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Études hispano-limousines

Crozet, René

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EXUDES HISPANO'LIMOUSINES I. Eglises romanes limousines á arcatures polylobées La diffusion, dans I'art román fran9ais, des ares et des arcatures polylobés a susctié déjá de nombreuses études surtout depuis 1 article consacré par Emile Mále aux ínfluences arabes dans 1 art reman 1. Le probléme des origines semblant résolu, divers auteurs se sont proposé d'établir par régions ou pour I ensemble de la France des groupes, des fí liations et des classifications 2. H ue semble pas qu'ils soient parvenus á un accord quant á la terminologie utilisée; les expressions ares fcstoTiTiés, ares trilobes ou polylobés ne sont pas toujours employées dans le méme sens. Je préfére adopter ici l'expression areatvires polylobées qui ne semble, pour cette étude trés limitée présenter aucune équivoque. L emploi assez fréquent, de la part des maitres d'oeuvre limousins, des tracés polylobés ou, si l'on veut, festonnés, est bien connu. II a fait 1 objet d'une consciencieuse étude de la part du regretté Albert de Laborderie; il connaissait admirablement la région sur laquelle il a publié une série considérable de monograpbies destinées aux volumes Haute-Vienne et Corréze de la collection Eglises de Franee fácheusement interrompue 3. H est évident que le Limousin et la Marche présentent assez d'exemples 1. Emile Mále, Les influences arabes dans Vari román, dans la Revixe des Deux'Mondes, 1923. 2. Ahmad Fikry, L'art román du Puy et les influences islamiques, París, 1934; diverses enquétes menées en Limousin et en Berry ont été résumées par Albert de Laborderie et par moi-méme dans le Bulíetin de la Fédération des Sodétés Safantes du Centre de la France, 1936; P. Héliot, Les portails polylobés de VAquitaine et des régions limitrophes, dans le Bulletín Monumental, 1946. 3. Avec le volume Creuse pubHé par Louis Lacrocq. les monographies d'Albert de Laborderie permettent d'avoir des précieux éléments de base pour une étude régionale portant sur le Limousin et la Marche- 14 fe ENÉ CROZÉT de ees tracés pour qu'on puisse y voir une caractéristiqué régionale. Certes, d'autres provinces de la France céntrale et méridionale peuvent revendiquer pareille densité; mais les maitres d'oeuvre limousins ont appliqué á une formule générale, des particularités d'exécution propres á la région; la plus évidente est remploi des moulures toriques minees, logées dans es retraits des vousures et prolongées, aux piédroits, par des eo onnetes de méme diamétre; en guise de ehapiteau, il n y a qu un petit motif seulpté, touffe de feuillage, animal cu monstre, par ois méme, rien ne vient interrompre la continuité entre e verticalisme de la eolonnette et les courbes rytmiques du trae po y o é; parfois encere, les lobes ou festons des voussures pro ongent leurs ondulations jusqu'au sol; e'est la cas á a ou erraine f ^^reuse^ Cette maniére limousine de traiter la bale simple ou polj^obée, Albert de Laborderie l'a bien mise en lumiére, peu auraít-íl pu la souligner plus énergiqu®®®"'- rate chez un homme profondément a"aché ^ ^ semblaít hésíter á proclLer son oriéínal'tó; celle-ci ne manque pourtant pas de saisir l'obsservateur, Limpusín román par les provinces qu» ^ IW..» B.