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Qu’est-ce qu’un corps?

Thomas, Maud-Yeuse

Abstract

Tout se passe comme si le problème de la définition des corps répondait toujours à la définition actuellement donnée par les sciences biologiques aux XXe et XXIe siècles, soit l’existence de deux sexes. Or, loin d’être scientifique, cette définition masque le processus de construction, sédimentation et naturalisation qui produit les corps, dans lequel c’est la diversité des sociétés et des individus qui est prévalente. Cet article examine la question du corps, centrale pour l’anthropologie, à partir d’une réflexion sur la fabrique biopolitique et coloniale de la question trans qui discute le naturalisme-objectivisme dans une démarche qui insiste sur de multiples constructions sociohistoriques localisées.

Full text

Sociocriticism XXXVII-2|2023 Multitudes Transféministes Qu’est-ce qu’un corps? ¿Qué es un cuerpo? Maud-Yeuse Thomas http://interfas.univ-tlse2.fr/sociocriticism/3560 Electronic reference Maud-Yeuse Thomas, «Qu’est-ce qu’un corps?», Sociocriticism [Online], XXXVII2|2023, Online since 21 décembre 2023, connection on 28 décembre 2023. URL: http://interfas.univ-tlse2.fr/sociocriticism/3560 Qu’est-ce qu’un corps? ¿Qué es un cuerpo? Maud-Yeuse Thomas OUTLINE La fabrique de la question trans La fabrique de la question cisgenre La fabrique de l’enfant transgenre Le corps, quel corps? Par-delà de nature et culture Qu’est-ce que la personne trans? Qui répond? Quel lien social? TEXT La ques tion du corps est une ques tion cen trale pour l’an thro po lo gie, et le corps, dans son ap pa rence de na tu ra li té, est ce qui est le plus char gé d’his toires et d’His toire. Cette ques tion ap pa raît entre le XVIII et XX siècle, no tam ment quand l’an thro po lo gie rap porte des ré cits et ana lyses de so cié tés non na tu ra listes, d’abord nom mées cha‐ ma niques puis ani mistes; par ailleurs, elle ap pa raît quand la no tion d’her ma phro dite est dis soute pour celle d’in ter sexua li té au mitan du XIX siècle, avant même l’émer gence des tech niques médicochirurgicales. 1 e e e De ma nière gé né rale, nous voyons le corps comme na tu rel et non comme un ordre et un sys tème so cio po li tique, à l’ins tar de l’hé té ro‐ sexua li té, qu’il faut voir dans son contexte his to rique. C’est le pro ces‐ sus de na tu ra li sa tion de, et dans, la «coïn ci dence» sexegenre pro‐ dui sant le corps pres crit ou pros crit qu’il nous faut in ter ro ger pour ré vé ler le pro ces sus de construc tion, sé di men ta tion et na tu ra li sa tion (pro ces sus CSN). Les ques tions de genre y sont pro fon dé ment liées, d’où cette dis tinc tion dans ce champ entre stu dies fé mi nistes et trans stu dies. Sa dé cons truc tion est un mou ve ment de re cons truc tion à l’in té rieur de la même en ceinte so cié tale, ce pour quoi il met le mo‐ dèle na tu ra liste en crise et pro voque un re tour de sexisme et LGB TI‐ pho bie dé com plexée; par fois à la marge de celuici quand l’ef fa ce ‐ 2 Qu’est-ce qu’un corps? ment his to rique et la stig ma ti sa tion ont été trop in tenses. Le pro ces‐ sus CSN peut prendre des siècles pour abou tir à une sta bi li sa tion tem po raire et une ré vo lu tion trans gé né ra tion nelle qu’il se crète dans, et avec, les chan ge ments so cié taux. Il peut ac cé lé rer et don ner le sen ti ment que l’on dé fait ou dé truit le socle ou fon de ment. MeToo est ce mo ment ac cé lé ra teur après la pi lule et l’IVG, car l’his toire des luttes pour l’éga li té est un in abou ti his to rique. Cette ques tion n’est pas nou velle puis qu’elle est à la ra cine de l’an thro po lo gie com pa rée et en His toire. Je vais m’at tar der sur l’ou vrage de Vi ga rel lo, Le sen ti ment de soi, car il donne à voir à la fois le pro ces sus CSN, ce qu’il pro voque dans l’His toire, la vie des gens re la ti ve ment aux normes ainsi qu’aux sen ti ments. La 4 de cou ver ture le pré sente ainsi: «Vi ga rel lo montre com ment, à par tir des Lu mières, le corps en est venu à coïn ci der avec le moi, au pa ra vant cir cons crit à la pen sée et à l'es prit». On a là en conden sé, une va riance ou mu ta tion an thro po lo gique à par tir d’un momentclé de l’His toire, ici les Lu mières. Il in dique là les ef fets et consé quences des croyances re li gieuses sur la ma nière dont on voit le corps comme pro duc tion et la ré vo lu tion pré sexuelle du XVII au XIX siècle, qui voit le