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Tecnología y Cadenas Operativas Líticaí U.A.B., 15-18 Enero 1991 Treballa d'Arqueologia, I, 1991 GESTES TECHNIQUES ET DEBITAGE EXPERIMENTAL. ELEMENTS DE REFLEXIÓN ET POTENTIALITES DE RECHERCHES DANS L'ETÜDE DU GESTE EN PREHISTOIRE Jean-Pierre BRACCO • , Olivier DUTOUR ', Robert CHENORKIAN 2, et Alban DEFLEUR \ RESUME La reconnaissance et la prise en compte des gestes techniques effectués par les hommes prehistòriques est un domaine peu exploré jusqu'á présent. C'est pourtant une composante essentielle des activités techniques et dont les consequences sont exploitahles par les archéologues. Dans le cadre d'une activité de débitage, ees consequences sont au moins de deux ordres: archéologique (distribution spatiale des produits d'une activité de taille) et paléoanihropologique (caractérisation des marqueurs osseux potentiels d'activité). Une méthode de reconnaissance des gestes dans un cadre experimental est ici proposée, à travers l'exemple du débitage ievallois à éclat principal. L'étude de 2000 gestes effectués lors de 15 débitages a permis ¡'elaborarían d'une grille de lecture cinésiologique et la mise en evidence de sept types de gestes parfaitement individualisés et caractérisés. La validarían de ees données passe par la comparaison avec l'anatomie et la biomécanique des hommes fossiles. Elle autorisera la prise en compte des gestes expérimentaux pour l'inierprétation des données prehistòriques en relation avec gestes et activités. RESUMEN El reconocer y el tener en cuenta los gestos técnicos efectuados por el hombre prehistórico es un tema poco explotado hasta estos momentos. Es, sin embargo, un componente esencial de las actividades técnicas cuyas consecuencias son potencialmente explotables por los arqueólogos. En el contexto de una actividad de débitage, estas consecuencias son al menos de dos tipos: arqueológicas (distribución espacial de productos de una activitad de talla) y paleoantropológicas (caracterización de los indicadores óseos potenciales de una activitad). Se propone aquí un método de reconocimiento de gestos dentro de un contexto experimental a través del ejemplo de un débitage Ievallois à éclat préjérentiel. El estudio de 2.000 gestos efectuados durante 15 débitages ha permitido la elaboración de un esquema de lectura cinedológico y la individualización de siete tipos de gestos perfectamente caracterizados. La validación de estos datos pasa por la comparación con la anatomía y la biomecánica del hombre fósil. Esta autorizará el tener en cuenta los gestos experimentales para la interpretación de los datos prehistóricos en reladón con los gestos y las actividades. I.- L.G.Q., UPR 1201 du CNRS, Faculté de Luminy, MM 907, 13288 MARSEILLE Cédex9. 2.-L.A.P.M.O., URA 164 du CNRS, Univeniie" de Provence, 29 Av. R. Schunum, 13621 AK-EN-PROVENCE Cédex 1. 163
INTRODUCTION Développé depuis quelques années en Prénistoire, le concept de chaïne opératoire permet d'apréhender la taille des roches dures selon plusieurs ordres de faits, concernant les objets, les connaissances spécifiques du tailleur, le cadre spatio-temporel et des suites d'opérations ou de gestes (Pellegrín et ai, 1988). Les gestes, éventuellement regroupés en séquences gestuelles, permettent en effet la mise en oeuvre des processus techniques. Ils font partie d'un savoir-faire qui offre notamment aux expérimentateurs la possibilité de reproduiré à l'identique des objets prehistòriques. Mais l'obtention de produïts idèntiques n'implique pas nécessairement l'identité des gestes efTectués. Cette demière, implicitement admise, n'a jamáis été évaluée. Or, la connaissance des gestes réellement effectués par les artisans prehistòriques a des conséquences directes dans au moins deux domaines (Chenorkian et ai, sous presse). L'un concerne l'interprétation de la distribution spatiale des produïts des activités de taille, largement conditionnée par la position et les gestes de l'artisan. L'autre intervient dans la reconnaissance et l'interprétation