Pierre Lemaitre et l’évolution du genre policier en France
Abstract
Departamento de Filología Francesa y Alemana
Full text
Universidad de Valladolid GRADO EN LENGUAS MODERNAS Y SUS LITERATURAS TRABAJO DE FIN DE GRADO Pierre Lemaitre et l’évolution du genre policier en France Presentado por: Laura García Carbajosa Tutelado por: Belén Artuñedo Guillén VºBº Curso 2018 - 2019
2 Laura García Carbajosa Universidad de Valladolid TABLE DE MATIÈRES INTRODUCTION ……………………………...………………………………………………………… 3 PREMIERE PARTIE : CONTEXTE ET METHODOLOGIE 1. Introduction générale au genre policier …………………………………………….……….... 4 1.1. Le genre policier : littérature ou paralittérature …………………………………………….……. 4 1.2. Le roman policier…………………………………………………………………………….….…. . 5 1.3. Le roman noir ………………………………………………………………………………….……. 9 1.4. Le polar ………………………………………………………………………..…………………… 11 1.5. Le thriller …………………………………………………………………………………………… 13 2. Pierre Lemaitre et son œuvre …………………………………………………………….……. 16 2.1. La réception de son œuvre …………………………………………………………………….… 17 2.2. Critique littéraire ………………………………………………………………………………...… 18 3. Méthodologie de l’analyse narratologique ....………………………………………………. 20 3.1. Terminologie : texte, histoire, fable, événement, actant ……..…………………..…………… 20 3.2. Structure générale ……………………………………………………………………….….……. 20 3.3. Actants …….………………………………………………………………………………....…..... 22 3.4. Temps ..…………………………………………………………………………………………….. 23 3.5. Espace ………………….………………………………………………………………………….. 24 DEUXIEME PARTIE : ANALYSE DES ROMANS 1. Analyse de Robe de marié ………..……………………………………………………………. 26 1.1. Structure …………………………………………………………………………………………… 26 1.2. Personnages ………….…………………………………………………………………………... 29 1.3. Temps ………………….……………………………………………………………………………32 1.4. Espace ……………………………………………………………………………………………...34 1.5. Un roman policier ? ………………………………………………………………………………..37 2. Analyse de Trois jours et une vie ……….……………………………………………………. 38 2.1. Structure ………………….…………………………………………………………………………39 2.2. Personnages ….……….………………………………………………………………………….. 41 2.3. Temps ………………….…………………………………………………………………………... 42 2.4. Espace ………………….………………………………………………………………………….. 44 2.5. Un roman noir ? ………………………………………………………………….……………….. 47 CONCLUSION …………………………………..…………………………………………………….. 48 BIBLIOGRAPHIE ……………………………………..………………………………………………. 51 ANEXE 1 : Résumé du roman Robe de marié……………………………………………………..54 ANEXE 2 : Résumé du roman Trois jours et une vie .…………………...……………………….56
3 Laura García Carbajosa Universidad de Valladolid INTRODUCTION Etant si important l’écho médiatique du prix Goncourt obtenu par Pierre Lemaitre en 2013, nous nous sommes posé la question sur l’énorme succès en peu de temps de cet auteur. Il publie son premier roman en 2006 et il reçoit ce prix sept ans plus tard. Sa reconnaissance au niveau international est d’ailleurs évidente car ses romans sont traduits dans plus de trente langues. Il obtient le prix Goncourt pour son roman Au revoir là-haut, un récit adapté au cinéma par Albert Dupontel. Si l’on considère l’ensemble de ses romans, le genre policier est sans doute sa spécialité. En effet, dans son œuvre, on trouve des éléments provenant de différents genres narratifs qu’il tisse et dont il tire des éléments essentiels pour la structure des histoires. Telle est sa virtuosité que la critique littéraire n’arrive pas à bien classer ses romans, ce qui dévoile le développement d’un style d’écriture rénovateur et propre. L’objectif de notre travail est donc d’analyser si cet auteur contribue à un renouveau du genre policier en France, et cela à travers l’étude des caractéristiques de son style. Il nous faudra tout d’abord examiner les caractéristiques des genres à énigme, en commençant par l’explication du contexte de leur origine. Ensuite, nous étudierons le classement de sous-genres à l’intérieur de la littérature policière que la théorie de la littérature reconnaît. A continuation, la contextualisation de l’œuvre de Lemaitre, ainsi que la réception de son œuvre à travers les critiques littéraires, seront un point de repère important pour notre étude sur sa conception du roman policier. Pour ce faire, on expliquera la méthodologie à suivre, dont les principes de base correspondent à l’analyse narratologique et les outils d’analyse établis par Gérard Genette dans Figures III (1972) ainsi qu’aux interprétations de ce modèle par Mieke Bal. Cette analyse narratologique nous permettra d’identifier les caractéristiques récurrentes dans les romans que nous avons choisis. Vu la différence d’opinions entre les critiques de son œuvre, on a choisi deux romans appartenant à deux moments différents de la trajectoire de Pierre Lemaitre: Robe de marié (2009) et Trois jours et une vie (2016), étant considérés par lui-même un roman policier et un roman noir respectivement.
4 Laura García Carbajosa Universidad de Valladolid Enfin, le but de notre travail sera l’analyse de ces deux romans à partir duquel on reconsidérera les différentes critiques que les médias ont fait de ses romans et, par conséquent, on évaluera l’hypothèse initiale : le caractère rénovateur des romans de Pierre Lemaitre et sa voix incomparable dans le panorama de la littérature policière en France. PREMIERE PARTIE : CONTEXTE ET METHODOLOGIE 1. INTRODUCTION GÉNERALE AU GENRE POLICIER Définir le policier, en tant que genre, présente des difficultés. En même temps, son évolution a donné lieu à d’autres sous-genres dont les frontières ne sont pas très claires. Les romans policiers, les romans noirs, les polars et les thrillers sont des dénominations qui regroupent des récits qui n’appartiennent pas à une catégorie unique et dont le classement est plus déterminé par l’ambiance récréée dans le roman que par la structure narrative ou le système de personnages. La théorie littéraire a défini ces genres à partir de plusieurs points de vue. Pour comprendre les caractéristiques qui les définissent, on fera attention au contexte social et géographique où le genre policier est apparu, puis à son évolution qui a provoqué la formation d’autres sous-genres dont les caractéristiques seront réunies, et finalement nous essaierons de faire une synthèse de leurs similitudes et différences. 1.1. LE GENRE POLICIER : LITTÉRATURE OU PARALITTÉRAURE ? Cette problématique est toujours mise en question car la littérature policière a eu du mal à se consacrer en tant que genre à cause de la présence d’une grande ambiguïté parmi les romans qui y sont classés. Comme Uri Eisenzweig (1983, p.3) affirme: La littérature policière est en effet caractérisée par une double absence : celle d’une définition précise et celle d’une véritable tradition critique. Certes, on a écrit sur le roman policier mais il s’agit d’une activité fort récente. Ce théoricien met en relief l’idée que la définition du genre policier n’est pas facile à designer car l’éclosion de celui-ci date du XIXème siècle, mais les études sont plutôt modernes. Certains auteurs se questionnent sur la possibilité de considérer la littérature policière comme un genre au sens propre, étant donné qu’il s’agit d’un genre correspondant à des règles qui ne sont pas encore bien limitées, raison pour laquelle ils affirment que le roman policier n’est pas une littérature mais une paralittérature.
5 Laura García Carbajosa Universidad de Valladolid On considère que le premier roman policier est le Double assassinat dans la rue Morgue d’Edgar Allan Poe en 1841, mais les premiers livres théorisant le genre ne sont publiés qu’à partir de 1910. Par ailleurs, dans ce même sens, Frank Évrard (1996, p. 9) considère que si l’on ne peut parler de progrès ou d’évolution, l’histoire du roman policier se confond avec l’épanouissement de toutes les virtualités propres au genre, en réaffirmant que l’évolution du genre policier n’est pas parfois bien définie. Le roman policier surgit comme un symptôme d’une société problématique. Eisenzweig (1983, p.4) explique que les raisons pour lesquelles cette sorte de littérature n’est pas vraiment considérée comme un genre sont liées à deux attitudes : l’une correspond à l’acception d’un manque de normes qui formalisent le genre et l’autre relève d’un sentiment de condamnation morale étant le reflet d’une société marquée par la montée de la criminalité. Ces limitations à propos de la reconnaissance du genre policier, en tant que littérature, lui octroient le surnom de « mauvais genre ». En outre, le genre policier porte l’étiquette un peu condescendante de paralittérature car il est considéré comme une littérature de masses et populaire, facile à lire, vendue d’ailleurs dans les bureaux de tabac des gares et aéroports. Dans son article « Polar et l’imaginaire », Belhadjin (2005, p.5) reprend l’opinion de Todorov qui affirme que le bon roman policier, par exemple, ne cherche pas à être « original » mais, précisément, à bien appliquer la recette. De nos jours, la problématique de la dichotomie entre paralittérature et littérature est dépassée. Un roman policier est considéré une œuvre littéraire en fonction de sa qualité stylistique, même s’il répond à des règles de genre précises, ce qui ne veut pas dire qu’il s’agisse d’un genre stéréotypé, car il évolue avec les sociétés. On ne croit pas que le fait d’être un genre très lu ôte de la valeur à ce type de romans et, encore moins, au cas de l’auteur objet de notre étude. 1.2. LE ROMAN POLICIER Le roman policier, qui a comme précédent le roman populaire, est né à la fin du XIXe siècle. Ce siècle est caractérisé par un grand développement de l’industrie, ce qui a débouché sur une prospérité de la criminalité dans les grandes villes. Les journaux étaient pleins de nouvelles criminelles réelles qui passionnaient un grand nombre de lecteurs. Le
6 Laura García Carbajosa Universidad de Valladolid genre policier naît donc au milieu de cette ambiance criminelle sous la forme d’un roman judiciaire. De nombreux auteurs s’accordent à considérer Poe comme le point fondamental pour la naissance du genre policer avec ses trois romans : Double assassinat dans la rue Morgue, Le mystère de Marie Roget et La Lettre volée. Elles ont été publiées en 1841, 1842 et 1944, respectivement, mais ne seront traduites en français qu’à partir 1856. Considéré comme le père du roman policier, Poe a réalisé une production romanesque dont l’influence persiste aujourd’hui. Au début, son œuvre appartenait au genre fantastique mais elle évoluera vers une fantaisie noire, entourée d’assassinats. Comme nous l’avons déjà signalé, Double Assassinat dans la rue Morgue, estimé comme le premier récit policier, est apparu en 1841 et sera traduit en français par Baudelaire, devenant ainsi un auteur référant pour les auteurs français des récits criminels. Or, malgré la considération de Poe comme le créateur du genre, nous retrouvons d’autres écrivains précurseurs tels que Ann Radcliffe (The Mysteries of Udolpho, 1794), Schiller (Der Geisterseher, 1789), William Godwin (Calleb Williams or things as they are, 1794) ou Adolf Müllner (Der Kaliber au dem papieren eines Kriminalbeamten, 1829). Leurs romans thématisent des événements énigmatiques où le lecteur doit suivre un schéma de pistes, parfois de fausses pistes, jusqu’à dévoiler la vraie histoire de l’énigme. Il y a des théoriciens qui osent affirmer que l’origine de ce genre est antérieure, en prenant Œdipe Roi comme le premier roman à énigme, car Œdipe découvre sa propre culpabilité en examinant des indices. Pourquoi Poe est donc considéré comme le créateur du genre policier s’il n’était pas le premier à avoir écrit un roman de ce type? L’écrivain et professeur Andreu Martín (2002, p. 151) essaie de répondre à cette question en signalant que sa popularité se fixe autour de sa vie bouleversante et de ses incorporations à la littérature à énigme. Après avoir fait quelques voyages problématiques en Europe, Poe revient aux États-Unis où il mène une vie plus calme, il essaie d’arrêter de boire de l’alcool et commence à travailler en tant que directeur littéraire d’un journal appelé Graham’s Magazine à Philadelphia. Grâce à lui, ce journal atteint les 20000 souscripteurs. Dans ces articles, il montrait sa fascination pour les jeux à énigme et son enthousiasme à résoudre des hiéroglyphes.
