Les nihilistes de Robe Noire : les jésuites, leur enseignemet
Abstract
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Voici une nouvelle bWühul'ü sur les jésuites faite a l'aide de documents d'une authenticité indiscutable et absolument inédits. Ces documcnts sont les cahiers d'histoire lithogra.phiés que les révérends peres mettent entre les mains de leurs éleves, mais qu'ils se gardcnt bien, ct pour cause, de communiquer aux profanes. Les cahiers que nous avons sous les ycux renfermentle cours du P. Gazeau, qui est encore en usagc a l'école Sainte-Genevieve (rue des Postes), a Paris, et le cours du P. Terret, mort depuis peu et qui fut longtemps professeur d'histoire a l'établissement de Mongré, pres Villefranche (Rhóne).
2 AU LECTEUR Nous donnons ioi textuellement le titre d'un de oes cahiers : PRÉCIS D'HISTOIRE DE FRANOE ET D'EUROPE DANS LES TEMPS MODERNES 1, de 1643 él 1815 DEUXJimE ÉDITJO~ A.. M. D. G. 27, l'UC de la Vieille-ERtrapade, lith, Ch, Chauviu, 8, rue d'Ulrn, Paris, Nous eussions désiré compléter nos informations ct réunir un plus grand nombre de documents. Mais ce n'estpoint chosc facile que de savoircequi se passe chez les jésuites. On raoonte que, a l'approche de la dernieretournée des inspecteurs généraux, élElVes et maitres des colleges cléricaux ont proeédé a un autodafé général de tous les papiers eompromettants. Pendant plusieurs jours, les eheminées des saintes maisons , ont exhaléune fumée noire et épaisse a rendre jaloux le cratere de l'Etna. Pour notro part, nous nous sommes livré a une sor te d'enquote; nous avons écrit de divers cótés :
AU LECTEUR 3 a Amiens, a Toulon, a Poiticrs, a Riom, a SaintÉticnne, a Lyon, partout cnfin OU prospere et flourit l'enseignement clérical; nous nous sommes adressé aux personnes les mioux placées pour nous renseigner avec exactitude sur les faits et gestes des professeurs en soutane. De toua catés nous avons reQu memo réponse : les jésuites setiennent sur leurs gardes; lmpossible d'avoir le moindre renseignement sur ce qui se dit et ce qui s'enseigne danl'l leurs classes; ils forment une véritable société secrete. Commo les nihilistes russes, les jésuites agissent dans l'ombre; comme eux, ils ne veulent rien laisser subsÍster de ce qui existe acluellement en France; comme Herzen et Bakounine, ils pourraient inserire en tete de leur programme ces mots : Nous ne bátissons ]Jas, nous démolissons. La France est en république ; ils sont les alliés, les soutiens de tous les partis monarchiques. La France a eonquis péniblement des institutions libérales i ils veulent nous ramener a l'absolutisme. Notre société civile est fondée sur l'égalité de tous les citoyens : ils veulent rétablir les castes, rendre a la noblesse et au clergé leurs privileges d'avant fiS9. Qu'on ne nous taxe pas d'exagération; qu'on les regardo a l'alUvre; qu'on lise ce qui s'enseignc
4 AU I.ECTEUR dans ces ¿coles, qui se sont multipliées au mépris de la loi, grace a la négligence ou a la complicité de nos gouvernements. Pour maintcnir les peuples vaincus dans l'obéissanee, Rome antigue avait ses colonies devétérans; la Romc moderne, la Rome uu Syllabus, a aussi ses colonies, les congrégations ; ses fortercsses, les couvents; ses soldats, les jésuites. Nous serions heureux si nous réussissions a inspirer a tous les bons citoyens une haine vigoureuse de l'enseignement jésuitique, une ardeur nouvellc a mener a bien le grand combat, la lutte pour l'existence,. que la République soutient oontre ces légions d'hoinmes noirs qui deux fois, en 1815 et en 1870; ont envahi notre sol apres nos grands désastres, contre ces soldats d'un nouveau genre qui ont juré une obéissance passive a un chef étranger résidant a l'~trangcr.
LES GÉNÉRAUX DES JÉSUITES A qui les jésuites obéisscnt-ils? A leur général, qui réside aRome. Ils lui doivent une obéissance passivc et absoluc; chaque membre de la compagnie doit etre entre les mains du général sicut baculus, comme un baton, ou perinde ac cadáver, scm~lable a un cadavre. Ignace de Loyola, le fondateur de l'ordre, recommandait a ses disciples l'obéissanee aveugle et sans limites. « Renoneer a ses volontés propres, disait- « il, est plus méritoire que de révoiller les morts. « Quand meme Dieu t'aurait proposé pour maitrc (, un animal privé de raison, tu n'hésiteras pas a {( lui preter obéissance, ainsi qu'a un maitre, par « cette sculo raison que Dieu l'a ordonné ainsi. » Quel est ce général qui possede une arméo plus disciplinéc, plus nombreuse et plus fidete que celles des plus grands potentats de la t"wre? e'est actucllement un BeIge, le pere Becks. Parmi ses prédécesseurs qui ont" dirigé l'ortlre des jésuitcs depuis sa fondation, nous trouvons onze Italicns, quatre Espagnols, deux Belges, un
6 LES GÉNERAUX DES JÉSUlTES Autrichie~, un Pólonais, un Allemand, un Hollandais, pas un seul Fran¡;ais. Voici la liste des généraux des jésuites, ave e l'indication de leur nationalité et la date de leur avenement: IG~ACE DE LOYOLA, Espagnol, 1541; LAYNEZ, Espagnol, 1558; FRANgOIS DE BORGIA, Espagnol, 1565; MERCURIAN, Beige, 1573; ACQUAVIVA, Napolitain, 1581; VITELLESCHI, Romain, J615; CARAFFA, N apolitain, 1646; PICCOLOMINI, Florentin, 164g; GOTIFREDO, Romain, 1652; GOSWIN NICKEL, Allemand, 165~; OLIVA, Génois, 1664; CH. DE NOYELLE, J3elge, 1682; THYRSE GONZALES, Espagnol, 1687; TAJl'iBURINI, de l'VIod¡me, 1706; RETz, de Bohimw, 1730; VISCONTI, 1Vlilanais, 1751; CENTURIONI, Génois, 1755; RICCI, Florentin, 1758; BROZOZOWSKI, Polonais, 1805; FORTIS, de Vérone, 1820; ROOTHAN, Hollandais, 1839; BECKS, Beige, 1853.
LES CAHIERS D'HISTOIRE DES JÉSUITES (Ce chapítre et ceux <(ui suí vent sons le méme titre out deja: paru dans la Petite République fraufaise.) 1 Nous recommandons aux peres de famille dont on sollicite la signature en faveur des associations non autorisées quelques extraits des' cahiers que les jésuites mettent entre les mains de leurs éleves. Les eitations qu'on va lire sont tirées des cahiers lithographiés qui servent a l'cnseignement de l'histoire dans deux établissements dirigés par les jésuites, a l'école Sainte-Genevieve, a Paris, et a Mongré, pr:es Villefranche (Rhóne). Ces cahiers si curieux ne sont pas dans le com,. merce; vous les demanderiez en vain aux pieuses maisons qui se ehargent de les éditer. Nos Loriquets contemporains n'operent point pour le grand public; c'est devant 18urs disciples seulcment, en petit comité, qu'ils sophistiquent l'histoire ad majorem Dei gloriam. Le grand j()ur les offusque; ils donnent l'enseignement a huis clos, comme s'il s'agissait de quelque affaire scandaleuse. Les pro-
8 LES CAHIERS D'HISTOIRE ):lES .JÉSUlTES tégés de nos éveques craindraient-ils d'etre trop bien connus? Ah ! par exemple, dans leurs classes, la porte close, a l'abri de tout regard profane, devant un auditoire docile et conflant, ils ne se donnent plus la peine de dissimulcr. Pourquoi se gener? Tout n'est-il pas permis dans les maisons non autorisé es ? e'est la qu'il faut contempler a l'reuvre ceux que d'Alembert appelait les grands grenadiers du fana· tisme et de l'intolérance. Entre Rome et la France ils u'hésitent point : ils se déclarent l~s champions (( des droits imprescrip- ( tibIes de l'Eglise ». Malheur a quiconque est en lutteavec « le Roi· (( Pontifc!» Malheur a Louis XIV, « cet orgueilleux « potentat!·) Sa conduite envers le pape, d'abord simplement « hautaine», dcvint ( manifestement ( injuste et sacrilege )l, lorsque, dan s l'affaire ele la Régale, il tenta de retenir dans la France épuisée quelqucs millions qui allaient grossir le trésor du saint pere. Cette question de gros sous conduisit la France (( a deux pas d'un schisme; heureusement que Dieu « se souvint de saint Louis. » n suscita 'une coalition contre la France, nos frontieres furent ensanglantées .. pendant plusieurs années, et, en 1693, « des circonstances favorables amenerent un ac1( cord entre Innocent XII et Louis XIV. » Voulez-vom: un autre échantillon du patriotisme
LES CAHIERS n'HISTOIRE DES JÉSUITES 9 des bons peres? Lisez cette appréciation du tl'aité de Westphalie : « L'Espagne voulut continuer la lutte. « On ne peut en faire un crime a cette catho- « lique nation. « En effet, le traité de Westphalie assurait le « triomphe politique duprotestantisme: Or, meme « pour nous Frangais, ce succes cléplorable, que « nos ministres et nos généraux avaient indirecte-' « ment procuré, no saurait etre compensé par les {( agrandissements de territoire que notre patrie y « obtint.)) C'est ce traité qui nous donnait ~Ietz et l'AIsaco; mais ils se moquent bien de Metz ot de l'Alsace Une moitié de l'Allemagne échappait cléfinitivcmeilt a l'influence romaine; qu'importe des lúrs que la France, dictant la paix, dovint la premiere des puissances européennes '? Plus loin, je vois bien qu'on s'indigne encore contre Mazarin, « qui s'allie, au mépl'is de l'hon- . « neur, avec lo régicide Cl'omwell. )) ~lais je cherchc en vain un mot de blame pOUI' Condé, traitre a sa patrie ef comba!tant oans les rangs espagnols. Au moins Condé n'est -il point cité commo , exemple; mais tournons quolquos pages, arrivons ~, une autre époque 011 l'on vit aussi des Frangais . prendre les armes contre lcur pays. lci le ton change, le bon pero ne peut contenir son enthousiasme, il s'exalte jusqu'au lyrisme pour célébret' dignement les révoltés vendéens, « qui transforl.