„y. „ . Peut-étre méme, Laborderie aura ^i^amn Hí» la certains portaüs polylobés forment, dans ^ étudiée, de petites colonies homogénea, Saint-Mauriícomprendiles églises de la Celle-Dunoise, SaintrSulpice-Ie-Guérétois, La Sauniére A'Ahun m ^ relevaient des abbayes de Chambón et du Mouti u de 1 évéqjue de Limones *. *- An surp,us.'nos remarques ne PO^'-^^rsuTouTo portails qui ont surtout retenu 1 attention moins étudla^^ chevets revétus d'arcatures polylobées qu» o" _ , caractéH Ala vérité, on n'en connL que ^eux exen^ples caragt^^^^^^^ Ladignac-le-Haut (Haute-Viene) et Ros»ers (Coiréze) il est possible d-y ajouter, avec les réserves qm (Haute-Vienne). Ladignac présente un chevet pentagonal dont les arétes sont masquées par des contreforts-colonnes; auessus des chapiteaux se développent, sur chaqué pan, des arcatures trilobées! en s'accolant les uns aux autres, les 0"t»"epassés forment comme des copeaux rebroussés vers I inténeur; en guise ÉTUDES HISPANO'LIMOUSINES ¿5 de tailloirs, les chapiteaux sont coiffés par les lobés inférieurs des arcatures de deux pans voisins qai obéissent á ce méme mouvement pittoresque de retroussis. A Rosiers, seul le pan central du chevet pentagonal est orné d'une éiégante arcature á sept lobes, trés comparable á celles de Ladignac. A Bellac, le maitre d'oeuvre n'a pas cru devoir habilier le chevet d'arcatures polylobées; il s'est contenté de grands ares brisés qui, eux aussi, s'appuient sur des contreforts-coionnes; mais le sommier commun á deux arcatures yoisines est taillé de telle sorte qu'au-dessus du chapiteau il forme deux retroussis pittoresques; ees sommiers découpés sembleraient appeler des lobes comparables á ceux des deux églises précédemment citées. L'intérét de ees chevets, méme réduits á un petit nombre d'exemples, est de montrer l'application monumentale d'un tracé polylobé se détacbant sur le nu d'un mur et luí coníérant, de ce fait, une élégance raífinée. On serait méme tenté, en se fí ant á la thése généralement admise selon laquelle en commen^ait les églises par le choeur, et, par conséquent par la chevet, d'y voir des applications du tracé polylobé antérieures á celles qui ont été faites á des portails ouverts dans des bras de transept ou, á plus forte raisoD, dans des farades appartenant á des campagnes plus tardives; ainsi, á Ladignac, les arcatures polylobées du chevet seraient vraisemblablement antérieures au portail polylobé qui s'ouvre dans la facade; mais il serait dangereux d'appliquer ce raisonnement de maniére trop schématique. Bornons-nous á constater que les grandes arcatures détachent leurs lobes sur le plein d'un mur; les portails découpent les leurs sur le vide d'une baie. Insistons aussi sur le fait que les modéstes maitres d'oeuvre limousins qui ont élevé Ladignac, Rosiers et Bellac semblent avoir quelque peu innové ou tout au moins fait preuve d'origina" lité. Si on admet que les tracés polylobés ont été transmis á l'art román par l'art hispano-arabe, il faut constanter que celui-ci ne parait pas avoir fourni d'exemples aussi caractérisés de grandes arcatures polylobées plaquées contre une surface múrale surtout dans la décoration extérieure des édifíces. Les parties de la grande mosquée de Cordoue qui ont été construites au temps du Calife El-Hakam II vers la fi n du X® siécle ne semblent pas avoir comcj porté les arcatures trilobées d'assez petites dimensions qu'on voit aujourd'hui sur la facade occidentale; elles procédent de la ¿é RENÉ CROZET restauration générale des parties hautes de cette fra<?ade 4. A rintérieur, les ares polylobés etnployés á profusión et selon des combinaisons trés variées se détachent sur le vide; 11 faut faire exception cependant pourle grand are polylobé qui s'ouvre sur la chapeile de Villaviciosa; mais 11 emboite, Immédlatement en dessous, un are outrepassé presque aussi grand 5; les partías hautes de eette ehapelle et du mlhrab presentent de petites arcatures trilobées cu des bales de méme tracé; mals les lobes se juxtaposent par des arétes vives sans les enroulements llmouslns. II n'y a pas davantange de commune mesure entre les arcatures llmouslnes relatlvement grandes et les arcatures trilobées