Analyse d'un processus technique : le debitage laminaire des magdaleniens de pincevent (seine et marne)
Abstract
Karlin, Claudine
Full text
Tecnología y Cadenat Operativas Líticas U.A.B., 15-18 Enero 1991 Treballa d'Arqueologia, I, 1991 ANALYSE D'UN PROCESSUS TECHNIQUE: LE DEBITAGE LAMINAIRE DES MAGDALENIENS DE PINCEVENT (Seine et Marne) Claudine KARLIN' PREAMBULE conservation de ses dépots, idèntiques sur d'autres sites. Que le lecteur ne cherche pas ici un inèdit: c'est une synthèse qu'il va trouver. Le travail déjà Que soit remerciés ceux a qui ces lignes doivent réalisé à Pincevent y est utilisé comme illustration beaucoup et qui apparattront au fil de la présentation. d'une recherche dont le concept de chaine opératoire J'associe tout particulièrement à ce texte Pierre Bodu, est le fil conducteur. Jacques Pelegrin et Sylvie Ploux. II est difficile de parler de Pincevent sans présenter toute une equipe: nos resultats sont le fruit d'un travail collectif mené depuis de longues années, d'abord par le noyau mème qui fouille le site, ensuite par des collègues venus apporter leurs idees, tester des hypothèses. D'une certaine facón, les connaissances n'ont pas été additionnées au cours des années comme des cubes que l'on superpose, indépendants les uns des autres, mais l'ensemble des connaissances disponibles est constantment revu à la lumière des données les plus recentes. Cela n'est possible que grace à la stabilité d'une structure de recherche qui s'est inscríte dans la durée, ayant le temps et les moyens d'utiliser l'expérience accumulée pour tenter des analyses de plus en plus precises. C'est cela la vraie oríginalité de Pincevent, plus sans doute que la qualité de INTRODUCTION On observe aujourd'hui un courant bien spécifique à notre préhistoire qui permet de parler d'une école française: des préhistoriens, dont nous sonunes, privílégient la fouille, l'observation minutieuse des restes archéologiques ainsi que la pluralité des méthodes d'étude et d'analyse. La démarche ne fait pas appel à des modeles ethnographiques ou théoríques mais part des données de base pour tenter de reconstituer d'abord les activités et, à travers elles, les comportements. Chaqué étape requiert une certaine grille d'analyse: reconstituer les activités s'appuie sur la notion de chaine opératoire, ce pourquoi nous nous sommes ' 38, Gran Avenue. Villa du Pré. 93310. Le Pré Si. Gervaii. France. 125
efforcés de préciser nos idees sur ce concept (cf. ce mème volume); parler de comportement suppose de tenir compte des facteurs humains en jeu dans les actes techniques considerés, en l'occurence la pratique de la taille. PINCEVENT, PRESENTATION Le site Le gisement de Pincevent est situé à 80 km environ au S-E de París, sur la ríve gauche de la Seine. II y a 12000 ans, au cours de la dernière oscillation froide de la glaciation du Würm, des nómades magdaléniens avaient integré cette étape dans leur circuit et s'y installaient pour quelques semaines entre la fin de l'été et le debut de l'automne. Avec trois autres gisements actuellement fouillés selon les mèmes méthodes (Etiolles, Verberie, Marsangy) ainsi qu'avec d'autres sites repérés par des fouillés anciennes, des ramassages de surfaces et des sauvetages, il témoigne de l'occupation du Bassin-parisien pendant cette període (Fig. 1). Régulièrement ils revenaient Le ñn litage des limons, particulièrement visibles sur des releves de coupes au látex, étudiés par Michel Orliac (sous presse), permet de dissocier tres nettement les différents sois d'occupation: 15 au moins attestent de la visite des chasseurs magdaléniens. Certains de ces passages ne sont representés que par un vestige isolé repéré dans un sondage, índice possible d'une installation dense dans un secteur détruit, inaccessible ou encoré non fouillé. D'autres témoignent d'installations reconnues dans de plus vastes décapages. Lorsque les magdaléniens s'arrétaient à Pincevent, le sol était sec, sans doute gelé. En effet le piétinement des argües mouillées aurait perturbé les litages, ce qui n'est pas le cas. En outre les nómades n'ont pas hesité à s'implanter au fond de profondes depressions que des précipitations auraient, nous le savons d'expéríence, transformées en mares inhabitables. Enñn l'accessibilité des matières premieres lithiques apportées dans le campement (plaques et blocs de pierre, rognons de silex, pyrites) implique un régime de basses-eaux correspondant à l'étiage du fleuve. L'état de conservation des vestiges d'habitat, l'absence de bioturbation due à la végétation ou la micro-faune, comme de trace de máchonnement de carnívores sur les nombreux ossements, laissent supposer que les sols abandonnés ne restaient pas longtemps i l'air libre. Chaqué oceupation, après son abandon, était fossilisé par des limons fins que la Seine déposait tres doucement. II ne s'agissait pas de crues ravinantes comme 1'indique la regulante des litages et le maintien en place de chaqué objet, mème les plus tenues comme les esquilles d'os ou de silex. Michel Orliac suggère que les dépots anthropiques étaient enfouis dans la neige jusqu'à la fonte, la débacle et la crue de printemps; il y aurait eu alors un engorgement de la vallée par les glaces qui aurait creé doucement un lac artificiel. Certains niveaux d'occupation sont si proches dans la stratigraphie et si directement superposés dans l'espace que l'on a pensé qu'il s'agissait d'un mème groupe de magdaléniens se réinstallant aux endroits précis qu'ils oceupaient la fois precedente, et il n'est pas exclu que les gros éléments, encoré visibles sous les dépots d'inondation, aient servi de repère. Dans d'autres, la permanence des installations alors que les traces des anciens séjours étaient enfouis dans le sediment, indique la permanence des critères de sélection de générations en générations, assez proches pour qu'une mémoire collective ait gardé le souvenir des lieux. Cela pendant une durée de temps qu'il est possible d'évoquer mais non de mesurer. En effet, on observe, outre la présence majorítaire du renne, celle 126
du mammouth, fossile il est vrai, dans la phase la plus ancienne, qui disparait dans les niveaux intermédiaires, tandis que le cheval devient plus abondant dans le niveau le plus tardif. II faut noter que la període ainsi définie est assez longue pour que les retours successifs identifíés des chasseurs ne puissent correspondre seulement à des visites armuelles. Une reflexión doit étre poursuivie quant à la fréquence des implantations magdaléniennes. La chasse au renne, raison de leur présence à Pincevent Que 98 % des vestiges osseux soit du renne indique que l'on se trouve sur un site de chasse spécialisée. En effet, la vallée s'étale, en amont, au confluent de l'Yonne et de la Seine; tandis que, à 1 km en aval, à la confluence de la Seine et du Loing, elle tend à se resserrer. Ce passage entre le plateau de la Brie et celui du Gátinais devait ètre emprunté par les herbivores qui s'y concentraient, augmentant ainsi la densité du troupeau. Cette position stratégique est sans doute la raison des occupations sucessives de chasseurs qui venaient, entre Septembre et Octobre, sur le chemin des migrations (David et Enloe, sous presse); l'observation actuelle montre en effet que les rennes suivent toujours les mèmes trajets. L'étude des os a permís à Francine David de montrer que les animaux, chassés à une faible distance du campement, étaient rapportés entiers puisque tous les elements du squelette sont presents, depuis les ramures et les màchoires jusqu'aux extrémités des pattes. Les rennes étaient sans doute dépouillés et dépecés à quelques metres des habitations.il semble que sur le niveau le plus largement reconnu, niveau IV 20, les habitants des 10 unités repérées aient abattu environ 75 betes. L'occupation Si la majorité des niveaux n'est connue que sur de petites surfaces, l'un d'entre eux, le niveau IV20, a été fouillé sur 4.000 nr. II comprend une dizaine d'unités d'habitation séparées les unes des autres par des espaces relativement peu denses. Chacune est identifíée par un foyer en cuvette et à bordure ou remplissage de pierres. Autour de cette structure de combustión, se répartissent des aires d'activités matérialisées par des concentrations de vestiges de natures différentes, liées notamment au travail du silex, à la préparation ou la réfection des armes ainsi qu'au traitement et à la consommation des animaux abattus. L'observation et l'analyse de la répartition des différents types de vestiges permet de dresser un schéma de l'occupation, modele elaboré & partir de l'observation des faits et non de façon théoríque (Fig.2). Le foyer est au centre d'une zone de vestiges abundants. Un espace d'évacuation proche s'étend en éventail, généralement vers l'est; on y observe des rejets de toute nature. Au déla, quelques points d'évacuations plus éloignés élargissent l'espace investí. A l'opposé, vers l'ouest, en deçà de la zone príncipale d'activité, un vide est circonscrít de façon plus ou moins claire par une nappe de vestiges sssez lache sans raccord direct avec le centre. Des unités dites annexes ou satellites, au nombre d'une vingtaine, trouvées en périphérie des structures precedentes, ont une organisation un peu différente. Le centre reste un petit foyer en cuvette ou un foyer plat. Mais autour d'eux, les différentes zones sont moins marquées en raison d'une quantité limitée de vestiges. 127
