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Langage violent dans le rap français: caractéristique ou cliché? helena Zubčeková [Université Masaryk, brno] Le rap est perçu et représenté comme violent1. La violence est, cependant, un concept qui demande une précision. Quelles sont les conditions dont la réalisation relie le mot avec la violence? Dans les travaux traitant de la violence dans le rap, cette question n’était pas abordée. En traitant la présumée «violence» du genre, les chercheurs se sont préoccupés du lexique vulgaire et du côté sémantiquedes mots. Dans notre article, nous avons adopté cette approche et nous allons examiner le rôle de ce lexique (lié à la violence) dans le rap. Nous n’allons pas argumenter sur la question de savoir si ce regroupement de conditions est approprié ou non. Selon notre avis, la réputation «violente» du rap peut être causée soit par une surreprésentation de ce genre de lexique dans le rap, ou, si cela n’est pas le cas, par un soulignement de ces mots dans les paroles des rappeurs. Le lexique lié à la violence (vulgarismes et mots thématiquement associés à la violence) présent dans notre corpus sera-t-il de préférence accentué par une quelconque homophonie? Cette hypothèse est basée sur la prémisse que les mots contenant une homophonie sont naturellement mis en relief dans le flow («flux de la parole») du rappeur, vu que l’homophonie est un des moyens dont le rappeur se sert pour souligner le rythme de ses chansons2. VIOLENCE DANS LE RAP SELON LES CHERCHEURS Commençons par un court aperçu des opinions des chercheurs sur la violence dans le rap3. Ces opinions pourraient être rangées en trois catégories: la première catégo1 Hammou, Karim. «La vérité au risque de la violence. Remarques sur la stylistique du rap en français». In Moïse, Claudine. La violence verbale, tome 1: Espaces politiques et médiatiques. Paris: L’Harmattan, 2008, pp.203–205. Pecqueux, Antoine. «La violence du rap comme katharsis: vers une interprétation politique».Volume! III, 2. 2004, p.56. 2 Barret, Julien. Le rap ou l’artisanat de la rime: Stylistique de l’egotrip. Paris: L’Harmattan, 2008, p.121. 3 Etant donné que, parmi les travaux sur le rap, seul un fragment traite cette question d’une façon explicite, et qu’encore moins d’entre eux abordent la question du rôle des homophonies, nous allons présenter les opinions sans exclure les non-linguistes.
294 SVĚT LITERATURY / LE MONDE DE LA LITTÉRATURE rie refuse que le rap soit, en fait, violent, la deuxième considère la violence dans le rap d’origineexogène, et la troisième la considère comme endogène, incluse dans sa nature. Il est possible que dans les travaux traités, plus d’une position soit tenue. Cela pourrait, bien sûr, être dû à une inconséquence de la part des auteurs. Nous préférons cependant l’explication que, le rap n’étant pas un genre monolithique, des analyses divergentes de son contenu peuvent très bien être toutes vraies en même temps. Dans la partie suivante, nous allons présenter les trois catégories de plus près. La première manière de savoir comment traiter la violence dans le rap est de contester cette même caractéristique. D’après le sociologue Antoine Pecqueux, le rap suscite l’impression d’être violent à cause de la langue qui y est utilisée— qui est du parler quotidien non-embelli, avec vulgarités, grossièretés et incorrections4. Le chercheur Pierre-Antoine Marti considère que la violence dans le rap est seulement symbolique5, dérivant de l’imaginaire du vandalisme verbal6. Par contre, la philologue Isabelle Marc Martínez trouve l’expression de la violence fictionnelle7, forçant délibérément le trait dans le rap par l’hyperbole et la caricature8. Deuxièmement, d’après certains chercheurs, la réputation violente du rap serait plutôt une image fabriquée par les médias et les maisons de disque. C’est le scandale qui fait vendre9. L’expert en médias Laurent Béru considère que cet état est un résultat d’un «discours médiatique sensationnaliste par les maisons de disque aussi bien que par les journaux télévisés»10. Les médias sont accusés par les sociologues11, cette opinion est partagée par le sociolinguiste Cyril Trimaille12. Troisièmement, la violence dans le rap serait d’origine endogène. Cette théorie faisant partie d’une des prémisses de cette présente analyse, nous lui consacrons le chapitre suivant. 4 Pecqueux, Antoine. Voix du rap: Essai de sociologie de l’action musicale. Paris: L’Harmattan, 2007, p.171. 