7 Laura García Carbajosa Universidad de Valladolid Finalement, le fait qui a placé Edgar Allan Poe comme l’écrivain référant de ce genre, selon Martin (ibid., p.153), c’est que l’année même où Double Assassinat dans la rue Morgue est publié, un mouvement mondial s’est produit : en France, Balzac écrivait Une ténébreuse affaire et quelques ans plus tard, en Angleterre, Conan Doyle contribuera à la consécration du genre littéraire avec la création de Sherlock Homes. Parmi les innovations introduites par Poe se trouvent : le crime sous la forme d’un puzzle, l’intelligence de l’enquêteur pour analyser les événements et la fin surprenante. Auguste Dupin, l’enquêteur et personnage principal de Double Assassinat dans la rue Morgue, est doté d’une énorme intelligence qui lui permet de résoudre les mystères ; avec Sherlock Holmes, il deviendra le modèle de l’enquêteur romanesque, détective ou policier. Les trois premiers romans de Poe, d’après l’étude de Diana Cerqueiro (2010, p.2), définiront les caractéristiques du genre dans sa première étape : un enquêteur amateur qui n’appartient pas à la police et qui semble être une personne narcissiste, froide et intelligente ; un narrateur qui en même temps est un ami à l’enquêteur ; des personnages qui sont suspectés d’être coupables ; des témoins qui fournissent des pistes qui aideront à résoudre le crime et la prédominance des raisonnements. L’introduction du roman policier en France revient à l’écrivain français Émile Gaboriau qui invente le roman « judiciaire » en 1866, qualifié plus tard de « policier » (Evrard, 1996, p. 37). Chez Gaboriau, le héros est un policier intelligent qui recherche un coupable absent et le criminel est une personne réelle. Le mystère de l’enquête sera le facteur primordial. Pour revenir à la question de la définition de genre, S. Van Dine, auteur de romans policiers, publie en 1928 dans L’American Magazine un article appelé Vingt règles pour le crime d’auteur. Comme ces vingt règles sont assez redondantes, Todorov (1971, p.6) les résume en huit points dans La typologie du roman policier: 1. Le roman doit avoir au plus un détective et un coupable, et au moins une victime (un cadavre). 2. Le coupable ne doit pas être un criminel professionnel ; ne doit pas être le détective; doit tuer pour des raisons personnelles. 3. L'amour n'a pas de place dans le roman policier. 4. Le coupable doit jouir d'une certaine importance : a) dans la vie : ne pas être un valet ou une femme de chambre;
8 Laura García Carbajosa Universidad de Valladolid b) dans le livre : être un des personnages principaux. 5. Tout doit s'expliquer d'une façon rationnelle; le fantastique n'y est pas admis. 6. Il n'y a pas de place pour des descriptions ni pour des analyses psychologiques. 7. Il faut se conformer à l'homologie suivante, quant aux renseignements sur l'histoire : « auteur: lecteur = coupable : détective ». 8. Il faut éviter les situations et les solutions banales (Van Dine en énumère dix). A ces règles, s’ajoute l’étude de Frank Évrard (1996, p. 7) concernant le roman policier. Il considère que cette dénomination fait référence à une forme littéraire anoblie (roman) et à un contenu thématique précis (policier) où le thème principal va se dérouler autour de l’univers criminel. L’histoire du crime est absente, c’est pourquoi le détective et le lecteur doivent la déchiffrer en s’interrogeant sur qui a tué, comment et pourquoi. Le rôle du détective et du lecteur est donc celui d’interpréter les indices du crime pour dévoiler finalement l’histoire complète. Évrard (ibid., p.11) conclut que l’enquêteur devra reconstruire le crime caché à travers les témoignages qui parfois sont contradictoires. Dans le parcours de l’enquête, d’après ce même théoricien (ibid., p. 12), plusieurs sortes de signes sont trouvées. Ce sont des empreintes, des symptômes ou des indices tout simplement qui répondent à de possibles faits réels ou qui mènent à l’élaboration d’hypothèses et à l’identification des suspects. Une autre caractéristique très importante du roman policier (ibid., p. 14) est l’emploi des dialogues qui facilitent la lecture des événements puisqu’ils conduisent aux questions posées par l’enquêteur et que le lecteur se pose aussi, en déclenchant les réponses nécessaires pour la reconstruction du « puzzle ». Pour respecter la structure énigmatique, la polyphonie et la polysémie vont être réduites ainsi que la pluralité puisque l’intention principale est celle d’obtenir une seule résolution pour le crime. En ce qui concerne la structure narrative, deux séries temporelles se superposent : la première est celle du moment où le crime a lieu et la seconde, celle où l’enquête se développe. Evrard (ibid., p.15) signale l’importance de la structure temporelle du récit policier divisée entre l’action qui commence au moment du crime, l’enquête qui mène à lui et les jours du drame qui le précèdent, c’est pourquoi le roman policier est formé d’une double construction narrative : un récit principal est à la recherche d’un autre récit, d’un récit caché, celui du crime.
9 Laura García Carbajosa Universidad de Valladolid Dans les deux narrations, dont la chronologie des événements est tant progressive que régressive, il y a des personnages qui sont la base des deux narrations : la victime, le coupab1e et l’enquêteur (ibid., p.17). L’intrigue du roman policier doit suivre donc un schéma précis: un état initial en équilibre qui est bouleversé par l’apparition d’un crime et, à partir d’une enquête et d’une poursuite du meurtrier, le point initial d’équilibre va être rétabli au moment où on détermine une identité du coupable. Par conséquent, la fin du récit ne doit pas être ouverte, il faut que l’intrigue soit complètement dénouée. 1.3. LE ROMAN NOIR Si le roman policier était focalisé sur la résolution d’un mystère orchestré comme un jeu de logique, le roman noir va laisser cet objectif d’un côté et se concentrera sur le contexte social. La dénomination « noir » porte sur la description des endroits obscurs mais aussi sur la publication de la Série Noire en 1945 car ces romans-là ont provoqué un changement définitif concernant la façon de raconter un crime. Evrard (ibid., p. 28) présente La Série Noire comme une collection qui s’ouvre avec trois livres (deux de Peter Cheney et un de James Hadley Chasse) qui ont été traduits par l’éditorial Gallimard à la fin des années soixante et qui ont rendu le genre très populaire en France. L’apparition de cette nouvelle forme de narration est dûe à un public désenchanté qui considérait déjà le roman policier très éloigné de ses préoccupations et d’une criminalité différente et plus proche de la vie des lecteurs ; de telle sorte que le roman noir surgira en réponse à une recherche d’originalité et de réalisme. Le roman noir est considéré comme une partie du roman policier mais qui porte sur la vie urbaine. Le héros du roman noir (Belhadjin, 2005, p. 2) est un personnage qui apparait physiquement dans l’histoire et qui évolue avec le déroulement des actions, contrairement au héros du roman policier : un personnage qui ne fait pas partie de l’histoire, mais qui assure les réflexions et les raisonnements à travers lesquels l’intrigue progresse et l’énigme est résolue. Les thématiques principales du roman noir sont les problèmes sociaux d’une époque qui est en crise, qui subit les conséquences de la Première Guerre Mondiale. Il est naît dans les années 1920 aux États-Unis, au moment où la corruption policière, le gangstérisme et la violence étaient partout et cette désillusion est reflétée dans la littérature (ibid., p. 2). A cause du contexte de perturbation sociale, le roman noir va se
16 Laura García Carbajosa Universidad de Valladolid Le thriller n’est pas inclus dans ce tableau car son exclusivité ne porte pas sur les codes de l’histoire mais sur les émotions procurées à travers les actions extrêmes qui mènent les personnages, de telle façon que sa thématique n’est pas nécessairement de caractère policier. Il est à mi-chemin entre le roman à énigme et le roman d’aventures. Les personnages du thriller sont très intelligents et prennent conscience de tout ce qui les entoure. En ce qui concerne l’espace du triller, il est normalement un lieu petit et fermé avec l’intention de procurer des frémissements. Le temps est linéaire et le rythme rapide. Dans cette première partie, nous avons contextualisé les théories existantes consacrées au genre policier. En outre, nous avons synthétisé les caractéristiques de ces sous-genres en créant un tableau comparatif qui nous servira d’outil pour analyser et comprendre l’œuvre de Pierre Lemaitre. Ce cadre théorique était nécessaire pour une lecture approfondie de l’œuvre de Lemaitre que nous présentons dans la deuxième partie de ce travail, qui constitue l’analyse narratologique, non sans avoir préalablement présenté l’auteur et sa trajectoire comme romancier. 2. PIERRE LEMAITRE Pierre Lemaitre est un célèbre auteur de romans et scénariste français. D’après les informations contenues dans sa fiche de la Bibliothèque Nationale de France (BNF) (2018), il est né à Paris en 1951. A l’âge de 26 ans, il crée une petite société de formation professionnelle pour adultes où sont enseignées la communication et la culture générale. Il est considéré comme autodidacte en matière de littérature. Lemaitre se consacre à l’écriture à partir de 2006, moment où il publique Travail soigné. Ce premier roman est refusé par douze maisons d’édition, mais l’une d’entre elles, Le Masque, décide finalement de le publier et il reçoit le Prix Cognac (2006). Travail soigné (2006) conforme le premier roman d’une série frissonnante qui touche les lecteurs contemporains. Ce roman porte sur un crime macabre et sordide de deux femmes. L’enquête est menée par la « brigade Verhoeven », composée de quatre hommes, dont Camille Verhoeven est le commissaire, un policier atypique et d’une petite taille mais très intelligent. La brigade découvre les cadavres des deux femmes complètement découpées en morceaux et peu après ils découvrent qu’il s’agit d’un tueur en série. Le criminel sanguinaire communique avec le commissaire par courrier et il semble avoir tout prévu.