corps comme fon da tion puis comme in ter face. Dé sor mais sexué, c’està-dire vu par le référentmaître de la sexua li‐ té, ce noue ment moicorps est confor té par la ré vo lu tion sexuelle au XX , mais celleci, lar ge ment in ache vée, est res tée pa triar cale. e e e e Un autre élé ment ma jeur est l’ad mi nis tra tion des états ci vils ins tau rée en 1800 en France, suivi des codes ré gis sant la vie des femmes, l’in‐ ter dic tion du tra ves tis se ment et, avec les co lo ni sa tions, le code noir. L’ad mi nis tra tion des états ci vils trans fère la ré gu la tion du lien so cial dans les mains de l’État, où l’État dé cide de nos vê tures, com por te‐ ments, corps, etc. Quatre mou ve ments en un, le com pose : 1) une iden ti té dé duite d’un corps so cia le ment pres crit — et non un «corps pur»; 2) un prin cipe mas cu lin su pé rieur, ré fé rent et op po sé au fé mi‐ nin; 3) le pas sage d’une so cié té à trois sta tuts jusqu’au mitan du XIXe siècle, homme, femme et her ma phro dite, à une so cié té bi naire à deux sexes et l’in ven tion de l’in ter sexe au mitan du XIXe; 4) l’in tan gi bi li té comme principesocle. Nous en sommes tou jours dans cette sé‐ quence dé fi ni tion nelle du moicorps qui vien dra dé fi nir les vies et corps trans, non bi naire et inter (ciaprès TNBIX+), dé duite de la re‐ pré sen ta tion d’une so cié té et iden ti tés bi naires dans le cou plage hé‐ té ro genre1. Cela nous ren seigne d’abord et sur tout sur la struc ture 3 Qu’est-ce qu’un corps? hié rar chique de so cié té dont sont dé duits in di vi dus et sub jec ti vi tés, trans for mant la hié rar chie mé dié vale, où le sexe est de ve nu ce ré fé‐ rent in for mant com ment est le genre. Cette hié rar chie hé té ro genre se construit de ma nière dis tincte du mo dèle mé dié val à trois sexes où l’an té cé dence du genre do mine pour com po ser la hié rar chie homme, femme, her ma phro dite et les chan ge ments de genre dans cette pé‐ riode (Maillet, 2020). Cette congruence ou coïn ci dence, n’est nul le‐ ment une ex pres sion uni ver selle et stable dans le temps, comme l’af‐ fir mait Fran çoise Hé ri tier (1992), mais l’objet de construc tions so cio‐ his to riques lo ca li sées, du moins avant les co lo ni sa tions et mon dia li sa‐ tion. Il y a bien une «his toire du corps» parce qu’il y a une his toire des so cia li tés et so cié tés dans un espacetemps donné qui se trans‐ forme, prend de mul tiples formes avant de sta bi li ser sous les in jonc‐ tions des Étatsnation. Cette conscience s'ex prime dans la no tion de sen ti ment de l'exis tence où le moi so cial, donné an té rieu re ment par une hié rar chie dé ter mi née, mute en un moicorps — ce que nous nom mons trop vite in di vi dua lisme — qui ap pa raît au jourd’hui ty pique de la mo der ni té ca pi ta liste et où la conscience de soi est confron tée à la so li tude d’être soi. Ce sen ti ment est lo ca li sé, situé dans une aire et époque et dé pen dant de pré misses mé ta phy siques construi sant et consti tuant le corps dans une hié rar chie don née sous la forme et ex‐ pres sion de coïn ci dence ou congruence. Au tant dire que le rap port entre ce sen ti ment et le corps est bien his to ri que ment construit; que le ré gime de construc tion hé té ro genre, his to ri que ment do mi nant, est en train de muter sous la pous sée des fé mi nismes et des mou ve ments dits LGB TIQ+. Cela im plique entre autres qu’il n’existe pas une constante unique et uni ver selle, c’està-dire pré sente dans toutes les so cié tés hu maines, quelle que soit l’aire et l’époque. Le moi dont parle Vi ga rel lo est le sen ti ment et conscience d’être un homme ou une femme dans le cadre d’une dif fé rence hé té ro genre qui voit l’émer‐ gence du pri mat par le sexe sans chan ger le pri mat mas cu lin sur le fé mi nin. La fa brique de la ques tion trans Y ré pondre a consis té en une fa brique bio po li tique sur le mo dèle de la fa brique de l’autre sexe, de l’ho mo sexua li té, la bi sexua li té et in ter‐ sexe. Une même norme et re pré sen ta tion, li mi tée à l’aire eu ro péenne pen dant des siècles, éle vée au rang d’uni ver sel de puis, en est la cause. 