des marqueurs osseux d'activités théoriquement susceptibles de se développer lors de la pratique fréquente de la taille de roches dures (Dutour, 1986; 1989 p. 18). Dans ces deux cas, une composante dynamique integrant gestes et attitudes doit nécessairement étre príse en compte. Le seu! accés à ces informations archéologiquement invisibles est le recours a l'expérimentation. Cependant, la mise en oeuvre des expéríences ainsi que l'interprétation des resultats doivent tenir compte d'un certain nombre deprécautions d'ordre essentiellement méthodologique. Les activités techniques sont en effet regies par des facteurs psychomoteurs propres à leur auteur. Ce constat, déjà réel pour des expérímentations sur l'actuel, est dans le cas present ampli fi é car i I concerne des humanités différentes sur de longues períodes de temps. Les gestes employés par l'expérimentateur peuvent alors ne representar qu'une possibilité dans un ensemble théorique, ce dernier étant cependant limité à la fois par les contraintes de la matière première et celles de la biomécanique. II s'agit alors de definir l'éventail des possibles, dans le cadre de ces deux types de contraintes. Les regles qui conditionnent la fracturation des roches dures (Bertouille, 1989) restreignent la somme des gestes et postures possibles. Les paràmetres physiques régissant par exemple la force et l'angle de percussion pour n'entraïner ni réfléchissement ni fracture, constituent un ensemble de regles qui doivent étre respectées pour l'obtention d'un produit standardisé. La connaissance empirique de ces lois physiques par les hommes prehistòriques leur permettait de contròler le débitage et d'obtenir ainsi des produïts désirés. Les contraintes partieulières de la biomécanique humaine réduisent dans ce méme cadre l'éventail des gestes possibles. On peut théoriquement isoler, au-delà des varíabilités indi viduel les, des composantes gestuelles stables responsables des característiques des produïts, dont on connait les regles physiques d'obtention pour un matéríau donné. II nous a paru done nécessaire en premier lieu d'établir une grille de lecture portant sur la cinésiologie d'une procédure connue. Le choix d'étudier dans un premier temps le débitage levallois à éclat principal a été guidé par plusieurs enteres nous semblant gage d'une meilleure efficacité. D'une part, le schéma technique en est bien connu (Bordes, 1980; Geneste, 1985; Boeda, 1986). De structure simple, il constitue une chaine opératoire standardisée dans son príncipe. D'autre part, cette méthode de débitage, élaborée par les Homo erectas, fut ensuite utilisée par tous les Homo sapiens quelle que soit leur forme, sapiens archaiques en Afrique, premiers hommes modernes au Proche-Orient et Hommes de Neandertal en Europe occidentale (Rightmire, 1984; Brauer, 1984; Vandermeersch, 164
1981). Done, quelles qu'aient pu étre les différences anatòmiques entre ees groupes fossiles, l'influence de celles-ci sur l'aspect des produits debites a été au moins suffisamment faible qu'il soit toujours possible de reconnaitre comme produits levallois typiques des objets réalisés par n'importe lesquels de ees différents artisans. II existe done des caracteres communs à tous ces produits qui ne dependent pas fondamentalement des variations physiques ou cuhurelles de leurs auteurs. Le recours à l'expérimentateur moderne, en tenant compte des précautions exprimées supra, en est ainsi justiñé. Enfín, l'utilisation de la méthode levallois a été reconnue en Europe, en Asie et en Afrique jusqu'au-delà de l'Equateur. Son champ d'exploitation est done particulièrement large. Nous exposons ici les premiers resultats de ces travaux qui concernent essentiellement l'élaboration de la grille de lecture cinésiologique et une analyse des prises (percuteur et bloc de matière première). METHODES ET TECHNIQUES Quinze débitages levallois à éclat principal ont été effectués selon une procédure codiñée afín que les expériences se déroulent de la facón la plus proche possible de ce que nous connaissons