17 Laura García Carbajosa Universidad de Valladolid Lemaitre publie plus tard Alex (2012), Sacrifices (2012) et Rossy & John (2014). Ces romans constituent La trilogie Verhoeven en créant une série autour du même enquêteur : Camille Verhoeven. En raison du succès de ces romans, Travail soigné est adapté en 2019 au format BD par Pascal Bertho et Yannick Corboz mais cette version dessinée est reprise avec le titre Irène (G., P., 2019, p. 1). En 2013, il publie Au revoir là-haut, qui sera le premier titre d’une nouvelle série de romans policiers. Cette série s’appelle La trilogie de l’entre deux-guerres et elle est composée par Au revoir là-haut (2013), Couleurs d’incendie (2018) et Miroir de nos peines, qui n’a pas encore été publié. Au revoir là-haut porte sur la Première Guerre Mondiale et il est classé comme un roman policier. Cependant, lors d’une interview à Lemaitre réalisée par Página 2 (2014), une émission de la TVE, l’auteur affirmait qu’il s’agit plus d’un roman picaresque que d’un roman policier, et qu’il a essayé de s’approcher de la littérature picaresque espagnole avec cette œuvre, en signalant El Lazarillo de Tormes (1550) comme son exemple à suivre. Il s’est fait connaître surtout grâce à ce roman-ci puisqu’il reçoit le prix Goncourt et il est classé dans la liste des best-sellers de l’année 2013. L’année suivante, il reçoit le Prix Audiolib (2014), lu par Pierre Lemaitre lui-même, et trois ans plus tard, Au revoir là-haut est adapté au cinéma par Albert Dupontel (2017), en obtenant le César de la meilleure adaptation (BNF, 2018, p.1); les critiques à ce film mettent en relief la ressemblance très fidèle au livre, ce qui révèle que le caractère cinématographique est déjà présent chez les romans de Lemaitre. En parlant de l’adaptation cinématographique d’Albert Dupont, dans l’émission La Grande Librairie (2017), Lemaitre trouve que le cinéaste a très bien respecté l’univers du roman même s’il a rajouté des scènes et qu’il a changé le point de vue. Au revoir là-haut présente des techniques du roman policier, puis qu’il se construit à partir de faux indices et du suspense. Il a d’ailleurs un caractère historique pour sa contextualisation de la guerre, et picaresque, pour la caractérisation des personnages et le mensonge. 2.1. Réception de son œuvre D’après les informations statistiques de Le Parisien (2017), Au revoir là-haut a atteint les 650.000 exemplaires vendus, traduis en plus dans 33 pays. C’est une année plus tard qu’Albert Dupontel décide d’adapter ce roman au format cinématographique en y
18 Laura García Carbajosa Universidad de Valladolid consacrant 17 million d’euros. Le résultat a été la création de l’une des plus belles œuvres du cinéma français. Or, même si le roman qui a obtenu le plus grand succès est Au revoir là-haut, étant un roman qui mélange les genres policier, historique et picaresque, sa thématique préférée est de caractère policier et noir. Dans une interview mené par Le Monde (2013), Lemaitre illustre que ses premiers romans, ainsi que Trois jours et une vie, correspondent au roman noir et que la trilogie Verhoeven, à côté de Robe de marié, correspondent au roman policier. Cependant, beaucoup d’avis à propos de ce classement divergent. On pourrait même se demander si, au lieu de suivre un seul genre, il n’en combinerait pas plusieurs, ce qui donnerait lieu finalement à un genre hybride. Pierre Lemaitre (ibid.) se définit comme un écrivain plutôt dont l’inspiration provient de la souffrance. Il déclare Je suis un écrivain assez jubilatoire. Ah j'adorerais, j'adorerais souffrir... C'est christique. Moi, je m'amuse beaucoup. Son enthousiasme pour le monde du suspense et de la souffrance devient évident. Son inspiration s’appuie surtout sur des auteurs comme Alexandre Dumas, Victor Hugo ou Alfred Hitchcock. Par là, j'essaie de suggérer qu'un auteur est un carrefour d'influences. Mes romans forment l'autodictionnaire de mes lectures (ibid.). Dans l’émission que nous avons déjà citée, La grande Librairie, Lemaitre rappelle que son premier roman commence par une citation de Roland Barthes : un écrivain est quelqu’un qui arrange des citations en retirant les guillemets. Ses mots mettent en évidence l’importance que ses lectures ont pour son inspiration. Dans ses romans, il fait des références à d’autres auteurs, mais aussi il prend des idées d’autres qu’il rend finalement propres en les reformulant. 2.2. Critique littéraire Les critiques littéraires des médias ont reconnu chez Lemaitre un écrivain éclectique et polyvalent. Parmi les critiques de ses œuvres, les opinions parlant d’un même roman sont parfois totalement différentes. A travers celles-ci, on peut affirmer que c’est un auteur qui a de multiples registres. Si l’on regarde la quatrième de couverture de Robe de marié (Pierre Lemaitre, 2009, p.322), on trouve des critiques littéraire réalisées par des journalistes. Alla Kaval constate dans Marianne: Avec Robe de marié, Pierre Lemaitre livre un polar parfaitement orchestré, où le mal n’épargne personne, en affirmant qu’il s’agit d’un polar bien
19 Laura García Carbajosa Universidad de Valladolid travaillé, sans aucune question en suspens. Les personnages aussi que l’intrigue sont bien développés. Une fable cruelle et amorale sur le harcèlement et la vengeance explique Philippe Lemaire dans Le Parisien qui observe que la cruauté est la caractéristique la plus remarquable du roman. Comme notre auteur avait dit, il adore souffrir et la cruauté est l’une des essences de son style. Et finalement, Brigitte Hernandez dans Le Point qui considère Robe de marié comme un roman qui fait peur, juste comme on aime frissonner. Avec plaisir. Elle soutient qu’il s’agit d’un thriller, étant donné que la peur et les frissonnements provoqués chez le lecteur sont aussi angoissants que plaisants. Voilà la polyvalence de ce prix Goncourt dans le monde des romans à énigme qui la critique littéraire n’arrive pas bien à classer ses romans. En ce qui concerne les critiques sur Trois jours et une vie, on se réaffirme sur le fait de l’existence d’une critique littéraire très variée et très ample autour de lui. Dans sa quatrième de couverture (2016, p.322), Valérie Gans, journalise de Madame Figaro, signale que ce roman est un huis clos oppressant où l’on reconnaît la patte d’un roi du thriller, aussi talentueux dans la petite historie que dans la grande. D’après l’opinion de Julie Malaure dans Le point, il s‘agit d’un livre très noir. Une nouvelle divergence d’opinions est présentée. Selon Gans, ce livre est un thriller car il produit un sentiment d’oppression et d’angoisse, sentiments qui sont propres aux thrillers ; Malaure, quant à elle, affirme que c’est un roman noir étant donné que l’espace est un environnement urbain chargé de problèmes sociaux et des préjugés. On dirait même qu’il s’agit d’un polar puisque le héros commet un crime par accident dans une société rangée et fixée dans le temps. En effet, les caractéristiques que la critique et que l’auteur ont dévoilé sur son écriture et sa façon de comprendre le roman révèlent un intérêt sur son œuvre littéraire, dont l’importance est focalisée sur son évolution et ses contributions au genre policier. Pour étudier sa création littéraire et pouvoir analyser ses romans, ainsi que son style, nous avons choisi deux romans, Trois jours et une vie et Robe de marié car chacun appartient à un moment différent de l’œuvre de cet excellent romancier. Avant de procéder à l’analyse des textes sélectionnés, il faut établir les principes méthodologiques et les outils d’analyse que nous avons utilisés dans notre lecture.
20 Laura García Carbajosa Universidad de Valladolid 3. MÉTHODOLOGIE DE L’ANALYSE NARRATOLOGIQUE Pour aborder l’analyse narratologique, La teoría de la narrativa (1987) de Mieke Bal, qui constitue une synthèse de différentes approches à la théorie de la narration, nous servira de base théorique générale pour fixer les domaines d’analyse des caractéristiques narratives, telles que le narrateur, la focalisation, les personnages ou l’espace, et pouvoir ainsi interpréter les œuvres de Lemaitre. Il nous faudra par ailleurs considérer les théories des analystes du roman policier, comme celles d’Evrard, Eisenzweig, Lits et Reuter, pour explorer le caractère que Lemaitre a voulu donner à ses romans. Pour le traitement du temps, étant donné sa complexité, on suivra directement les théories de Genette. 3.1. Terminologie : texte, histoire, fable, événement, actant Dans un premier temps, Bal met en relief l’importance de différencier entre les termes « texte », « histoire », « fable » et « événement ». L’auteur (1987, p. 13) explique que le texte narratif est un texte où un agent raconte une narration tandis qu’une histoire est une fable présentée d’une certaine façon et une fable est une série d’événements logiques et chronologiques; de son côté, l’événement est la transition d’un état à un autre. Mais tous ces éléments ont comme sujet les actants de l’histoire, à ne pas confondre avec des personnages humains, qui parcourent les niveaux narratifs établis par Bal dont la caractéristique principale est la transformation d’un état, un changement. Par ailleurs, Bal (ibid., p. 15) considère d’autres éléments importants tels que le temps attribué aux divers événements de la fable, le caractère des personnages et l’espace où se déroulent les événements devenant des lieux spécifiques. Il y a des liens très précis entre tous ces éléments-là qui peuvent être décrits physiquement mais aussi symboliquement selon de multiples points de vue. 3.2. Structure générale Tout d’abord, le titre sert à déclencher déjà la trame. Le roman à énigme est plein d’indices où le premier se trouve avant de tourner la première page. Le titre et la couverture servent à attirer l’attention du lecteur aimant les romans policiers et son intertexte est normalement une piste de l’avenir. Le roman à énigme, comme dénomination générale de tous les sous-genres policiers, raconte une histoire à l’inverse où le récit de l’enquête est à la recherche du récit
21 Laura García Carbajosa Universidad de Valladolid du crime, c’est-à-dire, il y a une inversion de l’ordre chronologique. Le roman commence normalement par les jours du crime en dévoilant la victime, et l’enquêteur devra reconstruire les événements en arrière, à travers les indices, pour connaître l’identité du meurtrier et sa motivation. Le contrat établit entre le co-texte et le lecteur garantit l’éclaircissement final et promet la restauration de l’ordre. Une caractéristique habituelle de ce genre est l’insertion de différents types de récits dans le récit principal, tels que des extraits journalistiques qui expliquent le parcours de l’enquête, des cauchemars des personnages obsédés par des événements passés, des journaux intimes ou des lettres. D’autre part, l’emploi des ironies fait partie du jeu de la narration (Eisenzweig, 1987, p. 160). Le récit policier doit surtout être contradictoire pour bien tenir le mystère jusqu’à la fin et c’est grâce au mélange des récits, du langage non sérieux et de la focalisation que l’on éloigne le lecteur de la vérité et qu’on construit le suspense et l’envie de continuer à lire pour « savoir ». Le narrateur est l’agent qui raconte l’histoire soit à la première personne du singulier, soit à la troisième personne du singulier. Bal (1987, p. 131) explique que cet agent peut se construire sur quatre situations narratives : narrateur = personnage, narrateur impersonnel, narrateur témoin ou narrateur omniscient. La situation narrative n’est pas immutable, mais elle est très souvent changeante. Dans le roman policier classique, le narrateur était intellectuellement déficient et il omet l’essentiel, ce qui permet de soutenir le mystère à travers cette ignorance du narrateur. A côté du narrateur il faut considérer la focalisation, déterminée par la relation entre ce qu’on voit et ce qu’on perçoit. La focalisation peut être interne, si elle correspond à un personnage qui agit dans l’histoire, ou externe, si l’agent focalisateur est anonyme et n’appartient pas à la fable (ibid., p.110). Etant donné qu’il se produit un mélange entre la vision et la perception, la focalisation permet la manipulation du lecteur en cachant des observations que le narrateur ne montre pas. Elle peut changer d’un personnage à un autre pour exposer les différents points de vue d’une même affaire car les histoires se déforment selon qui les raconte, par exemple, un crime a au minimum deux visions : celle de la victime et celle du criminel. C’est à l’enquêteur de retrouver les deux. Dans le récit à énigme, le théoricien Lits (1989, p. 31), souligne qu’il faut qu’on prête attention à ce que les gens disent et à la manière dont ils le disent, à commencer par l’auteur et/ou le narrateur, c’est-à-dire, le contenu est important mais aussi la forme.