4 Qu’est-ce qu’un corps? Pour y ré pondre, nous avons mo bi li sé en Oc ci dent la coïn ci dence sexegenre. Le genre produitil le sexe ou l’in verse? Le sexe estil pre mier, fon da teur, uni ver sel? Sontils tou jours congruents, par tout et à toutes les époques, chez tous les in di vi dus? Les ré ponses ont été, non sur la foi d'une scien ti fi ci té, mais sous la pres sion de la nor‐ ma ti vi té hié rar chique, où le pri mat du sexe et la nor ma ti vi té cis genre s’alignent pour com po ser cette coïn ci dence, où le genre de l’état civil dit par avance com ment est le corps, le com por te ment de genre, l’in‐ di vi du, ses re la tions et sa sexua li té, etc. Lorsque l’on pose une telle ques tion – par exemple, si le genre pro duit le sexe, à un mé dié viste, ilelle-iel peut sour ciller. La com plexion du corps mé dié val, chaud/froid, n’est en rien l’iden ti té sexuelle ni ce «réel du corps», que nous prô nons de puis le XIX siècle. Plus sim ple ment, en se fo ca li‐ sant sur l’ali gne ment ou coïn ci dence sexegenre, l’on se fo ca li sait sur ce que l’on voit – les or ganes gé ni taux – et ce qui est à venir et en train de se faire, soit le genre so cio sub jec tif de l’in di vi du, sous le re‐ gard des normes hé té ro genres et la pers pec tive hé té ro na ta liste. Un ter rain de spé cu la tion et un pou voir de re dé fi ni tion im mense consis‐ tant sur l’es sen tiel à pré sen ter un «corps nu» ou «pur», dé bar ras sé de tout contexte, sub strat ou es sence, op po sé à un corps ar ti fi ciel le‐ ment re cons truit qui se rait le/un «corps trans». C’est celuici, sous la forme de l’as si gna tion du genre selon une ca té go ri sa tion bi naire et oc ci den tale du sexe, qui nous pro duit en tant qu’homme OU femme – et nul.le autre. e Or des «autres», l’an thro po lo gie com pa rée en a trou vé plein. Cer‐ taines so cié tés ani mistes amé rin diennes al laient jus qu'à huit genres so ciaux. La co lo ni sa tion eu ro péenne ne s’est pas conten tée de mas sa‐ crer des «In diens», elle a ef fa cé un sys tème so cio sym bo lique à X genres pour en faire une so cié té à deux sexes en dé bap ti sant, au sens chré tien et ju ri dique du terme, les Two Spi rit 2*, pour les re bap ti ser et re ca té go ri ser en «ber dache», terme en vieux fran çais si gni fiant homme sou mis à d’autres hommes. En bref, (un) ho mo sexuel pas sif tra ves ti qui s’écrit au XIX et se dif fuse au XX siècle. On voit avec cet exemple bien do cu men té en an thro po lo gie, com ment on fa brique du sexe avec du genre – l’ordre des genres, le genre re la tion nel, le genre res sen ti par l’in di vi du dans une re la tion, etc. 5 e e Nous avions l’ha bi tude de consi dé rer la ques tion trans comme une ré ponse don née par des sa voirs mé di caux. Dès le ma ni feste de Sandy 6 Qu’est-ce qu’un corps? Stone, qui est tout au tant un pro gramme des (fu turs) gendertrans stu dies qu’un pro gramme de sciences stu dies, le mou ve ment trans a mon tré qu’il n’en est rien : elle est un dis cours po li tique sur une sup‐ po sée « coïn ci dence sexegenre » dé dui sant les sub jec ti vi tés de la pers pec tive hé té ro na ta liste où la bio lo gie du sexe, et plus ré cem ment du cer veau, construit une so cio bio lo gie des corps. Au tant dire, nul queer et même nul de ve nir ou sub jec ti vi té mais une nais sance que l’or ga nisme phy sio lo gique vient in car ner. Comme la pers pec tive hé‐ té ro genre oc ci den tale a ef fa cé l’or ga ni sa tion so cios pi ri tuelle ani miste des amé rin diens, la ré dui sant à une ho mo sexua li té tra ves tie, elle a ef‐ fa cé les exis tences non cis genre et non bi naire pour en faire ces «transsexuels», «ho mo sexuel tra ves ti», etc. En clair des ca té go ri‐ sa tions mo rales consti tuent les arc bou tants de ce sys tème hé lio cen‐ trique que l’on va cher cher dans les hor mones, le «sexe du cer veau», des chro mo somes et même dans le gé nome. C’est ce que Phi lippe Des co la ap pelle le naturalismeobjectivisme (2005) et Tim In gold un néo dar wi nisme (2015). La dé no mi na tion de sexuel in di quant que nous sommes dans un cadre de pen sée dans le quel la no tion d’iden ti té sexuelle est ce qui donne au corps son dé ter mi nant so cial prin ci pal ex cluant. La fa brique de la ques tion cis genre L’ob jec ti visme des dis cours mé di caux a pré ten du four nir une ré ponse au moyen d’une ques tion: com ment gué rir? en jus ti fiant un diag nos‐ tic, pré sup po sant une cause di recte ou une pa tho lo gie sousjacente au dit trans sexua lisme. Ce fai sant, ces dis cours pro dui sait des corps et in di vi dus trans en es ca mo tant la ques tion cen trale, soit la nor ma ti‐ vi té cis genre né ces saire à la pers pec tive hé té ro na ta liste; ou en core, com ment les in di vi dus sontils pro duit en homme ou en femme en ef fa çant la po pu la tion an dro gyne (Bem, 1976). Or, nous sa vons de puis Mi chel Fou cault et Gayle Rubin que la ques tion – com ment gué rir ? – est une ques tion mo rale mutée en po li tique où le sa voir est un pou‐ voir et non une ob ser va tion ni une ré ponse scien ti fique. 