituteur et que le niveau de compétences et de connaissances exigées était vraiment modeste. (Conrad, 2009, pp. 6-12) L’éducation en France et en Espagne 52 de soixante à quatre-vingt enfants, les enseignants avaient une carence en matière de compétences pour atteindre les nécessités des élèves, après, les soirs certains d’entre eux donnaient aussi des cours à des jeunes qui n’avaient pas eu la chance d’aller à l’école quand ils étaient petits… Pendant le Seconde Empire, même si l’on assiste à une faible amélioration de la situation institutionnelle et financière du métier d’enseignant, sa condition sociale continue à être précaire et fragile. C’est à partir 1880 que le pouvoir politique va vraiment s’occuper de lui en ce qui concerne la situation sociale et économique. Or, cela n’est pas une chose du hasard, il s’agit de remplacer, puis d’éliminer la l’enseignement catholique de l’enseignement primaire. Etant donné que jusqu’à ce là, c’étaient les hommes religieux qui donnaient les cours, il fallait absolument « former » des personnes pour qu’ils puissent prendre la place des instituteurs précédentes. En 1882 la fréquentation de l’école a été rendue obligatoire pour les enfants de 6 à 12 ans, et cela a eu, inévitablement, une conséquence dans le corps d’enseignants. Pour Ferry, comme pour Lakanal, les écoles normales sont indispensables. C’est l’époque de « Les hussards noirs de la République » 23 (les instituteurs de cette période, qui on cette surnom à cause de leur blouse). Ces instituteurs ont été les responsables de transmettre par toute la France les éléments de la nouvelle culture républicaine. Les Écoles Normales avaient des nouvelles matières, la laïcisation de l’école primaire devait être mise en œuvre et les enseignants devaient être bien formés parce que la tradition religieuse était bien importante. L’esprit républicain devait, bien sûr, primer puisqu’ils devaient incarner l’autorité intellectuelle et morale de la République Française. 23 C’est Charles Péguy qui fait cette affirmation en 1913, et il dit : « Nos jeunes maîtres étaient beaux comme les hussards noirs. Sveltes, sévères, sanglés, sérieux et un peu tremblants de leur précoce, de leur soudaine omnipotence ». C’est vrai que l’uniforme était noir, mais il fait sans doute allusion a cet escadronde valerie constitué en 1793 par la nouvelle République française (source : www.franceculture.fr/emission-l-annee-1913-les-hussards-noirs-de-la-republique-2013-08-05 consultée le 4 juin 2014) L’éducation en France et en Espagne 53 En 1940, les Écoles Normales vont être supprimés sous le régime de Vichy, mais elles sont rétablies plus tard, à la Libération. À la fin des années 80 on subit une véritable crise : l’augmentation des nécessités en enseignants et une forte crise vocationnelle font agir au gouvernement qui doit remettre en valeur l’image du métier d’enseignant. C’est pour cela qu’à partir de ce moment, le diplôme d’une licence universitaire est requis pour devenir maître dans le premier degré. Mais la société bouge, on a de plus en plus besoin de professeurs et les Écoles Normales ne répondent pas à cette demande. En 1989 le rapport Bancel, intitulé Créer une nouvelle dynamique de la formation de maîtres est remis au ministre de l’Éducation National, Lionel Jospin et propose la création d’une nouvelle institution : les Instituts de Formation de Maîtres (IUFM). À partir de la publication de cette loi pour la création des IUFM (Loi d'Orientation n° 89-486 du 10 juillet 1989), les Écoles Normales vont disparaître de façon définitive. Ce changement suppose aussi l’apparition dans l’enseignement primaire d’un nouveau corps d’enseignants : les professeurs des écoles. Cette reforme va créer deux corps d’enseignants dans le premier degré : les instituteurs, venants des Écoles Normales et les professeurs des écoles issus des IUFM. La loi d’orientation sur l’école d’avril 2005 va intégrer les IUFM à l’université. Cela a