22 Laura García Carbajosa Universidad de Valladolid Les contradictions du récit seront constantes pour dévier l’attention du vrai coupable dans l’examen des différents suspects et indices, c’est pourquoi le romancier doit avoir un plan très bien organisé sur la structure double et à rebours, ce que l’analyse narratologique essaie de dévoiler. 3.3. Actants Le récit policier classique considère la présence de trois rôles fondamentaux, victime, coupable et enquêteur : Il place à l’initiale une victime, à la fin un coupable ; tout l’intervalle est occupé par la figure fascinante et centrale de l’enquêteur ou détective, explique le théoricien Reuter (1989, p. 173). Pourtant, dans les sous-genres déjà étudiés, on a montré que l’existence des trois n’est pas nécessaire: parfois l’enquêteur ne participe pas dans l’histoire, d’autres fois les rôles de victime et coupable sont interchangeables. Le lecteur peut connaître un personnage à partir des descriptions physiques et morales faites par le narrateur, mais aussi de façon indirecte grâce à ses pensées et à ses actions ou à travers les dialogues ou les opinions des autres personnages. Au début, les personnages du roman policier ne montraient que leurs réflexions internes, cependant l’évolution du genre a entraîné aussi une évolution des personnages, concernant leur caractérisation et leurs actions. L’intention des personnages peut être, soit l’acquisition d’un objet, soit la fuite de quelque chose de désagréable. L’objet n’est pas toujours une personne ou une chose physique, mais il peut être la recherche d’un certain état, comme le bonheur, la sagesse, la découverte de l’assassin. Bal (1987, p. 35) exemplifie sa théorie à travers la phrase Maigret veut savoir l’identité de l’assassin. Maigret est le sujet de l’action, dont la fonction est veut savoir et l’objet est l’identité de l’assassin. Il existe une volonté qui déclenche le rapport entre les actants : la victime peut être l’objet de désir de l’assassin, qui est l’objet à saisir par l’enquêteur, et ainsi de suite. De telle façon que, dans le genre policier, les personnages auront des intentions telles que dévoiler l’identité d’un criminel, découvrir le cadavre, cacher les indices ou venger quelqu’un. La fonction de l’enquêteur est celle de rétablir l’ordre. Le récit policier repose sur des personnages faux (Eisenzweig, 1987, p. 64), de manière que l’auteur essaie d’occulter la moindre chose intéressante des personnages impliqués dans le crime. Il joue entre le fait d’être et de paraître pour dévier l’attention
23 Laura García Carbajosa Universidad de Valladolid du lecteur de ce qui est trop évident. C’est pourquoi les coupables et les complices seront des personnages presque inexistants dans le récit, car la narration cache entre les lignes toutes les pistes qui puissent révéler leur identité. L’enquêteur comme stéréotype est souvent un ancien policier qui s’est séparé du corps pour des raisons psychologiques (Reuter, 1989, p. 144), dont la vie privée n’a rien de privée et la nostalgie reine sa vie amoureuse. C’est lui qui incarne fréquemment la figure du narrateur en montrant ses pensées au lecteur d’une façon parfois contradictoire. Le détective s’entoure normalement de collaborateurs, appelés lieutenants et le coupable a parfois des complices (ibid., p.178), nommés aussi par d’autres théoriciens comme adjuvants et opposants. Ces personnages secondaires mènent un rôle important pour la complexité de l’histoire et leurs intrigues parallèles accélèrent le rythme du récit. Ils apportent de l’aide ou provoquent des empêchements pour qu’un sujet ne réussisse pas son but. Les objets sont aussi importants que les personnages (Eisenzweig, 1986, p.55), ils constituent les indices, comme, par exemple, l’arme homicide et ceux-ci doivent être à la fois absents et mentionnés par la narration; leur fonction est celle de conduire jusqu’à une solution surprenante. Plus les indices sont absents, plus la solution est impossible. Le dernier actant à souligner est la valeur de la vérité, puisque les personnages peuvent occulter la vérité ou effectuer de faux témoignages (Bal, 1987, p.42), par exemple, un personnage ressemblant un adjuvant peut donc être finalement un opposant. Cette stratégie narrative trouble la linéarité du récit et oblige le lecteur à revenir en arrière en ce qui concerne l’identité des personnages : en tant que lecteurs, nous sommes obligés à jouer un jeu de découverte et de mensonge qui fait l’attrait de ce genre littéraire. Le but du romancier d’énigmes est de présenter un crime qui semble improbable et le signaler comme impossible. Petit à petit, les impossibilités deviennent des possibilités, puis des probabilités jusqu’à la découverte de la vérité. 3.4. Temps Le temps joue un rôle essentiel dans les romans policiers, dû à son alternance temporale progressive et régressive. Les événements arrivent pendant une période de temps précise et se produisent dans un ordre déterminé, (ibid., p. 45) qui normalement n’est pas un ordre chronologique. Le problème narratif au sein du récit policier est la
24 Laura García Carbajosa Universidad de Valladolid structure duelle temporelle qui provoque le mystère où un récit est à la recherche d’un autre. Le premier récit correspond au crime et le deuxième à la découverte du criminel et de ses motivations. Les romans policiers commencent habituellement in medias res en dévoilant l’assassinat mais en cachant l’auteur du crime. Pour arriver à cette dualité temporelle, des prolepses et des analepses se succèdent sur l’axe chronologique. Les analepses sont des récits rétrospectifs (Genette, 1972, p.90) qui servent à informer le lecteur de ce qui fut dans une période antérieure au récit principal. La prolepse fait le contraire, une anticipation temporelle montrant un événement qui ne s’est pas encore déroulé (ibid., p. 105), et elle est moins fréquente que l’analepse. L’une comme l’autre peuvent être externes, lorsque leur amplitude reste extérieure à celle du premier récit, ou internes, quand elles interfèrent le récit principal. A travers ces deux outils, la fable est remuée par des progressions et des régressions. Il y a d’autres phénomènes temporels comme le sommaire (ibid., p. 130), qui consiste à alléger le récit en résumant des journées, des mois ou des années; la pause narrative (ibid., p. 133), qui contribue à ralentir le récit ou l’ellipse, qui omet des moments de l’histoire. En appliquant ces trois derniers, le rythme du récit est accéléré ou ralenti. Ce sont de diverses formes de tenir le mystère et le suspense. Dans un autre sens, le temps contextuel a d’ailleurs une grande importance, étant donné son lien avec la société qui sera reflétée. 3.5. Espace Egalement, les actions ont lieu dans un espace, dont l’importance est surtout symbolique. Les endroits des actions peuvent se déduire normalement par le contexte ; d’autres fois, ils sont détaillés avec une grande précision. L’opposition entre les espaces intérieurs et extérieurs est très souvent employée pour évoquer l’emprisonnement et la liberté respectivement (ibid., p. 50). Les oppositions des espaces sont d’un caractère psychologique ; en effet, il est courant de focaliser sur une seule opposition spatiale, par exemple, la frontière entre deux lieux peut jouer un rôle significatif, la maison et l’extérieur, la ville et les alentours, etc. L’isolement des lieux est aussi remarquable car il favorise les sensations d’emprisonnement et d’angoisse. Pour le roman policier, la ville n’est pas un simple référent (Evrard, 1996, p. 111) mais un endroit entouré de violence et menaçant et elle est souvent présentée comme un
25 Laura García Carbajosa Universidad de Valladolid lieu diabolique dont les habitants sont tous suspectés du crime. Sur le plan symbolique, le lieu clos présente une idée psychologique et morale qui perturbe les personnages aussi bien que le lecteur. Evrard (ibid.) considère l’espace du roman policier comme un labyrinthe de signes car il sera plein d’indices et de traces qu’il faudra dévoiler. Cette nomination fait référence à la difficulté de trouver la sortie du mystère et exemplifie la complexité structurale manifestée par cette sorte de romans. Présenté comme un lieu ambigu entre le réel et le fantasme, l’espace sera un élément d’un caractère très métaphorique et psychologique. La scène du meurtre, ainsi que le cadavre du personnage assassiné, sont au cœur de la narration policière où le mystère poursuit des crimes presque parfaits chargés d’une énorme violence. La scène du meurtre est parfois présentée de façon elliptique ou vue à travers un témoignage (ibid., p. 131). L’espace est créé visuellement mais aussi acoustiquement, les bruits de la nuit, les bruits des meubles… favorisent la création d’une atmosphère frissonnante et violente. La scène du crime sera un lieu qui semble être hermétique mais dépourvu de tout signe de culpabilité. En définitive, après avoir établi cette synthèse des éléments narratifs à analyser dans un roman, nous constatons que notre étude doit prêter une attention spéciale à la figure du narrateur, dont la focalisation est importante, pouvant signifier la différence entre un genre et un autre ; d’autre part, les descriptions physiques et psychologiques des actants, l’espace incluant le lieu du crime ou de la fuite, et la structuration des temps, tous ces facteurs d’analyse, nous permettront de nous plonger dans l’univers narratif de Pierre Lemaitre pour pouvoir en extraire les caractéristiques principales et évaluer, ainsi, quels choix il a mis en place dans ses romans pour construire une vision tellement personnelle du roman policier.