7 En re tour nant la fa brique de la «ques tion trans», on dé couvre en mi‐ roir la fa brique cis genre mais sur tout, on dé couvre que le diag nos tic est une pro duc tion po li tique de puis un poste de pou voir pan op tique, in fé rant sur l’exis tence d’in di vi dus ré duits à une ma la die, un trouble 8 Qu’est-ce qu’un corps? ou un com por te ment que les pou voirs po li tiques ont tou jours nommé en poin tant du doigt: com mu nau ta risme, sub ver sion, trans gres sion, etc. Or la po pu la tion trans pointe le com mu nau ta risme cis genre, la trans gres sion pointe l’adhé sion nor ma tive. Les ques tions trans sont bien des ques tions sur la so cié té pa triar cale cis bi naire3 qui a pro duit le corps des femmes, des trans et in ter sexes. La so cié té et dé fi ni tion cis genres me dé fi nit comme trans, c’està-dire comme quel qu’un ayant tran si tion né d'un « sexe » à l’autre, un « homme de ve nu femme » ou MtF. Je ne suis ni l’un ni l’autre mais une sub jec ti vi té nulle, non ad ve nue, in con nue, par tant de cette po pu la tion d’an dro‐ gynes ou NB, dé sor mais in vi sible, à une sur as si gna tion so ciale à par tir d’un pa pier qu’est l’état civil où «je» n’existe pas, simple po ten tia li té. Je l’ai ap pe lé une tra jec toire in si tuée, dis tincte – mais non pas né ces‐ sai re ment op po sée – d’un sta tut ins ti tué. Je ne peux pas me si tuer dans une car to gra phie où «je» n’existe pas, qui m’ex clue. J’ai été fa‐ bri quée selon un sta tut d’homme, tenu et perçu comme tel. Je dis bien homme et non mâle. L’état de mâle est une des crip tion de l’état de la sexua tion d’un or ga nisme, et non une des crip tion de ce que «je» est au re gard de l’as si gna tion so cio ju ri dique, dans le lien so cial et mon – éven tuelle – sexua li té. On n’est pas as si gné mâle et fe melle mais bien gar çon ou fille, homme OU femme – et nul.le autre. Dans de nom breuses so cié tés ani mistes amé rin diennes, le ré gime d’as si gna tion est dis tinct sur plu sieurs points ma jeurs: l’as si gna tion in ter vient avec le dé ve lop pe ment psy cho so cial des en fants et non «à la nais sance » ; re lève d’une as si gna tion sociospirituelle re la tive à des croyances sur des liens on to cos mo lo giques; où la bar rière na‐ ture/culture n’existe pas. Un en fant peut être as si gné gar çon ou fille, non bi naire ou agenre – la ré as si gna tion à l’oc ci den tale n’existe pas. Je ne choi sis pas plus mon sexe et mon genre, dans l’une ou l’autre aire et croyance, mais pose une ques tion qui est une pro po si tion: comme au rait été ma tran si tion dans un sys tème à 4, 6, 8 genres so ciaux? Seraisje de ve nue cette « trans sexuelle » ? Ma ré ponse est non. Trans sexuel est une construc tion po li tique; par ailleurs, la sub jec ti vi‐ té est don née sous condi tion d’adhé sion au ré gime hé té ro genre. 9 Un focus semble né ces saire sur cette idée de fa brique, sur la base des écrits de deux au teures, Ca ro line Elia cheff et Cé line Mas son de l’Ob‐ ser va toire de la Pe tite Si rène4 qui re prennent une of fen sive mé dia‐ tique dé li bé rée dont le but est de nuire et d’ôter des droits à une par ‐ 10 Qu’est-ce qu’un corps? tie des ci toyens d’une dé mo cra tie de droit en consi dé rant que les droits de l’hu main se raient ca ducs, pour cette po pu la tion et d’autres comme les au tistes. La fa brique de l’en fant trans genre Dans leur opus, elles pensent la fa brique de l’in di vi du trans en gé né‐ ral, l’en fant trans en par ti cu lier, dans ce qu’elles nomment une «mu‐ ta tion an thro po lo gique » : « Le poids de la culture LGB TIQ et l’in‐ fluence des ré seaux so ciaux ont donné une vi si bi li té nou velle au sen‐ ti ment d’être né dans le «mau vais corps». Elles ignorent la dé fi ni tion qu’en donnent les TNBX+5: le sen ti ment que leur moicorps ne ré‐ pond pas à l’as si gna tion de genre et aux normes as so ciées. «Eman ci‐ pa tion pro gres siste ou phé no mène d’em bri ga de ment idéo lo gique ?», demandentelles, pre nant à té moin notre so cié té. Ré pon dons: ni l’un ni l’autre mais comme sou vent, une ins tru men ta li sa tion des sciences en gé né ral, de l’an thro po lo gie en par ti cu lier de puis l’ef fon dre ment des thèses psy chia triques. 