des conditions archéologiques. Ainsi l'expérimentateur(A.D.)ataillé assis sur une natte, posture de travail traditionnelle attestée par de nombreux exemples ethnographiques. L'utilisation d'un siège a en effet été exclue car cette posture de travail est propre à notre société occidentale contemporaine. La position accroupie, attitude traditionnelle pour le travail dans de nombreuses civilisations, n'était quant à elle pas pratiquable car trop difficile pour l'expérimentateur, peu habitué à cette position. L'empreinte du tailleur a été matérialisé à la craie, afin que celui-ci conserve toujours la mème posture. Les matières premieres (sílex) et les percuteurs utilisés sont idèntiques à ceux attestés archéologiquement. Tous les débitages ont été enregistrés a l'aide d'une camera video et ensuite observés de nombreuse fois à vitesse nórmale et ralentie. A partir de ees visionnages, 2000 gestes environ ont été décomptés, décrits qualitativement et quantitativement et organisés en types, caractérisant ainsi la gestuelle de débitage d'un tailleur contemporain. RESULTATS Etablissement d' une grille de lecture cinésiologique. 1.- Gestes identifiés. Les gestes correspondant aux grandes phases techniques déjà connues (une percussion de mise en forme, deux percussions de débitage -levallois et non levallois-, et une abrasión) ont été identifiés. D'autres gestes característiques ont été mis en évidence, certaíns n'étant mème perceptibles qu'au ralenti. L'identjficalion n'est plus fondee sur leur finalité, mais sur les característiques des mouvements effectués, perçues au travers d'une serie de enteres issus de l'examen des enregistrements. Trois domaines de description ont été retenus: tenue du percuteur (main percuteur), tenue du nucléus (main nuclius), produits obtenus (produits). Sept gestes ont été determinés: débitage levallois, débitage de mise en forme, percussion amortie d'enlèvement, percussion amortie d'écrasement, percussion elídante, abrasión, arrachement. Leur description en fonction des paràmetres utilisés figure au tableau ci-dessous. Main Percuteur: Ce dómame comprend les elements liés à la prehensión du percuteur (prise et orientation) et les paràmetres dynamiques: - Prise: Elle caractérise la tenue du percuteur. Dans tous les cas elle est unique. C'est une prise digitale pulpolatérale [8], tetra ou penta digitale selon le volume du percuteur. Les percuteurs moustériens permettent une prise tétradigitale optimale. 165
PERCUTEUR NUCLEUS BUTS & PRODUÏTS TYPES Prise Oríenlalion de la prise MOUVEMENT Prise Mai nuen Position Mouvement Finalité Déplacement Nature TYPES Prise Oríenlalion de la prise Amplitude Re pera ge 1 rajeiamc Repartí tío n ( <ïni|X>SllK)Tl L.Impact Prise Mai nuen Position Mouvement Finalité Déplacement Nature la Debilage Levallois Index Máximum toujours / rectiligne / brisée Tout i' posilif Unique lntérieure Retenu ou Maintenu Extérieure Sans balance supports levallois en place, recuperés grands éclats. Levallois Ib Débitage de mise en forme 9 Index & commissure pouce Máximum Souvent rectiligne 1 continué Tout posilif 11 Unique Intéríeure Soutenu, Retenu, Extérieure Sans balance supports non levallois en place. rejets volontaires grands éclats, non levallois M») Percussion amortie d'enlévcment ti Commissure pouce moyenne toujours rectiligne continué Tout posilif I Unique lntérieure Soutenu, Retenu, Tenu, appuyé Médiane Sans balance aménagement fin convexité en place, rejet petits éclats, parfois moyens lla.' Percussion amortie l'écrasement O. 1 00 1 Commissure pouce mínimum jamáis rectiligne continué Tout posilif II Répétitif Bordiére i Soutenu. Retenu, Tenu. appuyé Médiane Sans balance aménagement delinea tion périphérique en place. rejet esquilles m i Percussion elídante O. 1 00 1 Index moyenne repérage main sur nucléus J curviligne \ aecusée Equilibrée f Répétitif (ti 2 par sec.) Bordiére Retenu et tenu enappui tenu et soutenu sans appui lntérieure ou Tenu Sans balance Hi projection lointaine (>I.50m) (rebonds) petits éclats, souvent lamellaires iih 2o Abrasión Index mínimum jamáis i faiblement \ curviligne f*1 Répétitif (4 par sec.) Bordiére Retenu, tenu en appui lntérieure ou Tenu mvtde balance passi f/actif faible aménagement: delinea tion périphérique, - points de percussion dépdts à l'aplomb esquilles d'abrasion n \mchement Index mínimum 1 moyenne jamáis * rectiligne \ continué J Tout nrgaiif Répetiüf Bordiére Retenu, tenu en appui lntérieure mouvement de balance passif/actif important aménagement: - détinéation périphérique - (convexité) projection semi -lointaine (0,50 à 1,50 m) petits éclats