32 Laura García Carbajosa Universidad de Valladolid son appartement pour se cacher et son père livre de faux documents pour que Franz les trouve et devienne déprimé. L’importance du rôle du père fait partie de la surprise finale que Lemaitre insère dans ses dénouements. C’est à la dernière page qu’on sait que le père de Sophie a été le point clé pour arrêter à l’agresseur avec son plan. Le jeu des personnages et de leurs actions est très compliqué et surprenant. Le rôle du coupable paraissait dans un premier moment appartenir à Sophie, cependant elle est la véritable victime. On découvre, lors des changements narratifs, que le vrai agresseur est Frantz, apparaissant comme un narrateur-personnage nouveau au milieu du roman, sans aucune contextualisation ni repère dans l’histoire de Sophie. Finalement, les actions des adjuvants, tant celles de la meilleure amie, Valérie, comme celles du père de Sophie, seront décisives pour le dénuement de l’intrigue. La clé pour la confusion du lecteur réside dans la polyvalence des identités des personnages, qui au début sont très flous, et dans le jeu des voix narratives. 1.3. Temps L’action commence « in media res » mais le lecteur ne le saura jusqu’au deuxième chapitre. Le fait de diviser le roman en 4 parties sert à avancer et reculer dans le temps et l’espace, c’est-à-dire, cette division sert à créer la dualité temporelle propre aux romans policiers. Le premier récit place les personnages en 2004, mais la fable chronologique commence quatre ans avant. La société qu’on verra reflétée est alors celle d’aujourd’hui. Tout d’abord, le paragraphe déjà introduisant le roman place l’histoire dans un moment postérieur au paragraphe suivant (prolepses). Lemaitre emploie cet outil littéraire pour attraper le lecteur dans l’histoire en montrant le moment où le premier mort est découvert. Le sentiment de la souffrance et de l’angoisse apparait dès maintenant et ne va jamais quitter le lecteur. Dans le deuxième paragraphe, le récit nous situe à un moment absent de tranquillité où la souffrance est déjà installée chez Sophie. Elle subit une anxiété provenant d’un temps historique qui précède ce temps narratif. En seulement deux paragraphes, on sait déjà qu’il y aura au moins trois morts : celle de Léo, celle de Vincent et celle d’un autre personnage dont on ne connait pas encore le nom : Ce matin-là, comme beaucoup d’autres, elle s’est réveillée en larmes et la gorge nouée alors qu’elle n’a pas de raison particulière de s’inquiéter. Dans sa vie, les larmes n’ont rien d’exceptionnel : elle pleure toutes les nuits depuis qu’elle est folle. Le matin, si elle ne sentait pas
33 Laura García Carbajosa Universidad de Valladolid ses joues noyées, elle pourrait même penser que ses nuits sont paisibles et son sommeil profond. Le matin, le visage baigné en larmes, la gorge serrée sont de simples informations. Depuis quand ? Depuis l’accident de Vincent ? Depuis sa mort ? Depuis la première mort, bien avant ? (p. 12) En effet, ce paragraphe annonce que ce commencement du roman n’est pas vraiment le début de l’histoire. Il s’agit d’une ellipse avec une intention d’effacer l’identité de l’assassin. Ici, le temps du récit se fixe quelques années après les incidents et le lecteur va connaître la vie bouleversante de Sophie et comment elle devient folle. Dans la première partie, l’intrigue est linéaire sur l’axe chronologique ; il y a parfois des analepses évoquant des moments du passé, pourtant le narrateur ne raconte pas vraiment les événements passés, mais il les mentionne : Tandis qu’elle se dirige d’un pas pressé vers la maison (Léo se plaint qu’elle marche trop vite), des images l’assaillent en désordre : la voiture de Vincent écrasée contre un arbre et des gyrophares clignotant dans la nuit, sa montre au fond d’un coffre à bijou, le corps de Mme Duguet dévalant l’escalier, l’alarme de la maison qui rugit en pleine nuit… Les images se mettent à défiler dans un sens puis dans l’autre, de nouvelles images, d’anciennes. La machine à vertige a repris son mouvement perpétuel. (p. 18) Dans le chapitre suivant, appelé Frantz, le temps fait un saut temporel en arrière (analepse). On avait fini le temps du récit de Sophie en 2004, et maintenant, Franz nous mène à l’année 2000. C’est le moment d’expliquer les assassinats qui avaient entourés Sophie. Lemaitre choisit de le faire à travers un journal intime qui marque le jour à jour des personnages impliqués, en montrant au lecteur ce qu’il y avait sous la folie de Sophie : 3 mai 2000 Je viens de l’apercevoir pour la première fois. Elle s’appelle Sophie. Elle sortait de chez elle. Je n’ai guère distingué que sa silhouette. Visiblement, c’est une femme pressée. Elle est montée en voiture et elle a détalé aussitôt, au point que j’ai eu du mal à la suivre en moto. Par chance, elle a eu des difficultés pour se garer dans le Marais, ce qui m’a bien facilité les choses. Je l’ai suivi de loin. (p. 121) Cette analepse situe l’histoire dans le moment exact où la fable commence. Grâce à la création d’un récit sous la forme d’un journal intime, le déplacement temporel est vraiment précis. Cet outil temporaire entraîne la mise en abyme de la dualité temporelle dont on avait déjà parlée. Comme il s’agit d’un journal intime, le temps sera linéaire et les actions du narrateur (= personnage) sont si détaillés que chaque jour est présenté comme une scène. Le journal intime permet en même temps de faire des ellipses en passant, par exemple, d’un jour à dix jours plus tard pour alléger la lecture. Quand les actions sont plus intenses, l’ampleur des sauts temporels est plus petite.
34 Laura García Carbajosa Universidad de Valladolid Dans le chapitre Frantz et Sophie, la dualité temporelle prend fin : le temps du deuxième récit atteint le temps du premier récit. Le rythme de l’histoire est maintenant ralenti. Après la fuite de Sophie, Frantz la cherche pendant des semaines sans aucun succès. Grâce à une nouvelle analepse, dont la focalisation porte sur Valérie, la meilleure amie de Sophie, on dévoile ce qui s’est passé durant le temps que Frantz la cherchait. La fin de ce chapitre réunifie le temps chronologique des deux personnages principaux à nouveau. Dans le dernier chapitre, deux narrations se succèdent. Ces narrations portent sur des actions qui coïncident dans le temps mais le narrateur et la focalisation correspondent à Frantz et à Sophie respectivement et elles vont s’intercaler d’un paragraphe à l’autre, en provoquant une simultanéité des deux temps des deux narrations. Ce fait donne lieu à une accélération du rythme de l’histoire qui précipite ses derniers événements. La dualité temporelle de l’histoire ne coïncide qu’à la fin de l’histoire. Le roman est plein de progressions et régressions dans le but d’effacer et dévoiler les indices et la vérité. Même si l’enquête n’existe pas, le lecteur arrive très vite à l’idée que l’assassin est l’écrivant du journal intime mais ses motivations ne seront découvertes qu’à la fin. Le temps de l’histoire n’est pas facile à suivre. Même si le journal présente des dates précises, le lecteur est secoué par des analepses et des prolepses, parfois subtils, parfois non. Tous les changements d’époques servent à confondre la lecture et à l’éclaircir, par exemple, on lit les crimes deux fois : l’une correspond au faux coupable (Sophie) et l’autre, au vrai coupable (Frantz). La dualité temporelle est un point très relevant pour la création de l’intrigue. 1.4. Espace L’histoire commence dans le lieu d’un crime où le « meurtrier » est encore là en train d’embraser le corps décédé d’un petit enfant. Quelques pages après, l’assassin semble être une femme très folle qui oublie tout ce qu’elle fait. Les endroits de tous les assassinats sont de petits espaces qui paralysent Sophie et où, dès qu’elle se réveille, elle voudrait bouger mais elle ne peut pas (p. 26). Elle se sent surveillée et elle a raison, Frantz est près d’elle partout où elle se trouve : Cette fois, elle m’a laissé monter seul. Je suis immédiatement allé à la fenêtre. C’est encore mieux que ce que j’avais espéré. Les étages des deux immeubles ne sont pas tout à fait au même niveau et ma vue sur l’appartement de Sophie est un peu plongeante. Je n’avais pas
35 Laura García Carbajosa Universidad de Valladolid remarqué qu’en fait j’ai vue sur deux fenêtres de son appartement. Le salon et la chambre. Il y a des rideaux de mousseline aux deux fenêtres. J’ai tout de suite pris un stylo et sur mon petit carnet j’ai établi une liste de choses à acheter. (p. 132) Voilà comment il déménage à l’appartement qui est tout en face de la maison de Sophie pour la surveiller. Comme on a déjà commenté, le fait de regarder par une fenêtre et de surveiller quelqu’un n’est pas une idée propre à Lemaitre, mais il l’a prise du film Fenêtre sur cœur d’Hitchcock. Dans le film de ce réalisateur, le personnage, sans bouger de sa chambre, mène une enquête d’une disparition bizarre. Cependant, pour Frantz, ce n’est pas suffisant de regarder à travers sa lunette, bien au contraire, il installe des caméras, il la poursuit et il lui vole son sac pour obtenir toute son information et pouvoir ainsi, obtenir tous les mots de passe de tous ses appareils électroniques. Hier, Sophie a réservé par internet deux places au théâtre Vaugirard pour le 22 octobre. Elle veut voir La cerise (toujours son goût pour les Russes) avec un acteur de cinéma dont je ne me souviens jamais du nom. Elle s’y est prise assez tôt parce que ce spectacle va se jouer à guichets fermés. Pas de réservation, pas de place. Dès le lendemain, j’ai envoyé un e-mail depuis son compte, repoussant la réservation à la semaine suivante. (p. 140) Frantz a tout prévu pour harceler et pour contrôler la vie entière de Sophie. C’est à travers ces petits changements subtils qu’il arrive à la pousser dans la folie. Il est persistant dans son but et chaque jour il s’amuse en jouant partout avec la santé mentale de sa victime ; par exemple : chez elle, il change ses rendez-vous d’une semaine à l’autre ; au super marché, il lui introduit dans son sac un parfum et une petite trousse de manucure pour qu’on l’arrête ; dans la rue, il change sa voiture de place en la garant quelques rues plus éloignées. Plus l’histoire avance, plus petite est la distance entre les deux et les endroits deviennent plus étouffants. Il fait en sorte que les espaces soient de plus en plus renfermés pour avoir un meilleur contrôle de la situation, jusqu’au point d’enfermer Sophie chez elle. Pour échapper de cette prison-là, Sophie essaie de se suicider : Il s’est retourné, la tête de Sophie était renversée sur l’appui de la baignoire, les yeux fermés, la mousse jusqu’au menton. Elle a un joli profil. De toute manière, même devenue aussi maigre, Sophie est toujours jolie. Vraiment très jolie. (…) Il s’est retourné. La tête de Sophie avait disparu, il s’est précipité. La mousse était rouge et le corps de Sophie avait coulé au fond de la baignoire. Il a poussé un cri. « Sophie !» Il a plongé les bras dans l’eau et l’a ressortie par les épaules. Elle n’a pas toussé mais elle respirait. Son corps entier était d’une blancheur sépulcrale et le sang continuait de couler de son poignet. (p. 241) Cette description du suicide, autant que les autres des meurtres, est chargée d’une énorme violence. La description du corps de Sophie comme la figure d’un cadavre, même avant de couler au fond de la baignoire, et du sang, qui est partout, sont durement