11 Fortes d’un po si tion ne ment qu’elles disent «uni ver sel et ré pu bli cain» en igno rant deux siècles d’ob ser va tions en an thro po lo gie – l’an thro‐ po lo gie du corps en par ti cu lier – elles re prennent le men songe de la ma la die men tale sous le terme de «dys pho rie» pour consti tuer ce socle ar gu men taire et sa mé tho do lo gie, d’où cette no tion de «mau‐ vais corps» qui cherche à re cons ti tuer une nonlinéarité trans par rap port à une li néa ri té cis genre – on nait, on de vient, etc. – à par tir d’un faux pos tu lat an thro po lo gique. La « dys pho rie de genre » ou sen ti ment d'un «mau vais corps» sont pro duit par l’idée d'un corps pre mier, non pres crit, fon da teur et uni ver sel. Or ledit « mau vais corps», sup po sant un «bon corps», est une pro duc tion col lec tive, re la tive à une séparationdistinction entre le «moi» et le «corps», sans in for mer son contexte his to rique si c’est le moi qui créé le corps ou l’in verse. La «dys pho rie» est l’autre nom d’une «rup ture moicorps» ou «rup ture sexegenre», qui fait souf frir, isole, etc. Elles puisent dans la lit té ra ture médicalistenaturaliste, pur gée de l’in‐ fluence dé ci sive qu’elle a eue pour faire des – fu turs – hé té ro sexuels, ainsi que des co lo ni sa tions eu ro péennes et toute leur di men sion an‐ thro po lo gique, qu’elles ré in ter prètent à l’aune du na tu ra lisme oc ci‐ den tal. Par ailleurs, elles ignorent le tra vail d’en quêtes de l’OMS entre 12 Qu’est-ce qu’un corps? 2010 et 2019 dans le monde en tier pour se fo ca li ser sur un pré ten du «lobby trans» et in ventent une «épi dé mie». Au tant de pré ju gés que l’on re trouve dans notre propre contexte ac tuel sur le peuple juif, arabe, sur les ho mo sexuels, etc. Sché ma ti sons le mode na tu ra liste et cette pen sée. Le mode na tu ra‐ liste se dé fi nit sur trois com po santes coarticulées : natureculture, corpsassignation, sexegenre. La na ture dé fi nit com ment est le corps à par tir du sexe; la culture dé fi nit com ment est l’as si gna tion de genre et donc, le genre sup po sé de l’in di vi du à venir. La si bien nom‐ mée «coïn ci dence» est une fa brique à par tir de de ces trois com po‐ santes. Dé sor mais, on peut don ner un genre à son en fant avant même sa nais sance. Elle est issue d’une tra di tion don née dans une sociétéépoque don née, non d’une re cherche scien ti fique, où le genre d’ap‐ par te nance du futur in di vi du est l’an té cé dent prin ci pal et non le sexe – sauf à «coïn ci der» sexe et genre. Ces trois bi na rismes or ga nisent tous les bi na rismes: homme/femme, ma jo ri té/mi no ri té, inné/ac quis, etc. 13 Ce mo dèle n’af firme rien de moins que la na ture pro duit la culture pour ali gner l’as si gna tion sur le corps et le genre sur le sexe. Or cela avait été ré fu té par Mar ga ret Mead puis Mau rice Go de lier mais re va‐ li dé par Fran çoise Hé ri tier comme une « constante uni ver selle ». Mau rice Go de lier avait pour tant mon tré que, comme en Oc ci dent, c’est un sys tème de do mi na tion socioéconomique et sym bo lique qui est à l’ori gine des sta tuts so ciaux af fir mant entre autres la pro prié té des en fants, des terres, des pro duc tions, etc., non la sexua tion. Hé ri‐ tier va l’ap pe ler «va lence dif fé ren tielle» et non une constante – qui se rait – uni ver selle et ahis to rique. Ce qui est uni ver sel est le fait que la quasitotalité des so cié tés hu maines ré pondent au pré di cat po li‐ tique du pa triar cat hé té ro genre mais non le fait de la bar rière na‐ ture/culture, comme si sou vent af fir mé. C’est le pa triar cat ou sys‐ tème pa tri sexuel6 qui pense et or ga nise concrè te ment une so cié té «à deux sexes» et avec elle, une constante d’une dif fé rence sexuelle né ces saire à la pro créa tion na tu relle. 