pour objectif de rapprocher la formation des maîtres et la recherche universitaire. À partir de la rentrée 2011 on a situe le niveau d’études requis pour le recrutement des enseignants au niveau du master, c’est-à-dire bac + 5 (trois années de licence et deux années de master). À partir de la rentrée 2013 et dans le cadre de la loi de Refondation de l’École, les IUFM sont substitués par les Écoles Supérieures du Professorat (ESPE). À différence des IUFM, les ESPE forment tous les enseignants du système éducatif, L’éducation en France et en Espagne 54 (depuis la maternelle et jusqu’au l’enseignement supérieur) mais aussi l’ensemble de professionnels de l’éducation (par exemple les conseilleurs de l’éducation). L’objectif est de construire une culture éducative partagée et de favoriser la coopération de différentes équipes pédagogiques. Ces écoles forment les futurs enseignants du premier degré dans le cadre d’un master d’une durée de deux années. Cette formation mélange les enseignements théoriques avec les stages dans les écoles pour faire une rentrée progressive dans le métier. 5.2. L’EVOLUTION DE LA FORMATION DES MAITRES EN ESPAGNE 5.2.1. La naissance des Écoles Normales Les institutions chargées de fournir la formation nécessaire aux futurs enseignants en toute l’Europe à partir de la fin du XVIIIème siècle et jusqu’au XXème siècle sont les Écoles Normales créées en France dont on a déjà parlé. L’Espagne ne fait pas l’exception. Par contre, il faut dire que la situation des Écoles Normales dans le pays, jusqu’à l’arrivée de la IIème République a été vraiment déplorable. Elles sont nées dans la misère économique, elles ont commencé à fonctionner dans des bâtiments qui n’étaient absolument pas aménagées et on n’avait pas non plus les ressources matérielles nécessaires. Un autre aspect à souligner de la formation des enseignants en Espagne tout au long du XIXème siècle et au début du XXéme, est la succession de réforme législatives pendant cette période. Cela montre une véritable préoccupation pour l’éducation du peuple mais aussi la volonté de contrôler la culture générale à transmettre à la société. Le précédent de ces Écoles Normales est la « hermandad de San Casiano ». C’était une sorte d’association à laquelle le Conseil de Castille a donné le pouvoir de fournir des diplômes de maître. (González Pérez, 1994, p. 177) L’éducation en France et en Espagne 55 En 1838, par la loi du 21 juillet 1838, on a décrété la création de ces Écoles Normales en Espagne, subventionnées par les administrations régionales. La propagation de ces institutions a été véritablement rapide (en 1845, 42 Écoles Normales fonctionnent dans tout le pays) et, à la fois irrégulière. Cela est du au grand intérêt mis par le Gouvernement du pays mais à l’inégalité des ressources économiques puisque c’étaient les « diputaciones provinciales » qui étaient chargées de gérer ces Écoles. C’est pour cela qu’à partir de 1843 on a unifié les Écoles Normales et elles ont été gérées par le Gouvernement Central. Ces écoles n’étaient destinées qu’aux hommes, il faut attendre une vingtaine d’années que l’École Centrale de Maîtresses soit créée. Avec la loi d’Instruction Publique du 9 septembre 1857 on a établi les bases du système éducatif, les formations professionnels y comprises. C’est dans ces dernières que la formation des enseignants est contemplée ainsi que les connaissances minimales nécessaires pour obtenir le diplôme de maître de l’enseignement primaire. En ce qui concerne la formation des enseignants, cette loi est doublement importante. D’abord le métier de l’enseignant est déjà conçu comme une profession, il s’agit donc de la professionnalisation des enseignants. Mais aussi, cette loi établit l’obligation de créer une École Normale dans chaque province et, en plus, une école qui fera la fonction d’école pratique. En 1900 on va créer le Ministère de l’Instruction Publique et les Beaux-Arts, et le 6 mars 1901, Alvaro