5 Marti, Pierre-Antoine. Rap 2 France. Les mots d’une rupture identitaire. Paris: L’Harmattan, 2005, p.60. 6 Ibid., p.66. 7 Martínez, Isabelle Marc. Esthétique du rap français. Esthétique et poétique des textes (1990–1995). Berna: Peter Lang, 2008, p.142. 8 Ibid., p.51. 9 Trimaille, Cyril. De la Planète Mars… Codes, langages, identités: étude sociolinguistique de textes de rap marseillais. Mémoire de maîtrise sous la direction de Jacqueline Billiez, Grenoble, Université Stendhal— Grenoble III, 1999, p.14. 10 Béru, Laurent. «Popularisation et récupération d’un marginalisme artistique». Questions de communication. 9. 2006, p.264. 11 Barrio, Sébastien. Sociologie du rap français. État des lieux (2000/2006). Thèse sous direction de Rémy Ponton, Paris 8 Vincennes/Saint Denis, 2007, p.214. Hammou, Karim. Une histoire du rap en France. Paris: La Découverte, 2012, p.84. Molinero, Stéphanie. Les publics du rap. Enquête sociologique. Paris: L’Harmattan, 2009, p.55. Mucchielli, Laurent. «Le rap: tentative d’expression politique de jeunes des quartiers relégués». Mouvements. 3. 1999, p.60. 12 Trimaille, Cyril. De la Planète Mars… Codes, langages, identités: étude sociolinguistique de textes de rap marseillais, op.cit., p.16.
hELENA ZUbČEKOVÁ 295 ORIGINE ENDOGÈNE DE LA VIOLENCE DANS LE RAP Selon cette théorie, la violence dans le rap puiseraitdans les qualités intrinsèques de ce genre musical. D’après Laurent Béru, déjà mentionné, la violence dans le rap serait un héritage de la black music (blues et jazz), dont le rap hériterait sa préférence pour la crudité des images et les vulgarismes13. Une autre explication est offerte par les chercheurs selon lesquels la violence dans le rap serait une réaction à la violence réelle de l’environnement, comme par exemple le sociologue Paul Yonnet14. Pour le spécialiste de la musique André Prévos, le rap agirait en tant que transmetteur de cette violence de l’environnement15. Selon le philosophe Alain Milon, aussi bien que pour le sociologue Manuel Boucher, le rap serait une interpellation devant l’auditeur, pour renvoyer à la ville sa violence16. Le rap renverrait de l’insulte par l’insulte17, et la violence présente serait une révolte contre les normes de la société, une contestation, comme le déclarent les psychologues Yves et Émilie Morhain18. La violence dans le rap fonctionnerait comme un exutoire, une catharsis pour le rappeur19, elle serait recréée sous forme d’attitudes et sous forme de thématique textuelle20. La spécialiste en littérature francophone Véronique Petetin, secondée par le sociologue Manuel Boucher, parle même d’un essai d’exorciser cette violence de l’environnement par les mots et leur profération21. Selon le sociolinguiste Cyril Trimaille, la violence dans le rap symboliserait la violence réelle dans les rues22, dans le même contexte, le philosophe de l’art Richard Shusterman parle d’une canalisation23. 13 Béru, Laurent. «Popularisation et récupération d’un marginalisme artistique», op.cit., p.256. 14 Yonnet, Paul. «‘Rap’. Musique, langage, violence, sexe».Le Débat. V, 112. 2000, p.126. 15 Prévos, André J.M..«‘In It for the Money’: Rap and Business Cultures in France». Popular Music and Society. XXVI, 4. 2003, p.448. 16 Milon, Alain. «Pourquoi le rappeur chante? Le rap comme expression de la relégation urbaine».Cités. III, 19, P.U.F., 2004, p.4. Boucher, Manuel. Rap, expression des lascars: Significations et enjeux du Rap dans la société française. Paris: L’Harmattan, 1998, p.50. 17 Bazin, Hugues. La culture Hip-Hop. Paris: Desclée de Brouwer, 1995, p.221. 18 Morhain, Yves, Morhain, Émilie. «La création adolescente».Adolescence. I, 75. 2011, p.22. 19 Martínez, Isabelle Marc. Esthétique du rap français. Esthétique et poétique des textes (1990–1995), op.cit., p.175. Pecqueux, Antoine. «La violence du rap comme katharsis: vers une interprétation politique», op.cit., p.59. 20 Martínez, Isabelle Marc. Esthétique du rap français. Esthétique et poétique des textes (1990–1995), op.cit., p.50. 21 Boucher, Manuel. Rap, expression des lascars: Significations et enjeux du Rap dans la société française, op.cit., p.211. Petetin, Véronique. «Slam, rap et ‘mondialité’». Études, 6. 2009, p.800. 22 Trimaille, Cyril. De la Planète Mars… Codes, langages, identités: étude sociolinguistique de textes de rap marseillais, op.cit., p.54. 23 Shusterman, Richard. «Pragmatisme, art et violence: le cas du rap».Mouvements. II, 26. 2003, p.118.