Interpretaron de la répartition au sol des vestiges en termes d'activité En ce qui concerne les structures dites domestiques, de nombreuses activités s'effectuent aux abords du foyer qui parait ètre manifestement le póle de la vie quotidienne: on arme des füts de sagaies avec des lamelles à dos, on fabrique des outils d'os, on entretient le feu, on cuit des aliments, on prend des repas, etc. La taille n'échappe pas à cette attraction, méme si aucun traitement par la chaleur n'est observable sur les blocs exploités. Les déchets sont rejetés hors de la zone príncipale, manifestation d'un entretien de l'espace habité, vraisemblablement plus ou moins rígoureux selon qu'on est au debut ou à la fin de l'occupation. Certaines categories de vestiges sont évacuées pièce à pièce (nucléus) tandis que d'autres supposent un veritable balayage avec un outil de ramassage et un contenant d'évacuation (vidange). Des vestiges peu encombrants peuvent ètre laissés sur place. On remarque que la majorité des outils reste concentrée aupres des foyers dans la zone príncipale d'activité. L'étude des micro-traces permet de préciser que lames et lamelles ont servi à y couper de la viande, bees et burins ont découpé du bois de renne et que les perçoirs ont perforé des matières diverses (bois, os, coquillage, peau, petits galets de calcaire). Les grattoirs, eux, sont en general plus éloignés et témoignent de la nécessité d'espace pour travailler les peaux. Une zone plus vide a été interprétée comme zone de couchage. Enfin les structures annexes ont une fonction complémentaire. II semble qu'elles aient été à vocation technique sans qu'il soit pour l'instant toujours possible de préciser la nature des activités dont elles témoignent, méme si l'on peut, selon les cas, évoquer la taille du silex, le grattage des peaux, etc. Hypotheses de superstructures Au dessus des foyers domestiques André Leroi-Gourhan avait suggéré l'existence d'un abrí en peaux ressemblant aux tentes còniques des indiens d'Améríque du Nord ou à celles des Lapons. Aujourd'hui ce modèle n'est pas remis en question, mais adapté. II apparait au travers des études spatiales que la tente, si tente il y avait, ne pouvait se refermer directement au dessus du foyer, mais qu'elle devait laisser l'espace libre pour la circulation et le travail autour de la structure de combustión. Par conseqüent la zone abritée se trouvait en arrière (Julien, 1987) qu'il s'agisse d'une tente en peaux, d'un abrí vegetal ou d'un simple par-vent. Une structuration de l'espace moins marquée nous conduit à penser que les foyers satellites quant à eux ont probablement fonctionné à l'air libre. Leurs utilisateurs pouvaient, dans certains cas, se contenter de simples pare-vents comme parait l'indiquer l'analyse spatiale des vestiges lithiques. DIALECTIQUE: FOUILLE / TECHNOLOGIE Le dépot lithique, resultat d'un processus de fabrícation tres complexe et qui produït des déchets en abondance, est un polluant du sol d'habitat extrèmement fort et nous lui accordons une place de fil conducteur dans la restitution des comportements. Mais cela peut tendre à lui donner dans nos raisonnements, si nous n'y prenons garde, une place d'écran. II s'agit done d'analyser pleinement toutes les informations dont il est porteur puis de moduler les hypothèses que l'on peut ètre amené à formuler, d'une part en faisant intervenir les autres vestiges, d'autre part en travaillant sur les raisons múltiples de la variabilité du processus. En effet lorsque l'analyse du matériel permet d'élaborer une hypothèse, celle-ci, surtout lorsqu'elle est séduisante, prend vite la rígidité d'une certitude, 128
phase sans doute nécessaire au chercheur pour prendre possession d'un terrain nouveau. Mais la relation dialectique entre matériel et analyse conduit vite i remettre en question ce champ ouvert en en gardant la tendance, enrichie de tous les effets de sa propre variabilité. Quels sont, tout d'abord, les différents niveaux de lecture du matériel lithique. Lecture classificatoire interprétative 1.- A partir de la connaissance d'un schème opératoire, modele théorique elaboré à partir de l'observationq de remontages, il devient possible de reconnaitre la nature eles fragments sans proceder à des raccords. On reconnait des esquilles de débitage, des déchets de préparation, des déchets de plein débitage, des déchets de façonnage, des nucléus ou les produits recherchés. Cette lecture peut se faire dès le terrain. 2.- Après une opération de remontage. c'est & diré lors de l'étude du matériel, on constate dans un dépót la présence ou non des différentes siquences des chaines opératoires reconstituées. La chaine opératoire reconstituée peut ètre intégralement ou partiellement présente; dans ce dernier cas il peut manquer une ou plusieures séquences, successives ou non. Ces phases peuvent ètre dispersées à l'intéríeur de l'unité étudiée, dispersées entre l'unité et les unités voisines, ou lointaines. 2.- Une autre lecture peut se faire une fois identifiée, en terme d'activité, la nature du dépot: - Au poste permanent, marqué ou non d'une pierre, siège/billot, la taille n'est qu'une des activités mais la densité des esquilles, leur morphologie tres irrégulière, la présence d'une poussière de silex témoigne de l'intensité du travail. - Les postes temporaires, difficiles à repérer lorsqu'ils sont, dans la zone d'activité máximum, mèlés à tous les autres vestiges, sont tres característiques lorsqu'en pénphéne de l'habitation, ils constituent les vestiges d'un seul moment de taille: amas triangulaire correspondant à une position coutumière de travail. - Les rejets peuvent avoir été fait Lecture directe des dépóts Une première elassiñeation des vestiges lithiques est effectuée à partir d'une lecture de la densité des dépots encoré sur le sol. Les fortes concentrations constituent des amas, mais alors que sur des sites comme Etiolles l'épaisseur du dépót permet de veritables stratigraphies, à Pincevent les plus fortes concentrations ont à peine quelques centímetres. La nappe tisse un réseau de proximité assez serré, tandis que la dispersión présente une maille tres large. Chacun de ces dépóts peut ètre uniquement composé d'un seul type de vestiges ou au contraire mélanger différentes categories de matériaux. Lecture en terme d'activités Elle est perceptible à travers les remontages, done lors de l'étude du matériel. 1.- Une lecture peut utiliser comme grille d'analyse les grandes phases du schème technique; et rechercher la présence ou l'absence de certaines phases de la chaine opératoire: mode d'acquisition de la matière première, préparation exécutée sur le lieu d'approvisionnement et done non retrouvée ou réalisée dans l'habitat. L'absence de toutes les phases de l'exploitation peut indiquer l'apport d'un produit fabriqué dans une étape antérieure, tandis que s'il s'agit d'exportation de produits fabriqués sur le site, à l'inverse, la chaine de fabrication sera présente mais il manquera le ou les produits choisis. 129