16 LES bARIERS D'HISTOIRE DES .nl:SUITES et ou l'on peut, sans trop de peine, retrouver les passages qu'il cite. ¡ Les jésuites ne sont donc pas ce qu'un vain peuple pensc. La purcté de leur morale et la rigueur de leurs doctrines lcur ont valu de tout temps une admiration wéritée. Hatez-vous de rayer le mot escobarderie de votre vocabula.ire, ou plut6t qu'il soit désormais le synonyme de franchise. Continuons la lecture édifiante de ces cahiers jésuitiques. « Le dix-huitieme siecle ne produisit que « quelqucs ceuvres remarquables. Les écrivains les [( plus accrédités s'affranchirent des regles de ·la ee logique comme de la moralB. Aussi, ne ren- « contre-t-on dans leurs ouvrages ni conviction, ce ni gl'alllleUl', ni solidité, ni sentiments profonds « et naturels! II Tantót ces écrivains « déclament ", tantót « ils sont fades ". Et deux grandes pages sont éCl'ites dans ce gout-l:'t! Mais le jésuite de Saintc-Gcnevieve a qui nous empruntons ces inepties est bien distancé par son collegue de Mon· gré. Ce uernier, il est vrai, est un peu brouillé avec la grammaire, mais qu'importe~ Pour endoctriner les fils de hobereaux point n'est besoin de tant de science: la mauvaise foi suffit. Regardons le bon pere composer sa bibliotheque ct refaire :'t sa fagon le Temple du g011t.. Le voici au dix-huitieme siecle, a cette « lamentable époque ~ qui prépara les saturnales de la grande Révo- « lution. )) Voltaire est a la tete des conjurés .' « Le « f1ls du janséniste convulsionnaire Al'ouet cacha « d'abord ses projets et ne les communiqua qu'a,
¡,ES CAHIERS 1) 'HISTOIRE DES JÉ~UlTES 17 « des adeptes dignes de lui, a d'Alembert, fils d'une « religieuse apostate, a l'écervelé Diderot. )) La « ligue voltairienne ) montra d'abord « une fallacieuse réserve », puis « le venin se glissa sans « tant de timidité ». Des lors tout fut perdu; notre jésuite, qui sans doute a étudié l'histoire dans Joseph Balsamo, nous apprend encore que ce fut « la franc-ma~onherie, ce vaste complot antisocial « et antíreligieux, qui causa la Révolution fran- « Qaise. )) Il se console en pensant que « le clergé resta fldele a l'Église. )) Ficlele a l'f~glise, le clergé dudixhuitieme siecle, qui eomptait parmi ses membres les plus célebres Loménie de Brienne et le cardinal de Rohan! A vouez que le bon perc n'est pas trop difficile j n'aurai t-il pas lu le Collier de la Reine? Puis, il faut bien se consoler comme on peut, ear notre époque ne vaut guere mieux que le sieele précédent. « La littérature est en décadence au « point de vue de l'art et surtout au point de vue r( mOl'al; les talents ne manquent pas, mais font « fausse \-oute; l'histoire est cultivée avec talent, « mais l'esprit chrétien fait généralement dHaut. » Un bon point néanmoins aux romantiques, qui ont « délivré les lettros des dieux de 1'0lympe ». Mais combien, par mi les romantiques, n'ont point tenu ce qu'ils pl'omettaient! Lamartine, tout le premier·, et Victor Hugo, qui, apres avoir u; débutó « cncore mieux que Lamartine pal' ses Odes et « Ballades, est devenu le portc-dmpeau du romanI
18 L~ CABlEaS ntHlSTOlRE DES JÉ~U1'l'ES « . tisme exagéré, l'apótre du laidt et plus tal'dde « rirréligion et de la Révolution. » Cependant le ciel n'a point voulu priver de toute consolation poétique les ames chrétiennes : 'ce Au « milieu de ces aecents impies, Jean Reboul et (( Edouard Turquety font entondre quelquos chants « suaves. » Hélas! que sert aujourd'hui d'cll'e suave? Notre sage pédagogue a bien raison de prémunir ses éléves contre le (e penchant de la nature humaine « vers le mal. » Ne voyons-nous pas la foule se presser aux représentations du Ruy-Blas pour applaudir l'a.pótre du laid? Et cela, quand il sorait si facile de rester tranquillement chez soi, a lire quelque poésie suave sur les chrétiens livrés aux betes ou sur les libres penseurs livrés aux Turquety. IV Nous voudrions dans un dernier artielaexaminel', a l'aide de nos cahiers, l'ensemble des doctrines politiques des jésuites ct ce qu'ils feraient de la Franco si quelque hon coup d'Etat la leur livrait pieds et . poings liés. Un despote assez fort pOllr dompter la France et la gouvernor le sabre en main, voilit ce qu'ils veulento Pourvu que le sabre y soit, peu leur importe la main quí le dírigera. Aussi bion que de l'héritierde nos anciens rois, ils s'accommoderaient do quelque
LIllS CAHIBRS D'HISTOIRB DES JÉSUITES 19 prince des nouvelles couches, ou meme du premier soldat venu. L'essentiel est de comprimer violemment les idées libérales et de faire rétrograder la France jusqu'a l'ancicn régime. Ce qu'ils pardonnent le moins volontiers aux rois qui ont lutté contre 1eurs sujets, a Charles lel' d'Angleterre, a Louis XVI, it Charles X, c'est la faiblessc. Un peuple qui tente de se gouverner luimome n'est plus qu'un peuple de rév'oltés, indignes de tout pardon, qu'on doit exterminer. Nos jésuites reproehent a Louis XVI de n'avoir pas dispersé, des les premiers jours, l'Assernblée eonstituante, apres le serment du Jeu de Paume, ou les députés du tiers état jurcrent de donner une eonstitution a la Franee. « Le roi, disent-ils, toujours faible, ne sut pas {( réprimer l'usurpation du tiers état et répondre « a la revolte par l'emploi de la force armée. )) Les députés du clergé de 1789 n'en jugerent pas ainsi, parait-il, puisque, au lendemain de ectte séance fameuse, ils vinrent en grand nombre se . joindre a leurs eollegucs du tiers état ct l'aide!' dans l'aecomplissement de sa tache. Il est vrai qu'a eette époque les jésuites étaient bannis de France et que le elcrgé n'était pas dirigé par des hornmes systématiquement hostiles a toute idée de progrés et de réforme. L'idéal pour les jésuitcs, e'est la royauté de droit divin, le gouvel'nement de Louis XIV: pas de constitution, u'assemblées ni u'élections ; le prince responsable de ses actOR devant Dieu seulement,
20 I,EI'l CARIIIRS D'HIS'l'OIRE DES .TESUlTES car c'est de Dieu seul qu'il ti.ent f'on pouvoir. lIs nous disent nettement ce qu'il.; dé'sirent : « La monarchie absolue, qui n'est pas arbitraire, « mais plutat' paternelle, puisque le monarque « chrétien doit suivre les inspiratiolls de sa con- ({ scicncc. » La religion catholique doit otre déclarée religion d'Etat, tous les autres cultes sont prohibés : « L'égalité des cultes est un principe révolution- « naire; l'unité religieuse est une garantíe néces- « saire de l'unité poli tique. » . Qu'on rallume les buchers de l'Inqui:;;ition ! Au feu les protestants. les israélites et les libres penseurs. Qu'on supprime tout ce qui s'est fait en France dépuis un siecle, qu'on rétablisse l'ancien régime avec toutes ses in¿galités et ses iniquités monstrueuses! Voyez ce qu'ils disent de la nuit uu 4 aout 1789, de la séance ou l'Assemblée constituantc, en abolissant les pri viléges, décréta l'égalité de tous les citoyens. « On décréta d'cnthousiasme l'abolition du ser- « vage, des privileges nobiliaires, des justices « seigneuriales, du droit exclusif de chasse, des « immunités pécuniairos ot de l'inégalité des im- « pats, le rachat des dimes, l'admissibilité de tous « les FranQais a tous ICs emplois civils et mili- « taires. « Louis XVI éprouva un légitime sentiment de « répugnance quand on lui présenta ces décrets .. ~
LES CAHIERS D'HISTOIRB DES JESUITES 21 « qui avaient été votés dans un moment d'enthIJu- « siasme irréfléchi. Plusieurs membres de la no- » bIes se et du clergé regretterent des concess'ions « imprudentes faites trop brusquement pour etre « utiles au pays. ») (Cahier de Sainte-Gcncvieve, page :211.) Ainsi, e'était faire une impruclen te concession que de donner la liberté a ces malheurcux serfs, qui, en 1789, labouraient encore la terre au profit de quelques communautés de religieux fainéants. C'était une imprudence d'ótcr aux nobles des p¡'ivilegei> aussi absUl'des que révoltallts, l'exemption des impóts, qui ruinaient le peuple, le monppole des grandes charges civiles et militaires, dont leur incapacité les rendait indignes. Le clergé, qui ne payait pas d'impóts et qui possédait plus d'un quart du sol de la FranQe, n'était point assez riche; iI fallait lui donner la dime, lui donner le droit de venir prendre au paysan une gerbe sur trois. Nous bornons la nos citations, elles suffisent a caractériser l'enseignement illibéral et antipatriotique des jésuites, a démontrér la nécessité absoIue des projets de M. Jules Ferry. Le temps est passé des indulgences coupables et des compromis dangereux. D'ailleurs, ce n'est pas une ]oi nouvelle qu'il s'agit d'appliquer aux jésuites. Nos VffiUX sont les memes que ceux que formait, sous la Restauration, un ancien émigré, royaliste ardent, le comte de Montlosier, qui, dans
22 LBS OAHtE&S D'mSTOIRE DES JÉSUITRS un livre célébre, dénonQa les menées et les en:va~ hissemcnts des jésuites. Nous soutenons une opinion qui fut alors vail-' lamment défendue, a la tribune de la Chambre des pairs, par MM. Lainé, Pasquier, de Barante, qu'on n'accusera pas sans doutc d'ctre des révolutionnaires. Nous nous souvenons qu'a la suite d'une délibé~ ration solennelle les magistrat.~ de lacour royale de Paris déclarerent, le 18 aout 1826, que les principes professés par la compagnic de Jésus étaient inoompatibles avec l'indépendance de tout gouvernement, ct surtout de tout gouvernement constitu~ ti{)nI1el. Nous félicitons nos ministresrépublicains de 1879 de n'avoir pas oublié qu'en 1828, il Y a cinquante et un ans, une ordonnance du roi Charles X expulsa les jésuites de l'enseignement et cha¡;sa le P. Loriquet de sa chaire de Saint·AchcuI. HÉPONSE AU FRANQAI8 Le }ournal de lVI. de Broglie, le Frant;ais, ne consaore pas moins de cinq colonnes a examinar nos artieles sur les cahicrs d'histoire des jésuites. Nous remercions le Franqais) il nous'prouve que nous avons visé juste et rouché le but. I~es jésuites n'aiment pas, et pour cause, qu'on sache exactament ce qu'ilsenseignent.Ils nous accuscnt de perfidie puur avoir découpfi quelques extraits parfaitement authentiqueFl dans leurs cahiers d'histoire"
tES CABlERS D'HISTOIR ~ DES JÉSUITES 23 Car ce qui ressort tres-clairement de l'article du Fram;ais, c'est l'exactitude absolue de nos citations. On n'y trouve pas un seul mot quine soit pas dans les fameux cahiers. La feuille jésuitique explique d'une faldon vrai·· ment fort amusante pourquoi ces cahiers ne sont pas publiés. Leur auteurle P. Gazeau, aimait a travailler avec une sage lenteur, il n'arrivait pasdu premier coup a la rédaction définitive. En vingt années de professorat, il n'est pas parvenu a donner une forme convenable a ce livre, qui n'est qu'un . simple précis d'histoire, une compilation sans originalité. Voilit qui donne une haute idée des hommes a qui les jésuites confient l'enseignement dans la premiere de leurs écoles. Le FranQais nous reproche de n'avoir fait que huit citations. Nous en aurions fait bien volontierS davantage; malheureusement la place nous est mesurée; nos colonncs ne suffisent point a énumé· rer les entorses que donnent a l'histoire et a la vérité les jésuites et lours pareils. . Nous aurions voulu, n'eút été sa longueur, citer tout le passage relatif a la révocation de l'édit de Nantes. On eút vu comment le P. Gazeau, oet hommc tres consciencieux, accumule avec un soin louable les calomnies les plus absurdes contre les protestants. Nous aurions montré que nos modernes défenseurs des droits du pere de famille n'ont pas un mot de bl8.me pour la cruelle ordonnance de Louis XIV quiprescrivait d'enlever it leurs familles, des l'age
24 LES CAHIERS n'HISTOIRE DES JIÚ;UlTES de sept ans, les enfants des protestants pour les instruil'e dans la foi catholique. Le Fram;ais ne eesse ele s'abriterderriere l'autorité de M. Taino. Nous admirons, autant au moins que le Fram;ais, le talenttres-distingué de M. Taine, mais nous ne croyons pas que ses jugements sur la Révolution fassent loi. « Monsieut' le marquis, je vous voiscouleur lilas», dit un peintre luministe dans une des plu~ charmantes pieees de ~Ieilhac et Hillévy. Nous ne pou vons lire JI. Taine sans songer a ce personnage de vaudeviHe. M. Taine est un impressionniste; il a une fa<,¡on a lui de voir et de juger; il est trop systématiqlle pour otre hon historien. . Nous ne saurions mieux faire pour bien définir notre pensée que d'emprunter une phrase a une autro citation; eeHe-ei de M. Renan, que nous oppose le Fran~:ais : . « Il faut, dit M. Renan en parlant des hommes de la Révolution, rendre hommage aux sentiments , quianimerent les auteurs de ce mouvement extraordinaire. » C'est cet hommage que nous ne trouvons pas chez M. Taine et encore moins chez le P. Gazeau. L'histoire ne doit pas otre un pamphlet. Ce n'est pas faire de l'histoire que de s'appliquer a dénigrer de parti pris les hommes de la Révolution. Il est d'un malhonnote homme, quand on parle du haut d'une chaire de professeur a des enfants, de lcur apprendre a mépriscr, a hall' tout ce qui sefait depuis cent ans dans lcur patrie. C'est ú
LES NIHILISTES DE ROBE NOIRE
28 UNE INVENTION DIABOLIQUE Courier raillait si joliment il y a cinquante années. Lisez le premier cahier du p, Gazeau, a la page 115: « L'imprimerie fut une arme puissante mise « au service de l'esprit humain, mais indifférente « par elle-méme A propager /'erreur ou la 'oérité; « De lA des abus déplorables qui ont toujours eu « pour auxiliaires; les passions humaines et que « l'Église et les gouvernements ont vainement « essayé d'arréter. " Il faut convenir que le bon Dieu est bien injusto pour ceux qui font vceu d'otre siens. Au moyen age, illeur permettait de brúler leurs adversaires. Plus tard, ils durent se borner a bl'11ler les livreR et a embastiller les auteurH. Aujourd'hui, hélas! il n'y a pluH de Bastille, plus de buchers, plus d'Inquisition. Pourquoi Oiou abandonne-t-il los Hiens au miliou de la lutto? Dans un temps si fertile en mirades, que n'en fait-il un vraiment magnifique et convaincant? Que la Sainte Vierge quitte pour un jour leR montagnes et les grottes miraculeuses Ol! elle travaille de préférence ; qu'elle vienno opérer un miradc Hur le théatre mome du combatí qu'elle faRse sa prochaine apparition cLans les bureaux d'un journal I'épublicain; qu'elle chango les caractet'es d'imprimerie en autant de ferH rougos qui brúleront jusqu'a la moeUe les rédacteurs impies! Ce jour-la je promets de me conyertir et do prendre pour confesseur un pere jésuite.