296 SVĚT LITERATURY / LE MONDE DE LA LITTÉRATURE Le sociologue Morgan Jouvenet considère la violence comme une restitution de la dimension oppressante de la vie24. Le troisième point de vue considérant la violence dans le rap comme étant d’origine endogène la voit comme un effet intentionnel du rappeur. Elle serait esthétique, artistique, comme le proclame le sociologue Karim Hammou. Il considère l’insulte et la crudité dans le rap comme une des techniques travaillées pour émouvoir l’auditeur25. Le philosophe Christian Béthune attribue au rap une poétique de l’obscène, efficacité musicale et prégnance poétique26. Laissons-le offrir une explication détaillée de son opinion dans ses propres mots: Mais par-delà de toutes les audaces sémantiques jouant avec l’outrance des mots et la crudité des images, il est important de ne jamais sous-estimer la valeur phonétique, rythmique et articulatoire que les rappeurs savent conférer au riche éventail des dirty words dont ils parsèment leurs rimes. Parce qu’ils sont délibérément choquants, ces termes salaces s’imposent plus radicalement à la conscience de l’auditeur. Entendus de façon plus irrévocable que les autres, ces gros mots paraissent davantage en mesure d’assumer une fonction rythmique que ne le feraient des paroles à la signification plus anodine.27 Christian Béthune continue sa défense des rappeurs face à leurs détracteurs en soulignant que les rappeurs se servent des processus de distance poétique et de métaphore dans leurs chansons28. Selon le philosophe de l’art Richard Shusterman, l’esthétique même du rap est fondée sur la violence positive29, la violence dans le rap est transformée en medium esthétique30. L’expression de l’agressivité serait probablement une autre façon de chercher à engager l’attention de l’audience, comme le proclame le sociologue Antoine Pecqueux31. Dans leur travail constitutif de l’analyse du rap français, le philosophe George Lapassade et l’américaniste Philippe Rousselot constatent que «Le rap cultive l’insulte; il s’approprie les grossièretés et les fait rentrer dans sa rime.»32 24 Jouvenet, Morgan. Rap, techno, électro… Le musicien entre travail artistique et critique sociale. Paris: Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2006, p.106. 25 Hammou, Karim. «La vérité au risque de la violence. Remarques sur la stylistique du rap en français». In Moïse, Claudine. La violence verbale, tome 1: Espaces politiques et médiatiques, op.cit., p.221. 26 Béthune, Christian. Le rap: Une esthétique hors la loi. Paris: Autrement, 2003, pp.137, 142. 27 Ibid., pp.140–141. 28 Ibid., p.162. 29 Shusterman, Richard. «Pragmatisme, art et violence: le cas du rap», op.cit., p.118. 30 Ibid., p.121. 31 Pecqueux, Antoine. Voix du rap: Essai de sociologie de l’action musicale, op.cit., p.130. 32 Lapassade, George, Rousselot, Philippe. Le rap ou la fureur de dire. Paris: Loris Talmart. 1990, p.60.