individuellement par un lancé & la mam comme pour les nucléus; ils peuvent aussi, transportes dans un contenant, avoir été abandonnés en paquet, serré ou non, en nappe enñn rejetés à la volee. - Des tris de supports laminaires sont aussi reparables, généralement oubliés à proximitédu foyer. 3.- Un demier niveau de lee ture peut se faire par rapport à des séquences temporelles: celles-ci peuvent ètre identiñables gráce aux réfections de foyers qui permettent alors un découpage en différents moments. Les éclats deviennent attríbuables à l'un ou l'autre de ces moments en fonction d'une relation: brúlés ou non, retrouvés dans les vidanges ou dans le foyer sous des pierres comme sous le bloc siège/enclume par exemple. UN PROCESSUS TECHNIQUE DE TAILLE: LE DEBITAGE L AMINAIRE Le schème opératoire La reconstitution des chaines opératoires est devenue possible avec l'observation des remontages qui, par réajustement des fragmente abandonnés, reconstitue le bloc initial. Elle a eu pour premier objectif de dégager, à partir des constantes repérées, les concepte qui sous tendent la mise en oeuvre du processus de taille rendant possible l'élaboration d'un schème opératoire modele. Dans ce processus, chaqué produit est tributaire de ceux qui precedent et prepare ceux à venir. II présente, de ce fait, des caracteres identifiables, resultat de méthodes et de techniques de taille spécifiques. C'est pourquoi toute lee ture technologique se fait dans la dynamique de la chaine opératoire dans laquelle le produit est inséré. Pour les Magdaléniens, le processus technique de taille est entièrement orienté vers une production prédéterminée de lames, le plus régulières possibles. Elles peuvent ètre utilisées brutes de débitage comme couteau ou retouchées en outil. La récupération des simples éclats à fin d'utilisation ou de retouche est courante mais néanmoins occasionnelle; elle n'intervient pas dans les objectifs du débitage. Nous allons voir successivement les différentes phases du schème telles qu'on peut les observer à Pincevent. Approvisionnement Les magdaléniens ramassaient sur les bords de la Seine différents types de matériaux lithiques, calcaire ou meulière, gres ou granit, hematites ou pyrites que les flote avaient déchaussés et charriaient parfois depuis le Morvan. Ils ont aussi recherché les rognons de silex, dont ils tiraient les lames et les lamelles, supports de base de tout leur outillage. Un exemple d'un mode d'approvisionnement a été retrouvé. Un pan de falaise calcaire est venu s'échouer lors d'une inondation et, en se dissolvant, a liberé les rognons dispersés en nappe, encoré pris dans leur engobe de craie. Aucune ocupation magdalénienne n'a été retrouvée à ce niveau. Pourtant, au milieu des blocs, quelques rognons testés témoignent du passage d'un magdalénien en quète de matière première. Généralement il s'agit de rognons en silex secondaire, charriés sur de faibles distances et présente en abondance sur les rives du fleuve. Aisés à récolter, ils sont de dimensions moyennes et de qualité le plus souvent mediocre. Les magdaléniens s'en sont contentes. Test et choix des blocs Les remontages permettent d'affirmer qu'il n'y a pas eu préparation des blocs sur les lieux d'approvisionnement. Néanmoins quelques teste de qualité dont l'objectif était de ne pas rapporter des 130
matériaux inutilisables au campement ont probablement été effectués sur les lieux de récolte. Un premier témoignage en est donné par cet épandage de rognons parmi lesquels un regroupement de blocs testés indique que, rencontrant une matière première disponible, un Magdalénien vérïfiait par quelques percussions les rognons qui lui paraissaient susceptibles d'ètre exploités. Un second témoignage en est, sur de nombreux remontages, l'absence d'éclats corticaux d'entame. Les blocs sont rapportés tel que au campement. Les rognons vont de petites, environ 8 cm., à moyennes dimensions, 30 pour les plus grands; quelques elements sont exceptionnels. Les faibles dimensions de certains blocs rapportés qui ne laissaient présager aucune possibilità de débitage laminaire ainsi que la présence de blocs dont la qualité tout à fait mediocre ne pouvait qu'augurer un mauvais débitage s'oppose à des choix de rognons d'excellente qualité et de morphologie adéquate au bon déroulement d'un débitage laminaire. Cet éventail suggere des enteres de choix différents. Prepara tion Dans le débitage laminaire magdalénien le volume du bloc à tailler est déñni de telle sorte que puisse ètre mis en place et entretenus tout au long du travail le carénage (convexité longitudinale de la surface laminaire) et le cintrage (convexité transversale). De cette prédétermination dépend la qualité de la production laminaire. Lorsque ces convexités ne sont pas naturellement presentes, elles sont obtenues par aménagement de dièdres. Cet objectif amène à concevoir deux volumes théoríques, n'excluant ni des adaptations, ni des passages de l'un à l'autre, chacun répondant à deux types de rognons initiaux: pour des blocs peu épais un volume en amande bifaciale, classique à Verberie; pour des blocs plus globuleux un volume tríédríque, relativement courant à Marsangy. Dans l'un et l'autre cas la crète, placée à l'avant, resultat du carénage et du cintrage, doit guider la première lame et permettre le controle du bon détachement des lames suivantes sur toute la longueur du nucléus ainsi que la largeur du front laminaire. Une crète dorsale dans le premier, ou deux postérolatérales dans le second, conduisent de plus les réfections du plan de frappe. Si dans certains cas, comme à Pincevent, l'extraction de la crète avant représente la première lame de générations successives, il est possible d'envisager un découpage de chaine opéra-toire ou l'extraction de cette première iame corres-ponde à la phase finale de la préparation, ce qui serait le cas à Verberie. Lorsque le rognon présente une forme plus ou moins proche du modele recherché ou, qu'à l'inverse, il n'est pas possible de réaliser cette mise en forme à cause d'une morphologie ou de dimensions trop contraignantes, le magdalénien exploite directement sans préparation le bloc choisi. C'est souvent le cas à Pincevent: le tailleur s'appuie alors sur la présence d'arétes corticales naturelles plus ou moins prononcées afín de détacher des lames et de réaménager le ou les plans de frappe. Dans quelques cas de blocs particulièrement volumineux, il y a éclatement et ce sont des fragments aux formes naturellement favorables qui sont exploités. L'absence de préparation est néanmoins synonyme, comme l'a montré Pierre Bodu, d'absence de possibilités de réaménagements des différentes surfaces. Entre cette absence de préparation, liée aux petites dimensions des blocs et une préparation tres poussée destinée à garantir le bon débitage de blocs prometteurs, on a le plus souvent des préparations partielles ou succintes qui allient à la fois efficacité et rapidité d'exécution. Plein débitage Le plein débitage est généraiement commencé 131
lorsque la lame d'entame ou la lame a crète est détachée du nucléus. Les nervures laissées sur le négatif par cet enlèvement puis par les suivants representen! autant de guides sur lesquelles s'appuieront les lames à venir Le bon détachement de chacune est assuré par une préparation spéciñque de la zone a percuter. Dans la majorité des cas cette zone est conservée lisse ou légèrement facettée; l'aréte de l'angle de chasse, qui se situé aux environs de 75°, est soigneusement abrasé pour le renforcer. L'un des intéréts de cette méthode est de ne pas abimer le plan de frappe et de rendre moins nécessaire des réfections de cette surface, fortes consommatríces de matière première. La zone à percuter peut aussi étre préparée en éperon, petite protubérance dégagée sur le bord du plan de frappe afín de bien isoler un point d'impact que ne saurait manquer le percuteur tendre. Peut-étre par souci d'économie du matériau, car chaqué fois diminue la longueur exploitable du nucléus, comme en raison de la faible dimensión des blocs, cette préparation n'est pas systématique a Pincevent. En effet l'aménagement de chaqué éperon cree sur le plan de frappe de petits réfléchissements qu'il devient, lorsqu'ils sont trop nombreux, nécessaire de faire disparaitre par des éclats de réaménagement. Ceci explique que l'on ne retrouve des éperons que sur les meilleurs lames des meilleurs débitages effectués sur les blocs les plus grands de Pincevent. Au cours du débitage des lames le tailleur est amené à réaménager les différentes surfaces du nucléus dont la morphologie et l'intégríté évoluent constamment a chaqué extraction. Face aux différents écueils du débitage, les tailleurs magdaléniens possèdent une gamme de possibilités d'interventions qui garantissent la poursuite de l'exploitation et qu'ils savent choisir en fonction du contexte; une crète