LE BON DIEU, SATAN ET LES CllEMINSDE FER Batan ost malin, tres-malin; il joue un jeu tresserré; il est presque aussi fort que le hon Dieu ot l'on ~e sait vraiment qui des deux finira par gagner la partie. Chaque fois que ce pauvre hon Dieu permet a l'homme une découverte quelconque, Satan est la, dans le coin, qui guette, qui épie l'instant favorable. Le moment venu, il s'élance: d'un coup de pattc, il détraque tout; d'un souffle de son haleine empestée, il souille, il pollue l'ceuvre de son adversaire; celui-ci, qui en est pour ses frais d'invention, gémit du haul des cieux, en attendant une occasion meilleure. Ainsi arriva-t-il pour l'imprimerie: Dieu, en inspirant a !'homme l'art de fondre et d'assemhler les caracteres, s'imaginait, sans doute, que ceux-h\ seuls en profiteraient qui se disaient ses amis, ses adorateurs, ceux qui se servaient de son nom pour 2.
30 LE BON DIEU, SA T AN ET LES CHEMINS DE FER se faire donner de riches abbayes et de gros revenus. Le bon Dieu comptait sans le diable; Satan survint et suscita Martin Luther, Erasme, Rabelais et quantité d'a:utres démons qui se servirent de l'invention de Gutenberg pour'donner pas mal de fil a retordre aux. papegaux et papimanes de leur époque. Le bon Dieu, fortement marri, réfléchit pendant plus de trois cénls ans. Dame! vous savez, quand on est éternel, on ne se hate point, on prend son temps. A la fin, Dieu crut trouver le moyen de triompher définitivement du démon: il apprit aux hotrtmes á faire aller sur l'eau des bateaux quin'ont pas de jambes et qui vont bien plus vite que s'ils en avaient; il montra comment on pouvait disposer sur la terre des rails paralleles et y lancer un train a toute vitesse. Vous croyez peut-ctre que Satan se tint pour battu et s'enfuit en laissant derriere lui une odeur de soufre? Vous eonnaissez mal le diable; il a fait d,es progres depuis le temps ou il se laissait exorciser par le premier saint venu. Satan examina la nouvelle invention et ne tarda point a trouver le moyen d'en abuser; quels sont, au juste, les abas que le démon introduísit dans l'exploitation des ehemins de fer? Je ne me eharge pas de vous le dire; toujours est-il qu'il y eut des abus : le P. Terret nous l'affirme; éeoutez-le : « L'application de la vapeur aux transports par
LE :8:ON llIEU, SATAN ET LES CHEMINS DE FER :n « eau et par terr'e a produit dans les relations in- « ternationales une modification non moins extra- (/. ordinail'e que l'invention de Gutenbergau quin- « zieme siecle. Dieu qui a donné a l'homme cette « nbhlo faculté d'inventer, imago de sa Toute- « Puissance créatrice, a fixé dans son éternité « l'époque des inventions successi ves, et malgré les « abus qu'en peut faire la malice humaine, Sa Sa- «. gesse infinie les diTige vers sa plus grande gloire.>J (Cahier de Mongró, p. 43.) -Il Y a des moments ou j'enrage d'une fagon extraordinaire contre la destínée. Dire que j'aurais pu naitre, si le ciel l'eut voulu, dans quelque castel de province, ou simplement prés du comptoir de quelque hourgeois enriehi, qui m'eUt envoyé, paree que c'est hon genr~, étudier chez les jésuites. Que de choses je saurais maintenant que j'ignore et que j'ignorerai toujours! Nous n'avions pas, je vous le jure, au lycée, de professeurs commo ce P. Terret. Ceux qui nous enseignaientl'histoire, gens stupides, n'avaient point, comme lui, pénétré dans les conseils de Dieu .. Comme j'eusse pris plaisir a écouter ce saint homme nous démontrer comment Dieu, voulant donner la vapeur a l'homme, s'adressa tout d'ahord a un hérétique, le protestant frangais Denis Papin, de Blois, une de nos gloires scientifiques, qui fut forcé de quitter sa patrie devant les persécutions dirigées par les jésuites de son époque! Comme j'eusse souhaité de savoir pourquoi la Providence, dont les décrets sont d'une profondeur
32 LB BON DIEU, SATAN ET LES CHEMINS DE FEa insonuable, eonGa a ucux autres hérétiques, James Watt et Fulton, le soin ue perfectionner l'invention de Denis Papin. Et ces abus, ces fameux abus caUSt'S par la malice humaine, quels sonL-ils? Dire qu'e je mourrai peut-etrc sans savoir ce que le P. Terret a voulu dire! ' Je uois pourtant livrer au public une explication qui me satisfait a demi : il y a.quelques années, un curieux proees égaya beaueoup la malice humaine: un jésuite qui voyageait sur une ligne de Bretagne, s'installa dans le meme eompartiment qu'une tres gt'ande et illustrissime dame. Dans le trajet, un méeréant, nommé Kergroen, abusa de son titre u'employé du chemin de fer pour ouvrir brusqqement la portiere sans crier gare. En vain le jésuite affirma-t-il que l'illustrissime uame était sa samr; ee Kergt'Oen au nom diabolique ne voulut rien entcnJre; il abusa du Ul'oit qu'a l'homme de ne pas croire aux pat'oles de son semblable quand ees pal'Oles sont uénuées df> preuves. En vertu d'un autre abus plus criant encore que tous les autres, des suppots de Satan, portant tricorne et jaune bauurier, saisirent les deux voyageurs et, sans respect pour leurs robes, les conduisirent uevant le tribunal correctionnel de Brest, qui rendit son jugement le mardi 10 septembre 1872. « Attendu, dit le jugement. que la préven- « tion doit s'appuyer uniquement, pour reposer
LE RON DIEU, SATAN ET LES CHEMINS DE FER 33 « sur un élément sérieux de conviction, sur les « aveux par lesqucls les prévonus ont corroboré « eertains faits appris par Kergroen; que la dame « d.e X ... a avoué qu'oIle avait, obéissant a un « sontiment de reeonnaissanee, ponché sa tete sur « la poitrine du P. Dufour; que le prévenu a « reconnu qu'il avait reQu un embrassoment, et que « Mm" de X ... s'était plaeée un instant sur ses « genoux; que c'est en vain que Dufour, rétractant « ses aveux, a dit pour se justifier qu'ils lui ont « été dicté!> par le désir bien légitime de désarmer « le mauvais vouloir de Kergroen, de l'empecher « de verbalisel', et par suite, de ne point eompro- « mettre la réputation de Mm e de X ... , et de ne « point ternir par le seandaIe la réputation de la eonI( grégation dont iI est membre; que de telles expli- « eations sont impuissantes pour détruire la force « probante résultant des aveux faits par un pré- ( venu. « Attendu que les seuls faits dont la preuve peut « etre eonsidél'ée comme étant aequise, doivent « ctre, au point de vue légal, appréciés, abstraetion c( faite de la position sociale et de la qualité des ( parties; qu'ils eonstituent des actes de familiarité ( tres répréhensibles et blessent les lois de la bien- (( séance, mais que, n'ayant été préeédés ni suivis « d'aetes de luhricité ou d'obseénité de nature a ( offenser· réellement la pudeur, ils sont insuffi- « sants pour eonstituer le clélit prévu ct repris par ({ l'artide 330 du Code de procédure eivile; que Du- « four a d'ailleurs allégué dans le principe, pour sa
34 LE ROiN DIEf1, SATAN ET LES CHEfI(INS DE FIm (1. justification, que Mm e de X ... était sa 8reur, et « qu'une telle allégation n'eút certes pu venir a sa « pensée s'il se fút agi d'actes d'impudicitéj que ces « actes n'en doivent pas moins otre séverement « réprouvés, encore bien que la loi ne puisse les « atteindre, par cela seul qu'ils ont été accomplis « par un ministre du culte, tenu a plus de réserve u et de circonspection que tout autre, et qui ne « doit jamais perdre de vue que, de sa part, Pappa- « rence miíme d'une infraction aux lois de la « décence suffit pour porter une déplorable atteinte « aux croyances religieuses, base fondamentale de « toute société ... etc., etc. » Le pere jésuite Dufour fut acquitté. Mais revenons au professeur de lfongré, le pere Terret. N'est-il pas curieux de voir un de ces calotin8, qui voyagent en quart de place, parler ainsi des chemins de fer? Que leur faut·il done? Pour eux les passe.droit, les faveurs, les bon8 coins, les bouillotes bien chaudes et les banquettes bien rembourrées! Pour eux les trains de plaisir organisés pour Loureles et Paray·le-Monial, aussi bien que pour Trouville et Monaco ! Et cela ne suffit point? Faut-iI done que M. de Freycinet abdique entre leurs mains? Faut-il, entre l'exploitation par l'f;tat et l'exploitation par les compagnies, choisir l'exploitation par les jésuites ? e'est pour le coup qu'on en verraitdebelles! Bien· t6t il faudrait montrer un billet de confession pour monter dans le train de Paris a Pontoise; les libres penseurs prendraient le coche ou iraient a pied.