hELENA ZUbČEKOVÁ 297 VIOLENCE— UNE ENTITÉ «MESURABLE»? Si nous adoptons le dernier point de vue présenté dans la partie théorique, nous pouvons supposer que le lexique lié à la violence (vulgarismes et mots thématiquement associés à la violence) présent dans le corpus est de préférence accentué par une quelconque homophonie. Cette hypothèse est basée sur quatre prémisses. Premièrement, l’homophonie est un des moyens dont le rappeur se sert pour soutenir le rythme de ses chansons33. Deuxièmement, les insultes ont une valeur phonétique, rythmique et articulatoire dans les rimes34. Troisièmement, l’obscénité (ou violence) du vocabulaire focalise l’attention de l’auditeur35. Et, finalement, la violence des mots entre dans une démarche artistique dont l’objectif est d’émouvoir l’auditeur36. Nous avons balisé notre corpus de 97 chansons de Diam’s, MC Solaar et Rohff de trois balises: la première balise a concerné le lexique vulgaire, la deuxième les mots associés à la violence, et la troisième les homophonies. Comme les homophonies et le lexique «violent», concernent pour la plupart les noms et verbes, nous y avons limité nos résultats (présentés dans les tableaux nº1 et nº2). Le balisage des parties du discours a été effectué à l’aide du logiciel TreeTagger. Tableau nº1: Parties du discours— noms Abréviation Explication Tokens NOM Nom 10381 LOC NOM Nom dans une locution 195 NAM Nom propre 1032 LOC NAM Nom propre dans une locution 533 Total 12141 Tableau nº2: Parties du discours— verbes Abr. Explication Tokens VER Verbe 9834 LOC VER Verbe dans une locution 126 Total 9960 En ce qui concerne le balisage des mots ayant une quelconque affinité avec la violence, dans le cadre de cette analyse nous allons y classer le lexique vulgaire et le lexique lié à la thématique violente (crime, armes, guerre, etc.). Afin de baliserle lexique vulgaire, nous avons suivi le balisage offert par les deux dictionnaires géné33 Barret, Julien. Le rap ou l’artisanat de la rime: Stylistique de l’egotrip, op.cit., p.121. 34 Béthune, Christian. Le rap: Une esthétique hors la loi, op.cit., p.140. 35 Ibidem. 36 Hammou, Karim. «La vérité au risque de la violence. Remarques sur la stylistique du rap en français». In Moïse, Claudine. La violence verbale, tome 1: Espaces politiques et médiatiques, op.cit., p.221.
298 SVĚT LITERATURY / LE MONDE DE LA LITTÉRATURE raux de langue consultés, Le Petit Robert37 et le Larousse38. Il suffisait que le mot ait la balise VULG dans au moins un de ces dictionnaires pour être considéré comme «violent» dans notre corpus. Parmi les mots balisés avec la balise de thématique «violente», citons par exemple: attentat, mafia, kill, voler, arme, cramer, shooter, etc.39 Le tableau nº3 démontre le nombre exacte de tokens ainsi balisés. Tableau nº3: Lexique vulgaire avec des éléments renvoyant à la violence Marque Abr. Explication Tokens Lexicographique VULG vulgarisme 59 Thématique CR Crime, action illégale 229 VC Violence, armes, mort violente 428 Total 716 Le balisage thématique a présenté le défi lié à la nature de l’expressivité. Celle-ci peut être incluse dans la caractéristique sémantique du mot (sème inhérent, si nous adoptons la terminologie de Rastier40), ou réalisée à l’aide du contexte précis des paroles de la chanson (sème afférent chez Rastier). Un exemple du premier cas serait le mot «agresser», le deuxième serait par ex. «tirer». Le balisage des homophonies a été effectué à l’aide des définitions de rime, assonance et allitération telles que présentées dans notre mémoire de master41. Dans le tableau nº4, nous présentons le nombre de tokens avec lesquels nous avons travaillé. Tableau nº4: Homophonie Abr. Explication Tokens R Rime 7202 AS Assonance 2114 AL Allitération 915 Total 10231 Notre hypothèse a été vérifiée à l’aide de la comparaison du pourcentage des noms ou verbes homophoniques avec le pourcentage des noms ou verbes homophoniques liés à la violence. Les résultats de cette procédure sont présentés dans les graphiques nº1 et nº2. 37 Rey-Debove, Josette, Rey, Alain. Le Petit Robert: dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française. Éditionnumérique. Paris: Le Robert, 2014. 38 Caradec, François. Dictionnaire du français argotique & populaire. Paris: Larousse, 2006. 39 Pour une liste complète des mots balisés, voir tableaux nº7 et nº8 dans l’Annexe. 40 Rastier, François. Sémantique interprétative. Paris: PUF, 1987. 41 Zubčeková, Helena. Traitement textométrique et analyse qualitative des homophonies dans le rap français. Mémoire de master, Brno: Université Masaryk, 2013, p.64.