Figueroa « Conde de Romanones » est nommé ministre. Il va intégrer les Écoles Normales à des Instituts d’Éducation Secondaire (Décret Royal, du 17 août 1901). De cette façon, on va baisser le niveau de la formation des enseignants au niveau des enseignements moyens. La colère des maîtres à propos de cette redorme va faire revenir en arrière au ministre et par un nouveau décret il a rendu la gestion des études de formation de maîtres aux Écoles Normales, mais seulement aux L’éducation en France et en Espagne 56 établissements féminins, les centres masculins continuent à faire partie des « Institutos » (Décret Royal du 24 septembre 1903). Par ailleurs, c’est aussi le ministre Romanones qui va prendre un des grandes décisions dans l’histoire : les maîtres deviennent fonctionnaires, c’est l’État qui paye le salaire des maîtres (Décret Royal du 26 octobre 1901). Même si les conditions des enseignants du premier degré continuent à être assez pénible Romanones a eu un rôle important dans l’histoire de la formation de maîtres. En 1909 on va créer par décret royal, les « Escuelas Superiores de Magisterio ». La création de nouveaux établissements s’explique par le bas niveau de qualification professionnel reçu par les maîtres issus des Écoles Normales. En 1914, et par décret royal on va consolider la dénomination des centres de formation des enseignants, les « Escuelas de Estudios Superiores de Magisterio ». Ayant comme objectif principal de donner une formation qualifiée aux professeurs des écoles primaires, ces institutions vont vraiment améliorer la qualité de l’enseignement professionnel. Le plan d’études de 1914, proposé par le ministre de l’Instruction Publique a été un grand avance. D’abord, à partir de ce moment là, une épreuve d’accès portant sur des connaissances de l’école primaire était requise. Après, quatre années de formation à l’École Normale. Le plan d’études de formation des maîtres prévu pour ce cursus à l’École Normale a, pour la première fois, une véritable cohérence. Les deux premières années, il s’agissait des enseignements purement théoriques, les deux dernières mélangeaient des enseignements pédagogiques avec des périodes de stages scolaires. Jusqu’à ce moment là, il y avait deux niveaux en ce qui concerne la formation des enseignants, il y avait les Écoles Normales pour les hommes et les Écoles Normales pour les femmes. Cela établissait une hiérarchisation dans le corps d’enseignants mais à partir de 1914, ce clivage va disparaître : « … todas las Escuelas Normales, tanto de maestros como de maestras, tendrán la misma categoría y conferirán el grado para L’éducation en France et en Espagne 63 6. CONCLUSION On a vu comment un système éducatif n’est que le fruit des évènements politiques, sociaux et économiques de la société dans laquelle il est inscrit. On ne peut pas analyser l’éducation d’un pays sans faire attention à sa situation sociale ou à son histoire. C’est pour cela que des fois, on se laisse porter par des résultats des enquêtes quantitatives qui ne tiennent pas compte des autres aspects qui sont vraiment remarquables. On ne peut pas comprendre un système éducatif, si l’on ne sait rien des caractéristiques de sa société. Les résultats menés par des enquêtes internationales (par exemple, PISA, faite par l’OCDE) sont importants mais il ne faut pas oublier que ce n’est que cela. Ces enquêtes n’évaluent la « qualité » des systèmes éducatifs que de façon quantitative et, indubitablement, ce n’est pas la meilleure façon de valoriser l’éducation dans un pays. En plus, dans l’enquête PISA, les questions sont différentes pour chaque pays, alors, comment on va faire un véritable classement si même les questions sont différentes ? C’est sûr qu’il y a toujours des choses à améliorer et des initiatives à reprendre des pays voisins, mais on ne peut jamais essayer d’imposer un système éducatif quelconque dans tous les pays du monde. La société dans laquelle le