QUELQUES NIAISERIES Id nous n'avons que l'embarr6ts du choix et ce chapitre pourrait otre le plus long de la brDchure. Citons d'abord le P. Gazeau. Voici un passage sur le marquís de Pombal, ministre portugais du dernicr siecle, qui fit beaucoup de bien a son pays et beaucoup de mal áux jésuites : « Pombal organisa trne armée de 32,000 hommes, « arma une escadre pour ~protéger les navires « marcnands contre les Barbaresqucs, régla la per- « ception des impáts, créa des compagnies com- « merciales, creusa des canaux, fonda des écoles « d'agriculture ct de commerce, le college des « nobles, l'imprimerie royale et l'econstitua l'uni- « versi'té de Cormbre. « Il avait relevé de ses ruines la ville de LisK bonne, détruite en 1755 par un tremblement de « ter re. « Ces réformes funestes et inopportunes, faites <L comme on ra dit il coups de hache, ne tarderent « pas a disparaitre. » (Cahier de Sainte -Genevieve, p. 188.) ,le ne serais pas faché de savoir quer est l'auteur
36 QUELQUES NIAlSERIES qui a dit quc c'est a coups de hache qu'onfondait des écoles et qu'on ouvrait des universités.Oeluí qui a dit cela est au moins aussi fort que le P. Gaz.cau qui affirme qu'il était inopportun de rebatir· Lisbonne arres le tremblement de terre de 1755. Autre dróleric, celle-ci sur Turgot, le ministre de Louis XVI, f.!:rand patriote que les réactionnaires do son temps firent chasser du ministere paree qu'il voulait prévenir la Révolution en accomplissant les réformes les plus urgentes ot los plus indisponsables. Voici ce qu'on dit le P. Gazeau: « Il avait des idées chimériques: il obtint la « libre circulation des grains, remboursa plus de « cent millions, créa les monts-de-piété et la caisse « d'escompte, origine de la Banque de France, ot « supprima la solidarité des taillables en matiere « d'impót. » (Cahier do Sainte-Genevieve, p. 162.) Ah! vous croyez ({u'il y a réellement un montdo-piété ! Détrompm~-vous, c'est une chimere, une invention d'Henri MÜl'ger et autres romanciers. Vous vous imaginez qu'il existe une Banque de France et que eette banque émet des billets que les jésuites et autres congrégations ou ron fait vreu de pauvreté collectionnent a qui mieux mieux. Chimeres que tout cela! Mais pourtant ... - Pas un mot de plus; puis({ue Turgot a eu toutos ces idées-lil ct que Turgot, au dire du P. Gazeau, n'avait que des idées chimé· riques, ses idées n'ont pas pu se réaliser, san s quoi elles n'eussent pas ét¿ chimériques.
QUELQUES NIAISERIES 37 Oe plus fort en plus fort. Apres le P. Gazeau, voyez l'aigle de Mongré, le P. 'rerret. Apres avoir narré a sa faQon, qui ne rappelle que de loin les récits d'Augustin Thierry, l'histoire du regne de Louis XVIII et des premiercs asscmblées élues sous la Rcstauration, de tR1S a 1824, le P. Tcrrct . ajoute ceci : « L'histoirc de ces Chambres cst utile « a connaitre pour porter un jugement sain et «( éclairé sur la doctrine du suftrage universel. » (Cahier de Mongré, p. 16.) Tout le monde apprend a l'école primaire (dans les écoles laiques, bien entendu, Cal' pour les autres nous n'affirmonsrien), que les Chambres de la Res· tauration n'étaient pas élues au suffrage universel, qui ne fut établi qu'en 1848. Tout le monde sait qu'il fallait alor8 payer 300 francs d'impóts pour 6tre admis a voter et que le nombre des électeurs n'était pas de dix millions, comme aujourd'hui, mais el'a peine deux cent mille. Sans cette sage précaution qui tenait écartés du scrutin les quatre-vingt-dix-huit centiemes des citoyens franQais, le gouvernement des Bourbons, établi en 1815 par les Prussiens et soutenu par les jésuites, n'eut pas duré dix jours. Comment le P. Terret ignore-t-il ce que tout le monde sait et pourquoi a-t-ill'air de croire que les Chambres de ce temps-Ia étaient élues au suffrage universel? Le P. Terret était-il bachelicr '? S'il ne l'était pas, pourquoi lui confiait-on la 3
44 UN lI1ENSONGE Voioi l'histoire et voilit maintenant le pamphlet : « Le tiers reste dans la salle gén()rale ou Mira- « beau, soutenant son opposition par des paroles a « effet, proposo une adres se au pays. « Devant ces résistances, la cour prit le moyen « que Mirabeau avait suggéré, elle fit appel aux « baionnettes, non pour attaquer, mais pour maín- " tenir la tranquillité a Versailles et a Paris.» (Cahier de Mongré, p. 126-127.) Ainsi c'est Mirabeau qui, en déclarant que leR députés du tierR ne céderaient (IU'a la force, suggéra a la cour, a cette bonne ct innocente cour, incapable de trouver cela toute seule, l'idée d'employer la force. . Ils sont terriblement naifs, ó P. Terret, vos éliwes de Mongré, s'ils ne roulent pas vos cahiers en boulottes de papier pour vous les jeter au nez.
UN MAUVAIS MINISTRE Un mauvais ministre, s'il faut en croire les jésuites, c'est celui qui s'inspire uniquement des intéreLs de ses concitoyens, qui n'a d'autre préoccupation que la gloire de sa patrie, qui ne sacrifie pas les droits de l' Etat aux prétentions de l'Eglise. Le cardinal de Richelieu, ministre de Louis XIII, n'hésita point, lorsque le patriotismc le lui commanda, a s'allier aux puissances protestantes cúntre l'Autriche et l'Espagnc catholiques. Les jésuitcs qui, dcpuis la fondation de leur ordre, étaient les bons ami s de nos ennemis les Espagnols, les jésuites qui avaient travaillé de leur mieux a amener le démembrement et l'asservissement de la France, ne pardonnent pas a Richelieu de s'ütre souvenu qu'avant d'etre cardinal il était Frangais. Voici comment le P. Gazeau parle de ce grand ministre et de ce grand patriote : « Il nous apprend lui-meme dans ses écrits qu'il «( avait eu d'abord quclques scrupules a s'allier « avec l'hérésie. « Il en aurait eu beaucoup s'il avait pu prévoir « qu'un jour iI mériterait des historiens véridiques 3.
46 {J'\ :\UUVAIS MINISTRE « le tJ'isle élofJe d'avoii' été non pas un cardinal (( de la sainte EfJlise, mais tout simplement un « cardinal d'Etal. » (Cahicr de Ste-Gcneviévc p.311.) Tout simplemcnt cst un chef-d'ccuvrej la politique de Riehelieu, continuée par Mazarin, nous valut fout simplcmcnt Met¡¡;, l' Alsace, le Houssillon, et l'Artois. Le P. Gazeau, cet exeellent patriote, a vraiment bien le temps de s'arrCtcr a quclques misérablcs provinctls de plus ou de inoins ! 11 voit les choses de hallt. Que le tel'1'itoire fraw;¡ais s'ag!'andisse ou díminue, qu'importe aúx jésuites? Ah! si Riehelieu eut été ún cardinal de la sainte Eglise, si, au lieu de laisscr aux protestants le libre ·exercice de lcur culte, il les eut persécutés, s'il cut, comme Louis XIV, forcé qtit'lques centaines de milliers de citoycns franc;:ais a s'exilcr pour COnserve!' lcur religion, s'il cut chel'ché, non ,'t ág!'andil' la France, mais a plaire aux jésuites, ceux-CÍ ne lui murchandcraient pas leurs elages !
UN BON MINISTRE Un bon ministre, un ministre selon le ereur des jésuitcs, c'est l'abbé Dubois, qui fut nommé suceessivement ministro sous la Hégence, archevcque de Cambrai et cardinal. A une époque qui ne passe pas pour avoir été d'une sévérité de mreurs excessive, la fortune inoule de ce eynique personnage fut considérée par tous comme un scandale. Le due de Baint-Simon a tracé dans ses Mémoires un portrait de Dubois qu'on n'oublie guare apre¡.; l'avoir lu. ( Tous les vices, ditSaint·Simon,eombattaient en « lui a qui en denwure,ait le maitre. Ils y faisaient « un bruit et un combat continuel entre eux. L'a- « varice, la débauche, l'ambition étaient ses dieux; « la perfidie, la flatterie, les servages, ses moyens; « l'impiété parfaite, son repos; l'opinion que la « probité et l'honncteté sont des chimeres dont on (( se pare, son principe. (( Il exeellait en bases intrigues, iI en vivait, il (( ne pouvait s'en passer. Le mensonge le plus « hardi lui était tourné en nature avec un air sim-
48 UN BON MINISTRE « pIe, uroit, sincere, souvent honteux ... n s'était « accoutumé a un bégayement factice pour se don- « ner le temps de pénétrer les autres ... Une fumée « de fausseté lui sortait par tous les pores. » Ajoutons que l'Angleterreuonnait a Dubois une pension de 50,000 écus par an pour trahir la France. Voila l'hommo que les jésuites essayent do réhabiliter ! Le P. Gazeau, qui connait bien mieux l'abbé Dubois que Baint-Simon son oontemporain, essaye de prouvel' que ce pauvre cardinal de la saintc Eglise a eté indignement calomnié. Ouvrez le cahier de Bainte-Genevievc, page 128: « Le régent nomma Dubois archevcque 'de Cam- « brai ot on lui conféra tous les ordres sacrés dans « la meme semaine et non pas le meme jour, « comme l'a dit Saint-Simon, jaloux de son crédito « Son prétendu mariage en provinc8, la pension « qu'ilaurait reQue du gouvernement anglais, «l'immonse fortune qu'il aurait amassee aux « dépens du Trésor, voila autant de calomnies qui « restent a la charge.de ses ennemis. « Les jansénistes ne lui pardonnércnt pas le « second Cl~registl'ement de la bulle Unigenitus. « Le souverain pontife lui en témoigna Sii satisfac- . « lío n en lui donnant le chapeau de caí'dinal. ) Dubois fut persécuteur, voila le sccret de l'admiration que le P. Gazeau lui témoigne; cet archevcque qui reQut tous les ordres en un jour d'apres Saint-Simon, en huit selon le P. Gazeau, ce cardinal qui ne croyait pas en Dieu, inaugura par l'enre-
UN BON MINISTRE 49 gistrement de la bulle Unigenitus la série des mesures ridicules ou odieuses qui signalerent la perséeu. tion dirigéo par les jésuites contre les jansénistes. II semble pourtant que l'apologie de cet ignoble personnage ne laisse pas que d'exciter quelque dégout memo ehez les jésuites. Voici comment le P. Terret parle du ministre que défend son eollegue le P. Gazeau : ( Au lieú d'envisager le bien du pays, Dubois « travaillait plutót pour celui du due d'Orléans ou ( pour le sien propre. e'est lui qui avait fait signer . {( la triple alliance, utile au régent, nuisible a la ({ gloire et aux intéréts de ['Etat. C( n fit enregistrer la bulle Unigenitus et for<;a ({ les jansénistes a l'obéissance, mais il usa de ce " serviee rendu a l'Eglise pour arriver, indigne « qu'il en était, a l'archeveché de Cambrai et au « eardinalat. ( hn 1723, comblé de dignités, .mais non point {( d'honneur, il alla rendre eomptei:t Dicu de l'état « d'impiété et de licence OU le régent, son éleve, « avait mis la France. Quatre mois apres, le régent «( mourait d'apoplexie foudroyante. » (Cahier de ~longré, I. p. 55, 56.) 11 faudrait pourtant s'entendre : Qui donc a raison dans ce débat ? Est-ce l'apologiste ou le détrac· teur du cardinal Dubois? Est·ce le pape qui témoigna sa satisfaction a Dubois ·en le nommant cardinal, ou le bon Dieu qui fit mourir le régent d'apoplexie foudroyante pour le punir d'avoir livré la Franee a un pareil ministre?