36 Laura García Carbajosa Universidad de Valladolid détaillées. Les sujets de la mort violente et de la sexualisation constante de la femme font partie de l’agressivité du langage qui cherche à retourner l’estomac du lecteur et, cela, c’est justement le but de Lemaitre. Les scènes des crimes ne sont pas aussi importantes que dans le roman policier classique. L’intention des crimes est centrée sur la perturbation psychologique de la victime c’est-à-dire, ils font partie de la stratégie de Frantz pour pousser Sophie dans la dépression et dans la folie. Les descriptions de ces scènes sont également violentes mais il y a autant de crimes qu’ils ne sont suivis par aucun enquêteur, dans le roman, bien qu’on sache à travers la peur de Sophie à être découverte, que la police mène un enquête, mais elle n’est pas objet de récit. En ce qui concerne la terrible destinée de Frantz, elle est racontée sous la forme d’un fait divers cité. La fenêtre, en tant qu’espace menaçant, indique le début et la fin des crimes. L’histoire de vengeance de Frantz commence à cause du suicide de sa mère en 1989 : elle s’est jetée par une fenêtre, habillée avec sa robe de mariée. Son fils meurt exactement pareil trente ans plus tard : FAITS DIVERS Un homme de trente et un ans, Frantz Berg, s’est jeté avant-hier par la fenêtre du cinquième étage de la résidence des Petit-Champs où il demeurait. Il est mort sur le coup. Il avait revêtu, pour se donner la mort, la robe de mariée ayant appartenu à sa mère qui, curieusement, avait trouvé la mort dans des conditions identiques en 1989. (p. 310) Par rapport aux espaces extérieurs, ils sont aussi menaçants. Pour Sophie, il n’est pas facile de bouger dans la ville car elle est poursuivie par la police, de telle sorte qu’elle essaie de se déplacer vite et dans la clandestinité. Les changements d’espace sont en rapport avec les différentes identités que Sophie assume : C’est sa stratégie depuis le début : elle se pose quelque part et se met immédiatement à la recherche d’un autre point de chute, un autre job, une autre chambre… Ne jamais rester en place, tourner. Au début, circuler sans papiers lui a semblé assez facile, quoiqu’épuisant. Elle dormait toujours très peu, s’appliquait à changer d’itinéraire au moins deux fois par semaine, où qu’elle soit. En repoussant, ses cheveux ont permis une autre coupe. Elle a acheté des lunettes verres blancs. Elle reste attentive à tout. Changer de situation régulièrement. Elle a déjà fait quatre villes. (p.72) Lemaitre travaille aussi le temps météorologique, comme la pluie et l’obscurité, qui sont des éléments typiques du roman policier classique, pour créer une ambiance effrayante lors de l’apparition d’une menace : par exemple, quand Frantz poursuit Vincent, le mari de Sophie, et sa voiture s’écrase contre un arbre :
37 Laura García Carbajosa Universidad de Valladolid De gros nuages noirs ont roulé dans le ciel toute la fin de la journée. La pluie a commencé à tomber vers 19 heures. Lorsque Vincent Duguet est passé devant moi à 21 h 15, l’orage était à son comble. (p. 198) Les espaces sont nombreux mais les sensations étouffantes dominent partout. Même quand elle est chez les adjuvants, Sophie est consciente du danger et elle craint d’être retrouvée par son agresseur. Les lieux des crimes n’ont pas autant d’importance, étant donné qu’il n’existe pas d’enquête : ils ne sont pas le centre de l’histoire mais ils font partie de la stratégie de Frantz pour rendre Sophie folle. Les mouvements dans les différentes villes qu’ils parcourent conforment des changements d’identité, pour l’un comme pour l’autre. De la même manière, les changements dans le temps atmosphérique annoncent des événements chargés de fortes émotions. Frantz contrôle tous les espaces habituels de Sophie, il coïncide dans le même espace qu’elle à plusieurs reprises sans être jamais découvert. La surveillance par la fenêtre, les caméras installées chez elle, l’obtention de tous ses mots de passe, etc., étaient son grand avantage sur elle. Dès qu’il perd le contrôle sur l’espace de sa victime, il perd le contrôle complet de son plan de vengeance. 1.5. Un roman policier ? D’après l’opinion de multiples critiques, nous avons trouvé que ce roman était classé comme un roman noir, un thriller et un polar. Pierre Lemaitre, par contre, considère, comme l’on a déjà signalé, que c’est un roman policier. Si nous observons le tableau comparatif qu’on avait créé dans la première partie, nous constatons, premièrement, que pour le roman classique, la présence de l’enquêteur, le coupable et la victime étaient indispensables, tandis que dans Robe de marié, l’enquêteur n’existe pas, tout se joue entre agresseur et victime. Pourtant, on avait dit que le coupable du roman policier tuait pour des raisons personnelles, coïncidant avec les motivations de Frantz, qui tue en raison d’une vengeance familière. En ce qui concerne le temps, il est à rebours et très complexe. Comme dans le roman policier classique, le temps ici est régressif et présente beaucoup de sauts temporels qui servent à confondre le lecteur. C’est à travers une analepse qu’on reconnait les événements complets et comment ils ont été déclenchés. Par ailleurs, les espaces décrits par l’auteur sont des lieux clos qui renvoient de nouveau aux caractéristiques du genre classique, mais qui sont propres aussi aux thrillers
38 Laura García Carbajosa Universidad de Valladolid où les espaces fermés et menaçants contribuent à provoquer les frissons chez le lecteur. Le langage violent des dialogues et des descriptions sont en rapport avec une société amorale représentant celle de l’actualité. Finalement, le narrateur diffère entièrement du genre policier classique, puisqu’il était normalement l’enquêteur ou quelqu’un de proche (ici il n’existe même pas cette figure) et la polyphonie était impossible. Dans Robe de marié la polyphonie est l’un des points clé pour organiser le mystère, ainsi que l’insertion d’autres sortes de récit, comme le journal intime et les extraits de faits-divers. En somme, l’intrigue, les descriptions des espaces et la structure du temps sont de caractère policier. Il s’oppose cependant au genre classique dans l’emploi d’une polyphonie inévitable et l’inexistence de la figure du détective. Les espaces urbains et sombres, le langage familier et l’expression d’une énorme violence correspondent au roman noir. D’autre part, l’interprétation d’une société stéréotypée et amorale est en rapport avec le polar et la nécessité de toucher le lecteur en lui provoquant des émotions désagréables, comme l’agonie, est propre au thriller. Etant Lemaitre un virtuose de tous ces sous-genres, la difficulté à classer ce roman nous pousse à nous réaffirmer dans notre hypothèse de départ sur l’hybridation de genres. Pour confirmer cette idée et, par conséquent, arriver à une définition précise de la façon dont Lemaitre envisage le récit policier, nous allons étudier un autre de ces romans, plus récents, qui nous permettra d’apporter de nouveaux éléments critiques. 2. ANALYSE DE TROIS JOURS ET UNE VIE Trois jours et une vie, publié en 2016, est un roman qui attrape le lecteur dès les premières pages. C’est un roman psychologique, où l’on retrouve l’art unique de Pierre Lemaitre d’émouvoir et de torturer son lecteur. On avait dit que pour Genette le paratexte, formé par la couverture, le titre, le nom de l’auteur, les dédicaces, etc., n’a pas seulement une intention publicitaire, mais aussi il est important pour se faire une idée de ce qu’on va lire avant de tourner la première page. Cette couverture (voir annexe 2) attire notre attention à cause de l’image d’une forêt qui semble être froide et humide. Les couleurs prédominantes sont le vert et le noir et le manque de la couleur blanche donne une sensation d’obscurité. Le sol rougeâtre, formé par un chemin de feuilles automnales, s’éloigne vers la profondeur de la forêt. Entre les
39 Laura García Carbajosa Universidad de Valladolid arbres, le nom de l’auteur en gras et au-dessous se trouve le titre Trois jours et une vie, écrit en roux, couleur émulant le sang. Grâce à ce paysage, le lecteur, qui n’a pas encore commencé à lire, est déjà plongé dans un endroit frissonnant et prêt à dévoiler ce qui s’est passé « à la fin de décembre 1999 », phrase débutant le livre. Les informations fournies jusqu’ici concernent surtout l’espace et les sens. Ce paysage cherche à provoquer une sensation de solitude et de peur. On peut même s’imaginer qu’il correspond à la scène d’un crime mais on ne peut pas l’affirmer jusqu’à la lecture. 2.1. Structure L’histoire de ce roman se voit divisée en trois parties, dont les récits ont une longueur tout-à-fait différente. Les trois chapitres comprennent trois époques différentes de la vie d’Antoine en relation avec les voisins de son petit village, appelé Beauval. Tout au long du roman, la narration est à la troisième personne et la focalisation est interne. On va connaitre les événements à travers la vision d’Antoine, dont le caractère psychologique évoluera à cause des infortunes vécues et du temps qui passe. Dans le premier chapitre, la focalisation porte sur Antoine à l’âge de 12 ans, dont l’expression est naïve et innocent ; dans le suivant, il a déjà 24 ans et il représente la vie d’un adulte sûr de lui-même ; et, à la fin de l’histoire, il a 28 ans et l’esprit de quelqu’un très malheureux. La trame commence par l’assassinat de Rémi : Antoine prit alors le bâton à deux mains et, ivre de rage, en frappa l’enfant. Le coup porta à la tempe droite. Rémi s’effondra, Antoine s’approcha, tendit la main, lui secoua l’épaule. Rémi ? Il devait être assommé. Antoine le retourna pour lui tapoter les joues, mais quand l’enfant fut sur le dos, il vit ses yeux ouverts Fixes et vitreux. Et une certitude lui traversa l’esprit : Rémi était mort. (p. 28) Quant à la forme d’écriture, Lemaitre utilise des phrases courtes qui marquent l’intensité du moment et qui maintiennent le suspense, surtout à la fin de tous les chapitres où la dernière phrase conclut avec un événement qui va tout bouleverser. Le lecteur, envahi par le mystère, ne peut que continuer sa lecture :
40 Laura García Carbajosa Universidad de Valladolid Il pensait qu’il aurait peur de rentrer à la maison, mais non, au contraire, la boulangerie, l’épicerie, le portail de la mairie, ces lieux familiers le ramènent à la vie habituelle, mettent le cauchemar à distance. Pour masquer la déchirure de sa manche de chemise, il en cherche le poignet pour le serrer dans sa paume. Il baise les yeux. Il a perdu sa montre. (p. 44) Lemaitre interrompt parfois le récit pour dialoguer avec le lecteur, formulant des questions qu’on devrait se poser. L’auteur met en relief la situation difficile où Antoine se trouve. Ce sont des questions que le personnage se pose mais aussi que le lecteur doit se poser et qui provoquent la nécessité de connaître le dénouement : Il était impossible de savoir de quelle manière se terminerait l’histoire. Me Courtin allaitelle mourir ? Le corps de Rémi serait-il enfin découvert ? Et s’il l’était, serait-ce avant ou après la disparition de Mme Courtin ? Ce qui épuisait Antoine, ce n’était plus la culpabilité, ni la peur d’être confondu, c’était l’attente. L’incertitude. La sensation que tant qu’il ne serait pas parti loin d’ici, tout pouvait survenir, que sa vie pouvait être ruinée en quelques secondes. Ce n’était plus maintenant qu’une affaire de mois. Comme dans les courses de fond, les derniers kilomètres lui semblaient les plus difficiles. (p. 255) La focalisation dans le dernier paragraphe ne nous rend pas l’expérience de l’enfant qui voulait échapper de la culpabilité mais de l’adulte qui attend son avenir et qui espère que les circonstances ne vont pas empirer. L’insertion d’autres formats de récit est d’ailleurs un outil récurrent pour secouer la narration principale. Les cauchemars, par exemple, apparaissent fréquemment : Il appelait au secours, il voulait qu’on l’aide à sortir de ce trou. Il ne voulait pas mourir. Antoine ! Rémi ne cessait d’hurler. Antoine tentait de lui venir en aide, mais ses pieds refusaient d’avancer, il voyait le petit garçon lui tendre les bras, il entendait ses supplications qui devenaient des hurlements… Antoine ! Antoine ! Il se réveilla en sursaut. (p. 82) On peut considérer ce cauchemar (et les autres aussi) comme des flashbacks altérés qui servent à exalter la torture mentale de la culpabilité. C’est une stratégie narrative pour rappeler le drame principal constamment et augmenter la tension de la narration. Lemaitre veut que le lecteur n’oublie jamais le crime.