hELENA ZUbČEKOVÁ 299 graphique nº1: Pourcentage des homophonies pour les noms et verbes Tableau nº5: Mots homophoniques avec et sans élément violent Noms Verbes Homophonie Total Homophonie Total Élément violent 328 556 66 160 Sans élément violent 5699 11585 2064 9800 Total 6027 12141 2130 9960 graphique nº2: Pourcentage des homophonies pour les noms et verbes «violents» Tableau nº6: Mots homophoniques «violents» Noms Verbes Homophonie Total Homophonie Total Vulgaire 25 39 7 20 Crime 112 179 14 50 Violence 191 338 45 90 Total 328 556 66 160 59,0% 41,3% 49,2% 21,1% 49,6% 21,4% 0,0% 10,0% 20,0% 30,0% 40,0% 50,0% 60,0% 70,0% Noms Verbes Avec élément violent Sans élément violent Total 64,1% 35,0% 62,6% 28,0% 56,5% 50,0% 0,0% 10,0% 20,0% 30,0% 40,0% 50,0% 60,0% 70,0% Noms Verbes Vulgaire Crime Violence 59,0% 41,3% 49,2% 21,1% 49,6% 21,4% 0,0% 10,0% 20,0% 30,0% 40,0% 50,0% 60,0% 70,0% Noms Verbes Avec élément violent Sans élément violent Total 64,1% 35,0% 62,6% 28,0% 56,5% 50,0% 0,0% 10,0% 20,0% 30,0% 40,0% 50,0% 60,0% 70,0% Noms Verbes Vulgaire Crime Violence
300 SVĚT LITERATURY / LE MONDE DE LA LITTÉRATURE Les tableaux et graphiques précédents démontrent que notre hypothèse se trouve confirmée. Les noms et verbes thématiquement liés à la violence, aussi bien que les vulgarismes, exhibent une tendance à contenir plus souvent les homophonies que les mots sans indication de violence. Notre corpus manifeste un répertoire varié de mots «violents». Ce contenu violent y est en plus souligné par l’homophonie, ce qui, par conséquent, augmente l’impact sur l’auditeur (effet sans doute délibéré). Ainsi, la réputation violente du rap n’est pas seulement un cliché à surmonter, mais elle est basée sur une des caractéristiques de ce genre musical. EN GUISE DE CONCLUSION Nous nous rendons compte que notre corpus est fort limité. Non seulement il ne s’agit que de trois auteurs, mais le nombre des chansons traitées ne dépasse pas la centaine. La recherche de la relation entre le côté homophonique du rap et le lexique qui y est ainsi souligné mériterait une attention plus approfondie. Nous espérons pouvoir contribuer à cet effort. Cette tâche serait considérablement facilitée par une automatisation du processus de balisage. Toutefois, dans le cas des éléments liés à la violence, c’est le contexte qui détermine leur présence ou absence. Comme l’automatisation du balisage contextuel sémantique n’est pas encore suffisamment développée, cette partie de la recherche doit encore être effectuée à la main. ANNEXE Tableau nº7: Liste alphabétique des lemmes avec balise CR Balise Lemmes LOC NAM Les Affranchis, Paul Barril, Bébé Doc, Bertrand Cantat, Al Capone, Steve Carter, le Clan des manouches, Dream Team, le Gang des postiches, Calamity Jane, Billy le Kid, Les Soprano, Castor Troy, Le Dernier Gang, Jean-Claude Bonnal, Casino, opération Condor, Dachau, frères Dalton, Ginger, Hannibal, Herbalife, Many, Medellin, Jacques René Mesrine, Minox, Sam, Scarface, Tony NOM attentat, bandit, banditisme, braco, braquage, braqueur, business, caillera, carotteur, casse, cleptomane, collabo, collabo, complice, connivence, contrefaçon, coupable, crâne, crapule, crime, criminel, délinquant, délit, démon, desperado, extrême, facho, faux, fourberie, frère, gang, gangster, goulag, hold-up, holocauste, homicide, chanmé, inceste, inégalité, injustice, kamikaze, kill, loi, mafia, mal, méchant, meurtre, meurtrier, mi-démon, mi-nazi, nazification, néo-facho, pécheur, pécho, pickpocket, proxo, racisme, racketteur, repris, resquilleur, sniper, stalag, taupe, terrorisme, thug, trafic, traître, traîtrise, victime, viol, vol VER bousiller, braquer, buter, caner, crever, fouiller, fumer, kidnapper, kill, niquer, parquer, racketter, revendre, rotca, squatter, taguer, taxer, terminer, tirer, trafiquer, tuer, violer, voler