- Orientación de la prise: Elle est donnée par l'index ou par la commissure du pouce, selon le degré de rotation du poignet. - Amplitude: Elle est toujours relativement faible par rapport aux secteurs d'amplitudes des segments anatòmiques concernes. II y a été distingué trois paliers: amplitude máximum, moyenne et mínimum. - Repérage: Le point d'impact peut étre repéré par un contact léger du percuteur sur le nucléus. Deux paràmetres décrívent cette opération. Un premier caractérise l'apparition de ce geste, selon trois degrés issus des constats experimentara et dénommés toujours, souvent et jamáis. Le second, quantitatif, evalué le nombre de contacts précédant la percussion effective. - Trajectoire: C'est celle qui est effectuée par le percuteur, depuis son apogee jusqu'au contact avec le nucléus et au-delà. Elle comporte quatre caracteres qualitatifs. Elle peut étre rectiligne brisée (le percuteur, mú de maniere rectiligne en direction du nucléus, connait un léger retrait après la percussion), rectiligne continué (absence de retrait), curviligne accusé, faiblement curviligne. La prise tétradigitale autorise un mouvement de fléau du poignet, constant dans les gestes de type I, imprimant une remarquable accéleration au percuteur. - Répartition: C'est celle de la course du percuteur, par rapport au plan equatorial du nucléus. Trois caracteres qualitatifs ont été établis: tout positif (le percuteur ne dépasse jamáis le plan equatorial du nucléus), equilibré (la trajectoire se repartit de maniere sensiblement égale de part et d'autre de ce plan), tout négatif(\e mouvement s'effectue dans sa quasi-totalité au-delà de ce plan). - Composición: Les gestes sont soit isolés les uns des autres, soit enchainés, formant des elements composites. Deux caracteres traduisent ees propriétés: úniques, répétitifs. Une notion quantitative de fréquence est adjointe dans le deuxième cas (nombre de répétition du méme geste par séquence). - Localisation de l'impact: C'est la position du point d'impact sur le plan de frappe par rapport au bord du nucléus. Deux caracteres la determine: intérieure (le point d'impact se trouve à plusieurs millimètres du bord du nucléus), boráiére (le coup porte v rai ment sur l'extrème bord du nucléus). Main nucléus: La prise du nucléus est sans cesse adaptée à l'évolution de la morphologie et du volume du bloc de matière premiare. Quatre enteres ont été sélectionnés pour en rendre compte. - Prise: La prise du nucléus est toujours palmaire, avec ou sans opposition du pouce [8]. - Maintien: Cette notion décrit les différentes modalités de maintien du nucléus avec ou sans support crural. Avec support crural, le nucléus peut étre maintenu par la paume de la main sur la cuisse par une pression sensiblement céntrale (le bloc étant coincé entre la main et la cuisse), soutenu (empaumé par le bas, il est stabilisé contre le support crural par son propre poids), retenu (il est appuyé par la paume contre la cuisse et stabilisé par la flexión des doigts sur la face en appui, le bord actif pouvant étre soit dégagé soit appuyé plus ou moins fortement sur le support crural), tenu en appui (en veritable prise palmaire avec opposition du pouce qui est en appui sur la cuisse, le bord actif étant, la encoré, dégagé ou appuyé). Sans support crural, le nucléus est soit tenu (pouce en opposition et support) soit soutenu (nucléus reposant dans la paume). - Position: Cette notion rend compte de la localisation du nucléus sur la cuisse qui le supporte. Quatre caracteres décrívent les différentes possibilités. La position du nucléus peut étre extérieure, médiane, intérieure. Le quatrième caractère, sans appui, traduït en fait la non-pertinence de cette notion lorsque le nucléus ne repose pas sur la cuisse. 167