ü'Esrr LA FAUTE A VOVrAIR~j! Je suis tombé par terre, C'est la raule ¡'¡'Yoltaire! Le flez dan s le ruisseau, C'est la faute ¡¡ Rou~seau ! Ainsi chante Gnvroche dan s les Mis/!rable,,; ce refrain du gamill de Paris peut ütre considél'ó comme la Jlarseillaisc des jésuites. n n'est sorte d'injures, d'inepties, do sottises que les bons peres n'entassent au pied de la statue ele cet affreux Voltaire. L'abbé Maynard, écrivain filandreux qui fait autorité, parait-il, dan s le camp clérical, eonsacre á Voltaire plusieurs volumes. L'abbé i'p,ussit surtout dan s le gcnre ennuyeux, ce n'est pas un adyersaire bien redoutable. Le ThéiÍtre chrétien d'éducation du H. P. G. Longhaye, de la compagnie de Jésus, contient uno pieeo intitulée A Ferney. Gavroche, dont nous parlions tout a l'heure,
51 n'eut sans doutc pas voulu signer les vors suivants : Tous les doos de I'esprit sont échus á Voltaire, :\Iais Dieu lui refusa tous ceux du caractiJre. ~ous ne savons si Dieu a donné au P. Longhayo les dons du earactere, mais noUs plaignons sériousement les malheureux jeunes gens qui sont conuamnés a Uro et a apprendro seS pieces. Encore ne connaissons-nous du poete jésúitc qu'uno petite comédie en un acte; un frérbit en songeant qu'il a composé plusieurs tragédies en cinq aetes et en verso Un autre jésuite, le P. Mestrc, quí n'a pas, comme le P. Longhaye, rer;u du Ciel l'influetl<:e secl'¡\[e, se contente d'injurier Voltai¡'e én prose. « Dieu, nous dit le P. ::\Iestre, permit, pour le c( malheu1' de la Franee, que la voix du inonsonge c( prévalut; le blaspheme, grace ú Vol~airo, devint « a la mode. nieu, consptié dan s son Eglise, dans c( son culte et dans ses sacrements, semblait se roce tirer de cette socióté gangrenée et les sages, ce épouvantés, presseI1taieht uh immerise clüUi- (e mento « Voltaire mouI'ut daris la rage et le déses- « poir; la sépulturo catholiquc lui fut refusée ú « Paris. Son digne neveli, l'abbé 1\1ignot, fit eníoe- « veli1' son hideux cadavre. « On peut admirer resprit ue Voltairc, il éÍl avait « prodigieusement; mais malheür Ú cBlui qui ai- ( mera cet homme-lú! »
52 C'EST LA FAUTE A VOLTAIRE 1 '" Voltaire, qui fit ses classes chez les jésuites, écrivait, en parlant d'un de ses anciens maitres, le P. Porée: « Jamais homme ne rendit l'étude et la vertu plus aimables. Les heures de ses leQons étaient pour nous des heures délicieuses. » Nousdoutons que de pareils éloges soient jamais adressés, au P. Mestre par ses anciens P.Ieves. Néanmoins le P. Gazeau a trouvé mieux encore que le P. Mestre : S'il y a de par le monde des gens sans bonne foi, des voleurs, des prévaricateurs, c'est la faute a Voltaire! Voici ce qu'il dit des spéculations honteuscs qui eurent Heu sous le Directoire : « On vit des usu- « riers, qui n'avaient prcté que 300,000 francs a (( I'État, se faire inscrirc sur le grand-livre pour « une créance de 12 millions. La philosophie du « dix-huitiE3me siecleet la Révolution avaient ruiné ({ tout principe religieux et moral, éteint tout sen- «( timent d'honneur. » (Page 249,) Les agioteurs de l'époque directoriale, dont quel. ques-uns, comme le fameux banquier Ouvrard, furent plus tard d'excellents royalistes, n'étaient point démoralisés par la lecture des écrivains du dix-huitieme siécle. La plupart d'entre eux étaient gens pratiques, peu sensibles aux spéculations philosophiques. QueIques-uns se souvenaient peut-ctre d'avoir assisté dans leur jeunesse au proces d'un voleur fameux, le pere jésuite Lavalette, condamné en 1762 par le parlement de Paris pour banqueroutc fráuduleuse.
C'EST LA FAUTE A YOLTAIRE! 53 Est-ce encore Voltaire qui est responsable des opérations scabreuses de ce digne jésuite? Ce P. Lavalette dirigeait aux Antilles une maison de banque et de commerce. Ses créanciers trompés s'adresserent a la compagnie de .Tésus pour otre remboursés. Les jésuites déclarerent qu'il" n'étaient unis entre eux que dans l'ordre spirituel, mais qu'ils n'étaient pas solidaires pour les intércts matériels; c'est-a-dire, en bon franQais, qu'ils étaient unis pour empocher les bénéfices, mais qu'ils se refusaient absolument a supporter les pertes. Et voila les gens qui parlent de morale et qui attaquent celle des philosophes du dix-huitiéme siécle! C'est a la suite de ce procés du P. Lavalette que le parlement de Paris rendit un arrot, non abrogé depuis, qui bannit les jésuites de Franca.
60 LA RÉVOCA'l'ION DE L'ÉDI'l' DE NANTES <1. gés de protéger les missionnaires catholiques.» Du reste, si un fait gene les jésuites, le procédé est simple: ils le suppriment. C'est ainsi qu'on nous affirme « que les violences des dragons ne « couterent la vie a aucun calviniste ». Et ceci quand ilreste une lettre de Louvois a Boufflers ()u il dit: « Il eut été a désirer qu'on cut fait tirer par les « dragons sur les femmes de la religion prétendue « réf9rmée de Clérae, qui se sont jetées dans le « temple lorsqu'on en a commencé la démoli- « tion.» Plus loin, on nous dit encore : « Le dernier article (; de l'édit leur promettait qu'ils ne seraient pas « inquiétés pour cause de religion. » Mais le P. Gazeau n'ajoute point que cet arUcle resta lettro morte et ne fut point exéeuté. Qu'on lise l'ouvrage d'un historien qui n'est certes pas démoerate, l'Histoire de Louvois par M. Camille Rousset, ex-eandidat réaetionnaire dans le VIo arrondissement de Paris. On y verra (vol. III, p. 496) l'énumération des violenees auxquclles furent en hutte, apres la révoeation, les protestants qui persistaient dans leur croyance: pour les hommes, la mort; pour les femmes, la marque. A Metz, on déterra les cad av res des relaps, qui avaient abjuré sur le lit de mort le catholicisme qu'qn leur avait imposé, on les jugea. solennellement, on les fit trainer sur la claie dans les rues de la ville . . Dans les Cévennes, dans le Dauphiné, plusieurs
LA RÉVOCATION DE L'ÉDIT DE NANTES 61 ministres protestants furent condamnés au supplice infame de la roue. Quelques-uns voulaient haranguer le peuple; on étouffa leur voix sous le roulement des tambours; étrange analogie avec les dernier moments de Louis XVI! Eh bien, il ne suffit pas au P. Teeret d'approuver toutes ces oruautés, il faut qu'il rie aux dépens des persécutés, qu'il se moque des victimes des dragonnades. « Les d1'agons de Louvois, dit-il, exercfwent une « pression pAU évangélique,. mais ces inconvénients « accidentels, indépendants de la mesure prise, ne « peuvent la rendrA mauvaise elle-méme. « Les avantages résultant direotement de la « révocation furent de beaucoup supérieurs aux « désavantages; la religion catholique reprit ses " droits imprescriptibles, 1e roi se montra s6n « digne fils et protecteur, les révoltes religieuses « devinrent plus difficiles a. l'avenir,. enfin un « grand nombre de FranQais rentrerent sinccre- « ment dans le sein de la véritable Eglise, soutien « des Etats et salut des particuliers. « Parmi les nouveaux convertis, n'oublions pas « de placer lés anoctres de ces vaillants Vendéens, « appuis, aux jours mauvais, du tróne et de l'au- « tel.» (Cahier de Mongré, I, p. 32, 33.) Apres l'éloge du roi qui force a quitter la France quelques cenlaines de milliers de sujets fideles, il fallait bien faire l'apologie des insurgés vendé en s de 1793, alliés deR Prussiens,· deR Autrichiens et des Anglais. 4
,o.¡?, LA a.F;VO.(:ATWN DE ,1;.'ÉDI'l' DE NANTES Comme Louis XIV, les Vend¿cns mettaient au: dessus de la patrie les intércts de l'Eglisc; commc lui, ils é~aicnt guidés par le fanatismo et les passions religjeuscs.