41 Laura García Carbajosa Universidad de Valladolid La structure narrative est plus facile à suivre que celle de Robe de marié. Le narrateur est le même tout au long du roman et la focalisation et complètement interne. L’intensification des situations se consolide autour d’événements fortement émotionnels et de phrases courtes qui se trouvent stratégiquement à la fin de chaque chapitre. Lemaitre normalise l’interruption du récit pour parler directement au lecteur en lui posant des questions qui seront dénouées plus tard. Il insère d’ailleurs des cauchemars dans le récit principal pour nous faire compatir avec la perturbation constante qu’Antoine ressent à cause de sa faute involontaire. 2.2. Personnages Le personnage principal est Antoine, un enfant de 12 ans assez ordinaire, naïf, peureux et peu sociable. Il est un peu déprimé car son père est absent, sa mère stricte et ses copains éloignés, le seul ami qu’il avait était le chien des voisins. L’évolution de sa personnalité est liée aux différentes époques de sa vie, influencées par son homicide. A l’âge de 24 ans, il a confiance en lui-même et il devient un homme courageux, capable de faire face aux problèmes sauf à celui de son enfance qui le perturbe encore. La peur d’être déclaré coupable le pousse à se marier avec une femme qu’il n’aime pas. À l’âge de 28 ans, Antoine, père d’un enfant pour lequel il ne ressent rien, est très déprimé. Il découvre enfin que l’unique indice qui le rendait coupable (sa montre) avait était caché par M. Kowalski dès le premier jour de la catastrophe, mais il ne retrouvera jamais sa paix interne. Antoine assume le rôle du coupable et son but est d’échapper de son erreur. Il est prisonnier de sa culpabilité et il a tué quelqu’un, mais le lecteur compatit bien avec lui car c’est un enfant innocent, il ne l’a pas fait exprès et les erreurs font partie de notre réalité aussi et nous concernent tous. Lemaitre réussit à faire du lecteur un complice, étant donné qu’on ne veut pas que le petit enfant soit attrapé. La victime de l’homicide, Rémi Desmedt, est un petit enfant de 4 ans qui ne dit pas un seul mot dans le récit. Il a l’apparence d’un garçon naïf qui adore Antoine et qui le suit partout. Sa présence réelle ne dure qu’un instant mais son souvenir torture Antoine tout au long de sa vie dans ses cauchemars. Dans ce roman, il y a aussi la présence de deux adjuvants très importants : l’orage et M. Kowalski. La fonction de l’orage, en tant qu’adjuvant, est d’occulter le corps ; M.
48 Laura García Carbajosa Universidad de Valladolid Les indices, tels que la montre et le cheveu, sont des éléments très caractéristiques du récit policier. Il n’existe pourtant aucune enquête, ni aucune dualité temporelle, mais des faux témoignages procurés par Antoine. Les thématiques de la violence et de la sexualité ainsi que la critique d’une société qui est en crise est propre aux romans noirs. Par contre, le crime présenté comme un accident est plus fréquent dans les polars. A ces affirmations il faut ajouter l’empathie que le lecteur partage avec le coupable et la tension qu’on souffre à chaque fois qu’il est sur le point d’être découvert. La peur étouffe le personnage mais la dose d’angoisse est beaucoup plus petite que dans Robe de marié. Etant donné que ce roman mélange les éléments de tous les sous-genres étudiés, nous avons considéré que les caractéristiques qui priment sont les ingrédients psychologiques. L’auteur arrive, à travers son jeu psychologique, à nous placer du côté du coupable et nous ressentons la même culpabilité angoissante que le personnage car les accidents peuvent nous arriver à tous. Pour conclure, les deux analyses narratologiques ont montré que Robe de marié et Trois jours et une vie sont un mélange de tous les sous-genres à énigme. Lemaitre a reconnu que son spécialité est la surprise et c’est cette caractéristique qui prime pour lui. Notre romancier cherche à toucher le lecteur sans jamais limiter les horizons des outils littéraires appliqués dans son écriture.
49 Laura García Carbajosa Universidad de Valladolid CONCLUSION Certainement, Pierre Lemaitre est considéré comme un créateur magnifique de la fiction du monde criminel, raison pour laquelle son classement dans un genre unique est impossible. L’ambigüité qui existe autour de ses œuvres est compréhensible à cause du mélange de différents éléments littéraires qu’il emploie. Il maîtrise plusieurs genres, mais son habileté la plus remarquable est l’introduction des surprises à la fin des histoires. Il y a toujours un élément qui surprend le lecteur, en montrant une nouvelle dimension que le lecteur n’aurait jamais imaginée, comme la manipulation du père de Sophie sur Frantz dans Robe de marié ou la montre réapparue 14 ans plus tard envoyée par courrier dans Trois jours et une vie. Dans les deux cas, les surprises sont arrivées grâce à des personnages secondaires qui n’avaient pas eu beaucoup d’importance dans l’histoire, Son autre point fort consiste à toucher le lecteur et il sait bien comment le faire à travers l’expérience de sentiments tels que la peur, l’angoisse, le désespoir, etc. Les descriptions des crimes ainsi que celles des personnages sont bien élaborées, afin de remuer l’estomac du lecteur. Sa capacité pour provoquer la terreur psychologique mène le lecteur dans une ambiance si réelle que le roman devient presque un film, où l’influence d’Hitchcock se fait évidente. Les analyses des deux œuvres choisies de Lemaitre, comme la diversité de ses critiques, nous réaffirment dans la puissance de son écriture. Notre romancier maîtrise les éléments des romans policiers, noirs, polars et thrillers et il s’en sert pour créer des œuvres qui se situent sur un même axe thématique, mais qui, en même temps, diffèrent complètement. Il a développé une interprétation propre et unique du genre à énigme, incomparable, qui ne laisse échapper aucun détail au hasard. Les romans de Pierre Lemaitre peuvent donc aller du roman noir au roman d’aventures, mais toujours avec un dénominateur commun : le soin consacré à la construction de ses personnages. Même s’il y a une centaine de personnages secondaires, comme dans Trois jours et une vie, il les modèle soigneusement. Pour le personnage d’Antoine, on compatit tellement avec lui qu’on désire que le coupable ne soit pas attrapé. Cette histoire invite d’ailleurs à réfléchir sur les accidents de la vie et sur notre vulnérabilité : nous pouvons tous passer de l’autre côté du Bien et tomber dans l’abîme.
50 Laura García Carbajosa Universidad de Valladolid En effet, le système solide des personnages des romans à énigme est brisé par Pierre Lemaitre. Il construit des personnages qui ne sont pas du tout topiques et diminue l’importance de la figure de l’enquêteur qui est très souvent absente. D’ailleurs, il les dote d’une psychologie très personnelle et unique, qui ne peut pas être échangée entre eux, car ils sont d’une énorme complexité et donc, inoubliables. En ce qui concerne la relation entre le narrateur et le lecteur, Lemaitre aime bien rester en contact et que le narrateur interrompe parfois le texte pour parler au lecteur. Il choisit de lui proposer des contrats narratifs à partir des événements fortement émotionnels et c’est ainsi que le lecteur arrive à compatir avec les personnages. Pour créer de la tension, il s’appuie sur les espaces fermés, les endroits clos, les humiliations, les situations de stress persistant. Dans les deux livres, les personnages sont constamment poursuivis. Les moments les plus calmes sont interrompus par d’autres d’une extrême sensation de souffrance. Même quand il n’y a pas apparemment un danger, les personnages sont à l’attente de n’importe quelle infortune. Une technique à souligner est la création d’histoires dont le début et la fin sont parfaitement connectés. Le déclencheur du drame est aussi le médiateur pour dénouer la trame. Dans Robe de marié, c’était le suicide par une fenêtre d’une mère et d’un fils, habillé(e) d’une robe de mariée ; dans Trois jours et une vie, c’est grâce à un orage que le corps n’est pas trouvé, pour être découvert 12 ans plus tard à cause d’un autre orage. Voilà des histoires bien orchestrées qui ne laissent rien au hasard. La mécanique de sa narrative imite un mécanisme d’horlogerie, puisque chaque événement est connecté à un autre. Pour finir, la plume de Lemaitre ne peut pas s’encadrer dans un seul genre, mais elle est devenue un hybride de tous les genres à énigme que notre romancier maîtrise. De même manière que la critique n’arrive pas à se mettre d’accord sur le classement de Lemaitre, nous avons pu constater le mélange d’éléments de tous les genres, renouvelant le roman policier en créant un concept très personnel et, sans doute, d’une grande qualité narrative. Son éclecticisme a donné lieu à des œuvres extraordinaires qui, au premier abord, semblent simples mais qui sont d’une extrême complexité, et qui constituent un véritable plaisir à lire.