14 Nous di sons que nous sommes as si gné.es à «un genre selon le sexe». Cette dé fi ni tion date du XIX siècle. Le «sexe», ré fé rent et in ven tion so cio his to rique tar dive, sous les noms de classes de sexe ou d’ap par‐ te nance de sexe, de ve nu ce ré fé rent pre mier, ac com pagne la ré vo lu ‐ 15 e Qu’est-ce qu’un corps? nel», ré cem ment trans for mé en «res sen ti» – en des per sonnes dé fi‐ nies par le sexuel et, in fine, par le (leur) sexe. Cela nous ren seigne sur les cri tères d’ob jec ti vi té et d’uni ver sa li té, sou vent dé fen dus de concert. Il n’y a là qu’une ob jec ti va tion d’une per sonne ré duite à l’abs‐ tract de l’or ga nisme sexué en sus d’une sy nec doque bi po laire et ré‐ duc tion niste (a) homme = mas cu li ni té = mâle, op po sé à femme = fé mi‐ ni té = fe melle; (b) ef fa çant une mul ti pli ci té des genres non cis genre. Sur le fond, on peut voir en trans pa rence l’alibimaître du na tu ra‐ lisme: faire pas ser la so cia li sa tion de genre pour du sexe, c’est faire pas ser l’as si gna tion so cio ju ri dique pour une ré ponse adap ta tive de la na ture à la culture. 27 Qu’estce que la per sonne trans? Qui répond? Au XX siècle, la pre mière ré ponse ap por tée à cette ques tion a été don née tour à tour par des dis cours re li gieux, puis extramédicaux qui dis posent – dans cet ordre – a) une ma la die sous le nom de «trans sexua lisme», b) le champ médicochirurgical qui trans forme la sexua tion d’un corps sous condi tion de contrôle bio psy chia trique et c) le champ ju ri dique qui l’acte en chan geant l’état civil. 28 e Le but, pla cer l’as si gna tion ju ri dique en der nier pour sau ve gar der l’idée d'un ordre inné ou na tu rel et d’ef fa cer le rôle de l’as si gna tion cultu relle sur l’in té rio ri té et le de ve nir des in di vi du.es. Comme pour la ques tion in ter sexe, la ques tion trans a consis té à mo di fier un corps pour ne pas mo di fier l’ad mi nis tra tion des états ci vils. Cela a eu pour consé quence l’aug men ta tion de per sonnes opé rées. 29 2 ré ponse : pour la per sonne trans, les ré ponses sont liées au contexte pa tho lo giste et d’iso le ment so cial. Face à la pres sion nor ma‐ tive et le chan tage aux pa piers d’iden ti té, des per sonnes NBX+ ont adop té la ré ponse trans mé di ca liste. 30 e 3 ré ponse: pour les per sonnes NB, c’est un ré ap pren tis sage de soi, de vant se construire en so li taire, dont le ré fé rent et an té cé dent prin‐ ci pal était la ré ponse trans mé di ca liste. Le trans fé mi nisme s’est construit en ré ponse à ce chan tage ins ti tu tion nel et l’émer gence des 31 e Qu’est-ce qu’un corps? trans NBX+ est liée à la mi li tance trans face à un contexte de contremilitance. Dans tous les cas, la concep tion du corps est dif fé rente – na tu ra liste ou non, es sen tia liste ou non – mais non la coïn ci dence sexegenre. Dans tous les groupes, celleci existe mais elle n’existe pas dans les mêmes condi tions de dé cou verte, de re la tio na li té, de res pect des in‐ té rio ri tés, etc. Pre nons un exemple. Une femme agenre, trans ou non, in ter sexe ou non, n’est pas dans un état de rup ture sexegenre mais dans celui d’une re com bi nai son sexegenre lui don nant un meilleur équi libre dans les condi tions in chan gées des normes bi naires de genre. Elle im plique un lien so cial à n vies = n corps. C’est pré ci sé‐ ment cela qui est dénié, uti li sant des contrevérités et un glos saire d’un autre temps : « L’an thro po lo gie chré tienne consi dère donc le corps comme le pre mier lan gage de l’âme. Age, ap pa rence, sexe, …: tout cela nous fa çonne et contri bue à dire qui nous sommes13. » Outre ce nou vel em prunt à l’an thro po lo gie, le pro pos dit ou ver te‐ ment à quoi nous de vons croire et adhé rer alors même que nous sommes athé.es. Pre nons à la lettre le pro pos: «le corps comme le pre mier lan gage de l’âme». Ce pro pos dit pour quoi cer taines per‐ sonnes en viennent à consi dé rer le chan ge ment de corpssexe: en tant que corps pres crit/pros crit, il est un lan gage. 32 Quel lien so cial? Ré pon dons avant de dé ve lop per: un lien cis genre, éta blit sur une hié‐ rar chie homme/femme ana lo gique et mutée en une hié rar chie bio bi‐ naire fon dée sur les iden ti tés sexuelles au XX siècle. Quel autre lien so cial? En 2007, j’ai donné une pre mière confé rence sur les so cia bi li‐ tés non bi naires chez les trans. Avec Ka rine Es pi nei ra, nous avions opté, lors des UEEH14 en 2006, pour des microethnologies au près de toutes per sonnes se dé fi nis sant comme TNBX+. Nous avions ob te‐ nu une ving taine de nominationsdéfinitions pour trente per sonnes en vi ron. Ces don nées ex cluaient un lien so cial bi naire. Cela m’a conduite à voir le lien so cial aux UEEH comme non bi naire – plus tard, on y ra jou te ra non cis genre – et à ques tion ner la struc ture géo‐ po li tique de la so cié té. 33 e Ce que j’y ai dé cou