COMMENT ON ÉGRIT L'HISTOIRE A MONGRÉ Les :iésuites n'ont qu'une aclmiration modérée pour Louis XVI. {( Il prouva sou.vcnt par sa con- " duite, dit le P. Gazeau, qu'il ne suffit pas pOUl' {(un roi de s'cn tenir a la défiance ele soi-meme et ({ a la résignation chrétienne. )) Louis XVI eut le tort de se résigner, en apparence du moins, aux réformes votées par la Constituantc. I1 eút été plus rhréticn san s doute de fail'c pendre ou rouer les vingt millioris de manants qui l'éclamaient la liherté ot la suppression dos privileges. Il est vrai que Louis XVI eut, depuis, dans sa eonduite quelqucs actes qui font qu'illui sera heau· coup pardonné .... par les jésnites. Tandis qu'il pl'oclamait bien haut ot a toute occasion qu'il aéceptait loyalement la constitutión, iI excitait secl'éLemcnt les étrangers a envahir la Franee pour rétablir l'ancien régime. Il corriptaÍt impatiemment les jours de marche quÍ sépáraient
64 COMMENT ON ~:CRIT L'HIS'l'OIRE A MONGRE encore l'armée prussienne de Paris. Il désorganisait la résistance en nommant des ministres déeidés a laisser vainere la France. 'l'outes ces hypocrisies, cette longue trahison de l'année 1792 finirent par exciter contre le roi une haine unanime. La Convention ne fit que suivre l'opinion publique en votant la mort du parjure, allié de l'Autriche et de la Prusse. On peut trouver la mesureimpolitique, a coup sur le cha,timent était juste et mérité. Le P. Terret entreprend de nous démontrer que eeux qui eondamnerent Louis XVI auraient bien voulu l'absoudre et que ce coupable personnage, dont l~ proces dura deux mois, fut accusé, jugé et mis a mort par surprise. « Le premier acte de la Convention fut de déela- « rer la royauté aboJie en France, le second, de « proclamer la république, le troisieme, de vote!' « la mort du roi. « Malgré l'esprit révolutionnaire de l'Assemblée, « ee dernier vote fut plus extorqué qu'obtenu. « Non seulement la plupart des députés répu- « gnaient a tremper leurs maíns dans le sang d'un « roí ínnocent, mais encore ils se regardaient « comme incompétents pour le ,jugcr. » (Cahier de Mongré 1, page 147.) Autant de mensonges que de mots! On sait ce qu'il faut penser de l'innocence de Louis XVI. Pas un seul des sept cent quarante-neuf juges de la C'JÜnvention n'osa dire: Louis XVI est innocent. Les papiers trouvés dans l'armoire de fer établis-
COMMENT ON ÉCRIT L'HISTOIRE A MONGRÉ 65 aient d'une maniere irréfutable la culpabilité du oi. Depuis on a publié une série de documents, rlémoires, correspondances plus convaincants ncore. C'est le 15 janvier 1793 qu'on prouéda a l'appel lominal sur cette question : Louis Capet est-il couFible de conspiration conre la liberté de la nation, et d'attfmtats contre la (Ireté générale de PEtat? 11 Y avait vingt-neuf mernbl'es absents, ce qui éduisait le nombre des votants a sept cent vingt. Trente-sept reconnurent Louis XVI coupable, n se déclamnt incnmpétents poue pl'ononcer le ugement. Six cent qualre-vingt-trois déclarerent sans xplication Louis XVI eoupable. Le roi fut done rcconnu criminel a l'unanimité ,t trente-sept membres seulement jugerent la Con- 'enLion incompétente. Nous voila loin des allégations fantaisistes du ). Terret. QU'on juge comme on voudra les actes e la Convention, mais qu'on ne falRifie pas l'his- :lire! 4.
CE BON MONSlEI1R TRESTAILLONS On connait les erimes horribles commis par les bandes royalistes du Midi en 18/5, apres le retour de Louis XVIII. CcUc triste époque a été justement nommée la Terreur blanche; pendant plusieurs mois, les departements du Gard, de Vaucluse, des Bouches-du-Rhone furent ensanglantés par des meurtres qui presque tous resterent impunis. Des généraux, des soldats, coupables d'avoir défendu leur pays contrc l'étrangcr qui nous ramenait les Bourbons et les jésuites, furent impitoyablement massaeI'és. Dans le Gard, les assassinats furent si nombreux que le préfet royaliste, le préfet nommé par LouisXVllI, M. d'Arbaud-Jouques, crut devoir rappeler les Autriehiens. La présenee des troupes alliécs dans le reste de la Franee était une ehal'ge intolérable, un malheurj dans le (l-ard elle devint uno proteetion; les bandits nimois se trouverent momentanément eontenus. Citons maintenant l'appréeiation du P. Terret sur ces tristes événeinents : « Les malheUl's oeeasionnés par le retour de l'ile « d'Elbe avaient vivement irrité certaines popula-
CE BON lIfONSIEUR TRESTAILLO:<:S 67 « tions méridionales. Elles profiterent du change- « ment de gouvernement pour se {aire jnstice « elles-mémes. « A Marseille, mas sacre de la colonie de mame- « lucksamenée d'Égypte par Napoléon, a Avignon, « assassinat du ma¡'échal Brune, aNimes, exces « commis par Trestnillons, a Toulouse, assassinat « du général Ramel. » (Cahier de Mongré I1, p, 13 et 14.) Ainsi ce hon:NI. Trcstaillons qui commit quelques légers exces, Tcestaillons l'assassin, le pillard, l'incendiaire, est presquc justifié par le P. Terret. Les populations du Micli, nous dit.on, se firent justice et on ne les blame point, Savez-volls que ce jésuite raisonne absolument comme Marat? Ils prétendaient ausfli se faire justice cux-memes les misérables qui, en septembre 1792, envahirent les prisons, parodiE~rent les formes de la justiee et égorgérent un grand nombre de pretres et ele royalistes. Et pcndant la Communc, les assassins d'otages, ceux qui fusillérent des dominicains, des jésuites, ne llisaient-ils pas, eux aussi, qu'ils se faisaient justice? Si vous eondamnez ceux-ci, pourquoi absoudre ceux-lit ? Ne voyez-vous pas qu'en ne flétrissant pas Trestaillons vous excusez du meme coup les crimes les plus abominables de la Commune ?
LES PERES MARISTES Les maristes dirigent aetuellement vingt.deux maisons d'édueation, fréquentées par einq mille éleves environ. Apres les jésuites ils forment la plus nombreuse de ces associations enseignantes non autorisées que vise l'artiele 7 du projet de loi de M. Ferry et qui travaillent de leur mieux a diviser la jeunesse en deux camps hostiles, en deux Franee étrangeres et ennemies. ~~uelques détails donneront une idée de la faibIesse de leur enseignement. Uomme les jésuites, les maristes ont l'habitude singulierement irrespectueuse de mettre Dieu en sctme a tout propos et hors de propos. Dans un département du Midi, OU les maristes ne dirigent pas moins de trois maisons, un de leurs professeurs a donné récemment le sujet de disc 11l'S latin suivant: Dieu exhorte Rwh a al/el" trouver Booz. Admirable matiere a mettre en discours latin! Jehovah démontrallt a la sainte femme Noémi qu'cllc doit livrer sa belle-fille a un vieillard libi-
LES PERES MAldSTES 69 dineux, quel beau sujet de méditation pour des gamins de seize ans ! C'est un fait digne de remarque que le libertinage intellectuel de ces hommes qui ont fait vreu de chasteté. Le malin les poursuit et les assiegc nuit ?t jour. Sur de sales obj ets il traine leur pensée. On doit plaindre pl'utot que blamer ces malheureux qui sont vietimes d'une regle absurde et immorale; ce n'est pas eux qu'il faut aceuscr, e'est la situation ou les plaeent des vreux imprudents et prématurés. Mais eomprend-on qu'il se trouve des pores de fareille assez oublicux de leurs devoirs pour eonfier a de tels hommes l'éducation de 'leurs enfants? Encore si les bons peres justifiaient eette préférence par les qualités de leur enseignemcnt, mais non; leur enseignement ost au-dossous du médioere; s'il est une seienee qui demande plus d'applieation que les autres et un degré d'attention plus soutenu. e'est l'étude de l'histoire. Chez les maristes, l'histoire ne s'étudie pas en étude, elle est reléguée au réfectoire. Un maitre lit aux éleves pendant qu'ils déjennent le précis d'histoire de Gabourd. Cette leeture, indigeste en tout temps, doit ctre spéeialement nuisible et contraire a l'hygiene quand elle est faite au moment des repaso Que doit-il rester dans l'esprit des élEwes apres un pareil enseignement? Rien, sans doutc. Tout au
76 LES DROITS DU PERE DE FAMILLE « sentée depuis un mois environ j elle est d'un (, sieur SaUeH et de sa femme, ouvriers aNimes j « ils vous exposent que, forcés par lamodicité de C( leur fortune de confier leur fille dangereusement « malade, figée de dix-sept ans, a un hospice, ils ont « appris bientot que cette fille y recevait des ins- « tructions spirituelles qui tendaient a lui faire « changer de religion. ( Des réclamations sont faite s aussitot; cette « filIe, loin d'otre rendue a son pere, disparait de « l'hospice. Elle est enlevée nuitamment et trans- « portée a Aix, ou elle est placée dans un couvent. « La elle est cachée a tous les yeux. Ses parents « adressent une plainte au procureur du roi de « Nimes; celui-ci fait des rccherches: on décou- « vre le lieu de la retraite, on s'adresse au procu- « reur du roi d'Aix qui fait faire des recherches a « son tour ct qui parvicnt a la découvrir. Le pere « arrive, il demande son enfant. On prétend qu'clIe « est malade et on la soustrait a son affection. « Enfin pour ne pas fatiguer la Chambre de « détails, qui pourtant 80nt de nature a exciter ( tout son intérot, jo vous dirai que cette enfant « ne sort de cette maison que par l'autorité de la « justice, et elle ne rentre dans la maison pater- « neUe que pour otre de nouveau obsédée par les « convcrtisseurs. Ils provoquent des scenes ef· « froyables dans la maison paterncllc; et ce mal- « hcureux pere de famille est obligé, pour faire ( cesser un désordre si cruel a ses propres yeux, «( de consentir a ce que su fille se retire dans une
LES DROITS DU PERE DE FAMILLE 77 « autre maison, afin d'y res ter désormais a la dis· (, position de ceux qui la dirigent. » Ces révélations n'étaient point faites pour plaire a la majorité cléricalo ot réactionnaire do la Cham· bre j aussi les députés do la droite so haterent-ils de demander la clóture j il était plus Jacile de fermer la bouche aux orateurs de la gauchc que de leur répondre. En vain Benjamin Constant monta a la tribune ot s'écria : (J. Il faut savoir avant de prononcer, s'il « n'y a pas d'autres faits de la nature de ceux qui « vous ont été clénoncés, s'il est vrai qu'on abuse « de rage des mineurs pour les convertir, malgré « lcurs parents, a la religion catholique. « Je viens de remettre a mon collegue M. Devaux, ( qui se disposait a prendre la parole, des pieces ( authentiques signées, qui prouvent que, clans le « département de Lot-et-Garonne, une institution, « placée sous la surveillanoe du gouvernement et « autorisée par lui, a,converti au catholicisme un « enfant de quatorze ans. » La 016ture fut cependant votée malgré les efforts de Benjamin Constant et de plusieurs autres députés de la gauche.
COMMENT REMPLACER LES JÉSUITES Les journaux qui soutiennent Iv, cause des jésuites ne eessent ele poser a M .. lules Ferry la question suivante: ( Etes-vous pret? Avez-vous Sollgé a pourvoir a l'instruetion des vingt-mille jeunes gens qui suivont aetuellement les cours des congréganistos non autorisés? Comment l'omplacerez-vous oes eloux millo profcsseurs que vous allez enlever a leurs élt'wes? » Examinons la valeur ele ce raisonnemcnt, ({ui a la prétention el'otre pratique ot basé sur la statistique. Le chiff1'e ele 20,000 éleves (HJ,0Gl) est celui eles . éleves ele toutes les eong1'égations cnseignantes, autorisées ou non. Pourquoi compto1' parmi los éleves qui vont se trou ver sans maltres ccux eles eongrégations autot'Ísées. dos lazat'istes, par exemple, qui no sont nulloment menacés de voir fermer leurs maisons? Quant au chiffre de deux mille professeurs, l'exagération cst encore plus manifcste. Dans l'état eles assoeiations religieuses non autorisées, drossé par les soins clu ministre elo l'intériour, le hut de
COl\IME~T REMPI,ACER LES JÉSUlTES 79 Cl'R associations n'cst pas toujours claircmcnt eléfini et no pouvait pas l'otro. Bcauooup elo maisons religiouses no s'occupont pas uniquoment de donncr l'instruction a la jounosse, ot on a dú los rangor sous les rubriques les plus diversos: enseignement et prédication, missions etenseignemení, ministere ccclésiastic¡ue ot enseignement. Comment distinguer parmi ces religieux, qui sont en effet deux mille environ, eeux qui sont véritablemont professeurs de eeux qui excrcent d'autros fonctions '? N'ost-ce pas singulierement jouer sur les mols quo do les rcpréscnter tous comme dos maitros quo nous no pourrons remplacer, alors quo beaucoup cI'cntrc eux se livrent, non a l'enscignement, mais :'t la prédication ou au ministere ccelésiastique ~ :.l"e eonviendrait-il pas, d'ailleurs, de faire une di~tinction entre l'a~ministration des maisons clél'icales et le personnel enseignant proprement elit? Pcut-on compter comme professours le pero diroetour, qui a des fonetions analogues a celles d'un provisour do lycée, et le pere proeureur (éeonome), (lui s'occupc uniquement de la gestion financiere't Dans beaucoup de maisons cléricalcs l'cnseignement ost confié a des professeurs lalques. A Areueil, les clominicains n'ont pas un seul profcsseur congl'éganiste. Les jésuitcs oux-momes admettent des pl'ofcsscurs JaIques ú leur eollege de Vaugirarel; a l'écolo Sainte-Gcnevievo, si les professcms qui font les cuUt'S portent la soutane, en revanche les colleurs, ceux qui font subir aux eandidats des examcns préparatoires, sont pris parmi les lalques.