partielle reprécise le fil-guide d'une lame i venir; un second plan de frappe est opposé au premier, qu'il s'agisse d'une vraie alternance destinée à faciliter l'entretien du carenage, possible sur des blocs d'une certaine dimensión, ou simplement d'une réfection de ce carenage, les petits blocs ne permettant pas une exploitation bipolaire; des éclats laminaires sont pris sur les flanes du nucléus pour resserrer un cintrage qui s'évase et il est parfois difficile de diré si ce sont des produits laminaires qui ont, à l'occasion, un role technique, ou des éclats d'entretien du nucléus qui sont, à l'occasion, utilisés; un réaménagement important sur le premier plan de frappe pour retrouver à la fois un bon angle de chasse, une juste articulación entre le plan d'extraction laminaire et le plan de frappe ainsi qu'une surface utilisable, est un procede grand consommateur de matière première mais souvent utilisé à Pincevent; etc.. Les supports A Pincevent, le débitage des lames est assez modeste qualitativament et quantitativement. Les meilleurs blocs ont donné au mieux une vingtaine de bons supports et le plus souvent le nombre de lames ne dépasse pas 10 par rognons. Elles sont utilisées telles que, retouchées en outils, mises de cote pour un usage futur ou emportées hors du campement. Cette production parait avoir répondu aux besoins des utilisateurs qui ne semblaient pas craindre un éventuel manque de matière première. D'une part, il y a relativement peu d'outils doubles, marqueurs d'utilisation intensive dans d'autres sites. D'autre part les outils de Pincevent ne sont pas utilisés de maniere exhaustive; les esquilles de réaffutage sont rares, excepté les chutes de burin sans doute plus fáciles à identifier et une concentration d'esquilles de retouche de grattoirs retrouvés dans une unité technique. Enfin les supports bruts offrent des modules proches de ceux utilisés ou retouchés. Les débitages permettent aussi l'obtention des lamelles nécessaires a la confection des lamelles à dos. Les nucléus à lamelles sont rares à Pincevent. Ces 132
supports sont plus généralement obtenus en fin d'exploitation des nucléus à lames à la suite de la réduction progressive de ces deraiers, ou encoré par une exploitation alternée lames/lamelles. Leur mode d'obtention semble ètre similaire à celui des lames alors qu'à Etiolles, par exemple, on observe une production en coup de burin. II convient de noter également 1'utilisation ponctuelle d'éclats ou d'éclats laminaires qui a l'occasion offraient une morpbologie adaptée à telle forme d'outil ou de travail et pouvaient par conseqüent remplacer sporadiquement une vraie lame. Ce type d'utilisation est tout à fait opportuniste mais assez répanu pour qu'on lui concede une certaine importance dans le comportement économique des Magdaléniens de Pincevent. Abandon Le débitage prend fin pour plusieurs raisons possibles. - Lorsque les produits ne presenten! plus les dimensions requises que ce soit pour des raisons techniques liées aux besoins ou pour des raisons culturelles liées aux habitudes. Ainsi, à Pincevent, certains blocs ont été abandonnés alors qu'iis mesuraient encoré 15 de cm de longueur. - Lorsque les blocs sont exhaustivament exploités; ils peuvent alors mesurer moins de 5 cm de longueur. - Enfín lorsque les surfaces à exploiter sont entachées d'accidents dont l'enlèvement nécessiterait trop de dépense en matière première. Conclusión Ces choix techniques font partie de la culture magdalénienne. On peut les observer sur d'autres sites magdaléniens de plein air du Bassin parisién. Mais la standardisation du schème technique n'entraine pas pour autant celle des réalisations et les chaines opératoires reconstituées traduisent des différences importantes entre les sites qu'il nous faut comprendre. UN PROCESSUS TECHNIQUE GLOBAL Le Bassin Parisién Plusieurs processus techniques se juxtaposentou s'articulem pour composer un système technique. Mais ils entretiennent des relations différentes selon les moments de la vie du groupe. Organisant leur circuit pour faire alterner des lieux a ressources vanees, les chasseurs-cueilleurs adapten! leur activité à leur environnement. Nous avons eu la chance de pouvoir travailler dans le cadre d'une región, mettant en commun les données obtenues sur différents sites fouillés par le laboratoire d'Ethnologie préhistoríque (CNRS): Etiolles, Marsangy, Pincevent, les Tarterets, Verberie. Nous commençpns à y intégrer des données recueillies dans des fouillés plus anciennes, des ramassages de surface et des sauvetages réalisés lors du suivi des grands travaux d'aménagement du terrítoire (autauroute, TGV). La majorité des gisements est proche des cours d'eaux, soit dans les fonds de vallées, soit sur les plateaux dominante les rivières. Les surplombs rocheux sont rares dans la región et la plupart des habitats sont des campements de plein air. L'essentiel des informations provient, en l'état actuel de la recherche, de 4 gisements de vallées, Etiolles, Marsangy, Pincevent, Verberie. Bien qu'iis ne soient pas strictement contemporains, leur comparaison permet, depuis quelques années, d'envisager une étude régionale. Cela suppose une reflexión sur la fonction des sites à partir d'une 133
permettent de réaliser, en acquérant la nécessaire expérience, des chames opératoires de plus en plus proches des modeles. Les conseils d'un adulte peuvent accompagner cet apprentisage. TRANSMISSION DU SAVOIR On observe i Etiolles une veritable organisation de l'apprentissage: l'exploitation des rognons de sílex locaux, exceptionnellement grands et difficiles à tauler, nécessitait sans doute une longue initiation technique. Par ailleurs, l'activité de taille étant vraisemblablement l'activité principale, c'est l'occasion pour les tailleurs competents de transmettre leur savoir-faire alors mèrae qu'ils sont en train de le mettre en oeuvre. A Pincevent, l'éducation en ñutiere de taille parait plus souple, a la mesure de la place qu'occupe cette activité pendan! l'occupation. Néanmoins, une leçon a été mise en évidence. Dans un amas pénphéríque, resultat de l'exercice d'un jeune dont les capacites techniques sont faibles, S. Ploux a identifié un ensemble attríbuable a un tailleur experimenté. Le bloc, vraisemblablement choisi dans le lot que s'était preparé l'apprenti, est de tres faible dimensión. II a été poussé a l'exhaustion par un débitage lamellaire. La chaine opératoire constitue une veritable démonstration, avec phase de mise en forme tres rationnelle, entrenen continuel des surfaces et articulations entre plusieurs plans de débitage. Elle apparait comme une illustration des principes essentiels tels que: notions d'économie de gestes et de matière; notion de rythmique liée a l'agencement des produits et des surfaces de travail; notion d'un développement dans le temps et dans l'espace. La totalité des produits est restée en place, mélée aux autres essais. Cette situation peut étre interprétée comme une démonstration a but pédagogique, précisément réalisée par un tailleur competent. II s'agirait alors d'une transmission organisée du savoir.(Fig. 9). Si certaines modalités de la taille sont fáciles à observer, les intentions ne sont pas pour autant visibles. Ce serait, en l'occurrence, un mode d'évaluation du volunte a exploiter que l'adulte aurait traduït pour l'enfant en termes visuels. Le fait que, dans cette structure, au moins deux niveaux de technicité aieot été repérés pourrait étre expliqué justement par cette intervention: on devrait pouvoir différencier les ensembles executés avant la leçon et ceux réalisés après, ces derniers montrant une progression dans l'acquisition des connaissances. L'INDIVIDU L'individu aléatoire Nous avons vu que les remontages permettaient dans un premier temps une approche culturelle du groupe puis conduisaient à différencier des sous-groupes par comportement et niveau technique. Mais au détour de chaqué remontage surgit l'individu (Cahen et al., 1980). - Ainsi, l'ensemble D.22-240 de l'Habitation n" 1, mis en forme en un endroit de la zone d'activité sur une peau qui a permís le rejet des déchets de préparation, a été debité dans un poste permanent, pres du foyer central. Etant donné l'homogénéité de l'exécution, nous avions supposé que le bloc avait été traite par un seul individu. -Dans la mème unité, l'ensemble B.22-1S4, debité pres du foyer central dans un poste temporaire, est reprís pour une production totalement inutilisable dans un poste permanent au bord du foyer sud. La, deux individus paraissent s'étre succédé: le premier, après avoir obtenu les supports dont il avait besoin, abandonne le nucléus en état d'exhaustion. Le second maitríse mal la technique de taille et s'achame pour n'obtenir que des produits informes. 140