- Mouvement: Des mouvements d'oscillation du nucléus sont indults par l'application des gestes opératoires. Trois caracteres les décrívent: sans balance, balance faible, balance importante. Produïts: Trois critères furent retenus, qui sont: - Finalité: Ce entere prend en compte le but poursuivi par l'artisan en appliquant les différents gestes opératoires (caractère original pour chaqué geste). - Déplacement: L'examen de la répartition des produits en rapport avec les gestes qui les ont generés a permís de distinguer trois caracteres: en place (les produits restent sensiblement à l'aplomb du nucléus après percussion), projection lointaine (> 1,50 m), projection semi-lointaine (de 0,50 à 1,50 m). - Nature: C'est celle des produits obtenus par les gestes opératoires. 2.- Etude typologique. Les gestes de type la se différencient de l'ensemble des autres gestes (type II) par le fait qu'ils sont les seuls de vrai débitages, à produiré des éclats de grande taille, alors que les autres concernent essentiellement des opérations d'aménagement fm du nucléus, limitées en volume. Leur position -extérieuresur la cuisse-support est d'ailleurs le reflet de cette destination. Ils diftèrent entre eux par leur trajectoire, et surtout par la finalité des produits obtenus (éclat levallois/éclats non levallois). Les gestes de type lla -percussion amortiesont les seuls au sein des types II à ètre réalisés avec le bord du nucléus en pression sur la cuisse-support (soutenu et retenu. bord appuyé). Cette pression empéche l'onde de percussion de se propager trop loin, et permet d'obtenir des produits relati vement courts, destinés a aménager la convexité de la surface de débitage. La position du nucléus sur la zone médiane de la cuisse-support est directement liée à l'exercice de cette pression. Ils se distinguent entre eux par le fait que la percussion amortie d'enlèvement (Ilal) est unique alors que la percussion amortie d'écrasement (IIa2) est au contraire répétitive. Ceci correspond au fait que les nal servent à l'affinement de la convexité du nucléus alors que les IIa2 ont pour utilité principale de régulariser la délinéationpériphérique de l'arète équatoriale. Le type IIa2 est d'ailleurs structurellement tres proche des gestes de types Ilb avec lesquels il a en commun la plupart des caracteres descriptifs. Néanmoins il reste toujours individualisé et le passage à une opération d'un autre type nécessite toujours une modification de la prise. Les gestes de type Ilb occupent toujours une position intérieure par rapport à la cuisse support. Ils sont en effet les seuls oü le nucléus, soutenu et temi avec ou sans appui, ou retenu, présente done toujours une arete équatoriale dont la partie proximale est dégagée alors que la partie distale, reposant sur la cuisse ou prise en main, assure la stabilité. Tous les gestes de type Ilb, individuellement répétitifs, peuvent ètre enchainés sans modification aucune de la prise du nucléus. Les séquences percussion élidante-abrasionarrachement, diversement combinées, sont toutes attestées. Avec une telle proximité, les différenciations entre les trois gestes de type Ilb s'établissent évidemment sur des elements dont l'importance est relativemeni margínale. La percussion elídante (Ilbl) se distingue des autres gestes de type Ilb principalement par la qualité des produits qu'elle permet d'obtenir. Appliquée à l'élísion de saillants gènants, elle entraine la production d'éclats lamellaires d'assez grandes dimensions, alors que les autres gestes de type Ilb produisent surtout des esquilles. De plus, à cause de la relative violence du geste (amplitude moyenne) et de la tenue du nucléus (arète équatoriale dégagée), les produits obtenus peuvent parfois ètre projetés loin du tailleur. Enfin, les gestes de type IIb2 s'individualisent en ce qu'ils servent principalement à l'aménagement de la délinéation périphérique. Ils se distinguent entre 168