80 COMMENT RllMPLACER LESJÉSUITES C'est meme a cet élément étranger, qu'ils attirent fort habilement chez cux par toutes sortes d'avantages temporcls, que les jéwites doivent les succes dont ils sont si fiers. Pour préparer au haecalauréat ou a Saint-Uyr, le fanatisme ne suffit point, et l'illustre P. Gazeau ou ses sueeesseurs ne pourraient rien s'ils étaient livrés a leurs seules forees. Qu'on se rassure done; l'enseignement nc périclitera point paree qu'on chassera ele leurs clm;ses quelques jésuites ou quelques maristes 3ussi fanatiques' qu'ignorants. Les peres de familles n'auront pas de peine, s'ils le veulent, á trouver pour leurs fils des p1'ofesseurs d'un autremérite. Parmi les professeurs des lycécs de l'État, il y a 862 agrégés. Que les jésuites veuillent bien nous dirc combien parmi eux possédent ce titre d'ag1'égé, qui est la véritable ga1'antic, \lon seulement de la science du professeur, mais de son aptituele á enseigner. Qu'ils comparcnt les titres de leurs pl'ofcsseurs et des professeurs de l'Université, et 1'0n verra s'ils peuvcnt lutter, non pas avee nos lycées, dont le personnel défie toute comparaison, mais simplement avec nos eolleges eommunaux. Ne sait-on pas que, dans mainte vme de provinee, les établissements religieux recrutent leur pe1'sonnel parmi ceux qui ont été chassés du college vqisin? Si tous les éleves des jésuites venaient frapper a la porte de nos lycées et de nos eolleges ils y t1'OUveraient un enseignement bien supérieur a tous les
COMMBNT REMPLACBR LES .JÉSUITES 81 points de vue a celui qu'ils rCQoivent actuellemcnt. Mais il est probable que beaucoup d'entre eux préfereront les établisscments libres. Ce n'est pas, en effet, au détrimcnt des lycées ot colleges de l'Université que l'enseignement des eongrégations religieuses a pris une si grande extension depuis quelques ann¿cs. Si l'on compare la situation des lycées etcolleges en 1865 et en 1876, on voit que, dan s cette :période de onze années, malgré la pcrte des trois lycées et quinze colleges de l'Alsace-Lorraine, l'Université .a gagné pres de 14,000 éleves (79,231 en 1876, au lieu de 65,668 en 1865.) Au contraire, si nous considérons l'enseignement secondaire libre, nous voyons que, deplÜs 1865, les maisons lalquesont perdu 11,760 éleves, tandis que les établissements elérieaux en gagnaient 11,919. Encore ces chiffres, que nous prenons dans une statistique officielIe, ne donnent pas la mesure exacte des progres accomplis par les cléricaux. Beaucoup d'institutions lalques vaincues par la concurrence des congrégations, ont dü abandonner presque entit~rement l'enseignement secondaire, qui mene au baccalauréat et aux écoles du gouvernement, pour la préparation du volontariat d'un ano Leurs éleves., qui passent quelques semaines seulement a préparer un examen tres facile, ne peuvent pas otre comptés comme éleves séricux. D'autre part, un certain nombre de chefs de pensions lalql,les se sont faits les humbles vassaux des jésuites. Des suecursales rc~oivcnt les éleves ó.
82 COMMENT REMPLACER LES JESUlTES"( parcsseux ou indiseiplinés que les épuratitiiis:, annuelles font sortir de la maison principale.· De ", telles pensiolls ne sont Jaiques que de nomo ' '.) Destinées aux [ils de fa.millc, ces maisons ·font. Ij i assaut de luxe et d'apparat; nous en pourrions ,~ citer une qui, sur ce J)oint, a battu toutes les autres: 1 elle possede un eoncicrge déeoré de la Légion J d'honneur. j .~ Aussi ne le nomme-t-on point concierge, mais .1 bien surveillant de la porte; ee beau titre ne change í rien, hélas! a ses attributions subalternes, et le pauvre chevalier doit tirer le corrlon comme un simple mortel. C'est du reste un bel homme, a la tournure martialc, le plus splendidc des eoncicrgcs, et qui a incontestablemcnt plus de pl'estance que son patron, le chef de l'institution. Il est cel'tain que lC8 révércnds peres s'cfforccront de ne pas abandonner leurs éleves á la dent du monstre universitaire, et que, la Joi votée, il faudra . lutter contre une multitude de subtcrfugcs, de faux fuyants eL de subtilités. Lcs cléricaux, qui rcprochent a M. Ferry de n'étre pas prct a recevoir leurs éleves, savent mieux que j personne que ce n'est lá qu'un argument de pal'ade destiné a amuser les badauds. Eux sont préts, si le . ministre ne l'était pas; ils ont leurs hommcs de· ~ paille, leurs prcte-noms tout disposés a appeler chez eux les enfants qui ll'iront plus chez les jésuites. C'est peut-ctre la le reproche le plus sérieux qu'on
COMMENT REMPLACER LES .JÉSUITES R3 puisse faire au projet de loi; ii constitue une amélioration partielle insuffisante. Parfai~e pour la forme, eette revendication des droits de I'Etat en matiere d'enseignement, ne produira peut-otre point dans la pratiquc tous les résultats qu'on attend. Il faudra en venir au granel moyen, au seul efficace: l'exécution stricLe et absollle des lois sur les uongrégations. L'essentiel pour le moment est de poser en principe que la liberté d'enseigner ne peut otre ahsolue et illimitée, que l'Etat, représentant la collectivité des citoyens, a le droit de veiller sur tous les établissement d'instruction.
LES TITRES DES RÉVÉRENDS PERES Les jésuites ont des amis bien maladroits; les journaux qui défendent leur cause, la Liberté, et apres la Liberté le Figaro, nous ont révélé les titres des révérends peres qui font concurren ce a nos professeurs de lycéc. Sur quatre eents jésuites qui se consaerent a l'é· ducation de la jeunesse, savez-vous combien possedent ces grades que l'Université exige de ses maitres avant de les nommer professeurs? Ils ne sont. pas cent; ils ne sont pas vingt, pas meme dix ! lIs sont trois ; trois, sans plus, sur quatre cents : deux docteurs es scienees et un agrégé d'histoire ; trois pour vingt-sept colleges et plus de dix mille éleves. Et e'est de la qu'on part pour nous démontrer que les intércts de l'enseignement sont liés au maintien des jésuites, que leur renvoi serait une cause d'abaissement irrémédiable. Si les jésuites, en fondant des colleges, en attirant a eux les jeunes gens, n'avaient en vue, comme on le dit, que les progres de l'enseignement, leur premiet' süin ne devrait-il pas otre de rassem-
LES TITRES DES REVERENDS PERES 85 blel' un corps de professeurs capablcs, insh~uits, garantis par des titres obtenus au concours? Quelle loi leur a jamais défendu de se présenter a nos agrégations des lettres, des seienees, de philosophie, d'histoire ~ Les portes de la Sorbonne sont ouvcrtes a tous au momcnt de ces eóncours. Pourquoi les jésuites ne viennent-ils pas disputer aux la"iques ces grades si enviés et si difficiles a obtenir? N'áyant pas été a la peine, pourqi.loi voudraientils otre a l'honncur ? On nous dit, il est vrai, qu'a cóté de ces tl'ois professeurs ayant des titres universitaircs, il y en a d'antres recrutés dans diffél'entes professiolls : des officicrs d'artillerie, du génie, des capitaines de vaisseau, des ingénieurs, un lieutcnant de chasseurs a cheval. Cc sont la sans donte des hommos remarquables a différents titres et qui ont düfail'e leurs preuves dan s les diverses carrieros qu'ils ont abandonnécs pour entrer dans l'ordre des jésuites ; sont-ils professeurs eapables? On ne confierait pas une frégate a un docteur es lettres ; pourquoi con fiel' une elasse a un aneien éleve de l'éeole navalc ? Quelle meilleure preuve de la difficulté qu'éprouvent les jésuitcs a trouver parmi eux un personnel enseignant convenable que eette néeessité ou ils sont de s'adresser a ceux-la momes que leurs études premÍ(~res n'ont pas préparés spécialement au professorat? D'ailleurs, ces professeufs qui ont pas~é parle~
92 L'Hli;ROlSME EN SOUTANE n'ont garde d'omettre une si belle occasion de dé':' biter leur boniment. Il faut bien que ces saintes blessures rapportent quelque chose, que le Bang des martyrs se cote en especes sonnantes et trébuchantes, et qu'apres les coups de fusil viennent les coups de tam-tam.