système éducatif se trouve doit être le meilleur barème pour pouvoir établir celui-ci. Dans le cas de la France, on a vu que le développement de son système éducatif a été plus ou moins progressif. À partir des changements introduits par Jules Ferry à la fin du XIX ème siècle, on n’a pas eu de grands bouleversements dans le système éducatif. C’est vrai que des réformes ont été mises en œuvre au fur et à mesure que la société changeait, mais à la base, les principes et la structure scolaire restent les mêmes. La situation de l’Espagne est tellement différente. L’histoire de l’éducation espagnole est fortement caractérisée et marquée par une absence de consensus en ce qui L’éducation en France et en Espagne 64 concerne l’éducation. C’est pour cela que l’on n’a pas encore trouvé une stabilité. La question de l’éducation a toujours été une sorte d’arme dont les partis politiques se sont servis pour lutter contre l’opposition. Et, malheureusement, c’est une situation qu’on n’a pas réussi à surmonter. On ne sait pas si les hommes politiques d’aujourd’hui sont véritablement intéressés en la situation éducative actuelle, mais, à mon avis, il faudrait arriver à se mettre d’accord pour stabiliser la situation éducative en Espagne. Par contre, on sait que maintenant cela n’est qu’une chimère. La société bouge et l’éducation avec elle. Un système éducatif doit toujours s’accorder aux besoins et aux nécessités de la société et des hommes. Par contre, une stabilité doit être, à mon avis, la base d’un système éducatif. Il faut, donc, trouver cet équilibre entre stabilité et changement, entre l’innovation et la continuité. De la même façon que la société s’est adaptée aux changements sociaux que l’éducation a produit tout au long de l’histoire, celle-ci doit s’adapter aux changements dont la société a besoin, tout en cherchant une stabilité qui nous assure une éducation de qualité. La question sociale, et même culturelle, est véritablement importante. Il faut toujours tenir compte de toutes les variables concernant l’éducation. Toutefois, il ne faut pas oublier que tout ce que l’on a aujourd’hui est la conséquence de tout ce que l’on a vécu, de la même façon que ce que l’on fait maintenant va conditionner l’école du lendemain. La construction d’un système éducatif est un chemin où tous les pas faits (en avant et en arrière) sont tenus en compte. À la base, on se rend compte que, malgré toutes les avances qu’on a vécu tout au long de ces années, de reformes et de changements au sein des systèmes éducatifs, le défi scolaire reste toujours l’une de questions les plus importante d’une société. Au-delà des lois, des gouvernements et des partis politiques, l’éducation est à la base, un atout indispensable pour transmettre aux enfants une culture et les valeurs qui L’éducation en France et en Espagne 65 vont leur donner les outils nécessaires pour devenir des citoyens. L’éducation a, incontestablement, un rôle essentiel dans le développement de l’être humain et c’est pour cela qu’il faut toujours essayer d’améliorer. Tu ne peux pas tout enseigner à un homme; tu peux seulement l'aider à le trouver en lui. (Galilée). L’éducation en France et en Espagne 66 Références bibliographiques Basdevant-Gaudemet, B. (1988). 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(2013). Loi de décentralisation nº 83-663, (1983). Loi Debré nº59-1556 du 31 décembre 1959 (1959). Loi d'orientation nº 89-486 du 22 juillet (1989). Loi du 9 décembre 1905 relative à la séparation des églises et de l'état (1905). Loi Falloux du 15 mars (1850). Loi Ferry du 16 juin 1881 (1881). Loi Ferry du 28 mars 1882 (1882). Loi Ferry du 30 octobre 1886 (1886). Loi Goblet du 30 octobre (1886). Loi Guizot du 28 juin 1833, (1833). L’éducation en France et en Espagne 72 Loi nº 2005-380 du 23 avril d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école. (2005). Ordonnance nº59-45, (1959). Reglamento general de la Instrucción Pública, (1821).