L'individu identifié: Méthode Mais si l'analyse permettait ainsi de reconnaitre un ou deux ndividus à partir d'un remontage, elle ne conduisait pas pour autant à identiñer un individu à partir de sa production. Ce n'est que tout récemment qu'une systématisation a été intégrée au travail de recherche. En effet des phénomènes de stabilité et d'originalité psychomotrice marquent l'ensemble du comportement technique d'un individu, tant au niveau de l'exécution que de la démarche et des intentions. Ces phénomènes sont enregistrés par les objets comme si l'auteur y apposait une signature. De ce fait les particularités d'une serie d'objets doivent pennettre d'identiñer leur auteur. Trois points sont retenus par S. Ploux (Fig. 4): 1.- Les différents stigmates observables sur un matériel lithique sont tout autant la resultante d'un processus technique que celle d'un processus psychomoteur. II s'ensuit que chaqué moment de l'analyse technologiquepeut étre appréhendé en termes d'opération psychomotrice: réactions, reflexions, decisions et exécution. Une telle lecture doit étre effectuée à 1'échelle de la chaine opératoire c'est à diré sur l'ensemble de débitage remonté. 2.- Cette première corrélation établit un parallèle entre 3 ordres de faits ( le geste, leur enchainement, la stratégie de leur enchainement) et trois niveaux d'analyse ( le produit de débitage, la chaine opératoire et le schéma conceptuel). 3.- L'interprétation se fonde sur une seconde corrélation, établie cette fois entre ees trois niveaux d'analyse et trois facettes du savoir-faire: - L'élaboration d'un schéma conceptuel operant, activité intellectuelle, releve d'un savoir-faire idéatoire conceptualisé qui consiste à opérer une sélection parmi les connaissances assimilées en vue d'une mise en oeuvre. - La réalisation d'une chatne opératoire, activité psychomotrice, releve d'un savoir-faire idéatoire opérationnel qui consiste à intégrer les connaissances privilégiées à une réalité, à les ajuster à une succession de faits techniques. Ces deux facettes comportent un aspect décisionnel tres fort gràce auquel des préférences dans les choix operés peuvent se manifester. En outre, la nature de ees choix comporte un aspect psychologique en terme d'investissement à fournir. - La gestuelle, quant 1 elle, renvoie à un savoir-faire purement moteur, dans lequel des automatismes peuvent apparaitre, traduisant des habitudes ou des manies motrices. Ces paral leles autorisent ainsi S. Ploux à distinguer 4 niveaux d'interprétation sensiblement indépendants: le Savoir, le Savoir-faire, le Vouloir-faire et le Faire L'individu identifié Cette approche appliquée sur une soixantaine d'ensembles lithiques provenant de la mème unité d'habitation de Pincevent, 27-M.89, passe par un premier niveau de distinction sur la base d'une compétence variable qui aboutit à l'identifícation des trois niveaux de technicité. L'écart entre ees groupes, la faible durée de l'occupation et, comme nous l'avons vu, la place tres secondaire accordée à l'activité de taille, excluent l'hypothèse d'une progression d'un groupe à l'autre pendant les quelques semaines de présence sur le site. En revanche un second niveau de distinction est apparu à l'interieur de 2 des 3 groupes pouvant correspondre soit à la progression d'un mème individu, soit i la cohabitaron d'individus différents, sans exclure des réactions différentes d'un mème individu confronté a des circonstances techno-économiques variables. 141
coMPosrnoN DU GROUPE Les tailleurs competents "B" et "C". Ce travail d'identifícation des individus nous a conduit à essayer une analyse quantitative des occupanU de l'unité 27-M.89. Les tailleurs competents Le tailleur competent "A". En ce qui concerne le niveau I, l'homogénéité des chaines opératoires et des schémas conceptuéis des ensembles remontes s'accompagne d'un tic de travail aisément reparable, un goút personnel pour certaines modalités techniques, attribuables à un seul et méme individu. Le profil technique de ce tailleur que nous appellerons "A", tel que dressé par S. PLOUX, peut se caractériser par: - une approche systématiquement stratégique fondee sur des facultes d'abstraction et d'analyse tres développées. Cette approche s'avère particulièrement efficace. - une forte maturité conceptuelle qui Iui permet d'élaborer un programme de travail tres précis. - un opportunisme marqué qui le conduit à adopter la solution optimale. - Par ailleur son choix dans l'organisation du volume porte souvent sur la solution la plus complexe, quel que soit le projet de débitage et la morphologie du rognon. On peut, peut-ètre, en déduire, étant donné la dimensión réduite de chaqué espace d'habitation et done du groupe qui l'occupe, qu'une seule personne constituait et entretenait le stock de base. Les débitages opportunistes présentent, quant à eux, une forte homogénéité des schémas conceptuéis et des chaines opératoires, caracteres qui releven! de la culture du groupe. En revanche il existe une certaine variabílité au niveau de la maitrise opératoire qui, elle, dépend de l'exécutant: si dans certains ensembles, des difficultés sont surmontées avec habileté, dans d'autres d'apparentes maladresses peuvent étre imputées à des défauts de soin ou de technicité. Si l'on suppose qu'il y a là deux individus, ils pourraient étre ainsi caractérisés: Le premier, que nous appellerons le tailleur B, a une approche résolument tactique et un investissement moindre que le tailleur A. L'organisation du volume de débitage privilegie un modele simple et relativement stéréotypé. La programmation du schéma s'arrète à l'étape du nucléus préformé et 1'opportunisme de circonstance qui en resulte se revele à efñcacité variable du fait, souvent, d'un défaut de previsión. Des erreurs opératoires sont liées à un manque de suivi critique et à une maitrise variable du geste. Ce cumul engendre généralement une productivité assez faible et une exhaustion prématurée. Le tailleur C, quant à lui, se distingue du precedent par une maitrise du geste moindre et mons stable. Sur la base de ce seul critère, l'interprétation d'une cohabitation de 2 individus de niveau technique semblable, est done possible mais non totalement satisfaisante. En effet, dans l'état actuel de l'étude, l'écart entre les deux acteurs n'est pas suffísant pour exclure l'hypothèse d'un seul individu. 142
Les apprentis L'adolescent. L'Identification des individus du niveau 3 est plus difficile car la stabilité du comportement technique est d'autant moins forte que les individus sont jeunes et en péríode d'apprentissage. Par ailleurs, les degrés d'évolution observes peuvent aussi bien correspondre à la progression du méme apprenti qu'à la cohabitation d'individus de niveaux différents. La première hypothèse est confortée, en 27-M.89, par le regroupement d'au moins deux, peut-étre trois ¿tapes de technicité en une méme concentration, qui nous parait devoir ètre interpreté comme un moment unique de débitage et la production d'un seul individu. L'enfant. Dans d'autres secteurs de l'habitation, il est possible de déceler les témoins d'une étape d'apprentissage antérieure. Les rognons, de morphologie difficile et de qualité mauvaise, sont plus ou moins concassés par un débitage tout azimut. La chaíne opératoire traduit un comportement exploratoire. Les gestes ne sont absolument pas maítrisés. II s'ensuit une forte proportion d'accidents et des produïts qui ne portent que rarement les stigmates característiques d'un débitage, d'autant que les nodules sont souvent gélifs. L'opération aboutit inevitablement à un épuisement rapide des angles et, malgré un entètement du tailleur, à un abandon rapide et forcé du nucléus. Le savoir-faire se limite à la reconnaissance empirique d'une relation entre geste de percussion et déUchement d'un produit. Le nombre d'intervenants est de ce fait difficile à évaluer mais le petit nombre de blocs ainsi traites nous conduirait à penser qu'il sagit d'un seul individu en phase d'impégnation, pour lequel on pourrait supposer une classe d'àge située entre 3/4 a 6/7 ans A l'étape suivante