eux par la répartition du mouvement du percuteur: équilibrée pour IIb2a et tout négatif pour IIb2b. Analyse des prises La príse du percuteur a été analysée par deux méthodes de relevé d'empreintes: une par le moyen d'un percuteur noirci au carbone (marquage des faces de contacts sur la main), l'autre par le moyen d'un faux percuteur en plastiline, de mème volume qu'un veritable percuteur et qui recueille sur sa surface les empremtes de la main. Ces méthodes ont permís de démontrer que la príse du percuteur n'est jamáis une príse palmaire, de force, quelque soit le type de geste (I ou II). II s'agit d'une príse digitale, qui peut ètre tétra ou pentadigitale selon le volume du percuteur. II faut remar - quer d'emblée que le volume des authentiques percuteurs moustériens permet une príse tétradigitale optimale pour l'expérimentateur qui choisit préférentiellement un volume analogue pour ses percuteurs expérimentaux. Les surfaces de contact sont, en cas de príse tétra-digitale, pour le premier doigt, la pulpe et la face palmaire de la première phalange, pour le deuxième rayon, la téte du premier métacarpien et la face palmaire des phalanges, pour le troisième doigt la face palmaire des 2° et 3* phalanges et pour le quatríème doigt la face latérale des deux premieres phalanges. La stabilité du percuteur dans ce type de príse est assurée dans un axe vertical par la flexión des interphalangi ermes distales qui verrouillent le percuteur sur la butée de la tète du premier métacarpien et dans un axe horizontal par l'opposition du pouce qui appuie le percuteur contre la face latérale de l'annulaire épaulé par l'auriculaire. Cette opposition est incomplète pour dégager la surface de percussion. Les avantages de cette príse qui n'est ni de force ni veritablement fine et qui s'apparente un peu aux prises de lancer de baile pourraient ètre doubles. D'une part le maintien digital de l'objet par les faces palmaires et pulpaires des trois premiers doigts, riches en récepteurs somesthésiques, permet une perception sensitive optimate de nombreux paràmetres mecàniques de forme, de volume, de poids, de position spatiale et de vitesse de l'objet temi. Les informations sensitives obtenues par ces récepteurs spécialisés sont transmises de façon discríminative par la voie rapide du système lemniscal. D'autre part l'avantage mécanique réside dans la liberté du poignet qui a au contrainre tendance a ètre figé dans les prises palmaires par la contraction des muscles extrínseques de la main. Ceci permet d'obtenir une remarquable accélération de la vitesse du percuteur par la réalisation d'un mouvement de fléau du poignet, qui s'observe manifestement dans les gestes de type I. L'analyse vidéo de la príse du bloc de matière première a montré qu'il s'agit à l'inverse d'une príse palmaire variable, sans cesse adaptée à l'évolution de la morphologie et du volume de ce bloc. Le ròle de cette príse est de positionner le plan de frappe dans l'espace et d'assurer la stabilité du nucléus. En conséquence, il s'agit essentiellement d'une príse de force qui se réalise avec ou sans l'aide d'un support representé par la cuisse (crural). Les prises avec support crural favorísent davantage la stabilité du bloc. Celle-ci est maximale dans le cas d'une príse maintenue (la) oú le nucléus est comeé par le talon de la paume, poignet fixé en extensión par l'action des muscles radiaux et cubital postérieur. Le bloc est dans ce cas verrouillé par la force d'appui exercée par la contraction du tríceps brachial et par un éventuel contre-appui par la contraction du quadríceps crural, contraction dont le caractère probablement réflexe est i déterminer. Les prises sans le support de la cuisse (libi) privilegiem la perception de la position spatiale. Elles offrent en effet une meilleure topoesthésie par la sollicitation des mécanorécepteurs articulaires, au detriment d'une stabilité du bloc principalement assurée par les muscles abducteurs et rotateurs de l'épaule ou fléchiseurs de l'avant-bras, agissant sur une ceinture scapulaire stabilisée. Les prises tenu en appui (Ilal, IIa2, IIb2a, 169