51 Laura García Carbajosa Universidad de Valladolid BIBLIOGRAPHIE 1Biographie générale: roman policier et méthodologie Anaya, C. (2017). Diferencias entre novela negra, policiaca, thriller, misterio y suspenso. Recuperado en 2019, abril 16, de Géneros Literarios. Sitio web : http://carmeloanaya.com/diferencias-entre-novela-negra-policiaca-thrilller-misteriosuspenso/ Bal, M. (1987). Teoría de la narrativa (una introducción a la narrativa). Madrid: Cátedra Belhadjin, A. (2005). Polar et l'imaginaire. Recuperado en 2019, junio 7 de Narratologies contemporaines. Sitio web: http://www.voxpoetica.org/t/lna/belhadjin.pdf Belhadjin, A. (2009). Le jeu entre stéréotypes et narration dans le roman noir. Recuperado en 2019, junio 8, de Cahiers de Narratologie. Sitio web: file:///C:/Users/Laura/Downloads/narratologie-1089.pdf Bentolila, E. (2016). Le roman policier français de 1970 à 2000 : une analyse littéraire. Recuperado en 2019, junio 7 de Université Grenoble Alpes. Sitio web: file:///C:/Users/Laura/Downloads/BENTOLILA_2016_diffusion.pdf Brosseau, M. & Le Bel, P.M. (2007). Lecture chronotopique du polar. Recuperado en 2019, junio 8, de Géographie et cultures. Sitio web: https://journals.openedition.org/gc/2665 Cerqueiro, D. (2010). Sobre la novela policiaca. Recuperado de Ángulo Recto, Revista de estudios sobre la ciudad como espacio plural, vol. 2, núm. 1. En 2019, abril 16. Sitio web : file:///C:/Users/Laura/Downloads/Dialnet-SobreLaNovelaPoliciaca4865826.pdf Eisenzweig, U. (1986). Le récit impossible. Paris : Christian Bourgois Editeur. Eisenzweig, U. (1983). Présentation du genre. Recuperado de Littérature en 2019, junio 8. Sitio web: https://www.jstor.org/stable/23802260?seq=1#page_scan_tab_contents
52 Laura García Carbajosa Universidad de Valladolid Evrard, F. (1996). Lire le roman policier. Paris : DUNOD. Genette, G. (1972), Figures III. Paris : Editions Seuil Genette, G. (1987). Seuils. Paris: Editions Seuil. Lits, M. (1989). Pour lire le roman policier. Bruxelles : De Boeck-Wesmael Martin, A. (2003). Escribir (por ejemplo, novela negra). Recuperado de Castilla: Estudios de literatura, Universidad de Valladolid, Valladolid en 2019, abril 16. Sitio web : http://uvadoc.uva.es/bitstream/10324/13722/1/Castilla-2003_04-28_29EscribirPorEjemploNovelaNegra.pdf Reuter, Y. (1989). Le Roman Policier et ses personnages. Saint-Denis : Presses Universitaires de Vincennes. Rospars, J.P. (sin fecha). THRILLER. Recuperado de Encyclopædia Universalis en 2019, junio 7. Sitio web: http://www.universalis.fr/encyclopedie/thriller Todorov, T. (1971). Typologie du roman policier. Recuperado de Poétique de la prose, Paris, Éditions du Seuil. En 2019, abril 16. Sitio web : http://www.aelib.org.ua/texts/todorov__poetique_de_la_prose__fr.htm#01 2Biographie Pierre Lemaitre (biographie, articles, interviews) Bibliothèque Nationale de France. (2018). Pierre Lemaitre (1951-). Recuperado de BNF de Bibliographie Selective en 2019, agosto 15. Sitio web: https://www.bnf.fr/sites/default/files/2018-11/biblio%20lemaitre%20avril18.pdf Canal de la Ciudad. (2017). Pierre Lemaitre, Daniel Molina, Ivana Boullón y más, en Libroteca. Sitio web : https://www.youtube.com/watch?v=nGPr3c2xUUY Entrée libre. (2018). Leçon de Lemaitre [Archivo de vídeo]. 2019, abril 16. Sitio web : https://www.youtube.com/watch?v=xD0hUF1W0IQ G., P. (2019). Bande dessinée: La brigade Verhoeven, Irène. Recuperado de La Voix du Nord en 2019, junio 10. Sitio web: https://www.lavoixdunord.fr/559157/article/2019-03-27/la-brigade-verhoeven-irene#
53 Laura García Carbajosa Universidad de Valladolid La Grande Librairie. (2017). Pierre Lemaitre évoque son roman « Au revoir làhaut » adapté au cinéma. [Archivo de vídeo]. En 2019, abril 15. Sitio web : https://www.youtube.com/watch?v=byaN0cDY7EI Lemaitre, P. (2016). Trois jours et une vie, Paris, France, Albin Michel. Lemaitre, P. (2009). Robe de marié, Paris, France, Calmann-Lévy. Séry, M. (2013). Pierre Lemaitre : « Je m'amuse beaucoup », Le monde. En 2019, abril 15. Sitio web : https://www.lemonde.fr/livres/article/2013/09/12/pierre-lemaitre-jem-amuse-beaucoup_3476475_3260.html Página 2. (2014). Entrevista a Pierre Lemaitre en « Página 2» de TVE (28//09/2014) [Archivo de vídeo]. 2019, abril 16 Sitio web : https://www.youtube.com/watch?v=m8Ehlj_UNoI Vavasseur, P. (2017). Au revoir là-haut: le coup de maître de Dupontel!. Le Parisien. En 2019, junio 7. Sitio web: http://www.leparisien.fr/culture-loisirs/au-revoirla-haut-le-coup-de-maitre-de-dupontel-25-10-2017-7353177.php
54 Laura García Carbajosa Universidad de Valladolid ANNEXE 1 : Résumé du roman Robe de marié Sophie traverse une mauvaise passe, toutes les personnes de son entourage meurent. Elle était avant une femme heureuse dans tous les aspects de sa vie ; maintenant, elle est devenue folle. Elle perd ses affaires et oublie des rendez-vous et d’autres choses importantes. Après avoir subi des problèmes personnels qui l’ont répercutés gravement sur sa santé physique et mentale, elle décide de recommencer sa vie de zéro. Elle obtient un poste de baby-sitting et il semble que tout va mieux pour elle, mais la tragédie arrive quelques jours après. L’enfant qu’elle gardait est apparu mort, étouffé par un lacet de chaussures, celui des chaussures à Sophie. Elle ne se souvient pas de l’avoir tué mais les évidences sont claires. Désorientée et effrayée, elle décide d’échapper, de prendre tout son argent et de changer d’identité. Marianne Leblanc est son nouveau nom mais le document d’identité qu’elle a acheté périme en trois mois, c’est pourquoi elle doit se marier pour obtenir une identité permanente. Elle rencontre Lionel, un militaire assez ordinaire, et ils se marient.
55 Laura García Carbajosa Universidad de Valladolid Frantz raconte sa vie à travers un journal intime qui place l’histoire quatre ans avant de l’histoire de Sophie. Il vole le portefeuille à quelqu’un d’inconnu appelé Lionel Chalvin et usurpe son identité. Frantz connaît Sophie dans un bar tandis qu’elle est avec sa meilleure amie Valérie. Il est obsédé par Sophie et il commence à la harceler d’une façon très subtile. Il place des microphones partout chez elle et la regarde constamment depuis sa fenêtre. Il entre chez elle et change les choses de lieu, élimine des courriers et efface des rendez-vous de son agenda, en définitive, il contrôle sa vie entière. Sophie finit par devenir folle et par s’éloigner de ses proches. Après quatre ans d’harcèlement, Sophie est consciente qu’elle n’est pas folle mais qu’elle ne contrôle pas sa vie. Elle laisse des pièges pour confirmer qu’elle est harcelée par son mari. Pour échapper de lui, elle essaie de se suicider. Quand il la retrouve presque inconscient, immergée dans un bain de sang, il crie son nom : Sophie ! Peu après, elle trouve le journal intime de Frantz et confirme ce qu’elle avait supposé tout ce tempslà : Frantz, alias Lionel, était le coupable de tous les meurtres qui arrivaient autour d’elle. Elle réussit à échapper de l’hôpital et Frantz la cherche partout pendant une semaine jusqu’à qu’elle rentre à la maison. Maintenant c’est Sophie qui aura le dessus. Grâce à des dossiers à la mère de Sophie, elle découvre que la mère de Frantz était une ancienne patiente à sa mère, qui était psychiatre. La mère de Frantz avait été internée dans un centre psychiatre à cause d’une grande dépression et avait fini par se suicider en se jetant par la fenêtre de sa chambre, habillée avec sa robe de mariée. Dû à cette histoire du passée, Frantz voulait venger sa mère en détruisant la vie de Sophie. Cette dernière, avec l’aide de sa meilleure amie et de son père, arrive à changer la situation et à mener Frantz dans une profonde folie. Drogué et très déprimé, Frantz se réveille habillé avec la robe de mariée à sa mère ; il se lève du lit pour s’assommer par la fenêtre et, en criant le nom de Sophie, il tombe par cette fenêtre, en mourant dans les mêmes conditions que sa mère. Sophie est désormais libre.
56 Laura García Carbajosa Universidad de Valladolid ANNEXE 2 : Résumé du roman Trois jours et une vie La fatalité commence à la fin de décembre 1999 à Beauval, une petite ville, avec la mort d’un chien. Antoine, un petit enfant de 12 ans, passe une journée complètement mauvaise qui finit par un assassinat involontaire. Le chien des voisins s’est fait renversé et meurt. Ce fait déclenche la rage d’Antoine qui malheureusement tue Rémi Desmedt, l’un de ses amis, d’un coup de bâton. Il cache le corps en pensant que, tôt ou tard, tout le monde saurait ce qui s’était passé. Ce qui fait évident que l’accident sera vite découvert, c’était qu’il avait perdu sa montre dans l’endroit où il avait caché le corps du petit enfant mort. Les gens de la ville commencent à soupçonner les uns des autres et ils retrouvent même plusieurs coupables qui ne l’étaient pas. Grâce à trois tempêtes très fortes, les indices qu’il pourrait avoir sont complètement effacés et les gens laissent de chercher l’enfant. Ils acceptent que l’enfant soit déjà mort. Douze ans plus tard, un autre orage fait que le cadavre soit retrouvé et que l’enquête soit rouverte. On a trouvé un cheveu sur le corps, dont l’ADN dévoile que le possible meurtrier serait un homme à cheveux clairs et à yeux marron. A partir de ce fait,
57 Laura García Carbajosa Universidad de Valladolid les enquêteurs atteint à dresser un portrait-robot. Personne ne soupçonne d’Antoine mais si les enquêteurs obtenaient son ADN, il serait directement déclaré coupable. Par ailleurs, il est sujet d’un chantage. Le père d’Émilie, son amour de l’enfance, veux l’obliger à se marier avec sa fille parce qu’Émilie dit qu’elle est enceinte d’Antoine. Si Antoine ne cédait pas, le père lui ferait un procès et un test sanguin de paternité. Antoine doit alors se décider entre deux options qui vont gravement répercuter sur sa vie : se marier avec une femme dont il n’est pas amoureux et devenir malheureux pour toujours ou se faire prendre du sang pour faire le test de paternité mais risquer d’être retrouvé comme le coupable de l’assassinat de Rémi. Quatre ans plus tard, il a déjà épousé Emilie et il habite avec elle et leur fils. Il est devenu le médecin de Beauval. Un jour, M. Kowalski, l’homme le plus bizarre de la ville, lui rend visite dans son cabinet. Il lui avoue qu’il avait toujours su qui était le meurtrier de Rémi mais qu’il ne l’avait jamais dit puisqu’il était amoureux de sa mère. Le jour de l’assassinat, M. Kowalski était avec la mère d’Antoine dans une voiture et il avait vu Antoine en échappant de la forêt. Il avait trouvé aussi la montre qu’Antoine avait perdue et il l’avait gardée pendant tout ce temps. C’est pourquoi personne ne l’avait jamais blâmé pour son crime. Comme tous les indices sont disparus, Antoine peut enfin arrêter son obsession.