le processus d'acquisition est déja entamé. Deux sous-groupes apparaissent: - Le premier rcorrespond à des ensembles qui au niveau conceptuel se caractérisent par une corrélation systématique entre hauteur du bloc et axes de débitage ainsi qu'une exploitation fréquente du concept de crète naturelle. Si les príncipes volumètriques de base ne sont que partiellement assimilés, en revanche on observe une nette progression au niveau moteur avec une production de réels éclats et éclats laminaires - Un second sous-groupe travaille des blocs de dimensión plus classique, quoique souvent petits, et de meilleue qualité. La progression des niveaux tant conceptuéis qu'opératoires se traduit par une réelle organisation du volume au cours de laquelle les surfaces de travail sont articulées de maniere stratégique et commencent à ètre préparées. Par contre certaines notions élémentaires comme le cintrage et le carénage ne sont toujours pas assimilées. Cette étape se clot par des ensembles qui presenten! une réelle indépendance vis-à-vis de la morphologie du rognon. Le schéma conceptuel quoiqu'encore simple, apprend à s'adapter. Une maitríse du geste encoré moyenne est à l'orígine des quelques accidents. Une rythmique maítrisée et l'entretien d'un bon angle d'attaque vont permettre une production assez élevée d'éclats laminaires et de lamelles dont la nature, néanmoins, s'écarte encoré du module souhaité. Li encoré le nombre des intervenants ne peut ètre precisé dans la mesure ou le savoir-faire est encoré trop insuffisant pour qu'aient pu s'installer des schèmes psychomoteurs stables et originaux. Un blanc dans la progression avait fait, un temps, privilégier 143
l'hypothèse de deux adolescents. Mais que la quasi totalité des blocs soit rassemblée dans une structure unique, vestige d'un seul poste de débitage, nous ferait opter pour la solution d'un seul apprenti en cours d'acquisition. La classe d'àge est plus hasardeuse à préciser. Le groupe II en resulte que dans l'unité étudiée les tailleurs competents sont au moins deux, peut-ètre trois. Tous fabriquaient simplement, rapidement et correctement les outils adaptés à ce qu'il y avait à faire. II n'est pas exclu qu'à ces deux ou trois adultes competents viennent s'ajouter celui, celle ou ceux qui n'auraient pas taillé, ce qui augmenterait d'autant le nombre des occupants. II faut enfin ajouter deux ou trois enfants. L'unité 27-M.89 sentit done constituée d'un groupe d'au mínimum quatre, peut-ètre cinq ou six personnes. L'évaluation numérique des occupants de l'unité à partir d'une analyse du processus de taille correspond approximativement à ce que A. LeroiGourhan avait estimé en considerant les poids de viande et l'espace occupé. Cela laisserait supposer que peu nombreux sont ceux qui n'ont pas tapé sur un rognon. La présence d'un jeune enfant conforte l'hypothèse d'une cellule familiale composée d'hommes et de femmes et non, comme cela avait été un temps envisagé, un campement de chasse exclusivement masculin. APPROCHE D'UNE ORGANISATION TECHNIQUE Répartition du travail L'analyse de la dextéríté des différents individus composant une unité d'habitation permet d'aborder des hypotbèses quant à une organisation technique. Nous somnies, tout d'abord, conduit à envisager, avec une certaine probabilité, l'hypothèse d'un "savoir-faire general partagé", pour reprendre les termes de M.N. Chamoux. Dans ce cadre, il devient possible de mieux cerner la place spéciñque de chacun des tailleurs, tant dans les modalités d'acquisition de sa technicité que dans toutes les implications sociales de ses différentes responsabilités. La question se pose en particulier d'une éventuelle répartition des taches. Rappelons que la production du tailleur "A" couvre toute la gamme des produits débités au contraire de "B" et/ou "C. De méme, en dépit d'une participaron à la production supérieure pour "A" que pour "B" et "C" réunis, la proportion de produits prélevés et les seuils de l'acceptable definís par ces produits apparaissent tres différents: beaucoup plus large chez "B" et "C que chez *A", rééquilibrant ainsi le potentiel quantitatif des 3 sources d'outillage. Cette varíabilité pourrait s'expliquer par des préoccupations différentes selon qu'il s'agit d'hommes ou de femmes. On pourrait par exemple se demander, si dans la logique d'une répartition sexuelle du travail qui dissocie sang du gibier et sang féminin telle que l'a analysée Alain Testart, la maitríse du processus technique ne pourrait ètre masculine, puisqu'elle inclut la fabrícation des armes perforantes (sagaies à barbelures en lamelles à dos), alors que l'exécution des débitages opportunistes intégrée dans une activité domestique polivalente et diversifiée, complémentaire de la chasse, pourrait relever de tous les membres actifs du groupe, soit l'un et l'autre sexe. Les remontages ont sans doute encoré beaucoup à diré en ce dómame. Organisation du travail dans le temps L'activité de taille s'effectue à différents moments de l'occupation, en fonction des besoins Ainsi à Pincevent, en 27-M.89, des éclats de silex ramassés dans une vidange correspondant à un nettoyage de foyer, indiquent que les débitages 144
auxquels ils appartiennent ont été executés avant celui-ci. Au contraire, des éclats non brúlés, trouvés dans la cuvette de combustión réaménagée et integrés dans un ensemble dont les produits ont été abandonnés aux abords du foyer, relèveraient d'un travail tardivement exécuté. Par ailleurs la présence d'ensembles lithiques attríbuables à un mème individu sur plusieurs postes de travail, laisse supposer des moments d'exécution différents. Si l'on peut iraaginer que la tache à accomplir suscite la fabrícation des outils nécessaires, il reste à s'interroger sur les moments de fabrícation des lames à usage différé. Seuls quelques rares rognons testés ont été retrouvés et aucune reserve ne parait avoir été abandonnée. Cela suggère un ramassage aux hasards de la circulation et en fonction des besoins, attitude plus logique si les quelques heures de taille sont reparties sur plusieurs semaines. Organisation du travail dans l'espace L'espace est, à Etiolles, apparemment reglementé: les pourtours du foyer vont aux meilleurs tailleurs. Dans les zones medianes les auteurs des débitages occasionnels travaillent pour des usages personnels et plus modestes tandis que les jeunes sont relegués à la périphéríe oü, pres sans doute des couchettes, ils s'entrainent a parfaire leur maitríse technique. A Pincevent, bien que l'espace i vivre soit strictement organisé, ce n'est pas le travail du silex qui sert d'élément structurant: pour tailler, chacun a pu acceder à tous les points de l'espace. Tous les tailleurs, quelle que soit leur dextérité, semblent avoir travaillé dans la zone du foyer, au poste principal comme aux postes temporaires. Mème la mise à l'écart du jeune debutant, interpreté* comme imposée par une hiérarchie tres contraignante i Etiolles, ne parait à Pincevent que le resultat d'une logique de l'exploitation de l'espace: une production lithique inutilisable et polluante devait s'effectuer hors des lieux collectifs qu'elle rísquait d'encombrer. Des exercices de taille à production minime pouvaient par contre s'effectuer dans la zone d'activité, comme le montrent trois ensembles appartenant à cette catégoríe retrouvés en trois endroits différents des pourtours du foyer; on peut imaginer qu'ils se faisaient aux cotes d'un adulte en train de tailler, meilleur moment pour une transmission naturelle du savoir. La répartition de la matière première A Etiolles comme à Pincevent elle semble organisée. Si chacun a eu l'occasion de ramasser tous les types de rognons, au moment de l'exploitation il n'a manipulé que des blocs dont la qualité correspondait à son niveau technique: on peut se demander s'il n'y a pas un droit de préemption qui conduit les meilleurs blocs sous le percuteur du tailleur de grandes lames, le tout-venant restant aux tailleurs domestiques. Les jeunes ne peuvent garder que les rognons rejetés par les adultes. Si l'accès au silex est facile, les rognons sont de qualité variable, ce qui n'autoríse pas une exploitation dispendieuse, d'autant qu'apres la trouvaille du bloc, les rísques de défectuosité ou d'erreur sont encoré nombreux aux différents moments du déroulement de la chaine opératoire. II est possible que cette regle de gestión d'un matériau de première utilité traduise l'habitude culturelle du respect d'une hiérarchie fondee sur le savoir-faire dont le processus de taille ne serait qu'une des expressions. Conclusión Les différences que revele 1'organisation du travail entre certaines unités, à Etiolles et à Pincevent, indiquen! peut-étre une distinction à faire entre un lieu de travail, atelier a production spécialisée oü pourrait habiter un communauté structurée autour d'un système de production, et un lieu a vivre, habitation familiale 145