quj ornent la partle haute de la mosqués Bib-Mardom (égllse del Cristo de la Luz) de Toléde qul date aussi de la fi n du X® slécle. On rapprocheralt plus alsément ce décor hlspano-árabe de celul qul a été réallsé, par appllcatlon d'arcatures trllobeés sur un mur plein, sur les clochers de Salnt-Yrlelx et du Dorat ou sur les murs de la nef de Solignac (Haute-Vlenne), entre les fenétres; encore faut'll ajouter que, au mols sur les deux clochers cltés ci-dessus, on retrouve les enroulements caractérlstlques á la jonctlon des lobes. L'originallté de la solutlon límouslne, partlculiérement heureuse á Ladlgnac et á Kosiers, semblant acquise, 11 ímporteralt de savoir si elle n'a pas d'equivalents dans spagne romane. On sait que celle-ci a falt assez large usage des tracés polylobés surtout pour les portalls; mals lis donnent souvent 1 impresslon d'avolr été Inspirés beaucoup plus par des portalls frangals que par les arcades polylobées des monuments musulmans se trouvant dans la pénlnsule. Quant á 1'appllcatlon de grandes arcatures polylobees sur des murs, plus spéclalement sur des chevets, elle ne semble pas avolr été en faveur. L'exemple qul se rapprocheralt le plus de la solutlon llmousine seralt celul du chevet de San Vlcentejo, égllse castlllane du XII® slécle 6; mals II n*y a pas Identlté absolue; dans l'égllse espagnole, le chevet est seml-clrcu4. Manuel Gómez'Moreno, JBl arte árabe español hasta los Almohades Arte.Mozárabe. Ars Hispaniae, T. III. Madrid, 1951, p153, fi g. 198 et 199. 5. Manuel Gómez'Moreno, El arte árabe español hasta los Almohades, Arte Mozárabe, Ars Hispaniae, fi g. 137 et 139, Georges Maríais, Manuel d'art musulmán. T. I, París, 1926. fi g. 119. 6. José Gudíol Ricart et Juan Antonio Gaya Ñuño, Arquitectura y escul tura románicas, Ars Hispaniae, T. V, 1948, fi g. 389. fe tUDES l4lSt>AN0'LlM0ÜSlMEá 27 laire; les contreforts polygonaux montent, par de curieux décro' chements jusqu á la corniche trés saillante; les arcatures trilobées dépourvues d enroulements prennent appui sur des encorbelle' ments sommaires; le décor des fenétres du chevet, relativement riche, n a aucun caractére limousin. De trés loin seulement, on pourrait comparer á nos arcatures limousines, les petites arcatures á cinq lobes qui relient entre eux les modillons de la chapelle San Pablo du séminaire de Tarragone 7, Plus tard, Tart mudéjar multipliera les tracés polylobés découpés sur le vide, plaqués sur des clochers ou encadrant les bales ou les arcatures du chevet de l'église d'El Cristo de la Luz, greffée, au XIII® siécle, sus 1 ancienne mosquée Bib-Mardom. Au XIV® siécle, l'architecte de Santa Catalina de Séville retrouvera, dans le décor d'arcatures polylobées qui anime le chevet arrondi de l'église, une solutíon comparable á celle qu'avaient réalisée, dans le rude granite de leur province, ses lointains prédécesseurs limousins 8. II. Une influence limousine en Portugal. Cette relatlve pénurie de résonances entre les chevets limou sins á arcatures polylobées et les chevets des églises romanes d Espagne s explique par le fait que ees derniers s' apparentent beaucoup plus étroitement á ceux des églises romanes de l'Ouest et du Sud-Ouest de la France aussi bien par Temploi des contreforts-colonnes isolés ou groupés en faisceaux que par la structure et la décoration des bales ou des corniches. Les parentés poitevines et mieux encore saintongeaises ou encore languedociennes sont fréquentes. Mais voici la trace incontestable d'une influence limousine. Nous la saisissons á la petite église de S. Martinho de Cedofeita englobée aujourd'hui dans les íaubourgs de Porto. Elle se compose d'un choeur rectangulaire et d'une nef sans collatéraux un peu plus large et sensiblement plus haute que le sanctuaire. Ces deux parties sont voútées en berceau brisé; des doubleaux dépourvus de toute mouluration divisent la choeur en deux 7. Vicente Lampérez. Historia déla arquitectura cristiana en la Edad media, T. I, Madrid et Barcelone, 1930, fi g. 45; Ars Hispaniaej T. V, fi g. 181. 