IIb2B) peuvent ètre considérées comme des prises mixtes assurant à la fois une bonne stabilité mécanique et une bonne perception du positionnement spatial du nucléus nécessaire à une meilleure precisión du geste opératoire. DISCUSSION Gestes et postures ont done des influences directes sur la matière taillée et sur le tailleur lui-méme. Sur la matière, l'appréhension de la répartition spatiale des produïts d'une activité de taille doit prendre en compte les gestes et postures, qui en conditionnent en grande partíe la dispersión. Sur le tailleur, la répétition d'une méme séquence de gestes techniques est susceptible de générer des microtraumatismes dont l'interprétation peut permettre la reconnaissance des activités pratiquées. L'utilité d'une telle démarche sur le geste nous parait done pleinement justiñée dans les sciences prehistòriques, au mínimum dans ees deux domaines d'études. II ne convient cependant pas de considérer les gestes reconnus par cette analyse d'un débitage particulier réalisé par un tailleur contemporain comme des resultats directement applicables au contexte archéologique. Vouloir les éríger d'emblée au rang d'un modele cinésiologique apte à definir les gestes réellement effectués par les artisans prehistòriques releve du non-sens. II est en effet facile de concevoir qu'un geste technique quel qu'il soit n'est pas simplement definí par sa finalité. La facón dont le geste est effectué dépend étroitement de l'artisan en tant qu'individu (possesseur d'un style propre) ou que membre d'un groupe (élément d'une école). Or, cette dimensión individuelle et culturelle est tolalement opaque dans le champ préhistoríque en ce qui concerne le geste lui-méme. L'extréme varíabilité qu'elle est en mesure d'introduire dans un méme geste de finalité donnée pourrait sembler un obstacle rédhibitoire à ce type d'approche. II nous parait fundamental d'introduire à ce niveau la notion de composante efficiente dans le geste consideré. Ce postulat part du principe que l'obtention d'un resultat identique pour des contraintes d'une méme matière première passe nécessairement par la réalisation d'une méme composante efficace dans les gestes d'artisans soumis aux mémes lois biomécaniques. C'est cet élément invaríant du geste, indépendant des facteurs individuéis et culturéis car soumis aux seules lois de la physique des matéríaux et de la biomécanique humaine qu'il nous appartient de reconnaitre et d'isoler. C'est cette seule partie efficiente du geste qu'il sera théoriquement possible d'approcher efficacement dans le domaine préhistoríque. La mise en évidence de cette constante passe par la définition de la varíabilité individuelle et intenndividuelle à l'intérieur de chaqué catégoríe de gestes établis par notre grille de lecture. Cet objectif constitue notre prochaine étape de travail. Le second écueil de notre problématique reside, après le franchissement des barrieres individuelles et culturelles par la notion de composante efficiente, dans le passage anatomique trans-pécifique. Tant que I'on reste dans le méme domaine biomécanique chez V Homo sapiens sapiens, la pertinence de cette approche est aisément défendable. Mais le changement de registre morphologique, sur un mode erectus ou néandertalien par exemple, et les conséquences théoriques qu'il entrame (anatomie différente, biomécanique différente done geste différent) pourraient remettre fortement en question la pertinence de l'étude en dehors du domaine aujourd'hui fermé de notre sous-espèce. Deux clés nous permettent cependant d'ouvrir cette étude. La première est notre choix initial du mode de débitage. On sait que le débitage levallois a été pratiqué par de nombreux groupes fossiles qu'iis soient erectus, sapiens arqualques, premiers modernes ou néandertaliens. C'est à notre connaissance le seul mode schéma technique a avoir connu une aussi grande répartition culturelle et paléoanthropologique. Comme certains auteurs l'ont déjà souligné, au-dela 170