à production domestique différenciée, struc turé par un système de párente. LE CAMPEMENT Des liaisons effectués, en particulier par P. Bodu, entre les différentes unités du campement montrent une circulación des produits, essentiellement des produits laminaires (Fig. 10). Pratiqués à grande échelle, les remontages permettent d'affirmer la contemporanéité d'environ 10 unités domestiques et 10 unités annexes qui constituent sur 4.000 rrr un veritable campement dont nous ne possédons pas les limites puisqu'une partie a été emportée par l'exploitation de la sablière. Ils témoignent d'un système complexe de relations mis en évidence par une circulation de produits que l'on doit interpréter différemment selon les cas: échange, emprunt, prèt, mise en commini d'outils pour un travail collectif, etc. Par ailleurs, des interprétations différentes peuvent ètre avancées selon le type de circulation, c'est à diré la nature domestique ou technique des unités associées par les raccords, selon la nature et les auteurs des produits circulant ainsi que du sens de la circulation, puisque la reconstitución des chaines opératoires permet de savoir oü les produits ont été fabriqués. Liaisons entre imités domestiques et unités annexes L'analyse de liaisons entre structures proches a permís de mettre en évidence la dépendance de certaines d'entre elles avec des unités identifiées comme domestiques. Dans ces cellules annexes ont été effectuées des activités techniques particulières. Unités annexes complémentaires. Ainsi, autour d'un petit foyer a cuvette et remplissage de pierres, 36-G.121, étudié par Pierre Bodu, une dizaine de blocs ont été debites pour les besoins immediats. Néanmoins quelques lames ont été apportées d'un foyer plat voisin, petite structure à vocation technique. A l'inverse deux outils façonnés auprès du premier foyer ont été abandonnés sur le bord du second. Cette circulation à double sens témoigne de la complementante et de la contemporanéité des 2 structures comme elle laisse supposer que ce sont les mèmes individus qui ont implanté les 2 foyers, vraissemblablement pour des raisons d'organisation du travail. Unité annexe, Heu d'activité collective. Des lames, provenant de différents foyers, ont été emportées vers une unité distante d'une vingtaine de metres 1 l'est. Celle-ci semble avoir été le Heu d'une activité spécialisée de grattage de peaux, si l'on en juge la forte proporción des grattoirs. Les occupants des premieres ayant besoin d'un espace de travail se seraient regroupés, avec leurs outils, pour une activité collective. Unité annexe, Heu de production communautaire. Sur les bords d'un foyers parCiculièrement bien construït, un tres bon tailleur, exploitant un unique nucléus, a réalisé une serie de beaux supports laminaires. Une partie de sa production parait avoir servi à un usage communautaire: en effet la majorité des lames ont été emportées dans les zones d'activités de quatre autres foyers situés respectivement à 9, 26, 47 et 75 m. à l'ouest. Une autre partie semble avoir alimenté un usage externe: deux ou trois grandes lames de debut de débitage, produits de bonne facture, n'ont pas été retrouvées, vraissemblablement sélectionnées comme lames a emporter. A l'inverse ce foyer a beneficié de l'apport de quelques lames provenant de deux des foyers précédemment cités, peut-étre apportées lors de l'installation. Cet exemple conduit Pierre Bodu à se demander 146
si certains tailleurs n'avaient pas en charge une production de supports á usage communautaire, et l'on peut alors s'interroger sur la place que ce role traduït à l'intérieur de l'organisation sociale. Liaisons entre unités principales Les remontages de silex, au méme titre que les remontages de pierres brúlées, ont montré que les circulations pouvaient se produiré entre foyers de méme statut. lis posent alors le probleme des types de relations qui unissent ees unités domestiques. A l'origine elles avaient été interpretéis comme témoignage de la non contemporanéité des structures domestiques ainsi associées, le foyer emprunteur ayant utilisé les pierres d'un foyer voisin abandonné. Mais la mise en évidence de nombreuses circulation de silex dessinent un tissús de relations de plus en plus serré entre foyers domestiques, à sens unique ou à double sens. Diverses interprétations peuvent ètre avancées, non exclusives les unes des autres. Une liaison peut résulter d'une visite, d'un prèt, d'un échange, d'un don, etc. Si dans certains cas l'interprétation restera du dómame de l'hypothèse, peut-étre sera-t-il possible dans d'autres de proposer une interprétation fiable. Cela montre en tout cas des relations de tente à tente qui unissent tous les oceupants en une veritable communauté. Autres information apportes par les liaisons longues Les remontages apportent d'autres informations. Ainsi témoignent-ils aussi de la présence de jeunes. Sur les bords d'un petit foyer plat, probablement formé par la combustión de quelques brandons, ont été regoupés quatre ou cinq fragments osseux d'intérèt alimentaire discutable ainsi que buit edats ou fragments de lames de qualité mediocre. Ces derniers proviennent de nucléus débités pres de quatre foyers différents, distants d'au moins 10 m. II ne s'agit pas d'une aire de rejet comme aurait pu nous le faire penser l'aspect fugace de l'ensemble, mais bien d'une petite zone d'activité dont la brièveté est confirmés par l'étude des micro-trace. Le choix de déchets lithiques, de vestiges osseux pauvres en valeur nutritive et l'aspect fugace de la structure de combustión suggèrent, non une activité d'adulte mais le regroupement de deux ou trois enfants appartenant à des cellules familiales différentes qui se sont retrouvés là pour grignoter, entre copains, quelques fragments de carcasses... CONCLUSIÓN Notre recherche de l'individu nous a conduit à sortir de l'anonymat les auteurs d'actes techniques pour chacun desquels nous deviennent perceptibles une pensée technique, des habitudes, une gestuelle qui sont le resultat d'un patrimoine culturel, de capacites personnelles mais aussi de la place de l'individu dans son groupe. C'est pourquoi, dans le mème temps, deviennent accessibles des bri bes d'une histoire sociale oü ces individus reconnus entretiennent des relations avec leurs proches dans une organisation que nous soupçonnons familiale mais aussi avec leurs voisins dans une organisation communautaire. L'occupation du niveau IV20 de Pincevent apparait bien comme le séjour d'un groupe de chasseurs, circulant avec leur famille, et venus U pour pratiquer une chasse que certains témoignages commencent à faire entrevoir comme collective. Ainsi des études conduites par F.David et J. Enloe (1990) montrent une organisation de subsistance par partage du gibier abattu entre plusieures unités, ce qui laisserait supposer l'absence de stockage. et peut-étre un flux d'animaux dont l'abondance pouvait ètre difficile à prévoir. Mais tout ceci est une autre histoire. Les resultats presentés ici ne sont que les prémices d'une recherche collective en cours, bilan esquissé de ce que nous avons essayé de reconstituer en mettant en commun des sites et des approches 147