vert est à la fois très simple et en ap pa rence contre in tui tif: le corps est en tiè re ment construit par et dans le lien so cial. Il 34 Qu’est-ce qu’un corps? n’est pas construit de la même façon chez tous les in di vi dus, le point de dé part n’est pas lo ca li sé au même en droit. C’est l’es prit, l’âme ou le dé ve lop pe ment et la so cia li sa tion en train de se faire qui l’oc cupe, dans un lien so cial à deux sexes = deux genres ou à n vies = n corps. Si les vies cis genres sont dé fi nies par leur sexegenre d’as si gna tion, les po pu la tions noncisgenres sont construites par leurs dé ve lop pe‐ ments dans des si tua tions de dis cri mi na tions, leurs ma nières d’ha bi‐ ter leur corps, leurs ha bi le tés et in ha bi le tés cog ni tives et so ciales, etc. En bref, je me suis ar ra chée du contexte na tu ra liste at tri buant au corps une ori gine pre mière et pri mor diale, et l’ai in ter ro gé à son tour avec une nou velle ques tion: que se rait une an thro po lo gie des tran si‐ den ti tés? Les uns se construisent leur corps à des mo ments dif fé‐ rents de leur exis tence et peuvent le re con fi gu rer de maintes fa çons à des mo ments ou cycle de vie dif fé rents. Toustes construisent leur corps en fonc tion de la to po lo gie du lien so cial qui est po ten tiel le‐ ment mul tiple. Je syn thé ti sais toutes ces don nées par une ques tion et une ré ponse: qu’estce que le corps: ce que le lien so cial per met – ou non. Mes re cherches de ter rain ont confor té l’in tui tion selon la‐ quelle le pa ra digme trans sexuel est struc tu rel le ment lié à la so cié té et à la mé ta phy sique bi naires tan dis que le pa ra digme non bi naire l’ouvre en trois endroitsclés, le corps issu du lien so cial, le noue ment in di vi du/so cié té où la sub jec ti vi té est fa bri quée; la santé men tale et la santé so ciale. Dans un lien so cial à n vies, les tran si tions sont bien plus souples, se crètent moins de dis cri mi na tions et de dis cours sur la «santé men tale», pro duisent moins de vio lences et meurtres si vite es ca mo tés dans les thèses pa tho lo gi santes. L’as si gna tion se com porte comme si elle n’était pas un pou voir, une contrainte et une vio lence sur les corps et dé ve lop pe ments alors qu’elle est une ins tance to ta le‐ ment au to nome du lien so cial, construi sant, dans un faceà-face violent, la thèse cis genre contre la thèse trans genre, im po sant un pro gramme à des per sonnes réelles qu’elle mute en ma la die, trouble, dys pho rie, monstre. L’as si gna tion en Oc ci dent n’est pas un ri tuel de la vie, comme pou vait l’être l’ani misme amé rin dien ou inuit, mais une ins ti tu tion so cio ju ri dique ex cluant les vies queers. Son fonc tion ne‐ ment est au to nome du lien so cial qui ex prime – ou de vrait ex pri mer – une to po lo gie mul tiple, croi sée, hy bride, mou vante. 35 Qu’est-ce qu’un corps? BIBLIOGRAPHY Bem, Sandra Lip sitz, Martyna, Wendy, Wat son, Carol, «Sex typ ing and an dro‐ gyny: Fur ther ex plor a tions of the ex‐ press ive do main». 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Il s’en suit toutes sortes de ques tions qui en ap pellent à une phi lo so‐ phie des exis tences. Elle pro voque un ques tion ne ment on to lo gique inouï : qu’est qu’un homme, une femme ? Com bien existet-il de sexes? De genres? Qu’estce que l’as si gna tion a à voir avec le corps, peuton se dé ve lop per sans as si gna tion? Existet-il des so cié tés qui n’as signent pas? Des in di vi dus peuventils se dé ve lop per de ma nière dis tincte de l’as si gna tion ? Toutes ces ques tions abou tissent à ma ques tion cen trale: qu’estce qu’un corps? 36 e e Qu’est-ce qu’un corps? NOTES 1 A trait à la pro duc tion des formes de mas cu li ni té et fé mi ni té po laires, op‐ po sées l’une à l’autre, pour im po ser le mo dèle na ta liste hé té ro sexuel et où la sexua li té hu maine est na tu ra li sée. 2 Bis pi ri tua li té, per sonnes s’iden ti fiant comme ayant un es prit mas cu lin et un es prit fé mi nin ; tra duc tion du terme au toch tone ani shi naa be mo win «niizh ma ni doo wag». * Le terme en an glais est des ti né à réunir et re ven di quer dif fé rentes no tions cir cu lant chez les Pre mières Na tions d’Amé rique du Nord : « le concept per‐ met aux per sonnes bis pi ri tuelles de re nouer avec les tra di tions liées à l’iden ti té spi ri tuelle et de genre, à la pré fé rence sexuelle et aux rôles conven tion nels. », Fi lice, Mi chelle. "Bis pi ri tua li té". L'En cy clo pé die Ca na‐ dienne, 21 sep tembre 2023, His to ri ca Ca na da. www.the ca na dia nen cy clo pe di a.ca/fr/ar ticle/twospirit [NDLR] 3 De cis et bi naire. 