des différences anatòmiques, l'utilisation de chaínes opératoires et la réalisation de produits lithiques idèntiques impliquent une evidente communauté conceptuelle, faculté de projection mentale du produit final désiré (schéma mental préétabli) qui fait partie integrante du bagage neuropsychologique du genre Homo'. Dans le cas du débitage levallois, l'évidente similarité du schéma mental chez les différents groupes humains concernes, nécessaire à la réalisation de la chame opératoire, n'implique pas nécessairement une stricte identité des gestes techniques impliqués dans le déroulement de cette chame. Cependant cet exemple unique nous permet de considérer, ainsi que nous l'avons indiqué dans 'introduction, que l'influence des varíations anatòmiques est suffisament faible pour autoriser, sous des contraintes physiques égales d'une mème matière première, la production de supports debites idèntiques, qu'aucun moyen actuel ne permet d'ailleurs de différencier selon 1'anatomie de l'artisan. Là encoré, le mode de débitage levallois permet de postuler qu'il existe un caractere transspécifique a la notion de composante efficiente des gestes techniques. La deuxième cié sera constituée par l'établissement d'un modele cinésiologique quantifié de la composante efficiente des gestes expérimentaux. Le test de validité pour chaqué geste sera conduit avec l'introduction de paràmetres biométriques des formes fossiles erectus ou néandertaliennes. II permettra pour chaqué geste d'établir sa cohérence trans-spécifique pour definir ainsi un deuxième niveau de la compo-sante efficiente des gestes, commun à l'ensemble des humanités considérées. Cette demière cié constituera la vérification biomécanique de la première proposition qui postule que les lois de la physique d'un mème matéríau contraignent à l'application de mémes paràmetres, ou de paràmetres de variabilité tres réduite, pour l'obtention d'un resultat identique. Cette troisième étape programmée dans notre travail visera également, par le moyen de l'établissement des compatibilités ou impossibilités biomécaniques, 1 cerner l'environnement paraou juxta-efficient à l'intérieur de chaqué catégorie de gestes, qui permettront de definir un champ de possibles. CONCLUSIÓN Nous avons ici presenté une première étude spécifique sur les gestes et altitudes utilisés lors d'une activité de taille experiméntale. Seuls les tracéologues jusqu'à present ont prís en compte certaines implications dynamiques des gestes pour 1'étude fonctionnelle des industries lithiques. Bien que ce travail n'en soit encoré qu'à son premier stade, quelques points significatifs peuvent étre néanmoins dégagés. L'utilisation de la grille de lecture permet de mettre en évidence la caractere tres réduit de l'éventail des gestes utilisés pour la réalisation d'un débitage de type levallois à éclat principal est réduit. Sept gestes seulement ont été identifiés, tous tres standardisés. Les varíations à l'intérieur de chacun d'entre eux, a n'importe quel moment du débitage, sont infimes, voire inexistantes pour un mème tailleur. Par ailleurs, l'impossibilité d'établir un enchainement de séquences strictement idèntiques entre deux débitages confirme bien l'adaptation constante des gestes à l'évolution du nucléus par une succession de choix extemporanés. Cet arbre décisionnel, dont la structure a été mise en évidence par J. Pellegrin (1985), pourrait étre nommé algoríthme, mot qui designe, à l'intérieur de l'arborescence des différentes solutions, l'enchaínement des aaions nécessaires à l'accomplissement d'une tache (Robert, 1979). U permet un grand degré de souplesse dans la réalisation, à l'intérieur du cadre théorique plus rígide du schéma opératoire. Cette étude ouvre done la voie à un domaine d'investigation peu exploré jusqu'à present. La recherche de telles données archéologiquemect invisibles 171