méthodologiques. A travers l'analyse du comportement technique d'individus devenus visibles, conune à travers l'histoire des produïts dont ils sont les auteurs, s'ébauchent certains traïts socio-éconormques de la cellule familiale dont ils font partie et du groupe auquel ils appartiennent. Se precisen! la composition de chaqué unité, les relations qu'elles entretiennent entre elles, conune les choix collectifs ou individuéis face 1 l'organisation de la production lithique, notanunent en regarJ de l'acquisition et de la gestión des ñutieres premieres, des lieux et modalités de production, de la transmission du savoir-faire, de la gestión des produits, etc. BIBLIOGRAPHIE AUDOUZE, F.; CAHEN D.; KEELEY L.H. et SCHMIDER B. (1981): Le site Magdalénien du Buisson Campin à Verberie. Gallia Préhistoire t. 34 (1): 99-143 AUDOUZE, F. (1987): Des modeles et des faite, le modele de A. Leroi-Gourhan et L. Binford confrontés aux resultats récente. In Bull, de la S.P.F., Hommage a A. Leroi-Gourhan, t.84/112: 343-352. AUDOUZE, F. (1987): The Paris Basin in Magdalenian Times. The Pleistocéne Oíd World. Regional perspectives Ed Soffer O., S AA Symposium, Denver 1985, N.Y.: 183-200. BAHUCHET, S. (1983): Langage, discours et techniques des pygmées Aka de Centrafrique. Techniques et Culture 1. Janvier-Juin. Actes de la table ronde •Technologieculturelle", 1982, ed. MSH, Pans: 101-117. BAHUCHET, S. (1986): Les pygmées Aka et L·forit centrafricaine. Ethnosciences 1, ed. CNRs, Paris: 638 PBALFET, H. (sous presse): Des chaines opératoires, pourquoi faire: introduction. In Des chaines opératoires pourquoi faire!, ed. H. Balfet, CNRS, Paris. BORDES, F. (1961): Typologie du Paléolithique anden et moyen. Bordeaux: Université, 2 voluntes, 85 p. = 108 pl., (Publications de l'Institut de Préhistoire de l'Université de Bordeaux, Mémoire; 1), 2è ed. CNRS, 1967. BODU, P. et JULIEN, M. (1987): La vie des Magdaléniens à Pincevent. In Apperçu sur l 'actualité de la recherche préhistorique en lie de France, Journées archéologiques d'Ile de France, Saint-Denis, Dir. Rég. des Aff. Cult. de Paris/Ile de France: 11-19. BODU, P.; KARLIN, C. et PLOUX S. (1990): Who's who ? The Magdalenian flintknapper of Pincevent, France. In The big puzzle. International symposium on refitting stone artefacte, Monrepos, Neuwied 1987. Studies in Modern Archaeology, vol. 1, Bonn: 143-163. CHAMOUX, M.N. (1978): La transmission des savoir-faire: un objet pour l'ethnologie des techniques. In Techniques et Culture. Bulletin del'équipe de recherche 191, 3, CNRS: 46-83. COUSIN, F. (sous presse): Fabrication de pain au Rajhastan (Inde): comparaison des chaines opératoires; note sur les changements techniques, in Des chaines opératoires: pourquoi faire ?, éd. H. Balfet, CXNRS, Paris. DAVID, F. (sous presse): Implantation humaine: Pincevent. In Environnements et Habitats Magdaléniens, - Le Centre du Bassin Parisién, ed. Taborin Y. 148
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CRITERES D IDENTIFICATION DES NIVEAUX DE TECHNICITE NIVEAU 1 NIVEAU 2 NIVEAU 3 Coiplexité du Recherche de Solutions Mínimum scheia Solutions simples. ou conceptué 1 élaborées Schémas stéréotypés absent Préconcept¡on Attitude Attitude fmbryonnaire Chaine stratégique tactique ou operat oi re Previsión des Adaptation des imitation opérations opérations Oécalage lnezistant laractéristique System atique Projet/Réal¡se t ¡on ' Matériau ' Matériau 1 Geste ' Geste * Conception Et al d'abandor 'Epuisement 'Epuisement Prématuré du nucléus naturel naturel •Seuil Seuil economique Erreur Product¡on ' Bonne-stable Variable lneiistant : •i no i re -10 lames (Pinc Verb l -25/50 lames (Etiol.i ' Faible raison longueur (Etiol) 5/10 lames Qual¡té * Bonne-stable * Variable Nulle i ai i na i re Standardisation Supports (Pin Verb Mars) iifférencies (Pinc "Bonne variable ' Stable Longueur 20/40cm. 10/ 15 cm (Etiol .1 Product¡on Moyenne Forte * Nulle Laiinaire Critere selection Debitage (Pinc ) sirictes domestique ' Ebauché (Etiol) Fifure 5 : Tablean dea criterea d'ídentification dea niveaux de tecnicité 156
Tailleur "A" ¡ le projet d'exploitation est de type intercale* lamea/lamellea. L'organisation du volume montre une stratcgie fort ¿laboree qui opere en schéma d'engrenage en "chevron* de part et d'autre de l'axe longitudinal du rognon, permettant une exploítation i partir de 3 plana de frappe. C'est un parfait exemple d'une dynamique d'auto-cntrctien dea surfacea (par le rythme des enlèvementa) et des volumci (par la aucceaaion dea plana de travaíl). A son habitude, l'accent est mis sur une economie máximum de matière et de gestes et sur le concept de rcntabÜité. Ces 2 oríenutions i'sccompagnenl d'un fort degnf d'investissement, qui se manifesté quel que soit le type de achéma adopté et le pote miel du nucleus, et qui conduit à un paral·lelisme étroit entre les schéma conceptué! et la chaíne opérttoire, conaéquence d'une attention et d'un suivt cntique déveioppés autant que d'une parfaite mattrise gestuelle. Dans le cas présent le tailleur va jusqu'à l'exhaustion toule du nucléus dont l'état final laiaae peu prósumer de la complexiu* du proceasus dont U est le résulut. ( S.PIoux) 157
Figure 7 : Sur un modele d'exploiution relativement stéréoiypé, le taüleur "B" realise un débítage laminaire a partir d'un plan de frappe unique. La conception des creies avant et arriere montre une assimilation des connaissances de base mats une attitude opportuniste, prévaut i leur réalisation, décalagecaractéristíqued'un "uilleuroccasionnd*. L'iménagemeruduvolume, réduit au mínimumd'opérationsindispensables, intervient sur les zones qu'une morphologie naturelle éloigne par trop du modele conceptué!. L'étalement rapide du cintre et un angle prononcé entre le plan de frappe el la surface a exploiter dont l'accès est, de ce fait, limité, conduisent a une exhaustíon prématurée. L'apparítion d'une faille dans le bloc et le négattf réfléchi du demíer produit accélèrent i peine l'abandon du nucléus. La production laminaire compte 5 píeces de qualité moyenne. (S. Ploux) 158
Figure 8 : Compte tenu de sa morphologie et de sei dimensions, ce rognon implique une production previsiblement réduite. Que le taílleur *C" Tai choisi suppose qu'il ne cherchait pas une renubilité utiiitaire, hypothese confirmée par l'absence de prélevement une fois l'exploitation réalisée. D'autrepart, un décalage tres net apparait entre les interventions opératoires, mal maíirise'es el les interventions conceptuetlesdont les bases sont dans l'ensemble assimilées. Ce décalage est caractérístiquc de la péríode d'apprentisaage. La faible maítríse opératoire se manifesté k trois níveaux : production d'éclals laminaires a défaut des lamelles souhaitées, variabilíté de l'ensemble de leurs caracteres, fréquence des accidenta qui touchent plus des 3/4 des pièces. En revanche la facón dont est menee la mise en forme du rognon suppose i'élaboration d'un programme a long terme adapté au volume et montre une préparation rationnelle de celui-ci. Cette attitude dénole l'expéríence dea concepts technique de base comme de la rythmique du débitage, mais aussi l'assimilation de la notion d'économie de moyens (cf. la phase de mise en forme) et de ñutiere (cf. I'organisation du volume). On peut voir en A la chaïne opératoire telle qu'elle avait été envisagée par le Uilleur et en B telle qu'elle s'est effectivement déroulée, illustration de ce décalage (S. Ploux) 159
2/.U85.77 27.L.85.42 Figure 9 : D est exceplionnel qu'un tailleur experimenté utiliae un bloc d'auaai petites dimensiona. Pourtant renaemble L.85-77 présente un achéma origina) et complexe qui devrait ètre l'truvre d'un tailleur competent, mème si la réalísation opératoire parait rapide: aucune préparation ne vient appuyer un projet qui privilegie une forte productivité par une exploiution rationnelle d'un volunte máximum. Les caracteres morphométriques de la production sont tres inhabituels et aucun éléntent ne sera cxploité. S'U est facile de voir que tout tailleur cherche une arete pour conduiré l'extraction d'une lame, il est plus difficile d'observer comment le tailleur organise son volunte en articulant 1'exploitation successive des différentes faces. Cela semble bien ètre un des objectifs de cette démonstration Dans I 'ensemble L. 85-42, sur un rognon de forme et de volunte semblable au precedent, on observe un décalage tris net entre l'assimilation des concepts techniques de bsse, dont la rythnüque du débiuge, l'organisation du volunte et l'éconornie de moyen, qui presenten! de tres nettes convergences avec l'exploitation du volunte precedent el d'autre part des ínterventions opératoire* moyennement maítritées ¡ production d'eclats laminaires à défaut des lamelles souhaitées, variabilité de leurs caracteres, fréquence des accidents. Cettc exploitation est réalisée par un tailleur en phase d'apprentissage. Si l'on admet que le débitage du secood est inspiré du débiuge du premier, on consute que l'acquisiuon des concepts precede 1'acquisition de la ntaítrise dea gestes.qui, elle, passe par l'expérience. (S. Ploux) 160
Figure 10 : Hu des liaiaoni « longue diMance montranl le tiuui étroit de relationa qui unit toutei lepuihéa du campement (Pierre Bodu) 161