hELENA ZUbČEKOVÁ 301 Tableau nº8: Liste alphabétique des lemmes avec balise VC Balise Lemmes LOC NAM Mohamed Ali, B-52, Bobby Brown, Midnight Express, La Guerre du feu, Tours Jumelles, Don King, Louis XVI, Iron Mike, Brad Pitt, Rivière sans retour, Sylvester Stallone, Urban Peace, Jean-Claude Van Damme, Viet Vo Dao NAM Clichy-sous-bois, Dhalsim, Gévaudan, Guernica, Highlander, Holyfield, Chypre, Jerry, Kenny, Mars, Marseille, Néron, Palestine, Raï, Rambo, Schwarzenegger, Tao, Tom, Truand, Tyson, Vietnam, Viking, Viliers, Waco, X-Or LOC NOM boxe thaï, kalash M16, neuf millimètres, smith & wesson NOM agresseur, agressivité, air-sol, AK-47, anthrax, arme, armlock, attaque, bagarreur, balle, bang, barillet, bastos, bataille, bavure, beretta, bombe, boulet, boxeur, brolic, calibre, canif, canon, claque, cocard, colt, combat, coup, cran, danger, derringer, détonation, douille, émeute, ennemi, explosif, explosion, FAL, feu, flingue, fureur, fusil, gifle, gladiateur, glock, guerre, guerre, guerrier, gun, hache, haine, hémoglobine, chtar, jab, kriss, kumité, lacrymo, lutte, M16, mad, magnum, machette, martyr, massue, menace, mine, missile, mitraillette, muaythaï, munition, napalm, nitro, obus, outrage, pêche, pétarade, pète, poing, projectile, rage, rancoeur, remington, revolver, sang, seum, schlass, skin, sol-air, suicide, surin, tir, TS, uppercut, uzi, vengeance, véto, violence, western, winchester LOC VER se taper, se beigner, se goumer, se serbo-croater, casser la tête à qqn VER agresser, amocher, armer, attaquer, baffer, batailler, battre, blesser, bombarder, bomber, casser, claquer, combattre, cramer, damer, défigurer, exécuter, exploser, fight, flopper, frapper, fuck, fumer, hagar, imploser, kick, lutter, menacer, militer, miner, niquer, rager, saigner, shooter, stopper, suicider, suriner, tarter, tirer BIBLIOGRAPHIE Barret, J. Le rap ou l’artisanat de la rime: Stylistique de l’egotrip, Paris: L’Harmattan, 2008. Barrio, S. Sociologie du rap français. État des lieux (2000/2006), thčse sous direction de Rémy Ponton, Paris 8 Vincennes/Saint Denis, 2007. Bazin, H. La culture Hip-Hop, Paris: Desclée de Brouwer, 1995. Béru, L. «Popularisation et récupération d’un marginalisme artistique», Questions de communication, 9, 2006, pp.251–266. <http:// questionsdecommunication.revues.org/5157> [le 11 oct. 2012. Béthune, C. Le rap: Une esthétique hors la loi, Paris: Autrement, 2003. Boucher, M. Rap, expression des lascars: Significations et enjeux du Rap dans la société française, Paris: L’Harmattan, 1998. Caradec, F. Dictionnaire du français argotique & populaire, Paris: Larousse, 2006. Hammou, K. «La vérité au risque de la violence. Remarques sur la stylistique du rap en français». In C. Moďse. La violence verbale, tome 1: Espaces politiques et médiatiques. Paris: L’Harmattan, 2008, pp.203–222. <http://halshs.archives-ouvertes.fr/ docs/00/53/03/28/PDF/2006.10.01_-_ parrhA_sia_version_2006.pdf> [le 13 juin 2014]. Hammou, K. Une histoire du rap en France, Paris: La Découverte, 2012. Jouvenet, M. Rap, techno, électro… Le musicien entre travail artistique et critique sociale, Paris: Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2006. Lapassade, G., Rousselot, P. Le rap ou la fureur de dire, Paris: Loris Talmart, 1990.