4 Ou Ob ser va toire des dis cours idéo lo giques sur l’en fant et l’ado les cent: ht tps://www.ob ser va toi re pe ti te si rene.org/ [NDLR] 5 Pour trans, non bi naire, xé no genre et + 6 Sys tème pa triar cal or ga ni sé à par tir de la dominationpossession sexuelle de l’homme (prin cipe actif) sur la femme (prin cipe pas sif). 7 Il s’agit de la phrase de Bwêêyöû Ërijiyi, kanak de Nou velle Ca lé do nie, que cite sou vent le mis sion naire et eth no logue Mau rice Leen hardt. Sur les hy‐ po thèses de Mau rice Leen hardt: Nae pels, Mi chel (2002), «‘J'ai un corps’. Les en jeux mis sion naires de la tra duc tion et de l'in ter pré ta tion chez Mau rice Leen hardt», Phi lo so phia Scien tiae 6 (2), p. 15-30. [NDLR] 8 «Ar chéo lo gies des tran si den ti tés : mondes mé dié vaux», Paris, Sor bonne Uni ver si té, Col loque in ter na tio nal coorganisé par So phie Al bert (Sor bonne Uni ver si té, EA4349) et Clo vis Maillet (ESAD An gers/EHESS), no vembre 2021 (ini tia le ment en no vembre 2020 et re por té en rai son du COVID). 9 Maurice Leen hardt, Do kamo, Paris, Gal li mard, 1947. [NDLR] West, Can dace, Zi m mer man, Don H., « Doing Gender », Gender & So ci ety, vol. 1, n° 2, p. 125-151, 1987. Qu’est-ce qu’un corps? 10 Mâle/fe melle, hommeculture/femmenature, fé mi ni té/mas cu li ni té, dominationsoumission, etc. 11 Anna Co gnet, Ca ro line Elia cheff, Cé line Mas son (Ob ser va toire de la pe tite si rène), Tri bune, Ma rianne, 16.03.2021. 12 Pour trans, non bi naire, xé no genre et +. 13 Éric de Beu ke laer «Iden ti té sexuelle: avec res pect et pu deur», Chro‐ nique Le re gard du prêtre, La libre, 27.09.2023. 14 Uni ver si tés d’été eu ro mé di ter ra néenne des ho mo sexua li tés. ABSTRACTS Français Tout se passe comme si le pro blème de la dé fi ni tion des corps ré pon dait tou jours à la dé fi ni tion ac tuel le ment don née par les sciences bio lo giques aux XX et XXI siècles, soit l’exis tence de deux sexes. Or, loin d’être scien ti‐ fique, cette dé fi ni tion masque le pro ces sus de construc tion, sé di men ta tion et na tu ra li sa tion qui pro duit les corps, dans le quel c’est la di ver si té des so‐ cié tés et des in di vi dus qui est pré va lente. Cet ar ticle exa mine la ques tion du corps, cen trale pour l’an thro po lo gie, à par tir d’une ré flexion sur la fa brique bio po li tique et co lo niale de la ques tion trans qui dis cute le naturalismeobjectivisme dans une dé marche qui in siste sur de mul tiples construc tions so cio his to riques lo ca li sées. Español Es como si el pro ble ma de la de fi ni ción de los cuer pos si guie ra co rres pon‐ dien do a la de fi ni ción que ac tual men te dan las cien cias bio ló gi cas en los si‐ glos XX y XXI, es decir, la exis ten cia de dos sexos. Sin em bar go, lejos de ser cien tí fi ca, esa de fi ni ción ocul ta el pro ce so de cons truc ción, se di men ta ción y na tu ra li za ción que pro du ce los cuer pos, en el cual la di ver si dad de so cie da‐ des e in di vi duos es lo que pre va le ce. Este ar tícu lo exa mi na la cues tión del cuer po, cen tral en la an tro po lo gía, a par tir de una re fle xión sobre la fá bri ca bio po lí ti ca y co lo nial de la cues tión trans dis cu tien do el naturalismoobjetivismo en un en fo que que in sis te en múl ti ples cons truc cio nes so cio his‐ tó ri cas lo ca li za das. INDEX Mots-clés Corps, régime hétérogenre, études trans e e Qu’est-ce qu’un corps? Palabras claves Cuerpo, régimen heterogénero, estudios trans AUTHOR Maud-Yeuse Thomas Chercheure indépendanteMaud-Yeuse Thomas est une intellectuelle et militante transféministe. Chercheure indépendante, elle est cofondatrice et coresponsable avec Karine Espineira de l'Observatoire des transidentités et des Cahiers de la transidentité. Titulaire d'un master 2 recherche en études de genre de l'université Paris-VIII, elle a récemment publié avec Karine Espineira, Transidentités et transitudes. Se défaire des idées reçues (2022), et codirigé notamment les ouvrages Corps vulnérables. Vies dévulnérabilisées (2016), Transféminismes (2015), Quand la médiatisation fait genre (2014). Ses recherches actuelles portent sur une comparaison anthropologique des différents régimes sexes-genre en Europe et dans le monde.