LE PATRIOTISME DES JÉSUITES ~ Nous avons déja montré, par de nombreux exemples, que l'esprit de l'enseignement jésuitique est, comme l'ordre dE'S jésuites lui-meme, cosmopoli te et non fran<;ais. Nous avons cité les passagcs ou le P. Terret prend fait et cause pour ces émigrés qui, en 1792, guidaient les Prussiens dans leur marche sur Paris, pour ces insurgés vendéens, qui refuscrent de se battre pour la France, et qui opposerent a la levée en mass6 la désertion en masse. Veut-on d'autres exempies de patriotisme? Le 15 juin 1815, trois jours avant la bataille de \Vaterloo, le général de Bourmont, qui commandait un des corps de l'al'mée fran<;aise, abandonna ses troupes et passa a l'ennemi. Le succes, dans cette campagne de quatre jours, dépendait de la rapidité des marches et du secret gardé sur les opérations militaires. Le général prussien Blüchcr, a qui on révéla nos mouvements, prit ses dispo- . sitions en conséquence et put se trouver a temps sur le champ de bataille de Waterloo. Le P. Gazeau
94 LE PA'l'RlOTISME DES JliSUITES nous affirme que ce ne fut point de Bourmont qui communiqua le plan de Napoléon aux géRéraux alliés. « Il avait trop d'honneur, no-&s dit-on, pour "- révéler a l'ennemi le plan de campagno. » Nous savons que de Bourmont a. toujours nié ce crime dont on l'accusait; mais illui reste sa défection en présence de l'ennemi, sa trahison a la veille cl'un jour ou le sort de la France allait se décidor. Comprend-on qu'un professeur exalte devant ses éleves l'honneur d'un pareil homme? N'est-ce point la destruction du patriotisme que d'enseigner, commc le font les jésuites, qu'un soldat doit son épée non a sa patrie, mais a la défense de ses passions politiques et roligieusos? Voici d'autres citations du P • .Qazeau, ou il explique les causes qui rendirent si promptement impopulaire le gouvernement de Louis XVIII, en 1814 : « Le rétablissement des anciens régiments de la » maison militaire du roi; la réintégrati'on des of- « ficiers de marine, soit avec le graJe immédia- « tement supérieur a celui qu'ils avaient le jour de « leur émigration, soit avec le grade qn'ils avaien~ « acquis en servant ii l'étranger; la promesse faite « par le gouvernement de compter ponr les pen- {( sions de retraite les campagnes contre la France; « les services célébrés pour Louis XVI, le due « d'Enghien, Morean, Pichegrn et Georges Ca- « doudal; l'observation des dimanches et jours de « fctes rendue obligatoire par une ordonnance; « tels étaient les griefs légitimes on non que les
tE PATRlOTISJIlE DES .¡ÉSUITES « mécontents exploitaient avec habileté contre le « gouvernement.» (Cahier de Sainte-Genevieve, page 378. ) Ainsi, le P. Gazeau ne sait point s'il était légitime ou non de s'indigner en voyant le gouvernemcnt récompenser ceux qui avaiünt fait campagne contre la France avec les armées étmngeres. Il ne sait s'il est légitime de faire un grief a Louis XVIII d'avoir solennellement réhabilité Moreau, ce général fraw;;ais qui fut tué dans les rangs ennemis, a la bataille de Dresdc i Pichegru qui, en 1795, proposa aux royalistes de leur venclre sa patrie pour un million i Georges Cadoudal, enfin, ce préelécesseur eles Nobiling et des Passanante, qui tenta d'assassiner Bonaparte, premier consul. Nous laissons au public le soin el'apprécier comme il convient ele telles opinions et ele juger si, dans notre Francc encare blessée et saignante, un gouvernement républicain peut laisser ainsi éncrvcr le patriotisme, propager les haines, élever une partic de la jeunesse commo si nous devions retourner au moyen age et non regarder devant nons.
LE MAITRE D'ÉCOLE DE ~'ALÉRIE En 394 avant notre ere, Camille, général romain, vint assiéger la ville de Falérie. Un maitre d'éeole de eeLte cité (l'histoire ne dit point s'il était prctre de Mars; de Saturne ou de Jupiter) s'avisa qu'il obtiendrait san s doute du Romain une fort belle réeompense s'U lui livrait tous les enfants de Falérie eonfiés a ses soins. 11 sortit done do la ville avoe sos éleves, et, sous prétexto de les eonduire en promenade, il les mena, avee autant de perfidio que d'habiloté, jusqu'au milieu de Parmée romaino. Camille ne voulut point profitor de la trahison de ce miserable et iI résolut de lo eha,tier d'une faCion memorable, propre a inspirer d'utiles 1'éflexions aux pédagogues de l'avenir qui seraient tentés de trahir leur pays. 11 mit une bonne trique entre les mains de chaque éleve; puis illeur commanda de rclever la sou~ ..... , pardo n ! la toge de lour professeur, de lo depouiller de ses vctements et de le roconduire a coups tIc baton jusqu'a la ville. Vous pensez si les gamins se firent prior et ré-
LE MAITRE D'ECOLE DE FALERIE 97 pétcr dcux fois cet ordre! En un clin d'ceil, le dróle fut mis nu comme un ver, et les coups de plcuvoi r drus ct fermes ! . Cepcndant les Faléricns vcnaicnt de s'apercevoir de la trahison du maitre d'école, et toute la ville, comme de juste, était dans la désolation d'un si grand malheur.· Des hommes et des femmes de distinction se portaient, tout égarés, vers les murs et vers les portes, quand arrivent les enfants, ramenant leur . maitre nu et lié, et le frappant de verges, en meme temps qu'ils appellent Camille lem dieu, lem sauveu!' et leur pere. Les peres de famille de Falérie n'accuserent point Camillc d'attcntcr a leur liberté paree qu'il traitait ainsi le maitre auquel ils avaient .confié 1ems enfanls, mais ils furent si touchés de la grandeur d'ame du général romain qu'ils firent immédiatement leur soumission. Camille, s'il revenait au monde, trouverait pcut ótrc M. Julcs Fcrt'y bien indulgent. 6
UNE RECTmICATION Notro impartialité nous fait un devoir de reproduire un document qui nour; arrive au dernier momento O'est une lettre du P. Monfat, directeur général des études dans les colleges maristes, lettre adressée au Républicain de l'Allier et reproduite par quelques feuilles cléricales. Le P. Monfat nous reproche d'avoir affirmé que les maristes ont vingt-deux colleges quand ils en ont seulement six. Le chiffre de vingt-deux, que nous avons pris dans un rapport officiel, confond en effet, croyons-nous, les colleges dirigés par les peres et ceux dirigés par les (reres maristes. De plus habiles que nous, on le voit, s'y sont trompés. Nous sommes d'autant plus excusables que le moniteur officicl des congrégations non autorisées, le Figaro lui-meme, avoue que, de tous les' ordres religieux, celui des maristes est le moins connu. Le rédacteur du journal fondé par le révérend pere Villemessant raconte qu'avant d'avoir fait un pelerinage a la maison des maristes située rue de Vaugirard, il ne savait rien de précis sur l'organisation de ces religieux. On peut done nous
UNE RECTIFICATION 99 pardonner notro ignoranee, it nous qui n'avons pas reQu mission de narrer fidélement aux coeottes du boulevard les faits et gestes des révérends peres. Il n'est pas faeilc de se rceonnaitre au milicu de ces congrégations ele tout genre allX eostumes bigarrés et aux noms bizarres qui se sont multipliées a l'infini dans notre malheureux pays. Basiliens, Cistcreicns, Piepueicns, ft'raneiscains, Dominieains, Bénédietins, Bernardins, Augustins, Capllcins, Trinitaires, Doetrinaires, 'rrappistes, Rédemptoristes, Endistas, :\laristes, Peres du Saint Rédempteur, du Sacré-Cmur, Enfants de Marie, Freres de Marie, Freres de Saint-.J ean-de-Dieu, Oblatf! de MarieImmaculée, de Silint-Hilaire, do Saint·FraüQois de Sales, Freres de l'Union du Tre;,;-Saint-Saerement, ' Pretres do la Sainte-Faee, voilit quelques nOll1S, et " ! J en passo. Ceux-ei sont gris, eeux-lá sont noirs, el'aulres hlancs eomme les elominicains ou hruns eommo les Gapuuins. Les uns ont des souliers, les autl'es des sandalcs. Il y en a qui n'ont point de I'abat, d'autees qui ont un rabat blane, tantót plissé et tantót non pIissé; d'autres enfin, les maristes, se parent d'une bavette bIeue. \ Done le P. Monfat est furieux. iI éeume de rage, au risque de salir sa bavetto bIeue. Il serait plus aclroit, mais peut-etre plus diffieile, de se eontenir un pou et ele donner de bonnes raisons. S'il est faux qu'un perc mariste ait jamais elonné a ses ('Ieves le sujet de diseoues immoraI que nous avons cité, comment se fait-il que le P _ Monfat
100 UNE RECTIFICATION nous di se que nous visions spéeialement le collége de la Seyne, et non tel autre collége marista? Nous n'avions pas indiqué la maison ou le discours avait été donné. Pourquoi défcndre eontre nos imputations le seul eollége de la Seyne? Nous nous garderons néanmoins de dire que la rectifieation du P. Monfat est fausse. Nous laissons les gros mots et les injures a ces maitres qui se vantent . de donner a leurs éUlVes une éducation bien plus distinguée que celle qu'on reQoit au lyeée. L'homme de Dieu affirme qu'il est faux que les éléves des maristes aillent préparel' leur baccalauréat a u lycée de TQulon, et, deux lignes plus bas, il avoue que, dans le collége mariste de Toulon, les classes s'arretent a la troisiéme, et que les éléves vont ensuite aehever leurs études au lycée ; e'est justement ce que nous avons dit. Enfin le P. Monfat constate que les maristes ont bien réellement puni des éléves en les forQant a eopier a. rebours une page gTccl.lue, latine ou fran- <;aise. Cette abmtissante pratique, dont 1'idée n'a pu germer que dans des cerveaux eonformés "eux aussi a rebours, se trouve ainsi officicllement confirmée. Le P. mariste Monfat, ou plutót le tafnoM etsiram erep, trouve meme que cette ingénieuse punition n'est pas sans utilité. « Quant aux pensums a mots rétrogrades, dit-iJ, « il s'est présenté des cas de légereté exception- « nelle ou ron a dü avoir reeours a cette punition « pour fixer l'attention de l'éIeve. »
UNE RECTIFICATION 101 Voici la lettre du P. :\Ionfat; nous la reproduisons a rebours pour fixer l'attention du lecteur : .TAFNOM .A ,seduté sed larénég ruetcerid eL ,noitarédisnoc am ed ern~russa'l ,rueisnom ,zeérgA .sesueruogir sulp serusem sed a riruocer ed ésnepsid isnia ares cj ; noitaeifiteer etnesérp am ,orémun niaheorp sert nu snad ,tnarésni n3 ,layol seté suov euq zerevuorp suoz te; esirprus été a iof ennob ertov euq rinevnoc a ,rueisnom ,eniep ed sap zerua'n suoV .mon ee ed elleppa no'uq ee reutilsnoe tnevuep en • segelloe xis snad te ,sna tgniv ne sae siort: ed~tibah enu suon zehc tios ee euq luaf ne's Ji siam ; evelé'l ed 'noitnetta'l rexif ruop noitinup ettec a sruoeer riova ud a no'l uo ,ellennoitpeexe éterégél ed sae nu, sulp ua soif soirt uo xued étllesérd tse's li ,sedargortér stom 11 smusnep xua tnauQ .selocé sec 11 noissimda ruop .eriotarapérp noiteurtsni ruel nosiam ettec snad tnemevisulexe ucer tno ,erret ed eémra'l snad snad eémara'l ed rem te sreiciffo'd elbarédisnoc ajéd erbmon nu'uq ; elbaronoh noitnem" ceva srueisul p tnod, sreilehcab ed semolpid xued.etnauqnic étpmoc a nosiam ettec ,eénna elues enu ne ,euq ewoja'j ,enyeS al ed egelloc el resiv tuotrus elbmes tnadnopserroc ertov euqsiuP .rye· tniaS ed ellec a te elavan elocé'l a noissimda'd snemaxe sed seguj sel .MM ed in ,tatE'] ed sétlucaf sed sruesseforp sel .M~f ed noinipo'l sap tse'n elleT .taérualaccab ed sruocsid nu'd noitcefnoc al ruop sevelé sel rirum ed elbapacni ,ercoidém ud suossed·ua tse tnemengiesne erton euq ecnava tnadnop. serroc erto V .eérlnoc al ed ruesseforp BU rap tiaf sruoc el érucorp tneios es sli ,neiluJ·tniaS a'uq xuar tse li ; eihposolihp ed sruoc nu eriaf ed elbapac ruesseforp nu xue imrap évuort sap tneia'n setsil'am serep sel euq xuar tse 11 .enyeS al ed tanretni'l ed séyovner été tno iuq xuec neib uo ,l'mlüsiort al a tneterra's sessalc sel uo noluoT ed tanrelxe'l ed