8. Leopoldo Torres Balbas, Arfe almohade, arte nazari, arte mudéjar Ars Hispaniae, T. VI. Madrid. 1949, fi g. 328. ' ^ bENÉ CROZEt travées et lá nef en trois. Par son plan trés simple et surtout son cKevet plat. ce modeste édifice s'apparente á de nombreuses églises rurales llmousines étndiées par René Fage et Albert de Laborderle; mais c'est surtout la fenétre trés étrolte que s ouvre dans le pignon déla fapade occldentale qul retient 1 attention. Assez fortement ébrasée et tracée en are á peine brisé, elle pré sente, tant á Vextérieur qu'á l'intérieur, les traite caracténstiques de la baie llmousine: le petit tore minee logé dans le «ssaut de l'unique voussure, les colonnettes de petit diamétre msérées dans les jambages, l'absence de chapiteaux remplacés par des motifs sculptés sans tailloir representant ici des animaux affrontés . Ces caractéres limousins se retrouvent aux portes latérales nord et sud, á la porte nord, les motifs sculptés sont des oiseaux, des monstres, une téte bestiale dévorant un homme. Notons toutefois qu'á la difíérence de la plupart des portes limousines celles-ci ont des tympans pleins; au tympan de la porte nord, un médaillon polylobé encadre l'agneau symbolique découpé en méplat plutót que sculpté W. A l'actií des parentés limousines, ajoutons 1 oculus polylobé ouvert dans le pignon est de la nef, quelques chapiteaux á c¿rbeille nue á Fintérieur de Téglise et deux chapiteaux taillés dans du calcaire utilisés dans cette église constru.te en granlte local de couleur grise. Le Limousin est assez nche d exemples d'éléments calcaires introduits dans a es g ises. Cette remarque relative aux materiaux m n e re spu ignée. Les parentés que nous établissons ne rési en pas seu ement dans les formes architecturales ou ornementalesi elles sont foncUon des matériaux quii eux-mémes, comman en es orines et donnenti aux édifices, leur tonaUté dominante. Du granite limou sin au granite de la vallée du Douro, également rudes et rebelles aux fi nesses du ciseau, le passage est ais ons a ons objetivement que le portail ouest de Cedofeita n es pas imousin; les tores sont dégagés sur l'aréte des voussures e pas insérés dans les retraits de celles-ci: les chapiteaux son of s de volumineux tailloirs; ils^ortent, assez gauchement traités dans la pierre dure, des motifs courants tels que des oiseaux becquetant des fruits et, surtout un motif qui parait manquer en Limousin mais 9. Comparer cette fenétre de notre fi g. 4 avec les fenétres lltnousines de Rosiers (fig. 1) et de Ladigaac (fig. 2). 10. Ara Hispaniae, T. V, p. 357 et fi g. 519 et 521. ETUDES HISPANO'LIMOUSINES 29 qui, par contre, est fréquent en Poitou et en Saintonge, celui des oiseaux juchés sur des lions; ce théme d'origine oriéntale est, leí, répété deux fois. Ces remarques montrent réclectisme de ceux qui ont construit et décoré avec des moyens modestes la petite église de Cedofeita que nous daterons, sans autre précision, du XII® siécle H. René Crozet Profeseur d'historie de l'art de la Faculté des Lettres des Poltlers 11. Le tnonasterium... de Sitofeita est cité pour ]a premiére fois dans une bulle de Calixte II, 2 mats 1120, qui confirme les possessions de PégHse de Portd; Ulysse Robert, Bullaire du pape Calixte II, líl9'112á, essai de resHtution, T. I, Paris, 1891. pp. 220-221. Fio. 1. Rosiers (Corréze). Cheveti C llché Centre Médieviil Poiticrs. Fio. 2. Ladignac-le-íiaut (Haute-Vieiuii ) . C' iit hé Centre ^lédle\¡J Poiti-